L^ËTABLISSBBIBNT DES FRANÇAIS DANS CES ILES
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Les Français suivaient depuis longtemps la route des Antilles ; ils avaient fait des eaux qui baignent ces tles et du golfe du Mexique, le théâtre de bien des exploits maritimes, forçant et enlevant les galions de TEspagne * ; déjà même, depuis trois quarts de siècle, en 1550, sous la conduite d'un brave, nommé Rousselan, ils avaient, au nombre de quarante, commencé à coloniser à File Sainte-Lucie, abandonnée ensuite par eux, quand ils songèrent à s'établir d'une manière plus durable sur quelques autres Antilles. C'est donc moins au point de vue de la navigation qu'à celui de la colonisation, que l'on va esquisser ici en quelques
^ Nous avoni recueilli upe foule de preuves et de récits à ce sujet, qui trouveront mieux la place dans notre histoire projetée des Armateurs , corsaires et flibustiers français. Disoos seulement ici que la flibuste avait été précédée de plus d'un siècle par les prouesses des corsaires français dans les eaux de l'Amérique.
traits l'histoire des premières entreprises françaises dont l'empreinte soit restée ineflTaçable aux Antilles; Ton n'aura d'autre but, en traçant ce rapide tableau, que de le faire concourir à l'ensemble de cet ouvrage.
Un gentilhomme de Normandie (car partout où il y a quelque lointaine et aventureuse entreprise à tenter on trouve un descendant des conquérants de l'AngleteiTC et des Deux-Siciles, aussi bien aux îles de l'Amérique qu'à celles de l'Afrique, aussi bien aux Antilles qu'aux Canaries), un gentilhomme de Normandie, nomme de Vaudrocques-Diel d'EnambucS cadet de sa maison et par conséquent obligé, selon la loi du temps, de chercher sa fortune au bout de son épée, se fit marin et présumablement corsaire. Il se rendit fameux par beaucoup de combats, et fut appelé à passer au service du roi en qualité de capitaine entretenu dans les mers du Ponant. Mais cela ne pouvait satisfaire son désir d'illustrer le nom français en s'illustrant lui-même dans la can-ière de hasai-ds où il était entré, ni la noble ambition qu'il avait de s'élever par sa valeur au pair de la position dont le sort avait favorisé son aîné. 11 s'associa avec un autre capitaine, nommé du Rossey, arma un brîgantin, portant quatre pièces de canon et quelques pierrîers , appela à courir aventure avec lui trente à quarante soldats bien aguerris et bien disciplinés ; et pendant que d'autres Français se tournaient avec persévérance vers l'Amérique septentrionale, il fit voile de Dieppe, en 1625 , pour les Antilles, moins avec le dessein peut-être encore de s'établir, que d'enlever quelque riche proie à l'ennemi. Mais à peine arrivé près des tles Caïmans, entre Cuba et la Jamaïque, il fut découvert, et inopinément attaqué par un galion espagnol de quatre cents tonneaux et de trente-cinq pièces de canon. Ce premier choc fut terrible pour le malheureux petit brigantin que le poids seul de son adversaire eût suifi pour écraser. Toutefois, après un moment de surprise, il profita de sa légèreté pour éviter autant que possible les lourdes bordées du
^ Le P. G. Fournier, con'cmporain , et beaucoup d'auteurs écrivent Desnambuc. Nous acceptons ici le nom tel que l'a éctit le P. Du Tertre, contemporain aussi.
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galion y et bientôt il voltigea autour de celui-ci et le harcela en tout sens, décidé à se faire engloutir plutôt qu'à prendre la fuite. Quoique ses \oiles fussent en lambeaux, ses cordages hachés, qu'il eut dix hommes tués sur moins de quarante, et que presque tous les autres fussent hors de combat, son intrépide capitaine d'Ënambuc ne témoignait par aucune manœuvre Fint^ntion de pher, et au contraire, prenant Fennemi de long en long, lui faisait éprouver de grands ravages. Au bout de trois heures d'une lutte acharnée, le brigantin victorieux força le galion à Fabandonner.
D'Ënambuc, après ce triomphe qui avait coûté à son adversaire la moitié de ses meilleurs soldats, répara à la hâte son navire demi-fracassé , pour le pouvoir traîner à quelque havre commode et le mettre a Fabri des atteintes d'un nouvel ennemi, jusqu'à ce qu'il l'eût entièrement radoubé, et que ses blessés fussent en état de reprendre la mer. Dans ce but il fit voile pour Fîle Saint-Christophe, que Christophe Colomb avait autrefois honorée de son nom , et , après quinze jours de navigation , y vint jeter Fancre. D'Enambuc rencontra dans cette île plusieurs Français réfijgiés en divers temps et par différentes occasions, qui vivaient en bonne intelligence avec les Caraïbes ou Cannibales, alors habitants d'une partie des Antilles, et qui lui donnèrent l'idée de fixer une colonie française sur ce point.
