‹ Les navigateurs français; histoire des navigations, découvertes, et colonisations françaisesChapitre 6 sur 27 · DES TERRES-NEUVES · texte numérisé non relu

DES TERRES-NEUVES

— De 1534 à 4$43- —

Quand TAméiique eut été découverte par Gbristo^die Colonil), les Français furent des premiers à tourner leurs navigations de ce côté, si ce n'est pour y faire des conquêtes tout d'abord, au moins pour y chercher des débouchés et des aliments à leur commerce. L'Amérique septentrionale surtout, soit parce qu'elle excitaît peu la cupidité des premiers conquérants du Nouveau-Monde, Espagnols et Portugais, soit à cause de la pèche abondante qu'offraient ses mers, appela leur constante attention. Tout porte à croire qu'ils y allaient avant que les Anglais, conduits par les Vénitiens, Jean et Sébastien Cabot, eussent reconnu Teire-Neuve et le Labrador, comme ils le prétendent, en 1496. Ce qui est du reste bien démontré, c'est que nul peuple européen n'y eut avant les Français d'établissement. Les Normands, les Bretons et les marins des environs de Bayonne, paraissent avoir fréquente les premiers les mers septentrionales du Nouveau -Monde. Selon l'opinion la mieux escortée de preuves , les Bretons et les Normands découvrirent Terre-Neuve, du levant au couchant, vers la fin du quinzième siècle ou dans les premières années du seizième, et les Portugais, conduits par Cortereal, à peu près dans le même temps, la découvrirent, du nord au sud, depuis le cap Ras

J'arqufB tflarticr.

jusqu*au cap Buena-Vista^ sur une étendue seulement de soixantedix lieues. Un navire de Honfleur^ ayant pour capitaine Jean Denis, et pour pilote Gamart, de Rouen, y aborda le premier vers 1S06 ' .

Jean Ango, père du célèbre vicomte de Dieppe, y envoya, en loU8, sous la conduite de Thomas Aubert, un bâtiment nommé la Pensée ; il est présumable que Jean Parmentier, de Dieppe , quoique très jeune encore, faisait partie de cette expédition. Les Basques de France avaient d'abord nommé la Terre-Neuve en général, qu'ils rattachaient au continent, Baccalao sou Bacaillos, du nom d'une espèce de poissons appelés morues, qu'on pèche sur ses cotes en abondance. L'île que l'on appela depuis île Royale, et que Ton croyait être aussi, dans l'origine, une partie du continent, fut nommée d'abord Cap Breton, soit par les Bretons, de leur propi-e nom, soit par les armateurs de Cap Breton, dans les Landes, du nom de leur ville. Enfin, on verra que Jacques Cartier trouva quelques points de l'Amérique du Nord déjà baptisés de plusieurs autres noms français , quand il fit son premier voyage dans ces parages.

Le roi François F, qui portait un grand intérêt aux choses de la mer et fut le créateur d'une marine royale, ne reconnaissant pas pour valable le don et la distribution arbitraires que les papes avaient faits des deux Indes entre les couronnes d'Espagne et de Portugal, envoya le Florentin Verazzani faire des découvertes en son nom dans l'Amérique du nord. Ce navigateur aperçut une partie des Florides, desquelles Ponce de Léon n'avait encore reconnu que quelques points. Il laissa ou il donna aux contrées les plus septentrionales qu'il découvrit le nom de Teires-Neuves, nom qui depuis a été transporté à l'île que l'on appelait dans l'origine Baccalaos. Vers l'an 1522, ils avança, selon son rapport, jusque fort

' C'est ce qae dit le discoars du grand capitaine dieppois, rapporté par Ramuslo (Voir la ▼ie de Parmentier). Mais il ne faut entendre cela que du premier Normand qui aborda d'une manière authentique, car des phrases même qui précèdent dans ce discours , et des noms déjà imposés à quelques points de la Terre-Neuve , on doit inférer que les Bretons, et peut-être les Basques de France avaient fréquenté ces parages avant les Portugais euxmêmes, que Gortereal y C4)ndul8it en 1500.

près d une île que déjà les Bretons avaient reconnue et qui devait être soit celle de Baccalaos^ soit le Cap Breton. Verazzani fit trois voyages dans les mers septentrionales de T Amérique ; mais du troisième ni lui ni aucun de ses compagnons ne revinrent, et, en l'absence de tout indice , on dut présumer qu'ils avaient tous péri dans un naufrage, à moins qu'ils n'aient été les victimes de quelque mystérieux guet*apens de la part de l'ombrageuse politique de l'Espagne.

La sombre et malheureuse issue de cette dernière expédition semblait avoir découragé les Français, quand le plus excellent pilote qui fiit aloi^s, Jacques Cartier, né à Saint- Malo, le 31 décembre 1494*^ se fit proposer, par l'intermédiaire du viceamiral Charles de Mouy, sieur de La Meilleraye , à l'amiral de France de Brion-Chabot et au roi François I*", pour aller sur la trace de Verazzani. On l'agréa, et deux navires, de soixante tonneaux chacun, et ensemble de cent vingt -deux hommes d'équipage, lui furent confiés pour taire sa lointaine expédition .

Quand le vice-amiral eut fait jurer les capitaines, maîtres et (X)mpagiions des navires, de bien et fidèlement se comporter au service du roi très chrétien , sous la charge du capitaine Jacques Cartier, on partit le 20 avril 1534 du port de Saint- Malo. Cartier prit sa route à l'ouest, tirant un peu sur le nord, et il eut des vents si favorables que le 10 de mai, il aborda au cap de Bonue-Vue (Bonavista), sur la côte-est de l'île de Terre-Neuve, prise ena>re I)Our une partie du continent. La grande quantité de glaces qui couvrait le rivage le força de s'éloigner et d'aller jeter l'ancre dans un port distant de cinq lieues vei^s le sud-sud-est, qu'il nomma Sainte -Catherine (Havre de Catalina), et où il resta dix jours dans lattente de vents propices , occupant toutefois ses loisii^s à équiper ses barques. Après quoi, il fit voile, par un vent

> Selon l'opinion de M. Cunat, qui a dépouillé dernièrement les archives de Saint-Malo à cet effet. Quoiqu'une brochure de Québec, contenant les voyages du navigateur malouin, écrive, d'après d'anciennes relations et d'nprès Lcscarbot » le nom de celui-ci Quanier, nous devons nous en tenir aux archives tic Samt-Maio pour continuer à écrire Cartier.

d ouest, et tira vers le nord depuis le cap Bonne- Vue jusqu'à une terre d'environ une lieue de circuit entourée d'eau et de glaces, et qui était absolument couverte d'oiseaux, pourquoi on la nommait lie des Oiseaux (à présent Funk-Island)- Parmi ces volatiles, les plus nombreux étaient ceux que les naturels du pays appelaient alors apponaths et appellent aujourd'hui barricadières. Us ressemblaient assez à des pies et avaient le vol très bas quoique très rapide. Comme ils étaient très gras et très faciles à prendre, on en fit une ample provision pour les navires. D'autres plus petits, appelés godes, avaient le vol beaucoup plus élevé; ils s'assemblaient dans l'ile et se cachaient sous les ailes des oiseaux plus grands qu'eux. Enfin il y en avait d'une troisième espèce que, l'on appelait mai^aux, plus grands et plus blancs que les barricadières et les godes, qui se tenaient séparés dans un canton de l'tle et étaient très difficilee à prendre parce qu'ils mordaient comme des chiens. Bien que l'île soit à quatorze lieues de la grande terre, les ours y venaient à la nage pour y manger de ces oiseaux. Les matelots de Jacques Cartier en trouvèrent un d'une blancheur éblouissante et d'une grosseur énoime qui sauta à la mer devant eux. Le lendemain, comme on naviguait vers la terre, on trouva cet oure à moitié chemin , qui allait aussi vite que le navire à la voile; on lui donna la chasse à l'aide des barques, et on réussit à le prendre ; sa chair parut aussi bonne et délicate à manger que celle d'un veau. Le 27 de mai, on arriva au détroit de Belle-Isle, que Ion prenait pour un golfe et qui, dès avant ce voyage, portait le nom de golfe des Châteaux. Les temps contraires et l'entassement des glaces obligèrent Jacques Cartier à entrer dans un petit port nommé Carpunt , qui se trouve aux environs de ce détroit, et dans lequel il resta sans en pouvoir sortir jusqu'au 9 juin, jour où l'on remit à la voile. Jacques Cartier releva les terres et les écueils depuis le cap Ras jusqu'à celui de Grat ou de Grad.

Il donna le nom d'tle Sainte-Catherine à celle qui s'appelle à présent Belle-Ile, et y mouilla en un havre nommé Port-des-Chàteaux. Sur la côte de Labrador, qui forme l'autre côté du détrei!,

il reconnut le Port-des-Balances qu'on nomme à présent la Baie- Rouge, et arriva en un lieu qui fut nommé Blanc-Sablon, vers le sud-est duquel étaient deux îles, l'une appelée alors Ile-de- Brest (aujourd'hui Ile -au -Bois), et l'autre Ile -des -Oiseaux (aujourd'hui Ile-Verte). Après avoir mouillé dans un port de Blanc- Sablon , qui fut appelé les Ilettes (à présent Havre de Labrador), il entra, le 10 juin, dans le port de l'île de Brest, où il fit de l'eau et du bois, et il s'y prépara à passer le détroit. Après avoir récité la messe, car on n'avait pas de chapelain, on sortit du port de Brest, tirant vers l'ouest, et, dix lieues durant, on se trouva dans un dédale d'îles si nombreuses qu'on ne pouvait les compter. Jacques Cartier les appela toutes en général les Iles. Après avoir passé outre, le navigateur trouva la baie (actuellement connue sous le nom de baie des Homards, sur la côte de Labrador) , qu'il appela port Saint - Antoine , et , une ou deux lieues plus loin, il découvrit un petit fleuve fort profond, vei-s le sud-ouest, avec un bon port, qu'il appela Saint -Servin (aujourd'hui Recky-Bay). En ce lieu, il planta une croix. Le long de la côte de Labrador , il découvrit encore la baie de Nepetepec, où il pécha beaucoup de saumons, et qu'il appela fleuve de Saint-Jacques. Dans cet endroit, il aperçut un grand navire de La Rochelle, qui , la nuit précédente, était allé pour pécher au-delà du port de Brest. Il s'approcha de ce navire et mouilla avec lui dans un autre port à une lieue plus à l'ouest, qu'estîmant être un des meilleurs du monde, il nomma port de Jacques- Cartier (aujourd'hui baie de Shecatica). Malheureusement la terre ne répondait point à l'excellence des ports que le navigateur rencontrait. Selon lui, la terre de Labrador ne devait point s'appeler terre , mais plutôt cailloux , rochers sauvages et lieux propres aux bêtes farouches. La seule végétation que l'on y voyait ça et là se composait d'une mousse sèche, de petites épines et de buissons grêles et demi-morts. Pour exprimer toute sa pensée sur ce sol qui lui paraissait maudit, il estima que c'était celui que Dieu avait donné à Caïn. 11 débarqua en plusieurs en-

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droits y et aperçut des individus de belle taille, mais indomptés et sauvages. Us portaient les cheveux liés au sommet de la tête et étreints comme une poignée de foin , passaient à travei*s un petit bout de bois et y attachaient quelques plumes d'oiseaux. Hommes et femmes étaient vêtus de peaux d'animaux. Ils se peignaient le corps de certaine couleur rouge. Ce pays n'était pas toutefois leur demeure habituelle ; ils y venaient de fort loin par terre pour se livrer à la pêche des loups marins. Ils avaient des barques faites d'écorce d'arbres. Le 15 mai, le temps étant beau, Cartier prit son chemin vers le sud, pour reconnaître des terres qu'il avait aperçues et qui semblaient former deux îlesj mais, à vingt lieues environ du port de Brest, arrivé à un cap qu'il nomma Cap Double (à présent Pointe-Riche ou Port-à-Choix , sur la côte ouest de Terre-Neuve), il le prit pour la terre ferme. Côtoyant donc l'île de Terre-Neuve, durant environ trente-cinq lieues plus loin que ce qu'il avait appelé Cap Double, il trouva des montagnes très hautes et sauvages, au milieu desquelles on voyait des espèces de petites cabanes, et pour cela il les nomma les Montagnes des Cabanes. Il aperçut à trois lieues de distance de lui une pointe de terre qu'il nomma Cap-Pointu (Tête à vache sur la côte ouest de Terre-Neuve). En ce lieu, un vent du nord-est lui fît courir quelques dangers. Toutefois, poursuivant sa route vers le sudouest, après trente-sept lieues de marche, le navigateur se trouva au milieu de plusieurs îles rondes comme des colombiers, et auxquelles pour cela fut donné le nom de Colombaires. De fait, il se trouvait dans ce qu'on appelle aujourd'hui la Baie des Iles. Toujours sur la côte ouest de Terre-Neuve , il reconnut Bonne- Baie, qu'il appelait golfe de Saint-Julien ; le cap nord de la baie des Iles, qu'il nommait Cap Royal ; la pointe sud de cette même baie, qu'il nomma Cap de Lait. A deux lieues de ce qu'il appelait Cap Royal, il trouva une abondance prodigieuse de morues, desquelles îl fit prendre plus de cent en moins d'une heure. Quelques reconnaissances furent faites entre les deux caps de la baie des Iles, où Ton remarqua un pays plat, détestable, et où ne trouvant

