‹ Les navigations françaises et la révolution maritime du XIVe au XVIe siècle [microforme]Chapitre 8 sur 57 · OO A · texte numérisé non relu

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AUX CÔTES DE GUINÉE. ss

ceau assez étendu dont il me parlait. Dans ‘sa pensée, le volume dont ce document fait partie devait provenir de la collection d’'Emery Bigot, grand érudit normand, mort, le 18 octobre 1689, doyen de la Cour des aides de Normandie.

Le lendemain, M. Lucien de Rosny m'apporta ce document. — La lecture que j'en fis, de plus en plus attentive et émue, ne tarda pas à lui faire comprendre que, selon moi, il avait eu le bonheur de mettre la main sur une pièce précieuse. — Il avait, en effet, retrouvé une copie du document qui devait répondre à toutes les objections des Portugais et de leurs partisans.

Ce fut ce que je lui dis, lorsque j’eus achevé la lecture de ce manuscrit; et, pour le presser de publier sa découverte, je lui offris toutes mes notes et mes propres papiers qui pouvaient l'aider à mettre son document en lumière et à le faire valoir. —1Il1 parut un moment réfléchir, puis , son regard s’animant : « Non, me dit-il, vous connaissez déjà cette matière, il faudrait que je l’étudiasse; vous avez cherché; moi, j'ai rencontré par hasard dans le pays que vous soupçonniez, et non avec l’idée que je trouvais la solution d'un problème en l’honneur de notre pays.—Puisque c'est vous qui lui attribuez cette importance, dans une question que je ne connais pas, c'est à vous à le prouver, et jy tiens d'autant plus que cette étude rentrera dans l’ensemble de vos travaux, tandis qu'elle serait isolée et comme perdue si je la faisais. On ne pouvait être ni plus modeste ni plus généreux. C'était une raison pour moi de refuser ; mais, M. de Rosny insistant, je cédai.— Déjà les Normands de-

vaient une de leurs renommées à un procédé semblable. — M. Tarbé, de Sens, frère d'un député de Rouen, en communiquant à M. Estancelin la copie de la navigation des Parmentier aux Indes, avait contribué à mettre en relief un des titres des Dieppois; mais, quel que fût le mérite de ce document, qu'était-ce que cette relation d’une navigation dans des pays où d’autres navires français avaient déjà pénétré, comparée à celle d’un voyage de découverte et qui précédait l’autre de près de cent cinquante ans?

Je vais, du reste, donner les moyens de l’apprécier, en publiant le texte original. Autrement, on pourrait me suspecter d’avoir altéré ce document, intitulé : « Briev estoire del navigaige Mounsire Jehan Prunaut, Roenois, en la tiere des noirs homes et isles à È nous incogneus avec les estranges façons de vivre des dits noirs et une colloque en lor language. » Cette dernière partie manque, ainsi que quelques lignes du récit effacées par le temps ou par l’humidité. |

« Ou mois de septembre, MITIC soixante et quatre | de l’Incarnacion nostre Signor, ceus de Dièpe et Roan, aparillerent deux naues et orent por ami- |

fill rax (1) Mesires Jehan li Roanois, home de grant Al renom en la tière de Normendie, et singlèrent longement en mer, à la Noel, au liu d'Ovideg (2), où

(1) Amiral veut dire ici simplement commandant. |

(2) Dans sa première décade de l’Asie, Barros dit qu'Ovidech est le nom que les naturels donnaient dans leur langue au fleuve que les Portugais ont depuis appelé Sanaga, du nom d’un des principaux du pays.