Par un jeu du hasard, deux peuples rivaux en Europe posaient le pied le même jour, pour la première fois, sur une même terre des Antilles : car pendant que d'Enambuc abordait d'un côté à Saint-Christophe, le capitaine anglais Waërnard, après avoir été très maltraité aussi par les Espagnols, était descendu dans un autre quartier de Fîle.
Durant quelques jours, Français, Anglais, Caraïbes, tout le monde parut s'entendre assez bien. Les Indiens rompirent les premiers cet accord ; leurs hoyez ou médecins leur ayant persuadé que les étrangers n'étaient venus de si loin que pour les massacrer, ils résolurent, dans une assemblée générale, de s'en
défaire par tous les moyens» et députèrent à tous leiu's sdlics, dont la réunion tut fixée à la prochaine lune. Mais une de leura femmes ayant révélé ce complot à un Français , les Européens des deux nations s'entendirent pour en prévenir les effets, etf dans une même nuit« surprirent et poignai*dèrent dans leurs hamacs les Caraïbes , au nombre de cent à cent vingt. Après cette exécution» les Français et les Anglais se disposèrent à recevoir les Indiens du dehors, se retranchant et dressant des embûches sur les avenues. Quand ceux-ci vinrent à la pleine lune, au nombre de trois à quatre mille» sur de grandes pirogues» on en laissa descendre une partie à terre^ puis» sans leur donner le temps de se reconnaître» on les chargea à coups de.fusil, on les culbuta et on les poursuivit jusque sur leurs embarcations. Là ils se battiront courageusement en retraite, faisant pleuvoir une multitude de flèches empoisonnées» dont cent Européens environ furent atteints et périrent. Mais leur déroute n'cA fut pas moins complète» et le cai'nage que Ion fit d'eux donna pour longtemps sécurité aux Français et aux Anglais.
Après cette victoire, d'Enambuc et Waêrnard traitèrent du dessein qu'ils avaient pris séparément avec leurs gens» de s'établir à Saint-Christophe» et commencèrent à convenir du partage du pays. Mais, comme l'un et l'autre ils avaient besoin d'aller chercher de l'appui en Europe» et de régulariser auprès de Jeur cour respective leur prise de possession» ils partirent le même jour» d'Ënambuc avec du Rossey pour la France» Waêrnard pour r Angleteire » laissant dans Tile une partie de leui*s nationaux » auprès de qui ils jurèreqt de revenir vivre et mourir.
D'Enambuc apportait en France une riche cargaison de tabac et d'autres marchandises» qu'il vendit à bon prix. 11 n'ignorait pas que |0S hommes se laissent souvent séduire par les dehors ; il profita des produits de cette vente pour se faire un magnifique équipage» dans lequel il vint à Paris, et qui inspira à ))^^ucoup de monde le 4ésir de suivre sa fortune. Admis auprès de Richelieu, qui secondait toutes les entreprises maritimes et colonisatrices, il
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lui fit goûter son projet de s'établir aux Autilles. Le 51 octobre 1636, un acte d'association fut signé dans le palais-cardinal pour envoyer, sous la conduite des capitaines d'Ënambuc et du Rossey, des colons aux Antilles, et faire habiter préalablement Saint-Christophe et auti*es tles qui ne seraient point possédées par des princes chrétiens; depuis le 1 1® au IS*" degré de la ligne équinoxiale. Richelieu entra dans Tassociation pour dix mille livres, ^ dont deux en argent et huit en un bâtiment ; le maréchal d'Effiat, surintendant des finances, pour deux mille, les sieurs de Flesselles, de Guénégaud, et plusieurs autres pour chacun deux mille. Le même jour, une commission fut délivrée à d'Enambuc et à du Rossey pour établir une colonie française à Saint-Christophe ou dans toute autre tle qu'ils voudraient. Aussitôt, d'Enambuc alla au Havre-de-Grâce armer son bâtiment, appelé le Calholique, du port de deux cent cinquante tonneaux, tandis que du Rossey allait en Bretagne armer deux autres navires, nommés la Car^ dinale et la Victoire. L'expédition se réunit, dans le courant de janvier 1627, et les deux commandants firent voile pour l'Amérique, le 22 février suivant, emmenant avec eux cinq cent trente hommes environ qu'ils avaient ramassés comme ils avaient pu, et qui, par leur vie antérieure, étaient peu propres à soutenir les fatigues de la mer. Le ti'ajet fut long et pénible. Le peu d'ordre qui régnait sur le navire de du Rossey ajouta encore au malheur de cette navigation, et de soixante-dix hommes qui étaient sur le bord de ce capitaine, il n'en arriva pas seize à Saint-Christophe. Outre cela, le débarquement se fit avec la plus grande confusion, ce qui occasionna des pertes nouvelles. La colonie anglaise avait été plus heureuse : Waêrnard lui avait amené un renfort de quatre cents hommes pleins de santé et bien pourvus. D'Enambuc pourtant ne perdit pas courage, et s'assura, dès le premier moment, par un traité, le territoire qu'il était au besoin résolu à se conserver par la force. Le 15 mai 1627, il signa avec le chef des Anglais un acte de partage amiable de nie. Peu après, du Rossey fut renvoyé en France avec deux bâti-
