‹ Les navigations françaises et la révolution maritime du XIVe au XVIe siècle [microforme]Chapitre 45 sur 57 · ITI · texte numérisé non relu

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Différents navires d'Europe au moment de la découverte des deux Indes. — Le navire à vapeur contemporain des premières navigations transatlantiques. — Lettres inédites sur les inventions de Blasco de Garay et de Jean Lascaris. — Cyrano Bergerac à Québec par navigation aérienne.

Puisque nous avons fait connaître dans cet ouvrage ceux qui ont ouvert l’espace, complétons notre tableau en rappelant les moyens de transport employés pour établir les communications entre les hommes au rioment où l'ouverture des pays transatlantiques étendait le champ d'action des marins de notre continent.

On trouve d’ailleurs sur ce point tous les détails désirables dans un manuscrit de la Bibliothèque impériale. Ces détails rempliront ainsi le vide que nous regrettions à propos de l'Hydrographie de Jean Alfonse.

L'auteur du manuscrit dont nous voulons parler

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est Antoine de Conflans, dont Jean d’Auton, l’historiographe de Louis XIT, rappelle un beau combat. Il traite surtout des faits de la marine militaire; mais dans une petite partie, consacrée à <e qu'il appelle les « navigaiges », il nous donne « la pluspart des noms des navires grandes et petites, marchandes et subtilles, qui vont par les mers de Levant et de Ponant, par les mers Occeanes et Mediterranéennes. »

Les bâtiments dont Antoine de Conflans parle d’abord sont ceux du Nord : « Et premièrement, dit-il, en la grant mer occéane, aux parties froides tenans aux basses Allemaignes ou Germanies, comme Roussie, Norwaigue, Dampnemarc, venant en Frise, en la Hanse teutonique, Hollande, Zélande et Breban, y a gros nombre de hourques (1) qui viennent par flottes en Brouage ou en Bretaigne, ou Sétubal en Portugal, quérir du sel, et sont gros navires de deux cens, troys cens, quatre cens, cinq cens et jusques à six cens tonneaux, et quelcunes plus grandes, qui viennent par flottes, comme dit est; encore il y a des navires d’autres sortes, comme verrés cy après. »

Antoine de Conflans passe ensuite à l'examen des navires de la Hollande, de la Zélande et des Flandres. Il s'exprime ainsi :

(1) Selon Pantero Pantera, les hourques et les marsilianes, qui étaient à peu près de la même forme, différaient des nefs par la proue, qu’elles avaient plus grosse et plus ronde; du milieu de leur longueur à la poupe elles allaient en se rétrécissant ; elles étaient inférieures en grandeur aux nefs et aux galions, et ne portaient pas plus de sept voiles, six carrées et une latine.

« En Hollande sont corbes (1), aucunes de cent tonneaux et les autres au dessoubs, et peschent harencs en la mer de Flandres, et se treuvent aucunes foys trois cens ensemble.

« En Zelande sont heus (2), escutes (3), vollans, les ungs de quatre vingtz, de soixante dix, de soixante tonneaux, qui chargent les marchandises à Hervine (Herlingen), Caisses (Goës sans doute), Flacingue (Flessingue), et La Haye, et deschargent aux pays de Flandres, et se trouvent ensemble aucunes foys deux cens. Et audit lieu de Hervine se arrivent aucunes foys quatre vingtz ou cent navires d’Espaigne chargées de marchandises.

« En Flandres comme l’Escluse, Lostande (Ostende), Dunkerque et autres portz, sont grand quantité de corbes, de heux, de bodequins, escutes et autres petits vaisseaux pescheretz. »

Antoine de Conflans achève de passer en revue les parties septentrionales de l'Europe. Il ne dit que deux mots des « nefz » d'Angleterre, d'Écosse et d’Irlande, « semblables aux nostres et la pluspart faictes par deça ou en Riscaye, » — Puis il passe à l’expo-

(1) Bâtiment vraisemblablement de l'espèce des corvettes.

