‹ Les navigations françaises et la révolution maritime du XIVe au XVIe siècle [microforme]Chapitre 17 sur 57 · DEPOT ER · texte numérisé non relu

DEPOT ER

An de M

| blesse et le mauvais état du navire, obligea Gonnefl ville de retourner en France. — Dans ce long séjour i | fl de six mois il avoit eu le loisir de remarquer les PA one |! qualités du terrain et les mœurs des habitants, dont il avoit inséré dans. son journal un curieux détail ;

mais il fut si malheureux que de tomber à la vue ï des côtes de France, près desisles Jersey et Guernesey, entre les mains d’un corsaire anglois, qui le dépouilla de tout ce qu'il avoit.— Gonneville, après avoir pris térre, en rendit sa plainte au siége de l’amirauté, et, sur les réquisitions du procureur du Roi, l’accompa-

sl gna d’une relation succincte de ses découvertes. » A | Le voyage ainsi raconté, l'abbé Paulmier de Gonne- |

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ville produisait un extrait du procès-verbal de sa navigation, dressé en 1505, dans lequel les déposants donnaient les plus grands détails sur les mœurs et les usages des habitants de la contrée.

Après avoir présenté le récit de l'abbé, tel que l'a résumé le Président de Brosses, j'ai longtemps hésité | à publier la suite de ce procès-verbal à cause de su | longueur ; mais elle nous ferait défaut si je ne la re- | produisais, les érudits, par manque d’attention, n’y | ayant pas reconnu les éléments d’information qu elle (1 contenait, et dont je n'ai senti moi-même l’impor- | tance que tardivement. — Écoutons donc encore le | capitaine de Gonneville, Essomeric, fils du roi Arosca,

Anthoine Thierry, Andrieu Delamare, bourgeois,

entrepreneur de l’armement, Nicole Lefebvre, et au-

tres principaux de l'équipage, qui ont signé cette | déposition. Écoutons ces Français qui reviennent de | l'Océan au moment où Colomb vient de terminer son All quatrième voyage, et Vasco de Gama son second :

« Item disent que, pendant leuf démourée en ladite terre, ils conversoient bonnement avec les gens d'icelle; après qu'ils furent apprivoisez avec les Chrestiens, au moyen de la chère et petits dons qu'on leur faisoit ; estant lesdits Indiens gens simples, ne demandant qu’à mener joyeuse vie, sans grand travail; vivant de chasse et de pesche, et de ce que leur terre donne de soi, et d’aucunes légumages et rachynes qu'ils plantent, allant.mi-nuds,

« les jeunes et communs speciaulment; portent

manteaux qui de nattes déliées, qui de peau, qui de plumasseries, comme sont en nos pays ceulx des Œgyptiens et Boëmes, fors qu’ils sont plus

courts avec manières de tabliers ceints par-dessus,

les hanches, allant jusques aux genoüils aux hommes et à my-jambe aux femmes. Car hommes et femmes sont accoustrés de mesme manière; fors que l'habillement de la femme est plus long;et por-

« tent les dites femmelles colliers d'os et coquilles, non « l’homme, qui porte au lieu arc et fleche, ayant

pour vireton un os proprement affilé, et un épieu de bois très dur, brûlé, et affilé par en haut, qui est toute leur armure. Et vont les femmes et filles teste nude, ayant leurs cheveux gentiment teurchez, de petits cordons d'herbes, teintes de couleurs vives et luisantes. Pour les hommes, portent longs cheveux ballants, avec un tour de plumasses hautes, vif-teinctes et bien atournées.

« Disent oultre, avoir entré dans le dit pays, bien deux journées avant, et le long des costes davantage, tant à dextre quesenextre;et avoir remerché le dit pays estre fertile; pourveu de forces bestes,

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oiseaux, poissons, et autres choses singulières, inconnuës en chrestienté, et dont feu maistre Nicole Lefebure d’Honfleur, qui estoit volontaire au viage, curieux, et personnage de sçavoir, avoit pourtrayé les façons; ce qui a esté perdu, avec les journaux du viage, lors du piratement de la navire, laquelle perte est à cause qu’icy sont maintes choses, et bonnes rechierches obmises.

