LIUSTOIRE DE L'ÉTABLISSEBŒNT DES FRANÇAIS A LA GUYANE
— De 4$94 à Ues. —
Les Français n^avaient pas complètement abandonne le Brésil après la perte de leur colonie de la baie de Janeiro. Plusieurs de ceux qui se trouvaient en terre ferme au moment de l'attaque de l'île Villegagnon par les Portugais, s'y étaient fortifiés, avec l'assistance des Indiens, en un lieu nommé Paranapucuyy et n'avaient pris, qu'en 1567, le parti de se rembarquer pour se réfugier à Fernambouc , après s'être vaillamment défendus contre des forces immensément supérieures. Depuis, comme auparavant, les navires de France, particulièrement ceux de Dieppe, du Havre et de La Rochelle, n'avaient pas cessé de fréquenter, dans toute son étendue, la côte du BrésiL On les trouvait à Bahîa , dont ils projetaient d'enlever le fort , à Fer-
nambouc, au cap Frio, au port de Macouro, à la baie Formosa, à Rîo-Janeiro même, dont ils essayaient, en 1581, d'expulser à leur tour les Portugais * . De nouvelles tentatives étaient incessamment faites par les Français pour s'établir sur divers points de cette vaste côte. Des Calvinistes de La Rochelle vinrent à bout d'élever un fort à Paraïba, et ne le perdirent que vers"1582, dans l'abandon total où les laissait la métropole. En 1594, un capitaine nommé Riffaut, ayant équipé trois navires, cingla pour le Brésil, avec intention d'y faire quelque conquête. Il s'y était, dans de précédents voyages, ménagé des intelligences avec un chef indien appelé Ourapive, c'est-à-dire arbre sec, qui avait beaucoup d'autorité sur ses compatriotes. Riffaut se dirigea vers la baie de Maranham ou Maranhao, et arriva à un territoire qui autrefois avait été donné, par le roi de Portugal Jean III, à l'historien Jean de Barros, mais sans que Fessai de prise de possession, conduit par les fils de celui-ci, ait eu de succès, les navires portugais ayant péri, en 1530, sur les bas-fonds qui environnent Fîle de Maranham. Un sort pareil airiva au principal des bâtiments de l'expédition française , en 1594. Néanmoins Riffaut débarqua en terre ferme tout son monde. La division se mit presque aussitôt entre les Français, sans doute à cause de la religion, sujet de tant de discordes alors. Riffaut perdit courage, et résolut de retourner en France. Les navires qui lui restaient ne suffisant pas pour contenir tous les gens qu'il avait amenés, il lui fallut laisser au Brésil plusieurs de ceuxt^ci, au nombre desquels se trouva un jeune gentilhomme, nommé des Vaux, natif de Sainte-Maure en Touraîne. Des Vaux, s'aceommodant de son sort en cœur ferme et coura-
* M. Ternau^-Gompani, dam sa tavante Noiieê hiiierique iiir la Guyane ftanpaUê, cite de Dombreuses preuves des voyages des Français au Brésil , depuis )a perte de ]a colonie de Janeiro Jusqu'à l'an leit , preuves extraites d'Hackluyt, Jarric, Lope-Vaz, etc.
k propos des voyages des Français à la Me Formosa , on lit dans la traduction de VHittoire du Nouveau-Monde de Laêt : « Nos sauvages rapportent que la Bahia-Formosa se nomme en lenr langue Quartapieaba, et que les Français avaient coutume d'y aborder avant que les Portugais ne les eq empêchassent. » Peut-être que cette remarque de l'historien s'applique à une époque de beaucoup antérieure à l'expédition de Villegagnon ellemémet
geuXy enti*eprit de poursuivre, avec ses compagnons d'infortune, rœuvre que Ri^aut avait abandonnée pour ainsi dire avant de ravoir commencée. Il apprit la langue des Indiens, se mit à leur tête et les aida à vaincre d'autres Indiens, leurs communs ennemis. On verra bientôt ce qu'il devint. Quant à Rifiaut, on croit pouvoir le retrouver sous le nom défiguré de Rifoles, dans une expédition qui eut lieu, avec plus de succès, à Rio^Grande, où, dit un historien du Nouveau^ Monde déjà oité\ les Français avaient coutume d'aborder depuis leur départ de la baie de Ja*^ neiro, et avaient construit des maisons, étant amis et confédérés des sauvages. Le roi d'Espagne et de Portugal, Philippe II, donna ordre au gouverneur de Paraîba de les chasser; mais celui-ci*, obligé de sa tenir sur la défensive , fut ti*op heureux de conserver à son mattre le château de Cabodello, que les Français avaient attaqué, et s'excusa de n'être point en force pour oser entre** prendre contre Rio-Grande» Dans la lettre qu'il écrivit à ce sujet à Philippe II , le gouverneur de Paralba disait que le comman-* dant de Cabodello avait été tué , mais que les Jrançqis avaient perdu leur chef, et que parmi les blessés se trouvait un parent du gouverneur de Dieppe ; il ajoutait que deux bâtiments fran-< çais, dont l'un était commandé par un nommé Rifoles, avaient été jetés à la côte, que leurs équipages s'étaient ligués avec les Indiens, et que l'on était menacé de voir venir de La Rochelle, Tannée suivante, une flotte considérable^.
Les Français ne s'en tenaient point dès lors au Brésil; ils exploraient les côtes d'un vaste pays limitrophe, duquel on racontait mille mer\'eilles, et où, depuis sa découverte faite en 1499 par les Espagnols, les voyageurs plaçaient Y El Dorado^
^ Laët.
* M. Teroaiix-Gompans a donné, dans sa Notice sur Ui Guyane franpaUe, un eitrait de la lettre du gouverneur de Paraîba, en date du 3 juillet 1596, d'aprèa une relation de la Colleriion d'Hachluyt, tome III, page 7 16, en ayant soin de faire observer que les noms franchis sont tellement estropiés dans cette relation, qu'il est impossible de les reconnaître, Le parent du gouverneur de Dieppe y est appelé Mifa; le personnage qui doit amener une flotte de La Rochelle s'y nomme le comte de Yilla-Dorca; RifTaut peut seul à peu près s'y reeonnaltre sous le nom de Rifoles.
véritable terre de promission du Nouveau-Monde qui devait donner à ceux que ses côtes marécageuses n'efifraieraient pas et qu'une courageuse persévérance ferait pénétrer dans les profondeurs de ses forêts, plus d'or et de diamants que n'en renfermait tout le reste du globe. Si VEl Dorado ne doit être accepté qu'au sens figuré, peut-être ne se trompait-on pas, et si For et les diamants peuvent se prendre pour les fruits du défrichement et de la culture, l'avenir apprendra aux hommes que les vieux voyageurs n'avaient point autant menti que l'ont dit quelques aventuriers qui, sur ces bruits flatteurs, allèrent à la Guyane uniquement dans la pensée d'y ramasser des diamants comme des caillons. Ces aventuriers, désenchantés de leurs folles espérances, devaient un jour faire tomber ce pays aussi bas dans l'opinion générale qu'il y avait été d'abord haut placé, et, par suite, il faudrait la lutte persévérante d'hommes sensés, d'observateurs judicieux pendant plusieurs siècles, pour ramener les esprits à la vérité, pour montrer qu'eflectivement derrière ces plaines marécageuses, produit présumable des lentes alluvions de la mer, derrière ce profond et monotone rideau de rouges palétuviere, qui couvre les côtes de la Guyane, il y avait la plus belle, la plus riche des végétations , tous les éléments de la fortune et du bien - être auxquels doit aspirer l'humanité, le grand El Dorado de la culture. Un gentilhomme calviniste du Poitou, Daniel de la Touche, chevalier, seigneur de la Ravardière, homme fort expert en la marine, et qui déjà était allé au Nouveau-Monde, eut l'idée d'équiper un navire à ses frais pour explorer les côtes orientales de l'Amérique du sud, encore fort peu connues dans une grande partie de leur immense ondulation, et pour y chercher un lieu où l'on pourrait à quelque jour fonder une colonie française. Beaucoup de gens se présentèrent pour l'accompagner, et entre autres l'apothicaire Jean Mocquet, homme d'un esprit investigateur et curieux, qui déjà avait fait un voyage à la côte occidentale d'Afrique et que les plus grandes mésaventures n'étaient pas capables de décourager. La Ravardière accepta c-e
compagnon de voyage, qui devait consacrer, dans une intéressante relation, la mémoire de son entreprise. Le navire étant prêt, La Ravardière leva l'ancre du Havre de Cancale, le 12 janvier 1604, et alla d'abord à l'île Chausé, dans le voisinage, attendre un vent propice pour prendre la pleine mer. A peine eut-il soufflé, le 24 janvier, que les voiles s' ouvrant pour le recevoir, le navire courut au sud-ouest sud-sud-ouest et passa la Manche en peu de temps. Le 10 février, il était en vue de Lancerotte aux Canaries. Longeant ensuite la côte occidentale du continent africain, pour y chercher un lieu convenable à séjourner, La Ravardière arriva à l'embouchure du Rio do Ouro , et envoya sa barque pour le sonder et savoir si son navire pourrait pénétrer jusqu'à une petite île de sable plate que 1 on avait découverte. On ne trouva que douze pieds d'eau, et le navire en tirait dix ; néanmoins on entra dans la rivière, la quille touchant quelquefois le fond; mais on évita tout accident, parce que la rivière était calme. On arriva donc à la petite île, située à environ cinq lieues dans l'embouchure du Rio do Ouro, et l'on y jeta l'ancre, le 15 février, pour y faire séjour et y réparer une patache utile à la suite du voyage. Cette île n'était point mentionnée sur la carte, et on lui donna le nom de la Touche, en l'honneur du chef de l'expédition. Les Français y restèrent près d'un mois, dans la seule compagnie des cormorans qui la fréquentaient en multitude; ce ne fut que cinq ou six joui*s avant d'en partir qu'ils virent quelques nègres, dont deux vinrent à bord du navire. Le 10 de mars, la patache étant réparée, La Ravardière remit à la voile, et gagna les îles du cap Vert; il mouilla jusqu'au 12 mare à celle de Brava, et y prit des rafraîchissements. Bientôt, laissant derrière lui les îles de l'Afrique et cinglant, par le vent le plus favorable, à travers l'Atlantique, il arriva à l'embouchure d'une immense rivière, le jour de Pâques fleuries de l'année 1604, environ trois heures avant la nuit. Dans ces parages, les marées couraient avec une étrange vitesse et un merveilleux bruit, dit Jean Mocquet, emportant avec elles nombre
d arbres et de plantes qu'elles déracinaient le long des côtes. Quand ils se virent au matin panni les flots grondants et furieuxy quoique le vent ne se fit pour ainsi dire pas sentir, ceux qui faisaient le quart commencèrent à crier que Ton était perdu, que l'on donnait sur des bancs. A ces cris, tout le monde se leva épouvanté ; mais le pilote, mieux avisé, ayant pris la sonde en main, trouva que Ton avait vingt-cinq brasses, et annonça, tout joyeux, que Ton était dans la rivière des Amazones, à près d'un degré en-deçà de la ligne. Cependant l'inquiétude n'avait pas encore entièrement dispaini, car, en sondant de nouveau, on ne trouva plus que neuf brasses, et à mesure que l'on avançait, qiioique lentement, dans l'espoir de découvrir la terre, 1(3 fond diminuait d'une manière sensible. Enfin La Ravardière vit une côte fort basse à Touest-sud-ouest, et fit poiler vers elle, non sans crainte d'écbouer ou de rester à sec : car le fond n'était que vase et l'on touchait à tous coups. Lorsque l'équipage était ainsi fort incertain du sort qu'il pourrait éprouver daqs c^tte immense rivière qui par sa largeur ressemblait à un bras dç mer, on aperçut un canot d'Indiens se diidgeant vers le navire. Ceux qui le montaient étaient entièrement nus et avaient la tête entourée de plumes. Ils ^'approchèrent sans crainte du bâtiment de La Ravardière, et dirent qu'ils venaient de la guerre du cap de Caiponr» voisin de la rivière des Amazones. Leur chef s'exprimait avec une telle gi*âce et des gestes si distingués, dit Jean Mocquet, qu'on Veut pris pour homme de conseil. Lorsqu'il eut discouru avec La Ravai'dière au sujet d'une terre peu éloignée^ qui était celle d'Yapoco ou d'Oyapock, il lui donna deux de ses Indiens pour le conduire à un bon mouillage. Laissant à gauche la rivière des Amazones, au-delà de laquelle, vers le sud, est le Brésil, et, en-deçà, ver? le nord, dit Jean Mocquet, le pays de Caripous et des Caraïbes, La Ravardière arriva, le 9 avril 1604, à la teiTe d'Yapoco, où son navire fut placé, par les soins des deux Indiens, à l'abri des courants. Le lendemain on mit pied à terre pour voir si l'on |)ourrait faire quelque trafic «ivec les
naturels qui, au bruit de la venue d'un navire étranger, étaient accourus de leurs habitations, et avaient suspendu sui* le rivage leurs amacas faits de cordes de palmier.
