‹ Les navigations françaises et la révolution maritime du XIVe au XVIe siècle [microforme]Chapitre 39 sur 57 · RE ND RARE. 2 CAM RTS AM SRE DE RSR ER EEE ARE SE RE NE · texte numérisé non relu

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ajoute : « Plaise au Seigneur Dieu qu'il nous fasse ainsy gouverner, que les ungs ne fussent pas plus foullez en la terre d'Europe que les aultres! »

Quel langage est-ce que celui-là, si ce n'est du plus pur Utopien! Et comment Jean Alfonse a-t-il vu la Chine, si ce n’est avec des lunettes d’Utopie du genre de celles qu’avait Rabelais généralement à son bonnet, mais qu’il descendaitsur son nez pour écrire la Lettre de Gargantua à son fils sur l'éducation, ou pour noter le Discours d’Hippothadée sur la femme forte.

Jean Alfonse, que son expérience, son savoir, ses découvertes avaient fait un des principaux marins de François Ie, était donc aussi bien réellement pilote du prince Pantagruel, et ce double titre expliquera sans doute pourquoi j'ai donné tant de place à un homme presque nouveau dans l’histoire, mais qui a le mérite, selon moi, de résumer dans son Hydrographie toutes les grandes questions de son temps.

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N° +) près avoir exposé en détail les divers "4 points sur lesquels la discussion était & nécessaire, pour établir ce qui est vrai ou >> seulement probable et en distinguer ce qui n'était ni l’un ni l’autre, résumons ce travail et voyons d’un coup d'œil, s’il est possible, quelle a été la part prise par notre pays, du XIVe au XV: siècle, dans ceseffortsqui, selon les termes de M. Michelet (1), assurèrent le globe de sa sphéricité et démontrèrent cette merveille physique de l’eau uniformément étendue sur une boule où elle adhère sans s’écarter. Trois époques se partagent cette première période, où l’émulation des puissances maritimes de l'Occident va commencer à découvrir dans sa véritable grandeur ce monde que les siècles précédents réduisaient à de si petites proportions.

Un p'emier mouvement antérieur à l'action des Portugais et à celle des Espagnols se produit chez

(1) La Mer, page 286.

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nos marins sous Charles V, et son impulsion se continue sous Charles VI.

Contemporaine des découvertes des Portugais et des instances de Colomb auprès des cours de Portugal et d'Espagne pour chercher un passage aux Indes par l’ouest, la seconde époque s'annonce sous Charles VIII par des faits moins certains que ceux de la première, mais leur vraisemblance ne permet point de les passer sous silence.

Enfin la troisième époque, postérieure aux premiers succès de Colomb,de Gama et de Cabot, comprend les règnes de Louis XII et de Frau:çois Ier,

Dans cette série de faits, où notre pays va manifester son courage et son intelligence dans une car-

‘rière nouvelle, Paris et les quatre amirautés de France ont leur rôle.

D'abord , l’Université de Paris, représentée par les savants prélats sortis du collége de Navarre, Nicole Oresme, évêque de Lisieux, et le cardinal Pierre d’Ailly, archevêque de Cambrai, posent le programme de la révolution maritime; ils avancent que les terres au sud de l'Afrique peuvent être traversées et habitées, et qu’il doit y avoir à l'ouest des terres inconnues.

La recherche d’un passage aux Indes dans cette double direction devait donner aux Portugais et aux

Espagnols l'honneur d'avoir révélé cette vérité.

Mais la relation de la conquête des Canaries par Béthencourt démontre que nos Français ne furent pas étrangers aux pensées qui menèrent Barthélemy Diaz au cap de Bonne-Espérance, et par la suite Vasco de Gama (lans l’Inde. — D'un autre côté, l’ex-

trait d’une lettre de Colomb lui-même témoigne que Pierre d’Ailly fut une des autorités dont, l'imprimerie aidant, il s'est inspiré et appuyé pnur chercher par l’ouest un passage à la Chine, rec:.erche qui eut pour conséquence imprévue la découverte de Amérique.

