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II. C. D. V. T. IV

que vous serez bien avisé de faire vos affaires à part, et vous contenter de leur garder place. ]\Iais je doute que Barneveldt et ses amis consentent de les laisser derrière , principalement en cas de paix ou de trêve à longues années, quoi qu'ils vous disent. Or vous y voyez plus clair que nous, étant sur les lieux, et ayant sondé leurs intentions si à lo)isir et avant que vous avez fait. Je veux donc me contenter de vous représenter mes craintes et jalousies, et remettre à votre jugement et prévoyance la direction et les événemens de toutes choses.

Je vous ai écrit mon avis sur quelques autres ouvertures que vous avez prévu que les archiducs pourront faire aux Etats, pour ne rompre du tout le fil de la négociation de la paix, au cas qu'ils ne rapportent et fournissent la ratification d'Espagne en la forme qu'elle a été demandée et promise, partant je ne vous en ferai redite; ça été en répondant à votre lettre du sixième du mois passé. Enfin je reconnois tous les jours davantage que je dois préférer la paix à la guerre, pour la juste et bien fondée méfiance que je dois avoir du roi d'Angleterre, et pour plusieurs autres raisons qui vous sont connues comme à nous. Mais, comme vous dites très^sagement, et vous ai aussi écrit, il faut laisser proposer à d'autres telles ouvertures, et faire que nous soyons plutôt recherchés et priés de les approuver, que remarqués conseillers et auteurs d'icelle. Usez-en donc ainsi, sans faire difficulté de prendre et suivre sur-le-champ en tel cas, les conseils que vous jugerez les meilleurs; car j'ai tant de fiance en votre probité et prudence, que je suis certain que vous ne consentirez ni ferez jamais rien qui ne soit à propos et utile. L'ambassadeur des archiducs, demeuré à Paris, a naguères vu le duc de Sully , auquel il a dit que les archiducs ont reçu la susdite ratification en la forme demandée; mais avec charge de la garder, sans s'en dessaisir jusques après le traité, ou de protester qu'elle demeurera nulle, au cas que l'accord ne s'ensuive : condition qui semble être fondée eu quelque raison. Toutefois je laisse à en délibérer et juger à ces messieurs; et me faites savoir le plus tôt et souvent que vous pourrez le progrès des affaires; car il importe grandement aux miennes et à mon contentement particulier, que j'en sois informé ponctuellement, et véritablement je ne le puis être que par vous. Je prie Dieu, messieurs Jeannin et de Russy, qu'il vous tienne en sa sainte et digne garde.

Ecrit à Fontainebleau , le troisième jour de novembre 1 607 . Henbi.

Et plus bas, DS Neufville.

KEGOCUTIÔHft

Lettre de M, de Villeroy à M. Jeannin, dudit jour 3 de novembre 1607.

Monsieur, si ces messieurs eussent envoyé plus tût leurs nayires, ils eussent aussi trouvé et reçu plus tôt leur charge, ainsi que vous aurez appris par ma dernière ^ et me semble qu'ils doivent ajouter plus de foi à ce que nous vous mandons et leur dites, de la part du Roi, qu'aux avis des autres, lesquels Jugent souvent de nos intentions plus par conjectures et rencontres que par la vérite; joint que nous voulons que vous soyez les premiers à leur donner avis par delà des effets de la bonne volonté de Sa Majesté, comme il est raisonnable; aussi ne s'y est-il point trouvé à présent de défaut , et ne s'en trouvera , comme j'espère, à l'avenir à chose semblable. Admone^* tez-les donc, s'il vous plaît, de s'arrêter à ce que TOUS leur direz , et méprisez le demeurant ; et certes , notre sieur Aêrsens serviroit mieux les Etats s'U écrivoit par delàj[>lu8 sobrement et eonsidérément; mais la crainte qu'il a d'être désarçonné, fait qu'il met toutes pièces en œuvre, autant pour complaire et faire valoir son talent, que pour se rendre utile. Nous vous enverrons , quand vous voudrez, le pouvoir particulier, duquel dites que vous avez besoin. Les Anglais, à ce que je vois, n'ont foute de front à défendre un mensonge. Si leur comte de Salisbury étolt aussi véritable et candide que je suis , nos maîtres de part et d'autre en tireroient plusieurs grands avantages aux affaires publiques, dont ils sont privés , par l'inconstance et malice de celui-là, trop éprouvée de moi. Je vous ai écrit la vérité , et sommes encore tous les jours poursuivis ardemment par l'ambassadeur d'Angleterre, de reconnoltre les dettes dont il est question, pour pouvoir après nous presser d'entrer au paiement; mais nous avons délibéré de voir quel sera le succès des affaires où vous êtes , devant que répondre plus clairement, ce que je ne dis qu'à vous, car il ne faut pas, s'il vous plaît, qu'autre en ait oonnoissance. Nos princes d'Allemagne et ceux qui les servent , jugent des afbires du monde conmie les aveugles font des couleurs; 11 ne fout pas s'arrêter à tout ce qu'ils mandent ou font mander. Vous jugez très-bien la volonté de l'Empereur et de sa délibération : c'est bien souvent pour endormir et piper le monde qu'ils publient du malentendu entre eux; mais il est certain qu'Us n'ont tous qu'un but , qui est d'accroître leur maison en puissance par préférence à toute autre chose. L'Empereur a fait courre le bruit qu'il vouloit envoyer en Hollande les comtes de Hanau et Ernest de Mansfeld pour assister dès à présent au traité; maintenant Ton dit

qu'il a changé de conseil, les Espagnols n'ayant approuvé cette élection, pour s'être lesdits comtes, comme ils disent , toujours montrés affectionnés à la France et à la prospérité des Etats. Je commence aussi à peu espérer en cette occasion du nom et de l'assistance du comte Palatin et de sa séquelle. Tous redoutent et respectent par trop ledit Empereur ; ils dépendent aussi par trop des avis extravagans de leurs docteurs, qui souvent sont gagés de l'Empire. Ne nous attendons done à ces gens-là, puisqu'ils ne se remuent qu'à mesure qu'on les pousse, et défaillent aux principes de leur sûreté publique et privée. Les princes protestans travaillent maintenant à réunir les deux confessions de Luther et Calvin ; de quoi les amis qu'ils ont de deçà espèrent qu'ils viendront à bout, mais j'en doute grandement.

L'on nous a écrit de Bruxelles que ces messieurs des Etats ont de nouveau fait un édit trèsrigoureux contre les catholiques de leur pays, et les exercices secrets de notre religion. Nous ne le croyons pas , puisque vous ne nous en avez rien mandé, joint qu'il nous senkble qu'ils sont trop avisés et prudens pour avoir maintenant publié une telle loi; vous nous en éclaircirez s'il vous plaft. Le comte de Tiron est de présent en Flandre avec sa suite, où il a été recueilli honorablement par le marquis Spinola en personne, du commandement des archiducs ; de quoi s'est plaint l'ambassadeur d'Angleterre résidant audit pays. Mais il lui a été répondu que c'étoit le moins qu'on pouvoit faire , que de recueillir un seigneur de cette qualité, persécuté seulement pour notre religion , n'ayant rien attenté contre son souverain depuis les derniers traités. Ledit ambassadeur a, dit-on, fulminé sur cela ; mais lui et son maître avaleront cette réception aussi doucement qu'ils ont fait d-devant le refus lion* teux qui leur a été fait de la délivrance de Rol)ert Ouën, notoirement accusé de la conjuration de la Fougade ; ce qui augmente la mauvaise opinion que l'on a du roi d'Angleterre, et donne siget encore de croire qu'il s'entend secrètement avec l'archiduc, pour, avec le temps, nuire à notre Roi, qui toutefois n'en a la puce à l'oreille que de bonne sorte. Pour conclusion^ nous jugeons les conseils de la paix plus utiles que les autres. Nous vous l'avons dit en partant, écrit et récrit continuellement depuis votre parlement, et vous le réitère encore : bien entcnidn toutefois qu'elle soit bâtie sur les fondemens , et accompagnée des résolutions que nous avons prédites, sinon en tout, au moins en partie, telles qu'il y ait de la sûreté pour nous et nos amis , pour le présent et pottr l'avenir. Il est vrai que Sa Majesté dit, Il j^ a quelque temps, à madame la

DO PEisiBSM ifcANNIN*

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princesse d^Orange, tpA teâBolt oontenanee de Toulojr avancer son allée par delà, que yous aviez mandé que tous nous feriez savoir quand il serait temps qu'elle partit ; mais ce fut autant pour lui fiiire plaisir, croyant qu'elle n'étoit pas trop affectionnée à ce voyage , que pour autre occasiorn. 8a Majesté ne m'en dit rien lors, comme elle a fait maintenant, oyant lire vôtre lettre du 16 du mois passé.

Noos avons reçu en même temps, mais par iQtre vole, la lettre du 94, sur laquelle nous n'a* vons à vous donner aucun avis ; ear nous disons que l'on ne peut rien ajouter à ceux que vous avez délibéré de suivre. La flotte d'Espagne est Arrivée riche, comme les Espagnols publient , de quatorze millions; mais J'ai vu un mémoire qui ne parle que de six à huit millions en tout Leur armée de mer est séparée sans avoir servi qu'à fiiire escorte et prêter l'épaule à ladite flotte ; one partie de la valeur de laquelle a été consu* mée en la levée et entretien de ladite armée. Celle de Lombardie n'a guères moins coûté à teor Roi et à ses sujets du Milanais, et n'a été plus utile que l'autre ; car l'Italie est demeurée en paix, et nos Grisons ont suivi les conseils que le Roi leur a donnés, s'étant tous réunis en ce devoir. Pareillement l'on ne parle plus qu'en l'air des entreprises de Barbarie. Les seules galères de Toseane ont surpris et saccagé le château et la petite ville de Bonne au royaume d'Alger, et puis l'ont abandonnée. M. le connétable est attendu ici dedans huit Jours, et M. le cardinal du Perron dedans quinze. 11 étoit à Venise, lors qu'aocans entreprirent, le cinq ou sixième du mois passé, d'assassiner en plein jour, et ra la ne, le père Paulè, de l'ordre de Servy , qui a écrit en fiivenr des Vénitiens contre l'excommuaicatlon du Pape. Les entrepreneurs se sont sauvés au Ferrarols, ainsi que l'on dit. Le religieux n'en a en que le mal , et chacun est demeuré à bon droit trèsHBcandalisé de cette action. Au reste, leurs Majestés sont, grades à Dieu, en bonne santé, et ne parlent point de sortir de eette mateon qu'après ce mois. Je prie Dieu, monsieur, qu'il Vous conserve en bonne santé.

De Fontainebleau , ce troisième Jour de novembre 1607* Votre, etc., de Neufvillb.