(2) Bâtiment plat de varangue, tirant peu d’eau et n'ayant qu’un mât, dont le sommet jetait en saillie, du côté de la poupe, une longue pièce de bois nommée la corne, Cette corne et le mât n’avaient qu’une même voile courant de haut en bas de l’un à l’autre.

(3) Selon M. Jal, c'est la francisation du hollandais schuit, bateau, comme volant est celle du vlie-boat, bateau qui vole, et bodequin peut-être celle du mot boat, bateau, Klein, petit.

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sition de notre marine à nous-mêmes ,.par l'examen de ce que contiennent nos ports principaux de Picardie, de Normandie, de Bretagne et de. Guyenne.

« Dans le port de Calais, dit-il, sont passaiges à clint (1) et aucunes escutes qui vont quérir boys en Angleterre, charbons et autres choses.

« Dans le port de Boulongne, sont navires à caravelles (2), allanten marchandise à Bourdeaulx, à La Rochelle, et grant quantité de pescheurs à harangs.

« À Dieppe, grands navires à caravelles, de sept vingtz, de huit vingtz tonneaux à caravelle, qui vont en Portugal et autres lieux, et plusieurs aultres bateaux de toutes manières servans à la pescherie.

« À Saint-Wallery et à Fescamp, il y a grand? quantité de caravelles et crayes (3), et s'en treuve (trouve) six cens, sept cens ensemble, et la pluspart servent à pescher harenc.

« À Rouen, il y a navires à caravelles et autres navires qui navigent par la mer, que chaicun coi-

(1) Bâtiments passagers bordés à clin, c’est-à-dire de sorte que l’extrémité d’un bordage passe sur l’autre.

(2) M. Jal pense que c’est une mauvaise locution et qu’il faut lire : navires bordés à carvel. Les navires à carvel différaient des navires à clin en ce que leurs bordages, au lieu de chevaucher, selon cet écrivain, étaient placés l’un au-dessus ou à côté de l’autre carrément, la tranche de celui-ci touchant et recouvrant la tranche de celui-là. Le bordage à carvel, ajoute-t-il, était le bordage ordinaire ; le bordage à clin était exceptionnel ; il en est de même aujourd’hui.

(3) Pour krajers, kraïers, kraay, qu’Aubin définit : bâtiment à trois mâts, n'ayant ni hune ni mât de hune.

gnoist, comme sont foncets (1), hourques, escutes, barques et tous vaisseaux à clinc et à caravelles, et naviguent depuis Rouen jusques à la mer, et par la mer là où on veult. Aussy y a aultres grands navires pour faire la guerre, comme la Loyse, la nef de Rouen et autres grosses barches (2) pour faire la guerre, et, Dieu aydant, y en aura de plus grandes ou semblables à la Charente (3) et aux galliaces (4) de France qui repèreront au port de Grâce que le Roy, à qui Dieu donne bonne prospérité, fait faire et eciffier.

A la coste de Bretaigne, il y a grand nombre de : .vires à caravelles, semblables à ceux de Normandie, excepté qu’ilz sont plus courz et enchas- :Îlez d'autre manière, et la plupart n’a que une myzaine.

« En la coste de Guyenne comme les Sables d'Aulonne, La Rochelle, les isles d'Oleron, Hallevert

(1) Foncets, sorte de bateaux des plus grands, dont on se servait sur les rivières; il y en avait qui avaient jusqu’à vingt-sept toises de l’avant à l'arrière.

(2) M. Jal pense qu'il ne faut pas confondre avec la barque la barche, dont la forme lui est cependant inconnue et qu’il regarde comme une espèce de navire inférieur à la nef.

(3) La Charente, parfaite voilière, était armée de douze cents hommes de guerre, sans les aides; elle avait deux cents pièces d'artillerie, desquelles il y en avait quatorze à roues, tirant grosses pierres, boulets de fonte et boulets serpentins ; elle portait des vivres pour neuf mois.

(4) Galères plus grandes que les galères ordinaires, mais leur ressemblant beaucoup.