Les Français servirent donc, par leurs théories sous Charles VI comme par l'établissement des îles Canaries, la fortune et les nouvelles destinées de l’Espagne, si étroitement liées au développement de la puissance Européenne dans le monde.

Leur rôle ne se borna pas là. En dehors de la pensée d’un passage aux Indes, qui devait être le mobile constant et le guide logique des découvertes, il n'était pas impossible que d’autres motifs, certaines circonstances , les hasards des vents ou des courants, eussent déjà porté des navires aux côtes d'Afrique et d'Amérique, avant que les Portugais et les Espagnols y eussent pénétré. La Providence pouvait produire ces événements pour exciter et encourager les marins d'Europe à pousser plus loin que les limites dans lesquelles ils restaient enfermés, en les obligeant à comparer les théories en crédit avec la réalité qui s’offrait à eux.

Ainsi nous pouvons regarder comme vraisemblable la réclamation que font nos Basques d’avoir découvert au XIV*siècle Terre-Neuve et les côtes du Labrador, dont le nom, qui signifie en espagnol laboureur, a une singulière analogie avec celui du pays de Labcur. La découverte des Rochelois dans les mêmes parages vers 1488, et celle du Dieppois

Cousin au Brésil à la même époque, n’ont également rien d’improbable.

. Néanmoins, il n’est pas permis à l’histoire de s'en tenir à des assertions plus ou moins vagues.

L'heureuse rencontre faite par M. Lucien de Rosny du mémoire confirmant, complétant et corrigeant la relation de Villaut de Bellefond sur les découvertes des Normands aux côtes de Guinée avant les Portugais, doit exciter les hommes d'étude à ne pas perdre de vue dans leurs recherches les allégations des Basques, des Rochelois et des Normands sur leurs premières découvertes en Amérique et dans l'Inde.

Toutefois l’altération aujourd’hui démontrée du procès-verbal du capitaine de Gonneville doit faire comprendre suffisamment qu'il n'est pas sage d'accepter des traditions et des ouï-dire sans preuve, puisqu'il ressort du texte vrai de ce procès-verbal que le pays découvert en 1504 par Paulmier de Gonneville n’est, comme on l’a dit, ni la Nouvelle-Hollande, ni une terre sous les Moluques, ni la Virginie, ni Madagascar, mais une partie du Brésil, vers le pays des Goaitacazes.

Le manuscrit que nous avons trouvé nous offre du moins l'avantage de pouvoir justifier notre marine du reproche que les historiens lui ont adressé jusqu'ici d'avoir été longtemps indifférente aux découvertes de l’Europe dans les deux Indes.

Si l'on ne peut soutenir avec arsurance que les Français y ont précédé les Espagnoi: ou les Portugais, on ne saurait contester que l’entreprise de

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Gonneville, dont le souvenir erroné a déterminé réellement la découverte des Terres Australes, donne aux traditions dieppoises relatives à Cousin un plus grand caractère de vraisemblance. En effet, le texte du procès verbal de 1505 indique nettement que nos Français connaissaient le Brésil sous ce nom avant 1504, et qu'il n’a pas dépendu de notre capitaine normand qu'il n'allât faire de plus amples découvertes aux côtes où il avait précédé la grande expédition espagnole de 1508.

Il est donc constant que nos Français n'ont pas été plus indiflérents à la découverte des Indes méridionales, comme on appelait alors l’Amérique du Sud, qu’ils ne sont demeurés étrangers à la recherche d'un passage à la Chine par le nord ouest, nonobstant les assertions des Anglais, qui semblent vouloir s'en donner le principal honneur.

Et de fait, lorsque l'entreprise de Magellan eut démontré la longueur du chemin vers les régions orientales par le sud-ouest, Jean Verazzano reprenait sous le pavillon de France, avant l'Espagnol Estevan Gomez, l'idée de la route du nord-ouest, abandonnée depuis plus de vingt ans comme trop périlleuse.— 11 découvrait ainsi les côtes orientales de l'Amérique du Nord jusqu’au 50° degré de latitude.— Jacques Cartier, après lui, poursuivait la même entreprise, et, en cherchant un passage à partir de ce degré, pénétrait dans le Saint-Laurent jusqu’à Montréal.

