DOMINIQUE DE GOURGUES
CAPITAINE BORDELAIS, CflEVALIER DE MALTE.
— Do 4562 » 1$68. —
Jean Ril>aut9 i^'^tîf de Dieppe, s'étaît fait connaître comme excellent capitaine de navire, quand ses talents, le goût prononcé qu'il montrait pour les entreprises aventureuses, et son zèle pour le calvinisme engagèrent Gdligny à lui donner le comman-
< Nous devons au secrétaire du collège héral&ique, M. le marquis de Magny, d*avoir éié mis sur la voie de restituer à un capitaine fameux ses véritables noms qui avaient été défigurés par l'histoire. Ce capitaine n'est autre chose que le René de Laudonnière ou l^ndonnière du P. Gharlevolx, le Laudonnière, gentilhomme poitevin, de Lescarbot; le RentUo de Laudonnière, elatsi* prmfeeto^ de la relation latine qu'on trouve dans la collection des grands et des petits voyages, le capitaine Laudonnière de YUiitoire de la Floride, mise en lumière par Basanier ; le capitaine Laudunière d'Urbain Chauveton, et de la Coemographie de Thevet.
L'illustre famille de Goulainci dont les armes nous ont été fournies par le collège héraldique, était originaire de Bretagne, et se rattachait même aux anciens souverains de cette province. Depuis Tan 1440 environ, on la voit en possession de la seigneurie de Laudoulnière, située paroisse de Vieillevigne en Poitou. Le nom de Laudonnière ne se trouve dans aucun titre généalogique, ni dans aucun document géographique, et est évidemment la déûguratlon de Laudonlnière. Ceux qui ont l'habitnde des vieux auteurs, et même des titres manuscrits, savent combien les noms de lieux et de famille varient chez les uns et chez les autres, au point que roreille même ne sait plus si elle a affaire à plusieurs personnages, quand en réalité pourtant il ne s'agit que d'un seul. Pour n'en donner qu'une preuve tout-à-fait de notre sujet, outre les variétés de noms que l'on a vues ci-dessus, M. de Saint-AIais, dans son IVobiliaire (t. vu, p. 40)^ cite lui-même un titre où l'on a écrit Landigère par corruption de Laudonlnière. La branche de Goulaine de Laudouinlère
CïDidir
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dément d'une expédition destinée à explorer les côtes encore presque inconnues de T Amérique du nord.
Ribaut partit de Dieppe le 18 février 1562 avec deux bâtiments; ses équipages étaient choisis, et il emmenait plusieure gentilshommes de distinction à titre de volontaires, parmi lesquels René de Goulaine de Laudouinière, gentilhomme du Poitou, mais d'origine bretonne.
La première terre qu'il reconnut fut une pointe assez basse, bien boisée, et située par les trente degrés nord, à laquelle il donna le nom, changé depuis, de Cap-Français; mais il ne s'y an*éta point, et, ayant tourné à droite, il aperçut, quelque temps après, un grand coui*s d'eau qu'il nomma la rivière des Dauphins, et qui est maintenant appelé rivière de Saint- Jean, dans la Floride proprement dite. Il n'y entra pas; mais, continuant à longer les côtes, il en trouva un autre éloigné d'environ quinze lieues du premier ; il y pénétra le 1*^ mai, et le nomma pour cela rivière de Mai ; c'est à présent le fleuve de Saint-Marys, aux limites de la Floride
proprement dite et de la Géorgie. Il vit sur les bords des naturels en assez grand nombre ; croyant s'apercevoir qu'ils étaient charmés de son amvée, il débarqua et se mit en devoir de faire construire sur un monticule une petite colonne de pierre aux armes de France. Après avoir pris possession du pays au nom du roi et de l'amiral de France, et avoir échangé quelques prévenances avec le chef des naturels, il se rembarqua et continua sa route au nord, rangeant la côte en vue. A quatorze lieues du fleuve de Saint- MaiTS, il reconnut celui d'Alatamaha, qu'il nomma la rivière de
était éi.ablie dans le PoKou, et l'on a été de tout temps d'accord sur ce point que Laodonière était un gentilhomme poitevin. E^ plus, le prénom de René, qui était celui du capitaine célèbre aux événements de la Floride, lui était très commun. On trouve quatre René de Goulaine et de Laudouinière ainsi que plusieurs Renée dans le Nobiliaire de M. de Saint-Alais ; deui de ces René appartiennent à Tépoque dont nous nous occupons. Tout cela forme un ensemble de preuves plus que suiQsantes. I^e collège héraldique possède un titre en vertu duquel, le 14 août 165&, messire Gabriel de Machecoul, chevalier, marquis de Vieillevigne, baron de Montagu, etc., reçoit un aveu et dénombrement de messire Samuel de Goulaine, chevalier, seigneur de Laudouinière, à cause de ce fief, qui relevait du marquisat de Vieillevigne. Un de Goulaine de Laudouinière périt dans la catastrophe de Quibcron.
Seine. Il donna ensuite à tous les autres grands cours d'eau qu'il crut apercevoir dans l'espace de soixante lieues, les noms des principales rivières de France, comme la Charente, la Loire, la Garonne, etc. ; mais on reconnut par la suite qu'il avait pris plusieurs anses pour des embouchures de fleuves. Il Crut avoir rencontré la rivière Sautée, qu'on appelait alors le Jourdain; mais c'était une erreur : la rivière Sautée lui restait encore au nord, et celle où il entra et où il jeta l'ancre, près d'une petite île, était TEdisto, ou Ponpon, que les Espagnols avaient nommée Santa- Ci-uz. Ribaut imposa à l'endroit où il avait mouillé le nom de Port- Royal; il arbora les armes de France dans l'île, et y fît constiiiire un premier établissement de défense qu'il nomma Charles-Fort, en l'honneur du i-oi Charles IX. Une rivière poissonneuse, un terrain fertile, des bois remplis de gibier, les balsamiques senteure des lauriers, des sassafras et des lentisques, jointes aux ombrages des lataniei*s, des châtaigniers, des cèdres et des palmiers; une population environnante qui faisait bon accueil, tout se réunissait pour rendre des plus propices la situation choisie par les Français. A peine Jean Ribaut eut-il jeté les premiers fondements de sa colonie, qu'il lui donna pour chef un de ses capitaines nommé Albert, à qui il recommanda la sagesse et la modération, de môme qu'aux colons, au nombre de quarante seulement, l'obéissance et la fi'aternité. Après quoi il se rembarqua et retourna de sa personne en France pour y chercher du renfort. Il arriva à Dieppe le 20 juillet 1563.
