VII
Lesdites forces ainsi promises , et qui doivent être données d'une part et 4 autre , seront employées 9 selon que celui qui aura demandé le secours jugera être requis , soit dans son pays pour se défendre , ou ailleurs s'il est trouvé plus utile pour sa conservation.
S'il avient que ledit sieur Roi donne secours aux- (lits sieurs les Etat*, ou eux à lui , l'assailli ayant reçu leditsecours , ne pourra faire aucun traité avec l'agresseur sans le consentement exprès de l'autre*
le présent traité n'aura lieu qu'après la paix , et continuera dès~lors, non-seulement à la vie dudit sieur Roi , mais aussi durant celle de son successeur et héritier eu ses royaumes , pays, terres et seigneuries , pourvu qu'il le confirme dans l'an et jour du décès d'icelui , à quoi ledit sieur Roi entend l'obliger autant qu'il lui est permis , et que cette alliance , comme faite avec ses Etats et Couronne , soit perpétuelle.
En conséquence duquel traité les sujets et habitons dudit sieur Roi et Etats , vivront en bonne amitié, et auront le trafic libre entre eux, et dans Té tendue des Etats et pays l'un de l'autre, tant par mer que par terré , de toutes denrées et marchandises dont le commerce n'est prohibé et défendu par les ordonnances qui ont lieu esdits Etats et pays , sans qu'ils soient tenus payer plus grands droits pour lesdites denrées et marchandises qui entreront esdits royaumes, pays et Etats , ou qui en sortiront, que Ceux qui ont accoutumé d'être payés par les naturels habitans et sujets.
Lequel traité sera ratifié bien et duement par les Etats-généraux de présent assemblés au lieu de La Haye, dans trois jours , et par ledit sieur Roi deux mois après , comme aussi dans pareil temps par les provinces qui ont envoyé leurs députés en ladite assemblée; et lesdites ratifications délivrées d'une part et d'autre en bonne et due forme en même temps ; et deux autres mois après , les publications qui auront été faites~dudit traité partout où il appartiendra. Fait au lieu de La Haye l'an et jour susdits , signé par lesdits sieurs députés , et cacheté de leurs armes esdits noms $ étant signé , P. Jeannin , Helie de La Place, Cornelis van Gent, Jean van Olden-Barneveldt , J* de Maldrée, Nicolas Berckt , Ernest d'Àilva , Jean Slooth , Abel Coenders van Helpen , et cacheté de leurs respectives armes. Ont iceux sieurs Etats
DU PRÉSIDENT JEiNNIN. l5*J
ledit traité ratifié , approuvé et confirmé , le ratifient » approuvent et confirment par cettes , promettant de le garder , .entretenir et observer inviolablement , sans jamais aller ou venir au contraire, directement ou indirectement , en quelque sorte et .manière que ce soit, sous l'obligation et hypothèque de tous les biens et revenus desdites Provinces-Unies en général et en particulier, présens et à venir. En témoin de quoi oui lesdits sieurs Etats fait sceller ces. présentes de leur grand sceau , et signer par leur greffier, le vingt-cinquième jour de janvier , Tan mil six cent huit. Signé J. de Maldrée. Et plus bas est écrit , par ordonnance d'iceux sieurs les Etats , Aërsens > et scellé sur lacs de soie blanche d'un grand scel en cire rouge , aux
armes desdits sieurs Etats.
Lettre de messieurs Jeannin et de Rusy , au Roi, du vingt-huitième janvier 1608.
SlUS,
• Depuis nos lettres du a5 du mois de décembre , que le sieur de La Borde a rendues à votre Majesté , nous avons différé de lui écrire , encore qu ayons reçu les siennes du vingt -deuxième et vingt*- neuvième dodit mois , dès le treizième du présent, par le valet* de-cjhajnbrei de M. de Châtillon , qui les prît à Calais , et lies apporta en ce. lieu , pource .qu'il nous semblent qu'il valoit mieux faire ainsi, que continuer toujours à lui mander des incertitudes* Or , depuis ledit vingt-cinquième du mois passé , qui est la date de nos dernières lettres , nous jqous sommes continuellement employés pour Étire la ligue avec mes,-
2 58 HÊGOCUTIONS
sieurs les Etats , sur les offres contenues es lettres que uous avôit apportées le courrier Picaut , essayant de les en faire contenter , encore qu'eussions supplié Votre Majesté * par deux dépêches, de nous donner pouvoir d'offrir, jusqués à un million de livres chacun an, es deux premières années de la paix, s'il en eût été besoin, pour surmonter les difficultés qui se rencèntroient à la faire devant la paix , tant du côté dès Anglais que de ceux qui désirent la continuation de la guerre , les derniers preftaût ce prétexte qu'il né falloit-pas mécontenter lés autres, puisqu'ils ne refusaient cette ligue , mais demandoiént seulement qu'elle fût différée jusqués après la paix. En quoi il nous est apparu manifestement que l'intention de* t Etats étoit de s'accommoder dès lors à la volonté de votre Majesté , si la crainte d'offenser les Anglais , fondée sur des considérations qui méritent plutôt excuse que blâme , ne les eût retenus. Car ils ont des places et des forces dans leur Etat , et ils sont prêts de traiter avec eux , pour ce qu'ils leur doivent , revenant à près de neuf millions de livrés * dont ils se promettent obtenir rabais de la moitié , ou d'un tiers au moins \ et il leur «efflbloit qu'ils perdraient cette espérance eh leur donnant quelque ttiéeontentemeùt. Mous aurions donc conféré souvent sur oé sujet avec le sieur deBarneyeldt , comme avec celui qui conduit tous les autres $ et qu'avons récotirtu tfès^ffectionné, même depuis quelque temps , à l'endroit de vfltre Majesté* pour lui faire comprendre que lfeâ Etats lie dévoient rien espérer d'elle ,• que ce qui étoit totifenu es lettres qu'avoit apportées le courrier Picaut , d#nt lui Urnes communication de quelques articles, lui disant
DU PRÉSIDENT JIANNIN. l5«
qnes'iljugeoitlaligueutile avant la paix, comme il nous avoit toujours déclaré , qu'on se devoit contenter desdites offres » sans prétendre rien de plus pour le pré-» «ent; mais qu'étant fiûte, et se remettant à son bon vouloir et plaisir, ils pourraient espérer mieux. Sur quoi nous ayant promis de s'y employer d'affection , et si les Anglais n*y voûloient consentir, de disposer de tout son pouvoir les Etats pour la faire sans feux il y travailla en sorte que leurs députés firent cette déclaration aux députés d'Angleterre , nous présèns , le deuxième jour de janvier, qu'ils jugeoient cette ligne si nécessaire avant la paix , qu'ils âvoient pris résolution de la faire dés lors avec celui des deux rois qoi le premier y voudroit entendre; nous suppliant néanmoins d'y entrer conjointement, et que si lefei- «ions ensemble, sans remisé, ils nous en auroiént très-grande obligation.
A quoi nous consentîmes" de notre part , leur disant que votre Majesté jugeoit comme eux qu'elle devoit «ire plus utile avant la paix, et nous commandoità cette occasion de suivre en cela leur désir, exhortant lesdits députés d'Angleterre d'en faire autant. Ce qu'ils montrèrent prendre debottne part, nous priant toutefois de la diffère* pour trois Ou quatre jours seu-> lement,dans lequel temps ils S'aâsurefoient d'avoir ïé-> l»nse de leur Roi» dont les Etats et nous aurions contentement; au- bout duquel temps, qui fut le «xième de janvier , les députés des Etats vinrent encore parler à eux et à nous , étant assemblés en notre y, nous répétant toujours la même prière avec 'ffcctfott, Et lors, lesdits députés d'Angleterre firent «tendre qu'ils avoient eu réponse de leur Roi, et
i6t> négociations
déclaration de sa volonté , touchant les offres qu'il entendoit faire, qu'ils proposèrent à l'instant, les magnifiant bien fort, à savoir: qu'il donneroit, en cas de paix enfreinte, vingt navires de guerre de quatre, cinq et six cents tonneaux , fournis et équipés d'artillerie et munitions de guerre , victuailles , pilotes , mariniers et soldats, le nombre desquels soldats sereit de trois mille cinq cents au moins -, et pour le secours de terre , six cents chevaux et six mille hommes de pied: lesdits deux secours ensemble, mais pour six mois chacun an , et à la charge d'être remboursé de cette dépense après la guerre. Et que les Etats seraient tenus lui donner un pareil secours par mer à son besoin , sinon en grandeur de navires , en plus grand nombre de vaisseaux pour égaler le sien , et les deux tiers de celui de la terre. Et quant au secours pour les premières années de la paix , que leur Roi en trouvoit la demande étrange , et néanmoins , si votre Majesté en accordoit quelque chose , qu'il s'y accommoderait aussi. Nous leur dîmes encore lors le nôtre, qui étoit de huit mille hommes de pied , et qu'elle offrait pour autant de temps que les Etats en auraient besoin , sans limitation de six mois chacun an , et sans demander aucune répétition de la dépense j qu'elle se contentoit pareillement de la moitié du secours à son besoin , pourvu que le leur fût comme le sien à leurs frais , étant commodité et soulagement à l'allié qui demande secours, de le recevoir., sans-être tenu de rendre l'argent , mais seulement de s'en revanqher en pareil cas , qui peut-être n'avient de long-temps , ou jamais* Nous y ajoutâmes aussi les quatre mille hommes de pied qu'elle offrait pour les deux pre-
!)U PRÉSIDENT JEANNÏN. lét
mières années de Ja paix. Sur quoi les députés des Etats firent déclaration ouverte , au même instant , qu'ils estimoient plus notre secours aux conditions que l'offrions , que celui dudit sieur roi d'Angleterre , qui sembloit en apparence plus grand % et qu'ils ne pouvoient consentir au secours qui leur étoit demandé en récompense, pource qu'il n'est aucunement proportionné à leurs forces et moyens ; qu'ils entendoient même nous prier de mettre celui que nous requérions d'eux au-dessous de la moitié , comme de douze portions à cinq.
Après lesquelles propositions laites d'une part et d'autre, lesdits députés d'Angleterre ajoutèrent à la leur, combien qu'ils aient charge de faire ladite ligue dès à présent, que c'étoit néanmoins à condition , et non autrement, qu'on traiteroit par même moyen avec eux de quelques affaires particulières qui sont entre les Etats et leur Roi , qu'ils pouvoient achever en trois ou quatre jours , si les Etats y vouloient apporter la même diligence qu'ils feroient de leur côté , étant prêts d'en conférer dès le lendemain, et qu'ils n'avoient rien à leur demander qui ne fût clair et certain. Ayant pris dès lors heure au lendemain pour en traiter , et enfin, après s'être assemblés par trois jours consécutifs , le sieur de Barneveldt nous rapporta qu'il n'y .avoit moyen de s'accorder en peu de temps , et qu'ils entendoient traiter avec le roi d'Angleterre, et près sa personne , des choses dont lesdits députés leur avoient parlé, qui étoit pour les villes cautionnaires j qu'ils prétendent garder pour l'avenir avec plus grand nombre de gens de guerre qu'ils n'ont fait du passé -y pour Je commerce de leurs marchands; et touchant t. 1 3. II*
ï6a H&GOCUTÏOBS
une nouvelle obligation qu'on leurtïemande detôtitts tes sommes qu'ils doivent , dont ils né voûtaient arrêter te compte , ni passer ladite obligation ici, ptftftte qu'ils se promettent d'en obtenir un grand tabâii dudit sièur Roi , lequel ses députés tie pourreiêftk feire. Voyant cette difficulté , et tes artifices *t fuite des Anglais , nous fîmes ouverture au sieur de Barneveldt qu'il vaudroit mieux faire une ligue générale desdeui rois avec eut , qui côutiendroit la promesse et oblige tion d*un secours mutuelde toutes tes forces et tiioyettè d'un chacun d'eux, et réserver d'y ajoutât lés, particularités d'une part et d'autre après la pait faite , sans suspéndf e né&nmoiiis l'etfet de la ligue générale , qui demeurerait toujours eu sa force , sinon ta <rè qtfd y seroit dérogé par la particulière qu'on ferait après; lequel approuva cet expédient, et dit qu'il *ti patte4îtrit te jour hième , qui fat te ditième de ee tttbis , aat députés d'Angleterre , ôomme il fit , et nous rapporta qu'ils TaVoient, après quelques disputa fctmsfciiti , qtfil te projposeroit sembïabtemeùt , te lfendemaih onzième , en l'assemblée des Ëtats : ce qtfïl fit ; pu« ftous rapporta, le douzième, qu'ils te trouverbiëntbon, nous priant de te dresser, connue nous fîmes le treizième , et fut communiqué par nous te qua* tofrième aui Anglais , qui en dirent autant après Fa* troit considéré à loisir. Les Etats te vitfefct leto&rtre le même jour , qui en fartent contens , et ntrtis feettAfoit tort qtfil ne restait 0us qu'à traité!- ,*uivàtot*a l&tteè de ladite ligue qu%énvoyons k vttefe Rtajefctë. Màfe te tendèmain quinzième les députés d'Angleterre, qui ai avoient retenu une copie , nous vihïent v*>fr , «et aotri dirent qu'ils avoient depuis mteùt considéré far*
DU JfllÈStffEST JElKXIlff. l63
iicïe d'icelk ligne , auquel ils désiroient quelque
petit changement, en ce qu'il contenoit que cette Kgue générale demeureroit toujours en sa Force et vigueur , sinon en ce qu'il y serott dérogé par la particulière qu'on ferait après , nous priant de mettre que ladite ligue générale demeureroit en suspens , jusques à ce que la particulière fût faite -, qui étoit en effet l'anéantir du tout , dont nous leur fîmes connottre qu'étions fort offensés , et qu'ils ne traitoient avec nous avec la sincérité qu'il convient entre ministres de princes qui sont utris , et embrassent la défense> d'une même cause.
