TL
^4 IVÉGOGUTIOKS
pour dix. Â quoi j'ai répondu ce que je devois et sais être ; mais nous apprenons de Rome et d'Espagne que la menée de ce changement se manie il y a longtemps 5 car le roi d'Espagne en a informé le Pape , et nous a fait prier par lui de l'approuver. Sa Sainteté en a parlé à M. de Brèves , qui en a blâmé et rejeté Pottverture , et nous avons ici fait le semblable envers ledit nonce qui depuis nos dernières lettres a encore fait cet office. Nons lui avons répété nos raisons , car il en est informé dès le commencement comme nous : il les prend très-bien , toutefois j ai quelque opinion qu'il varie selon l'humeur et inclination de ceux auxquels il parle. J'ai vu aussi le ministre des archiducs résidant ici : il improuve ce changement , en accuse le roi d'Angleterre et ses suppôts, et l'ignorance des ministres d'Espagne , fortifiée de la malice d'aucuns du pays qui n'aiment point l'infante et son mari. 11 a été un peu étonné de la liberté avec laquelle le président Richardot a parlé au sieur de Préaux de la pratique des archiducs , et des avis que don Pedro a donnés en Espagne de la disposition du Roi d'entendre à ces propositions, reconnoît toutefois que l'un et l'autre sont véritables , et n'a-t-on plus espérance qu'aux offices que doit faire le confesseur , et à ce qu'il rapportera.
Quant à don Pedro , il vQUt toujours quç l'on croie que le roi d'Espagne ne changera point de propos, et qu'il ne passera jamais en son nom l'article de la liberté , quoi qu'il arrive , s'il n'obtient aussi ceux de la religion et des Lides à son mot. Nous voilà bien loin de compte suivant le pronostic du prince Maurice , ou plutôt son désir. Le Roi se per-
Vr^tK
DU pkésiDENT JEAMNIN. 25
saade qu'en tenant fenne et faisant le mauvais , le roi d'Espagne changera, mais je n'ai pas cette opinion^, plutôt est-il à craindre que les Etats s'accommodent aux conseils du roi d'Angleterre pour finir la guerre , à quoi l'on dit qu'ils seront servis et confortés par le sieur Barneveldt, que l'on croit s'entendre mieux avec le ministre ordinaire des archiducs qui réside à La Haye qu'avec vous. «Ca été Aërsens qui m'a dit ceci , mais il m'a prié de le tenir secret , et en faire mon profit. Je l'ai dit au Rqî , qui m'a commandé vous l'écrire afin que vous y preniez garde. Sa Majesté dit qu'elle veut coucher de son reste en cette action , pour la faire réussir selon son désir , ou courre tout-à-&it le risque des Etats -, mais je doute s'il sera conseillé d'en venir à tels effets en cas de rupture , ni qu'il s'y résolve comme il faut , principalement si les Anglais demeurent unis au roi d'Espagne. Faitesnous savoir de vos nouvelles le plus tôt que vous pourrez pour nous tirer de ces perplexités et incertitudes. Le plu5 court et sûr chemin seroit de gagper les archiducs , et leur faire trouver bon de franchir le saut qu'ils ont déjà approuvé , sans s'arrêter à l'Espagne ; mais quelle sûreté auroient aussi les Etats du commerce du pays obéissant au roi d'Espagne? Cependant M. de Sully partit hier pour aller en Berry voir ses maisons. Le Roi est toujours au Ut de la goutte, et M. d'Esguillqn, rencontrant hier Balagny par les rues , le chargea pour le tuer , étant suivi de six chevaux, et l'autre étant setil en housse : il a été peu blessé , et vous assure que le Roi est à bon droit très-offensé de cet acte. Ce sera ce que j'ajouterai à ma précédente , priant Dieu , monsieui' , qu'il vous cou-
a6 ifÉGOciÂTions
serve en bonoe santé , me recommandant trèi-àU'ectuensement à votre bonne grâce*
De Paris , ce dix-neuvième décembre 1608. • Votre , etc. de Neufville.
Ijettrâ de fitês^reitrs les ambassadeurs de France et éHAngleterreà M. le président Richardot ^ du mn^t^unieme décembre 1608.
MoiysiEUR , la lettre qu'il a plu à son altesse nous écrire a beaucoup servi pùnt ôter les mauvaises impressions qu aucims avoient voulu donner , comme si elle n'eût eu pouvoir d'obliger le roi d'Espagne , sur quoi ils pensoieiit prendre prétexte pour faire rompre ce traité. Les députés de toutes les provinces étant à présent assemblés , ont délibéré d entrer en conférence sur notre projet , et à cette ocfcasion consenti la prolongation de la trêve , qili doit etpirer au dernier jour de ce mois , jusques au quinzième jour de février , seloil que vous Verrez par Pacte que nous envoyons aux ambassadeurs de nos t*ois , ledit acte fait par l'assemblée générale qui représente le corps àe l'Etat j afin que vous en donniez aitési lîh de la part du roi d'Espagne et des archiducs , en la même forme que celui-ci. Ils ont suivi la dernière prolongation , fots qu'elle fut folte par les députés d'une part et d'autre \ mais n'étant àptésent asseniblés, elle ne peut être faite que par les parties mêmes. Ce porteur retoui^nera, s'il vous plaît, incontinent, pource que la trêve est près d'expirer. Encore que les Etats aient pris leur résolution pour entrer en traité , ils n'ont toutefois délibéré particulièrement sur nos ar-
DU PRÉSIDENT lEANNIN. %J
ticles , en qaoi ils pourront consumer dix ou douze jours. Nous leur avons n^nmoins déclaré bien efxpressément qu'ils ne doivent rien espérer de plus, quant aux articles principaux , que ce qui y est contenu » afin qu'ils ne perdent le temps inutilement à disfHiter sur d'autres ouvertures et nouvelles propo* sitions ; aussi les avons-iious assurés que leurs altesses y condescendront tant en leurs noms qu'au nom du roi d'Espagne , sans quoi ils nous ont dit qu'ils n'en eussent voulu délibérer. Excusez-nous donc si nous n'avons mis en avant l'autre trêve dont vous nous avez écrit ^ car \ si nous l'eussions fait ^ il e$t ceklain que tout eut été rompu , ainsi l'avons-nous ressenti et appris de ceux qui sont les plus affectionnés à meltre leur pays en repos.
Nous vous supplions donc quW achève ce bon ceuvre sur le projet commencé ^ puisqu'il n'y a autre espoir d'en sortir heureusement que de cette façon, non que par notre jugement l'autre trêve ne fût bien atosi bonne pour tous , mais il est du tout impossible de le persuader aux Etats , et le croyez s'il vous plaît , car c'est la vérité. Quand ïU auront pris une entière fé^ solution sur les articles- de n'o^e projet , nous vous en donnerons avis , afin de convenir avec vous du temps et lieu de l'assemblée pour conférer et traiter , ce que nous désirons de toute notre affection être stu plus tôt ; et cependant nous vous baisons bien hum-^ blement les mains ^ et prions Dieu f monsieur , qu'il vdiis ait en sa sainte garder De La Haye ^ ce vingt*nnième décembre 1606. \os , etc. P. Je AWïîii*, RpséV , Rî. Sî'ïiNCER ,
Rodolphe Wikood.
a8 NÉGOCIATIONS
Lettre particulière de Sf* Jeannin à. M, tiichardot , du
même jour.
Monsieur, tous les députés des provinces sont assemblés ^ ils ont délibéré de conférer et traiter, njais ils ne sont encore d'accord de nos articles , et je sais bien qu'ils disputeront avec grande contestation avant qu'être tousd'accord et d'un même avis ; si leur avonsnous dit qu'ils ne doivent rien espérer de mieux touchant l'article qui a été si souvent débattu. Messieurs les députés d'Angleterre n'ont pas estimé , non plus que nous , qu'on dût proposer l'autre trêve dont vous nous avez écrit , et à la vérité les Etats sont si peu disposés à la recevoir de cette façon , qu'en la proposant cela n'eût servi qu'à nous mettre en soupçon envers eux , et nous ôter tout pouvoir d'aider à l'avancement de ce bon œuvre, et enfin à rompre tout. Ifous n'avons à cette occasion , et pour rie faire tort i messieurs d'Angleterre , jugé à propos de communiquer vos lettres qui font mention le roi d'Angleterre avoir fait dire en Espagne , par son ambassadeur , que les Etats consentiroient à telle trêve , eux disant aussi être bien assurés que leur maître ne dpnna jamais cette charge audit ambassadeur. Tenez donc pour véritable , s'il vous plaît , qu'il n'y a moyen d'espérer cette trêve que sur notre projet , et en faisant obliger le roi d'Espagne ; encore est-ce tout ce que nous pourrons faire, que de surmonter les difficultés qu'ils y feront. On a cependant fait prolonger la trêve jusqu'au quinzième jour de février , qui est ce qui pressoit le plus. Ce courrier emporte l'acte
BU PHI&SIDEKT JEiNNIN. 99
dressé à la mode de messieurs les Etats , mais sur la dernière prolongation; vous en donnerez ua tout semblable , s'il vous plaît , tant au nom du roi d'Espagne que des archiducs , et que ce soit les archiducs qui les fassent eux*mémes , non messieurs les députés , tout ainsi que ce ne sont les députés des Etats , mais les Etats-Généraux qui ont fait celui qui vous est envoyé. Pour le temps et le lieu , je n'ai pressé , estimant que ce sera assez temps après que les Etats auront pris résolution sur nos articles, et c'est pour venir à ce que vous désirez par la lettre que vous m'avez écrite , et ce que m'a dit M. de Préaux de votre part. Pour le lieu, les Etats sont trop de gens pour aller chez vous \ je pense même que tous les députés des provinces voudront être au lieu où on traitera, encore qu'il n'y ait que quelques particuliers qui soient commis pour conférer ; ainsi il semble que Breda sera le lieu le plus commode qu'on puisse choisir pour l'assemblée; je vous en donnerai avis assez à temps. J'ai entendu depuis deux jours que le père Commissaire est de retour à Bruxelles ; s'il est ainsi , j'en fais bon augure, et qu'il n'aura attendu à venir si tard pour apporter de mauvaises nouvelles. Achevons, au nom de Dieu , cette affaire qui nous a coûté tant de peine pour la conduire jusques où nous sommes , et toutefois ce n'est pas fait. Je vous baise bien humblement les mains , et suis , monsieur , votre , etc. P. Jeànnin. A La Haye , ce vingt-unième de décembre i6o8.
Lett^ de M* Jeaimin à M. de Bemy , dudit jour vingt''
unième décembre 160Ô.
Moï^3iEnR , nous tous envoyons l'acte de la continuation de la trêve fait par messieurs les £tats4>ënéraux jusqnes au quinzième du mois de février prochain; les Etats en demandent un semblable , tant au nom du roi d'Espagne que des archiducs , et en la même forme sans y rien changer 5 vous leur donnerez, s'il vous plaît , vous^lM. Tambassadeur d'Angleterre , ledit acte des Etat^, eux vous donnant le leur. Les députes d'une part et d'autre ont fait auparavant telles prolongations ^ mais ëtatit à présent se-parés , il est besoin que les parties le fassent ellesmêmes, et, tout ainsi que les Etats-Généraux Font fait, qu'il soit de même de l'autre part , tant pour le roi d'Espagne que pour lés archiducs. Vous nous renverrez donc au plus tôt l'acte de ladite continuation , à cause du peu de temps qui reste. Les Etats ont bien résohi d'entrer en conférence et traité pour la trêve , et tous y consentent, aussi bien la Zélande que les antres provinces ; mais ils sont encore à conférer Eut les articles de notre projet , en quoi ils consumeront dix ou douze jours au moins, et ne peux dire assuré^ ment oe qu'iU feront»^ toutefois j'en espère bien.
Nous leur av^ns dit aussi' qu'ils ne doivent plus perdre lé temps en vaines disputes , d'autant qu'ils ne peuvent rien espérer de plus , quant aux articles principaux , que ce qui y est contenu. On a avis ici que le Cordelier est venu 5 ce ne sera sans avoir apporté la dernière résolution d'Espagne , mais si elle est autre
BU PR^sitEifT Jtkvmv. 3l
que ce que les archiducs nous ont promis , je n^espère rien du traité : mandez^^nous, s'il vous plaît , ce que vous en aurez ap[H*is , et retenez peu ce porteur. Nous ne mandons encore rien du temps et du lieu de la coafërence, car cela est remis jusqu'à ce que les Etats aient délibère particulièrement sur les articles de la trêve 'j bien estimons-nous que lé lieu le plus commode pour s assembler sera Breda, et que leurs al* tesses n'y voudront &ire difficulté à cause du grand nombre da gens qui s y doivent trouver dé la part des Etals. J'écris à M. de Villeroy ; je vous supplie de lui faire tenir sûrement et le plus tôt que vous pourrez la lettre» Sur ce, vous baisant très^-humblement les mains, Je demeurerai perpétuellement, monsieur, votre, etç, ?• Jranwiw.
AjLaQlaye) ce vingt-unième jour de décembre x6c8.
Lettre de ifef . Jeannin à M. de f^illeroy, dudit jour vingts
unième décembre i6o8.
Monsieur , nou^ avons envoyé le courrier Pieâultà Bruxelles , pour porter la prolongation de la trêve jusqu'au quinzième de février* Les députés de toutes les provinces, même ceux de Zélande, sont ici, et» ont délibéré d'entendre à la. trêve que nous leur proposons; mais ils veulent, aupara|^nt que prendre le jour et le lieu pour s'assembler et conférer avec les députés des archiducs , conférer entre eux sur nos articles, et.avec nous aussi. Je n'edtime pas pourtant qu'on y doive rencontrer de grandes difficultés, car nous leur avons dit plusieurs fois , même avant-hieren leur commiiqiquant la réponse que les archiducs ont faite à
M. de Préaux et ce que contiennent leurs lettres, qu'ils ne doivent rien espérer déplus quejce qui est en nos articles, même pour le regard de* la liberté sur quoi ils ont toujours plus insisté. Ceux d'Amsterdam se sont réduits à Tavis commun , qu'on a toujours entendu être de traiter conformément à nos articles , non de laisser à la liberté d'un chacun d'en proposer d'autres à plaisir. M. Maldrée , qui est celui lequel conduit les députés de Zélande , m'est venu voir , et m'îi dit que M. le prince Maurice leur a conseillé de se rendre , et que sans cela ils n'eussent jamais consenti à cette trêve. Bien a-t-il ajouté , si on ne peut obtenir du côté des archiducs plus ample déçlaratioa sur l'article de la liberté , qu'ils désirent en leur province un acte des deux rois qu'ils les tiendront libres et souverains pour toujours en vertu de ce.traité. A quoi je lui ai répondu que c'est chose déjà faite , et ^e notre écrit , fait sous le nom des députés d'Angleterre et de nous , présenté à l'assemblée générale , pour répondre à ceux qui contredisent à la trèvô , le contient en termes exprès , ainsi que cela doit suffire. Il m'a dît aussi qu'ils ont été avertis en leur province qu'aucuns veulent mettre en avant de traiter avec lesdits archiducs seuls, et, si cela est, qu'ils ont charge de s'y opposer et de n'y consentir en aucune sorte^ étoit aussi assuré que la plupart des villes de Hollande seroient de cet avis. Lesdits députés de Zélande ont aussi charge de proposer ce que je vous ai ci-devant écrit, pour s'assurer du tout contre les soupçons qu'on leur donne qu'aucuns pensent de faire pis : par où je juge, avec assez d'autres conjectures et raisons , qu'il sera très'difficile , ou plutôt impossible de faire cette trêve
BU PBÏSIDENT JEiNIfIN. 33
autrement que sur notre projet ; c'est pourquoi j'en ai ôtë toute espérance au président Bichardot. Les députés d'Angleterre disent qu'ils en font autant, et ceux qui manient les affaires, même M. de Bar*neveldt, m'assurent qu'il faut demeurer fermes en cette résolution , pour ne voir aucune apparence qu'on puisse parvenir à l'autre. Je vois pareillement par votre dernière lettre que Sa Majesté a jugé ce conseil être celui auquel on se doit arrêter pour les raisons susdites , ayant répondu si sagement , et avec une franchise si louable à 'don Pedro lorsqu'il lui en aparlé , que je tiens qu'enfin après que les Espagnols se verront exclus de toute autre espérance, ils feront plutôt ce ({u'on demande que de rompre. Et toutefois , avant qu'avoir reçu vos deux dernières lettres, par lesquelles jeconnois que vous n'espérez plus rien de la séparation et des alliances proposées à Sa Majesté, je ne rejetois la trêve dont le président Richardot a parlé , sinon pour la crainte en laquelle j'étois qu'il ne fût trop difficile de la faire approuver aux Etats ^ mais maintenant que cette espérance est perdue , il me semble qu'on doit insister du tout à la faire suivant notre projet, afin que les Etats soient entièrement maîtres, de leur pays y et par ce moyen ne soit si aisé de les faire retourner en la sujétion d'Espagne ^^ comme il seroit s'ils n'avoient qu'une simple trêve sans déclaration de liberté. Il y a encore une autre raison , c'est qu'aucuns estiment, s'ils obtiennent la trêve avec la liberté, qu'on doit changer la république en principauté pour s'assurer du tout contre l'Espagne. . Or ^ si on prerioit ce conseil , j'estime , encore que cette proposition soit faite en faveur du. prince Maurice et par ses servi- T. i5, 3
34 HieoGUTioics
teârs 9 que S% Majesté y auroit plus de part que Itii pour la bonne opinion qu'on a de sa prudence , de son pouvoir et de son affection envers cet Etat. Et néanmoins y pour ne donner ombrage à personne , et empêcher que ees bruits ne nuisent à ce que nous faisons, j'aide à étouffer tels propos , et dis qu'ils doivent être différé^ en autre temps, après la trêve , pour y penser lors s'il estjugéeicpédientpourle bien de l'Etat, n'omettant rien toutefois pour persuader au prince Maurice que Sa Majesté désire son bien et sa grandeur; mais il mç semble éloigné de tels desseins , et qu'ils sont plus avant en la tête de ses serviteurs qu'en la sienne ; car c'est un esprit retenu et modéré , qui juge de ses forces par la raison et sans passion. Je suivrai ce qui est contenu en vos lettres du premier de ce mois au cas que le roi d'Espagne ne veuille être obligé , et par ce moyen que le traité sur notre projet soit rompu. On dit ici que le Cordelier est arrivé à Bruxelles dès le treizième de ce mois : s'il est ainsi , j'espère qu'il aura apporté de bonnes nouvelles , et ^ quoi qu'il en soit , puisque l'archiduc a bon pouvoir , qu'il passera outre au traité. Je suis fâché que je ne vous peux encore mander que tout est fait du côte des Etats ; mais il est toujours de mieux en mieux , non toutefois du. tout à couvert jusques à ce qu^on y ait pris la dernière résolution. M. de Colombier est parti depuis trois jours avec nos lettres , mais il a le vent contraire. Picault vous portera l'avis de la finale résolution aussitôt qu'elle sera prise. Je prie Dieu , monsieur , qu'il vous donne en parfaite sauté trèsheureuse et longue vie.
De La Haye , ce vingt-unième de décembre i6o8« Votre , etc. P. Jeanmn.
inj PRésiDEUT jÉANiriN. 35
Lettre de M, de La Boderie à M. Jearmin, du vingt'»
septième décembre i6o8.
Monsieur , celle qu'il vous a plu m'écrîre le treizième du mois passé ne m'est arrivée que depuis deux jours. Auparavant avois-je déjà appris , par le moyen de M. le comte de Salisbury , les contradictions que vous aviez eues aux propositions de la trêve , le courage et dextérité que vous y aviez apportés , et le bon état auquel vous aviez réduit Tafiaire sans cette nouvelle difficulté qui est intervenue du côté d'Espagne. Depuis , nous avons su le voyage de M. de Préaux vers l'archiduc , et l'envoi qu'a fait son altesse de son confesseur en Espagne pour empêcher son désaveu. Nous attendons maintenant de quelle façon ses excuses auront été reçues par vous et par messieurs les Etats , poûr^.sur cela , faire jugement de ce qui se devra espérer du reste. Il y a quelque quinze jours que, sur ce qu'il s'écrivoit de divers endroits que le roi d'Espagne ne vouloit nullement passer à la cession de souveraineté , nous tenions ici que tout fût rompu; Depuis il semble que le voyage de ce certain confes^ seur laisse encore quelque fil à cette négociation , avec <;e qu'en même temps un certain 'Fernando Giron (0 est arrivé ici de la part du roi d'Espagne , qui vient , dit-on , pour remercier le Roi des bons offices qu'il à déjà contribués à l'avancement^ de ladite trêve , et le supplier d'y continuer jusqu'à l'entière conclusion d'icelle. Il est vrai qu'on y ajoute qu'il a charge de déclarer l'intention du Roi son maître n'avoir ja-
(i) Ce personnage parolt être le même qne celui qui est design^ soa« le nom dé Ferrand de Giron , tome xiy > page 4^^*
36 NÂGOGiÀtioirs
mais été de passer à ladite souveraineté , mais bictt que si l'on veut venir à une trêve de quinze , voife vingt ans , qui laisse les choses en l'état qu elles sont , sans exiger de lui autre plus expresse déclaration , qu'il y consentira très-volontiers ; ce que Je crois n'être du tout désapprouvé de deçà, et qui néanmoins ne 6e goûtera guère , à mon avis , par ceux qui n'ont jamais apporté de consentement à ladite trêve que par. l'amorce de leur liberté. Tout ceci ce sont discours qui se font jusqu'à cette heure , plus par spéculation que par autre assurance que Ton en ait , n'ayant encore ledit de Giron été visité de personne , ni vu le Roi à l'occasion de son absence , qui ne sera de retour encore de cinq ou six jours. Mais après son retour , et que ledit de Giron aura commencé à étendre ses denrées , peut-être en saurons-nous davantage , et aussitôt vous en ferai-je part, comme je n!aurois failli de vous écrire plus souvent , si j'avois eu quelque chose qui l'eût mérité.
Quant à Futilité que vous jugez se pouvoir retirer de l'amitié d'entre ce prince et le nôtre , et de ce que vous pensez que j'y puis apporter , je conviens bien pour ce qui est du premier avec vous ; pour l'autre , il y faut plus que des paroles 5 et s'il m'étoit loisible je vous dirois certes , monsieur , que nous n'y faisons pas assez de notre côté , et cette mauvaise affaire de dettes, sur laquelle l'on ne donne que du mécontentement , est principalement ce qui nous gâte. Je ne crois pas pour cela qu'il intervienne aucune rupture , mais d'amitié il y en aura toujours moins en effet qu'en apparence , et d'alliance difficilement. Nous l'avons pu et ne l'avons pas voulu , et avons affaire à
DU PllÉâJD£^T JEAWKIW. 3^
des glorieux qui se croient méprises de nous , et le supportent mal volontiers. J'enlretiendrai toujours néanmoins toutes choses au meilleur état que je pourrai, et, s'il arrive du mal , ce ne sera par moi si je puis. Au demeurant , monsieur , j'ai une prière à vous, faire en faveur d'un gentilhomme écossais qui sert il y a long-temps par delà : il voudroit prétendre à une compagnie de gens de pied qui vaque. Son Roi écrit ix)ur lui , je vous supplie le vouloir assister encore de votre recommandation selon la prière qu'il vous en fera. II. est fort hoimête homme , et appartient à des personnes d'honneur de deçà , ii qui je désirerois bien pouvoir servir. Lé paquet inclus est pour lui 5 je vous prie commander qu'il lui soit donné , et lui faire connoître , quand il vous verra , que ma recommandation lie vous a été désagréable. Je vous baise très-humblement les mains , et suis , monsieur, votre , etc.
La Boderie. A* Londres, ce vingt-septième décembre 1608.
Lettre de M. de Bemjr à M, Jeannin , du vingt-'huitième
décembre i6o8.
MoNsiEUn , le courrier d'ici est revenu le lendemain du partement de M. de Préaux , avec les vôtres (la huitième ,, depuis lesquelles j'entends que l'on a ici avis , par quelques confidens de La Haye , qu'il y a moyen , si l'on veut bien ménager cette affaire, d'avoir epQore uûe prolongation de trêve pour to^ité Tannée prochaine , si d'aventiire vous et ceux d'Anjjleterre ne la traversez , que Ton sait bien ne pas^ approuver c^la,, maïs qu'àuipremier mot que vous en parlerez pour $ix çemainies ou. deux mois , elle sera
38 I«ÉGOGIAT|o^s
aussitôt accordëe. Le père commissaira Cordelier esi enfin retourne d'Espagne i] y si trois ou quatre jours» venu assez doucement ; aussi n'étoit-il chargé que de sa personne et d'un mot de lettre à rarçhiduc , portant confirmation de ce que les précédeps lui ont apporté sur le point de la souveraineté. Il a rencontré le confesseur par les chemins , qui ne fera pas à beaucoup près la diligence qu'il avoit promise. Il j a eu commencement de mutinerie à Qstende , qyi a été répri* mée au mieux que Ton a pu pour empêcher que le mal n'allât plus avant. Quant à présent, on y a envoyé Pompée Justinian avec d'autres gen$ de guerre à qui il n'est pas tant dû qu'à ceux->Ià. Si ce mal-là avoit pris racine en quelque endroit , il s'étendroit bien loin , car les courages de toiite la* soldatesque sont fort disposés à une révolte, et ont plus faute de chefs que de volonté et d<î matière pour susciter «ne grosse sédition. Je demeurerai , monsieur , votre , etc.
A Bruxelles , ce vingt-huitième décembre i6o8.
Autre lettre dudît sievr de Bemjr à M. Jeannin , du même l(mr vin^t-^huitihme décembre 1608. ^
Monsieur, j'ai fait partir le paquet pour M. de YîUeroy deux heures après qu'il m'a été rendu avec la vôtre du vingt^unième , et ce qui y étoit joint, par ce porteur qui n'a pas fait grande diligence^ mais il est plus excusable que l'autre qui VrOus porte une dépêche du Roi , qui doit être selon la mienne du seisiième; et comme ils sont arrivé» ici en même temps ^ à savoir la nuit d'entre le vingt*cinqmème et vingt-
DU PRÉSIDElfT JBAlIlflN. 3^
sixième , je les vous envoie aussi de compagnie , ayant ëtë d^avis d*en user ainsi pour. le mieu:c. U est Vtai que je les pensois faire partir ce dimanche matin; mais on a ëtë plus long d'une journëe en Texpëdition de ces actes que Ton ne m'avoit promis , et ne les avons pu avoir qu'à cette heure bien tard, en leur dëlivrant aussi celui de messieurs les Etats , de sorte qu'ils ne peuvent partir que demain avec la barque. Vous aurez ici enclos lesdits dent actes tout ainsi que vous les dësirez , et vous puis dire que je ne puis remarquer ici 9 ni au prince , ni en ceux qui manient cette affaire , qu^un singulier dësir de voir la conclusion d'icelui terrainëe et arrêtëe selon le projet que vous en avez concerté ensemble. Et si je ne me trompe bien , cette proposition nouvelle d'une trêve simple ne leur est pas plus agréable qu'à nous , avec le même jugement que , si on la mettoit en avant, il y anroit danger qu'elle ne ruinât l'affaire *, et néanmoins , pour le respect d'Espagne , ils désirent bien que l'affaire paisse un peu demeurer en état , comme j'espère qu'il pourra faire de soi-même sans grande aide , afin de leur donner loisir de se voir détrompés de l'opinion qui a été prise légèrement sur l'avis donné , non pai^ l'ambassadeur d'Angleterre qui est en Espagne» comme M. de Préaux avoit entendu , mais par don Pedro de Tolède j qui est en France , sur un autre venu d'Angleterre. Pour moi , je me doute qu'icelui don Pedro j mal satisfait, comme il est^ de ce que sa légation ne réussit pas selon son d^s^ , a été bien aise de trotiVet moyen de traverser cette affaire qu'il voit que iloti^ affectionnons tant , dont tous les Espagnols demeurent émerveillés et en soupçon. L'archiduc, nonobs-
»<■ ■■>iibi»^
4o NÉGOCIATIONS
tant tout cela 9 m'a déclaré ouvertement de sa bouche» sur ce que je lui en ^ dit de la part 4e Sa Majesté, quHl demeure en sa première délibération sans aucun changement , et qu'il espère que le roi d'Espagne , mieux informé de tout , comme il a donné ordre qu'il le soit , reviendra de mêm^. C'est, monsieur , ce que je vous en puis dire. Pour le regard du Cordelier il est retourné à vide, et a repris son froc ne se mêlant plus de rien , ainsi que je vous ai mandé par ma précédente. Monsieur , je vous baise humblement les mains , et suis , votre , etc. Brulart de Berny. .. . A Bruxelles , le 28 décembre au soir 1608.
Lettre de M, le président Richardot aux ambassadeiirs de France et d'Angleterre , dudit jour vingt-huitième décembre 1608.
Messieurs , nous avonSs reçu vos lettres du vingtunième de ce mois avec l'acte de la continuation de la trêve , dont ira joint à cette autre, semblable signé de leurs altesses , qui vous remercient de la peine qt(e vous prenez en cette fâcheuse négociation ,. fâcheuse, dis-je , par l'opiniâtreté de ces messieurs de par delà, qui, par formalités superflues et de peu de substance^ ont retardé le succès de cette besogne. Or, puisque le terme de cette trêve est prolongé , nous aurons temps pour nous préparer, et si Dieu est servi que nous nous joignions , j'espère qu'en huit jours le tout s'achèvera en bien , dont je prie Dieu de.tout mon.cœur, et qu'il vous donne , messi^rs , ses. saintes grâces,, me recommandant bien humblement aux vôtres.
De Bruxelles , ce 28 décembre 1608.
Votre, etc. . Le président.RicHARUoT.
Autre lettre dudit sieur Richardot à M. Jearmin , du même jourvùigt'huitième décembre 1608.
Monsieur , je fais une courte réponse à votre lettre commune , aussi en étoit le sujet principal sur la pro* longation de notre trêve , en quoi vous avez été si bon que de nous procurer le terme plus long que nous n'avons osé demander; et, nonobstant notre modestie , nous eussions été aises qu'on y eût mis les deux mois entiers , combien qu'en tous événemens je tiens qu'il y aura du temps assez , et qu'étant en* semble nous achèverons en huit jours. Ainsi vous pourrez , s'il vous plaît , ménager de sorte que rassemblée se fasse le plus tard qu'on pourra , afin qu'avant cela le père confesseur puisse être de retour , et nous écliaircir le surplus. Je prie cependant Dieu vous conserver , monsieur , en ses saintes grâces , me recommandant trè^-humblement aux vôtres et de M. de Préaux. , i
De Bruxelles , le vingt-huitième décembre i6o8. .
Votre , etc. Le président Richardot.
Lettre de messieurs Jeannin et de Russjr au Roi , du
vingt-huitième décembre 1608.
Sire,
Les députés de toutes les provinces se sont assemblés durant quelques Jours pour prendre résolution sur nos articles, ayant à cet efiet commis aucuns particuliers d'entre eux pour en conférer avec nous , et nous faire entendre ce qu'ils prétendent y changer ou
4a IfÉGOCIATIOKS
ajouter. Enfin , après quelques conférences , nous sommes demeurés presque d'accord avec eut , et en doivent faire leur rapport à rassemblée générale au retour des députés des villes de Hollande , qui pour être près de leurs maisons y sont allés faire les fêtes de Noël. Ainsi si l'assemblée générale n'y fait denou*velles difficultés ( ce que nous ne pensons pas devoir avenir), nous pouvons juger dès à présent qu'il ne tiendra pas aux Etats que cet ouvrage , pour lequel il a fallu prendre tant de peine et de soin , ne soit achevé» Aussi ne craint-on plus maintenant , sinon que le roi d'Espagne refuse de s'obliger , encore qi^ rarchiduc l'ait derechef promis par les lettres qu'il nous a écrites; car tous ceux qui mandent en ce lieu des nouvelles de Bruxelles l'assurent ainsi , et qu'il ne sera au pouvoir de l'archiduc d'effectuer sa promesse. Or , si cela avient, il sera très-difficile , ou plutôt impossible, de persuader aux Etats de passer outre à ce traité ; ceux même qui ont plus grand désir de mettre leur pays en repos en font ce jugement, nous disant tous les jours être plus expédient de rompre en ce cas toute conférence et traité que d'y entendre à autre condition , crainte de mettre de la division parmi eux ; en quoi » s'ils continuent avec même constance , il y a grande apparence que le roi d'Espagne, lequel on tient n'avoir pas enviç de rompre , mais chercher seulement tous moyens pour en avoir meilleur marché , sera contraint de faire ce que l'archiduc a promis pour lui ; du moins est*il certain qu'en le refusant ils seroient tenus pour trompeurs , et la cause de la rupture attribuée à leur perfidie , qui rendra la dé^ fense des Etats plus juste , et les provinces plus uniea
DU PRÉSIOENT JFANNIN. 4^
et animées qu^elles ne furent jamais ï. reprendre les armes.
Nous attendrons , pour notre regard , les commandémens de votre Majesté , pour nous j conduire selon qu'il lui plaira. Les députés des Etats qui ont conféré avec nous font grande instance pour obtenir de vous, Sire , et du roi d'Angleterre , déclaration que vos Majestés tiendront les Etats libres et souverains pour toujours en vertu de ce traité de trêve ; à quoi leur a été répondu que nous Pavions déjà fait par la réponse à récrit de M. le prince Maurice présenté aux Etats, et signé tant par nous que par les député» d'Angleterre , lequel écrit leur devoit suiBre , el néanmoins qu'en faisant avec eux le traité pour garantir la trêve, on y pourroit bien mettre quelque clause qui en contiendra encore autant , s'il est besoin. Et en effet il sera aisé de couler en la narration des mots assez significatifs pour l'exprimer , sans que les princes avec lesquels les Etats traitent aient occasion de s'en plaindre; ce que nous ne fercms toutefois , sinon avec commandement. Ces même» députés ont aussi eu charge de nous prier derechef pour le secours, à ce qu'il plaise à votre Majesté^ le leur vouloir continuer , et donner les deux cent mille écus qui restent , tout à une seule fois , s^étant imagiaé , par les lettres que M. Aërsens leur a écrites, d'être gratifiés de quatre cent mille écus cette année, dfont ils n'ont reçu que deux cent mille 5 car , pour notre regard, nous neles en avops assuré -, mais ils ont si bonne opinion de la libéralité de votre Majesté en leur endroit , qu'ils prennent toutes les paroles bon-
44 INÉGOGUTIOIVS
i nétes qu'on leur tient de sa bonne volonté , jpoiir une
entière certitude et assurance d'icelle.
