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Non pour cela cessa la hardiesse
De ce gentil capitaine de mer,
Car, estant hors de ces enfers, il dresse La voile au vent, ses vaisseaux faict armer,
rh Cab
nie:
En tous endroicts faict la mer escumer
De son grant bruyt, de ses pots flamboyans, De ses canons, dont prétant abysmer
Ses ennemys, du tout les foudroyans.
Lances à feu, poudres, grenats bruyans Braves souldartz, palottes, feu grégeois, Targes et dartz et corcelletz luysans Flottent sur mer dessoubz ce Sainctongeois.
accorde que « toutes lettres de marque et représailles obtenues
des marins françois à l'encontre des Portugais seront tenues en
suspens et surséance jusques au temps et terme de deux ans,
à la condition que le roy de Portugal donnera le même ordre ; pour ses sujets à l'encontre de ceux de France. Pendant ces deux
ans, la réparation des déprédations prétenduzs des deux côtés
sera poursuivie tant de celles pour lesquelles ils avoient des
lettres de marque, contremarque et représailles que autres, par
devant cinq juges et commissaires en la ville de Paris, pour en
juger en dernier ressort et sans appel. »
de Trembler de peur faict les princes et roys Par ses bouletz, ses vollans messagers.
Le citoyen et craintif villageois Sont assaillis par ses vaisseaux légers.
Estant ainsi garny de bons voiliers
En liberté par le congé du roy,
Et ne manquant d’armes ne bons guerriers Ne craignoit plus fortune et son arroy.
Nous avons ainsi sous les yeux un marin à la fois | homme de science et valeureux soldat, qui s’honore E assurément d’appartenir à cette armée navale dans | | laquelle se signalent les Jean de Porcon, les Hervé de Portsmoguer, les Pregent de Bidoulx(1). A l'occasion, n’en doutez pas, Jean Alfonse eût parlé aussi bien de la marine militaire qu’Antoine de Conflans | h qui, lui, ne voulait s’ingérer ni des routiers ni des È faits de navigage. Mais pour notre pilote rochelois, s’il sait faire sa besogne aux heures de combat, la science a quelque chose de plus élevé qui le touche davantage. Il sait d’ailleurs par expérience qu'il n’y a pas moins de danger dans les luttes contre la | nature que dans les guerres avec les hommes. |
En effet, si nous pénétrons plus avant dans sa vie É
se à l’aide de quelques livres et du manuscrit qu’il nous E ss a laissé, nous allons le voir se compléter par la part | Fe | qu'il prend en outre aux découvertes de son temps, | Li À ie et montrer en lui un ancêtre de ces découvreurs fran- | ons
tés çais du XVIIIe siècle qui s'offraient successivementen D
des sacrifice aux intérêts de la science et à ceux de l’État. D par n :
en (1) Batailles navales de la France, par Troude, capitaine de
vaisseau, publiées par P. Levot, bibliothécaire de Brest, | Li
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A cette époque, la science réclamait encore beaucoup d’efforts pour l'achèvement de l'exploration du monde. Après le compte fait des navigations exécutées depuis un siècle, Jean Alfonse lui-mème nous dit qu’il y avait 261 degrés de longitude de découverts, et que 99 restaient à découvrir.
Dans cette dernière partie, l'extrême nord et le sud présentent encore pour nous des problèmes importants. |
On a vu, dans l’Etude sur la navigation de Paulmier de Gonneville, ce que les cosmographes avaient imaginé de la configuration de la terre, au sud.
Mais qu’en savaient nos marins, qu’en avaient-ils vu, c'est ce que nous sommes d'autant plus curieux de connaître, qu’il nous est prouvé que le marin de Honfleur n'avait pas abordé le continent austral.
Ce ne sera donc pas sans un certain intérêt que nous lirons encore divers passages de la cosmographie de Jean Alfonse.