Sur quoi ils nous firent plusieurs protestations du contraire , avec sermens et en colère , y ajoutant cette raison qu'ils en demeur oient là et étoient contraints d'en user ainsi, pource qu'ils savent bien que, si cette ligue générale étoit faite , ils n'auroient jamais raison des Etats pour les affaires particulières qu'ils ont à traiter avec eux ; ainsi qu'ils s'étoient résolus , pour cette Seule considération , de ne faire l'un sans l'autre. Et toutes les raisons queleur pûmes direpour les changer ne servirent de rien , si bien qu'il nous fallut tenter derechef les moyens de la faire seuls , et entraînes làdessus en nouveau discours avec le sieur de feàrne- Veïd, ntous adressant toujours à celui-ci , pourcequ'on ne fait rien sans lui ; lequel, continuant en même affection , proposa avec ardeur en Rassemblée des Etats, le dix-septième, qu'il étoit expédient de faire ladite ligue avec nous , fût générale ou particulière > sans plus attendre les Anglais. Sur quoi les députés des Etats , en nombre de sept , nous vinrent trouver le lendemain , et traitèrent avec nous des conditions de celte
l64 KÉGOCIATIOWS
.ligue deux jours consécutifs,, puis en firent rapport en l'assemblée des Etats , et nous prièrent de la dres- . ser, comme nous fîmes le vingtième, la communiquant le même jour à M. de Barneveldt en particulier , et de là aux Etats ', qui y changèrent fort peu , et la résolurent en leur assemblée le vingt-deuxième , pour la conclure et signer d'une part et d'autre le vingttroisième $ mais la conclusion et signature en fut encore remise au vingt-cinquième , et ne fut signée que ledit jour, quoique la date soit du vingt-troisième, pource que leur délibération du vingt-deuxième contenoit qu'elle seroit passée ledit vingt-troisième jour. Or la cause de ce délai fut sur ce que les députés d'Angleterre dirent qu'ils étoient prêts de passer la ligue générale avec nous , lesdits députés des Etats nous étant venu prier de le trouver bon. A quoi leur fîmes réponse qu'avions- prévu , comme il étoit vrai , qu'ils en useroient ainsi , que savions bien qu'ils ne le faisoient que pour la remettre après la paix, et si c'étoit leur bien d'approuver cette remise qu'y consentions; mais que nous ne voulions pour le présent en faire aucune autre que celle dont étions demeurés d'accord par ensemble. Bien leur promettions-nous , encore qu'elle fût passée, d'en faire une autre avec eux, quand ils le voudroient, par effet, non avec dissimulation , et en ce faisant de rompre lors celle-ci , mais non plus tôt. Les difficultés qu'il y a eu d achever cette ligue , qui nous a voit auparavant donné tant de peine , n'ont pas été grandes vers la fin en ce qui touche les Etats ; car l'opportunité du traité auquel ils sont prêts d'entrer, le besoin qu'ils ont de notre assistance et de l'autorité de votre Majesté en cette
BU PRÉSIDENT JEÀ5NI5. l65*
affaire, leur a fait oublier la crainte qu'ils avoieht d'oPfenser l'Anglais , et tous autres respects et considéra-^ tions autrefois mis en avant par eux. Ils ont bien toujours insisté, avec supplication et soumission, à la demande d'un million de livres pour les deux premières années de la paix ; mais leur ayant dit qu'ils ne* dévoient espérer cela par les conditions delà ligue , qu'il falloit faire sans marchander , et que votre Majesté y pourroit après être plus aisément disposée , en quoi leur promettions faire toutes sortes de bons offices , sans néanmoins les assurer que de quatre mille hommes de pied, sur quoi ils se remirent, touchant ledit secours , à sa discrétion , n'ayant laissé pourtant de pasiser ledit traité sans y rien insérer desdits quatre mille hommes , ni en requérir aucune promesse de. nous; disant qu'ils aimoient mieux ainsi faire et attendre ce qu'il lui plairoit en ordonner, considéré même que n'offrions ce secours de quatre mille hommes , sinon à "condition qu'ils en rendroient autant, au cas que votre Majesté fût ci-après assaillie en ses royaume et pays , outre celui auquel ils seroient obligés par la ligue. Ils nous ont aussi bien fort prié de mettre dix mille hommes de pied , au lieu de huit mille, pour le secours en cas de paix enfreinte -, nous remontrant que celui des Anglais étoit beaucoup plus grand , et néanmoins que votre Majesté avoit plus de forces et de moyens , et s'étoit toujours montrée plus affectionnée envers eux.
Ce qui fut cause , après plusieurs refus , eux continuant toujours en leur première instance , de nous y faire consentir, aussi que nous jugions ledit secours être promis en un cas , qui vraisemblablement ne doit^
l66 NÉGOCIATIONS
jamais arriver , n'y ayant apparence que le roi d'Espagne veuille faire cette paix pour entreprendre de la rompre après par les armes ; joint qu'en ce faisant , nous les avons obligés au secours de la moitié , dont ils faisoieat très-grande difficulté , disant que seroit présomption à eux d'égaler leurs forcés et moyens à la moitié des siennes *, mais pour couvrir telle inégalité et les exempter de ce blâme , nous prioient mettre en. l'article quatrième, qui contient l'offre de cette moitié, qu'ils le faisoieat en considération des grandes faveurs et assistances qu'ils ont reçues d'elle du passé. Ce qu'on ne leur a pu refuser > encore que fussions en quelque doute ces mots être ajoutés par eus pou* en induire que le secours du passé étoit gratuit; mais ils ne peuvent avoir cette signification précise ni rien qui en approche, étant certain que le prince qui donne secours à son allié au besoin , lui fait grande faveur et assistance, quoique ce soit en intention d'être remboursé , quand il attend que la guerre soit finie pour s'en faire payer et ne demande aucuns intérêts. Nous avions aussi demandé cette moitié de secours en cinq mille hommes de gens de pied > navires , ou argent , au choix de votre Majesté ; mais ayant fiait difficulté d'y ajouter ces mots, en argent , s'ils n'avaient le même choix au secours qu'elle leur donne , on a estimé qu'il seroit mieux dç Içs ôter que d'accorder leur demande. Nous voulions encore que les moindres navires fussent de trois à quatre cents tonneaux ; mais ils nous prièrent de meure seulement de deux à trois cents , et qu'ils ne laisseroient de nous, secourir des plus grands qu'ils auroienL .
XI* ont aussi désiré et requis avec grande instance
que l'article dixième » qui coutieut la permission du trafic des sujet* è$ paya l'un de l'autre , fût couché tel qu'U étoit par le traité d'aJUauce qye M. de Bouiliou fit ayec ep eu l'*n 1 5gft ; et w>ea levons mis au plus près comme ceiuî4à > estimant qu'il u'y 9 rien de coutraire au* ordonnances par lesquelles le$ droits qu'où prend sur les denrées qui euUent au royaume ou eu sortent , sont aet&i bieu payés par les Français que par tes étrangers \ et néanmoins 1 crainte qu'il u y eut eu cel* quelque préjudice au* ferme* , noua ?vwa tûrë promesse d'eu* « par laquelle ils en consentent 1* réforoppUAip j s'il est trouvé qu'ainsi soit, Nous pouvions ouettre eu oe traité un article qui semble être ordinaire, que ta rw et princes qui voudront entrer eu ladite
ligue , y seront reçus dans un certain temps ; UW& MTO« u'avow Fs j^8^ i propos de le faire ici ; car l'obligation n'étant que pour secourir les Etats et eu* nws 9 «Ans qu'elle f oit réciproque des rois et princes qui y vçudroient entrer IV» envers l'autre , cela eût été inutile , et n'eût servi que pour faire connoître qu'au désiroit assembler des euoemis contre le roi d'Espegue et les archiducs , s*u$ néanmoins eu rece~ vw tuivu fruit \ car , pour le regard des Etats , ils le &?uren!bieuftired'eu*-wtae$, et tirer pareilles obligation? de§ autres priuces qui voudroient traiter avee eu* , ftan* qi*e UOU* nous en mélioqs. Autre chose eût étf, sile roi 4'Àugleterre eût voulu faire cette ligue conjointement , et smssi bien avec votre Majesté quavwles Etats, car cette clause eût, eu ce cas , été néceataire, oommenous lavions mise au projetde la ligue que lui avons ci-devant envoyé. Aussi est-il certain que le roi de Danem?rck ne fer? autre chose qu'écoq*
)6& KÉGOCUTlOTfS
ter , et que ses résolutions dépendront toujours des conseils d'Angleterre. Et quant aux deux électeurs \ ^quoiqu'ils soient désireux d'une bonne ligue pour la guerre , ils ne diront rien pour la paht , et n'est pas grand besoin aussi pour maintenant de les y exciter \ car sera assez à temps de le faire après la paix conchié s'il est jugé à propos. Nous n'avons non plus mis cet article en la ligue , si votre Majesté et les Etats étoient assaillis ensemble, ce qu'ils auraient à faire, considérant qu'elle étoit faite pour l'observation de la paix, et qu'il falloit montrer le plus qu'on pouvoit que ce n'étoit à autre dessein, aussi que, si cas advient, la raison et le soin de la commune conservation enseignera assez ce qu'on devra faire , et chacun n'y sera lors que trop disposé.
Nous mîmes encore en avant qu'il falloit faire cette ligue pour la trêve à longues années aussi bien que pour la paix ; mais les Etats dirent que cela présupposerait qu'ils sont disposés de recevoir ladite trêve , et néanmoins plusieurs d^entre eux sont d'avis contraire. Vôtre Majesté verra que , par le proeme de la ligue , le roi d'Angleterre y est nommé, comme si les deux rois l'eussent dû faire ensemble , les Etats l'ayant ainsi désiré pour la réputation, et afin que chacun croie que ledit sieur Roi ne les a point abandonnés , et pource qu'ils s'assurent aussi qu'il y entrera bientôt ; à quoi estimant qu'elle n'avoit aucun intérêt , et au contraire que cela peut servir pour lui ôter le moyen de s'en prévaloir vers les archiducs , nous l'avons consenti. Ils n'ont pas approuvé non plus qu'ayons qualifié lesdits sieurs archiducs , seigneurs souverains des Pays- Bas , dont ils jouissent à présent avec si mauvaise rai-
DU PRÉSIDENT JEANNIff- 169
son, qu'elle ne mérite pas d'être insérée ici , à savoir, qu'ils ne sont seigneurs , sinon à certaines conditions et non vrais entiers souverains. Nous vous pouvons dire avec vérité , Sire , que cette ligue a rempli ce pays d'une grande joie , et qu'ils en vouloient faire des réjouissances publiques par toutes les villes de leur Etat; mais nous leur avons dit que seroit assez à temps* après la paix faite. Ce ne sont plus parmi eux que louanges de votre Majesté , et que chacun connoît bien maintenant qu'elle n'a autre but et dessein que leur salut et conservation ; n'ayant pas cette même opinion des Anglais, des artifices et difficultés desquels ils se plaignent, et le feroient plus ouvertement, n'étôit qu'ils sont retenus par les plus sages, qui jugent bien qu'ils ont encore besoin de leur bienveillance et faveur , et qu'on ne les peut mécontenter en ce temps ici sans péril. C'eût été bien le meilleur que nous eussions traité ensemble eux et nous avec les Etats; mais il n'y a eu aucun moyen de les y faire venir, et Totre Majesté ne nous commandoif de la différer après la paix , sinon ait cas que les Etats ne se voulussent contenter de ses offres. Et à la vérité , en considérant le peu d'assurance qu'il y a en la foi et amitié du roi d'Angleterre, ou plutôt le soupçon qu'on doit avoir de sa mauvaise volonté, et d'autre côté qu'il est aussi malaisé de bâtir quelque amitié qui soit sincère avec l'Espagne , il semble bien qu'on ne pouvoit prendre un meilleur conseil que d'achever cette ligue , qui assure votre Majesté des forces et de l'amitié de cet Etat. La venue du marquis Spinola. qui doit arriver demain ', donne sujet à plusieurs de discourir , et leur semble plus bonnement qu'il y vient avec
1^0 HÊGOCIUTÔKS,
résolution entière de faire la paix- Si sommes-nous ea crainte que ce ne soit pas comme on la demande, et qu'il ait quelque secret dessein pw essayer de la rendre autant utile au roi d'Espagne y qu'il §mbk qu'elle doive être honteuse. Car si la souveraineté est quittée simplemeot y et sans autre obUgatiou qui leur apporte quelque profit, tyttente du roi d'Espagne ne çera plus que sur la mauvaise conduite des, Etats » et ce qu il se promet qu'ils oublieront le nrétier 4e k guerre avec le temps et ne seront plus que marchands; $ur ce qu'il les pourra pratiquer , corrompre , diviser ou gagner. Or il y a des remèdes pour se garantir de tels incouvéniens , qu'ils sauront tûeu pratiquer , s'ils WUt sages et veulent suivre tes conseils qu'on leur peut donner; ou au contraire quitter les droits pour lesquels lui et sou père ont cwubattu si longtemps , est nue action qui doit avoir $a louange ou $ou blâme à l'instant qu'elle sera laite ; et aembleroit plu* fevorahle et honorable h un si grand prince de 1* laisser faire et achever du tout aux archiducs et à ses sinistres > coj^ we s'acçouuuodap va leur désir et à la trèsinstante prière qu'ils lui eu ont faite» pour se i^et^een repos , que d'y faire employer ledit sieur pi?iquis , lequel ne peut être de cette partie, étant serviteur particulier et général de l'année dudit sieur Roi , saus faire CQnnoître à chacun que c'est lui-même qui , par nécessité et impuissance , quitte ce qu'il ne peut p^ garder. C'est donc ce qui nous u>et eu doute qu'il n'ait quelque autre dessein auquel il se veuille attacher pour en faire profit.