. Et à la vérité , Sire , ils ont bien besoin de ce dernier secours , pource qu'il y à tantôt trois mois que la plupart de leurs gens de guerre n'ont rien reçu j et s'attendent là-dessus. Il semble aussi qu'ils se souviennent de ses bienfaits et du soin qu'elle a de leur conservation avec plus de gratitude et reconnoissance qu'ils ne faisoient du paisse , et par ainsi qu'ils se rendent plus dignes dé sa grâce et faveur. Ce porteur qui s'en retourne en France est un soldat dé Sedan , lequel a servi quelque temps en la compagnie de M. le prince Maurice. Il a plusieurs inventions pour la guerre , et sait faire cette forme de lunettes , trouvée de nouveau en ce pays par un lunetier de Middelbourg , avec lesquelles ou voit dé fort loin ^ les Etats en ont commandé deux pour votre Majestéà l'ouvrier q[tti en est l'inventeur. Nous n'eussions emprun lé leur faveur pour en avoir , si l'ouvrier en eût voulu faire à notre prière , laaîs il l'a refusé , nous disant avoir reçu commandement exprèsdes Etats de n'en faire pbur qui que ce soit ^ nous les lui enverrons à la première (Commodité : et néanmoins cesoidat les fait aussi bi^n que l'autre , ainsi qu'on le connoît par l'essai qu'il a &it ; aus;sî uy a-'t-il pas grande dafficultéà imiter cette première, invention. Nous prions Dieu, Sire, qu'il 4onne à votre Majesté ,'en)très-parfîité sant^ , ; trèslongue et très-heureuse vie.: ' De La Hayje , ce vingt-rhuitième décembre 1608. , Vos, etc. P. Jeaihnin et RussY* '.
BU PRÉSIDENT JEAlfICIN. 4^
Lettre de M. Jeannùi à M, de ViHeroj-, dudit jour vingt-^
huitihme décembre 1608.
Monsieur , les dëpatës que les Etats ont commit pour conférer avec nous sur nos articles , n'y ont fait aac^ne difficulté qui puisse être cause de rupture ; ainsi si rassemblée générale, lorsqu'ils feront leur rapport y n'en fait d'autres nouvelles dont ceux^i n'ont point parlé y j'estime que rien n'empécfaera la conclu-» sien de la trêve du côté des £tats. Us ont bien mis en ayant d'ajouter à notre projet un article pour nommer les alliés d'une part et d'autre dans certain temps , dont j'estime que les arduklacs pourront faire diffi-» culte , craignant qu'ils ne veuillent nommer tous le& potentats qui leur ont rendu quelque témoignage de bienveillance , comme les princes d' Allemagne , le roi de Danemarck, etparticulièrement la ville d'Embden» dont les archiducs favorisent le seigneur contre ladite ville, qui, à la vérité importe bien fort aux Etats, et ont trèsTgrand intérêt d'empêcher qu'elle ne tombe entièrement et absolument es mains de leur seigneur* Pour le regard de Sa Majesté et du roi d'Angleterre , eette clause desalliés n'est pas nécessaire en ce traité, puisque nous en faisons un à part avec eux, le même jour du tcaité général \ joint qu'il ne me semble pas honojable que notre Roi fût nommé par eux en qualité de leur allié. C'est pourquoi , sans alléguer les raisons susdites , on a dit aux députés qui ont conféré avec nous qu'es traités de trêve on n'a point âccou-> Himé de parler des alliés , sinon qu'ils se soient oùvertement déclarés et aient donné secours, comme ont Eut leurs Majestés , et qu'à leur regard il y est pourvu
46 »iG0CIÀTI0N5
par traité particulier. Leur principale raison est que cette clause des alliés leur sert pour montrer qu'ils traitent comme souverains, et c'est ce qui le fera trouver mauvais aux autres, qui ont encore plus de vanité qu^eux, et essaient d'oter, autant qu'ils peuvent, toutes ces marques de souveraineté , le président Richardot m'ayant même fait grande instance que par le traité on ne donne point aux Etats ces titres de haats et puissans seigneurs , et pour les y faire consentir que les archiducs n'en prendront non plus de leur côté; mais il n'y a moyen de le leur faire trouver bon, car ils savent bien que leurs titres et qualités ne font que nattre ^ et que les omettre seroit autant que les en dégrader -, et quant aux archiducs , qui sont déjà en une ancienne possession de jouir de toutes ces prééminences , qu'ils n'y perdroient rien : toutefois les députés des Etats se sont rendus capables de ce qui leur a été dit touchant cet article des alliés , pourvu que l'assemblée générale en fasse autant.
Nous ne laisserons pourtant de persrader , si nous pouvons, aux archiducs de souffrir que cet article soit ajouté , et peut-être n'en feront-ils même aucune difficulté. Plusieurs qui ont intérêt à la main-^levée des biens confisqués, font instance pour en avoir la jouissance pendant la trêve ] et qui le pourroit obtenir seroit bien le meilleur* Nous sommes aussi d'avis de le tenter, en quoi les Etats se rendroot faciles de leur côté^ Testime même qu'ils consentiront de rendre les biens qtt'ils ont vendus anx ecclésiastiques de Brabant , qui est ce qu'ils refîisoient auparavant , et qui m'avoit&it remettre cet article dés confiscations à une conférence après la trêve. La plus grande difficulté du côté des
BU paisiDSHT jsiiririir. 4?
arcliidaea sera touchaat la restitution des biens que la comtesse de Ligne retient à M. d'Espinoy, ainsi que j'ai reconnu par ce que M. le président Richardot en a dit à M. de Préaux » auquel j'avois donné charge de lassentir , d'en faire même très-grande instance , et de loi dire cpie les Etats ne consentiront jamais à rendre ce qu'ils tiennent, que ce seigneur ne soit pareillement remis en son bien. Ledit sieur président ne lui fit pas tant de difficulté sur la restitution des salines qui sont dans le comté de Bourgogne, appartenant à M. le prince d'Orange , que Farchiduc a retenues en Ini ren^ daat le reste de son bien. Les députés qui ont conféré avec nous ont aussi fait grande instance pour avoir un acte authentique des deux rois , qu en vertu des mots qui sont contenus en notre projet concernant la liberté des Etats , ils entendent qu'ils sont libres et souverains pour toujours \ ce sont ceux de Zélande qui le requièrent , et les autres provinces l'approuvent Or , j'estime qu'ils se doivent contenter de ce que nous en ^Tons dit par.un écrit présenté à l'assemblée générale et signé de nous et des^ députés d'Angleterre , et de ce que nous pourrons insérer ci-après au traité que BOUS ferons pour garantir la trêve , qui ne sera que le jour même du traité général , ou le lendemsdn ; ainsi ce qu'on fera lors ne pourra plus empêcher ledit traité , au lieu que si on le faisoit à présent le roi d'Espagne pourroit fonder là-dessus quelque occasion de rupture* Je ne sais même si ceux de Zélande ne le proposent point à cette intention»
On n'a toutefois beaucoup insisté contre nos rsûsoas -, mais, s'ils le font encore , je vous supplie que le Roi nous commande sa volonté. Il semble aussi que
48 NîiGOClATIONS
les députés dés Etats désirent, après que rassemBléé générale aura pris sa résolution , que nous allions', et les députés d'Angleterre pareillement, à Breda ou à Anvers même , pour conférer avec les députés des archiducs , tirer leur dernière résolution , et par ce moyen mettre les affaires en état qu'il ne faille plus que traiter lorsque les députés des Etats s'assembleront avec ceux des archiducs, ou qu'ils ne s'assemblent point du tout si les députés d'Angleterre et nous ne pouvons fkiré consentir à ceux 4es archiducs de traiter aux Conditions du dernier mot qullsn^iis auront dit : mandez-^ nous, s'il vous plaît, la volonté du Roi là-dessus. Les Etats insistent toujours que le temps de la trêve soit de douze ans au moins , et il me semble , par ce que vous m'avez écrit , que les archiducs y consentent maintenant que le prince Maurice est radouci , et que les Etats se disposent à le contenter par la conduite même du sieur Barneveldt. Je Vois que les aigreurs et soupçons diminuent , et je me confirme aussi de plus en plus en l'opinion quç j'ai du sieur Barneveldt ^ à savoir qu'il a très-bonne intention en ce qui est du bien de son pays , et qu'il est aussi très-bien affectionne en tout ce qui touche le service et contentement da BoL Tenez la main , s'il vous plaît, au secours dont nous faisons instance pour les Etats; c'est le dernier, s'il plaît à Dieu, parce que le traité se faisant ils n'en auront plus de besoin. J'ai appris que M. Aërsens leur a donné comme assurance qu'ils seront assistés pour cette année de quatre cent mille écus , et ils a'en ont reçu que deux cent mille. Nous ne les avons assurés de rien , mais bien donné quelque espérance , afin qu'ils eussent courage d'entretenir leurs gens de guerre
jusques à la fin. Nous n'aii^ons point reçu de vos nouvelles depuis les lettres du premier de ce mois *, j'en suis affamé , et toujours désireux de vous rendre trèshumble service, comme étant, monsieur , votre , etc.
P. Jeannin.
A La Haye, ce viugt-huitième décembre 1608.
Lettre dudit sieur Jeannin à M. le duc de Sully , du même jour vingt'-huitieme décembre 1608.
Monsieur , la trêve est à présent fort avancée , et comme résolue du côté des Etats ] au moins leurs dé* pûtes qui ont conféré avec nous n'ont fait aucune difficulté qui puisse être cause de rupture , et n'estime pas que l'assemblée générale y en doive faire non plus lorsqu'ils en feront leur rapport , qui ne peut être de quatre ou cinq jours , pource que les députés de la plupart des villes de Hollande sont allés passer la plupart des ïêtei en leurs maisons , et il les faut attendre. C'est leur façon de vivre ,^t n'y a moyen de la corriger. La plus grande instance de ces députés particuliers a été pour faire ajouter à notre projet qu'ils pourront nommer leurs alliés dans certain temps , ce qu'ils font plutôt pour montrer qu'ils traitent comme souverains que pour autres considérations ^ car , quant à Sa Majesté et au roi d'Angleterre , qui les ont secourus ouvertement, cette clause est inutile, attendu que nous faisons avec eux un traité particulier pour la garantie de la trêve , lequel nous obliger^ au secours l'un de l'autre 5 et pour le regard des autres princes qui ne les OQt assistés , et ne se sont déclarés par effet , je leur ai dit qu'on n'a accoutumé de les T. i5. 4
5o NÉGOCIATIONS
cofiipretidre en tels traites de trêve : ils ont aussi approuvé cette raisoii , mais je né Èais si l'assehiblée générale àtira le même sentiment. Cet article toutefois n'est pas si extraordinaire que les archiducs y doivent insister jusques à rupture; et ce que nous en avons contesté n'est pour avoir quelque avis de leur Intention en cet endroit , mais pour prévoir qu'ils peu- Vent faire telles difficttltés, crainte que les Ètïts ne prétendent nommer entre leurs alliés tous les princes qui leur ont témoigné quelque bienveillance , comme pour les joindre à leur défbnse après la trêve expirée , aussi que cet article des alliés semble ajouter une nouvelle marqué d'autorité et de préémfnence aux autres qu'on leur accorde déjà très-mal volontiers.
II. y a une autre difficulté pour les biens confisquée dont j'ai toujours essayé de faire consentir la mainlevée par le traité de la trêve , le jugeant raisonnable à cause du long temps qu'elle doit durer ^ y ayant aussi une particulière affection à cause de M. le prince d'Espinoy , dont vous m'avez commandé d'avoir soin. Mais, pource que les Etats n'avoient voulu consentir ci-devant de rendre le bien par eux vendu sur les ecclésiastiques de Brabant, sans laquelle restitution il ne falloit rien espérer du côté des archiducs, je m'étois contenté de mettre par nos premiers articles qu'on entreroit en conférence sur ce sujet après la trêve, pour s'en accorder s'il étdit possible. Or, depuis j'ai pressé ceux qui conduisent les affaires des Etats , qui me font ei^pérer qu'en rendra lesdits biens ecclésiastiques ; c'est pourquoi je ferai tout ce qu'il me sera possible pour essayer qu'on s'accorde par le traité en cet article : aussi eu fis-je assentir la volonté de M. le président Richardbt
DU PRÉSIDGHT JEAI^NIN. St
par M. de Preaox aa voyage cfu'tl fit à Bruxelles , et dire de ma part qne , sans la reatkation ënlièr e dés biens de M. le p^iûce d'Ëspihoy ^ les, Etala né con^en'^ lirôtit jamais de rendre ceax qalls détiennent aux ecdésiasticpies et à d'antres seigiienrs qni sont de Tobéiâsanee des archidbcs ; mais il s'y rendit trèandifr ficiie ) k bausé de l'importunitë de la comtestedel/igne qui a de Tappni , et est si aigre qn'eHe ne veut rien quitter , mais dit toujours que si son neveu insicA^ à h réititdtion de ce qu'elle a retenu , qu'eHe tiendra la trdilMietiOfl ftoeipne et rentrera^en ce qii'dlea q^ûité. Ledit èietÉr pl^ésidetit ih'en avcdt d^à dit autant lors^ qa'il ëtok ici et qu'on traitoitdelà |)aix, ei jelui rë« pondis iqué sont les Etats, non M. leprince d'E^noy j qui poursuivent, aussi que la transaction faite par des nïineurs dëpOttHlës de leurs biens n'est d'aucune con^ sidëral^tti. Ledit président aeoAoï'e ajolitë une atitra raisén quand ledit sieur de Preaax lui en a parle , à savoir , que la eonitesse de Ligne , au cas que M. le prince d^Espinoyne se veuille contenter de ce ^^il st ea parlatratisactton, répétera lesfmits des terres dbnt iedit«ieùr j[>rifiycé a joui en vérin d'icelle, puis les dettes qit^dlë à pajjrëesi le sais bien que du côté des Etatis ils tiènâitnil: bon énfaVeùr dildit sieur prince^ à cause de h reeomtnâtidâ'tton du Roi et de la v6tre , aussi qû^ils i&ât oUigésr décile laire , et ji'en serai bon éolliciteur.; Màiâ lé meilleur 'sei^a, à mon avis , si on peut par traité ebi:étiilr l^airtide général des confiscations , et y faifê itiÉérer ces mots, rumxibstimt tous traités et tr^m^ snjùti&ns qui setorU nuls et comme non ayeims ^ saris lesquels il noiis seroit inutile , qu'on doit trâilér avec elle de nouveau » et loi en laisser plutôt quelque
5l NEGOCIATIONS
partie pour avoir le surplus , tant en considération àes raisons susdites quepource que la jouissance des biens confisques ne sera que durant la trêve , et on doit craindre , la trêve finie sans qu'on vienne à une paix , que la cçmtesse de Ligne ne voulût prétendre la transaction être rompue , et par ainsi qu'elle doit ravoir tout^ puis les trêves se rompent plus aisément qu'une paix j ce qu'avenant ledit sieur prince tomberoit au même inconvénient.
Je vous avertirai) monsieur, de moment à Autre de tout ce qui se passera , pour recevoir vos commandemens là-dessus , et faire tout devoir de vous y rendre très-humble service. Les Etats nous ont envoyé par deux fois sept députés, qui est un de chacune province , pour nous prier d'écrire au Roi en leur faveur, touchant* le secours que M. Aërsens les a assuré devoir être de quatre cent mille écus cette année , dont ils n'en ont encore reçu que deux cent mille. Ils n'ont eu de nous jusqu'ici que des paroles honnêtes pour leur en faire bien espérer.^ mais la vérité est qu'ils s'y attendent et qu'ils en ont grand besoin , car il y a trois mois que la plupart de leurâ; soldats n'ont reçu aucun argent. Ils montrent à présent de mieux sentir qu'ils n'ont fait du passé les obligations qu'ils ont au Roi^ et, s'il lui plaît d'y ajouter celle-ci par votre aide et &veur, ils vous en auront très-grande obligation. J'estime que Sa Majesté ni vous n'en serez dorénavant importunés y et que la trêve en fera cesser la nécessité : c'est pourquoi , pour éviter cette dépense et d'autres inconvéniens dont la guerre pourroit être suivie , je me suis rendu fort diligent solliciteur des commande-
DU PRÉâlDËNT JËANNII7. 53
mens du Roi, et plus qu^aucuns n'ont désiré , mais c'étoit mon devoir d'en user ainsi. Aussi est-il vrai que rinclination générale pour mettre cet Etat en repos est si grande entre ceux de l'assemblée générale, qu'il eût été très-difficile , et je tiens impossible » de leur faire prendre autre conseil ^ mais il semble qu'on se doit arrêter à la résolution en laquelle nous sommes, sans essayer quelque chose de plus, au cas que le roi d'Espagne ne se veuille obliger , crainte de mettre de la division parmi eux. S'il avient aussi que les affaires tombent en cette nécessité , Sa Majesté aura assez de loisir pour y délibérer , et con* sidérer l'avantage ou dommage qu'elle pourroit espérer ou craindre de la guerre , ou de la trêve faite à autre condition que celle qu'elle a approuvée jusqu'ici. Le porteur de cette lettre est un soldat de Sedan, lequel est de la compagnie de M. le prince Maurice , tenu fort ingénieux en plusieurs inventions et artifices pour la guerre ; il a aussi depuis peu de jours fait un engin , à l'imitation de celui qui a été inventé par un lunetier de Middelbourg^pour voir de fort loin. Il vous le fera voir et vous en fera à Fusage de votre vue. J'avois prié le premier inventeur de m'en faire deux , un pour le Roi et l'autre pour vous 9 mais les Etats lui ont défendu d'en faire pour qui que ce soit, et les lui ont commandés eux-mêmes pour me les donner afin que je vous les envoie, comme je ferai au premier jopr , vous suppliant trèshumblement que vous me teniez pour ce que je vous serai perpétuellement , monsieur , votre , etc.
P. Jeannin.
A La Haye , ce vingt-huitième décembre i6o8.
54 NÉGOGIATIODS
Lettre <fe M* de Vilhrqy à -W- Jeannin , du premier
jour de janvier \6o^.
Monsieur , noas eussions bien désiré que vous eussiez reçu notre dépêche du seizième du moiç passée devant k résolution cpxe vous avez prise de prolonger la cessation d'armes jusqu^au quinzième du mois de février prochain , ainsi que nous avons appris de la vôtre du vingt-unième , reçue le trentièBjte au soir , que vous aveai feit , peur les raisons que vous eussiez colligées des lettres du Roi et des miennes ^ si vous les eussiez reçues à temps *, mais vous 'avez été pressé d'en user autrement pour n'altérer les affiiires par vous si heureusement et si sagement acheminées au repos qui a toujours été désiré, et à vou» reeom* man^ par Sa Majesté. Le porteur de nosdites lettres a fait aussi si mauvais devoir , qu'ayant été par nous dépéché ledit seizième, avec promesse de faire par^He ou plus grande diligence en retournant qu'il avoit faite en venant avec le paquet dont vous l'aviez chargé , il n'^st toutefois arrivé à Bruxelles que le vingt*sixième, ainsi que nous a mandé M. de Berny en nous envoyant la vâtre susdite 4^ vingt-unième, s'étaot excusé sur les grandes eaux et les mauvais chemins; mais nous savonà au il y a de sa faute grandement , de quoi Sa Majesté est trèsnmal c^mtente , el veut qu'il soit châtié, puisqu'il a pris l'argent de son voyage. J'estime que vous aurez reçu le duplicata de ladite dépêche, qiii est parti d'ici le dix-neuvième, et vous l'avons envoyé par Calais , où il arriva le vingt-cinquième devant ledit original. Or , puisque ladite prolongation est accordée , il faut en profiter qui pourra.
DU PRÉSIDENT JSlNlflN. 55
L'on nwtë a i^crit de toutes part3 que le roi 4*£spagpe fst ses ambassadeur^ déclareut , haatemeat et Quyertemeat , que ledit Roi n'engagera jam^tis «ou liooL eu cette trêve 9 ni permettra que les archidoca le fiassent pour lui , nommément eu rurticle de la liberté , Blême en la forme de votre projet ; ils Tout protesté au Pape qui nous Fa fait dire; don Pedro de Tolède Fa déclaré k Sia Majesté mâme 9 ainsi que je vens ai écrit avec la réponse de Sa Majesté : les ¥ér nitieus et toute lltalie , FAllemagne et FEspagne , ea 90Qt aussi abceuvés, et vous savez ce qui en a été dit à Bru:^ll es à M. daPreaux» et chacun dit maintenant que l^s Anglais sosnt seuls cause de ce dumgement ; ledi t doa Pedro même les en mésestime et blâme » leur ambassadeur résidant en Espagne en ayant fait Fouverture par le cammandement dé son Roi , qui en a été main* tenaut remercia par don Fernando Giron , naguères passé 4e Flandre en Angleterre exprès pour cet effet avec une dépêche qui lui a été envoyée d'Espagne : et toolefois aucuns ministres dudit roi d'Angleterre im-prquvent et blâment ce conseil \ et ceux de sai nation qiii le veulent justifier , mettent en avant la juste jalousie qu'ils disent que leur maître a conçue de Fàutorité que le Roi , notre maître , avoit acquise en la conduite de ces traités , desquels chacun croyoit qu'il étoit seul arbitre et juge. Vous savez si k conduite de $a M^yesté etla vêtre , pleines de candeur et sincérité en (jette action 9 et même à Fendroit desdits Anglais , OQt mérité que leur jalousie ait passé si avant que d'éclore une t^lle infidélité , ou j comme ils la baptisent, me tçUe ruse d'Etat; car j'entends qu'ils en font gloire, mésestimant ceux qui prncèdent sincèrement
56 lifÊGOGIATIOVS
et fidèlement en cas semblable. Toutefois notre maître n'a volonté quelconque de les imiter ni seconder en cela. 11 leur cède volontiers cette industrie en fait d'Etat , qu'ils magnifient et pratiquent ainsi librement , et se contente d'user de la simplicité , vérité et bonoe foi qui a jusqu'à présent accompagné ses intentions et actions. Mais Sa Majesté s'est étonnée de quoi , par votre susdite lettre du vingt-unième , vous ne faites aucune mention dé cette tromperie anglaise , après ce que ledit sieur de Préaux vous a rapporté de Bruxelles à bouche et par écrit. Il l'attribue à la dissimulation de laquelle traitent avec vous les ambassadeurs de ce prince , lesquels , par ignorance ou par malice , vous déguisent et cachent les intentions et le procédé de leur Roi. Toutefois Sa Majesté a loué et trouvé trèsbon que vous les ayez portés à tenir avec vous à ces messieurs les propos que vous leur avez proférés le dix-huitième ; car par là vous les avez de nouveau obligés à poursuivre avec vous la conclusion de ladite trêve suivant votre projet, et à rejeter toutes ouvertures nouvelles ; mais les Espagnols s'attendent que ledit roi d'Angleterre , ayant ouï ledit Giron , ordonnera à.sesdits ambassadeyrs de changer de langage. A cette fin , ledit Giron doit demeurer autant en Angleterre qu'a fait ici uotre don Pedro , lequel n'a vu le Roi depuis l'audience de laquelle je vous ai informé par ma dépêche portée par Picault. Il croit par sa seule présence , sans parler ni agir , conduire et faire cadrer toutes choses au point qu'il désire. Nous verrons si ledit Giron suivra le même style en Angleterre -, mais je vois notre maître bien délibéré, quoi qu'il y traite et fasse , de ne s'en réveiller la nuit.
DU PRÉSIDEDT JEÀNIïIN. 57
Partant , Sa Majesté persiste en la dernière résolution qu^elle vous a écrit avoir prise en ces affaires , après la réception de la dépêche dudit sieur de Préaux. Elle désire toujours donc de favoriser et avancer ladite trêve , ainsi que vous Tavez proposée, c'est-à-dire que l'article qui concerne la liberté soit passé ainsi qu'il a été projeté par vous , sans qu'il en soit rien retranché , et que les archiducs traitent tant en leur nom que de celui dudit roi d'Espagne. Nous savons bien que c'est l'avis desdits archiducs , parce qu'ils reconnoissent que c'est temps perdu d'espérer d'en sortir à meilleur marché ; mais , si lesdits Espagnols sont crus , leur Roi n'y prêtera jamais consentement. Lesdits archiducs s'attendent que leur confesseur fera changer d'opinion audit roi d'Espagne et à son conseil , mais nous ne l'espérons pas ] c'est pourquoi nous eussions désiré que l'on eût pressé et comme contraint lesdits archiducs d'accorder et bailler par écrit cet article , devant qu'allonger ladite cessation ^ car, en franchissant ce saut de cette façon, ils en eussent été plus excusables en Espagne , et eut fallu que ceux-ci s'y fussent accommodés , ou les en eussent dédits, de quoi il n'eût pu avenir pour nous que bien en une sorte ou l'autre ; au contraire , nous prévoyous qu'ils recevront par ledit moine des défenses nouvelles , lesquelles rendront foujours cette résolution plus difficile. Partant , nous voudrions encore qu'on pût gagner ce point avec lesdits archiducs , par le moyen du président Richardot ou autre : je vous prie d'y penser , étant certain , si les archiducs vouloient nous croire, que nous les rendrions jou issant bientôt
58 ^'É60Ç|ATI0^fs
d*uQ repos trèç-assurë , et a'aoroieiit cause de redouter le roi d'Espagoe ^ mais il$ sont trop craintifs et enigagés au roi d'Espagne pour franchir ce saut : néanmoins il faut penser à tout » (»r , certes ^ je n'espère pas que le roi d'Espagne change da propos » car il s'est trop avant engagé au rejet de cette souveraineté. L'on dit que vous devez prendre garde aux pîeds et aux B»^ins de Winood , çonune celui qui entretient une entière et fidèle correspondance avec le sieur Barneveldt^et qui seul sait les secrets du graad trésorier 4'Angleterre qui conduit ces subtilités. Si les l^tats^ quitteut l'article susdit , notre Roi ne déckrera les tenir pour libres comme ils désirent ^ car il a entendu que la promesse que vous aves faite sur q^U soit attachée au copseil que vous leur ayez don^é de sa part , ne voulant en façon quelconque favoriser la proposition de l'Angleterre.
Qi;^mt à celle de laquelle vous faites mention par la lii^ de votredite lettre , pour , en cas de trève > rendre ces gens irréconciliables avec l'Espagne , il me semble qu'il i^e c'en faut aucunement découvrir de. présent y pour le$ raisons que vous jugez mieux que nul autre. Au rest^, M. le pduce de Condë Wyoie ce gentilhomme par delà pour prendre avis de m^essieurs les princes d'Qrange et Maurice , du mariage de lui avec mademoiselle de Montmorency , auquel* le Roi a trouvé bon qu'il entende , ainsi que VQus dira ledit gentilhomme que Sa Majesté m'a commandé vous rfK^Qipmander. Il yous dira auçsi la bonne sapté du Roi , qui est si bien délivré de $a goutte , qu'il fit tiier vingt tours de sa galerie , nou si vite qu'açcotu*
DU PaÉSIDSNT JÉANIflN. 5g
tome , BiAÎs saiifi se reposer. Je prie Dieu, monsiear , qull vous conserve ea bonae aa&té.
De Paris , ce premier jour de jauvier x6og.
Votre, etc. DE liçUiV VILLE.
LeUre ^ mç^^ieurs Jearmm et de Rus^ au Roi, dudù
jour premier jani^ier 1609.
Sire ,
Le duplicata des lettres cpi^il a ^u k votre Majesté nous écrire du dix*neuvièmede décembre , nous a été rendu en ce lieu le pénultième par la voie de Calais , roriginal envoyé par Bruxelles n'étant encore venu. Noas connoissonft par ces lettres le grand ressentiment et déplaisir qu'elle a de la mauvaise conduite du roi d'Angleterre , qu'on doit vraiment appeler lâcineté et infidélité , si ce que M. Iq président Richardot en a dit à M. de Préaux est véritable ; mais cela peut avoir été fait à desseiii , et pour diviser ledit sieur Roi d'avec votre Majesté , que les Espagnols ont reconnue trop ferme à ne vouloir den faire qui fût préjudicable aux Etats ; et à la vérité la .trop grande liberté du àeat Richardot à dire et écrire ce qui est contenu en sa lettre nous fut dès lors suspecte. Ce n'est pas <|Qe ncms n'ayons« aperçu , depuis le temps que nous sommes ici , beaucoup de choses en la conduite de ses ministres qui nous ont déplu et fait croire qu'il y a de la haine , du moins une grande jalousie et dépit de ce qu'il voit qu'on défère plus à nos conseils qu'aux leurs , et que l'autorité de votre Majesté est en beaucoup plus grand respect envers les |ltats que celle dodit Roi ^ mais qu'il ait pourtant osé et voulu propo-
6o «ÉGOCIATIONS
ser ce conseil en Espagne de faire une trêve simple , et se vanter d'être assez fort pour y induire les Etats sans votre Majesté , qu contre son avis , s'il Ta fait , il a mal pris ses mesures et entrepris chose que ses ministres savent bien être impossible ; c'est pourquoi il y a raison d'en douter, ou de croire plutôt qu'il ne l'a pas fait. Ses ministres se sont aussi fort offensés de cette lettre , et nous ont dit en avoir écrit à leur ambassadeur qui est près des archiducs , pour en parler audit sieur président avec aigreur , et ont encore ajouté es conférences avec nous que leur maître n'entend point y en l'état auquel sont les affaires , qu'on parle aucunement de cette trêve sans la liberté , mais qu'on s'arrête du tout à notre projet. Que votre Majesté ne soit donc en peine pour ce regard, et qu'elle s'assure , quand il y auroit de l'artifice et déguisement en leurs paroles , leur intention étant autre , qu'ils n'en oseroient faire ouverture, et, s'ils la font,* qu'ils n'en doivent attendre autre chose qu'un refus avec honte , nous y contredisant et offrant aux Etats du secours , ainsi que votre Majesté nous commande.
L'espérance étant donc ôtée au roi d'Espagne de pouvoir parvenir à cette trêve simple , et les Etats i^solus, comme ils sont, de s'arrêter à notre projet , c'est-à-dire de ne traiter à moins , il y a grande apparence qu'il permettra secrètement aux archiducs de traiter , et fera néanmoins semblant d'eu être offensé pour conserver la réputation, et couvrir la honte de ce traité ^ ou , si le contraire avient , la rupture lui étant attribuée , chacun* l'en blâmera. La cause des Etats en deviendra plus juste ^ ils seront aussi plus animés et unis pour reprendre les armes , et n'y a personne
DÎT PRESIDENT JEA»N1N. 6l
qui ne loue la générosité de voire Msyesté , si elle lenr donne secours après avoir £aiit tant de devoirs pour faire finir cette guerre. Et quant au roi d'Angle* terre, il craindra toujours que votre Majesté étant seule à secourir les Etats , ils ne lui en demeurent entièrement obligés et soient peut-être induits à se jeter du tout entre ses bras, et par ce moyen lui exclus de leur amitié , chose qu'il craint plus que tout autre inconvénient qui.lui puisse arriver ^ et si cette crainte et jalousie n'est suffisante pour l'induire à assister les Etats , du moins elle le sera assez pour le retenir et empêcher qu'il ne se conjoigne avec l'Espagne contre nous et les Etats , outre ce qu'il ne le pourroit faire saos se mettre en danger dç voir des divisions dans son pays , où la diversité de religion rendra toujours suspecte toute conjonction avec l'Espagne , pour quel» que cause que ce soit. Nous voyons aussi par la lettre de votre Majesté qu'elle ne désiroit pas la prolongation de la trêve; mais elle étoit nécessaire, parce qu'elle devoit finir avant que les Etats se fussent résolus sur notre projet. Il est vrai que Jious ne voulions la demander que pour un mois ; mais après avoir considéré que ce n'étoit pas assez pour donner loisir aux Etats de prendre leur résolution , et envoyer vers les archiducs pour savoir la leur , nous l'avons consentie pour six semaines , en intention d'empêcher qu'elle ne soit prolongée d'un seul jour après ledit temps , et ainsi nous l'avons déclaré en pleine assemblée -yCe que les Etats ont accordé. Pour le regard de la résolution des ¥j^ts , ils l'auront prise , comme nous estimons , dans quatre ou cinq jours, laquelle sera conforme sans doute à notre projet , du moins avec si peu de chan-
6a NÉGOCIATIOKS
gëtaeiit (j[ue €èla ne pourra être cause de riipture; Nous avions aiffîsi déjà persuadé à ceux qui conduisent les affaires qu'on ne prit jour ni lieu pour s'assembler avec les députés des arckiducs ^ jusqu'à ce que lesdits archiducs aient résolu d'accepter notre projet , et à œt effet avisé avec lés députés d'Angleterre , le sieur Bameveldt présent , qu'efux et nous irioM , s'il étoit besoin ^ jusqu'à ftreda , ou raénie à Anvers , pour en conférer avec les ministres des Archiducs^ et leur dire clairement, si nous demeurîdiis d'accord deidits articles ^ du moins des prinbipatnt , qu6 les Etats offrent d'envoyer leurs députés pour traiter au lieu dont on conviendra , sinon iqU'ik ne veulent aucunement s'assembler , maïs rompre tout traité : c'est pesque ce que vôtre Majesté nous oom- Hiande de faire par sa lettre , sinon qu'elle montre désirer que ce pojet soit envoyé par quelqu'un sans nous ; mais si ce n'est piar nous-méiues oii ne peut espérer de convenir des articles qui peuvent I trie sujets à quelque tempérament ou changement^ et A aucurts de lious y doivent aller , il est ilécessaire c|ue BOUS le Ëtseions nous quartre ensemble , ou deobc ^ à savoir un de k |t^rt de votre Majesté ^ dt Un de celle des Anglais ^ car tant s'en feut qu'ils &t veuillent à présent séparer d'avec nous en la poursuite de la trèvè Suivant notre projet , qu'ils s'y échaufferont davantage, et s'y montreront encore plus éloignés que de eouti»ne de la trêve simple. Noué en jugeons ainsi par les langages qu'ils nous tiennent fouslesjourâ^et le soin qu'ils prennent d'effacer les Soupçons qu'on a pris contre eux , à cause de cette lettre qui est assez sue^ quoique nous ne l'ayons publiée en l'assèmyëe
DU PRÉSIDENT JEANNIIT. 63
pour n'aigrir davantage les volontés entre eux et nous; car cela n*eût servi qu'à brouiller les affaires , aussi que nous pourrons toujours , si nous jugeons qu'il en soit besoin ci-après , montrer ladite lettre , et faire connoître teurs artifices et déguisémens qui ont jusqu'ici plus nui que profité à lévLt maître , et nous essaierons de faire qu'il en tire encore andsi peu dé profit à l'avenir ] ce que nous ndus promettons fai^é. Les Etats font toujours grande instance pour àVôit* un acte par lequel votre Majesté et le roi d'Angleterre les reconnoissent libres pour toujours, et le Sieur BârneveMt en parla en particulier le jour d'hier de grande affection an sieur Jeannin, cottitne le jugeant néeessslirè pour contenter les députés qui estimdieht lés inots de notre projet n'éti*e assez suffîsahs pour les assurer , et dit que les Etats estimeront plus celte déclaration que tottte autre ^ en quoi on J)eut bien juger qu'ils ne sont pas disposas à traiter eomme sujets. Le coùrKèt' Picault, qui partit dès le vingt-unième décembre pour aller à Bruxelles porter la prolbh^àtlbh de k trèvè , tfarriVa que le Vingt-huitième à cause dii Vettt contraire , ainsi ne peut être de retour dé âèiix ofc trois jours. Cela est cause que , sans ràitefadre , iidtié Élisons cette réponse , potirfce qu'il rioù$ semble pdt les lettres de votre Majesté qu'elle est en peîhei éi: désire savoir en qtiel état sont les affaires en ce liëtii Elle aura au premiet* jour nos lettrés de la dernière résolution cpi'aurottt prise les Etats, et cépeudsitit nous prierons Dieu , Sire , qu^il dôrihe. k vbtre Majesté et à sa royale famille tout heur et prospérité. De La Haye , ce premier jour de Tan iSog, Vos , etc. P. Jeaîwin et Rusar.
