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leur tâche est accomplie en un point, les vents les transportent ailleurs pour y remplir le même rôle régulateur. » Un de nos ingénieurs hydrographes devait également observer près de terre, aux côtes occidentales d'Afrique, que pendant qu'il faisait calme et une chaleur accablante sur le pont du navire, un vent frais de N. E. soufflait à la hauteur des hunes. La température sur le pont différait alors de 4 à 5 degrés Réaumur de celle que l’on constatait dansleshunes (1).
Mais combien d’autres phénomènes allaient avoir aussi besoin d’explication, lorsque la Providence aurait donné à Colomb, suivant son expression, les moyens de briser les chaînes qui fermaient l'Océan à l’ouest, et que l’air, la mer, la terre, commencèrent à présenter aux navigateurs dans ces régions une constitution nouvelle.
Qu'’était-ce donc que ces prairies océaniques qui nagent et présentent, surtout entre le r9° et le 54° degré de latitude nord, d’immenses bancs de varech nommé par les marins raisin du tropique? Devant cette mer d’herbes sept fois plus grande que la France, dit Humboldt, et, selon Maury, d’une surface égale à celle de la vallée du Mississipi, les compagnons du grand découvreur Génois croyaient qu'ils étaient arrivés aux dernières limites de la mer navigable, et leur terreur était naturelle, car aujourd’hui encore ce
(1) Cette observation est rapportée par M. Lartigue, dans son Exposition du système des vents (2° édition, 1855), d’après les travaux de M. de Givry dans l'exploration faite de 1816 à 1818 aux côtes d'Afrique, sous les ordres de l’amiral Roussin, alors capitaine de vaisseau.
n’est pas sans une certaine sensation que l’on parcourt ces parages, quoique depuis trois siècles ils aient été sillonnés par tant de navires, et qu'on n'y ait jamais signalé ni bas-fonds, ni vigie (1).
Les premiers découvreurs rencontraient aussi sur leur chemin un autre phénomène. Les courants, sans se mêler à l’Océan, le traversaient comme des fleuves passent au milieu des terres. On devait apprendre plus tard seulement que les uns portent les eaux chaudes dans les hautes latitudes pour en adoucir les climats, et que les autres ramènent les eaux froides vers l'équateur pour en tempérer et rafraîchir les ardeurs.
Dans ces premières navigations les questions succédaient aux questions.
Ainsi, comme les marins ne s’étaient pas encore rendu compte que, la terre tournant autour du soleil en vingt-quatre heures, la distance de 15 degrés en longitude fait la différence d’une heure, qu'il est donc, à partir d’un même méridien en sens opposé ici, à l’est, une heure après midi, quand, à l’ouest, il est, à égale distance, onze heures du matin, grande fut la terreur de l'équipage de la Vitioria, au retour du premier voyage de circumnavigation, en s'apercevant qu’ils étaient en retard d’un jour sur l’Espagne, d'où ils étaient partis par l’ouest, de même qu'ils auraient eu un jour de plus s'ils avaient navigué à l’est. Une telle découverte inquiétait leurs consciences. Ils avaient fait gras le vendredi saint et célébré la Pâque
(1) Étude sur la mer de varech, par M. Leps, capitaine de vaisseau. (Annales hydrographiques, 1857.)
le lundi.—Aujourd’hui, au 180° degré de longitude, selon qu'ils viennent de l'est ou de l’ouest, nos marins comptent deux fois le même jour ou lui donnent deux dates différentes (1).
Mäis l'intérêt que présentait le Nouveau Monde ne devait pas être épuisé par les recherches des premiers temps. Si, comme Colomb l'avait bien dit, la mer et l'air, dans ces régions, se présentaient dans des conditions inconnues, la science, après le grand Génois, devait, en face des spectacles qu'ils lui offraient, ne plus cesser d'admirer, surtout lorsqu'elle pourrait s’aider du microscope.
« On sent, dit M. de Humboldt, que là le mouvement et la vie ont tout envahi. A des profondeurs qui dépassent la hauteur des plus puissantes chaînes de montagnes, chaque couche d’eau est animée par des polygathiques, des cyclidies et des ophrydines. Là pullulent les animalcules phosphorescents, les mammaria de l’ordre des acalèphes, les crustacés, les pesidinium, les néréides, dont les innombrables essaims sont attirés à la surface par certaines circonstances météorologiques, et transforment alors chaque vague en écume lumineuse. L’abondance de ces pe-
(1) J'en citerai deux exemples : l’un d’après la relation du voyage autour du monde sur la frégate la Vénus, commandée par M. Dupetit-Thouars, capitaine de vaisseau, depuis amiral; l’autre tiré du journal météorologique de /a Bayonnaise, sous les ordres de M. Jurien dela Gravière, aujourd’hui vice-amiral. « Le 2 août 1837, dit M. de Tessan, nous avons passé le 180 degré de longitude et changé par conséquent la date, en sorte que ce même jour porte les deux dates 2 et 3 ;» et M. Jurien écrit : «Le 10 juin se trouve compté deux fois en passant par 1800 de longitude. »
tits êtres vivants, la quantité de matière animalisée qui résulte de leur décomposition est telle, que l’eau de mer devient un véritable liquide nutritif pour des animaux plus grands.