Ce sera à uous de prendre garde que ce ue soit au dommage de votre Aftajesté, comme nous ferons avec
DU PRÉSIDENT JB4NNIN. JJJ
soin et vigilance , autant qu'il nous sera ppssible > la ligue faite étant déjà uu bon moyen de s'en garantir ; car il est certain que cette république , qui est à sa* naissance > pour se mettre eu quelque réputation d'être d'une fpi constante > afin de feire délire* et estimer $00 amitié Tpe se départira aucunement de ce qu'elle a fait avec VQtjre Majesté Par ainsi, si le$ Espagnols ont quelque mauvajsç intention , ils sç-* ront contraints s'en départir ou s'assurçr qu'ils auront ceux-ci pour ennemis , avec lesquels néanmoins ila cherchent de vivre en paix. Cette ligue empêchera „ par même moyen > les Anglais de se joindra du tout avec l'Espagne , et les fera demeurer au moins en neutralité , crainte d être mal avec le* Et?t$ , dont les députés publient tous les jours vwloir conserver limitée avec si grand soin, qu'ils mettront tout pour eux quand il s#ra besoin. U semble* donc que cette ligue doive assurer le repos de votre Majesté et de sou royaume , et qu'il a été bon de la faire avant la paix , pour se mettre à couvert de tous inconvéniens; elle en a toujours fait aussi ce jugement. Il est vrai que l'Anglais pourra essayer de s'en prévaloir envers ks archiducs > et eux seront pour espérer davantage de son amitié à cette occasion que de celle de votre Majesté, Mais nous essayerons de persuader à leurs mioistres que la principale cause de l'avancement de la paix est cette ligue , et que ce sont les amateurs du repos eu cet Etat qui Vont désirée et poursuivie avec autant de chaleur , que ceux qui, veulent la continua-» lion de la guerre ont apporté d'ardeur pour la rompre. Que nos action aussi à la suite de çellç-ci , feront mieux juger, que toute autre chose 7 l'intention dç
votre Majesté avoir toujours été d'aider au repos. Le pis qui puisse arriver de cette conférence, et que nous craignons aussi le plus, est qu'on remette encore les affaires en quelque négociation et longueur , soit sous prétexte d'envoyer en Espagne ou autrement , et que les députés des archiducs tendent cependant à faire une trêve de trois , quatre ou cinq ans , et , s'ils ne peuvent mieux, pour un an; car tout cela ne vaudroit rien , sinon avec cette condition que lesdits archiducs déclarent précisément , tant en leurs noms que du roi d'Espagne , qu'ils tiennent les Provinces-Unies pour Etats libres , sur lesquels ils ne prétendent rien, et en cette qualité traitent et accordent ladite trêve avec eux; qui seroit bien autrement qu'il n'est contenu en la précédente trêve faite avec eux, par laquelle ils ne les reconnoissent tels , sinon à l'effet seulement de traiter une paix ou trêve à longues années, et non plus avant. Mais il est certain qu'ils n'accorderont jamais ladite trêve de cette façon ; car étant finie , ils nauroient plus aucun sujet de recommencer la guerre. Or la crainte que nous avons de voir finir les affaires par cette trêve , est fondée sur ce que les députés des archiducs feront vraisemblablement tout ce qu'il leur sera possible pour y parvenir , d'autant qu'il n'y a rien de si utile pour eux ; et nous doutons bien fort que les Etats ne soient assez sages pour se garantir de ces inconvéniens.
Déjà prévoyons -nous qu'ils se vont jeter d'euxmêmes en ce précipice , en ce que plusieurs d'entre «ux veulent qu'on demande l'article de la souveraineté et liberté , en termes beaucoup plus exprès qu'il n'est contenu en la trêve faite avec le* archiducs , et
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qu'on y insiste do tout , et à leur refus qu'où rompe ; et même aucuns y ajoutent des mots peu nécessaires, qui toutefois offensent, et sont aucunement hontepx à consentir, comme de ne plus prendre le titre et porter les armes desdites Provinces-Unies ; car la souveraineté quittée , cela suit de soi-même sans qu'il soit besoin d'autre expression. Or les députés des. archiducs auront occasion de dire là- dessus, qu'ils n'ont promis , sinon de les tenir et reconnoître,pour, Etats libres, sur lesquels ils ne prétendent rien, et d'obtenir pareille déclaration du roi d'Espagne. Le ' mot de souveraineté n'y est pas même ; mais il est vrai qu'il est inclus en celui de liberté , et en ce qu'ils déclarent ne rien prétendre sur lesdites Provinçes- Unies. Demanderont donc, puisqu'ils désirent quelque chose davantage , qu'on leur donne du temps pour le faire entendre aux archiducs , et envoyer de là en Espagne ; qui est à vrai dire un délai de trois mois , et en conséquence la trêve pour cette année. Et ceux qui veulent la guerre seront peut-être aussi peu considérés, et penseront par ces délais trouver moyen d'empêcher la paix-, ainsi ils aimeront mieux consentir à la trêve que de voir la paix faite dès à présent. Je sais bien qu'ils diront qu'on doit seulement donner un mois ou six semaines, et aucuns d'entre eux qu'il sera bon de voir cependant si on peut demeurer d'accord des autres articles , qui. seroit moindre mal ; mais les choses remises à un voyage d'Espagne , quoiqu'on ait pris ce temps court , il y aura tQujours moyen d'allonger , et personne ne sera d'avis de rompre, faute de donner un moi&de plus, et après ce mois un autre. On pourra bien faire cou-
noître à œut qui sont amateurs de la paifc , qu'Wi se doit contente* des mats contenus en la première trêve, si on ne peut obtenir mieux , lés mettant dans le traité en la façob qu'avons dit ci-devant , et la plupart des provintefc s'y laisseront aller comme nous estimons. Mais fc'il y à trop de Contradiction et d'opiniâtreté es autres, qui soit pour les divise* , ils consentiront plutôt à la nouvelle trêve que de tompre , ni souffrir ceWd division , qui seroit cause de leur entière ruine. Nous y donnerons de notre part tons les conseils qui pourront le plus faciliter la paix et les tenir en union ; mais il nous est malaise de prévoir ce que feront lès Anglais , à cause des variétés qui sont en leut feofcdttite. Bien nous semble-t-il qu'ils chercheront d'amadouer et flatter plutôt les archiducs que de les offeftser , encore qu'ils feignent par leurs propos d'aimer mieux la guerre que la paix ; mais ce n'est que dissimulation et artifice. Les Etats s'attendent et ont grand besoin du secours du dernier quartier, s'il plaît à votre Majesté l'ordonner , et pour le premier quartier de cette année se promettent encore que , pendant les trois mois qui sont nécessaires pour savoir «'ils auront paix ou guerre , qu'userez de même bonté envers eux; ne l'osant espérer hors cedit temps, sur ce que bous leur avons dit souvent qu'ils ne peuvent continuer la trêve pour plus long-temps, sinon à son grand déplaisir et eh danger de se ruiner eux-mêmes $ ainsi qu'elle ne vouîoit rien mettre du sien pou* aider à leù* foire du mal. M. de îhreaut est porteur de feette dépêche , ayant estimé que votre Majesté aùroit agréable d'entendre par lui tout ce qui «'eet paàsé eh cette aflaire, dont il est fort bien ins-
fruit, s'en étant rendu soignent, afin qu'il sôit plus capable de lui feife quelque jour très-hmnb!e service ë charges ésquelles il sefa employa. Nous lui en avotis aussi communiqué volontiers , pour avoir rt> connu sa discrétion ît taire ce qui ne doit être su. IVotrs prions Dieu; Sire , qu'il donne à votre Majesté en parfaite santé très-longue et très-heureuse vfe.
De Là Haye , ce 28 janvier i6o$-
Vos très-humbles et très-obéissans sujets et secteurs, P. JtiNSiN et RussY*
Ltttte dé M. ïeétnhîti à 9T. de PVtletoy, âudiljour vingt-*
hxriuèmte janvfer 160$.
MoifttEnfe , les affaires ont des saisons et sont quelquefois pleines de difficultés, puis tout à Coup deviennent Ikciles. Nous avons toujours travaillé pour faire la ligne sur les offres contenues es lettres qu'apporta fecouttietPicàut, encore qu'eussions désiré quelque plus ample pouvoir pour bous en servit* au besoin ; et bien nous a pris, puisque 8a Majesté ne voulait accrtfttre ses offres , de ce qu'avons pu achever ce qu'elle désiroit sans cela. Cest BarneVeldt qui à tout fait. Ainsi que le Roi ne trouve étrange , s'il lni plâltt si je m'adresse toujours à lui , et si son nom est en toas les endroits de nos lettres : car la vérité est que tous céut qui désirent la paît en rassemblée générale, qui est te plus grand nombre, dépendent tellement de lui, qu'ils approuvent sa conduite et tous ses avis sans les contrôler ni autrement considérer. Or il a jugé et cru qu'il aura grand besoin de f autorité du roi et de nos conéeilt , pour achever ce qu'il a entrepris v qui est de
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faire la paix. Par ainsi qu'il étoit temps de nous don** ner contentement 5 aussi que cette ligue serviroit beaucoup pour unir toutes les provinces au dessein qu il embrasse. Vous ne sauriez imaginer la joie et le contentement qu'ils montrent tous d'en avoir, les louanges qu'ils publient de Sa Majesté à cette occasion, et le mécontentement qu'ils ont du refus fait par les Anglais d'y entrer, ne pouvant aucunement approuver leurs excuses. Cette ligue a déjà été envoyée par toutes les provinces et communiquée aux ambassadeurs. L'Anglais essayera sans doute de faire son profit , s'il peut, envers les ministres des archiducs, du refus qu'ils ont fait, comme si c'étoit pour leur respect-, et nous au contraire de ce que nous y sommes entrés , par la recherche de ceux qui sont amateurs de la paix , et contre la volonté et nonobstant la contradiction des autres qui veulent la guerre. Cette ligue nous assure maintenant contre les soupçons qu'on pouvoit avoir de la conjonction des Anglais avec l'Espagne , et qu'ils seront retenus de nous faire la guerre l'un et l'autre , crainte d'avoir les Etats pour ennemis , avec lesquels l'Espagnol recherche la paix ; et les ministres de l'autre publient tous les jours ici que leur maître veut mettre tout au besoin pour leur conservation. Par ainsi l'issue de la conférence en laquelle. on va entrer , semble ne pouvoir plus être préjudiciable à Sa Majesté , dont j'étois auparavant en quelque doute, jionpour me défier de la bonne volonté des Etats , mais que leur trop grand désir à la paix ne leur fît souffrir et recevoir quelques conditions qui ne nous vinssent à gré, et ce soupçon croissoit quand je considérois les artifices des Anglais * qu'on pouvoit prendre pour
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indice et présomption violenté , qu'ils désiraient plutôt l'amitié du roi d'Espagne que la nôtre. Ce qui esta craindre à présent , est que ne puissions faire la paix , et que les ministres des archiducs ne cherchent quelque prétexte de tirer les affaires en longueur pour faire une nouvelle trêve -, et déjà j'en vois l'occasion sûr ce qu'on leur veut demander la souveraineté avec trop grande expression et avec des mots qui peuvent offenser : car ils pourront répondre , si on requiert d'eux pour ce regard autre chose que ce qui est coiftenu au premier traité de la trêve avec eux, qu'il faudra envoyer en Espagne. Mais si les Etats sont sages ils éviteront cet, inconvénient 5 car les mots de la première trêve couchés comme il appartient , et comme je saurai bien faire s'ils me veulent croire, seront aussi bons et significatifs que tout ee qu'ils prétendent y ajouter. J'essaie d'en rendre capables tous ceux qui ont part au maniement des affaires ; mais qui veut la guerre ne peut approuver ce qui facilite la paix. Si estimé-je que nous aurons beaucoup d'autorité pour persuader un chacun > à cause de la bonne opinion qu'ils ont tous de l'affection du Roi enVers cet Etat, et de sa prudence 5 aussi qu'il faut espérer , si les députés des archiducs viennent avec volonté et résolution d'avoir la paix , non de tromper , qu'elle se fera> du moins utie trêve à longues années, à laquelle néanmoins résistent plusieurs de ceux qui désirent la paix. Mais je suis toujours en grande défiance que le marquis Spinola n'a pas pris cette charge pour faire un présent aux Etats de la souveraineté , sans y ajou-* ter des conditions qui puissent apporter quelque notable profit au roi d'Espagne , et fais là-dessus des t. i3. ia
discours qu'il n'est pas besoin jeter au dehors, puisque nous sommes si près du temps pour voir ce qui en aviendra.