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point de popt dans le moment ^ on fut obligé de se retirer eu mer. Pendant six jours, jusqu'au 34 de juin, les navires de Jacques Cartier furent battus par la tempête et plongés dans une telle obscurité qu'ils ne purent avoir connaissance d'aucune terre. Enfin , à ti'ente-cinq lieues environ du cap nord de la baie des Iles, on reconnut un cap auquel on donna le nom de Saint-^Jean, en rhonneui* de Saint-Jean-Baptiste dont, ce jour-là, on célébrait la fête; c'était Tile Saint-Jean elle-même que Jacques Cartier venait de découvrir. On navigua encore quelques jours par un temps orageux et obscur , et on approcha de trois îles littéralement couvertes d'oiseaux qui faisaient là leur nid. Dans la plus grande, il y avait comme un monde de margaux plus grands que des oisons, qui toujours faisaient canton à part; et sur le rivage il y avait des godes et des apponaths en foule , dont on chargea les barques autant que l'on voulut. Jacques Cartier donna à ces îles le nom de Margaux (aujourd'hui Ilesaux-Oiseaux). A cinq lieues de celles-ci, on en vit une autre pleine de grands arbres , de prairies , de champs couverts de froment sauvage, et de pois fleuris qui semblaient avoir été semés par des laboureurs j là aussi on apercevait une grande quantité de raisin, de fraises, des roses d'un bel incarnat, et une multitude de choses suaves au goût et à Todorat. Cette petite terre qui n'avait pas plus de deux lieues de longueur sur autant de largeur, fiit estimée valoir à elle seule plus que toute la Terre-Neuve ensemble; on la nomma lie de Brion, en l'honneur de ramii*al de France de Brion-Chabot. Des animaux inconnus, monstrueux, amphibies, ayant deux espèces de défenses à la bouche comme des éléphants, semblaient affectionner les alentours de cette île ; on en vit un qui dormait sur le rivage, et on détacha vei*s lui une barque pour tâcher de s'en rendre maître; mais au moindre bruit le monstre se jeta à la mer. Ce n'était autre d'ailleui-s que ce qu'on appela depuis vache marine. Il y avait aussi dans ces parages beaucoup de loups marins et d'ours blancs, Jacques Cartier était préoccupé du rêve dé tous les navigateurs de son temi>s

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et même des siècles suivants, à savoir de trouver, par les mei's septentrionales de TAmérique , un passage pour se rendre aux Indes orientales. Il eut l'idëe qu'il pourrait bien en tenir la clef dans un certain passage entre la Terre-rNeuve et l'île de Brion. A peu de distance de cette dernière, il circula autour d'une foule d'îlots de sable noir , et aperçut un grand cap qu'il nomma cap Dauphin ; il crut qu'il dépendait de la terre ferme , tandis que ce n'était qu'une des pointes de ce qu'on a appelé depuis les Iles de la Magdelaine. Dans ces parages, divers noms furent imposés à des terres de ces îles , tels que Alezay et Cap Saint- PieiTe. On ne marchait que la sonde à la main , le plus souvent sur des fonds hérissés de roches. Ce fut ainsi qu'on arriva jusqu'en un heu qui paraissait dépendre de la terre ferme, et que Ton nomma Cap d'Orléans. Ce pays, par son agréable aspect, par les beaux arbres et les prairies dont il était couvert , invita les navigateurs à y descendre, bien que l'on n'y pût trouver de port; on s'en approcha çur des barques, et l'on entra dans un beau fleuve de peu de fond que traversaient dans ce moment quelques canots montés par des sauvages, et qui pour cela fut appelé fleuve des Barques (présumablement la rivière de Mira**michi). On ne put s'aboucher avec les naturels, parce que le vent, qui venait de mer et chargeait la côte , força bientôt les embarcations à revenir vers les navires. Cependant, le 1*' juillet, comme on naviguait encore dans le voisinage du cap d'Orléans et d'un autre, distant de sept lieues vers le nord, que l'on appela cap des Sauvages, on aperçut un homme qui courait le long de la côte, en faisant des signes pour engager à retourner du côté de la terre ; mais on n'eut pas plutôt obtempéré à ses vœux qu'il prit la fuite. On descendit à terre néanmoins, et Ton y déposa un couteau et une ceinture de laine ; puis on revînt aux navires. On côtoya la terre durant l'espace de neuf ou dix lieues dans l'espérance d'y trouver quehpie bon port j mais ce fut en vain : toute cette terre était basse et environnée de bancs et de sablons. La végétation y était belle ; les cèdres, les ifs, les pins, les ormeaux, les frênes

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et plusieurs autres espèces d'arbres moins connus des navîgateuis y croissaient en grand nombre ; et dans les terres qui en étaient dépourvues , on voyait, comme à Tile de Brion , de beaux raisins blancs et rouges , des fraises parfumées^ des champs de pois et de froment sauvage, au-dessus desquels voltigeaient des grives, des ramiers et d'autres oiseaux ; toutes choses qui rendaient encore plus regrettable l'absence d'un port en ce lieu. Le 2 juillet, on découvrit une baie que l'on appela le golfe Saint-Lunaire; puis on s'enfonça dans une autre qui fiit nommée Golfe de Chaleur (aujourd'hui baie des Chaleurs), à cause de la température presque méridionale dont on y jouissait. L'espoir que l'on eut de trouver par là un passage , entre des terres profondes , larges et d'un aspect fort différent les unes des autres , plates au midi , très élevées au nord, fit donner à la pointe sud le nom de cap d'Espérance. On mouilla dans un petit port du côté septentrional, que Ton nomma port Saint-Martin, et où l'on resta huit jours. Comme Jacques Cartier allait à la découverte sur une de ses embarcations, il aperçut deux bandes de canots, chargés chacun de plus de quarante à cinquante sauvages, qui allaient d'un côté à l'autre. Plusieurs de ces indigènes sautèrent sur le rivage en faisant beaucoup de bruit et de grandes démonstrations pour engager les étrangers à venir vers eux. Ils faisaient voir des peaux pour les attirer. Mais Jacques Cartier n'ayant qu'un seul canot ne. voulut pas s'y fier, et préféra aller du côté de ceux qui étaient encore en mer. Aussitôt les sauvages débarqués ordonnèrent deux de leurs plus grands canots pour suivre les étrangers; cinq de ceux qui venaient du côté de la mer s'y joignirent , et tous ensemble ceux qui les montaient s'approchèrent de l'embarcation de Jacques Cartier avec des marques d'allégresse et d'amitié. Plus prudent et plus sage que ne le forent depuis bien des navigateurs dans l'Océanie, Cartier leur donna à entendre qu'il désirait qu'ils se retirassent. Sur leur refos obstiné, on décocha au milieu d'eux quelques dards qui les épouvantèrent et les obligèrent enfin à s'éloigner. Ce ne fut pas pour longtemps toutefois;

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car le lendemain ils revinrent avec neuf de leurs canots. Mais comme on était averti de leur venue, on alla de leur côté assez en force pour n'avoir rien a en redouter. Ils faisaient signe qu'ils étaient venus pour trafiquer, montrant dans cette intention des peaux de peu de valeur. En voyant le nombre des étrangers, ils s'enfuirent, mais eu donnant des témoignages de regret. Cartier, leur faisant des signes d'amitié, envoya déposer à terre, par deux des siens, quelques couteaux et un superbe chapeau rouge destiné à leur chef. Ce qu'apercevant, les sauvages, qui suivaient de leurs canots tous les mouvements des étrangers, descendirent à leur tour à terre portant des peaux et commencèrent à trafiquer. Leur joie était indétinissable à Faspect des couteaux et autres petits objets de fer qu'on échangeait avec eux ; ils dansaient , faisaient mille cérémonies, et entre autres ils se jetaient de l'eau de mer sur la tête avec les mains. Enfin ils se dépouillèrent de tous leurs vêtements pour les donner aux étrangers et firent comprendre, en se retirant, qu'ils ne tarderaient pas à revenir avec d'autres peaux. Jacques Cartier ayant reconnu son erreur relativement à la baie dans laquelle il se trouvait, et qu'il fallait désespérer de trouver par là un passage, revint en arrière, en suivant la côte. Il distingua des sauvages qui allumaient des feux sur le bord d'une espèce de lac auquel conduisait un canal. Jacques Cartier se dirigea de ce côté avec ses embarcations, et aussitôt les sauvages s'approchèrent avec leurs canots, apportant des morceaux de loupmarin cuits , qu'ils déposèrent sur du bois ; puis ils se retirèrent en indiquant que c'était un don gratuit qu'ils faisaient aux étrangers. Jacques Cartier envoya des hommes à terre avec des couteaux , des chapelets et autres petits objets qui attirèrent plus de trois cents indigènes vers le rivage. Hommes, femmes et enfants se jetaient de leurs canots dans Feau jusqu' aux genoux , sautant et gambadant pour témoigner leur joie. Tous apportaient des peaux et d'autres objets pour les échanger. Ils s'en allèrent à peu près dans le même état que ceux de la veille, après avoir livré tout ce qu'ils possédaient. Jacques Cartier pensa qu'il serait aisé

d'amener ces sauvages à la foi catholique. Leur existence lui parut être celle de pécheurs nomades. Quant au pays il était ^ selon le navigateur , le plus beau qu'il Mt possible de voir; sa surface plane présentait partout des arbres magnifiques, excellents pour la mâture, de ces froments naturels ayant Tépi comme du seigle et le grain comme de T avoine, de ces pois drus et comme cultivés, de ces raisins veloutés, de ces mûres, de ces fraises, de ces roses variées et autres fleurs d'odeur exquise, que déjà l'on avait admirés dans ces pays. Les lacs de ces terres offraient une pèche abondante de saumon. Le 12 juillet, on leva l'ancre du port Saint-Martin , et l'on sortit de la baie des Chaleurs, tirant vers l'est le long de la côte jusqu'à une pointe que l'on appela le cap du Pré. 11 semblait que l'on n'allait pas pouvoir doubler ce cap, tant le flot y était gros, la mer courroucée et pleine de tourmentes. A plusieurs reprises, on en fut repoussé; et les navires flirent obligés de se retirer dans un fleuve éloigné de cinq ou six lieues de là, où ils restèrent quelques jours. Ce fleuve luimême ne leur présentant pas assez de sûreté , ils en sortirent pour gagner un port distant de sept ou huit lieues que les embarcations avaient découvert et où il y avait un bon fond. Les navires, après avoir perdu une de leurs ancres, restèrent en ce dernier lieu neuf jours entiers sans que la tempête et l'obscurité leur permissent de naviguer. Jacques Cartier et ses compagnons mirent à profit ce temps pour nouer quelques relations avec les gens du pays. Ces naturels se livraient à la pêche et venaient familièrement à bord des bâtiments avec leurs canots. Ceux-ci, dit Jacques Cartier, pouvaient être vraiment appelés sauvages, d'autant qu'il ne se pouvait trouver de gens plus pauvres au monde ; ils n'avaient que de vieilles peaux pour vêtements; ils portaient la tête entièrement rase, sauf au sommet une mèche de cheveux qu'ils laissaient croître comme une queue de cheval et attachaient avec des aiguillettes de cuivre. Leurs seuls abris étaient leurs canots qu'une fois mis à terre ils retournaient pour se coucher dessous. Ils mangeaient la chair et le poisson presque

crus, les approchant seulement du feu comme pour la forme. Ils n'avaient d'ailleurs ni la nature ni la langue des premiers qu'on avait rencontrés. Jacques Cartier alla avec ses embarcations au lieu où ils se tenaient sur le bord d'un fleuve, mit pied à teire et se mêla avec eux, ce dont ils témoignèrent leur joie en chantant et en dansant par groupes. Ils avaient d'abord renvoyé leurs femmes dans les bois voisins, à l'exception de deux ou trois d'entre elles à qui Jacques Cartier distribua des peignes et des clochettes d'étain . Ce que voyant, les maris des autres femmes qui étaient parties, rappelèrent celles-ci au plus vite pour qu'elles eussent également leur part de présents. La munificence du capitaine Cartier s'étendit en conséquence jusqu'à elles, et toutes ensemble incontinent se prirent à danser et à remplir l'air de leurs chansons. Du reste , ces sauvages étaient quelque peu larrons, et ne se faisaient pas faute de dérober aux étrangers, quand ils le pouvaient , ce qu'on ne leur donnait pas. Le 24 juillet, Jacques Cartier fit élever, sur la pointe de l'entrée du port où il avait stationné, une croix haute de trente pieds, portant un écusson aux trois fleurs de lis, au-dessus duquel étaient gravés ces mots çn grosses lettres : Vive U roi de France ! Cette cérémonie eut lieu en présence des sauvages, qui regardaient tout ébahis. Qnand la ci-oix fut debout, Jacques Cartier et ses compagnons s'agenouillèrent devant elle, Fadorant et levant les mains, et faisant signe, en regardant et en montrant le ciel, que de cette croix dépendait le salut des hommes. Et les sauvages émerveillés se regardaient l'un l'autre , puis contemplaient la croix. Quand les étrangers se furent ensuite retirés en leurs navires, un chef sauvage, vêtu d'une peau d'ours noir, vint vers eux dans une barque, avec ses trois fils et un de ses frères. Sans s'approcher aussi près du bâtiment qu'ils avaient coutume de faire, ce chef adressa une longue harangue à Jacques Cartier, montrant la croix, et en reproduisant la fonne avec deux de ses doigts; puis il montra toute la terre des environs, comme s'il eût voulu lui dire qu'elle lui appartenait tout entière et que Ton n avait le di*oit d'y rien dresser sans sa permission.

Son discours terminé, on fit signe au rliof sauvage que Ton désirait trafiquer avec lui; il se laissa prendre à un appât qu'on lui présenta, et insensiblement s'approcha davantage des navires. Soudain deux ou trois matelots sautèrent dans sa barque, et, mettant la main sur elle, le forcèrent lui et les siens de monter à bord. Sa surprise fut extrême; mais Jacques Cartier s'empressa de le rassurer par de nombreux signes d'amitié , et le fit boire et manger ainsi que ses fils et son frère. Ensuite il lui donna à entendre, par des signes, que l'on n'avait planté la croix que conmie un indice pour pouvoir retrouver le port, afin d'y revenir bientôt et d'y trafiquer. On lui fit comprendre aussi que l'on désirait garder à bord deux de ses fils, mais pour les ramener dans peu , et en môme temps on couvrait chacun de ceux-ci d'une chemise, d'un sayon de couleur, d'une belle toque rouge , et on leur mettait une chaîne de laiton au cou. Les deux jeunes gens, nommés Taiguragny et Domagaya, se montraient fiers de cet accoutrement, et firent dédaigneusement présent de leurs vieux habits à ceux qui s'en retournaient. Jacques Cartier donna à ces derniers quelques couteaux et autres menus objets. Quand ils furent de retour à terre et eurent raconté les nouvelles à d'autres sauvages, une trentaine d'indigènes montés dans cinq ou six canots s'approchèrent des navires pour dire adieu aux deux fils de leur chef que l'on avait retenus; et, par plusieurs signes, donnèrent à entendre qu'ils n'abattraient point la croix. Le 25 juillet, par un bon vent, on leva l'ancre, en rangeant la côte des terres situées au sud-est et nord-ouest, et deux jours après, où la terre commençait à se tourner vers l'est , on découvrit un cap qui fut nommé Saint-Louis, parce que c'était le jour de la fête de ce roi. Plus loin, où la terre commençait à tourner vers le nord-ouest, on reconnut un autre cap qui reçut le nom de Montmorency. Le 1*'*' août, au lever du soleil, Jacques Cartier vit d'autres terres qui lui restaient du côté nord et nord-est. Elles étaient très hautes et semblaient être des montagnes entrecoupées de vallées boisées et de rivières. Comme on ne faisait cpi'aller et venir selon le vent.