« Certes, la mer n’offre aucun phénomène plus digne d'occuper l’imagination que cette profusion de formes animées, que cette infinité d’étres microscopiques dont l’organisation, pour être d’un ordre inférieur, n’est pas moins délicate et variée. »
Cette profondeur même de l'Océan dont parle M. de Humboldt, combien ne devait-elle pas donner à réfléchir par ses inégalités! — Y aurait-il donc des chaînes de montagnes sous-marines, comme le pensait Philippe Buache? — Sur beaucoup de points de la Méditerranée, la profondeur de l'eau dépasse 2,000 et 3,000 mètres; mais, lorsque par un nouvel effort du génie européen qui venait d'inventer le moyen de mettre instantanément en communication le nouveau monde avec l’ancien, il s’agit de poser le câble télégraphique, on devait seulement trouver le fond à 4,400 mètres. — Les profondeurs de l’eau, dit M. Daubrée sont encore bien plus considérables dans d’autres régions, aux environs de l'île Sainte- Hélène par exemple ; mais c’est surtout, ajoute-t-il, dans l'océan Pacifique qu’il existe des profondeurs
aormes, et cela sur de vastes étendues. IL y a a’imnenses régions où elles sont évaluées à 8 ou 9,000 nètres (1).
(1) Dans le dixième chapitre de ses /nstructions nautiques, M. Maur’ cite des sondages à de plus grandes profondeurs. —- Le lieute nt Walsh, commandant le schooner des Etats-Unis
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Voilà les phénomènes que devait offrir successivement cette grande mer qui allait devenir le champ principal de l’action européenne, lorsque la France, l'Angleterre et la Hollande auraient brisé les priviléges que l’Espagne et le Portugal tenaient de la cour de Rome. Tous ces aspects inconnus de la nature, tant de sujets de curiosité dans un monde plus intéressant encore par ses habitants, étaient bien propres à y porter les esprits avides de connaître. L'or, les richesses de la terre surtout devaient provoquer les
navigations ct, après elles, les émigrations de la foule. Dans leur empressement, l’audace des navigateurs oubliait trop souvent les plus simples règles de prudence : « la sagesse des morts avait rendu
le Taney, annonce une sonde de 10,364 sans trouver le fond.—De même le lieutenant Berryman, du Dolphin, avait infructueusement essayé de rencontrer le fond avec une ligne de 11,887 mètres par 320 35” nord et $o® 18’ de longitude ouest. D’un autre côté, le capitaine Denham, de la corvette anglaise le Herald, prétendait avoir trouvé, par 36° 49 latitude sud et 390 26’ de longitude ouest de Paris, fond à 14,022 mètres; et, à peu près dans les mêmes parages, par 35° 35’ sud et 47° Go’ de longitude ouest de Paris, le lieutenant Parkes, de la frégate américaine le Congrès, voyait filer 15,240 mètres de ligne sans atteindre le fond. Ces données sont loin des suppositions de Laplace, qui pensait que la profondeur moyenne de la mer devait dépasser quatre lieues.
fous les vivants (1)»; mais les hommes supérieurs n'en sentaient que davantage leur insuffisance, et cherchaient à perfectionner les moyens de communication.
Naturellement sous l'influence du besoin de relations lointaines et constantes, la science de l’homme de mer devait faire d'immenses progrès, et le magnifique mouvement qui avait déjà tant donné avait encore plus de promesses pour l'avenir.
Un des grands mérites de l'Hydrographie de Jean Alphonse, c'est de nous aider jusqu’à un certain point à en apprécier les efforts et leur importance. Le pilote Saintongeois, en effet, reconnaît les conquêtes de son temps, comme il semble s'être appliqué à y ajouter.
On trouve unetrace de ceci dans le sentiment avec lequel il parle des nouvelles manœuvres de son art comme des moyens dont il dispose. Par exemple, si Jean Alfonse rappelle la longueur du voyage des vaisseaux de Salomon à Ophyr :
« La cause de cecy, dit il, fut parce que les navires ne pouvoient naviguer en ceste mer sans vents propices, et falloit que ce fust vent en poupe, parce queen ces parties les vents ne sont pas muables, comme icy, car le vent est six mois d’un cousté et six mois de l’aultre, et quant le vent est au contraire, il falloit attendre en ung port, et aussy ils n’avoyent pas encores trouvé la manière ne engin pour aller à la boulline, et aussy parce que la mer estoit basse et dangereuse de bans et de rochiers, et ne pouvoient naviguer, si-
(1) Duflot de Mofras, Biographie de Mendoza et de Navarrete.
non par certains chenaulx, et leur estoit nécessaire le temps temperé en poupe, et n'avoient point dengin ny de compas. - Car en icel temps n’en avoient point de congnoissance ny ne les scavoient faire ny aultres choses nécessaires à la navigation, et portoyent des oyseaulx privez et les laissoient voller, et au vol d’iceulx alloient quérir la terre qui fut la cause qu'ils retardèrent trois ans. »
Nous voyons dans ce passage àe son Hydrographie Jean Alfonse mentionner les conquêtes successives des marins.
Il signale d’abord la connaissance des moussons ou vents périodiques qui soufflent sur l'Océan, entre l'Afrique et l’Inde, pendant six mois du sud-ouest et pendant l’autre moitié de l'année du nord-est avec de très-grandes variations. On sait que ce fut le navigateur Hippalus qui, vers l'an 50 de notre ère, regardant la régularité de ces vents comme une loi de la nature, eut le courage de s'éloigner de la terre pour s'ouvrir au travers de l’océan une route inconnue, tentative dont le succès opéra une révolution dans la navigation de ces mers.
