‹ Les navigations françaises et la révolution maritime du XIVe au XVIe siècle [microforme]Chapitre 34 sur 57 · DO · texte numérisé non relu

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ortumus.

artie mée lui ièreque t ses > aueu la oires et de tous aussi cripmes s Inson, ostes aulder-

qu'on a souvent lieu de désirer dans les autres parties de son travail. — Dans le tableau de la première Inde, il a besoin de rappeler que beaucoup des choses qu'il raconte lui sont connues par expérience. Le récit des anciens étouffe son propre témoignage. Mais la seconde et la troisième, quoiqu'il s’y efface le plus souvent, indiquent, dans certaines parties, d’une manière constante, qu'il a dû voir; et si ailleurs on a pu penser qu’il rapportait sur le ouï-dire des navigateurs portugais, ou même d’autres Français que nous ne connaissons plus, ses expressions donnent ici la preuve authentique de ce qu’il a avancé en maints endroits, à savoir qu’il était allé jusqu’au Cattay, et avait vu quelques îles de l'extrême orient. Sur les parties précédentes, il a passé rapidement, même lorsqu'il marquait y étre allé; mais ici l’on sent que le pilote est arrivé à des terres qu’il s’est plus particulièrement données comme but, et qu’illes exploreavec l'attention nécessaire pour des lieux dont la richesse vantée tente les nations.

La mention est sèche comme celle d'une cosmographie qui traite du monde entier, maïs par quelques traits le voyageur perce de temps en temps , et il est facile de le suivre depuis l’Indus jusqu’au cap Comorin; son livre est alors un véritable routier dont il peut être curieux de comparer les données avec celles de nos routiers d'aujourd'hui.

Voici Chaoul par les 19 degrés de latitude N., Dabour par les 18, Goa, Camanore, Callicou, qu’Alfonse fixe par les 10 degrés, Cochin par les 8 et 1/2. Il a négligéde nommer la terre des Gougeratz, Cambaye, Diu, mais ilnous y reporte. — Voici Cochin, voici le cap Co-

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morin, « duquel la coste tourne au nord-est jusques au cap de lisle de Ceylan et à la rivière de Bengale. »

Jean Alfonse parle en général du nombre d'îles grandes et petites qui longent cette côte. Il porte à 4,000 le nombre des Maldives, que la science moderne réduit à 1,500.

Il nous donne sur les terres, sur leur commerce, sur les mœurs de leurs habitants, quelques détails. « Goa, fertileen bled eten productionsde toutes espèces est fort sujette à luxure; » elle appartient au roi de Portugal. — Dans la rivièrede Cochin se charge toute l'épicerie qui va dans ce royaume.— « Cochinet Calli- « cou sont de bons ports de grand traffique de toutes « espisseries, appoticaireries et pierreries, là où il se « recueulle grand quantité de poyvre et gynjambre, « myrabolane et aultres. Les gens sont petites et ha- « biles gens. Et sont idolastres, et aulcuns vont nudz « de la saincture en hault et d’aultres bien vestuz de « bonne soye, et adorent le bœuf et la vaiche. Leur « manger est lait et riz, chair de moutons, et ne « mangent point de bœuf, et les enterrent, quand ils « meurent, comme une personne. Et beuvent vins « de palme et vins qui leur sont portez de Portugal, « la pipe desquelz vault cinquante escuz, et ne les « estiment non plus que nous ne faisons, difference « qu'ils sont riches, et entre eux court monnoye d'or « qu’ils appellent pardaulx qui vallent trente solz. Et « à cause de la grande espisserie et pierrerie qu'il y « a, y habitent forces marchans crestiens et de toutes « les aultres parties en Cochin, en Callicou et en « toute la terre d’alentour. — En ce pays. prend « la femme tant d'hommes qu’elle veut et s'accorde

avec ung chacun combien ils luy doibvent baïiller « ainsy que ils s'accordent, l’un plus, l’autre moins; « et n'oserait avoir affaire à d’aultres que à ceulx « qu’elle a prins et choisy, après qu'ils sont d’ac- « cord... Et quand l’ung d’iceulx veut habiter avec « elle, il laisse un seigne à la porte pour donner à « cognoistre qu’il est dedans, et durant qu'il sera « dedans les aultres n’y viendront point. Et s’il ad- « vient qu'elle engroisse, elle baïille à qui il luy « plaist. » |