m- onc n'avoient esté encoire cil Normendie, et ande crèrent par de là pour avencier lor afaires as ung pie à liu moult chaleureus, q'on apiele as jor cap Buait giador, qui siet au réaume de la Guinoye. Li Gilofs P (ainsi sont apielés les gents cel partie, qui tot noir nt, sont de visaige et de pel et tot nus, sinon là o côvient ins de mucer),onc n’avoient vu homs blancs, si que ceus éjà qui virent la nes furent espoventez, et tost retornèrent JU - de rechef ensemble jouste la mer, à grant plante de in- 4 lor compaignons, por veoir ceus Normans, mes point ne cuidoient entrer sor lor nes, jusques ils furent aser, seurtez que cilNormans ne voloient mi les le dangier ait o les navrer. Les boun naviors, qui tos estoient de é : grant cuer, lor dounèrent a fuson petits juiaus et U- présouns, et les firent boire boun vin vermail, com à que moult les esjouirent et les affierent. Adoncques Les F les gents noirs de céans lor douèrent morphi, piaus te de bestes sauvages et autres coses de lor pais fort eses tranges à veoir. Quât lur not fut plein d’aveirs precios | et autre belle rien que ce estoit mervelle, Mesire re Jehan, soun frère Legier et les compaignons de sa et [4 navie, de joie resbaudis, firent entendre cel homes 1- | | noirs qu'ils rétorneroient enkoires là l’an ensuyvant t | À ct qu'ils se approvisionassent de cel marchâdises, u | | cô que il li asseurerent. Adoncqs si drecièrent les ù | ë veiles et despleierent à vent et vers Normendie retor- | nèrent et sîglerent as mois. .............

h ( Plusieurs lignes effacées par l'humidité et illisibles. ) à TE AE ED EI TT UE

li dits naviors ét lor chef mesire Iehan li Roenois

firent lor apareil por quere aveir . ....,.....

(Lignes illisibles.)

orent iiij naus et s’en retornèrent par illuec et il besoignerent avoec ces homs noirs. Mes la lonc ten ne porent estre porce que les naus furent molt adomagiés par les pluies et grant boraskes orrible et ténébrosse avoecq bise qui vient d'Orient et qui lor estoient. Adoncques messire Jehan requerit gens d’illecq permission de prenre tiere et bastir plusor masons por i mestre cels marchandises et eus à saveté. Co que les seingnors volontiers li otroierent et les aidierent à fere cels masons, adongs cels de la nave traistèrent lor nes sur la costière. Les seingnors cel partie moult desiroient l'alliance messire Jehan, et de ce tems comença li fait de marchandise avoec li naviors de Normandie et cils homs noirs. Lors fist asambler mesire Jehan les gens de sa navie et lor demanda sil voloient illuec sejorner et ilz li dirent qil n’avoient aucun qui le contredist et que s’il lui plesoit si establir, ils le tenroient à signor et avoez qui bien est digne lor — mes petit apriès sequerelerent, si que ceo que l’ung voloit, l’autre se desdisait a tant que les naviors s’en retornerent en Normendie.

L'an M III® septente et nœuf, lamirax Jehan li Roenois aparila à son coust une naut moult grande et biele que il apiela Nostre Dame de Boun Voiage, parce que ele estoit richement imagiée en bosc et painte marvilieusement. Mais il la mist detri et sor eaue, solement en septembre, quar il savoit, comme

na dar

dit est, que les pluies tempestoises qui efondoient sor ces costes foraines, tres mois paravant, estoient moult perilouses et q'il estoit mort de cele pestilence et malage grant plante domes dans lor masons come sor l’aigue et l’air en cel saison est molt punais et brulant par un tonoire continuel. Adoncques morurent illuec (Dieu ait lors aames), Legier frère mounsire l’'Amirax, Gervois, Sebille, Haibiers, Torcol, Tiebau, Doumare, Odon Cambers, tos vaillant nots de Normandie, sans qu’ilz porent trover ung sol mire dans tot le pais. Mes li boun sire Jehan l’Amirax revint apriès Paske, en sa nes avœucques li remaïnant sa navie et grant plante d’or que li homs noirs li avoient douné.

« Li Roi, ki alors estoit à Diepe, envoia à messire Jehan et as compaignons li cuens de Pontiex et i ot message assés pour lor dire qu’il voloit les voir incontinent. Adoncques messire Jehan et cel sa navie s’en vinrent estament 'avecq le quens, et furent moult bien receus du Rois, de ses barons et damoiseles, quar de lor besoing estoient moult engries et cuidoient qu’ils estoient morts illuec.

