‹ Les navigations françaises et la révolution maritime du XIVe au XVIe siècle [microforme]Chapitre 35 sur 57 · STARTER AUS · texte numérisé non relu

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fut ouvert et fut trouvé plein de vers, et est chose certaine; et est si venimeuse que si ung homme dort à l’umbre du dit pommier, les ;yeux luy sortiront hors de la teste. — J'ai veu l’un de mes mariniers, pour avoir seulement touché des doigtz la dicte pomme, et touché des doigtz à sa langue, luy enfla la dicte langue aussi grosse que le bras, »

Le fait que Jean Alfonse rapporte ici, pour en appuyer un autre, confirme aussi ce qu'il a dit à propos d’un arbre des Indes, qu'il pense être le même que celui dont il a parlé, et qui est le mancenillier, en indiquant ainsi sa présence en ce lieu : « En ceste terre (première Inde) y a, dit-il, ung arbre qui a la feuille comme l'écorce toute verte, et a le fruit d’une belle monstrance, et quant ceulx de Alexandre en mangeoient, après mouroient, et s’ils se mettoient à l’umbre, ils devenoient aveugles et leur estoient les yeux aussy gros qu’ilz sortoient hors de la teste. Et ne vous esmerveillez pas de cecy, car je l’ay veu aux Indes occidentales, en la ville de Darien, et une autre ville qui est appelée Caramaiou et au port de Carthagène, et est le fruict comme pommes de paradis, et en a esté faict manger en ma presence à ung chien, et luy trouva l’on la pomme et le corps tout convertis en vers. »

Sans l'assurance toutefois de Jean Alfonse qu’il a visité ces parages, sans cette habitude de concision qui, chez lui, n’enlève rien à la vérité des faits, mais semble si peu du voyageur, rien chez un autre ne nous dirait qu'il était là. Cependant nous n'en pouvons douter; au contraire, nous sommes porté par cette réserve à croire qu'il a vu les pays où il ne

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s'indique pas. Si je ne craignais d’être long, j'en donnerais des preuves, comme de sa présence au golfe d'Uraba « où, dit-il, la mer ne croist point, et en la baie de Sainct Michel, la marée hausse autant qu’à La Rochelle. »

Il est après tout inutile d'insister sur la présence de Jean Alfonse dans les possessions américaines des Espagnols ou dans celles des Portugais; ce que j'en dis doit servir surtout à rappeler que les connaissances du pilote qui auraient dû étre le fruit d’une navigation libre, étaient la conquête laborieuse d’un vaillant soldat, faite malgré les peuples qui usurpaient l’empire de la mer.

Nous en avons une preuve positive dans l’emprisonnement que notre marin subit à Poitiers pour avoir pris des navires d’Espagne, et peut-être aussi pour le pillage de Porto Rico. — « Depuis cet aage (1528), les barbares et chrestiens, dit Thevet en parlant de cette île, ont souffert beaucoup de maux de l’incursion des Coursaires qui ont souventes fois mouillé l'ancre, bruslé et saccagé les habitans de l’isle, Jean Alfonse, Sainctongeois de nation, s’il estoit en vie, il scauroit bien qu'en dire, suivant le récit quil m'en a faict jadis, estant detenu prisonnier par exprès commandement du roy dans les prisons de la ville de Poitiers. » Dans les oscillations de François It'et de Henri IT, contraires au principe de la liberté des mers, comme il leur en arriva plus d'une fois, Jean Alfonse dut payer de sa liberté l’honneur d’avoir plus de fierté que son roi (1).

(1) Le 28 février 1547, par exemple, le roi consent et

C’est à cette prison que fait allusion le sonnet de Jean de Marnef.

Neptune avoit sur ses undes salées

Son gouverneur, Alfonse aventureux, Lequel dontoit avec ses naufs voilées

Ceux qui estoyent sur mer les plus heureux.

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Fortune lors, qui ses faits valeureux Avoit conduit au temps de sa jeunesse, L’abandonna et en lieu malheureux

Le rend captif en sa foyble vieillesse.

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