‹ Les négociations du président JeanninChapitre 9 sur 33 · II. c. D. U. T. IV · texte numérisé non relu

II. c. D. U. T. IV

faite en commun aux autres chefs de leurdite proposition, et ne veux pas laisser pour tout cela de leur faire envoyer dedans ce mois le terme que je vous ai permis de leur promettre, afin de continuer à leur témoigner la sincérité et bonne volouté dont je procède envers eux : chose que je veux que vous leur fassiez valoir ce qu'elle mérite. Le sieur de Bethune sera porteur de la présente, avec laquelle vous recevrez une lettre que j'écris auxdits Etats, par laquelle je les remercie de l'honneur qu'ils ont fait aux funérafiles du feu sieur de Buzanval en ma considération. De quoi vous vous expliquerez encore davantage envers eux et mon cousin le prince Maurice , auquel j'ai voulu aussi écrire de ma main celle qui sera ci-jointe , dont vous userez ainsi que vous jugerez à propos : mais je ne suis pas d'avis que je m'en» gage à lui offrir et accorder, dès à présent, aucune pension particulière, que je ne voie plus clair en ces affaires, et si la paix sera ou non ; mais vous lui pourrez dire que lui et les siens doivent espérer de moi toute gratification digne de leur affection en mon endroit et de leur mérite. Je désire aussi, si le^ paix a lieu et qu'on procède après à une réduction de gens de guerre, qu'ils retiennent le plus grand nombre de compagnies frai^çaises que faire se pourra, principalement s'il faut que je contribue quelque chose par an à Tentretenement de ceux qu'ils conserveront, comme il semble qu'ils s'y attendent, et dont toutefois je ne suis encore d'accord et ne prétends d'être, si par ce qu'ils traiteront avec vous ils ne me donnent sujet d'y entrer.

Quant à l'armée du roi d'Espagne qui est encore en mer, il n'y a apparence aucune de seulement soupçonner qu'elle tourne du côté d'Embden, ni contre lesdits Etats, et leurs pêcheurs qui sont es côtes d'Angleterre ou d'Ecosse ; car ce seroit violer leur trêve, et ils ont trop grand besoin et désir de la paix. Il ne faut pas croire aussi qu'ils s'adressent aux Vénitiens , le comte de Fuentes ayant commencé de licencier les gens de guerre qui étoient au Milanais , et les Napolitains entre autres , ainsi que j'ai appris par les derniers avis venus d'Italie. L'on a cru que ladite armée, après avoir assuré la venue de leurs flottes, fondroit plutôt en Barbarie qu'ailleurs , en faveur de l'un des enfans du dernier empereur de Maroc et roi de Fez , qui sont en guerre pour la succession du père, se disant que le fils de l'alné naguères combattu et vaincu par le troisième frère qui est le dernier , s'étant sauvé du côté de Larache, offre à présent audit roi d'Espagne de lui livrer ladite forteresse dont il est maître, s'il veut le secourir et assister contre le victorieux ; et , je ne doute point , si cela est vrai,

us

KEGOCUTtûNS

que lesdits Espagnols n Weptent volontiers ladite forteresse en promettant ledit secours , duquel l'effet sera après aussi tardif et lâche que de coutume. En tout cas , il me semble que la saison est bien avancée , pour pouvoir faire cette année, par la mer, audit pays ni ailleurs, des exploits correspondans à la jalousie que Ton a conçue de ladite armée, et seres avertis de ce que j'en apprendrai. Je prie Dieu, messieurs Jeannin et de Bussy , qu'il vous ait en sa sainte garde. l Ecrit à Paris, le 8 d'octobre 1 607. Hbnbi.

Et plus bas , Bbulabt.

Lettre de M. de Viileroy à M. Jeannin ^ dudit jour S octobre 1607.