« Biaux sires Prunauts, Dieu vous maintiegne tos! fist le Rois et moult débonairement les festoya deus jors et firent boine cière et ce fu joie, tant que nus poroit dire. Et li Rois requist messire Jehan l’amirax qu'il li raconta les novieles et miervelles de la pais d'illuec ils s'en venoient. Quant li Rois otoïses grant proeces, les dons li fist et li douna une belle tierre. Par deseur le fit amirax sa navie, dont moult s’esjoit mounsire Jehan, qi pour tant jugia honour as Rois comme à signour. Si vos dirai que delà avint li non

Prunaut à messire Jehan et que il le warda parce qu’il estoit moult preu, fier et hardi en fait de navigaige et homme de haut sens. Ançois li Roi volsit que sa progenye et lignye furent apielés Preunauts, comme fius de vaillant, preu et gentil navior. E ces dons confirma li Rois de son saiel sor cartes escrites, si que d'oir en oir il le doient tenir.

« Adoncques après que messire Jehan et tos ses compaignons furent molt festoiés, îls trerent vers Roan et chevaucoit mounsire Jehan le Pru navior avecques son escu pendu as cos, sor un palefroi, molt richement arnacé et atorné et li autre come ilz peurent. L’arcevesque de Ruan et tote sa clergie, en oïant qu’il s'en venoit avæc tos cel sa navie ala encontre et lor fist moult honours, quar il savoit jà que mounsire Jehan estoit retorné et q'il estoit moult aimé de Dieix et ses sains, kar il avoit edifié illuec petite kapiele, et ke il wardoit por pastour frai Piere li Normant moult bon cler pour doctriner ces paiens et mescreans à aimer Dieu, bien parler, praiecier et por destruire la loi paienne. En cel kapiele qu'on dist Nostre Dame furent enfouis moult honorablement li navivrs qui departirent aluel (?) comme dist est, de la pestilence. Adoncq à Roan aveucq l'arcevesque vint à l'encontre messire Jehan et compaignons grand cevaucie des signors et si ot gens et manans à pié assés, siergeans et borgois de Diepe, Kaan, Chieresborg, et de totes les cités de Normendie, qui là estoient venu pour veoir li gentil amirax et ses prus compaignons. Natent, la fême cest amirax, dame belle et saige, e ele ert voirement la plus belle riens qui fust oncques et estoit de grant lignaige en Saxonie avec Légier son fiu

et Erkenbous, frère à cestui, ambedui petits enfens, qui lor boun père acolèrent et beserent, et iceus signors, borgeois et manans en grand lesse et tot ensemble li menerent jusques à son ostel, car nul mot n’avoit dit de mounsire Legier et des autres qui morts estoient en la tiere foraine.

« L'an ensuivant messire Jehan Prunaut resta empres l'ost li Roi, mes envoiia oultre mer sa nes nostre Dame come pieca, cil de Diepe et Roan lor naus Saint Nicolas et l'Espérance, Nostre Dame ancra as liu qu’ils apelièrent la Mine por la grant plante d’or qui saportoit de par entor. Illœuc est icele Kapiele de la Benoiste mere Dieix que mounsire Jehan fonda, come dit est, aveucq un petit castiaus fort et fortelesce et une mason quarrée que i fit fere sor un borg qui s’apièle la terre des Pru-naus par remembrance d’iceus et de lor amirax come aussi petit Diepe, petit Roan, petit Germentruville et petit Paris, porce qu'il venus estoient de Diepe, Roan et Paris. Là aussi firent forz, castiaux as liu q'on dit Cormentin et Akra.

L'an Miiij et dis se departit grant plante des mariniers de Normandie et les merchants perdirent lors ricesses 1ui estoient mangiées par les gueres qui lors estoient et en onze ans deus naus a tot solement alerent à la costière d’or et un por le grand Siest et petit apriès les guerres estant moult estormes sur eaues come sur tierre les besoignes des marchandises furent destourbées et destroites. »

Tel est le contenu du manuscrit en possession de M. William Carter, et copié par M. Lucien de Rosny.

Que dites-vous de son intérêt, qui tranche si fort sur l’exposé sec et froid du récit de Villaut de Bellefonds ?