J'ai vu par vos lettres du dixième de ce mois , qui m'ont été rendues le vingtième, l'ouverture faite au Roi par le père provincial des Jésuites , confirmée par l'ambassadeur des archiducs, et de leur comraandenlent exprès , dont je n'ai communiqué à personne. Sa Majesté a fait fort sagement de l'approuver, et remettre à en traiter par l'entremise de notre saint Père. Il est vrai que cette ouverture contient un projet de si loin , et qui est sujet à tant d'incertitude , et , quand il succéderoit bien, qui a si peu, d'utilité pour le royaume T que feindre de l'approuver , ou l'avoir agréable en effet , ne nous peut apportée autre commodité , sinon qu'il servira pour entretenir les deux rois en quelque amitié , pendant qu'ils seront en cette espérance de faire alliance de leurs enfans , ou qu'ils en auront même passé les traités , s'il est jugé à propos de le faire pour prendre plus de confiance l'on de l'autre. Et cela , toutefois , ne doit pas être estimé peu ; car il donnera le moyen à Sa Majesté , qui a travaillé toute sa vie , d'achever ses jours en repos, et à monseigneur le Dauphin le loisir de croître pour entrer quelque jour en un royaume paisible , priant Dieu qu'il soit , si tard qu'il soit, lors et quand la Couronne lui écherra , capable de conduire le royaume par luimême et par sa propre prudence ; puis cela servira pour diminuer la grande recherche que le roi d'Espagne fait de l'amitié du roi d'Angleterre , qui , par ce moyen , sera plus soigneux de la nôtre , et de garder et confirmer de nouveau le traité que M. le duc de
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Sully a fait avec lui. Hors ces considérations , il n'y a rien pour nous en ce mariage, lequel n'ôterapas même la jalousie qu'on a de voir les Pays-Bas joints et unis avec la couronne d'Espagne , car le seigneur de ces pays sera fils ou frère du roi d'Espagne , et pourra demeurer Roi lui-même , si son frère aîné moùrpit sans enfans. Le mariage seroit bien plus à propos de Flnfante d'Espagne avec le second fils de France , ou le troisième, qui seroit encore plus éloigné de la Couronne, si Dieu en donnoit un, lui accordant pour dot,, non tous les Pays-Bas , car la maison d'Autriche ne fait point de si grands présens , mais la dot même que constitua l'empereur Maximilien à sa fille Marguerite d'Autriche, lorsqu'il fit le traité de mariage d'elle avec le dauphin de France, çlepuis Roi de France sous le nom de Charles VIII, qui étoit des comtés d'Artois et de Bourgogne •, et vaudroit mieux quitter, moyennant ce , pourvu que la cession desdits comtés fût perpétuelle , soit qu'il y eût enfans ou non , les droits du royaume de Navarre que le roi d'Espagne tient , sans autre titre que celui qu'un Pape ambitieux et ennemi de la France donna , sans pouvoir et sans raison , à Ferdinand , roi d'Arragon , dont la poursuite contre lui ou ses successeurs, toujours juste, ne peut faillir d'être utile, lorsqu'elle sera entreprise en sa saison : mais c'est chose comme j'estime plutôt à désirer qu'à espérer; et suffira qu'évitions la guerre avec eux pour maintenant, puisque nous avons si peu de fiance en l'amitié d'Angleterre, et qu'on peut encore craindre pis de cet endroit. Si M. le président Richardot m'en parle , je ne montrerai pas d'en rien savoir , puisque tous me le mandez ainsi; mais je n'oublierai rien de
ce qu'estimerai à propos pour le préparer à croire que Sa Majesté est très-bien disposée à l'amitié des archiducs. Le prince Maurice et Bameveldt droient toujours que les députés d'Angleterre auront, au premier jour, pouvoir pour traiter la ligue entre les deux rois et avec les Etats, et lesdits députés nous en disent autant; et je désire qu'il soit vrai , car cela croîtroit plutôt l'envie du roi d'Espagne d'être bien avec nous , qu'elle ne seroit cause de l'en éloigner ; n'étant aussi ladite ligue que défensive , elle ne nous ôteroit pas le moyen d'en faire une pareille avec lui.
Le Roi nous mande de faire connoître les tromperies et artifices des Anglais : elles ne sont que trop connues sans nous; car, encore qu'ayons été modestes et respectueux pour les cacher, crainte de faire voir que nous sommes mal ensemble , leur conduite avec les Etats les a découverts du tout. C'est maintenant au Roi dese conduire avec les Etats comme il lui plaira pour le secours des deux premières années de la paix. Ils désirent toujours le million de livres , c'est-à-dire Tentretenement d'environ six mille hommes de pied , et nous n'avons offert que quatre mille hommes , encore à condition qu'ils le rendent au besoin, avec le secours auquel ils sont obligés par la ligue. Sa Majesté se résoudra si elle veut ajouter quelque chose de plus que Pentretenement desdits quatre mille hommes, ou remettre la condition insérée en notre offre. Ils ont fort insisté d'avoir l'argent pour payer lesdits gens de guerre , et je ne vois pas qu'il y ait aucun intérêt , puisqu'ils entretiennent pour l'argent qu'on leur donnera ; ils disent l'avoir toujours fait du passé, et qu'il n'en est arrivé aucun inconvénient» Ils ont même prié
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et requis instamment qu'avenant le cas du secours de dix mille hommes pour la paix enfreinte, on leur donne l'argent pour les payer , dont leur avons fait refus entier , et que c'étoit contre la coutume des princes et Etats qui donnent secours les uns aux aur très-, qu'eux-mêmes aussi en*avoient usé autrement à l'endroit de Sa Majesté. S'il lui plaît accroître ce secours , et se laisser vaincre en ce qui sera du paiement des gens de guerre, pourlesdites deux premières années dé la paix , on en aura ici du contentement. Et pour le dernier , je vois bien qu'il y a quelque profit au changement des espèces, et l'intérêt particulier emporte toujours le public. Vous m'avez mandé plusieurs fois que le Roi étoit en grande peine de ce que deviendront les villes cautionnaires. Je vous ai déjà répondu que c'est un mal nécessaire qu'il faut souffrir, pource qu'on ne le peut corriger qu'avec le temps 5 et n'y a personne qui le désire avec tant de passion que les Etats , pour se délivrer des mains et dès liens de si fâcheux amis. Je n'ai pressé jusqu'ici pour essayer d'assurer le remboursement des sommes que les Etats ont reçues de Sa Majesté. Nous sommes mal fondés en titre , et semble , à voir comme on y a procédé, qu'on pensoit assez faire lors d'entretenir la guerre , et feu M. de Buzanval nous l'a dit lui-même. Mais nous ferons, dorénavant ce qui nous est commandé , dont , toutefois, je n'espère pasbeaucoup. Le comte de Hanau doit venir ici bientôt de la part de l'Empereur , à ce que m'a dit M. de Collis; mais j'ai vu lettres d'un sien secrétaire à M. de Waudermil , gendre de Barneveldt , avec lequel il a de l'amitié , par lesquelles il lui mande de la ville de Hanau même, où est à pré-
sent ledit comte, par lettres qui sont du quatorzième de ce mois , que son maître est retourné fort content devers l'Empereur , qui l'a fait de son conseil et de l'Empire, et lui a aussi parlé de ce voyage ; mais qu'il ne lui sembloit pas que ce fût chose prompte. Dom Rodrigue , duquel vous m'avez écrit, est fort connu ici , et tenu d'un chacun pour homme qui est grand dépensier , et qui promet beaucoup , mais fait peu. On dit aussi qu'il a trompé M. le prince Maurice de plus de dix mille écus ,. et des marchands de ce pays qui avoient avec grands frais fait équiper une flotte pour aller aux Indes sous sa charge ; ils sont ici depuis environ deux ans ; car il consuma tout sans bouger de la rade. Il a depuis été en Suède , et maintenant est en Angleterre , où il ne fait ses affaires ; il sera pour aller voir le Roi , s'il y est tant soit peu invité. J'ai parlé à M. de Préaux pour ce qui touche Barneveldt ; je sais qu'il est discret pour se taire.
Il y a ici un fort honnête gentilhomme , nommé M. de Schomberg , lequel a quatre cents hommes entretenus en ce lieu \ il est fort désireux d'être tenu pour serviteur du Roi. Il m'a dit qu'il avoit des obligations de près de cent mille écus qui lui sont dues par la couronne de France , comme héritier de son père , et qu'il consentira de quitter tout s'il est honoré d'une pension de cinq ou six cents écus par Sa Majesté, qu'il désire non pour le profit , la somme n'étant telle qu'elle le puisse beaucoup accommoder , mais pour être reconnu son serviteur , et en cette qualité être quelque jour employé à son service. Il a la réputation d'avoir du courage , et me semble aussi sage. Il reçoit souvent des lettres de M. le prince d'Ânhalt , par les*
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quelles j'ai reconnu qu'il Ta en fort bonne estime -, j'en écris un mot à M. le comte de Nanteuil son parent, comme il a fait aussi lui-même. Je ne m'emploie pas volontiers pour affaires d'argent , sachant bien que j'y ai mauvaise grâce et peu de pouvoir ; mais quand il est bien employé , il sert mieux que tenu en réserve. Tai pensé , monsieur , qu'il ne se pouvoit présenter une meilleure occasion d'envoyer M. de Préaux par delà, qu'avec le traité de la ligue que Sa Majesté a montré désirer avec si grande affection et non sans raison. Je vous peux assurer que je regretterai fort son absence. Il est capable d'être employé, et fera toujours bien partout. C'est pourquoi vous appartenant de si. près , il mérite , monsieur , que vous en ayez soin. M. de Franchemont s'en va avec lui ; il aura besoin de votre faveur ; je vous supplie très-humblement l'en vouloir assister. Le marquis Spinola , le président Richardot , le secrétaire Mancicidor , Espagnol de nation , le commissaire Cordelier et le sieur Verreiken sont attendus dans deux jours en ce lieu , si le dégel ne les empêche de passer , lequel est cause qu'on ne peut venir de là ici, douze ou quinze jours durant, et jusqu'à ce qu'il ait reglacé de nouveau pour aller sur la glace , ou que le dégel entier permette d'aller par eau. Je prie Dieu, monsieur, qu'il vous donne en parfaite santé très-longue et heureuse vie.
De La Haye , ce a8 de janvier 1608.
Votre très-humble et très-obéissant serviteur ,
P. Jeànnih.
jn >.
>34 *AgOCUTIOK*
Lettre de M. de Villeroy à M. Jeannin, du deuxième
février 1608.
Monsieur, nous sommes entrès*grande peine de n'avoir reçu aucunes lettres de vous depuis celles du vingtsixième de décembre apportées par La Borde. Nous savons que les députés d'Espagne et de Flandre sont de présent arrivés à La Haye pour commencer leur traité , que le marquis Spinola et le secrétaire Mancicidor sont du nombre , contre la résolution que Ton a publiée que ces messieurs avoient prise , et qu'ils s'y sont acheminés 9 eum fustibus et armis, sans avoir rien laissé au logis de nécessaire et utile à leur dessein. Ils nous ont fait dire vouloir avoir bonne intelligence avec vous et en espérer assistance ; et Sa Majesté aura bien agréable que, vous leur donniez occasion de s'en louer, autant que son service vous permettra de le faire , ainsi que nous vous avons écrit par nos précédentes. J'ai su qu'ils ont mené avec eux tin frère de la femme de M, Aërsens , greffier des Etats, s'en promettant bonne assistance, ainsi qu'ils font de plusieurs autres du pays, et même du prince Maurice et de Barneveldt. Nous avons su qu'ils doivent réserver à traiter le point de la religion le dernier, afin de rompre sur icelui , s'ils ne reçoivent contentement aux autres, et au contraire ne s'en formaliser que modestement s'ils tombent d'accord des autres. Nous sommes plus •mal édifiés des Anglais que jamais , la reine d'Angleterre prenant ouvertement l'affirmative contre Sa Majesté , et disposant comme il lui plaît du roi d'Angleterre, comme je crois que M. de LaBoderie vous aura
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mandé. Nous avons su que ledit roi d'Angleterre fait tenir aux archiducs , touchant ce qui se fait où vous êtes,, des langages tout contraires à ceux que Ton tient de sa part aux Etats et au Roi. Us sont malins, doubles et trompeurs , comme nous vous avons souvent écrit. Délivrez-nous le plus tôt que vous pourrez de l'incertitude et angoisse en laquelle nous vivons par faute d'avoir de vos nouvelles. Nous en accusons les gelées qui ont été ici très-rigoureuses, et ont recommencé depuis hier, mais non avec telle violence. 11 nous semble que vous pourriez de présent vous aider de la voie de Flandre , en prenant passe-port des députés des archiducs , et adresser vos paquets à M. de Berriy , écrivant en chiffre; car ils n'oseroient les faire détrousser , parce que nous userions de représailles sur les leurs qui vont en Espagne ; peut-être aussi les pourriez-vous faire passer par l'Angleterre. En quelque sorte que ce soit, faites-nous savoir de vos nouvelles au plus tôt, et vous nous ferez grand plaisir'.
Cependant je vous assurerai de la continuation de la bonne santé de leurs Majestés , et de toute la maison. Il n'y a que le pauvre M. de Montpensier qui décline à vue d'oeil, au grand regret d'un chacun. M, de Savoie fit prendre prisonnier à Turin , le onzième du mois passé, M. d'Albigny , lequel fut mené à Moncallier , en la prison en laquelle il avoit si long-temps tenu madame l'amirale de Châtillon , où il est mort le 1 7 , six jours après \ les uns disent pour n'avoir voulu manger en ce temps-là qu'une pomme cuite, et les autres par faute de bon appareil, bu autrement. Son capitaine des gardés a été envoyé aux galères, ses deux secrétaires, en un cul de fosse, et totite
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sa famille dissipée. Roncas est toujours prisonnier, et traite- t-on contre lai assez extraordinairement , de façon que Ton a opinion que l'on lui fera faire le saut bientôt. M. de Jacob est de présent à Chambéry , commandant en Savoie sous l'autorité du duc et du prince, et ne savons encore au vrai les causes de ces mutations-, mais on dit que nous en devrons être bientôt informés par ledit Jacob , qui doit venir trouver le Roi de la part dudit duc. La querelle du Pape avec les Vénitiens ne va pas bien : aussi ceux-ci ont condamné sévèrement Le Badouere, qui étoit ambassadeur ici devant celui qui y réside de présent, pour avoir communiqué en secret, et sans permission, avec le nonce résidant à Venise , contre leurs lois. Il doit demeurer en prison fermée un an , être incapable de leurs conseils , et de tenir bénéfices en leur Etat , et toutefois avec défenses d en sortir. Ce Eût renouvelle les plaies de ce différend, et pourra engendrer des maux nouveaux, si Dieu n'y remédie, comme je l'en supplie de tout mon cœur , et qu'il vous conserve , monsieur , en parfaite santé , me recommandant très-affectueusement à votre bonne grâce.
De Paris , ce deuxième jour de février 1608.
Votre, etc. deNeufviixe.
Lettre de M. Jeawtin à M. de La Boderie, du cinquième
février 1608.