Après ces deux marins, partis l'un de Dieppe, l'autre de Saint-Malo, Jean Alfonse, de La Rochelle, toujours sous l'impulsion de la même idée, s'élevait à une hauteur « où le jour lui durait trois mois comptez

pour la réverbération du soleil », c'est-à-dire vers le 72° degré de latitude nord.

Le souvenir de ces entreprises, présenté dans les études précédentes avec des preuves qu’on n'avait pu fournir jusqu'ici, montre l'injustice des reproches de John Barrow et de Desborough Cowley. — L'on ne ” peut plus douter aujourd’hui que nos marins n'aient eu la plus grande ardeur pour la recherche de la Chine par le nord-ouest. — Bien plus, on peut voir dans les livres de Rabelais l'intérêt que le pays entier prenait à ce problème, puisque l’ancien moine de Fontenay-le-Comte faisait du passage du nord-ouest celui des pilotes de Pantagruel, qu’il y représentait obtenant en peu de mois le bonheur que le capitaine Mac-Clure n’a conquis que par plusieurs années de ces misères et de ces dangers avec lesquels on paye l’honneur d’inscrire son nom dans l’histoire de l’humanité.

La marine Française de cette époque a d’autres titres encore à la considération de l’histoire

La découverte des deux Indes par l'Espagne et par le Portugal ne profitait qu'indirectement à l’Europe par l'effet des bulles de la cour de Rome, qui concédaient à ces deux puissances les terres et les mers dont leurs marins étaient estimés avoir fait la première découverte. L'Espagne et le Portugalsemblaient ainsi n'avoir révélé la grandeur du monde que pour le confisquer à leur avantage. Mais la France, la première des nations Européennes proteste par ses actes, par ses écrits, contre les prétentions exclusives du Roi Catholique et du Roi Très-Fidèle. — Elle soutient que la mer est commune, et fait pressentir par là l’article secret du traité de Vervins par lequel elle

obtiendra verbalement la première concession de l'Espagne au double privilége réuni sur la tête de Philippe III. Cette première concession, bientôt suivie de la trêve conclue entre l’Espagne et les Provinces-Unies, à l'occasion de laquelle les ambassadeurs de ce prince déclareront qu'ils ne cèdent par écrit la même faveur aux Hollandais que parce que la France leur force la main, cette première concession ouvrira la brèche par laquelle toutes les nations de l'Europe entreront en possession de la navigation et du commerce des deux Indes. Ce sera là pour l’Europe comme une seconde découverte des pays baignés par l’Océan, et celle-là sera due sans contestation à la France, malgré les prétentions des Hollandais. Tels ont été le rôle et l'influence de notre pays dans la révolution maritime qui s'opère du XIV: au XVI* siècle.

Nous n’en voyons, il est vrai, qu'’imparfaitement le tableau, parce que les documents, dispersés de tous côtés, nous échappent; mais en ajoutant aux parties connues maintenant les détails que nous permet de saisir l’Hydrographie de Jean Alfonse, qui semble l’expression de la science et de l'expérience de nos marins à la mort de François Ie", nous sommes, je crois, autorisés à penser que notre pays s'est tenu alors à la hauteur de toutes les questions, au courant de tous les progrès maritimes, et y a eu une part d'action digne de lui, malgré les assertions contraires, auxquelles seulement a pu donner lieu la négligence de nos historiens.

Aussi, lorsque les dissensions intérieures et les longues guerres étrangères qui ont déjà par trois fois

interrompu nos triomphes dans ces premiers temps laisseront un peu de répit à nos marins et à nos savants, nous pouvons être assurés que notre pays saura retrouver dans son sein des hommes prêts à poursuivre la solution des problèmes présentés du XIV* au XVI: siècle,

Dans cette poursuite, la France montrera plus de grandeur encore qu'il n’a été donné d'en apercevoir dans les commencements que je viens d’exposer, quoique nous voyions ici des savants, des lettrés et même des poëtes parmi ces marins, tous hommes d'entreprise. L'histoire de notre action dans les pays d'outre-mer au XVII: et au X VIII: siècle est réellement admirable, sans étre pourtant plus connue. Mais les documents moins dispersés, plus nombreux, déjà réunis par moi sur l'ensemble de cette action, me permettront sans doute, avec l’aide de Dieu, de faire rendre justice au rôle de notre pays dans les régions lointaines, comme au dévouement qu'y ont déployé pour ses intérêts quelques-uns de ces hommes dignes rivaux de ce que l'Espagne, le Portugal, la Hollande et l'Angleterre ont produit de plus illustre.