Outre que celui-ci ne laissait pas prévoir cette particularité, n'est-ce pas un plaisir que de voir l'accueil fait par le roi au découvreur et à ses gens, ainsi que le désir qu'a ce savant prince de se faire aussitôt conter les merveilles des pays lointains? Vous savez combien il aimait à converser de science et surtout de cosmographie; or, ce n’était plus de la théorie ni des spéculations de cabinet qu'entendait ici le royal élève de Nicole Oresme, il avait là près de lui un hardi compagnon qui avait vu tout ce qu'il racontait, et ce qu’il racontait il l’avait observé sous des climats que les anciens regardaient comme brûlés du soleil, et inhabitables par cela même, propier calorem. Ainsi, c'était au Sud de l’Atlantique comme une continuation de la révélation des mystères du monde, telle que celle que Marco Polo avait commencée vers l'Est. Le monde nétait donc pas ce que les Anciens l’avaient représenté. Certes il y avait

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AUX CÔTES DE GUINÉE. 63 bien raison pour le bon roi de se féliciter à l'idée de ses marins se lançant dans de telles avenures, servant ainsi la science et le commerce, après avoir été la terreur des Anglais, chez lesquels ils étaient descendus. — Que vient donc nous dire M. de Santarem, que nos guerres avec les Anglais devaient empêcher nos marins d'aller aussi loin que la Guinée! Les marins, les Preusnauts de Charles V, commenceront, voilà tout, à prouver, avant ceux de Louis XIV et de Louis XVI, que les époques auxquelles notre marine s'est le plus distinguée par ses combats sont celles aussi où elle s’est signalée par ses explorations lointaines. Quand ceux qui président à son action ont une certaine hauteur de vues et de la suite dans les idées, il est rare que notre marine n'ait pas toutes les ambitions légitimes et l'honneur de les réaliser.

Après le spectacle que nous donne l'entretien du roi avec le découvreur, qu’il comble d’honneurs et de présents, après l’'empressement qu'excite dans la cour et parmi les damoiselles l’arrivée de nos marins, que l’on festoie pendant deux jours, il faut avouer que le tableau qu'offre notre manuscrit de l’enthousiasme populaire n’est pas moins touchant.— Mais au grand concours de peuple qui se presse au devant de Jean le Rouennais, il faut croire que toutes les entreprises antérieures n'étaient guère connues que dans un cercle étroit. Peut-être aussi les marchands les cachaïent-ils. — C'est en effet seulement lorsque le suffrage du roi et les honneurs rendus au découvreur eurent donné à ses actes tout leur éclat, que la nouvelle du grand événement a volé de bouche en bouche

et s'est répandue aux extrémités de la province. Alors, de toutes les villes, chevaliers, seigneurs, ser- *

gents, bourgeois et manants, accourent pour voir ces " marins qu'on croyait perdus dans cette zone ardente que certains cosmographes figuraient comme fermée aux mortels par un ange placé à l’entrée avec une épée de feu. — Ils n'avaient rien, il est vrai, à redouter des anges, puisqu’ils avaient avec eux un brave religieux qui était allé avec eux pour établir une chapelle, sous le vocable de Notre-Dame, patronne de la belle cathédrale de Rouen. Avssi l’archevêque vient-il à la tête de la population, et ;’arce qu'il aime l'extension de l’Église, et parce qu'il honore lui aussi les hommes valeureux.

[1 y a enfin dans le récit que nous présente ce manuscrit le souvenir d’un grand et bel élan excité par un seul homme. — Certes, de tels moments dans la vie payent bien des sacrifices et les luttes de vingt ans, quand ce triomphe a lieu sous les yeux d’une femmes et d'enfants aimés qui en jouissent et qu'aussi l'on peut les embrasser après avoir pu craindre de ne plus les revoir, comme il est arrivé pour ceux que des regards cherchent inutilement dans la foule. Où sont donc les marins qui étaient partis avec vous? où est Légier, où est Gervois, où Tiébeaut? C'est ce que demandaient ces regards inquiets. Et les compagnons des malheureux qui ne reviendront plus détournent ou baissent les yeux sous les regards qui semblent les interroger ainsi. Tout ce tableau que nous présente le manuscrit, et qui vit bien réellement, est d’autant plus à remarquer que Villaut de Bellefonds place le départ de la Notre-Dame de Bon

Voyage en septembre 1380, et son retour neuf mois après. Or Villaut de Bellefonds a mal lu le texte qu’il a reproduit, ou celui-ci portait une date fausse, car tout ce que nous avons raconté n'aur.. pas eu lieu, Charles V étant mort le 16 septembre 1380. Mieux informé sans doute, l’auteur du document en possession de M. Carter, qui place l'entreprise en 1379, permet à nos hommes d'arriver à temps quand le roi est encore en Normandie, ce que j'ai pu constater.

