WiGOCIlTIOKS
ducs 9 afin de les mieux pousser et faire entrer dans le rets , sans attendre Tagrëation d'Espagne , ni même le retour de leur confesseur , du voyage duquel M. de Préaux vous a rapporte qu'ils espèrent beaucoup. Mais UQUS craignons qu'ils y soient trompes , comme ils ont été des autres, et même de celui du Cordelier nouvellement revenu d'Espagne , que don Pedro dit avoir été renvoyé sans charge , encore que ledit Cor-, délier ait dit au Roi le contraire ; car je n'estime pas que les archiducs aient assez de force et vertu pour, franchir ladite déclaration au retour dudit confesseur , . s'il leur rapporte que l'intention, ^du roi d'Espagne y répugne ^ partant ils seroient plus excusables de le prévenir sur la nécessité urgente qui s'offre.. Davantage, nous devons désirer que les archiducs fassent ce saut , si faire se peut , contre l'avis d'Es-, pagne, afin de les diviser et donner sujet à ceux-là de rechercher autre appui que cettui-ci ^ dont vous sa-, vez. qu'ils n'auroient faute, et de le trouver tel qu'ils pourroient se délivrer tout-à-fait de la servitude de. laquelle ils languissent , se rendre très-heureux et plus honorés du côté d'Espagne qu'ils n'en sont à présent gourmandes^ et nous savons de bon lieu qu'ils s'en plaignent maintenant plus que jamais , voire qu'ils ea sont comme désespérés: de sorte qu'il fait bon à présent battre le fer , même sur l'occasion de ladite trêve qu'ils désirent ardemment , et en laquelle seule git leur dernière ancre de salut et de consolation ^ et nous a-t-pn rapporté que le président Richardot y est de son côté très-disposé , et même le marquis Spinola, comme gens qui se voient perdus si on rentre en guerre , ce que . l'on peut aucunement coUiger aussi
des propos qui ont été tenus à M. de Préaux , que vous pourriez, étant sur lés lieux , mieux reconnoitre que tout .autre.
Toutefois je vous écris ceci de mon mouvement , poussé de mon soin et devoir ordinaire' au service du Roi y sans lui en avoir parlé ; je le remets aussi à votre jugement. Sa Majesté eût préféré la trêve pour vingt ans à la guerre , ainsi que je vous ait écrit par ma lettre du dernier du mois passé , au défaut de celle que vous avez proposée , si les Anglais n'eussent traversé par leurs belles offres les affaires comme ils ont fait. Ce dépit donc a fait résoudre Sa Majesté à opiniâtrer sans variation ladite trêve selon votre projet, se promettant qu'il vous sera facile d'empêcher que l'autre soit acceptée desdits Etats à l'instance desdits Anglais contre son avis , qui est un point auquel il importe que vous preniez garde ; car il ne faut pas que lesdits Anglais puissent gagner sur nous cet avantage, pour les raisons que vous pouvez mieux juger. C'est pourquoi Sa Majesté vous commande d'offrir ses forces et son assistance auxdits Etats , en cas que les archiducs et Espagnols refiisent la susdite trêve , afin qu'ils n'aient sujet de descendre en l'autre contre sa volonté : néanmoins elle déâire que vous ménagiez lesdités offres , de façon que les ennemis de ladite trêve né prennent sujet et pouvoir de renverser du tout celle que nous désirons aussi bien que l'autre *, vous entendez bien ce que nous voulons dire. Il âera besoin aussi d'entretenir le prince Maurice et les siens en tout événement avec plus de soin que jamais; car on peut s'assurer d'eux plus que des autres , comme moins faciles à réconcilier avec l'Espa gne : néanmoins il nci
6 IIÉGOGUTIONS
faut pour cela délaisser le sieur 4^ Barneveldt, ni lui donner occasion de croire que nous voulions faire plus d'état des autres que de lui; car il peut plus que tQus , et cela le feroit cabrer. Vous les connoissez mieux que nous , et pareillement ce qu'il Êtut faire pour en tirer service : nous nous en reposons donc 9U,r vous entièrement.
