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AUX CÔTES DE GUINÉE. 2t
le Nouveau-Monde, comme par les révolutions qu'elle a engendrées et par son émancipation, qui, à leur suite, lui permet de prétendre aux mêmes avantages que la race blanche, habituée à la regarder en esclave.
A mes yeux, ce sont là des motifs qui donnent de plus en plus le désir de connaître l'époque précise des premiers rapports entre les deux races, et si c'est à la France, si c’est au règne de Charles V, qu'on doit en partie cette initiative dont les résultats ont été tellement mêlés de bien et de mal.
Sous la préoccupation de ce désir, j'ai songé à porter la lumière dans l'obscurité où nous nous débattons en faveur de la tradition française, et à montrer quel a été notre point de départ à nous-mêmes dans la grande révolution qui se préparait alors.
[1 faut le dire d'abord, ce ne sont pas nos Français qui ont les premiers revendiqué pour eux la priorité des découvertes au-delà du cap Bojador avant les Portugais, ce sont des étrangers, et quand les Français ont commencé à en parler, — ils ne l'ont fait que d’une manière sommaire, très-insuffisante. — Là même a été une des causes qui ont entretenu depuis deux cents ans le procès que nous avions dès lors, sans aucun doute, les moyens de vider.
A la tête de ceux qui soutiennent la priorité des découvertes des Français au delà des limites que les anciens n'avaient osé franchir, figure le docteur Samuel Braun, qui fit de 1611 à 1620 trois voyages en Guinée, et à qui des nègres d’un âge très-avancé racontaient, en 1617, les faits qu'ils tenaient de leurs grands-pères, dont les pères vivaient lors du premier établissement des Portugais. D’après ces traditions, nos Français avaient précédé de beaucoup ces derniers au comptoir de la Mine (à la côte d'Or). Je ne parle pas du roi nègre que Braun, en 1614, rencontra au cap Monte (côte de Sierra Leone), parlant trèsbien le français, puisqu'il y a eu des rapports de nos marins avec les noirs au XVI: siècle, et qu'ils se continuaient. , |
Plus tard, en 1643, l’hydrographie du père Fournier rappelait qu'avant que les Portugais nous eussent enlevé la Mine, toute la Guinée était remplie de nos colonies, qui portaient les noms des villes de France d’où elles étaient sorties.
On lit ensuite dans la description de l’Afrique, publiée en hollandais par le docteur Olivier Dapper, que différentes dates, placées en plusieurs endroits, démontraient l'ancienneté de notre établissement au château de la Mine. — Par exemple, une batterie en ruines, restaurée quelques années auparavant, était nommée la batterie de France, parce qu'elle était de construction française et que les Français, suivant ce que disaient les indigènes, étaient établis en ce lieu avant les Portugais. —- A l'appui de cette assertion, les Hollandais avaient trouvé le millésime de
l'an treize cent, malheureusement les deux derniers chiffres n'avaient pu être reconnus.
Dans une petite chambre du fort, il existait aussi une autre inscription gravée sur pierre, entre deux vieux pilastres, mais presque entièrement effacée et conséquemment illisible, tandis qu’au magasin ou bâtiment des vivres on voyait qu'il avait été bâti en lan 1484, sous Jean IT, roi de Portugal , ainsi que le manifestait le millésime placé au-dessus de la porte, lequel était encore aussi net et aussi entier que s’il remontait seulement à quelques années : d’où il fallait conclure, suivant Dapper, que les autres dates mentionnées précédemment devaient être beaucoup plus anciennes.
Enfin, en 1669 et en 1670, le sieur d’'Elbée, commissaire général de la marine aux Iles et à la côte de Guinée, remarquait le long de Ceberé (Riocobus) et proche de là, entre la côte d'Ivoire et la côte d'Or, un château appartenant aux Hollandais, que l’on appelait Saint-Antoine d'Axim.— Il paraissait assez bien bâti, et l'on avait assuré au sieur d'Elbée qu’autrefois il avait été aux Français, que même il y avait eu sur la porte de ce château les armes du roi de France, qui avaient été ôtées par les Hollandais il y avait sept ou huit ans.
A ces documents déjà cités par divers écrivains, il faut en ajouter un resté manuscrit, Le capitaine Gabriel Ducasse, dans sa relation du voyage qu'il fit en Guinée deux ans avant sa nomination au gouverne: ment de Saint-Domingue, confirme avec quelques particularités de plus tous les faits avancés par Dapper au sujet du poste de la Mine.
« L'opinion commune des gens originaires du pays, dit-il, est que ce sont les Francois qui l'ont basti et ont fait les premiers la découverte de cette
coëte avec quatre vaisseaux. [ls en racontent des par-
ticularités qui paroïissent fabuleuses et que les Francois ont séjourné longtemps sur les lieux, que cette forteresse a esté donnée par une fille de France en mariage à un infant de Portugal. Ce qui est certain, c'est qu’il y a une batterie appelée de France de temps immémorial, et qu'après la conqueste (1637), les Hollandais voulant relever des travaux, on trouva des pierres où il y avoit escrit dessus année 13, le reste se trouvant miné, et comme il n’y a que la nation françoise qui prononce année, cela confirma les gens dans l'opinion des nègres. Outre ce que disent les nègres de la Mine au sujet des Francois, ceux de Commendo assurent que les premiers blancs qu’ils ont vus sont eux et qu’ils ont resté dans leur pays très longtemps, et y sont tous morts dans la suite, et montrent le lieu où ils ont esté inhumez, disant mesme en avoir conservé des titres pendant la succession des divers roys, mais que leur pays ayant esté saccagé et bruslé, et leur roy tué par une guerre qu'ilseurent contre le roy d'Adomey, ils se sont perdus.» — « Cette antiquité, ajoute Ducasse, ne s’accorde pas avec l’histoire du Portugal, portant qu’en l’année 1441 le nommé Tristan, envoyé à la découverte, n’alla que par 20 degrés, d’où l'on doit inférer que la Guinée estoit découverte auparavant, et que ce qui estoit inconnu aux Portugais ne l’estoit pas aux Francois. »
Le traité conclu, le 1 5 décembre 1587, par Ducasse avec le roi de Commendo, qui cédait aux Français le
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village d'Aguitagny, rappelait en ces termes les anciennes relations des rois de la Côte-d'Or avec les Français.