Jean Alfonse admire, mais on n'a pas découvert jusqu’à lui les conditions régulières des vents et des courans sur l'Atlantique, et il n'est encore qu'au seuil d’une science dans laquelle Vossius (1) et Romme (2), bien avant Maury, verront les moyens
(1) Isaaci Vossii de Motu marium et ventorum liber. — 1663.
(2) Tableau des vents et marées et des courants sur toutes les mers du globe, avec des réflexions sur ces phénomènes, par C. Romme, — 1806.
de raccourcir les routes, de diriger les vaisseaux et d'indiquer aux navigateurs les époq.:s les plus sûres des divers parages du globe, Romme regardera l'étude des mouvements de l’atmosphère et des mers comme le complément des ressources offertes au marin par l'astronomie, qui lui donne déjà le moyen de lire dans le ciel la position fugitive du vaisseau (1).
Jean Alfonse, ainsi qu'on l’a vu, nous a vanté ensuite l’usage de la boussole, qui, suivant Abel Remusat, Klaproth et Biot, nous vient des Chinois par les Arabes. Klaproth ne peut trouver de témoignage
(1) Ces lignes n’ont d’autre objet que de rétablir les faits que quelques écrivains oubliaient, par un engouement très-commun chez nous pour les étrangers. — Je n'ai pas besoin d’ajouter que Je n’ai aucun désir de diminuer l'influence qu’a exercée sur la marine contemporaine l’ancien directeur de l'Observatoire de Washington, aujourd’hui surtout que la guerre civile des États-Unis a frappé si cruellement un homme digne du respect de tout le monde scientifique, et que nos observatoires s’honoreraient en lui faisant une place parmi leurs savants. L'influence de M. Maury est d’ailleurs un fait présentement acquis à l’histoire, qui doit se plaire à rappeler que la connaissance plus exacte des vents et des courants, due à ses efforts et à son instigation, avait, dès 1859, diminué, entre autres traversées, celle des Etats-Unis à la ligne dans l’Atlantique de plus de deux semaines à certaines époques de l’année. — Le voyage de Californie également, qui, avant ses cartes, était de cent quatre-vingts jours, n’a plus été, avec le secours de celles-ci, que de cent sept, de quatre-vingt-dix-sept, quatre-vingt-seize et même de quatre-vingt-onze jours. Enfin, la traversée d'Europe et d'Amérique en Australie a été, grâce à ses indications, diminuée de vingt-sept jours.
arabe avant 1242 (1). Quant à ceux qu'il tire des textes chinois, ils prouvent que de l’an 265 à 419 de notre ère, des navires de cette nation se dirigeaient au sud par l’aimant.
Quoi qu’il en soit, il est certain que l'usage de la boussole précéda en Europe la date qu'on lui assigne. Avant l’auteur de la Bible satirique, qui, en 1205, souhaitait que le rôle du pape fût pour les chrétiens celui de l’aimant pour les marins; antérieurement à
(1) Lettre à M. le baron de Humboldt sur l'invention de la boussole, par M. J. Klaproth. 1834, page 67. — Voici le passage arabe cité par cet écrivain, page $9, et tiré par lui de l’ouvrage de Baïlak, natif du Kibdjak, qui rédigea en 681 de l’Hégire (1282 de J.-C.)son traitéintitulé : Trésor des marchands pour la connaissance des pierres. — « Au nombre des propriétés de l’aimant, il est à remarquer, dit-il, que les capitaines qui naviguent dans la mer de Syrie, lorsque la nuit est tellement obscure qu'ils ne peuvent apercevoir aucune étoile pour se diriger selon la détermination des quatse points cardinaux, prennent un vase rempli d’eau qu’ils mettent à l’abri du vent en le plaçant dans l’intérieur du navire; ensuite ils prennent une aiguille, qu’ils enfoncent dans une cheville de bois ou un chalumeau, de telle sorte qu’elle forme comme une croix ; ils la jettent dans l’eau que contient le vase disposé à cet effet, et elle y surnage. Ensuite ils prennent une pierre d’aimant assez grande pour remplir la paume de la main ou plus petite ; ils l’approchent à la superficie de l’eau, impriment à leur main un mouvement de rotation vers la droite, en sorte que l’aiguille tourne sur la surface de l’eau; ensuite ils retirent leur main subitement et à l’improviste, et c:ries l’aiguille, par ses deux pointes, fait face au nord et au sud. Je leur ai vu faire cela durant notre voyage par mer de Tripoli de Syrie à Alexandrie, l’année 640 (ou 1242 de J.-C.). » (Manuscrit arabe, n° 970, de la Bibliothèque du roi.)
Jacques de Vitry, l'évêque de Ptolemaïs, auteur d’une description de la Palestine; avant Brunetto Latini, le maître du Dante; enfin, antérieurement à Flavio Gioia, marin du village de Pasitano, près d'Amalfi, à qui l'on en attribuait l'invention zers 1300, nous voyons dans un recueil d'anciens vocabulaires recueillis par M. Wright de Londres, Alexandre Nekam, de Saint-Albans, qui professait en l'Universitéde Paris de 1180 à 1187, énumérer parmi les instruments nécessaires au complet armement d’un navire, l'aiguille aimantée, montée sur pivot, oscillant et tournant circulairement jusqu’à ce que la pointe s’arrête dans la direction de l'étoile polaire (1).