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on tira vere la côte pour tacher de gagner vers le sud un cap que Ton apercevait fort avant dans la mer dans Thorizon le plus lointain ; mais quand on s'en fut approché, on trouva que ce n'étaient que des rochers et des écueils, ce que l'on n'avait poiçt encore rencontré vers le midi depuis le cap Saint-Jean. Cartier faillit perdre en cet endroit une de ses embarcations qui heurta contre un écueil, et il fallut que tout le monde travaillât pour la remettre à flot. Après cpi'on eut navigué deux heures le long de cette côte, la marée survint avec tant d'impétuosité qu'il fut impossible aux bai-ques, même à l'aide de treize avirons, d'aller plus loin que la distance d'environ un jet de pieiTc. Laissant donc dans les.embareations quelques hommes seulement pour leur garde, on descendit à terre et l'on marcha dix à douze lieues durant, jusqu'à un point où la tei*re commençait à s'abaisser vers le sud-ouest. Jacques Cartier retourna ensuite à ses embarcations et de là à ses navires qui déjà étaient à la voile et croyaient toujours pouvoir passer outre ; mais loin de là , ils avaient été repoussés à plus de quatre lieues de l'endroit où on les avait laissés.

Les vents d'est commençaient à régner et à devenir violents, le flot était impétueux et faisait obstacle à toute découverte nouvelle ; la Ten*e-Neuve s'enveloppait d'épais brouillards et d'orages inquiétants. On était loin du sol natal, et il était impossible de prévoir les hasards et les dangers d'un retour que l'on retarderait. Dans cette situation , Jacques Cartier assembla tous ses capitaines, mariniers, maîtres et compagnons pour prendre leur avis et décider si Ton devait revenir en France ou s'airôter là tout le reste de l'année. Le premier parti fut adopté comme le plus sage. Le jour de la Saint-Pierre, on entra dans un détroit situé entre le cap Gaspé et l'île d'Anticosti, auquel on donna le nom du patron du jour. Comme on cinglait par un vent favorable, suivant le circuit de la côte jusque vers un cap de terre basse, éloigné d'emiron vingt-cinq lieues du détroit, on aperçut de la fumée que faisaient les gens du pays ; mais le vent, qui ne poussait point vers la côte, empêcha qu'on allât à ceux-ci. Alors ils vinrent au nombre

de douze dans leui*s canots, et s' approchèrent amicalement des navires. Ils donnaient à entendre qu'ils venaient du grand golfe (celui de Saint-Laurent), et que leur chef avait nom Tiennot, poui'quoî on appela cette pointe de terre Cap de Tiennot (probablement le mont Joli d'aujourd'hui). Après avoir suivi le circuit que la terre fait du côté du nord, de l'est-sud-ouest , de l'est-sud-est, de l'ouest et nord-ouest, et, en commençant à tourner d'ouest à est et nordest, on aperçut des tles éloignées d'environ deux ou trois lieues de la principale terre , ainsi que des bancs qui parurent périlleux. On fut ramené par un grand vent du sud-ouest à l'orient de la Terre-Neuve, entre ce qu'on avait précédemment nommé les Montagnes des Cabanes et le Cap Double. Une épouvantable tempête accompagnée d'un gi'and vent d'est obligea Cartier à tourner ce cap et à visiter le côté du nord, entièrement environné d'îles, ainsi qu'on l'a déjà dit. Conime on était près de celles-ci, le vent, ayant changé et soufflant du sud, porta heureusement Jacques Cartier au havre- de Labrador, qu'il avait appelé précédemment les Ilettes. 11 y resta du 9 au 15 août, jour de l'Assomption, où, après avoir récité la messe, il mit à la voile pour retourner en France. A moitié de sa routé, il fut exposé à de grands dangers par les vents d'est; mais il vint à bout de les surmonter, et arriva à Saint-Malo le 5 septembre de l'année môme de son départ.

Jacques Cartier ne fut pas plutôt de retour et n'eut pas plutôt fait son rapport au roi, qu'il songea à entreprendi*e un second voyage. On avait jugé utile que la France possédât im établissement dans la partie de l'Amérique que le navigateur malouiu venait de reconnaître. Le vice-amiral de La Meilleraye était, de tous les grands personnages du temps, celui qui prenait le plus à cœur cette affaire. 11 obtint pour Cartier une conunission de capitaine-général des vaisseaux , et lui fit donner trois navires et de bons* équipages pour retourner aux Terres-Neuves, considérées alors Qomme faisant un bout de l'Asie du côté de l'Occident ^

* C'est ce que la commission donnée à Jacques Cartier, par François I"'', dit d*unc ma* nière positive. Voir YHittoirede fa Nouvelie^Francef par Lescarbot.

Le jour de la Pentecôte de l'année 1535 , par l'ordre du capitaine et la bonne volonté de tous, chacun se confessa et communia f puis tous les compagnons du voyage ensemble ^ Jacques Cartier à leur tête , reçurent la bénédiction dans la cathédrale et des mains de 1 evêque de Saint-Malo. Trois jours après, le 19 de mai , le vent étant propice, on appareilla avec les trois navires, qui étaient : la Grande Hermine^ du port d'environ cent à cent vingt tonneaux , montée par le capitaine-général de l'expédition, ayant avec lui les deux Indiens qu'il avait amenés en France, par Thomas Froment, second de Jacques Cartier, Claude de Pontbriand, fils du seigneur Montcevelles et échanson du dauphin, Charles de La Pommeraye, Jean Poulet et autres ; la Petite Hermine^ du port d'environ soixante tonneaux, montée par Marc Jalobert, beau-frère de Cartier, capitaine, et maître Guillaume Lemarié; VÉmérillon, du port de quarante tonneaux seulement, commandé par le capitaine Guillaume Le Breton et maître Jacques Maingart. Jusqu'au 26 mai rien ne contraria la navigation ; mais, depuis ce jour, on eut à essuyer une série de tempêtes qui finirent, le 25 juin suivant, par sépara les trois bâtiments. Ils ne devaient pas se retrouver avant d'être arrivés au port des Uettes (havre de Labrador), que Jacques Cartier avait assigné comme rendez-vous général. La tourmente n'était pas encore entièrement apaisée, quand, le 7 juillet, la Grande Hermine mouilla à l'île des Oiseaux (Funk-Island) ; elle cingla ensuite, par un temps favorable, jusqu'au lieu du rendez-vous, où elle attendit, depuis le 15 juillet, les deux autres navires, qui arrivèrent à leur tour et de conserve le 26 du même mois. Tous trois ensemble, s'étant approvisionnés, ils levèrent l'ancre trois jours après et firent porter le long de la côte nord jusqu'à deux îles situées à vingt lieues environ au delà du havre de Brest, que l'on baptisa du nom de Saint-Guillaume. Jacques Cartier fit ensuite courir à l'ouest pour avoir connaissance d'autres îles dont il n'était éloigné que de douze à treize lieues, et qu'il nomma îles Sainte-Marthe. On reconnut diverses îles encore dans les mêmes parages, entre autres quelques-unes fort basses, qui reçurent le

72 LES XAVIGAÏELUS FRANÇAIS.

nom de Saint-Germain. Toute cette côte était hérissée d ecueils. lis n'aiTctèrent point Jacques Cartier. Poursuivant ses recherches avec un courage que son habileté connue empêchait seule d'appeler témérité, il dépassa le cap naguère nommé par lui Tiennot (mont Joli), fut obligé, par les temps contraires, de chercher un refuge dans un port qu'il nomma Saint-Nicolas, situé entre quatre îles distantes d'environ sept lieues et demi du cap Tiennot; ayant levé l'ancre de là, le 8 août, faute de trouver des ports sur la côte sud , il tira vers le nord , et arriva , le lendemain , dans une grande baie pleine d'îles, qui fut nommée Saint-Laurent en rhonneur du saint dont on chômait la fête. Jacques Cartier touchait à la découverte du Canada. Ce nom et ce pays lui avaient été révélés par les deux Indiens qui étaient à son bord. Le 14 août, il fit porter à l'ouest, et alla chercher, vers le sud, un cap qu'ils lui disaient être une île. Ceux-ci donnaient à entendre qu'au midi de cette île était la route de Honguédo où on les avait pris, au pays de Canada; et qu'à deux journées au delà du cap commençait le pays de Saguenay. Jacques Cartier, se laissant diriger d'après ces indications, reconnut, le 15 août, l'île en question, qu'il nomma île de l'Assomption, nom changé depuis en celui d'Anticosti. Peu de jours après, les deux Indiens lui montrèrent le commencement de ce qu'ils nommaient le pays de Saguenay, et lui dirent que c'était de là que venait le cuivre rouge qu'ils appelaient eaquetdazé. Le navigateur était ainsi entré dans le fleuve que les naturels appelaient Hochelaga, et qui a pris et gardé le nom de la baie même de Saint-Laurent. Les Indiens assuraient qu'il allait toujours se rétrécissant jusqu'au Canada, et qu'il remontait si loin , si loin , que jamais homme n*en avait pu i*econnaître l'origine. Jacques Cartier, voyant que toute issue lui serait fermée de ce côté, ne voulut pas aller plus loin avant d'avoir reconnu la côte nord de la baie de Saint-Laurent, qu'il avait négligé de visiter pour suivre la côte sud. Le 18 août, en conséquence, les navires rebroussèrent chemin et commencèrent à ranger la côte septentrionale. Le lendemain, on reconnut

des îles très hautes qui furent appelées îles Rondes (les Sept-lles). Là on vit une rivière qui tombait dans la mer; on y entra avec les embarcations^ et on y fut sui'pris par l'aspect d'amphibies ayant la forme de chevaux qui, au rapport des sauvages, fréquentaient la mer pendant le jour et la terre pendant la nuit'. Le 21, on acheva de reconnaître la côte nord de la terre ferme, ainsi qu'une partie de l'île de l'Assomption; et lorsqu'on se fut assuré qu'il n'y avait pas pai'-là non plus de passage, on revint vers la côte du sud. Les temps contraires ne permirent pas d'y arriver avant le 29, jour où l'on mouilla à des îlots qui reçurent le nom de Saint- Jean, et qui sont su])posés être ce que l'on appelle à présent les îles du Bic. Le 1**" septembre, on appareilla de ces îles vers le Canada, et l'on reconnut l'embouchure de la rivière de Saguenay. Par-là, malgré l'aridité du sol, croissait une grande quantité d'arbres d'une belle verdure, et dont quelques-uns paraissaient capables de servir à mater des navires de trente tonneaux. A l'enti-ée du Saguenay, des Indiens furent aperçus, qui faisaient, dans des canots, la pèche des loups-marins. Quelques-uns d'entre eux

s'approchèrent, non sans crainte, des navires, et ne se rassurèrent qu'après avoir entendu parler un de leui*s compatriotes que Jacques Cartier avait à son bord. Le 2 septembre, toujours remontant vers ce que les sauvages appelaient Canada, on rencontra deux îles (l'île Rouge et l'île Blanche) qui parurent fort dangereuses à franchir, et où, sans le secoure des barques, VEmèrillon eût failli se perdre. Le 6, on mouilla à une île qu'on nomma l'île aux Coudres, à cause des nombreux coudriers qui s'y trouvaient. Dans ces parages, on aperçut des poissons de la forme la plus étrange, que les habitants du pays appelaient adhothtusy ayant le corj)s et la tcte de lévriers blancs comme neige, et de la grosseur des morues. Le 7, après avoir récité la messe , on continua à remonter le fleuve, et Ton arriva à quatorze îles qui, au rapport des Indiens, étaient le commencement de la terre de Canada. Ce sont

» Lescarbot, dans son Histoire de la Aouvelle- France , dil que c'êUiiuiil des liippupolames.

