‹ Les navigations françaises et la révolution maritime du XIVe au XVIe siècle [microforme]Chapitre 37 sur 57 · LÀ N · texte numérisé non relu

LÀ N

l’aultre, et dure plus de vingt lieues au long de la coste du nord-nord-est et sud-surouest, et entre la terre et la basse terre semble avoir belle mer, mais je ne peus jamais trouver entrée pour entrer au dedans. »

Telles sont les courtes notions que nous avons pu recueillir sur les navigations de Jean Alfonse dans l'Amérique du Nord. Tout y est vague, et s'y fait plutôt entrevoir que reconnaître, comme dans le reste de sa vie, et ce n’est que par le jugement même des navigateurs qui ont suivi que l’on peut apprécier ses actes, dont il parle si peu.

Ainsi, dans cet oubli de lui-même, nous ne pouvons trop faire attention à ces paroles d’un capitaine de vaisseau, dites près de deux siècles après, à l’occasion de la navigation du Saint-Laurent que Jean Alfonse avec Jacques Cartier a ouverte à l’Europe.

M. de Voutron, en 1716, commandant le Saint- François, écrivait de La Rochelle même, où avait habité Jean Alfonse :

« J’ay esté sept fois en Canada, et quoyque je m’en sois bien tiré, j'ose assurer que le plus favorable de ces voyages m'a donné plus de cheveux blancs que tous ceux que j'ai faits ailleurs.

« Dans tous les endroits où l’on navige ordinairement, on ne souffre pointet l’on ne risque pas comme en Canada. — C'est un tourment continuel de corps et d'esprit.

« J'y ay profité de l'avantage de connoistre que le plus habille ne doit pas conter sur la science.»

Siles difficultés de la navigation du Canada étaient telles encore après un siècle de fréquentation conti-

nue, quelles ne devaient-elles pas être au début, lorsque Jean Alfonse en écrivait le routier dans le plus grand détail.

C'est au retour de l'expédition avec Roberval, dans laquelle il semble avoir relevé les côtes du continent et parcouru l’intérieur du Saint-Laurent avec le plus grand soin, que notre pilote, âgé alors d'environ soixante ans, si nous supposons qu’il ait commencé à naviguer à douze ou quatorze ans, se délassa de ses fatigues en communiquant ses vues d'ensemble sur le monde qu’il parcourait depuis quarante-huit ans, ainsi qu’il nous le dit. Toutefois il n'avait pas encore fini sa carrière, car c’est, paraît-il, dans une course postérieure qu'il prit des navires espagnols et fut à cette occasion enfermé dans le château de Poitiers, d'où, suivant un des sonnets que j'ai cités, il lui fut permis de sortir, lorsqu'on n'eut plus à ménager les Espagnols.

Il est très-vraisemblable qu'il se distingua de nouveau contre eux, ainsi que le fait entendre le même sonnet. Mais si des actes d'homme valeureux lui sont communs avec bien d’autres marins, sa Cosmographie demeurait pour attester sa supériorité, sans que j'ose dire toutefois avec le sonnet de Saint- Gelays :

Mais le mas eslevé en signe de son nom Eslevera toujours dans le ciel son renom.

Ce que je crois pouvoir seulement avancer, c'est qu'en vue de faire rendre justice au marin de Saintonge, j'ai tiré de son manuscrit assez de renseigne-

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