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(Arvert), Brouage, Marègne, aux rivières de Charente, de Gironde, la couste d’Arcanson et Bouccal de Bayonne, saint Jehan de Luz jusques à Fontarabye, qui est en Biscaye, commencement des Espaignes, les navires qui y sont se nomment caravelles et barches grandes et petites. Et s’est faict de grosses nefz, comme a esté la Charente, qui a esté une des belles et bonnes nefs qui fust sur la mer; la nef de monseigneur Descordes ; la nef de La Rochelle, qui est de présent à Brest, et la nef de Bordeaulx, qui se périt devant Honneñleu; lesquelles nef; et barches sont esté et sont de beaulx navires qui ont faict guerres sur mer.—Et encores à la dicte coste de Guyenne a force autres petits vaisseaulx, comme caravelles, clinquars (1), pinaces (2), balleinier, (3), gabares (4), barques pescheresses, passagiers pour passer aux isles de Ré et de Marennes, anguilles(5),qui est une

(1) Clinquarts, bateaux plats, d’origine suédoise, vraisemblable ment construits à clin. .

(2) Les grandes pinasses étaient des bâtiments à voiles; il y en avait quelquefois ayant cent trente-quatre pieds en quille; les autres, plus petites, étroites, légères, avaient trois mâts comme une chaloupe et bordaient des avirons.

(3) Navires légers, propres à la course et à la navigation marchande.

(4) C’étaient, suivant la définition du père Fournier, des bateaux plats par-dessous et forts de bord, qui servaient à la pêche et résistaient fort à la mer.

(s) Appelés dans l’Hydrographie du père Fournier aiguilles ; ces petits navires, fort affilés par la proue, servaient à la pêche d’un poisson nommé maigre, fort célèbre sur ces côtes.

manière de vaisseaulx soubtilz, qui vont de Blaye jJusques à Bordeaulx et autres lieux par Gironde.

« En Biscaye, la pluspart sont nefzet grans barches et petits barchotz (1) faiz à caravelles, tous à voille quaire ou quarée. »

Antoine de Conflans passe ensuite à l'examen de la marine des Espagnols et de celle des Portugais.

« Aux Esturies, dit-il, sont navires d’une autre sorte qui vont à la coste de Barbarye, pescheurs de merlutz, et s'appelent clinquars.

« En Galice a d’autres barques longues et rases

qui s’appelent barques sardinières, pour ce qu'elles vont pescher les sardines.

.. « Par la couste de Portingal a grands nefz comme celles de Normandie ou de Guyenne faites à caravelles qui vont à Caliqueu (Calicut), en Guynée, aux Terres neufves et aux autres isles trouvées.

« Au pays de Portingal a grand nombre de caravelles (2) qui vont aux isles de Madère, aux isles de

(1) Petites barches, dont le nom altéré, dit M. Jal, est resté aux bachots des rivières. Il ajoute que la barche est devenue, en remontant le Rhône jusqu’à Lyon, bache, et que bache s’est transformé en bèche, seul nom usité aujourd’hui sur la Saône.

(2) M. Jal, dans son mémoire n° 6 de son Archéologie navale, a donné sur les caravelles en général et sur celles de Colomb en particulier des détails très-circonstanciés, propres à faire connaître ces navires a poupe carrée, ayant un château devant et derrière, un rebord assez élevé au-dessus de l’eau et un mât de beaupré outre les quatre mâts verticaux. — Les caravelles, petits bâtiments de la famille des vaisseaux ronds, étaient plus fines et avaient des formes plus pincées que les nefs. Aussi, dit l’ancien historio-

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Canarye, aux isles des Exsores (Açores) et par les autres isles et à toute la grand coste d’Affrique.

« Il ya autres barques latines qui s’appareillent à la morisque et se naigent comme fustes (1) quant il est besoin.

« En la couste de l’Andelousie et de Grenade a toutes ses manières de vaisseaux et autres barques qui peschent le courail, presque semblables aux leus (2) de Gennes, lesquelles barques s'appellent barques couraïillères. »

[l est inutile de parler ici des navires de la Méditerranée, des caraques de Gênes, des caraquons de Venise, des grandes et des petites galéasses, des grands

graphe du ministère de la marine, ce bâtiment était-il plus rapide, meilleur manœuvrier et plus propre à toutes les expéditions qui demandaient de la célérité dans la marche et une grande rapidité dans les évolutions. — Les premières œuvres de Jacques Devaulx, pilote du Havre en 1583 (manuscrit de la Bibliothèque impériale), offrent douze représentations dessinées et coloriées de caravelles. On en voit aussi dans les planches de la précieuse collection des voyages de De Bry.