Lettre de messieurs Jeannin et de Russy, au Roif du 6 novembre 1607,

Nos dernières lettres flnlësoient à la délibération qde dévoient prendre messieurs les Etats sur la ratification d'Espagne. Ilà se sont assemblés plusteurs fdts, ont pris l'avis de leur conseil d'Etat,cl arrêté en prenlder lieu de déj^uter un de

diacune province vers le sieur commissaire général et le sieur Verreiken , pour leur représentter les défectuosités qu'ils disent avoir trouvées en cette ratification; à savoir, de ce qu'elle est en langage espagnol en placard; qu'il y a quel^ que omission au récit fait du premier traité > et que par la clause mise sur la fin d'ieelle, Iç roi d'Espagne déclare qu'il entend ladite ratifia cation être nulle et comme non avenue, au eas qu'en traitant , les parties ne soient respeetivo» ment d'accord de leurs prétentions ,:tant pdur la religicm qu'autres. En quoi il y a deux ^osefc contraires à ce qu'il leur a été promis par les ar^ chiducs : l'une , que ladite ratification seroit pure et simple et sans aucune condition, conformé* ment à ce qu'ils avoient traité avec eux , l'autre, que sous ces mots de prétentions et de religion ^ il semble le roi d'Espagne avoir intention de leiif faire quelque demande préjudiciable à la souv» raineté, dont ils ont requis la reconnoissanee par cette ratification ; désirant sur ce une explicatioii plus partietilière desdits sieurs commissaires, et de savoir s'ils avoient quelqu'autre écrit m meutleure forme, pour iq)rès, sur le rapport qu'ila feroient en leur assemblée, y prendre une entière résolution. Leur réponse a été que le roi d'Esr pagne trouvoit étrange qu'on le voulût contrains dre de parler en autre langage que le sien, vu qu'il en ujse ainsi toi» les Jours avec les rois et princes auxquels il écrit; qu'il n'y àvott point d'omisition considérable, puisque les mots qui expriment leur liberté et souveraineté y Sont si bien mis, qu'ils ne peuvent être mieux. Pour la clause dont ils se plaignent, que la ratification sera nulle au cas que le traité ne s'en ensuive , qu'elle doit être entendue, encore qn'elle n'cAt été mise et exprimée; n'y ayant apparence qt|e ledit Bieur Roi et les archiducs eussent voûta quitter leurs droits , et déclarer qu'ils ne préteur dent rien sur eux , sinon à eoiidltion que l'ueeord s'en ensuive.

Quant à ce qui est de leurs prétentions mêmes touchant la religion, n'en pouvoient donner autre explication, sinon qu'ils entendent, lorsqu'on traitera, proposer tout ce qu'ils Jugeront devoir faire , et qu'eux y pourront aussi répondre , et proposer ce qu'ils voudront avec la même li*berté, n'étant plus besoin de leur demander on attendre autre explication et déehiration dudBt sieur Roi , sinon celle qu'il a donnée par ladite ratification, y ajoutant tous les Inins propos qu'ils ont pu , pour témoigner la sincérité et bonne intention , ensemble celle des archiducs. €ette réponse ayant été depuis rapportée en l'assemblée générale, ils ont arrêté de mettre par écrit tout ce qu'il» ont dit «uxdits sleiirs oommlsBalrm et

NéGOCTÀTIONS

leur réponse, puis de ncùs communiquer le tout, prendre derechef notre avis , et enfin d'envoyer aux Provinces la ratification, ledit écrit et nos avis, afin qu'ils envoient leurs députés bien instruits sur tout ce que dessus, pour y prendre résolution en rassemblée générale des Etats ; ont pris à cette occasion temps de six semaines pour s'en résoudre, et avertir les archiducs; ajoutent qu'au cas qu'il faille traiter , qu'ils désirent que la conférence se fasse en ce lieu de La Haye. Notre dernier avis a été conforme au premier , le leur ayant derechef fait entendre , avec les raisons qui nous avoient mus de n'avoir aucun égard aux défectuosités qu'ils ont remarquées en ladite ratification , louant et approuvant néanmoins leur soin et prudence à examiner et considérer mûrement tout ce qui peut toucher au bien et sûreté de leur Etat , pour le salut duquel nons apporterions toujours et très-volontiers la même vigilance et affection qu'eux. Ce que les provinces résoudront est encore incertain ; mais nous estimons que leur avis sera d'entrer en conférence, et que leurs députés auront charge expresse, conformément à ladite réponse, de ne souffrir qu'aucune restriction, condition ni modification , soit ajoutée à leur liberté et souveraineté. Ce qu'ils appellent restriction : si on prétend obtenir d'eux, par traité, que la religion catholique soit rétablie en leur Etat; qu'ils ne puissent donner tel ordre que bon leur semblera à leur gouvernement, traiter alliances et confédérations comme et avec qui ils jugeront le devoir foire pour le bien de leur Etat; et pareillement s'ils veulent choisir un prince, que les archiducs ne les pourront astreindre à le prendre en la maison d'Autriche, comme on leur a dit qu'ils prétendoient foire, étant certain qu'ils ne s'assujétiront jamais à aucunes de ces conditions ; et , sans ce que nous avons fait entendre , et prié M. le comte Guillaume pour en avertir M. le prince Maurice , comme aussi M. de Bameveldt, puis M. Maldrée , qu'il seroit préjudiciable à votre Majesté que le roi d'Espagne prit sujet de rompre sur ce qui concerne la religion , ils eussent déclaré dès maintenant qu'ils ne vouloient entrer en aucun traité , sinon à cette condition qu'il n'en seroit aucunement parlé : encore y at-il assez de quoi en leur réponse, pour connoltre qu'ils l'entendent ainsi; car cette appréhension les a tellement changés , que si nous eussions été aussi échauffés pour leur faire prendre des conseils de guerre , qu'étions affectionnés à les mettre en repos , ils étoient prêts d'y courir, et de n'entendre plus en aucune ouverture de paix, encore que dix ou douze jours auparavant, plu- . sieurs d'entre eux fussent d'opinion qu'on pour-

roit traiter avec les archiducs sans <^tte ratifi<»'> tion , pourvu qu'ils promissent de faire ratifier le traité après qu'il seroit fait, tant ils tiennent peu de mesure, et sont précipités et passionnés en ce qu'ils veulent. Et à la vérité ce mot de reli- . gion a beaucoup servi pour fortifier le parti de ceux qui craignent la paix ; car il y en a plusieurs qui ont la conscience timoreuse , lesquels pensent qu'introduire l'exercice de la religion catholique soit le moyen de ruiner la leur; et d'autres qui disent que les catholiques seront toujours affectionnés à l'Espagnol; par ainsi , qu'admettre leur exercice est lui donner le moyen de se rendre maître de leur Etat.

Il y a encore une autre considération , et peutêtre la plus grande, que l'exercice public donnant moyen aux catholiques de reconnottre leur grand nombre, ils craignent qu'ils ne fassent quelque faction et desseins à leur préjudice. Nous avons des raisons au contraire qui ont été dites à quelques uns doucement et sans les effaroucher; mais ils n'ont point d'oreilles pour les écouter, et faut en souffrir et dissimuler. Les plus sages sont bien capables de considérer l'intérêt de votre Msgesté, pour donner ordre autant qu'ils pourront qu'on ne rompe là-dessus ; mais il y a peu d'espérance qu'ils lui donnent en effet le contentement qu'elle désire pour le rétablissement de ladite religion catholique , dont toutefois nous ne laisserons de faire remontrance , selon la charge qu'il lui a plu nous donner, soit après la paix si elle se fait, ou bien avant, et lorsqu'on traitera, si les choses seportoientàune rupture à cette occasion, afin qu'il soit connu partout qu'elle a fait ce qu'elle a pu pour le leur persuader, et que le roi d'Espagne n'en puisse tirer aucun avantage au préjudice de votre Majesté. Il est vrai qu'il y faut procéder avec telle circonspection, qu'ils n'en demeurent offensés, au lieu d'être persuadés, car c'est en cette conformité de religi(m avec eux que l'Anglais essaie de prendre avantage sur nous. L'avis qu'avons déjà donné d'entrer en traité sur cette ratification , encore qu'eussions bien vu les difficultés qu'on y pourroit faire, que n'avons voulu remuer, ni les Anglais non plus que nous , témoigne assez notre désir à la paix , si bien connu d'un chacun, qu'il n'y a autre bruit maintenant ici , sinon que c'est nous qui la recherchons ardemment , et y voulons porter les Etats malgré qu'ils en aient. Toutes nos actions à la suite de celle-ci, ne laisseront d'être semblables , selcMi qu'elle nous a commandé, y tenant toutefois toujours la mesure requise , pour ne donner aucun ombrage aux amis, en voulant éviter la haine de ceux qui sont d^à ennemis, et ne montrent point avoir

BU PRESIDENT JEÀNNIX.

volonté de 9e changer. Il n'y a eu que la seule province^ Gueldre qui a été d'avis, suivant le oAtre, d'entrer dès à présent en traité, sans faire renvoi aux Provinces : bien croyons-nous qu'il sera de grand poids pour y disposer lesdites Provinces , comme il a été envers les Etats , pour les empédier de rejeter du tout ladite ratilica* tion.

L'avis du prince Maurice en l'assemblée a été que ladite ratiflcation, en la forme qu'elle est raoçue, le confirmoit en l'opinion qu'il en a eue dfs long-temps, que l'Espagnol ne cherche qu'à les tromper; mais qu'il se contentoit de l'avoir dit et répété plusieurs fois du passé pour témoigner son zèle envers l'Etat ; et que pour le présent il n'y vouloit ajouter autre chose , sinon qu'il « conformeroit toujours à ce que les provinces rtles Etats ordonneroient. L'avis de M. le comte a été semblable sur ce même sujet, encore que notre avis n'ait été selon le désir du prince Maurice et du comte Guillaume ; si est-ce qu'étant Tenus Toir le président Jeannin , et ayant entendu de hu nos raisons , ils les ont approuvées , et bien joïé qu'il n'eût pas été bienséant aux deux rois d£ se rendre auteurs de la continuation de la siierre; et slls l'eussent fait, qu'on les eût ap- P^ à garant de tous les inconvéniens qui en î»wt ensuivis, et prétendu qu'ils dévoient à c^t occasion contribuer à tous les frais d'icelle ^fliejtar obligation, au lieu qu'ils le font à pré- SBfdeleur plein gré, pour l'affection qu'ils portent «ox Etats ; outre ce que la plus grande diffl- «ilté ayant été mue par eux , sur ce qui touchoit a la religion catholique, votre Majesté qui en ^t profession , et désire, par le devoir de sa «HBcience, l'avancement d'icelle, n'eût pu sans Wime conseiller la rupture sur ce point ; que p«rt-ètre aussi le roi d'Espagne n'a fait mettre ce ^ de religion dans la ratification, que pour témoigner son zèle et procurer par effet ce bien a^i catholiques, de faire rétablir l'exercice de 'adite religion s'il peut, non pour rompre, au cas 10 il ne le puisse obtenir, et le déclarant, le Nime d'avoir conseillé la rupture en eût été plus ?and; qu'encore est-il besoin d'apporter cette pHïdence, s'il vouloit rompre là-dessus, de faire '">! est possible que soit sur un autre sujet, y ^yant apparence qu'il recherchera celui-ci pour rendre votre Majesté odieuse, si elle vouloit secourir les Etats, la guerre venant à continuer. Il est encore malaisé déjuger quelle est l'intention dodit sieur Roi au fait de ce traité ; mais, à bi«i considérer cette ratification, et le propos qn'a tenu le Cordeller en l'assemblée des Etats, W n'avions vu lors de notre précédente dé- P^he, il semble bien qu'il veuille mettre en