64 lïlÈGOGUTIOlHS
Autre lettre de messieurs Jeannin et de Russjr au Roi ,
du quatrième jam^ier i6og.
Sire ,
Depuis notre précédente lettre le courrier Picault est venu de Bruxelles , lequel a rapporté la prolongation de la trêve jusqu'au quinzième février en la même forme que celle envoyée , fors que les qualités de très-hauts et très-puissans princes qu'on attribuoit aux archiducs, et celles de hauts et puissans seigneurs aux Etats , y ont été omises , les archiducs ayant été contens de se priver de ces titres spécieux , qui ne sont qu'assez reconnus en eux, pour les ôter aux Etats qui en ont. plus de besoin en la naissance de leur souveraineté , même es traités qu'ils font avec ceux qui ont été leurs seigneurs, comme étant marques qui servent pour signifier qu'ils ne sont plus en leur sujétion. Nous avions prévu cette difficulté \ si est-il certain que les Etats ne les quitteront pas par le traité de la trêve à longues années si elle se £aiit. Picault a aussi rapporté des lettres de M. le président Richardot , qui confirment derechef ce qu'il avoit ci-devant mandé pour la trêve sur notre projet -, mais il désire que l'assemblée soit remise au vingt-cinquième de ce mois pour le plus tôt , ce qui aviendra sans qu'il soit besoin d'en parler , car les Etats n'auront encore pris leur dernière résolution de cinq ou six jours , que nous pensions néanmoins devoir être plus tôt , selon que le contient notre précédente lettre. Bien sommes-nous certains que tout y passera suivant notre projet , au moins sans changement qui puisse être cause de rup-
BU PRÉSIDENT JEÂNNIN. 65
tare 5 après laquelle résolution des Etats, prise et mise en nos mains , nous enverrons encore quelqu'un vers les archiducs, et, s'il est besoin, en prierons M, de Préaux pour les en avertir et prendre jour et lieu avec eux , afin que les députés d'Angleterre et nous y allions pour nous éclaircir avec leurs députés s'ils la voudront accepter ou non. Or, avant le retour d'icelui et notre voyage vers eux, ce temps sera passé, ainsi ils n'auront plus d'excuse pour dire oui ou non ; et nous espérons toujours le premier , car M. deBerny nous a écrit encore que l'archiduc lui a confirmé luitnéme qu'il tiendroit sa promesse , et qu'il nous en pouvoit assurer.
L original des lettres dont nous avons accusé la réception du duplicata par notre précédente lettre , a aussi été apporté par Bauquemare qui est venu avec Picanlt 5 il y avoit des lettres pour madame la princessef d'Orange qui lui ont été données , dont elle est fort contente. Nous fûmes avertis hier que les députés d'Angleterre ont reçu lettres par courrier exprès , par lesquelles il leur est mandé de proposer la trêve simple , sans déclaration de liberté , pour vingt ans , sur la prière que ce nouvel ambassadeur d'Espagne en a faite à leur Roi. Ils ne s'en sont point découverts à nous , sinon que , hier même sur le soir , nous étant ensemble au logis de M. Spencer , il nous dit qu'il fidloit presser la résolution des Etats , crainte , si elle traîne plus long-temps, qu'ils ne reçoivent quelque commandement de mettre en avant ladite trêve simple. Or nous leur avions déjà fait entendre, trois jours auparavant , que votre Majesté nous commandoit expressément de l'empêcher , pource qu'elle savoit bien T. i5. 5
66 iniGOCijLTioTis
qu'elle seroil rejette par les Etais, et que cela ne- seryiroitque pour rompre celle qui est contenue en notre projet, et peut-être pour les diviser : ce qui leur fut encore répété par nous sur le propos dudit sieur Spen^ cer j avec déclaration fort ouverte de l'intention de voire Majesté en cet endroit, et qu'elle procédoit en sa conduite avec tant de franchise et candeur, qu'elle l'a même fait dire au sieur don Pedro de Tolède , ne pouvant souffrir qu'on cherche des moyens pour sortir de cette affaire sans elle et à son desçu ^ qui fut cause que M. Winood interrompit ce propos , et dit qu'il n'y avoit aucune apparence de la proposer aussi en l'état auquel sont les affaires , et feignit qu^ils n'en avoient reçu aucun commandement. Cda nous fait toutefois soupçonner que ledit sieur Roi s'est pu engager à cette ouverture lorsqu'il pensoit vo|xe Ma-» jesté n'en être éloignée , et qu'elle l'aimeroit inieux encore que le renouvellement de la guerre , s'étant avancé de le dire pour en avoir le gré , combien iju'il sût cela ne pouvoir être fait que très^lifficilement, et^ s'il le falloit espérer, que c'étoit avec l'autorité de votre Majesté , non par son moyen. Or , se voyant à présent trompé , il est certain qu'il ne l'oseroit faire proposer, et que ses ministres cèleront ce commandement , ou,. s'ils sont si malavÂ3és de le faire , qu'ils ea recevront le refus et la honte. Aussitôt que la résolution de& Etats sera entièrement prjise nous l'enverrons par Picault, et cependant noq$ prierons Dieu, Sire , qu'il donne à votre Majesté et à sa royale famille tout heur et prospérité.
l)e La Haye , ce quatrième de janvier 1609.
Vos y etc. P. Jeanniw et Russy..
DU PKÉSIBENT JEANNIN. 67
Lettre de M. Jeanmnà M. de Villeroy , du l^ janvier 160g.
Monsieur, je vous ai cUdevant écrit qu'il sefalloit arrêter tout à la trêve suivant notre projet , et rejeter l'autre mise en avant par M. le président Ricbanlot , avec les raisons de mon avis que je ne répéterai point. Je craignois aussi , lorsque sur les bruits du refus que faisoit le roi d*£spagne d'entrevenir ou ratifier la nôtre qui fait mention de la liberté , que le Roi ne fôt pressé «t importuné par don Pedro et les ministres des arcUducs de la faire proposer , et j*estimois à propos de prévenir Sa Majesté, et la dissuader d'y entendre. Je nelaissois pourtant d'en être en peine et d'appréhender que la crainte de rupture , si on demeuroit ferme sur notre projet, ne fût pour induire ceux qui désirent le repos en cet Etat d'approuver plutôt ce remède que reprendre les armes ^ car il y a cinq provinces en*tières qui seront toujours de cet avis ; et en la Hol*^ lande, si le sieur Barneveldt, notoirement fort désireux de mettre son pays en repos , étoit de cet avis , je prévois que les artifices dont il sait user pour persuader «es peuples , et la créance qu'il s'est acquise parmi eux , pourroient être cause d'^n tirer une partie à le suivre ^ et qui augmenteroit mon soupçon , c'est que M. le prince Maurice me disoit tous les jours que les^ peu-sioHnaires de quelques villes avoient commencé d'en parler en l'assemblée de Hollande , çt disoient que c'é*toit chose du tout inutile de rechercher leur liberté des ennemis , attendu qu'ils Tavoient déjà sans eux. C'est pourquoi j'en conférai dès lors avec le sieur Barneveldt , pour lui persuader qu'on de voit rejeter du tout cette ouverture , l'assurant que Sa Majesté y étoit con-
^ KÉGOCUTIOSS
traire , encore que je n'en eusse lors reçu aucun particulier commandement d'icelle 5 mais il me sembloit bien, si l'archiduc avoit quelque avis que l'assemblée y eût de l'inclination ,qu'U passeroit par dessus l'autre pour s'arrêter à celle-ci , au lieu que si on demeure ferme à la rejeter , le roi d'Espagne qui veut la trêve , et en a besoin, quelque mine qu'il fasse, accepteroità la fin notre projet aussi bien que l'archiduc. Je remontrois aussi au sieur Barneveldt qu'il seroit honteux et fort dommageable à leur Etat de recevoir cette trêve simple, après avoir contesté si long-temps sur laUberté sans ravoir pu obtenir ; car seroit en effet traiter comme sujets , auquel cas demeurant inutiles à leurs amis , personne ne voudroit non plus se mêler de leurs affaires , ni prendre soin de leur conservation. Je le pressai encore davantage quand je vis la lettre <ln président Richardot qui contenoit cette trêve avoir été proposée au roi d'Espagne de la part du roi d'Angleterre, et lui dis n'être pas vraisemblable que l'autre l'eût osé faire sans être. appuyé et assisté de quelquesuns en cet Etat , et que chacun soupçonnoit que c'étott de lui -, en quoi je reconnus à la vérité qu'il penchoit du côté de cette trêve plutôt que de rompre, et n'étoit retenu que de la crainte de nous avoir contraires , et de déplaire à Sa Majesté à qui il se tient obligé, jugeant bien aussi que son autorité et notre conduite avec l'appui de M. le princeMaurice, seroient suffisantes pour empêcher son dessein; aussi me promit-il et assura de ne rien fîadre en cet endroit que par mon avis. Or , ayant depuis reçu les dernières lettres du Roi et les vôtres, je lui en communiquai , et lui ils connoître que Sa Majesté prenoit à cœur cette af-
DU PRÉSIDENT TEkVmV. 6gk
faire, et qu'elle seroit fort oflFensée si l'avis du roi d'Angleterre ëtoit platôt suivi que le sien. Je le priai de se joindre avec nous, et de considérer quela suretë de leur Etat dépendoit, soit en paix , en trêve, ou eu guerre , de la bienveillance et assistance de Sa Ma* jestë, et que j'étois bien certain, quand il nous vau«< droit être contraire, que nous ne laisserions pourtant de l'obtenir. Il continua encore de m'en assurer, et de promettre qu'il feroit du tout rejeter cette trêve simple , et que je n'en devois être en aucun doute. Aussi est-il vrai que depuis mon retour il a beaucoup déféré à mes conseils , et témoigné en tout ce qui s'est passé qu'il désire le contentement du Roi. Ne vous arrêtez donc point , s'il vous plaît, à ce que M. Aërsens vous en a dit , car toute sa conduite n'est qu'artifice ; il le flatte tous les jours par ses lettres, et en écrit à d'autres par lesquelles il le blâme ; il fait aussi des gloses sur ce qu'il apprend par delà, qui nuiroient souvent ici n'étoit que tout ce qui vient de lui est suspect. Croyez , monsieur, que je suis toujours aux écoutes pour me garder d'être trompé, et que la confiance que je prends de qui que ce soit n'est sans crainte et souci. M. le prince Maurice, qui ëtoit en grande appréhension de cette trêve simple , dit maintenant , après avoir vu ce que je lui ai communiqué des lettres du Roi , qu'il ne craint plus rien , méprise le pouvoir de l'Anglais qu'il dit n'avoir aucune créance ici , comme il est vrai, et se promet, puisque le Roi parle si alair, et offre même son secours , que personne n'oseroit s'opposer à son autorité et à son avis , et si le sieur Barneveldt le faisoit, qu'il perdroit son crédit et sa réputation. A la vérité, Sa Majesté y aà présent une si
grande créance , et sa façon de procéder , qui a du courage et de la prudence , jointe à son affection envers eux , les a tant obligés , que je suis de Ta vis de M. le prince Maurice , et néanmoins fort aise , pour mettre cette affaire à couvert avec plus de sûreté , que le sieur Barneveldt soit des nôixes.
Je suis encore après à faire résoudre par délibération publique des Etats, qu'après qu'ils. auront pris leur résolution sur notre projet y rien n'y puisse être changé) du moins es articles principaux , sans le consentement de toutes les provinces et des deux roi^, afin que cela ôte toute espérance aux archiducs et Espagnols, comme aussi à ceux qui les voudroient fa* voriser , de parvenir h. cette trêve simple. On pourra trouver étrange , et à la vérité c'est chose qui semble être contre le sens commun , qu'il ait fallu prendre tant de peine , et employer un si long temps pour disposer les Etats à accepter notre trêve, et à se contenter des mots qu'on y a mis concernant leur liberté qu^on ne pouvoit as^z assurer à leur gré , et néanmoins qu'on soit en crainte maintenant qu'ils ne fassent une trêve simple sans parler de cette liberté , de la conservation de laquelle ils se sont montrés si passionnés ; mais il faut avoir demeuré et traité avec eux pour en juger. Si vous dirai-je pour vrai , quiconque voudra empêcher quelque délibération ici , qu'il sera toujours plus fort que celui qui persuadera de la faire , ainsi que toutes choses concourent pour rompre les desseins , s'il y en a , de faire cette trêve simple ; et que le Roi n'en soit en peine , et s'assure , s'il lui plaît, que rien ne sera omis pour faire réussir toutes choses a son contentement. Je sais que la longueur lui dé-
DU PBÉSIDEIVT JEÂKKirr. 7I
plaît , mais qui les eût pressés davantage , on eut tout gâte et été cause de les diviser : encore faut-il que nous donnions cinq ou six jours aux disputes et difficultés que font ceux de Zélande, qui enfin se réduisent à leur intérêt particulier du commerce qu'ils voudroient rendre bien avantageux pour eux , au dommage des sujets des archiducs , et par des conditions du tout injustes ; mais j'espère qu'il se rendront^ et bientôt . J'ai traité , il y a dix ou douze jours , avec M. le prince Maurice et le sieur Barneveldt , séparément , qu'il ne falloit prendre lieu et jour aVec les députés des archiducs pour s'assembler ,jttsques à ce que nous ayons su s'ils voudront demeurer d'accord des articles principaux de notre projet , et suivant la résolu** tion que les Etats y auront prise. Nous en avons aussi conféré depuis , ceux d'Angleterre et nous , avec sept députés des Etats qui approuvent cette forme , et que ceux d'Angleterre et nous ensemblement , ou un de chacun côté , nous soyons porteurs de la résolution , allicms même jusques à Anvers s'il est besoin , pour en conférer avec les députés des archiducs, pour , au cas qu'ils approuvent ce projet» prendre promptement lieu et jour , auquel les députés des Etats se trouveront avec eux pour conclure et passer le traité ; comme, au contraire, s'ils refusent d'accorder les principaux articles dudit projet, nous retirer sans qu'oii fasse autre as« semblée , et laisser rompre aux Etats. Ce moyen semble propre pour accourcir et voir bientôt la fin 5 nous ne savons pas toutefois encore si les États l'approuveront. Cet avis semble au^si conforme à celui qui est contenu en vos lettres , excepté que ne mandiez pas que nous fussions porteurs ensemblement de cette résolution ,
mais que ce fût un tiers ou moi seul. Or , nous prenons ce conseil, pource qu'autre que Fun de nous ne peut débattre ni répliquer si bien sur les difficultés , et je n'y pourrois aller seul, sans mécontenter et mettre en trop d'ombrage les Anglais qui offrent dy venir , et se montrent plus échauffés à notre trêve et à rejeter l'autre que jamais , de laquelle ils assurent néanmoins leur maître n'avoir jamais fait parler en Espagne , ce qu'ils publient avec grand soin pour effacer le soupçon que lesleltres du président Richardot ont donné contre lui. Je ne laisserai de prendre Foc-» casion de parler au sieur Richardot sur le contenu de vos lettres , encore que nous allions tous ensemble ;. mais je n'espère rien des archiducs, ils sont trop timides et ne voudront jamais déplaire au roi d'Espagne.
La longueur des Etats nous ôte aussi le moyen de pré^ venir le retour du confesseur, lequel , ou je suis bien trompé , apportera aux archiducs permission secrète de traiter au nom du roi d'Espagne , qui néanmoins s'en plaindra après le traité , feindra qu'ils l'auront fait contre sa volonté , et refusera même de le ratifier au point de la liberté ] mais il ne laissera d'y avoir assezi de sûreté pour IcjS Etats , pourvu que les archiducs l'aient obligé en vertu d'une bonne procuration ; et si le contraire avient , le Roi aura justifié sa conduite ^ et ne pourra être blâmé s'il donné secours aux Etats. Il y aura néanmoins encore quelque moyen , la rup* ture étant faite sur notre projet, de rentrer en l'ouverture de l'autre trêve , au cas que Sa Majesté le désire , et qu'on voie les Etats y pouvoir être disposés , qui seroit de faire de nouveau l'assemblée à Calais » et y faire trouver en présence de Sa Majesté tous les
DU PRÉSIDENT JEAHMIN. 'jZ
députes , qui est Tavis dont vous m'écrivez , afin que le Roi fût auteur et comme arbitre du traité ^ pour en avoir le gré .d'un chacun. Mais avant qu'entrer en cette proposition il faut être comme certains quelle en devra être Tissue , pource que j'estime que Sa Majesté ne voudroit , elle présente et en son Royaume , consentir à cette assemblée pour rompre , n'étoit que le roi d'Angleterre y voulût envoyer quelques-uns des principaux de son conseil, bien informés de son intention, pour^ en cas de rupture, s'accorder du secours , et faire quelque ligue et confédération pour la défense commune. Or , ce m'est assez pour maintenant que je sois averti de l'intention de Sa Majesté pour me conduire selon les occurrences.
C'est avec raison que Sa Majesté est en colère contre le roi d'Angleterre , s'il a fait ce que contiennent les lettres du président Richardot. Je ne le veux pas excuser, car la conduite de ses ministres n'a eu que trop de déguisemens et d'artifice , ayant souvent essayé de traverser et contredire tous nos avis ; puis ils les ont toujours suivis par force. Il y a sans doute de la haine , de la jalousie et du dépit en leur maître , qui nous voit mieux ici qu'il ne voudroit 5 mais si estiraé-je que le président Richardot , qui s'est montré si libre à publier cet office de l'Anglais qui devoit être à leur faveur , le fait avec artifice et dessein, tant pour nous mettre, mal ensemble que pour le mettre mal avec les Etats. Vous voyez d'ailleurs que don Pedro dit bien que nous avons proposé quatre sortes de trêve , et cela est du tout faux 5 que le président Richardot m'écrivit des lettres que don Pedro (îtpit d'accord avec Sa Majesté , et que nous avions
autant diatérêt que le roi d'Espagne même à empêcher que la trêve ne fût faite avec la déclaration de liberté, adressant sa lettre à son hôte pour la faire voir si je ne l'eusse prévenu. C'est pourquoi il me semble que nous nous devons' contenter d'empêcher que l'Anglais ne fasse rien contre ce que le Roi désire , sans nous aigrir davantage contre lui y et lui en faire plutôt une plainte araikbie pour l'induire à nous en faire quelques excuses , que de montrer qu'on tient cette offense comme irréconciliable ; car , puisqu'on est mal avec l'Espagne , il faut empêcher , tant qu'on pourra', qu'ils ne gagnent celui-ci , et que cette division et ofiense ne leur en donne le moyen : vous en saurez mieuîjuger cpe moi^ mais si on est contraint de rentrer en guerre ^ il est nécessaire de faire tout ce qu'on pourra pour l'y joindre , ou faire du moins qu'il soit neutre, comme seroit à mon avis son désir , s'il ne craignoit que Sa Majeste , étant seule à secourir les Etats , les rendît du tout siens , et qu'enfin il fut exclu de leur amitié , et cela le pourra induire d'être avec nous , ou de faire pis y et nous serons peut-être aussi contraints de chercher les moyens de le chasser dé ce pays , s'il ne veut joindre son péril à celui de la cause commune.
Achevant cette lettre , j'ai appris que les Anglais avoient reçu commandement de proposer la trêve simple, ainsi que nous l'écrivons au Roi 5 mais je suis certain qu'ils ne l'oseroient faire , et , s'ils le font, que nous là ferons rejeter avec peu de peine et beaucoup de honte pour eux. La raison que j'ai dite autrefois, et inandé depuis au président Richardot pour ne point proposer cette trêve , a été que c'est le moyen dé rompre du tout , et que ceux qui feignent de la vou-
loir proposer pour les favoriser , les trompent; et le font en effet pour les remettre k là guerre , te que tant lui que les archiducs jugent véritable; et, si OQ veut continuer à se servir de cette raison , on rendra TAnglais odieut, et jugera-t-ou que Sa Majesté a bonne intention. Nous nous contenterons aussi d'autant s'il n'est besoin de faire plus. M. de Bame* veldt m'est aussi venu voir présentement , et m'a dit qu'il avoit déjà fait résoudre par l'assemblée générale qu'on ne traiteroit point , en quelque teinps que ce soit, que l'article concej^nant la liberté et l'obligation du roi d'Espagne ne soit accordé selon qu'il est couché «en notre projet, et qu'on n'y pourra ci-après rien changer sans le consentement de toutes les pro« vinces et des deux rois; qu'il en fera déclarer autant pour le commerce des Indes , et, s'il n^ést accordé que par hostilité , que les Etats donneront secours de navires et gens de guerre pour la sûreté du trafic, et faire la guerre à ceux qui voudront empêcher les niarchands.Ils en feront autant pour la religion à laquelle ils ne veulent point qu'on touche (0 » aucunement par la trêve. U est incroyable combien notre déclaration à ne point approuver cette trêve a changé t<ms ceux qui y avoient de l'inclination, pour le grand respect que chacun porte à Sa Majesté ; ainsi né soyez plus en doute que rieii ne sera fait que ce que Sa Majesté voudra. Je vous renverrai Picault aussitôt que la résolution des Etats aura été mise en nos mains. Je prie Dieu , monsieur , etc.
De La Haye , ce quatrième jour de janvier 1609.
Votre , etc. * P. Jeankiw.
(0 Le passage renferme entre deux goiUcmcts ne se trouve dans an.cunc cdiijon.
76 ITÉGOGUTIONS
Lettre dudit sieur Jeannin à M. le duc de Sully, dudit jour quatrième de janvier 1609.
Monsieur , je ne saurais recevoir plus grand contentement que celui que vos lettres du onzième du mois passé m'ont donne, pour avoir reconnu par icelles que ma conduite en l'éxecution de la charge qu'il a plu au Roi me comm^ettre est approuvée par vous , de qui le jugement est tant élevé au dessus du mien, que j'estime ne pouvoir faillir en faisant ce qui vous est agréable. Les lettres du Roi, qui sont du dixneuvième du même mois, ainsi postérieures aux vôtres , et écrites , à ce que j'ai appris , après votre départ pour aller chez vous , sont pleines de colère contre le roi d'Angleterre , mais avec raison , s'il a donné espérance au roi d'Espagne de pouvoir faire la trêve simple, et sans déclaration de la liberté , ainsi que le contiennent les lettres que M. le président Richardot nous a 'écrites , et aux députés mêmes d'Angleterre conjointement ; car il s'attribue la puissance de faire une chose où il n'a aucun pouvoir , le Roi y contredisant , et le fait pour en acquérir seul le gré du roi d'Espagne , au grand dommage des Etats auxquels il ôte , en ce faisant, le moyen d'obtenir la trêve suivant notre projet ^ qui néanmoins est beaucoup plus avantageux pour eux , étant bien certain que le roi d'Espagne la rejettera toujours , quand il aura tant soit peu d'espérance de parvenir à l'autre. C'est pourquoi , par deux lettres que j'ai , le même mois dernier, écrites à M. de Villeroy , que j'estime n'avoir été vues par vous à cause de votre absence , je le sup-
DU PHésIBENT JEANNIN. ijj
pUois faire eh sorte que Sa Majesté ne donnât aucune espérance de cette trêve simple à don Pedro , ni aux ministres des archiducs , encore qu'il en fût instamment prié et requis par eux , prévoyant bien que seroit ruiner ce que nous avons édifié ici avec beaucoup de peine et un long temps , et entreprendre aussi un œuvre plein de nouvelles et plus grandes difficultés , qui ne serviroit qu'à diviser ces peuples , au lieu que nous étions à la fin de notre travail , et près d'obtenir ce que nous prétendons.
Or je ne sais si ledit sieur Roi s'est si imprudemment conduit, et contre la foi que Sa Majesté et lui s'étoient promise au maniement de cette affaire; bien est-il vrai que sesministres ont eu de la jalousie et du déplaisir dès long -temps de voir que l'autorité de Sa Majesté fût plus grande ici, et les conseils qui venoient d'elle mieux reçus des États que ceux de leur maître, qui les a contraints bien souvent de les suivre, quoique ce fût à regret et pour ne les pouvoir contredire sans être vaincus. J'écris donc à Sa Majesté qu'elle û'en doit être en peine , et que nous empêcherons bien aisément que le roi d'Angleterre n'accomplisse cette promesse. Encore que le désir de plusieurs en l'assemblée des Etats seroit de recevoir plutôt ladite trêve au défaut de la nôtre que de rentrer en guerre , si vous peux-je assurer , monsieur , qu'ils ont tous si grande opinion et créance de l'affection de Sa Majesté envers eux , et de sa prudence et mûr jugement pour les bien conseiller , qu'en y contredisant et leur offrant secours lorsqu'il sera temps , ainsi qu'elle nous commande bien expressément de faire , nous les changerons tous , joint que la ZélanSe en-
58 NÉGOCUTIONS
lière et paiLi6 de la Hollande se sépareroient plutôt des autres que d y consentir. Dëjà nous y avons donné si boa ordre 9 que j'en peux assurer dès maintenant, ^insi que I@ y^ne% mieux par les lettres que nous lui <îcrivons , et celles de IVL de Villeroy, auquel je ms^nde plus particulièrement tout avec la commodité de $pn chiffre.
. J^ prpis ^ussi, monsieur , selon que vous me man* c}ez par vf>s lettres , qu'en demeurant fermes et im* muables en cette résolution, nous contraindrons le roi 4']^P^gnQ d^ Êiîre ce que les archiducs ont promis pour lui , et par ce moyen ferons une trêve honorable et avantageuse pour les Etats , et digne dn ^in et de|^ peine que le Roi a pris pour la leur faire abtenirt PU bien, si le contraire avient, que personne ue pourra blâmer Sa Majesté si ellis donne secours aux £tats , \2^ caDse desquels sera devenue plus juste, et eux ^ussi rentreront en guerre avec plus d'union et d'ar^imoaité que jamais : et pour le regard dti roi 4^AngleterFe , k crainte de perdre Tamitié de ces peiiple^ » qil'il juge lui être £brt nécessaire, et qu'ils ne ^ jettent du tout es bras de Sa IVfajesté , s'il est seul à les secqiirir , le contraindra , ou je suis l^ien trompé , 4 etr^ 4p, la partie , et pour l'y exciter encore davantage t il me laemble qu'on ne se doit pas tant aigrir ç(u^tr^ lui 9 à cause de ce qui s'est i^ssé , qu'il pense eja ebr64(^v^fîVl ifréeonciiiable , puisque I0 voyage de >don Pedrç ^ été fi peu fructueux que ces bell&s propositions, dont je vous entendis parler avaçt mon dép^^t de P^rJL3 » n'ont enfanté que du vent ; car l'amiti^ ^e Ts^utre en est plus désirable , et semble aussi 4eyoir'êlre recherchée ayec plus de soin. Nos pre-
DU PRÉSIDENT JEANNIJî. 79
mières lettres seront y s'il plait à ,Dieu ^ de ^ finale résolution des Etats , et au contentement de $a Majesté , ainsi que je Tespère ^t désire de toute mon affection. Pour le regard de l'affaire de M. le prince d'Espinoy, elle m'est si chère et recommandée .3ur le corn-
mandement que vous m'en ayez fait , que je n'en saurois avoir plus de soin quand elle seroit mienne, comme j'aurai toujours de vous témoigner par tontes mes actions le désir que j'ai de vous rendre tréshumble service. En cette volonté , je prierai Dieu , monsieur, qu'il vous conserve en tout heur et prospérité.
De La Haye ce quatrième janvier 1609.
Votre, etc. P. Ïe^nnin.
Lettre du Hoi à messieurs Jeannin et de Russjr , du
huitième de janvier 1609.
Messieurs Jeai^nin et de Russy , si le porteur de mes lettre^ 4u seizième du mois passé eût fait diligence., vous les eussiez eues devant m'avoir écrit la vôtre du vingt-huitième dudit mois , que j'ai reçue le sixième du présent* Je suis très-marr ji de cette faute ; néanmoii^s , puisque j'ai appris par votredite lettre que vous avez conduit le^ affaires si heureusement que je dois bien espérer du succès d'iceljes de la part des sieurs Iqs Etats des Provinces-Unies, j'en cuis consolé. J'^i surtout été bien aise d'avoir entendu que le& Aaglais aient couru uue même lance avep vous en. cette poursuite, sans y avpir v£|]rié ni fait contçnanqe de le vouloir faire , contre les espérances qtie Ton a dit que ledit Roi avoit données en Espagne , âujr les-
80 NÉGOCIATÎONS
quelles on fonde le refroidissement de la trêve , avec Tarticle de 'la liberté promis parles archiducs , tant au nom du roi d'Espagne que du leur ; mais il faut croire que lesdits Anglais ont reconnu ne pouvoir faire goûter ce changement auxdits Etats , puisqu'ils n'en ont fait autre démonstration. En tout cas je trouve beaucoup meilleur que les choses aient pris ce chemin par votre prudence et par leur foiblesse , que s^il eût fallu combattre une nouvelle ouverture procédant d'eux ] car comme notre conseil en sera toujours plus estimé , aussi celui dudit roi d'Espagne , s^il refuse de s'obliger, comme les siens continuent à dire qu'il fera^ sera tant plus blâmé , que , défaillant à sa parole , il nous offensera également , et nous obligera de même à épouser la protection et défense de la cause desdits Etats. J'entends que don Pedro dit que son Roi iie passera jamais ledit article , et qu'il se résoudra à la guerre tout-à-fait. Toutefois j'estime qu'il changera d'avis quand il saura la dernière résolution desdits Etats et la nôtre , et qu'il connoitra ne pouvoir obtenir la trêve simple à laquelle il aspire ; de quoi il faut que lesdits Etats se montrent fermes et constans , ainsi que je vous ai commandé leur dire -, car si en général , et même en particulier, ils donnent lieu d'espérer que l'on peut les ébranler et faire varier , lesdits Espagnols s'ppiniâtreront et les diviseront, auquel cas je serois contraint de retirer mon épingle du jeu 5 car je ne consentirois jamais qu'ils traitent qu'en qualité et comme Etats libres, ainsi qu'il a été déclaré et accordé du commencement , car c'a été sur ce fondement seul que je leur ai conseillé d'entendre auxdits traités/
t>Û PRI&SIDEIVT JEàNNiN. 8t
Maïs je désire que vous évitiez , s'il est possible , à leur bailler de présent Tacte qu'ils demandent , par le-* qxkû je déclare que tiens* les Elats libres et souverains pour toujours ^ en vertu de ladite trêve suivant notre projet ^ se contentant de ce que Vous en avez ci-fdevaat déclaré en leur assemblée ; car , d'un côté , je serai bien aise dette donner à leurs adversaires ce sujet de plainte ; diantre part ^ je n^estime ladite déclaration nécessaire auxdits Etats y lesquels doivent se contenter de tirer de moi des effets de Topinion que. j'en ai , tels qu'oui été ceux qu'ils ont ci-devant reçus de ma bonne volonté avec moindre titre et raison, pour ce regard. En tout cas , c'est ehotfe dont Ton ne doit parler que ladHe trêve ne soit accordée ^ pour la raison sagement prévue et touchée par votredite. lettre ; car indubitablement le conseil d'Espagne pren*' droit prétexte ,'sur une telle déclaration , de justifier le refus qu'il minute. Et avenant qu'il passe la car-, rlère de ladite trêve » lors s'il est jugé nécessaire que moi et le roi d'Angleterre baillions ladite déclaration , de quoi je vous dirai que j'aurai à plaisir d'être jdé« chargé , envoyez-moi la forme de laquelle vous serez d'avis qu'elle soit:dressée , i£n que je la considère « et vous ordonne sur icelle ma volonté » devant que de m'y engager plus avant; mais j'approuve quev^onseu'^ trepreniez avec les députés d'Angleterre d'aller à Bre-» da ou à Anvers , s'il est besoin , pour conférer et ar-* réler avec ceux des archiducs les conditions de ladite trêve , afin d'en faciliter et avancer la dernière résolution, et que ceux desdits Etats, se rassemblant avec les autres , n'aient plus qu'à écrire ce qui aura été négocié et convenu par vous. Toutefois avisez T. i5. 6
82 NÉGOCUTIOKS
si vous devez vous engager à cela que vous n'ayez tiré devalit desdhs ûrthidues utie assurance par écrit , plus expreste encore que celle qu'ils ont ûèjk donnée, deia tolontë du i*oi d'Espagne sur le susdit article de la liberté ^ afin de n*y aller à faute. Quant au secours d'arg€nt que lesdtts Etats désirent de moi , sachez que je n'ai jamais promis à léUrs députés de le rendre de quatre cent mille écus pdur l'auAée passée ^ si jd Teuese voulu faire ^ votts en eusses été les premiers avertis poux' leur faire aarvtdir.