Afin d'encourager les Français et de Jeur offrir toute sécurité, le roi ou chef d' Yapoco, nommé Ânacaioury, leur donna deux de ses neveux en otage. Son peuple , qui était de la race des Indiens Caripons, avait une guerre terrible avec les Indiens Caraïbes. Ceux-ci mangeaient les Caripous ; mais les Caripous ne mangeaient pas les Caraïbes. Après avoir fait quelque commerce avec les Indiens Caripous de la terre d'Yapoco, La Ravardière résolut d'aller à la rivière de Cayenne , où étaient ces Caraïbes anthropophages dont on lui avait donné une si épouvantable idée. Mais avant qu'il eût fait lever Tancre, le chef Anacaioury vint à son bord, avec sa fenome, sa sœur, sa mère et un de ses neveux , à qui il devait remettre le pouvoir quand il aurait atteint sa majorité : car Anacaioury exerçait seulement une sorte de régence. Le roi mineur, que Ton s habitua à appeler Yapoco, du nom de son pays, entraîné par les récits d'un truchement des Françaisi avait témoigné un si vif désir de s'embarquer avec ceux-ci et de voir l'Europe, que ses parents l'amenaient sur le Aavire pom* le confier à La Ravar^ dière. Peut-être bien qu'au fond Anacaioury, tout en recommandant aux Français de ne pas laisser tomber son neveu aux mains des Caraïbes, n'était pas fâché de voir s'éloigner celui à qui, dans peu, il devait remettre le pouvoir. La Ravardière emmena donc le pauvre Yapoco, enfant d'un noble caractère, mais de qui la fortune devait éti*e si peu royale en France, comme on le verra pai- la suite.
Le 15 avril 1604, on leva l'ancre pour aller à la rivière de Cayenne^ rangeant la côte, qui était couverte d'une infinité d'arbres verts; le navire asséchant au reflux et se relevant pour continuer sa route au retour de la marée. Comme on approchait de la rivière de Cayenne, on fut reçu par un canot d'Indiens, parmi lesquels se trouvait Yago , frère de Camaria , chef des Caraïbes , qui, ayant aperçu le neveu d'Anacaioury^ ne sut d'aboi*d com-
ment înterpréter TaiTivée des Français. Néanmoins, Yago conduisit ceux-ci « dans cette rivière de Cayenne, qui est un beau et bon séjour pour les navires, dit Jean Mocquet, où il y a cinq à six brasses de fond , en quelques endroits davantage, et en quelques autres moins. » La Ravardière, qui avait en horreur les cruautés des Caraïbes envers leurs ennemis pour en avoir été témoin dans un premier voyage, ne voulut point descendre à terre , mais y envoya seulement quelques-uns de ses gens sous la protection du chef Camaria. Sur les entrefaites, Anacaioury était venu dans le pays avec son armée navale, avait fait une descente, ravagé les terres et enlevé une partie des habitants. Camaria, pour s'en venger, demanda aux Français qu'ils lui livrassent l'Indien Yapoco afin de le faire rôtir et de le manger, et comme on vit qu'il ne serait pas pinident pour l'instant de lui répondre par un
refus formel, on le laissa quelque temps dans l'espérance. Les Caraïbes firent des cérémonies en l'honneur de ceux de leurs compatriotes qui étaient morts dans le combat. Il y eut d'abord une Indienne qui , étant suspendue dans son hamac , fit entendre un chant non dépourvu de mélodie , puis qui raconta les prouesses de son époux défunt, comment il l'avait bien aimée, comment il était vaillant en face de l'ennemi, comment il excellait à tirer de l'arc et savait supporter les travaux de la guerre. Après quoi , un des Indiens descendit de son hamac et alla prier tous les autres de pleurer. Soudain ce furent des cris entrecoupés de sanglots à couvrir le bruit du tonnerre, s'il se fût fait entendre. A ces cris succéda un grand silence , et l'on se prépara à faire le festin des funérailles sur la fosse des époux, des parents et des amis morts dans le combat. Les corps des ennemis restés sur le champ de bataille en firent tous les frais avec de la chair de lézard et de crocodile mêlée à cette chair humaine rôtie. Une Caraïbe ofirit une main d'Indien Caripou à l'un des officiers du navire français, qui repoussa avec horreur cette part de l'abominable festin.
Cependant, La Ravardière fit équiper sa barque, le 18 avril
1604, pour aller reconnaître le fond de la rivière de Cayenne, et savoir d'où elle prenait sa source. On courut à la rame le long du rivage, dont l'aspect était fort agréable, et où il y avait mille sortes d'oiseaux qui faisaient entendre leur ramage varié à Tinfini. On fut fort incommodé par une multitude de moustiques encore plus importuns la nuit que le jour. Après environ vingtquatre heures de route, on parvint au fond de ce que Jean Mocquet appelle la rivière de Cayenne ; on vit un torrent qui, descendant d'uiie montagne, formait comme un lac, et après avoir passé par dessus un large rocher, allait tomber dans une fosse qui s'élargissait peu à peu, jusqu'à son entrée dans la mer. Quelques jours après, on alla reconnaître une autre rivière, dit toujoui-s Jean Mocquet, qui se sépare de celle de Cayenne, et court vers le sud-ouest. On la trouva encombrée de branches d'arbres, auxquelles s'attachaient comme de lourdes grappes d'huîtres, ce qui forçait à se tenir couché dans le bateau pour pouvoir pénétrer dans le canal. Le 29 avril, Jean Mocquet fut détaché par La Ravardière pour aller aux habitations des Indiens, avec Camaria, chef des Caraïbes, qui avait laissé sept ou huit des siens en otage. Il s'embarqua dans un canot, et entra dans une autre petite rivière fort étroite, plus encombrée encore que la seconde de branches d'arbres chargées d'huîtres. Ce ne fut pas sans beaucoup de peine qu'après avoir passé sous cet étrange berceau tombant presque partout à fleur d'eau, on arriva à l'habitation du chef Camaria. Jean Mocquet et un jeune charpentier. Tunique Français qu'il eût avec lui, mangèrent avec le chef et sa femme ; de crainte de ne point s'arranger de la manière de vivre des sauvages, le bon apothicaire avait eu soin de se munir de biscuit et d'une bouteille de vin, ce qui lui sourit fort après les fatigues qu'il venait d'éprouver. Camaria fit ensuite suspendre deux hamacs auprès du sien pour les Français. Jean Mocquet et surtout le jeune chaipentier ne dormirent pas d'un très bon sommeil, songeant à la cruauté de ces Indiens à qui la fantaisie pouvait prendre de se faire pour le lendemain un repas de chair française.
De temps à autre, Camarîa redoublait la terreur de ses hôtes en leur parlant d'Yapoco et de l'ardent désir qu'il avait de le tenir pour le manger. Outre cela, dit Jean Mocquet, il y avait dans ce logis un crapaud de la plus étrange et eflroyable grosseur, auquel Camaria adressait souvent des questions pour savoir ce que faisaient ses ennemis; « et crois, ajoute le naïf voyageur, que c'était plutôt en effet quelque diable qu'un crapaud. « Le lendemain pourtant, s'étant retrouvé en vie, Mocquet ne craignit pas d'aller à la recherche des simples, des bois précieux et des animaux étranges dans le pays. Puis il revint au navire, où l'on s'occupait de faire un chargement de bois d'aloës, de sandale et d'autres arbres, ceux-ci exquis pour l'odeur, ceux-là admirables pour le travail qu'on en pouvait tirer. On mit aussi à bord quelques-uns dés animaux les plus singuliers du pays, pour les présenter au roi de France. Jean Mocquet fit une collection d'oiseaux et particulièrement de perroquets. La Ravaitlière avait à son bord un jeune Indien Caraïbe appelé Atoupa, qui lui avait été donné par Camai'ia. Ypoira, le frère de cet enfant, vint supplier les Français de le i*endre à sa mère, dont il était la consolation, s'offrant d'aller en France à sa place. Voyant qu'il ne pouvait rien obtenir par ses prières, il s'écria qu'il voulait au moins accompagner son cher Atoupa, et qu'il se noierait plutôt que de le voir partir sans lui. La Ravardière reçut à son bord le jeune Caraïbe; mais à peine celui-ci fut-il embarqué, que la mère des deux enfants arriva dans un canot, poussant des gémissements à fendre le cœur ; la pauvre femme apportait avec elle l'arc, les flèches, les peintures et les hamacs de ses fils, qui étaient toute leur richesse et la sienne. Atoupa et Ypoira, fort affligés de voir leur mère mener un tel deuil à cause d'eux, prièrent La Ravardière de lui faire quelques cadeaux pour calmer sa douleur; mais ces présents la touchèrent peu ; l'infortunée resta sur le rivage jusqu'à ce que le navire eût levé Tancre, et, pleurant amèrement, elle ne s'éloigna que quand elle l'eût tout-à-fait perdu de vue. Le chef Camarîa était venu aussi au moment du départ, non pour réclamer les
deux jeunes Indiens Caraïbes, ses sujets, mais pour avoir Yàpoco rindien Garipou. Sa colère fut èxtrôme quand il vit qu'on né le livrait point à ses désirs d'anthropophage.
Parti le 18 mai 1604 de là rivière de Cayenne , La Rcivardièfè avait dessein de se rendre à l'Ile Sainte-Lucie; mais leS courants le portèrent vers le sud-ëudH)uest , à l'tle de Tabà^d^ puis du côté de Itle de la Trinité, et enfin de Ttlé Brdhchë; dans la partie orientale du golfe du Mexique, où Ton mouilla. On alla ensuite jeter Fancfe à l'île Marguerite^ jfrès d'une petite dèmetire qui avait été désertée aussitôt qùé les habitants avaient vu le natire s'appi^ocher. De là m se rendit à Cilmana en terre fernie, où Ton tfouvtt deux navires, l'un hollandais, l'autre anglais, qui trafiquaient secrètement avec les habitants , malgré les défenseë des Espagtiols, posséssetirs dii J)ays. Ayant levé l'ancJre de Cumana^ oïl côtoya de tiouvëaù les îles Bratiche et Marguerite^ et l'on fit routé pour débouqtier par les îles Vierges et Poftô- Rîco. Chemin faisant, La Hhvardière faisait renëttntre de bâtiments qui avaient l'air d'être ennemis, et que toujours il se préparait à recevoir en homme de cœur. Une grande gâléassë étant venue à toutes Voiles sur lui/ la nuit seule épargna un combat à son navire. Aprts avoir siiîtî la côte de Porto-Ricki, îl se f Oyait, avec joîé, éntrd en pleine mer, quand les Calmes et les bonaces lui dotinèrent la crainte que la famine tië se mît à son bord. Jean Mocquet fut obligé, à son grand désespoir, de sacrifier quelques-uns d^ oiseaux de sa collectiotl. Ce n'était là qu'un léger avant-cotil'eut de ce qui pouvait arriver; car déjà, ditil, on tenait conseil pour tirer au sort et savoir qui mangerait son compagnon. Les trois jeunes Indiens y eussent passé les premiers; môisl sur ces perplexités^ ajoute le vieux voyagent, il plut à la divine bonté d'envoyer au navire un bon vent qui le mena aux îles des Açores, où l'on prit des vivres et des rafraîchissements. On fit voile ensuite pour Cancale , en Brelagrte , où Ton arriva le 15 août de l'an 1604. Jean Mocquet fit présent à flenri IV des curiosités qu'il âraît apportées d'Amcri-
que ; et il fut fait garde des singularilês du roi aux Tuileries. Sa passion pour les voyages le conduisit, dès Tannée suivante , dans le royaume de Maroc. Deux ans après, il doubla le cap de Bonne -Espérance, visita la côte orientale d'Afrique, où il eut à supporter de grandes advereités; de là il fut conduit à l'île de Goa, et repassa en Europe en Tannée 1610, qui fut celle de la mort de son protecteur Henri IV. Aussitôt de retour, il part pour la Syrie et la terre-sainte, et quand il en revient c'est pour projeter un voyage autour du monde, voyage qu'il manqua toutefois à défaut d'un navire pour le conduire. Ses jours se terminèrent ensuite dans le repos, au milieu des singularités de toute espèce qu'il avait apportées aux Tuileries de ses diverses pérégrinations.