Qui pourroit assigner la conférence que lesdits archiducs désirent à Calais 9 ou en quelque autre lieu jde France , comme vous avez autrefois proposé , ce seroit le moyen de nous venger des Anglais : pensezy , je le vous ramentois , mais sans charge aussi ; il faut penser à tout » et s'aider de tous moyens pour $ortir à notre honneur et avantage , par une voie oa autre y de ce labyrinthe; il importe au repos de la Fi-ance pour le présent et pour l'avenir. S'il est vrai que ceux de Zélande aient délibéré de demander que le trafic d'Anvers soit interdit pour trois ans , et qu'il leur soit accordé, icelui passé, de mettre un impôt sur les bateaux et marchandises à leur discrétion , ainsi que M. Richardot a dit à M. de Préaux , il faut qu'iU s'en départent , car telle demande est injuate. Bien approuvons<-uous qu'ils fassent instance de ce que vous ^vez proposé au prince Maurice , afin d'obvier à tous traités et desseins contraires à celui qu'ils auront a^rouvé. J'ai vu le nonce du Pape par le comman^ démena du Roi ; suivant sa lettre , il blâme l'imprudence d'Espagne , et la malice d'Angleterre , et loue la conduite de France en toutes ses parties. Il a parlé k don Pedro , qui a fait l'étonné , des promesses et ouvertures anglaises , les dénie ou en fait l'ignorant , mais c'est un trompeur ; aussi n'est-il venu par deçà
que pour en faire Toffice , dncpel il s'est bien acquitte.
Ledit nonce lui a dit fermement la résolution du Roi , savoir est de coucker de son reste pour la con* servation des Etats , eu ôas que Ton leur refuse , dà côté d'Espagne et des arcliiducs , ce que Sa Majesté leur a offert à' la prière et sur la parole de ceut^i , de quoi il doit donher aVis en Espagne. II en éera dit autant à Peckius dès demain, et .conclus comme vous que lesdits Espagnols se laisseront à la fin vaincre au désir des archidtics pour ladite trêve , quand ils verront ne la pouvoir obtenir plus favorable pour euit , ou bien ils auront dressé et assuré leur partie avec lesdits Anglais , à quoi nous verrons clair bientôt , comme nous avons délibéré de faire à la conclusion de ces négociations , sans nous laisser entretenir de remises et dilationis sur des incertitudes telles qu'ont été celles qu^on a jusques ici pratiquées , de part et d'autre , trop imprudemment et malicieuseihent; de quoi je prie Dieu vous faire la grâce d'avoir aussi bonne issue que le méritent l'afïèction et probité que tous y contribuez. Je prie Dieu , monsieur , qu'il vous conserve en bonne santé.
De Paris , ce seizième jour de décembre t6o8. .
Votre , etc. * de Nrupville*
Lettre de M, Jeannin à M. de Vilkrqjr y du seizième
décembre 1608.
MonsîEtiR , n'ayant trouvé commodité sûre pOttr vous envoyer la précédente lettre , j'ai différé pour vous l'envoyer avec celle-ci par la voie de M. de Colombier. Les députés des Etats qui éloient allés en Zélande sont retournés, et nous font espérer que ceui;
8 NÉGOCIATIOWS
de cette province se joindront à Tavis commun ; ce qu'on tient comme assuré , d'autant que la charge de 1 eurs députes n'est plus limitée ni restreinte à cer-* laines conditions comme du passé , mais libre et gé-nérale, pour résoudre avec les députés des autres provinces ce qu'ils jugeront plus utile pour le bien général La ville de Delft s'est aussi réduite; et quant à Amsterdam, les Etats^Généraux y ont envoyé trois? députés du corps du conseil de la Justice , pour leur, persuader d'en faire autant; ce que chacun tient qu'ils feront. Jugez, monsieur, par ces longueurs et difficultés , s'il sera aisé à quelques particuliers , quelque crédit qu'ils aient en cet Etat , de projeter et faire des traités secrets durant la trêve avec les archiducs » qui est autant qu'avec le roi d'Espagne , puisqu'il faut que tant de gens y aient part , et que toutes ces difficultés ne sont provenues que de la crainte qu'ils ont tous de tomber par pratique et artifices sous cette domination : par ainsi on ne doit pas croire que les soupçons du prince Maurice sont vains et sans raison , attendu même que personne n'entre aux magistratures ni au conseil des villes , qu'il ne soit de la religion, c'est* à-dire ennemi de ces princes; joint que s'ils veulent suivre le conseil qu'on leur a donné , qui est qu'on ne puisse faire aucun traité, durant la trêve, que du consentement de tous et des deux rois , ils éviteront nonseulement ce mal, mais se garantiront du soupçon même. M. de Préaux est retourné , et m'a rendu vos lettres du premier de ce mois ; il a fort dextrement et heureusement exécuté la charge qu'on lui avoit commise : je ne vous écrirai rien de ce qu'il a fait , ç^X il ^n a donné avi$ de Bruxelles, he prince Maa*«
DU PRÉSIDENT JEAI9NIN. f}
rice ne s'attendoit pas qu'il dût rapporter lettres de larchiduc confirmatives de ce que M. le président Richardot nous a ci-devant écrit touchant Tobligation du roi d'Espagne , mais il a été trompé.