Les déboûàlemëns de rivières ddat mon rbyàume a été visité Fanliée dernière , m'ont constitué «en des dépense^ leaLtrâmes , ré venant fa pf es de deux lâillions dé livres , de sotte qu'il faut que je regagne cetlae bnnée pat mou ménage ot épargne lesdirtes partes» Davantage , je veut£ voir quelle wm l'islue de ces affaires de Vabt que de mettre plus àvlint la main À là bourse , ainsi que j'ai dit audit député , ou mouron de quoi parez^vous de ce eottp le mieux que v6us pourrez 9 et côntinuèE & me donner souvent avis de toutes choses. Au reste , j'aurai à pltiisir d& totr les lunettes dont votre lettre fait meMioti^ etiisora qtrer j'aie à pré-» sent plus grand besoin Ae celles qui àidetit à voir de presque de loin. }6 prie Dieu , messieurs J^atminèt de Russy, qu'il vous ait en Sâ sàifitô garde».
Efcrît à Paris , le Iwuitièine jô%ir de janvier ^^609.
* Et plus bas, BkuiiAOT.
DU PRÉSIDBfiT J&ANNIN. 83
Lettte de M. de P^illehof à M% Jtannm, dudit jour
hmiieme âejamn^r 1609.
Monsieur^ vous nous av«t inltruits bien clairement par vos lettres du daiwèœe et s^zîèmô du ipass4 , que ^oas avons reçues le ooajièil^e 'du présent par le sieur de Colombier, de la disposition des affaires qae vous poursuivez par delà , et de naclimtidn et volonté de ceux ^ui ont plus de p^uvQir «en la directioQ d'icelles.^ de façoii que no)as ne nous arcôterons plus aux discours que nous jfeàa le jSiaur i^sans ^ lequel souvent nous représente -^^ dépeint les choses (1 autre couleur qu'il ne les croit li|i«>u4iae, pour souder et découvrir mî^ux pos-^ intentions , ou nous déguiser les siennes* Il a toi\jours loué celles du pnnce ]\Iaurice, et xaagiûfié son pouvoir^ aiâsi que nous vous avons écrit ;oe qu'il a fait , ^ mon avis ,plus par art que de créance qu'il ^ti ait eue ^ et néanmoins nous avoils çstimé devoir vous informer de tout ^ bien que nons n'y aypqs igouté foi » afin de vous en servir en vôtre conduite , laqueUe ^ été accompagnée de si grande {orudénce et patience ^ fortifiée d'ilfte sincérité et équanimité si conforme aux intentions et comn^n^ démens dû Roi ^ j^Ue vous dvez enfin réduit les choses aux bons termes que nous pouvions désirer , ainsi que naus avons, tippris par vos lettres du vingt-huitième dudit mois passé , sur lesquelles Sa Majesté vou% écrit présentement par la $ienne ^es intentions si dnirement que je n^ai rien à y commenter. Les Etats auront donc la trêve telle que nous la leur avons désirée pour acquérir et conserver en repos leur liberté , ou le roi
84 NEGOCJATIOKS
d'Espagne et ses conseillers découvriront, comme vous savez que leur reprocha une fois durant la Ligue en notre présence le feu évéque de Senlis , leur turpitude et perfidie. Vous n'avez pas fait peu d'avoir traîné avec vous les Auf^ais en cette conclusion ^ car ' les autres s'étoient bien projmis de les séparer, et leur faire jouer un rôle à part conforme à leur désir , soit que leur Roi en eul donné espérance Jaloux de notre conduite , à quoi il y a grande apparence , ou que les autres aient fait ce compte d'eux-mêmes pour se chatouiller i ou justifier la résolution qu'ils veulent que nous croyions qu'ils ont prise de ne quitter zrtx. Etats cette bénoiste souveraineté, pour être chose qui a été blâmée de toutes parts par leurs partisans, comme honteuse et grandement préjudiciable à leur prétendue monarchie. Or maintenant qu'ils nous verront unis en la résolution que vob$ avez prise par delà , certes , ils auront peine à prendre la leur.
Don Pedro n'a vu le Roi depuis l'audience de laquelle je vous ai rendu compte par mes précédentes ; il est au bout de son rôle , voyant , quoi qu'il dise et offre , que notre Roi n'a qu'une parole , et qu'il n'a jamais varié. Les avis que nous avons d'£$pagne s'accordent avec les langages que tient ledit don P^dro, que la résolution de son Roi est de ne s'obliger en ce traité. Toutefois nous n'entendons point qu'ils fassent encore autres préparatifs pour la guerre que la provision d'un million d'or, qu'aucuns marchands génois ont entreprit^ pour Flandre , payable à divers termes en cette année , à commencer à la fin de fôvi'ier , de sorte que j.'estime comme vous que le roi d'Espagne franchira le saut des archiducs quand il
Du PRÉSIDENT JEANiriN. 85
connottra ne pouvoir obtenir mieux ^ mais il faut éviter les longueurs et dilations , à quoi sans doute tendront les ministres d'Espagne , pour voir si , avec le temps , ils pourront roitfprê Funion des deux rois avec les Etats , et diviser cetnxrci entre eux-*mémes. Il &ut donc conclure ou rompre ce^ traités le plus promptement que honnêtement et raisonnablement Fon pourra faire.
Sa Majesté approuve que vous et les députés d'An-* gleterre entrepreniez cette négociatimi avec les ar* chiducs devant que ceux des Etats entrent en confé* rence avec eux ; mais nous avons opinion que lesdits archiducs attmidront le retour du confesseur devant quede joindre, et d'ailleurs qu'il seroit expédient que vous eussiez quelque parole desdits archiducs, encore plas assurée que n'a été celle-qu'ils ont donnée par le président Richaniot touchant l'obligation du roi d'Espagne, devant que vous engager en ladite conférence, pour besogner plus sûrement , et toujours obliger davantage les archiducs à tenir ce qu'ils ont promis pour ce regard. Toutefois vous pouvez vous dispenser d'en aser comme vous }ugerez être poUr le mieux; mais si vous pouvez exanpter , quant à présent , le Roi de Tacte authentique que les Etats requièrent de lui ton* chant cette souveraineté pour toujours , vous lui ferez plaisir ; car, à vous dire le vrai , il ne juge pas raison*^ nable de tirer cette conséquence en vertu du traité de trêve, puisquHl doit être limité^ partant il esti-* meroit forcer sa conscience et son propre jugement , disant la susdite déclaration , et donner juste sujet de l'ea blâmer et reprendre -, vont j aviserez donc s'il vottspkrit. Surtout vous ne permettrez que cela soit
86 WÉGOCIATIONS
proposé que ledit traité ne soit arrêté, pour la Inéme raison que vous nous avez écrite. Nous approuvons aussi celle qui vous a fait rejeter roûverture que les députés desdits Etats qui ont con£éré avec vous vous ont faite, pour la nomination de leurs alliés en leur traité 9 et spécialement de Sa Majesté , car il ne mous semUe bienséant qu'elle y soit comprise : il non»' est indifférent pour le regard des autres^ mais conservez auxdits Ëtats tant que vous pourrez ces titres de hauts etpuissans seigneurs^ car, comme vous dites , ils en ont tout besoin en la naissance de leur république. Quant aux biens omfisqués , tirez-en meilleur compte que vous pourrez $ nous remettons à vous cet article. Ca été le nonce qui m'a dit que les archiducs se relâcheront sur le temps de ladite trêve, et qu'ils ne feront dilfioiUté de Taccorder pour douze ans. Il me semblé aussi qiie nous devons espérer cela ^ là ré* poDse rdppoHée de Bruxdles par M. de Preamx ^ mais sachez qito nous sommes moins disposés que jamais d'octroyer le secours que Ton nous ckio^ande* L'oa m'a commandé expresa^ent vous en éorire la raison m%^ pos^eu la lettre dm Roi, laquelle n'a été déguisée à M. Aiërsens, san^ toutefois l'avoir encore désespéré du secours tout-ii^&it *, nous lui avons dit seulement que aous voulions voir encore plus i^lair en ces af&ires devant que de pronOpcer sur là demande dudit secourar. Ji'nstime que vous devez dire le mime où vous êtes , mais faire élut que nous nous exempterons de donner ledit secours s'il est possible. Je le vous écris afin que vous saiebiez nptre disposition. Je vous ai écrit par Galais^ le. premier de ce mois répondant à vos lettres du 3 1 pasaé , et vous assurant de l'entière con-
DU PKÉSIDËNT JEAlillIN. 87
valeseence du Roi , qui vous sera confirmée, par , la présente /avec les vœuK ordinaires de mon service , en pciani Dieu , moiisieur , qu'il vous conserve en parfaite ^iuité«
De Paris, le 8 janvier 1609.
Votçe-, etc. ns NairrvitLE.
. LeiUfe de, 9f* de La Bodtrie à M. Jeawun, du dùci&ne
MoHsiBun » jo vous ai écrit le vingt-septième du mois pi^sé. Depuis mms avons su ce qu^a dit le président Rickardot à M. de Préaux touchant la mutation arrivée ai Ëapagoe aux condilièi^ de voiare ' txève , dont on s^est fort offensé par deçà \ Fou s.^ dë£md à toute ouUimce , et démentis ne Boapqu^it point poof celai qui est Tautaur de ces avis. On se plaint bien un peu de M. de Preauk de ce qu'il a ouvert les lettres à Rruxelles sans y appeler M* Ediponts y et de vouf ausii, de ce qiie vous lui avez ordonné , et de plos, 4e ce qu'il n'a fait le rapport de ce q«W lui a dit sur ce sujet qu'à moitié, ayant omia ee que Tàr^ cfaiduc lui a dit que ce chaj^gement venoitde ce que don Pedro de Tolède avoit écrit . en Espace , mais , plus qoç de tout 9 s'oflhnse-tton qâe Ton ait ea nojtre Cour donné sitèt créaxiee à cetti^ caloannie , et voulu prendre là^desaus sujet de txaitfer à part* L'envie que l'on porte ici ^ i^ionneur que s'attire potre maître du succès de ce Irailé , pourroit bien augmenter la croyance <de ce q«ti en a été si franehem^nt proféré^ mais si vois»je tout plei|i de raisons dpqt la moins forte n'est pas que , quand ils eussent voulu entre^
88 NÉGOCUTIOKS
prendre ce que Ton dit qulls proposoient , il n'éloit pas en leur puissance , qui me font douter qu'il n y ah eu de l'artifice en ce qui a été dit *, vous y devez voir plus clair que moi , j'en attendrai votre avis.
Nous avons ici un certain don Fernando Giron , envoyé du roi d'Espagne et des archiducs pour remercier ce Roi des bons offices qu'il a jusqu'ici contribues à la confection de la trêve , et le prier d'y continuer, qui a eu deux audiences , et a été traité dudit Roi , en compagnie des ambassadeurs ordinaires d'Espagnç et de Flandre , avec toutes démonstrations de faveur. Ils en ont toutefois voulu recevoir une qui â été d'éu*e appelés à un certain ballet que va faire cette reine à l'imitation de ce qui se iit l'année passée y et Font de* mandée et poursuivie avec plus de véhémence que le personnage qu'ils jouent ne devroit permettre; Toute* ibis , sur ce que je me suis laissé entendre y et ai parlé de leur quitter la plaoe du tout si cela étoit, ils en ont été refusés , avec espérance qui m'a été donnée de me faire obtenir ce que je n'ai point demaiidé , pour ôter audit don Fen^ndo le regret d'y être présent. Oti se hâte tant qu'on peut de le renvoyer , et crois que Bon ambassade aura plus fait de bruit que d'effet. Il n'a nullement parlé de cette rétractation de souve-^ raineté , au moins à ce qu'on m'assure , mais prié seulement de poursuivre sur les erres commencées. Oa espère ici que M. le prince Maurice donnera quelque satisfaction plus particulière à ce Roi , sur ce que lui et M. Winood se sont piqués^ semblant ce qu'il en a écrit jusqu'ici trop général ^ et moyennant cela tout s'oubliera , qui est tout ce que je vous puis diire pour ee coup , vous baisant les mains très-*huniblement, et
BU PRÉSIDEDIT JBlDNIN. 89
priaQt Dieu , monsieur , vous donner longue et heu^
reuse vie.
A Londres, ce lo janvier 1609. • Votre y etc. La Bodbrir.
Acte contenant la résolution des Etats sur les principaux artides de la trêve à longues années.
GoHME ainsi soit que, dès le s3 de déeembre de l'an 1607, ^^^ sieurs Etats* Généraux des Pays-Bas- Unis ont unanimement , sincèrement et de bonne foi promis qu*en cas dfi progrès du traité pour une paix ou trêve à longues années avec leurs adversaires y au premier article d'ieelui seroit accordée clairement et expressément la qualité des Pays-Unis , comme pays et provinces libres , sur lesquels ni le roi d'Espagne ni les archiducs ne prétendent rien, en la meilleure forme , ^t qu^au même traité ne seroient admis ou accordés aucuns points es causes ecclésiastiques ni séculières contre la liberté du pays ^ et, en cas que de la part desdits sieurs roi ou archiducs seroit persisté au contraire , que le traité seroit rompu, lesdits roi et archiducs mis en leur tort, et de commune puissance des Pays-Unis , et s*il fût à împétrer des rois , potentats et Etats favorisant la cause de tes pays, la guerre reprise, et par l'aide de Dieu Seigneur tout puissant et bonne conduite , suivant la sincère intention desdits sieurs Etats, seroit menée à une chrétienne , honorable et assurée fin : et que le traité entamé pour la paix, par bonnes et bien fondées raisons , eh conformité de ladite résolution , étant rompu, les sieurs ambassadeurs dès rois très-chré*^
go JSliGOCUTIOIf s
tien et de la Grande-Bretagne , électeurs Palatin et de Brandebourg , marquis d'Anspach , et landgrave de Hessen, étanr, à la ajérieuse instance des sieurs Etats, envoyés ici sur le lieu pour en diriger ledit bon œuvre à une bonne issue , aient proposé une trêve à longues années sur les conditions contenues en un écrit par eux délivré tant d'un que d'autre côté , avec exhortation de s'y vouloir conformer; et qu'après plusieurs difficultés , finalement lesProvinces-^Unies, se confiant sur la très-grande aflection, sagesse , prévoyance et royale résolution desdits sieurs rois pour l'assurance et liberté desdits pa^ , leur bien etcon* servation^ cmt unanimement accordé et consenti d^n* trer en traité sur ladite proposée trêve. Mais craignant que leurs adversaii:es derechef ne voudront procéder de bonne foi, mais tâcher de tenir lesdits sieurs rois ^t Pays-BaS'-Unis par longueurs et t*amises en incerti^ tude , ils OAt 9 eu conformité de tedtte résolution du vingt-troisième décembre de l'an 1607 ) ^^ nouveau ynanimement, sipcèrement et de bonne foi promis Tuu à l'autre, et promettent par cette , qu'en cas de progrès dudit traité sur ladite trêve, le premier ar* ticled'icelui précisément sera maintenu comme s'en^ suit.
Preniièrement , que lesdits sieurs a«K:hiduôs dëda* reront d'al^>iidant , comme ils déclarent, tant en leurs noms qu'au nom dudit sieur Roi , qu'ils sont contons de traiter avec lesdits sieurs .Etats^-Généraux des Provinces^Unies , en qualité et comme les tenant pour pays^ provinces et Ëtets libres sur lesquels ils ne prétendent rien , et faire avec eux es noms et qualités susdites une trêve aux conditions ci-après écrites 5
^ DU PRÉSIOBNT JEÂNNIjy. Ql
qtt*ausst ne seront admis auonns points es causes ccdësiastiques ni séculières contre ladite liberté, ni nouveaux délais sur le trafic et navigation au^ Indei?, ou autres articles. Et en cas que , de la part dudit sieur roi d'Espagne ou des archiducs , soit soutenu le contraire, et qu'ils y persî^twt plus que huit jours, le traité sera rompu , le roi d'Espagne et àrclKulucs i^is en leur tort , et la guerre reprise avec vigueur et comtoune puissance des Pays-Unis , et , s'il est pos^le 9 des rois , potentats et Etats^ favorisant leur çaase , et par Vassistance de Dieu et bonne conduite, suivant Torigtoolle et immuaUe ia^tention dès sieurs Etats, rnebée à une chrétienne, honorable ti> assurée issue.
Fait' en rassemblée générale desdits sieurs Etats- Généraux , à La Haye, le onzième de janvier de Tan 1609. J. Oluem-Barnxveldt V*
Etpkia bas, par Tordonnance desdits seigneurs les Etats-Généraux , Aèrs^hs.
Lettre de messieurs Jaofmiifi ^t d^ Ru4Qr au Roi , du
quinzième junviçr i6o0^
Sire,
Les Ëtat^out enfin conclu et arrêté tous ensemble de faire la trêve suivanj; not;re projet; du moins ils y ont $i peu changé, quel n y a rien qui puisse être cause de rupture de iourcôté, isomme votref Majesté connoîtra par ledit projet que nous lui envoyons, s'il lui plaît de le faire conférer avec celui dontcopie fut donnée à M. le président Eichardot avant son départ de ce Heu , sur lequel.il ne fit pour lors aucune diffî-
92 KÉGOGUTIOHS
ciilté. Les Etals nous ont priés de vouloir être porteurs nous-mêmes de cette résolution , afin de savoir au vrai Tintentiou des archiducs , et , si elle est conforme à ce qu'ils désirent , prendre jour et lieu avec leurs députés pour y faire incontinent trouver ceux des Etats , et là conclure et passer le traité ; comme, au contraire , s'ils y apportent quelque difficulté , du moins en ce qui est des articles principaux , ou bien veulent tendre à nouvelles remises, de n'y plus penser et rompre du tout ; ils l'ont ainsi résoki en l'assemblée générale , sur l'instance qu'en ont faite ceux de Zélande , ce qui toutefois n'a été sans dififrculté. Il est bien certain, si nous n'eussi<ms parlé clairement de l'intention de votre Majesté , môme à ceux qui conduisent les afiaires, pour retenir les uns et encourager les autres , que les alOTaires n'eussent passé de cette façon, en quoi la vérité est que le sieur Âërsens s'est bien conduit, comme M. le prince Maurice nous l'a dit lui-même , non qu'il y fût présent, mais pour l'avoir appris d'aucuns de l'assemblée auxquels il se fie. Nous pensions envoyer M. de Préaux vers les archiducs pour leur faire entendre cette résolution, et, s'ils veulent traiter, qu'il ne faut plus user de remise , ni mettre en avant aucune ouverture *j mais les députés d'Angleterre ont contesté avec véhémence qu'autre n'y devôit être envoyé qu'un courrier , pour porter notre lettre et en rapporter réponse , et, afin qu'il n'y ait aucune longueur, que chacun pourra écrire , nous à l'ambassadeur de votre Majesté , et eux au leur , pour solliciter cette réponse , laquelle reçue nous partirons aussitôt pour aller à Berg-op-Zoom, Breda ou Anvers, Fun desdits
DU PBÂSIDENT JfiAVNIN. gi
lieux qu'ils voudront choisir, pou^ conférer avec leurs députés et apprendre leur résolution. Nous avons été contraints, pour ne leur donner aucun ombrage du voyage dudit sieur de Préaux, d'approuver cet avis.
M. de Berny recevra par le même courrier nos lettres , qui Finstruiront de ce qu'il aura à faire sui-^ vaut le commandement de votre iSajesté, même pour empêcher toutes remises, attendu que les Etats ne veulent plus continuer la trêve après qu'elle sera expirée, sinon qu'on soit entré si avant en traité qu'ils ne puissent plus douter.de la conclu^on d'icelui. Lesdits sieurs députés d'Angleterre font tout ce qu'ils peuvent pour efiTacer la mauvaise opinion qu'on a conçue contre leur maître de la proposition laite en Espagne de sa part , et disent que si quelqu'un de ses ministres l'a fait, c'a été sans charge ^.et qu'étant découvert, leur maître lui fera trancher la tête. Il est vrai que ce n'est en public qu'ils tiennent tels langages , et les ayant excités dé le dire eoi l'assemblée générale qui sait tous ces mauvais bruits, ijb ont refusé de le faire. Nous faisons toujours de notre ^ cdté tout ce qu'il nous est possible pour les en|[Kger à soutenir notre projet et à rejeter toute autre ouverture 9 et même hier , en l'assemblée des dé{HUés des Etats , après avoir entendu leur résolution , nous leur fîmes cette réponse, qu'ils avoient prié un sage conseil de suivre l'avis de votre Majesté et celui du roi d'Angleterre sans y rien changer, pource qu'en se conduisant ainsi ils obligent vos Majestés aies secourir si leurs ennemis rompent, dont nous les aurions assurésVen y ajoutant que lesdita députés
94 NÊGOCIATÏOIVS
nous âvoient dit que c^étoit atkssi rintenlion de leur maître d'en faire autant, ce qu'ils déclarèrent à Tinstant, et qu'ils apprauvoient comme nous le décret des Etats , à& ne se point départir de notre projet. Votre Majesté montre n'être contente de la prolongation de la trêve , encore qu'elle soit pour ' peu de temps : si nous eussions reçu son commandement àVaM que l'avoir fait , il nous eût mis en très-grande peine , car il n'y avoit aucune couleur pour l'empêcher, attendu qit(è le temps de la précédente trêve étoit coulé inutilement, non par la faute et demeure des arditducs, mais par celle des Etats qui ne prirent leur résdutionqu'avanthier , quoique nous les ayons pressés avec toutes sortes d'importutiités pour la leur faire prendre plus tôt. Toutefois, comme c'est à nous d'obéir ponctuellettiétit , fidus eussions cherché des raisons pour colorer cet empêchement, qui eut sans doute élé prie de très-mauvaise part paj: ceux qui désireut le i^epos , eussent cru , au lieu que c'a toujours été son inteittion d'aider à faire la trêve suivant ïiotre projet ) qu'elle tendoit i^àintënant à une entière rupture* Ot^ nous estimons ,. Sir« , si les £tats suivent leur îdélibéràtioti de rompre ati cas qu'on ne* leur iiccorde ce qu'ils demandent ^ comme nous nous promettt)As qu'ils feront , y étant fômentéi; et fortifiés par l'autorité et le conseil de votre Majesté , que ce délai h'âursi été qu'à propos. Tout nmre soin sera donc dorënâvàftt de faire suivre pr^cifeéraent Celte déli?bérw;imi i et d^empêcher qti'on tirait encore recours à la trêve d*un an plutôt que de rompre^ car, encore que chacun dise à présent le contraire , et que ce seroit crinje d^en parler ai\jourd'hui , nous ne
DU PBÉSIDENT JEAT^NIN. gS
laissons de nous défier de tout , et , en prévoyant ces incoDvénietis , donner Tordre que nous pensons être requis pour nous en garantir » et faire par ce moyen que son intention soit du tout sniyie. Mv le prince Maurice nous aide , et fait à présent tout oe que nous lui conseillons. Le sieur Barneveldt a fait. aussi tout devoir pour vaincre les empéchemens qui se sont rencontrés en lapk^ovioce de Hollande, touchant Tajôte requis par ceux de Zélande. Il est vrai qu'on avoit fait en la même province de Hollande une proposition de casser les gens de guerre dotit le paiement est assigné sur la généralité du pays , lesquels sont en nombre de près de huit mille honukies. Cet avis nous mit en peine ^ tam nouB> fûmes incontinent avertis que c'étoit à Focéasion de ceux de Zélande et de trois autres provinces qui refusent avec eux d'en payer leur part, encore que la. Hollande et deux autres aient offert la leur , et qu'en parlant à eux ^ et leur remontrant le grand préjudice qu'ils se feroient^ attendu quils sont pfes de finir ou de.romfpre, on les accorderoit aussitôt , ce que nous avons. Ëiil , et ils y ont acquiescé. La vérité est néanmoins que ^ans nous cette colère Véi^uffoit , et les eut peut-*étre portés à &ire une très'^grandba faute. Notis leur avon^ ausâ à cette occasion donné . quelgue espérance dil secours de votre Majesté , d'autant que les gens de guerre assignés sur la généralité , àvoietit accoutumé d'être payés des deniers dont elle les gratifie. Cest pourquoi nous la supplions très-humblrâient de leur contiauer cette grâce pour éviter le désordre que pourroient commettre, ces gens de guerre , aux* quels là solde est due 4e près de quatre mois , qu'il
g6 îiéCOGIATIOKâ
h*y a moyeii de prendre pour le présent sur ces pro-> vinces sans les mutiner Tunè contre l'autre -, etsar ce nous prions Dieu, Sire, qu'il donne à votre Majesté tout heur et prospérité.
De La Haye, ce quinzième jour de janvier i6o9« Vos , etc. P. Jeannih et Russy.
Lettre de M. Jeannin à M, de f^iUerûjr , duditjour
quinziènêe de janvier i6og.
Monsieur , j^ai reçu vos lettres du premier de ce mois , par lesquelles vous accusez bien la réception des miennes du 21 du mois passé, mais non de celles du i3 et 16 que vous aurez depuis reçues de M. de Colombier, qui a demeuré long -'temps sur la mer à cause des vents contraires ; et néanmoins ce chemin est le pins sûr et la plus court , car la même dif* ficulté est pour les vents du côté d'Anvers , et on n'y peut aller le plus souvent par terre à cause des eaux. Les Etats ont pris leur résolution. Celle du Roi a donné du courage aux uns et retenu les autres pour les faire arrêter à notre projet , approuvé enfin par eux tous, sans aucun changement qui puisse être cause de rupture. Il y a délibération qu'on ne changera rien es principaux ai;{icles, et s'ils sont refusés qu'on rompra , à quoi je vois un chacun disposé^ et le sieur Bameveldt même , sur lequel je jette toujours les yeux pour considérer toutes ses actions «m'en a donné si grande assurance , que je n'eu fais plus de doute r, aussi soyez, s'il vous plaît , hors de peine de ce côtéi. M. le prince Maurice aussi , qui y prend garde et veille soigneusement à tout , croit maintenant noire
DU PRÉSIDENT lEilNNIN* 9^
conseil , et juge bien que le mieun qu'on puisse es-^ pérer de cette affaire, est de la faire résoudre selon lé désir du Roi, sans lequel il se tient foible, et avec lai pense être assez puissant pour rompre tout ; et à la vérité, malgré que le roi d'Angleterre en ait , Sa Majesté sera arbitre de tout ce qu'on fera ici.
Vous vous étonnez par vos lettres de ce que je n'ai pas rendu compte assez particulièrement à Sa Majesté de ce qui s'est passé entre nous et les députés d'Angle^ terre sur- le sujet des lettres de M. le président Ri-^ chardot : je l'ai fait exprès pour n'aigrir davantage la juste colère de Sa Majesté ; mais ci vous peux^je assurer de leur en avoir parlé fort rudement , et dé-* claré ouvertement^ si leur maître a £stit telle pro-^ messe, qu'il s'est bien fort mécompte, et que Sa Majesté ne souffrira jamais que ses amis soient ainsi trompés , ayant assez d'autorité et de créance en^ vers eux pour leur faire prendre de meilleurs conseils $ joint qu'ils savoient bien être impossible de le leur persuader , et que cela ne serviroit qu'à les diviser ou faire rentrer en guerre. Ils ont nié tout , et depuis peu de jours nous ont dit avoir reçu lettres de leur maître , qui leur commandent de dire par-tout qu'il n'y a jamais pensé , et si quelqu'un de ses n^hiistres l'a fait , qu'il lui fera trancher la tête. Carron a aussi écrit à M. de Bàrneveldt que le roi d'Angleterre lui a tenu les mêmes propos, et M. de Bàrneveldt a Êdt voir cette lettre aux Etats par mon avis pour ôter toute espérance à leurs ennemis , et à ceux qui les voudroient favoriser , de pouvoir parvenir à cette trêve simple» Il est vrai, comme vous me mandez , que le sieur de Bàrneveldt a de l'amitié avec T. i5. 7
98 HÉGOCUTIOWS
M« Winood) mais là nôtre est deyentre plus puissante en son endroit , et crois qu il s'y attachera plus volontiers : bien désire-t-il que les deux rois soient mieun ensemble qu'ils ne sont de présent , le jugeant nécessaire potir là sûreté de leur Etat. J'estime aussi qu'il vaut mieux encore en chercher les moyens que de les rendre du tobtir^cOnciliables , considérant comme vous êtes en Espagtie , et que vous trouverez toujours autant d^ tromperie de ce côté-là , et ^lus encore de raisons d'Etat pour nous dissuader de leur amiâé que de l'autre*
J'avois prtié M. de Preâux d\ilter h. BruiEelles -pott ôtèr toute espéranK;e au président Riohârd<)t de la trèv« siksple , de edle d'on an , hi tde toute autre prokmgatton , comme aussi pour lui représentor les tairons dont vous m'écrivez pour faire 'que les archiducs préviennent le Iretonr du confesseur ; iqb^ les Anglais y k)nttontredit avec tant de véhémeiice , qne |é m^e^ suiS'iabstenu : tout leur est susj^ect, et ne peuvent souQrir cpi'avec trop gralKl déplaisir que ï'aii»torilé du Roi devance de si loin celle de leur maître. Pe«t-ôtre)eur conduite n'a pas mérité qde nous usions de^e respect; mais d'autres <!o»8idéra tiens me relienneni^ ayecle^ésir que j'ai de trouver moins de ecntktridictton ; ear eil y procédant àinii , ils ï^gtient bien souvent et vouloir ce quî est àontre l^r désir. Or .je fie kâsse pas de satisfaire à ce que Srùns me ffiamidez, tpiit les lettt^ qàe j'écris à M; dé Berny. Il me e^ttble bien encore que vous te pourries mieuiE faire à l'endroit de Peekius , lequel est créature An président Bichardot. JV^spère que nous serons bientôt Vers eux pouf le faire moi-mâme ^ et néanmoins
j^i toujours quelque crainte de leurs délais, et qulls ne soieat longs à nous renvoyer leur réponse. IVL de Préaux eût aussi beaucoup servi pour les iàvi^ucer; M, de Berny et les lettres fort pressées que j'écris au président Eichardot y suppléeront.
Vous me mandez que \e Roi a été mal content de la prolongation de la trêve. Considérez , s'il vous plaît , monsieur , qu'il étoit du tout impossible de Feiiïpêdier , et qu'il n'étoit pas juste aussi d'en faire instance ^ attendu que le temps de k précédente trêve ^toit coulé inutilement par la faute des Etats ^ non par celle des 'archiducs. Nous eussions toutefois suivi lecommândement de Sa Majesté s'il fût venu as^z à tetirps. Il nY^rien de g&tépour cela ^ les affaires ne furent jamais en meilleur état qu^elles sottt^à présent en ce fieu , ainsi le ^urjdus dépend d'Espagne , dont j'espère toujours bien , et néanmoins avec quelque défiance V pour les langages que leurs principaux ministres tiennent j et le jugentïent que vous enfaites. Si les archiducs avoient assez do courage , ils feroieiit ce ttue vims me mandez , mais on n'en doit pas attendra oette résolution. Rien ne sera omis pour persuader leurs ministres , si je les peux approcher. Je ne vous lavois pas prié de faire donner le voyage à Baucfuemaré , car il s'en alloit en France , et ne porta nos lettres que par occasion-, je l'en aï bien repris : rsms il ne pouvoit^enirà temps, quelque diligence quHl eût faite , attendu que vos lettres sont du seizième , et la trêve fut conclue et envoytée Ïq vingtunième. Vous ne me tnandez pas précisément votre avis, et la volonté du Roi, touchant l'acte que les Etats ont requis de nous pour assurance de leur liberté ;
loo néGOGUTioirs
iaites-le , s'il vous plaît v je vous en ai mande le miefti qui est remis à votre censure. Je n'ai point vu le gentilhomme de M. le prince de Condé^ que vous me mandez être porteur de votre lettre , mais elle a été envoyée par la voie de Calais à Flessingue , puis ici. Je suis , monsieur , votre , etc. P. Jeannin.
 La Haye, ce quinzième janvier 1609.
Lettre de M. Jearmin à M, le duc de Sully , dudit jour
quinzième de janvier i6og.
MoKsiBUR y les Etats ont enfin , à notre très-instante poursuite , pris leur résolution conforme à notre projet 9 du moins avec si peu de changement , qu'elle ne contient rien qui puisse être cause de rupture de leur côté. Ils ont aussi arrêté , par délibération générale , si les princes avec lesquels ils traitent ne veulent consentir l'article de la liberté, tant en leurs noms qu'au nom du roi d'Espagne , et en la forme qu'il est couché par icelui projet , ou bien prétendre quelque innovation en la religion , de rompre à Tins-' tant , et, passé le temps de la nouvelle prolongation qui doit durer jusqu'au quinzième de février seulement , de n'en plus faire d'autre , sinon qu'on soit entré si avant au traité, qu'on puisse. juger* avec certitude que la conclusion s'ensuivra* Us sont à présent tous fort unis et en bonne intelligence , soit qu'ils aient cette trêve , ou qu'ils soient contraints de rentrer en guerre. Si on demeure, d'accord de quitter les confiscations , j'en ai fait mettre expressément un article en faveur de M. le prince d'Êspinoy, dont je vous peux assurer que je serai bon solli-
DU PRÉSIDENT JEANNin» lOI
citeur. II ne reste plus qu*à savoir la volonté du roi d'Espagne ; mais si elle est telle que chacun publie , nous aurons perdu le temps. Il est vrai que la conduite du Roi eqi ce qui s'est passé a été accompagnée de tant de candeur et de prudence , que Sa Majesté en sera toujours louée partout , quoi qu'il en avienne. Pour moi , quelques bruits qu'on fasse courir de l'intention du roi d'Espagne, j'en espère mieux, et me semble que les archiducs ne se fussent engagés si avant sans en avoir quelque assurance.