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ments chargés de tabac, pour y faire oublier le côté malheureux de l'expédition, et y chercher de nouveaux secours. A peine arrivé à Roscou en Bretagne, il se laissa entraîner par les pressantes sollicitations du commandeur de Razilli à une expédition importante et secrète dont celui-ci était chargé dans les mers d'Irlande. Le commandeur, pour mieux engager le capitaine du .Rossey, lui avait témoigné combien il était sensible au récit des misères des colons de Saint-Christophe, et, en même temps, avait fait partir, de son propre mouvement, pour cette île, un navire chargé de farine. Le retard de du Rossey n'en fut pas moins très préjudiciable à la colonie naissante . Au retour de l'expédition de Razilli, ce capitaine fut chargé parla compagnie de conduire à Saint- Christophe un renfort de cent cinquante hommes qui périrent presque tous, comme les premiers, dans le voyage ou à leur arrivée, par son imprévoyance et son défaut de soins. Les Anglais, voyant le peu de succès de la colonie française, commencèrent à menacer de l'envahir, sous le prétexte qu'elle était insignifiante et sans avenir. D'Enambuc, dans cette situation, temporisa habilement, puis prit le parti de passer lui-même en France pour y exposer à . Richelieu l'état des affaires. Le cardinal se montra très sensible aux insultes des Anglais, et promit d'y parer. D'un autre côte, ayant eu vent que le roi d'Espagne et de Portugal envoyait son amiral don Frédéric de Tolède au Brésil, pour y détruire les établissements hollandais, avec ordre de passer par Saint-Christophe, et d'en chasser les Français et les Anglais, il fit immédiatement armer six grands bâtiments du roi, outre deux navires de la compagnie, et mit le tout sous les ordres du chef d'escadre de Cussac, homme de valeur et d'expérience, qui partit pour Saint-Christophe avec d'Enambuc.
En l'absence de celui-ci, les Anglais avaient profité de l'affaiblissement des Français pour les dépouiller d'une partie de leurs terres ; mais, àl'arrivée de l'escadre, vers la fin d'août 1629, ils furent défaits et obligés de se renfermer dans les limites fixées par le traité de p;irtage de 1627 ; après quoi CUssac alla prendi-e
possession de File Saint-Ëustache, y déposa quelques hommes , et y fit coustiniire uû fort. Fatigué d'attendre Tamiral d'Espagne , il eut le tort de permettre à plusieurs de ses navires de faire la course où bon leur semblerait et d'aller lui-même croiser dans le golfe du Mexique. Sur les entrefaites, la flotte ennemie, forte de trentecinq gros galions et de quatorze navires marchands aimés en guerre , arriva à Saint-Christophe , et vint mouiller à deux portées de canon d'un des quartiers français , à la garde duquel du Rossey était spécialement préposé. Don Frédéric de Tolède débarqua immédiatement une pailie de son monde, et se fortifia en face du quartier français. Cependant, d'Enambuc, du point qu'il gardait lui-même, avait envoyé son neveu, Diel du Parquet, valeureux jeune homme, les délices de la colonie naissante , avec une compagnie de cent vingt hommes, au secours du poste attaqué, et les Anglais s'étaient également portés contre Tennemi commun. Mais les troupes de Waërnard furent les premières à lâcher pied, et, saisies de terreur, s'enfoncèrent dans les montagnes. La déroute des Anglais augmenta l'irrésolution de du Rossey qui déjà . avait paru faiblir. Alors, le jeune du Parquet, honteux de voir son chef laisser avancer les Espagnols sans les combattre, courut à lui, et le pressant de question^ : « Quoi , monsieur , lui dit-il , souffiîrons-nous que ces ennemis triomphent de nous sans les combattre?Nouslaisseronsr-uous égorger sans résistance? Sera-til dit que les Espagnols attaquent les Français sans éprouver leur valeur? Allons, monsieur, mourons avec honneur ou empêchons qu'ils ne nous chassent. » A ces nobles paroles, du Rossey se sent ému, mais plutôt de dépit que d'honneur, et il ordonne à du Parquet d'aller en avant, promettant de le seconder. Soudain le brave jeune homme sort de son retranchement avec sa compagnie, s'élance, met le pied sur la terrasse des Espagnols, et se précipite sur eux tête baissée. Après avoir tiré son coup de mousqueton , il jette cette arme à la tête de ceux qui se présentent à lui ; ses deux pistolets lui ayant manqué , il met l'épée à la main, et se fait un rempart des ennemis qu'il a immolés. Il eût enlevé