Je ne tiens pas pourtant que Farchiduc soit assuré de pouvoir faire ce qu'il promet , et qu'il s'est avancé de nous écrire ainsi , craignant que tout ne fût rompu s'il eût fait autrement, aussi qu'il est toujours en quelque espérance de l'obtenir par le retour de son confesseur qui y est allé 5 et pour leur donner loisir de l'attendre , le président Richardot m'a prié de faire différer les affaires jusques au vingt-cinquième de janvier, de telle sorte toutefois qu'on ne sache ce délai avoir été requis par eux. Il ne sera qu'assez aisé, d'autant que les Etats procèdent en leurs résolutions avec tant de longueur , que , quoiqu'ils soient déjà comme d'acbord des articles , si est-ce que la Zélande, laquelle prétend y faire quelque changement, leur donnera sujet de consumer dix ou douze jours inutilement ; mais nous ne laisserons pas , après qu'ils auront résolu de traiter en termes généraux , de faire pour tout le mois de janvier sans plus -, car si le temps étoit plus long, ils seroient pour demeurer inutiles jusque vers la fin d'icelui. Il vaut mieux faire une autre prolongation lorsque nous serons assemblés. Quoi que don Pedro vous ait dit du roi d'Angleterre, si est- il certain que le roi d'Espagne le fait rechercher par un nouvel ambassadeur , et que la crainte qu'il a de lui , la haine qu'il nous porte , et ce qu'il n'est si bien ici qu'il désireroit, lui pourront faire prendre de mauvais conseils : si me semble-t-il qu'on ne peut rien faire es affaires de ce pays qu'avec l'autorité et l'avis de Sa
lo vÈGOCurtovs
Majesté, par ainsi que les Espagnols seront toujours contraints de passer par ses mains et de rechercher son amitié , veuillent ou non. Je me conduirai en tout selon que vous me manderez par voslettres, même s'il avient que le roi d'Espagne fasse difficulté de s'ohliger. Les députés d'Angleterre sont bien fâchés de ce que M. le président Richardot a mis dans ses lettres que leur maître a donné assurance en Espagne de faire résoudre la trêve sans la liberté, craignent qu'il ne soit su ici, et il ne peut être secret, le nient du tout , et disent que c'est un artifice dont ils sont fort mal con^ tens -, mais leur conduite donne grand soupçon qu'il soit .vrai. J'estime, quant à moi , s'ils l'ont fait, que c'a été lorsqu'ils désiroient de rompre la trêve , comme à la vérité telle espérance pouvoit faire rejeter toutes autres ouvertures au roi d'Espagne , et par ce moyen être cause de rupture ; mais ils sont du tout changés depuis quelque temps , et poursuivent à présent avec plus d'ardeur que nous la trêve suivant notre projet, et avec l'obligation du roi d'Espagne , jugeant bien qu'on ne la peut obtenir d'autre façon. Je retiensle courrier Picault jusqu'à ce que nous vous puissions mander la résolution , et vous faisons ces dépêches par M. de Colombier qui s'en vouloit retourner en France. Je sais qu'il est connu de vous , et il espère de Tavancement par votre faveur ; aussi est-il sage et en trèsbonne réputation par deçà. Je vous supplie de toute mon affection le favoriser , afin qu'il puisse être gratifié de son voyage, et qu'il reçoive cette commodité par votre moyen , dont je vous demeurerai obligé avec lui. Je suis , monsieur , votre , etc. P. Jeauiïin. A La Haye, ce seizième décembre 1608.
DU PRESIDENT JEANIIIN. Il
Lettre dudit sieur Jeaimin à M, le duc de Sulfy-, dudit jour
seizième décembre 1608.