Monsieur , depuis vos lettres du huitième du mois de décembre , je n'en ai reçu aucunes de vous , et ne vous en ai point aussi écrit depuis le 10 dudit mois , toutes choses ayant été si incertaines , même pour le
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regard de la ligue , dont les Etats faisoient instance à messieurs d'Angleterre et à nous , qu'il n'y a eu rien de résolu jusqu'au a5 du mois de janvier, qu'elle fut passée entre les Etats et nous, sans y comprendre le roi d'Angleterre , quoique ses députés eussent toujours fait démonstration d'y vouloir entrer , jusqu'à la veille du traité , qu'Us déclarèrent ne le pouvoir faire , si les Etats ne deroeuroient, par môme moyen, d'accord avec eux de quelques affaires particulières qui leur sont de très-grande importance , touchant les villes qu'ils tiennent en ce pays, le trafic de leurs marchandises, et les sommes qui leur sont dues, dont ils désireraient arrêter le compte , et convenir des termes pour l'acquittement d'icelles sommes. Or les Etats disoient ne le pouvoir faire en peu de temps , et qu'ils aimoient mieux en traiter en Angleterre près la personne du Roi, duquel ils se promettoient ob* tenir quelque grâce , qu'avec lesdits sieurs députés , qui sont obligés de suivre la rigueur des conventions. Au moyen de quoi , pressés par eux , nous fûmes enfin contraints, à leur instante prière et poursuite, de passer outre audit traité. La vérité est que tous ceux qui désirent la paix ici , ont autant désiré et recherché l'avancement de ce traité , que les autres qui la craignent ont essayé avec toutes sortes d'efforts et artifices de l'empêcher ; et vous peux assurer aussi qu'il a mis cette créance en l'esprit d'un chacun , que le Roi veut la paix à bon escient , non avec feinte et dissimulation, comme on avoit ci-devant publié, dont les Etats lui savent gré et s'en tiennent autant obligés, qu'ils sont mal satisfaits des Anglais à cette occasion. Je ne sais pas si les archiducs en feront le même ]u-
gement ; mais il est bien vrai que toutes les Provinces embrassent la paix , à cause de ce traité , avec plus d'affection qu'elles ne faisoient auparavant ; que tout le contenu en icelui n'est aussi que pour la conservation (Ficelles , et qu'il ne doit commencer d'avoir lieu , sinon dès le jour qu'elle sera faite ; qu'avons encore omis sciemment plusieurs clauses qu'on a accoutumé de mettre es traités de ligues et alliances , pour ne donner jalousie aux princes qui y peuvent avoir intérêt , et leur faire connoître qu'on n'a autre dessein que de favoriser la paix , comme c'est en effet le principal but de Sa Majesté. Nous n'avons pourtant oublié ce qui étoit requis pour la rendre utile : je vous en envoie la copie. Les députés des archiducs, qui sont messieurs le marquis Spinola , le président Richardot , le secrétaire Mancicidor , le commissaire Cordelier , et le sieur Verreiken , sont arrivés en ce lieu le premier de ce mois : nous les avons vus le lendemain sur le soir. Cette première visite s'est passée en complimens d une part et d'autre 9 eux nous ayant dit qu'ils se promettoient beaucoup de notre aide et assistance pour la paix ; et nous , déclaré que c'étoit notre intention d'y aider sincèrement et de bonne foi , suivant le commandement de Sa Majesté , comme nous ferons en effet. Je ne vous saurois dire encore quelle en sera l'issue ; bien est-il certain que les Etats y sont très-bien disposés de leur côté $ et si les archiducs quittent la souveraineté sans restriction , qu'il n'y a rien au surplus dont on ne puisse demeurer d'accord. Mais je me défie toujours que ledit sieur marquis ne soitjpas venu ici pour leur faire ce présent si absolument , qu'il n'en veuille retirer quel-
que autre profit ; et s'il ne le peut obtenir , qu'il né recherche quelque moyen de mettre l'affaire en Ion-» gueur , et enfin de faire continuer la trêve pour cette année , qui est le plus dangereux conseil que les Etats sauroient prendre pour eux, et qui seroit aussi le moins agréable à sadite Majesté. Nous essaierons de l'empêcher tant qu'il nous sera possible , et aurions bien moyen de le faire avec facilité , si les députés d'Angleterre .et nous étions mieux d'accord pour leur donner conseil , sans autre considération que l'intérêt commun.
Ainsi quej'achevois cette lettre, la vôtre, du 29 décembre , m'a été rendue , par laquelle je reconnois qu'on ne doit rien attendre de bon du lieu où vous êtes , et qu'on pourroit même soupçonner que la défiance qu'ils ont de nous , provenant de leur naturelle inclination à nous haïr , jointe à la crainte d'Espagne, ne fut plutôt pour les exciter à faire pis, que nos recherches propres pour leur faire prendre quelque meilleur conseil. C'est pourquoi j'ai encore plus de contentement de ce que nous avons surmonté les grandes difficultés qui nous empêchoient de faire cette ligue; car elle retiendra ledit sieur Roi de sa joindre avec l'Espagne contre nous , de peur d'avoir l'inimitié des Etats , que les siens publient tous les jours vouloir conserver soigneusement; et le roi d'Espagne pareillement, qui recherche la paix avec eux, s'abstiendra d'entreprendre sur nous, pource qu'en ce faisant il les auroit derechef pour ennemis. Si suis -je bien d'avis que les Etats entretiennent au mieux qu'ils pourront ledit sieur roi d'Angleterre , d'autant qu'il a des places et des forces dans cet Etat ,
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avec lesquelles , s'il se joignoit au roi d'Espagne et aux archiducs, il pour r oit beaucoup aider à leur ruine. Il nous doit suffire que nous soyons mieux ici que lui, comme nous sommes à présent sans doute , et que les Etats aient loisir de composer amiablement de ce qu'ils lui doivent pour s'en acquitter à certains termes, et par ce moyen retirer leurs places. Sera à nous après d'essayer à les joindre plus étroitement à notre amitié. Je vous donnerai avis de ce quiaviendra ci-après* Cependant je vous baise très-hublement les mains , et suis , monsieur , votre bien humble et plus affectionné serviteur, P. Jeannin.
A La Haye , ce cinquième février 1608.
Lettre de M, de Villeroy à M. Jeannin y du neuvième
février 1608.
Monsieur, je hasarde celle-ci par la voie de M. de Berny , l'ambassadeur des archiducs ayant assuré le Roi que nos paquets passeront à vous dorénavant sûrement par cette voie, d'est pour vous faire savoir que l'abbé de Préaux airiva ici le quatrième de ce mois , avec vos lettres du vingt-huitième du précédent, lesquelles furent incontinent dévorées ; car comme nous n'en avions reçu depuis le 26 de décembre, nous en étions aflamés. Nous avons approuvé et loué votre traité en la forme et en la substance , bien marris que les Anglais n*y sont entrés, mais contens de quoi vous n'avez laissé de passer outre sans eux. Nous avons passé le secours des dix mille aulieude huit mille hommes, en cas d'infraction de paix ; mais nous n'avons pas délibéré de changer celui des quatre mille durant les deux
BU PRÉSIDENT JEANNIN. lyi
années de paix , ni la forme de les payer par nos mains , encore que nous ayons approuvé la condition à laquelle vous avez obligé par votre promesse les Etats. Celui des impôts n'a été contredit , et j'espère qu'il passera , tellement que la promesse des Etats sera inutile ; de quoi nous vous éclaircirons mieux par notre ratification , qui sera sursise pour quelques jours , dedans lesquels nous pourrons avoir quelque lumière du progrès de leurs traités; dont on juge diversement, d'autant que l'on dit que le conseil d'Espagne entend que le point de la religion soit vidé par préférence aux autres , et qu'il soit opiniâtre jusques à une rupture. On a dit les archiducs avoir reçu un nouvel ordre très-exprès d'en user ainsi $ de quoi vous vous serez bientôt aperçu. Les archiducs ont de nouveau fait prier Sa Majesté de favoriser leur traité, non-seulement en l'article de la religion, mais auâsi en tous les autres : ce que Sa Majesté a promis vous commander , sur la protestation que leur ambassadeur lui a faite , qu'ils entendent s'y conduire entièrement par l'avis que vous leur donnerez.
Ils veulent aussi que nous croyions que l'archiduc a volonté de se mieux entendre et lier avec Sa Majesté que jamais, dont, s'il est ainsi, le président Ri char dot ne tardera guères à se découvrir à vous. La reine d'Angleterre a na guères fait un affront public au Roi , en la personne de M. de La Boderie son ambassadeur , en faveur du roi d'Espagne : c'a été en un bal. Après cela, le comte de Salisbury a bravé le ministre de l'archiduc assez indiscrètement. Ce sont tous artifices pour enfariner le monde ; et semble que Sa Majesté ait délibéré de retirer d'Angleterre
son ambassadeur , afin de le garantir de semblables Rencontres , préférant, comme ils font , aussi injustement que impudemment ou malicieusement, l'amitié d'Espagne à celle de France , parce que le premier paie mieux que le dernier. Le fait des Vénitiens avec le Pape va toujours mal , et si je crois qu'il empirera, comme fait tous les jours le bon M. le duc de Montpensier , au commun regret de toute la France , tellement qu'à peine passera-t-il le mois prochain. Au demeurant , avisez s'il est point à propos que vous fassiez un tour en France , si par delà ils s'engagent à .une prolongation de trêve et de leur négociation qui vous en donne le loisir. Je vous prie de m'en mander votreavis par une lettre à part. Je prie Dieu , monsieur, qu'il vous conserve longuement en parfaite santé.
De Paris, le neuvième jour de février 1608.
Votre > etc. de Neufville*
Lettre de messieurs Jednnin et de Russy , au Roi, du,
seizième février 16084
Sire ,
Depuis le départ de M. de Preaùx , il n'y a eu moyen d'écrire à votre Majesté , à cause des grandes gelées qui empêchoient le chemin , par terre et par mer , d'ici en Zélande ; maintenant que le dégel le permet , et que ce jeune gentilhomme qui s'en va en France s'offre , nous le faisons. Les Méputés des archiducs arrivèrent en ce lieu le premier de ce mois , sur les quatre heures du soir ; M. le prince Maurice , accompagné de M. le comte Guillaume, du comte
DU PRÉSIDENT JËÀNNIN. # igï
Henri, son frère , deux autres seigneurs de sa maison, et quelques gentilhommes français et anglais , leur fut au-devant à demi-lieue ; les rues étoient si pleinespour les voir, tantdeteux de La Haye que des autres villes , qui y étoient venus exprès par curiosité, ou pour se réjouir de cette venue, qu'on n'y pouvoit passer , et a duré cette affluence et fréquence dé gens deva/it le logis du marquis Spinola jusqu'à présent, plusieurs ayant encore, pendant ledit temps, fait effort pour entrer en son logis , et le voir. Ce que lui et ses collègues ont pris pour un témoignage que ces peuples désiroient ardemment la paix; mais ce n'étoit en effet qu'une grande curiosité qui leur est coutumière , quand des étrangers de nom , ou de la part de quelques grands princes, arrivent ; car ils en firent autant à notre venue , et y continuèrent plusieurs jours. Nous fûmes voir lesdits sieurs députés le lendemain sur les quatre heures après midi, pour les saluer, et nous réjouir de leur arrivée pour un si bon œuvre que celui pour lequel ils étoient venus, y ajoutant qu'avions charge et commandement de votre Majesté de les y assister , aider et servir en ce que nous pourrions; dont ils montrèrent être fort assurés , et qu'ils savoient bien qu'es choses passées nous y avions déjà fait tous bons offices , dont ils nous remercièrent , et prièrent d'y continuer. Us nous rendirent cette visite le jour d'après , avec tous bons propos et mêmes prières d'employer le pouvoir que votre Majesté a envers les Etats pour les aider à faire la paix. Leur première conférence avec les députés des Etats s'est passée à voir les procurations d'une part et d'autre. Celle des archiducs pour leurs t, i3. i3
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députés, qui contenoit pouvoir de traiter tant en leurs noms que du roi d'Espagne , a été trouvée suffisante ', comme aussi l'autre dudit sieur Roi auxdits sieurs archiducs, qui n'est que du dixième janvier, par laquelle il leur permet de traiter en son nom , et de substituer qui bon leur semblera à cet effet. Les mots spéciaux desdites procurations sont pour tenir et counoître les Etats-Généraux libres , pt déclarer qu'ils ne prétendent rien sur eux ; et cela suffit avec les clauses générales qui y sont ajoutées , même la promesse de ratifier. On traitera après du point principal , à savoir de la liberté et souveraineté que les Etats avaient , en leur assemblée générale 7 mis par écrit entre eux , d'un commun accord ; lequel fut depuis racoutré par nous , pource qu'il ne nous semblait çn bonne forme , sans toutefois rien changer en la substance. Nous lui envoyons les deux.
Lorsqu'ils en traitèrent premièrement, rien ne fut donné par écrit ; mais M» de Barneveldt, qui est l'un des députés , fit seulement entendre que les Etats ne voulaient entrer en aucun accord, sans être premièrement assurés qu'on traitera avec eux comme avec gens libres, qui ne dépendent que d'eux-mêmes , et sur lesquels le roi d'Espagne et les archiducs , tant pour eux que pour leurs successeurs r ne prétendent aucune chose. Ce que leur étant consenti à l'instant «ans aucune difficulté , il survint un incident qui émut quelque, contention entre eux : c'est que la procuration des archiducs étant sur la. table 7 l'un des députés des Etats la prit, et» regardant le sceau au bout duquel les écussons particuliers des dix-sept provinces, étoient mi* > combien qu'aux titfes que
DU PRÉSIDENT JEANNIN. ig5
prenoient les archiducs les noms des Provinces-Unies ne fussent exprimés, dit hautement qu'il sembloit qu'en retenant les armes et écussons , on vouloit encore réserver quelque droit et prééminence sur eux ; par ainsi qu'il étoit nécessaire d'exprimer en la déclaration de leur liberté , qu'ils ne pourroient plus s'attribuer les noms, titres et armes des Provinces- Unies., au droit desquelles ils renonçoient. A quoi M. le président Richardot fit réponse que les archiducs avoient omis sciemment, en leur procuration, les noms et titres des provinces dont ils ne jouissoient pas} mais que et cœtera, mis sur la fin , conservoit leur droit pour le surplus -, que les Etats n'a voient aucun intérêt en ce port de noms , titres et armes , quand bien leurs princes voudraient continuer de les prendre et porter, non plus -que les rois de France ne reçoivent point de dommage et méprisent ce que les archiducs prennent le titre de ducs de Bourgogne , et les rois d'Angleterre celui de France 5 qu'ils ne pensoient pas toutefois que ce fût leur intention de le. faire : mais de leur prescrire si rudement cette loi , et exprimer qu'ils ne les pourront prendre , il étoit trop dur , et seroit les offenser sans raison, et sans qu'il en soit besoin pour la sûreté des Etats, puisque ces mots de ne rien prétendre sur eux signifioieut tout, et les dépouillement de tout droit et prétentions. Rien ne fut arrêté en cette conférence , mais le tout remis à en délibérer* Les Etats ajoutent là-dessus un mot à leur écrit pour exclure ledit sieur Roi et les archiducs, du portdes armes, et des noms et titres ( ainsi qu'il est contenu dans l'écrit qu'envoyons, qui n'est pas si bien qu'eussions désiré , puisqu'ils le
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vouloient mettre -, mais , en faisant le traité, on peut racoutrer tout quand on est d'accord delà substance), le donnent auxdits sieurs députés , et déclarent qu'ils n'entendent point s'en départir.