C’est là, on le conçoit, une circonstance à noter, d'autant qu’elle a une autre importance non moins essentielle dans notre différend avec les Portugais : il en ressort en effet tout d’abord l’existence de deux textes, de deux documents contraires à leurs prétentions et rappelant nos titres.

L'existence de ces deux documents ne saurait être contestée, si l'on poursuit la comparaison entre la version de Villaut de Bellefonds et notre texte.

Cette première version ne contient-elle pas des détails que ne renferme pas la nôtre? Ne désignet-elle pas d’une manière précise, par exemple, les lieux où abordent les navires dans l'expédition qui suit celle au retour de laquelle assiste Charles V? Villaut de Bellefonds ne donne-t-il pas ensuîte d’autres circonstances d’expéditions postérieures dont le texte en possession de M. William Carter ne parle point ?

D'un autre côté, si Villaut de Bellefonds avait connu notre manuscrit, il serait bien singulier qu'il n’eût pas donné le seul nom de peuple qu’indique celui-ci, les Jolofs, et qu'il eût laissé ignorer lesnoms des découvreurs.

Quelle que soit la cause inappréciable aujourd’hui de ces différences entre la version de Villaut de Bellefonds et la nôtre, aucune d'elles ne prête à douter de la valeur et du témoignage qu'elles apportent. Il faut toujours prendre garde de tourner contre l’authenticité des faits l’infidélité involontaire d'un écrivain qui aura mal rendu ce qu'il aura entendu ou interprété sans une instruction suffisante le texte qu'il aura eu sous les yeux. Nous ne soutenons pas, en effet, que le document publié ici soit d’un des acteurs mêmes de ces grandes expéditions, ni même d’un savant ou d’un lettré.

Après tout, le point important pour l’histoire, c'est que les deux versions s'accordent entre elles sur les principales données. Or ce point ne peut étre mis en discussion.

Je ferai remarquer encore que Villaut de Bellefonds et l'auteur du manuscrit de M. William Carter donnent les mêmes noms aux postes fondés par nos Normands : La Mine, petit Dieppe, petit Roan, petit Paris. Notre manuscrit ajoute, il est vrai, petit Germentruville, mais dans l’une et l’autre version Cormentin et Akra sont également le terme des découvertes et des établissements des Normands. « Là aussi furent fors, castiaux, as lieu qu'on dit Cormentin et Akra. »

Ces similitudes dans les désignations des lieux s'imposent, on ne peut le nier, à notre confiance; et quant à ce nom de Gerimentruville, son antiquité, qui a peutêtre empêché Villaut de Bellefonds de le reconnaître et de le citer, est une g:1antie de plus de l'authenticité de notre document : c'est, à ce qu'il

paraît, le nom d’un fief voisin de l’ancien arsenal maritime et des chantiers de construction connus à Rouen sous l’appellation de Clos-aux-Galées (1). Or ce nom, bien ignoré aujourd'hui, n’a pu venir dans la pensée d’un faiseur de pastiches. Evidemment, les similitudes des deux textes donnent crédit à leurs différences, et, à mes yeux, ces deux documents réunis me semblent remplir les conditions voulues par l’honorable M. Macedo. Et alors, que devient le prétendu consentement unanime des contemporains qui faisait toute la force de la thèse de M. de Santarem?

