HN CR CE
qu'y a maintes navires et gens, lesquels sont allez aux Indes orientales et occidentales et par dessoubz la zone torride, les quelz ont esté perdus et périts en la mer, par faulte qu'ils n'avoyent pas la congnoissance de admener et mettre les voilles bas. » Et pour cela, ajoute l’honnête marin, « tous ceux qui entreprennent « les voyaiges loingtains doibvent estre vigillans et experimentés, ou aultrement ne l'accepter et entreprendre, car c’est grande charge de conscience d'entreprendre choses, lesquelles l’on n'entend pas, et faire morir et périr par ignorance et par imbecil- « lité tant de gens. »
Jean Alfonse en ce point est sévère avec raison. Mais il faut prendre garde aussi que s’il n'a point perdu de navires, il ne s'exalte pas lui-même, il remercie Dieu, comme le faisait Parmentier. Le pilote dieppois demande au marin de ne pas craindre la fureur des tempêtes, de les accepter sans murmure, d’y chercher même une espèce de plaisir comme la baleine qui
…...…….. . Voyant tel temps,
Fait l’eaue bondir en l’air,
Elle s’esmeut, el saulte et se pourmaine, Se jecte en l’air et tel praisir el maine Qu'il semble à veoir qu’elle doive voler.
Néanmoins Parmentier veut que, si le temps est beau, le marin
5... . .« Fasse comme l'alouette, Qui vole en l’air chantant la chansonnette Pour donner gloire au hault Dieu de nature.
> sx 8! HEC
ee Luis den
deg caiai gr RE ESS 0
Cette petite et belle créature , Oublie tout et manger et pasture
Pour gringoter ses chants et ses fleurtis En louant Dieu.
11 y a lieu de croire qu'à l'époque de Jean Alfons: comme de Parmentier, le talent du navigateur devait rester impuissant contre les violences de la nature autant et peut-être plus que dans les temps les plus voisins de nous, où l’on a vu, par exemple, de 1789 à 1829 la marine marchande anglaise perdre en moyenne 577 bâtiments par an, et les États-Unis 52 bâtiments à vapeur de 1817 à 1831. — Dans ces naufrages on admettra aussi que souvent l’habileté a dû rester inutile, s’il est vrai que la plus grande part en peut être attribuée soit au manque d'instruction des capitaines, soit à la mauvaise construction des navires.
Il est fâcheux, à ce propos, que par une rencontre semblable à celle dont nous tirons parti, Jean Alfonse ne soit pas amené à nous montrer jusqu'à quel degré l’art des constructions permettait aux vaisseaux de soutenir les difficultés des diverses mers. Et c'est encore ici le cas de remarquer, avec un marin dont les connaissances en ce genre sont des plus étendues, que la perfection nécessaire à toute construction maritime donne lieu de s'étonner de l'indifférence avec laquelle chaque siècle a laissé perdre le souvenir d'objets dont il aurait pu être fier(r).
(1) M. Pâris, aujourd’hui vice-amiral, directeur du Dépôt des cartes et plans de la Marine, Essai sur la construction navale des peuples extra-Européens, 1841.
Heureusement du moins un écrivain dont la vie laborieuse a été remplie par les services qu'il a rendus à l’histoire de la marine comme à celle des lettres et des arts, nous a fait connaître ce que nous eussions pu attendreen partie de Jean Alfonse, c'est-à-dire les vaisseaux depuis les croisades jusqu'aux premières découvertes de l'Océan (1). Nous savions déjà aussi, il est vrai, par Antoine de Conflans, marin du temps de Louis XII, les noms des navires qu'employait ’Europe au commencement du XVI: siècle, Mais combien n'eût-il pas été curieux de connaître par un Français contemporuin de Jean de Lascaris et de Blasco de Garay, quelque chose des projets analogues à ceux que présentèrent alors ces inventeurs aux rois de Portugal et d'Espagne pour faire marcher trois et quatre milles par heure les navires en temps de calme et en autres cas semblables, résultat avantageux pour la navigation des Indes, disait en 1531 Jean de Lascaris.