celles que Ton a appelées depuis tle d'Orléans, ile aux Grues^ île aux Oiesy ile Madame, ile aux Réaux, île Sainte-Marguerite, la Grosse-Ile, etc. Jacques Cartier remarqua surtout la première, à laquelle il donna le nom mythologique du dieu des buveurs, à cause de la multitude de vignes qui s y trouvaient. Ayant jeté Tancre entre cette île et la côte septentrionale, le navigateur emmenant avec lui ses deux Indiens, alla à terre avec ses embarcations. Là, il trouva plusieurs indigènes qui prirent d'abord la fuite, mais qui, ayant ou! les discours de Taiguragny et de Domagaya, reprirent assurance et donnèrent même de grands signes de joie, apportant aux bateaux des poissons, des fraite et du mil, qui était le pain dont ils vivaient. Durant cette journée, beaucoup d'Indiens montèrent à bord des navires, pour fêter le retour de Taiguragny et de Domagaya. Jacques Cartier leur fit le meilleur accueil, et leur distribua quelques menus présents. Le lendemain, le seigneur du Canada, nommé Donnacona, que ses sujets saluaient du titre d! agouhanna y vint avec douze canots vers les navires. Arrivé à une certaine distance, il fit retirer en arrière dix de ses embarcations, puis acheva de s'approcher avec deux seulement que montaient avec lui les plus grands de ses États. Arrivé par le travers de /'£mén7/ofi, Donnacona commença une harangue, selon l'usage de son pays. Étant venu ensuite par le travers de la Grande-^Hermine, où étaient Taiguragny et Domagaya, il échangea avec eux quelques paroles qui le comblèrent de joie. Ils ne lui eurent pas plutôt vanté la réception qu'on leur avait faite en France, qu'il pria Jacques Cartier de lui donner ses bras à baiser, ce qui était la manière du pays pour faire honneur et fête. Alors Jacques Cartier descendit dans la barque de Fagouhanna, ordonnant qu'on apportât du pain et du vin pour faire boire et manger ce personnage et ceux de sa suite. Tout se passa pour le mieux, et la joie des Indiens fut extrême, quoique Jacques Cartier n'eût pas jugé pour l'instant à propos de leur faire des présents. On laissa aller Taiguragny et Domagaya avec les autres Indiens. Après cette rencontre avec Donnacona, qui n'était que

le prélude de plus importantes, Jacques Cartier remonta le fleuve avec ses canots pour chercher un port où ses navires pourraient être en sûreté. Ayant côtoyé Fîle de Bacchus (île d'Orléans), et i^monté le fleuve environ dix lieues encore, il trouva une rivière qu'il nomma Sainte-Croix, à cause de la solennité du jour, et qui parait être ce que l'on a nonuné depuis rivière Saint- Charles. Tout près de là était le pays de Stadaconé dont Donnacona était le maître et où depuis s*est élevé Québec. Jacques Cartier jeta un coup d'oeil général sur ce pays et le trouva d'une nature excellente, couvert de beaux arbres de l'espèce de ceux de France, tels que chênes, ormes, frênes, noyers, cèdres, pruniers, ifs, aubépines, ainsi que de vigne et de bon chanvre qui croissait sans semence ni labeur. Les indigènes témoignaient une gi*ande joie de la venue des étrangers, pérorant à leur façon avec beaucoup de gestes, tandis que les femmes dansaient et cliantaient. Charmé de cette réception, Jacques Cartier distribua force petits couteaux et verroteries qui firent redoubler les chants, les danses et les harangues de satisfaction. Le navigateur i-eviut ensuite de la rivière de Sainte-Croix à ses navires restés & l'île de Bacchus, de laquelle il né pouvait se lasser d'admirer la végétation. Le 13 septembre, les trois navires levèrent l'ancre et remontèrent jusqu'à la rivière de Sainte-Croix, où ils trouvèrent Donnacona, Taiguragny et Domagaya avec vingt-cinq canots chaînés d'Indiens qui se rendaient à Stadaconé. Quoique ces indigènes donnassent de grands signes de joie , Jacques Cartier fut désagréablement surpris que parmi eux Taiguragny et Domagaya se montrassent maintenant les moins empressés et les plus timides vis-à-vis de lui, et se refusassent à monter dans les navires eu dépit de toutes les prières qu'on leur pouvait faire. Cependant Jacques Cartier leur demanda s'ils voudraient l'accompagner à Hochelaga, comme ils le lui avaient promis, et ils répondirent que oui. Le 15 septembre, Jacques Cartier, avec plusieurs de ses gens, s'occupa de mettre ses navires en sûreté. Au mdieu de ce tmvail, il vit un grand nombre d'indigènes, parmi lesquels

Donnacoiia et ses deux Indiens, qui ne s'approchaient pas avec la môme sécurité qu'à l'ordinaire, et se tenaient à distance sous une pointe de terre. Le navigateur, préoccupé de ce changement, se dirigea aussitôt de ce côté avec quelques-uns des siens. A peine eut-on échangé quelques saints, Taiguragny s'avança et dit au capitaine que le. seigneur Donnacona était affligé de voir que les étrangers venaient avec tant d'instruments de gueiTe, quand lui et ses sujets n'en avaient aucun. Jacques Cîirtier répondit à Taiguragny qu'il savait bien que c'était la coutume de France de porter dos armes, et que l'on n'avait aucune intention hostile. Voyant d'ailleurs que Donnacona ne le recevait pas pei*sonnellement avec moins d'efiusion que précédemment, le capitaine pensa que toutes ces préoccupations nouvelles des Indiens leur venaient de Taiguragny et de Domagaya. Mais elles n'étaient pas encore tellement entrées dans les esprits, que l'agouhanna et son peuple ne fissent bientôt entendre leurs cris et leurs chants de fêtes autour des étrangers. Le lendemain, la Grande et la Peiiie- Hermine étant amairées dans la rivière Sainte-Croix, et le petit navire VEmérillon ayant été laissé en rade poiu» remonter jusqu'à Hochelaga, Donnacona, accompagné de Taiguragny, de Domagaya et de cinq cents autres Indiens, hommes, femmes et enfants, vint aux bâtiments au moment où ils étaient à sec. L'agouhanna entra dans la Grande-Hermine avec douze de ses principaux sujets, qui furent reçus et fêtés par Jacques Cartier selon leur rang. Mais Taiguragny n'en témoigna pas moins au capitaine le regret qu'éprouvait Donnacona de voir les étrangère persister dans le dessein de se rendre à Hochelaga, et dit, pour l'en dissuader, qu'on ne lui permettait pas de l'y accompagner, comme il l'avait promis, parce qu'il était impossible de remonter plus loin le fleuve. Les jours suivants, enefiet, Donnatîona n'épargna rien pour retenir les étrangers, soit que ce fût dans un intérêt de lucre et de commerce, soit que ce fût par crainte qu'ils ne trouvassent un endroit favorable pour se fixer dans Tintérieur des terres. Un jour, Tagouhanna, ayant tracé un cercle sur le

sable, et ayant fait asseoir autour tous ses gens et au milieu Jacques Cartier et ses compagnons, commença une grande harangue, en présentant au capitaine une jeune fille de dix ans et deux petits garçons. Taiguragny dit que c'était la fille de Tagouhanna et qu on la donnait, ainsi que les deux autres^ au capitaine^ dans rintention de l'empêcher d'aller à Hochelaga. Mais Domagaya s'exprimant d'une autre manière, contredit Taiguragny, et assura que, quant à lui, il était enchanté d'aller avec Cartier à Hochelaga. Une vive dispute s'éleva à ce sujet entre les deux Indiens. Jacques Cartier, dès lors, n'eut plus aucune confiance en Taiguragny. Il fit mettre les trois enfants dans son navire, et apportant deux épées et deux grands bassins d'airain, il en fit présent à Donnacona , qui tout aussitôt ordonna à son monde de chanter et de danser en signe de joie. L'agouhanna témoigna le désir d'entendre tirer une pièce d'artillerie; Jacques Cartier ordonna de tirer à boulet; mais à peine les Indiens eurent-ils entendu les éclats du canon, qu'ils furent aussi effrayés que si le ciel eût tombé sur leurs têtes, et qu'ils se mirent à pousser des hurlements afiTreux. Taiguragny mit le comble à leur efiroi en leur disant, ce qui était faux, que les gens de VEmérillony restés en rade, avaient tué plusieurs Indiens avec leur artillerie. Après bien des prières, une ruse assez ingénieuse fut employée pour empêcher Jacques Cartier d'aller à Hochelaga. Trois Indiens furent vêtus à cet effet de peaux de chiens noiies et blanches; on leur mit des cornes aussi longues que le bras, on leur barbouilla le visage de noir, et, en cet état, on les plaça dans une barque à rinsu des étrangers. Une foule d'Indiens se tinrent dans le bois voi^n des navires jusqu'à ce que l'hernie de la marée fût venue entraîner la barque où se trouvaient les trois hommes déguisés en démons ; alors ils sortirent tous et se présentèrent devant les navires; mais tout à coup ils s'arrêtèrent comme frappés de stupéfaction, et incontinent passa auprès des bâtiments la barque qui portait les trois hommes à figure éti'an^, dont l'un débitait un grand discours sans paraître prendre ^'dc*

aux étrangers; elle alla donner vers la terre où, sur-le-champ , Donnacona et ses gens la prirent avec les hommes qu'elle portait et qui s'étaient laissé choir au fond comme s'ils étaient morts. La barque et les trois hommes furent portés dans le bois prochain; tous les Indiens les y suivirent, pas un ne resta sur le rivage qui devint tout à coup triste et silencieux. Et du milieu du bois s'élevaient des harangues confuses mêlées de bruits étranges qui, durant une demi-heure, parvinrent jusqu'aux navires. Après quoi Taiguragny et Domagaya sortirent d'entre les arbres, les mains jointes et les yeux tournés vers le ciel, a Jésus! Jésus! Jésus! » s'écria trois fois Taiguragny; « Jésus! Maria! Jacques Cartier !» dit à son tour Domagaya avec un accent mystérieux et sombre. Le capitaine leur demanda ce que cela voulait dire et ce qui était survenu. Ils donnèrent à entendre qu'il y avait de mauvaises nouvelles. Le capitaine ayant demandé encore ce que c'était, les deux Indiens répondirent que leur dieu nommé Cudouagny avait parlé dans Hochelaga, que les trois hommes de la barque étaient venus en son nom leur annoncer les nouvelles, et qu'il y avait tant de glaces et de neiges qu'ils mourraient tous. Jacques Cartier et ses compagnons se prirent à rire ; ils dirent aux Indiens que Cudouagny n'était qu'un sot, qu'il ne savait ce qu'il disait, et qu'ils allassent faire part de ce compliment à ses messagers, ajoutant que Jésus les garderait bien du froid s'ils voulaient croire en lui. Taiguragny demanda alors à Jacques Cartier s'il avait parlé à Jésus, et le capitaine répondit que ses prêtres lui avaient parlé, et qu'il ferait beau temps. Les deux Indiens remercièrent le capitaine et allèrent porter ces nouvelles à leurs compatriotes qui sortirent aussitôt du bois, feignant d'être fort joyeux. Néanmoins, Taiguragny et Domagaya lui-même, qui semblait converti à l'opinion de son compa- ^on, assurèrent que Donnacona leur défendait à tous deux d'aller X Hochelaga, si le capitaine ne donnait des garants de son retour. Jacques Cartier leur réi)ondit qu'ils pouvaient rester si bon leur sem- -^Mait,iiiaîsque cela ne l'empêcherait pas de poursuivre son projet.

Le lendemain en effet; qui était le 19 de septembre , Cartier , laissant une partie de son monde dans le pays de Canada, avec des instructions pour s'y fortifier tant bien que mal, appareilla avec YÉmérillon et deux barques , pour remonter le fleuve Saint-Laurent au-dessus du lieu de Stadaconë. L'aspect des deux rives, aussi planes que l'eau elle-même, et couvertes d'une végétation vivace , enchanta le navigateur. Beaucoup de cabanes de pêcheurs contribuaient d'autant plus à animer le double tableau, que leurs nombreux habitants sortalent en foule à l'aspect de YEmérillon, et venaient commercer familièrement avec les étrangers, leur offirant des poissons et autres objets qu'ils possédaient. Comme on s'était arrêté en un lieu nommé Achelacy , qui , selon Jacques Cartier , était un détroit du Saint-Laurent, mais en réalité devait être la rivière Richelieu, plusieurs barques s'approchèrent de l'Emérillon; sur l'une d'elles se trouvait un des chefs du pays qui, au milieu de sa harangue accoutumée, indiqua par des signes qu'un peu au-dessus le fleuve présenterait de grands dangers ; il fit ensuite don à Jacques Cartier de sa fille âgée de huit à neuf ans. Poursuivant avec activité sa route en amont, le capitaine arriva, le 28 septembre, à un lac (le Saint-Pierre), dans lequel il navigua, sondant toujours devant lui. Un moment il le crut sans autre issue que celle par laquelle il y était entré ; mais ses barques trouvèrent quatre à cinq passages formés par des îlots, qu'il prit Ijour autant de rivières et qui étaient d'ailleurs comme interdites par des barres. C'étaient là sans doute les dangers qu'avait voulu lui signaler le chef indien. Tout à coup on aperçut cinq hommes (|ui chassaient le rat musqué dans l'une des îles du lac, et qui s'approchèrent des barques sans plus de crainte que s'ils avaient vu foute leur vie des Européens. L'un d'eux, d'une force athlétique, souleva le capitaine Cartier dans ses bras , et le déposa à terre aussi facilement qu'il eût fait d'un enfant de cinq ans. Ces Indiens avaient fait un grand amas de rats musqués, produit de leur chasse, qu'ils s'empressèrent d'offrir aux étrangers ; en retour on

leur donna des couteaux et chapelets. Cartier leur demandai s'il était bien sur le chemin de Hochelaga; ils lui indiquèrent qu'il y était en effet et n'avait plus que trois journées de marche pour atteindre son but.

Le 29 septembre, Jacques Cartier, qui avait présumablement enfilé le chenal du nord au lieu de prendre celui du sud, voyant qu'il serait impossible de faire franchir la barre à VEtnèrillon, approvisionna ses barques pour un assez long temps, et continua à remonter le fleuve avec elles seulement, en compagnie de Claude de Pont-Briand, Charles de La Pommeraye, Jean Goujon, Jean Poulet, et de vingt-huit mariniers au nombre desquels Marc Jalobert et Guillaume Le Breton. Enfin, le 2 octobre, l'intrépide et persévérant navigateur malouin parvint à Hochelaga, distant, selon la relation de son voyage, de quarante-cinq lieues de l'endroit où VEmériUon était resté. Tout le long de sa route, il avait distribué de petits présents aux Indiens du rivage, pour les disposer en sa faveur. On ne peut se défendre de faire remarquer avec quelle prudence, quel tact, quel jugement admirable, et en même temps avec quel courage, Jacques Caitier pénétra dans des pays ignorés, sans accident, quoique avec de très faibles moyens. En examinant sa conduite, on ne le trouve pas seulement un grand navigateur, mais un habile politique, un obsei-vateur puissant, un maître accompli dans l'art de se préparer les voies au milieu des populations inconnues. Que Ton compare de près cette conduite avec celle des Cortez et des Pizarre, et l'on verra que, la question d'humanité même laissée de côté, quoiqu'elle vaille assurément la peine d'être prise en considération, ce n'est pas à ceux-ci qu'est l'avantage.

