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superficie de la terre ferme, qui occupe 38 millions de mètres carrés, est à celle de l’élément liquide dans le rapport de 1 à 2 4/5, ou, comme Rigaud devait l'établir, dans les proportions de 100 à 270; caronne connaissait alors ni toutes les masses continentales ni toutes les îles qui, réunies, peuvent égaler la vingttroisième partie des continents.
Il y avait donc toujours place pour bien des conjectures, comme aussi l’on était encore trop près du Moyen âge pour repousser toutes ses fables. Or, aux idées fausses de ce temps devaient s’ajouter les erreurs qui résultaient de la vérité incomplète, et les conjectures qu’elles menaient à faire pour concilier celle-ci avec l’état des connaissances acquises.
Je ne répéterai pas une fois de plus, comment jusqu’à Balboa l’Amérique avait été prise pour l’Asie et désignée en conséquence sous le nom d’Indes méridionales; mais il est intéressant de rappeler que Colomb , après ses premières navigations, ne trouva plus le monde sphérique, comme on l'écrivait, et que, contrairement aux découvertes futures qui devaient reconnaître l’aplatissement de la terre vers les pôles, il lui supposa la forme « d’une poire ronde, excepté dans l'endroit où est placée la queue, qui est le point le plus élevé, » dans la pensée « qu’en allant à l’ouest les navires s'élevaient doucement vers Île
(1) «Cela me confirma que le monde n’est pas sphérique, mais qu’il y a cette différence que j'ai indiquée, laquelle se trouve dans cet hémisphère, dont l'extrémité est sous la ligne équinoxiale.—Ce qui vient beaucoup à l’appui de ceci, c’est que, lorsque Notre-Seigneur fit le soleil, ce fut sur le premier point de l’Orient où la première
ciel (1).» On a vu encore l'imagination des savants se donner carrière dans les théories d’un monde arctique et d’un continent austral.
Le même mélange d'erreur et de vérité doit se reproduire dans l’Hydrographie de Jean Alfonse : c’est à mes yeux ce qui en fait l’importance ; aussi insisterai-je par cela même sur ce caractère de cet écrit. En effet, dans l’état de choses que je viens d'exposer, l’auteur de l’Hydrographie se raillera d’une partie des erreurs anciennes; mais de l’autre partie dont il ne s'est pas encore dégagé, il lui arrivera de se servir pour défendre la conquête des vérités nouvelles et pressentir ce qu'il ne peut voir.
Ainsi, à travers des faits du plus haut intérêt qui révèlent la part prise par lui dans l'exploration du monde, on retrouve très-souvent dans son œuvre l'homme du moyen âge avec toutes ses superstitions et ses chimères, surtout quand il s’agit de l’intérieur des terres.
Si, par exemple, il nous décrit l'Angleterre, dont il présente les habitants «comme bien dispostz, grands hommes, fort superbes et ne croyant pas qu'il y ait
clarté apparut, là où est l’extrémité de la hauteur de ce monde. Et quoique Aristote ait pensé que le pôle antarctique ou la terre qui est au-dessous était la plus haute partie du monde et la plus voisine du ciel, d’autres savants l’ont combattu en disant que c’est celle qui est sous le pôle arctique. — Il paraît, d’après cela, qu’ils entendaient qu’une partie de ce monde devait être plus près du ciel que l’autre, et ils ne pensèrent pas qu’elle se trouvait sous la ligne équinoxiale par la forme dont j’ai parlé, et cela n’est pas étonnant, puisqu'on n'avait sur cet hémisphère que des notions très-légères. » (Christophe Colomb, 3° voyage.)