Monsieur, yos lettres ne peuvent être trop longues ; nou^ n'y trouvons rien d'inutile ni de superflu ; partant continuez , s'il vous plaît , à les étendre et particulariser comme vous avez commencé. Le Roi le désire et m'a commandé vous j l'écrire, et, certes, elles lui sont très-agréables. M. Aërsens écrit quelquefois des choses qui mériteroient être supptimées. Le Gordeiier n'a jamais dit au Roi qu'on mettroit la ratification d'Espagne es mains de Sa Majesté; mais, parce que le sieur Aërsens disoit que les Etats n'entreroient jamais au traité de la paix , qu'ils ne fussent saisis de ladite ratification sans condition, le Roi lui répondit qu'il avoit toutefois appris que les Espagnols faisoient état de ne la leur délivrer qu'à la charge qu'ils la rendraient en cas de rupture de ladite paix; ajoutant Sa Majesté, d'elle-même , que quand ils voudroient la déposer en ses mains ou du roi d'Angleterre, que lesdits Etats ne pourroient honnêtement y contredire. Par où vous colligerez que Aërsens n'a compris le dire de Sa Majesté. Quelque contenance que fassent les députés d'Angleterre, nous ne croyons pas qu'ils aient pouvoir ni vouloir de bien faire aux Etats , qu'en paroles et déiDonstrations extérieures, comme ils connoitront plus clairement, quand il faudra conclure les affaires. C'est pourquoi nous eussions jugé à propos d'avancer le traité de la ligue en cas de guerre, pour les rtiisons que le Roi vous écrit. Toutefois usez-en comme vous jugerez être pour te mi^ux ; car le Roi trouvera bon tout cje que YPU4 ^ fefP9 , ayant entière fiance en vous. Je o'^on^er^i riei^ aussi à ce qu'il vous mande sur QP o^ot lie (spnt^ntement , au lieu de celui de consentenaeDt, contenii en la déclaration desdits sieur^, ^ii^on qu'il s'est plus formalisé de l'excuse qu'ils on^ alléguée que desdits mots. Toutefois cela n'epipécbera le secours présent, que vous ^tes 4'4Yi$ qUjB r<>i^ 1^^^ donne ; mais nous atteur di*pP9 le retour de M, de Sully devant que de |

lâcher prise. Nous faisons état qu^il sera avec nous à Fontainebleau, où nous allons dans trois jours , environ l'onzième de ce mois. Cependant on achèvera de compter et convertir la partie , dont il reste encore à fournir environ quarante mille écus, comme m'a dit le sieur du Maurier , mais on y travaille tous les jours.

Le Roi se réjouit fort de la créance que vous avez acquise par delà ; c'est le fruit qu'il s'est toujours promis de votre ministère , et souhaite que Dieu le bénisse selon votre désir et son expectation. Il est vrai que Sa Majesté dit au sieur de Bameveldt, quand il vint vers elle à Nantes, l'an 1598, qu'il aiderait aux Etats à soutenir la guerre , puisqu'ils ne vouloient entendre à la paix conjointement avec Sa Majesté^ laquelle les y convioit; et que ce ne seroit qiie pour trois ou quatre ans, à la fin desquels elle y entreroit avec eux. Il est vrai aussi que no^s ne leur avons jamais demandé des promesses de nous rendre nos deniers , et que nous nous sommes cpntentés de simples certifications et récépissés ; mais s'ensuitil pour cela qu'ils doivent être entièrement dé* chus de la restitution d'iceux? Nous ne plaiderons jamais contre eux pour cela ; mais il est raisonnable qu'ils reconnoissent aucunement nos bienfaits; et, certes, nous ne leur demanderons l'impossible. Le ménage de ce point est donc remis à votre discrétion comme le reste. Je ne vois pas le Roi éloigné d'accorder quelque secours auxdits Etats en cas de paix, à laquelle il butte plus que jamais , soit par forme de don ou de pension annuelle , pourvu que l'on se contente d'une somme modérée, et qu'elle en recueille aussi de sa part une utilité proportionnée et convenable, ainsi que vous la proposerez. Je n'ai point pensé d'obliger lesdits Etats , par un traité en forme de ligue, à nous rendre nos deniers , mais bien à la faire par un accord particulier , soit devant où après qu'ils auront résolu celui des archiducs, à quoi que ce soit qu'ils s'obligent par icelui envers eux. Nous vous proposons tout ce qui nous vient à la fantaisie, non pour vous assujétir à le suivre ni exécuter , mais pour vous représenter nos conceptions et en attendra la censure de vous. Je n'ai rien à ajouter à ce que je vous ai écrit ci-devant touchant notre intervention au traité , que les Etats prétendent faire avec les archiducs, approuvant votre avis sur cela> qui est de ne nous faire de la fête , ains attendre que l'on nous en prie, comme )ja dignité du Roi le requiert. Quoi qu'il ait dit au Gordeiier et à l'ambassadeur des archiducs de son affection à la paix, et en a fait dire par M. de Rerny, ils n'ont depuis changé de style et procédé en notf e endroit. Ils font contenance de ne nous