Le voilà donc le grand homme, car ce nom lui appartient à bon droit, le voilà donc à Hochelaga, le terme de ses vœux et de ses recherches. Ici tout le charme et l'enchante, et l'antique Arcadie apparaît à ses yeux. Les hommes, les femmes et les enfants se pressent au devant de lui avec des cris joyeux, les uns formant des danses agrestes, les autres lui [)résentant le fruit

(le leur pôcho et de leur chasse. A peine a-t-il mis pied à terre, que, d'échelons en échelons, ayant été annoncé comme un Dieu, il se voit entouré par des mères indiennes apportant leurs petits enfants à brassées pour les lui faire toucher, et, dans leur confiance, assurer ainsi la vie de ces êtres chéris. Ému de ces scènes touchantes, le navigateur fit asseoir et ranger toutes les femmes d'un côté et les hommes de l'autre, et à tous distribua ses largesses. Quand, à l'approche de la nuit, il se fut retiré sur ses barques, les Indiens, ne voulant point en quelque sorte se séparer de lui, allumèrent de grands feux et formèrent autour des danses animées, répétant sans cesse : Aguiazé ! aguiazé ! raot qui, à lui seul, disait leur bonheur et c^élébrait la bienvenue des étrangers.

Le lendemain, dès la pointe du jour, Cartier, après avoir revêtu sa plus belle tenue, fit ranger son monde en ordre, pour aller visiter la ville et les environs. Il descend de nouveau sur ces rivages dont les épaisses forêts de chênes lui rappellent la vieille terre des Gaulois et des Bretons, et que déjà, dans son cœur, il a nommés Nouvelle France. Son enthousiasme lui représente cette terre comme française et chrétienne; il la conquiert du regard à son pays et à sa religion. 11 rencontre un des chefs d'Hochelaga, et soudain il lui fait embrasser un crucifix et le lui suspend au cou. On le verra bientôt, comme un apôtre de la foi , demander en quel(|ue sorte au ciel le don des miracles pour amener, par des effets évidents, la conversion des peuples du nouveau monde. Cependant, il marchait à travers des terres lal)0urées et de beaux champs où frissonnaient les tiges de blé d'Inde en balançant leurs lourds épis; et ce fut par ce chemin, <pii était loin d'annoncer une nature ingrate, qu'il aiTÎva à l'unique porte d'Hochelaga, ville située à un quart de lieue d'une montagne qui fut appelée Mont-Royal.

La ville, ou plutôt la bourgade d'Hochelaga, présentait une forme arrondie et était fermée d'une triple enceinte de palissades, au-<lessus de laquelle régnaient en plusieurs endroits des galeries

reinplies de grosses pien'es et de cailloux pour la gainle et la défense de la place, galeries auxquelles on ne parvenait qu^avec des échelles. L'intérieur de la bourgade se composait d'environ cinquante maisons de bois, longues de cinquante pas chacune sur douze à quinze de large, couvertes et garnies de longues et larges écorces d'arbres, habilement rapportées les unes aux autres. Dans chaque maison il y avait une grande pièce au rez-^ie-chaussëe où plusieurs familles faisaient leur feu et vivaient en commun ; il y avait en outre des retraites à Fusage de chaque famille. Audessus étaient des greniers où l'on mettait la récolte nécessaire à faire le pain qu'ils appelaient earaconi, et qu'ils faisaient en réduisant le blé en farine avec des pilons de bois, en le rassemblant en pâte et en lui donnant la cuisson entre une pierre et des cailloux (^hauds, qui remplaçaient pour eux le four. Ils se composaient aussi des sortes de potages soit avec ce blé, soit avec des fèves ou des pois. Dans leurs maisons, ils avaient de grands vases semblables à des tonnes où ils renfermaient leurs provisions de poisson fumé pour rhiver. Du reste, leur nourriture était sans assaisonnement. Leurs lits consistaient en écorces d'arbres étendues à terre et eu couvertures de peaux pareilles à celles dont ils faisaient leurs vêtements, lorsqu'ils n'allaient pas à peu près nus. Le plus précieux ornement de ces Indiens était un coquillage blanc, qu'ils appelaient essurgni, et qu'ils tiraient de leur fleuve par un moyen étrange. Quand Tun d'eux était mort ou quand ils avaient tué un de leurs ennemis à la guerre, ils lui faisaient de lai*ges entailles dans la chair, puis jetaient son cadavre au fond de l'eau ; après l'y avoir laissé dix à douze heures, ils le retiraient et trouvaient dans les incisions qu'ils avaient faites, de ces précieux coquillages qu'on ne rencontra plus par la suite dans leur rivière. Les habitants (rUochelaga n'étaient point nomades comme les autres tribus indiennes, et ils s'adonnaient exclusivement au labourage et à la pèche. Leur domination s'étendait d'ailleurs sur un assez grand nombre de ces tribus presque toujours errantes qui parcouraient les bords du (leuve, et Hochelaga, avec ses fortiiications, sa con-

LES NAVIGATEURS FRANÇAIS. 8r>

ceiitrsition et, on pouiTait le dire, son commencement de civilisation , était comme la suzeraine de tout le pays auquel on devait étendre bientôt le nom de Canada. Jacques Cartier et ses compagnons ftu'ent conduits au milieu d'une grande place carrée où on leur fit signe de s'arrêter, A peine eurent-ils obtempéré à ce désir, que toutes les femmes de la ville accoururent, se pressèrent autour des étrangers, en les suppliant de toucher de la main leurs enfants qu'elles tenaient dans les bras. Après cela, les hommes firent retirer ces femmes et s'assirent à terre autour des Fi*ançais, comme s'ils eussent voulu jouer cpielque mystère. Soudain plusieurs femmes revinrent, qui chacune apportaient une nappe carrée, en manière de tapisserie, retendirent au milieu de la place, et fu*ent signe à Jacques Cartier et aux siens de s'asseoir dessus. Bientôt parut, assis sur une grande peau de cerf, un personnage porté par neuf ou dix individus qui le déposèrent sur des nattes près du capitaine, en faisant signe que c'était leur souverain. L'agouhanna d'Hochelaga était âgé d'environ cinquante ans; rien dans son costume ne le distinguait de ses sujets, si ce n'est une espèce de lisière rouge faite de poil de hérisson qu'il avait sur sa tête en guise de couronne. Lorsqu'il eut salué Jacques Cartier et ses compagnons, en leur indiquant par des gestes qu'ils étaient les bienvenus, il montra d'un air de compassion ses jambes et ses bras qui étaient perclus, et, par des signes faciles à comprendre, pria le capitaine de les toucher pour leur rendre la forc« et la vie. Et le digne capitahie se prêtant ingénument à cette confiance de l'Indien, se prit à lui frotter les bras et les jambes, avec les mains. En témoignage de gratitude, l'agouhanna retira sa couronne de dessus sa tête et la donna à Jacques Cartier. Aussitôt, nombre de malades, d'aveugles, de boiteux, de vieillards, s inspirant de l'exemple de leur roi, s'approchèrent du capitaine, et se couchèrent auprès de lui pour qu'il lui plût de les toucher, tellement qu'il semblait que Dieu lui-même fût descendu sur la terre |>our les guérir. Jacques Cartier, ému de la piété et de la foi de ces pauvres gens, demanda mentalement au ciel de faii*e le

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miracle qu'ils espéraient, et ré(*ita Tévangile de saint Jean in principio, faisant le signe de la croix sur les malades, priant Dieu avec ferveur qu'il leur donnât connaissance de la vraie religion, de la passion du Sauveur, en même temps que la gi'âce de recevoir le baptême. Puis, prenant un livre d'heures, il lut tout haut et mot à mot la Passion du Seigneur, et pendant ce temps, les Indiens levaient les yeux vers le ciel, et reproduisaient les gestes et cérémonies qu'ils voyaient faire au capitaine. Les prières récitées, Jacques Caitier fit ranger, selon l'usage du pays, tous les hommes d'un côté, les femmes d'un autre, et les enfants d'un autre encore. Aux premiers, il donna des couteaux et de petites haches, aux femmes des chapelets et autres menues choses ; puis au milieu du groupe des enfants il jeta à poignées de petites bagues et des Agnus Dei d'étain, sur lesquels les jeunes Indiens se précipitèrent avec des cris de joie. En ce moment, les trompettes sonnèrent et divere autres instruments se firent entendre, qui ravirent tout le peuple. Après quoi, Jacques Cartier prit congé de l'agouhanna, et se disposa à se retirer. Mais les femmes lui firent comme une bamère pour l'arrêter, et toutes, tenant leurs enfants d'une main, de l'autre lui présentaient du pain et des poissons. 11 fit signe que ni lui ni ses compagnons n'avaient besoin pour l'instant de prendre de nourriture, et il put enfin sortir de la ville au milieu des regrets des habitants qui l'accompagnèrent jusqu'au mont Royal. Jacques Caitîer s'éleva sur ce mont, et, de là, son œil embrassa une étendue de pays de plus de trente lieues tout autour de lui ; au nord et au midi l'horizon était borné par une chaîne de montagnes entre lesquelles on découvrait de belles vallées verdoyantes; on voyait serpenter le Saint - Laurent au milieu des teires , au - dessus du lieu où les barques étaient restées, lieu où se trouvait un saut impétueux (le courant de Sainte-Marie) qu'il avait été impossible de franchir; et, autant que la vue pouvait percer, on découvrait le fleuve grand, large, spacieux, qui allait au sud-ouest et passait au pied de trois belles montagnes aux formes an*ondies, qui paraissaient être à quinze

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lieues de distance. Les guides de Jacques Cartier lui firent con:pi-eudre par des signes qu'il y avait sur le fleuve trois autres sauts semblables à celui où s'étaient arrêtées les barques. On a pensé qu'il s'agissait du saut Saint-Louis, des Cascades et du Long-Saut. Ils donnaient à entendre que ces chutes d'eau passées, on pouvait naviguer plus de trois lunes sur le fleuve. A ce sujet les navigateurs se rappelèrent que Donnacona leur avait dit qu'il était allé quelquefois à l'aide de barques jusqu'à une terre en laquelle croissaient en quantité la cannelle et le girofle. Les guides de Jacques Cartier faisaient voir que le long des montagnes du nord, se trouvait une gi*ande rivière descendant de l'occident comme le fleuve lui-môme ; et, sans qu'on les interi-ogeât, ils prirent la chaîne d'argent du sifflet du capitaine, et un manche de poignard qui était de laiton jaune comme de l'or, qu'un marinier portait à son côté, et firent signe que cela venait d'en haut du fleuve. Ils indiquèrent en outre qu'en ce pays étaient de méchantes gens, tout couverts d'armures faites de cordes et de bois tissus ensemble, qui se faisaient continuellement la guerre. Jacques Cartier ne put savoir h quelle distance était ce pays. Il montra du cuivre rouge aux Indiens qui l'accompagnaient, et leur demanda s'il venait de ce côté. Ils secouèrent la tête d'une manière négative et indiquèrent qu'il venait de la terre de Saguenay. Jacques Cartier et ses compagnons, après avoir obtenu tant bien que mal quelques indications, descendirent du mont Royal vers leurs bai*ques, non sans être suivis d'un grand nombre d'Indiens qui voulaient absolument les porter sur leurs épaules pour leur épargner la fatigue du chemin. Ce ne fut pas sans regret que le navigateur s'éloigna de ce pays où on lui avait fait si bon accueil. Longtemps les habitants d'Hochelaga, venus sur le rivage, accompagnèrent du regard les barques qui descendaient le fleuve ; ils ne rentrèrent dans leur ^âlle que lorsqu'elles eurent complètement disparu derrière les voiles de l'horizon.

Le 4 octobre, Jac<]ues Cartier retrouva rjimerillon où il l'avait

laissé y et dès le lendemain , il appareilla sur ce navire pour retourner au port de Sainte-Croix, dans le pays auquel il appliquait plus spécialement le nom de Canada. Le 7 octobre, il mouilla par le travers d'un des affluents du Saint-Laurent, coupé d'ilôts à ses embouchures , et le nomma la rivière de Fouez (depuis les Trois-Rivières). Jacques Cartier fit planter une belle croix sur la pointe de celui des ilôts qui s'avançait le plus dans le Saint- Laurent; puis il s'engagea avec ses barques dans la rivière de Fouez pour en étudier la nature et la profondeur ; mais ne la trouvant ni assez profonde, ni d'un intérêt suffisant, il ne poussa pas son exploration fort loin, et revint pour continuer sa route eu aval du Saint-Laurent. Le 11 octobre, il entra dans le havre de Sainte- Croix où étaient restés ses deux principaux navires.