Monsieur , votre lettre du dix-septième novembre me fut seulement rendue le jour d'hier. Je ne fais doute que les longueurs et incertitudes des Etats ne vous soient ennuyeuses \ mais ce n'est faute de les poursuivre , presser et solliciter , jugeant bien que la longueur est plutôt cause de faire naître de nouvelles difficultés que de faciliter la résolution de l'affaire que nous traitons. Or ils sont maintenant sur la fin , et ne peuvent plus user de remi$e de leur côté; aussi me semble-t-il qu'ils en sont las , et que chacun veut à présent voir la résolution qu'on prendra quelques jours après que les députés de Zélande seront de re-tour , lesquels sont attendus après demain. Les députes des Etats-Généraux qui y avoient été envoyés , étant de retour, nous en donnent fort bonne espérance , promettent même qu'ils se joindront à l'avis commun , du moins n'y apporteront aucune difficulté qui puisse être cause de rupture , ayant à cet effet donné charge à leurs députés de délibérer et résoudre avec les députés des autres provinces ce qu'ils jugeront être du bien général , au lieu que leur précédent pouvoir étoit limité et restreint à certaines conditions qu'il ne leur étoit loisible d'outrepasser. Et quant aux deux villes de Hollande, lesquelles contredisoient aussi à cette trêve , à savoir Delft et Amsterdam, la première est déjà réduite, et les Etats- Généraux ont envoyé trois députés à Amsterdam pour leur persuader d'en faire autant, ce qu'on espère
qu ils feront , en sorte que toutes difficultés semblent levées de ce côté -là, pourvu que le roi d'Espagne se veuille obliger, selon que les archiducs le promettent derechef par les lettres que M. de Préaux nous en a rapportées, contraires aux bruits qui courent; et, à mon avis , il nous a plutôt fait telle réponse , crainte de rupture s'il Teût révoqué en doute , que pour Tassurance qu'il en ait j mais bien Fespère-t-il par le retour de son confesseur qu'il a ^envoyé en Espagne *, en quoi, s'il est trompé, nous serons en très-grande peine, n'estimant pas qu'il soit possible d'unir tous les Etats en une même résolution pour leur faire accepter cette trêve avec les archiducs , sans que le roi d'Espagne s'y oblige \ du moins y prévois-je tant de difficultés et de longueurs qu'on doit craindre de l'entreprendre , et n'en a-t-on pas sujet aussi s'il est vrai que le voyage de don Pedro ait apporté si peu de fruit ; joint que la rupture avenant du côté d'Espagne , toutes les provinces rentreront en guerre avec la même union que du passé, et plus d'animosité qu'ils n'en eurent jamais, et seront contraints môme, si le roi d'Angleterre retire du tout son secours, comme il déclare tous les jours vpuloir faire , d'inviter le Roi par offices avantageuses à leur donner le sien , ou bien à prendre tels conseils que Sa Majesté voudra pour une autre trêve ; et la crainte du premier, ensemble le besoin que le roi d'Espagne montre avoir de faire cesser cette guerre , me font toujours espérer que , ne voyant plus autre moyen pour sortir de cette guerre que celui-là , il aimera enfin mieux s'obliger que de rompre, quoi qu'en ait dit don Pedro au Roi : peu de jours nous en feront voir le succès , dont je donnerai aussitôt avis à
DU PKÉSiDENT JEkfiMif. 13
Sa Majesté , et demeurerai perpétuellement , mon-' sieur, votre, etc. P. Jeannin.
De La Haye , ce seizième décembre 1608. ^
Propos tenus en l'assemblée des EtatS'Généraux par meS" sieurs les ambassadeurs de France et d'Angleterre , le dix-huitieme décembre 1608.
Mëssieuas, sur les bruits qu'on a fiadt courir, tant parmi vous qu'en France et en Angleterre, que le roi d'Espagne ne vouloit êtçe obligé au ti'aité de trêve dont nos rois sont entremetteurs , nous avons pris conseil, ensemble messieurs les députés d'Angleterre el nous , d'envoyer un gentilhomme vers l'archiduc avec lettres et. créance , pour être éclaircis de la vérité oa fausseté de tels bruits , tant par ce qu'il lui en diroït de bouche que par ce qu'il nous en pourroit écrire , dont ce gentilhomme s'est fort bien acquitté , et nous a rapporté que ledit sieur archiduc s'étonnoit et trouvoit étrange qu'après nous avoir fait écrire par M. le président Richardot, dès le seizième d'octobre, son intention sur ce sujet, et le pouvoir qu'il a du roi d'Espagne pour l'obliger en vertu de sa procuration , on lui vienne encore demander à présent si ce que ledit sieur président a écrit de sa part est véritable ou non, pource que. personne ne doit présumer qu'un ministre principal , tel qu'est ledit sieur président , employé en cette affaire dès le commencement du traité, se soit voulu ingérer d'écrire en chose de si grande importance de soi - même , et sans ,en avoir eu charge et commandement exprès de son maître , ni que le maître l'ait aussi voulu
l4 1«É60CIATI0NS
commander «ans avoir la volonté et- le pouvoir de l'effectuer.