aultres meilleurs que eulx», nul ne peut mieux dire assurément. Mais il nous rappellera que d'Angleterre était Merlin le grand devineur ; —ilnous dira «qu’en ceste terre y a une manière d’arbres que quand la feuille d’iceulx tombe en l’eaue se convertist en poisson, et si elle tombe sur la terre se convertist en oyseau ». Voilà l’hommedu moyen âge. Nous trouverons en Écosse ce même homme en face d’une autre merveille que desécrivains placent en Irlande, dans une des îles du lac de Derg, le trou de Saint-Patris, «que l'on dit estre un purgatoire.» Quoiqu'on en ait beaucoup parlé et qu'il y ait même des poëmes à ce sujet, Jean Alfonse ne sait comment on descend dans ce trou, car, « ainsi que dient aulcuns, c’est secret de Dieu dont il ne se faulttrop enquerir ». Il doute pour lui, on le sent, mais il n’ose pas encore ne plus croire. — Il est sous la pression des idées de son temps, et il croira aussi bien à des merveilles telles qu’en débitait Giraud Rarry, grand doyen du Saint-Asaph sous Henri II d'Angleterre. Il les répétera avec une naïveté qui ne manque pas de charme, parce qu’on y sent l'enfance de l'esprit européen, et que l’on se figure alors nos pères écoutant comme nos enfants aujourd’hui pourraient le faire, les yeux tout grands ouverts, parler de cet oiseau qui, « quand il veut mourir, s'en va en Arabie sur certains arbres aromatiques, et icy debat tant ses ailes qu’il fait brûler ledit arbre et icel allumé se jette dedans et se brûle luy mesme, et de la cendre restant de son corps s’engendre ung ver et en certains jours se convertist en ce mesme oyseau Phenix, et quand il est formé il retourne à ladite montagne Labane, et icy vit continuellement cent ans, et se re-
nouvelle de cent ans en cent ans, et il n’y en a que ung au monde, »
C'est déjà beaucoup, diront les incrédules, mais nos pères ne pensaient pas que ce fût trop. Ils enviaient le bonheur de Pline, qui l'avait rencontré. Il pouvait bien se faire, il est vrai, que ce fût tout simplement un faisan doré de la Colchide; mais pourquoi nos pères n’auraient-ils pas ajouté foi aux paroles du grand naturaliste romain, puisque cet oiseau devait servir à saint Clément pour prouver le miracle de la résurrection, et que Dante savait que cet oiseau se nourrissait d’encens et d’amomum? Etait-ce après tout une merveille, quand les hommes pouvaient alors se dispenser des médecins en opérant leur rajeunissement non-seulemen+ dans la fontaine de Jouvence, dont, en 1512, Ponce de Léon cherchait les vertus aux îles Lucayes, mais aussi dans la source de Rascose, que vante Jean Alfonse ?
Notre pilote connaissait encore d’autres merveilles par ouï dire. C'était d’abord l'agate, qui avait la vertu de tempérer la chaleur et la soif, raison pour laquelle, dit il, les aigles en portaient à leur nid, afin aue leurs petits n'étouffassent pas de chaleur.—Puis il discourt des pommes de paradis en Babylone, «dans lesquelles quand on les sépare en chacune partie apparoît la figure de Crucifix.» 11 nous entretient encore des raisons qui amenèrent |: pluie au monde, car «avant qu’Adam peschât, de quatre rivières s’arrosoit toute la terre», ce que prouve le Nil. Jean Alfonse était sûr d’être également écouté quand il parlait des hommes . qui sont au delà de l'équinoxial, « à qui la teste et le corps c'est tout ung, sans cou ni fasson de teste;
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d’autres qui ont le visaige d'un chien et la teste d’un homme, et aultres qui ont pieds de chèvres, et aultres qui n’ont que ung œil au front, et d’autres qui ne parlent point et courent aultant que levriers, et ceulx ci ne mangent que collœuvres et leizars». Jean Alfonse ne tarit pas en merveilleux. C'est ainsi qu’il me donnerait presque le désir de rencontrer un animal qui n'inspire que du dégoût. Suivant lui, « l’hyène est de deux natures, en sorte que une année elle est mâle et l’autre elle est femelle, et a ceste condition que, quant elle veut parler comme ung homme, ou comme ung chien, ou comme une autre beste, elle le fait; et quant l'homme approuche, dit Jean Alfonse, pensant que soit ung aultre, ou le chien, ou une aultre beste, pensant que cest sa nature, elle est si fine et si legier qu’elle les prent et les tue et mange, pour ce qu'elle voudroit quil n’y eût aultre ulle nature que la sienne, et sont plusieurs bestes de mesme sorte et non une seule ». Cela est fâcheux, et il vaudrait mieux qu'il n’y eût qu’une hyène et plusieurs phénix, car elle « a une vertu que si son umbre touche à quelques des choses susdites, elle faict de telle sorte qu’elles ne peuvent plus se remuer, ny se peuvent défendre. » Il est vrai qu’elle a des yeux si ardents qu'ils semblent de plusieurs couleurs, « et au dedans de ces yeux y a en lieu d’une prunelle une pierre, laquelle est appelée hyène, laquelle a telle vertu que si quelqu'un la met dessoubz sa langue, il dira toutes les choses passées et advenir, et de ceste icy usent les negromans et magiciens, et la desirent moult et en font grand gard quand ils la peuvent avoir ». — Tout cela est admirable, n'est-ce pas?
