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KW» à leurs débuts, nos navigations sur l'Océan GPA | sont entourées d’obscurité, l'on pourrait de croire que dès que nous touchons à l’époque de François Ie, l'éclat du règne de ce prince nous permettra de suivre désormais avec plus de sûreté nos navigateurs dans leur carrière,
Il n’en est rien pourtant: nous verrons encore des historiens Français placer en 1529 notre premier voyage aux Indes par le cap de Bonne-Espérance, et des écrivains Anglais nous accuser de n'avoir pas pris de part, au XVI° siècle, à la recherche par le nordouest d’une route vers ces mêmes régions.
John Barrow commence l’histoire des découvertes faites dans le nord pendant ce siècle par ces mots: « On peut dire que les Français sont, en quelque sorte, le seul peuple maritime de l'Europe qui ait vu avec une indifférence manifeste les efforts des autres nations pour découvrir un passage conduisant dans les Indes par le nord-ouest. »
John Barrow, ainsi que Desborough-Cooley,
(%) près avoir eu lieu de remarquer comment,
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prenait plaisir sans doute à faire notre réputation; mais il y a des gens qui valent mieux que leur renommée ; ce sera, si l’on veut bien m’écouter, ce qu’il faudra penser de nos navigateurs.
Lorsque j’ai constaté ici déjà tant de faits contraires aux opinions reçues, on peut imaginer sans peine que le doute devait me paraître trop nécessaire à l'égard d’assertions si éloignées des prétentions que j'ai exposées, pour que je ne cherchasse pas quelques documents m'autorisant à les contester.
Il faut dire premièrement que le succès de Gama dans sa découverte des Indes par le cap de Bonne- Espérance, en 1498, provoqué par le bonheur supposé de Colomb, n'avait pas montré que cette route fût à préférer, puisque jusqu’au 25 septembre 1513, que Balboa vit la mer du Sud du haut de la sierra de Quarequa, et même plus tard, l'Amérique n’avait pas cessé d’être tenue pour une partie de l’Asie dans laquelle seulement on cherchait un détroit en vue d'arriver à la partie connue de ce continent.
Il n'y a donc pas à s’étonner que nos Français n'aient pas songé à tourner l'Afrique, s'ils n’avaient pas ouvert les premiers cette route, suivant la tradition qui veut en faire honneur à Cousin.
Mais de prétendre qu'ils n’ont pas doublé le cap de Bonne-Espérance pour aller aux Indes avant 1520, cest, à mon avis, une thèse non moins opposée à la vérité que celle qui tendrait à attribuer au. navire l'Amphitrite, commandé par le chevalier de La Roque, ï l'honneur d'avoir été le premier navire Français en
Chine. — Notez que le voyage de ce navire est de
Je fonde en ceci mon opinion sur des textes que zous fournissent encore les étrangers, au nombre desquels je compterai jusqu’à des Chinois.
D'après M. Sinibaldo de Mas (1), ce fut en 1516 que le premier navire Européen aborda en Chine. C'était un vaisseau Portugais conduit par Raphaël Perestrello, sans doute un parent de la femme de ChristopheColomb. L’annéesuivante, Andrada, que Soarez, gouverneur des établissements Portugais dans l’Inde après le grand Albuquerque, envoyait avec huit vaisseaux, y avait seul la permission de venir à Canton.
Or, à en croire des textes Chinois que rapporte un sinologue distingué, M. Pauthier, le souvenir de présens d’une certaine espèce faits au souverain de l’Empire céleste témoignerait de l’arrivée des navires Français en Chine vers l’époque même à laquelle y abordaient les Portugais.