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le poste espagnol, si du Rossey eàt tenu sa promesse et Teât s eondé. De toute sa compagnie , il ne lui reste plus que trois hommes ; tous les autres sont tués ou hors de combat ; lui-même il est couvert de blessures ; mais il tieiit encore , et ne s'aperçoit pas que fout à Theure ses foi*ces vont le ftiir avec son sang. Enfin, il tombe percé de dix-huit coups. Il fut tiré de la tranchée des Espagnols avec des crochets , et porté dans le galion de don Frédéric de Tolède, où il vécut encore dix-huit jours, entouré des respects et de Tadmiration de T ennemi. Du Rossey avait abandonné son poste, et s'était enfui vers celui que gardait encore d'Ënambuc. Non content d'être lâche pour lui-même, il fit tousses efforts, malgré les sollicitations de son ami , pour entraîner les Français à quitter Tile. Dès lors, d'Enambuc se sépara de lui, mais, menace du poignard par ses colons y s'il ne cédait pas au torrent et ne se retirait pas de Saint-Christophe^ il s'embarqua, avec une partie de son monde, pour Ttle dAntigoa, sur le navire du capitahie Uot, qui se trouvait en rade ; tandis que du Rossey > sut* le navire d'un autre capitaine, nommé Rose^ retournait en France, où bientôt on lui fit expier sa Iftche conduite à la Bastille. D'Enambùc^ décidé à ne point quitter les Antilles^ déposa une partie de se& gens à Saint- Mai-tin , à l'Anguille , à Saînt-Barthélemi , avec promesse de les venir chercher bientôt^ et conduisit presque tout le reste à Antîgoa. Quelques colons de Saint-Christophe se transportèrent dès lors à la côte septentrionale de l'tle Hispaniola et à la petite île de la Tortue, qui en est voiiûne, où ils participèi*ent à la naissance de la grande colonie française de Saint-Domingue, avec les lK)ucaniers et leurs successeurs immédiats les flibustiers. Par un reste de bonheur, d'Ënambuc trouva à Antigoa un bâtiment français que commandait un capitaine du nom de Giron ^ fameux, disent plusieurs auteut'S contemporains , par ses voyages au long cours , et qui , depuis, augmenta encore sa réputation en seiTant sur les flottes du roi ^ Gii*on, en homme de cœur, oflrit de seconder d'Ënambuc, le conduisit chercher des vivres à l'île Mont-
1 Voir noire Histoire maritime de France, lome I de la troisième édition.
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serat^ et se dirigea ensuite du côté de Saint-Christophe pour voir ce qui s'y passait. Il trouva encore les Anglais dans cette tle, bien qu'ils eussent capitulé et juré à Tamiral espagnol qu'il ne les reverrait point à son prochain retour, ne s' embarquant pas tous immédiatement^ lui avaient-ils dit, faute de navires. Les Français, eux, n'avaient rien promis à l'Espagnol ; mais, quand le capitaine Giron fit mine de vouloir mettre pied à terre, ce furent les Anglais qui se présentèrent pour s'opposer à sa descente. Immédiatement le brave capitaine donne Tordre de l'attaque, foudroie à coups de canon deux navires anglais qui étaient en rade, s'en i*end mattre, et vient fièrement jeter l'ancre près d'un troisième bâtiment ennemi beaucoup plus grand que les autres, jurant que s'il tirait un seul coup, il le coulerait bas. Ce bâtiment n'eut garde de ne point obtempérer aux volontés d'un homme si décidé , et ne donna pas le moindre signe de guerre. Giron envoya aussitôt les navires qu'il avait pris à Montserat, à Saint-Martiii, à F Anguille et à Saint-Barthélemi, pour y recueillir tous les Français qui s'y trouveraient et les amener à Saîut-Christophe. Ceux-ci ne tardèrent pas à arriver au nombre de trois cent cinquante hommes, sous la conduite de d'Enambuc. Alors, Giron parla plus haut encore qu'auparavant, tandis que d'Enambuc, de son côté, menaçait de passer sur le ventre des ennemis. Les Anglais prirent le parti de laisser les choses se rétablir dans l'ancien état, et d'Enambuc releva sa colonie à Saint-Christophe trois mois après qu'elle était sortie de cette ile. Quelques démêlés eurent encore lieu avec les Anglais; mais, au moment d'en venir aux mains, d'Enambuc somma Waëniard de se rendre sous un figuier désoraiais historique , et là il l'obligea une dernière fois à se renfermer dans les limites du traité de 1627. Bien que les Anglais ne cessassent de se prévaloir (le leur nombre, qui était déjà de cinq à six mille, pour inquiéter et chercher à déposséder les Français, réduits à trois cent soixante hommes, jamais ils ne vinrent à bout de les faire plier, et ils conçurent même d'eux une telle terreur qu'ils disaient proverbialement : <f Mieux vaut avoir affaire à deux diables qu'à un Français. »