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Mais vous pouvez avoir mieux. Lisez ce que Jean Alfonse rapporte du crocodile des Indes, car du caïman d'Amérique il n’a vu que ce que nous connaissons : « Tournant à la rivière de Cochyn, écrit-il, je ditz que en la rivière de Cochin y a coquodriiles. Le coquodrille est ung poisson, lequel a forme d'homme humain, et de jour se tient en j’eaue, et la nuict aulcunes fois descend en terre et allument feu avec quelque manière de boys qu’il y a en icelle pays, et selon que l’on peut entendre rôtissent leur poisson qu’ils pêchent. » —Sans doute la crédulité est grande de ceux qui croient à de telles imaginations ; mais, si vous voulez avoir le mot de cette crédulité, il vous suffit d'entendre Jean Alfonse, après de bien grands esprits qui l'ont précédé, vous dire: « Cecy a esté veu par beaucoup de gens, et de cecy nul ne se doibt esmerveiller, car tout ainsi que Dieu a créé beaucoup de choses en la terre, aultant en a créé en la mer et davantage. » — Si vous insistez, il vous répétera ce qu’on lui a dit à propos du trou de Saint-Patris : « que c’est secret de Dieu dont il ne se fault pas trop enquerir. »
Toutes ces rêveries portent l'empreinte du temps qui. vient de s’écouler. — La science, fille de l’expérience, ne fait que de naître, et vous vous en apercevrez en maints endroits de ce manuscrit. Mais il est bon de le constater, à cause même des progrès qui vont se produire. L'ouvrage de Jean Alfonse est un élément précieux de comparaison avec eux.
Le premier point où nous remarquons les modifications apportées à l’état de choses dans lequel vivait Alfonse nous apparaît en tête même de son Hydrographie. Lorsque nous voyons au commencement de cette Hydrographie un calendrier, nous songeons à la réforme prochaine appelée déjà par d’Ailly, réforme que voulait faire Léon X en 1515, et qu'accomplit Grégoire XIII; nous nous rappelons qu’en 1582 un bret établit que le mois d'octobre de cette année n'aurait que vingt et un jours, que l’année 1600 serait bissextile, et qu'ensuite l’année qui termine chaque siècle ne le serait que de quatre en quatre siècles,
De même, lorsqu'à propos des connaissances élémentaires d'astronomie nécessaires au marin, Jean Alfonse, suivant le système de Ptolémée, nous parle du soleil tournant autour de la terre immobile, on ne peut s'empêcher de penser que la forme sphérique de celle-ci deviendra pour la science une preuve de sa rotation, et l’esprit rend hommage à la mémoire de Copernic, qui vient de mourir un an avant la composition de cette Hydrographie, et quelques jours seulement après la publication de son fameux traité De Revolutionibus orbium cælestium.
Jean Alfonse, comme les marins d’ alors et même le plus grand nombre des savants, n’a pas d'autre
système que celui qu’expose Jean Parmentier dans les vers suivants, où il parle de la Terre :
Contemplons que luy supresme autheur La colloqua, ainsi que créateur,
Au centre vray du monde pour son lieu, L’air tout entour, le ciel et sa haulteur, Et noncbstan‘ la masse et pesanteur
A rien ne tient fors que à la main de Dieu.
La main de Dieu en sa vertu discrète
La tient en l’air par façon tant secrète, Que homme n’entend ceste vertu profunde.