II peut bien être que ledit sieur Roi a quelquefois espéré cette trêve à meilleur marché ; mais les archiducs^ qui savoient certainement le contraire, et mieux depuis quelques jours que jamais , l'en auront pu avertir pour lui ôter cette fausse opinion , et persuader de prendre le conseil qui semble être nécessaire s'il veut sortir de cette guerre. Je me peux tromper en ces conjectures , et en faut attendre l'événe-v ment que nous verrons bientôt^ car messieurs des Etats désirent que nous allions conférer avec les députés des archiducs pour savoir leur dernier mot sur les principaux articles , et en être assurés par nous avant que d'envoyer leurs députés. Nous en avoïis écrit à l'archiduc , messieurs d'Angleterre et nous , ki donnant avis que nous nous acheminerons à Anvers , aussitôt que nous aurons reçu sa réponse , pour conférer sur ce sujet avec ses députés. C'est Tétat auquel sont les affaires en ce lieu , dont je désire le succès aussi heureux que je suis affectionné à vous rendre très-humble service , comme étant y monsieur , votre , etc. P. Jeannin.
A La Haye , ce quinzième janvier 1609.
IO!l NÉGOCIATIONS
Lettre écrite à V archiduc par messieurs les ambassadeurs de France et éf Angleterre , dudit Jour ï5 janvier 1609.
Mo5fiEiGN£uat les £tat$--GéQéraiix ont enfin, à notre très-instante poursuite , et après plusieurs longueurs et difficultés , pris résolution sur le projet de la trêve, dont copie avoit été doni^ée à M, le président Richardot avant son dé{]art de ce lieu , nous Tayant fait entendre et donné par écrit , avec prière , tout ainsi qu^ils nous ont éclaircis de leur intention pour parvenir à la conclusion finale de ce traité , que nous en voulions faire autant à Tendroit de votre altesse , et nous instruire par conférence avec ses députés de la sienne, afin qu'eux étant après informés et assurés par nous, ils commettent |iu même temps des députés pour se trouver au lieu dont on conviendra y et par ce moyen finir ce traité. Nous envoyons à cette occa-* sion ce courrier exprès avec nos lettres pour lui en donner avis, et que nous partirons pour aller à An** vers, aussitôt que nous aurons reçu sa réponse , dési-*reux d y trouver ses députés pour conférer avec eux sur ce sujet , ce que nous supplions très-hunxblement votre altesse être fait sans aucune remise ni longueur, afin que nous puissions mettre bientôt une heureuse fin à cette afiàire, qu'il lui plaise nous mander son intention au plus tôt pour ne plus perdre le temps. Cependant nous prions Dieu , monseigneur , qu'il dotute à votre altesse , en très-^parfaite santé , très-heureuse et longue vie.
De La Haye , ce quinzième janvier 1609.
Vos , etc. P. Jeannin , Russy , Ri. Spencer ,
Rodolphe Wi^oojd.
DU PRésiDBNT JB«IfIlf. Io3
Lettre particulière dis 4^. Jeannin à M. le président Ri^ chardon > dudit jour g^j^ifizième d» janvier 1609.
Moifs^EUR , I^s Etata ont pri» leur résolution avec peine, Joogueur et difficulté \ mais elle est telle qu'à mon avis -voua u'y trouverez rien qui puisse empêcher la coi\clusion du traité qui nous a donné tant de ])eine et de fâcherie. Or, ils nous ont prié , tout ainsi que nous avons appris leur résolution, de savoir aussi celle de son altesse , et à cet effet d'en vouloir conférer avec les députés qu'il lui plaira commettre. Cest la raison pourquoi nous lui envoyons ce courrier exprès pour lui en donner avis , et que nous partirons pour aller à Anvers aussitôt qu'il nous laura apporté la réponse de son altesse , en ^espérance d'y trouver messieurs les députés pour conférer avec «ux sur ce sujet; car jusqu'à ce que nous soyons instruits (le son intention et résolution , du moins sur les principaux articles , les Etats nous ont dit qu'ils n'entendent envoyer leurs députés pour traiter , ni même convenir du lieu et jour. Je vous supplie donc bien humblement vouloir faire expédier au plus tôt ce porteur, afin que nous puissions achever cette affaire avant l'expiration de la trêve , du moins l'avancer en sorte qu'on puisse juger avec certitude que la conclusion s'en ensuivra. Je me promets , si nous employons IS temps sans remise et avec affection yxp.^ l'issue en sera heureuse. On fait courir des bruits , et vous nous l'avez écrit , qu'aucuns ont fait espérer en Espagne la trêve simple \ mais croyez , "monsieur, que c'est chose si éloignée de l'intention des Etats, qu'il est du tout
Io4 SÉGOCIATIOirS
impossible de leur persuader , et qu'il n^ a moyeu plus propre pour rompre tout que d'^i parler , dont , si vous en jugez ainsi de votre côté, je prëvois que nous aurons travaillé en vain. Je le dis à vous qui avez été sur le lieu , et avez reconnu ceux auxquels vous avez affaire pour en mieux juger qu'aqcuD: antre. Notre Roi y a procédé sincèrement et de bonne foi ; nous y continuerons par son commandement, et je sais bien que nous donnerons sujet à son altesse de se louer de notre conduite. J'ai aussi la même opinion de messieurs d'Angleterre ; j!en écris encore à M* de Berny pour vous en conférer, et vous baise trèshumblement les mains , comme étant , monsieur , votre , etc. P. Jeawwin.
. A La Haye , ce 1 5 janvier i6og.
Lettre de M. Jeannin à M. de Benvy ,' dudit jour quin-'
zihme janvier i6og.
Monsieur, nous écrivons , messieurs d'Angleterre et nous, à son altesse , et moi en particulier à M. le président Richardot, pour les avertir que les Etats ont pris leur résolution , qui ne contient rien qui puisse être cause de rupture , et que nous attendons seulement le retour du porteur , et la réponse à nos lettres pour partir aussitôt , et nous en aller à Anvers, où nous supplions slon altesse envoyer ses députés , afin que nous puissions conférer avec eux, et ap* prendre son dernier mot sur les principaux articles , sans quoi les Etats disent ne vouloir envoyer leurs députés , crainte de s'assembler encore en vain , ayant fermement résolu d'en sortir à ce coup, sans souffrir
DU PRÉSISEKT JEAIININ. Io5
aucune autre remise , ou de rompre du tout. Vous eu avertirez, s'il vous plaît, ledit $ieur président, afin qu'il donne ordre *que nous ayons tôt leur réponse pour ne laisser couler inutilement le temps de la trêve , après lequel les Etats ne consentiront point de la proIoBger , si ce n'est qu'on soit entré si avant en traité que Ion puisse juger avec certitude que la conclusion s'en ensuivra. J'estime que les Etats ne feront aucune difficulté d'envoyer leurs députés à Anvers , même lorsque nous le^avertirons qu'il sera temps de le feire. Je vous supplie de dire à M. le président Ricbardot qu'il ne s'attende point à l'ouverture de la trêve simple, et, si quelqu'un la met en avant , qu'on les trompe , et que les Etats ont unanimement résolu de n'entendre à aucune autre ouverture qu'à celle de notre projet.
Le Roi désireroit aussi que les archiducs voulussent dès.maintenant conclure ce traité avec nous , tant en leurs noms qu'au nom du roi d'Espagne , duquel ils ont bonne procuration , sans attendre le retour du confesseur , pour la crainte que Sa Majesté a quHl.ne rapporte pas bonne réponse -j estimant aussi qu'ils pourront s'en excuser envers le roi d'Espagne , sur ce que nous les aurions pressés de conclure , sinon que les Etats voulôient rompre sans remise , attendu qu'on excuse et approuve toujours plus volontiers ce qui est fait qu'on ne donne permission de le faire. Je désirois d'envoyer encore M. de Préaux pour faire cet office avec vous ; mais les Anglais y ayant contredit avec véhémence , je m'en suis abstenu pour ne leur donner aucun ombrage. Vous traiterez , s'il vous plaît, avec ledit sieur président seul de ce dernier
I06 2ÎÉ60CUTIONS
point 9 et sans le conununiquer à personne ; mais il est bon de poursuivre en commun avec Fambassadeur d'Angleterre la réponse de son altesse , et qu'elle soit prompte , afin que nous ne perdions plus le temps. J'envoie à cet effet un laquais pour la rapporter , à cause que le courrier Picault doit passer en France. J'y eusse bien envoyé quelque autre , mais n'étant question que de rapporter des lettres , et de venir par eau y un autre n'eût pas fait plus de diligence. Je vous supplie encore bie^ humblement , et de toute mon affection, de le faire dépêcher tôt, afin que nous soyons plus tôt vers vous , et que j'aie l'honneur de vous voir, et de vous dire moi-même que je suis, monsieur , votre , etc. P* Jba.iîmn.
A La Haye, ce quinzième janvier 1609.
Lettre du Roi à messieurs Jeannin et de Russjr , du dix^
neuvième janvier 1609.
Messieurs Jeannin et de Russy, vos lettres du premier et quatrième de ce mois , que j^ai reçues le quinzième , m'ont contenté , pour avoir su par icelles que les sieurs les États en général , et mon cousin le prince Maurice, et le sieur Barneveldt en particulier, avec les principaux du pays, sont biep disposés et résolus de ne traiter , si l'article qui concerne leur liberté ne leur est accordé , au nom du roi d'Espagne comme des archiducs , eu la forme qui leur a été proposée et promise sans aucunement s'en départir ; car il importe grandement à la réputation et sûreté de leur république qu'ils ne varient en ce point, sur lequel seul ils ont fondé la première délibération
DU PRÉSIDENT JEAÎÎNIN. 107
quils ont prise d'entendre auxdits traités, comme a été Tapprobation que leurs vrais amis en ont faite , et les conseils qui leur ont par eux ëtë départis, en suite de cette pranaièrè ouverture, pour les y conforter et assister. Il seroit honteux et ridicule aussi que nous ayant montré par leur conduite ne s'être laissés aller à ces traités que pour justifier et fortifier , par la œssion et approbation de leurs adversaires mêmes , ce titre de liberté et souveraineté par eux si long-temps débattu, et enfin acquis au prix de leur sang, non moins géûéreusement qu'heureusement , à présent s'ils s'en dcpartoient , après tant de déclarations et protestations si expressés qu'ils ont faites , et les offres publiques et réitérées promesses avec lesquelles ifs ont été conviés et entretenus de cette espérance jusqu'à présent , tant du côté d'Espagne que de celui desdits archiducs, lesquelles ont été divulguées et sues , et comme approuvées d'un chacun 5 tellement que si maintenant ils s'en relâchoient , ils condamneroient eux-mêmes leurs armes passées d'injustice , le gouvernement futur de leur république de rébellion , et leur procédé en cette action de légèreté et imprudence trop grande; à quoi participeroîent avec infamie leurs alliés , lesquels , pour s'en garantir , seroient contraints aussi de changer de conseil , ainsi que lesdits Etats auroient fait de leur part. Et ne sert de dire maintenant qu'ils sont libres et souverains , et qu'aucuns leurs voisins et alliés les tiennent tels , et partant n'avoir besoin pour ce regard que leurs adversaires les reconnoissent et déclarent tels , attendu qu'ils ont montré désirer cette cession , l'affectionner et opiniâtrer , comme ils ont fait ,' avec tant de cha-
Iô8 NÉGOCIATIONS
leur, qu'ils ont donné sujet de croire à tout le monde, et même à leurs plus spéciaux amis, qu'elle leur était nécessaire , autant pour fonder et assurer mieux leur Etat à Ta venir, que pour justifier la guerre qu'ils ont faite ci-devant.
Je vous répéterai donc que je ne puis être d'avis qu'ils renoncent à ce point , pour entendre maintenant à une trêve simple qu'aucuns mettent en avant. J'ai donc été bien aise de savoir que les députés du roi de la Grande-Bretagne improuvent aussi comme nous ladite ouverture , et vous eif aient fait les déclarations que vous m'avez présentées.
Mon ambassadeur m'a écrit que le comte dé Salîsbury lui a tenu pareil langage , et qu'il s^est plaint à lui de la lettre écrite parle président Richardot sur ce sujet, l'attribuant à pur artificel II lui a dit aussi que ce don Fernando Giron , nagùères passé en Angleterre de la part du roi d'Espagne et desdits archiducs, n'en a parlé à son maître , ni à ceux de son conseil, mais les avoit seulement remerciés des bons offices
qu'ils ont faits envers lesdits sieurs les Etats pour les porter à la paix 5 et toutefois l'on m'a écrit le contraire d'Espagne et d'ailleurs , à savoir que ledit roi de la Grande-Bretagne a fait proposer ladite trêve simple sans parler de liberté ; et je sais que depuis cela les-conseillers et ministres d'Espagne ont déclare et publié partout , comme ils continuent encore, que ledit Roi ne passera jamais ledit article. J'ai même appris que don Pedro de Tolède , qui est ici , lequel je n'ai vu ni eu nouvelles de lui depuis lui avoir fait dire par le nonce que je ne pouvois approuver ladite trêve simple, doit passer en Flandre exprès
BU PRÉSIDENT JEAKNIN. I69
pour empêcher que les archiducs obligent ledit roi d'Espagne en ce premier traite ^ mais peut-être que lesdits Espagnols font toutes ces mines pour couvrir la honte qu'ils estiment que ce leur est de quitter ladite souveraineté , et traiter avec lesdits Etats , qu'ils ont toujours appelés rebelles, en qualité de gens libres. Cest pourquoi j'ai quelquefois estimé que les archiducs feroient plaisir aux autres de franchir ce saat dès à présent , et y engager le nom dudit Roi contre ses propres défenses et déclarations. Or , j'ai voulu faire sonder sur cela la disposition et intention de Tarchiduc par le président Richardot \ et, parlant audit archiduc même , j'ai reconnu que ledit président se laisseroit aller à cela plus facilement que son maître , qui porte tant de respect audit roi d'Espagne, qu'il fera tout ce qu'il pourra pour ne lui déplaire en cela non plus qu'en autre chose ^ mais toutefois le président Richardot a déclaré que , si leur confesseur ne lui apporte des défenses plus expresses d'engager le nom dudit Roi que n'ont été celles que ledit archiduc avoit reçues jusqu'alors , qu'il sera d'avis qu'il passe outre et serre le marché -, car il avoue qu*il fera Iç service dudit Roi en ce faisant ^ et que l'on lui en saura , avec le temps , plus de gré qu'il n'en sera blâmé et repris du commencement ; mais il faut que nous considérions si les Etats peuvent traiter sûrement en cette forme.
Nous avons vu les pouvoirs que ledit roi d'Espagne a ci-devant envoyés auxdits archiducs pour traiter en son nom. Il faut juger s'ils sont suffisans pour y dûment obliger ledit Roi comme il convient 5 car vous savez que , par lesdits pouvoirs que nous avons vus ,
liO NÉGOCIATIONS
ledit Roi déclare, si on ne tombe d'accord par ledit traité , tant en matière de religion que de tout le surplus , entendre qne la déclaration de ladite liberté demeure iiuUe et ne puisse préjudicier à ses droits. Il est vrai que c'est une clause ordinaire , et une présupposition et Conséqueneèr nécessaire , d'autant que la seule exclusion et rupture de» traités que Pou prétend faire , annule et détruit entièrement tout ce qui auroit été auparavant prt)jeié et déclaré tn vertu Vieeux, et deïneurent toutes choses en Tétat et aux termes où elles étôient auparavant ; mais j'ai ouï que i'oii commence à dire , et tti'en a-t-on déjà fait parler pàt le Pape , que ledit roi d'Espagne Veut faire instance du point de la religion, aussi bien par ledit traité de irève qu'il à ci-devànt fait quatid il à été questiûn ^e lk;pàiic., exprès? polir avoir ce sujet de rompre. Tâi fait répondre au Pape n'être raisonnable de parler dn fait de h religion , attendu que l'on ne prétend faire qu'une trèvç* Et quand on a reparti qu'il étOit aussi peu taisonnable de passer celui de la liberté par ladite trêve , j'ai soutenu que cette difficulté avoitélé vidée •dès le coinmeneemeût par les offres et promesses faites ^r lesdits archiducs , tant en leur nom que dudit roi d'Espagne , à Savoir de firire ladite trêve avec lesdits "Etats , eômmé ^vec gews libres sur lesquels ils ne prétendent rren , et qu'en suite de Ce premier accord l'on avoit depuis traité ladite trêve , sans fairôte SQS- ^^ite'difficufté ; Hpl'à ptésett^ il «étoit hors de maison de Ik remuer, si <m avdit énvie de faîre'cesser !a guerre •^ui Pays43as , et affiertnir là paix publique ^e la chréttenté. Or j'estittie que îesdits^ Etats ne doivent faire 'difficulté outre , si lesdits archiducs s^offreirl , snv le
DTJ PBÉSIDENT JEÀNl^^IN. « Il I
pouvoir dudit roi d'Espagne , de traiter en vertu d'icelui au nom dudit Roi comme au leur , avec promesse de fournir la ratification dudit Roi dans un temps qui sera convenu , qu'il faut prendre lo plus court que Ton pourra ^ mais je dësirerois que lesdits archiducs s'obligeassent et utiissent dès à présent , à faute de représenter ladite ratification dans le susdit temps, avec les deux* rois de maintenit et faire ôb* server ledit accord contre ceux qui iroieiit au contraire ^ car sans cette danse il me seinble que lesdits Etats vé peuvent avoir sûreté même au commerce d'Espagne ni anx autres pays dépendant dndit fi.oi ; mais je donfe que les archiducs veuillent passer si avant. J^en ai fait parler ici à leur ambassadeur, qui en fiât grande difficulté , disant toujours qu'il espère que ses maîtines seront délivrés de cette peine par l'autorité et pouvoir que leur rapportera ledit confesseur qu'ils attendent à la fin de ce mois.
Or je prévois et crains que lesdits Espagnols et archiducs s^accordent encore rtieut ensemble à prolon^ger ces négociations , et entretenir d*espérânce et de paroles les Etats, qu'à conclure et terminer \eê afiaites; car j'ai divers avis et conjectures qui me donnent sujet de concevoir cette opinion , encore que nous voyions que ledit roi d'Espagne n'a argent ni forces {nrétes pour faire la guerre cette année ^ mais comme lui et les siens n^ont jusqu'à présent vèritablem^ent buté qu'à circonvenir les Etats et à les diviser ^ j'-estime qu'ils ne changeront de dessein que par pnre né*cessité et force 5 car tout le conseil dndit Roi vise à cela, et semble qu'il se soucie fort peu d^ repos et contentement desdits archiducs, lesquels d'ailleurs
lia . NÉGOCIATIONS
sont trop respectueux et modns vertueux pour vouloir faire leurs âfTaires à part, comme certainement ils pourroient faire honorablement et sûrement s'ils étoient autres. C'est pourquoi j'avois désiré , ainsi cpie je vous ai écrit . les obliger par acte d'accorder l'article de la liberté devant que de passer cette dernière prolongation de la cessation d'armes ; car tant s'en faut que j'estime que la rupture d'icelle rende les choses de la trêve à longues aifnées plus difficiles, que je crois que c'est ce qui en avancera la conclusion si lesdits archiducs et Espagnols ont quelque volonté d'y venir. *
Lesdits archiducs m'ont de nouveau fait requérir par leur ambassadeur de vous commander de proposer ou favoriser une nouvelle prolongation jusqu'au retour de leur confesseur ; mais je m'en suis excusé , et lui ai répondu qu'aimant et affectionnant le repos et contentement desdits archiducs comme je fais , je ne pouvois approuver ladite prolongation, d'autanttjùe ce n'est le moyen d'avancer ladite trêve qu'ils montroierit désirer, parce que le conseil d'Espagne ne veut que gagner le temps, pour enfin la renverser à leur désavantage. Si donc vous êtes recherchés par ' delà de faire cet office , non seulement je suis d'avis que vous vous en excusiez , mais que vous en dissuadiez lesdits Etats , si lesdits archiducs refusent de bailler l'acte susdit, par lequel ils promettent de traiter avec lesdits Etats, tant en leur nom que dudit roi d'Espagne , comme avec gens libres sûr lesquels ils ne prétendent rien , Suivant votre projet.
Je ne suis pas d'avis aussi que vous entrepreniez avec les députés d'Angleterre d'aller trouver les ar-
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chiducs , OU leurs députés , pour leur porter la résolation dernière desdits Etats, que vous uesoyiez assurés par écrit qu'ils entreront audit traité en la forme* susdite ; car ce seroit chose inutile et qui seroit peut* être icanse de nous attribuer la rupture qui s'en ensuiyroit. II me semble donc que lesditâ Etats doivent demander et obtenir la déclaration desdits archiducs par écrit et en bonne forme , devant que vpus ni au* très soient délégués vers eux , ni que ladite cessation d'armes soit davantage allongée. Bien doivent-ils leur faire savoii^ par quelqu'un qu'ils sont contens d^ trai^ter vivant votre projet, et, partant, prêts à députer et faire trouver leurs gens au lieu qui sera avisé , sitôt qu'ils aui^ont la susdite assurance desdits archiducs , leur déclarant que d'envoyer sans cela ce seroit les abuser et s'abuser aussi eux-mêmes , d'autant qu'ils ne veulent ni ne peuvent traiter sans la confirmation de ladite déclaration en la forme qui leur a été offerte et promise. Mais, en ca& de rupture, ne m'en* gagez à aucune autre proposition ni assemblée , soit à Calais ni ailleurs , que je n'en sois préalablement averti, et ne vous aie fait savoir mes volontés ^ car les choses passées donnent argument de procéder ci-après en ces affaires avec plus de circonspection et retenue que j'ai fait ci-devant : je dis en cas de rupture , et néanmoins j'entends toujours que les Etats sachent et croient que , icelle avenant par la. faute de leurs adversaires , je ne les abandonnerai point,. ainsi que je vous ai commandé par mes précédentes leur déclarer*, mais je n'entends pas leur bailler , en cas qu'ils s'accordent , la déclaration sur la continuation de leur souveraineté après la trêve qu'ils vous ont demandée j T. i5. 8
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ear c'est chose qui leur est inutile , et qui pôtirroit néanmoins tinife ^ mes affaii^es. 7ê satis ce qne je dois <sroire de cela , et qu'ils doivent aussi attendre et ^ protnetti^ de tnoi eb cas semblable. Quand je léiir ai dofftië conseil de se contenter de la déclaration susdite desdHs atchiducs , je l'ai fait avec la prévoyance de raveiiir comme avec la considération du {Présent. Qu'ilis se cohfiéfit doue en mon amitié et en Fexpérience que J'ai des choses du monde, comme en la couhoissance que j^ai combien il impose au public , et t^rticuliërémënt à mfa couroiine , qu'ils jouissent long-^tetnpg et particulièrement des effets de ladite souveraineté , efsachétit que , quand j'ai désiré qu'ils acquissent ce titre par l'aveu de ieursdits adversaires , ce n'a été pour le noin seulement , ni pour contenter les Isiutres , ou leur faire {daisir , coihme aucuns d'eux Dtit soupçonné sans i^ison et fondeméUt, mais pour assurer leur Etat, et plus fecilemerit établir et aiBFermir le gouvernekheht d'iéelùi pour jamais , diUsi que Voùsiebr direz. Je prieDiéU , méssieui's Jéaunih et de ftussy, qu'il vous ait en sa sâibte garàe. Ecrit à Parts ,ie dk-neuVîéiUe jour de^jaitvier 1669.
Henry.
Et jilus bas , BatJtAaT.
Lettre de M, de F'iUetojr à ^M. Jeannin, audit jour
dix'neûpikfme' janvier 160g.
MofîàtttJR , ie R6i Vous a écrit et à pf éàéht vous confimie encore bien clâitétttéht sbn intention sUr le rejet de la trêve simple, de laiqnèHe il ne fa^t point douter que te foi ' d'iAngleterre n'ait doiiné quelque
DU FRÉSIOBNT JEANNIN. Il5
eapëranoe , quoi qiie< disent par delà ses gens , et que le grand trésorier ah dit à M. de La Boderie^ mais j'ai bieaopinioa qu'il croyoit que ^notre Roirapprouveroit 9 d'autaut qu'il s'est montré jusqu'à présent si désireux de paix , que cbacon. a cru qu^'il embrasserok ce conseil par préférence à tous autre8« JTai toujours «u cette opimon , «t même ne peuat encore la perdre du toat , quoi que nous disions et écrivions , car Sa IVIajeaté changera mal volontievs l'être présent auquel elle seretrouve, pourles raisonsipubliques et particulières qui vous soniassez connues , et vous prie , s'il vous)pkiitiy de £adre plrofit du^présent avis. Véritablementoous jugeons qu'il seroit «honteux que les Etals se réduisent à cette heure à cette trêve simple , sans parler de cette benoisleliberté, après l'avoir débattue eomoie ils oiU fait. Il y va aussi de la dignité et repu- ^tioa de leurs attiés,.ja€oit que nous ayons opinion qu'étantbien composés ellepourroit être aussi utile et avaatageose que la ;vôtre; car il n'y à pas plus de sûreté i Tane qu'à l'autre , comme nous avons souvent dit. Mais premièrementnouS)ne pouvons goûter que l'Angleterre «n soit l'auteor , et qu'elle en acquière le principal gré» Secdndem^at , nous n'estimons pas qo'ell&soit endette forme aussi hono]rable pour lesdits Etats et leurs alliés que l'autre. Tiercement, nous doutons avec messieurs: les Etats qui tenoient ce titre que l'Espagne traite après plus sincèrement et de meilleure foi avec eux; car ils ne veulent que les désarmer et tromper, comme lé témoigne leur procé^ dure. Davantage, il nous semble que le Roi pourroit moms. justement assister après lesdits Etats ; et néanmoins je crois en vérité que nous serions bien marris
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s'il falloit rompre sur cela ni pour cela. Nous espërons^ les tenant amis sans aucunement varier, que le roi d'Espagne s*accoramodera , croyant qu'en cas semblable celui qui tient le plus ferme conduit enfin les autres à son avis , joint que nous ne voyons pas que ledit roi d'Espagne puisse cette année faire une guerre digne de lui , et aussi que nous savons que les archiducs crèveront ou ils viendront à bout de leur ^prix fait. Le Roi veut donc tenir aussi à fai^e le mauvais pour réduire les autres à son but, mais il sera marri et en peine si ce dessein ne réussit.
Je suis de votre avis , qu'après une rupture Ton peut encore renouer les affaires quand on le voudra faire , et néanmoins je serois bien d'opinion que le Roi évitât d'être auteur ni principal promoteur d'un renouenient ^ il sera plus honorable qu'il en soit recherché et prié par les parties. Nous ne goûtons l'assemblée et conférence à Calais , que l'on ne soit au moiiis auparavant bien assuré du succès d'icelle, comme je reconnois que c'est votre intention -, niais nous n'approuvons que vous soyez porteur aux archiducs de la dernière parole des Etats , si devant n'êtes assurés de l'article de la liberté et de l'intervention du roi d'Espagne \ le Roi vous en écrit les raisons. En tout cas, s'il faut que vous fassiez le voyage , nous approuvons , suivant votre avis , que les Anglais soient de la partie , ou l'un des deux avec vous , qui devez faire état d'être sous main trahi de celui qui vous accompagnera , de quoi vous saurez bien vous garder. J'ai appris par lettres de M. de Berny qu'il ne faut rien espérer du président Richardot et de son maître j c'est pourquoi, s'il faut que vous
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voyiez l'un et Tautre , nous ne sommes pas d'avis que leur fassiez aucune ouverture par laquelle ils puissent espérer d'exempter le roi d'Espagne de parler en ces traités 3 car nous voyons bien qu'ils aspirent à cela , et qu'ils seroient bien aises que l'on leur aidât à y parvenir pour contenter ledit roi , que la vanité emporte par dessus tous autres respects. Â quoi l'on dit que le connétable de Gastille et ses partisans les secondent et confortent tant qu'ils peuvent, et que le duc de Lerme est contraint de s'y laisser aller pour éviter le reproche des autres, qui sont en grand nombre et puissans, parce que les ecclésiastiques sont de la partie. Vous dites qu'il y aura assez de sûreté pour les Etats en ce traité, pourvu que leâ archiducs obligent le roi d'Espagne en vertu d'uue bonne procuration ^ mais nous doutons de la validité des premières qui ont été envoyées et^vues. Nous craignons aussi qu'elles aient été révoquées , et toutefois, si Tarchiduc le fait, peut-être approuverez-vous que l'on ne laisse de traiter en promettant de faire ratifier par le roi d'Espagne ; mais je voudrois obliger ledit archiduc , à faute de ce faire , de maintenir le traité avec les deux rois et le faire valoir. Je l'ai dit à Peckius , qui n'a pas opinion que son maître passe si avant, tant il craint de déplaire au roi d'Espagne. Nous savons bien que le président Richardot est tout plein d'artifice, comme étoit le maître qui l'a nourri et dressé^ mais celui-ci, qui concerne le roi d'Angleterre, seroit trop grossier s'il étoit tout de son intention , comme ledit grand trésorier l'a dit audit sieur de La Boderie , ainsi que ce dernier nous a écrit. ( Le roi d'Angleterre n'est content du refus que nous
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faisons , ou bien des renûses dont nous- usons à le contenter , sur le remboursement de l'argent que la feue reine d'Angleterre a prêté au Roi en ses nëces-» silés i car notre dernière réponse a été que nous désir rons voir l'is^u^ des traités des Pays-Bas, devant que d'en faire une absolue à, leur demande, de quoi ils se plaignent graQd^ment. Toutefois , nous n'avons pas délibéré de changer d'avis , c^a: nous ne voulons pas l^ur bailler de» verges pour nous fouetter , ninous dégarnir de notre argent s'il faut Sstûp^ 1a giJierre y cela avec lemc naturel , et. les autres raisons qu'ils estîmeni avoir de nous haur et redouter , les a portés à nous fsiire le pis qu'ils peuvent en derrière^ M. d)e ILa Bo? derie nous a écrit a voii* su que M. le: prince Maurice a eu une forte prise avec.Winood, dont Ton. est pav delà mal satisfait ; toutefois vous ne nous, en» avez rien mandé , écrivez^nous ce qui en est. Il nous, semble que vous avez pris ua sage eonseil d'avoir engagé le sieur Bameveldt à faire suivre celui du Rai par pjrér férence à tous autres ; car , étant secondé du pouvoir qu'il a , toutes choses vous seront possibles. Au de-^ meuraot \ms^ saurez la bonne santé de leur sMajestës, ^t que nou^ avons ici à présent M» le connétable , veau par la permission de Sa Majiesté pour traiter le mariage de s^ fille avec monseigneur le prince de Çondé , qui e$t ivaintenant ms le bureau comme est celui de M. de Nemours aveo la seconde fille, de M. d'Aumale. Je prie Dieu, monsieur, qu'il vous conaerye ee parfaite santé.
De Paris, l^ 19 janvier 1609.
Votre , etc. d^ Neufyillë.
Autre lettre dudû sieur de F'illçrqy à M, Jeannin^, dudit jour dix^neuvième janvier 1609.
Monsieur , vous aurez encore ce petit mot pour vous faire savoir que notre Roi n'a pas opinion que le roi d'Espagne s!a<:comiaQ<)e à votre projjst que par la forcç , et qu'il aimera mieux que les archiducs traitent seuk, et se faisant fi^jrfcdj^t^ i^oi d'Espagne , à b ckarge de Fen désavouée après. Il esjl; dpnjc d'avis que FoQ lienae bon contice la prolongat^iojgi de la cassation d'armes que l'on pcéteud ajouter à çellie qui a déjàébé accordée » si l'arelitdi¥^ refuse la djéclaratio|i;i par écrit que nous sommes d'avia que Ton lui demande et qu'il la baiUe devait que vous ni les gens des États le voient^ et si cette rupture s^vien^t , il estime que le prince Maurice doit f^irç son exploit ^ c'est-à^ice , de mettre peine de gagner quelque avantage durant un tel interrègne ; mais , en ce c^s , il ne Êiudroit rien tenter que bien k propos. Nous disons aussiqu'tl sera besoia , audit cas de rupture» q\iç voujs fassiez contenance , et en efièt vous prëpari^ç^ pour revenir en France , sans ^uteCoîs rien pr^cipitçi^ *, et peut-être sera-t-il à propos que repr^ie^ votre cbeminipar la Flandi?e , pour voir si sans los Anglais^ vous pourrie2& renouer quelque chose. Ce sont discours qui ont été£aiit$ ce matin eatre k Roi , M. de Sully, Î(L. le chancelier el moi , que je vous repré^nte nûmeut, non pour vous obliger de les suivre , mais pour les digérer, etfairechoixdece que vous jugerez être plust à propos, le prie Bieu , monsieur, qu'il vous conserve eu santé .
De Paris , ce dix-neuvième janvier 1609.
Votre, etc p^Nçufyille.
Lettre de messieurs Jeannin et de Russjr au Roi, du vingtième janvier i^oij.
