‹ Les navigations françaises et la révolution maritime du XIVe au XVIe siècle [microforme]Chapitre 22 sur 57 · D PT V · texte numérisé non relu

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La maison de Jean Ango à Dieppe, fameuse, avant l'incendie de 1694, sous le nom de la Pensée, qui était celui’ d’un vaisseau de son père; les ruines célèbres de son manoir de Varengeville, qui ne cessent d’appeler l'attention sur lui et attestent sa richesse, son goût des arts; les légendes également qui circulent encore sur la manière dont il recut François [*"; enfin les traditions qui se sont perpétuées sur ses fières représailles contre les Portugais qui voulaient empécher ses navires de trafiquer avec le Sénégal et le Brésil, tous ces souvenirs doivent faire estimer comme une bonne fortune ce qui peut concourir à faire connaître ce Jacques Cœur de l'Océan.

Fils de Jean Ango, dont, en 1 508, nous trouvons le navire la Pensée aux côtes de Terre-Neuve avec Aubert, l’armateur Dieppois ne s'était pas contenté des richesses que son père lui avait laissées, il avait voulu s'élever aux honneurs, et, dans cette intention, il avait commencé par acquérir les offices de grenetier et de contrôleur du magasin à sel. — En 1514, le 17 novembre, je le vois, dans des actes où il s’intitule recepveur de la vicomté de Dieppe, prendre à ferme les terres et seigneuries appartenant à Georges d’Amboise, l'archevêque de Rouen,moyennant 4,000 livres, et, en outre, à charge de payer les gages des officiers. Ces terres étaient Dieppe, Bouteille et le Pollet. Plus tard, le prix du bail fut élevé de 500 livres. — En 1521, une lettre du cardinal Duprat, que j’ai trouvée, nous montre le grenetier de Dieppe armant un vaisseau pour faire passer le duc d’Albany en Ecosse, ce qui alarme fort le ministre en raison des conséquences que cela peut avoir pour la paix avec l’Angleterre.

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En 1525, Jean Ango porte le titre de vicomte de Dieppe, et en 1532 il joint à son nom celui de sieur de La Rivière (1).

Protégé par les d’Amboise dont l’un avait été fait amiral de France en 1508, Jean Ango était devenu tout-puissant; ses richesses, sa position, sa magnificence, son goût pour les arts, le mirent en rapport avec ce qu’il y avait de plus élevé, Il reçut le roi François If, et l’on trouve des lettres écrites en sa faveur au cardinal Légat par la reine de Navarre; sœur du roi, la Marguerite des Marguerites, tandis que la renommée des hommes qui formaient sa petite cour s’étendait dans les provinces.

Dans cette cour, on remarquait les capitaines qui menaient ses navires au Brésil, au Sénégal, aux Indes, bons cosmographes, savants mathématiciens, excellant à composer des mappemondes en globe et en plat, ainsi que des cartes marines d’après lesquelles on pouvait naviguer en toute sûreté. Lettrés et poëtes même, ils se reposaient « d’Eolus et de Thétis », ou occupaient les loisirs forcés de leurs navigations, soit en traduisant Salluste, soit en composant pour le Puy de la Conception des chants en l’honneur de la Vierge, qu’ils venaient le 1 5 août réciter dans l’église de Saint-Jacques de Dieppe. Ils pensaient ainsi sur la mer à la patrie absente, et à leur retour ils intéressaient doublement les hommes du sol par des chants, tels que les Terres neufves et le Nouveau monde, dans

(1) Je dois à M. Tinel, employé aux archives de la préfecture de la Seine-Inférieure, la copie des actes et baux que M. Barrabé, alors archiviste, m’avait fait connaître dès 1847.

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