On ne sait pas quel fut le sort des deux Indiens Caraïbes. Quant à Yapoco, qui devait être le grand chef des Indiens Caripous, on le conduisit en Poitou chez madame de La Ravardière, qui se comporta avec lui fort peu humainement , et voulut le mettre à tourner sa broche. Yapoco, qui avait gardé uneame faite pour commander, se révolta à bon droit d'un aussi indigne traitement, et tous ses vœux furent désormais pour le jour où une occasion se présenterait de retourner dans sa patrie. Aussi sa joie fut- elle grande quand, à huit ans de là, il entendit l)arler du projet que foi-mait La Ravardière de faire un nouveau voyage en Amérique.
On se souvient de ce Français tourangeau , nommé Des Vaux, qui était resté au Brésil lors de l'expédition du capitaine Riffaut, dans la baie de Maranham, en 1594. Après s'être généreusement comporté en diverses et périlleuses rencontres , avoir fait un long séjour dans ces pays, en avoir reconnu la beauté et Texcellence , il retourna en France pour engager le roi à porter ses vues de ce côté , lui assurant que les Indiens du Maranham étaient disposés à reconnaître sa souveraineté, et à recevoir les principes du christianisme.
Henri IV desirait avoir des témoignages plus certains de la vérité
des choses que Des Vaux avançait; il s'adressa à La Ravardièi^e, dont il connaissait Texpérience, pour les obtenir. Le gentilhomme calviniste saisit cette occasion de revoir TAmérique comme une bonne fortune , et se chai^ea de faire un fidèle rapport de ce qu'il aurait vu au Maranham, pour qu'on agît ensuite en éonséquence. Il partit donc avec Des Vaux, resta six mois tant en l'île de Maranham qu'en la terre ferme avoîsinante, et revint en France pour confirmer auprès du roi l'opinion et les discours de son compagnon de voyage. Mais à son retour, il apprit la mort de Henri IV, et dut remettre à l'année suivante, 1611, de parler de cette afiaire.
La Ravardière n'ayant pas par lui-même les ressources suffisantes pour commencer une colonie au Maranham; n étant pas d'ailleurs très en faveur sous la régence en sa qualité de huguenot, et sachant combien peu l'État portait d'intérêt efifectif à ces sortes d'entreprises (car Richelieu n'était pas encore au pouvoir), chercha à s'associer quelques gens capables d'entrer dans ses vues et de le seconder. Il y avait alors une famille originaire de Touraine et en partie établie dans la Poitou qui était l'honneur renaissant de la marine française, si délaissée par les gouvemants depuis Henri II, mais n'attendant qu'un signal de Richelieu pour resurgir, comme aux plus beaux jours de François P^ Cette famille, dont l'écusson brillait de trois fleurs de lys d'argent, avait pris son nom du château de Razilli en Touraine, qui, de temps immémorial, lui appartenait. Elle se composait, au commencement du seizième siècle, particulièrement de trois frères, issus de François de Razilli, chevalier de l'ordre du roi, premier maître d'hôtel de la reine, gouverneur de Loudun, seigneur des Aumels et autres lieux, et de Catherine de Villiers de Lauberdière, de l'illustre maison de Villiers de l'Isle-Adam , à savoir : François de Razilli, seigneur des Aumels, gentilhomme de la chambre de Louis XIII, chevalier de l'ordre du roi, l'un des chefs^ • et conducteurs de l'expédition dont on va parler.. Claude de Razilli^ seigneur de Launay, et Isaac de Ra/jlli, chevalier de Malte, com-
mandeur de Ftle Bouchard, deux des plus habiles et intrépides marins du règne de Louis XIII ^ « La Ravardière s'adressa à François de Razilliy homme d'un rare mérite^ d'une grande con-^ duite dans les entreprises , fort désireux de la gloire de la France^ et certiiinement déjà au fait de la navigation, pour concourir à son objet. L'idée sourit au gentilhomme de la chambre du roi : il en parla à plusieurs seigneurs de la cour^ et particulièrement à Nicolas de Harlay-de-Sancyi baron de la Molle et de Gros-Bois, qu'il décida à entrer, en tiers, avec lui et La Ravardière , dans l'entreprise projetée. Sous leurs auspices une compagnie se forma. Tous trois furent nommés par la régente lieutenants généraux pour le roi aux Indes occidentales, et ten*es du Brésil ; Marie de Médicis leur donna en outre ses étendards et sa devise, comme une preuve de l'intérêt qu'elle portait à leur projet, intérêt bien éphémère pourtant, comme on en jugera. Plusieurs pères capucins furent choisis pour les accompagner et travailler à l'établissement de la foi au Brésil. Les deux frères de François de Razilli , Claude , qui était alors capitaine de vaisseau, et Isaac, qui avait dès longtemps fait ses caravanes sur les galères de Malte, se joignirent à lui et aux deux
1 Isflae de RazlIII était prob&bléin^t «ntré dans Fordrd d« Malte apv'ètf la ftiort d'on qaatriôme frère, Gabriel de Raxilli, reçu chevalier en 1&91. Ces Raiilli ont été Tobjet d'une grande difTusion de la part de tous les historiens, qui n'en ont fait en général qu'on seol et même tndivlda. appelé inAfféremroetit le chevalier oa le oôoiniaiiâetrr de Razilli. M. Ternaux-Compans, dans sa Notice sur la Guyane, est en dernier lieu encore tombé dans Terreur commnfle, et, quatid il fait dii cottimandeur de Razill! Tan des lientenanta généraux de rexpédttion du Maraoham , II n'aura pas pris garde à la réponse de François de Razilli au chef indien, dans laquelle ce personnage dit qu'il a quitté sa femme et ses enfants pour tenir an Brésil, {tlehtiifn de Claude d'Mbevillë,) Nous étions Dons-mêiDe , à peu de ehose près , dans l'erreur générale , quand , voulant consacrer une page spéciale aux Razilli, nous avons dû faire des investigations toutes particulières sor cette famille* Nos recherches n'auraient peaf-étre abonti qo'à nous foire distln* guer le chef d'escadre et le vice-amiral sons Louis XIU du lieutenant général an Brésil, si nous n'eussions eu la pensée de nous adresser au Collège héraldique, qui , par Tintermédiaire aassi éelaifé qu'obligeant de M. le mardis de Magny, son direetenr, a mis à fMitre disposition les titres les plus authentiques et les plus précieux sur la famille de R<izilli, entre autres une généalogie manuscrite dressée par Chevllhird. C'est, de compte fait , le second service biltoricfne de la plus haute importance que nous devons au CùUége héraldique àixns le cours de cet ouvrage. Si nous n'eussions craint d'être indiscret, peut-être lui en aurions-nous dû beaucoup d'antres.
autres généraux, ainsi qu'un assez grand nombre de gentilshommes de Normandie, de Poitou, de Touraine et de Paris.
Trois navires furent armés à Cancale : l'un, nommé le Rigenty portait François de Razilli et La Ravardière , qui avaient à leur bord Des Vaux et Tlndien Yapoco; le second, appelé la CharlouCf faisant l'office de vice-amiral , devait être monté par le baron de Sancy, et le troisième, appelé la Sainte-Anne^ avait pour commandant Claude de Razilli. Le 19 mars 1612, on fit voile de la rade de Cancale, au bruit dés canons et des fanfares. Tout à coup le vent, qui était à l'est, sauta au nord-est, puis varia avec rapidité du sud-ouest au sud, et au sud-sud-ouest. Une tempête affireuse se déclara. Les navires furent séparés : le Régent alla se réfugier à Plymouth, la Charlotte à Darmouth, et la Sainte-^Anne kfalmovith. Les deux derniers vinrent ensuite se rallier à Tamiral, et, le 23 avril, tous trois ensemble firent voile de Plymouth. Le temps étant redevenu propice, ils arrivèrent promptement aux Canaries, gagnèrent la côte de Barbarie, doublèrent le cap de Bojador, mouillèrent au Cap - Blanc , donnèrent la chasse à quelques navires portugais, côtoyèrent la Guinée, et, le 13 juin 1612, se retrouvèrent sous la ligne. « Ceux qui ne l'avaient pas encore passée durent payer en ce jour le tribut commun. On les arrosa d un beau seau d'eau de la mer qu'on leur jeta sur la tête, ou bien on leur plongea par trois fois la tête dans une barrique pleine de cette eau, et on leur donna aussitôt après le mot de sauvegarde pour l'avenir, avec promesse de ne le révéler jamais, si ce n'est à ceux qui passeraient la ligne. » La ligne passée, on alla mouiller à l'île Femandez-de-Noi'onha pour s'y rafraîchir, et Ton y séjourna quinze jours ; ou en partit le 8 juillet, et, trois jours après, on commença à découvrir les terres du Brésil ; rangeant la côte, on passa par le travers de la baie de Moucouru ; on doubla le cap de la Tortue, lieu très beau et merveilleusement agréable, dit le P. Claude d'Abbeville, et l'on arriva à un îlot à rentrée de la baie de Maranham, que les Indiens appelaient f/paonmtry, et qui fut nommé Sainte-Anne à cause de la fête du
jour. Pendant que les lieutenants généraux se préparaient à faire planter solennellement la croix dans cet îlot, Des Vaux fut envoyé à File de Maranham, distante de douze lieues, pour s'y entendre avec les Indiens au sujet de la venue des Français. Outre les paroles d'alliance qu'il rapporta, il annonça que deux navires de Dieppe, CQmmandés par les capitaines Gérard et du Manoir, étaient au mouillage de Jeviré. Tout de suite Razilli appareilla a^ec le Régent pour ce port de la grande île, et, le 6 août, il y fiit rejoint par la Charlotte et la Sainte^Anne. On mit pied à terre. Razilli se prosterna avec tous les Français ; un Te Deum fut entonné, et une solennelle procession fut faite avec accompagnement de cantiques. Tout le monde s'embrassait, se félicitait et versait des larmes en prenant possession de ce pays au nom du ciel et de la France. Il y eut un grand festin dans une loge qu'avait fait construire le capitaine du Manoir, « festin aussi magnifique qu'on l'aurait pu faire en France, où il y avait abondance de gibier, et autres viandes accommodées à la façon des Français ; il n'y manquait de bon vin , non plus que de bons entremets et des meilleures confitures pour le dessert, » dit le révérend P. capucin Claude d'Abbeville. Cependant les Indiens, qui étaient Tupinambas, ne pouvaient se lasser de voir les Français ; ils venaient continuellement leur faire des visites et les assurer de leur amitié. Ceux qui ne pouvaient entrer regardaient à travers les fentes de la loge , mais sans trop d'étonnement. Razilli, avec une petite embarcation, alla reconnaître, à une lieue et demie de Jeviré , un endroit qu'on avait déjà remai-qué, pour y établir un fort. 11 n'y trouva aucune habitation ; mais les Indiens vinrent aussitôt y construire des cabanes avec des branches de palmier , pour que les Français y fussent à couvert. Us défrichèrent un plateau sur une colline , et le mirent en état de recevoir un pavillon et un autel portatif, en attendant qu'on eût édifié une chapelle; une messe y fut célébrée. Les Indiens ne laissaient pas les Français manquer de vivres, et, sous tous les rapports, on avait beaucoup à se louer d'eux. Razilli et La Ravardière choisirent l'emplacement du fort qu'ils projetaient sur
