WEBSTER, N.Y
ÊR a»
cent cinquante lieues en occident des isles du Cap de Vert. La division dont ils ont parti s’appelle la rivière de Maragnan, qui est en la coste de Brésil, coste de l'est et ouest du costé devers le nord du Brésil. La dite ‘rivière est à sept degrez au su de la ligne devers le polle antartique. Le roy de Portugal a prins la partie d’orient jusques-là ou descent la rivière de Gange en la mer Pacifique (sic), et le roy d'Espaigne a pris la partie d’occident jusques à la dite rivière de Gange, et ont faict là-dessus lesdicts partaiges sans y appeler Vostre Majesté Royale ne aultres vos prédécesseurs, et m’est advis qu’ilz ont mal party entendu qu'ils ont tout prins, entendu que y aviez aultant et si grand droict que eulx. » Plus loin, Jean Alfonse appuie encore sur cette même pensée en parlant des îles de l’extrême Orient. « Et me semble, dit-il, que à vous en appartient portion aussi bien que à eulx, parce que avez des gens en vostre royaulme qui cognoissent que sont les plus riches isles du monde. »
La résistance de l'Espagne et du Portugal à toutes autres navigations que les leurs sur les mers dont la souveraineté leur avait été dévolue par le saint-siége donne par cela même à la science acquise par nos marins un intérêt plus grand, et tel est celui que l’on peut trouver à l'Hydrographie des deux Indes de Jean Alfonse, tout en admettant fort bien qu’il ait pu, qu’il ait même dû s’aider, pour son ouvrage, detraités espagnols ou portugais.
Au reste, je veux laisser le lecteur juger d’une matière où ma connaissance très-incomplète des livres de ces deux nations ne me permet pas de décider entièrement. Pour cela, je résumerai ce que Jean
ap de ivière ste de a dite ers le Jartie en la Jartie t ont 'ostre m'est tout lroict ncore rême pparavez
sont
putes nt la siége nos l'on ean
a aités
Alfonse dit des deux iades dans ce manuscrit que quelques-uns ont cité sans le lire et dont personne n’a certainement voulu étudier l’ensemble. Il serait en, effet mauvais qu'en ayant le moyen, nous négligeassions l’occasion de comparer la connaissance que la marine française pouvait avoir du monde à la fin du règne de François If avec l'état de notre science actuelle, Ne sont-ce pas des comparaisons de ce genre qui permettent de mesurer justement l’étendue des progrès ?
Si nous suivons d’abord Jean Alfonse le long du continent africain (1), il nous parlera en termes concis des divers pays, et nous donnera çà et là quelques détails qui nous permettront de supposer qu’il a pu relâcher dans quelques endroits en allant aux Indes par la route du cap de Bonne-Espérance.
Voilà premièrement Madère, « grande isle où croît le soucre et où il y a de bons vins de Marvoysie. » Il passe de là aux Canaries, «qui estoient pleines de gens saulvaiges quand elles furent trouvées par Betancourt, lesquels sont et estoient fort agiles; Jean Alfonse parle ensuite de la côte comprise entre l’anse de Runes et le cap Santo, «où viennent les naviies d’Andelousie et de Portugal à la pescherie, ainsi qu'au cap Blanc et à la rivière d'Or, qui attire beaucoup de bâtimens. » Après ces pays, il nous pilote
(1) On peut comparer les données du vieux marin avec celles du Manuel de la navigation à la côte occidentale d'Afrique, par Ph. de Keralhet, et celles de la Description de diverses côtes, par MM. les officiers, depuis amiraux, Roussin, Leprédour et Bouet- Willaumez, etc.
à travers les bancs d'Arguin, à la rivière de Senega , « bonne rivière grande et dont les habitans sont belles gens, grands et tous noirs; » puis dans toutes les îles du cap de Vert, îles « qui n’ont que des chièvres, sinon Sainct Anthoine, Sainct Jacques et l’isle de Feu, toute environnée de rochers, » Dans ces îles, généralement dangereuses pour leurs fièvres, il en fait toutefois remarquet une, vl’isle de May, qui a ceste vertu que si ung va demeurer en icelle, il guerist, et n’y a en elle que ceux qui se vont guérir de ceste maladie. » Auprès de ces îles Jean Alfonse dit que l’on n'y saurait trouver le fond, si ce n’est à Bonneviste. Il nous décrit des terres que le voisinage d’une de nos colonies , le Sénégal, nous rend plus intéressantes.