avant, lorsqu*on traitera, quelques ouvertures et conditions sur le fait de la souveraineté, et qu'il n'entend la quitter sans en recevoir quelque autre avantage et profit. Nous prévoyons aussi que ces seigneurs que l'Empereur doit envoyer en ambassade ici, auront charge de proposer toutes sortes d'ouvertures , comme d'associer les Etats à l'Empire, les faire membre d'icelui , promettre de garantir la paix contre qui que ce soit qui la voudroit enfreindre, et toute autre sûreté et protection pour les empêcher de rechercher l'appui et alliance de votre Majesté et du roi de la Grande- Bretagne ; qu'ils essaieront encore de gagner le prince Maurice par offre d'alliance avec la maisou d'Autriche, d'honneurs, de bienMts, et de tout ce qu'ils penseront pouvoir servir pour le rendre enclin à ce qu'ils désirent. Nous avons dès long-temps prévu cet artifice, et cru , quoique les archiducs et le roi d'Espagne feignent de n'être bien avec l'Empereur, et de n'avoir eu aucune part à l'envoi de cette ambassade, que c'est à leur poursuite, par leur intelligence, et qu'ils ne feront et diront rien que ce qu'il leur plaira. Nous ne pensons pas pourtant qu'ils obtiennent ce qu'ils prétendent, pouvant assurer votre Majesté que son autorité se fortifie tous les jours ici ; qu'ils connoissent trop combien elle leur est nécessaire, et ne feront sans doute aucun traité avec qui que ce soit sans son avis, appui et alliance : et si nous étions trompés en ce jugement, il n'y a rien en quoi on puisse par prudence s'assurer de l'avenir, car notre défiance a toujours été si grande, que nous n'avons rien omis pour nous éclaircir de toutes choses, et néanmoins avons toujours trouvé plutôt de quoi nous assurer que continuer en notre crainte. Outre ce ils nous pressent tous les jours pour faire l'alliance, et de paix et de guerre; et quand nous rejetons celle de guerre pour le présent, ils ne laissent d'offrir l'autre, sur laquelle entrerons en conférence aussitôt qu'ils auront donné congé aux députés des archiducs, qui sera dans deux jours, et la retardation jusques à présent n'est venue d'eux, mais des Anglais, lesquels nous ont assuré qu'ils vouloient bien dès maintenant celle pour la paix, puis l'ont mis en longueur et difficulté, disant qu'il n'étoit besoin de la presser, et toujours continué à dire qu'il falloit différer celle pour la guerre, jusques après la paix rompue; ayant néanmoins offert de donner et signer l'acte dont avons ci «devant écrit par notre dernière dépêche, lequel ils ont après refusé. En quoi nous voyons pour leur regard, tant de variations, qu'il y a grande occasion de s'en défier, et de ne rien croire de tout ce qu'ils diront jusques à ce qu'ils l'aient effectué. 11 est vrai que le sieur Barne^

KSGOGIATlOIfS

veldt, que nous avons instruit et prié de leur faire instancfs comme de lui-même pour avancer cette lign0, uous ^ dit depuis deux jours leur en avoir parlé fort particulièrement , et en se plaignant de ce qiii'4 leur occasion les Etats ne pouvoient rien faire Qvpç nous , et qu'enfin leur froidei)r les contraindroit de traiter avec nous sans plus s'attendre à eux, ou bien d'accepter toutes sortes de oonditions de leurs ennemis. Sur quoi ils lui ont déclairé être disposés d'entrer dès à présent en œtte ligue, pourvu qu'elle soit perpétuelle entre eux, votre Msgesté et cet Etat, et que soyons aussi obligés respectivement les uns envers les autres à notre mutuelle défense contre qui que ce soit, ef nomméiyient s'ils étoient troublés dans leurs Etats, soit par leurs sujets ou autres. Nous ne savops encore s'ils l'ont fait avec artifice, ou si c'est vraiment leur intention. Nous avons toutefois pioptré d'approuver cette ouverture; et quand le roi de la Grande-Bretagne s'en voudroit déclareir, que nous en avertirions votre Miyesté, de laquelle pous nous promettions recevoir bonne réponse.

Ledit Bameveldt nous a encore dit qu'ils lui avolent demandé si notre pouvoir étoit suffisant ymiç entrer en tels traités, auquel nous avons aussi fait réponse qu'oui; mais que ce n'étoit diose qu'on eût accoutumé d'arrêter et conclure sans commandement exprès et particulier, estimant bien qu'ils en voudroient faire de même, oomme nous l'avipns déjà ci-devant connu en choses de beaucoup moindre importance : ainsi que, pour ne perdre temps, le meilleur seroit d'y commencer tôt. )1 semble que la sortie du comte de Tiron leur ait donné quelque appréhension de trouble dans leur Etat. Nous mandons leurs variations à votre Majesté, et ce qu'ils mettent en avant à présent, afin qu'elle en juge mieux et nous commande sur ce sa volonté. Après le départ du Cordelier et du sieur Verreiken, nous travail lerons à tout ce que dessus, et pour aviser à ce qu'il faut faire pour établir un bon gouvexne* ment en cet Etat, qui puisse aider à assurer la paix, si elle se fait; mais quant aux conditions d'icelle, les Etats disent ne pouvoir délibérer làdessus avant que les provinces aient déclaré s'ils yeulent traiter ou non, et qu'on le fera dix ou douzejours avant qu'entrer en aucune conférence avec les archiducs , qui sera assez. Nous fûmes voir le Cordelier et le sieur Verreiken, le vingthuitième du mois passé, qui étoit le quatrième jour après leur arrivée. Nous ofifrlipes de les assister de tout notre pouvoir à l'avancement de l'affaire pour laquelle ils étoient venus, suivant |e commandement que votre Majesté nous en avoit lait. Ils nous ont rendu cette visite le troisième de

ce mois , et nous (mt vus séparément chacun chea; nous. Le sieur Bameveldt les avoit vus seul, de la part des Etats , le même jour, et avant qu'ils se fussent acquittés de cette visite en notre endroit, et, comme avons su depuis, leur avoit fait entendre combien notre avis avoit servi à empêcher que la ratification ne fut rejetée , et que votre Majesté sans doute apportoit tout ce qu'elle pouvoit pour favoriser la paix, qui fut cause qu'ils nous en remercièrent l'un et l'autre, nous prièrent de continuer ces bons offices, comme dignes de ministres d'un grand Boi qui portoit le nom de Très-Chrétien ; et y ajouta le Cordelier, qu'après avoir vu votre Majesté à Paris, et entendu ce qu'il lui avoit plu déclarer sur ce siy'et à un pauvre moine comme lui , il avoit toujours fait ce jugement de sa bonne intention , que le rapportant aux archiducs ils l'avoient aussi cru, mais non les autres auquel il en avoit communiqué. Nous primes occasion là-dessus de vouloir entrer en propos sur les moyens de parvenir à cette paix, et de leur remontrer qu'il ne folloit aucunement toucher à ce qui étoit de leur souveraineté et gouvernement, pource qu'ils ne vouloioit communiquer à autrui, non pas même à leurs amis, ce qu'ils estimoient devoir du tout dépendre d'eux, et que les y vouloir obliger par traité, étoit le vrai moyen de rompre. Qu'en ce qui touchoit la religion catholique, nous avions chargede votre Majesté d'en poursuivre le rétablissement, et y avions déjà travaillé en particulier avec aucuns des principaux de l'Etat pour les y disposer; mais que l'ouverture faite par la ratification leur avoit pensé donner sujet de rompre si ne les eussions retenus, y ajoutant tout ce qui pou voit servir pour leur donner occasion de s'ouvrir ; mais ils sont toujours demeurés sur les propos généraux, le sieur Verreiken tempérant la chaleur du Cordelier, qui sembloit en vouloir dire davantage. Ils ne doutent plus que votre Majesté ne veuille la paix ; mais ils sont assurés d'autre côté que ce n'est comme ils la désirent , à cause des alliances que vous prétendez faire, dont ils ne sont ignorans.

Nous avons différé d'achever et clore cette dépêche deux jours entiers, sur une difficulté survenue , lorsqu'on pensoit donner congé aux députés des archiducs, à l'occasion de ce qu'ils ont refusé de laisser l'original de la ratification, disant n'avoir eu charge , sinon de la montrer, en donner des copies collationnées , et de la retenir jusqu'à ce que le traité fût fait et conclu , du moins jusqu'à ce qu'on soit assemblé de part et d'autre , et qu'aussi bien ladite ratification seroit inutile aux Etats , puisqu'elle devoit dem^uirer ^uUe e| comme nop avenue , si le traité

DU PAB^IPENX #BANNIN.

aes'eaeosiiivoit) ewc prétendant > pour cette même raison , et attendu qu'elle ne leur pourrojt servir, sinon au cas dudit traité 9 que les archiducs n'avoient intérêt de la donner, qu'ils étoient même obligés de le faire, et que, sans être garnis et assurés de cette pièce, ils n'étoient tenus de leur part d'entrer en aucun traité; s'assurant aussi que les provinces averties, comme ils sont obligés de leur en donner avis, que ledit original a été retiré , feront difficulté d'en délibérer. Ils ont prié là-dessus qu'on permit qae l'un d*eux allât vers les archiducs pour savoir leur intention. Le Cordelier s'est offert à Caire le voyage, et a dit qu'il seroit de retour dans six jours , ce qu'on lui a accordé. Il est vraisemblable qulls ont su , avant leur départ , s'ils dévoient laisser l'original de ladite ratiflcatimi ou non, et que ce délai est seulement demandé pour gagner temps, et savoir des archiducs s'ils voudroient dire quelque chose, dès à présent, sur la réponse des Etats, qui leur poisse donner meilleure opinion qu'ils n'ont de ce qui est venu d'Espagne. Les archiducs n'ont dû, a la vérité, faire difficulté de donner cet original ; les Etats s'opiniâtrent à l'avoir: mais ceux-là gagnent toujours, puisqu'ils allongent le temps , tienn^t par ce moyen les Etats en incertitude et les empêchent de se préparer. Et du côté des Etats la difficulté est venue de ceux qui voudroient bien rompre sur ce pontille: mais ils seront trompés , étant certain que les archiducs consentiront plutôt à la donner que de rompre, et , quand ils en feroient même refus, que les provinces ne laisseront de dire qu'on doit entrer en traité. Aussi seroit-il dangereux, puisque les choses sont venues si avant, de rompre avant que leur avoir donné le contentement; et penseraient toujours^ si on fût venu jusqu'au traité, qu'on leur eût accordé des conditions raisonnables pour se mettre en paix, qui pourroit donner sujet à quelques-unes, trois principalement, à savoir, Gueldre, Over-Yssel et Gronlngue, qui sont les plus exposées aux dangers de leurs ennemis, et désireuses, à cette occasion, de la paix, se séparer et prendre de mauvais conseils, si la bonne conduite dont on usera ne leur fait connoître que la rupture du traité ne viendra du côté des Etats.