M. le président Richardot étant venu voir particulièrement le sieur Jeannin , par deux fois , et nous lui ayant rendu depuis cette visite ensemblement , lui dîmes qu'à notre avis ils ne dévoient faire aucun refus d'accorder cette demande aux Etats ; car en déclarant qu'on ne prétend rien sur eux , il ne leur est pas loisible , en conséquence , de prendre le nom , les. armes et titres de ce qu'ils ont quitté ; que les exemples par lui allégués étoient fort différens, pource que ces princes n'a voient quitté leurs droits, mais prétendoient toujours y retourner, ou le pouvoient dire ainsi. Il répondit que c'étoit assez de quitter tout sans y ajouter cette expression , qui est injurieuse et honteuse, et qu'ils n'avoient charge de le faire. Enfin, après quelques disputes, et sur ce que lui dîmes que les Etats ne s'en départiroient jamais, il se laissa vaincre -, puis entra à diverses fois en une autre dispute avec nous, pour les places que les Etats tiennent en Brabant et en Flandre ; nous disant qu'il n'étoit raisonnable, s'ils laissent et quittent aux Etats les droits qui leur appartiennent es Provinces-Unies , qu'ils retiennent ces places £ur eux , et .aient, par ce moyen , des garnisons jusques aux portes de Bruxelles ; qu'ils remettraient encore , en récompense desdites places , une ville qu'ils tiennent en Over-Yssel et Lingen , une bonne et forte place qui appartient à M. le prince Maurice ; et lui étant dit qu'ils y dévoient ajouter ce qu'ils tiennent au
DU PRESIDENT JEÀNNIff. rgy
duché de Guèldre, il fit réponse qu'ils s'en garde roieiit bien , en paroles qui faisoient assez connoître qu'ils les vouloient conserver. En quoi nous jugeons que l'Empereur et l'archiduc, qui ont quelque prétention es pays de Clèves et Juliers , ne se veulent dessaisir de ce qu'ils tiennent en Gueldre, proche et joignant lesdits pays , d'autant qu'il leur peut servir pour y entrer et entreprendre dessus. Or , étant bien assurés que les Etats rompront plutôt que de rendre les places de Brabant et Flandre, qui, à la vérité , leur sont de très- grande importance , quand même les archiducs les voudraient accepter toutes démantelées , et consentir qu'elles ne puissent être fortifiées à l'avenir , commenous avons reconnu qu'ils feroient volontiers, traitant de cette ouverture avec ledit sieur président Richardot , nous avons , à cette occasion , essayé de lui persuader qu'il falloit remettre cette dispute de rechange de places, après la paix faite, et prendre jour et lieu , pour le traité de paix , pour s'assembler à cet effet , lui remontrant que ceux qui craignent là paix en cet Etat , dont le nombre est toujours grand ; aaroient un beau sujet pour l'empêcher, sur là demande desdites places ; car ils disent que le roi d'Espagne et les archiducs ne les sauroient prendre par lés armes en six ans ; et que les ayant recouvrées par la paix , s'ils la veulent rompre après, il leur sera aisé , ces passages ouverts , d'entrer en Hollande et Zélande, et de séparer même ces deux provinces l'une de l'autre. Ce qui cessera , si on remet à traiter de cette affaire après la paix *, car les esprits étant lors mieux préparés à se vouloir du bien , il seroit aussi plus aisé de s'en accorder $ et s'ils ne le pouvoient
faire entre eux-mâmes, qu'en agréant et priant les deux Rois d'être médiateurs, on trouverait sans doute des expédiens pour les sortir de cette affaire avec contentement. Ce que nous estimons en effet être vrai) mais ledit sieur président ne peut goûter cette remise , pource qu'ils n'entendent pas donner un échange égal pour ces places, ains mettre en considération les droits qu'ils quittent; dontaprès la paix on ne fera plus de compte comme de chose déjà acquise. Nous étions en délibération de lui faire quelque autre ouverture , à savoir s'ils se contenteroient qu'il fut dit par le traité de paix que les Etats seront tenus rendre lesdi tes places au bout de quatre , cinq ou six ans , en les démantelant toutefois avant qued en faire la res titution,don t les deux Rois demeureraient garans, à la change que pendant ledit temps ils les tiendraient comme villes de sûreté* Nous lui pensions aussi remontrer que, pour ir*d aire plus aisément les Etats de consentir à cette ouverture 9 il serait besoin que le paiement des garnisons d'icelles fut fait des deniers des archiducs , comme de plftçea qui seraient siennes dès le jour de la paix y mais nous nous en sommes abstenus , pource qu'eux étant demeurés d'accord avec les Etats du point de la souveraineté, au lieu de traiter de cet échange comme ils avoient auparavant délibéré * ils sont entrés sur le commence des Indes , tant d'orient que d'occident, requérant les archiducs que les Etats s'en àbsti^noeiU du tout, et eux, au contraire , que la liberté d'y aller leur demeure entière. Surquoi il y eut grande contestation , et aperçut-on . au visage du marqilis qu'il étoit fort offensé de ce que les députés de» Etats se montraient si obstinés à dé-
DU *ftÉ5ÎMÎïT JEÀNNIN. igg
fendre cette liberté. M. le président llicbàrdot entra a&ssi en tolère à cette occasion *, et lent dit que le roi d'Espagne rie quittera jamais les avions <jull à sur ces pays > et n'accordera non plus le commercé d'Ës»pagne -, si eux ne se départent dti trafic des Indes ; et que tes deux ensemble qtii leur étoient st avantageux, métitoient bien qu'on lui donnât ce contentement. Ils se séparèrent l6rs sans rien foire, et avec quelque alté*îatktti. Les Etats en délibèrent maintenant : Sur quoi les intéressés en te trafic /dont le nombre est grand , potirce qné plusieurs qui ne sont nommés en cette société , y ont mis leur argent, font grand bruit, et ceux qui ne veulent la paix se joignent aussi à eut. Datants ge , chacun juge que ce trafic leur doit apporter à l'avenir très-grande utilité, et que c'est lé seul moyen d'entretenir leurs peuples en quelque vigueur militaire.
Nous envoyons à votre Majesté un sommaire distours présenté aux Etats de h part du conseil des marchands sur ce sujet. On pense bien pouvoir obtenir que la compagnie des Indes continuera son trafic pour lé temps qui lui reste , qui est encore de dix ans : mais ni eux ni les Etats ne se veulent contenter de cela: car ils disent qu'ils perdront le trafic dès le premier jour , sî on sait qu'ils n'y puissent plus aller ledit temps passé ; que les princes et lès peuples desdits foys'së retireront de leur amitié à cette occasion , et rechercheront celle des Portugais , qui seuls devront demeurer près d'eux. Nous aiderons à sortir de cette aflhfre an mieux qu'il nous sera possible -, mais les Etats ont déclaré jusques ici qu'ils ne veulent recevoir aucun autre expédient y sinon qu'ils tra-
200 H&GQCUTIONS ,
fiquent comme ennemis par delà la ligne , tout 'ainsi que les Français , sans pourtant rompre la paix , ou bien qu'il leur soit permis de trafiquer de gré à gré es ports des Espagnols , en vertu de la paix , qui donne cette liberté de commerce aux alliés et amis es terres et pays l'un de l'autre , et es ports et havres des autres rois et princes desdits pays qui le voudroient permettre par le droit des gens, s arrêtant opiniâtrement là* dessus ; qui nous fait craindre que cette difficulté ne soit pour rompre la paix , si les uns et les autres ne remettent quelque chose de leurs prétentions. Nous avons toutefois estimé , sans attendre ce qui en aviendra , que nous devions avertir votre Majesté de ce qui s'est passé , comme nous, ferons au plutôt du surplus ; priant Dieu cependant qu'il donne à votre Majesté , sire , et à sa royale famille; , tout heur , prospérité et contentement.
De La Haye , .ce 16 de février 1608.
Vos très-humbles et très-obéissans sujets et servi* teurs x P. Jeànnin et de Russy»
Lettre de M* Jeannirt à M. de f^iReroy, dudk jour
seizième févrjer 1608.
Monsieur , trois jours après l'arriyée des députés des archiducs , M. le président Richardot , accompagné de M. Verreiken, me vint voir en particulier, répéta encore cette visite le lendemain , et y fut plus d'une bonne heure et demie à chaque fois , dont les députés d'Angleterre prirent jalousiç , pource qu'eux Tétoient allé voir, et il ne leur avoit rendu lors cette visite ; où au contraire il avoit commencé le premier
chez moi ; et répété encore la même visite avant que la leur rendre , ni que je me fusse aussi acquitté de ce devoir en son endroit : ce qui ne m'étoit pas avenu toutefois par vanité et dessein , mais pour avoir été travaillé trois jours d'une colique graveleuse bien fort rude, qui m'ôta le moyen de le voir chez lui avant qu'il fût verni pour la seconde fois vers moi. Je vous dirai donc,. monsieur, que ledit sieur président me déclara plusieurs fois . qu'il prenoit une entière confiance en nous , étant déjà très-bien informé que nous aidions à la paix , que nous y avions beaucoup de pouvoir , et que les archiducs ne la pou-* voient espérer que par le moyen de Sa Majesté. Je lui répondis qu'ils n'ayoient pas toujours eu cette opinion, mais qu'on les avoit trompés, car notre 'instruction portoit de favoriser entièrement la paix, comme j'offrois de lui faire voir quand il voudroit, afin qu'il en fût plus assuré ; que toutes nos actions Avaient aussi tendu à ce but, lui déclarant particulièrement ce qu'avions fait du passé , et si nous avions quelquefois dissimulé notre affection en cet endroit , pour nous conserver quelque créance auprès de ceux qui tendoient à la guerre,, c'était avec désir de les gagner , et .ramener par raison , comme nous avons fait la plupart d'eux \ que la dernière action , à Savoir de la ligue pour la paix, recherchée et poursuivie avec aussi grande instance par ceux qui la désirent , qu'elle a été empêchée par les autres* qui veulent la- continuation de la guerre , étoit encore celle qui a le plu§ servi pour ôter à ces peuples toute défiance, et l'appréhension qu ils ont epe dès long-tenips qu'on cherchait
ao* «ÉGOClATlOHS
à les tromper et ruiner par la paix, puisqu'on ne l'avoit pu faire par la guerre , eux ayant commencé de croire, k celte occasion, qu'avec tm tel appui la paix ne pouvoit faillir d'être bien assurée. Et, sur ce que ledit sieur président me dit qu'on lui avoit fait entendre que ladite ligue étoit aussi bien pour la guerre que pour la paix , je lui répondis qu'on l'avoit mal informé, la tirai même de ma cassette, lui en fit lecture, lui dis tout ce qui s'é toit passé sur ce sujet , et les raisons pourquoi les Anglais n'y étoient entrés avec nous, parlant toujours d'eux comme de ministres d'un prince avec lequel lé nôtre est fort bien, encore qu'aie trop de conjectures pour croire qu'ils n'en usent pas ainsi. J!ai après fait entendre audit sieur président , que je tf avois failli de rapporter au Roi ce que l'archiduc me donna charge de lui dire de sa part pour la paix avec les Etats /lorsque je le fus trouver à Nieuport , il y a environ cinq «ns 5 mais que Sa Majesté âvùit déccfuver t en ce même temps la conspiration qu'on dressa contre elle et son Etat avec le feu maréchal de&iron . Et , combien qu'elle crût tous ces desseins avoir été forgés en Espagne, sans que les archiducs y eussent aucune part 5 qu'étant néanmoins contraints de suivre tous les niouvemens qui viennent de cet endroit , elle estima que ce n'eût été prudence de s'employer à mettre ces pays en paix, pour donner plus de ilùoyen au roi (TEspagne de lui en faire mal 5 qu'à la vérité dès ce temps-là Sa Majesté eut pltfs de soin des Etats qu'elle n'avoïteu auparavant ; car, atiliéu qu'elle leur rendott seulement à certains termes Fdrgent qu'ils lui avoient prêté enta grande néces-
DU PRÉSIDENT JEÀNMN. 103
site , ne voulant rien faire de plus , pour violer la paix elle s'élargit davantage ; mais , ayant depuis jugé que la continuation de cette guerre pourrait être cause de mettre le feu par toute la chrétienté , elle auroit pris conseil de chercher les moyens de la faire finir, et commandé bien expressément, il y a plus de deux ans , à feu M. de Buzanval , qui résidoit de sa part près desdits sieurs les Etats , de les induire de tout sou pouvoir à la paix ; chose si notoire dans le pays , que le défont y est encore regretté , et sa mé* moire en bonne odeur à cette occasion $ qu'il pouvoil donc juger par ce discours très-véritable le mal, depuis la paix, être plutôt venu du côté de l'Espagne que du nôtre , et croire quand on voudra vivre avec sa Majesté eu bonne et sincère amitié , qu'elle y sera toujours très^bien disposée, même à l'endroit des archiducs, qu'elle sait n'avoir eu aucune part en toutes ces brouilleries*
Sa réponse fut pleine de bons propos, et me voulut iaire sentir qu'on avoit moyen de faire des alliances pour s'assurer davantage l'un de l'autre ; qu'il eh avoit déjà été parlé; etqu'elles pourront être telles qu'aurons intérêt à faire que la paix avecles Etats soit avantageuse pour eux. Je louai et approuvai son discoure, montrant toutefois de ne rien savoir de plus particulier , ctqu'il y avoit long-temps que je n'a vois reçu lettres dû Roi; à savoir depuis le dernier décembre, comme il est vrai . Et lors il me dit qu'il s'as&ti roit que j'en saurois plus par les premières lettres , et qu'il s'en ouvriroit aussi lors davantage avec moi ; que le roi d'Espagne , les archiducs, et tous leurs ministres sont catholiques :, et désirent plus l'alliance des princes de cette qualité
3o4 NEGOCIATIONS
que des autres , auxquels ils n'ont recours qu'au besoin seulement, non avec élection ou affection. Nous écrivons au Roi tout ce qui s?est passé avec les députés des archiducs jusqu'à présent. C'est à bon escient que le roi d'Espagne et les archiducs veulent la paix; mais le premier veut ôter aux Etats la liberté d'aller aux Indes , tant d'orient que d'occident ; et c'est aussi la seule utilité qu il peut espérer de ce traité. Les Etats s'opiniâtrent au contraire à la retenir > du moins pour les Indes d'orient , et y aura très-grande difficulté à la leur faire quitter, pource que les deux provinces de Hollande et Zélan<jle y ont très-grand intérêt , et demeurent fermes à ne s'en point départir. Or elles ont beaucoup de pouvoir sur les autres. Nous ferons tout ce qui nous sera possible pour y trouver des expédiens, afln d'empêcher qu'on ne rotape à cette occasion. Quant aux archiducs , leur intérêt est en la restitution des places de Brabant et Flandre, sur quoi les Etats ne sont délibérés non plus de leur donner aucun contentement. Bien estimé-je , si on peut remettre cet article après la paix , qu'il y aura moyen d'en sortir mieux que maintenant. On m'a parlé de transférer ce commerce des Indes en France , et les marchands de la compagnie disent hautement que si on le leur veut ôter , ils se retireront en France ou en Angleterre pour le continuer. Ce n'est le temps de s'en découvrir; car il n'est à propos que les députés des archiducs sachent que Sa Majesté a ce dessein \ .ni les Etats aussi , pour ne les mettre en soupçon que l'aimions mieux pour nous que pour eux, dont ils nous sauroient très-mauvais gré. J'attendrai ce qui se passera pour faire opportunément ce qui m'a été corn*
DU PRÉSIDENT JEANNIN. *o5
mandé. Je prie Dieu , monsieur , qu'il vous donne eu parfaite santé très-longue et heureuse vie.