Pendant son absence, le capitaine Albert fit quelques excursions des deux côtés de la rivière sur laquelle on avait construit Charles- Fort, et fit quelques alliances avec cinq paramstis ou chefs de sauvages ; mais, malgré les vives recommandations de l'amiral de Coligny, il négligea d'ensemencer les terres et de se préparer, à tout événement, des magasins bien remplis. On ne pensait qu'à chercher des mines d'or et d'argent, et l'on ne pouvait s'ôter de l'esprit qu'il y eût un seul canton de l'Amérique où il ne s'en trouvât pas. Bien avisés furent les premiers qui eurent l'idée de demander
ail Nouveau-Monde autre chose que des lingots, et d'y puiser la fortune dans la culture ; ceux-ci s'attachèrent au sol de manière à n'en pouvoir être que difficilement arraches. Tant que durèrent à CHaHes-Fort les provisions qu'on avait apportées de France et qu'on eut de la poudre et du plomb , les fchoses allèrent bien ; mais quand ces ressources furent épuisées et qùdnd il fallut s'a-. dresser aux naturels du pays, gens accoutumés à vivre de peu, et dont le superflu était loin de suffire aux Français, à qui ils le livraient volontiers pourtant, tout alla de mal en pis. Pour comble de malheur, uti incendie consuma le fort où l'on s'était occupe, quoique tardîvetnent, à amasser quelques provisions de maïs. La misère, fcomme c'est l'habitude, engendra les querelles. Le capitaine Albert, Ibîti de montrer de la modération, de l'esprit de famille dans ces graves circonstances, lâcha la bride à iin caractère brutal et féroce qu'il s'était vu obligé de refréner tant qu'il «ivaît été dans une situation 'secondaire. Il pendit lui-même un pauvre soldat qui était loiii de s'être fendu passible d'un tel châtiment; il en dégrada un autre avec aussi peu de justice, puis il l'exila, et Ton crut que son intention était de le laisser mourir de misère et de faîm. La menace de la mort errait sdns cesse sur ses lèvres farouches, et quiconque avait eu le malheur de lui déplaire pouvait se croire à sa dernière heure. Eiifih cet odieux proconsul lassa la patience des plus modérés : une conspiration s'ourdit l'dtttrè lui et il fut mis à mort.
Les Français de Charles-Fort, après s'être ainsi débandasses de leur tyran, se donnèrent eux-mêmes un nouveau chef dans la personne d'un nommé Nicolas Barré, homme de prudence et de concîliatioii, qui était allé naguère au Brésil avec Villegagnon, et qui vint à tout de rétablir la paix et le bon ordre dans la petite colonie. On attendait toujours avec impatience Jean Ribaut qui ne revenait point, et l'oli se voyait à la veille d'éprouver toutes les horreurs d'une famine ; les naturels du pays, tenaient les Français à leur entière discrétion. Un tel état de choses ne pouvait se prolonger sans qu'il en résullAt une prochaine catastrophe. Dans cette
extrémité , Nicolas Barré assembla son monde , exposa la situation et recueillit les avis. Il fut unanimement résolu que, sans différer d'un jour, on construirait, comme l'on pourrait, un navire, et que, dès qu'il serait terminé, on s'en seiTÎi-ait pom* retourner en France, si, d'ici là, des nouvelles et des secours n'en arrivaient point. Le projet de construction était arrêté ; restait le plus difficile : l'exécution. On manquait de constructeui's , de voiles , de cordages, d'agrès , de presque tout enfin. Mais le sentiment d'un danger imminent à fuir , joint au puissant désii* de revoir la patrie , rend l'homme ingénieux et capable de tout. Il est à regretter que les Français n'aient pas employé , pour se maintenir à Charles-Fort, la moitié des ressources d'imagination dont ils usèrent pour s'en tirer. Chacun mit la main à l'œuvre ; des gens , qui de leur vie n'avaient manié d'outils d'aucune sorte, s'improvisèrent charpentiere et forgerons. De la mousse et une espèce de filasse qui croit sur les arbres dans une gi*ande partie de cette contrée de l'Amérique, servirent d'étoupes pour calfater le bâtiment; tout le monde donna ses draps et ses chemises pour faire des voiles ; on fit les cordages avec des écorces d'arbres, et en peu de temps un navire , digne du héros du roman de Daniel de Foë, fut achevé et lancé à l'eau. Comme on était toujours sans nouvelles de Ribaut et de la France, le navire étant équipé, on ne différa pas d'un moment à s'embarquer; et avec la même confiance qui leur avait fait entreprendre leur curieuse construction sans ouvriers et sans les matériaux d'usage, les Français se livrèrent à tous les périls d'une mer à peine connue, et sur laquelle des soldats, non des matelots, devaient servir de pilotes. Les vivres malheureusement n'étaient pas même en suffisance sur le navire, et celui-ci n'était pas encore bien loin en mer , quand un calme opiniâtre l'arrêta court et assez longtemps poui' que ceux qui le montaient y épuisassent toutes leurs provisions. Ces malheureux se virent bientôt réduits à douze ou quinze grains de mil par jour, pour chacun. Cette mince ration dura peu; nlovs on eut recours aux souliers , et tout ce qu'il y avait de cuir dans
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le bâtiment fut dévoré. L'eau douce vînt aussi à manquer com- |)lëtement; quelques-uns voulurent boire de Feau de mer, et en moururent. Outre cela le navire faisait eau de toutes parts, et Téquipage, peu expérimenté et exténué par la faim et la soif, ne venait que difficilement à bout de le vider. N'ayant plus absolument rien à boire ni à manger , s' attendant à chaque minute à couler bas, les infortunés Français n'espérèrent plus rien que d'une rencontre fortuite et peu probable. Cependant tant qu'il y a vie dans l'homme, il se flatte; et il semblerait même qu'assez prompt et indifiTérent à faire le sacrifice de sa vie dans les circonstances ordinaires, il se rattache violemment à elle en certains périls indépendants de sa volonté, et pour la consen^er, ne recule pas devant les plus affi'cux expédients. C'est ce qui eut lieu dans la situation désespérée où se trouvèrent alors ces malheureux restes de la colonie de Charles -Fort. Quelqu'un s'étant avisé de dire qu'un seul pouvait sauver la vie à tous les autres aux dépens de la sienne, non seulement la proposition ne fut pas rejetée avec Thorreur qu'elle méritait, mais elle fut accueillie avec une sorte de joie féroce. Déjà l'on était convenu de tirer au sort pour savoir quelle serait la victime offerte au commun salut, quand un soldat nommé Lachau, celui-là même que le capitaine Albert avait naguère exilé après l'avoir dégradé, plutôt que de partager ou seulement de voir le dégoûtant repas, dit à ses compagnons, comme les fils d'Ugolin à leur père: K Tenez, mangez de moi. » Il fut pris au mot, et on égorgea sur-lechamp cette généreuse victime sans qu'elle fît la moindre résistance. Son sang fut avidement et soigneusement recueilli; son corps fut dépecé avec un soin d'anthropophages ; et, de l'un et de l'autre, il fut fait un partage minutieux dont aucun ne céda ni sa goutte ni son lambeau. Ce premier acte accompli, le drame se serait trop présumablement déroulé de la même façon, de bonne volonté ou de force, si, peu de temps après, on n'eût aperçu la terre et presque aussitôt un navire qui s'approrhait; ou l'altendit.
t'étaît une rambcrge anglaise, sur laquelle se ti'ouvaît un Français qui avait accompagné Ribaut dans ses voyages d'allée et retour. Il leur fit donner à manger et à boire, et leur dît que les guerres civiles, qui s'étaient rallumées en France avec plus de fureur que jamais, avaient empoche l'amiral de Coligny de leur envoyer des secours ; mais Jean Ribaut ne fut point excusé de son indifférence. Les Anglais de la ramberge, après s'être consultés, résolùreiit de mettre les plus débiles des Français à teri^e, et de conduire les autres à la reine d'Angleterre.