une haute montagne , à la pointe d'un rocher inaccessible , qui commandait bien loin aux alentours et avait vue surtout, d'autant plus redoutable qu'il était presque environné de deux rivières profondes et spacieuses ayant leur embouchure dans la mer ; au pied de ce rocher se trouvait le seul poil de la haute ile de Maranham qui pût recevoir et abriter des bâtiments de mille à douze cents tonneaux. Enfin , auprès de ce lieu, était une belle et grande place où il y avait plusieurs fontaines et rivières, et se trouvaient des bois de construction, des terres propres à faire de la brique, et tous les éléments nécessaires à l'édification d'une ville. A peu de distance étaient de délicieux bocages de palmiers, de myrtes, de gayacs et d'arbres de merveilleuse hauteur, dans lesquels se jouaient une multitude de sapajous. Ce ftit donc en ce lieu que Ton se décida à fonder un établissement. Les Indiens ne travaillèrent pas au fort avec moins d'activité que les Français. Ils construisirent dans le bois voisin une grande loge longue pour qu'elle servît à ceux-ci d'habitation provisoire, et une autre auprès pour qu'on y célébrât l'oflBce divin. Cela ftit nommé couvent de Sainfr-François. Plusieurs Français aimèrent mieux aller se loger chez les Indiens que de rester au fort ou dans la grande loge, et on les y autorisa*
Pendant que l'on était encore campé sous les arbres au bas du fort, Japy-Ouassou , chef de Juniparan et grand bourouvichavé (chef) de l'île de Maranham , envoya prier Razilli de se trouver au Carbety lieu de réunion des Indiens, avec les principaux du pays et d'y faire tendre son lit , suivant leur coutume , afin de traiter de choses importantes et d'entendre la hai*angue qu'il avait à lui faire. Razilli ne manqua pas au rendez-vous. Japy-Ouassou lui adressa ce discours, qui fut fidèlement traduit par un interprète dieppois, nommé Migan :
i< Je suis très aise, vaillant guerrier, que tu sois venu en cette terre pour nous rendre heureux, et nous défendre de nos ennemis. Nous commencions déjà à nous ennuyer de ne pas voir venir des Français guerriers, sous la conduite d'un grand bourouvichavé, pour habiter cette terre, et déjà nous délibérions de quitter cette
côte, d'abandonner ce pays , par la crainte que nouB avions des P^o (c est ainsi qu'ils appelaient les Portugais), nos mortels ennemis, et de nous en aller si loin dans les terres que jamais chrétien ne nous eût vus, étant résolus de passer le reste de nos jours privés de la compagnie des Français, nos bons amis^ sans plus nous soucier des serpes, des haches, des couteaux, ni marchandises, et de nous remettre à Tancienne et misérable vie de nos ancêtres, qui cultivaient la terre et abattaient les arbres avec des pierres dures. Mais Dieu nous a regardés en pitié, t'envoyant ici, non comme les Dieppois ^ qui ne sont que pauvres mariniers et mai*chands, mais comme un grand gueirier qui nous amène beaucoup de braves soldats poui* nous défendre, avec des Pay (prêtres) et prophètes pour nous instruire en la loi de Dieu. Tu acqueiras un grand i*enom d'avoir quitté un aussi beau pays que la France, ta femme, tes enfants et toute ta famille, pour venir habiter cette terre. Quoiqu'elle ne soit pas aussi belle que la tienne, quand lu auras considéré tout ce qu'elle offre, du gibier, des fruits, la mer et de belles rivières remplies d'une infinité de poissons, un brave peuple qui t'obéii'a et te fera conquérir toutes les autres nations voisines, cela te contentera; tu t'accoutumeras à nos vivres et trouveras que notre farine ne le cède guère à ton pain, dont j'ai souvent mangé. Pour ce qui est des bâtiments, forteresses et autres ouvrages des mains , nous y travaillerons tous, afin que tu sois fort et puissant contre tout le monde ; et nous mourrons avec toi. Puis nos enfants apprendront la loi de Dieu, vos arts et vos sciences , et se rendront avec le temps semblables à vous ; alcH^ on fera des alliances de paît et d'autre, si bien que dans la suite on ne nous prendra plus que pour* Français. Au reste, je suis grandement satisfait que tu nous aies amené les Pay et prophètes, cai*, lorsque les maudits Pero nous faisaient tant souffîrir de cruautés, ils nous reprochaient de ne pas adorer Dieu. Comment donc pourtant l'aurions-nouë
* 11 faisait sans doute allusion aux navires dieppois que l'expédition avait trouvés à Maranliain.
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adoi-éy sans qu ou nous eût enseigné auparavant à le connaître, à le prier et Fadorer? Nous savons aussi bien qu'eux, qu'il y en a un qui a créé toutes choses, qui est tout bon, et que c'est lui qui nous a donné l'âme immortelle. Nous croyons qu'à cause de la méchanceté des hommes, Dieu envoya le déluge pai* toute la terre pour les châtiei*, et réserva seulement un bon père et une bonne mère, de qui nous sommes sortis. Et n'étions qu'un vous et nous. Mais Dieu, quelque temps après le déluge, envoya ses prophètes portant barbes, pour nous faire instruire de sa loi. Ces prophètes présentèrent au pèi*e de qui nous sommes descendus, deux épées, l'une de bois, l'autre de fer, et lui dirent de choisir. Notre père trouva l'épée de fer trop pesante et choisit celle de bois. A son refus , le pèro dont vous êtes sortis fut plus avisé , et prit l'épée de fer. Depuis ce temps , nous fûmes misérables. Les prophètes voyant que ceux de noti-e nation ne les voulaient pas croire s'envolèrent au ciel, laissant les marques de leurs personnes et de leurs pieds gravées avec des croix dans la roche qui est auprès de Poiyioti. Après cela, la divei'sité des langues se mit parmi nous qui n'en avions qu'une auparavant; au point que ne nous entendant plus, nous nous sommes sans cesse massacrés et mangés les uns les autres, le diable Jerapary se jouant de nous. Pour mettre le comble à nos malheurs, les Pero sont venus prendre notre pays; ils ont épuisé cette grande et ancienne nation ; ils l'ont réduite à ce petit nombre que tu peux savoir. A présent pourtant nous ne craignons plus rien, puisque te voici, et que tu rétabliras, avec ta bonne nation, la nôtre aussi grande qu'elle a été autrefois, l'ai une entièro confiance en ta bonté ; car, sous ton air guerrier, tu laisses voir des manières pleines de douceur et un personnage fait pour nous gouverner avec beaucoup de sagesse. Là-dessus je te dii*ai mon avis: c'est que quand un homme est né gi-and et avec de l'autorité sur les autros, il doit avoir d'autant plus de douceur et de magnanimité ; car les hommes, et principalement ceux de cette nation, se rendent beaucoup plus aisément à la douceur qu'à la violence.
En ce qui me concerne, j'ai toujours suivi cette règle vîs-à-vis de ceux sur qui j'exerce le commandement, et toujours je m'en suis bien trouvé. Cette douceur, je l'ai aussi remarquée chez les Français, S'il en eût été autrement , nous nous fussions tous en allés dans les bois , où l'on n'aurait pu nous suivre, et où nous aurions vécu de fruits et de racines que Dieu nous a donnés. A l'égard de nos façons d*agir, comme de tuer nos esclaves, nous nous en rapporterons à toi. Les Pero nous ont autrefois massacrés et ont exercé beaucoup de cruautés sur nous, seulement à cause de nos lèvres percées et de nos longs cheveux , nous faisant raser en signe d'ignominie. Tu nous diras en cela ce que sont tes volontés et nous les suivrons en tout point. »
L'interprète ayant traduit, comme on vient de le reproduire, le discours du chef indien, Razilli répondit en ces termes qui fiirent traduits en langue tupinamba :
i< Je loue grandement ta sagesse , ancien ami des Français, de ce que , considérant la misère et l'aveuglement de ta nation, non seulement en ce qui concerne la connaissance du vrai Dieu , mais aussi des choses nécessaires au bien-être de l'homme , tu te réjouisses de ma venue et du dessein que j'ai d'habiter ton pays. Car c'eût été une véritable calamité que ta nation, qui a été autrefois si grande et si redoutée, et qui est à présent si petite, fût entièrement perdue dans des déseits lointains , en la possession de Jeropary ; qu'elle fût privée non seulement de la belle lumière et connaissance de ce grand Toupan (Dieu), mais encore des relations avec les Français qui vous ont toujours fourni des marchandises durant les persécutions que vous ont fait souffrir les Pero. Mon roi s'est senti t ellement ému de compassion pour vous qu'il m'a envoyé pour vous assister, tant par nK)n courage et ma conduite que par le courage et la conduite de ces braves Français que je vous ai amenés. Ce ne sont ni les richesses ni la beauté de ton pays qui m'ont attiré ici, n'y ayant sous le soleil pays plus beau ni plus riche que la France; ce qui m'a amené, c'est le désir qu'après votre vie vos âmes soient préservées de la damnation éternelle et des tourments
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de Jeroparyy et conduites dans le ciel avec Dieu et les chrétiens, ses enfants. C'est aussi le désir de vous enlever la crainte, pour vos biens et pour vos familles , des invasions ennemies. Je n'ai eu regret de quitter mon pays, ma femme ^ mes enfants * ni mes parents ; et tant que je verrai en vous la volonté de servir et d'adorer le vrai Dieu , d'être fidèles et obéissants aux Français, je ne vous abandonnerai point. Quant aux commodités de la vie que tu dis que j'ai laissées dans mon pays, à la vérité elles sont grandes. Les forts que toi et les tiens vous m'aiderez à bâtir seront votre sûreté et votre retraite aussi bien que la mienne. Notre établissement sera le bien de votre pays et de votre postérité qui désormais sera semblable à nous et saura toutes les belles choses que nous savons. Tous les Français et moi sommes prêts à exposer nos vies pour empêcher les Pero, de la cruauté desquels tu m'as parlé, d'aborder jamais en ce pays. Pour ce qui est des erreurs anciennes que vous pratiquez par ignorance, comme de tuer vos esclaves et de les manger , vous savez ce que vous avez tous promis avant que je vinsse en votre pays : je fuirai votre terre si vous ne vous défaites de cette coutume diabolique qui est contraire à la volonté de Dieu. Votre manière de porter les cheveux longs n'a rien qui me soit désagréable , et j'aimerais même à vous la voir conserver. Je vous laisse entièrement libres de percer vos lèvres pour y attacher des pierres , quoique je ne fusse pas fâché de vous voir abandonner cette folle coutume. J'approuve vos danses quand elles ont pour but de vous désennuyer, comme nous faisons nous-mêmes. Je n'établirai point d'autres lois parmi vous que celles de Dieu et celles que nous pratiquons en notre pays. J'aurai soin que mon gouvernement soit toujours raisonnable et très doux , et en cela tu n'as point mal jugé mon humeur. Mais, de votre côté, il faut aussi que vous vous rendiez traitables et que vous vous montriez bons pour les Français; car je ne suis pas venu pour les méchants ni les enfants de Jeropary ; je suis venu pour les bons et pour ceux
* Cette seule phrase aurait dû avertir les auteurs que le Razilli, dans la bouche de qui le P. Claude d'Abbeville place ce discours, n'était point le commantleur de Malle.
qui voudi*out entendre les pay, et obéir à leurs commandements. »
Après ce discours , Razilli donna la parole à Tun des missionnaires qui parla de Dieu et de la vie future, et du désir que les pay avaient de convertir les Indiens. Un long dialogue s'engagea entre le chef Japy-Ouassou et les PP. capucins; l'Indien ne laissa pas que d'user de beaucoup de subtilité » et dut mettre quelquefois les révérends PP. dans un certain embarras pour lui répondre. On remarqua dans ce dialogue que le chef Japy-Ouassou , qui était fort âgé , dit que les Français trafiquaient avec les habitants de ce pays depuis quelque quarante et tant d'années.