bt PBBStDËKl lEApiNtNi

Ê&tend^ pas, et se proo&ettent qulls feront bien leurs affaires sans nous , et coaooissons aussi qu'iis espèrent plus des Anglais que de nous. Sans doute ceux-ci les grattent et flattent sous main. Et toutefois j'ai opinion qu'à la fin ils les tromperont , et nous aussi , tant qu'ils pourront.

Nous ne rejetons de traiter avec les archiducs sans ladite ratification; mais nous disons que nous devons nous garder d'en faire la pre* mière ouverture* S'il faut qu'ils prennent ce chemin , comme pour mon regard je serois bien d avis qu'ils se résolussent plutôt que de faillir à la paix , noi^ devons nous faire prier plus d'une fois de le trouver bon , devant que d'y consentiTi afin d'en profiter davantage. Mais nous en pourrons discourir plus particulièrement en son temps, et suffira pour le présent que vous sachiez ce que nous en sentops. Par le pouvoir que Je vous ai envoyé, il est porté que les deux peuvent traiter et conclure en l'absence du troisième ; toutefois j*ai estimé ne devoir laisser à vpus envoyer la déclaration que vous avez demandée ; mais nous navons approuvé d'y lyouter rartic|e faisant meutioD du secours, parce qu'il est meilleur que ce soit chose qui soit secrète et particulière à ^OQS, que d'être sue de ceux qui doivent voir kdit pouvoir. Le Roi a été bien aise de savoir que kfrioce ^auric^ commence à croire conseil et aie mûrir : toutefois il ne veut pas que l'on lui dffn à présent une pension , il veut devant voir » QOQs aurons paix ou guerre ; mais je le vois disposé de suivre votre avis au cas premier.

Le sieur Aërsens m'a dit que Ton parle par delà de le tirer d'ici , et commettre à un autre la charge qu'il y exerce, parce que les Anglais disent qu'il est trop partial pour la France , et qalls ne s'y peuvent fier. Il ajoute qu'il ne se soucie pas ^e la charge; mais que l'on lui fera injure si l'on se sert de ce prétexte pour le révoquer. Mettez peine , s'il vous platt, de savoir d'où procède cela; et si c'est une intention pour se taire valoir ou une vérité. Il a opinion que le sieur Çameveldt veut y employer son gendre ; tDQtefqis ^e le dites , s'il vous plaît , audit BarneYeldt ni à autre; car cela pourroit engendrer de la discorde entre eux , qu'il faut éviter pour leur bien faire. Mandez-nous aussi s'ils ont pensé par delà à réformer l'ordre de leur gouvernement en cas de paix, comme nous avons tous jugé qu'il est nécessaire qu'ils fassent pour assurer leurs affaires , à quoi leurs amis ont quasi autant d'intérêt qn'e^x-mémes. Je n'ai pu encore rien bire pour M. de Lçscalle, à cause de l'absence de H. de Sully; mais j'en aurai souvenance à soa fcto^f I et je vqn? f^vertirai de ce qui f^n suc-

cédera. Nous ne vous envoyons point d^ lettres du Roi pour messieurs les Etats sur le sujet des funérailles de feu M. de Buzanval, parce que j'ai su que sou neveu en a porté, qui est parti d'ici durant un petit voyage que j'ai fait en ma maison d'Aiincourt , duquel je suis retourné il y a trois jours. Je prie Dieu , monsieur , qu'il vous conserve en bonne santé.

De Paris , ce huitième jour d'octobre 1607.

Votre , etc. , db Nbuvville.

Lettre de messieurs Jeannin et de Russy, au^ Roij (fo 16 octobre 1607.