« Ainsi tournant à la terre ferme, je dictz que de l'isle de Saint Jacques au cap Vert y a quatre vingtz quinze lieues et du dite cap Vert à la rivière de Gambie y a vingt et cinq lieues, et la route gist nor-ouest et su-est. La dicte rivière de Gambie est par les treize degrez et demy de la haulteur du polle artique et est une grande rivière, et icy s’acheve la terre des Jalloffes et commence la province des Berbesins et Mandigues et de la rivière de Gambie au cap Rouge y a trente et cinq lieues, et la route gist nord et su et prend ung cart de nordest et surouest, et la coste est basse et dangereuse tellement que navire ne se oseroit approucher d'elle de cinq ou six lieues. Le cap Rouge est à douze degrés de la haulteur du polle artique, et du cap Rouge à la rivière Grande y a vingt cinq lieues, et la rivière gist l’est et ouest et prend un quart de norouest et suest, La rivière Grande est à onze degrez et trois quartz de la haulteur du polle artique et est
la plus grand rivière de toute l’Afrique, et est navigable bien deux :ens cinquante lieues que les navires y peuvent aller, et à la fin du navigable est la ville de Jaga, quiestung grand peuple.» Jean Alfonse ajoute que «lesgens qui habitent le long ceste rive du cousté du septentrion d'elle sont grandz hommes et sont tannez, et sont appelés Foulles. » Passant après toutes les petites rivières arrosant les pays qui s'étendent jusqu’à Sierra -Leone, où se recueille de l'or fin et force dents d'ivoire , la rivière des Palmes, les bancs de Saincte Anne, la rivière des Paniers ou Rio dos Cestos, et toute la côte où croît la malaguette, graine de Paradis, dont on chargeait alors des navires, Jean Alfonse suit sa route et arrive « à l’austre midy, où se captivent les ungs les aultres, en sorte que le père vend le filz et le filz le père, et le frère son frère, et les changent pour manilles de cuivre et de plomb et de verre de couleur, et prennent aultant de femmes qu’ils veullent. » De cette côte malheureuse qui doit fournir plus tard aux exploitations de la compagnie de l’Assiento pour le défrichement du Nouveau Monde, il nous mène au château de la Mine, situé «sur un rochier au long laterre, et tenant pour le roy de Portugal », double le cap Formoze, dépasse la côte arrosée par les rivières Béning, Fourchue, Real, et aussi le Camaron, « côte fertile en poyvre gris et maniguette, et où se font force de draps de coutons. » Il nous raconte que dans l'île de Fernando-Po « y a de grandsbasteaux qui sont tout d’une pièce, lesquelz portent bien environ soixante hommes, et avec iceulx viennent assaillir les navires. » Il dit encore que cette ile de Fernando-Po est environnée «de baptures dan-
ÉsrRn
gereuses pour navires, et que les eaues, qui courent fort roide en ceste coste, courent quinze jours d’un côté et quinze jours de l’aultre. » Arrivéau cap Lopes Gonsalve, Alfonse finit l'Afrique en cet endroit. « Dessus la ligne s’achève Afrique, dit-il, et commence la terre d’Estiope occidental. »
Du cap de Lopes Gonzalve à Manicongres il fixe cent soixante lieues. Le Manicongre, qui ne me semble être autre chose que le Congo ou Zaïre, est, d’après le rapport d’Alfonse, une grande rivière, « la plus grande de toute l’Estiopie, et a bien dix lieues de largeur, et va ceste largeur plus de cinquante lieues au dedans, et au dedans de la dite rivière y a une grande bande d’isles lesquelles vont par le milieu de la rivière et sont toutes peuplées de gens. La dite rivière est navigable plus de cent cinquante lieues en la terre, et le commencement d’elle descend des montagnes de Lune, qui sont les plus haultes du monde et sont par les deulx degrez de la haulteur du polle antartique, et descendent en elle plusieurs autres rivières. Ladite rivière de Manicongre à son entrée en la mer est par les sept degrez de la hauteur du polle antartique, et sont toutes ces terres au roy de Manicongre, qui est bon chrestien, et confinent au dedans de la terre en orient avec le prebstre Jehan de la Indie. Les Manicongres sont chrestiens depuys trente ou quarante ans ença, et usent pour leur monnoie de vignotz qui viennent de l’Indie et avec ceulx-cy marchandent comme nous faisons de l'or et de l'argent, et ont gens de religion comme moynes et prebstres de leur mesme nation, lesquels ont esté endoctrinez en Portugal, et y a des Portugaloys avec eux. Et aussy leur roy a de-
meuré longtems avec le roy Manuel de Portugal et l'a tenu à l’escolle, et quant il retourna en son pays le dite roy de Portugal luy donna quinze àvingt religieux pour l’endoctriner et Iuy donner à entendre les articles de la foy. Et ont continuellement guerre avec les ennemys et ceulx qui ne veulent croire en la foy chrestienne, pour faire laquelle guerre ont de grands basteaux tout d’un arbre qui portent bien