Le Père Claude d'Abbeville raconte, dans sa relation, Thistoire d'un Français, dont il tait, dit-il, le nom pour plusieurs raisons, qui s'était autrefois fait passer chez les Indiens comme étant descendu du ciel, et comme celui qui faisait luire le soleil et ûuctifier la terre. Après avoir assez longtemps abusé les Indiens , il fut dépouillé de sa divinité menteuse par un autre Français qui éclaira les sauvages sur son compte. Une révolte éclata contre sa personne, et il fut tué d'un coup de flèche dans un assaut que les Portugais de Fernambouc donnaient, de concert avec lui, à une bourgade indienne , nommée Houyapa.
Cependant, avec l'aide des Indiens, le fort élevé par les Français dans File de Mai'anham commençait à prendre un certain aspect. Un jour de grande solennité , où l'on planta la croix et où l'île fut bénite , François de Razilli donna à ce fort le nom de Saint-Louis, en l'honneur de Louis XIII; il donna en même temps au havre, qui était au pied , le nom de port Sainte-Marie , tant à cause de la nativité de la Vierge qui se célébrait ce jom*-là , qu'en l'honneur de Marie de Médicis, reine régente de France.
Les Indiens n'avaient pas encore paru prendre d'ombrage des fortifications qui se dressaient dans leur île , et les missionnaires allaient, sans rencontrer de contradiction, dans tous leurs villages, dressant des croix et baptisant des enfants, quand, pour la première fois, un Indien, nomme Momboré - Ouassou , âgé
dit la chronique de Claude d'Âbbeville, de plus de neuf vingt ans , reprocha aux Français de faire ce qu'avaient autrefois fait les Poitugais.
« J'ai vu, dit ce vieillard, rétablissement des Pero à Fernambouc et Potion. Les Pero ont commencé tout à fait ainsi que vous autres Français faites maintenant. Au commencement , ils se contentaient de trafiquer avec nous , sans paraître vouloir s'habituer au pays; après ils dirent qu'il fallait qu'ils s'habituassent, et qu'ils avaient besoin de faire des forteresses pour nous défendre , et de bâtir des villes pour demeurer tous ensemble , prétendant qu'ils ne désiraient être qu'une même nation avec nous. Ils firent venir des pays qui plantèrent des croix. Ils demandèrent des esclaves pour les faire travailler : on leur en donna ; mais ils dirent qu'ils n'en avaient point assez, et nous forcèrent à notre tour à travailler pour eux, si bien qu'ils soumirent à la captivité tout le pays. De même, vous autres Français, quand vous veniez autrefois, ce n'était que pour trafiquer avec nous. En ce temps-là , vous ne parliez pas de vous habituer ; vous vous contentiez de nous venir voir tous les ans une fois , et chaque fois de rester quatre à cinq lunes seulement avec nous. Maintenant, pour vous étàblhr au pays , vous nous avez persuadé de faire des forteresses , disant que c'était pour nous défendre contre nos ennemis. Vous nous avez amené ,un bourountchavé (un chef) et des pays (des prêtres). Vous avez planté des croix ; vous conunencez à instruire et à baptiser comme les Pero. Vous ne vouliez point au commen*cement avoir d'esclaves , et maintenant vous en demandez. Vous voyez bien que vous faites en toutes choses comme les Pero. »
Des Vaux à qui s'adressait plus particulièrement ce discom'S , répondit de son mieux pour atténuer le fâcheux efiet de la comparaison faite des Français avec les Portugais, en présence d'un grand nombre d'Indiens. Néanmoins les esprits furent ébranlés et quelques germes de division se manifestèrent au milieu d'eux ; il y eut, si l'on peut s'exprimer ainsi, un parti national et un parti français dans l'île de Maranham. François de Razilli crut devoir
s'îiîteTi)oser lui-même , et parcourat l'île pour éteindre ces fâcheuses manifestations ; mais nulle part, on doit lui rendre cette justice aussi bien qu'à La Ravardière, il ne pei*sécuta à la façon des Portugais, et s'il ramena les esprits contraires à ses desseins, ce fut par la douceur bien plus que par la force.
Voyant que la majorité des Indiens de l'île de Maranham restait disposée à la soumission, les lieutenants généraux envoyèrent Des Vaux dans quelques villages en terre ferme pour en préparer les habitants à reconnaître la souveraineté de la France, Des Vaux eut quelques succès qu'on peut appeler diplomatiques, quoitpi'il s'agisse de peuplades sauvages ou passant pour telles, à Tapouytapère, à Comma et dans plusieurs autres lieux.
Le fort Saint-Louis étant à peu près terminé , La Ravardière et François de Razilli en l'absence de leur collègue Harlay de Sancy, qui était, à ce qu'il paraît, presque tout de suite retourné en France avec son navire, résolurent d'assembler les principaux d'entre les Indiens pour leur faire solennellement reconnaître la souveraineté du roi de France. Le 1*^ novembre, jour de la Toussaint, les chefs indiens se réunirent en conséquence au fort Saint -Louis pour assister à l'inauguration du grand étendard de France. On alla chercher cet étendard avec toute la pompe qu'on put déployer. Les tambours et les trompettes marchaient en avant, suivis de la compagnie française en bon ordre; venaient après six des principaux Indiens revêtus de casaques bleues à croix blanches devant et derrière, portant sur leurs épaules l'étendard dont La Ravardière et de Razilli tenaient les bouts chacun d'une main. Les deux lieutenants généraux étaient accompagnés de tous les gentilshommes de l'expédition et suivis de tous les équipages des navh'es. Quand on fut arrivé, La Ravai*dière et Razilli haranguèrent tour à tour les Indiens, leur rappelèrent l'alliance qui existait entre eux et les Français et les promesses qu'ils avaient faites d'être fidèles à ceux qui les défendraient contre les Portugais. Les principaux Indiens répondirent à ces discours, qu'ils suppliaient le roi de France de
prendre possession de leui* pays, et plantèrent de leurs mains letendai*d fleurdelisé. Le même jour La Ravardière et François de Razilli, agissant tant en leur nom qu'en celui de Harlay de Saiicy, promulguèrent des lois fort sages, qui avaient surtout pour Ihit d'imposer aux Français de respecter l'honneur et la fortune des Indiens.
Dans ce temps, François de Razilli fut prié par les principaux colons, qui connaissaient son influence pour supérieure à celle de La Ravardière, de passer en France pour y aller chercher des secours. Il était r&me de la colonie naissante, tant à cause de l'avantage qu'il avait sur La Ravai*dière d'être catholique et de la religion de la majorité , qu'à cause de ses talents et de son activité. Le concours de ses deux frères, Claude et Isaac, lui prétait encore une nouvelle force. La Ravardière , bien qu'homme ^age et plein de reserve , était beaucoup moins du goût de tout le monde ; il avait beau se tenir à l'écart de tout ce qui se passait en fait de religion, il était impossible que dans une entreprise où les missions catholiques avaient une part si considérable, on ne lui reprochât pas au fond jusqu'à sa réserve même qui devait étonner les Indiens et leur indiquer que l'union n'existait pas en tous points entre les chefs des Français. La Ravardière, en cœur dévoué aux intérêts d'un établissement qu'il avait le premier contribué à former, prit d'avance le généreux parti de remettre ses pouvoii's de lieutenant général pour le roi à son collègue François de Razilli, aussitôt que celui - ci serait de retour de France , et il s'y engagea par un acte authentique, fait au fort Saint-Louis de Mai-anham à la fin du mois de novembre 1612.
« Ayant reconnu, dit La Ravardière dans cet acte, la bonne et sage conduite de M. de Razilli en toutes sortes d'afiaires, tant * envers les Français qui ont été sous notre charge, qu'envei'S les habitants de ce pays ; outre le courage et la constance dont il est doué pour maintenir cette colonie, ensemble la fidélité dont il a toujours usé en mou endroit ; sachant combien la diversité des chefs a coutume d'apporter de confusion en un état, non seule-
ment parmi les Français qui, de leur naturel, sont variables et sujets à changements, que parmi ceux de ce pays, qui pourraient diviser leurs affections en voyant deux ou trois chefs : ces justes et importantes considérations m'ont convié et fait résoudre, pour ôter tous obstacles et pour que cette colonie puisse mieux florir en paix et tranquillité, de me retirer en France de ma pure et franche volonté, au retour du voyage que va faire M. de Razilli, mon compagnon, et là recevoir le revenu qui m'appailient en ma part, selon le contrat passé entre nous devant Pacqué, notaire à Paiîs, le 6 octobre 1610, et suivant la promesse solennelle qu'il m'a faite et de bouche et d'écrit, de me le conserver à jamais à moi et aux miens légitimes. Et dautant que par l'article porté dans ce contrat, il est dit que quand deux se porteront d'un avis, il faut que le tiers s'y accorde, mon avis est que le sieur de Razilli demeure seul chef dans les Indes pour commander en la colonie, »
Après avoir accepté, pour son retour, le gouvernement de la colonie, François de Razilli appareilla, le 7 décembre 1612, sur le Réfienty emmenant avec lui six Indiens qui allaient faire hommage et ofliîr leurs services au roi Louis XIII. Entre autres Français qui s'étaient embarqués pour retourner en France, se trouvait le P. Claude d'Abbeville, qui laissait ainsi à son confrère le P. Yves d'Évreux, le soin de recueillir la suite de l'histoire de la colonie française à Maranham. Le Régent fut très contrarié par le temps dans sa traversée; et, le 16 mars 1615, lorsqu'il touchait au port du Havre-de-6râce, il faillit disparaître dans une furieuse tempête. Il fut sauvé pourtant, entra dans le port, et ceux qui le montaient débarquèrent au milieu d'un concours immense de peuple. Une magnifique réception fut faite à François de Razilli, qui se rendit ensuite à Paris. Les Indiens qu'il avait amenés furent l'objet de la curiosité des Parisiens, mais d'une curiosité mêlée de beaucoup d'attentions et de prévenances. Ils furent présentés à la régente et au roi, qu'ils haranguèrent dans leur langue. Trois d'entro eux moururent peu apros leur arrivée :
on les avait baptises sous le nom de François, de Jacques et d'Antoine. Les trois qui survëcurent, également baptisés, avaient été nommés Louis-Marie, Louis-de-Saint-Jean et Louis-Henri.
On ne sait ce qui retint François de RaziUi en France. Le Rigeni fut i*envoyé par lui à Saint-Louis de Maranham, sous la conduite d'un capitaine nommé Prat ou du Prat , qui amenait quelques secours et plusieurs gentilshommes de haute distinction.
Tout alla assez bien pendant quelque temps dans la colonie. On acheva le fort; on en construisit de nouveaux, et l'on creusa des fosses. Quelques excursions furent faites sur le continent voisin , et l'on en ramena une troupe considérable d'Indiens. Pendant que La Ravardiëre se disposait lui-même à faire une importante expédition le long des côtes jusqu'à la rivière des Amazones, où il était déjà entré, mais par un autre chemin, lors de son voyage de IGUi à la Guyane j il envoya le capitaine Maillard , de Saint-Malo , à la rivière de Miari, avec quelques Français et un chirurgien excellent botaniste, pour y faire la découverte de territoires qu'il avait entendu beaucoup vanter par les Indiens. Le capitaine Maillard, ayant remonté la rivière de Miai*i et passé une longue et large plaine couverte de joncs et de roseaux , en y marchant enfoncé jusqu'à la ceinture, parvint à cette terre où s'était i^etiré alprs un des plus grands sorciers ou barbiers du Maranham avec quarante ou cinquante Indiens. Cet imposteur fort adroit persuadait à tous les Tupinambas qu'il avait un esprit qui faisait soilir de la terre tout ce qu'il voulait. D'un autre côté, un officier français, nommé de Pezieux, avait été envoyé à la rivière de Ouarpy pour y découvrit* des mines d'or et d'argent.