« Item, disent le dit pays estre peuplé entre deux ; et sont les habitations des dites Indes par hameaux de xxx. XL. L. où quatre-vingts cabanes faites en manière de halles, de pieux fichez, joignants l’un l’autre, entrejoints d'herbes et feuilles, dont aussi lesdites cabanes sont couvertes, et y a pour cheminée un trou pour faire en aller la fumée; les portes sont de bastons proprement liées et les ferment avec clefs de bois quasiment, comme on fait en Normandie aux champs les estables, et leurs lits sont de nattes doulces, pleines de feüilles, ou plumes, leurs couvertes de nattes, peaux, ou plumas-

« series ; et leurs ustanciles de ménage de bois, « mesmes leurs pots à boüillir; mais enduits d’une « manière d'argille, bien un doigt d'espois; ce qui

empesche que le feu ne les brûlast.

« Îtem disent avoir remerché le dit pays estre divisé par petits cantons dont chacun a son roy, et quoy que lesdits roys ne soient guieres mieux logez, et accoustrez que les autres, si est-ce qu'ils sont moult révérez de leurs sujets; et nul si hardy d’ozer refuser et leur désobeyr ; ayanticeux pouvoir de vie et de mort sur leurs sujets; dont aucun de la navire virent un exemple digne de mémoire,

sçavoir d'un jeune fils de dix-huit à vingt ans, qui

en certain chaud despit avoit donné un soufflet à

sa mère; ce qu’ayant sçeu son seigneur, jaçoit que. la mère n’en eust esté à pleinte, il l’envoya quérir,

et le fit jetter en la rivière, une pierre au col,

appelez à cry public les jeunes fils du village et

austres villages voisins ; et si nul n’en peut obtenir

remission, ny mesme la mère, qui a genoüils vient

requerir pardon pour l'enfant.

« Le dit roy estoit cil en la terre de qui demeura

la navire, et avoit à nom Arosca; son pays estoit de bien une journée, peuplé de viron une douzaine de villages, dont chacun avoitson capitaine particulier, qui tous obéissoient au dit Arosca. Ledit Arosca estoit comme il sembloit âgé de soixante ans, lors veuf, et avoit six garçons, depuis trente jusques à quinze ans, et venoit lui et eux souvent à la navire.

Homme de grave maintien, moyenne stature, grosset, et regard bontif, en paix avec les roys voysins; mais luy et eux guerroyant des peuples qui sont dans les terres, contre lesquels il fut deux fois pendant que la navire séjourna, menant de cinq à six cens hommes à chaque fois, et la dernière à son retour fut demenée grand-joye par tout son peuple, pour avoir eu grande victoire; leurs dites guerres n'estant qu’excursions de peu de jours sur l’ennemy ; et eust bien eu enuie qu’aucun de la navire l’eust accompagné avec bastons à feu

« et artilleries, pour faire paour et desrouter les dits « ennemis, mais On s’en exCUSsa.

« Îtem, disent qu'ils n’ont remerché aucune mer-

« che particulière qui différentast le dit roy et autres

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‘roys du dit pays, dont ilen vint jusques à cinq

vor la navire, fors que les dits roys portent les plumasses de leur teste d’une seule couleur; et volontiers leurs vassaux, du moins les plus principaux,

- portent à leur tour de plumasses quelques brins de

plumes de la couleur de leur seigneur, qui estoit le verd pour celle du dit Arosca, leur hoste.

« Item, disent que ouand les Chrestiens eussent esté anges descendus du ciel, ils n’eussent peu estre mieux chéris par ces pauvres Indiens, qui estoient tous esbahis de la grandeur de la navire, artillerie, miroirs et autres choses qu’ils voyoient en la navire, et surtout de ce que par un mot de lettre qu’on envoyoit du bord aux gens de l'équipage qui estoient par les villages, on leur faisoit savoir ce qu'on avoit volonté, ne se pouvant persuader comme le papier pouvoit parler ; aussi, pour ce, les Chrestiens estoient par eux redoutez; et pour l'amour d’'aucunes petites libéralités qu'on leur faisoit de pignes, cousteaux, haches, miroirs, rassades, et telles babiolles, si aimez, que pour eux ils se fussent volontiers mis en quartiers, leur apportant foison de chair et poisson, fruits ct vivres, et de ce qu'ils voyoient estre agréable aux Chrestiens, comme peaux, plumasses et rachines à teindre, en contreschange de quoi leur donnoit-on des quinqualleries et autres besongnes de petit prix, si que des dites dansrées en fust amassé près de cent qrintaux, qui en France auroient vallu bon prix.

« item, disent que voulant laisser marches audit pays, qu'il avoit là abordé des Chrestiens, fust

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