‹ Les navigations françaises et la révolution maritime du XIVe au XVIe siècle [microforme]Chapitre 40 sur 57 · PER · texte numérisé non relu

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« Providence : deux têtes comme Janus, avec deux |

clefs, et à la main le timon ; sous ses pieds un globe. » Je ne comprends point les deux clefs, à moins que ce ne soient celle de l’Ancien Monde et celle du Nouveau. Quant à la double tête, c’est une idée analogue à celle qui avait donné cent yeux au vigilant Argus. La Providence voit également derrière et devant elle. — Le timon qu’elle tient de sa main gauche, c'est celui du char naval où est Colomb. Elle gouverne le navire, dont son bras droit livre la voile au vent. C’est Christophe qui tient l'écoute de cette voile, aidant ainsi par son expérience et son savoir aux vues de la Providence.

« Colomb : vêtu à la civile, avec un manteau autour du corps, tenant d’une main le bâton de général et de l’autre la corde de la voile; sous ses pieds un globe où sera écrit : les Indes. L'œil attentif dans la direction où marche le char. » Pourquoi vêtu à la civile, je ne l'ai pas deviné. Serait-ce parce que le custume civil est plus humble que le costume guerrier? — {1 faut remarquer que Colomb n'a point dit « vêtu à l’espagnole » : c’est qu’il aimait Gênes et qu'attaché au service de Ferdinand il n'avait point oublié qu’il était Génois. D'ailleurs c'était pour la gloire de sa patrie autant que pour la sienne qu'il voulait élever ce monument, sur lequel le mot Genoa est inscrit au-dessus de cet autre : Colombo.

« Victoire : jeune, vêtue de blanc, avec une chlamyde jaune; de la main droite elle tiendra une couronne de laurier, de la main gauche une palme; — elle a des ailes. »

Renommée : jeune, couverte de vêtements légers et

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diaphanes, sonnant d'une ou deux trompettes, couronne: d'olivier. Elle a deux grandes ailes toutes pleines d’yeux et d’oreilles, de bouches et de langues, » Ce dernier détail embarrassera probablement le peintre; il est plus poétique que pittoresque, et j'y trouverais une preuve de l'authenticité de cet autographe, si, après l'avoir regardé plus d’une minute, j'avais pu garder quelques doutes. Colomb a dû avoir cette idée toute dantesque ; un artiste qui pense, en créant, à l'effet qu'il veut produire, l'aurait tout de suite repoussée. Vous voyez la Renommée jeune, et jeune la Victoire.—Cette intention me paraît trèsjolie : — Victoire récente et fraîche renommée. Colomb ne voulait pas se flatter.

« Espérance : très-jeune, vêtue de vert, couronnée de fleurs ; tenant une ancre d’une main et de l’autre montrant le chemin à Colomb. » Aucun de ces symboles n’est nouveau, mais Christophe n’avait rien à inventer ici. Cette figure accessoire, il l'a prise à la tradition mythologique afin d’être entendu de tout le monde; il se serait bien gardé de raffiner , il n’en était pas à courir après les petites finesses des coureurs de sonnets.

Tel est le projet du triomphe de Colomb dessiné par lui-même.

L’apothéose du grand découvreur a pu tenter plus d'une fois les peintres américains, et cette année même nous voyons à la seconde exposition universelle de Paris un tableau sur ce sujet, par le gendre de M. Papineau, chet de l'insurrection française en

Canada, en 1837. | . Quel que soit le talent de M. Bourassa, combien ne

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