Gaspard de Coligny, loin de reculer devant les difficultés de tout genre qui mettaient obstacle à ses projets de colonisation calviniste, y persévérait d'autant plus que la persécution redoublait contre les huguenots. Il profita d'un moment où la cour était entrée, par ses soins, en composition avec ceux-ci, pour engager Charles IX à fournir de nouveaux moyens à ses essais d'établissement en Amérique. Charles liii accorda trois navires bien équipés. L'amiral en Confia le commandement à René de Gdulaîne de Laudouinière , familier de sa cour, d'une insigne piélê^ habile en beaucoup de choses, surtout dans celles de la marine^. On lui donna des ouvriers habiles et des détachements de soldats d'élite ; plusieurs jeunes gens de famille et de riches gentilshommes voulurent faire le toyage à leurs dépens. Charles IX fit compter 50,000 écùs à Laudouinière pouf le voyage et poxii* ses Irais une fois qu'il serait arrivé. Le but primitif de cette seconde expédition était d'aller ravitailler Charlés-Fort ; mais on a vu qu'il ri'étaît plus temps. Les trois navires firent voile du Havre-de-Grûce le 22 avril 1364. Deux d'entre eux avaient pdUr capitaines et pilotée les frères Michel et Thomas Vasseur, gens des plus habiles dans le métier, qu'il y eiït aloi-s en France. Laiidoillrlière prit sa route pat les Canaries, côtoya la plupart des petites Antilles, et aborda, le 22 juin, à la côte brientale de l'Amérique du nord. Quelques jours après, il mouilla à l'embouchure de la rivière Saint-Jean dans
1 Hitt, tuciuosœ Kxped, Gait, in regiontm Ftoridam (lans les grands et pelils voy.
laquelle les naturels cherchèrent à le retenir; de là, il passa à la rivière de Saînt-Marys, débarqua sur les bords, et fut reconnu pai* les habitants de la contrée, qui lui firent toutes sortes d'amitiés et le conduisirent au monticule où Jean Ribaut avait précédemment fait graver les armeiS de France sur une colonne de pierre. Ces Indiens avaient attaché un sens mystérieux à ce monument, et ils l'entouraient d'une espèce de culte. lustrait sans doute déjà du total abandon de Charles-Port, émerveillé par les })eautés et les avantages de la position qui se présentait à lui, Laudouinière fit élever, à deux liëucs à peu près de la mer, entre la rivière de Sâînt-Marys, alors rivière de Mai, et celle de Saint- Jean, mais plus rapprochée de la première, une forteresse triangulaire qu'il nomma la Caroline, toujoui*s en l'honneur du roi Charles IX. Dès qu'elle fut achevée, Laudouinière envoya en France un de ses navires, pour y demander des secoure. Il fit dans lo même temps construire deux grands bateaux, qu'il destinait à allel" chercher des vivres dans les rivières voisines. Enfin il chargea son lieutenant, nommé d'Ottigny, de remonter le plus avant qu'il poun'aît la rivière de Saint-Marys, et de s'assurer de la vérité de ce que les naturels lui avaient dît au sujet de certaines mines d'or que devaient renfermer leurs montagnes. D'Ottigny s'acquitta avec exactitude de sa commission ; mais, à mesure qu'il avançait, les mines reculaient, et toujours les indigènes lui indiquaient un pays plus éloigné dans les terres comme les renfermant. On s'aperçut alore que les Indiens n'avaient pas d'autre but en flattant les étrangei*s de ce trompeur espoir, que de les attirer à eux et de leur faire livrer peu à peu toutes leurs marchandises. Là grande, là féconde, là véritable minfe, le défrichemeilt et la culture des terres, continuait à être mise en oubli à la Caroline, comme elle l'avait été à Charles-Fort. Laudouinière fut obligé de prendre parti dans les guerres des populations indigènes entre elles. Dans une de ces guerres, l'enseigne d' Arlac ou d'Erlach, avec cinq Français, fit gagner une victoire importante à un chef ou paraousti du pays, nommé Outina, qui faisait sa demeure ordinaire à quatre-vingts
lieues du fort de la Cai*oline. Quand il revint^ Laudouinière venait de découvrir un complot que tramaient les siens, sous le prétexte apparent qu'il ne secondait pas assez l'exercice du culte parmi les huguenots, mais plus réellement parce qu'on commençait à manquer de vivres, et qu'on ne trouvait pas les mines d'or tant rêvées. Un Périgourdin, nommé La Roquette, débaucha quelques soldats, en leur disant que, par sa magie, il avait découvert une mine d'or ou d'argent, et qu'il se chargeait de les y conduire malgré Laudouinière. Celui-ci était un homme à la fois éclairé, ferme et prudent. 11 leur fit des représentations fort sages, . mais il ne put les détourner de leur ridicule dessein qu'en s'aimant d'énergie. Alors, ils résolurent de l'empoisonner par l'intermédiaire d'un scélérat, nommé Le Genre, qu'il avait mis fort avant dans sa confiance, ne connaissant pas sa perversité. Toutefois n'ayant pu y réussir, ils voulurent le faire sauter à l'aide d'un baril de poudre. Ce projet échoua encore. Laudouinière profita d'un navire marchand récemment arrivé à la Caroline, sous la conduite d'un capitaine nommé Bourdet, pour renvoyer en France les plus mutins. Les sourdes menées continuant contre lui, il choisit tous ceux dont il croyait encore avoir le plus à se défier, et les envoya, sous le commandement d'un gentilhomme nommé de La Rochefemère, avec des instructions pour achever la découverte de la contrée dont d'Erlach avait secouru naguère le paraousti. Quant à d'Ottigny et à d'Erlach, il les garda auprès de lui, connaissant leur honneur et leur fidélité. Laudouinière n'avait pas pourtant encore suffisamment épuré ses rangs ; peu de joui's après le départ de La Rocheferrière, les deux bateaux que l'on avait construits pour aller chercher des vivres en remontant les rivières, furent enlevés par des matelots et des charpentiers qui disparurent avec eux. Le capitaine en faisait construire de nouveaux, et ils n'étaientpas encore achevés, quand une révolte ouverte se déclara. Les insurgés forcèrent Laudouinière qui se trouvait au lit et malade, à leur signer une commission, pour aller en com-se contre les Espagnols établis aux Antilles et croiser dans le golfe du Mexique,
malgré la défense formelle du roi à cet égard. Laudouinîère, momentanément saisi par ses soldats, transporté dans un de ses navires et gardé à vue, ne céda que le poignard sur la gorge et faisant encore avec noblesse, dans une telle situation, toutes ses observations et réserves. Les révoltés armèrent les deux nouveaux bateaux, et mirent à la voile au mois de décembre 1564>, sous la conduite d'un pilote, nommé Trenchant, qu'ils emmenaient de force avec quelques matelots, dans le dessein d'aller droit à Saint- Domingue, appelée Hispaniola, pour y surprendre et piller une ville réputée des plus riches de cette île, au moment où tous les habitants seraient aux offices de la nuit de Noël. Les pirates n'étaient pas encore sortis de la rivière Saint-Marys, que la division se mit parmi eux. Les deux bateaux se séparèrent et allèrent chercher aventure chacun de son côté. L'aventure de l'un fut, selon toute probabilité, de faire naufrage, car on ne sut jamais ce qu'il était devenu ; quant à l'autre, il eut d'abord plus de bonheur qu'il ne méritait : il s'empara de plusieurs navires espagnols richement chargés, sur l'un desquels se trouva, de hasard, lo gouverneur de la Jamaïque avec ses deux fils. Les pirates comptaient bien tirer bonne rançon de ces trois personnages; mais, au moyen d'un piège grossier que leur tendit le gouverneur et que leur cupidité les empêcha de reconnaître à temps, ils se virent subitement investis par trois bâtiments bien armés. Les Français qui étaient sur le navire du gouverneur furent pris ; ceux, au nombre de vingfr-cinq, qui se trouvaient dans un brigantin naguère enlevé aux Espagnols, eurent le temps de couper leur câble, de prendre le large et de se sauver: mais ce fut pour tomber bientôt entre les mains de celui contre lequel ils s'étaient insurgés. En effet, grand fiit leur étonnement quand, par les soins de leur pilote Trenchant, ils se retrouvèrent en vue des côtes qu'ils avaient désertées. Ils manquaient complètement de vivres, et ne savaient où en aller chercher; ce fut une absolue nécessité pour eux de se laisser conduire. Leur brigantin ayant mouillé à reml>ouchure de la rivière Saint-Mai-ys , Laudouinîère, qui
avait été tiré de prisoi) et ramené à son fort par d'Otti^y, eut avis de leur retour, et enyoy^ ordre aji pilote Trenchant de s'approcher du fort. Les séditieux voulurent s'y opposer; mais un détachement de trente soldats étant venu saisir les quatre plus mutins, les autres se laissèrent prendre, et on leur mit les fer^ aux pieds. Les quatre principaux meneurs seulement furent, après jugement, passés par les armes.