SlBE,

Nous avons reçu par M. de Bethune , lequel arriva en ce lieu le treizième du mois , les lettres qu'il a plu à votre Majesté nous écrire. Le mémo Jour et peu avant lui, un trompette envoyé par Spinola y étoit aussi venu avec lettres aux Etats et à M le prince Maurice; lesquelles contenoient, en substance, que le roi d'Espagne avoit envoyé la ratification, demandoit passe-port pour It commissaire Gordelier et le sieur Yerreiken , qui la dévoient incoutiqent apporter. Il n'y a rien en ces lettres pour Içur faire espérer que ladite ratir fication soit en la forme qu'elle a été donnée, ou qu'elle soit telle en effet qu'ils en puissent recevoir contentement; mais est mis simplement que la rafication de Sa Majesté a été envoyée : dont plusieurs conjecturent ici qu*elle ne doit être telle qu'on la prétend. Ledit passe-port a été accordé avec notre avis. Quelques-uns ont dit en leur assemblée qu'on devoit rejeter le Gordelier, pouJDce qu'il avoit essayé de corrompre des leurs ; et d'autres, qu'il falloit voir la copie de la ratification , avant qu'accorder le passe-port requis ; mais l'avis commun a passé au contraire. Il tarde maintenant à chacun que les affaires ne soient mises hors de cette incertitude de guerre ou de paix. Votre Msijesté aura vu et connu par notre dernière dépêche , ce que nous avons d^à essayé de foire , tant avec les députés d'Angleterre qu'avec le sieur de Bameveldt et les autres qui manient les affaires des Etats ; ce qu'elle nous commande encore à présent p^r ses dernières lettres de tenter , et faire s'il est possible > sans aucune remise, tant pour les ligues , offres de secours , que démonstration ouverte qu'on se prépare du tout à la guerre, comme étant tous ces moyens propres pour obtenir une paix plus avantageuse , et pour engager les Anglais, desquels les Etats craignent de ne tirer que des paroles. Mais ces députés d'Angleterre disent toujours opiniâtrement qu'ils ne se veulent poipt découvrir que les f)tats ne soient du tout résolus à la guerre; et, quoique nous pressions là-dessus

NéGOCÎÀTIOKS

ledit Barneveldt de faire prendre promptement cette résolution en leur assemblée, alln qu'ils n'aient plus d'excuses, et que leurs peuples, qui en cette incertitude ne se préparent à rien , ne soient aussi surpris ; que nous en ayons même fait grande instance, tant à lui qu'aux sieurs de Maldrée et d'Aërsens , assemblés au logis du président Jeannin, quatre ou cinq jours avant la \euue de ce trompette, néanmoins ceux qui désirent la paix craignent tant que cette résolution de guerre, si on la met de nouveau en l'esprit de ces peuples, les éloigne du tout de la paix, qu'ils ont toujours voulu couler et différer en l'attente de la ratification. Il est vrai qu'ils nous avoient tous promis lors de ladite conférence avec eux , si elle tardoit davantage , qu'ils suivroient ce conseil.

Ledit sieur Barneveldt dit en particulier au président Jeannin une autre raison de ce délai ; à savoir, qu'il craignoit , en pressant les Anglais, qu'on ne connût ouvertement leur froideur ou refus à les secourir, et que cela ne défavorisât bien fort leurs affaires, attendu même que votre Majesté a souvent déclaré qu'elle ne veut êti*e seule au secours de la guerre. Cette raison a bien quelque apparence ; mais la vraie et principale est qu'il craint trop de perdre l'espérance de la paix , et ne peut comprendre que cela seroit plutôt cause de l'avancer que reculer. Or cette incertitude doit finir bientôt après la venue du €k)rdelier et de Verreiken : car s'ils apportent la ratification en bonne forme, on prendra loisir d'un mois au moins, ou bien de six semaines, pour leur faire réponse si on traitera ou non , encore que la résolution sera de traiter ; mais ce délai servira pour délibérer des conditions et de la forme de procéder à ce traité, pour projeter et faire nos ligues, les réglemens nécessaires pour la conduite et gouvernement de cet Etat, et ce qui sera requis pour le contentement du prince Maurice et de ceux de sa maison. Et lors les Anglais seront tenus se découvrir, et en feront moins de difficulté , pource qu'ils ne penseront pas que la paix les doive obliger à aucune dépense; si ce n'est qu'ils soient déjà secrètement liés avec les archiducs, et , par ce moyen , obligés à nous traverser pour lui plaire ; dont ne voyons encore rien, mai&bien croyons nous, tout ainsi qu'ils désirent leur amitié , qu'ils craignent aussi d'offenser votre Majesté; et quand ils le feront, nous nous promettons que les Etats ne laisseront de traiter ladite ligue avec nous. Mais la difficulté sera bien plus grande, si la ratification n'est apportée , ou n'est telle qu'il la faut, et par ainsi que les affaires tendent à la guerre. La première délibération sera lors , st on. devra traiter sur