Lorsque Jean Alfonse remarque les avantages tirés par les marins de la boussole et de la connaissance de la direction des vents, ce n’est ici que le pilote qui parle; mais il y a en lui deux hommes, il est capitaine, il ne voit donc pas seulement que la direction du navire et l'estime de la vîtesse du sillage , les moyens de tracer sur des cartes la route suivie ou à suivre; comme capitaine, il apprécie les
(1) Qui ergo munitam vult habere navem... habeat etiam acum jaculo suppositam. Rotabitur enim et circumvolvetur acus donec cuspis acôs respiciat orientem (septentrionem ?). Sicque comprehendunt qud tendere debeant nautæ, chm Cynosura latet in aëris: turbatione; quamvis ad occasum nunquäm tendat (quamvis ea occasum nunquam teneat ? ), propter circuli brevitatem. — « Dans le traité De Naturis rerum, du même auteur, dit M. d’Avezac, M. Wright a recueilli un autre passage également relatif à la boussole, et il a eu soin de le consigner dans une note afin de le rapprocher du premier. » Ce second texte est ainsi conçu : Nautæ etiam mare legentes, cùm beneficium claritatis solis in tem-
progrès de la manœuvre, cet art qui, suivant Fleurieu, «par l'application des principes de la mécanique, enseigne à disposer les voiles et le gouvernail pour imprimer au navire toute espèce de mouvement, se lon la direction et la force du vent, selon l’état de la mer, selon la route qu’on se propose de suivre. » Or, ce que dit Jean Alfonse des vaisseaux de Salomon, qui n'avaient encore trouvé ni la manière ni les engins pour aller à la bouline, c’est-à-dire pour louvoyer, comparé aux procédés du temps de notre marin, marque en effet un progrès considérable en raison des modifications apportées au nombre et à la manœuvre des voiles. On sait que la bouline est un cordage attaché par le moyen de branches à la ralingue latérale d’une voile. Ce cordage, tiré dans la direction de l'avant du navire, tend à présenter mieux au vent la voile orientée obliquement à la
quille. Il est très-vraisemblable que de tout temps Von chercha à prendre le vent sous l'angle le plus aigu. Cela fut aisé tant que les navires n'eurent qu’un mât ou deux et ne portèrent qu'une voile
pore nubilo non sentiunt aut etiam cüm caligine nocturnarum tenebrarum mundus obvolvitur, et ignorant in quem mundi cardinem prora tendat,acum super (acum sive magnetem inspiciunt ?) magnetem ponunt, quæ circulariter circum volvitur usque düm, ejus motu cessante, cuspis ipsius septentrionalem plagam respiciat.
Les variantes placées entre parenthèses ont été proposées par M. d’Avezac, comme des restitutions nécessaires du texte. Dans sa notice intitulée : Anciens témoignages relatifs à la boussole, M. d’Avezac pense que le mérite de Flavio Gioia pourrait se borner à avoir enfermé dans une boîte l'aiguille à pivot, jusqu’alors probablement disposée d’une manière moins commode.
par mât, comme cela paraît avoir duré généralement jusqu'aux XIIIe et XIVE siècles (1). Mais lorsque l'usage de deux mâts et même de trois devint commun pour des navires de grand tonnage, lorsque surtout l'on remplaça la voile triangulaire ou latine par la voile carrée, et qu'on superposa les voiles de manière à profiter des vents sur une plus grande surface, la manœuvre fut rendue plus difficile par ces complications, et l'usage de la bouline, dont font mention les auteurs du XIIIe siècle, dut alors se perfectionner et successivement s'étendre aux diverses voiles, de manière à les faire mouvoir avec un petit nombre d'hommes. De là résultèrent les boulines des basses voiles, des huniers et des perroquets. — Néanmoins il faut cro‘re qu'un emplei habile de la bouline dépassait les connaissances du vulgaire au temps même de Jean Alfonse, car, dit Millet de Chasles, André Doria, naviguant sur le lac Majeur et se servant à l'ordinaire d'un vent de bouline, les mariniers de ce lac, qui ne savaient se servir du vent que quand ils l'avaient entre deux écoutes, étaient tellement surpris qu’ils prenaient pour sorcier ce
(1) Maissin, Études historiques sur la marine militaire. « Lestatut genois de 1441, dit cet officier, nous fat voir que des naves de 1,500 à 2,000 tonneaux n'avaient encore qu’un mât et une voile. — Cependant, le statut général Gu 24 octobre 1334 prescrivait aux galères marchandes d’avoir trois voiles au moins, à savoir, un artimon, un terzarol et un papañigus. La partie de ce statut qui a trait aux nefs prescrit à toute nave ou coque d’avoir deux mestres : « mestra una nova cum suis bonetis.. alia mestra pro « respectu, » Jal, Glossaire nautique, article Pacfi.
marin illustre, qui avait été recherché de François Ie pour ses talents comme Ayton Doria, son ancêtre, Pavait été de Philippe de Valois (1).
