‹ Les navigateurs français; histoire des navigations, découvertes, et colonisations françaisesChapitre 14 sur 27 · partie du monde Attendant votre réponse et pensant qne · texte numérisé non relu

partie du monde Attendant votre réponse et pensant qne

vous vous résoudrez à faire ce que dessus , je demeurerai votre affectionné serviteur. David Kertk. Du bord de la Vicaille^ ce 18 juillet i62Sf style vieux; ce 8 juillet^ style nouveau. »

A quoi Ghamplain, ayant pris conseil des plus notables de sa ville naissante de Québec, peuplée alors tout au plus de cent à deux cents personnes^ répondit :

« Monsieur, nous ne doutons pas des commissions que vous avez obtenues du roi de la Grande-Bretagne ; les grands princes font toujours élection des braves et généreux courages, au nombre

desquels il a élu votre personne La vérité est que plus il y a

de vivres en une place de guerre, mieux elle se maintient contre les orages du temps, mais aussi elle ne laisse de se maintenir avec la médiocrité quand l'ordre y règne. G est pourquoi ayant encore des grains^ blé d'Inde, pois, fèves, sans ce que le pays fournit dont les soldats de ce lieu se passent aussi bien que s'ils avaient les meilleures farines du monde , et sachant que si nous rendions un fort et habitation en l'état où nous sommes maintenant , nous ne serions pas digues de paraître devant notre roi , et nous mériterions un châtiment rigoureux devant Dieu et les hommes, la mort, combattant^ nous sera honorable; c'est pourquoi je sais que vous estinierez plus notre courage eu attendant de pied ferme votre personne avec vos forces, que si lâchement nous abandonnions une chose qui nous est si chère, sans premièrement voir l'essai de vos canons, approches, retranchements et batteries, contre une place que, la voyant et reconnaissant, vous ne jugerez pas de si facile accès qu'on vous l'aurait pu donner à entendre, ni dépourvue de personnes de courage qui ont éprouvé en plusieurs lieux les hasards de la fortune. Si le sort vous est favorable, vous aurez plus de sujet, en nous vainquant, de nous départir les offres de votre courtoisie que si nous vous rendions possesseurs d'une chose qui nous est recommandée par tous les devoirs que l'on peut imaginer. Pour ce qui est de l'exécution du cap de Tourmente , brûlement du bétail , c'est une petite chau-

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mièro avec quatre à cinq personnes qui étaient pour sa garde.... Nous vous attendons d'heui^ en heure pour vous recevoir et empêcher, si nous le pouvons, les prétentions que vous avez eues sur ces lieux, hors desquels je demeurerai, monsieur, votre affeotienne serviteur, Ghampuin, »

A cette noble réponse qui peint hieu le caractère à la fois ferme et prudent de son auteur, Tamiral anglais, p^vuadé que Québec renfermait plus de ressources qu'il n'y en avait en effet , prit la résolution de lever l'ancre de Tadousac et d'abandonner la partie pour cette année. Toutefois, à sa sortie du Saint-Laurent, il rencontra une flottille de France, commandée par le sieur de Roquemont , qui apportait quelques secours à la Nouvelle-tFrance ; il lui livra combat, la battit, et s'en empara. L'amiral Kertk rendit la liberté à presque tous ceux qui étaient dessus, et ne garda guère que les chefls. La perte de cette flottille fut un grand malheur pour la colonie de Québec, qui se trouva par suite totalement dépourvue de munitions et des différents secours dont elle avait le plus grand besoin.