quelques autres ouvertures que les députés des archiducs feront sans doute, n^étant vraisemblable qu'ils viennent ici pour finir à l'instant par la guerre ; sur quoi les Etats s'en adresseront à nous pour avoir notre avis , et nous feront parler des premiers. Ce qu'ayant prévu , nous en avions écrit à votre Majesté par notre dernière dépêche, pour recevoir là-dessus son commandement, qu'il seroit trop tard d'attendre quand on nous aura communiqué de cette affaire. Nous jugeons bien qu'il n'est pas à propos que soyons auteurs de ce conseil ; mais si serons-nous contraints de dire oui ou non.

Quant aux députés d'Angleterre , ils ont déjà dit par deux fois au prince Maurice , duquel l'avons su , que si ladite ratification ne vient en la forme requise, et qu'on veuille sous quelque au* tre prétexte que ce soit entamer un traité avec les archiducs, ils ont charge de se retirer, et qu'ils le feront. Nous estimons bien que c'est plutôt déguisement que vérité; mais s'ils tiennent ce même langage , lors il nous semble que leur devons dire, au cas que leur maître veuille être du secours pour la guerre, que nous approuvons leurs avis. Comme au contraire s'ils n'en veulent faire déclaration particulière et expi-esse, en sorte que les Etats se puissent assurer d'eux et de nous, qu'il faut recevoir toute ouverture pour obtenir la paix , en continuant à leur représenter que votre Majesté ne veut supporter seule les frais de la guerre; ou bien donnerons avis ensemble aux Etats de prendre loisir d'un mois ou six semaines, pendant lequel temps, s'ils veulent consentir et accorder, comme nous sommes certains qu'ils feront, les traités et conditions nécessaires pour leur sûreté , et le contentement de votre Majesté , nous essayerons de les faire passer outre: sinon nous serons plus retenus, et remettrons à eux de prendre conseil , pour ne nous rendre auteurs de la rupture et continuation de la guerre ; ayant toujours ce but et dessein , autant que pourrons , que la paix ne se fasse sans votre contentement ni leur sûreté , ni la guerre sans l'assistance du i-oi d'Angleterre , et de ne donner aussi aucun conseil qui soit sujet à blâme d'une part ou d'autre.

Nous voyons bien , Sire , que l'acte contenu en la proposition des Etats n'a contenté votre Majesté , d'autant que le mot de consentement n'a été mis au lieu de contentement. Mais nous la pouvons assurer que leur intention est bonne; qu'ils sont autant obligés , par ce moyen , qu'ils eussent été par l'autre , et qu'ils continuent tous les jours à reconnoitre qu'ils n'ont appui et sûreté qu'en sa bienveillance et faveur. Nous la supplions donc très-humblement que l'argent dont

DU PAESIBEKT JEÀIîIflN.

ils ont extrême besoin , ne soit point différé, s'il lai plait. Nous ne perdrons cependant aucune occasion de faiœ tout ce qu'elle nous a commandé envers eux, avec le prince Maurice et les députés du roi d'Angleterre. Ils ont ici reçu des lettres d'Anvers , par lesquelles on mande que huit grands navires que les marchands de la société des Indes orientales avoient envoyés , il y a plas d'un an , pour renforcer la flotte qui a cidevant combattu près Malaca, sont arrivés heureusement, ont joint les autres vaisseaux, et contraint les Espagnols et Portugais de se retirer en leurs ports. On dit même qu'ils ont occupé et pris par force quelques lies es Moluques ; mais ces nouvelles ne sont encore certaines. Les mêmes marchands y envoient un autre renfort , àla fin du mois prochain , qui est de treize grands navires bien armés et équipés , lesquels sont de ilx à sept cents tonneaux. Nous n'écrirons maintenant que ceci par la commodité de M. de Waudrenecq qui envoie en France pour l'arr gent; et prierons Dieu qu'il donne à votre Majesté et à toute sa famille , Sire , tout heur et prospérité.