Sire ,
Les lettres de votre Majesté du huitième de ce mois nous ont été rendues le dix-septième au soir 5 et pour €6 que , par nos précédentes lettres , même par les dernières dont le courrier Picault est porteur , elle aura é.té informée de Tétat auquel sont les affaires en ce lieu , qui ne peut être meilleur , nous n'avons rien à y ajouter , fors de la supplier très-humblement qu'il lui plaise vouloir secourir les Etats selon Fespérance qu'ils en ont , et ayant à cet effet conservé tous leurs gens de guerre, sans casser ni licencier un seul homme depuis la trêve commencée jusqu'à pré^ sent , le paiement de partie desquels a. toujours été fait ci-devant des deniers qu'il a plu à votre Majesté leur donner. A quoi s'étant attendus , il y a trois mois entiers et plus que les gens de guerre assignés sur la généralité du pays n'ont rien reçu, et font tous les jours instance pour être payés; et les Etats les remettent sur l'attente de ce bienfait qu'ils se promettent obtenir de votre Majesté , lequel venant à manquer, il est certain que la délibération prise en l'assemblée de Hollande , il y a environ huit ou dix jours , de casser sept ou huit mille hommes de guerre assignés sur la généralité du pays, sera effectuée : ce qui ne peut avenir que leurs ennemis n'en prennent un grand avantage , et conçoivent une ferme espérance d'avoir la trêve à quelque prix que ce soit; et néanmoins à cause des disputes qui sont entre les provinces pour
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les cotes de ce que chacune d'elles doit supporter de ce -paiement, nous ne voyons pas qu'il puisse venir d ailleurs , pour être fait promptement , que de cette libéralité. Je sais pour vrai que M. Aërsens , qui est par delà , leur en a donné grande espérance ou plutôt assurance. Nous le leur avons aussi fait espérer ces derniers jours , lorsqu'il nous a semblé nécessaire pour empêcher cette cassation qui seroit très-préjudiciable à leurs affaires , dont nous nous étions abstenus auparavant afin de faire couler le temps , et enfin ea exempter votre Majesté , s'il eût été possible ; et nous ne lui en serions encore importuns , n'étoitpour éviter les désordres qu'ion prévoit s'ils ne sont bientôt payés, et d'autres inconvéniens encore aus» grands ou pires , si les Etats font ce licenciement : ce que nous la supplions très*humblement de considérer, et nous en vouloir mander sa dernière résolution au plus tôt , n'ayant pas (sstimé qu'il fût à propos maintenant de faire entendre ce refus aux Etats , ni même deleur diminuer l'espérance qu'ils en ont. Cette lettre n'étant pour autre sujet, nous prions Dieu, Sire, qu'il donne à votre Majesté , en très-parfaite santé , très-heureuse et très-longue vie.
De La Haye , ce vingtième janvier 1609.
Vos, etc. P. Jbannin etRussY.
Lettre dudit sieur Jeannin à M, de ViUtrqy, du vingtième
de janvier 1609.
Monsieur , les lettres du koi et les vôtres du huitième de ce mois , m'ont été rendues le dix-sept an soir, par lesquelles je connois que vous avez recules
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miennes du treize , seize et vingtrhuit du mois passé , et recevrez encore celles du premier et quatrième que j'ai données à un homme de M. de Vie , comme aussi du quinzième à Picault , avant que celle-ci arrive à vous. Les Etats ont fait tout ce qu'on pouvoit désirer d'eux. Il reste seulement à pourvoir qu'il n'y ait aucune longueur en l'exëcutionv crainte qu elle ne serve de prétexte pour faire la trêve cette année , que personne n'oseroit proposer ^ mais en faisant couler le temps, inutileii)ent on seroit comme contraint de la recevoir, C'étoit mon intention d'envoyer M. de Préaux à Bruxelles , pour être derechef éclairci de la volonté des archiducs avant que sortir de ce lieu , et pour les raisons contenues en mes précédentes lettres , même pour leur dire cdle-ci, qu'il faut finir dans cette trèv^ , et dter toute espérance aux archiducs de pourvoir obtenir autre prolongation , sinon que nous soyons entrés si avant en traité que la conclusion en soit presque certaine : par lequel voyage j'eusse satisfait à ce qui semble nous être commandé par les lettres du Roi ; mais il n'y a eu moyen de le persuader aux Anglais , ainsi que je vous ai écrit, et personne ne l'a aussi trouvé bon avec moi, que M. le prince Maurice, qui craint la longueur et approuve maintenant tout ce qui peut faire finir , soit pour conclure ou rompre. Il est vrai que j'ai satisfait à tout ce que dessus au mieux que j'ai pu par les lettres que j'ai écrites à M. de Berny , et au président Richardot même. Encore désirois-je , ce voyage ayant été rompu , qu'on eût mandé aux archiducs , par le courrier, que nous partirions d'ici quatre ou cinq jours après lui pour nous rendre à Anvers environ le vingt-cinquième , crainte
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que DQU& a^ayons réponse à nos letireB de dix ou douze jours-, et qu*il$' prennent encore temps pour se rendra audit lîeu d'Anvers an dix , douze ou quinte du mois prochain , pour contrandne les Etats d'allonger de-> rechef la trêve ; car, en faisant ainsi que je dis , nous évitiiMi&txHiAes ces longueurs et subterfuges , et nous pouvions colorer notre diligence du dëw que nous avons d'sîchever cette afikire. En quoi je ne vois pas (pie rien eût été &it contre la décence et dignité de-^ nos maîtres , qui est néanmoins la seule raison que les Anglais , et quelques autres avec eux , ont mise en avant, disant qu'il nous eût été honteux d'arriver à ÂnvOTS sans y trouver les députés des ardiidjucs ; étant bien certain que leur donnant avis de notre arrivée Us n'eussent ËiiUi de s'y rendre , et , s'ils eussent fait autrement, no us pouvions aller jusqu'à Bruxelles^ et témoigner par cette conduite l'affection et le soin de nos maîtres à adieverce traité, lequel étant conclu pr ce moyen , on leur eût donné l'honneur de Tavoir Êiit^ comme au contraire, si la rupture en doit avenir j on eût attribué à sagesse de la savoir tôt pour empédier b trêve de celtç année. Mais cet avis ne fut non pla& approuvé , et il Ëiut céder quelquefois pour vaincre es choses qui sont de plus grande importance. M. le prince IViaurice étoit encore en ceci de mon avis , non lors , car il n'étoit présenta la délibération , mais depuis quand on la lui a communiquée. Ce qui me iait presser est qu'il me semble déjà reconnoître que les Anglais désirent et affectent la longueur , qui ne peut ^re à autre dessein que pour la trêve de cette année , dont toutefois je n'ai qu'un simple soup^ çon , car ils ne s'en découvrent point encore , et si je
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sais qu'ils sont peu à craindre , pourvu que ceux qui conduisent les affaires éludent les artifices qui-pourroient faire perdre le temps ^ j'entends parler du sieur Barneyeldt, lequel m'assure tous les jours du contraire , et avec tant de protestations de ne faire que ce que je lui conseillerai , que j'ai sujet de le croire. Or il n'y a que lui seul qui puisse favoriser avec efficacité les prétextes de cette longueur. Les résolutions générales des Etats y résistent aussi, mais je ne laisse pourtant d'estimer que c'est pour le mieux de presser instamment , et y s'il y a quelque remise par la réponse des arcBiducs , qu'il est expédient d'aller incontinent à Anvers , et de prévenir le temps que les archiducs donneront après avoir envoyé quelqu'un deux ou trois jours devant pour les en avertir , afin ' que nous trouvions leurs députés , ou allions même jusqu'à Bruxelles s'il est besoin. Je ne sais si vous approuverez ce conseil ^ mais si je ne reçois commandement au contraire qui m'empêche de le suivre , je le juge utile, et ne vois point qu'il en puisse arriver aucun inconvénient. Peut-être que l'archiduc nous mettra hors de cette peine , car s'il veut traiter à bon escient , il sera aussi aise d'avancer que nous , comme , au contraire , s'il recherche encore des longueurs , il n'en faut rieu espérer , et le presser pour en sortir.
Je suis bien aise que le Roi nous commande de différer l'acte que les Etats demandent pour la souveraineté \ si les faut-il toujours tenir en espérance que nous le ferons. Je vois , par les lettres du Roi , que Sa Majesté ne peut continuer son secours aux Etats, et néanmoins ils en ont très-grand besoin , et n'y a
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doute que s'ils en sont refusés du tout , ou même s'il est encore différé , ils casseront sept ou huit mille hommes de leurs gens de guerre , lesquels sont assignés sur la généralité , et ont accoutumé d'être payés de ses deniers , ce qu'ils feront sans attendre la résolution de ce traité. Or , il n'y a rien que M. le prince Maurice craigne tant , ni qui doive donner plus d'espérance aux ennemis d'avoir la trêve , de quelque façon que ce. soit, c'est-à-dire simple et pour plusieurs années , ou bien pour cette année seule , que ce licenciement. Aussi sais-je bien que tous ceux qui dé*^ sirent de sortir de cette guerre seroient bien aises de ce refus , afin de faire approuver ce licenciement comme nécessaire , et faciliter par ce moyen la trêve pour cette année. Je vous supplie très-humblement de le faire considérer, et de croire que cette épargne est hors de saison. Tout ce que je vous ai mandé du prince Maurice et du sieur de Barneveldt est véritable^ le premier est plein d^affection, toujours ennemi de l'Espagne , par ainsi du tout nécessaire de fortifier et accroître sa puissance , qui à présent est foible , pour empêcher les desseins du sieur de Barneveldt , si son intention étoit contraire à ce que nous désirons 5 ce que je tiens pour certain n'être pas •, il Fa montré encore depuis peu de jours, et lorsqu'on mit en délibération en l'assemblée générale l'acte pour ne plus rien changer au projet , et , si leurs adversaires le refusoient , de rompre ; car le prince Maurice a dit à madame la princesse d'Orange , au sieur de Russy et à moi , que toute la province de Hollande y résistoit , les députés d'icelle alléguant que ceux de Zéîande ,
qui le Yequëroient se dévoient fier à la prud'horamîe des Etats , *et que c'étoit chose indijgne de les y vouloir obliger. Mais le sieur de Barneveldt seul s^ant dit qu'il le falloit faire , attendu mâme que les airïbassadeurs de Sa Majesté le désiroient ainsi , il fut à rinstant suivi d'un chacun sans aucune con^tradiction. Soyez donc assuré que tout est en bon état de ce cdtë , et que rien n^ peut arriver de mal qui ne soit déjà prévu avec les remèdes pours'efa garantir, autant que notre industrie et diligence, soutenue de 1 autorité et créance du Roi , qui est très^grande ici , nous donnera moyen de 'le pouvoir faire. J'espère toujours bien de l'autre côté , mais il en faut attendre l'événement. Je prie Dieu, monsieur, qu'il vous conserve en tout heur et prospérité.
De La Haye , ce 20 janvier i6oc).
Votre , etc. P. Jeanî^in.
Lettre de M*Jeannin à M, le duc de SuUjr, dudit jour
vingtième janvier 1609.
Monsieur , ayant par mesrprécédentes lettres donné avis au Roi de l'état auquel sont les affaires en ce lieu , dont je vous ai aussi écrit en particulier , et à M. de Villerc^ , la dépêche que nous faisons à présent n'est que pour le secours dont les Etats notis prient et pres^ sent tous les jours , disant qu'ils n'ont cassé tin seul homme de guerrependant la trêve, et qu'ils l'ont fait par le conseil de Sa Maj^esté, qui sur l'incertitude de trêve au de guerre, dont on pensait sortir de knoment à autre, n'a pas jugé qu'il fût à; propos de le faire , et eux y ont consenti, espérant que Sa Majesté leur continueroit ledit secours , sinon entier au moins
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suffisant pour payer sept ou huit mille hommes de guerre assignés sur la généralité du pays , le paiement desquels a toujours été pris sur les deniers qui proviennent de sa libéralité , auxquels sOnt dm à présent près de quatre mois ; ^sur quoi, quelque instanee qu'ils nous aient faite depuis trois ou quatre mois, ils n'ont toutefois tiré réponse assurée, mais seuleme&t paroles générales pour leur en faire espérer quelque chose , y ajoutant toujours qu'ils se doivent aider euxmêmes, et soulager leurs amis pour les employer lorsqu'ils en auroient plus grand besoin , comme ils auroient s'ils sont contraints de rentrer en guerre : ce qui les faisoit surseoir , et nous donnoit moyen de couler le temps , avançant toijgôurs les affaires , en intention d'eh exempter du tout Sa Majesté s'il nous eut été possible ; mais depuis environ trois semaines les Etats Ont tellement été pressés des gens de guerre , et y a eu tant de disputes entre les provinces, particulièrement entre celles de Hollande et de Zélande , pour les cotes que ehacuhe devoit supporter de ce paieknent , que , ne s'en étant pu accorder , ils ont derechef eu recours à nous, et délibéré , si nous leur en faisons un refus absolu , de casser ces sept ou huit mille hommes : dont ayant été avertis par M. le prince Maurice, nous serions allés en leur assemblée générale pour le leur dissuader, et remontrer le grand préjudice qu'ils se feroieht de les casser lorsqu'ils sont près de conclure ou rompre, et que cela doniieroit assurance à leurs ennemis d'avoir là trêve à discrétion , du moins ^e Êiire continuer la cessation d'armes pour cette année, qu'eux tous ont jugé devoir être rejetée txmime trop dommageable à leUr Etat. Ces raisons ne
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les eussent toutefois persuadés si nous ne leur eussions donné espérance de ce secours : ce que nous fûmes contraints de faire pour éviter Tinconvénient de cette cassation , arrêtée entre eux plutôt pour le diiSférend des cotes que chacun en doit supporter , que pour autre considération , au moins en ce qui est des provinces de Hollande et Zélande. Et qiiant aux autres , il est bien vrai que la plupart eussent bien désiré ce licenciement qui sembloit leur devoif plutôt faire espérer la trêve.
Souvenez-vous , s'il vous plaît , monsieur, de l'espérance qui me fut donnée avant mon départ de Paris , que les Etats seroient secourus d'un million ou douze cent mille livres en l'année dernière , dont toutefois je ne leur ai rien déclaré , sinon en cette dernière occasion , on plutôt nécessité , pour éviter le licenciement ou le désordre des gens de guerre faute de paiement, sans toutefois leur spécifier de quelle somme , afin que vous excusiez plus volontiers ce que nous avons fait. Aussi ai-je appris desdits sieurs les Etats , que M. Aërsens l'a mandé plusieurs fois , et que M. de Vaudrenecqa eu deux avis de Rouen, que la troisième voiture étoit prête, et ne tenoit qu'à nos lettres qu'elle ne fut envoyée , dont il lés auroit pareillement avertis , et tout cela a été cause qu'ils en ont redoublé leur instance et importunité. Cest pourquoi nous nous trouvons à présent bien empêchés et étonnés de ce que, par les dernières lettres du Roi, Sa Majesté nous commandé de leur en ôter toute espérance : ce que nous avons différé de leur dire , crainte que suivant leur dernière résolution ils n'empruntent argent pour les payer , puis à l'instant les licencient sans at-
DU PRÉSIDENT JEÀMNtN. JlkQ
tendre la rësolation du traité, ce que je prévois et tiens comme inévitable si ce secours manque , vous suppliant très*humblement de le faire considérer à Sa Majesté.Cest ici la dernière dépense si on obtient la trêve, et sila guerre continue elledoit être plus grande. L'autorité et la créance du Roi est très-grande ici , pour raflection qu'il leur témoigne , le soin qu'il a de leurs affaires , et la prudence et générosité dont il use à leur donner conseil. Mais il n'y a rien qui les oblige tant que cette libéralité qu'ils prêchent tous les jours entre eux , et disent qu'il n'y a que Sa Majesté seule de laquelle ils doivent espérer leur salut ^ qu'elle y met tout sans craindre leurs ennemis , et que les autres n'y mettent rien, accommodent les conseils qu'ils donnent autant pour conserver l'amitié de leurs ennemis , que pour servir au bien et avantage des Etats. Kien ne m'excite à vous supplier très-humblement de représenter tout ce que dessus à Sa Majesté, sinon le désir que j'ai que toutes choses passent ici suivant son intention, et pour empêcher que cette épargne hors de saison ne gâte ce que nous avons fait avec beaucoup de temps et de peine. Vous le prendrez, s'il vous plaît, de bonne part, et me tiendrez pour être perpétuellement, monsieur, votre, etc. P. Jeannin. A La Haye, ce 20 janvier 1609.
Lettre de Jf« Jeannin à M. de La Bbderie, dudit jour
vingtième janyîer i6og»
MoiïsiEUR , j'ai reçu vos lettres du vingt-septième du
mois passé, il y a quelques jours , et celles du dixième
de ce mois le seizième. JTavois déjà su , tant par ce
que les ambassadeurs d^Angleterre m'ont dit que par
l3o KÉGOCUTIOWS
les lettres que M. Carron a^écrites ici , que le roi de la Grande-Bretagne étoitfort offensé des lettres de M. le président Richardot, etdéclaroit que c'est un mensonge inventé avec artifice et mauvais dessein , et si quelqu'un de ses ministres avbitfaitce qu'il écrit, qu'il lui feroit trancher la tête. La vérité est que si le Roi n'eût reçu copie de cette lettre que M. de Préaux lui envoya de Bruxelles, que jel'eusse dissimulée sans l'en avertir , pource que j'étois en quelque opinion qu^elle n'étoit que pour nous brouiller ensemble , et mettre en soupçon les Etats dudit sieur Roi , comme on avoit auparavant essayé de faire contre notre Roi par une ruse beaucoup pire , qui étoit aussi contre moi en particulier , si je n'eusse découvert et rompu ce dessein. J'ai aussi toujours désiré diminuer plutôt la mauvaise intelligence qui est entre nous que de raccroître , me contentant de donner ordre que rien ne soit &it en ce lieu contre l'intention et le désir du Roi : je ne fus pas même d'avis de communiquer la lettre dudit sieur président à l'assemblée des Etats. M. le prince Maurice ne la vit non plus, et quand le bruit en fut éventé , tant par les nouvelles de France que d'ailleurs , j*aidai à le diminuer, ayant toujours dit hautement que c'étoit un artifice des ennemis. J'en ai ainsi écrit au Roi , et particulièrement à M. de Villeroy , mettant en avant plusieurs raisons pour leur persuader, si cette nouvelle eût été vraie , que ledit sieur président ne l'eût écrite , pui&que l'offre dudit sieur roi d'Angleterre étoit en faveur et au profit de ces messieurs ; y ajoutant encore, quand il seroit ainsi , qu'il le valoit mieux dissimuler par prudence que de s'aigrir en sorte qu'on devienne irréconciliables. Il est bien vrai
DU PRESIDENT 7EÂNNIN. l3l
néannioms que le même avis est venu d'Espagne et de Rome^ et que les ministres dudit sieur Roi se sont Coujourf conduits en sorte que chacun a bien connu qa'il nY a pas beaucoup d'amitié ni d'intelligence entre nos maîtres; et moi, qui suis sur le lieu, en ai beaucoup d^autres grandes conjectures pour le croire. Rien n'a toutefois été fait de notre côté dont ils se puiasetit plaindre avec raison , soit devant ou depuis , car (ma traité de toutes^ choses en comm.un ; chacun a dit son avis librement , et nous toujours les premiers , è$ conférences particulière? qui ont été entre nous » poiiree qu% l'ont ainsi désiré, feignant de le faire par respect, mais en efiet pour découvrir notre intention; et néanmoins est avenu peu souvent que nos avis aient été divers. Aussi vous peux-je dire que nous avons préparé à toutes occasions les affaires au mieux que BOUS avons pu pour rendre leur contradicticHi , s'ils l'eussent fiiit , inutile. L'autorité et la créance de notre Roi est si grande en ce lieu , par la franchise et prudence (fhi accompagne ses conseils , que les Etats y défèrent beaucoup ; joint qu'ils ressentent tous les jours les fruits de son secours , que Sa Majesté n'a pas laissé de leur continuer pendant la trêve.
Quant à la plainte qu'ils font de ce que M. de Preanx a ouvert la lettre de M. le président Richardot , je vous peux assurer que c'a été sans en avoir charge de moi : bien Tavois-je prié de mander au Roi tout ce qu'on lui diroit , et le succès entier de sa négociation ; mais je n'avois pts prévu qu'il dût ouvrir cette lettre, et en envoyer la copie. Or, la raison qu'il nous a dite est celle-ci , à savoir que M. le président Richardot lui avoit dit , deux jours avant son dé-
fSa NécaciATToys
part, que l'archiduc ne nous écrïroit point pour donner assurance défaire la trêve suivant notre projet, jus* ques à ce que la trêve simple que le roi d'Ail^leterre avoit n^ise en avàiit par son ministre en 'Espagne , eût été proposée aux États, et refusée par eux, et que ses lettres ne seroîent qu'à cette fin. Sut quoi ledit sieur de Préaux ayant contesté et 'dit qu'il ne partiroit de Bruxelles avec telles lettres , mais âùnd les enverroit et attendroit là notre réponse, ledit sienr président lui dit depuis que l'archiduc avoit changé d'avis , et nous écriroit conformément à ce que lïous désirions de lui, dont néanmoins' ledit sieur de Preaiix étant en doute , et craignant que leurs lettres ne fassent semblables à ce qu'il lui en avoit dit , il les ouvrit, estimant ne faire aucune faute, puisqti'oh lui avoit commis le secret entier de la négoeiation; desquelles lettres il envoya la copie au Roi , auquel il •manda pareillement ce que rarchiduc lui avoit dit des propos de don Pedro, aussi bien que du surplus. Nous le dîmes de même aux ministreS dndit sieur Roi , mais non peut-être avec telle expression qu'ils eussent bien désiré. Si vous assuré- je que si ledit sieur président n'eût écrit ce qui étoit contenu en ses lettres, mais l'eût seulement dit^ que nous nous en fussions tus, ainsi que du surplus , et que ni eux ni autres ne l'eussent su de nous; c'est la vérité; Et pour le regard de ce qui a été fait près dii Roi , vous connoissez l'humeur du maître, et, comme il est d'un esprit ouvert, sincère et candide, qu'il supporte avec impatience qu'en une aiSfaire commune €fa use de quelque déguisement ou artifice qui soit sujet à blâme ; et ce qui aigrit sa colère pour lors, fut qu'en
DU Pfi£8lI>£NT JfiANNIN. l3^
même temps il reçut pareils avis de divers endroits: Mais aussitôt que ces premiers mouvemens sont passés, il entend volontiers et reçoit de l)onne part les raisons de ses aisis , et prend à plaisir que ce qu'on a dit contre eux soit faux* Je saris bien que nous ne ferons rien en ce qu'on traite ici qui puisse donber du blâme au Roi *, que le roi- de la Grande-Bretagne donne même charge à ses ministres , et que chacun sediipouillede toute haine et jalousie , pour Faire que le succès en soit heureux. Toute la chrétien té regarde cette action , et l'un des deux rois n'y peut faillir qu'avec blâme , hont.e et dommage.
Les araires sont à présent du côté des Etats très* bien, et tout ainsi que leurs Majestés ont désiré 5 j'entends si chacun a fait dire par ses ministres ce qu'il a pensé , dont je suis bien certain quant au Roi ; mais la conduite de l'autre part a eu tant de variations et dedéguisemens , qu'il y a raison d'en douter. Nôtre projet a été approuvé par les Etats , et ne reste plus que de savoir si le roi d'Espagne l'aura agréable : tous ses ministres disent que non, mais Farchiduc nous a écrit le contraire , et nous devons , les ambassadeurs d'Angleterre et nous , aller dans huit jours k Anvers pour en conférer avec leurs députés , afin de savoir au Vrai leur résolution sur les principaux articles , en quoi , s'il y a de la difficulté , les Etats ne veulent envoyer leurs députés ni passer outre , mais rompre tout traité 5 comme au contraire si nous en demeurons d'accord., ils les "enverront aussitôt au lieu dont on conviendra, que j'estime devoir être An-^ vers , pour conclure at passer le traité. Ainsi sera fait ou failli dans la fin de février , étant l'intention
] 34 KÉGOCIATlOirS
du Roi d'empêcher de toutson pouvoir que les affaires ne soient encore tenues eu qudque ineertitiidè et longueur j ou qu'on essaie d'en sortir par autre ouverture que celle de notre projet. lies Etats ant fait aussi pareille déclaration. Il est malaisé de juger ce que le roi d'Espagne fera \ j'en ai toujours bien espéré f mais le jugement de tous les prineipaux ministres du Roi étant contraire « je né m'ose assurer du mien. Je n'entends pas bien ce que vous me ûiandez par vos lettres qu'on vous a accordé ce <|Ue vous ne demandiez pas ; je vous supplie de me le vouloir expliquer à la première occasion , et donner avis aussi de ce que vous apprendrez concernant nos affaires. Je vous baise très -humblement les mains , et suis, monsieur , votre, etc. P. J^annxn.
A La Haye, ce ao janvier 1609.
Lettre de V archiduc à messieurs les€tmbass€uteursde France et iT Angleterre ^ du virigt^unâme janvier i&o^.
Messieurs, nous avons devant hier reçu votre lettre du quinzième de ce mois, et vu ce qu« vous avez arrêté avec les Etats de delà , ne pouvant sinon vous remercier que vouliez prendre la peine d^ venir à Anvers , pour de plus près communiquer avec nos députés sur le fait du traité de nos trêves. Vous y serez les fort bien venus , et ne faudront nosdits députés de s'y trouver le lendemain de Notrç^Dame , troisième du mois qui vient , ou au plus tard le jour ensuivant, pour vous y attendre et recevoir quand votre commodité le permettra ^ et cependant npus prierons
DU PRËSmENT JfiANNirf. ' t35
le Créateur vous avoir , messieurs , en sa sainte garde. De Bruxelles , le ai janvier 1609. Albert.
•Et plus bas y Verreikev.
Lettre de M. le président Richardot à M, Jeannin , dudit jour vingt et unième janvier 1^0^,
Monsieur , puisque vous vous êtes résolus de nous venir voir à Anvers , vous y serez tous les très-bien venus, et vous pourrez, vous assurer que vous n'irez jamais en lieu ou Ton vous voie plus volontiers. M. le marquis et nous y serons , Dieu aidant , le mardi au soir, troisième du mois qui vient, qui sera ' le lendemain de la Notre-Dame, ou au plus tard le jour suivant, et vous y attendrons pour quand votre commodité le permettra. Et pour moi , je serois d'avis que vous nous donnassiez trois ou quatre jours pour avoir le loisir dé vous y faire apprêter vos logis , joint que, pour vous parler à vous confidemment, tant plus tard viendrez-vous , tant mieux sera-ce pour nous qui voudrions que le père confesseur pût arriver plus tôt que vous , comme nous espérons qu'il fera , encore ([ue nous n'ayons nouvelles de Madrid depuis qu'il y est arrivé , qui fut le vingt-cinquième du mois passé ^ et me recommandant très-humblement à vos bonnes grâces , et de tous ces seigneurs, je prie le Créateur vous donner , monsieur ^ tout le bonheiir que vous pouvez désirer.
De Bruxelles , le 21 janvier 1609.
Votre , etc. Le président Richardot.
l36 NÉGOCIATIONS
Lettre de messieurs Jecmnin et de Rusitj' au Roi, du vingt'^infuième janyier 1609.
Sire ,
Il n'y a que trois ou quatre jours que nous ayons écrit à votre Majesté pour le secours dont les Etats nous pressent , et plus ceia qui sont fermes à ne vouloir la trêve suivant notre projet , que les autres qui l'aiment mieux, à quelque prix que ce soit, que de rentrer en guerre. Cette lettre n'est qu'à même fin , et poiir accompagner celle que M. le prince Maurice écrit à votre Majesté sur ce sujet , et pour la crainte qu'il a du licenciement dont nous vous avons ci-devant écrit. Et pource que nous ne pouvons ajouter d'autres raisons que celles contenues en nos précédentes lettres , nous la supplions très-humblement de les considérer s'il lui plaît , et nous excuser si nous lui en sommes importuns , puisque c'est pour son service et pour achever plus heureusement ce qu'elle nous commande, à quoi nous nous employons de même affection dont nous prions Dieu , Sire , qu'il donne à votre Majesté et à sa royale famille tout heùr et prospérité.
De La Haye, ce vingt-cinquième janvier 1609.
Vos , etc. P. Jeankin et Russï.
Lettre de M. Jeannin à m, de Villerojr^ dudit jour vingt-cinquième jani^ier 1669.
Monsieur, je vous ai écrit il n'y a que trois ou quatre jours-, j'y ajoute maintenant que M. Carron a mandé d'Angleterre, par lettres du dixième de ce
DU PRÉSiDfiVT JCàNNIN. jij
mois ) que don Fernando Giron a eu deux audienjces du roi de la Grande-Bretagne y étaat seul , et $aus Fassistaoce de lambassadeur ordinaire *, . que tout son discours n'a été que pour remercier ledit Roi des bons offices qu'il a faits pour la trêve , et le prier d'y continuer \ et qu'étant enquis par le Roi s'il avoit encore quelque autre cbarge , il lui déclara que non , fors que, si Sa IVIajesté pouvoitfairç obtenir la trêve. à meilleures conditions en faveur du roi d'Espagne qUQ celles qu'on propose , il lui en auroit très - grande obligation : à quoi ledit sieur ]R.Qi lui auroit répondu qu'il n'étoit plus temps de l'espéi-er après les offres faites par les archiducs, avant lesqijelles il s'y fût très- volontiers employé 5 mais de le tenter à présent ne serviroit à autre chose qu'à lui faire perdre son crédit envers les Etats sans y rien profiter \ et qu'en une autre audience, donnée aussi séparément à l'am-! bassadeur ordinaire , ledit sieur Roi lui auroit pareillement demandé sll étoit vrai qu'il lui eût fait écrire en Espagne qu'il feroit accepter la trêve simple par les Etats , lequel déclara que non \ mais que lui ayant été mandé d'Espagne que don P^edro avoit persuad^ au roi de France de proposer cette trêve simple , et quon le blâmoit de n'avoir négocié si avantageusement en Angleteirre, il auroit écrit à son maître qu'il ne de voit attendre de moindres offices dudit sieur Roi que du roi de France , élevant le plus haut qu'il pôuvoit sa bonne volonté envers lui et son pouvoir envers les Etats , et s'il avoit failli en cela, désireux de servir son maître et Sa Majesté même , il la supplioit de lui vouloir pardonner \ laquelle réponse fut trèsagréable audit sieur Roi, qui finit son propos par une
i38 lïÉQocuTions
plainte contre le président Ridiardot. Tout ce que dessus est contenu aux lettres dudit sieur Carton. M. le prince Maurice en a reçu d*autre endroit de pareille substance , et le discours qui nous a été &it sur ce sujet par les ambassadeurs d'Angleterre est conforme; en sorte qu'on peut juger que ce qu'on en publie est ce que ledit sieur Roî a voulu qui soit su. Les lettres dudit sieur Carron contiennent encore deux choses , Tune que le roi d'Angleterre ne veut donner la déolaration qu'il tient les Etats souverains pour toujours; l'antre, que don Fernando Giron a apporté des lettres de change pour recevoir en Angleterre quatre*vingt mille livres sterling, qui valent huit cent miUe livres. S'il doit épancher cette somme à faire des gratifications , le roi dlSspagne payeroit trop chèrement les bons offices qu'il a reçus du passé , et est raisonnable qu'on en fasse de meilleurs et de plus grande importance pour les mériter. M. de La Boderie vous a pu donner avis de tout ce que dessus \ j'ai néanmoins pensé le devoir faire.
Les ministres dudit sieur Roi ne font rien contre ce qu'ils nous' ont promis, approuvent même fout ce que je vous ai écrit par ma lettre du vingtième, au cas que les archiducs veuillent user de longueur, mais leur conduite passée me fait défier de toifti Celui avec lequel je suis plus conjoint maintenant est M. le prince Maurice, lequel veille pour découvrir tout ce qui se passe , m'en donne avis , et fait ce que je lui conseille. Ce n'est pas que je me sois séparé de l'amitié du sieur Barneveldt , avec lequel jai toujours aussi une communication fort particulière , et me tiens assuré de son ailection ; mais pource que rien ne peut avenir contre
ce que nous poorsuivons » si ce n*est par son moyen , je veille et guis soigneux de prendre garde à tont pour me servir de lui , et n'être point trompé ^ car , à vous dire la vérité , quelque résolution que les Etats* aient prise de rompre si les archiducs usent de Ion-* geeur , ou refusent notre ptojet , tant de gens désirent le repos en rassemblée, que si le sieur de Barneveldt étoit contre nous , il nous donneroit beaucoup de peine , et nous serions contraints de nous déclarer plus ouvertement de la -part du Roi que je ne désire* pour rompre leurs desseins : ce que je ferai néaQmoinsr quand il sera besoin , et éviterai autrement tant que je pourrai \ mais je sais bien aussi qu'en le faisant nous serons suivis.
M. le prince Maurice dit être bien assuré qu'un courrier envoyé de Madrid par le confesseur , est arrivé à Bruxelles le quinzième de ce mois^ et a rapporté que le roi d'Espagne ne veut accorder la liberté ni le commerce des Indes. Si celaest, je crains de nouvellesremises, et faut tendre du tout à les empêcher, afin que nous sortions de ce ilcheux labyrinthe. M. lo priûoe Maurice nous a fait deredief grande instance pour Targent , crainte du liceiusiement qu'on fera sans doute , si le Roi continue à refuser le secours qu'ils avoient espéré de quatre cent mille écus pour Tannée passée, ou bien au moins d'un million de livres. Ledit prince en écrit à Sa Majesté comme de chose qu'il juge de très-grande importance : j'en fais le même jugement ((ue lui , étant étonné de ce refus en un temps auquel il faut faire mieux espérer de l'assistance de Sa Majesté que jamais , pource que ceux qui désirent le rq)Os à quelque prix que ce soit , s'en sauront bien
l4o IVÉGOGIàTIONS
servir pour persuader aux autres , puîsqu^on leur dt?nie le secours dès à présent , qu^ils en doivent encore moins espérer à l'avenir , et lorsqu'ils seront rentrés en guerre. Il me suffit d'en avoir donné avis et représenté les raisons. Tattends mon homme qui n'est encore venu die Bruxelles avec la réponse des archiducs. Je prie Dieu , monsieur , qu'il vous maintienne en tout heiir et prospérité.
De La Haye , ce 26 janvier iGog,
Votre , etc. P» Jeaki^in.
Lettre dudit sieur Jearmin à M, de SuTfy, du même jour
vingt'^inqmème janyier i6og.