Au mois de juUlet de l'année suivante , une nouvelle et plus considérable flotte anglaise , commandée par les trois Aères David , Louis et Thomas Kertk, vint d'abord jeter l'ancre à Tadousac; trois vaisseaux s'en détachèrent pour remonter plus loin le Saint-Laurent et arrivèrent jusqu'à la pointe d'Orléans, vis-À^vis de Québec, Samuel Ghamplain i*eçut de deux des conunandanta anglais la missive suivante :

« Monsieur, en suite de ce que notre frèi*e vous manda Tannëe passée , que tôt ou tard il aurait Québec, n'étant secouru, il nous a chargés de vous assurer de son amitié , comme nous vous faisons de la nôtre , et sachant très bien les nécessités extrêmes de toutes choses auxquelles vous êtes, il demande que vous lui i^emettiez le fort et l'habitation entre nos mains , vous assurant toutes sortes de courtoisies pour vous et les vôtres , conune d'une composition honnôte et raisonnable, telle que vous sauriez la désirer. Attendant votre rc'^ponse nous demeurons, monsieur, vos ti^s

affectionnés serviteurs. Louia et Thomas Kbrtk. Du bord du Fit bol, ce id(ieJMiHeH&29. »

Samuel Champlain , n'ayant pas dans son fort de quoi tirer plus de deux ou trois volées de canon ^ ne comptant pas alors plus de sei^e personnes autour de lui^ ne voulant pas d'ailleurs la ruine d^ sq colonie qui pouvait étrç reudue à la France à la paix proeb^ne, fit pourtant encore aux commandants anglais une réponse pleine de dignité :

a Messieurs , leur écrivit-il , la vérité est que les négligences ou eontrfiriétés du mauvais temps , et les risques de la mer^ ont empoché le secours que nous espérions en nos soufiîrances , et

nous ont ôté le pouvoir d'empâcher votre dessein y comme nous avions fait Tannée passée. Vous n'avez lieu pourtant d'espérer réussir dan^ vos prétentions > qu'en effectuant les offres que vous nous faites d'une composition , laquelle on vous fera savoir en peu de temp3> après noua y étr^ résolus. En attendant, il voua plaira ne faire approcher vos vaisseaux à la portée du canon j ni entreprendre de mettre pied à terre que tout ne soit résolu enti<e noua, e^ qui s^ra pour demain. »

Le lendeinain en effet , 30 juillet 1620, Samuel Champlain et Pont-Gravése rendirent sur le vaisseau de Louis Kertk. L'Anglais ému d'une profonde estime pour ces deux personnages , que toute l'Europe connaissait, et presque honteux de son succès , leur laissa dicter les articles de la capitulation. Champlain exigea qu'on lui fît^voir la e4)mmission du roi d'Angleterre, en vertu de laquelle on voulait se saisir de Québec , pour savoir si c'était l'effet d'uue guerre légitime entre les deux couronnes. Il lui fut accordé que Ton sortirait avec armes et bagages, que les colons emporteraient jusqu'à leurs meubles et des vivres en quantité suffisante pour repasser en France] qu'ils auraient toute garde et facilité pour ce retour j enfin que ceux qui resteraient à Québec ne se^ i-aient inquiétés ni dans leurs personnes ni dans leurs propriétés. Ces articles ayant été ratifiés par David Kertk , amiral de la flotte euuamie, qui était resté à Tadousac, Samuel Champlain remit le

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fort et la bourgade de Québec à Louis Kertk, qui ne voulut pas occuper sa demeure avant qu'il ne se fût embarqué. Malgré tant de prévenance et de politesse, Samuel Champlain était abîmé dans une douleur profonde. (( Depuis que les Anglais eurent pris possession de Québec , dit -il dans ses Mémoires, les jours me semblaient des mois. » Enfin , après avoir adressé à ceux de ses chers colons qui restaient dans la Nouvelle-France toutes les consolations qu'il trouvait pour d'autres que pour lui-même dans son cœur, il descendit le Saint-Laurent sur le vaisseau de Thomas Kertk. Mais, chemin faisant , on fit rencontre d'un bâtiment français^ commandé par Émery de Caen, qui ne put échapper à un combat. Samuel Champlain et les Français furent, avec toutes les excuses possibles , conduits sous le tillac. Les deux bâtiments, après s'être tiré quelques coups de canon, s'abordèrent, mais sans toutefois que l'on pût passer d'un pont sur l'autre. Émery de Caen semblait près d*avoir l'avantage , et les Anglais ne combattaient plus que contraints par les coups de plat d'épée que leur distribuait leur commandant, quand quelques lâches qui étaient à bord du navire français n'eurent pas honte de crier quartier; Thomas Kertk en profita pour leur oflrir toute courtoisie , « autant, dit-il, qu'au sieur de Champlain que nous avons ici. »