Si la révolte n'eût pas ainsi dépeuplé la colonie dès le principe, on aurait pu pouiliint en faire quelque chose; car, malgré ces malheureux événements, on était en pleine voie de découvertes et de relations nouvelles. La Rochefemère avait pénétré jusque chez les peuplades voisines des monts Âpalaches, avait fait alliance avec plusieurs paraoustis, et, en témoignage de Theureux succès de ses lointaines entreprises, rapportait à Laudouinière des présjents offeils j ar les pouveaux alliés des Français. D'autres expéditions dans l'intérieur fui ent encore faites sous la conduite du lieutenant d'Ottigny qui, avec trente de ses soldats, fît . remporter une nouvelle et plus grande victoire au pai*aousti Outina. Douze Français furent laissés auprès d'Outina pour l'aider à maintenir et à poursuivre ses succès.
Mais à son retour de cette expédition, d'Ottignî trouva la colonie , malgré toutes les précaution^ que Laudouinière avait prises depuis quelque temps, dans un état fort alarmant par le vide extrême qui se faisait dans les magasins, et par la dillîculté croissante de renouveler les japprovisionnements. Laudouinière avait compté recevoir des secours de France qui n'arrivaient point; de ce côté, on n'avait pas plutôt formé une entreprise de colonisation, que les guerres civiles la faisaient perdre de vue avec ceux qu'on y avait engagés et qui alors avaient le sort de véritables déportés. Les indigènes commençaient à ne plus attacher tant de prix aux curiosités d'Europe, et vendaient fort cher tout ce qu'on était obligé d'acheter d'eux. La famine devint a£Preuse au fort de la Caroline : le gland y fut une nourriture recherchée ; elle manqua môme à son tour. On fouilla dans la teire pour en
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extraire des racines qui sutrisaient à peine pour aider à traîner une vie languissante. Il semblait que tout conspirât à la fois contre les infortunés colons français : le poisson disparut de la rivière
en même temps que le ^ier des marais et des forêts. Plus la famine augmentait, plus les naturels éleyaient le prix de leurs marchandises; la misère des étrangers commença à leur donner de Taudace et de l'insolence. On alla les chercher dans les profondeurs de leurs forêts, on se mit à leur discrétion, et on en essuya souvent des refus et des insultes. Le parapusti d'un viUage, nommé Ëdelauo^ fit assassiner un Français pour le dépouiller d'un peu d'or qu'il avait sur lui. Laudouinière essaya de punir cet attentat à la foi jurée, en envoyant brûler le village du paraousti coupable; mais on ne trouva que des cabanes abandonpées, et le châtiment projeté ne fut d'aucun efiPet. D^ns leur état désespéré, les colops proposèrent au capitaine d'aller se saisir d'un autre chef allié pour le contraindre à fournir des vivres. Laudouinière, qui prévoyî^it les conséquences de cet acte de violence^ chercha à en détourner son monde j mais ses remontrances furent inutiles devant la faim et les plaintes déchirantes de ses soldats les plus dévoués, qui étalaient sous ses yeux leui*s membres pifoyableraent décharnés. Voyant qu'une plus longue résistance n'aurait d'autre résultat que de compromettre son autorité^ il céda ; et, avec une amertume qu'il ne prenait pas la peine de dissimuler, il se laissa conduire, plutôt qu'il ne la dirigea, à une expédition contre le chef indien que l'on avait en vue. Celui-ci fut aisément enlevé, mais on n'y gagna rien : au contraire, toute la peuplade prit les ai'mes, et l'on eut sur les bras upe guerre que l'on n'était nullement en mesure de soutenir. Il fallut négocier et rendre la liberté au paraousti. Malgré cette concession faite aux Indiens, Laudouinière fut attaqué par eux dans sa retraite; on lui tua deux hommes et on lui en blessa plus de vingt. Le combat avait duré deux jours presque entiers, et les naturels y avaient fait preuve de beaucoup de résolution et d'une certaine conduite dont on ne les avait pas encore ciiis capables. A chaque fois que les soldats
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français s'étaient mis en devoir de tirer, les Indiens s'étaient couchés sur le ventre avec une pi'estesse sans pareille, et cett^î manœuvre réitérée avait empêché qu'on en tuât pour ainsi dire aucun . Laudouinière dut à son propre sang-froid et à son courage ainsi qu'à ceux de d'Ottigny et de d'Erlach d'échapper, dans ces circonstances, au plus imminent péril. Peu de temps après, quelques vivres lui furent apportés par un des deux pilotes Le Vasseur, qui avait remonté un des cours d'eau voisins. Le malheureux capitaine , n'osant plus rien espérer de la France , et ne voyant d'autre perspective pour lui et pour les siens, si l'on restait à la colonie, qu'une mort prochaine et assurée, résolut de profiter de ce secours pour ramener son monde en Europe.