Cet accord, à ce qu’il paraît, n'existait pas partout de même dans l'Inde entre la femme et les époux. En effet, Jean Alfonse nous assure que la coutume des femmes indiennes de se brûler à la mort de leurs maris, coutume érigée en loi, était venue de la nécessité d'arrêter les effets « de la luxure des femmes, qui pour l’amour de leurs amoureux faisoient mourir leurs époux, comme plus tard les Portugaises, suivant ce que raconte Linschot, au moyen du datura et d’autres poisons. — Jean Alfonse explique que cette

coutume, que les Maures au XVII° et au XVIIIe siè.

cle cherchaient à détruire, était « à celle fin qu’elles eussent soucy de prendre et garder leurs maris. » Jean Alonse n'a pas visité, je crois, par lui-même la côte orientale de la seconde Inde, dont il parle fort succinctement; toutefois, quoiqu'il marque assez mal le degré de longitude du Bengale, ses données paraissent souvent assez justes. « De la baie de Sainct Blaise jusques à l’orée du Bengale la coste gist nord-nord-est et su-sur ouest, et y a entre les deux un cap qui boute bien dix lieues en la mer. Bengale est par les quinze degrés, de la haulteur du polle ar-

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tique, et toute l’orée est pleine de bans et debaptures. L'on ne peut entrer à Bengale sinon par chenaux, Les bans boutent bien vingt ou trente lieues en la mer. Bengale est une terre basse en la mer, et icy descend une grande rivière. » La rivière du Gange, dit-il, « est la plus grande de tout l’universel monde, car elle est navigable plus de cinq cens lieues, et en d’aulcuns lieux est si large que ceux qui sont au milieu ne veoyent la terre de nulle part. »

Mais si l’on a des raisons de douter de la navigation personnelle de Jean Alfonse dans cette direction, il ne saurait y avoir la moindre incertitude sur son exploration de la presqu'île de Malaca, — Ayez égard au temps et au peu de précision des cosmographies de cette époque, et dites-moi ce que vous pensez de ce qui suit : « De Bengale tourne la coste jusques à Modubar (sic) et jusques à Mallaque, et la coste gist nor-ouest et su-est, et prend ung quart de nord et su. Et est ceste coste dangereuse de rochiers et isles qui vont au long la coste et aultres qui sont bien avant de la mer. Madubar (sic) est par les quatre degrez de la haulteur du pôle antartique et Mallaque par les deux degrez. Mallaqueet Modebar (sic) tiennent en occident les isles de Samastre et la Trappobane, qui est une grande isle. — Entre Mallaque et la Trappobane est toute la mer basse de bans et baptures qui commencent de l’isle de Sulmastre jusques au delà de la Mallaque. Lesdits bans ont trois chenaulx par lesquels peut passer navires, et chacun chenal a trois et quatre brasses, et quatre brasses et demye de proffund, et durent lesdits chenaulx vingt et cinq lieues. Et sont lesdits chenaulx nor et su ct prennent

ung quart de nor est, et surouest. Et quant vous serez en travers de Mallaque, regardez proche Mallaque et verrez un mont rond, et quand il vous paroistra en orient de Mallaque, sondez et vous trouverez sept brasses du proffund. La terre est si chaulde et ceste mer est si malladeuse que jamais navire d'Europe ne passa par icy qu'il n’en tumbast de mallades. Etquant vous serez en sept brasses vous serez hors de dangiers. » N'est-ce pas là un véritable journal de bord ? le marin nenous y apparaît-il pas jetantsa sonde? Et quand il compare Mallaque à la terre de Naples en ces termes : « La mer y tournoye esgalement des deulx coustés, sinon qu’elle n’est pas si haulte. Mallaqueest terre basse. » je suis porté à penser non-seulement que Jean Alfonse aura vu Malaca, maïs j'ajoute encore foi à ses paroles lorsqu'il dit qu’il a pénétré encore plus avant.— Fait intéressant à constater, car de nos navigations dans les mers orientales nous ne connaissons par les détails que celle de Jean Parmentier.