Au nom de Champlain , Émery de Caen , qui voyait approcher deux pataches anglaises et ne pouvait désaborder, demanda à voir l'ancien gouverneur de Québec. Thomas Kertk, ne se croyant pas encore fort assuré du succès, n'eut garde de refuser; et, faisant venir aussitôt Champlain : « Soyez certain , lui dil>-il , que si Ton tire du vaisseau, vous mourrez; engagez vos compatriotes à se rendre, je leur ferai un traitement semblable au vôtre; autrement, les pataches arrivant avant la composition , ils ne pourront éviter leur ruine. — Monsieur, répondit Champlain, de me faire mourir en l'état où je suis , il vous serait très facile , et vous n'y auriez pas d'honneur, en dérogeant à ce que vous et votre irère Louis vous m'avez promis. En outre, je ne puis commander à ces gensrlà , ni les empêcher de faire leur devoir ; et vous devez bien plu-

tôt les louer que les blâmer de se maintenir et défendre en gens de bien. D'ailleurs , vous savez que Ton fait dire à un prisonnier tout ce que l'on veut, et que, par conséquent, le capitaine Ëmery ne saurait avoir aucun égard à ce que j'aurais l'air de vouloir lui persuader. — Dites-leur donc seulement, reprit l'Anglais, qui craignait d'être enlevé avant l'arrivée des deux pataches, dites-leur qu'il n'y a point de bon traitement que je ne leur fasse s'ils veulent se rendre. » Samuel Champlain ne put se refuser à ce discours. Émery de Caen, qui était sur le bord de son navire, demanda la pai'ole de Thomas Kertk, et mit bas les armes, au moment où les deux pâtaches allaient se mêler au combat. Émery dit à Champlain qu'il était venu pour apporter des secom's à Québec, en attendant l'arrivée d'une flotte aux ordres du chevalier de Razilli, et il ajouta qu'en ce moment même il croyait que la paix était faite entre la France et l'Angleterre. Les Français , y compris Champlain et Émery, furent tous con* duits à Tadousac. La flotte anglaise, craignant l'approche de Razilli, leva bientôt l'ancre de ce lieu pour retourner en Angleterre, emmenant Samueh Champlain et Pont-Gi'avé. A son arrivée à Plymouth, elle eut la nouvelle quela^paix venait d'être signée, ce qui donna les plus gi*andes espérances à. Champlain. De là elle se rendit à Douvres, où les Français forent débarqués, avec facilité de retourner en France si bon leur semblait. Champlain alla à Londres , et fit à l'ambassadeur de France le récit de tout ce qui s'était passé; il insista sur ce point' que Québec ayant été prise deux mois après la paix signée , la capitulation et ses suites devaient être considérées comme non avenues. L'ambassadeur négocia en conséquence , et Samuel Champlain passa en France pour aller demander au cardinal de Richelieu de s'entremettre directement dans cette afibire. Ce grand ministro , plus qu'aucun autre, était homme à comprendre Champlain ; on savait quel intérêt il portait à la marine et au commerce, quel désir il avait de voir la France coloniser et répandre au loin sa renommée et sa puissance. Peu de temps avant la prise de Québec, il