PIi&RRE MarGry.

Paris, ce 8 décembre 1866.

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ans le livre qu'on vient de lire j'ai cru devoir me borner à présenter de nouveau des ques- #2 tions que l’on jugeait à tort résolues, ou d'autres que l'on estimait insolubles ; il m’a aussi paru nécessaire de ne considérer que les aspects généraux du rôle de la France dans l’ensemble des actes qui constituent eux-mêmes le fait, d'un intérêt universel, que j’ai appelé la Révolution maritime du XIVe au XVIe siècle ; je me suis également abstenu de m'appesantir sur ce que l'on sait. Maïs au milieu de cette enquête, certains

événements, certains hommes dont j'ai parlé peuvent

être éclairés encore par la connaissance de quelques

détails intéressants; il est, en outre, des particularités sur les uns ou sur les autres propres à piquer la curiosité. Par cette raison, vraisemblablement , les notes qui

suivent ne paraîtront pas une annexe inutile à cet ou-

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lo» été découverte avant Christophe Colomb ; mais il n’est pas plus possible de contester que c’est de Colomb seulement que date le mouvement de l'Europe vers ce nouveau continent, où le prestige de la végétation des Antilles, les richesses minérales du golfe du Mexique et la croyance que le Nouveau Monde était l’Inde présentaient autant de circonstances bien capables d'attirer l'attention de tous les peuples, tandis que les entreprises des Norwégiens comme les navigations des Zeni et celles des Basques

à la suite de Jean de Echaïde (1) demeurèrent des faits isolés ou d’un intérêt simplement local.

Aussi, lorsque l’on observe qu’à côté des erreurs qui furent pour beaucoup dans l’heureux succès de. Colomb, les avantages qu’on devait tirer de ses entreprises furent dus surtout à la puissance de son caractère, à l'ardeur de sa foi, à sa constance inébranlable, il faut que l’amour-propre des autres nations, même si l'on admet leurs réclamations *s’incline devant l'action de cet homme qu'on peuluregarder comme un des élus de la Providence. Un jour, Mrne de Maintenon venait de raconter comment dans son enfance, allant à la Martinique, elle avait été crue morte et sur le point d'être jetée à la mer. « Ma-

(1) Dictionnaire géographique et historique de l'Académiede Madrid, t. [1,p. 313, cité par Don Martin Fernandez de Navarrete. La Terre de Labrador, d’après M. Parkman, s'appelle ainsi parce qu’en 1 500 Cortereal en tira une cargaison d’Indiens pour esclaves. Cette explication, à moins qu’elle ne soit du découvreur même, ne me satisfait pas. Or, quoique je sache que le nom de pays de Labour, et mieux de Labourd, venant selon les uns de Lapurgs selon les autres du mot basque Lapurdi, loin de comporte”. dée de labourage, signifie d’après M. de Marca, dans son Histoir! de Béarn, un pays désert et ouvert aux voleurs, et d’après quelques écrivains une terre de pirates, n'est-il pas possible de conjecturer, à l'appui de la tradition de la découverte du Labrador par les Basques, que les Espagnols et même les Portugais auraient traduit par ce nom celui de la Terre de Labour donné primitivement, peut-être par les Basques, à cette partie de leurs découvertes, et auraient ainsi confirmé leur priorité en acceptant ce nom altéré d’après la signification apparente que lui donne son rapport de son avec le mot français ?

