A LA DÉCOUVERTE DES TERRES AUSTRALES SOUS LOUIS XI
« Ayant levé l’anchre audit temps de « Juin, sur le bruit des richesses des « Portugais au Nouvel Monde et l’idée « de trouver en cil continent plus « grand, »
Tab) A découverte de l'Afrique dans ses con- L 5}
jusqu’à la Chine, en détruisant les anciens systèmes cosmographiques, ne donnaient de la vraie conformation de la Terre qu’une idée incomplète. Les savans et les marins du XVI: siècle le sentirent, et ils s'ingénièrent à conjecturer ce qui pouvait être; mais de même que les théories qui avaient amené les premières conquêtes, célles qui engagèrent à les poursuivre se présentèrent au milieu de toutes sortes de rêves et de suppositions, dans lesquelles l'imagination aida la science à se rendre compte de ce qu'elle apercevait incomplètement, comme à se figurer ce qu’elle ne pouvait même entrevoir.
Ce fut ainsi qu’en face de toutes ces régions longtemps inconnues de l’Afrique et de l'Amérique, les cosmographes entrèrent plus que jamais dans la pensée exprimée par le cardinal d’Ailly, qu'il y avait moins d’eau et plus de terre habitable qu’on n'avait supposé. — En conséquence, ils figurèrent le pôle arctique entouré de terres et représentèrent en même temps au Sud du globe un continent destiné à ser-
vir de contre-poids à la masse du monde septen: trional:
Pendant ce siècle, lorsque aucune expédition d’Europe n'avait encore levé le voile qui couvrait les mers australes, les cartes portaient une ligne de terres qui partait du détroit de Magellan, s'élevait jusqu’à la Jaive majeure, et de là redescendait au cap de Bonne-Espérance, formant ainsi au Sud du monde une ceinture continentale que l'opinion générale persista longtemps à lui conserver malgré ce que lui en apprirent les navigateurs.
Nous en avons le tableau dans un grand atlas manuscrit achevé en 1555, avant Pâques, et dédié à l'amiral de Coligny par un pilote en la mer du Ponant, Guillaume Le Testu, de la ville Françoyse de Grâce.
Il y a là douze cartes, de la trente et unième à la quarante-troisième, représentant l'espace compris entre le 1°" et le 84° degré de latitude sud, rempli par une terre verdoyante. « Mais, dit l’hydrographe, ces douze planches ne doivent servir que pour avertir ceux qui navigueront de ces côtés de prendre garde lorsqu'ils penseront qu'ils en approchent. Du reste, tout est d'ymagination pour ce qu’il n'y a encore eu homme qui en ayt fait descouverture certaine. » Et le peintre donne carrière à sa fantaisie en représentant dans deux de ces cartes : ici un homme à tête de chien, ailleurs deux autres ayant des espèces d'ailes de chair qui leur partent des oreilles; l’un de ces derniers, penché sur le côté, dort dans une de ses ailes.
Le seul fait à noter pour l’histoire dans cette partie de l’atlas de Guillaume Le Testu, c'est qu’une certaine étendue de la Grande-Jaive paraît avoir été re-
désignée plus tard sous le nom de la Nouvelle-Hol-
connue à cette époque et se confondre avec la terre
lande. — Au moins par une coïncidence, qui paraîtra même singulière, on y trouve une côte des Herbages, dont le nom se rapproche assez, comme on le voit, de
celui de Botany-Bay. Cependant, les explorations sur
ce point ont été si peu sûres et, en tout cas, si interrompues, que, suivant Guillaume Le Testu, « plusieurs ont opinion que la terre du détroit de Magellan et la Grand’ Jaive se tiennent ensemble. » A l’appui de cequ’avancele pilote Normand, l’irnmense étendue de terre qu’il représente entre le cap de Bonne-Espérance et le détroit de Magellan, tant à l'ouest qu’à l'est, était désignée par quelques écrivains comme un troisième monde. C'est même le nom que lui donne Voisin de La Popeiinière.—Mais on voit, par ce que je viens de rappeltr, combien tout ce qu’on en disait s’appuyait peu sur des connaissances réelles. — En effet, tous les documents que j'ai consultés rendent le même témoignage que c'est fort tard seulement que l’Europe en fit la découverte dans des conditions bien différentes de celles qu’on avait supposées, — Toutefois, si nous portons les yeux sur les annales des Normands, nous y verrons que les marins de cette province y avaient abordé dès le commencement du XVI: siècle,
Lorsqu'on lit cette nouvelle prétention de leur part d'avoir devancé les Portugais et les Hollandais dans les terres australes, après avoir vu déjà leurs réclamations au sujet de l’antériorité de la découverte de l'Afrique, de l’Asie et de l'Amérique, involontairement le sourire vient sur les lèvres, Nous
nous rappelons, devant ces prétentions qui ressem + bient à un accaparement de toutes les gloires, la prière qu’un Normand des anciens temps était censé faire : « Mon Dieu, je ne vous demande pas de bien, s'écriait-il ; dites-moi seulement où il y en a! » Cette prière sent assez son ancien roi de mer norwégien. — Aussi est-ce une plaisanterie injuste, je n'en doute pas, et si les Normands ont pu s’abuser sur la valeur de quelques-unes de leurs réclamations, c’est que leurs pères étaient assez entreprenants pour avoir mérité tous les bonheurs. — Mais on n’a pas toujours ce que l'on mérite et surtout ce que l’on croit avoir mérité.
La solution d’un problème que fit naître, il y a plus de deux cents ans, le descendant d’un sauvage amenéen 1505 des terres découvertes par un capitaine de Honfleur en présentera une nouvelle preuve.
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Vers 1658, l'abbé Binot-Paulmier, de Gonneville, issu d’un mariage de ce sauvage avec une fille du marin qui l'avait amené, adressait au pape un mémoire pour obtenir ae lui les moyens d’aller précher l'Évangile dans les contrées du monde austral, d'où la Providence sans doute, disait-il , avait permis que son arrière grand-père vint en France, afin qu’un
jour ses compatriotes fussent éclairés des lumières de l'Évangile.