L’'Hydrographie de Jean Alfonse nous permet de comparer le pilote normand avec le capitaine saintongeois dans la description que donne ce dernier de l’archipel indien.

« YŸ a, dit-il, entre la terre de Mallaque et la Trappebonne vingt-cinq et trente lieues de largeur de mer, et du cousté d'occident de la Trappebonne au long de la terre et assez large en la mer y a beaucoup d’isles qui sont toutes peuplées de gens et s'appellent les isles de Salmatre et se trouve en elles de l'or en pouldre et le baillent pour petites choses. Et l’isle de Trappobanne est une grande isle et a de longitude nord-nor ouest et su-su est deux cents trente lieues,

et est isle riche, abondante des vivres de la terre, fors de vins, mais y a une manière d'arbre de quoy l’on faict du vin, lequel ils boivent et leur baillent telle couleur qu’il leur plaist. En ceste isle se cueulle du poivre, et l’araron et synamoun et aultres choses d'apoticairerie, et se trouve en elle de l’or et des pierres précieuses. Les gens d’elle sont grands et bien dispotz, et pardessus elle passe la ligne esquinoxiale. Et ont les gens longues oreilles et portent en elles bagues en lesquelles y a pierres précieuses, et aulcuns d’iceulx ont les oreilles si grandes que c’est ‘chose de merveilles et leur descendent quasy jusques sur les espaules. Et sont vestus de draps de laine et de couton et de serges, et sont couverts d’habits qui ne vont que jusques aux genoux. — En ceste isle de Trappobanne les hommes prennent tant de femmes qu'ils veulent et sont idolastres. — En ceste isle, y a une province de gens appellez antropofagues, et ceulx icy mangent chaire humaine et ont continuellement guerre avecleurs voisins, et cecy est du cousté devers la Java, et mangent leurs ennemis qu’ils prennent et boivent leur sang. Et en toute ceste coste font leurs maisons fort basses, à cause que la terre est chaulde. Et le cap devers le nor ouest est par les neuf degrez de la haulteur du polle antartique, et le cousté du su-est est par les neuf degrez du polle antartique. Du cousté du nord-nor-ouest y a trois isles, l’une suyvant l'aultre; l’une s'appelle Pindel, qui est à six degrez et demy de la haulteur du polle artique, et l'aultre est appelée Niguybal, qui est à trois degrez de la haulteur du polle antartique. Niguybal et l’isle de Cellain de la canelle sont l'est et ouest, et y

a de lung à l’aultre six cens lieues. La poincte de la Trappebonne est à neuf degrez de la haulteur du polle antartique de l’aultre cousté devers le su de l’esquinoxial et isles appelées les isles de Sacapore. »

En dépassant les terres que Parmentier a vues, Jean Alfonse nous parle de la mer pleine de rochers qui s'étend entre la Taprobane et la Jave comme étant d’une navigation dangereuse.

I] distingue la Jaive majeure de la Jaive mineure, puis, poursuivant : « En orient de la Jaïve la mineure, dit-il, y a deux grandes isles ; l’une d’elles est tout environnée de bâtures plus de vingt et trente lieues en la mer, et est ceste coste fort riche, et plus en orient de ceulx icy environ quatre-vingtz ou cent lieues sont les isles de Jacatte et d’Orfy, en la terre de Tersie et l’isle des hommes blancs, et en ceste coste se trouve force vignaulx, desquelz l’on use en aultre part pour monnoye, et en ceste terre y a force d'or et d'argent et ellefans, et y a singes comme en la Barbarye, et est la terre par les 21 degrez de la haulteur du polle antartique, et les isles par les huit et dix degrez, et je ne doute pas que soit terre ferme et qu’elle va se joindre à la terre australe, selon que d’Orfy est escript, d'où Salomon feit apporter l'or pour faire le temple. Je pense que ce soit une de ceulx icy par ce que en elles y a grand quantité d'or et de toutes les choses qui furent apportées à Salomon. Et d'icy au Perou en orient y peult avoir neuf cens ou mille lieues pour le plus. Et icy est la mer fort basse et dangereuse... Molluque et les isles de Cloux sont directement dessoubz la ligne esquinoxiale, et celui de la muscade est par les cinq degrez