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Après tant de traverses, vint une espèce de siècle d'or où les Français de Saint-Christophe connurent la prospérité, et songèrent à coloniser sérieusement dans plusieurs autres Antilles. Ils avaient volontairement abandonné Saint-Ëustache, par le défaut d'eau, et les îles d'Antigoa, de Saint-Barthélemi et de l'Anguille. Mais ils n'avaient point renoncé à Saint-Martin où ils colonisèrent à côté des Hollandais. Un lieutenant de d'Enambuc, nommé Lolive, qui était Tun des plus riches propriétaires de Sainir-Christophe, fit visiter, sous main, la Dominique, la Guadeloupe et la Martinique, qui n'avaient pas encore été occupées, depuis leur découverte par Christophe Colomb, les deux premières en 1495, et la dernière en 1502. On lui parla si avantageusement de la Guadeloupe particulièrement, qu'il partit aussitôt pour la France , afin d'aller traiter de cette île avec la compagnie , en dehors de d'Enambuc. A son amvée à Dieppe, en 1654, il s'associa à un gentilhomme nommé Duplessis, qui préparait un petit armement pour les Antilles ; puis ils se firent autoriser l'un et l'autre par la compagnie que Richelieu constitua le 12 février 1655, à commander de concert, pendant dix ans, dans celle des trois îles où ils s'établiraient, moyennant la redevance du dixième des produits. Ils partirent de Dieppe le 25 mai 1655, sur deux bâtiments, emmenant cinq cents engagés pour trois ans, plusieurs familles de colons et quatre missionnaires de l'ordre de Saint-Dominique, munis d'un bref du pape Urbain Ylll. L'expédition aborda à la Martinique, le 25 juin ; mais ayant trouvé cette île trop coupée de précipices et trop remplie de serpents, elle Ifit voile pour la Guadeloupe dont possession fut prise, au nom du roi de France, le 28 juin 1655. Lolive débarqua avec la moitié de son monde, à la pointe nord-ouest de l'île, et y bâtit à la hâte un fort, sur la rivière appelée depuis du Vieux-Foit; il donna à ce pos^e le nom de Saint-Pien-e, en l'honneur de la fête de ce saint qui avait lieu le lendemain de la prise de possession. Duplessis, débarqué aussi, s'établit un peu plus à gauche, sur la rivière dite du Petit-Fort.
D'Enambuc a la nouvelle de l'expédition de Lolive, se rendit,
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vers le milieu de Tannée 1655, en compagnie de cent hommes bien décidés et d'un brave officier, son parent, nommé Dupont, à la Martinique, en prit possession au nom du roi, sous Tautorité de la compagnie, et y jeta, sur le bord de la mer, les fondements du fort et de la ville de Saint-Pierre de la Martinique. Dans les deux îles nouvellement colonisées par les Français, on eut à faire la guerre aux indigènes, qui étaient Caraïbes comme à Saint-Christophe. Elle ne devait finir que par Texpulsion totale de ces sauvages. Lorsque ceux-ci ne furent plus en nombre pour combattre ouvertement, ils attaquèrent les Français en détail ; ils en tuèrent beaucoup à coups de massue ou avec leurs flèches empoisonnées ; et, à la faveur de la nuit, ils brûlèrent les cases et ravagèrent les plantations des colons. Dupont eut plus aisément raison des Caraïbes de la Martinique , que Lolive de ceux de la Guadeloupe. Il apportait à Saint-Christophe la nouvelle de ses succès, quand, jeté par une tempête sur les côtes de Saint-Domingue, il y fut retenu par les Espagnols et enfermé, durant trois ans, dans une prison. Un du Parquet, frère de celui qui était mort si glorieusement à Saint-Christophe, fut envoyé à la Martinique pour y remplacer Dupont. Vers ce temps mourut, à Saint -Christophe, le vénérable d'Enambuc , qui faisait bénir de tous son administi*ation, et qui, après avoir dompté les Anglais, était devenu, pai* sa sagesse, leur arbitre aussi bien que celui des Français. Le deuil fut général dans les deux colonies de Saint-Christophe , mais les Français surtout pleurèrent cet homme de cœur et de bien que Ton regarde à bon droit comme le père de la colonisation française aux Antilles. Duhald, son lieutenant, lui succéda, avec le titre de capitaine général de Saintr-Christophe, tandis que Lolive était revêtu du même titre à la Guadeloupe, et du Parquet de celui de lieutenant général à la Martinique. L'administi'ation de du Parquet dans cette île fut aussi ftivorable au développement de la colonie, que la tyrannie de Lolive le fut peu aux progrès de celle de la Guadeloupe.