De La Haye, ce seizième jour d'octobre 1607.

Vos très-humbles et très-obéissans sujets et serviteurs, P. Jeannin et Russy.

Lettre de M, Jeannin à M. de Villeray^ du même jour 16 d'octobre 1607.

Monsieur, je vous al écrit à la hâte celle-ci , par l'homme de M. de Waudrenecq qu'il envoie pour l'argent , dont les Etats sont fort pressés et en peine, à l'occasion de ce qu'on leur a écrit que ledit argent ne seroit délivré qu'après qu*ils auroient satisfait entièrement à ce que Sa Majesté désire d'eux, et qu'elle en étoit très-mal contente, à cause de l'acte contenu en leur proposition , qui n'est conforme à ce qu'on s'étoit promis d'eux. Je les ai assurés du contraire, et dit audit sieur de Waudrenecq qu'il pouvoit envoyer ses navires à Dieppe , au 24 ou 26 de ce mois, et que lors l'argent y seroit sans faillir, ce délai n'ayant été pris que pour attendre la venue de M. de Sully et non pour autre raison , ainsi que me l'avez mandé; et, pource qu'on le pressoit de faire avances sur cet argent de cent mille livres, outre pareille somme qu'il avoit déjà donnée, qu'il le pouvoit faire sans crainte : et je vous supplie très-humblement, monsieur, tenir la main qu'il y soit satisfait sans remise. Vous verrez ce qu'écrivons au Roi touchant la ratification. Je vous envoie la copie de la lettre de Spinola sur ce sujet, pour la considérer s'il vous plaît. Puisque Sa Mcyesté a agréable que

j'écrive toutes particularités, et qu'elle ne s'ennuie point de la longueur de nos lettres, je continuerai comme ai commencé ; estimant à la vérité qu'il est plus à propos d'ainsi faire, afin qu'étant mieux éclaircie , elle puisse aussi mieux juger de toutes choses, et commander ce qui sera de sa volonté. Notre commission portoit sur la dernière ligne d'icelle, que les deux en l'absence du tiers pourroient y vaquer; mais je n'étois allé jusque-là , et tout ce qui étoit au-dessus n'en faisoit aucune mention. Il est mieux que notre commission ne contienne rien du secours et des ligues, et qu'il y ait un pouvoir à part pour ce regard , lequel , comme j'estime, sera nécessaire ; mais nous vous en donnerons avis plus sûrement, lorsque nous verrons , par l'arrivée des députés des archiducs , et ce qu'ils apporteront et diront, où les affaires doivent finir. Ledit sieur Aërsens a cette crainte et appréhension dont m'écrivez , et est vrai que les Anglais ne sont contens de lui , et disent que c'est lui qui a mandé aux Etats que raml)assadeur du roi d'Angleterre avoit protesté au Roi que son maître ne vouloit plus rien donner pour la guerre , et que c'est un pur mensonge pour rendre ledit roi d'Angleterre odieux aux Etats. Le comte de Salisbury en a dit autant , et que c'étoit vous aussi qui usiez de cet artifice à même fin. Je sais ce que m'en avez écrit ; mais vous seriez émerveillé avec quelle assurance les députés d'Angleterre le nient. Il y a long-temps que ledit Aërsens a ce soupçon , qu'on veut mettre en sa place le gendre du sieur Barneveldt, et y étoit entré du vivant de M. de Buzanval , pour la grande amitié qui étoit entre eux et quelques propos qui en avoient été mis en avant dès-lors , et pource qu'il sait aussi ses déportemens et de son père n'être pas ici agréables à tous ; et cette crainte qui se renouvelle souvent fait qu'il se rend plus obséquieux a l'endroit dudit Barneveldt que jamais , lui écrivant beaucoup de chosies dont il se passerait bien. Nous serons retenus par deçà pour ne rien gâter; mais je vous supplie que soit de même par delà. M. de Schomberg qui est ici , a montré à M. de Russy des lettres que le prince d'Anhalt lui écrit, par lesquelles il lui mande avoir avis de la cour de l'Empereur que la paix ne se fera point , et qu'il le sait très-bien. Néanmoins , M. de Berny m'écrit que l'Empereur doit envoyer ses députés pour assister et aider au traité. S'il le fait , sera sans doute pour favoriser les affaires du roi d'Espagne et des archiducs ; car, encore qu'on publie qu'ils ne sont pas bien ensemble , ils s'accordent toujours quand il est question de la grandeur de leur maison. Je voudrois bien que les électeurs Palatin et de Brandebourg , qui ont