de la haulteur du polle antartique au su de la Ligne, et est une isle qui a cinquante lieues de longitude et huyt de latitude et est belle terre plate et bien peuplée de gens. Malluque est une isle.. et les deux bouts d’elle se viennent redoubler quasi l’un à l'autre, et entre les deux boutz y a une grande mer, là où il y a sept ou huit isles, et les isles de Cloux sont du cousté de l’ouest de la dicte isle de Malluque auprès d’elle, et sont petites isles d'environ cinq ou six lieues de rondeur, et en l’est-su est de Molluque quarante ou cinquante lieues v a une bande d'isles qui sont toutes ensemble rondes et sont peuplées de gens, et n’y a isle en ceste mer Pacifique qui ne soit peuplée.» Jean Altonse fait commencer cette mer entre la Taprobane et Malacca, où, selon lui, finit la mer Océane, — et il la décrit de la manière suivante : « Ceste mer Pacifique a plus de dix mille isles tant grandes que petites, et forces bans et rochiers dangereux. En nombre de lieux se navige de nuvyct, sinon de jour, et sont toutes lesdites isles peuplées de gens, et en elles se trouve de l'or et de l'argent et de l’espisserye, et a tant d’isles qu’elle n’a point de force non plus que une rivière, et pour cela est appelée mer Pacifique, et est la mer si belle que en d’aulcunes isles les navires s'amarrent au long la roche. Est si proffonde que l'on ne peut trouver sa sonde, et pour la plus grande part mer dormante, tant que les navires s’approuchent aux isles comme en ung quay, et en beaucoup de lieux n’y a point de marée. »

La description des Moluques.est, du côté de l'Orient, le terme de l’Hydrographie d’Alfonse.— Il n°y

a plus que les côtes de la Chine. Bien qu'il indique la rivière de Thenasserim comme descendant en la mer par trois parties, dont l’une va à la Malaque, l'autre à Malacon et l’autre à Magabor ; malgré ce qu'il nous dit du port et de la rivière de Sam, qui est vraisemblablement le port et rivière de Siam; quoiqu'il place la Chine « par les 22 degrés et demi de haulteur du polle artique , » le peu de lumières qu'il donne sur ces contrées, sur la côte de Mangi et du Cattay, est si obscurci et si mélé, que c’est véritablement la fin de ses connaissances, comme c'est également alors le terme de celles des Français.

Quoi qu'il en soit, si la rareté des entreprises vers ces régions n’en laisse connaître que quelques points, il est bon de remarquer toute la distance qui sépare les connaissances du temps d’Alfonse d'avec celles du XII: siècle, où le juif Benjamin de Tudèle nous rapportait la manière d'aller en Chine, d’après ce qui lui avait été dit à lui-même aux îles de Chenéray.

Dans ce temps-là, pour aller de ces îles à Sin, aux extrémités de l'Orient, il fallait étre quarante jours sur mer. Suivant quelques-uns, cette mer était un détroit sujet à de violentes tempêtes, que la planète Orion y excitait avec tant de furie qu'il était impossible à aucun navigateur de les surmonter; et les vaisseaux y demeuraient si longtemps, que les hommes, ayant consommé leurs vivres, finissaient par périr, s'ils n'avaient pris la précaution d’embarquer des outres hermétiquement fermées après avoir été gonflées d’air. Dans cet état, s'était laissé dire notre juif, ces outres reprenaient la forme de l'animal dont la

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peau servait alors de nacelle. Lorsqu'il n’y avait plus d'espoir de salut, les matelots entraient dans cette embarcation avec leur épée, et là, sans craindre d’être submergés par les flots qui les emportaient en mugissant, ils. attendaient que les aigles et les griffons, seuls hôtes de ces mers, vinssent s’élancer sur leur outre ainsi transformée, comme sur une bête égarée, et la saisir de leurs terribles griffes. Lorsque ces oiseaux, qui planaient incessamment sur ces eaux, apercevaient les voyageurs, ils ne tardaient pas à enlever leurs nacelles parmi les nuages pour les déposer soit dans quelque vallée solitaire, soit sur quelque montagne escarpée, où les matelots, faisant usage de leur épée, se délivraient de l'aigle qui voulait jouir de saproie, et ils pénétraient alors dans le céleste Empire. |