Déjà il faisait ses dispositions de départ, quand, le 3 août 1565, quatre voiles parurent à la vue du fort. La joie fut immense d'abord ; mais elle ne tarda pas à baisser sensiblement, quand, au lieu de navires français dont on s'était flatté, on n'eut devant les yeux que des navires anglais qui venaient dans le but de faire de l'eau. Toutefois, on eut fort à se louer de leur commandant, nommé Jean Hawkins, qui, bien loin d'abuser du triste état dans lequel il trouva les Français, fit au contraire tout ce qu'il put pour les soulager, surtout quand il eut appris qu'ils appartenaient au culte protestant. En retour de la permission qu'il s'empressa de lui accorder de faire de l'eau , Laudouinière en reçut du pain et du vin, dont aucun des gens du fort n'avaient goûté depuis sept mois. Enfin, Laudouinière, sur l'oflre qui lui en fut faite par le commandant anglais, acheta de lui un navire pour retourner avec plus de sûreté en France.
Au moment où l'on se disposait encore à lever les ancres, on découvrit de nouveau plusieurs voiles. C'étaient bien, cette fois, des navires français; mais quelque chose d'inusité, d'étrange dans la manière dont ils abordèrent, donna tout de suite à soupçonner en eux comme des intentions hostiles contre Laudouinière. En effet, Jean Ribaut, qui les commandait, et que tous les Indiens reconnaissaient à sa longue barbe, ne fut pas plutôt
descendu à terre, qu'il exposa au capitaine plusieui*s chefs d'accusation contre sa personne, entre lesquels se trouvait le soupçon d'infidélité, l'imputation de gouverner, au fort de la Caioline, tyranniquement , et comme s'il ne dépendait en rien du gouvernement du roi. Les hommes insubordonnés que Laudouinière , avec plus de prudence pour la colonie que pour lui-même, avait renvoyés en France, s'étaient, à ce qu'il parait, vus favorablement accueillis dans leurs plaintes. Ils avaient fait croire que Laudouinière tranchait du despote et du roi, et ne souffrirait pas aisément qu'un autre que lui entrât au fort de la Caroline pour y commander. On n'avait pas équipé deux navires pour prévenir les révoltes de la colonie , en lui donnant des secours à temps ; mais on en avait armé sept pour les envoyer contre un homme de cœur qui songeait si peu à se faire une souveraineté en Amérique, que les forces dirigées contre lui le trouvèrent prêt à faire voile pour l'Europe. Le caractère digne et noble de Laudouinière en imposa à Ribaut, qui se vit obligé de reconnaître que toutes les accusations diiîgées contre ce noble et digne capitaine étaient autant de calomnies. Laudouinière, malgré les instances de Ribaut , n'en décida pas moins qu'il retournerait en France , où il sentait le besoin d'aller chercher une justification éclatante. Ce retour n'eut pas lieu comme il l'espérait. Les navires irançais étaient arrivés le 28 août 1565, et le 4 septembre une escadre espagnole, de six vaisseaux de guerre, commandée par don Pedro Menendez , vint mouiller dans la même rade qu'eux , avec l'intention de chasser les protestants français des positions qu'ils pouvaient occuper dans tout ce qu'on enveloppait alors sous la dénomination des Florides. Ce qu'il y avait de plus extraordinaire dans cette expédition , et qui ne dépeint que trop les incohérences de toutes sortes, les désordres d'idées et d'actes d'une époque où la France, s' abdiquant elle-même, se trouvait, par les excès du catholicisme, sous l'influence espagnole, et , par Catherine de Médicis , sous l'influence italienne , toutes deux si perfides, c'est que Menendez déclara non seulement
qu'il venait par Tordre de Philippe II, son maître , mais avec l'assentiment du roi de France Charles IX , combattre des Français hérétiques , et les empêcher d'établir leur culte en Amérique. En un mot, Menendez était le chef d'une croisade contre les huguenots de France colonisant dans le Nouveau -Monde. Quoiqu'il n'y eût que quatre des navires français dans la rade, Menendez usa d'abord d'hypocrisie, fît dire que l'on n'avait point à s'inquiéter de son airivée et que son intention n'était pas de s'arrêter en cet endroit; il demanda avec une sorte d'intérêt amical des nouvelles de Jean Ribaut , dont il connaissait parfaitement le nom , ainsi que ceux de tous ses officiers. Mais il n'eut pas plutôt sondé les forces des navires français, dont plus de la moitié des équipages était à terre, qu'il se démasqua et cria à ses gens d'aborder. Heureusement , les câbles de ses vaisseaux s'étant embar^ rassés dans les ancres, les Français eurent le temps de prendre le large ; Menendez les poursuivit en leur tirant quelques volées de canon qui ne les atteignirent pas. Alors, désespérant de les pouvoir joindre, il se rapprocha de la rivière Saint-Marys à dessein d'y entrer. Cinq bâtiments qu'il aperçut à l'ancre et deux bataillons qui, rangés en bon ordre sur la pointe naturelle de cette rivière, firent feu sur ses vaisseaux, changèrent bientôt sa résolution. Menendez se retira du côté de la rivière de Saint-Jean. Les quatre navires français qu'il avait précédemment poursuivis sans succès et qui ne l'avaient pomt perdu de vue, dès qu'ils eurent remarqué sa retraite, revirèrent de bord et retournèrent à leur premier mouillage, les vents s'opposant à ce qu'ils s'approchassent davantage de la rivière Saint-Marys. Le capitaine Cosset ou Couset, qui les commandait, écrivit à Ribaut pour achever de l'instruire des événements. Un conseil fut immédiatement assemblé à la Caroline, et toutes les voix, moins une, furent d'avis qu'on travaillât sans relâche à se fortifier, pendant qu'on enverrait par terre un gros détachement dans la rivière Saint-Jean pour tomber sur les Espagnols avant qu'ils eussent eu le loisir de se retrancher. Mais la voix qui manquait était celle de Ribaut; le nouveau chef de la colonie.