Quelques autres particularités, sans être des preuves, pourront, comme des probabilités, ajouter encore au crédit que mérite le manuscrit en possession de M. Carter. |

Malgré tous les faits qui précèdent, j'aurais voulu, pour enlever les plus petits doutes qui pourraient demeurer sur ce sujet, retrouver les lettres d’anoblissement de Mounsire Jehan et quelque aveu de foi et hommage pour la terre des Preu-nauts. Malheureusement, n’enconnaissant pas la situation, etne sachant pas non plus s'il y a quelqueaffinitéentre ces Prunaut de Normandie et d’autres seigneurs des Pruneaux qu'on trouve dans l'Histoire généalogique du Père An-

(1) Voir sur le Clos aux Galées une curieuse étude de M. Charles de Beaurepaire. — D'après une lettre que m'a écrite M. Paul Baudry, il y avait sur l'emplacement actuel du faubourg Saint- Sever deux fiefs : l’un s’appelait la Minor-Villa et l’autre l’Her-

mentrudis Villa, qui appartenait aux religieux de Bonne-Nouvelle.

inerte nrsnnntiahnmantnrertnimrmmnns honre vante

selme et dans les historiens de Bretagne; n'ayant pas, dans ces conditions, suffisamment de temps à ma disposition pour pousser les recherches à bout, j'y ai renoncé après certains efforts et je m'en suis remis au savoir et au zèle de M. de Beaurepaire, archiviste de la Seine-Inférieure, et de M. Jules Thieury, bibliothécaire adjoint de la ville de Dieppe. Celui-ci m'a écrit en mai 1865 qu'il n'existait pas à Rouen deregistre, soit de la Chambre des comptes, soit de la Cour des aides de l’époque de la découverte de la Guinée. C'est une recherche à poursuivre par d’autres côtés.

En attendant, je puis assurer que ce nom de Preunaut a bien été celui d’une famille de Normandie, et qu’à la fin du XVII et au commencement du XVIIIe siècle, il existait un membre de cette famille sur la paroisse de Saint-Laurent, à Rouen, quoique le nom ne soit pas écrit de même.

L'obligeant archiviste de l'état civil, M. Potel, à qui je dois déjà des services de ce genre, m'a permis de constater le fait par la transcription d’actes relatifs aux enfants d’un sieur Léger Prunot, intéressé dans les affaires du roi, et de damoiselle Marie Madelaine Bigot, habitant sur la paroisse que j’ai nommée. Je ne veux pas tirer de conséquences du prénom de Léger que nous voyons ici, je le ferai seulement remarquer comme ayant été celui du frère de Jean le Rouennais et de son fils aîné. Or certains noms se perpétuent dans des familles, on le sait, par une tradition d'affection ou d'honneur. Je n’émets ici qu’une conjecture, qui m'a semblé toutefois devoir d'autant moins être négligée que lenom de Bigot, qui est celui de la femme de ce sieur Prunot, est celui de ce grand

curieux Emery Bigot, aux collections dispersées duquel M. Lucien de Rosny croit qu'appartient le volume consulté chez M. William Carter (1).

Par toutes ces considérations, qui ressortent les unes de probabilités, les autres de certitudes, quoi qu’ait pu dire M. de Santarem, que, se retrouvât-il un document relatif aux premières découvertes des Normands, il ne pouvait ruiner les témoignages favorables de ses compatriotes, on estimera sans doute qu'en face de celui que je présente, l’histoire impartiale ne saurait plus longtemps refuser de rendre aux Preus-nauts une gloire d'autant plus grande qu'elleest pure de la double violence à laquelle nous voyons.

.se livrer les seconds mais plus heureux explorateurs

de l'Afrique : je veux dire l'esclavage des noirs et le

(1) Le 13 juin 1711, est née Marie-Anne Prunot, fille de Léger Prunot, intéressé dans les affaires du Roi, et de damoiselle Marie-Madeleine Bigot. — Parrain, Cardin-Bellard, de Saint- Étienne-des-Tonneliers; marraine, damoisellé Marie-Marguerite Bigot, de Saint-Laurent.

Le $ août 1712, est né Léger-Hugues Prunot, fils des mêmes. — Parrain, Hugues de la Vergne, de la paroisse de Saint-Roch de Paris; marraine, damoiselle Marie-Madeleine de Navarre, femme de Louis Mangin, de Saint-Ouen.

Le 14 septembre 1713, est née Marie-Madelaine Prunot. — Parrain, M. Charles Lambert, écuyer, seigneur et patron de Lyons et de Bourg-Baudoin, conseiller et avocat de Sa Majesté aux requêtes du palais, substitut au Pariement, de Saint-Laurentde-Rouen; marraine, damoiselle Marie-Anne Thorel, de Charlefemme de M. Card. Belard, de Saint-Étienne-des-Tonneliers.

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