Un homme aussi scrupuleux et aussi curieux de se tenir au niveau de tous les progrès que l'était Jean Alfonse ne pouvait aspirer à se rendre maître de tous les perfectionnements de son art que pour son
(1) Jal, Archéologie navale, 1840. — Glossaire nautique, 1848. — Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, 1867.
Pare $ :
oo RE Rp De A D oo co lv ue .
plus grand honneur et aussi pour celui de son pays. Aussi paraît-il avoir aimé la France d’une noble passion.
Ce sentiment apparaît dans les éloges qu'il fait d’elle.
Jean Alfonse nomme plusieurs fois la belle France. « C’est, dit-il ailleurs, une terre de promission, abondante, fertille de vivres aultant et plus que toutes les terres du monde. Les gens d'icelle sont fort adonnés aux études, sciences, et services mécaniques. » Il dit encore en un autreendroit: « Cette France est la plus noble région du monde, c’est le royaume le plus envié qui soit au monde et le plus souvent assailly d'ennemis, à raison de quoy est besoing qu'il y ait en lui de bons gouverneurs et de bons chevaliers, comme toujours ily en aeu. Dieu soit remercyé et monseigneur saint Denys son patron. »
La description que Jean Alfonse fait du pays, et en particulier des provinces de la côte, est du reste bien propre à justifier son affection.
Naturellement, en sa qualité de marin Ponantais, sa plume s’attache surtout aux ports du nord et de l'ouest, 11 nous montre la Gascogne, dont les habitants sont « belles gens, bien agilles de leur corps et bien dispostz de leurs personnes et adonnez au faict de la guerre. »
Il vante La Rochelle, bonne ville, « en laquelle sont toutes nations estranges bien venues en temps de paix et s'ils ne sont point cruels. »
D'après ce qu'il nous dit de la Bretagne, « ses peuples sont pour la plus grande part petites gens trappus et forts et adonnés à travail et peine, mesmement
à l'art marin.» Il parle du Croisic, où se fait force sel, du Morbihan, de Blavet, de Penmark, où sont force navires les meilleurs de la basse Bretagne. Il mentionne Brest comme le meilleur des ports de ce duché, avec son fort château et ses rochers qui font que ceux qui ne les connaissent pas doivent préférer d'y entrer de basse mer, c'est-à-dire lorsqu'on peut en apercevoir les dangers.
Mais c’est la Normandie qui obtient ses plus grands éloges. Peut-être Paulin Secalart influe-t-il ici sur lui; quoi qu'il en soit, nous lisons que cette province est à ses yeux « la plus riche et la plus peuplée du Royaulme de France, où sont gens qui mieulx secourent leur prince tant par mer que par terre, sont bons Francoys et sont belles gens tant hommes que femmes. » [l fait remarquer entre tous ses ports « Honnefleu, ville fort renomrnée par toutes les parties du monde, ainsi nommée parce que en ycelle y a force navires. Toutes fois à cette heure, ajoute-t-il, l'on va plus à la ville Francoyse de Grâce, à cause du havre, qui est bon. »
Le sentiment dont Alfonse était animé pour la dignité de son pays et ce qui lui était dû ne pouvait naturellement pas laisser accepter à notre marin la position que les bulles de la cour de Rome voulaient faire à la France dans le partage de l'Océan, Aussi devions-nous trouver dans son œuvre une} 0testation analogue à celle des autres amirautés de France et de Provence.
I] dit ainsi à François I* : « Le roy d'Espaigne et le roy de Portugal ont faict partaige de l'universel, et les limites, dont commencent les partaiges, sont à quatre
et
ls —— 2% gllnt
cp
IMAGE EVALUATION TEST TARGET (MT-3) ue |