Ces six jours de délais qu'on a donnés pour le voyage du Cordelier , feront perdre quinze jours de temps ; car à son retour il aura quelque chose à proposer de la part des archiducs , sur quoi il faudra encore délibérer ; et cependant on diffère d'entrer aux provinces. Ainsi les six semaines ne commenceront qu'au bout de ces quinze jours ; et, par œ mograi, la trêve sera expirée avant

qu'on s'assemble pour trfdter : qui nous fait craindre que les Etats ne soient surpris et contraints de se défendre avec péril , ou d'accorder encore une trêve pour l'année prochaine , c'està-dire , si on la leur veut donner , qui leur fera perdre tout soin et courage de plus rentrer en guerre , et alentira pareillement l'affection d^ leurs amis et alliés. Ce que leur avons remontré souvent et dès long-temps ; comme aussi le président Jeannin a fait présentement au sieur Barneveldt , y ajoutant qu'Us ne doivent plus espérer le secours accoutumé de votre Majesté , s'ils demeuroient ainsi inutiles et s'affoiblissoient en ne rien faisant. C'est pourquoi il leur a promis faire résoudre que, sans perdre temps , on envoie aux provinces. Nous ne savons s'ils le feront. Votre Majesté pourra connoitre , par ce qui est contenu ci-dessus , combien il est malaisé de juger si la paix se fera ou non. Le roi d'Espagne est pressé de deux choses : l'une de la crainte qu'il a que la guerre continuant , les Etats ne fBissent des entreprises es Indes d'Orient et d'Occident à son grand dommage , comme ils en ont sans doute le moyen s'ils en savent bien user ; l'autre , que votre Majesté et le roi de la Grande- Bretagne ne se joignent ensemble , et avec les Etats, pour leur commune défense et pour entreprendre sur lui , estimant que la continuation de la guerre sera plutôt cause de faire conclura et résoudre cette ligue , comme étant lors plus , nécessaire que la paix , si elle se fait.

D'autre côté , les Etats ne veulent quitter rien de la souveraineté ni de ce qui en dépend , ni le gratifier d'aucune chose à cette occasion , avec ce qu'ils prétendent d'obtenir le trafic des Indes , du moins d'Orient , faire encore les mêmes ligues que ledit sieur Boi voit bien ne pouvoir empé^ cher. Il sera difficile de lui persuader qu'il perde ce qu'on lui demande et >qu'il ne peut accorder qu'avec honte et dommage. Peut-être que la trêve à longues années lui seroit moins désagréable ; mais nous y voyons encore un grand empêchement , qui lui en ôtera le goût. C'est que les Etats ne l'accorderont non plus que la paix , sinon à condition qu'ils soient reconnus Etats libres sur lesquels il ne prétend rien , non-seulement pour le temps de ladite trêve , mais pour toujours ; afin que s'il veut renouveler la guerre, il ne le puisse plus faire , que coihme contre justes ennemis , non comme contre sujets rebelles. Ce dont nous pensons pouvoir juger plus certainement , est que , si la paix se fait , sera au contentement de votre Majesté , et c'est en quoi consiste notre soin et travail , qui sera toijgours accompagné de quelque défiance , jusqu'à ce que tout soit à couvert , encore que n'ayons pour l^

présent aucune occasion de douter de la volonté et bonne intention des Etats, et que toutes choses y soient aussi bien disposées que le saurions désirer. Le Cordelier partit hier , et Verreiken est demeuré ici attendant son retour. Nous prions Dieu f Sire , qu'il donne à votre Majesté et à sa royale famille longues années , avec tout heur et prospérité.

De La Haye, ce sixième jour de novembre 1 60 7 .

Vos très -humbles et très-obéissans sujets et serviteurs , P. Jeannin et Russy.

Zettre de M, Jeannin à M, de VUkroy^ dudit jour 6 novembre 1607.

Monsieur, vous connoîtrez, par les lettres qu'écrivons au Roi , comme ceux qui conduisent les affaires de cet Etat sont prompts et sensibles es choses qu'ils se sont imaginé devoir obtenir en faisant la paix , et qu'il sera ti'ès-difûcile qu'on demeure d'accord , lorsqu'on viendra à traiter. Même le roi d'Espagne veut ajouter quelques conditions ou modifications en ce qui est de la souveraineté , dont ils ne peuvent seulement souffrir qu'on parle ; et appellent condition tout ce qui touche au gouvernement de leur Etat , comme de les vouloir obliger à rétablir l'exercice de la religion catholique, empêcher de faire ligues et confédérations avec qui bon leur semblera , ou s'ils jugent devoir changer la forme de leur Etat , et au lieu de république en faire une principauté , et de les vouloir astreindre , comme on dit qu'on prétend faire , à prendre un prince de la maison d'Autriche ; car la moindre de ces conditions rompra tout. Et néanmoins , je ne me peux persuader que le roi d'Espagne veuille absolument quitter ses droits , sans retenir et les obliger à quelque reconnoissance et devoir. Quant au premier point concernant la religion catiiolique , ils ont montré de l'appréhender bien fort ; et crains que la prière du Roi y serve aussi peu que la demande du roi d'Espagne qui le veut obtenir par traité , étant certain que si Sa Majesté se vouloit roidir contre eux en cet endroit , ils l'auroient à suspect, et ne le tiendroient jamais pour leur vrai ami , combien qu'avant ce soupçon pris à cause de ladite ratification, j'eusse occasion d'en espérer mieux ; car en ayant conféré avec Barneveldt, après qu'Aërscns lui en eût donné avis et déduit nos raisons , il me sembloit aucunement persuadé, et trouvoit bon que ledit exercice fût rétabli en quelques villes où le nombre des catholiques est grand , comme à Utrecht, Harlem , Amsterdam et autres , et à certaines conditions, auxquelles je montrai que Sa Majesté s'accommoderoit ; mais l'appréhension qu'ils en ont maintenant , a rendu cette afËûre très-diffi-

cile , et y faut apporter beaucoup de considération pour ne les point offenser.

Pour les autres condilions , nous devons plijbtôt fomenter et accroître leur crainte et défiance , qu'essayer à la leur ôter. Peut-être que le roi d'Espagne n'a fait mention en cette ratification du fait de la religion que pour témoigner son zèle, sans y vouloir insister; et semble que le Cordelier , lorsqu'il fut député vers les Etats , l'ait fait connoltre , en ce qu'il leur a dit , tout ainsi qu'il sera libre audit sieur Roi de demander tout ce qu'il voudra , qu'eux aussi auront la même liberté de le refuser ; par ainsi qu'on ne rompra point pour cette occasion. Mais pour les autres conditions il y a plus à douter ; car il voit bien que notre Roi et celui de la Grande-Bretagne veulent obliger cet Etat à eux , se mettre en alliance , du moins défensive , qui l'empêche de pouvoir jamais recouvrer la perte qu'il fera par ce traité ; et outre ce , s'il vient ci-après à avoir la guerre contre l'un d'eux, qu'ils seront obligés à la défense mutuelle l'un de l'autre. Est vrai , s'il craint la paix à cette occasion, qu'il aura peut-être plus de sujet de craindre la guerre, qui liera encore davantage cet Etat avec eux par le secours qu'ils lui donneront et le grand besoin qu'ils en auront ; et s'il avoit quelque dessein d'entrer en guerre contre l'un des deux rois , ce qu'il n'osera jamais entreprendre s'ils s'allient ensemble , il estimera que lesdits Etats lui feront moins de mal étant en paix , tant pour le désir de repos qu'on prend volontiers apré» une longue guerre que pour le profit du trafic d'Espagne , qu'ils ne feroient s'ils étoient en guerre. Or le moyen d'éviter ces inconvéniens, et néanmoins de faire la paix à son avantage , seroit , s'il pouvoit , par l'intervention de l'Empereur , faire que les Etats se voulussentcontenter de devenir membre de l'Empire, et s'assurer sur cette seule protection , en leur remontrant qu'outre la foi que l'Empereur leur donnera , tous les princes de l'Empire , même les protestans , dont ils pourroient prendre plus de confiance , s'y obligeront aussi. Et c'est à mon avis la cause de l'ambassade que doit envoyer l'Empereur, et la seule espérance du roi d'Espagne et des archiducs, lesquels essaieront de gagner par cette voie , s'ils peuvent , M. le prince Maurice , avec toutes sortes d'offres pour le rendre affectionné à leur dessein. C'est un conseil qu'ils ayoient pris et essayé par deux fois il y a déjà long-temps , lequel sembloit lors être assez plausible à ces peuples ; mais , ayant reconnu que telles propositions n'étoient mises en avant que pour les tromper , ils les rejetèrent du tout. Je ne sais même si ce ne seroit point l'intention de TEmpereor d'en faire

BU PBESIDEIÏT JBANNIN.

jeter qoeigues propos eu la diète qu'on dit devoir être tenue sur la flû de ce mois , afin de tirer un consentement de tons les princes de TËmpire poar la sûreté de cette paix. Ce ne sont qulmaginatioosqni passent par mon esprit , lequel ne reçoit à présent autres impressions que celles qui touchent à cette affaire, n'en ayant d'ailleurs aueone autre lumière ni conjecture. Mais les princes protestans qui ont montré vouloir fevoriser la sûreté des Etats , n'apporteront plus , à mon m , le même soin que l'Empereur , pour les portera ce conseil qui seroit dangereux pour eux. Le Roi y peut aussi fiiire les offices qu'il jugera être requis pour leur faire appréhender cet artifice.

J'ai parlé plusieurs fois sur ce sujet avec Barneveldt, comme j'ai fait aussi avec le prince Maurice et le comte Guillaume ; mais ils s'en moquent et approuvent les raisons qu'on leur a présentées plusieurs fois ; à savoir, que la maison dAntriche tient presque toujours l'Empire, est trop paissante en Allemagne, et que les princes protestans sont assez grands pour beaucoup dépnvlre chez eux , mais foibles pour le secours d autrui, divisés le phis souvent en opinions et M»lootés, et toujours en crainte d'offenser l'Empow et la maison d'Autriche, contre laquelle t^«it accoutumé eux-mêmes de rechercher des ^dehors , et ordinairement en France ; que '^Apiit ne s'est pas remué quand les archiducs ^depuis peu de temps assujéti du tout à eux ^^'Bioay, et ordonné que les appellations qui ^Joient aller à Spire, ressortiroient à Malines, «ttâot d'autres exemples si publics, que chacun ^nolt aujourd'hui que ce n'est plus qu'un nom ^^1 et iniaginaire , sans pouvoir ni autorité ; et «s raisons sont si véritables et tellement impri- ^n«s dans leurs esprits , qu'il n'y a point d'apparence , quand ils voudroient consentir d'être faits membres de l'Empire , qu'ils veulent pourtant s'abstenir de traiter avec nous et Angleterre, ^|Jnt ils jugent bien que doit dépendre toute leur ^reté, et même que cette condition seroit une <^fltrainte trop préjudiciable à la souveraineté *ïnt ils sont si jaloux. Or, pource que c'est ici ^ seul moyen que le roi d'Espagne peut pratil^r et rechercher, aussi en ai-je souvent conféré 3^^ ceux qui peuvent quelque chose dans cet ^Ut, il y a déjà long-temps, et même depuis y^ de jours avec Barneveldt, m'étant plus appri>oisé avec lui que n'étois auparavant : mais jtne vois rien à craindre ; et pour nous en mettre a couvert du tout, je presse toujours autant ^'il m'est possible cette ligue pour la paix , que '« Anglais ont fait différer sous divers prétextes, <^t maintenant montrent de la désirer, ainsi que

Barneveldt m'a dit depuis deux jours, et qu'il est contenu en nos lettres au Roi. Je ne sais encore si c'est artifice ou vérité, craignant toujours plus l'un que je n'espère l'autre , tant à cause des variations dont ils ont usé depuis qu'ils sont ici , qu'à cause du jugement que vous en faites , et le soupçon que la longue connoissance que vous avez de leurs procédures vous en a donné. Il est besoin toutefois que nous en soyons éclaircis bientôt. C'est pourquoi je les ferai presser par le sieur Barneveldt même qui en est fort désireux, et juge cette conjonction devoir être très-utile à leur Etat. Mais si c'est à bon escient qu'ils aient volonté de traiter ladite ligue , c'est au Roi de juger ce qui lui doit être utile, à son Etat, à vous, monsieur, du conseil duquel il se sert en ses plus importantes affaires, de lui en dire votre avis , et à nous de suivre ce qui nous sera commandé.