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malgré les remontrances et les prières de Laudouinière et contre Tavis de tout le conseil , qu'il n'avait assemblé que pour la forme, décida qu'il irait avec ses quatre plus grands bâtiments fondre sur trois de ceux d'Espagne que Cosset lui avait mandé être restés au large. En vain on lui fit observer que cette côte était sujette à des ouragans qui duraient quelquefois plusieurs jours, et que si, par malheur, il en survenait un tandis que presque toutes les forces de la colonie seraient en mer, rien n'empêcherait les Espagnols, qui étaient dans la rivière de Saint-Jean, de venir s'emparer de la Caroline. Ribaut persista; il obligea môme Laudouinière, qui était alors malade et à qui il laissa le commandement du fort, à lui donner avec toute sa garnison presque tous ses vivres, et partit. La colonie conserva pour toute défense un chef brave, mais alité , un ingénieur nommé Du Lys, deux gentilshommes du nom de La Vigne et Saint -Cler, et de cinquante à quatre-vingts personnes, dont vingt seulement étaient assez vaUdes pour tirei* un coup de mousquet. L'imprudence de Ribaut fut pourtant sur le point d'être justifiée par le succès. Menendez ayant eu avis que les Français s'approchaient pour combattre son escadre, quitta les bords de la rivière Saint-Jean, où il venait de jeter quelques rapides fondements de colonisation espagnole, donna ordre à deux de ses vaisseaux d'appareiller à minuit pour Saint-Domingue, s'embarqua lui-même dans un grand bateau, mit cent cinquante soldats sur un navire de cent tonneaux ; puis, avec ces deux bâtiments, alla mouiller sur la barre du fleuve, à deux brasses d'eau. Il n'y avait pas longtemps qu'il y était quand les navires français parurent, et quand l'un d'eux s'avança vere la barre avec trois chaloupes. Menendez se crut perdu; son bonheur le sauva. Il fallut que les Français attendissent deux heures entières le retour de la marée pour entrer sur la barre ; et en ce moment la mer, qui tout à l'heure était fort belle, s'agita d'un vent du nord si violent, que Ribaut fut contraint de s'éloigner de la côte, et d'abandonner le succès qu'il était près d'obtenir. Menendez, tirant aussitôt parti de cet orage, montra aux siens le ciel qui combattait pour eux et contre les hu-
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gu^nots ; puis il donna le signal pour qu'on descendit à teiTe, et pour qu'à travers bois et marais cinq cents soldats d'élite allassent attaquer les Français dans leur colonie dégarnie, avant que l'escadre de Ribaut eût pu rentrer au port- Menendez domina les menaces et les séditions de ses gens qui s'opposaient à son hardi pi'ojet ; et lui-même, par une pluie al)ondante, ayant souvent dans les marais de Teau jusqu'à la ceinture, et se faisant jour, la hache à la main, dans les forêts, il les conduisit jusqu'au fort de la Caroline. Un Français, indigne de ce nom, qui naguère s'était révolté contre Laudouiniere, avait dirigé la marche des Espagnols. C'était de grand matin ; de sinistres nuages, impétueusement chassés par l'ouragan qui durait encore, passaient sur le fort de la Caroline, que trois larges brèches, œuvres non réparées soit des dernières attaques des indigènes, soit des Français eux-mêmes quand ils avaient été sur le point d'abandonner le pays, faisaient déjà ressembler à une ruine sur laquelle planait quelque chose de fatal. Un capitaine malade et entouré de moribonds s'y tenait étendu dans les plus sombres pensées. Il n'imaginait pas toutefois que le danger fût si près de lui , et tous ses soins , toute son activité n'avaient pu, en si peu dç temps et avec si peu de monde, réparer le fort la Caroline et le mettre hors d'insulte. Menendez, monté sur une colline, examinait alors d'un œil de complaisance l'état misérable de la colonie française. Un de ses officiers, qu'il avait envoyé pour reconnaître le fort de plus près, rencontra un des malheureux soldats de Laudouiniere; et, comme il en recevait d'une voix languissante le qui vive? il lui répondit d'une voix assurée : France ! Le soldat s'étant alors approché avec confiance, l'officier de Menendez le fit mettre à mort. Les Espagnols s'avancèrent ensuite vers le fort, et, ayant encore rencontré deux Français, en firent comme du premier. Dans ce moment, un des hommes à demi-valides étant par hasard monté sur le rempart, aperçut l'ennemi et cria : « Aux armes !» A ce cri , Laudouiniere, dans un transport fébrile , saute de son lit , appelle les plus bravos, et les conduit hii-môme à la défense des trois brèches. Il
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va de Tune à Fautre, et, l'épée à la main, se jette au milieu des Espagnols qui déjà s'étaient précipités par toutes les ouvertures. Son héroïque courage ne put les contenir tous, et d'affreux cris, d'hoiTÎbles ràlements viennent déchirer son cœur : c'étaient des femmes, des enfants, des moribonds que les fanatiques Espagnols égorgeaient. Laudouinière quitte les brèches où le torrent continue à rouler, pour voler au secours de ces infortunés qu'on foule aux pieds, qu'on écrase sans pitié contre les murailles. Meaendez, à sa vaillance, à Tardeur avec laquelle il se multiplie, reconnaît en lui le chef des Français, et le désigne aux efforts de sa troupe. C'est alors surtout que la conduite du brave Laudouinière fut magnanime au-dessus de toute expression. Pressé par le nombre, atteint de plusieui'S coups de piques, n'ayant plus que le peintre et dessinateur Le Moyne de Morgues, et un nomme Challeux, tous deux auteurs de relations de ce désastre, qui le secondassent , il protégea la retraite du peu de ses compatriotes qui avaient échappé au massacre, avec un dévouement, un sangfroid, un héroïsme admiré même des Espagnols. Il ne s'enfonça dans le bois que quand il y eut fait entrer le reste de son monde. Alors encore il s'occupa de sauver les débris dispereés de la colonie. Demi-nu, exténué de faim, perdant son sang, il alla recueillir, à travers les forêts et les marais, le plus possible de ses gens, et, après avoir passé trois rivières à la nage , les amena par des sentiers inconnus à l'ennemi , au bord de celle de Saint-Marys, vers l'embouchure de laquelle il espérait trouver plusieurs navires français que Jean Ribaut y avait laissés, et qui, bien que mouillés à peu de distance du fort , ne s'étaient montrés d'aucun secours. Jacques Ribaut, tils ou neveu de Jean, qui les commandait, ne mit aucun empressement à le recueillir avec ses compagnons d'infortune. L'ayant enfin reçu à son bord, il ne voulut point aller, comme il l'en priait, à la recherche de Jean Ribaut, dont on ignorait le sort, et dit qu'il entendait retourner tout de suite en France. Indigné d'une telle conduite, Laudouinière passa sur un autre navire. On y manquait d'un pilote , et Jac(jues Ribaut refusa d'en
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donner. Il était devenu indispensable de brûler deux bâtiments qui n'avaient plus d'honunes pour les manœuvrer, et qui , pouvant tomber au pouvoir de Tennemi , devenaient menaçants pour les Français; Laudouinière les anéantit malgré Jacques Ribaut; puis, faisant tout à la fois, quoique malade, Toffice de capitaine et de pilote , il partit avec son seul navire et ceux de ses compagnons qu'il avait sauvés, et, après bien des traverses encore, arriva à Bristol, en Angleterre. Il y resta jusqu'à sa guérisou, puis repassa en France, où, bien que, nonobstant l'opinion contraire de l'historien de Thou , il n'appartînt pas très présumablement au parti huguenot, la cour de Charles IX, vendue aux Espagnols, lui fit l'accueil qu'on devait attendre d'elle. Il est probable que Laudouinière survécut peu à la disgrâce qui le frappa au sein d'une cour dont il était naguère un des familiei's.