Une des conditions des rapports avec les Mongols d'autrefois comme avec les Chinois d’aujourd’hui était, on le sait, l'envoi de présents qu’ils regardaient comme des tributs. C'était ainsi qu’ils considéraient encore en 1816 ceux qu’envoyait à leur empereur le roi d'Angleterre, par son ambassadeur lord Ambherst. Rien de ce côté ne fut changé dans leurs coutumes depuis le temps (1245-1249) où les Tartares, invités à se faire chrétiens, émettaient l'avis de renvoyer au pape la peau du dominicain Ascelin, bourrée de foin, et menaçaient le roi saint Louis (2)
(1) La Chine et les puissances chrétiennes. — 1861. (2) Joinville donne en ces termes la lettre remise pour saint
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de le mettre à l’épée et de le détruire luy et sa gent, s’il ne lui payait un tribut annuel, — jusqu'aux jours où l'occupation de Tientsin (1858) et la prise de Peking (1860), à la suite du martyre du missionnaire Chapdelaine, furent, après plusieurs siècles, la dernière réponse de la France et du monde civilisé aux prétentions des « Fils du Ciel d’étre ceux dont il était écrit que le Seigneur avait livré la terre à leur domination. »
Au moyen âge, « ung Francois, raconte Fr. Bieult dans ses Pérégrinations, vint au grand caan des Tartares, et li empereur lui demanda quel chose cilx lui avoit apportée. Ly Francoys respondy et dist: « Sire ; je ne vous ay rien apporté, car je ne savoie mie « vostre grant puissance, — Comment, dist l'Empe- « reur, les oyseaulx qui voulent par les paiz ne te « dirent ils riens de nostre puissance quand tu entras « en ce paiz? » Ly Francois respondy: « Sire, dit-il, « peut bien estre que ilz me dirent, mais je n’en- « tendy point leur parole (1). »
Louis, sous la régence d’Ogoul-Gaimisch, à André de Lonjumeau et à Plan Carpin : — « Bonne chose est de pez; quar en terre de pez manguent cil qui vont à quatre piez l’erbe pesiblement, cil qui vont à deus labourent la terre dont les biens viennent passiblement. Et cette chose te mandons pour toy aviser. Car tu ne peus avoir pez, se tu ne las à nous. Et tel Roy ettel..….. (Et moult en nommoient.) Et tous les avons mis à l’espée. Si te mandons que tu nous envoies tant de ton or et de ton argent que tu nous retiengnes à amis. Et se tu ne fais, nous destruirons toy et ta gent, comme nous avons fait ceulx que nous avons devant nommez. »
(1) Abel Remusat, Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 6 volume, p. 421.
‘ Les vaisseaux français qui vinrent au XVIe siècle n’en furent, à ce qu’il paraît, pas quittes à si bon marché, et le don de canons qu'ils durent faire, d'après ce que dit M. Pauthier, indiquerait dans les historiens Chinois la date de notre première arrivée par POcéan et l’impression que les Chinois en purent recevoir.
Bien qu'ils eussent précédé les Européens dans
. l'artillerie, puisque dès le X° siècle ils avaient des
chars à foudre, produisant le même effet que les canons et par le même moyen; quoique cent ans avant la bataille de Crécy le petit-fils de Tching-Kis-
Khan eût marché à la conquête de la Perse avec un
corps d’artilleurs Chinois (r), il paraît que lorsque les
. navires de l’Europe arrivèrent en Chine, les Fils du
Ciel remarquèrent l’infériorité de leurs canons, comparés aux nôtres, et firent aussitôt leurs efforts pour se mettre à notre niveau, comme s'ils avaient pu prévoir qu’un jour ce ne seraient plus des bâtiments isolés qui viendraient de l’Occident, mais des flottes dont les marins remonteraient le Peh-tang et le Pei-ho, malgré ses estacades, et qu’alors la mobilité, la précision et la portée de notre artillerie auraient bientôt raison de la jactance accoutumée de leurs paroles. — « Si nous mettions nos forces en mouvement, disait le décret de l’empereur de la Chine en date du 5 juillet 1859, qui empécherait l'extermination immédiate de ces marionnettes? » Vaines rodomontades! — Les canons rayés de ces marionnettes faisaient rétablir les églises chrétiennes dans l’em-
(1) Abel Remusat, Mélanges asiatiques, 1e1 volume, p. 408.
pire Chinois (r), imposaient la permanence d’envoyés Européens dans la ville sainte de Peking, et ouvraient d’une manière définitive et plus large le commerce de la Chine à toutes les nations chrétiennes. :
Suivant M. Pauthier, les écrivains Chinois nous révèlent dans les termes suivans les inquiétudes que leur donnaient nos canons et le soin qu’ils eurent de s’en procurer.