« La grand Jayve, suivant lui, est une terre qui va jusques dessoubs le polle antarctique et en occident tient à la terre australe, et du cousté d’orient à la terre du destroit de Magaillan. Aulcuns dient, ajoute-t-il, que ce sont isles, et quant est de ce que j'en ay veu, c'est terre ferme, et quant tout est
dict, tout le monde est en isles comme la terre et l'eau n'est que ung corps. La mer environne tout pour raison de force de bras de mer qu’il y a en la pomme de la terre. — Celle que l’on appelle Jayve minor est une isle, mais la grand Jayve est terre ferme. »
Ailleurs, Jean Alfonse, nous parlant encore de Java, joint à ceci une réflexion qui doit frapper :
« Et n’est pas decouvert au present plus avant que la Java | our raison des grandz froidz qui sont dessoubz le polle antarctique. — Toutes fois J'ay esté en ung lieu là où le jour m'a duré trois moys comptez pour la reverberation du soleil, et n’ay pas voullu attendre davantage de craincte que la nuict me surprint. »
Dans ces passages on remarquera sans doute avec moi les théories de Jean Alfonse sur le monde austral. Assurément, s’il est porté à penser, par ce qu'il a vu, que la grand Jaive est une terre ferme, que peut être cette terre qu'il place vers les 21° du pôle antarctique, si ce n'est la Nouvelle-Hollande?— Ainsi notre pilote aurait touché aux côtes de cette grande île avant les Portugais et les Hollandais, au moins antérieurement aux découvertes connues.
Toutefois je ne me permets guère que d’en faire la remarque, puisque Jean Alfonse ne donne pas de détails. — Il est vrai qu'il n’en fournit pas davantage sur les lieux où nous sommes instruits qu’il a passé par d’autres que par lui-même.
D'ailleurs, la réflexion qui suit me laisse trop incertain sur ce que j’en dois penser pour que j’insiste, ne sachant où il veut dire que le jour lui a duré trois mois comptez pour la réverbération du soleil.
J'ignore en effet s'il entend indiquer par là sa présence dans les mers australes, ou si c’est un raisonnement qu'il veut établir par une simple comparaison avec les froids qu’il a dû supporter dans des mers assez près du pôle nord pour que le jour lui durât trois mois.
La question a, dans les deux cas, une certaine gravité au point de vue de l’histoire ; mais je penche à croire que Jean Alfonse fait allusion à ses voyages au Nord, sur le terme desquels nous ne savons rien, et que, par conséquent, ce passage viendrait indiquer.
Ces voyages jusqu'ici sont le titre d'honneur du pilote Saintongeois. C’est par eux qu’il continue Cabot, Verazzano et Jacques Cartier; mais d’après les passages que j'ai cités, s’il est fait allusion au voyage de Jean Alfonse dans cette direction, il faudrait ajouter que ce marin, qui n'est nommé ni par Barrow ni par l'historien italien des découvertes arctiques, précède les Anglais de près de quarante ans dans le détroit de Davis, —ce qui serait une bonne réponse à faire aux allégations des écrivains de cette nation — sur notre indifférence à la recherche d’un passage aux Indes par le nord-ouest.— Voici les circenstances que nous avons à opposer encore à leurs assertions.
Onze ans après le premier voyage de Verazzano, Jacques Cartier, de Saint - Malo, avait inauguré l'annexion de la Bretagne à la France (août 1532) par la découverte du fleuve Saint-Laurent, en cherchant plus au nord le détroit que Verazzano n'avait pu rencontrer en suivant les côtes orientales de l’'Amérique. Cartier avait commencé son exploration de ce continent à la hauteur où le capitaine Florentin
avait fini la sienne. Il était allé de cap en cap, de havre en havre, pour y chercher ce fameux passage dont nous sommes censés ne pas nous être occupés ; mais ne le trouvant pas du côté de l’Acadie ni à la côte méridionale du Labrador, il était entré dans le Saint-Laurent.
L’illustre pilote Malouin avait pour cette entreprise fait deux campagnes. — Son premier départ avait eu lieu de Saint-Malo le 20 avril 1534, avec deux navires de charge, chacun de soixante tonneaux et montés de soixante et un hommes.
Son second voyage avait commencé le dimanche 16 mai, jour de la Pentecôte 1535, et nos marins rentraient en France le 16 juillet de l’année suivante.