On ne sait ce que devint le neveu de Jean Ribaut. On C/Onnait mieux, malheureusement, le sort de l'oncle d'un si funeste personnage. La tourmente cpii l'avait contraint de s'éloigner de la rivière de Saint-Jean, au moment où il croyait tenir les Espagnols, l'avait ensuite jeté à plus de cinquante lieues de là, du côté du canal de Baba ma, et il avait enfin vu ses vaisseaux brisés sur les rochei*s. Hors un seul, tous ses hommes étaient pourtant parvenus à se sauver en gagnant la côte à la nage; mais, ne sachant que devenir sur ces rivages qu'ils ne connaissaient point, sans armes d'ailleurs et sans munitions, Jean Ribaut et les siens entreprirent, pour leur plus horrible perte , de rejoindre à travers les terres le fort de la Caroline dont ils ne soupçonnaient pas le triste sort, que Laudouinière leur avait pourtant si bien prédit. Après des peines, des fatigues, des souffrances inouïes, les infortunés parvinrent à l'embouchure de la rivière de Saint-Marys. Là, ayant aperçu une chaloupe al)andonnée , Ribaut y fit embarquer le pilote Michel Vasseur pour qu'il allât observer en quelle situation était la Caroline. Déjà elle ne portait plus ce nom; Menendez lui avait donné celui de San-Matheo. Vasseur ne tarda pas à rapporter qu'il avait vu flotter sur le rempart les enseignes espagnoles. Cette nouvelle est
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pour Ribaut un sinistre éclair qui achève de lui dévoiler toute sou imprudence et redouble l'horreur de sa position. Son désespoir est inexprimable^ comme celui de tout son monde ; l'hésitation est générale, et, en un instant, cent résolutions sont airétées^ rejetées, puis reprises. Enfin, le malheureux commandant adopte le paiti d'envoyer un capitaine de navire, nommé Nicolas Verdier, et un sergent nommé La CaiUe, pour savoir quel traitement on pouvait espérer des Espagnols. Menendez éprouve d'abord comme un transport de tigre, heureux de trouver^ pour son repas de sang, de nouvelles proies sur lesquelles il n'avait point osé compter; mais tout aussitôt, de peur qu'elles ne lui échappent, le monstre, renfonçant ses griffes, se fait chat et caresse les envoyés de Ribaut. Il fait dire que, de même qu'il a fourni après la prise du foit (ce qui était faux) un bon navire bien équipé à Laudouinière et à ses gens pour retourner en France porter les preuves de la générosité espagnole, il en procurera un au commandant Ribaut et à son monde; que l'on n'a qu'à venir à lui avec confiance, et qu'il agira, à peu de chose près, comme un bon père fait avec ses enfants. Les deux envoyés rapportèrent aux Français^ avec des paroles si rassurantes^ un d&ces serments castillans que l'inquisition recommandait aux abominables fournisseurs de ses hautes-œuvres. Les Français^ au nombre de huit cents, se confièrent à la parole de Menendez. A mesure qu'ils se livraient , le monstre , se signant le front, insultant, dans son fanatisme aveugle, à la croix du Christ I leur faisait enfoncer un poignard dans le cœur; le brave d'Ottigni, pendant que l'on plongeait ce poignard fumant dans son sein, prenait encore le ciel à témoin de la scélératesse espagnole. Quant à Ribaut, Menendez poussa la barbarie jusqu'à le faire écorcher vif, et à envoyer sa peau et sa barbe à Séville^ conune des trophées de sa victoire; la tête du conunandant français fut coupée en quatre, et exposée sur autant de piquets. Enfin les Espagnols furent rassembler tous les cadavres de leurs victimes , y compris ceux des malheureux qu'ils avalent précédemment assassinés dans le fort ,
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OU atteints dans les bois, traitèrent ces misérables i*estes avec une indignité sans pareille ; et, avant de les livrer aux flammes , les pendirent à des arbres, avec cette inscription qui porte le cachet du caractère espagnol tel que l'avait fait Philippe II , et tel qu'il s'est encore trop longtemps maintenu après ce fanatique monarque : << Ceux -ci n'ont pas été irailés de la sorte comme Français, mais comme hérétiques et ennetnis de Dieu. »
Les nouvelles de ce massacre ayant été apportées en France , la nation éprouva des transports d'indignation; des suppliques furent adressées à Charles IX au nom des veuves, des enfants, des parents et des amis qui avaient si misérablement péri ; mais le monarque s'y montra sourd, et parut au contraire approuver la conduite des meurtriers. D'autre part, Coligny ne pouvait plus rien pour ses coreligionnaires.
Ce fut un gentilhomme de Guienne, nommé Dominique de Gourgues, né à Mont- de -Marsan, qui se chargea d'aller laver dans le sang espagnol l'injure faite à la France. De Gourgues n'était point protestant, ce qui relevait encore le désintéressement et le patriotisme de son dessein. Il avait tour à tour servi avec distinction sur terre et sur mer; il s'était signalé en Ecosse et en Italie particulièrement, et, depuis trente ans, avait eu de l'emploi dans toutes les guerres. Avec trente hommes seulement, il avait soutenu, dans une place voisine de Sienne, les efforts de l'armée espagnole; mais, à la fin, il lui avait fallu succomber sous le nombre , et ses vainqueurs l'ayant fait leur prisonnier, pour le punir de sa courageuse défense , l'avaient envoyé ramer sur leui*s galères avec les forçats. La galère sur laquelle il se trouvait étant tombée ensuite au pouvoir des Turcs, de Gourgues avait été conduit à Constantinople ; mais , condamné par les musulmans au métier que lui avaient déjà fait exercer les Espagnols, il avait enfin eu le bonheur d'être repris par une galère de Malte, commandée par l'intrépide Romegas '. C'est alors sans doute qu'il
< Vuir la vie de ce chevalier de Malte français dans nos Marins Ulusires,
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entra lui-même dans Tordre de Saînt-Jean-de-Jérusalem. A peine rendu à sa patrie, il avait armé un navire, était allé à la côte d'Afrique, au Brésil et jusque dans la mer du Sud. A son retour de cette longue expédition , le capitaine de Gourgues qui , chemin faisant, avait appris le cruel sort de ses compatriotes à la Floride, ne parut plus songer qu'à les venger. 11 vendit tous ses biens, fit en outre un emprunt à ses amis, et avec cela, dit une relation manuscrite qui parait écrite sous son inspiration ^i «l\ arma et équipa deux navires en forme de ramberge, et une patache en forme de galère du Levant, qui, à défaut de vent, pussent voguer à rames, et fussent propres à entrer dans les rivières. » Cachant encore son dessein, il prit commission de Montluc, gouverneur de Guienne, non pour la Floride, mais pour aller guerroyer à la côte de Bénin contre les nègres alliés des Portugais. Le 2 août 1567, il partit de Bordeaux avec cent arquebusiei-s , dont plusieurs étaient bons gentilshommes , et quatre-vingts mariniers pouvant faire -au besoin l'office de soldats. Le capitaine Casenove, son lieutenant, commandait une de ses ramberges, et François, de Bordeaux, conduisait sa patache. Chemin faisant il reconnut quelques points de la côte d'Afrique , pour le cas où la France y voudrait faire de nouveaux établissements. Parvenu au Cap-Vert, il tourna tout à coup vers l'Amérique. Quand il fut arrivé à Cuba , il laissa éclater ses sentiments avec d'autant plus d'énergie et d'éloquence, qu'il les avait plus longtemps contenus. C'est alors qu'il retraça à ses gens, en paroles pleines à la fois d'amertume, d'indignation et de larmes, le supplice de leurs compatriotes au fort la Caroline; qu'il leur dit que c'était pour venger ces infortunés , insultés jusque dans leurs restes, qu'il avait vendu son bien, vidé la bourse de ses amis, armé des vaisseaux, et convoqué les braves en qui le cœur restait toujours français. « Amis, s'écria-t-il en terminant, j'ai compté sur vous; me suis -je trompé? » Un non, répété avec exaltation