D'après l’histoire officielle des Ming, un traitéintitulé : Modèles figurés des objets de toute nation conformément aux rites à l’usage de l'empereur et de la cour, — rapporte que la huitième année — (Kio-Thsing), on fabriqua des p” 4’ o, ou canons, que l'on désigna sous le nom de canons Français, que le général en chef faisait placer sur les flancs de son armée pour les
(1) A côté de faits rappelant l’arrivée des navires Européens en Chine, au XVI: siècle, au milieu de toutes les restrictions imaginables, il n’est pas sans intérêt de noter les noms des vaisseaux Français qui de notre temps ont pris part les premiers, avec la flotte Anglaise, à une entière révolution dans les rapports de l'Occident avec l’extrème Orient.
En 1857 et en 1858, dans l'expédition qui amena le traité de Tient-sin, le contre-amiral Rigault de Genovilly, dont l’énergique conduite en Crimée à la tête des batteries de la marine, devant Sébastopol, avait été justement appréciée, dit M. de Bazancourt, avait sous ses ordres la division navale, ainsi composée : 1° la Némésis, frégate à voiles de 50 canons, portant le pavillon du commandant, M. Reynaud, capitaine de vaisseau, chef d'état-major; 2° la Capricieuse, corvette à voiles de 30 canons, commandant, M. Collier, capitaine de vaisseau en station à Canton; 3° le Catinat, corvette à vapeur de 30 canons, commandant, M. Lelieur de Ville-sur-Arce, .capitaine de frégate en station à Canton; 4° le
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protéger. — A la fin de la période Tl'ching-Te, des vaisseaux de France étant arrivés à Kouang-toung (Canton), on obtint d’eux un modèle de leurs canons et on en fabriqua de pareils en cuivre, ayant une longueur de cinq ou six pieds; les gros pesaient 1,000 kin et plus (504 kilog. 789); — les petits 150 kin (75 kil. 718).
. Ce premier témoignage de M. Pauthier ne fait qu'indiquer approximativement l’époque des modèles de canons Français en Chine; mais dans une seconde citation, il nous donne la date précise de
. l'arrivée d’un de ces mêmes vaisseaux.
Un géographe Chinois, Liping, qui vivait sur la fin de la dynastie des Ming, assure positivement, dit-il, que le grand vaisseau de guerre Français arriva
Primauguet (Portz-Moguer), corvette à vapeur de 12 canons, commandant, M. Vrignaud, capitaine de frégate ; $° le Phlégéton, corvette à vapeur de 12 canons, commandant, M. Lévèque, capitaine de frégate; 6° le Marceau, aviso à vapeur de 6 canons, commandant, M. Lefer de La Motte, capitaine de frégate en station à Canton; 70 la Meurthe, transport à vapeur, commandant, M. Martineau des Chenez, capitaine de frégate; 80 la Durance, transport à vapeur, commandant, M. Thoyon, capitaine de frégate; 90 la Mitraille, canonnière à vapeur, capitaine, M. Béranger, lieutenant de vaisseau; 10° la Fusée, canonnière à vapeur, capitaine, M. Gabrielli de Carpigna, lieutenant de vaisseau ; 119 la Dragonne, canonnière à vapeur, capitaine, M. Barry, lieutenant de vaisseau; 120 l’Avalanche, canonnière à vapeur, capitaine, M. Lafond, lieutenant de vaisseau. Plus tard, l’Audacieuse, frégate à vapeur de ç0 canons, commandant, M. d’Aboville, capitaine de vaisseau. Cette frégate avait à bord le baron Gros, ministre plénipotentiaire de France.
inopinément à Canton la douzième année Tching-te, c'est-à-dire, l’an 1517 de notre ère. Le lieutenant gouverneur de la province du Fo-kien, Siu, rapporte le même fait dans sa géographie historique des pays étrangers, à l’article France (Fo-lang-si-koué).
Comme je ne sais pas le Chinois, je m'en rapporte à M. Pauthier. Cependant je crains qu’il n’attribue à nos navires Français un honneur qui ne leur appartient pas.
Je me demande, à ce sujet, si la qualification de Français (Falong-Ki p'a'o) donnée aux nouveaux canons des Chinois ne serait pas, de la part de l’écrivain que je cite, une confusion avec le nom général de Francs, appliqué dès le moyen âge dans l'Orient à tous les Occidentaux, à cause du rôle même de la France, qui dans l'Orient dominait celui des autres nations.
Cette opinion est aussi celle d’un de mes bons amis, M. J. Girette, à qui notre pays a dû dans ces derniers temps l’idée et en partie l'exécution de l'établissement des paquebots de l’Indo-Chine.— Mais notre érudit sinologue répond à cela que l’ëmploi que font encore les Chinois des mêmes caractères pour désigner notre pays, à l’exclusion de tout autre, semble devoir lever tout doute à cet égard.