Enfin, en 1540, le roi François I®' ayant entendu ce qu'avait rapporté Cartier de ses deux premiers voyages, et s'étant également entretenu avec les sauvages amenés par celui-ci, dont l’un, nommé Donnacona, était roi de Canada, avait résolu de renvoyer dans ce pays son pilote général avec Jean-François de la Roque, sieur de Roberval, nommé à cet effet gouverneur et lieutenant général des pays de Canada et de Hochelaga.— Cartier, dans cette nouvelle campagne, devait explorer, s’il était possible, le Saguenay, dont les sauvages avaient vanté à François I®' le sol et les richesses.
Les préparatifs de Roberval ayant duré trop longtemps, Cartier avait reçu ordre de prendre les devants. Il avait fait voile de Saint-Malo le 23 mai 1540, avec cinq navires bien fournis de vivres, — et il était allé se loger sur la rivière du cap Rouge, où, à ce qu'il paraît, les sauvages l’ennuyèrent fort, jusqu'à
ce que, lassé, au bout de dix-sept mois, de ne voir pas Roberval venir, ildécida des’en retourner.—Roberval, cependant, était parti de La Rochelle le 16 avril 1542 avec trois navires placés sous la conduite de Jean Alfonse. — Le lieutenant-général et Cartier se rencontrèrent au havre Saint-Jean; mais le pilote Malouin, malgré l’ordre que Roberval lui avait donné de l'accompagner, s'était dérobé aux regards pendant la nuit, et Roberval était demeuré seul avec Jean Alfonse.
En conséquence, ce qu’il eût demandé au pilote Malouin il en chargea notre Saintongeois, et il fit entreprendre par celui-ci les découvertes que le roi avait recommandées à Cartier.
L’exploration du Saguenay non-seulement occupa le lieutenant général, qui, en juin 1543, y envoya plusieurs barques, mais il songea plus encore à la découverte du chemin de la Chine.
La commission de Jacques Cartier disait que les terres de Canada et d’Ochelaga faisaient un bout de lP’Asie du côté de l'occident; Roberval, que Barrow et le comte Miniscalchi Erizzo représentent comme seulement occupé de la recherche de l'or et de celle d’un lieu pour s'établir (1), voulut savoir quelle distance et quels bras de mer pouvaient séparer le Cathay et l’île de Zipangu des lieux découverts par les sujets du roi. Ilchargea de cette mission Jean Alfonse, qui-s'éleva vers le nord.
Malheureusement nous n'avons su: cette entreprise que peu de détails résumés dans ce passage de
(1) Le Scoperte artiche. Venezia, 1855.
as l'Histoire de l'établissement de la foy, par le P. Chrestien al, Leclerc : « Le sieur de Roberval, écrit-il, entreprit 42 « quelques voyages considérables dans le Saguean « nay et plusieurs autres rivières. Ce fut lui qui enn- « voya Alfonse, pilote trèsexpert, Xainctongeois de [a- « nation, vers Labrador, afin de trouver un passage né | « aux Indes orientales, comme il l’espérait. — Mais int « Alfonse n'ayant pu réussir dans son dessein à an « cause des montagnes de glace qui l'empéchèrent « de passer plus oultre, fut obligé de retourner à te « M. de Roberval, avec ce seul avantage d’avoir défit « couvert le passage qui estentre l’île de Terre-Neuve roi « et la grande Terre du Nord, par les 52 degrés. »
Mais n’y a-t-il rien de plus à dire? — Sans doute Ha pa il peut fort bien se faire qu'il n’y ait pas eu d'autre CR ya avantage. — Toutefois, il ne faut pas compter pour 4 | la rien les dangers et les obstacles que Jean Alfonse doit ai Ù
avoir rencontrés dans ces mers, non plus que les en- Fe es | seignements qu’il peut en avoir tirés, en s'élevant à fl f de une certaine hauteur. Or, le phénomène de lumière | D ww dont il parle doit se rapporter aux régions situées vers $ ne le 72° degré nord, où les beautés, où les splendeurs UT le | de la nature, au milieu des extrêmes rigueurs qu'elle DIR is- lui faisait subir, obligeaient, trois cents ans après Jean à- Alfonse, le lieutenant Bellot, du port de Rochefort, : es à reconnaître que Dieu proportionne les jouissances (| €) et les émotions aux peines qu’il impose. af
N'est-ce pas aux flots de clarté inondant ces pa-
= rages, n'est-ce pas au magnifique spectacle du soleil ne se jouant au milieu de glaces souvent de sept à huit l cents pieds de haut, que font allusion les vers du o sonnet où il est dit de Jean Alfonse : ê
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En une heureuse route à nul autre commune, Et le jour desiré il veoit dessus sa hune Luire avec tous ses rais.…..