(1) Les fustes étaient des navires de la famille des galères, quelquefois assez grands. Aw commencement du XVIe siècle, quelquesunes avaient deux rames par banc, tandis que la galère en avait trois.

(2) Au XIVe siècle, c'était une embarcation de nef, espèce de nacelle qui ressemblait à une coque de noix. Au XVIe siècle, le lut ou leut avait grandi; c’était un petit navire comme la barque et la tartane ; de rond qu'il était, ce qui l’avait fait comparer au luth, il était devenu long, effilé, pointu. En changeant de forme, il avait cependant gardé son nom, qui était devenu une sorte de contre-sens.

HÉRSSE

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et petits galions, des galères bâtardes, des galères subtiles, des brigantins, des chattes pour décharger et charger les caraques, enfin d’un certain nombre d’autres navires qui ne sortaient que par exception de la Méditerranée, où ils avaient à se défendre des Turcs, l’ancien antagonisme du monde chrétien et du monde musulman se continuant sur cette mer.

Les navires à rames devaient d’ailleurs peu à peu s'effacer devant les progrès du vaisseau rond à voiles comme les mille combinaisons si savantes de ce dernier pour profiter du vent devaient un jour devenir secondaires en présence des conceptions du génie remplaçant au besoin le vent et les bras des hommes armés de l’aviron.

Aussi il importe de rappeler que ces perfectionnements datent de la découverte des deux Indes, et que l’Europe les a eus en vue presque à son entrée dans la carrière des voyages transatlantiques.

Don José Navarrete a oublié à ce propos en 1826, dans la correspondance astronomique de M. le baron de Zach, la note suivante, qui lui avait été communiquée par M. Thomas Gonzales, directeur des archives royales de Simancas (1).

« Blasco de Garay, capitaine dé mer, proposa, l'an 1543, à l’empereur et roi Charles-Quint une machine pour faire aller les bâtiments et les grandes embarcations même en temps de calme, sans rames et sans voiles.

« Malgré les obstacles et les contrariétés que ce

(1) Annuaire des Longitudes de 1837, pages 230 et 231; Notice scientifique sur les machines à vapeur, par M. Arago.

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Notice

APPENDICE. 41i

projet essuya, l’empereur ordonna que l'on en fit l'expérience dans le port de Barcelone, ce qui effectivement eut lieu le jour 17° du mois de juin de ladite année 1543.

« Garay ne voulut pas faire connaître entièrement sa découverte. Cependant on vit, au moment de l’épreuve, qu’elle consistait dans une grande chaudière et dans des roues de mouvement attachées à l’un et à l'autre bord du bâtiment.

« On fit l'expérience sur un navire de deux cents tonneaux appelé la Trinité, arrivé de Colibre pour décharger du blé à Barcelone, capitaine Pierre de Scarza.

« Par ordre de Charles Quint, assistèrent à cette expérience don Henri de Tolède, le gouverneur don Pierre de Cardona, le trésorier Ravego, le vicechancelier et l’intendant de la Catalogne.

« Dans les rapports que l’on fit à l’empereur et au prince, tous approuvèrent également cette ingénieuse

invention, particulièrement à cause de la promptitude et de la facilité avec laquelle on faisait virer de bord le navire.

« Le trésorier Ravago, ennemi du projet, disait qu'il irait deux lieues en trois heures, que la machine était trop compliquée et trop coûteuse, et que l'on serait exposé au péril que la chaudière éclatât.— Les autres commissaires assurèrent que le navire virait de bord avec autant de vitesse qu’une galère manœuvrée suivant la méthode ordinaire, et faisait une lieue par heure pour le moins.

« Lorsque l'essai fut fait, Garay emporta toute la machine dont il avait armé le navire; il ne déposa

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