Quand de Pezieux fut de retour, La Ravardière résolut de mettre immédiatement à exécution son projet de la rivière des Amazones. Dès que la nouvelle s'en répandit, tous les Indiens de l'Ile et des environs furent en mouvement, « car, remarque le P. Yves d'Evreux, il n'y a nation au monde si encline à la mer et à faire nouveaux voyages que ces sauvages brésiliens ; des quatre et ein(| cents lieues ne leur sont rien, pour aller attaquer leurs ennemis et
gagner des esclaves. » Ils firent de grands préparatifs pour accompagner les Français dont l'esprit aventureux leur plaisait fort, et qu'ils aimaient surtout à suivre. Ils construisirent des canots de guerre dont le même Yves d'Evreux a fait une description. « Ce n'est qu'un arbre, dit-il, auquel, après qu'ils l'ont coupé par le pied et bien ébranché, ils ne laissent que le corps bien droit d*un bout à l'autre ; ils fendent et lèvent l'écorce avec quelque peu de la chair de l'arbre , environ la largeur et profondeur d'un demipied ; ils mettent le feu dans cette fente avec des copeaux bien secs qui brûlent à loisir le dedans de l'arbre, et, à mesure, ils grattent le brûlé avec une tille d'acier, et poursuivent cette façon de faire jusqu'à ce que tout l'arbre soit creusé, ne laissant d'entier quje deux doigts d'épaisseur; puis, avec des leviei'S, ils lui donnent la forme et la lai*geur; et ces canots de guerre sont quelquefois capables de porter deux ou trois cents personnes avec lem's provisions. Us voguent à la rame par le moyen de jeunes hommes forts et robustes, choisis pour cela, chacun tenant son aviron de trois pieds de long, poussant l'eau en pique et non en travers. >»
Le 8 juillet 1613, après avoir délégué ses pouvoirs de gouverneur à de Pezieux, La Ravardière partit du port Sainte-Marie de Maranham sur une grande barque que suivaient de nombreux canots. Il emmenait avec lui quarante soldats et dix matelots, et, pour s'assurer des dispositions des Indiens en son absence, il se faisait accompagner de vingt des principaux d'entre eux, tant de l'île de Maranham que de Tapouytapère et de Gomma en terre ferme. Il avait sans doute aussi avec lui son Indien Yapoco, vere le pays duquel il allait. Il passa à Gomma, où plusieurs canots indiens l'attendaient ; de là il se rendit aux Gaietés (Gayeto), où l'on comptait vingt villages d'Indiens Tupinambas. Il séjourna en ce lieu près d'un mois , et renvoya sa barque à Saint - Louis de Maranham, avec soixante esclaves qui venaient de lui être donnés. Peursuivant hardiment sa route en canot indien , il arriva à la rivière de Para dont les bords étaient, fort au loin, habités par de nom-
brcuses tribus de Tupinambas. L'ayant remontée jusqu'à environ soixante lieues de son embouchure, il fut invité par les principaux du pays à venir faire la guerre avec eux aux CamaparinSf gens farouches qui ne voulaient pas de paix avec personne, et tuaient et mangeaient leurs ennemis. La Ravardière accéda à la demande des Tupinambas, et partit à la tête de plus de douze cents d'entre eux. Après être sorti de la rivière de Pai*a, on entra dans celle de Pacaîare, et delà, dans celle de Parisop, où La Ravardière trouva un chef indien , nommé Vuac-Ouassou , qui lui ofiFrit de le renforcer de douze cents des siens. La Ravardière déjà emban*assë de sa troupe le remercia de cette offre et le pria seulement de le conduire au lieu où se tenait l'ennemi. Vuac-Ouassou le dirigea vers les étranges demeures des Camaparins. On trouva ces Indiens logés au sommet de gros arbres que l'eau baignait, dans de petites maisons appelées jourasj ayant la forme à peu près de celles qu'on peut voir encore sur le vieux Pont-Neuf de Paris * . Cette population à la fois aquatique et aérienne était difficile à atteindre. La Ravai'dière fît tirer sur elle près de mille à douze cents coups de mousquet en trois heures. Les Camaparins se défendirent valeureusement. Du haut de leurs arbres, ils décochaient une pluie de flèches. La Ravardière fit jouer contre eux des fauconneaux, mit le feu à trois de leurs jouras , et leur tua soixante hommes environ. Mais leur fiu'eur ne fit que s'en accroître, et ils laissèrent voir qu'ils aimeraient mieux périr tous par le feu que de tomber aux mains des Tupinambas. La Ravardière , les voyant si décidés, prit le paili de se retirer et remit à une autre fois de les soumettre, mais plutôt alors, dit Yves d'Évreux, par la douceur que par les armes.
Pendant ce temps-là de funestes avant-coureurs d'un triste événement s'apercevaient dans l'ile de Saint-Louis de Maranham. Ce n'était pas la tentative d'un Indien appelé Capiton, c'est-à-dire
* Yves d'Évreux dit qu'elles avaient la forme des anciens pont au Change et pont Saint-Michel de Paris.
h Grand Chieny pour soulever ses compatriotes, qui donnait de sérieuses inquiétudes dans l'île. C'étaient de vagues bruits de canon que l'on croyait entendre tirer de temps à autre du côté de l'îlot Sainte -Anne et du côté de Taboucourou. On disait qu'une fois déjà, on avait distingué trois navires voguant du c-ôté de la baie. Mais il ne fut pas possible de douter que quelque chose de grave se méditait, quand on eut parfaitement reconnu une barque portugaise qui rôdait autour de l'île de Maranham. Elle était commandée par le capitaine Martin Soarez, qui déjà avait pris possession de l'îlot Bainte-Anne au nom du roi de Portugal. Soarez fit tirer quelques coups de fauconneaux pour appeler à lui les Indiens. Il n'y en eut qu'un, soupçonné de trahison, qui se rendit à cet appel. Martin Soarez avait avec lui des Caraïbes de Moucourou par le moyen desquels il chercha à lier des relations avec les Caraïbes de Maranham , et à savoir si les Français, ce dont il n'était pas encore assuré, occupaient l'île. Mais ses émissaires étant descendus à terre , ne rencontrèrent d'abord que les Tupinambas qui , espérant attirer les Portugais dans un piège, dirent qu'il n'y avait point de Français dans leurpays, et en même temps envoyèrent donner avis au fort de ce qui se passait. Martin Soarez et ses Portugais étaient tout près de débarquer et de se faire prendre , quand un Caraïbe de Maranham, ennemi des Français comme tous ses sembbibles à qui Ton inteitlisait, depuis l'occupation, de manger de la chair humaine, leur donna un avis secoui'able qui les décida soudain à lever l'ancre.
Pezieux dépécha aussitôt un canot à la recherche de la Ravardière pour lui mander l'état des choses ; mais on fut plus de trois mois à trouver le général, qui, dès que la nouvelle lui fut arrivée, se hâta de revenir au fort Saint-Louis. Si l'on en croit le père Yves d'ÉvreUx, cette rupture du voyage des Amazones fit grand tort à la colonie naissante du Maranham. Outre qu'on eût amassé, dit-il, une grande quantité de marchandises le long des rivières , déjà beaucoup de peuplades indiennes du continent étaient disposées à se rendre avec La Ravardière autour de l'établissement fran-
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çais; mais le bruit de l'arrivée des Portugais leur tît abandoiuier cette résolution. La Ravardière fit travailler activement à Tachévementdes forts qui gardaient les avenues de Ttle; il y fit transporter du canon et y mit garnison. Enfin , il fit tous ses efforts pour maintenir le moral de son monde^ et inspirer aux Indiens une confiance d'autant plus grande dans les Français que le danger était plus proche.
Ces précautions n'étaient pas de trop : car, au mois de novembre 1614, les Indiens vinrent avertir le gouverneur que huit bâtiments portugais avaient jeté l'ancre près du fort d'Itapary. Aussitôt La Ravardière commanda Claude de Razilli et de Pezieux, pour aller avec quatre barques, portant cent vingt soldats, entreprendre d'enlever, à la faveur de la nuit, les navires ennemis. Trois de ceux-ci fiirent effectivement pris par Claude de Razilli et de Pezieux. Mais les Portugais n'en débarquèrent pas moins au nombre de plus de quatre cents, sous la conduite de Jérôme d' Albukerque, descendant du fameux vice-roi des Indes orientales du temps de dom Manuel de Portugal. Albukerque, secondé par son lieutenant Diego de Campo, s'empara du fort d'Itapary. Le lendemain Claude de Razilli, de Pezieux et du Prat, commandant chacun une compagnie de soixante hommes, s'embarquèrent avec de l'artillerie sur les trois navires dont on s'était emparé, et, par l'ordre de La Ravardière, allèrent débarquer, deux heuies avant le jour, près du fort d'Itapary, pour prendre position à cent pas des Portugais. Aidés de quinze cents Indiens, qui abattirent avec une grande promptitude les arbres dont on avait besoin pour construire des retranchements, ces trois officiers remplirent d'abord assez heureusement leur mission ; et déjà La Ravardière, à la tête de quatre-vingts hommes, venait pour prendre le fort portugais de l'autre côté, pendant que les vaisseaux le canonneraient , quand Jéi-ôme d'Albukerque amusa les chefs de la première division par d'apparentes négociations. Ce n'était quefehite; car, dès qu'il eut le temps de se reconnaître, le général portugais tomba sur les Français et les força à se rembarquer après en avoir tué un
bon nombre, parmi lesquels de Pezieux, de Chavaunes, parent de La Ravardière, de Saint-Gilles, de Rochefort, de La Haie, de Saint- Vincent, de La Roche du Puy, d'Ambreville et plusieurs autres gentilshommes. La Ravardière resta à croiser sur la côte pendant toute la nuit suivante avec Razilli et du Prat pour recueillir sur les navires tous ceux des siens qui s'étaient dispersés dans les bois.
Malgré sa victoire, qui d'ailleurs lui avait coûté aussi des pertes assez grandes, Thabile Jérôme d'Albukerque vit bien qu'il réussirait difficilement dans son projet de conquête s'il ne continuait à joindre les négociations et la diplomatie à la force des armes. 11 échangea avec La Ravardière une correspondance chevaleresque qui alla au cœur du général français au point que celuici lui répondit, qu'à sa générosité et à la noblesse de ses procédés envei's les prisonniers français, il le reconnaissait bien pour un descendant du grand Albukerque. Il y avait loin de cette lettre à celle que La Ravardière lui écrivait quelques joure auparavant^ dans laquelle il lui demandait comment il avait pu avoir cette témérité incomparable de venir s'attaquer en sa personne au plus grand monarque de la chrétienté. Albukerque profita des nouvelles dispositions de La Ravardière pour obtenir de lui une suspeusiou d'armes, jusqu'à ce que leurs souverains respectifs, qui étaient alors en paix, eussent décidé à qui devait appartenir définitivement le Maranham. Pour qu' Albukerque eût pris l'initiative d'une telle proposition, il fallait qu'il lui restât alors bien peu de moyens matériels de se maintenir. C'est ce que l'âme honnête de La Ravardière n'avait pas compris. 11 fut arrêté entre les généraux que deux envoyés, l'un Français, l'autre Portugais, partiraient pour l'Europe, avec le capitaine Pra ou du Prat, sur le grand navire le Régent, pour y débattre la question qui réellement n'était en litige que d'un côté, de celui des Français. Albukerque remit à son envoyé un rapport pour le vice-roi de Portugal,* dans lequel il disait qu'il n'avait demandé la trêve qu'afin d'avoir le temps d'accroître ses forces et de voir diminuer celles des Français, leur navire le Régent
étant par luî-méme fort dangereux, et ramenant en France la fleur des troupes de la colonie.