Néanmoins , afin que nous en soyons plus assurés , il a dit à ce gentilhomme et nous a pareillement écrit que ledit sieur président n'a ci- devant rien écrit sur ce sujet qui ne soit vrai , et qu'il l'a fait par son ordre et commandement, et s'il y a eu de la longueur à Teffectuer depuis ledit temps jusqu'à présent, qu'elle n'est provenue de lui, mais parle retardement de messieurs les Etats , qui n'ont fait de leur part aucune réponse ni devoir de l'avertir de la résolution qu'ils ont prise , comme ils ne font encore à présent.
Or il n'y a aucune apparence qu'un prince de la qualité de l'archiduc ait voulu avancer un mensonge, qui aussi bien lui seroit inutile , et ne serviroit qu'à lui apporter du blâme 5 car nous lui avons fait dire que si vous preniez resolution d'entrer en ce traité , que la première chose qu'on voudra voir sera son pouvoir, sans lequel, et cette obligation précise et expresse, il ne doit espérer que vous vouliez passer
outre.
• Il ne reste donc plus qu'à preiidre résolution de votre côté pour achever et mettre la dernière main à cette œuvre , ou n'y plus penser. C'est pourquoi nous vous prions de la faire sans plus user de remises , lesquelles sont trop ennuyeuses à vos amis et dommageables à votre Etat , et ne peuvent profiter qu'à vos adversaires. Con^dérez aussi que vous êtes sur la fin delà trêve , et qu'il est besoin de la prolonger, ce que nous n'estimons pas devoir être fait pour plus d'un mois , et au cas que vous soyez résolus de traiter sur la substance , et aux conditions de notre projet ,
DU PRisiUEKT JEirNNIN. l5
noQ autrement y pource que ce seroît perdre le temps inutilement et en vaines disputes d'entrer en autres ouvertures et propositions pour penser obtenir mieux que ce qui est contenu en ce projet-, ainsi il est du tout nécessaire de vous résoudre ou de rompre.
Et si vous choisissez le premier, comme nous vous le conseillons de la part de nos maîtres , de prolonger cette trêve promptement ^ afin qu'en puissions avertir larcbiduc , et lui. envoyer ladite prolongation assez à temps.
Cest bien toutefois notre intention , si vous êtes résolus de traiter sur ledit projet, défaire sérieuse instance, lorsqu'on s'assemblera, à ce que la trêve que nous poursuivons au lieu de dix ans soit faite pour quinze, du moins pour douze, et le commerce des Indes accordé plutôt de gré à gré qu'avec hostilité , afin que rien ne survienne qui puisse troubler la sûreté de votr^ repos ^ mais si on ne peut obtenir ni Tun ni l'autre , l'avis de nos rois est que vous ne devez pourtant laisser de résoudre et conclure ce traité, qui ne peut être rompu de votre côté qu'avec trop de dommage pour votre Etat.
Lettre du Rai à messieurs Jeéuinm et de Russy, du dix--
nem^ième décembre 1608.
MEssiEUms Jeannin et de Russy , j'eusse bien désiré pouvoir attendre et recevoir de vos nouvelles sur la réponse des archiducs et du président Richardot que le sieur de Préaux vous a portée , de laquelle il m'a rendu compte par sa dépêche du onzième de ce mois que j'ai reçue le treizième au soir , pour savoir comment
l6 ' NEGOCIATIONS
elle aura étë reçue oii vous êtes , devant (JUe Vous faire entendre mes volontés sur icelle pour les mieux fonder \ mais j'ai été si ému et scandalisé de la duplicité" et infidélité de laquelle j ai appris que procède le roi d'Angleterre en cette action conjointement avec le roi d'Espagne, que je n'ai pu avoir cette patience. La franchise et bonne foi qui m'accompagne en toutes choses , et dont j'ai usé en ce fait , étant indigne d'une telle tromperie de laquelle j'avois bien eu quelque vent venant du côté d'Espagne, comme je vous a vois fait écrire, et que mon cousin le prince Maurice l'avoit aussi presâènti : mais il faut que j'avoue que je n'eusse jamais cru que ledit roi d'Angleterre eût voulu être auteur de cette pratique , m'étant en ceci conduit envers lui , et vous avec ses ambassadeurs , comme vous savez que nous avons fait : non que j'aie jamais espéré dudit Roi et de ses ministres une correspondance loyale et assurée , ainsi