dame, dit l’évêque de Metz, on ne revient pas de si

des

loin pour rien. » Une telle parole semble s'appliquer eurs encore mieux à Colomb, qui, servant sous les ordres s de. de son parent Colombo il Mozo, neveu de l'amiral en- de ce nom, avait failli périr dans un abordage où son ca- navireet la galère vénitienne qu’il avait accrochée s’'enran- flammèrent. Obligé de se lancer dans l’eau, Colomb ons, rencontra heureusement sous sa main un aviron, dont line il s’aida, et, comme Suffren dans son naufrage aux rder Fromentières, il sut ainsi regagner le rivage, quoiur, qu’il fût éloigné du théâtre du combat de plus de deux ans lieues. Le fils de Colomb dit que le combat livré par été le capitaine génois aux quatre galères vénitiennes a- # s'était engagé sur les côtes du Portugal, et que ce fut 4 ainsi que son père aborda dans un pays où devait comdrid \ « mencer la grande mission qui l'immortalisa. Washingie ton Irving assigne une autre époque à cet événement. cé Quoi qu'il en soit, l'événement et le fait de salut extraes. ordinaire de Colomb n'en subsistent pas moins, et l’on me , y peut voir l’action de la Providence, réservant cet s de homme pour des actes qui paraissaient impossibles brute sans elle, ainsi que Colomb l'avouait lui-même, loin dée de s’en attribuer le mérite. « Le Seigneur, disait-ilà ce * de sujet, accorde aux hommes ce que l'intelligence hu- 116$ maine ne pouvait concevoir ni attendre, parce que veu Dieu écoute quelquefois les prières des serviteurs qui ser suivent ses préceptes même dans les choses qui pa-

bre raissent impossibles. »

ent Par cette raison, à mes yeux, l'appréciation la plus s la juste des conditions dans lesquelles les nations se le trouvent à l'égard de la mémoire de Colomb, nous a

été donnée dans les Problemata physica, « Atnunc quibus

te laudibus efferam, Christophore Columbe,» dit Cardan, « non familiæ tantüm, non Genuensis urbis, non Îtaliæ provinciæ, non Europæ, partis orbis so- Im, sed humani generis decus! »

C’est avec cette pensée, sans doute, que Moreau de Saint-Méry, en 1783, s'enquérait du lieu de sépulture de Colomb à Santo-Domingo. — L'auteur du remarquable livre sur notre ancienne colonie de Saint-Domingue rendait’ ainsi un pieux hommage à la mémoire d’un homme qui a tant fait pour le monde, tout comme S. A. le duc de Monpensier, lorsque, de 1854 à 1855, il arrachait à une ruine totale le couvent de la Rabida, près de Palos de Moguer, où le grand découvreur venait demander une bouchée de pain pour lui et son jeune fils, et où il trouva dans le prieur Juan Perez de Marchena un avocat constant de ses projets auprès d’Isabelle la Catholique (r).

C'est avec les mêmes sentiments que j'ai placé en téte d'une publication essentiellement française la copie d’un croquis représentant le triomphe de Colomb, tracé de sa main même.

Lorsque M. Jal en a pris un fac-simile à Gènes, à

(1) La cellule de Juan Perez est aujourd’hui décorée des tableaux représentant le départ de Colomb de Palos, son arrivée au couvent, etc. L'église a été rendue au culte par les soins du fils du roi Louis-Philippe, comme si le prince s’était rappelé que son père et son oncle, dontil porte le titre d’apanage, avaient cherché un asile dans ce continent où le nom de la Nouvelle-Orléans rappelle l’action du Régent. La croix de fer de Pinzon a été aussi replacée à la porte du couvent. J'aurais souhaité que M. le comte de la

me

la fin d’octobre 1834, ce croquis se trouvait dans la salle des délibérations des Décurions génois, renfermé dans une cassette avec trois lettres autographes de Christophe Colomb écrites en espagnol, et le recueil relié des cédules royales manuscrites que l’amiral de l'Océan tenait de Ferdinand. Ce croquis forme la pièce la plus précieuse de ce volume, envoyé de Séville, en 1502, par Christophe Colomb aux nobles seigneurs de l’office de Saint-Georges.

Je donnerai ici les détails fournis sur ce croquis par M. Jal, en rappelant que c’est à lui que l’on en doit une première publication dans la France maritime.