Assurément, quelque merveilleux qu'il fût, ce moyen, assez semblable à celui qu’emploient dans les Mille et une Nuits Sindbad le marin et le troisième Calender, n’eût pu remplacer la flotte de l'amiral Charner, pour porter les Français en Chine, lors de l’expédition de 1860 ; sans nul doute également, s’il n’y avait eu que des aigles pour le transport des troupes anglaises et françaises à Pékin, le palais d'Yuenminyuen subsisterait encore avec ses merveilles, supérieures, disaient nos soldats, à celles de tous les châteaux impériaux de France.

Heureusement le XVIe siècle avait ouvert une route plus sûre que la voie des airs. L'ouverture de cette route devait avoir pour effet d’accroître de plus en plus le commerce avec ces régions, et, si confuses que soient les notions de Jean Alfonse sur ce pays,

elles annonçaient le nouvel ordre de choses dont pro-

be fite aujourd’hui la République chrétienne (1).

être

gis-

ons,

leur IX

rée,

Ooi-

per-

Le Par les extraits qui précèdent, j'ai cherché à donner

oser une idée des connaissances que Jean Alfonse nous

Ique apporte des pays dont le Portugal s’était arrogé le

sage monopole commercial.

1lait Au milieu des difficultés que suscitaient les pré-

» cé- tentions de ce peuple ainsi que celles de l'Espagne,

sans parler des obstacles que les marins rencontraient

ce dans la science de leur temps, il n’y a pas à s'étonner

s les si nos contemporains trouveront beaucoup à reprendre

len- -

ner, (1) D’après un mémoire de M. de Gennes de ka Chancelière,

édi- . lieutenant des vaisseaux de la Compagnie des Indes en 1736, le

vait commerce de la Chine avec toute l’Europe ne s'élevait pas alors à

én- plus de 12 millions; encore les vaisseaux qui faisaient ce com-

A merce trouvaient-ils qu’on y venait en trop grand nombre. C’é-

é tait aussi l’avis, en 1786, de d’Entrecasteaux, qui jugeait que le pe nombre de quarante-huit bâtiments venus d'Europe pour exploi-

hâ- ter le commerce excédait de beaucoup les besoins. Mais aujourd’hui, suivant un rapport lu en 1866 à l'assemblée des action-

ne naires des Messageries maritimes, ce commerce a bien d’autres

» de proportions, « En 1864, dit ce rapport, le commerce général de lus la Chine s’est élevé à 2 milliards de francs. Il avait même atteint Lses 2,500,000,000 en 1863.11 a subi alors un temps d'arrêt. Le comys, merce avec l’Europe comptait dans l’ensemble de 1864 pour 920

dans cette espèce d'ébauche. Certes, quand les instruments et les méthodes pour déterminer la situation des lieux exposaient à tant d'erreurs par leur insuffisance, il serait absurbe de demander à une Hydrographie du XVI: siècle la rigoureuse exactitude de nos cartes. — Ne doit-on pas plutôt, au contraire, admirer, en lisant ces extraits, les progrès qu’on avait faits dans la connaissance du monde depuis le peu de temps que l’Océan avait abaissé ses barrières devant la proue des vaisseaux européens ?

C'est avec ce même sentiment que je vais exposer encore par extraits ce qu’Alfonse nous dit des pays de l'Amérique, également interdits aux autres nations de l'Europe par les priviléges de l’Espagne et du Portugal.

Jean Alfonse divise le Nouveau Monde en trois parties : la première s'étendant de la rivière de Mara-

millions, et dans ce dernier chiffre le commerce avec l’Angleterre entre pour 806 millions. On a relevé cette année-là six mille mouvements de navires anglais dans les ports de la Chine. Le pavillon des États-Unisen revendiquait plus de cinq mille. »—D’après ce même document, c’est le commerce anglais qui a eu le premier la pensée de demander à la Chine les soies que consommaient les fabriques d'Occident. Depuis 1850, la Chine fournissait à la fabrique lyonnaise des quantités de soies qui, d’abord minimes, arrivèrent en 1857 à dépasser une valeur de 100 millions de francs, — Mais, vers cette époque, M. Girette ayant eu l’occasion de reconnaître la perte qu'éprouvait par là notre marine marchande, conçut l’heureuse pensée de rendre à notre pays, par ses propres vaisseaux, le transport des productions orientales qui ne lui arrivaient que de seconde main, et lui-même, en 1862, allait à Hong-Kong et à Shangaï organiser notre service postal.