Duhald ayant été obligé de renoncer à sa charge à cause de
sa mauTaise santé, Richelieu fit revêtir Longvilliers de Poiiicy, chevalier de Malte, commandeur de Doysmont, chef d'escadre ^ de la charge de lieutenant général du roi pour toutes les tles fhinçaises, et de celle de capitaine général de Saint-Christophe pour la compagnie. C'était un homme remarquable, mais de la volonté la plus absolue. En se rendant à Saint-Christophe, il passa par la Martinique et la Guadeloupe pour y faire reconnaître son autorité. Lolive, après avoir fait transporter sa colonie de la pointe nord-ouest dé la Guadeloupe à la pointe sud, où s'était élevé le Fort Royal, et s'être rendu l'objet de Fanimadversion de presque tous ses colons, était devenu aveugle ; mais il n'en prétendit pas moins se maintenir dans toute son indépendance devant le commandeur. Peu après, comme il avait eu l'imprudence de passer à Saint-Christophe où était arrivé de Poincy, il y ftit retenu prisonnier, et la compagnie envoya pour gouverner à sa place le capitaine Aubert. Relâché par de Poincy, Lolive t-enonça bientôt de lui-même au pouvoir et se renferma dans sa riche habitation de Saintr-Christophe. Aubert, homme à la fois ferme et loyal, gouverna la Guadeloupe avec succès > conclut une paix qui paraissait devoir être solide avec les Caraïbes, défricha de nouveaux terrains, améliora les cultures, et attira beaucoup de colons; l'on vit venir par suite dans les ports de la Guadeloupe nombre de navires français et étrangers, pour y faire le commerce. Mais le capitaine Aubert ne tarda pas à être supplanté par un sieur Houël, un des membres de la cohipagnie des îles, qui, à force d'intrigue et de crédit, se fit nommer sénéchal et gouverneur de la Guadeloupe. Aubert, iniquement accusé par son rival, finit par aller se réfugier à Saint-Christophe, où le commandeur de Poincy, dont Houël méconnaissait Tautorîté, l'attacha à sa fortune.
Richelieu n'était plus : ort s'en apercevait aux colonies comme en France. Pendant quelques années une grande anarchie régna dans les Antilles françaises. Les ennemis du commandeur de Poincy ayant obtenu qu'il fût remplacé par le général Palrocle de
Thoîsy, îl refusa de remettre le pouvoir à son successeur désigiK^, et se maintint de force à Saint-Christophe. Du Parquet, gouver^ neur de la Martinique, ayant cru devoir seconder le nouveau général que le roi et la compagnie envoyaient, tomba entre les mains du commandeur de Poincy, dans une descente qu'il fit à Saint-Christophe, au mois de janvier 1645, par Tordre de Patrocle de Thoisy qui se tenait prudemment à Tîle Nevis. Il y eut des révoltes à la Martinique et à la Guadeloupe où Thoîsy faillît être victime d'un complot tramé contre ses jours. Livré à son rival, ce général fut enfermé dans les prisons de Saint-Christophe, et échangé par les Martiniquais contre du Parquet. Toutefois, un mouvement qui éclata à Saint-Christophe, contre le despotisme du vainqueur, obligea de Poincy à faire passer en France le général de Thoisy, pour que, ne l'ayant plus sous la main, les partie né pussent pas le lui opposer. Le commandeur finit par faire sa paix avec la cour et avec de Thoisy lui-même, à qui il donna des dédommagements en argent ou en marchandises. Pendant que les gouverneurs qui semblaient chai^gés de régir au nom de la compagnie des tles faisaient une rapide fortune et s'occupaient à asseoir de plus en plus leur pouvoir, cellcMîi en était réduite aux dernières extrémités. Elle résolut de vendi*e à quelque prix que ce fût de lointains domaines qui ne lui appartenaient plus que d'une manière nominative. La Guadeloupe fut cédée, moyennant soixante-treize mille livres, payables en argent et en sucre, à BoivSseret, beau-frère de Houël, avec qui la C(Hnpagnie n'avait pas voulu traiter. Mais Houël, s'étant fait immédiatement rétrocéder la moitié du marché, ne devait pas tarder à essayer de déposséder son parent. Il avait commencé à coloniser à Marie-Galande dont il s'était mis en possession. Du Parquet acheta, moyennant soixante mille livres, la Martinique avec les îles de Sainte-Lucie , la Grenade et les Grenadins dont il venait de prendre possession. Les Anglais après avoir succédé aux Français, dans Sainte-Lucie,, à près d'un siècle de distance, s'étaient vus chassés de cette île par les Caraïbes au bout d'une année ; et c'était après leur expulsion