Si ne me saurois-je tenir de vous dure que , n'étant pas bien avec le roi d'Espagne, et y ayant toujours du soupçon qu'ils ne soient pour entreprendre contre nous ou quelques-uns de nos amis et aillés, qui nous obligera, par considération d'Etat, d'entrer en mauvais ménage avec eux, cette alliance nous pourroit être utile, et qu'elle tiendroit en telle crainte l'Espagnol, qu'il n'oseroit plus penser à aucune entreprise qui nous déplût : comme au contraire si nous continuons d'être toujours mal avec les deux , du moins sans amitié assurée , ni avec l'un ni avec l'autre , le roi d'Espagne , qui est sur les desseins de s'accrottre, fera tout ce qu'il pourra pour joindre l'Anglais avec lui, et, s'il ne peut mieux, se rendra spectateur, et empêchera qu'il ne se joigne avec nous , chose qui ne lui sera mahiisée, attendu l'humeur de ce prince, qui ne cherche qu'à assurer son repos; et lors nous aurons à débattre nos querelles seul à seul , et par ainsi plus foibles que si nous étions assistés de lui. Je considère encore que les deux rois s'obligeant par cette alliance à se secourir l'un l'autre , tant contre les mouvemens de dedans que contre les ennemis de dehors, c'est un moyen pour retenir ceux de la religion en devoir, crainte qu'ils n'aient pour ennemis ceux dont ils eussent pu espérer d'être secourus, et pour faire aussi que notre saint Père et les catholiques dans le royaume la jugent avantageuse pour la religion catholique^ et louent la prudence du Roi qui l'aura faite. Cette amitié et confédération , qu'on pourroit encore confirmer par alliances et mariages , seroit aussi par aventure cause de si bien unir ces deux royaumes et les affections des deux rois, que Sa Majesté aurait le moyen de persuader au roi d'Angleterre qu'il doit donner quelque raisonnable contentement

loi

HBOOCUnOlfS

aux catholiques, afin de m garantir de tant de GODBpirations qui renaissent tous ies Jours chez lui j et pour disposer aussi dorénavant ies affectioiis de ses sujets à lui mieux ol)éir, et s'aimer et souffrir entre eux, quoiqu'ils soient de différente religion. Et plût à Dieu que tous les rois et potentats , es Etats desquels cette division est entrée et devenue puissante , voulussent prendre le même conseil, en attendant qu'avec leur pouvoir et autorité, ou plutôt avec le zèle qu'ils doivent avoir à la religion , ils puissent exciter le Pape d'avoir soin de ce danger plus qu'on n'a eu du passé, et de mettre la main à lx)n escient à la réformation de l'Eglise, puisqu'elle est si nécessaire pour £Edre cesser le schisme qui croit tous les Jours, et arrêter les violences dont les plus forts usent à présent partout pour contraindre les plus foibles à suivre leur religion , comme Je vois bien qu'on fera ici avec un exemple fort dangereux, et qui mettra du soupçon et de la défiance partout es esprits de ceux qui penseront avoir quelque sujet de craindre l'avenir. S'il faut entrer en quelque conférence avec les députés d'Angleterre sur ce sujet, Bameveldt m'a dit qu'ils demanderont à voir notre pouvoir. Vous Jugerez s'il est besoin pour les contenter d'en avoir un particulier, tant pour traiter ligue avec les Etats qu'avec eux , non pour rien conclure et arrêter là«dessus ; car c'est chose qui doit être représentée particulièrement à Sa M^esté pour recevoir son commandement ; mais pour en conférer et mettre en avant les conditions , nous nous servirons bien du nôtre : mais vous savez qu'il n'y a rien de spécial et particulier pour ce regard, et qu'ayant affaire à gens pointilleux, ils prendront peut-être ce prétexte pour mettre l'affaire en longueur. Je sais bien que les obligations qui sortent de telles ligues et les amitiés ne sont toujours ni sincères ni durables, si les causes qui ont mû les princes d'y entrer, ne continuent aussi ; mais il semble bien que l'intérêt des deux rois, et de leurs Etats et sujets, provient d'une Juste défiance qu'ils doivent avoir de la puissance et des desseins d'Espagne qui n'est prête de finir. Aussi ce que j'appréhende le plus en cet endroit, est plutôt l'irrésolution du prince avec qui nous avons affaire, lequel craignant d'offenser celui qui peut et peut-être a volonté de lui faire mal , pense plutôt l'adoucir en le flattant et montrant de le craindre , qu'en se mettant en état de l'empêcher, et lui ôter le moyen de faire mal, qui est toutefois un très-dangereux conseil pour lui. Je reçus , hier au soir, après notre lettre écrite au Roi, la vôtre du vingt-deuxième du mois passé, et à l'instant ayant eu à communiquer avec lesdita sieurs députés d'Angleterre , Je leur

fis entendre ce qui s'étoit passé pour le fait du passe-port donné au comte de Tiron pour aller en Flandre , et que Sa Majesté n'avoit encore lors eu aucun avis que ledit comte se fût absenté d'Irlande pour soupçon d'Etat. Y sjoutai les raisons contenues en vos lettres, et que l'ambassadeur du roi de la Grande-Bretagne n'en parla à Sa Mc^esté que trois Jours après le passe-port accordé. Ils ont montré ne l'avoir su auparavant, sinon par bruit; et toutefois le sieur Bameveldt, qui les avoit vus le même Jour et avant qu'ils eussent su cette nouveUe de nous , me dit qu'ils en avoient eu avis d'ailleurs. Ils ne se sont point découverts s'ils le trouvent bon ou mauvais; mais Sa Majesté n'a pu faire autrement sans violer le droit des gens , et faire un acte qui eût été sujet à blâme. Vous Jugerez bien , monsieur, par ce qui est contenu ci-dessus , et que mandons au Roi, qu'on ne peut qu'avec beaucoup de temps voir la fin de cette affaire, que le roi d'Espagne la tirera toujours en longueur avec artifice, et les Etats, par leur façon de procéder, et la forme qu'ils ont accoutumé de tenir p<»ur traiter d'affaires , que ne pouvons accourcir quoique désirions de le faire, et leur ayons dit souvent la longueur devoir être plutôt dommageable à eux qu'à leurs ennemis; et quand on viendra au traité , qu'il faudra aussi sunnonter beaucoup de difficultés , ainsi que l'issue en sera toi^ours fort incertaine , Jusqu'à la conclusion entière. Et , dès à présent, je vois bien, si les affaires doivent avoir bon succès, qu'elles se termineront plutôt par une trêve à longues années du côté de l'Espagnol que par une paix entière ; mais encore y rencontrera-t-il cette difficulté que les Etats voudront être reconnus et déclarés libres et souverains par le traité de ladite trêve , non-seulement pour le temps qu'elle devra durer, mais pour toujours; et ne crois pas qu'ils la fassent Jamais à aucune condition.

Or vraisemblablement le roi d'Espagne voudra conserver ses droits, pour, la trêve expirée, leur faire la guerre comme à ai^jets rebelles, ainsi qu'il a fait du passé, et eux prétendront que ce ne pourra plus être , les ayant reconnus libres et quitté ses droits, sinon comme à Justes ennemis. Cette difficulté seule semble même suffisante pour faire rompre tout, sinon que ledit sieur Roi, qui sait bien le mal qu'il peut recevoir es Indes, tant d'Orient que d'Occident, et la résolution qu'ont prise les Etats de l'attaquer j^ar là, se rendit plus facile à l'occasion de cette crainte. Et à la vérité , ayant ouï souvent discourir ceux qui entendent telles affaires, le roi d'Es« pagne a grand sujet d'appréhendef les armes des Etats de ces côtés-là ; car ils na'ont assuré qu'es

BU p^uspi^ ^lAimiN.

9ûi

Iodes orientales tona les rois haïssent les Espa* gDoIs et Portugais ; qu'ils ont offert de se joiudrs aux forces des Hollandais, pour aider à prendre les forte qu'ils y tiennent ; et disent m^e qu'ils sefDotsofilsans seuls pour l'exécuter, pourvu que lesdjts Hollandais se rendent maîtres de la mer : («que deux des principaux de la Compagnie des iodes d'Orieut m'ont dit pouvoir faire, s'ils sont tant soit peu aidés par les Etats j y ajoutant encore que lesdits rois et principalement celui de Ceoeai , qui est le plus puissant de tous , offroit de leur mettre en main les forteresses qu'ils prendrolent sur lesdits Portugais j et que Tayant refusé et déclaré qu'ils se contenteroient qu'elles soient rasées, ne recherchant pour leur regard autre assurance du trafic qu'ils vouloient faire a>eceux, sinon leur amitié, et qu'on l'ôte du tout aux Portugais; que cette franchise de prôner les a tellement obligés , avec ce qu'ils ithetent les denrées à prix plus raisonnable que ledits Portugais, qu'ils s'assurent de les chasser dédits pays, et leur ôter tout ce trafic et les places qu'ils y tiennent, même es Moluques, ^ou vient le principal profit des Indes , dpns trois ou quatre ans.

lisdits marchands m'ont aussi fait voir des 1^ surprises, qu'un évéque de Malaca écri- >ûit»i roi d'Espagne en langage espagnol, par ^iKile$ il lui représentoit les périls qu'on doit '^^iodit des Hollandais , si on ne les détourne ou ^péât de faire ces voyages et trafic. H y en a tf^Btres qui discourent aussi avec grande raison (t^gement pour leur faire autant de mal aux Ues d'Occident. Et néanmoins , ces marchands faisant de la Compagnie des Indes d'Orient, disent qu'en faisant la paix ils ne quitteront ja- Duis ce commerce^ et est certain que la ville <i Amsterdam s'y opiniâtrera fort. Tellement que J« vois de toutes parts de grandes difficultés à '^ paix ; car, encore que plusieurs la désirent , ^ pius ceux qui oi^t la conduite des affaires que ^ pins grand nombre du peuple, ils ont mis ^T^ leur tète qu'on leur doit accorder tant de conditions pour la rendre assurée, qu'il n'est pas ^i^ de les contenter. Et là-dessus ceux qui cher- '^eot à faire continuer la guerre se servent de (•Jtttes occasions pour les échauffer; puis il y a ^ villes et des particuliers qui ont de certains iiiterèts avec lesquels ils en reçoivent d'autres, et tieaoent en quelque crainte les plus sages qui emploient pour avoir ki paix à conditions rai- ^oables. Je ne laisse toutefois d'espérer, si le nDi d'Espagne la veut à bon escient , qu'elle se fera avec l'autorité , persuasion et contentement d^ deux rois, et que peu après les plus échauffés se modérerauk ; ou bien si la guerre eontinue ,

qu'on n'en pourra rejeter le blâme sur nous. Ce que nous craignons le plus est la séparation d^ Gueldre et Over-Yssel, au cas que la paix ne se fasse; car ceux-ci la désirent ardemment et ne refuseront de leur part aucune condition pour y parvenir. C'est pourquoi il est besoin de leur faire connoitre , si elle ne se fait , que la faute en doit être rejetée sur leurs ennemis. Nous serons soigneux et prendrons garde à tout , pour faire que l'issue en soit telle que Sa Majesté désire, vou^ pouvant assurer que l'honneur que le Roi me fait d'avoir bonne opinion de ma fidélité et de mon Jugement en la conduite de cette affaire, ainsi qu'il vous a plu m'écrire , me rend craintif et défiant , et que je ne serai jamais en repos et content que je n'en voie l'issue, que prie Dieu rendre aussi heureuse que je suis désireux de demeurer, monsieur, votre très-huiftble et très-obéissant serviteur, P, Jeannin.