N£GOCUTJOKS

donné espérance d*y envoyer, en fissent autant pour fovoriser les Etats; mais on n'en a à présent aucunes nouvelles. J'ai dit au sieur Barneveldt , il ya pilis de dix ou douze jours, qu'ils dévoient ftdre une rechai^e pour les y convier derechef , et il m*a depuis dit qu'ils l'ont Mt La conduite des archiducs envers Sa Majesté , et le peii de compte tju'ils font de la rechercher, me font feroire qu'ils h'espèrent point la pdix , et veulent i)lut6t user de déguisemens et artifice pour faire tïouler le temps, qu'y entrer à bon escient, à Cause que l'Espagnol n'y est disposé; ou bien ils t>ensènt être assez forts pour la faire sans nous ; et ce dernier ne me semble vraisemblable , m'étant représenté tout cb qu'ils petivent avoir de tecret en eux pour parvenir à ce dessein , dont J'ai discouru dès si long-temps, et préparé des èmpéchemens avec cent qui ont le pouvoir , qu'à mon aVIs, ils seront plutôt trompés que ilous ; au moins al-je tant de iraisons pour l'es- J>érer ainsi , qu'en suis plus en repos que n'ai quelquefois été. Le pis sera , si la guerre cohtifaue , que le roi d'Angleterre ne veuille être que Spectateur Seulement; et si vous abandonnez les Ëtats, qu'ils ne se perdent, ou traitent à quelque prix que ce sott : et d'autre côté si le Roi leur dohne le secours dont ils auront besoin , qu'il he soit en danger d'avoir la guerre ouverte avec le roi d'Espagne. Même si ledit Roi peut tirer quelque assurance du roi d'Angleterre qu'il ne sera de la partie, laquelle fi donnera peutêtre volontiers, est vrai que leà Etats seroient toujours de la partie avec nous , qui sufRroit pour lie point craindre les forces d'Espagne.

Je sais Fintetition et le but du Roi; rien né fiera omis pour faire que toutes choses passent à son contentement. Si la flotte d'Espagne vient en sûreté, et Si les Etats de Gastille donnent eette grande somme dont m'avez écrit, de laquelle lé roi d'Espagne se pourra aider , ensetjbble de l'argent que les marchands y ont, en faisant parti avec eux, il y a grande apparehce qu'avec tant de moyens et conunodités , il vbudt'a ftiire quelque grande entreprise ; mais vous êtes plus iàge et mieux informé de toutes choses que moi, |>our mépriser ce que je pourrois craindre. Madame la princesse d'Orange m'a écrit qu'ai fait différer son voyagé : vous savez , monsieur , qu'ai toujoiirs mandé le contraire; et à la vérité je crois qu'étant ici elle ne fera que bien, et qu'il est à propos qu'elle y vienne. Je me gouvemérBi avec le prince Maurice comihe me mandez, h lui ai tenu de si bons propos, qu'il est fbrt content du Roi , et fait, de son côté, comme atissl le comté Guillaume, tout ce qtié leur disoiis et désihms de l'un et de l'autre, ié prie Dieu ^

monsieur, qu'il vous maintienne en tout heur et prospérité.

De La Haye , ce seizième jour d'octobre 1607.