gnan au pôle antarctique ; — la seconde, depuis la même rivière jusqu'au cap du Figuier, situé dans l’Yucatan et au Catay, «en suivant la partie occidentale du cousté du Meridien ;» — la troisième enfin embrasse la côte septentrionale, qu’elle prend au cap de Ratz « depuis la ligne dyametralle en Occident, au commencement de l’isle de Fer, qui est la plus occidentale isle des isles affortunées appelées Canaryes. »

Les détails que nous donne Jean Alfonse sur le Brésil sont précieux. Et ils le sont d’autant plus que le manuscrit est antérieur à toute publication française sur ces mêmes contrées (1).

[1 partage les Indiens du Brésil en trois nations: les Topinabaulx. les Anassoux, les Tabejares, « lesquels, dit-il, soni au dedans de la terre et ont continuellement guerre avec les aultres; et celui qui est prisonnier, celui qui le tient est obligé de luy donner six mois d’espace pour le graisser avant qu’il le tue, et luy bailler tout ce qu'il demande, et sa propre fille pour coucher avec luy. Et si elle engroisse et elle ayt enfant masle, il sera mangé après qu'il sera grand et gras, car ils dient qu’il tient du père; et si elle est fille, ils la feront mourir, car ils dient qu’elle tient de la mère qui doibt pas estre mangée; et ainsy font à la femme comme à l’homme quand ilz la tiennent prisonnière. Et cecy se faicten toute la terre du Brésil; et prennent autant de femmes qu'ils veullent, et sont fort léalles, car depuis qu'elles sont à ung homme,

(1) On peut comparer cette partie avec les travaux hydrographiques de MM. Tardy de Montravel, Roussin, Magré, Chiron

du Brossay, de Coriolis, du Périer et Mouchez.

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pour elles, ne s’abandonneroïient pas à ung aultre. Et sont bonnes gens à nous chrétiens, et est bienheureux celui qui en peut avoir ung pour nourrir. Et à la rivière de Para commence la nation des Anassoux, qui sont bonnes gens.

« Ceste manière de gens croient qu’il y a Dieu aux cieulx et l’appellent Taitpan, et ne scaventque compter par lunes, et se resjoissent fort avec la lune, et, quant la lune est pleine, ne font aultre chose que danser toute la nuict et eulx resjouir, et sont communs au boire et au manger. Et prennent chacun quatre ou cinq femmes, et leur sont lesdites femmes fort léalles ; et quant elles sont à marier, peuvent faire de leur corps ce qu’il leur plaira; et après qu’elles sont mariées, elles n’ont point d’affaire à aultie que à leurs maritz, et sont chastes envers eulx. »

Entre les productions de la terre, Jean Alfonse décrit fort bien l’avati ou maïs, « qui vient en manière de matras (espèce de javelot) et fait fort bonne farine ; l'ananas, qui semble à artichaulx et sent si bon quant il est meur que la maison en sent toute, et est bon comme saveur de soucre et de conserve. » Il mentionne aussi quelques animaux. — 11 en décrit d’autres sans les nommer, de manière toutefois à les faire reconnaître. Mais une particularité curieuse à signaler dans ce manuscrit, c'est la pensée que la rivière de Maragnan et celle de la Plata font de tout le Brésil une île; « et par elle, ajoute-t-il, ont passé deux navires de inon temps : l’un, qui estoit navire d’Espagne, entra par la rivière de Maragnan, et l’autre, qui estoit de Portugal, entra par la rivière d’Ar-

gent (de la Plata), et entrèrent dans le grand lac dont j'ai parlé, »

La description que Jean Alfonse donne des pays situés au sud du Brésil paraît avoir été faite sur de bons mémoires. Parmi eux peut être celui du chevalier Antonio Pigafetta, ou la relation ignorée d’un de ces Français compagnons de Magellan et dont Navarrete nous a conservé les noms (1); peut-être même d’après les notes du pilote français qui, antérieurement au voyage de Sébastien Cabot, renseignait sir John York sur les courants qui règnent entre le cap de Bonne-Espérance et la côte d'Amérique (2).