C'est, du reste, l'habitude de la foule de prendreles hommes qui devancent leur temps soit pour des sorciers, soit pour des fous. Il en était de même alors pour un autre progrès qui s'était réalisé dans les sciences navales.
Bien qu'ils profitassent des instruments perfectionnés par les Portugais, beaucoup de marins, au commencement du XVI: siècle, croyaient encore inspirés par un démon ceux qui déterminaient les longitudes, comme l’avait fait en 1501 Amerigho Vespucci, cet homme que sa science fit choisir plus tard en Espagne pour grand pilote de la flotte royale, et que M. de Humboldt a lavé de toute culpabilité dans l'accusation éternellement dirigée contre lui d’avoir tenté d'usurper la gloire de Colomb.
Aujourd’hui on est parvenu, avec une montre ct d’autres moyens encore, à déterminer la longitude en comparant l'heure de l'endroit où l’on est avec celle
(1) Voir le traité passé en 1337 entre ce dernier amiral et le roi de France, traité certifié par P. Bellaguet, garde de la prévosté et vicomté de Paris. (A. Ja}, Archéologie navale, appendice au mémoire n° 6.)
du lieu d’où lon est parti. Mais avant que l’on obtint ces résultats, il est impossible de dire le nombre des moyens proposés pour le même effet.
Colomb, après avoir observé dans l'Atlantique le point où le méridien magnétique coïncidait avec le méridien géographique, remarquait également que la déclinaison de la boussole pouvait servir à déterminer la position d’un vaisseau par rapport à sa longitude, et la relation de son second voyage (avril 1496) nous montre l’amiral s’orientant réellement d’après la déclinaison de l'aiguille aimantée.
Après lui, Amerigho Vespucci, Magalhaens et son ami Ruy Falero, mirent toute leur application à trouver une méthode pour calculer la longitude.
Le pilote André de Saint-Martin, dans la baie de Saint-Julien, en Patagonie, pendant l'hivernage de Magalhaens du 31 mars au 24 doût 1 520, appliquait, d’après les indications qu'il avait recues du bachelier Ruy Falero, les observations des distances du soleil à la lune, ainsi que celles des éclipses et des conjonctions, pour obtenir la longitude.
Pigafetta , qui était dans ce même voyage, en enseigne trois moyens. Sébastien Cabot meurt en déclarant que Dieu lui a montré dans une vision la solution de ce problème, mais cette solution n'est pas autre que l'opinion de Colomb que la déclinaison magnétique change régulièrement avec les méridiens. — Nos savants français, comme ceux des autres peuples, ne cessent de se préoccuper de la question, Oronce Finée à leur tête (1). Cependant, malgré les
(1) Oronce Finée, l’Art et manière de trouver certainement la
ee por rente t een ins ” orpuneonene mn tmnren ne monter mme verre
travaux d’Apianus et d'Alonso de Santa-Cruz, Philippe IT proposait 100,000 écus de récompense. Offre inutile, car au commencement du XVII: siècle les Etats de Hollande promettaient encore un prix de 30,000 florins à qui résoudrait le problème, sans plus de succès que Louis XIV, lorsqu’en 1668, près de soixante ans après les travaux célèbres de l’astronome Morin sur ce sujet, il accordait, le 26 mai 1668, au sieur André Reussner de Neystett, Allemand de nation, ci-devant colonel d'un régiment Suédois, les plus brillants avantages, si les savants hommes et les grands marins qu'il lui donnait pour juges de son invention reconnaissaient qu'il apportait à la France ce secret si longtemps cherché (1).
longitude ou différence longitudinale de tous lieux proposés sur la terre par le cours et mouvement de la lune et aultrement que par les éclipses d’icelle, en tour temps que l'on vouldra. — Item, la Composition et usaige d’un singulier méteoroscope géographique par lequel on peut facilement et soubdainement trouver la dicte différence, longitudinale et aussi latitudinale, et avec ce la vraye élongation et différence desdits lieux proposés. — Le tout nouvellement inventé, descript et composé par Oronce Finée, natif du Dauphiné, lecteur mathématicien du roi. 1543.
(1) « Et afin de l'y porter, Sa Majesté a bien voulu declarer et luy donner asseurance qu’en ce cas elle luy accordera premièrement la somme de soixante mil livres comptant, et outre ce un droict de 4 sols pour chacun tonneau du port de tous les vaisseaux qui voudront se servir de tous les instrumens nécessaires pour mettre ledit secret en pratique ; de plus, le privilège de faire seul les dits instrumens à l’exclusion de tous autres, luy fera valoir le dit droict de 4 sols par tonneau la somme de huict mil livres par an, pour laquelle somme elle luy fera donner toutes les asseu-
Si aucun des problèmes contemporains ne reste étranger à Jean Alfonse, son Hydrographie nous montrera que celui de la longitude lui tient fortement au cœur.
Notre pilote fait remarquer que les mariniers de son temps « n'estoient point astrologues, et que si quelqu'un l’estoit, c'estoit par accident. »
C'est une raison de plus pour nous de constater que les grands armateurs employaient alors des astronomes à bord de leurs vaisseaux. La présence de ces hommes témoigne du développement nécessaire de la science du marin.