Monsieur , je vous ai représenté , par mes lettres du vingtième de ce mois , la supplication des Etats pour obtenir la continuation du secours du Roi , et ne vous en serois derechef importun , n'étoit à l'occasion de rinstance pressée qui nous en a été de nonveatt faite parM. le prince Maurice, lequel en écrit à Sa Majesté, et nous a priés d'accompagnei^ ses lettres etla supplication qu'il lui en fait , de la nôtre : ce que nous faisons très- volontiers pour les raisons contenues en mes précédentes lettres , qui me semblent pouvoir suffire pour vous persuader, monsieur, que vous ajoutiez votre autorité pour favoriser cette aflftire envers Sa Majesté , d'autant même qu'il importe plus que je ne vous saurois exprimer pour conduire ce que nous traitons an but qui nous a été ordonné. Vous le saurez mieux juger que personne , et aiderez à y apporter aussi le remède, comme je' vous en supplie très-humblement. L^homme que j'ai envoyé à Bruxelles n'est
DU PRliSIlWNT JElNlflN. l4x
encore de fétour avec la rëponse des archiducs ; je latteads de moment à autre , y ayant aujourd'hui dix jours qu^il est parti : nous donnerons avis aussitôt de ce qu'il aura apporté. Cependant je prie Dieu , monsieur , qu'il vous donne y en parfaite santé , très-heu-t reuse ettrès4ongue vie.
De La Haye , ce 25 janvier i6og.
Votre , etc. P. Jea»nib.
Lettre au Roi écrite par M. Jeanmn , ledit jour vingt'' cirupiihme J€m\fier 1609^ sur la recherche du passage du nord.
Sire,
rai ci -devant conféré, par commandement de votre Majestd , et sur les lettres qu'il lui a plu m'écrire , avec un marchand d'Amsterdam , nommé Isaac Le I^ire , lequel est homme riche et bien entendu au Ait du commerce des Indes d'Orient , désireux d'y servir votre Mayesté , sur les^ouvertures que je loi. ea ai faîtes , et de join4r6 avec lui d'autres marchands , comme aussi des pilotes , mariniers et matelots expéfimeiUés en telles navigations , qu'il dit avoir empé* chésde prendre parti dès^le temps.que je lui en parlai. Or, comme il m'en a pressé plusieurs fois, je lui ai toujours dit que votre Majesté n'y pouvoit prendre aucune résolution qu'après celle des^Etats , et le traité de trêve qu on poursuit à présent fait ou rompu : ce qu'il juge être bien véritable, et s'est aussi contenté de cette réponse \ mais il m'envoya ici son frère , il y a quelques jours , pour me faire entendre qu'un pilote uiglais , lequel a été deux fois en mer pour recher-
l4a KEGOClATlOirS
cher le passage du nord, auroit élë mandé à Amsterdam par la compagnie des Indes d'Orient, pour apprendre de lui ce qu'il en. auroit reconnu, ets^il es* përoit de trouver ce passage ; de k réponse duquel eux étoient demeurés fort contens , et en opinion que cette espérance pouvoit féassir. Us n'avoient toutefois voulu pour lors Êiire ladite entreprise , mais contenté seulem^it FAnglais , et renvoyé avec promesse qu'il les viendroit trouver en Tannée suivante 1610. Ce congé lui ayant été donné , Le Maire , qui le connoit fort bien , auroit depuis conféré avec lui , et entendu ses raisons , dont il a aussi communiqué avec Plancius , qui est grand géographe et bon mathématicien, lequel soutient 9 par, les raisons de son art 9 et de ce qu'il a' appris tant de cet Anglais que d'autres pilotes qui ont fait U même navigation , tout ainsi que du c6té du midi on a trouvé en la mer du Sud ,. approchant le pôle antarctique 9 un passagp qui est le détroit de Magellan ^ qu'il y en doit pareille* ment avoir un autre du côté du nord. L'un .des pilotes 9 qui fot aussi 9 il y a trois igas 9 employé en cette même recherche , et passa jusqu'à Noti^Zembla*, qui «st à soixante-breize degrés de latitude en la eôte de la mer Tartarîque , tirant au nord , a déclaré que , poig: n'être lors assez expérimenté en cette naviga^ tioD, au Hen d'entrer avant en pleine mer, où elle n'est jamais gelé^ à cause de k profondeur et de la grande impétuosité de ses flots et vagues, il se con^ tenta^de côtoyer lefe bords, oùyay^nt trouvé la mergelée, lui et ses compagnons furent arrêtés et •èontraints de s'en retourner sans passer outre. L'Anglais a encore rsrpporté qu'ayant été du côté
DU PRÉSIPEIKT JEArilHIlir. l^^
du nord jusqu'à quatre-vingt-un degrës , il a trouvé que pkis il approchoit du nord moins il y a voit de froidure, et au lieu que vers Nova-Zembla la terre tfétoit couverte d'herbe et n'y avoit sinon des bétes qui vivent de chair et de proie , comme ours," renards et autres semblables , il avoit trouvé , èsdits qua* tre-vingt'^utt degrés , de Therbe sur la te^re , et des bêtes qui en vivent : ce que Plancius confirme par raison , et dit que près du pôle le soleil luisant sur la terre cinq mois continuels , encore que les rayons d'icehii y soient foibles , néanmoins , à eausedu long temps qu'ils y demeurent , ils ont assez de force pour échaaffer le terroir , et le rendre tempéré et commode pour l'habitation des hommes , J)roduire herbe et nourrir bétail ^ alléguant cette similitude d'un petit feu y lequel demeurant long-temps en quelque lieu a plus de force pour l'échaufler , qu'un grand feuqui ne feroit qu'être- allumé et aussitôt éteint. Il y ajoute aussi qu'il ne se faut arrêter à l'opinion des Anciens , qui estimoient la terre près des deux pôles être inhabitable à causé de sa froidure , et qu'ils se peuvent aussi bien tromper qu'en ce qu'ils ont dit la zone torride être inhabitable à cause de sa grande chaleur , qu'on reconnoît néanmoins par expérience être habitée, fort tempérée , fertile , et commode pour la vie des hommes , et qu'il y a aussi beaucoup plus de cha>^ leur sous les tropiques du Cancer et du Capricorne que sous la zone torride ; et par cette même raison Plancius juge que la froidure croît , et est toujours plus grande jusqu'au soixante-sixième degré , mais qu'en passant plus outre devers le pôle , elle devient moindre , et ainsi Font trouvé l'Anglais et d'autre,s
t44 KÉGOCUTIOKS
pilotes ,le^uelsontci-de vaut fait tels voyages, dont ils concluent que , pour trouver le passage du nord avec plus de facilité , au lieu de rechercher les côtes de k mar à soisante-dix , soixante-onze, soixantedouze ou soixante-treize degrés , comme les Hollandais 6nt fait ci-devant , il se faut avancer en pleine mer, et monter jusqu'à quatre-vingt-un, quatrevingt-deujt et quatre-vingt-trois degrés , ou plus , s'il est besoin , es quels lieux la mer n'étant point gelée , ils se promettent qu'on pourra trouver ce passage , et par icelui , en tirant vers l'orient , passer le détroit d'Anian , et suivant la côté orientale de Tartarie, aller au royaume du Cattay, à la Chine , aux îles du Japon, comme aussi , attendu que l'orient et l'occident aboutissent Tun à l'autre , à cause de la rondeut- de la terre , aller par même moyen aux Moluqnes et aux Hiîlippines>, lequel voyage , et toute cette navigation, tant pour aHer que retourner, pourroieat être faits en six mois, sans approcher d'aucuns ports et forteresses du roi d'Espagne ; au lieu qu'à le faire par le Cap de Bonne-Espérance , qui est le chemin ordinaire qu'on . tient à présent , oh y met ordinairement près de trois ans , et si on est sujet aux rencontres et incursions des Portugais.
Il me proposoit donc cette ouverture du passage du nord pour savoir si votre Majesté auroit agréable de l'entreprendre ouvertement, et en son nom, comme chose fort glorieuse , et qui lui acquerroit une grande louange envers la postérité , ou bien sous le nom de quelque particulier , dont on ne laisseroit de lui attribuer l'honneur si le succès en étoit bon, offrant , de la part de squ frère , de fournir le vais-^
DU PKÉSIOENT JËANNIN. \^5
seau et les hommes , sinon que votre Majesté y en veuille aussi employer quelques-uns des siens avec ceux qu'il y mettra , lesquels sont expérimentés en tels voyages ; disant que , pour exécuter cette entreprise, il ne faut que trois ou quatre mille écus au plus j lesquels il désire tirer de votre Majesté , pource que lui, qui n'est qu'un particulier, n'y voudroit employer cette somme , et n'en ose communiquer à personne , d'autant que la compagnie des Indes d'Orient craint sur toutes choses qu'on ne les prévienne €Qce dessein , et qu'à cette occasion son frère n'avoit osé parler à l'Anglais qu'en secret. U dit encore que si ce passage est trouvé et découvert , qu'il facilitera bien fort le moyen de faire une compagnie pour aller en tous les lieux susdits, et que plus de gens y mettront leurs fonds qu'en l'autre qui est déjà faite , sans que la compagnie s'en puisse plaindre , attendu que l'octroi qu'elle a obtenu des Etats n'est que pour y aller du côté du Cap de Bonne-Espérance , non de celui du nord , dont les Etats se sont réservé le pouvoir de disposer au cas que le passage puisse en être trouvé , et, pour inviter quelques pilotes courageux de se hasarder à en faire la recherche , promis vingt -quatre mille livres de loyer à celui qui en seroit le premier inventeur.
J'ai dit au frère du Maire , qui m'en a communiqué de sa part , et lui ai aussi écrit que j'en donnerois in*continent avis à votre Majesté pour eh savoir sa volonté , et la lui faire entendre au plus tôt , attendu qu'il dit , si on veut penser à ce voyage dès cette année , cpi'ille faut commencer en mars au plus tard pour en espérerbon succès, et que les autres qui l'ont ci-devant
T. l5. lO
i4/3 WÉGOCUTIOWS
fait en juillet s'en sont mal trouves, et ont été $urpriade Thiver. Ayant aussi été averti que Planifias étoît v^nu à La Haye deux jours après avoir communiqué au frère du Maire , je le mandai aussitôt pour en conférer avec lui , comme j'ai fait, sans toutefois lui faire €onnoître que Le Maire m'en eût fait parler, ni que votre Majesté eût aucun dessein d'entreprendre cette recherche ; car ledit sieur Le Maire ne désire pas que personne en saiiihe rien : aussi n'en ai^je parlé àPlancius que par forme de discours , et conune étant curieux de m'instruire et apprendre ce qu'il en sait et juge par raison pouvoir être fait \ lequel m'a confirmé tout ce que dessus , et qu'il avoit excité feu Amsquerque , amiral de la flotte qui fit l'exploit du détroit de Gibraltar , de £iir^ cette entreprise , lequel s'y étoit résolu , dont il ei^péroit bien , p^urce que ledit Amsquerque étoit fort entendu auxnavigations, et désireux d'acquérir cet honneur , comme Magellan avoit fait découvrant le passage du côté de la mer da ^d ; mais il mourut en ce combat.. C'est à votre Majesté de me commander ce qu'il lui plaît que je fasse en i)^ endroit. La vérité est qu'on ne peut répondre du succès de cette entreprise avec certitude ^mais il est bien vrai que dès long- temps Le Maire s'eit infeitné de ce qu'on pouvoit espérer de telle entreprise ^ et qu'il est • tenu pour homme fort avisé et industrieux ; puis on n'y hasarderoit pas beaucoup. Quand Ferdinand reçut l'avis de Christophe Colond>, et lui fit équiper trois navires pour aller au voyage des Indes d'Occident , Tentreprise sembloit encore pour lors plus incertaine , et tous les autres potentats auxquels cet homme s'en étoit adressé s'en étoieut moqués , jugeant son en-
DU PRÉSIDENT JEANNIN. l^J
treprise iinpoasifale \ et toutefois elle a produit un si grand fruit. CeA aussi Favûs de Pbncius et d'auitres géographes, qui oui ëcrit que du côte du bord il j a eacore beaucoup de terres qui aV>nt ëtë découvertes, lesqudles Dieu peut réserver à la gloilre et au profil d'autres priuees, n'ayant voulu tout donner à la seule Espagne. Quand mêiiie U n'en sucoédeioit rien , sera toujours diose louable de l'avoir entrepris , et le repentir n'en sera jamais grand puisqu'on y hasarde si peu.
Cette lettre étant achevée, et moi près* de renvoyer à votre Majesté, Le Maii^ m'a deredief écrite et envoyé le mémoire qui est ci-joint, lequel contieQt un discours assezample, ensemble les raisons de ce que dessus. Il me mande pareillement qu'aucuns de la compagnie des Indes , ayant été avertis que rAoglais avoiit conféré secrètement avec lui, sont entrés en appréhension qu'il s'en vouloit servir et l'employer lui-même pour découvrir ce passage , qu'à cette occasion ils ont de nouveau traité avec lui pour entreprendre ladite navigation dès cette année , ayant ceux de la chambre d'Amsterdam écrit à cet effet aux autres diamlures qui sont de la même compagnie lM>ur le feire approuver , avec déclaration , s'ils le refaseat , qu'ils l'entreprendront eux seuls. Le Maire ne laisse pourtant d'exhorter votre Majesté à cette entreprise , me mandant qu'il a un pilote , lequel a d^à ^i ce même voyage , et est plus expérimenté et ca^ pable que l'Anglais. C'est à elle de commander son intention. J'ai eu plusieurs conférences avec d'autres , soit pour les voyages des Indes d'Orient ou d'Occident, et suis assuré , quand Q lui plaira d'y penser à
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bon escient , et pour en tirer du fruit , qu*il y aura moyen de lui &ire avoir de très-bons hommes , et fort expérimentés \ qull y a aussi de riches marchands lesquels, seront de la partie pour le commerce des Indes d'Orient , et plus volontiers encore si ce passage du nord est trouvé ^ mais , quant aux Indes d'Occident , ils tiennent tous qu'il y faut employer un plus grand appareil de forces. Il est vrai que le voyage est aussi beaucoup plus court ^ et ceux qui ont quelque connoissance des entreprises qu'on y peut dresser y eu promettent tout bon succès , dont ils discourent avec de si bonnes raisons qu'il y a sujet d'y ajouter foi ^ j'en attendrai ses commandemens , priant Dieu , Sire , qu'il donne à Sa Majesté et à sa royale famille tout heur et prospérité.
De La Haye, ce vingt-cinquième janvier 1609.
Votre , etc. P. Jeannin.
Lettre de messieurs Jeannin et de Russy au Roi , du
vingt'JiuitihTne janvier 1609.
Sire,
La précédente dépêche à votre Majesté a été retardée de trois jours , à cause de l'impétuosité des vents si contraires , qu'il n'y a eu moyen de la faire partir plus tôt qu'aujourd'hui avec celle-ci , que nous y ajoutons pour lui donner avis que celui que nous avions envôyé^vec le courrier Picault , arriva le jour d'hier , 27 de ce m(Ti&^ avec la réponse de l'archiduc, qui nous remercie du ^m que nous prenons pour achever cette affaire , et mande que ses députés seront à Anvers le 3 ou 4 du mois prochain pour confé-
DU PRÉSIDENT JEANNIN. l49
rer avec nous -, et M. le président Richardot , qui écrit en particulier au président Jeannin , y ajoute qu'il désire que nous leur donnions trois ou quatre jours de loisir après leur arrivée pour y faire préparer nos logis , et y attendre la venue du confesseur, qu'il dit devoir arriver de jour à autre , et néanmoins que les archiducs n'en ont eu aucunes nouvelles depuis son arrivée à Madrid,* qui fut le sS décembre. Nous envoyons à votre Majesté les copies desdites deux lettres , afin qu'elle en puisse mieux juger. Il n'y a point d'apparence que le confesseur ait été si long* temps sans les avertir de ce qu'il a fait , attendu qu'il avoit mené avec lui un courrier ordinaire pour le renvoyer en diligence et leur en donner avis ] mais ou la réponse n'a été telle qu'ils désirent ; ou ils la cèlent pour avoir mieux , s'ils le peuvent , des Etats que ce qui est contenu en notre projet. En quoi nous craignons qu'ils ne soient favorisés par les Anglais y qui semblent déjà affecter la longueur, sans toutefois s'en découvrir es conférences que nous avons eues avec eux jusqu'ici 5 non que leur créance soit d'aucune considération pour nous la faire appréhender , mais nous savons qu'il y a cinq provinces entières qui aimeroient mieux la trêve , à quelque prix que ce soit, que de rentrer en guerre. Bien est-il vrai que nous avons meilleure opinion de la Hollande et Zélande , et tout dépend de ces deux ici. Nous nous fions beaucoup aussi à l'autorité et créance ique Sa Majesté s'est acquises en ce pays , au pouvoir qu'elle nous a donné de leur offrir son secours au cas que les archiducs fassent refus d'accomplir ce qu'ils ont promis , et pareillement à l'assurance que le prince Maurice nous
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floaiie tous les jours, que pers(mne u'oseroit aller contre la. irolontë et le conseil cfai sera donné par votre Majesté , s'offensœt même qtiand nous mmitrous d'ea douter : à quoi nous ajoutons encore la même assurance que le sieur Barneyeldt donne de suivre nos conseils f car c'est cehii seul qui pourroîl Élire du mal , s'il en ayoit la Tolonlé , pour la grande créance qu'il a parmi ces peuples j et les artifices dont il sait user envers euiL pour leur perëuader ce qu'il veut : non que lur ni autre ose proposer la trêve simple qui seroit à présent rejetée d'un chacun , mais on peut faire couler le temps inutilement pour avoir encore h cessation d'armes cette année \ à quoi: sans doute les archiducs tendront s'ils n*ont pouvoir de traiter au nom du roi d'Espagne ; et c'est à noua de * nous garder de cet inconvénient , comme nous ferons de tout notre pouvoir , pour être eelm seul qu'on doit à présent craindre , et lequel est aussi trèsdangereux.
Nous ne pouvons toutefois être à Anvers cpie le sixième du mots prochain, ayant un chacun jugé qu'on ne devoit refuser deun jours aux députés des archiducs pour y être ce temps-fâ devant nous. Nous porterons avec nous l'acte des Etats qui contient leur résolution de ne traiter que sur notre projet , et de rompre en cas de refus , ou de nouvelles remises , -«fin que cela nous domie sujet de presser davantage les députés des archiducs , et dé leur faire connoitre, en présence même des députés d'Angleterre , si on leur donne quelque autre espérance, qu'on les trompe, et que c'est plutôt en intention de rompre tout trsété que pour espérer d'en pouvoir faire un antre qui soit
DU PIVÊSIDBNT ^EANNIN. l5l
plas à leur avantage : nous en envoyons aussi la copie à votre Majesté. Les Etats nous doivent encore donner pottvoîr de consentir la prolongation de la trêve jus- <|ii'à la fin dtt mois de février , pour en user au cas qne les arcbidues accordent les articles principaux de notre pi'ojet , et de lifaiter au nom du roi d'Espagne en Vertu de bonne procuration^ et non autrement , laquelle procuration nous demanderons à voir d'entrëe, et d'en avoir, s'il est possible, copie signée; M refu9 de quoi , et. si les archiducs se veulent encore servir de quelques nouveaux ^ubterftiges , nous ne passerons otttre ^ ntais nons retirerons sans faire aucune prolongation , après avoir averti les députés des archiducs qu'ils ne doivent plus attendre qu'une rupture , et du regret que votre Majesté en aura. Nous esiîniolts bien qu'ils nous accorderont tout ce que dessus, non par écrkf à quoi toutefois nous insis- > terons, mais de paroles, peur iake vefnir les députés des Etats ,- avee lesquels ils essaieront de gagner ce ({u'ils n^auroiit pu obtenir de nous : c'est pourquoi notis désirons qttë leur charge soit limitée et restreinte du tout au contenu de cet acte , afin qu'ils n'aient pouvoir de t'outre-passer. Bref nous userons de toutes sortes de cautions pour conduire les affaires à la Fésoltlfion prise en rassemblée générale, et à ce que nous savons être du désir et contentement de YOtre Majesté.
Messieurs des Etats nous ont aujourd'hui fait voir en leur assemblée générale un cahier qui contient les rMes des dernières montres de leurs gens de guerre , tant de pèed que de cheval , qtri revient à quÉs^ante-^ deux mQle hommes de pied ^ et quatre mille chevaux,
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combien que les montres aient été faites avec une extrême rigueur pour empêcher les passe-volans ^ et là-dessus ont réitéré leur prière du secours avec une grande démonstration du ressentiment qu ils ont des , bienfaits' de votre Majesté , sans Tassistance de laquelle ils confessent ne pouvoir subsister ^ jugeant bien d'un côté qu'il importe beaucoup de retenir tous leurs gens de guerre en Tétat auquel sont les affaires, et qu'il est périlleux aussi d'en avoir plus qu'on n^en peut payer , y ajoutant encore qu'ils ont cherché de l'argent à rente au nom du corps des Etats , et avec l'obligation particulière de la province de Hollande ; mais que , sur l'incertitude de cette résolution , personne n'en veut prêter , et quoiqu'ils travaillent tous les jours pour s'accorder de leurs cotes , qu'ils ne Font encore pu faire ; ainsi n'ont plus autre ^spérance qu'à votre Majesté » qui prendra , s'il lui plaît , de bonne part si nous lui représentons si souvent leur prière et instance pour ce que nous jugeons que c'est notre devoir et son service de le faire. Nous prions Dieu sur ce, Sire , qu'il donne à votre Majesté et à sa royale famille tout heur et prospérité.
De La Haye, ce vingt - huitième jour de janvier i6og.
Vos, etc. P. Jeawnin etRussv.
Lettre de M. Jearmin à M. de f^illeroy , dudit jour vingts
huitième jans^ier 1 6og.
Monsieur , les affaires sont toujours en bon état , et nous avons occasion de croire que tout passera selon le désir du Roi pour le regard des Etats. M. le
DU PRÉSIDENT JEA9NI9. l53'
prince Maurice , qui est fort soupçonneux , et prend garde à tout , nous en assure toujours. Le sieur Barneveldt en fait autant, etconnoit bien, nonobstant Tassurance qu'il m'a donnée de son amitié , et de servir à la conduite des affaires suivant Tintention de Sa Majesté, que je suis aux écoutes pour considérer tout ce qai se passé , et me garder d'être trompé de qui que ce soit; aussi n'ai-je jusqu'ici aucune occasion de me plaindre de lui , mais plutôt de me promettre qu'il continuera de même jusqu'à la conclusion de l'affaire; M. le prince Maurice néanmoins ne laisse d'en avoir quelque défiance , encore qu'il montre de la mépriser puisqu'il a le Roi de son côté. Pour, moi , quand j'en aurois autant de défiance que j'ai d'assurance du contraire , si ne saurois-je faire que ce que je fais pour me servir de son amitié , et me garder de ses mauvais offices , s'il en vouloit rendre. Ne vous étonnez point si je fais mention si souvent de lui , car chacun y a les yeux , et croit que tout le bien ou le mal en doit provenir ; en quoi je reconnois tous les jours combien il a été nécessaire de le rendre affectionné au service du Roi. Les Anglais ne font encore rien dont on puisse se plaindre , et se laissent conduire à nos avis. Je n'ose pas assurer pourtant qu'ils en usent toujours ainsi , car leur conduite passée doit donner du soupçon.
n n'y a plus rien à craindre que quelque longueur, tant du côté des archiducs , et par artifice , que du côté des Etats par leur naturelle et ordinaire faconde procéder , quand personne même d'entre eux n'auroit aucun mauvais dessein. Nous ferons tout ce que nous pourrons pour couper chemin à toutes remises et
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subterfuges. Madame la princesse d'Orange a en quelques avis de là cour , que le Roi avoit mal parié d'elle sur le sujet du sieur Bamereldt , et cotome si elle ne suivent pas entièrement les intentions de Sa Majesté : elle s*en eét plainte à mot y de façon que je craignofis qu'elle me tint pour auteur d'avoir écrit quelque chose contre elle ; mais elle m'a bien assuré do einn* traire ^ et de n'en avoir aucun soupçon ^ prié même de vous représenter la vérité de sa conduite , qai est telle depuis qu'elle a écrit au Roi y qtie j'ai toute <KJcasicm de m'en kmer et de vous assurer quW ne peut rien désirer de mieux que ce qu'elle fait , et qu'à présent nous conférons de toutes choses avec lé prince Maurice , et en sa présen<ie 9 étant tous ensemble réduits à un n^me avis. L'homme de M. Aërsens , qui s'en retourne en France , est porteur de nos lettres. Les'preitiières que vous recevrez de moi seront, eomme j'espère , d'Anvers. Je prie Dieu, monsieur , qu'il vous maintienne en tout benr et prospérité.
De La Haye, ce vingt-huitième de janvier 1609.
Votre , etc. P. JtAinwN.
Lettre de M., Jeanmn à M, le duc de Sutly, duâit four vingt^huU^jne janvier 1^6^
Monsieur, l'archiduc approuve noire voyage à Anvers , et nous prie de le faire , nous assurant qi^ ses députés s'y rendront le quatrième de février. Cest là que nous devons être éclaircis dfe sa dernière résolution, sôit pour CiWwlure ou roiApre ; ce que les Etals désirent aussi , et nous encore plus qu'eue. Je eonnois bien toutefois , par les lettres de M. le pré-
»U PRÉSIDENT JEANNIW. 1 55
Sidenl Rîcliardot , que Farchidoc attend ce qoi doit venir d'Espagne par le retour du eonfessectr, ou quel-* que conrïièf qu'il enverra exprès. Si est-ce que noiïs les preaseroBs , et se recevrons aucunes eieu^es qui tendent à nouvelles renises , car il est teinp^ de finir , n'y ayaBt plus personne ici qui ne juge la lôngMbr et incertitude être autant dommageable a!U:£ Elatà , qu'elle est ennuyeuse et instipportaUe k lents amisw Le» Etats notas pressent encore pour le secours, et disent qu'en cette incertitude d'affaires personne ne leçr rent prêter d'argent. Ils news ont fait voir par les derniers rôles des montres feites fopl exactement , qoTûs ont encore quarante*deux mfftle hommes de pied et quatre mille ckevaux* Cest voiis , monsieur , qui av^r plus de pouvoir de les faire assister que nul antre, et j'estime , pour achever plus heureusement ce que nous traitons , cette gratification être bien nécessaire. Je n'oublierai pas ce qui touche M. le prince d'Espinoy , et aurai tomgBOfirs même soin âe tout ce que vous me eommanderez , comme étant, monsieur, votre j etc. P. Jeas^ïtî*
A La Haye , ce vin^huitième de janvi^er 1609.
L6Hre de M. Jéanfàn à JÊf, de Beltegatdc , grand écuj-er de France , dudit jour ving^miihne jan\4er 1 609.
MoNsiETTit , j'ai vu par les lettres que M. de Caslille mot* gendre m'a écrites , que vous avez foigours sonvenance de moi , encore que sois absent , et que vous hachiez bien que j« ne pewx rien apporter à votre service qu'une bonne volonté inntile et safns effet j
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c'est pourquoi Tobligation que vous en acquérez sur moi est d'autant plus grande. Si le Roi est content de ma conduite, et de. la diligeûce et fidélité dont j^use pour exécuter ponctuellement ce qu'il m'a commandé, c'est déjà une espèce de récompense qui donne grande satisfaction à un homme de bien ; et quand il ne m'en aviendra rieil de mieux, j'en accuserai plutôt mon malheur que le défaut de sa bonne volonté. Aussi suis-je si accoutumé à travailler beaucoup et profiter peu , que j'en ai acquis une habitude qui me rend plus capable de souffrir patiemment la rudesse de cette mauvaise fortune, sans m'en plaindre ni murmurer. Je ne peux garantir le succès de la négociation en laquelle je travaille, sinon pour le regard des Etats , qui se sont entièrement disposés à suivre les conseils et la volonté du Roi ; le surplus dépend de l'Espagne.
Nous partons dans trois ou quatre jours , les députés d'Angleterre et nous, pour aller â Anvers, où se doivent trouver ceux des archiducs ; auque^^lieu nous saurons peu de temps après leur finale résolution , soit pour conclure ou pour rompre , le premier étant désiré, pourvu qu'on le puisse obtenir tôt et sans remisé , sinon le dernier ne peut plus être évité , et sera encore moins dommageable aux Etats que dç vivre en l'incertitude et défiance en laquelle ils ont été il y a près de deux ans , qui eût été cause de feire naître de grandes factions et divisions parmi eux, si l'autorité du Roi et ses conseils, qu'ils ont çn grand respect , ne les en eussent garantis , à quoi il a été besoin de travailler continuellement et avec grand
DU PRÉSIDENT JEANNIN. iSy
soin. Je prie Dieu qu'il en rende le succès heureux, et me donne le moyen de vous pouvoir témoigner par les effets que je suis , monsieiir , votre , etc.
P. Jeannin.
A La Haye , ce vingt-huitième janvier 1609.
Lettre du Roi à messieurs Jeannin et de Russj-, du tren^
tihme janvier 1609.
Messieurs Jeannin et de Russy , j'ai été bien aise de savoir par vos lettres du quinzième de ce mois y que j'ai reçues par le courrier Picault le 21 , avec le projet que vous m'avez envoyé , la résolution que les sieurs les Etats ont prise pour parvenir à la trêve ainsi qu elle a été proposée par vous ; car elle aidera à justifier grandement leurs armes et conduite , tant du passé que pour l'avenir, quoi qu'il en succède , qui est une des considérations que j'ai eues quand je leur ai conseillé d'entendre aux ouvertures de ladite trêve ou de la paix , auxquelles ils s'étoient engagés d'euxmêmes. Nous verrons maintenant à quoi se résoudront les archiducs , et s'ils se dispenseront d'accepter et conclure ce marché dès à présent , en vertu des premiers pouvoirs à eux envoyés par le roi d'Espagne , comme il me semble qu'ils devroient faire , ou s'ils continueront à user de remises , et allonger les affaires pour gagner cette année, ainsi que j'entends que le conseil d'Espagne désire , s'il ne peut faire descendre lesdits Etats à autre forme de trêve de vingt ans , sans faire mention de la liberté et souveraineté. En tout cas j'estime que lesdits archiducs voudront attendre leur confesseur, ou de ses nouvelles , devant
1 51$ i^iGocikjio'ss
que de s'engager plus avant audit acoord. Cependant le roi dé la Grande^relague m'a fait dire par son ambassadeur que lui et 1^ «Âeas d'oat jamais {propose la susdite trêve san« liberté , ni seulement donné espérance de Tagréer 9 se plaigaant ouvertemeat de ce que le président Richardot en a dit et écrit. Il Fattribue à pur artifice pour semer entre nous de la zizanie ; ajoutant, pour preuve de cela , qu'il a fait dire audit Roi que ce changement procédoit de l'espérance que j'avois donnée à don Pedro de Tolède de faire départir lesdits Etats de la demande de ladite liberté , qui est jDhose controuvée par les uns ou par les autres. . J'ai fait connoitre audit ambassadeur que j'ai ajouèé ibiàla déclaration susdite qu'il m'ai&ite de l'intention de son Roi, laquelle je lui ai dit m'avoir été confirmée par le compte que vous m'avez rendu de la conduite de ses ambassadeurs où vous êtes , et l'ai prié d'avertir son maître de demeurer constant en ce propos , avec espoir , ce Ëiisant , que les E^agnols ( lesquels ont besoin de repos autant que nuls autres) s'accommoderont enfin au désir et repos commun^ ce qu'il m'a promis de faire , en louant mondit avis. . Toutefois vous devez croire que si ledit roi d' Anglesterre connoissoit pouvoir porter ]^s Etats à ladite trêve sans Uberté, qu'il l'en treprendroit volontiers pour obliger à lui lesdits Espagnols et archiducs , et acquérir sur moi cet avantage. Partant vous conûnuerez k y . prendre garde , et d'autant plus soigneusement le devez-vous faire , que vous avez reconnu que si vous n'eussiez prévenu de mon int€uaktion les Etats , aucuns d'eux se fussent laissés aller à ce parti plutôt qu'à celui de la guerre : et faut que je vous dise que je ne serai
Dtl PAÉSJDliNT JEÂNNIN. lS$
délivré de ce soopçoa qti*après la fia de ces traités ; non que je désire ni veuille conseiller la reprise des armes par préférence au repos desdites f)rovinces , mais palrce qu'il iroit de ma réputation et de mon service que la forme de ladite trêve fût diangée contre mon conseil , et notre [nreraier fondement ; joint que f estime que , quand bien les £tats s'en relâcheroieot , lesdits Espagnols , qui traitent de mauvaise foi , les tromperoient après en cela comme ils ont fait en tout ce qu'ils ont jusques à présent traité avec eux et nous, fai été bien aise desavoir que le sieur Barneveldt s'est bien conduit en cette résolution , et que le prince Maurice et lui soient en bonne intelligence pour la faire réussir selon notre avis -, mais les députés d'Angleterre n'avoient garde d'approuver le renvoi à BruKelles de l'abbé de Préaux , car ils se sont persuadés, et l'ont ainsi donné à entendre à leur Roi, que ledit de Préaux avoit ajouté aux discours que le pré-, sident Richardot lui avoit tenus sur cette nouvelle forme de trêve , des choses au désavantage de leur Roi que ledit Richardot ne lui avoit dites, et qu'il avoit mâme ouvert les lettres de l'archiduc et dudit Richardot dont il avoit été chargé , devant que les délivrer à vous et à eux à qui elles étoieut adressées. Le susdit ambassadeur dudit Roi me l'a dit ainsi , traitant avec moi de la part de son maître , de quoi je suis demeuré offensé , car c'est une calomnie trop grossière , -et qui se dément et condamne de soi-même , et par la seule lettre dudit Richardot dont ledit de Préaux a été porteur, qu'il n'a pu changer quand bien il l'auroit ouverte; mais lesdits Anglais sont si dépités de quoi leur malice et impuissance ont été découvertes en ce fait ,
l6o NÉGOCIATIONS
qu'ils ne savent à qui s'en prendre 5 et faut que vous fassiez état , si vous allez ensemble conférer avec les députés des archiducs , qu'ils vous feront encore quelque frasque, s'ils peuvent , pour cette cause et les autres que je vous ai écrites par mes précédentes.