« Amoysy, par la divine Providence roy et souverain de Commendo, fils et légitime héritier de feu Asyfy, roy et souverain du mesme royaume.
« La tradition s’estant toujours conservée depuis plusieurs siècles de l'amour et de l'affection qu: les roys mes prédécesseurs ont eus pour la nation françoise, et les témoignages que tous mes sujets rendent de la douceur que leurs ancêtres ont goûtée pendant le séjour des François sur cette coste, qui a esté de plus d’un siècle...., avons donné, cédé à perpétuité. en faveur de Sa Majesté, le village d'Aguitagny au bord de la mer...
« La présente cession ayant esté acceptée par le sieur Ducasse, — un des officiers de Sa Majesté estant à présent sur cette coste de Guinée avec un vaisseau de guerre. »
Si constantes que fussent ces assertions en faveur des Français réclamant l'honneur d’avoir devancé les Portugais dans la découverte de l'Afrique, quelque appuyées qu'elles fussent par le dire des indigènes et des autres Européens, elles ne suffisaient pas à la critique, qui pouvait, avec raison, représenter qu'au XVI et au XVII° siècle il y avait eu des compagnies de commerce aux côtes de Guinée, et que les traditions avaient sans doute une origine plus récente qu'on ne supposait. La critique pouvait donc, avec raison, exiger des détails plus circonstanciés, des faits plus précis,
C'était probablement ce qu'avait senti un sieur Villaut de Bellefonds, auteur d’une Relation des côtes d’Afrique, en terminant cette relation par des remarques propres à justifier l’antériorité des Français à la Côte-d'Or sur les autres nations. — Ces remarques rappellent , en effet, une série d'entreprises exécutées de 1364 à 1410. D'après ce récit, dans la première, qui eut lieu de novembre 1364 à 1365, des marins de Dieppe, « ville de tout temps adonnée au commerce, » auraient armé deux vaisseaux du port d'environ 100 tonneaux chacun, auraient fait voile vers les Canaries, seraient arrivés à la Noël au cap Vert, et auraient mouillé devant Rio Fresco, dans la baye qui conserve encore, dit Villaut, le nom de Baye de France. — Après quelque commerce avec les noirs de ce lieu, ils auraient couru le Sud-Est, atteint Boulombel ou Sierra-Leone, passé devant le Cap, et se seraient enfin arrêtés à la Côte des Graines, à l'embouchure d’une petite rivière, près de Rio- Sestos, où était un village qu'ils auraient nommé le Petit-Dieppe, « à cause de la ressemblance du hâvre et du village situé entre deux costeaux, » Ayant achevé en ce lieu de prendre leurs charges de morphil et de malaguette, ils auraient repris le chemin de France,
Les entreprises suivantes, indiquées dans ces remarques, montrent l'association des marchands de Rouen avec ceux de Dieppe, ayant pour conséquence un envoi de quatre vaisseaux au lieu de deux, et, pour résultat, des découvertes au delà du pays déjà connu,
Deux de ces vaisseaux devaient traiter depuis le
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cap Vert jusqu'au Petit-Dieppe, et les deux autres aller plus avant. Mais la grande quantité de poivre que l’un de ces derniers trouva au Grand-Sestre, suffisant à sa charge, ne lui permit pas d'aller plus loin, tandis que le quatrième vaisseau dépassait la côte des Dents, poussait jusqu’à la côte qui suit, d’où il rapportait quelque peu de poudre d’or, mais plus encore de l’ivoire.
Le pauvre accueil qu'on avait fait à nos marins dans ces deux endroits les engagea, dans les années suivantes, à borner leur commerce entre le Petit- Dieppe et le Grand-Sestre, qu’ils avaient nommé Paris. — Et, pour faciliter leur traite, ils s’établirent en ces derniers lieux, ayant également des loges au cap Vert, à Sierra-Leone, au cap de Monte.
Cependant, en 1380, la rivalité d'étrangers qui couraient sur leurs brisées depuis cinq ans et la grande quantité des produits Africains apportée en Europe faisant diminuer leurs profits, les marchands de Dieppe et de Rouen résolurent de renvoyer plus au sud, au lieu même où seize ans auparavant le premier navire avait trouvé de l'or.
En conséquence, il fut équipé à Rouen un vaisseau du port d'environ 150 tonneaux, appelé la Notre-Damede-Bon-Voyage, qui partit en septembre et arriva à la Côte-d'Or à la fin de décembre, d'où, neuf mois après, il retourna à Dieppe richement chargé. Les noirs de cette côte ayant remarqué, après le premier voyage, que les peuples de l’intérieur recherchaient les marchandises qu’ils avaient achetées des nôtres, étaient devenus entièrement favorables. Aussi l’année suivante, 1381, les marchands de Normandie en-