Pendant son absence, ceux de ses compagnons qui étaient restés derrière lui avaient construit en face du lieu où étaient amairés les navires, où la petite rivière Layret tombe dans la rivière Sainte-Croix (Saint-Charles), un fort composé de grosses pièces de bois jointes les unes aux autres et garni tout autour d'artillerie ^ . Aussitôt que Donnacona eut connaissance du retour de Jacques Cartier, il vint vere lui en compagnie de Taiguragny, de Domagaya et de plusieurs autres» et il lui fit en apparence

1 C'est ici que nous allons commencer à réfuter le P. Charlevoix, dans boq Histoire de la Nouvelle-France f malgré tout le respect que nous professons en général pour les travaux du safant jésuite. Cette réfutation est d'autant plus nécessaire pour nous, qu'entraîné, égaré par l'estime que nous avaient toujours inspirée ces travaux, nous nous sommes laissé aller à commettre dans notre Histoire maritifne de France, une partie des erreurs de Charlevoix au sujet des voyages et découvertes de Jacques Cartier. Il faut que ces erreurs soient bien grandes pour qu'on ait été jusqu'à supposer que cet historien n'avait pas eu sous les yeux les relallons sur lesquelles 11 paraissait travailler. (Voir l'appendice à la brochure publiée k Québec en 1843). Charlevoix fait dire à l'auteur de la relation de Cartier que la rivière de Sainte-Croix était éloignée de dix lieues de l'Ile d'Orléans, ce qui n'est pas dans cette relation, qui dit au contraire que la rivière est au bout de nie, et II ajoute que l'on appelle communément cette rivière du nom de Jacques Cartier. Le fort élevé par le navigateur et le premier établissement français au Canada se trouveraient ainsi avoir été construits en tout autre endroit que celui où l'on peut aujourd'hui préciser leur situation, et de plus la rivière Sainte-Croix dont parle la relation ne serait pas la rivière de Saint-Charles d'àprésent, ce qui démentirait l'opinion de Champlain lui-même. Du reste, Champlain, par une erreur qu'on ne s'explique pas venant de lui, dit que Cartier ne passa point la rivière Sainte-Croix ; « mais il se trompe, dit avec raison Lescarbot, et il faut conserver la mémuiru de ceux qui ont bien fait. »

uue brillante réception- Il le pria de venir le voir à Canada. Le capitaine y consentit, mais non sans prendre des précautions pour faire sa visite. Tous les gentilshommes de l'expédition et cinquante compagnons en bon ordre raccompagnèrent jusqu'à Stadaconé» bourgade du Canada, distante d'une demi-lieue du fort, et que Ton suppose avoir été située à la place où se trouve maintenant le faubourg Saint-Jean de Québec. C'était là que Donnacona faisait sa demeure habituelle. L'agouhanna et Taiguragny firent les honneurs de la bourgade aux étrangers. Us montrèrent au capitaine les peaux de cinq têtes d'hommes étendues sur du bois comme du parchemin, et ils lui dirent qu'elles provenaient d'individus d'un pays du sud qui leur faisaient continuellement la guerre. Les habitants de Stadaconé et du pays de Canada avaient de grandes représailles à exercer contre les tribus dont ils se plaignaient, et qui dernièrement encore leur avaient fait éprouver des pertes cruelles. Durant le peu de temps que Ton passa à Stadaconé, on put faire quelques observations sur les mœurs, usages et coutumes des Indiens de ce pays. En fait de religion, ils ne croyaient qu'en leur dieu Cudouagny ; ils disaient qu'il leur parlait souvent, et que, quand il entrait en colère contre eux, il leur jetait de la ten'e aux yeux. Ils imaginaient aussi qu'après leur mort ils allaient dans les étoiles, puis qu'ils descendaient peu à peu avec celles-ci à l'horizon, pour errer dans de beaux champs de verdure pleins d'arbres magnifiques et de fruits exquis. Jacques Cartier et ses compagnons cherchèrent à leur prouver leur erreur et à les convertir à la foi chrétienne. Déjà plusieui-s des principaux Indiens appelaient leur dieu un méchant, et voulaient se faire baptiser; mais ne les trouvant pas suffisamment instruits^ Jacques Cartier s'excusa de ne pouvoir céder encore à leur désir, et leur annonça qu'à un prochain voyage il amènerait des prêtres pour leur enseigner la vraie religion. Les habitants de ce pays paraissaient vivre en communauté de biens. Après la mort de leurs maris, les femmes de ces Indiens se vouaient à un veuvage et à un deuil perjK'luels ; c(^ deuil cx>nsisj>>^

«8 LES NAVIG.VTEIKS FRANÇAIS.

à se noircir le visage d'une couche de charbon pilé et mêlé avec de la graisse. Les hommes étaient joueurs et peu laborieux. Ils lal)Ouraient leurs terres avec de petits instmments de bois de la longueur d'une demi-épée. Ils faisaient en été, pour l'hiver, un grand amas d'une certaine herbe qui, après avoir été séchée au soleil et réduite en poudre, se fumait, comme le tabac, dans un cornet de pierre ou de bois. L'usage de la pipe paraissait encore aux Eui-opéens à celte époque des plus bizan'es et des moins explicables ; car, à ce propos, ils représentent les Indiens comme des gens s'emplissant le coqiS de fumée qui leur sortait par la bouche et les narines, ainsi que par des tuyaux de cheminée. Les femmes étaient beaucoup plus laborieuses que les hommes; elles s'occupaient activement de la pèche et du labourage. Du reste, les Indiens des deux sexes et leurs enfants étaient endurcis d'une manière surprenante contre le froid, à ce point que, même dans leui-s hivers rigoureux, ils allaient presque tout nus, dans les neiges et sur les glaces, à la chasse des daims, des cerfs, des ours, des martres et autres animaux. Jacques Cartier et ses compagnons, après avoir fait leurs observations dans Stadaconé , revinrent à leurs navires.

Le capitaine continuait à être fort desservi auprès de Donnacona pjir les deux Indiens qu'il avait naguère ramenés de France. Un chef d'une bourgade appelée Hagouchouda l'avertit d'avoir bien à se tenir sur ses gardes contre des trahisons de la part de ces deux hommes et de Tagouhailna. Jacques Cartiei* fit en conséquence creuser des fossés larges et profonds, et doubler les palissades autour de son fort; de crainte de sui*prise, il fît faire le guet par cinquante hommes pendant la nuit, et ordonna <pi'îi des temps fixés les trompettes sonnassent, pour prouver aux Indiens qu'on était toujoure sur le qui-vive. Donnacona se montra

fort triste de ce surcroît de précautions de la part du capitaine; et, plusieurs fois, ayant soin de parler d'un bord à l'autre de la petite rivière (celle de Layret) qui le séparait des étrangei*s, il demanda pourquoi on ne le venait plus voir à Canada. Jacques Cartier bn"

LES NAVIGATEUHS FRANÇAIS. m

lit ropoiidro (jue lui et ses conseillei*s n'étaient que des traîtres et (les méchants, et qu'outre qu'on le lui avait dit, il en avait de surs indices par le refus qui avait été fait de le conduire à Hochelaga, et par la ftiite, faite à leur inspiration, de la jeune fille qu'on lui avait précédemment donnée. Toutefois, il leur assura (lue s'ils revenaient à de meilleures intentions, il leur rendrait son amitié. Les Indiens s'en allèrent en montrant quelque satisfaction de cette promesse, et revinrent bientôt, amenant la jeune (ille(iui depuis trois jours en effet s'était enfuie d'un des navires. Jacques Cartier les fêta comme de coutume ; depuis , il y eut des apparences de rapprochements, et les anciennes relations furent reprises. Jacques Cartier sut par Donnacona que la rivière nommée Saj^uenay remontait jusqu'à un pays de môme nom qui était éloigné, vers l'ouest -nord -ouest, de plus d'une lieue de son embouchure, et qu'après huit ou neuf journées de marche, cette rivière manquait de profondeur poiu* les navires; mais que le meilleur et plus droit chemin était par le fleuve Saint- Laurent jusqu'au-dessus d'Hochelaga, à une rivière (pii descendait aussi du pays de Saguenay. Donnacona faisait entendre (jue par là on voyait force villes et populations, des gens habillés de drap comme les Européens , et que l'on y trouvait une grande quantité d'or et de cuivre rouge. Il disait aussi que la teiTC, depuis la rivière en question jusqu'à Hochelaga et à Saguenay, était une île environnée d'eau courante, et que, passé le Saguenay, la rivière entrait dans deux ou trois grands lacs d'une laideur extraordinaire; puis que l'on trouvait une mer d'eau douce, de la(pielle aucun homme ne se rappelait que l'on eût vu le Iwut. Il indiquait encore qu'à l'endroit où l'on avait laissé VÉmè- Villon, en allant à Hochelaga, se trouvait une rivière (la rivière d<»s lro(iuois, depuis rivière Richelieu), remontant vers le sudouest, par 011 on se rendait, avec des barcpies, en la durée d'une lune, jusqu'à une terre où il n'y avait ni glace ni neige, et où se li-ouvaient en abondance des fruits tels que prunes, amandes «»t oranges; et que, par là, les habitants se faisaient des guerres

continuelles. On estima que ce pays devait être vers la Floride. Cependant une mortalité épidémique s'était mise dans le peuple de Stadaconéy et Jacques Cailier fit défense aux Indiens de s'appi*ocher des navires et du fort. Cette précaution ne préserva pas son mondCy et bientôt l'épidémie régna dans le fort et sur les navires. Les jambes enflaient, se noircissaient comme du charbon et étaient parsemées de taches pourprées; les nerfs se retiraient ; la maladie montait aux hanches^ s'étendait aux bras, aux épaules et au cou; la bouche s'infectait, bientôt les gencives se pourrissaient et laissaient à découvert la racine des dents qui tombaient à leur tour. Tous ces symptômes étaient ceux du scorbut, maladie peu connue encore des Européens. Sur cent dix hommes qui faisaient partie de l'expédition , il n'en resta à la mi-février que dix au plus de sains; c'était au point que l'on ne pouvait plus se pi-êter un secoure mutuel. On avait lieu de craindre que les Indiens, témoins de ce spectacle, n'en profitassent pour faire quelque tentative contre le fort de Sainte-Croix. On ne voyait que morts et mourants. Jacques Cartier ordonna des prières et fit porter et attacher à un arbre voisin du fort , une image de la vierge. Le dimanche suivant, il se rendit en procession à cette image, avec tous ceux qui |>ouvaient encore mai'cher, chantant les psaumes de David, récitant les litanies et priant la viciée qu'il lui plût de demander à l'enfant Jésus d'avoir compassion des malade^^. AiTÎvé devant l'image vénérée, on récita et l'on chanta la messe. Puis Jacques Caitier fit vœu , en présence de ses compagnons, d'aller en pèlerinage à Notre-Dame de Rocquemadou, en Queifv, si Dieu lui faisait la grâce de le laisser retourner en France. Ce jourlà néanmoins trépassa Philippe de Bougemont, natif d'Amboise, qui entrait à peine dans sa vingtième année. Comme la maladie était inconnue, on ouvrit son corps pour juger si, par l'examen qui en serait fait, on pourrait apporter quelques secours aux autres. Après quoi on l'inhuma le plus convenablement possible. L'épidémie continua; on ne compta plus Inentôt que tit>is hommes valides et en état d'agir sur les trois navires. On no

|K)uvait ouvrir le sol pour enterrer les morts , tant il était gelé et tant étaient faibles ceux qui restaient pour rendre les derniera devoirs à leiirs caroamdes; dans cette extrémité , on se itorna à couvrir les cadavres de neige. Les inquiétudes de Jacques Cartier redoublaient en présence de cette mortalité et des Indiens qui chaque jour se rendaient auprès du fort et des navires. Pour cacher en partie le pitoyable état des siens, lui qui par une grâce spéciale, fut toujours conservé sain et debout , il sortait de temps en temps du fort suivi bientôt après de deux ou trois hommes à demi-valides, et loi*squ'il voyait ceux-ci hors du parc, il feignait de les vouloir battre, criait après eux, les envoyait a tK)rd et faisait signe aux sauvages qu'il voulait que ses gens travaillassent dans les navires » et n'entendait pas qu'ils traînassent dehors une vie paresseuse ; en même temps , un grand bruit de bâtons et de cailloux sortait des bâtiments* Il tint ainsi les Indiens dans Fincertitude sur sa véritable situation. Toutefois c'en eût été fait des siens et de lui-même peut-être , et jamais présumablement ils n'auraient revu la France, s'il ne leur fût venu par les Indiens connaissance d'un i*emède contre leur maladie. Un jour que le capitaine était sorti du fort et se promenait sur la glace, il aperçut une troupe d'habitants de Stadaconé, parmi lesquels était Domagaya qui dix à douze jours auparavant avait été atteint de l'épidémie. Trouvant celui-ci sain et diwspos, il Tattira près du fort et lui demanda comment il s'était guéri. Domagaya lui rcpondit que c'était avec le suc des feuilles d'un certain arbre qui était l'unique remède contre cette maladie. Jacques Cartier le pria de lui dire s'il n*y avait point quelque arbre de cette espèce près de là, et , au cas où il y en aurait, de le lui indiquer pour guérir son domestique qui , disait-il , avait pris la maladie en allant de sa part chez Donuacona ; car il évitait de faire soupçonner le nombre de ses gens qui étaient atteints de l'épidémie. Sur ce, Domagaya envoya deux femmes eu compagnie du capitaine pour aller à la recherche d'un de ces ai'bres dont on apporta bientôt plusieurs rameaux ; il montra en-

suite qu'il fallait piler récoi-ce elles feuilles de ces rameaux, metti^e le tout à bouillir dans Teau, boire de cette eau de deux joui-s l'un, et en étendre le marc sur les parties du corps qui étaient enflées. Il appelait cet arbre merveilleux anedda; c'était, à ce qu'il paraît, l'épinette blanche. Jacques Cartier fit faire exactement la préparation qu'on venait de lui indiquer. Les malades se montrèrent peu disposés d'abord à s'appliquer le remède. Enfin deux ou trois se risquèrent et se trouvèrent presque aussitôt guéris. Dès lors il y eut une telle presse autour du médicament qu'on se battait à qui en boirait le premier. Tous les médecins de Louvain et de Montpellier ayant avec eux toutes les * drogues d'Alexandrie, n'auraient pas, au rapport de la relation^ fait en un an cure plus merveilleuse que l'arbre en question en huit joui*s.

Pendant que l'épidémie régnait encore sur les navires , Donnacona , Taiguragny et plusieurs autres avaient feint de partir pour une chasse de quinze jours seulement ; mais ils furent deux mois entiers sans revenir. Le capitaine soupçonna qu'ils pouvaient bien être occupés à rassembler beaucoup de monde pour le menacer et l'assaillir, quoiqu'il eût mis d'ailleurs si bon ordre à tout que tous les Indiens réunis n'auraient pu faire jmtre chose que regarder son fort. Le 21 avril, il fut averti par Domagaya que Donnacona serait de retour le lendemain, apportant force chair de cerf et autres venaisons. Le lendemain, en effet , Donnacona arriva à Stadaçoné avec un grand nombre de gens. Jacques Cartier, pour mieux s'insti-uire de l'état des choses, envova à ce chef son dômestique qu'il savait être, plus qu'aucun des siens, aimé des Indiens et de Donnacona lui-même. Celui-ci n'eut pas plutôt connaissance de la venue du serviteur de Cartier, qu'il se coucha et fit le malade. Le domestique vit l'intérieur de la maison de l'agouhanna si plein de monde que l'on ne pouvait s'y retourner ; il trouva pareillement encombrée la maison de Taiguragny, qui ne lui permit pas de visiter d'autres demeures. Cet Indien escorta le domestique de Caitier jusqu'aux navires, et lui dit, en le

LES iNAVIGATEURS FKANCAIS. «r,

({uittant, que si le (*apitaine voulait s'emparer (run des grands du pays nommé Agona , dont il avait personnellement à se plaindre, il n'y aurait rien qu'il ne fît pour les étrangers, et il pria le serviteur de lui apporter une réponse le lendemain.