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s'était lui-même môle de rorganisation d'une nouvelle compagnie; à la demande de Champlain qui n'avait pas eu moins à ^ plaindre de l'égoïsme purement mercantile de la compagnie des de Caen que de celui des associés de de Mons. Le 19 avril 1627, une compagnie de cent, puis de cent sept associés, s'était formée, avec le titre de compagnie de la Nouvelle-France, sous le patronage de Richelieu et du maréchal d'Ëffiat, surintendant des finances, et elle n'attendait plus pour fonctionner que le retour du Canada à la France. Richelieu, n'écoutant point les timides opinions des esprits médiocres et à vues comtes, qui prétendaient, comme beaucoup font aujourd'hui pour l'Algérie, que l'Amérique septentrionale ne valait pas les sacrifices que l'on faisait pour elle, et était au contraire une source d'embarras, pressa la couronne d'Angleterre de i*estituer les possessions françaises dans cette partie du Nouveau- Monde; et, voyant qu'on cherchait à esquiver et à traîner eu longueur, il fit appuyer les négociations par une escadre de six vaisseaux de guerre aux ordres du chevalier de Razilli. L'Angleterre comprit alors qu'il n'y avait point à balancer, qu'il s'agissait, oui ou non, d'une nouvelle guerre, et le traité de restitution du Canada fut signé à Saint -Geionain- en -Laye, le 29 mars 1630 ^ l'Acadie et l'île du cap Breton furent également i*econnues possessions françaises par ce traité. La France abandonna seulement ses droits sur une certaine étendue de pays, entre Port -Royal et Boston; mais les limites mal définies de cet abandon devaient ôtre par la suite un sujet de grandes difficultés et une cause de guerre. Samuel Champlain fut destiné de nouveau à être gouverneur de Québec et de la Nouvelle-France. Toutefois Émery de Caen ayant fait de gi*andes pertes en 1628 et 1629 , il lui fut accordé la jouissance et le gouvernement du Canada pendant une année seulement, en attendant le retour de Champlain. Émery mit à la voile de Dieppe en avril l(>o2; arrivé à Québec, la place lui fut restituée sans difficulté par Louis Kertk , et il en prit possession au nom du roi de France. L'annoe suivante, Samuel Champlain retourna à Québec, avec une escadre

honorable et qui semblait prouver que Ton avait des intentions sérieuses de se maintenir dans F Amérique du nord. Il y fut reçu comme un père par les Indiens eux-mêmes , et , malgré son âge et ses fatigues^ il y sembla retrouver une nouvelle activité , pour faire pi-ospérer et pour agrandir sa colonie. Ce fut alors que Québec, à qui l'on n'avait osé donner jusque-là q»e le nom de bourgade ou d'habitation, pHt réellement la ft)rmé d^uné ville. Samuel Champlain venait d'assister à la fondation d'un collège à Québec^ quand il finit son utile et glorieuse carrière , au mois de décembre 1635. Outre ses voyages ou mémoires , cet homme illustre , aussi bon marin que grand colonisateur, a laissé un Traité de la marine et du devoir d'un bon marinier , qui démontre à la fois de quelle science et de quel esprit il était animé; aujourd'hui encore, c'est une ei^celletife oeuvré à \it^. Uii jou)^, qui n'est pa^i Idtii, et qu'il est bien permis à Un Français d'espérer, si Québec, échappée. de nouveau des mainn de l'Anglais, devient la capitale d'un vaste empire^ elle élèvera, comme un colosse antique, à celui qui la créa> la statue à laquelle il a di'oit, sur l'un de ces lacs immenses, véritables mers intérieures où le premier il aura conduit la vieille Europe et la France i et elle inscrira le nom de Champlain dans les fastes de l'histoire entre ceux des plus grands fondateurs.

Ouvrages consultés i f^oyages de Samuel CAamptoln, avec le Traité dH bon marinier, et toutes les autres pièces à la suite. Paris , ln-4», m. dc. \xxii. (Les dates y sont souvent très mal établlesi) -^ LeI méâies> édUiOil tto 1830. (Dans édite édiUon, faite sur tiellc la-4», on n'a pris soin de corriger aucune date ; elle reproduit toutes les fautes typographiques de Tancienne ; le Traité du marinier et plusieurs autres pièces ne s'y trouvent pas.) — Ae/atton de la Nouvelle- France , par Pierre Biard* jésuite. Lyon, m. dc* xvI» in-l?* (C'est Thistotre de la colonie de madame de Guercheville.) — Etabliesement de la foi, — Les MièPtirtê êB H ffo%Milé'^tnHtt de LtsbâtbOt ti Ah GharteVoU, ëtb., etc.

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