A La Haye, ce sixième novembre 1607.

Lettre de M, de La Soderie à M. Jeannin j, du

17 novembre 1607.

Monsieur, celle qu'il vous a plu m'écrire par la voie du sieur Waùdrenecq, m'est arrivée assez promptement et sûrement; de sorte que, me voulant d'ici en avant favoriser de pareille courtoisie, vous vous pourrez servir de la sienne* Quant à celle que dites m'avoir écrite par la voie de Zélande dix jours auparavant, je ne l'ai point eue. Je me suis toiyours bien douté et l'ai dès long- temps présagé en notre Cour, que, tandis que les affaires que vous m'aviez mandées tendroient à la paix , vous et les députés anglais seriez bien d'accord ; mais de bâtir pour cela, par ensemble , aucune ligue , je n'ai pas estimé qu'ils y consentent , tant d'un côté ils craignent l'Espagne , tant de l'autre ils se défient de nous. De sorte que si vous les voyez tirer la chose à la longue, et sans en vouloir venir à l'affirmative , ne vous en étonnez pas ; car , à mon opinion , ce où vous devrez tendre pour ce regard , sera plus pour les mettre en leur tort à l'endroit de messieurs des Etats , que pour espoir d'en rien obtenir. Quant est de faire la guerre, tenez pour certain , quoiqu'ils vous disent que leur maître n'abandonnera point lesdits Etats, qu'il n'a la volonté ni les moyens de les aider ; et quand bien encore il leur voudroit donner quelque aide, il tâchera toujours de le faire si secrètement que l'Espagne n'en puisse rien savoir , ni nous aussi , tant ils craignent que nous les découvrions et nous tirions de la partie. Aux autres s^jets de méfiance qu'ils avoient déjà contre nous , s'est joint celui du passage du comte de Tiron par la France , auquel le Rpi a donné son sauf-conduit,

hegociàtions

nonobstant toutes les instances que l'ambassadeur anglais lui a pu faire , qui est très-grande. Et , comme d'ailleurs ils sont avertis que le Pape a assuré le roi d*Espagnè d'avoir tiré parole du Roi notre maître , de non- seulement ne point traverser la paix des Pays-Bas, mais de la favoriser de tout son pouvoir , toutes ces choses , soient vraies ou fausses, fomentées par leur naturel ordinaire, les tiennent si séparés de nous , que s'il apparott quelque union entre vous et leurs députés , ce ne sera , si Je ne me trompe bien , qu'en M. de Russy , étant au dedans tous résolus de n'avoir aucune participation avec nous. Je crois que sur cela vous pouvez prendre vos mesures ; et est la mienne volonté qu'eux et nous puissions changer de style , ou , si nous le jugeons non espérable de cette part , que nous nous sachions une fois résoudre de prendre parti ailleurs. Si vous vous souvenez de ce que nous avons autrefois dit et quasi prédit, de ce qui est pour arriver de ces affaires , vous jugerez que nos irrésolutions sont bien cause de nous en donner la peine et le souci que nous en devons avoir en cette heure. Et plût à Dieu que dès-lors on eût aussi bien incliné à la paix comme l'on fait maintenant ; on eût épargné beaucoup d'argent et beaucoup d'hommes qui sont depuis consommés , et eût-on obligé des princes , qui maintenant ne nous en sauront nul gré^ et acquis la gloire par toute la chrétienté d'y avoir mis la paix, sans autre dessein que de celui d'un prince vraiment chrétien , là où maintenant tout ce que nous y contribuons sera réputé à notre particulier intérêt et à crainte du mal qui nous en pourroit venir.

Si, ne jugeant de sûreté en ladite paix, nous eussions su au moins nous résoudre à la guerre , ce fût ûiit il y a long-temps , et eussions eu beaucoup meilleur marché de ce qui eût pu dépendre de deçà que maintenant ; mais Dieu dispose des affaires du monde et des cœurs des princes comme bon lui semble , et faut croire que tout ce qu'il fait et permet est à bonne fin. Je n'ai nulles nouvelles à vous dire de cette Cour. Cette équipée du comte de Tiron y avoit apporté quelque émotion, laquelle, bien que du tout non apaisée, s'est néanmoins diminuée de beaucoup, depuis qu'on a su qu'il n'avoit abordé en Espagne si promptement comme on craignoit. On pourvoit aux affaires d'Irlande du mieux qu'on peut; mais comme il y a peu d'argent et peu d'hommes de commandement , ce n'est pas sans peine. On équipe aussi les navires de guerre du tout délaissés depuis la venue de ce Roi. Et pour cela, et pour beaucoup d'autres nécessités urgentes ^ on a été contraint d'emprunter douze cent mille livres sur

le plus clair revenu qu'il y ait par deçà , et avec beaucoup de perte. Les affaires n'y acheminent pas avec plus de prospérité que de raison ; mais la façon de vivre du prince, et l'ambition particulière de ceux qui gouvernent, qui pour y satisfaire ne voudroient pas qu'il vécût d'autre façon, en sont bien cause.

J'ai été près de deux mois attaché au lit, à cause d'une fièvre qui me vint surprendre lorsque j'y pensois le moins. Cela a été cause de ce que vous avez eu si peu de mes lettres; maintenant que j'en suis délivré. Dieu merci , j'essaierai de le récompensera l'avenir. Et cependant, après vous avoir très-humblement baisé les mains , je prierai Dieu vous donner, monsieur, en parfaite santé très4ongue vie.

A Londres, ce 17 novembre 1607.

Votre très-humble et très-affectionné serviteur. Là Bodehie.

Lettre du Roi, du vingt-troisième novembre

Messieurs Jeannin et de Russy, je suis marri que messieurs les Etats n'ont suivi le conseil que vous et les députés d'Angleterre leur avez donné sur l'acceptation de la ratification du roi d'Espagne, que les archiducs leur ont envoyée par le Cordelier et l'audiencier Verreiken , ainsi que vous m'avez mandé par votre lettre du vingtseptième du mois passée reçue seulement le quinzième du présent. Car il me semble que les considérations auxquelles ils se sont arrêtés , étoient indignes des difficultés qu'ils ont formées, et d'être préférées au juste et bien fondé soupçon qu'ils vous ont au même temps déclaré avoir, que ledit roi d'Espagne désire tirer les choses artificieusement en longueur pour s'en avantager : s'il faut que la guerre continue , les surprendre, et si la négociation commencée doit durer, les diviser et suborner. J'ai appris, tant par votredite lettre que par la subséquente du sixième de ce mois, reçue le dix-septième, que vous avez fait votre possible pour leur persuader d'en user autrement. Je demeure pour ce regard satisfait du bon devoir que vous y avez fait. J'accuse plus la mauvaise intelligence et union qui est entre ceux qui gouvernent les affaires, et principalement entre le prince Maurice et Barneveldt, que toute autre chose ; car, comme l'un contredit à la paix et l'autre désire l'avancer , encore que j'estime que ce soit de part et d'autre à bonne fin et intention, s'il avient que l'un fomente la défiance qu'on doit avoir du procédé des Espagnols pour dégoûter leurs peuples de ladite paix , l'autre est contraint d'y acquiescer, afin de n'être sujet aux reproches, ni même à la

DU P&ÉSIDBITC JfeANNm.

haloe qn^eDCoorent ceux qui auront trop d'espéraoce et iiance en la bonne foi et aux promes* ses desdits Espagnols. Et , comme Je sais que vous avez fait tout ce que vous avez pu par prévoyance , remontrances et prières en mon nom, pour obvier à telle discorde , depuis que vous ^tes par delà, conformément au très-exprès commandement que je vous en fis en partant, et vous ai réitéré par toutes mes dépêches^, ToyaDt à présent qu*il est question de fondre la doche et entrer en matière ; que tant s'en faut qoe vous ayez guéri cette plaie , qu'elle parott plus vive et dangereuse que devant , c'est chose aosi qoi me déplaît grandement , pour l'affection que je porte et l'intérêt que J'ai à la prospérité de ces Provinces , et la juste crainte que j'ai qoenfîn cette division, qui est bien connue de 1<^ adversaires, soit cause durant leur négociation, ou après qu'elle sera finie, soit qu'elle KosBisse ou non, de leur entière perdition ; car il sera difficile que la partie ou faction qui aura nccombé, rentre sincèrement et fidèlement en ionion de l'autre , pour après épouser les affainsde la guerre ou de la paix, ainsi qu'il écherra , (tsera nécessaire pour profiter de l'une ou de iaotre : tellement que je n'en puis attendre que ^malheur pour eux, tant au général qu'en f^lier, et à tous ceux qui s'engageront et i^^ooseront davantage avec eux , quoiqu'ils ^^^^îQBent et résolvent, s'ils ne changent , par ^^, de conseils et de conduite. Ce que je veux 9% vous remontriez de nouveau auxdits sieurs ^£tBts, et particulièrement auxdits prince tece et Barneveldt; nuiis premièrement à ^^-ci, devant que d'en parler aux autres, (txQme a ceux que nous reconnoissons seuls «œesde ce désordre, et partant y pouvoir re- Biédier 8*Us veulent s'entr'entendre , comme il ^t qnlis fassent pour leur propre bien , en prévôt ensemble une résolution uniforme et sem- Wabie, pour, conjointement, en poursuivre l'exé- ^»n. Ils sont si avant engagés à la paix, qu'il ^ meshui impossible qu'ils s'en dédisent et dé- P^fteot, qu'ils n'aient éprouvé ce qu'ils en doi- ^^t espérer, quand même ils ne le feraient que fOQr contenter leurs peuples, les disposer de Pendre plus gaiement et courageusement le ^eau de la guerre , qui est très-pesant , au cas qu'ils soient contraints d'y rentrer. Davantage , l«iR vrais amis jugent que le parti de la paix ^ peut être plus honorable, sûr et utile, que ^ui de la guerre , pour infinies raisons , pourvu quHs puissent l'obtenir aux conditions qui ont ^ projetées. De façon que, si, de présent, ils ^ rejetoient devant qu'avoir fait cette preuve, ^«seulement ils seroient blâmés d'eux, et ac-