« Les Chinois, dit-il, n’ayant pas l'articulation r, la représentent dans les mots étrangers par l'articulation l, ou {h, qui s'en rapproche le plus. Aujourd’hui, ils expriment encore le mot France par Falong-si, et Français par Falong-ki. »
Quoi qu’il en soit, il me semble qu’il y a lieu d’assigner entre la date de 1517 et l’année 1531 l'époque
certaine de la venue de nos premiers navires en Chine, car les Mémoires chronologiques de Dieppe rapportent que cette dernière année le sieur de Valois, par ordre du Roi, vint s’embarquer dans ce port pour se rendre dans l'Empire céleste, et qu'il y portait quatre canons de fonte, dont il fit présent de la part du Roi au maître de ce grand État. — « IL fut bien reçu de ce prince, ajoute Desmarquets, et les vaisseaux en rapportèrent, en échange de leurs marchandises, des porcelaines, du thé et autres denrées. » A mes yeux, cette fois l’assertion du chroniqueur Dieppois paraît d'autant moins contestable que certainement Desmarquets ignorait qu’en 1529 la Chine réformât son artillerie pour prendre celle de l'Europe. Il y a donc lieu de croire ce qu'il dit; et si le sieur de Valois portait des canons à l’empereur de Chine, c'est qu'apparemment il était averti par quelque navire précédent de l'intérêt que ce prince mettait à la possession de ces engins de guerre
Si j'ai pensé devoir constater ici par la Chine d’abord l'époque de nos premières navigations dans les mers orientales, qu’une compagnie établie en 1535, à Rouen, tentait de régulariser, c’est que comme ce pays est plus avant dans l’est que l'Inde, il s'ensuit naturellement que ceux qui y sont allés ont fait escale aux pays placés devant elle.
Cependant je ne vois pas que nos écrivains aient rappelé l’une ou l’autre des deux entreprises dont il vient d'être fait mention. Les historiens Portugais, plus attentifs que les nôtres, n’en parlent pas davantage, à moins que la première de ces expéditions ne fasse partie des seules navigations qu’il nous soit possible de signaler antérieurement à 1529, et dont on doit le souvenir à Barros.
A la date de 1527, l'illustre historien de l'Asie mentionne la présence de trois vaisseaux Français dans les mers de l’Inde. A sa connaissance, un premier vaisseau arrivait cette année à l’île Saint-Laurent ou Madagascar. — Un second, armé dans le port de Dieppe, touchait au port de Diu au commencement de juillet; son équipage était de quarante hommes environ, commandés par un capitaine Portugais appelé Etienne Diaz et surnommé Brigas, c’est-à-dire querelles ou rixes. Le troisième navire était commandé par un autre capitaine, pilote Portugais, natif de Villa-do-Conde et nommé O Rozado. — Ce dernier vaisseau se perdit dans une baie de la côte occidentale de l’île de Sumatra.
Sans doute nous devons être reconnaissants à Barros de nous avoir signalé ces trois vaisseaux, assurément partis des ports de France, en 1526. Mais s'il a indiqué les vaisseaux Français que ses compatriotes ont vus ou rencontrés, est-il dit que ç’aient été les seuls qui soient allés alors dans ces mers par le cap de Bonne-Espérance? Nous avons à faire valoir ici le même argument que pour les allégations des Portugais à l'égard de nos navigations au Brésil.
Suivant moi, tout ce que prouvent les actes qu’ils
produisent, ainsi que ceux que nous connaissons par nous-mêmes à partir de cette époque, c’est que le Portugal apportait alors plus de vigilance aux Indes, à cause de ses contestations avec l'Espagne au sujet des Moluques, contestations qui ne cessèrent qu’en 1529; c'est aussi que ce peuple avait probablement avis du traité qui se préparait entre Henri VIII et François [°", et qui fut signé le dernier avril 1527, traité dans lequel ces deux rois menaçaient le commerce des épiceries des Portugais (1), dans le cas où ce peuple s’unirait avec Charles-Quint.
Toutefois, malgré cette vigilance, ce qui se passait leur échappait sans doute encore.
À ce propos, je peux citer un fait qui sera un nouvel exemple des incertitudes auxquelles l’historien est livré pour tout ce qui touche à cette période.