que du Pai*quet avait envoyé un détachement sur le territoire abandonné, et en avait pris possession au nom du roi, en 1650. La même année, il avait commencé un établissement durable à la Grenade, et y avait laissé pour commandant un de ses cousins nommé Comte. Le 16 août 1651, du Parquet obtint des lettres patentes, confirmant les acquisitions qu'il avait faites avec le titre de lieutenant général pour le roi. Le commandeur de Poincy, par l'intermédiaire de Tordre de Malle au nom duquel le marcl)|é se conclut, acheta, moyennant cent vingt mille livres, la partie fran-» çaise de Saintr-Christophe, la partie française de Saint-Martin, et les îles de Saint-Barthélemi, Sainte-Croix et la Tortue, où il avait créé des établissements. Le grand-maître de Malte éleva de Poincy à la dignité de bailli de Tordre, et le confirma dans sa charge de commandant général des îles. De son côté, le roi de France approuva, en 1655, la vente faite à Tordre de Malte, sous la réserve de la suzeraineté et de Thommage d'une couronne d or de mille écus à chaque changement de règne.
La Tortue, îlot que Christophe Colomb avait ainsi nommé à cause de sa forme , était depuis plusieurs années déjà le rendezvous des aventuriei*s de toutes les nations ; ils en avaient chassé les Espagnols en 1632. Mais depuis Tarrivée des colons de Saint-Christophe, au temps de d'Enambuc, Télément français dominait et avait fini par être le maître. Poincy avait chargé Le Vasseur, un de ses lieutenants, appartenant au calvinisme, et de qui, pour cette raison, il n'était pas fâché de se débairasser» d'aller prendre le commandement des aventuriers français. Il Tavait investi du gouvernement de la Tortue, en lui garantissant la liberté de conscience à lui et à tous ceux qui le suivraient. Le Vasseur avait aussitôt assemblé des protestants, parmi lesquels cinquante boucaniers de la côte occidentale de Saint- Domingue. Au mois d'août 1641, il était descendu à la Tortue, et en avait expulsé les Anglais. Bientôt il n'avait pas moins heureusement triomphé des Espagnols. Par suite de ses succès réitérés , il s'était environné du plus grand prestige aux yeux de ses compa-
guons; et s'était fait proclamer, par les boucaniers et les flibustiere^ prince de la Tortue. De Poiucy, en ayant pris ombrage, le fit assassiner, n'osant le combattre, et, peu après, le chevalier de Fontenay soumit Tîle de la Tortue, dont on l'avait fait gouverneur particulier, ainsi que de la côte septentrionale de Saint-Domingue. Un moment, les Espagnols vinrent à bout d'expulser les Français de la Tortue ; mais , en 1660 , quatre cents boucaniei-s et flibustiers, venus de la côte de Saint-Domingue, en prii*ent possession de nouveau.
On avait déjà transporté beaucoup de nègi*es de la côte d'Afrique aux Antilles françaises, pour la culture des terres, et leur nombre était dès loi*s plus considérable que celui des blancs qui faillirent être massacrés , en 1656 , à la Guadeloupe. Pendant que le gouverneur Houël se faisait détester dans cette dernière île par ses exactions, du Parquet se faisait chérir à la Martinique, où il mourat, entouré des regrets publics, le 3 janvier 1658. Après la mort de Boiss(?ret , Houel , par sa tyrannie , excita plusieurs révoltes à la Guadeloupe. Il avait fait mourir de frayeur Boisseret , son beau-frère , et se consumait en efforts pour déposséder les enfants de celui-ci, d'Herblay et de Téméricourt. Secondés par leur oncle , le chevalier Houël , à qui fut concédé la moitié de leurs droits sur la colonie, ceux-ci réussirent à se maintenir, et forcèrent l'usurpateur à signer un traité de partage ; on lui laissa toutefois le titre de gouverneur sa vie durant.
Le 51 mars 1660 , un an après que la paix avait été conclue avec l'Espagne, une paix fut faite aux Antilles, par Tintennédiaire de Houel, avec les Caraïbes , qui abandonnèrent toutes leui*s
' Les premiers avaient pris leur nom, dit da Tertre, d'une espèce de gnl nommé boucan, sur lequel ils faisaient rôtir leur viande; et selon le père Charlevoix, de ce qu'ils se réunissaient après leur chasse pour boucaner ou sécher à la fumée, selon la coutume des sauvage.^ , la chair des bœufs qu'ils avaient tués. Les flibustiers devaient leur nom soit aux navires dont ils se servaient pour leurs courses , et qu'ils avaient eux-mêmes appelés fliboU , soit au mot anglais freebooter, forban, car on les appelait d'abord friboutiers.