Jacques Cartier, jugeant que l'on tramait quelque chose contre lui dans Stadaconé, crut qu'il serait oppoitun d'user de ruse et de se rendre maître de Donnacona, de Taiguragny, de Domagaya et des principaux du pays; il s'affermit d'autant plus dans ce dessein qu'il désirait vivement d'emmener l'agouhauna pour lui faire raconter au roi de France ce qu'il avait vu de merveilles aux pays occidentaux. Car ce chef assurait être allé à la 160*6 de Saguenay , où il y avait, selon lui, une grande quantité d'or , de rubis, et d'autres richesses, et des hommes blancs comme les Français, qui s'habillaient de drap de laine; il disait aussi qu'il avait vu un pays où les gens ne mangeaient point, et un autre encore dont les habitants étaient des pygmées ; il parlait d'une contrée dont les hommes n'avaient qu'une jambe, et débitait une foule de mensonges prodigieux qui, en excitant sur son compte la curiosité des Européens, ne pouvaient que lui tourner personnellement à mal. Jacques Cartier renvoya son serviteur à Taiguragny pour dire à celui-ci de le venir voir et qu'il serait bien reçu. Mais rindien, après s'être annoncé avec Donnacona et le personnage dont il disait avoir à se plaindre, montra pendant deux jours une grande défiance ainsi que tous les habitants de Stadaconé. Toutefois, ayant appris que l'on avait abandonné aux habitants d'une autre bourgade du Canada, appelés Satadins, le fond d'un des navires que Ton était résolu à ne pas ramener en France , faute de monde pour le manœuvrer, les Indiens de Stadaconé s'enhardirent de nouveau et passèrent la rivière dans leure canots pour venir partager avec les autres les vieux clous et autres ferrements, Donnacona et ses deux principaux conseillei*s ne se montraient pas si empressés et se tenaient en parlementaires sur le boi-d opi)osé de la rivière ; enfin Taigui*agny et Domagaya passèrent à leur tour et vinrent s'entretenir avec le capitaine. Taiguragny le

«i LES NAVIGATEURS FRANÇAIS.

pria d'emmener en France le personnage dont il lui avait fait parler dernièrement i mais Jacques Cartier ^ usant de feinte pour encourager Doimacoua qui était resté sur Tautre boi*d, i«épondit que le roi son mattre lui avait défendu de conduire à l'avenir en France homme ou femme du Canada , si ce n'étaient de petits enfants à qui l'on apprenait le français; il assura que tout ce qu'il pouvait faire y c'était de déposer l'Indien Agona dans une île. A ces mots ^ Taiguragny se montra fort joyeux , se flattant de l'idée qu'on ne songeait plus désormais à le ramener lui-même en France, et il promit de revenir avec Donnacona et tout le peuple de Stadaconé.

Le lendemain, 5 mai, qui était la solennité de la Sainte- Croix, le capitaine fit planter en gi'ande pompe une croix haute de trente-cinq pieds , sur laquelle était un écusson aux armes de France, portant ces mots en lettres romaines : Framciscus phi- MUS, DEi QHATiA Frangorim rex , REGNAT (François premier, par la grftce de Dieu, roi des Français, règne). Le jour même de cette cérémonie, on eut la nouvelle que Donnacona et les principaux de son peuple s'approchaient pour venir visiter le capitaine selon la pmmesse de Taiguragny. Jacques Cartier prépara aussitôt son coup de filet. A peine l'agouhanna fut-il arrivé devant les navires, qu'il alla le saluer. Donnacona toutefois avait r(L*il au guet et paraissait loin encore d'être rassuré. Peu après arriva Taiguragny qui avertit son maîti*e de se bien bien gai*der d'entrer dans le fort ni dans les navires. Jacques Cartier voyant que son coup allait manquer sortit du parc. En ce moment toutes les femmes indiennes s'enfuirent par les conseils du même Taiguragny, et il ne resta plus que les hommes qui étaient en grand nombre. Aussitôt, le capitaine dit à ses gens de faire main basse sur Donnacona, Taiguragny, Domagaya et deux autres Indiens , et de disperser le reste des sauvages. L'oi^re fut exécuté ; l'agouhanna et les quatre personnages furent pris ; la troupe des Canadiens se dispersa dans toutes les directions en (Haussant des cris himentables. Ce pauvre peuple était fort

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vivement inquiet du soit de Bon ^ roi. Durant toute la nuit^ les Canadiens revinrent du côté des navires, traînant de longs gémissements et répétant avec des sanglots : « Agouhanna ! agouhanna I » Le lendemain, ils firent de même, et par des signes doulouraux ils indiquaient que l'on avait probablement tué et {>endu leur i*oi. Alors Jacques Cartier leur fit voir Donnacona bien portant, et fit comprendre à celui-ci devant eux que quand il aurait raconté au roi de France ce qu'il avait vu au Saguenay et autres lieux, il le ramènerait avant que douze lunes se fussent écoulées. Donnacona témoigna par des gestes la satisfaction que ce discours lui faisait épi-ouver, et il échangea avec ses sujets plusieui*s harangues et cérémonies. Encouragés p«ir les paroles de leur agouhanna, plusieure chefs s'approchèrent des navires sur leurs barques, et firent présent à Jacques Cartier de vingt-quatre colliers d'essurgny , qui étaient , comme aux indiens d'Hochelaga, leurs plus grandes richesses. Jacques Cartier, en retour, fit de grandes munificences en couteaux, haches et cha})elets , particulièi*ement à la famille de Donnacona. Le 6 mai , après huit mois environ de séjour au havre de Sainte- Croix, Jacques Cartier appareilla avec la Grande-^Hermine et rEmériltonf abandonnant la Pettle-Hermine , pour laquelle les é^iuipages lui manquaient par suite de la mortalité qu'il avait éprouvée* Pendant qu'il descendait le fleuve, nombre d'Indieiis accouraient sur le rivage, ou venaient dans des barques, les uns pour adresser encore un adieu à Donnacona, dont ils connaissaient déjà l'aventure, les autres pour assister au départ des étrangers, et apprendre de la bouche de Domagaya, qui se tenait sur le pont, les circonstances de Tenlèvement de leur i^uhanna. Le capitaine permit à Donnacona de se montrer en |)ersonne sur le port, et de rassurer ses sujets en leur disant qu'on le traitait fort bien, ainsi que ses compagnons, et qu*il reviendrait dans douze lunes. Après avoir mouillé à l'île d'Orléans et à l'île aux Coudres, on jeta l'ancre à une autre île distante d'environ quinze lieues de cette dernière pour y passer

•m LES iNAVlGATEllUS FRANÇAIS.

la miit, dans lespérance d'éviter le lendemain les dangei*s que présente l'embouchure du Saguenay. On la nomma Flle-aux- Lièvres, en raison du grand nombre-de ces animaux que l'on y trouva. La nuit fut mauvaise, et la tourmente força les navires de remonter à l'île aux Coudres pour y chercher un refuge. Ils y restèrent depuis le 17 au 21 mai, jour où le vent changea d'une manière favorable. On passa entre Honguedo (Mont-Louis) et l'île de l'Assomption, par un détroit qui n'avait pas encore été découvert; puis l'on courut jusque par le travers du cap du Pré (aujourd'hui cap Forillon), à l'entrée de la baie de la Chaleur. Le vent continuant à être favorable, Jacques Cartier navigua de nuit comme de jour, et alla chercher l'île de Brion, comme un moyen d'abréger sa route. Aux environs de cette île, où le temps l'obligea de rester depuis le 26 mai jusqu'au 1*' juin, il reconnut plusieui-s autres teires, particulièrement un cap auquel il donna le nom de Lorraûie, et qui n'était autre que le cap nord de l'île Royale, ou cap Breton. Le 3 juin, il eut connaissance de la côte estsud-est de Terre-Neuve, et y mouilla dans un lieu qu'il nomma havre du Saint-Esprit (aujourd'hui le port aux Basques). Le 5, ayant appareillé, il reconnut la côte jusqu'aux petites îles qui poitaieut dès loi-s le nom d'îles Saint -Pierre (Saint-Pierre de Miquelon). Le navigateur jeta l'ancre près de ces îles, où il trouva plusieurs navires de France, spécialement de la province de Bretagne, et y resta depuis le 11 jusqu'au 16 juin. Après quoi il vint au cap de Raze et entra dans la baie des Trépassés, qui se nommait alors Rognousi, sur la côte sud de Teire-Neuve. Ayant remis à la voile le 19 de juin, il airiva le 16 juillet suivant à Saint-Malo.

Jacques Cartier avait donné, ou du moins étendu aux teri*es qu'il venait de découvrir le nom de Nouvelle-France (1).

Il présenta à François T' Donnacona et les autres Indiens, au

(1) On verra, dans la vie des frères Parmentieri que sur des cartes qui paraissent être antérieures aux voyages de Jacques Cartier et avoir immédiatement suivi ceux de Yeraz/.aui, le nom de Nouvelle- France se trouvait déjà appliqué , quoique très vaguement et sans position bien définie, à des terres de l'Amérique septentrionale .

nombre de dix, qu'il avait amenc^s de ces contrées. L'agouhanna et ses compatriotes tombèrent malades à Saint-Malo. Désespérant de les ramener dans leur patrie, on se mit en devoir de les baptiser pour essayer du moins de sauver leurs âmes. Jacques Cartier fut parrain d'un d'entre eux, probablement de Donnacona, que l'on nomma François. Tous mouioirent en l'espace de quatre ans.

Dans ce temps-là on ne demandait guère à l'Amérique que des mines d'or et d'argent; ces deux métaux étaient le principal mobile des voyages que l'on y faisait sur la trace de Christophe Colomb. Cartier avait donc eu beau vanter les avantages des terres qu'il avait découvertes, du moment qu'il n'en avait rappoi-té aucune preuve des mines si désirées, on avait paru d'abord les dédaigner. Cependant un gentilhomme de Picardie , nommé Jean-François de La Roque , seigneur de Roberval , fort accrédité dans sa province et que François V appelait quelquefois le petit roi de Yimeu, sollicita et obtint, en 1540, le titre de lieutenant et gouverneur pour le roi dans les pays de Canada et Hochelaga * , et se proposa de partir pour ces pays avec Jacques Cartier, nommé capitaine général et maître pilote des vaisseaux pour y poursuivre les découvertes, et arriver, s'il était possible, jusqu'au pays de Saguenay, duquel on racontait de si grandes merveilles. François I*^ ordonna que l'on armât pour la nouvelle expédition cinq navires , ce dont s'occupa activement à Saint-Malo Jacques Cartier. Roberval vint visiter les bâtiments qui semblaient ne plus attendre que sa venue pour déployer leure voiles. Mais, ne se trouvant pas encore suffisamment approvisionné en artillerie et en munitions, le gouverneur en titre du

* Charlevoix dit « qu'une simple commission étant trop peu de chose pour une personne de la considération de M. de Roberval, le roi, par ses lettres patentes qui sont insérées dans rétat ordinaire des guerres en la Chambre des comptes de Paris, datées du 15 Janvier 1560, déclara celui-ci seigneur de Norimbègue (voir dans la Vie d'Alphonse le Saintongeois et dans celle de Parmentier ce que Ton appelait alors Norimbègue), son vice-roi et lieutenant général au Canada, Hochelaga, Saguenay, Terre-Neuve, Belie-Isle, Carpunt. Labrador, la Grande-Baie et Baccalaos, et lui donne dans tous ces lieux les mémos pouvoirs et la même autorité qu'il y avait lui-même.

Canada donna ordre à Cartier de prendi*e les devants avec les cinq navires armés, et alla de sa personne en disposer deux autres à Honfleur pour le rejoindre bientôt * .

Le 25 mai 1540, Jacques Cartier, revêtu de pleins pouvoirs en Tabsence de Robei-val, fit voile de Saint-Malo avec les cinq navires, portant, outre leurs équipages, beaucoup de gentilshommes désireux d'aventures, et des soldats. Les vents ftirent contraires; on fut assailli de tempêtes continuelles durant trois mois que Ton mit à faire la traversée. Les navires furent dispersés, sauf deux, dont était celui de Cartier, qui purent voguer de conserve. Enfin, après un mois de séparation, les bâtiments se retrouvèrent au havre de Carpunt, à l'entrée du golfe des Châteaux (détroit de Belle-Isle), où l'on s'arrêta pour y attendre Roberval. Ce seigneur ne venant point et les provisions commençant à manquer, Jacques Cartier se décida à poursuivre sa route jusqu'au havre de Sainte-Croix (rivière Saint-Charles), où il parvint le 25 août 1540. Les Indiens montrèrent une grande joie de le revoir. Le chef Agona, qui avait revêtu l'autorité souveraine en l'absence de Donnacona, se rendit des premiers aux navires du capitaine. La nouvelle de la mort de ^n ancien maître, loin de l'attrister, parut le satisfaire, parce qu'elle l'élevait sans contestation au rang d'agouhanna. Comme pour montrer qu'il entendait relever de la France, il prit la couronne d'esui^ny qu'il

< Il n'est pas douteux que CharleTolx, qui ne semble déjà avoir eu qu'une connaissance superficielle des deux premières leUtlons des voyages de Cartier, n'a pas même en nne idée de la troisième, ni de la relation particulière de Roberval, non plus que du routier d'Alphonse le Saintongeois. Il s'est inspiré, depuis ce moment, de Lescarbot qui était dans une Ignorance à peu près entière de ces dernières relations, retrouvées en partie par Hakluyt, et qui ne s'en expliquait que de la manière la plus confuse. Seulement Charlevoix, moins discret qne son devancier, a brodé sur le texte très court à cet endroit du premier historien de la Nouvelle-France. L'un et l'autre commencent par commettre Terreur de faire partir Roberval en 1541 (en tout cas ce devrait être en 1&40), avee Jacques Cartier, et celte erreur va les conduire à une foule d'autres. La Potherie de Bacqueville, dans son Hmtoire de l'Amérique septentrionale, qui a précédé YHistoire de la IVouveiie^Franee, de Cliarlevoix, se trompe aussi en faisant hiverner Jacques Cartier avee BobervcU, à dix lieues au-dessus de Québec, en 1S40. L'Histoire générale des voyages, (t. Xlil, p. S7, Paris, 1766, in-4°}, mieux renseignée à cet endroit, avait reievé, en partie, avant nous, les erreurs de Charlevoix au sujet de ces expéditions ; mais elle en a laissé échapper ellemême de non moins importantes à rectifier.