‘cent hommes et leurs victuailles et armes, et vont
deux cens et trois cens basteaulx ensemble. » En suivant la côte et en la tournant, Allonse nous donnera d'autres détails sur des lieux auxquels, là notre esprit d'entreprise, ici les revers de la fortune après les plus éclatants succès, ont attaché le nom français. C’est d'abord « l’isle de Saincte Hélène, petite isle de quatre ou cinq lieues de rondeur, peuplée de Portugaloys et le meilleur loppin de terre de toute la pomme du monde, si bonne que on y cueille deux fois l’année du bled, et pour ung boisseau que l'on y sème on en recueille cent ou six vingtz; et y a en elle force bestial, et y multiplie fort; et y a en elle citrons et oranges des plus belles que l’on sçauroit veoir, et quelque chose que l’on y plante et sème vient soudain. Les gens n’y sont jamais malades, et s'ils y viennent malades y guérissent en elle. Et icy est le recueul des navires portugalloys, et icy se raffraîchissent quand ils viennent de Caillicou. Et en ceste isle ne fait poinct de ventz en nulle saison du monde, et n’est point trop chaulde ny trop froide, et est la mieux tempérée du monde. Et y a en elle torterelles, pigeons et de toutes autres sortes d’oyseaulx; et y a de grosses hareignées comme le poing d’un homme en
A A ph Gr
DR A AR LEA M SR ETS ADN SRE SE
quantité, et n’y a point d’aultres bestes venimeuses, et ne les tuent point, car ils dient qu’elles ostent le mauvais air de la terre. » N'est-ce pas la description du plus beau lieu de déportation? Cependant, quoique le pilote dise que les gens n’y sont jamais malades et que «s'ils y viennent malades y guérissent en elles, » un jour, lorsque l’île aura cessé d’appartenir aux Portugais, puis aux Hollandais, un homme y viendra prisonnier des Anglais pour s'être fié à leur générosité. Et il dira : « Ce pays est mortel ; partout où les fleurs sont étiolées, l’homme ne peut vivre. » Pourquoi cette différence d’opinion sur Sainte-Hélène? Était-ce seulement parce que celui qui la jugeait avec tant d’amertume se rappelait, en voyant les vaisseaux de la Compagnie des Indes s'arrêter et repartir pour les mers orientales, qu’il avait deux fois tenté d’arracher à l'Angleterre la puissance qu'y avait commencée pour nous notre Dupleix? Jel’ignore. Tout ce que je sais, c’est que, quand le prince de Joinville alla rechercher le corps du prisonnier du Bellérophon, les officiers et l’aumônier de la Belle Poule furent loin de faire de Sainte-Hélène l'éloge qu’en trace ici Jean Alfonse (1).
(1) Voici ce qu’on lit dans un livre plein de pages réellement éloquentes : « Le matin (7 octobre 1840) nous étions au vent de l’île à une distance si rapprochée, que nous pouvions l’embrasser du regard. — A nous qui nous y rendions pour passer quelques jours seulement, à nous qui l’avions cherchée comme une terre promise, à nous l’île parut terrible. Comment dut-elle apparaître à celui à qui on la donna pour dernière demeure? — En effet, c’est quelque chose de pénible à voir que cette nature tourmentée, que ces rocs crevassés oscillant sur leurs bases, jetés çà et là,
Le souvenir de la grande expiation qui s'y consomma, suivant la parole d’un prêtre cependant tolérant et bon (1), nous oblige, en passant, à noter l'époque à laquelle cette île figure pour la première fois dans notre histoire. Ce fut, d’après Thevet, lorsque Raoul et Jean Parmentier firent le voyage de Dieppe à l’île de Saint-Laurent et à celle de Sumatra. Leurs vaisseaux aborJèrent alors à l’île découverte par Jean de Nova. Nos Dieppois trouvèrent là six pauvres [ndiens que les Portugais y avaient laissés pour y cultiver la terre, et les amenèrent à Dieppe, où Thevet en vit un avec lequel il conféra. Thevet, qui aime à se mettre en évidence, dit à ce propos : « Le bonhomme sexagénaire, estant marié à Dieppe, y mourut comme avoient fait ses autres compagnons. »
« Quoiqu'il y ait des choses merveilleuses en la terre d’Angole, des gens sans tête par exemple, ou l'ayant dans la poitrine, et plus en orient d’aultres hommes qui n'ont que ung œil au front, enfin au nord des montaignes de la Lune d’aultres qui ont les pieds
entassés pêle-mêle, et que le pinceau reproduirait s’il lui fallait tracer l’image du chaos. Ajoutez à cela tantôt les rayons d’un soleil des tropiques, sous lequel les pierres éclatent au midi du jour, et tantôt, sans transition, des brumes glaciales, épais manteau de nuages que frangent par intervalles les pointes dentelées des pics de Diene, d’Heghknohu et d’Alarm-House : voilà l’île, —Le soir, c’est quelque chose de plus triste, je dirai de lugubre. » — Plus loin, l'écrivain peint Longwood de couleurs plus sombres encore. (Souvenirs du voyage à Sainte-Hélène, par M. l'abbé F. Coquereau. Paris, Delloye, in-80, 1841.)