1 Cette relation, écrite par Robert Lèpre vost, est en triple manuscrit à la Biblioth. du roi.
par tous les assistants, répondit au brave capitaine, qui fit aussitôt Yoile pour la Floride. De Gourgues» pénétrant dans les rivières au moyen de ses navires à rames ^ lia quelques rapports avec les Indiens qu'il trouva horriblement las déjà de la tyi'annie castillanne, et ce fut par eux qu'il obtint des renseignements sur Fétat de l'ancien fort de la Caroline. Il apprit que les Espagnols, qui s'y trouvaient au nombre de quatre cents, l'avaient relevé avec beaucoup de soin et protégé pai* des fortins sur les deux bords de la rivière. De Gourgues jugea cpi'il n'avait d'autre moyen de succès que dans la surprise et la diligence. Il était descendu à terre; il s'avança en secret par les marais et les bois, avec ses gens et des indigènes, jusqu'à peu de distance d'un des deux ouvrages qui couvraient le fort principal. Soudain et sans perdre son temps en harangues, il fait sonner la charge, et marche droit à l'ennemi qui ne sait ce que cela signifie. Un petit bois cachait encore les Français; ils l'ont bientôt laissé derrière eux, et, de cet instant seulement, les. Espagnols se mettent en devoir de se défendre : ils tirent sur les troupes de de Gourgues avec deux couleuvrines ; mais un Indien, nommé Olotoraca, neveu du chef Satirona, s'en empare en sautant dessus. Les Espagnols, au nombre de soixante, qui s'échappaient du fortin, r^etés, par une habile manœuvre, entre de Gourgues et son Ueutenant de Casenove, furent tous tués ou pris.
De Gourgues, ayant ensuite fait taire avec son artillerie le second fortin placé sur l'autre bord, passe le fleuve sur une barque, avec quatre-vingts de ses soldats, tandis que les Indiens se précipitent à sa suite à la nage, en poussant des cris terribles. Les Espagnols, épouvantés, abandonnent le second poste, et veulent s'échapper dans les bois; mais de Gourgues leur a dressé une embuscade, et là encore, il tue ceux qu'il ne fait pas prisonniers. Il s'agissait à présent d'enlever le fort principal, défendu par une garnison de plus de deux cents hommes. De Gourgues se prépara pendant deux jours à en faire l'escalade, et, le troisième, il marcha contre le fort. Les assiégés firent, au nombre de quatre-
viiitgs, une sortie qui hâta leur perte. Pris bientôt entre deux feux, ils furent tués jusqu'au dernier. La garnison n'attendit pas alors Tescalade des Français, déserta complètement le fort, cherchant un refuge à travers bois et marais. De Gourgues l'avait prévu. Tous les Espagnols se virent en un instant massacrés ou saisis, d'un côté par les Indiens embusqués, de Tautre par les Français. De Gourgues rassembla ses prisonniers au lieu même où ils avaient, deux ans auparavant, assassiné les Français; il leur rappela leur perfidie, leur manque de foi, leur cruauté, leur infamie enfin , puis il les fit tous pendre à ces arbres de sombre mémoire, dont les rameaux avaient naguère plié sous les restes mutilés des malheureux compagnons de Ribaut ; et, à la place de l'ancienne inscription de Menendez, il attacha celle-ci, au-dessus des nouveaux suppliciés : « Je ne fais ceci comme à Espagnols, mais comme à marans, comme à traîtres, voleurs et meurtriers, »
De Gourgues, abandonné à ses seules ressources par le gouvernement qui pesait alors sur son pays, ne pouvait entreprendre de relever l'établissement de la Floride ; il dut se borner à faire raser les trois forts qu'il venait de conquérir, pour enlever aux Espagnols la facilité de venir s'y réinstaller, et à en charger Tartillerie sur ses vaisseaux. Prenant ensuite congé des Indiens qui l'avaient si bien secondé, et qui tous lui juraient une éternelle amitié, il mit à la voile le 5 mai 1567, et arriva à La Rochelle le 6 juin suivant, non sans avoir perdu sa patache en route, et s'être vu fort maltraité par les vents contraires. Le bruit de son expédition était déjà, on ne sait comment, parvenu en Espagne. A peine était-il parti de La Rochelle, où on l'avait reçu triomphalement, pour retoui-ner à Bordeaux, qu'on vit entrer dans la rade d'où il sortait vingt bâtiments espagnols ayant dessein de l'enlever. Il fut même poursuivi par eux jusqu'à Blaye; mais il sut habilement les éviter, et Philippe II et l'inquisition n'eurent point cette nouvelle proie. Il est vrai que de Gourgues, signalé par la cour d'Espagne à celle de France pour s'être fait le vengeur des Français, n'échappa encore qu'avec beaucoup de peine et en se
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cachant, à Rouen, chez le président de Marigni, à Catherine de Médicis et à la faction des princes lorrains, qui avaient déjà donné ordre de faire son procès.
Elisabeth, reine d'Angleterre, meilleure appréciatrice des mérites de Dominique de Gourgues, lui proposa, peu de temps après, d'entrer à son service à des conditions magnifiques; mais le brave Français lui fit répondre, en la remerciant de ses offres, que l'ingratitude de l'État ne Fempéchait pas d'aimer son pays, et qu'il ne servirait jamais qu'au nom de la France. Relevé de sa disgrâce et fait capitaine de trois cents hommes d'armes, il venait d'accepter avec joie la charge d'amiral de la flotte destinée par Catherine de Médicis à soutenir le prétendant de Portugal, don Antonio, aux îles des Açores, contre l'armée navale d'Espagne, et déjà il était en route pour aller prendre ce commandement, lorsqu'il tomba malade et mourut à Tours ; on l'inhuma dans le chœur de la basilique de saint Martin de cette ville.
Ouvragei^ consaltés : Hiitoire de la Floride, contenant les troiê voyagea faite en icelle, par des capitaines et pilotes français, en 1563, 1&64 et 1665; décrite par le capitaine Laudonière , plus vn quatrième fait par le capitaine Gourgues , mis en lumière par Basanier ; Paris , 1 586, in-8®. — Histoire d'un voyage fait par les Français en la Floride^ en 1605, par Urbain Chauveton, avec la relation de Le Challeui, de Dieppe. — Brevis narratio eorum quœ in Floridà, etc.,auetore Jaeobo Le Bloyne, eui cognomen de Morgues, Laudonierum in hae navigatione secuto, dans la collection des grands et des pelils voyages. — Voyages de Samuel Champlain, — Histoires de la Nouvelle-France, par Lescarbot et Cliailevoix. — Histoire du Nouveau- Monde , par Lact. — Gallorum in Flaridam, AmericŒ provinciam, altéra navigatio, duce Laudonniero, anno v. d. lxiv. — De quarta Gallorum in lloridam navigatione sub Gourguesio, — La Reprise de la Floride, manuscrit de la Bibliothèque du roi. — Histoire générale des voyages, tome XIV.— Ckro-' nique bourdelaite, par Gabriel de Lurbc. — Histoire universelle de Jacques de Thou, traduction française, in -4^, tome V. — Dictionnaire de la Noblesse, de La Chesnaye Desbois , tome VU. — Nobiliaire de M. de Saint-Âlais, tome VU.