De La Haye , ce 16 février 1608.
Votre très-humble et très-affectionné serviteur ,
P. Jeàknin.
Lettre de M. de Villeroy audit sieur Jeannin , dudit jour
seizième février 1608.
Monsieur , vous aurez ici un duplicata de la lettre que je vous ai écrite le 9 de ce mois , et vous ai envoyée par la voie de M. de Berny, afin de vous ouvrir ce chemin pour nous faire savoir de vos nouvelles plus commodément et souvent, en vous assurant que vous ferez plaisir au Roi , si vous pouvez trouver moyen de le contenter en cela , tant il désire savoir à point nommé et ponctuellement ce qui se passe où vous êtes. Je vous envoie la présente avec la voiture du dernier quartier de l'année passée , qui n'a pu être comptée ni prête plus tôt : car vous savez que lea paiemens des derniers quartiers des deniers du Roi ne se font à jour préfix. J'estime que madame la princesse d'Orange passera avec cette compagnie : pour le moins a-t-elle pris, congé de la Cour en cette intention , et a désiré porter ce secours à ses amis ; sans la rigueur de l'hiver, elle fût partie plus tôt, ainsi qu'elle: vous dira. Elle va résolue de se conduire pour le service du Roi et le bien de ceux qui lui appartiennent , entièrement par votre bon conseil et avis, Sa Majesté Fayant aussi assurée que vous procurerez et favoriserez en son nom l'avantage des siens autant qu'il vous; sera possible, et aurez pouvoir de le faire. Aussi est-ce
certainement l'intention de Sa Majesté , ainsi qu'elle vous a souvent commandé et savez très-bien. Mais nous lui avons dit qu'il est besoin que le prince Maurice se déboutonne et confie en vous , c'est-à-dire au Roi , plus qu'il n'a fait jusqu'à présent , en prenant et épousant franchement le parti qui est jugé de tous plus utile et salutaire à la cause commune ; à quoi ladite dame a promis d'employer son crédit et ses conseils sincèrement. M. de Vie nous a écrit de Calais , le huitième de ce mois , la mort soudaine du sieur de Sailly, qui résidoit en ladite ville pour le service des Etats , ainsi qu'il disoit ses adieux pour s'embarquer, mandé par eux , et nous a envoyé un projet d'un avis qu'il prétendoit donner auxdits sieurs sur Tordre et la forme du gouvernement de leur Etat après la paix. Et, d'autant qu'il nous a mandé vous en avoir fait tenir autant , je ne vous en dirai les particularités ; mais seulement qu'il mérite d'être considéré , car son but est bon. Il faut seulement voir si les moyens d'y arriver sont faisables, et seront pour contenter ceux qui y ont intérêt 5 et aurons à plaisir que vous nous fassiez savoir ce qui vous en semble, et si vous en aurez conféré avec Barneveldt. En tous cas nous disons , si , en faisant ladite paix , ils ne règlent et établissent leurdit gouvernement autrement qu'il est, qu'ils se diviseront bientôt , dont leur ruine s'ensuivra , ^t ne sera après au pouvoir de leurs amis et alliés de les en garantir, comme vous avez eu charge de leur remontrer.
Nous vous renverrons l'abbé de Préaux après votre première dépêche , avec la ratification que vous avez promise, ainsi toutefois que je vous écris par mon autre lettre , depuis laquelle M. de Sully, qui a voulu
DU PRÉSIDENT JEÀIWIN. %OJ
examiner à loisir la contrepromesse que vous avez tirée des Etats sur l'article des daces et impositions, m'a fait entendre qu'il n'estime pas que les étrangers, qui trafiquent en ce royaume , les paient plus grandes que les Français , si ce n'est en b rouage pour la ferme des trente -> sept sous , et à Bordeaux pour la comptablie , de quoi il doit s'instruire et éclaircir davantage : car il ne fait pas état de consentir aucune diminution desdites impositions» pour la conséquence et que cela romproit tes fermes. Au reste , vous saures qu'il y a ici un homme nommé Mathieu Coulhés , qui autrefois négocioit par delà , pour faire venir en ce royaume un marchand nommé Pierre Linges , qui trafiquait aux Indes, et promettait d établir ce commerce en Bretagne , lequel est maintenant décédé , qui dit y avoir un autre marchand par delà , nommé Isaac Maire, qui est trop plus expérimenté auxdits voyages des Indes , et a beaucoup plus de pouvoir, de con~ uoissance et de crédit ; et suite que ledit Linges , le-» quel offre de servir Sa Majesté en cette occasion , et même de la venir trouver dès à présent , pour lui en faire les ouvertures nécessaires , desquelles il promet qu'elle recevra Contentement. Mais il ne veut être dé^ couvert aucunement par delà ni en ce royaume , jusqu'à ce qu'il soit d'accord avec nous des conditions , sous lesquelles il entend dresser et établir ledit commerce.
Sur cela Sa Majesté n'a été d'avis qu'il vienne k prisent par deçà ; mais qu'il trouve moyen de vous voir pour vous (aire sa proposition , et la résoudre avec vous > disant Sa< Majesté qu'elle approuvera et
tiendra pour arrêté tout ce que vous conviendrez ensemble, ainsi qu'elle m'a commandé vous en écrire : car elle est assurée que vous ne consentirez et accorderez rien qu'à propos ; et vous dirai qu'il me semble que vous ferez bien de m'avertir du dernier mot de ce personnage pour recevoir sur icelui les commandemens de Sa Majesté devant que de conclure aucune chose ; mais à ouïr parler ce Mathieu Coulhés , il semble que nous devions tirer de ses propositions tant dHitilités et avantages que nous n'y ferons difficulté quelconque. Je vous envoie une lettre du Roi pour ledit Maire non suscrite , afin que , si notre paquet tomboit en mauvaise main , il ne soit découvert, tant il craint cela sur toutes choses. Sa Majesté a promis pour vous que vous ne le découvrirez à personne, en Tassurant qu'il peut se confier en vous comme en Sa Majesté même , au moyen de quoi je vous prie vous y conduire selon son désir. Ledit Coulhés m'a dit qu'il écrira par cette voie audit Maire , et qu'il me baillera son paquet ; s'il le fait , vous l'aurez avec la présente , à laquelle je n'ajouterai que mes très-affectionnées recommandations à vos bonnes grâces. Car nous n'avons rien de nouveau d'Espagne , d'Italie , ni de Pié* mont et d'Angleterre, non plus que d'Allemagne, qui mérite vous êtte écrit. Le Roi a un peu senti la goutte depuis quatre jours ; mais elle est si gracieuse qu'elle ne l'empêche déjouer ni de dormir. Nous parlons d'aller à Fontainebleau dans le vingtième de ce mois, que la Reine sera fort avancée en son neuvième mois pour faire ses couches audit lieu. Cependant Sa Majesté pourra, après Carême prenant, visiter Chantilly.
Monsieur le connétable est allé devant préparer la maison. Je prie Dieu , monsieur , vous conserver ea bonne santé longue et heureuse vie.
De Conflans -, ce seizième jour de février 1608;
Votre , etc.. de Neuf ville.
Lettre dé M. de Sully à Aï* Jeûrinin > du vingt-sixième . . février 16081 >
Monsieur > j'ai toujours estimé la monarchie d'Espagne être du nombre de ces Etats-là , qui ont les bras et les jambes fortes et puissantes , et le cœur infiniment foible et débile ; et tout au contraire notre empire français être de ceux qui ont les extrémités destituées de puissance et de vertu, et le corps d'icelled merveilleusement fort et vigoureux : différences qui procèdent de leur situation et du naturel des nations dont ils sont composés. Ces considérations m'ont toujours fait insister et conseiller, avec fermeté, qu'il falloit attaquer le cœur et les entrailles de. l'Espagne , que j'estime, pour le présent, résider aux Indes orientales et occidentales , lesquelles ayant été le seul fondement de la grandeur d'Espagne , sera , par sa ruine, le bouleversement de sa rude domination , sans néanmoins devoir prétendre pour nous la conservation et possession de telles conquêtes, comme trop éloignées de nous , et * par conséquent , disproportionnées au naturel et à la cervelle des Français , que je reconnoid à mon grand regret n'avoir ni la persévérance ni la prévoyance requises pour telles choses , mais qui ne portent ordinairement leur vigueur , leur esprit et leur courage , qu'à la conservation de ce qui leur touche t. i3. i4
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de proche en proche , et leur est incessamment présent devant les yeux, comme les expériences du passé ne l'ont que trop fait connoître : tellement que les choses qui demeurent séparées de notre corps par des terres ou des mers étrangères , ne nous seront jamais qu'à grande charge et à peu d'utilité. Tous lesquels discours ayant pu être faits par les Espagnols et par messieurs des Etats aussi bien que par moi , ont aussi pu être la cause des délibérations auxquelles ils sont tombés , et doM il s'agit maintenant.
Car les premiers se voyant attaqués dans les Indes, et les affaires disposées à augmenter cette agression plutôt qu'à la discontinuer , et s'imaginant, à cause des imprudentes propositions faites par le sieur Aërsens , sans aucune charge de nous, que nos desseins et nos espérances se portaient à 1» domination des Pays-Bas, et par conséquent des Indes , aussitôt ils prirent résolution de détourner ces deux périlleux orages par toutes sortes d'expédiens , quelque honteux et dommageables qu'ils puissent être , et comme sont trouvés tels d'un chacun la renonciation de la souveraineté de toutes les terres qui sont possédées par messieurs des Etats -, lesquels , de leur part , croyant aussi que les ouvertures faites par ledit Aërsens , comme de luimême , procédassent de notre résolution , et que notre amitié navoit pas pour but de les délivrer absolument et de les mettre en liberté de toutes façons , mais , au contraire, de les soumettre à notre domination , rendant, par ce moyen, leur sujétion plus absolue, et conséquemmçnt plus difficile à secouer , aussi toutes leurs inclinations se porteront à convenir et accorder des choses auxquelles ils h a voient jamais pensé
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auparavant. Tontes lesquelles raisons m'étant infinies fois passées et repassées par l'esprit, elles m'ont fait juger et maintenir constamment qu'il étoit impossible d'empêcher qu'ils ne se portassent à la paix , et , par conséquent^ qu'il étoit à propos, si nous ne voulions ouvertement irriter et offenser les uns , et nous rendre supects aux autres , que nous devions conformer nos conseils à la condition des temps , et à l'état présent des affaires , et suivant icelles embrasser et autoriser les conseils doux et pacifiques ; puisqu'aussi bien les généreux et magnanimes n'étoient pas de saison , et que quand ils eussent été suivis , ce n'eût été qu'à regret , tant par eux que par nous-mêmes. Car , de leur part, ils n'eussent jamais repris les armes qu'à demi , et sans être en partie divisés , et nous , de la nôtre , n'eussions pas contribué tout ce qui eût été nécessaire pour soutenir une telle débilité.