Livré à lui-même sur la mer, ce vaste désert liquide où le mouvement des vagues vient effacer aussitôt le
rances qu’il pourra désirer, se réservant Sa Majesté la faculté de pouvoir retirer le dit droict de 4 sols par tonneau en payant au dit Reussner de Neystett la somme de cent mil livres comptant, à condition néantmoins qu'auparavant que le dit privilége luy soit expedié par lettres patentes qu'il fera auparavant démonstration du dit secret aux sieurs Colbert, conseiller ordinaire du roy en son conseil d’État royal et controlleur general de ses finances, Duquesne, lieutenant général de Sa Majesté en ses armées navales, Huygens, de Carcavy, Roberval, Picard et Auzoult, lesquels Sa Majesté a nommez commissaires pour examiner la dite proposition et luy en faire rapport. Et que toutes les difficultez, explications et objections qui pourront naistre de la dicte demonstration seront mises par escrit par les dits commissaires, ausquels le dit Reussner respondra aussy par escrit. Et sera ainsy procedé jusques à ce que le dit secret ayant esté reconnu certain et facile à mettre en pratique, les instrumens en puissent estre mis sur les vaisseaux qu’il plaira à Sa Majesté de choisir pour cest effect, etc. LOUIS. (Et plus bas : \ De Lyonne. »
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sillage du vaisseau, l’homme a besoin de savoir le cheminqu'il a fait et où il est, mais il ne peut d’abord que former des conjectures. Pour le savoir, il mesure la distance qu'il parcourt au moyen de l'estime, à vue d'œil, avant qu'il ait le loch. —Cependant la vitesse de l’eau, le port des voiles, la force des vents, rendent ce moyen incertain. Il cherche alors sur les côtes, dans lesdivers aspects de laterre, des moyensde repère; mais beaucoup de points se ressemblent, et l'on peut aborder dans un port quand on croit être dans un autre. Enfin, quand il se lance en haute mer et que les indications de la terre lui font défaut, il trouve un guide dans le ciel. Les étoiles, le soleil, la lune, dont le marin sait la hauteur, la place, le retour à certaines périodes de l’année, seront pour lui autant de signes aussi sûrs que les montagnes, que les caps qui jusqu'ici lui ont servi de points de reconnaissance; et tout d’abord la distance du soleil à l'équateur, celle d’une étoile à l'étoile polaire, qu'il peut reconnaître aisément , lui permettront de dire à combien de degrés de latitude il se trouve, à quelle distance il est de son point de départ et de celui où il se propose d’arriver.
Tel fut le progrès des connaissances jusqu'au XIVe siècle.
Au dire de M. de Humboldt, d'après Navarrete, des instruments d'astronomie nautiques propres à trouver sur mer l'heure de la nuit par les étoiles existaient dès la fin du XIII: siècle dans la marine Catalane et dans celle de Majorque. L'astrolabe, inventé par Raymond Lulle, et décrit en 1295 dans son Arte de navegar, était un de ces instruments. Les Espagnols se servaient
alors aussi communément de la boussole; ils avaient l’art de dresser les cartes. Ces connaissances étaient sans contredit de belles conquêtes, mais elles étaient encore bien insuffisantes. Aussi l'on devait s’efforcer sans cesse de les étendre comme de donner plus de précision aux méthodes et aux instruments nécessaires pour se reconnaître en mer.
Ce fut ce que tentèrent avec un certain succès les savants dont s'entourèrent l’infant don Henrique et le roi don Joam I!, Martin Behaim, Jean Muller de Kœænigsberg, en Franconie, plus connu sous le nom de Regiomontanus, et maître jacaues de Majorque, que don Henrique chargea de diriger l’académie de ses pilotes de Sagres.
Le premier, Regiomontanus inventa le météoroscope, instrument propre à mesurer les longitudes et les latitudes par le moyen des étoiles (1). Martin Behaiïm perfectionna pour le même objet l'astrolabe marin, d’après les ordres de Joam IÏ, instrument qui n'était peut-être, dit M. de Humboldt, quele météoroscope de Regiomontanus. Joam II également donna ordre à Martin Behaim de calculer une table des déclinaisons du soleil et d’enseigner aux pilotes à se guider d’après les hauteurs du soleil (2). Ce n'était point assez.
(1) Johannis de Regimonte epistola ad reverendissimum patrem et dominum Bessarionem , de compositione et usu cujusdam meteoroscopi. Cette lettre se trouve à la suite des œuvres de Werner, imprimées in-folio à Nuremberg en 1514.
(Note de M. de Murr sur Martin Bchaim.)
(2) Ut minore cum errandi periculo ignotum mare navigari
DE en sort 6 cn
Lorsque les moyens de prendre la latitude furent assez avancés, on se préoccupa encore plus vivement d'une méthode pour trouver la longitude. Si l'on avait eu la détermination exacte de la position du vaisseau en decà et au delà de l'équateur, c'est-à-dire au nord et au sud, et qu'on eût pu savoir également la place précise où l’on était, soit à l'est, soit à l'ouest, on aurait trouvé, on le sentait parfaitement, la manière de voyager sur mer avec autant de sûreté que sur terre. Ce fut donc là depuis la fin du XV: siècle l'objet d'une très-grande sollicitude, car on n'avait pas pour les longitudes, comme pour les latitudes, un point fixe, tel que l'étoile polaire. Mais comment ie remplacer ?