que je vous ai souvent écrit, mais je n'eusse pas pensé que sa jalousie et sa mauvaise volonté eussent jamais eu sur lui tant de pouvoir que de lui faire faire sous main l'office, que npus apprenons des propos que le président Richàrdot a tenus audit sieur de Préaux , qu'il a fait en Espagne pour rompre ces traités , ou s'approprier du tout le gré de la conclusion d'iceux , par les promesses et espérances qu'il a données en Espagne de faire accepter auxdits Etats unetrè ve pure et simple, sans parler de la liberté qui leur a été offerte, et sur laquelle seule néanmoins vous et ses ambassadeurs avez fondé les conseils que nous leur avons donnés, d'entendre premièrement à la paix , et depuis à la trêve que vous avez proposée ensemblement , et que vous avez depuis
poursuivie avec tant de peine et de labeur ^ pour vaincre les oppositions et contradictions que vous y avez rencontrées , eti. quoi vous avez été secondé et fortifié de mon autorité avec toute franchise et rondeur , mû de mon afiection an repos public et au bien particulier desdits Etats , comme des prières et ins-^ tances qui m'en ont été faite;s de la part du roi d'Espagne et des archiducs , sur la foi et parole desquels comme j'ai engagé mon nom et réputation en cette poursuite , je ne puis supporter aussi maintenant qu'il en soit abusé , sous quelque couleur et prétexte que ce soit.
C'est pourquoi non seulement je ne puis trouver bon que vous favorisiez l'ouverture de la susdite trêve, pure et simple , ou sur le pied de la première qui doit finir avec l'année , que je veux que vous demeuriez fermes dedans les termes de celle que vous avez proposée , laquelle vous continuerez donc à mettre peine de persuader et faire agréer auxdits Etats eh la forme que les députés des archiducs l'ont accordée étant par delà , et depuis par la lettre d^dit sieur Richardot, que lesdits archiducs ont de nouveau confirmée par celles qu'eux et ledit sieur Kichardot vous ont écrites par ledit sieur de Préaux, sans vous arrêter à la prière qu'ils vous ont faite de mettre en avant l'autre , sous prétexte de contenter le roi d'Espagne, ni autre quelconque-, car, tant s'en faut que j'entende que mon nom soit engagé en ce changement , que j'ai délibéré d'en empêcher l'effet tant qu'il me sera possible , et tout ouvertement si vous jugez que vous en deviez user ainsi ; car je ne veux rien épargner pour conserver ma réputation. J'ai assuré lesdits Etats , sur la T. i5. a
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parole desdits archid»cs , et même des ministres q«i ont traite avec moi de la part du roi d'Espagne , qu'ils traiteront au nom de l'un et de l'autre avec lesdits Etats une trêve à kmgues années , comm^ avec gens libres sur lesquels ils ne prétendent irion , aux conditions portées par le projet que vous en ave2 dressé. Si maintenant ils entendent s'en dédire ; je n'ai pas délibéré d'y acquiescer ni avaler l'infure et offense qui m'en demeure ^ laquelle je ressens comme je dois; et d'autant moins le doisrje faire ^ puisque le coup est sorti de l'invention et infidélité desdits Ang^is, lesquels l'ont nié exprès pour rompre ces traité^ et ralr lumer la guerre , nous y engager tous ,. et cependant jouir plus sûrement de son aise ; car vous savez^ qu'il a toujours refusé de promettre assistance afixdit^ £Âat8 en cas de guerre , ou bien il s^ cru pouvoir pat ce moyen acquérir tout le gré et honneur desdits traités , et m'en priver entièrement , ou , par cette dit^^ trêve simple, faite sans déclaration de liberté, peu à peu renverser l'union desdites provinces et leur répur blique à l'avantage de la maison d'Autriche ou de Bourgogne , ayant craint que je fisse un traité à part avec ledit roi d'Espagne à leur désstvantage, comme les députés dudit roi d'Angleterre vous ont fait en*tendre par les propos qu'ils vous ont tenus , lesqyel» ils ont avancé ^lalicieusement, exprès pour commun* cer à couvrir et jpstifier l'infidélité de leur pr€>eédttre du côté d'Espagne , voyant qu'elle devoit être bientôt découverte.