Passé le détroit de Magellan, la description de Jean Alfonse est pour ainsi dire nulle, et il n’y faut rien chercher sur les côtes que qr.elques détails sur le Pérou. Encore ne sont-ils là, pour bien dire, qu'en vue d’exciter l’envie des trésors conquis parles Espagnols. En effet, à part les mauvais traitements exercés contre les Indigènes par leurs vainqueurs, à part le culte de ceux-ci pour le soleil, je ne vois guère

(1) Tome IV, p. 12 et suiv. Il y avait sur le vaisseau la Trinité, Jean-Baptiste, de Montpellier, et Petit-Jean, d'Angers ; sur le Saint-Antoine, Jean, de Rouen, et Bernard Calmet, de Lectoure; sur la Victoire, Simon, de La Rochelle; sur le Saint-Jacques, Barthélemy Prieur, de Saint-Malo; Richard, d’Évreux; Pierre, Gascon, de Bordeaux; Laurent Corrat, de Normandie; Jean Massiat, de Troyes ; Jean, Breton du Croisic, et Pierre Arnaud, d’Auray. Herrera, Decade, t. 11, liv. 1X, ch. 14, fait mention également d’un prêtre français.

(2) Hakluyt, Navigations and voyages of the english nation. London, 1600, t. 111, p. 719.

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que ces deux lignes à noter: « En toutes ces terres se servent de moutons comme nous faisons icy de chevaulx et d’asnes, si ne leur viennent de l’isle Espagnole de Sainct Domingue, et les dictz moutons sont si grands et si forts, qu’il pourroient porter ung homme dix lieues pour ung jour. » On le voit, Jean Alfonse parle du lama.

Pour entrer en possession plus immédiate de notre pilote et de détails dont l’authenticité lui soit plus personnelle, autant qu'on a lieu de le penser, il faut remonter au Maragnan et suivre avec lui la côte jusqu’au Darien. Soit qu'il s'inspire de quelque routier espagnol ou portugais, en le modifiant avec ses propres souvenirs, soit que ait été l’un de ses derniers voyages, et qu'il en ait conservé des notes plus substantielles, il ne nous donne pas lieu à tant de conjectures, il s’indique lui-même, et on peut le suivre de là jusqu'au Darien en plusieurs endroits.

« De la rivière de Maragnan jusques à la mer Doulce, qui est une grande rivière, n’y a, dit Jean Alfonse, que vingt et cinq lieues. Cette rivière Doulce a soixante lieues de large à son entrée, et vient tant d’eaue de la rivière Doulce et court si trèsfort, qu’elle entre plus de vingt lieues en la mer, tellement que en les dictes vingt lieues ne se trouve point salée pour l’eaue de la dicte mer. Cette largeur de la dicte rivière va bien vingt et cinq lieues en la terre, et icy faict deux rivières : l’une va vers le su est et l’autre va au surouest, et celle qui va au su est et fn + groffunde et a bien demy lieue de largeur, #4 que une caraque y -peult bien aller sans ie, vi eaue court si fort qu’il faut que ung na-

vire ayt bonnes amarres et bonne ancre, et la terre de ceste rivière est une terre basse et plate, belle terre, car j’ay esté bien cinquante lieues ou plus amont la dite rivière sans que je aye peu avoir veu aulcunes montaignes. »