Quand tant d'hommessupérieurs s'appliquaient à ce problème, et qu'il n'était négligé que de la foule seule
posset, Roderico et Josepho medicis suis, nec non Martino Bohemo, ea ætate peritissimis mathersaticis, injunxit Joannes II ut, adhibito inter se consilio, excogitarent aliquid, quo nautæ cursum navium, licet in nostro novoque pelago, tutiùs dirigerent, ut vel abstracti à notis sideribus cognitisque littoribus, quam cœli ac pelagi partem tenerent, aliquo modo cognuscerent : ii, post indefessum studium longamque meditationem, astrolabium, instrumentum, quod antè astronomiæ tantüm inserviebat, utiliori invento ad navigandi artem, maximo navigantium commodo, transtulere ; quod beneficum tota Europa Johanni debere, inficiari non potest.
(Note de M. de Murr, d'après Emmanuel Tellesius Sylvius, etc.)
des marins, si orgueilieux, comme dit Pigafetta, qu'ils ne se servaient que de latitude, je ne puis, si incompétent que je sois en ces matières, me dérober au devoir de faire au moins connaître comment Jean Alfonse et les marins français prenaient hauteur et déterminaient la longitude.
Sous François I, nous voyons dans le voyage des Parmentier, en 1529, un nommé Pierre Mauclerc, astronome chargé de ce double soin à bord du navire le Sacre. I1 prenait la latitude d'après l'élévation du pôle et la hauteur du soleil, et la longitude par la lune, les étoiles fixes, les éclipses. st par d’autres moyens d’un usage difficile et peu commun.
Avant cette navigation, Vera:zano écrivait en 1 524, dans son rapport au roi: « N’ayanteu dans notrenavigation ni éclipse de lune, ni autre aspect du ciei, nous avons connu cette distance en longitude à l’aide de différens instrumens, d’après la marche du soleil, en prenant la hauteur à diverses heures par la différence qu’il y avait de l’un à lautre horizon. En effet, le navire marchait géométriquement et l'intervalle entre un méridien et un autre n'était pas connu (1).»
« Fauit avoir, disait Jean Alfonse vingt ans après Verazzano, pour prendre la haulteur de la lon-
(1) Questa distantia a noi fu nota per la longitudine con varie strumenti, navicando senza eclissi lunari o altro aspetto per al moto solare, pigliando sempre la elevazione a qual si voglia ora per la differenza faceva dall’ uno all’ altro orizonte, correndo la nave geometricie. — Ne era noto l'intervallo dall’ uno meridiano all’ altro, come in uno libretto tutto é ampiamente notato insieme
gitude, un astralabe tout rond qui ait trois cens soixante degrez, avecques une lidade qui traverse les dits trois cens soixante degrez, et sur cette lidade un quart d’astralabe de quatre-vingt et dix degrez, et sera mis sur la dite lidade des trois cens soixante degrés, et la dite lidade le portera, et le quartier aura sa lidade, oultre celle pour prendre la haulteur de la longitude , et le dit astralabe rond aura ung compas avec tous les rungs de ventz, et avec tous les quarts et demy rung qui seront pour tout trente et deux, et sur le derrière, auprès de la fleur de lys du compas, y doibt y avoir un quadrent, le quel jugera droictement nord et su, et au quartier de dessus y aura ung petit plomb avec une ligne et un point qui sera fiché par la queue du cartier par le bas, et ce cartier sera en fasson d’un quadrent, sinon qu’il aura la dicte queue, qu'il portera le poinct, et quant cecy sera bien faict et bien estimé par géometrie, pourrez prendre la haulteur de la longitude et de la latitude tout ensemble. »
Ailleurs, sije ne me trompe, pour connaître la longitude d’un lieu, Alfonse fait encore entendre que la latitude de ce lieu fournie par la hauteur méridienne du soleil et la déclinaison de l'aiguille obtenue par l'azimuth pris sur la polaire, offrent les éléments
col crescimento del mare, in qual si voglia clima a ogni tempo ed ora, il quale non inutile stimo abbia a essere a navicanti spero meglio per la teorica confesir lo a V.S. M.
(Lettre de Verazzano, communiquée par M. José Molini, ancien bibliothécaire de S. A. le grand-duc de Toscane, )
d’un triangle sphérique dont la troisième donnée serait la longitude cherchée. Cette troisième donnée est probablement déterminée par quelque rapport présupposé entre la ligne diamétrale et la déclinaison, à moins que, par une hypothèse plus grossière, Jean Alfonse n'’attache une déclinaison fixe à chaque méridien et ne détermine à la fois la latitude par la hauteur et la longitude par l'azimuth. L.e reste, faute de figure, est, pour un lecteur qui n’est rien moins que marin, de la plus grande obscurité; aussi me semblet-il sage de copier ce que notre pilote de Saintonge écrit à un autre endroit, où il traite de la manière de faire des cartes, en développant et en s’assimilant le «xte de la Somme de géographie de Martin Fernandez de Faciso, comme il l’a fait déjà dans cette première partie.