cusés ci-après de tout le mal qui leur en arriveroit, mais aussi ils se mettroient en danger d'être abandonnés, interprétant à dureté et imprudence le refus qu'ils avoient fait d'entendre à ladite paix , étant comme ils sont dépourvus de moyens de pouvoir soutenir la guerre d'eux-mêmes. Il est donc nécessaire qu'ils s'unissent en la négociation de ladite paix , aux fins de l'avoir , s'il est possible, telle qu'elle leur est nécessaire, sans s'y traverser les uns les autres, ni tirer les choses en longueur à l'envi et par dépit; car le dilayer leur est très-préjudiciable , et leurs adversaires en profitent grandement, comme ils espèrent faire ci-après de plus en plus de la discorde qu'ils reconnoissent par leur conduite être parmi eux. Ils usent aussi de tous artifices pour retarder les affaires', sans omettre la pratique secrète de leurscorruptions ordinaires. Je conclus donc qu'ils doivent, sans s'amuser aux formalités passées, avancer le plus qu'ils pourront leur conférence avec les gens des archiducs, pour s'éclaircir de ce qu'ils doivent espérer de ladite paix. Ils ont voulu prendre six semaines , pour faire entendre à leurs provinces et ville l'état de cette affaire : ce temps ne peut plus être raccourci, puisqu'ils l'ont ainsi déclaré; mais vous les exhorterez et prierez surtout qu'ils désirent leur propre bien , et me contenter de ne retarder davantage l'ouverture de ladite conférence. Ce terme consumera celui qui reste de leur cessation d'armes; partant il sera besoin de la prolonger; ils le doivent faire pour le moins de temps que faire se pourra. L'on m'a écrit de Bruxelles que les archiducs entendent l'obtenir pour un an : si lesdits Etats l'accordent pour si long-temps, ils s'endormiront , et les nerfs de leur sûreté se relâcheront tellement, que leur réputation en diminuera grandement, comme feront leur courage et leurs forces , sans toutefois pouvoir retrancher leurs dépenses. Davantage leurs amis s'ennuieront et lasseront de les secourir, mal contens de leur conduite et incertains des événemens.

Pour mon regard , dès à présent , je vous déclare que je ne veux plus vivre et demeurer en telle incertitude et irrésolution , afin que vous leur fassiez entendre à ce qu'ils ne fassent en tel cas état de tirer ci-après de moi le secours d'argent que je leu* ai continué ; même Je n'ai déjà que trop éprouvé leur légèreté , je puis dire leur méoonnoissance. De quoi toutefois Je ne veux plus me souvenir que pour m'en servir d'enseignement à ne tomber ci-après en pareille surprise qu'a été celle en laquelle ma trop grande confiance m'a conduit, ce que Je ne dis encore qu'à vous. Je désire donc et suis d'avis que lesdits

tiGCCUtfôJrs

Etats , étant autorisés de letirs provinces et villes, examinent et préparent d'heure les points qu'ils doivent et prétendent proposer et traiter en ladite conférence , et qu'ils en convi^nent ensenn ble secrètement devant que s'y présenter, afin qu'ils soient trouvés unanimes, principalement aux choses qui concernent le générai du pays , comme vous leur avez conseillé, avançant Téleotion des personnes qu'ils voudront y employer. Mais vous avez bien foit de vous être arrêté au point de la religion , et de vous y être conduits , ainsi que vous m'avez écrit , en les dissuadant de rompre sur icelui pour les pertinentes raisons qui vous ont mus de ce faire. C'est un article scabreux et épineux en diverses manières , sur lequel je ne veux vous donner aucune charge que celle que vous avez emportée, assuré que vous ne perdrez l'occasion de m'y servir, quand vous Terrez lien de le faire , sans rien précipiter ni omettre : car, comme d'un côté J'affectioiine grandement ledit point pour les raisons qui m'y obligent, d'autre part je ne veux pas par une telle proposition , faite hors de temps , altérer les cœurs et volontés de ceux du pays ; mais s'il faut que lesdits sieurs retâchent quelque chose de leur dureté et fermeté en ce point , il leur sera trop utile et à moi agréable qu'ils lé fassent d'euxmêmes ou en ma contemplation et par mon entremise , que par une transaction et contrat avec leurs adversaires, comme sagement vous leur avez remontré, et continuerez à faire, quand vous jugerez qu'il sera opportun. Pareillement Ils doivent pourvoir au plustôt à la forme qu'ils prétendent donner au gouvernement de leur république quand ils seront en paix ; car en ce point consiste principalement la sûreté de leur Etat et leur conservation. Quoi faisant , souvenez-vous de leur ramentevolr, et les prier de ma part, de donner tel lieu au prince Maurice et à ceux de sa maison , qu'ils puissent demeurer et vivre ci-après aVec eux aussi honorablement, et, b'H est possible , avec plus d'autorité encore qu'ils n'ont fait ci-devant; car il est certain qu'ils en iirerontde l'utilité et sûreté, et seront, outre cela , loués de grande gratitude et reconnoissance pour les services et blenfeits qu'ils ont reçus de ladite maison, et particulièrement delà personne audit prince : à quoi j'aurai part aussi, pour l'affection particulière que je lui porte et aux siens. Vous avez déjà pour ce regard si bien ébauché et préparé les choses, que j'espère, si ledit prince suit nos conseils, qu'il en recueillera le fruit que je hii souhaite. En quoi vous continuerez à vous fortifier du comte Guillaume , et à disposer aussi le sieur de Barneveldt, lequel, ^mme très^soge et coïkchilt d'une très-bonne

intention ôivers le publie , tfaura , eomme j'es* père, bien choisir et prendre les conseils plus salutaires en cela.

Quelques-uns veulent que je croie que ledit prince a l'inclination si contraire à la paix, l'estimant préjudiciable à l'Etat et à soNmême , que tant s'en faut que l'on le puisse disposer et faire résoudre d'y consentir et la faciliter, qu'il a délibéré s'associer et joindre avec ceux qui sont de même avis, et dresser un parti séparé du général, en cas qu'il traite avec les archiducs pour continuer la guerre tant qu'il pourra ; se promettant et faisant fort d'être accompagné , en ce désespoir , de la Zélande et de la Frise , des villes d'Amsterdam et Roterdam en Hollande, et de plusieurs autres qu'il tient à sa dévotion pat le moyen des garnisons qui y sont établies; qui seroit bien le plus périlleux conseil qu'il pourroit élire , tant pour hii et pour ceux qui le suivront que pour le reste du pays, et partant tout ce que poqrroient souhaiter, et oe à quoi peut-être aspirent et tendent ceux qui en ont conjuré It ruine. Or je ne puis croire que ledit prince, le«quel peut assurer sa fortune et sa maison très«honorablement et avantageusement par autre vole , en paix comme en guerre, recoure au parti susdit. Toutefois j'ai voulu vous faire savoir ce qui m'en a été dit, afin que vous y preniez garde et y obviez.

Je n'ai point d'avis que l'Empereur ait encore dépêché par delà les comtes de Hanau et Ernest de Mansfeld. Mon secrétaire résidant à Prague m'a écrit que lesdits comtes , voyant que l'on ne parloit encore de les employer , étoient partis de ladite ville pour aller visiter leurs amis, et passer quelque temps aux champs ; mais Je m'attends bien que l'on les dépêchera sitôt qu'ils seront assuré du temps que la conférence commencera, afin d'y comparoitre; et ne doute point que leur charge ne tende à l'effet porté par vosdites lettres , ni que tout ce qui sera proposé de la part dudit Empereur ne soit concerté avec les Espagnols et archiducs; car il est certain que rintelligence de la maison d'Espagne avec celle d'Autriche d'Allemagne, est aussi bonne que jamais. Et quand ils font quelquefois paroître et publier le contraire, c'est pour abnsef et endormir lés princes de l'Empire , qu'ils savent désirer leur désunion, afin de les mieux manier et porter à leur Imt : artifice que ledit EftipereUr pratique encore maintenant avec les princes et électeurs protestans, de la société et (assistance desquels je dis que nous ne pouvons , à cette cause, faire grand fbndement, tant Ils redoutent ledit Empereur et aiment letlrs aises. Aussi ne m'a-l-il été posMMe^ jusqu'A jnéBem^ Se leir unir

W PBSSIDIBIIT iSÀTmlN.

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en on dmén pour lenr propre oonservaUon , ni de tirer d'eux aucun propos certain sur les affaires des Pajs-Bas, encore que l'électeur Palatin m'ait mandé qu'il fera trouver par delà ses députés poor ladite conférence, avec charge expresse de ^joindre à vous, épouser et suivre vos conseils et mes intentions; de quoi , nonobstant ma déliaoee susdite, vous mettrez peine de profiter, selon que les occasions s'en présenteront. Tous lesditfl princes ont consenti de comparoltre à la diète impériale , l'archiduc Ferdinand y prési«dant et représentant la personne dudit Empereur, lequel Ta voulu préférer à ses frères pour plaire ao roi d'Espagne, et se venger de sesdits frères. A quoi nul desdits princes n'a contredit, comme ils ne font que de parole, à tout ce que ledit Empereur entreprend contre les libertés de l'Empire, par où on reconnoît leur foiblesse et divi* m. Je n'ai pas opinion que le landgrave de litfsen envoie par delà , ni le duc de Wirteml*r^,encoreque j'y aie souvent convié le pre- Bûer, et que le dernier ait de nouveau traité 9i<!iqQe espèce d'alliance et correspondance avec Iciedeor Palatin plus étroite qu'auparavant. Aitti je ne m'attends pas que nous recevions snod renfort ni aide desdits princes.