Le rapport d'Albukerque ne fut pas plutôt arrivé à sa destination, que, sans traiter diplomatiquement la question avec la cour de France, qui avait déclaré, en 1611, ne pas reconnaître le roi d'Espagne pour roi deis Indes ^ le vice-roi de Portugal pour Philippe Il envoya à dom Gaspard de Souza, gouverneur de Fernambouc. Tordre de traiter les colonisateurs français du Maranham comme des pirates, et de les chasser de tous les points qu'ils occupaient. Souza expédia immédiatement contre eux une flotte de sept navires et de neuf caravelles, avec neuf cents hommes de débarquement, commandés par dom Alexandre de Moura.
Pendant ce temps, la cour de France, en proie aux intrigues de la minorité de Louis XIII, ne s'occupait guère de la colonie française, et François de Razilli ne rencontrait partout que des esprits iroids et indifiî^rents à ses desseins. Tout ce qu'il put faire, ce fut de renvoyer au Brésil le navire le Régent, avec trois cents Français, qui firent voile du Havre -de -Grâce, sous la conduite du capitaine Pra ou du Prat. Sans doute cet officier crut que Ton en était encore au temps des négociations ; car il interrompit sa route pour entrer dans les Amazones, jusqu'à un lieu où ce fleuve fait un saut de plus de vingt-cinq toises. Mais comme, après en être sorti, il se rendait à Saint-Louis de Maranham, il apprit que ses compatriotes venaient d'être <lépossédés de cette île par les Portugais, et que La Ravardière, après avoir défendu son fort jusqu'à la dernière extrémité, avait été obligé de capituler et de se rendre prisonnier avec les siens. Plusieurs Français, et entre autres La Planque, qui a écrit une relation des voyages du capitaine du Prat ou Pra ^, se retirèrent alors au milieu des indigènes, et vécurent avec eux près de quatre ans. La Planque, après s'être ensuite attaché à un capitaine Portugais, trouva moyen de se faire trans-
> Hydrographie de Fournier, page 256.
' Nous sommes certain d'avoir eu cette relation sous les yeux lorsque nous Taisions la première édition de notre Hûtoire maritime de France ; mais depuis nous avons fait de vaines rcchcrclies pour la retrouver.
r>r,i LES NAVIGATEURS FRANÇAIS.
porter à Lisbonne, où il apprit que La Ravardière n'a\'ait échappé qu'avec beaucoup de peine et de sacrifices à sa captivité. Telle fut la malheureuse issue d une des plus nobles entreprises que firent nos aïeux. Il ne faut point oublier qu'abandonnés à leurs seules ressources comme de simples particuliers, ils eurent à lutter à cette époqua contre les couronnes d'F4spagne et de Portugal réunies. S'ils succombèrent, ce fut avec gloire, et le nom de Saint- Louis de Maranham, resté à l'établissement qu'ils avaient fondé, consacrera éternellement leur mémoire et leurs généreux efforts.
François de Razilli, que des motifs sans doute bien graves avaient retenu en France durant la perte de sa colonie , essaya quelque temps après d'émouvoir le cœur du jeune roi en faveur de son entreprise passée. On avait voulu anéantir la relation publiée pai* Yves d'Évreux sur les derniers temps de la colonie, parce que sans doute elle faisait honte à bien des gens ; Razilli l'etrouva les fragments d'un exemplaire de cet ouvrage, les seuls que Tod possède encore aujourd'hui, et les présenta à Louis XIII, en les accompagnant de ce discours préliminaire :
« Sire, voici ce que j'ai pu, par subtils moyens, recouvrer du livre du R. ?♦ Yves d'Évi*eux, supprimé par fraude et impiété, moyennant certaines sommes de deniers, entre les mains de François Huby, imprimeur, que j'offre maintenant à V. M,, deux ans et demi après sa première naissance aussitôt étouffée qu'elle avait vu le jour; afin que V. M. et la reine sa mère, pour lors régente, ne voyant point une vérité si claire que celle-ci, fussent plus aisément persuadées, par faux rapports, à laisser périr, contrôleurs saintes et bonnes intentions, la plus pieuse et honorable entreprise qui se pouvait faire dans le Nouveau-Monde ; comme il se verra tant par l'histoire du R. P. Claude d'Abbeville, que par cette présente à laquelle il ne manque que la plus grande pai*t de la préface, et quelques chapitres sur la fin que je n'ai pu recouvrer. Cela s'est fait encore à dessein pour faire perdre insensiblement à V. M. le titre de roi très chrétien ; lui faisant abandonner les sacrifices et sacrements exercés sur les nouveaux chrétîeii$?, la réputation
(le ses armes et baiidières» Tutilité qui pouvait lui arriver, et à ses sujets, d'un si riche et si feilile pays, et la retraite importante d'un port favorable pour la navigation de long cours, aujourd'hui ruinée faute d'avoii' conservé ce que j'avais avec tant de soins et de dépenses acquis. Pour à quoi parvenir, l'on s'est servi de deux impostures trop reconnues de personnes qui ont bon jugement , que le pays était infertile et ne produisait aucune richesse, contre la vérité que j'ai toujours constamment maintenue et qui ne parait aujourd'hui que trop véritable ; l'autre que les Indiens étaient incapables du christianisme contre la parole de Dieu et la doctrine universelle de l'Église. Voilà comment. Sire, cette belle action si bien commencée s'est évanouie, tant par la fraude et malice de ceux qui^ pour couvrir leurs fautes et manquements , les ont rejetés sur ceux di^ pays, que par la négligence de mauvais Français qui , n'ayant autre but que leur profit et intéi*ét particulier, se sont peu souciés de celui de V. M., et n'ont rien fait pour empô- ^ cher une si signalée perte, qui sert aujourd'hui de fable à toutes les nations étrangères, de mépris de votre autorité royale à toute l'Europe, et de douleur à tous vos bons sujets. Desquelles illusions^ quand il plaira à V^ M. s'en relever par les salutaires avis de personnages d'honneur^ reconnus pour être zélés à Taccroissement de la gloire de Dieu et celui de votre royaume^ je lui offre encore ma vie, celle de mes frères, et ce peu de pratique qui est on nous pour faire reconnaître par tous les coins de ce nouveau monde, qu'il n'y a point en la chrétienté un si grand et puissant monarque qu'un roi de France, quand il veut employer, je ne dirai pas sa puissance, mais seulement son autorité. C'est, Sire, tout ce que peut un de vos plus humbles sujets, auquel . tous les mauvais traitements, pertes de biens et de fortune, que, contre la foi publique, il a soufferts durant la minorité de V. M., n'ont point fiait encore perdre courage de la servir glorieusement. M'assurant qu'elle aura mes services pour agréables, et le vœu solennel c|ue je lais d'être le reste de ma vie , son très humble et très ol)éissant serviteur, François de Raziuj. »
r>30 LES NAVIGATEURS FRANÇAIS.
On avouera qu'il serait difficile rie trouver quelque chose de plus noble que cette épître de François de Razilli, offrant sa vie et celle de ses frères pour relever Thonneur de la couronne de France. Mais Richelieu , comme on Ta dit, n'était pas encore ministre, et le discours de François de Razilli frappa dans le vide. Depuis, ce seigneur servit en qualité de maréchal de camp dans les armées de terre, fut envoyé en qualité d'ambassadeur en Savoie, et nommé chevalier de l'ordre du roi. Le commandeur Isaac de Razilli et Claude de Launay-Razilli, ses frères, devinrent deux des plus habiles et renommés marins de leur siècle. Hs commandèrent plusieurs fois, dans les plus importantes affaires maritimes du règne de Louis XIII, tantôt en qualité de chefs d'escadre, tantôt en qualité de vice-amiraux et même d'amiraux.
Le chevalier ou commandeur de Razilli, agissant de conçoit avec le capitaine du Ghalart, soutint plusieurs beaux combats, en 1620, contre les Rochelais et leurs adhérents; en 1621 , commandant une escadi'e royale, il leur enleva trente navires de charge , et ses prises furent évaluées à cent mille écus du temps; en 1()25 et 1624, il fut spécialement proposé à une grande croisière pour la garde des côtes de Picardie , Normandie , Bretagne et Guienne. On ne saurait dire si ce fut lui ou son frère de Launay qui, en 1625, dans la bataille navale livrée par l'amiral Henri II de Montmorenci aux huguenots , monta le Saint-Louis , et aborda , avec le chevalier de Villeneuve, le baron de Jussé et le capitaine Veillon, le vaisseau la Vierge , que les religionnaires avaient naguère enlevé dans le port du Blavet, et qu'on tenait à leur reprendre; plutôt que de se rendre, les huguenots se firent sauter, et ils enveloppèrent dans leur désastre presque tous ceux de leurs adversaires qui avaient envahi leurs ponts. Razilli qui, le premier, était monté à l'abordage et avait forcé, Tépée à la main, les huguenots jusque sous leur second pont , s'était sauvé , comme par miracle, avant la destruction entière du vaisseau ; mais il était couvert de blessures , et avait , à ce qu'il parait , perdu un œil dans cette sanglante rencontre. En 1627, la gueiTC ayant recommencé avec les
Rochelais et le parti protestant, dé Launay-Razilli joua un rôle considérable sur les vaisseaux du roi ; il commença par ravitailler le général et depuis mai*échal de Toiras^ que la flotte et les troupes de descente d'Angleterre , appuyant les révoltés, tenaient enfermé dans la citadelle de Saint-Martin-de-Ré ; il traversa fièrement le premier cordon formé par les vaisseaux anglais; mais^ des chaloupes et des galiotes rochelaises étant ensuite venues pour intercepter le convoi, de Launay-Razilli , accompagné de Beaulieu- Persac , se présenta, avec deux traversiers seulement, au devant d*elles, soutint leur feu, et les força enfin à laisser le passage entièrement libre. Toiras, qui devait se rendre dans trois jours, si des secours ne hjA arrivaient, fut délivré avec Tîle de Ré tout entière. De Launay-Razilli contribua ensuite , sur la flotte de Charles de Guise , à la prise de La Rochelle et à la défaite des Anglais. Il était dès lors ou fut fait depuis gouverneur d'Oleron. En 1658, dans la guerre avec TEspagne, ce fut à lui, comme au plus expérimente des marins , que Ton confia le commandement du superbe vaisseau la Couronne, construit à La Roche-Bernard, en Bretagne, par le Dieppois Charles Morien, sur un nouveau modèle, et qui fit longtemps Tadmiration des marins de toutes les nations ; il commanda sur ce vaisseau en qualité de vice-amiral , sous les ordres de l'archevêque de Bordeaux , qui , avant d'aller gagner sa signalée victoire navale de Gatari, le commit à la garde du canal de Fontarabie. Quelques années auparavant, en 1629 et 163(), le commandeur Isaac de Razilli avait été chargé d'aller réprimer les corsaires barbaresques, et de traiter avec l'empereur de Maroc. Il prenait à cette époque les titres de <( très illustre commandeur de Razilli, premier capitaine de l'amirauté de France, chef d'escadre des vaisseaux du roi très chrétien dans la province de Bretagne, et amiral de la flotte qui est à présent en la rade de Salé * . » Ce fut sur un excellent mémoire du commandeur, mémoire ^ qui
> f^oyage d'Afrique sous la conduite du commandeur de Razilli. Paris, 1682.
* Nous avons eu ce Mémoire manuscrit sous les yeux ; un jeune écrivain se propose de
s'étendait sur les plus gi*ands intérêts de la marine française ^ que Ton créa la compagnie des cent associés pour la Nouyelle- France^ de laquelle ce grand homme de mer fiit un des principaux membres. Comme on a pu le voir dans la vie de Samuel Champlain y il avait suffi de la menace d'un Razilli% placé à la tête de six vaisseaux» pour décider les Anglais à restituer le Canada et TÂcadie à la France. Isaac et Claude de Razilli successivement se firent concéder des droits sur TAcadie, à la condition d'y faire un établissement. Ils en firent un en eflet au port de la Hève. L'un des deux frères mourut^ à ce qu'il paraît» en Acadie» l'an 1655, aloi-s qu'il s'occupait de fonder sa nouvelle colonie, quoique certain document le fasse encore vivre en 1640'. Quant à de Launay-Razilli, qui succéda au coftimandeur, son frère, dans la charge de chef d'escadre des vaisseaux de la province de Bretagne, qu'il exerçait encoi-e en 1617 '^ il fut i-evêtu à son tour aussi du titre de lieutenant général pour le roi aux inites d'Acadie. Si l'on en croit le document précité , il aurait vécu et exercé sa charge de chef d'escadre jusqu'en 1661 , mais cela est loin de nous paraître prouvé.