Pour que le poëte insiste sur ce point, il faut que Jean Alfonse lui ea ait parlé.
Je ne veux pas dire pour cela que, lorsque le pilote de Roberval fut obligé de revenir sur ses pas, il n’eut pas, lui aussi, à lancer quelques injures contre ces bancs de glace tax:iôr <:"auant, détonant de tous côtés, ou repoussant 50. ‘aisseau qui grinçait toutes les fois qu’il glissait contre leurs arêtes. Mais, comme le dit Maury, l’adi ration qr'inspirent les œuvres de la nature est incessamment iar1imée par les nouveaux horizons qui se découvrent. — Si l’astronome voit la main de Dieu dans les plaines célestes, le marin de même entend sa voix dans le concert des flots et sent sa présence dans chaque souffle de la brise.
Sans doute l'opinion que j’avance sur la présence de Jean Alfonse dans les hautes latitudes peut ressembler à une conjecture. Toutefois je crois qu'on ne pouvait laisser dans l'ombre le fait signalé par le pilote Saintongeois. Maintenant, d’autres apprécieront et décideront si Jean Alfonse n’a pas, ainsi que je le pense, précédé les Anglais Davis et Baffin dans ces mers où l’un de nos baleiniers, en 1830, le capitaine Foubert, de Granville, commandant le trois mâts le Comte d'Estourmel, pénétrait jusqu'au 75° 19’, c’est-à-dire 2 degrés au delà du terme où, en 1825, Louis-Antoine Guédon, commandant le Groënlandais, avait donné le nom de Dieppe à une petite île.
Quoi qu'il en soit, malgré son peu de succès, le problème d’un passage à la Chine par le nord ne cessa d'occuper Jean Alfonse, et la dernière partie de son Hydrographie laisse supposer qu'il chercha dans l'exploration des côtes orientales de l’Amérique le détroit que Verazzano avait tenté d’y trouver soixante ans avant les entreprises de John Smith, d'Hudson et de Champlain.
Déjà, en parlant de la rivière du Saguenay, il avait écrit qu'il semblait que ce fût un bras de mer, tant elle faisait un grand courant et un terrible ras. « Pour raison de quoy, dit-il, j'estime que ceste mer va à la mer Pacifique ou bien à la mer du Cattay. »
Plus loin, en parlant des terres de Canada et d’Hochelaga, il disait encore: « Ces terres tiennent à la Tartarie, et pense que ce soit le bout de l’Asie selon la rondeur du monde. Et pour ce il seroit bon avoir ung navire petit de soixante et dix tonneaux pour descouvrir la coste de la Fleuride, car j'ay esté à une baye jusques à 42 degrés, entre Norembegue et la Fleuride, mais n’ay pas veu du tout le fond et ne sçay pas s’il passe plus avant. »
Mais ses navigations ne s’arrétent point là ; il parle d'un « cap situé par les trente-six degrez, où il fut bien un jour et demy le cap à l’ouest, sans veoir terre jusques à la haulteur de trente et cinq degrez avec la dechette du compas. » Il parle aussi 'du « cap de la Fleuride, situé par les 27 degrez de la haulteur du polle artique, large de vingt-cinq lieues, et devant lequel il y a plusieurs isles de sable, et y a une bapture qui entre en la mer deux ou trois lieues de la terre ferme, et n’est non plus large à ung bout que à