Toutefois vous mettrez peine d'entretenir et ^Miiiser leurs gens à l'avantage de la cause pu- ^tt^et me tiendrez averti de leur procédé. Le ^ piaeipal dudit Empereur est de porter et rttÉnt^er l'Empire aux contributions de la *^ contre le Turc; peut-être sera-Ml parlé ^n en ladite diète de ladite paix des Pays- ^; mais autant en emportera le vent ; et recon- ^^ inr les discours que lesdits prince Maurice ctfiaraeveldt vous ont tenus sur les mérites des '^^i^ d'Allemagne, qu'ils en Jugent sainement. ^ ne reste à vous mander mon avis sur la ligue •pie les Etats ont proposée ; J'approuve que vous «î avanciez le traité , et vous envoie pour cet ef- ^^ loes lettres de pouvoir nécessaire. Toutefois l'^ plus à propos de lui donner seulement le *J^ de ligue défensive; elle en sera mieux re- "^1 et fera-tron moindre difficulté d'y entrer ; M que nous ne laisserons d'étendre les conven- ^ d'icdle aussi avant que nous jugerons être •'''ssaire à la cause commune. Je vous ai pres- ^|t par mes précédentes mes intentions sur ce ^M; partant je n'estime pas pour le présent ^^^^ y rien lyouter, me réservant de vous ftlaircir davantage d'icelle , à mesure que vous ^ttformerez de ce qui sera proposé; mais Je JJ« puis croire , quand il sera question de join- ^^ et serrer les affaires , que les Anglais y en- ^t franchement et fidèlement. Deux raisons P^Wtre les y convieront : la première, la ja-

lousie qu'ils auront démon union sans eux avee lesdits Etats; et l'autre, le nouveau sujet de dé« goût et mécontentement que les archiducs leu^ ont donné, par l'accueil et réception qu'ils ont fait en leur pays au comte de Tironet à sa suite. Toutefois Je n'ai pas opinion que leur indigna^ tion et offense pour ce regard s'étende plus avant que les paroles. Le moyen donc de les faire dan* ser sera peut-être la démonstration que l'on fera par delà de traiter sans eux , s'ils font les rétift et les longs. J'ai considéré ce que nous avei écrit par vos dernières , qu'ils a voient, sur ce^ dit au sieur Barneveldt, ainsi qu'il vous avoit rap* porté, s'ils veulent que notre société et réoipro« que assistance s'étende aussi bien contre nos su* Jets rebelles et ceux qui les suborneront et feront lever de fait , que contre les étrangers : j'y en^ trerai volontiers, non, grâces à Dieu, quej'es* time en avoir besoin tant que je vivrai , mais tel article pourra être utile à nos enfans. Et s'il est ainsi que ledit roi de la Grande-Bretagne se défie de quelque remuement en ses royaumes, voyant que j'aurai agréable cette obligation , cela peot« être le conviera d'entendre plus volontiers à la<* dite ligue.

Néanmoins Je continue à vous dire que je me défie plus de sa volonté et résolution que Je n'en espère ; Joint qu'il est à présent dégarni de moyens de secourir ses alliés d'autre chose que d'hommes^ de quoi vous savez que je n'ai iiaute. Il fait Une vie par laquelle il n'amendera pas sa condition et ses affaires de long-temps, s'il ne se change) encore sera-ce beaucoup si elles n'empirent. Je erains donc que lesdits Anglais fassoit démons^ tration de vouloir être de la partie de cette confédération , seulement pour mieux et dextrement la traverser, et enfin la renverser; car le but de ses principaux conseillers, et même de Gécil^ a toujours été de faire revivre l'alliance de la maison de Bourgogne contre la France, par le moyen de leur conjonction avec les archiducs, auxquels, à cette fin. Ils souhaitent la paix des Pays-Bas, et non une association entre eux qui rende leur alliance bourguignonne moins utile; à quoi vous verrez clair bientôt, si les Etats les pressent de se déclarer et parler : office qu'il sera plQs à propos qu'ils fassent que vous; car sachez que les remontrances et conseils qui seront donnés auxdits Anglais par mes ministres , leur seront toujours suspects. Il sera plus séant aussi que cette sollicitation et recherche soit faite par lesdits Etats que par autres pour toutes bon* nés considérations. J'ai mis en considérations Al nous devions, dès à présent, entendre à une as^ sociation avec lesdits Etats pour lenr défense et conservation , an cas qu'ils ne polsiiAt oMetdr

NfiGOCUTIOl^S

la paix aux conditions raisonnables pour maintenir leur souveraineté ou attendre la rupture de ladite paix. C'est sans doute que cette résolution favoriseroit grandement la cause desdits Etats en ce traité, s'il étoit su que nous l'eussions prise par avance et formée telle que chacun crût que lesdits Etats pussent (fortifiés d*icelle) défendre leur pays ou nuire à leurs ennemis en cas de guerre. Mais aussi si l'ouverture s'en fait de présent et que les Anglais refusent d'y entrer ou contribuer à leur secours, comme je ne pourrai ni devrai seul m'obliger à porter ce fardeau , ce manquement étant divulgué, comme il arrivera, défavoriseroit et empireroit grandement les affoires desdits Etats. Il faut donc que je remette à vous de pousser ou retenir cette proposition, selon que vous jugerez à l'œil qu'il sera utile de le faire. J'entends toutefois, si vous rencontrez les esprits disposés d'y entendre , que vous vous contentiez d'ébaucher l'affaire sans la conclure, que je n'en sois préalablement averti.

Quant à ladite alliance, au cas que la paix ait lieu , si lesdits Anglais font difficulté et remise d'y entrer, ne laissez d'y entendre sans eux, si lesdits Etats vous en pressent et y sont disposés, en réservant place honorable audit Roi , et &ussi à tous les autres princes qui voudront ci-après y entrer, afin qu'ils ne puissent se plaindre d'en avoir été exclus. J'approuve aussi que nous parachevions ce traité devant que la susdite conférence de la paix soit commencée, afin que chacun sache l'état qu'il doit faire de son voisin devant la résolution de ladite paix. Le sieur Aërsens est venu ici pour me demander de l'argent , à son accoutumée, et veut que je croie que l'on rencontrera des difficultés si grandes , quand on sera enti*é en traité, que l'on ne s'en accordera jamais, si lesdits Etats ou les Espagnols ne se laissent aller à des conditions très^honteuses et dommageables. Ce qu'il n'estime pas que ceux-ci fassent; mais il dit qu'il craint fort que les autres soient contraints de le faire , s'ils ne sont assurés d'heure qu'ils ne seront point abandonnés des deux rois convenablement à leur besoin en cas de guerre. Il insiste donc que nous pensions et pourvoyions à ce point par préférence à tous autres. Mais je ne veux rien ajouter à ce que dessus pour ce regard, ni à ce que je vous ai écrit ci-devant. J'ai aussi peu délibéré de mettre la main à la bourse dès à présent sur sa réquisition, le dernier argent que j'ai fourni n'étant encore à peine passé la mer. Je veux savoir devant ce que je dois me promettre desdits Etats , et être éclairci de la manière qu'ils entendent conduire les affaires de la paix. Je vois qu'ils sont trèsniiligens à me presser de les secourir, et peu soi-

gneux de suivre mes conseils aux occasions d'im'^ portance qui se présentent, ainsi qu'ils ont pratiqué au rejet qu'ils ont fait de ladite ratiûcation du roi d'Espagne, nonobstant votre avis, suivant lequel ils pouvoient la recevoir et s'en contenter, et sur cela avancer leur conférence, sans s'arrêter à leurs difficultés fondées sur des formalités qui n'importent au principal, comme fait l'avancement dudit traité , pour savoir ce que l'on en doit espérer. Vous vous défendrez donc de l'avance du secours susdit que demande ledit Aërsens ; mais vous vous servirez du besoin qu'ils ont d'icelui pour avancer et mieux exécuter mes susdits commandemens; priant Dieu, messieurs Jeannin et deRussy, qu'il vous ait en sa sainte garde.

Ecrit à Fontainebleau, ce 23 de novembre 1607. Henri.

Et contre-signe , Bbulard.

AtUre lettre du Roi à M. Jeannin , en particU'lier, dudit jour 2Z de novembre 1607.

Monsieur Jeannin, je vous fais cette lettre à part, pour vous faire savoir que je prévois, si le sieur Bameveldt ne se roidit encore plus qu'il n'a fait ci-devant pour la paix, qu'ils n'y parviendront jamais; aussi se trouveront-ils sans moyen de pouvoir sufiisamment soutenir ci-après la guerre. Outre cela, ils se désuniront , car toutes choses y sont portées ; il n'y a que lui qui puisse obvier à ce malheur , avec l'autorité qu'il a par delà, et l'affection que je sais qu'il porte au public. Et, tout ainsi que je n'ai pour mon regard autre but que de procurer et &voriser le semblable, quoi que l'on ait ci-devant publié, reconnoissant queje puis tirer de leur seul établissement un notable avantage , dites audit Barneveldt queje veux non-seulement que vous autorisiez ses conseils plus que jamais pour ladite paix , mais que je désire aussi lui témoigner par effet et aux siens , par une reconnoissance digne de son mérite , combien je prise son affection au bien de la cause publique, et particulièrement de ma Couronne. Partant vous lui en ferez ouverture en mon nom, et , après que je saurai sa délibération , je vous commanderai plus particulièrement ma volonté sur cela. Cependant vous donnerez ordre que nul ait connoissance de ce propos que vous , et m'y ferez réponse au plus tôt. Je prie Dieu, monsiem* Jeannin, qu'il vous ait en sa sainte garde.

Ecrit à Fontainebleau , ce vingt-troisième jour de novembre 1607. Henri.

Et contre-signe de Neufville«

DU PBBSIDENT lEANNIN.

lettre deM.de Yilkroy à M, JeanniUy du vingt-troisième jour de novembre 1607.

Monsieur, le Roi est mal édifié du procédé de ces messieurs, comme vous connottrez par sa lettre. Il semble aussi qu'ils ne se soucient de 80D Dom ni de son argent, que pour montrer qo'ils font peu de compte de ses conseils; car ou ils ont recours à vous après les résolutions prises, ou font le rebours de ce que vous leur conseillez , et en préfèrent d'autres aux vôtres. Il est certain que leurs divisions et partialités en sont cause. Mais telle excuse n'est recevable pour nous, et les effets leur en sont très-préjudiciables; car plus ils s'attendront à s'éclaircir de ce qu'ils espèrent de leur paix, leurs affaires empi« reront; et s'ils estiment que nous voulions continuer cependant de payer les ménétriers , ils s'abosent grandement; ils ne nous donnent pas grande occasion de le faire. Je l'ai dit au sieur Aërsens aussi ouvertement que Je le vous écris ; le Roi même ne lui en a moins dit, étant venu id exprès pour nous demander le dernier quartier du secours de l'année présente. Il excuse leurs longueurs sur leur forme de gouvernement, et n'ose accuser leurs partialités. Mais , de quelque caase et endroit qu'elles procèdent, il nous seroit indifférent, s'il falloit que nous ne missions plus la main à la bourse, ou si nous pouvions les garantir des accidens que nous prévoyons qu'il en arrivera à eux et à leurs amis. Vous leur en avez dit assez pour leur faire comprendre notre mécontentement et intérêt ; mais Je ne pense pas qu'ils puissent famendcr , ni faire mieux ci-après, si le prince Maurice ne change de style; à quoi il me semble qu'il ne se dispose pas. Quoi étant , je prévois, s'il continue, qu'il sera cause de la ruine de sa maison et de sa patrie; car s'il se sépare du général, ou empêche le cours de la paix, il sera maudit de tous, et périra indubitablement, d'autant que le Roy abandonnera tout, et sera contraint de le faire pour infinies raisons. Ce que nous dirons clairement À la princesse d'Orange quand elle ira visiter le inince Maurice, ce qu'elle dit qu'elle fera bientôt, en ayant été priée par le prince Henri son fils.

Je crois fermement que le roi d'Espagne n'a &it mention en sa ratification de la religion, qoe pour Justifier sa procédure , et qu'il ne rompra pour cela. Si les Ëtats eussent rompu sur ce sujet, ils l'eussent fait très-légèrement et inconsidérément; sans doute ils nous eussent con- |reints de retirer notre épingle du Jeu, comme ils feront oicore s'ils rompent sur ce point : ce que TOUS devez continuer à leur prédire comme

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