« Le dessin de Christophe Colomb n’est pas grand, ditcetécrivain(r) :ilest enfermé dans un encadrement de dix pouces de largeur environ sur huit pouces de hauteur. Au milieu de la composition est le héros, assis dans un char dont les roues à palettes tournent dans une mer clapoteuse où des monstres, représentant sans doute l’Envie et l’'Ignorance dont il fut poursuivi, se montrent à peine (monstri superati, comme dit l'inscription); à côté de Colomb, la Providence;

Bouère, dont les portefeuilles renferment de si belles vues d’Espagne si largement et si fermement peintes par lui, nous eût donné cette année à l'Exposition de peinture, au lieu d’un tableau de l’AIhambra, la représentation de Palos et du couvent de la Rabida. Les souvenirs qui se rattachent à ce couvent sont assurément de nature à toucher un parent d’Ogeron de la Bouère, le fondateur de la colonie française établie sur la côte de Saint-Domingue, découverte par Colomb.

(1) De Paris à Naples, 1836, t. Ier, p. 257.

devant le char et le traînant comme feraient des chevaux marins, la Constance et la Tolérance; derrière le char et le poussant, la Religion chrétienne; en l'air au-dessus de Colomb, la Victoire, l'Espérance et la Renommée. »

Ainsi voilà huit figures tracées, combinées, disposées pour le sens que Colomb veut donner à sa pensée ; et de peur que l'on ne doute de ses intentions et de l'authenticité de sa parole traduite par le dessin, il écrit à côté de chaque figure le nom de chaque personnage, il charge la marge de son tableau d'indications pour le peintre, futur traducteur de son esquisse, et dans un angle il appose sa signature hiéroglyphique

Xpo.FERENS. (1)

avec une note par laquelle il avertit que c’est de ces caractères que Christophe Colomb signe tout ce qu’il écrit...

Voici les annotations explicatives dont Colomb accompagna son croquis. Elles sont en italien et de sa main, ce qui donne à ce merveilleux autographe toute la valeur imaginable, — D'abord les noms des

(1) Les mots dont nous n'avons ici que les initiales sont : « Supplex servus altissimi Salvatoris Christi, Mariæ, Yosephi, Christoferens. » Colomb, dans cette traduction de son nom, semble dire «portant pour le Christ », tandis que Stradano le représente à l’avant de son vaisseau, portant le Christ sur son étendard , par allusion à la légende du saint.

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personnages... Colomb, la Tolérance, la Constance, la Religion chrétienne, la Providence, la Victoire, l'Espérance et la Renommée. La Renommée a deux trompettes, non qu'elle ait celle que Voltaire prête à la déesse par une indigne supposition; — ces trompettes ont leurs étendards, sur l’un desquels est écrit Genoa, sur l’autre Fama Columbi..….

Maintenant les indications des attributs : « Tolérance : vieille coiffée d’un bonnet, sera dans l’attitude de quelqu'un qui porte sur l'épaule un poids de pierre, ou autre chose semblable. » On voit que Toleranza comme l’entendait Colomb n'est pas l’indulgente vertu recommandée par la loi chrétienne, mais une qualité qui ressemble à la Force; allusion, je pense, aux fatigues qu’il dut supporter (tolerare) pour arriver à son noble but.

« Constance : avec une haste à la main gauche et dans l’action de s'appuyer dessus; la main droite élevée avec le doigt indicateur arrivant jusqu’au front sera posée sur cette base carrée, » Cette base sur laquelle Colomb établit la Constance, c'est son inébran- Jable fermeté à poursuivre les plans longtemps mûris sous son front. La pique au repos, c'est sa constance à rester armé et prêt à combattre pour ses projets sans cesse attaqués et toujours debout.

« Religion chrétienne : vêtue d’une robe de lin, sur laquelle sera passée une chappe; la tête voilée; sur sa tête le Saint-Esprit sous la forme d’une colombe; dans une main un calice avec l’h: ‘‘*, et un livre dans l'autre; s'il se peut faire, une croix, » L'artiste aura à choisir entre les attributs trop nombreux dont Christophe a doté ce personnage.

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