On n'ouït plus parler de La Ravardière depuis son retour en France , où le malheureux Indien Yapoco avait fini par revenir encore auprès de madame de La Ravardière , qui ne le traitait
le faire connaître tia^antage» dans «n ouvrage qu'il prépare sur T Amérique aepienttioBale.
* Si Ton en croit la généalogie manuscrite de Ctievillard, ce fut Claude de Razilli ; mais, selon les historiens de la Nouvelle-France, ce fut le chevalier ou commandeur, ce qui, en général, est tout un. Ghevillard dit que le roi donna à Claude quarante If eues de pays carré * à la Nouvelle-France.
> VAlphahH fAi/jUard, état manuscrit des services des officiers de la marine, aux Archivés de la Marine. Mais il faut bien se tenir en garde contre ce précieux manoacrit, pour tout ce qui est antérieur au ministère de Colbert. Pour ces époques anciennes Tauteur de V Alphabet n'a consulté que les documents vulgaires et Imprimés ; aussi les endors y abondent-elles. Le commandeur de Razilli y est porté en ces termes très brefs : • Commandeur de Razitii, capitaine de vaisseau à quatre cents livres, en 1626 Jusqu'en 1640. • Alors b ^arge de chef d'eseadre n'empêchait pas qu'on ne gardât le litre de capitaine. t% même document donne néanmoins à de Launay-Razilli le grade de capitaine de vaisseau à trois cents livres, en 1G:]4 , et celui de chef d'escadre à deux mille livres en 1640 jusqu'en 1661. Mais tout cela est plus qu'incomplet. Georges Fournier. contemporain, et la plupart des auteurs , sont mieux renseignés , quoique l'étant eux-mêmes assez mal.
' Daniel , Hiitoira de la milice française.
pas avec plus d égards qu'auparavant. Ce pauvre jeune homnie , désespéré de se voir ravalé jusqu'aux emplois les plus bas de la maison y s'enfuit un jour à La Rochelle^ espérant y trouver un navire qui le reporterait à la Guyane, où il aurait été un grand chef; mais on courut après lui, et on le ramena à sa chaîne.
Le pretaîer voyage de La Ravardière à l'Amérique du sud ne fut point perdu pour la France. Il avait indiqué la route de la rivière de Gayenne et de la côte voisine. En 1626 , les sieurs de Chantail et de Chambot , envoyés par une société de marchands de Rouen, commencèrent un établissement sur la rivière de Sînnamari^ qui n'est pas très éloignée de celle de Gayenne. Deux ans après , un capitaine nommé Lafleur^ jeta à son tour les fondements d'une colonie sur les bords du Gonamanâ. Quelques colons de cet endroit passèrent, en 1654, dans Ttle de Gayenne, qui peut avoir quatorze à quinze lieues de circonférence , et n'est séparée du continent que par les eaux de la rivière dii même nom qu'elle divise en deux branches. En 1657, ils y construisirent un fort et un village qui devait devenir la capitale de la Guyane française. Peu de temps auparavant, une compagnie de marchands de Rouen , qui avait obtenu le privilège du commerce de rOi*énoque et de l'Amazone, avait envoyé à la Guyane soixante-six nouveaux colons, sous la conduite du capitaine Le Gi*and. En 1645, les mêmes négociants envoyèrent à Gayenne environ trois cents individus, la plupart natifs de Paris et gens sans aveu , sous la conduite d'un sieur Poncey de Bretigny , homme cruel , Néron au petit pied , qui , ayant également déclaré la guerre aux colons et aux indigènes , fut d'abord mis aux fers par ses propres officiers , et ensuite cerné et frappé à mort par une troupe d'Indiens au milieu de laquelle il périt aussi lâchement qu'il avait tyranniquement vécu. Les Français avaient dès lors commencé des établissements, non seulement à Gayenne, mais à Mahury, à Marony, à Berbice et à Surinam. Les Indiens les détruisirent et massacrèrent la plupart des colons. L'île de Gayenne elle-même finit par être abandonnée. Après cet événement, on fut quelques
années en France sans s'occuper de la Guyane. Le baron de Dormel, ayant obtenu du roi des concessions déterre en Amérique , y envoya, en 1(>48, deux bâtiments, afin d'y fonder un établissement. Les deux navires , conduite par le capitaine Maurice , emmenaient un sieur de La Fontaine , destiné à être gouverneur de la future colonie. Le capitaine Maurice et La Fontaine eurent des querelles violentes pendant la traversée, et le premier profita d'un moment où le second avait mis pied à terre, avec vingt-deux personnes, aux environs de la rivière de Berbice, sur la côte de Guyane , pour prendre le large , l'abandonner et aller débarquer à la Martinique les colons qui étaient restés à bord. Cette indigne conduite reçut du ciel le châtiment qu'elle méritait. Maurice fit naufrage à l'île Terceire , où il resta et mourut dans la misère , n'osant reparaître en France. On n'entendit jamais parler depuis de ce qu'étaient devenus les malheureux qu'il avait abandonnés à la Guyane. Rien ne semblait réussir aux Français de ce côt«. Néanmoins, un gentilhomme de Normandie, nommé deRoyville, créa une nouvelle compagnie, en 1651, pour coloniser à Cayeune. Au nombre de ses associés, il compta l'abbé de La Boulaye, intendant général de la marine sous la surintendance du duc de Yendôme, et l'abbé de Marivaux, homme respectable, qui devint l'âme de l'entreprise et qui devait conduire celle-ci en qualité de gouverneur général. On rassembla dans Paris sept à huit cents colons, que l'on embarqua sur la Seine pour descendre au Havi'e-de- Grâce. Le malheur voulut que l'abbé de Marivaux, sur qui on fondait le plus gi'and espoir, se noyât au moment d'entrer dans son bateau. Le 5 juillet 1032, deux navires firent voile du Havre pour Cayenne, au nom de la compagnie créée par Royville ; tandis que, de son côté, la compagnie de Rouen, prétendant maintenir son ancien privilège, envoyait aussi des colons sur ce point, sous la conduite du capitaine Courpon, de Dieppe, lequel avait même été précédé par un nommé Levendangeur. Une révolte éclata à bord des navires de Royville. Les principaux révoltés étaient les seigneurs mômes qu'il s'était associés, surtout un sieur de Bra-
LES NAVIGATEURS FRANÇAIS. ôil
qnelonue qui avait été conseiller d'État et intendant de la justice de la généralité d'Orléans. Le ton impérieux que Ton reprochait à Royville et la volonté que ce personnage manifestait de faire plier tout le monde sous un commandement unique, chose nécessaire d'ailleurs en pareilles expéditions , ne justifiaient point le crime que Ton commit sur sa personne, en le sui'prenant au lit pour le poignarder et le jeter à la mer. Après ce bel exploit, les deux navires arrivèrent à l'entrée de la rivière de Cayenne, où , à leur grand étonnement, ils aperçurent l'enseigne de France qui flottait : c'était celle qu'avait plantée naguère la compagnie de Rouen. Toutefois, les colons envoyés par celle-ci n'étaient pas en état de résister et reconnurent Tautorité des seigneurs de la compagnie de Paris. Il y eut à Cayenne autant de chefs que d'associés; par suite^ on ne vit que dissensions et complots. Un des associés, nommé Isambert, fut condamné par ses collègues à avoir la tête tranchée. Trois autres, nommés de Villenave, de Bar et de Nuisement , furent relégués dans une petite île déserte , appelée île des Lézards; uti quatrième, nommé Vertaumont, s'échappa dans une barque, afin d'éviter un sort pareil. Les Indiens profitaient de ces discordes pour attaquer en détail et massacrer les Français. Sur les entrefaites, deux bâtiments, l'un hollandais, Tautre anglais, parurent devant Cayenne, et les colons en profitèrent pour abandonner cette île. Les Hollandais, après l'évacuation de Cayenne par les Finançais, essayèrent de s'y établir ; mais la France n'avait point renoncé à la Guyane. En 1665, un maître des requêtes et intendant du Bourbonnais , homme d'entreprise et de courage, nommé Lefèvre de La Barre, qui fut par la suite gouverneur de la Nouvelle-France, communiqua au gi'and ministre Colbert le plan d'une nouvelle compagnie pour la colonisation de Cayenne. Colbert seconda de tous ses efforts le projet de La Carre. Il fit accorder à sa compagnie , sous le nom de France Equi- NoxiALE , tout le pays situé entre l'Amazone et l'Orénoque , ainsi que les îles en dépendant. Une escadre, aux ordres de Prouville de Tracy, nouvellement nommé gouverneur général des posses-
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sioiis françaises en Amérique, fut immcdiatement chaînée d'expulser les Hollandais qui s'étaient établis à la Guyane, et de mettre La Barre en possession du pays, ce qui eut lieu au mois de mai 16t>4. Depuis lors l'histoire de Cayenne et des possessions ft'aiiçaises à la Guyanç appartient à l'histoire générale de la marine et des colonies françaises ^
1 Voir notre Histoire maritime de France,
Oavragefi consultés : Histoire de la mission des PP. Capucins en IVe de Maragnan et terres circonvoisines, par le P. Claude d'AbbevlIle, 1 vol. in-13. Paris, 1614. ^ Suite de V histoire des choses les plus mémorables advenues en Maragnan , es années 1613 «I 1614, par le R. P. Yves d'Évreux. Paris, 1615. (L'exemplaire de cet ouvr<ige que nous avons consulté à la Bibliothèque du roi parait être Tunique qui reste : son inestimable valeur, tout Imparfait qu'il e«t, Ta fait mettre dans la réserve.) — L&Itelation de La Planque que nous n'avons pu retrouver, mais que nous avions consultée lors de noire première édition de VHistoire maritime de France, — Jornada do Maranhao por ordem de S. Magestade feita o anno de ICI 4, dans la collection de notices historiques et géographiques publiées par l'Académie des Sciences de Lisbonne, tome 1. Lisbonne, 1812. — Archives manuscrites du Collège héraldique. — Histoire du JYou-veau 'Monde, par Laét. (Lact, de même que Prévost, dans VHistoire gétiérale des voyages, de même que la plupart des auteurs, n'a connu ni la relation d'Yves d'Ëvreux, ni celle de La Planque.) — Notice sur la Guyane, publiée par ordre du ministère de la marine. (La partie historique en est fort incomplète.) — Notice historique sur la Guyane française, par M. H. Ternaux-Compans. Paris, 1843. (fille est remplie d'études et de recherches savantes) — Mémoires de la tnarine de France , dans Y Hydrographie du P. Georges Fournier. — Foyages d'Afrique faits par le commandement du roi , où sont contenues les navigations des Français, entreprises en 1629 et 1G30, sous la conduite de M. le commandant de Razilli , es côtes occidentales des royaumes de Fez et de Maroc, etc., écrits et publiés par Jean Armand, dit Moustapha. 1 vol. ln-12. Paris , 1633. — Relation d'un voyage de M. de Brétigny en V Amérique occidentale , par Boyer, sieur de Petlt-Puy. In-8<>, Paris, 1654 . (Nous avons eu sous les yeux une relation manuscrite qui doit être la même que celle-ci.) — Relation du P. Biet et de Jean de Laon, sieur d'Aigremont, sur l'expédition de Roy ville. — Relation de ce qui s'est passé dans Us iles et terres fermes de l'Amérique, avec un journal du siew de La Barre en la terre ferme et ile de Cayenne, par Cloduré. Paris, 1671, 2 vol. in- 12.
DIEL D'ENAMBUC,