(1) Item a été convenu de ne permettre passaige aux navires de Portugal chargés d’espiceryes et autres marchandises pour ycelles conduire par led. destroit (Manche) et basses regions et pays de l'Empereur, si ce n’est du commun consentement des d. sieurs Roys. — Ains seront les conducteurs des d. navires contraints vendre ou à tout le moins exposer en vente leurs espiceryes et autres marchandises en quelque endroit d'Angleterre ou de France, sans toutesfoys vendre entièrement en l’un des d. lieux leurs marchandises, ains icelles par égalle portion vendre et distribuer selon l’exigence et nécessité d’ung chacun des d. royaulmes, pourveu aussy que après la guerre intimée se le d. Roy de Portugal se declaire pour l'Empereur defendant son party par armes, lors il soit tenu et reputé comme un ennemy, et chacuns ses biens et subjectz venans ou trouvez ès pays et provinces des d. sieurs Roys, prins, acquiz et detenus par droict de guerre.
Il s’agit d’une entreprise qui est certainement postérieure à 1525.
Jen ai le contrat sous les yeux. L’illustration de trois des contractants m’oblige à reproduire l'acte, qui d’ailleurs peut aussi servir à éclairer un problème de l’histoire de nos navigations. Le commerce de l'Inde est le but de l’entreprise ; mais il est difficile de décider si le pilote chargé de mener les navires doit les conduire par l’est ou par l’ouest, on en verra la raison à cause du pilote même. Le contrat s'exprime ainsi :
« Nous, Philippe Chabot, baron d’Apremont, chevalier de l’ordre du Roi, son gouverneur et lieutenant general de Bourgoingne, admiral de France et de Bretaine.
« Avons ce jourdhuy delibéré de, pour le bien, prouffict et utilité de la chose publicque du royaulme de France, mecttre sur deux de nos gallyons estant de present au Havre de Grâce avec une nef appartenant à Jehan Ango, de Dieppe, du port de soixantedix tonneaulx ou environ, et pour iceulx troys veseaulx, esquipper, vitailler et convinyr, pour faire le voiaige des espiceryes aux Indes. — Dont pour icelluy voiage faire avons accordé avec les personnes cidessoubz nommés et signez en la manière qui ensuyct pour fournyr lesd. trois navires de marchandises, victailles et avance de compaignons ainsi qu’il sera requis et nécessaire.
« Et pour ce faire avons conclud et deliberé, avec iceulx, mectre et employer jusques à la. somme de vingt mil livres tournois, c’est assavoir, pour nous Admiral quatre mil livres tournois, maistre Guil-
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laume Preudhomme, général de Normandye, deux mil livres tournois; Pierre Despinolles, mil livres tournois; Jehan Ango, deux mil livres tournois; Jacques Boursier, pareïile somme de deux mil livres tournoys; messire Jehan de Varesam, principal pilote, semblable somme de deux mil livres tournoys.
« Lesd. parties montant ensemble à la dicte somme de vingt mil livres tournoys. Pour icelle employer aux vitailles, marchandises et avance, loyer de compaignons. Etnous Amyralet Ango promettons bailler lesd. gallyons et nef, bien et deuement radoubées et accoustrées, comme il appartient à faire ledict voyaige, tant de calfadages, cables, ancres, doubles appareilz, tous cordages, artilleryes, pouldres, boullets, et tout ce qui est requiz à telz navires pour faire ung tel et si long voyage que cestuy et rendre iceulx galyons et nefs prestz, et appareillez à faire led. voiaige dedans deux moys de ce jourduy. — Par ainsy que nous Admiral et Ango, prenderons au retour dud. voiaige, pour le fret et noleage desd. gallyons et nef, le cart de toutes les marchandises qui reviendront et seront rapportez par iceulx, sans aucune chose payer,
« Etpour leloyer dudict messire Jehan de Varesam, principal pillote, lequel s'est submis et obligé de fournyr deux pillotes bons et suffisans pour conduire les deux aultres navires, prendra pour son loyer et de ses deux pillotes, le sixiesme de tout ce qui reviendera de marchandises, led. cart pour nolliage, les frais et mises des marchandises et loyers des compaignons en préalables prins et levées avant que prendre led. sixiesme.
« Etse, par cas de fortune, aucuns d’iceulx gallyons