Il est donc nécessaire plus que jamais que vous continuiez vos prudens avis et conseils vers eux , sans changer de forme de procéder , et que vous persuadiez à ces peuples de ne s'arrêter pas à vouloir obtenir tous leurs désirs et toutes les conditions nécessaires pour l'entier établissement de leur domination et fondement absolu d'une république ; car jamais Etats qui aient été ne s'établirent en cette forme tout en une fois et du premier coup , mais peu à peu. Ce qui semblablement et sans doute arrivera à ceux-ci, pourvu qu'à l'entrée du gouvernement ils le sachent bien connoltre eux-mêmes , et, usant de la prudence requise , n'établissent pas une telle forme qu'elle se ruine en se créant, comme sans doute il arrivera s'ils ne sont bien sages. Et surtout faut prendre
garde que par leur traité ils ne quittent pas un pouce déterre, d'autant que celui qui restitue sur-le-champ et en effet, a toujours le dommage-, car, quant aux promesses de l'avenir, ce sont papiers et paroles que? le vent emporte ; et puis il est nécessaire de laisser dans les provinces voisines une saveur et un levain qui puisse engendrer aux peuples d'icelles un continuel désir de se joindre pièce à pièce à ce corps mis en état de liberté , lorsqu'ils sentiront quelque oppression de leurs princes: chose qui arrivera infailliblement , si l'on reconnoît parmi messieurs des Etats un bon ordre et un gouvernement assuré. Or, comme les Suisses ont fondé le leur par leurs tumultes , par leurs armes, et par l'âpreté et stérilité de leurs montagnes, il faut tout au contraire que messieurs des Etats s'établissent par prudence , par ordre , par or , et par la fertilité et commodité de leurs terres et de leur9 mers. Que, s'ils peuvent obtenir la liberté du trafic en Espagne , il est bon , pourvu que tous leurs vaisseaux, ou la plus grande part, ne s'y rencontrent jamais en même temps , de peur que , par la rétention diceux, leur force ne se trouvât débilitée , et donnât sujet de les attaquer.
Quant à celui des Indes orientales et occidentales, il est à désirer qu'ils le puissent faire 5 car ce seroil être en état de s'accroître soi-même , et dîe diminuer autrui. Mais quand l'un ou l'autre , ou tous les deux , leur seront déniés i si n'estimé -je pas que pour cela ils doivent différer de conclure leur traité de paix-, car il leur sera toujours extrêmement avantageux , ne quittant rien en terre , d'obtenir lui titre authentique , par lequel , à la vue de tout le monde et à
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l'opinion de tous hommes, ils se puissent tenir et qualifier république libre et souveraine , et par conséquent capables de faire ouvertement et publiquement alliance et confédération avec tous princes , et notamment avec ceux qui ont intérêt à les conserver et à les empêcher que jamais ils ne retournent en la sujétion dont ils seront sortis; ains , au contraire, seront tenus de favoriser leur accroissement , à la diminution de ceux qui , étant autrefois leurs seigneurs , seront devenus leurs compagnons. Que s'il manque après quelque chose à souhaiter , le temps et les occasionfc feront naître les. moyens de l'obtenir, comme nous l'avons vu pratiquer et à Venise et parmi les Suisses , qui de peu se sont accru & en la puissance où nous les voyons maintenant : car si une fois les armes et les pensées de la guerre sont tirées hors des Pays- Bas par le roi d'Espagne , la considération de l'éloignement de ces Provinces, et la souvenance des périls , frais , peines et travaux qu'il y aura rencontrés par le passé , le fera penser deux fois à s'y em-i barquer avec les forces convenables pour, y mettre une dernière fin.
Tous ces discours aiiroient besoin d'être plus étendus ; mais n'étant faits que pour vous qui entendez à demi-mot, je m'en abstiendrai , et aussi qu'ils ne vous doivent assujétir à aucunes de mes raisons et conseils^ car les lettres du Roi vous peuvent servir de règle et de guide certains pour vous y conformer entièrement. Quant à l'affaire de mes cousins d'Espi-* noy , je vous prie de vous en souvenir comme vou$ m'avez promis ; et , lorsque l'on viendra à parler des échanges et jouissance des. terres et seigneuries qu§
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les particuliers d'un parti ou d'autre ont dans les provinces de l'autre, il sera facile de faire tomber cela à propos. Et s'il est dit que chacun rentrera dans le sien, cet article étant général , il sera pour nous , et y faut insister , si aussi les biens demeurent perdus , sauf aux princes de récompenser chacun leurs partisans. Vous pouvez prier messieurs des Etats d'avoir souvenance que feu M. le prince d'Espinoy a perd* ses biens pour avoir tenu leur parti ; et , par conséquent , qu'ils sont obligés de mettre ses enfàns au nombre de ceux qu'ils doivent récompenser. Tout ceci n'est dit que par forme d'avis , remettant à votre prudence et affection toute la conduite de cette affaire ; m'assurant que , comme vous avez été l'auteur du commencement de leur bien , vous voudrez être aussi celui qui y aura donné la perfection, afin qu'eux et moi vous en ayons l'obligation toute entière ; la* quelle reconnaissant comme je dois , vous nous trou-* verez toujours disposés à nous en ressentir en toutes les occasions , et moi , particulièrement , à demeurer, monsieur y votre , etc.
MàXIMILIEN DE BeTHUNE , DUC M SULLY.
De Paris , ce 26 février 1608,
Lettre de M. dé La, Boderie à M. Jearmin, du vingt"
septième février 1608.
MoiMivim , le peu que j'ai eu à vous dire , a été cause que je suis demeuré muet si long-temps. Ce* pendant j*ai reçu depuis quatre jours les Vôtres du cinquième de ce mois , avec copie de la ligue qu'ave* contractée avec messieurs les Etats > dont je vaus-
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remercie bien humblement. Déjà l'avois-je vue par le moyen de M. Garron , et m'en étois infiniment réjoui , comme de chose que je juge devoir être de tous côtés de grande réputation à Sa Majesté, et de non moindre utilité avec le temps. La nouvelle en a été reçue ici avec autant d'étonnement que de déplaisir ; car, d'un coté , on ne se pouvoit persuader que nous fussions si résolus ; et d'ailleurs on reconnoitbien que par ce moyen nous avons gagné le dessus avec les Etats , qui est ce qu'on craignoit le plus. Je disoîs toujours bien que les députés anglais seraient d'accord avec vous , jusque s à ce qu'on, vînt à fondre la cloche. Vous l'avez éprouvé , et me. réjouis que c'ait été avec tant de gloire pour vous , et avantage pour notre maître. Depuis cela ils auront eu charge de contracter avec les Etats , quasi de la mégie sorte que vous. Bien ont-ils long-temps barguigné par deçà avec ledit sieur Carron pour la quantité du secours, voulant tenir ferme sur l'égalité : néanmoins, à la fin , ils se sont réduits au pied du nôtre ; sinon , possible qu'une partie devce que nous promettons en hommes , ils le promettent en vaisseaux. Et de plus , on m'a assuré qu'ils doivent proposer une autre ligue entre eux et nous , le roi de Danemarck, les princes protestans et las Etats , pour la défense commune des uns et des autres \ mais ils ont tant fait les fins , et ont si long-temps attendu qu'on les priât, que je ne sais ce qu'ori en trouvera' bon en notre Cour, encore que pour moji j'estimerois que , puisque nous ne pouvons trouver de sûreté ni d'avantage en l'amitié d'Espagne , nous ferions mieux de nous assurer celle-ci , sans nous arrêter sur des pointillés. Us ont fait ces
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jours ici une galanterie , dont le Roi notre maître est fort offensé , et non sans cause , d'avoir reçu l'ambassadeur d'Espagne à voir un ballet qu'a fait cette Reine , contre ce que je me suis laissé entendre m'y sentir intéressé. Dès l'heure le Roi me voulut payer de dire que ce n'étoit point lui qui Py appeloit; qu'il s'y étoit convié lui-même et en avoit prié la Reine , et au lieu de cela me Voulut convier à un festin. Je fis réponse qu'il étoit le maître chez lui ou le devoit être , et refusai ledit festin , dont il fut fort courroucé. Depuis, sur l'occasion du mariage de M. d'^dinton Ramezai , celui qui lui sauva la vie en Ecosse , cette affaire s'est rhabillée -, de sorte que je crois que Sa Majesté en devra* demeurer satisfaite. J'ai été convié au festin public qui s'est fait pou r ladite noce de la part dudit Roi , et pour l'honorer du nom du nôtre , comme le prince qui sait l'aimer le plus , et avoir reçu plus de contentement de sa salutation. Les noces de celui qui la lui a causée , avec déclaration que ce que l'ambassadeur d'Espagne s'étoit trouvé en l'autre , c'avoit été par sa recherche etimportunité contre la volonté de Sa Majesté , et sans qu'il l'en eût prié -, et que par le traitement qu'il me ferait, chacun connoîtroit la différence qu'il faisoit de lui à moi ; sous cette déclaration et assurance , j'acceptai de m'y trouver , et de fait , j'y ai été traité tout d'autre sorte.
Il y eut bal devant et après souper, où je fus toujours auprès dudit Roi* personnellement , ou écoutant ou parlant à lui , et avec démonstration d'une grande privauté 5 et la vérité est qu'en l'autre il ne dit jamais une parole audit ambassadeur. * Au partir de là je
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soupai au festin public de la noce , où ledit ambassadeur ne mangea qu'en une chambre privée avec un officier de la maison -, et durant le souper , le Roi me voulut encore favoriser de m'envoyer dire par le vicomte de L'Isle , grand chambellan de la Reine , qu'il étoit marri que la coutume d'Angleterre ne lui avoit pu permettre de se trouver à ladite table pour y boire à moi et me faire bonne chère ; mais qu'il ne laissoit de faire le premier et me prioit de- l'autre. A tout cela ma femme fut conviée aussi de sa part , et le soir il nous mena voir un autre ballet que dansèrent douze des principaux seigneurs de cette Cour, où il nous fit encore , à ma femme et à moi , toutes les courtoisies qu'il lui fut possible, et jusques à ma fille : il se la fit approcher, et la baisa deux ou trois fois (qui ne loi est pas chose ordinaire) 9 et voulut qu'elle dansât avec le petit duc d'Yorck son fils ; en somme il n'oublia rien pour me contenter. Je les ai trouvés si hagards quand je suis arrivé ici , si mal contens de mon prédécesseur , et si remplis de la vanité que la recherche qu'avoient faite d'eux tous les princes de la chrétienté à l'avènement dudit Roi à cette couronne leur avoit fait naître , que j'ai eu beaucoup de peine à les remettre. Toutefois je les vois , ce me semble , en meilleur état; et la démonstration que nous avons faite depuis un an de ne nous soucier guères d'eux, et de pouvoir faire nos affaires sans eux , n:y a pas nui. Us ne sont nullement encore assurés du côté d'Irlande ; efpour avoir plus de moyen de se défendre de ce côté-là, s'ils y sont attaqués , ils font un emprunt d'un million de livres sur les meilleures bourses de cette ville, qui y cause beaucoup de rumeurs et 4e
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mécontentement. Leurs affaires enfin ne sont point en si bon état , qu'ils n'aient , Dieu merci , plus grand besoin de nous, que nous d'eux. C'est tout ce que je vous en puis dire pour ce coup , vous baisant les mains très-humblement, et demeurant, monsieur, votre très-humble et très-affectionné serviteur >
La Boderib.
À Londres , ce vingt-septième février 1608.
Lettre du Roi , du vingt-septième Jevrier 1608.
Messieurs Jeannin et de Russy , vous avez été avertis de l'arrivée ici de l'abbé de Préaux , porteur de votre dépêche du 28 du mois de janvier , par les lettres particulières que le sieur de Vrlleroy a écrites par mon commandement , à vous sieur Jeannin , les 9 et 16 du présent. Là première vous a été envoyée par l'adresse du sieur de Berny , et l'autre accompagnée du duplicata? de celle-là , par l'occasion du retonr par delà des navires sur lesquels les deniers du dernier quartier de l'année passée ont été chargés et envoyés» Vousaureï su par icelles quel a été le contentement que j ai reçu du traité d'alliance et confédération q»e vous avez fait en mon nom avec ces sieurs, suivant mes commandemens , et pourquoi j'ai différé de vous envoyer la ratification d'icelui jusqu'à présent , ayant désiré voir auparavant quelque acheminement à celui que le roi d'Espagne et le* archiducs étoient su* le point de commencer $ non que j'aie eu dessein de me régler sur leur conduite , ni varier de ma première résolution , ou rien innover ou changer audit traité , mais simplement pour voir quel
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jugement les députés desdits princes feroient d'icelui à leur arrivée par delà ; de quoi vous m'avez éclairci par vos lettres du 16 de cedit mois, que j'ai reçues le 24 , comme nous avons depuis fait celle que vous, sieur. Jeannin, avez écrite de votre main audit sieur de ViUeroy le 19. Je vous dirai donc en un mot, par la présente, que vous m'avez servi , en la confection dndit traité, entièrement selon mon désir et mon expectation, tant en la matière qu'en la forme et au temps que vous lavez conclu. Aus&i je vous en envoie par le même abbé de Préaux mes lettres d approbation et ratification , accompagnées d'une particulière adressant au corps des sieurs les Etats , par laquelle j'ai voulu leur faire savoir ma satisfaction, qui leur sera exprimée plus au long par vous , en la leur délivrant , aux termes que vous jugerez plus propres et convenables > dont je me remets à vous , voire même d'en surseoir la présentation, à cause de la présence des députés des archiducs , ou autrement , selon que voua aviserez être pour le mieux. Car, comme vous m'avez servi en tout ce qui s'est passé avec tant, de prudence > loyauté, et si heureusement, qae j'en suis avec raison très-content, et vous eu saisie gré que vous méritez , je veux aussi me confier et entièrement remettre à vous de toutce qui reste à faire par delà pour mon service , tant pour l'exécution dudit traité, qu'aux autres occasions qui se présenteront durant que vous y serez. Certainement j'eusse bien désiré que les Anglais fussent entrés avec nous audit traité , suivant le projet que vous en aviez hit- car il eût. été plus {avorable auxdits Etats sur Teutrée de la conférence avec les députés desdits