La main de Dieu qui toutes choses traicte, La tient, soustient, entretient et arreste Droict au milieu, et vray centre du monde, Et tout autour de cèste terre ronde
On voit tourner maint corps lumineux, munde, Le cler soleil, estoilles et planettes
Le firmament, les nues, l’air et l’onde Dont elle prent fertilité fécunde
Pour sustenter les hommes et les bestes.
Il y a loin de ce système à celui par lequel Copernic place le soleil « comme sur un trône royal au milieu de la nature, gouvernant toute la famille des astres dans leurs évolutions circulaires ».
Ainsi, avec le XVI[° siècle, avant l’œuvre d’Alfonse, s'étaient ouverts à la contemplation, dans le ciel comme sur la terre, des horizons nouveaux dont l'Europe devait attendre la révélation avec une curiosité fiévreuse. — Les yeux dé tous les hommes in-
elligents étaient alors dirigés sur l'Océan. Plus on
les
en était près, plus on était satisfait ; c’était pourquoi Pierre Martyr d'Anghiera voulait rester en Espagne, afin d’être à la source des nouvelles, et, quand il les mandait à ses amis, entre autres au pape Léon X, celui-ci veillait fort avant dans la nuit pour les lire à sa sœur et aux cardinaux, avec lesquels il les commentait au milieu d’émotions de tous genres.
Par la même raison, les plus touchés alors étaient ceux qui assistaient les premiers à toutes ces nouveautés dont l’Europe se disputait les relations. — Ils regardaient tout avec la plus grande attention, ies hommes, les animaux, les plantes, les constellations du ciel; ils observaient la direction des vents, celle des courants de la mer, les phénomènes magnétiques; rien ne leur échappait, et la vie, la science, s’étendaient sous leurs interrogations.
L'homme de mer, dans ce développement du monde et de la science, sentait son rôle grandiren proportion des merveilles mêmes qui le surprenaïent. S'il n’était pas encore parvenu à comprendre les harmonies de la nature .au milieu des spectacles divers qui s'offraient à ses yeux, il les remarquait sans chercher davantage un sujet d’admiration dans les conceptions bizarres des âges précédents. C'était un progrès.
On trouve une expression vive de ces émotions et un signe des conditions nouvelles de l'esprit du marin dans les vers qu'inspiraient, en 1529, à Jean Parmentier, plus jeune que Jean Alfonse,
RE ETe . Les merveilles divines Qui sont au ciel et aux Indes marines.
Le pilote dieppois parle ainsi des merveilles de la mer :
Voyant la mer en son inflation,
Sa merveilleuse et grosse élevation, Ondes mouvantes par fluctuation,
Sa profondeur, son creux et son abisme, Lors tu diras par admiration :
Seigneur, qui feis telle opération,
Tant ta vertu est grande et altissime !
Qui congnoistra les merveilles de mer, L’horrible son, plein de pareil amer,
Des flotz esmeus et troublez sans mesure, Qui la verra par gros vents escumer, Pousser, fumer, sublimer, se abysmer, Et puis soubdain tranquille sans fracture ?
Qui cognoistra son ordre et sa nature,
Mais qui dira : j’ay vu telle adventure.
Sinon celluy qui navigue dessus.
Cestuy là peult bien dire par droicture :
O merveilleuse et terrible facture
Du merveilleux qui habite la sus!
Considérez la grandeur et l’estente
De ceste mer tant large et tant patente, Dont la moitié pourroit noyer la terre
Et nonobstant sa force violente
La main de Dieu forte et omnipotente
La tient ensemble en arrest et en serre, Par sa puissance en lieu bourné la serre, Par sa prudence il lui donne son erre, Son mouvement et son cours ordinaire, Et quand el bruit comme horrible tonnaire Dont pouvrement maint esquipage en erre, Par sa clémence il l’anpaise et fait taire.
DE PANTAGRUEL, > la Considérez les merveilleux troupeaux Qu'on voit singler aux travers de ces eaux, De gros poissons et d’horribles bellues Diversement et à si grandz monceaux
Que engin humain jugeroit cela faulx,
Si de premier telz bestes n’estoient veues ; [s sont sans nombre et toutes sont repues.
Le seul parfaict qui surmonte les nues, Sustente tout et leur donne pasture,
Qu'ilz vont chercher parmy vagues esmues En sortissant de leurs profondes mues, Jouxte l’instinct de leur propre nature.