« Aussy, je dictz, sire, que ainsy comme la ligne esquinocciale divise en deux parties esgalles tout le monde, l’une que nous appelons méridionale et l’aultre septentrionalle, ainsi divise tout le monde une aultre ligne qui est dicte dyamétrale, la quelle va de polle en auitre, deux parties, lesquelles nous appelons l’une orientalle et l’aultre occidentale. Ces deux lignes font quatre parties de l'universel monde, et chacune de ces quatre parties est faicte en figure d'ung quadrent, duquel usent les mariniers en la navigation, à prendre la haulteur du nord et su, et chacune figure est de quatre vingtz et dix degrez de longitude et aultant de latitude, et ainsy se pourroient et debvroient faire les cartes en tigure de quadrant pour estre conformes avec le corps espheric, lequel est
rond, partant comme toutes les costes de la sphère,
et se font en plat pour raison de la longitude, par ce que Jes mariniers ne sont astrologues (si quelcun l'est, c'est par accident et non par lettres), pour raison de quoy l'on leur met en plat à celle fin que ung chacun puisse mieux entendre et comprendre la pratique, selon l’entendement et intelligence qu'ils peuvent avoir de la theoricque, selon l’habileté d’un chacun. Et à celle fin que mieulx ils voient et congnoissent la vérité, ay ordonné de mettre l'œuvre au proufit et utilité d’un chacun en la mettant en plat, et fault que ung chacun enterde que c'est en figure d'ung quadrent que, en allant de l’esquinocial contre les polles en cinq degrez, vous en diminuez ung en la rotondité de la pomine du monde ou demy espère jusques à quarante degrez de l’equinociale et de quarante jusques à soixante allez diminuant, et jusques ad ce que vous soyez à soixante, vous diminuez cinq degrez de latitude et deux de longitude, et de là en avant commence à croistre la diminution jusques à la fin et pour ceste raison font les compas. Et pour la dicte formation des compes se peult prendre facilement avec le soleil et le nord la haulteur de la longitude et non autrement, car la longitude n’a point de marque ault'e que ceste cy à ceulx qui le bien entendent. Jusques à present n’y en a guères qui bien l’entendent, car cecy ne gist que à l'expérience à ceux qui longuement ont navigué au long... s'ils y ont voulu prendre esgard, et quand est de moy, je y ay maintes fois prins esgard et l'ay trouvé certain. »
Jean Alfonse, déjà dans le premier des passages que je viens de citer, s’est mis en jeu en ne permettant pas de douter du moyen qu'il emploie, ce qui
nous donne la faculté de connaître son âge. — «Je ne dicts icy, écrit-il, chose que je n’aie experimenté. » Il ajoute, avec une foi que nous retrouverons du reste dans les journaux de bord de nos pilotes jusqu’à la Révolution (1): « Dieu soit remercié et toute sa cour celestielle, nul n’en doibt doubter, car j'ay navigué jusques à présent par toutes les mers quarente et huyt ans, et j'ay eu espace d’avoir veu beaucoup d'expériences de quoy je remercye notre Créateur.»
Jean Alfonse confesse toutefois que la longitude n'est pas aussi facile à déterminer que la latitude, et même « ce n'est pas si juste, parce que les compas ne sont pas pareils...— Et ceulx qui ont compas faictz dessoubz ce dyamètre peuvent prendre la longitude de cesteicy pour le mesme nombre, et fauldroit, pour mieux estre assuré, que les compas fussent faictz à l'isle de Fer ou de Madère, qui n'est que dix ou douze lieues de l'est de la dicte l'gne du dyamètre.»
(1) Voici quelques formules placées en tête de journaux de pilotes :
1728. Au nom de Dieu et de la sainte Vierge soit commence le journal de navigation pour servir à N... Bullin, premier pilote, etc.
1738. Au nom de Dieu soit commencé ce présent journal par moy Pierre Rouyer, premier pilote.
1761. Au nom de Dieu et de Vierge Marie soit commence ce present journal, etc,
1751. Au nom de Dieu et de la tres-sainte Vierge Marie puisse être fait le voyage de la Chine dans le vaisseau la Villefux, etc.
Le savant auteur du Veptune oriental, d'Après de Mannevillette, terminait en 1754 son journal, qui est remarquablement bien fait, par ces mots : « Dieu soit béni de notre heureux voyage. »
A ce sujet, me dit un savant qui s'est beaucoup occupé de variations magnétiques, et à qui j'ai soumis ce manuscrit, l’on remarque avec intérêt dans Alfonse (à l'année 1544) le système de disposition générale de la variation exposé en 1601 par Barthelemy Crescenzio, cité depuis sous ce nom (Riccioli, 335) ou sous celui d'Emmanuel Figueiro (1608). La seule différence qu'on y trouve, me dit M. d'Avezac, est dans le maximum de variation.
Le problème des longitudes était de ceux qui faisaient dire à Parmentier qu’on acquérait plus facilement les honneurs et la fortune dans les professions qui s'exerçaient « à pied ferme sur le plancher des vaches » que dans la marine, quoique cet art fût plus difficile.
Pour certain on tient qu’un bon pilotte,
Un marinier qui tout son cas bien note,
Bien entendu et bien exercité,
Est plus longtemps pour entendre sa note Parfaitement, , . . ........
Que ung docteur n’est en l’université.
De même que Jean Alfonse s'applique aux plus hautes théories qui servent à guider le marin, de même il n'a pas moins soin des manœuvres et de ce qui doit contribuer au salut de son navire dans les circonstances les plus critiques. Il s'est fait un cas de conscience d'étudier l’art de diriger et de ménager le vent dans ses voiles. Aussi, peut-il en remercier « la Trinité parfaite et la Vierge Marie, » il n’a jamais perdu un navire dans sa longue carrière, « tandis