Les particularités qui suivent sont intéressantes : « Les gens de ce pays ont le visaige persé, ainsi que ont ceulx du Brésil, ensemble les billestres de la bouche en quatre ou cinq parties, et mettent en iceulx pertuys des pierres d’aymeraudes vertes enchassées en or, et plusieurs aultres pierres, et pendent aussi de telles pierres à leurs aureilles. Nous leurs demandismes s’il y avoit point d’or en la terre, ils nous feirent seigne que allant hault à mont la rivière il y avoit une montaigne en laquelle y avoit force d’or, et que une partie d’icelle estoit d’or et qu’ils l’apportoient de là, et que quant ils en avoient affaire ils en alloient quérir, et disoyent qu'ils n’en faisoient pas grand compte et qu'ils ne l’estimoyent pas grandement, sinon pour enchâsser leurs dictes pierres, et que, entre eulx, il n’est point coutume de vendre ni d’acheter, mais qu'ils vivent communément, et que leur manger est pain de racines et mil, et une manière de naveaulx qu'ils appeloyent batanes, lesquelles sont bonnes, et font vin de palme pour leur boire, qui a le fruict gros comms ung œuf, duquel fruict ils font le dict vin et luy baillent telle couleur qu'il lèur plaist, et est le dict fruict de couleur jaune et dure longtemps quand il est bien faict et de saison; aussi est le dict fruict fort bon à manger quand il est mûr. Et ceste manière de gens font leurs maisons avec planches et couchent et dorment sur icelles planches, et

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est le dessoubz du plancher tout ouvert, et couchent en lictz de cotons pendus avec des cordes comme font ceulx du Brésil, et usent des dictz lictz en toute la coste occidentale. Toutefois, aux Indes occidentales, leurs maisons n'ont pas de planchers, et sont leurs dictes maisons couvertes de feuilles de palme et d’autres feuilles d'arbres. »

Après avoir remonté vers le nord, au golfe de Paria, la côte pleine de petites rivières dont il a remarqué que plusieurs sont bonnes pour y faire entrer des navires ; après avoir signalé dans la mer Doulce le phénomène de l’eau croissant et décroissant, « ainsi, dit-il, qu'elle faict en la coste de Bretagne, » phénomène si bien décrit par La Condamine et par le contre-amiral Tardy de Montravel sous le nom de prororoca, et désigné en Gascogne sous celui de mascaret, Jean Alfonse nous mène à la Trinité, dont il parle en ces termes : « La dicte isle peuplée de gens saulvaiges ; et y a en icelle isle de l'or, et en la dicte isle croist des joncs aussi gros que la jambe d’ung homme et d’aultres plus petits; les gens de la terre usent pour leur défense d’arcs et de flesches ; les dictes flesches sont de la longueur d’une brasse, et sont faictes des dictz joncs, et boutent au bout, au lieu d'ung fer, ung os de poisson ou d’ung bois qu'ils ont qui est fort dur, et sont les os aussi durs que acier; et- y a en icelle forces perroquetz de toutes couleurs les meilleurs du monde, et sont fort bons pour apprendre à parler, et sont plus grands et plus gros que ceulx du Brésil; et dans le goulphe de Pares

y a des perles fines les meilleures de tout l'Occident. »

La description que Jean Alfonse nous fait des Antilles, où s’établiront nos pionniers (1), n’a rien qui la distingue, si ce n'est la désignation de Martignan qu'il donne à la Martinique, et quelques détails assez particuliers sur Saint-Domingue, soit de navigation, soit de productions du pays. — Cette description a d’ailleurs le tort de suspendre le relèvement de la côte que le pilote a laissée au golfe de Para. — Revenu au cap des Perles, il est moins vague, — il faut qu'il ait vu de près. Il nous dit que les habitants de la côte, vers le cap Coubague, ont les plus belles femmes de toutes les Indes. Coubague, selon lui, est à quarante lieues du cap de la Velle. — Plus loin, à soixante-quinze lieues, est et ouest, les habitants lui ont semblé moins agréables.

« Les gens de Saincte Marthe sont mauvais et dangereux, et usent pour leurs deffenses de flesches et graissent le bout des dictes’ flesches de poisons et d’une herbe qui est si venimeuse, que si le bout touchait au sang de l’homme, il ne scauroit eschapper quil ne meure; et toute la force que la dicte herbe a, la prent d’une manière de pommes, et semble la dicte feuille des pommes à la feuille de poirier; et est si venimeuse que si ung homme avoit mangé d'une, son corps se trouveroit tout en vers en un instant et mourroit, et cecy, je l’ai experimenté à ung chien auquel jen ay baiïllé à manger avec du pain, et advint que en moins de quatre heures le dict chien mourut, et icel mort,

(1) Voir l'Etude que j'ai publiée sur les Normands aux Antilles (août 1863). Paris, Achille Faure.

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