Or il semble par les propos desdits ari^biducs , et principalement dudit Richardot , qu'ils ne soient pas contens de cette mutation , persuadés du désir et be*-
soin qtfïfs ont dô fournir et tronvier tons moyens de finir la ^erre , en bquelle je crois certainement qnllé craignent de rentrer. Toutefois il faut craindre aussi qa'ite s'y conduisent ainsi par artifice , pour ^^is dis* pos«r à favoriser ce parti , et y engager mon nom , sons prAexte d*en faire seulement un essai pour dësabneer le conseil d'Espagne, aux volontés duquel ils sont d'ailleurs si liés , qu'il ne faut pas s'attendre qu'ils entreprennent chose qui soit désagréable à icelni. C'est pourquoi je vous dis derechef qu'il ne faut point s'arrêter à leurs prières et instances , mais continuer à presser lesdits Etats qu'ils agréent ladite trêve siiivant votre projet, et qu'ils en fassent une déclaration telle qu'il convient , sans plus faire ins* tance que ce mot toujours soit ajouté, ou celui de comme soit retranché de l'article de la* liberté ; mais ils peuvent bien persister que ladite trêve soit faite pour douze ou quinze ans , et que la volonté du roi d'Espagne sur le commerce des Indes soit déclarée dès à présent -, car j^ai su que lesdittf archiducs ne rompront sur ces deux derniers points , aussi n'en sont-ils dignes de part ni d'autre ; et quand lesdits Etats auront fait ladite déclaration , j'entends qu'ik la vous baillent , et que vous l'envoyiez auxdits archiducs, pour savoir s'ils voudront l'accepter.
Je ne sais si les Anglais voudront , mainténatit que leur mauvaise foi sera éventée , accompagner cet envoi et' office de Tcntremise de leur maître ; mais s'ils en font refus vous ne laisserez de l'accomplir de ma part sans eux, et n'omettrez rien à faire envers lesdits Etats pour leur faire prendre cette résolution , conti-
10 KÉaocuTioits
nuant à leur dire, «'ils la rejettent ou y apportent plus de longueur , qu'ils m'offenseront grandement , et me donneront sujet, non seulement de croire ou qu'ils ont inti^igence secrète avec lesdits Anglais , -pour faire par leur moyen ladite trêve simple, comme ils en ont donné espérance et promesse en Espagne , ou qu'ils, méprisent grandement mes avis , mais aussi de ne me mêler plus de leurs affaires. Vous le direz particulièrement audit prince Maurice et au sieiir de Barneveldt, comme à tous les autres qui en seront capables , et même en public à la suite de ce que vous leur en avez déjà dit^ les assurant au contraire , si en cela ils me contentent, que j'épouserai tellement l'agréation et observation desdits articles envers les archiducs et du côté d'Espagne, quej'en ferai mon propre fait , soit pour faire que lesdits princes s'en contentent , et quand ils les auront acceptés ils leur soient observés, et puissent aussi conserver leur république. Mais si lesdits archiducs , après la susdite déclaration, desdits Etats , rejettent ladite trêve et spécialement l'article de la liberté ainsi que vous l'avez couché par votre projet , pu refusent de faire mention dudit roi d'Espagne, comme ils ont voulu que vous ayez offert auxdits Etats de ma part , en ce cas , comme je ne puis être d'avis qu'ils traitent , d'autant que je crois que l'on ne veut que les tromper , aussi les assurerez*vous qu'ils ti.reront de moi , en cas de guerrç qui aviendra par la faute desdits archiducs et Espagnols , toute assistance et faveur qu'ils peuvent espérer de la volonté d'un prince qui a pareil soin de leur conservation , et de la justice de laquelle ils fortifieront
DU PRÉSIDENT JEANNIN. ai
leur causé par cette conduite , que de celle de son royaume ^ ainsi qu'ils connoîtront bientôt par vrais effets, aussi sincères qu*ont été ceux qu'ils en ont tirés ci-devant.