Nous ne nous étendrons pas longuement ici sur les flibustiers français , d'aulant que nous avons l'intenlion de leur consacrer une notable partie d'un nouvel ouvrage , et qu'il en est déjà assez amplement question dans noire histoire maritime de France.
îles, tant aux Français qu'aux Anglais, à l'exception de ta Dominique et de Saint-Vincent, qu'ils se réservèrent pour s'y retirer au nombre d'environ six mille, et qui furent déclarées neutres.
Le 11 août 1660, mourut à Saint-Christophe , âgé de soixantedix-sept ans , le bailli de Poincy, pei'sonnage souvent fort despotique , mais en revanche magnifique, généreux^ administrateur éclairé, habile politique, qui avait commandé aux îles pendant vingt-un ans, au milieu des plus grandes difficultés. Malgré les résistances de Houël , lui seul il avait encore su réunir dans ses mains les fils épars de la colonisation française aux Antilles. Il fiit remplacé par le commandeur de Sales , à qui on donna le titre d'administi'ateur de la seigneurie de Saint-Christophe, chef de la nation firançaise, établi par le i*oi pour son éminence le grand-maitre de Malte.
Mais on touchait à Tannée 1664, dans laquelle le grand ministi'e Colbert allait apporter tant de réformes au système maritime et colonial de la France, ou, pour mieux en parler, allait le créer tout entier. La compagnie des Indes occidentales fut constituée ; elle eut, dans son partage, tout ce que les Français possédaient en Amérique, avec le privilège exclusif d'y faire le négoce. Les îles françaises des Antilles furent rachetées, en vertu d'un arrêt du conseil du roi, daté du 17 avril 1664; et le lieutenant général, Prouville de Tracy, nommé dès l'année précédente lieutenant général pour le roi de tous les établissements français (l'Amérique, fut chargé d'aller avec une escadre et des troupes prendre possession des Antilles en même temps que de Cayenne, qui était alors, comme on a pu le voir, entre les mains des Hollandais. Après la reprise de Cayenne, le gouverneur Tracy vint aux Antilles pour y assurer les conséquences des résolutions prises à Paris. On rembourea 120,000 livres tournois aux enfants de du Parquet pour les îles de la Martinique et de Sainte-Lucie, îles dont les Anglais venaient de s'emparer sur les Français, mais où ils ne devaient pas longtemps rester. On établit à la Martinique un fiouverneur particulier nommé de Clodoré. La Grenade et les
LES NAVIGATEURS FRANÇAIS. ôhd
Gi*enadins turent payés 100,(KX) livres tournois à leur possesseur, le comte de Cerillac. La moitié de la Guadeloupe et la totalité de Marie-Galande et de la Désirade furent payées 120,000 livres aux héritière de Boisseret ; Houël s'obstina seul à ne point vendre sa part ; mais il ne lui en fallut pas moins remettre son gouvernement, qui fut aussi confié à un gouverneur pour le roi et la nouvelle compagnie, nommé Dulion. Enfin on acheta aussi de Tordre de Malte les îles de Saint-Christophe, de Sainte-Croix, de Saint- Martin, de Saint-Barthélemi et de la Tortue, En 166S, Bertrand d'Ogeron fiit nommé gouverneur de la Tortue et de la côte de Saint-Domingue; il s'occupa avec une admirable persévérance de coloniser sur cette côte de Saint-Domingue, et d'y fixer, dans ce but, les flibustiers qui abandonnèrent peu à peu l'île de la Tortue. On vit se créer les établissements du Cap Français, du Port de Paix, de Léogane et quelques autres moins importants. Mais il suffit d'indiquer ces débuts. Désormais les Antilles françaises appartiennent à l'ensemble de l'histoire maritime et coloniale de la France. On ue finira pas pourtant sans faire remarquer, avec regret, que File Saint-Christophe, berceau de la colonisation française aux Antilles, fut abaado0oée tout entière aux Anglais par le traité de Ri8wi)ck, en 1^7.
Ouvrages consultés: Uiitoire des Antilles françaises, par le P. du Tertre. 4 vol. ln-4. — Histoire de Saint-Domingue y par le P. Charlevolx. — Les Antilles françaises éepitiê hmr découverte jusqu'au !«' novembre 1826, par le colooel Boyer-Peyreleaa, 3 vol. ln*8. — Almatysch américain. — Notice statistique sur les colonies françaises.