J'avois désiré que vous eussiez obtenu et tiré des archiducs une déclaration par écrit , comme ils entendent et accordent traiter avec lesdits Etats , tant eu leur nom que celui dudit roi d'Espagne , comme et en qualité de gens libres sur lesquels ils ne prétendent rien , devant que vous engager en la conférence que lesdits Etats ont prié , vous et les députés d'Angleterre , entreprendre pour ébaucher lés conditions de ladite trêve , afin de besogner plus sûrement, et que l'on n'ait sujet de nous attribuer une rupture , s^il faut qu'elle avienne , comme il y a apparence de l'attendre si lesdits Espagnols ne changent de langage. Quant à la prolongation de la trêve , je vous en ai écrit mou avis. Ce n'est pas que j'entende précipiter lesdits Etats à la guerre , mais j'ai opinion que quand lesdits Espagnols et archiducs se verront à la guerre , qu'ils avanceront la résolution de ladite trêve, autrement ils la reculeront tant qu'ils pourront; car je sais que leur dessein est de gagner cette année , parce qu'ils sont foibles d'hommes et d'argent en Flandre , et mal préparés ailleurs pour s'y renforcer; joint qu'ils craignent merveilleusement que, s'ils tirent leurs soldats aux champs , ils se mutinent , tant ils sont mal contens par faute de paiement.
J'approuve néanmoins les raisons qui vous ont mos de consentir au dernier délai qui a été accordé, et suis content encore, quoi que je vous aie écrit, de remettre
DU PRÉSIDENT JEANNIN. l6l
à votre jugement de souffrir qu'il soit prolongé encore quelques jours , si vous connoissez que le corps desdits Etats y incline et le désire , et que ce soit Tavis des plus sages -, mais aussi laissez*leur prendre d'eux-mêmes cette résolution sans y avoir part, car je ne veux être auteur ni fauteur d'un conseil que j'estime leur devoir être dommageable , comme je prévois que sera à la longue une continuation plus longue de la susdite cessation d'armes , et à laquelle je reconnois que l'on engagera les Etats par degrés comme insensiblement, comme vous avez déjà reconnu par le temps que lesdits archiducs ont demeuré à répondre à vos lettres du quinzième du présent, et au temps du rendez-vous de ladite conférence, que j'ai su avoir été par eux pris et assigné seulement an quatrième du prochain j de quoi j'aurai à plaisir d'être éclairci ponctuellement par vous à toutes occasions. J'ai commandé que l'on mette à part trois cent mille livres pour leur être envoyées ; mais s'il faut que la cessation d'armes dure et soit prolongée de temps à autre , ces deniers seront pour moi mal employés , car ils ne serviront qu'à abuser et endormir à mes dépens les Etats, et entretenir le monde en incertitude , au seul avantage de ceux qui affectent tels délais et en profitent. Partant vous y prendrez garde, aiin de me défendre à l'avenir de la continuation de semblables contributions que l'emploi n'en soit plus utile. Je prie Dieu , messieurs Jeannin et de Russy , qu'il vous ait en sa sainte garde.
Ecrit à Paris , le trentième jour de janvier 1609.
Henry.
Et plus bas , Bruurt.
jgj, HÉGOCUTIOKS
Lettr* de M. de'FiUerqr 4wdit sieur Jeamdn, duàit jour
i^ janvier tGtitf.
MoHsiÈtiR, plus lés Etats é'^baufferônt à là trêve
• el f^diit pàrôltfe la désirer , lès Espagnols feront con- ' téhâncé àe s'y refrôidii- et' d'en être dégoûtés, et crois
finalement quéle Eut de cêiix-ci n'est que de décevoir îès autres par une voie' oïijwr' autre, combien ' qiie ïësdits Espagnols aient en éflèt autant besoin de ' ïepôs que ceux-là , ainsi que M. de Bamult , retourné ' Irâîcbémènt de son àmbaësàde , nous l'a confirmé ' de vïve voix ; »naîs ^^8 sont plus couverts etpatiens " que né sont ces peuples. Ils n'ignorent aussi" notre
• bumeur et disposition présente , et savent faaturellemeiit faire profit' du' temps mieux que natiton du
'monde • s'ils peuvent ', ils couleront encore cette an- ■'néè saiis résoudre le* affaires, c*est-à^ii:é sans conclure ni rom^relàtrëve , et feront cependant provision
• a'argent et d'haleine pduf les suivantes: Ils espèrent aussi que notre Soi s'eiïnuierà de fournir k TappoSn-
"tément' et nécessité deâ Etats ;r qu'il "divisera Sa'Ma-
' îesté et le roi d'Angleterre, lesquels déjà uè sont guère
' cohtens l'un de l'iâutre.' Le^ toi d'Espagne s'attend
encore qu'il fera éhanger d'avis au Koipar l'entre-
• inîse du Pape; èh faisant le inariâge dû second fils d'Espagne avec madame CHrestienne , pour tout-à-
^ fait séparer les archiducs et ce qui en dépend de
• l'Espagne; car ils ont loiijoùrs ' espoir de l'apprivoiser et persuader par le moyen de cette buvertute, i quoi toutefois je vois encore lé Roi peu disiwsé, non plus qu'à la guerre : ce que je ne dis qu'à vous , car ïï m'a déclaré depuis deux jours tout le contrairej
,inais poinme il est, 3age ,. ^t qtfil goûte très r bien , l'être duquel il jouit , diffîcilemeu( le (^han^era-t-il à iia,pire,j Je mcj réjouis de, la parole que le sieur Barueveldt vous a dounée , car ie le tiens homme de bien et s^jp^issant^que l'ay^pt de uotre cptë tout yous sera jpossîble* Vous apprendrez de la lettre du Roi la^ subtilité ^ssière des Anglais, qui, pour couvrir leuTjinauyaise. foi, re|ette(lt,à présent sur le sieur de Préaux ce dont ils. août cause. .Notre maître s'ei^g ^t moqué et offensé; toutefois il a youlu que vo^ çn^^sf iez aveiifti , .aîSind'ajpiitei: cette preuve aux aut^rp^que y9us ayez faites de leur nialiçe et di^simu- ]al^ii. poui; miçux, you^ en garder ; néanmoins yotre con^Jpite, p2|ss<^e et présçnt^avec eux a été louée pour le$ ndspns. rçprésentéjéë par vos lettres. Le principal senuquq yous ari;iyie2i ja^ ftort auque| ,vous naviguez ; mais nous . n'av/^ns . ij^% bonne opiixion du succès de yo^e yçQçage à Aiay^s ,.et disons qu'il ne jsérvîrâ qu'à entretenir i^ ^apis et le$ .affaires en incèrtitucle , si vçix^. .n'avez deyan^ retiré l'assurance et parole par écrit des archiducs > dont nous vous avons donné avis par,iiQ^jpréc|^d€^nl^S', .et dont la lettre, du Roi que la préf^nt^ 9CCpmpa^gne. fait mention. ,^I^]^f ntpge no)i? çraigiions , si vous trouvez les arcUi^flcs d^ipOciles, ;et opiniâtres, que vous deveniez ^Jf^ip€)nt porteur .de . la rupture qui s^en ensuivra , çl^o^e quç nous jserons trèsraises n'avenir. Nous nous défiofis çpn^me voua du courage des archiducs ; j'ai soudé sur ^la leur ministre : il ^ le même désir que le présî^^SftRichardot, mais i|< a aussi la même opinion et défiance de la résolution et volçi^té des archiducs que lui,.teHement que tout dépend de l'Espagne, où
l64 NÉGOCIATIONS
l'on retient le moine exprès pour faire durer la fête. Cependant don Pedro ne dit mot, attend son congé et l'arrivée ici d*un ambassadeur ordinaire de son maître , pour après se retirer. Le ministre du Pape a aussi retiré du jeu son talent , voyant que les desseins du roi d'Espagne ne s'accordent avec le repos public , de façon que chacun laisse aller le bateau à la merci et discrétion du temps, sans davantage s'en formaliser et travailler. Le sieur Âërsens a dit au Roi
que le ministre des Vénitiens ici résidant lui a parlé de contracter une nouvelle confédération entre les Vénitiens et les Etats, et de faire que ceux-d envoient des ambassadeurs vers les autres exjprèspour la mettre en avant et la traiter. Si nous estimions que le sénat eût volonté d'eslreindre ce marché , nous approuverions cette ouverture , tant pour la paix que pour la guerre ; mais nous avons opinion , le connaissant comme nous faisons , qu'il en cherche l'ostentation plus que l'effet pour en donner martel à Rome ' et au roi d'Espagne \ car notre Roi a sur cela souvent fait sonder lesdits Vénitiens , sans jamais les avoir pu émouvoir à y entendre effectûellement. Je vous donne le présent avis afin que vous sondiez le sieilr Barneveldt sur icelui , et nous fassiez savoir çé que vous en apprendrez. L'ambassadeur d'Angleterre qui réside à Venise , dit ordinairement et hautement' que son maître n'approuve aucunement îa 'trêve que vous poursuivez, et que, si lès conseils de sbti Roi sont suivis 9 les Etats rompront tous traités. Il tient ce langage, le pensant plus agréable à ces sieurs^qti'uii autre. Les Anglais en usent ainsi partout. Au reke, je vous ai écrit clairement que le Roi n'entend donner i ces
BU PBÉMDENT JËÂ.I9NIJN. l65
sieurs. racte.qu*ils VOUS ont demande sur la continuation de leur souveraineté après la trêve , pour les raisons que je vous ai mandées. Partant excusez- vousen , s'il vous plaît , quand vous jugerez qu'il vous sera opportun de le faire, et me tenez toujours , monsieur, votre, etc. de Neufville.
 Paris , ce 3o janvier 1609.
Lettre de messieurs Jeannin et de Russy au Roi, du pre^
mier jour de février 1609.
Sire,
Les lettres de votre Majesté, du 19 du mois passé, nous ont été rendues le pénultième du même mois. Nous lai avions fait une dépêche deux jours, auparavant par l'homme de M. Aërsens , lequel s'en retournoit à Paris ^ néanmoins cette dernière lettre nous a donné sujet de lui faire promptement celle-ci , et de la lui envoyer par homme exprès pour en avoir plus tôt la réponse à Anvers. Elle montre toujours de rejeter la trêve simple , et en déduit les raisons qui sont très -bonnes, et fortifiées encore d'un juste dépit contre le roi d'Angleterre , qu'on dit l'avoir mise en avant en Espagne pour «n avoir le gré , combien qu'il y puisse le moins. Or nous pensons y avoir si bien pourvu , que personne ne l'oseroit proposer , ou en le faisai^t espérer de l'obtenir. Le prince Maurice dit en être très-assuré, et le sieur Barneveldt nous en promet autant. La résolution des Etats est aussi expresse de ne traiter que sur notre projet , et , s'il est refusé ou si on veut user de remises , de rompre. Toutes ces cautions ont été mises au décret des Etats à notre
l66 IfÉGOCIATIOnS
décrète poursuite /et sans que nous nous eti soyons miSlés trop ouvertement , sinon en ce que nous avons faît connoître à chacun que votre Majesté , en'Tîétat* auquel sont les affaires, et après avoir co\itesté si' ]ongf-tetnps sur là liberté, ne pouvbit approuver la trèvé simple , ni de nouvelles remises , pour qùelqtie cause que ce soit, insinuant lès rai soné dé notre avis si doucement es conférences que nous en avons eues avec ceux qui manient les aflaires , qu ils ont' plutôt cru votre Majesté leur donner ce conseil pour leur bien, et pour empêcher que telle proposition ne fût cause de mettre de la division parmi eux , comme c'est la vérité auissi, que pour désir qu'elle eût' de rompre. Ce que nous craignons seulemcint est -lâflâti* gueur, àcause des difficullés des afchiduds , qui alirdiit sans doute recours à ce remède si le roi d^Espji^ne fait refus dé s'obliger ; à quoi la natut'elle leiititMe qû ' plutôt nonchalance de ces peuples , à laquelle' ceux qui désirent le repos pQurront srjbutef quêlqilô ârti* fice , aidera beaucoup. Aussi tout notre sdiû et tfaVai! ne tend qu'à enipécher ces longueurs et à faille finilr ce traité , y ayant déjà assez bien pourvu, eti quoi nous continuerons avec même sôiù.
Elle n'approuve pas que nous atlîons à AnversT, jusqu'à ce que lious ayons déclarationi par écrit des âi*chiducs qu'ils accordent l'article de la liberté ,- tant en leur nom qu'au nom du roi d'Ë^pagùe : ot tiotk l'avons déjà par la lettre dé M. le président Richirdot, qui le contient es mêmes miots qui sont mis en nolr^ projet , et l'archiduc par ses lettres signées de Itii , contresîêfiîéès Verréikeiï, avec le visia dudît sièùr président , ainsi en forme authentique , ïè confirme éi
DU PRÉSIDENT JEAjVIflIf. 167
expr^s$émeat , qu'il ne Iç peut pluç ré.ypquer en doute sans déclarer sou défaut de pouvoir, pour, obliger le rqi d'£spagne , ou bien passer outre. Qpand mémç il. dQanerpit.uue.nquvelle déclaration , il ne seroit pas plus olfUg^ qu'il, est;, joint qu'eq. la den^and^nt on. ift^ttrpit en doi^(ç ce que no^is de.yqns tenir pour assur4, et la résQlutjon de,s afTairjes er^ plus d^ longueur au licH^de l'ay^pcer. Puis les Etats nous qnt ipst^iniQpnt jjri^s. de fairc^ ce. voyage, jpg^eant que nou$ devions être éclairqis etasf urjés de lî^ volpnté de.s archi- 4ucs avant qijp nQi^s. eu voyer, leurs députés : en quoi nous son^mes si av^ii^t ^pgagés , tant envers les, l^tats que poujr, l'avoir naai^d^ k rar,chiduc , et reçi^^ répopse 4e lui q|[fe ses députés ^e rendront Ip quatrième 4u Çr;és.çnt i)fQÎs à Ajaveiis poiir nous y attendre, qu'il n'y a aucun moyen de çhan^ieij d'avis sans gâteries a0ai)res. Bien çpuvous-pous 4.çmander cette uo jj velle déclaratioa par écrit., loi;sque nous aurops conCérié avec sqç (Jépfit^s ayaul qijU.e n^ander à ceux des Etats de v^nir , ïd de consentir à ^Ç^^^ prolongation de lirève jusqu'à la fi^ de ce mQJ^ de février , que chacun ^^ jug^e nécessaire , çn cas qu'pn voie quelque aspi^rauçe àe traitçr , mais non autrement , et , ^u défaut de ce , ou de nouvelles remises > de nous retirer sans faire ladite prolongation, çt rapjj)prtçr aux Etats ce que nous îi^rpi^ Eût, a^in q\^ç; 1^ i:ppim:e, s'il la faut faire, vienne ^'pux, upudeppus. Bien devons-nous fiiire cç.t office , avant que x^ous s.éparer , de remontrer aux députés des archiducs le u^al qui eu d^it arriver , aÇû que cette craij^te et le désespoir ^'obtenir ^'autres remises , ou la trèvq à meillppr marché, \çs cputraigne de dire leur dernier mot , à quoi il est uécç$$î^ire de
1 68 JNEGOCUTIONS
venir sans rien craindre, autrement on ne fera rien qui vaille ; car il a fallu user de grande conduite pour porter les Etats à ces résolutions précises , dont il y en a trop qui se départiroient volontiers si nous y aidions tant soit peu ou si nous devenions tièdes , n^y ayant que le respect de votre Majesté , et la créance qu'on a en ses conseils , qui les a conjoints tous à prendre cet avis , que plusieurs d'entre eux , lesquels craignent trop de rompre , eussent autrement rejeté. Elle voit donc que ce n'est pas notre intention de prolonger la trêve pour les quinze jours qui restent du mois de février , sinon aux conditions susdites , moyennant lesquelles on ne la sauroit refuser sans donner soupçon qu'elle tend plutôt à rupture qu'à conclure , encore que la vérité soit bien que refuser toute prolongation serviroit à avancer cette trêve , non à la rompre , ainsi qu'elle nous écrit par ses lettres; mais il nous faut contenter le goût de beaucoup de personnes qui n'ont toutes un même dessein , et ôter autant qu'on peut l'opinion qu'aucuns essaient d'imprimer qu'elle soit à présent plus désireuse de la guerre que de la trêve. Quant à la procuration que l'archiduc a obtenue du roi d'Espagne pour traiter en son nom, qui est du.... , elle nous semble très-bonne, et n'estimons pas qu'elle ait été vue par delà , trop bien les deux agréations qui contenoient pouvoir de traiter avec des conditions plus limitées que celle-ci : c'est pourquoi nous lui en envoyons la copie pour la faire voir et considérer à son conseil , afin que , s'ils en jugent autrement, nous suivions ce qu'elle nous commandera. On y peut bien faire cette difficulté, qu'entre les causes que le roi d'Espagne dit l'avoir mû à dési-
DU PRESIDENT JEANMN. 169
rer la paix ou trêve à longues années , il met an narré le service de Dieu , et sur la fin ajoute , en cas que les archiducs ne demeurent d'accord de la religion et des aatres articles , et ne traitent par effet , qu'il entend demeurer en ses droits sans que cette procuration lui soit d'aucun préjudice ^ mais il n'y a point de clause pour rendre nul ce que les archiducs auront fait au nom. du roi d'Espagne au cas qu'ils traitent^ car au contraire le pouvoir leur en est donné sans aucune limitation , et sans y ajouter qu'à faute de faire rétablir la religion ou obtenir autres conditions , ce qui sera fait doive demeurer nul. On pourroit bien dire encore qu'en chose de si grande importance , comme pour consentir à remettre ses droits de souveraineté, il seroit besoin , non d une procuration en simple placard, mais de bonnes lettres-patentes scellées du grand scel et expédiées par l'avis du conseil ; et cela a été dit il y a long-temps, et eux ont répondu que leurs expéditions n'ont point accoutundé d'être en autre forme , et n'en doit-on rien attendre de plus si on veut traiter. Aussi est-il vrai que les Etats ont passé par dessus cette difficulté par notre avis même , et sur le commandement que votre Majesté nous en fit dès lors que les deux premières agréations furent envoyées d'Espagne , n'y ayant en effet personne qui ne juge le traité fait en vertu de telle procuration devoir être bon et valable , si les Etats se conduisent bien et conservent leurs *amis, et au contraire que toutes les formes et solennités qu'on y pourroit ajouter ne serviront de rien si , la trêve finie et la guerre renouvelée, ils sont foibles et sans moyens pour se défendre. Toutefois si Tinclination de votre Majesté est
170 NEGOGUTIOKS
qu'on recherche exactement toutes choses, soit en cela et partout , nous prendrons toutes occasions pour suivre ses intentions.
Quant à ce qu'elle tdit que le roi d'Espagne ponrroit avoir révoqué cette procuration , et que si cela est le traité qu'on feroit ei^ vertu d'icelle ne l'obligeroit pas, telle révocation , faite es mains des archiducs sans être signifiée aux Etats , ne leur ferar atieun pré-^ judiee , bien obligera^-elle le& archiducs k ne la point employer, et le roi d'Espagne auroit action contre eux^ et j usie occasion de s'en plaindre ; mais iil ne laisseroit pourtant d'être bien obligé envers les Etats» Autre chose seroit si don Pedro ou autre, venant en Flandre lors qu^onpenseroit conférer et traiter , nous déclaroit cette révocation de la part du roi d'Espagne , ou si on la faisoit ci-après à' l'endroit des députés des Etats avant le traité conclu ; car tout ce qu'on feroit après seroit sans doute nul i mais cette crainte nous semble vaine. ; car les archiducs se gardjeront bien de rien faire contre la volonté du roi d'Espagne, etr ne se mettront jamais au danger deson inimitié. La crainte qui peut donc rester est qu^après le traité le roi d'Espagne ^sse difficulté de le ratifier et apprcmver. Cet inconvénient peut arriver , mais nous disons premiè*rement qu'il sera obligé , veuille ou non , encore qu'il ne ratifie point; puis s'il veut faire la guerre nonobstant le traité y ou empêcher le commerce d'Espagne, ee traité aura rendu la cause des Etats plus juste et favorable qu'elle n'a encore ét'é , et la sienne du tout injuste et odieuse. Les archiducs en demeureront offensés et méprisés s'ils ne s'en ressentent , non que nous espérions pourtant qu'ils se veuillent joindre
DU PRÉSIDENT JEAWNIN. 17!
avec votre Majesté corttfè lui : €t ce qtii eâl de plosgrande considération , Votre Majesté et le roi dT^ngletèrre , en vertu du traité qtfon doit faire avec eux le letfdemain* de la trêve confciue potfr là garantir , seront* obligés de lès secourir , et n*y alira plus personne'qtii' vous ëtt puisse Mâinier. Le roi d'Espagne même H^aut^ ' ràisoà de s-ért plaindre, puisque vons avieï promis de faire ce traité avant la trêve; et^pour en fkcilitér là conclùsiôh. Cette obligatioii sêi^ aussi de grabdé efficace |k)ur' retenir le roi d'Abglètërre en quelque devoir envers lès Etats et Votre Majesté même, duquel aiittemënt-cfti' ne doiir rien espérer, mais plutôt Craindre tout'. Ce qu'on peut ftirér pour ne démetirer^ pâsT idhg-teitipsf en incëttîtudè de là voloiité du rt>i d'Espagne , sera d'accourcir le temps de la ratificatiotié
Noms craignbiiis plus q\ie tdtité atltré chose ((ue les archiducs V i^ày^ut pouvoir de ^itei* ni désir de rompre, essaient dé faire couler le temps inutiièment, et tout cela paV intelligence avec le ror d'Espagàé', et la^fiiveur secrète du roi d'A*gleterrt et dfe quelquesuns dans PEtàt qui ôraighent là rupture , et néanmoins n'osent proposer ni trèVé sfimple , ûi cessation d'arineS' pour cette année y qu'ils obtiendi*oi»nt eu* effet y procédant ainsi, il quoi , s'il est nééessaire que noli^ntot» opposions ôttv^l^tement , AOti^ ^mme» délibérés- de lé Ikire ^ et nous semble que c'esK l'iAtentiori de Votre' Majesié , p6ur te grand préjudice qui efi [Cviendroil aftii Etats, lesqfuels Jt présent sowf bien résfolus et uriis ; au liéU q^* â an vierit encore à Cette cessation , il y a darigef ^ué les défiances entre eux cro«$e«t, et eriftn y mettent cïe la division : pUi» si
Ija NÉGOCIATIONS
Tarchidac et le roi d'Espagne tendent à oe dessin, sera pour exempter de péril leur flotte qu'ils attendent au mois d'août , sur laquelle les Etats désespérés du traité pourroient bien faire entreprise , et pottr en tirer d'autres commodités. Nous avons prévu ces inconvéniens / et préparé tous les moyens que nous avons pu pour nous en garantir ; encore peut-on craindre, si les archiducs n'ont moyen de faire couler le temps et gagner la trêve pour cette année , que le roi d'Espagne prendra prétexte de rompre plutôt sur la religion que sur la liberté. Il e&t vrai que s'il le fait les Etats s'en remueront mieux , et par ainsi on craindra moins ses pratiques en cet Etat : outre ce que chacun croira que ce n'est qu'un prétexte- affecté pour couvrir la révocation qu'il veut faire de' la liberté par lui cédée : car par tous les endroits de la chrétienté il a fait connoître que rien ne kd déplaisoit tant en ce traité que de quitter ses droits , ^qii^n les conservant il eut fait bonmarché du reste. Bour l'assemblée à Calais en cas de rupture , ce ne fut jamais notre intention d'ea donner aucune espérance , sinon après que tout séroit rompu, et au cas que^votre Majesté fût priée de renouer par les archiducs , non par les Etats, qui le souffriront plutôt que de s'en rendre demandeurs; et qu'on vît aussi toutes choses préparées pour en espérer bon succès , comme il est contenu es lettres que le sieur Jeannin en a ci-devant écrites à M. de Villeroy , ce qui sembloit lors être approuvé et désiré par votre Majesté aux conditions susdites. C'est donc chose où il ne faut plus penser , du moins pour maintenant; joint que si la rupture advient on aura assez de loisir pour adviser à ce qu il
DU PRÉSIDENT JEANIVIN. I73
faudra faire. Ponr Tacte que demandent les Etats touchant lenr souveraineté, le roi d'Angleterre en fait aussi refus; nous en demeurerons sur les espérances , et enfin nous garantirons de le faire. Aussi est-ce chose vaine , et qui ne leur pourroit de riea servir, sans Tamitié et intérêt d'Etat, qui doivent plus obliger votre Majesté que toute autre chose , et à quoi ils se doivent aussi attendre et faire ce qui sera requis de leur côté pour la ménager et conserver.
Nous ajouterons sur la fin de cette lettre une trèshumble supplication en faveur des Etats , et pour le secours dont ils nous font tous les jours instance et ont très-gr!and besoin , ne craignant de répéter avec affection les instances que nous en avons déjà cidevant fartes , pource que nous le jugeons tous^ les jours de plus en plus nécessaire pour éviter les désordres et confusions dont ils semblent être menacés, faute de paiement à leurs gens de guerre qui ont toujours été assignés et payés de cette gratification. Elle le considérera s'il lui plaît , et que sur le point de la résolution , et pour y avoir plus de pouvoir , il est du tout requis leur continuer ses bienfaits , afin que cette assistance leur relève le courage, et fassebiea espérer de l'avenir , au cas qu'ils soient contraints de rentrer en guer^. Nous jugeons méme^ quand les archiducs auront fait le traité, tant en leurs noms qu'au nom du roi' d'Espagne , avec promesse de* le faire ratifier dans, quelque bi^^ délai , qui ne peut être moindre que de deux* mois , ils ne doivent aucunement amoindrir le nombre de leurs gens de guerre, crsiinte que si ladite ratification n'étoit faite ils se trouvent désarmés * et sans sûreté pour la trêve ^ et
1^4 NÉGOaATIONS
toqtefpis il pst iCfii^aiu. .que popr. se.déc^i^rf ep.de dépense 9 et au<^UQS ,peut-ét,re à xp^uyais ^deisein ^ iU .seront.d'ayi$ r dès le len^emgiadu, traité , et sans at- , teadre, h radfipatjioa d'E&pagne , de licencier partie d^sdit^.gens de guecre, et le ierpnt par jçffet s'il ne pUlt 2^ votre Majesté eontribaier encqrç qnjelque dip^e ;.à cet entr^tèn^ment durant ledit temps; car. ils ont ,trouyé, par:\lçs deri^iQrs idoles des, .montres faites exactement M a^^ogr,ai346 rigueur, qu'ils ontquariante 7; deux ' mille (^nq cents hojt^m^s de. piçd et /q^^tre- mille ç^eux, ççnts cheyaux y. qui est .u^e .fort gr^dcf cbs^rge.. Nous, (attendrons, ce qu'il lui plaira .ordonner par le retour de ce porteur , et œf^ifdant . prieiiçn^ Di^u, Sire, qu'il donne à .votre ^îfjiçsté.et ^ à ^a rpyalç famille tpaj; hç^ur et prospérité. } D^liaHayç, çe<p]?f;mierjpur,de féyrier 1609. ' yopi e.tc , P. jEAiyttN e1^ RussY.
..prepiier février ifyiQ.
s Mod^9i«iJ:^vj^iti^ii5 vérits^e ce que mç jV^p;^ m^-
} dez4u roi d'Angl^terrCf .toucbant la< trève^içaple ,.et
, qu'il a.étéjWÛ.des cops^dçfaj^içns tQ^chiées gw vos
lettres j a4in' d'avoir seulJa grâce d'un^ çho^ q\i'il
.^:pens0it étr^ autant. désiréô,par le^Rpi.qviÇrP^r lui. Je
i . ne laisse poii^rtan^id^ içraÂn4rQ 1$^ ,nvii)i^f^$; offices de
;«esroiawirç3»ia«tî||Bit quej'w«f^p^:^le&J>WSô ^iiro-
> ; mettentrik det bîei\ faire , -et % SQnt ec^pd^rçoptrai^s ,
. pour n'javoirp» jusqiies iqi fiçintrt^e % ^nosj j^vîftanfec
. efiicace. Tant qujils çonti#perpni;,aiiçisi,^/iQU$ nous
]otteron3jd'eu:[p ets$§i!ons. bQns:^¥nis.f et n^^^pioins
DU MésiDENT JEÀNNIN. 1^5
toujours aux écotites pour noHs garder d*ètre trompés; c'est ce que* nous pouvons' faire. Vous nous avez écrit par deux fois qu'il fiailloit envoyer un précurseur à Bruxelles » soit en notre nom ou des Etats, pour avoir déclaration par écrit des archiducs qutls consentent l'article de la libetté y selon qu'il est en notre projet. Or nous l'avons déjà par les lettres du président Ricfaardot confirmées par celles de l'archiduc , et si topressément , qu'il né le sauroit donner mi^ux.' Je pensois néanmoins j envoyer' M. de Préaux ,- ainsi que je vous ai ci^devant écrit , mais les Anglais ne le voulurent jamais consentir. ^ Et quant aux Etats , ils nous ont dit et iiépété plusieurs fois que IWaîre est en nos mains , et qu'ils ne s'en veulent plus mêler y ni envoyer leurs députés' ou aucun autre de leur part, s^ils ne sont assurés par nous que les archiducs veulent accepter : notre projet en tous ses articles ^ et à la vérité celui' de la liberté accordé , il n'y f a rîen. qui puisse être- mis^ en dispute. Sera donc à nous de' «prendre notre sûreté avant que la dùBtner aux Etats et mander leurs députés ; ce que nous ferons avec tout Tavailtage et certitude qu'il nous sera possible. La trêve ne sera non plus prolongée JQsques à là fin du > mois de février sans cette assurance , laquelle défaillant nous nous retirerons satis faire ladite prolongation. Y procédant toutefois ainsi qu'il est pour le mieux , nous y voyons cet inconvément, que les Etats u'enverrônt pas leur réponse aux archiducs ^ mais nouS' là donneront ^ et par écrit ^ teOmmè" il est raisonnable-, ainsi sera à nous de l'envoyer, et -semblera par ce moyen qiïe nous soyons auteui^ ' de là rupture. Ôt , on' eût évité cet inconvé-
176 ÎIÉGOCUTIONS
uient si , après avoir conféré avec les députés des archiducs , et tiré encore quelque déclaration par écrit sur le point de la liberté , qui est ce que vous désirez, on eût fait venir les députés des Etats pour en peu de jours traiter sur le reste , afin qu*à faute de demeurer d*accord , eux-mêmes eussent rompu. H est vrai qu'on peut craindre en ceci que les députés des Etats ne traitent avec plus de longueur que nous 9 et qu*on leur persuade aussi plus aisément d'écouter d'autres ouvertures , au lieu qu'à présent ils remettent tout en nos mains, iet disent leur présence n'être nécessaire , sinon pour passer le traité et signer : nous prendrons conseil sur le Heu ^ selon les occurrences et l'inclination que nous reconnoltrons aux Anglais pour faire bien qu mal; mais je vous ouvre ces difficultés pour en recevoir votre avis et le suivre , pour le respect que je sais être dû à votre jugement.
Votie lettre me fait connoître que Sa Majesté craint autant la rupture qu'elle désire la condusion dti traité : si est-ce, puisqu'elle en est venue si avant, qu'il est besoin de montrer de la constance et générosité en cette résolution; et il n'y a rien qui doive tant servir pour avoir la trêve, ni qui doive plus nuire, que d'en faire voir l^ repentir et la crainte dé rentrer aux armes. Sa Afajesté est Jusques ici louée d'un chacun pour avoir conduit cette affaire avec une très-grande prudence et générosité , accompagnée aussi de prud'hommie et sincérité envers sesamiis , pour là conservation desquels elle a méprisé la grandeur que tous les potentats de la chrétienté semblent redouter,, et cela l'oblige d'y persévérer.. Ce n'est pas que je ne tienne toujours la trêve plus désirable et utile
DU I^RÉSlDlSJtT ITBAN^IN. tJ'J
pour les Ëtatâ et pour nous que )a guerre , dont les uns et les autres soat las^ quelque bonne mine qu'ils fassent'^ et pour cette raison i) est certain que , la rupture laite ^ ils seront désâr^Ux de renouer , et y aura encore moj^n de fiure que Sa Majesté soit arbitre de <|udqtLe traité si elle le, désire ; sinon il faudra e^ss^ér de diriger les affcûres au conseil qu'elle approuvera le mieux , pour ne plus Êiire de grandes dépensés, et se précipiter en de grands hasards sans espéfance de profit. Je considère bien ce qui est contenu en là lettre écrite de votre main \ j'en ai commu-» ntipié au prince Maurîoe qui est bien 4i$posé » et n'ometltai rien pour en faire profit^ encore n'ai-je perdu Tespélrance que le roi d'E$pagne consentira de traiter^ même si toute autre espérance lui est ôtée, à quoi on doit tenflre de' toutes parts. I^e sieur Barneveldt Êiit toujouis bien > et continue de m'assurer de son amitié » et de suivre mes conseils* M. le prince Mauriice y veillé et moi aussi, et vous assure que je ne serai trompé de qui que ce soit ,; hvAe de soin et d'avoir la défiance requise pour me garder de l'être. Encore iqipor^unpns ^ noua Sa Majesté pour le secours* Croyez ^ monsieur , qu'il est besoin de le continuer , ou que lé refus. fera du mal , soit à cause du licencie* ment des gens de guerre qui en avieiidra , ou de ce qu'on peindra ici l'espérance qi^ chacun avoit conçue de la libéralité deSa Majesté ejay^rsrles Etiits^ laquelle sert beaucoup pour leur donner courage et les rendre plus eiiclins ^ suivre^nosçopsçijs, même en un. temps où il est nécessaire qiie.peU^ a^U^r^té et créance soit reconnue et respectée de tous. Aussi est-ce presque le principal siqet du voyage de ce porteur, que vous