‹ Les navigations françaises et la révolution maritime du XIVe au XVIe siècle [microforme]Chapitre 7 sur 57 · RESTES · texte numérisé non relu

RESTES

s2 LES NORMANDS

de la Nigritie. Je connaissais en effet ce dernier ouvrage (1), publié en 1789, et dédié par l’auteur à Sedaine, son ami depuis cinquante-trois ans. Vingtdeux années de séjour de l’auteur dans l’Afrique, où il avait été successivement du Conseil souverain du Sénégal, à Saint-Louis de Gregoy, dans le royaume de Juda, recommandaient cet écrivain autant pour l’histoire du pays que pour celle de l’esclavage. — Rien de plus tristement intéressant sur ce point que ce livre basé sur des faits auxquels Pruneau de Pommegorge se reprochait d'avoir pris part. L’humanité de l’ancien chef du comptoir de Juda avait plus d’une fois cherché à remédier, à ses propres dépens, aux vices d’une institution dont il avait vu les cruels effets, et, rentré en France, il n'avait pas eu de peine à céder aux instances de Sedaine pour unir ses réclamations à celles des Sociétés de France et d'Angleterre, qui demandaient, nonseulement l'abolition de la traite, mais encore l'affranchissement des noirs dans les colonies. Cependant, comme, dès l’avénement de Turgot au ministère de la marine, Louis XVI, qui devait bientôt établir la liberté de tous les serfs et mainmorta: '"s dans ses domaines (2), était déjà mis en demeure par

(1) 1n-8. — Publié chez Maradan, libraire, rue Saint-Andrédes-Arts, hôtel de Château-Vieux, 1789.

(2) « Ainsi donc, dans le cas ou de réunion à ma couronne ou d’acquisition pour ma couronne d’une terre ou seigneurie, il est désormais entendu que mon entrée en possession sera l’époque de la liberté de tous les serfs main mortables qui en relèveront. »

Lettre de Louis XVI à Amelot, Versailles, 1er août 1779. Voir

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ce ministre, homme de bien, de donner également la liberté aux noirs (1), le livre de Pruneau de Pommegorge, ainsi que son mémoire, n'étaient que l’écho du cri d’un grand nombre de consciences déjà soulevées, et il ne fallait pas donner à ces productions plus d'importance qu'elles n’en avaient. La personne qui me faisait l’honneur de me consulter le comprit ; elle s'en souciait peu d’ailleurs. Elle n'avait eu, en venant m'interroger, me dit-elle, qu’un désir : c'était de trouver des détails sur Pruneau de Pommegorge et sur ses ascendants.

« La cause pour laquelle, me dit mon visiteur, j'attache un certain prix à ces détails, c’est qu’il serait fort étrange que ce Pruneau de Pommegorge appartint à la famille d’un ancien navigateur normand du XIVe siècle, et que son nom, que quelques-uns écrivent comme celui du fruit, d’autres Prunot, dût être Preu-naut, Preunaut, Prunaut, ce qui signifiait, alors, brave, hardi marin, preu navigateur. » Comme je gardais le silence : « La plupart des noms, continue mon interlocuteur, sont des surnoms, et celui-ci aurait ét capitaine Normand qui aurait, au XIVe siècle, ex-

Lettres de Louis XVI à Marie-Antoinette, publiées par M. Feuillet de Conches, 1864.

(1) En 1775, je fus chargé, par M. de Sartines, de traiter cette question contradictoirement à un plan donné à M. Turgot pour effectuer la révolution qu’un redoublement de zèle et d’intérèt pour les nègres esclaves voudrait accélérer aujourd’hui. (Malouet,

au ministre de la marine et des colonies, — Toulon, 24 juillet 1788.)

ploré les côtes d'Afrique; il serait curieux que le commandant de Saint-Louis de Gregoy fût issu de ce même navigateur, et il ne le serait pas moins qu'un nom dissimulé par èeux qui le portaient, parce qu'il semblait ridicule, fût comme celui de la famille des Quatre-Barbes d'Anjou ou de la famille Aux Cousteaux de Picardie, un de ces titres d'honneur qu’une famille devrait conserver avec un soin jaloux. »

« Au reste, ajouta M. Lucien de Rosny (ainsi se nommait la personne qui voulait bien s'adresser à moi), vous pourrez juger par vous- -même de ce que vaut ce document, que je n'ai pris dans une collection Anglaise qu'à cause de son intérêt philologique uni à celui de faits assurément fort remarquables, quoique je ne sache pas la place qu’il leur faut assigner dans notre histoire. »

M. de Rosny alors me conta comment, en 1852, trois années avant celle où je m'occupais à Dieppe, pour la seconde fois, des découvertes des Normandsen : M Afrique, et où le souvenir des deux Anglais dont j'ai ‘M parlé me faisait tourner les yeux vers l’Angleterre, il

fil se trouvait à Londres, fréquentant le British-Museum. | 11 — Là, il se rencontrait souvent avec un homme distingué d’Oxford-Street, nommé William Carter, qui, le voyant rechercher de vieux textes français, ||] mit à sa disposition un volume contenant une série il de pièces détachées, copiées vraisemblablemgnt vers | le milieu du XVIIe siècle. M. Lucien de Rosny ayant trouvé dans ce recueil des choses fort curieuses se rattachant à ses études sur notre langue, obtint la permission de les copier, et en tira le mor-

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