LES NAVIGATEURS FRANÇAIS. m

avait sur sa tête et la posa sur la tête du capitaine. Mais on eut lieu de s'apercevoir depuis que ce n'était que ruse et perfidie. Toutefois le capitaine remit la couronne sur la tête d'Âgona, qui lui en témoigna sa reconnaissance par des gestes expressifs. Jacques Cartier alla ensuite avec deux barques à quatre lieues environ au-delà du port de Sainte-Croix, pour y reconnaître un havre et une rivière (la rivière du Cap-Rouge à quatre- lieues environ au-dessus de Québec). Le lieu fut trouvé plus favorable, pour y faire séjourner les navires, que ne l'était celui de Sainte -Croix, et on les fit remonter jusque-là. Le capitaine ' mit à profit la basse mer pour dresser des batteries nécessaires à la sûreté de ceux de ses bâtiments qu'il voulait garder avec lui > . Il en renvoya deux à Saint-Malo, sous la conduite de Marc Jalobert, son beau -frère, et d'Etienne Noël, son neveu, excellents pilotes dignes d'avoir eu un tel mattre. Ils avaient mission d'in- , struire le roi de ce qu'on avait déjà vu et fait, et de s'informer des motifs qui avaient empêché l'arrivée de Roberval. Les environs du lieu où Jacques Cartier s'était fortifié, et qu'il nomma Charles-Bourg-Royal, étaient chargés de la plus belle végétation. On y voyait des forêts de chênes, d'érables, de cèdres, de bouleaux et de tous les arbres naturels à la France. Le sol était admirablement propre à la culture ; on y sema des graines de légumes de l'Europe qui sortirent de terre comme par enchantement. Près de là il y avait une belle fontaine , et jusqu'au pied du fort on marchait sur une riche mine de fer. Aux environs d'un haut coteau, on trouva des pierres qui furent prises pour des diamants, et qui, frappées des rayons du soleil, jetaient comme des étincelles de feu.

1 Lescarbot (p. 416 de son tthloire de la Nouvelle- France, in-12. Paris, 1711], dit que Roberval et Cartier ayant fait voile aax Terres-Neuves, se fortifièrent au Cap-Breton, où il restait encore, de son temps, des vestiges de leur édiQce. La relation du troisième voyage de Jacques Cartier, et même celle du voyage de Roberval, détruisent complètement cette assertion. Ces relations repoussent également la double opinion émise, sous une forme dubitative, « que Roberval (agissant en compagnie de Cartier) bâtit un fort, les uns disent sur le fleuve Saint-Laurent, d'autres dans l'ile de Cap-Breton. • Ainsi Jacques Cartier qui, dans ce troisième voyage, alia s'établir plus avant encore dans les terres qu'en. ses précédentes eitpédillons, se serait au contraire arrêté beaucoup moins loin.

iOO LES NAVIGATEURS FRANÇAIS.

Lo 7 de septembre, Jacques Cartier ayant laissé au vicomte (le Beaupré la garde de Charles -Bourg- Royal, partit avec deux barques pour Hochelaga. Son dessein était de prendre connaissance des sauts d'eau qu'il fallait passer avant de se rendre au Saguenay, qu'il voulait explorer au printemps prochain. Chemin faisant, il fit visite au chef de la bourgade d'Hochelay, située entre les pays de Canada et d'Hochelaga, chef duquel il avait eu

fort à se louer dans son précédent voyage. Le capitaine, afin de lui faire comprendre qu'il comptait sur sa fidélité, lui laissa deux jeunes garçons pour qu'il leur apprît sa langue, et lui fit présent, entre autres choses, d'un manteau de drap écarlate de Paris, tout garni de boutons jaunes et blancs et de petites clochettes. Le 11 septembre, Jacques Cartier anîva au premier saut d'eau (présumablement le courant Sainte -Marie), et, laissant une de ses barques en arrière, il renforça l'autre du plus d'hommes qu'il lui fut possible pour la faire nager contre le courant et la puissance du saut. Néanmoins il lui fiit impossible de passer outre, et il se décida à mettre pied à terre pour poursuivre son exploration. Il rencontra une bourgade dans laquelle il fut fort bien accueilli ; et quand il eut fait connaître aux habitants qu'il voulait aller vers les sauts et ensuite à Saguenay, quatre jeunes gens se proposèrent pour le conduire. Ils le menèrent

^ Lescarbot dit que le roi étant occupé à de grandes affaires qui le pressaient, n'envoya aucun secours, et que Roberval fut mandé en France. Le savant avocat, qui avait d'ailleurs connaissance du compte de Jacques Cartier dont il sera parlé, ne sait guère à quoi appliquer cette pièce qui, chez lui, ne sert qu'à faire plus de confusion au lieu d'éclaircir les ctioses. Gharlevoix dit que Roberval, revenant en France, laissa Cartier dans son fort avec une garnison nombreuse. 11 fait ensuite revenir Roberval, qui ne s'était, selon lui, absenté que pour alier chercher des renforts ; mais comme il revenait, ayant rencontré près de Terre-Neuve Cartier, qui s'était embarqué avec tout son monde pour retourner en France, il l'aurait obligé à le suivre, et, après avoir rétabli toutes choses dans son fort, il Taurait une seconde fois laissé pour commandant, et aurait remonté ensuite de sa personne le fleuve Saiot-Laurent, et serait même entré dans le Saguenay. Pendant ce temps, il aurait envoyé un pilote, nommé Alphonse, Portugais ou Galicien, selon Charlevoii, chercher audessus de Terre-Neuve un chemin aui Indes orientales ; et quand celui-ci serait revenu, it n'aurait plus trouvé Roberval en Canada, mais seulement Jacques Cartier Ik qui, dit affirmativement l'historien de la Nouvelle- France, il rendit compte de ses découvertes.

Tout cela est un tissu d'erreurs dont il nous est, en général, impossible de retrouver la trace ailleurs que dnnsGtinrIevoix.

fort loin jusqu'à une autre bourgade située en face du deuxième saut (présumîililement les rapides de Lachine). Il demanda aux habitants de Tendi^oit combien on avait encore de sauts à passer pour aller à Saguenay, et ceux-ci firent entendi-e qu'il n'y en avait plus qu'un (présumablement le saut de Saint-Louis), et que la rivière n'était pas navigable pour se rendre au pays que l'on cherchait. Après avoir reçu ces explications , Jacques Cartier revint à ses barques, puis redescendit vers Charles-Bourg. Eu passant près de la bourgade de Hochelay, il fut bien surpris d'apprendre que le chef sur lequel il avait compté n'y était plus et était parti avec les deux enfants qu'il lui avait confiés. Il sut, depuis, qu'il était allé à Stadaconé délibérer avec Agona de moyens à prendre contre les étrangers. A son arrivée au foit, le capitaine trouva efiectivement que les Indiens se tenaient dans la plus grande défiance, ne venaient plus trafiquer avec ses gens, et ne leur appoitaient plus de poissons ; il sut aussi qu'il y avait de grandes réunions d'hommes qui semblaient méditer quelque mauvais dessein contre lui ; il ordonna de redoubler de surveillance, et de mettre toutes choses en état pour repousser au besoin une attaque.

On ne peut savoir d'une manière détaillée ce que fit ni ce que devint Jacques Cartier depuis ce moment jusqu'au mois de juin 1542, où, revenant en France, il se croisa, au havre de Saint- Jean, avec Roberval qui enfin faisait route pour son gouvernement : car on a malheureusement perdu la majeure pailie de la relation de son troisième voyage. Il dit à Roberval qu'il n'avait pu résister avec sa petite troupe aux sauvages qui rôdaient journellement autour de lui et l'incommodaient fort, et que c'était là la cause qui le portait à revenir en France. Le vrai est qu'il avait pu se croire abandonné, oublié depuis dix-sept mois qu'il avait vainement attendu l'arrivée de Rober^'al, et que sa persévérance héroïque avait bien pu finir par être à bout. Toutefois, son opinion sur les pays qu'il avait découverts était restée la même ; il les vantait comme

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très riches et très feitiles. Roberval lui commanda de rebrousser chemin et de se rendre avec lui au Canada; mais il parait cfue Jacques Cartier eut quelque soupçon que Ton voulait lui

ravir l'honneur de ses dernières découvertes : car, profitant de la nuit pour se dérober aux ordres de Robei'val, il sortit du

havre de Sainf-Jean sans prendre congé de celui-ci, poursuivit

son chemin vei's la France, et arriva heureusement à Saint- Malo après dix-sept mois d'absence.

Sa conduite ne paraît pas avoir été désapprouvée dans la circonstance. Bientôt après, ce fiit lui qui alla chercher Roberval; on ignore les détails de ce nouveau voyage au Canada , qui dura huit mois. Roberval et Jacques Cartier eurent des difficultés au sujet des sommes qui avaient été données sur TÉpargne royale, pour l'expédition de 1541 ; le maître-pilote et capitaine général des vaisseaux qui avait été chargé de l'armement des bâtiments tint à ce que l'affaire iiit juridiquement traitée; il sollicita et obtint du roi qu'une commission fût nommée, devant laquelle Roberval comparaîtrait en personne. Jacques Cartier prouva que, loin d'avoir dépensé la totalité de la somme qui provenait de la munificence royale, il y était de son propre argent, et, le 21 juin 1544, fut rendue une sentence des commissaires de l'amirauté, qui lui donna gain de cause sur tous les points débattus.

Depuis lore, le célèbre navigateur paraît avoir vécu dans la retraite. Il fut anobli très présumablement, car on le voit qualifié de sieur de Limoilou, dans un acte du chapitre de Saint- Malo, en date du 29 septembre 1549, et figurer dans un autre acte, en date du 5 février 1550, avec le titre de noble homme. Cet acte est le dernier dans lequel on rencontre son nom comme agissant en personne. 11 y a lieu de croire qu'il mourut peu après, non dans une nouvelle navigation, comme Font avancé des historiens dont les opinions ont, à tort, souvent fait autorité * ;

* Ceci rectifie ce que nous avons nous-niéinc dit, dans notre Hiitoire maritime de France, d'après les opinions de Charlevoix.

mais à Saint-Malo ou aux environs, dans le repos de la famille qui lui avait été si bien acquis par une vie si laborieuse, si active et si utile à la science comme au pays. 11 avait épousé, en 1519, Catherine Desgranges, fille de Jacques Desgranges, connétable de la ville et cité de Saint-Malo, de laquelle il ne laissa pas d'enfants. Ses neveux et petits-neveux, entre autres de la Jaunaye Chatton et Jacques Noël, de Saint-Malo, pilotes du plus haut mérite, furent ses héritiers * .

Depuis peu on a retrouvé dans la rivière Saint-Charles les débris du navire la Petite-Hermine ^ abandonné par Jacques Cartier à la suite de sa seconde expédition. Recueillis avec un soin religieux, ils ont été envoyés par les Français du Canada aux Français de Saint-Malo, en souvenir de leur commune origine. Le jour n'est pas loin sans doute où ces nobles sympathies se traduiront par deux colossales statues élevées l'une et l'autre au gi-and navigateur, qui, de la côte de Bretagne aux rives du Saint- Laurent, de la cité des Malouins à l'ancienne Hochelaga, devenue Montréal, se reconnaîtront par dessus les flots de l'Océan.

' Ouvrages et documénU consultés : Histoire de la Nouvelle^Franee , par Blarc Lcscarbot ; — Histoire de la Nouvelle France ^ par Gliarlevoix ; Histoire (par lettres) de l'Amérique septentrionale f par de la Polherie de Bacqueyllle ; — « Établissement de la foi dans la Nouvelle-France y contenant l'histoire des colonies françaises et des découvertes qui s'y sont faites, 2 vol. in-l 2 ; — Histoire des voyages , ia-i° ; Histoire du Nouveau-Monde, par Jean de Laet, 1 vol. in-fol. — Les Trois Mondes, par La Popelinière ; — Cosmographie de Belleforest; — Discours du voyage de Jacques Cartier aux terres de Hochelaga, Canada^ etc, bibliothèque do roi; -» Manuscrits da second voyage de Jacques Cartier, à la bibliothèque du roi ; — Archives de Saint-MçLlo relatives à Jacques Cartier, communiquées par M. Gnnat, et dont fidèle copie a été conservée par les soins de H. d'Avezac, garde des archives de la marine; — The third and last volume of the voyages, navigations, traffic..., collected by Richard Hakluyt ; printed at London, anno dom. 1600, in-fol.; — Terza editione délie navlgationi vfaggi raccolto gla da M. Gio. Battista Ramusio ; — Koyages de découverte au Canada, entre les années 1534 et 15^2, par Jacques Cartier, le sieur de Roberval, Jean-Alphonse de Xainctonge, etc.. réimprimés sur d'anciennes relations , et publiés sous la direction de la société littéraire et historique de Québec. Québec, William Cowan, 1843. (Les relations du premier voyage et du troisième voyage de Cartier «Q Canada, celle de Roberval et le rentier d'Alphonse). Dans cette dernière brochure on trouve (traduites d'Hakluyt) deux lettres de Jacques Noël , en réponse à un M. Jean Growte, qui lui demandait des renseignements sur les relations que Jacques Cartier aurait pu écrire après ses deux derniers voyages au Canada, et dans lesquelles le petit neveu du célèbre navigateur dit qu'il n'a pu retrouver aucune trace de ces relations autre» que ce qu'on en connaissait.

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