Parmi les merveilles de la mer, Jean Parmentier place le fait même de la rotondité de la terre et celui de l'existence des antipodes , niés par les Pères de l’ Église. On peut comparer ici les vers du pilote Dieppois avec ceux du Morgante, de Pulci, que j’ai cités.
Li nd
Les faictz de Dieu évidentz et apertz
Se monstrent bien sur la terre dispers, Quand tout entour et dessoubz et dessus,
Il y a gens en maints lieux et divers
Pieds contre pieds, de costé, de travers
Et toutes fois chacun pense estre sus;
Aussi sont-ils — dont plusieurs sont deceus Disant : comment ne sont tombez ou cheus La teste en bas ceux-là qui sont soubz nous ? Si telz secretz ne sont par l’homme sceus, Se neantmoins le hault Dieu de la sus Entretient tout et dessus et dessoubz.
Par ce voyage et navigation Vous congnoissez en speculation Ce que je dy par vraye certitude, Les corps du ciel en font probation
Sn
Que vous voyez par élevation.
Re. De jour en jour en vostre latitude Quant le froid nord, où gist vostre habitude Vous délaissez, et mettez vostre estude A naviguer vers la part de midy, La part du Su vous monte en altitude Et vostre nord descend en promptitude, Tant qu’en la mer il est approfundy
Quand vous singlez au su d’un temps prospère
Vous élevez dessus vostre hémisphère | Les estoilles du bas pole antartique + Et si chascun de vous bien considère, à Lors vous laissez toute estoile ou sydère à Qui est auprès de vostre pole artique,
D'où vient cela? 11 faut bien qu’on pratique,
Que la rondeur de terre et mer applique
Devant votre œil un obstacle au milieu,
Qui nuist à veoir aulcune part celique
Et monstre l’aultre en droict ou en oblique,
Ainsi la terre a rondeur en tout lieu.
Se elle a rondeur, comme il fauit concéder Et que par long et bien loing procéder Trouvez le quart du grand globe univers,
On doibt conclure et a raison céder,
Sans soustenir ou du contre se aider,
Que estes adonc establis de travers
Du lieu premier — tant sont les lieux divers ; Plus se voulez vous trouver à l’envers Comme antipode ou bien pied contre pied, Ouitre singlez en vos vaisseaulx apertz,
Lors ce verrez, ainsi que gentz expertz, + Quand vous aurez du grand rond la moitié.
* Ces vers, comme ceux dans lesquels Parmentier
ier
nous peint les merveilles de la terre, du ciel et de l'air, ne présentent que des aspects généraux; mais bien avant Alfonse, avant Parmentier, aussitôt que l'Océan s’ouvrait sous le sillage des navires Européens, nous avons vu chacun des navigateurs noter les signes qui lui semblaient marquer un jalon de la route dans ce monde inconnu tout à l’heure.
Ainsi, lorsque le découvreur portugais Gil Eannez, dépassant le cap Bojador, au delà duquel il avait pensé trouver la mort, était revenu de ces pays, qu’on disait brûlés par la chaleur, avec des roses de Sainte- Marie ou roses de Jéricho, on s'était trouvé, sans le comprendre, devant un mystère que ia science devait plus tard expliquer par la nature même de la zone des nuages, appelée, par i'ancien directeur de l’Observatoire de Washington, le Cloud-Ring.
« Les nuages, dit le lieutenant Maury (1), confirmant ainsi les pensées du chevalier de la Coudraye(2), n'ont pas pour seules fonctions de disperser la pluie et d'étendre sur nos champsles manteaux de neige qui doivent les protéger ; ilsont aussi à adoucir les climats et à modérer tout excès de chaleur et de froid : tantôt, en s'étendant au-dessus de la terre et en la couvrant, ils s'opposent au rayonnement de sa surface et lui conservent sa chaleur ; tantôt, au contraire, en s’interposant comme un écran entre elle et le soleil, ils la défendent contre la sécheresse. Puis, quand
(1) Zastructions nautiques destinées à accompagner les cartes de vents et de courants, traduites, en 1859, par M. Ed. Vaneechout, alors lieutenant de vaisseau.
(2) Théorie des vents et des ondes. 2€ édition, 1796.