Néaiunoins vous prendrez-garde à faire cette dernière offre si mesurément qu'elle ne soit cause de renverser parmi eux ladite trêve en la forme que vous Pavez proposée ; mais je ne puis être d'avis que lesdits Etats prolongent leur cessation d'armes, ni accordent aucune nouvelle conférence , que lesdîts archiducs n'aient accepté par écrit la susdite trêve suivant votre projet , sur la déclaration que lesdits Etats en auront faite , d'autant que s'ils s'embarquent àuxdites prolongations et conférences sans autre certitude de la volonté desdits archiducs , ce ne sera que pour les amuser et gagner le temps à letir désavantage ; car comme lesdits Espagnols ont rompu la paix, de laquelle ila avoient ddnné du <;ommencément grande espérance , et quHls auront depuis renversé avec lesdits Anglais ladite trêve par vous proposée , ils feront naître encore quelque accroche en cette dernière conférence qu'ils recherchent , qui la rendra inutile , voire préjodiciable auxdits Etats , en la prolongeant, ou en h faisant durer autant qu'ils jugeront nécessaire, pour d'un côté dresser et faire jouer ieurs menées parmi eux pour les séduire et diviser , et de l'autre préparer leurs forces et moyens pouc leur faire la guerre. Je dis donc- qu'il me semble qu'il faut être assuré par écrit de la volonté desdits Etats sur les articles de ladite trêve , devant que d'accorder aucune conférence , ni même de prolongation de ladite cessation (larmes. J ai délibéré de faire dire ouvertement dès demain à
^% NÉGOCUTIOSIS
don Pedro de Tolède par Torgano du noece^ comme à Tambassadeur des archiducs , loa d^UbiSratioa sur ces affaires , telle que Je la vous écris , afin qu'ils 0**60 soient en doute, et qu'ils n'aient sujet de se plaindre que je les aio abusés. Ce n'est aussi mon but d'user de telles voies envers eux ni autres -, même j'en ferai dire autant à Tambassadaur d'Angleterre , du itiaiire ^uquel j'ai plus d'occasion de me douloîr, si ce que ledit Richardot a dit audit de Préaux est véritable , que de tous les autres ensemble.
Au demeurant, j'approuve tous les offices et devoirs que vous avez faits envers lesdits Etats en gé* /lierai, et lesdits princ^ IVlaurice et si^Ur Bftraevekit» tant pour réconcilier ces deux derniera qii^ ^uv djlsposer les autres à suivre mm consuls ^ eit je sais Ixon gré à ma cou&inç la princesse d'Orwgis de ce qu'elle y a contribué ^nsi quQ je lui écjpis > et lui confirmerez ; mais je regrette fort le>Gioi«te Adolphe pour les louables qualités qu'il avoit^ Voua vdusen çondoulerez de m^ part avec ledit prince et ceux de sa miaison, lesquels vous assurerez toujours de ma lionne volonté , comme je fais aussi état de la persévérauce de la leur fin tout c^. qui seira du b»^ de nies affaires et de mon eontentemeut. J'ai ap'» prouvé pareillement le voyage que voU^ avez filit faiJre audit de Préaux verâ lé3 ajrchidtXids., et maïs bien content de sa conduite > ayani très^bbea observé et suivi vos instruction^ ^ et $erai attendant avec im-* patience votre jugement sur tous leà discours et pi^opos que lui a tenus ledit président Richardot .et les autres ^u'il a vus ^i comme de ce qu'aura^ produit la réponse qu'ils vous ont f;Mte par lui» principalement
DU PHÊftlDËKT JBAMfflN. ^3
p0ur €6 qui touche lesdits Anglais, et le^ offres qu*i}s ont déjà faites en Espagne , et recevrez la présente pour réponse aux vôtres du vingtième et dernier novembre, que j'ai reçues les septièihe et huitième du présent. A tant , je prie Dieu , messieurs J.eannin et de Russy , qi^'il vous ait en sa sainte et digite garde. Ecrit à Paris le ^ix»hèuvième jour de décembre 1608. Hetsry.
Et plus bas , BrularIt.
Lettre de M, de T^iHeroy audit sieur Jeannin , dudit jour dix^neui^ieme de décembre 1608.
Monsieur, nous vous envoyons par celte voie un duplicata de la dernière dépêche que nous vous avons faîte et adressée à M. deJBerny pour vous la faire tenir , afin que si elle faisoit naufrage pat un côté, elle puisse arriver à bon port par l'autre , reconnoissant combien il importe que vous soyez averti des intentions du Roi sur ce que M. de Preâux vous a rapporté du voyage qu'il a faik à Bruxelles. A quoi j'ajouterai que nous étant plaints à M. le nôttce de tous ces changemehs , et lui à don Pedro de Tolède , nous en avons tiré peu de raison et Consolation , et veut-on nous faire accroire que vous, conjointement avec les Anglais, avez proposé quatre formes dé trêve qui ont été représentées en Espagne : la première , suivant le projet véritable qui est sur le bureau ; la deuxième, en suite de la cessation d'armes qui finit avec l'année -, la troisième , sfans l'intervention et approbation du roi d'Espagne ^ et la dernière , pui-e et simple , sans faire mention de l'article de la liberté y ces trois dernières pour vingt ans , et l'autre