(1) L’abbé Coquereau, Souvenirs du voyage à Sainte-Hélène, page 99.
RER CEE EI A
SERRE DE RE se ES
comme une chienne et autres visaige de chien, je passe cette côte, dont les habitants sont bien aises pourtant que l'on trafique avec eux. Je double les caps de la Victoire, des Aiguilles, les ilets dits A:ïguillons. » Ici cependant Jean Alfonse nous fait soupçonner sa présence au cap que le roi Joam [[ nomme cap de Bonne-Espérance, mais que l’on voit, dit-on, indiqué sur une carte de Fra Mauro, tracée entre 1457 et 1459, sous le nom de capo di Diab. C’est, en effet, bien là le premier et le vrai nom de ces parages funestes, où Camoëns nous montrera le géant Adamastor se vengeant de Barthélemy Diaz pour en avoir frayé la route à ses compatriotes (1). Aussi sera-ce avec raison que les Portugais établiront la coutume de rendre grâces à Dieu lorsqu'on aura doublé ce cap, coutume suivie encore par nos Français dans le siècle dernier (2).
(1) « Apprends, dit le géant Adamastor à Velloso, que tous les vaisseaux qui auront la témérité d’entreprendre le voyage que tu accomplis, auront pour ennemis ces parages, qu’ils seront le jouet des vents et d’effroyables tempêtes. A la première flotte qui passera par ces mers impatientes du joug, j'infligerai soudain un tel châtiment, que le danger ne sera rien auprès des calamités qui l’auront suivi.— Ici, si je ne me trompe, j'espère tirer pleine vengeance de celui qui m’a découvert, et le châtiment de votre confiance obstinée ne s’arrêtera pas là. Oui, chaque année vous verrez (si c’est la vérité qui m’apparaît) vos navires faire naufrage et passer par de telles épreuves que le moindre des maux sera la mort. » (Camoens, les Lusiades, chant V, trad. par Ferdinand Denis, 1836.)
(2) Journal du vaisseau le Condé (1738-1740), par de Gennes de la Chancelière.
Jean Alfonse, au cap de Bonne-Espérance, écrit: « Ceste terre est terre haute, montaigneuse, stérile et aspre, et y a forces bœufs et vaiches. Les gens d'elles sont puissantes gens et sont fort légiers et agiles, tortz de bras, et sont plus noirs que blans et ne sont point de la génération des noirs. Et ne font que sibler de la bouche, et leur habitation est par dessoubz les roches et aux champs avec leur bestial en cabanes, et n'ont point de lieux certains. Et tiens qu'il n’y apoint de traffique et n’y habite guères de navires. Et baïillent ung bœuf et une vaiche pour deux ou trois clous de fer. »
Passons la terre des Medianes umbres, dont les habitants, «aussi maulvais que vaillans », tuent àsoixante pas, avec un billot de bois ou une pierre, un homme armé; les rivières de Bonne Paz, de Saint-Blaise, le cap de Pescherie. « Dans ces terres, qui sont de l’'Estiopie australe, il n'y a guères de profits à faire, » dit Jean Alfonse. Nous voici au cap Corrientes, et à cent trente lieues de là nous toucherons à une île que dès Louis XIII le capitaine Beaulieu, de Rouen, proposait de coloniser. C’est Madagascar, qu’on appelle alors l’île Saint-Laurent.
Le passage de ce manuscrit, le premier en français que nous ayons sur ces parages du canal de Mozambique et du commencement de l'océan Oriental, mérite par cela même d’être noté, car le vaisseau le Sacre, en 1529, n'avait fait qu’entrevoir l’île. «Ceste isle de Sainct Laurent, dit Jean Alfonse, est instituée nord-est et sur-ouest et à deux cent cinquante lieues de longitude et quatre vingts et cent lieues de latitude, et le haut d'elle est par les vingt quatre degrés