Votre très-humble et très-affectionné serviteur,

P. Jeannin.

Lettre de M. de Villetùff à M. Jeannin, du vingt-deuxième jour d'octobre 1607,

Monsieur , pour tous les propos que le Roi a tenus premièrement à l'ambassadeur des archiducs, depuis au moine, et en même temps a fhit tenir à la personne même desdits archiducs, et au président Richardot, et votre modérée conduite de delà , nous ne voyons point que les Espagnols ni lesdits archiducs changent la leur en notre endroit, montrent nous avoir en plus de défiance ^ et n'attendre de nous aucuns effets favorables. Quoi étant , il faut aussi que nous avisions à faire nos affaires sans eux le mieux et plus sûrement et honorablement que nous pourrons ; ce qui nous Sera assez facile , si les Anglais et les Provinces veulent résoudre, et après efTectuer de bonne foi l'union proposée : de quoi je vous prie me permettre de douter , et principalement des premiers , jusqu'à ce qu'ils aient franchi ce saut , comme il convient. Les Anglais fbnt grand bruit, et montrent d'être en peine de la retraite du comte de Tiron et de sa suite, de laquelle il est feit mention en votre lettre du 6 de ce mois, que nous avons reçue le 13. Ledit comte ayant été contraint par la tourmente, depuis son partement d'Irlande, de relâcher en Normandie, âurolt supplié Sa Majesté de lui permettre de passer par terre eii Flandre ; de quoi elle auroit jugé ne pouvoir honnêtement ni raisonnablement récon* duire , étant sorti d'un pays ami , et voulant pas^ ser eti un autre , avec lequel non-seulement ia France, ihals aussi son Roi, vivent en paix et alliance. Deux ou trois jours après que ladite permission a été accordée , l'ambassadeur d'Angleterre auroit fait instance à Sa Majesté , non de la part de son maître , mais d'offlce et de soimême, de faire arrêter en son royaume ledit comte et sa suite : dont Sa Majesté se seroit excusée , tant sur la parole qu'innocemment et ingénuement elle avoit déjà donnée audit comte , que parce que ledit ambassadeur ne lui représentoit lettres de son mattre à cette fin , en la formé exprimée par nos traités. Tellement que ledit comte a passé, et est de présent en Flandre, où je ne sais comme il aura été recueilli , et si lesdits Anglais le demanderont avec la même Instance que nous avons entendu qu'ils en ont parlé à l'ambassadeur d'Espagne résidant en leur pays ; mais s'ils se représentent et souviennent du refUs qui leur a été ftit d-devant de TAnglais Ro-

DU PRESIDENT JEâNNIN.

bertoâen, efaargé de la conspiration de la Fougade, lequel ils ont avalé patiëmmeDt, Je crois qu'ils feront bien de s'abstenir de foire cette {Morsolte; car il'en recevant satisfaction, ce leur serait tme double honte, latjuelle toutefois J'ai opinion qu'ils boiront toujours plus doucement per lâcheté, qu'ils ne se résoudront de l'éviter par prudence, tant ils sont nonchalans de leur bonneur, et confits de leur fantaisie. De quoi le temps nous éclaircirsl , et vous ferai part à mesare que J'en apprendrai quelque chose ; car il est nécessaire que vous soyez informé de ce sucées, d'autant qu'il pourra aider à Juger ^e que BOUS pouvons espérer d'eux aux occasions qui s'offrent, ne pouvant pour mon regard changer l'avis que Je voUS ai donné , auquel concourent uni tous ceux qui les connoissent le mieux , dont je fols par vos lettres que VoUs Continuez a sagement vous méfier.

Le secrétaire du marquis Spinold , revenant d'Espagne , a passé par Paris où nous étions , ai» se découvrir , Ayant curieusement r<schereiiele moyen de le faire, qui lui est réussi, par ian^gence et corruption des maîtres des poste: ce qu'il ftlut tioter et irecevoir pour signe de il continuation de l'Ombrage et défiance qu'ils «â lie nous. M. de Berny , qui noUs a donné le fraÉr avis de son passage et arrivée à Bruxelis^HNsa écrit qu'il n'a apporté la ratification ^oufldée, mais seulement certains pouvoirs ^ifflp'es et exprès du roi d'Espagne auxdits vcitidncs, pour conclure et terminer les affaires i ieor contentement , avec promesse et parole de ntiâer le tout. Mais comme ledit sieur de Berny Ben parle que par ouïr dire, nous ne nous attodoQs pas d'en savoir la vérité par autre que par voQs; car , encore que les autres la nous dépôstni et caéhent, et se vantent qu'ils auront ^Q et signé leur traité devant que nous ayons twnoissanee des articles d'icelui, néanmoins >»us ne pouvons croire que ces messieurs-là nous ^nt ce foux bond , coi sidérant les assurances ({Q ils vous ont données , et le tort et préjudice i^paraUiB qu'ils fèroiefit , tant à leur foi et réputation qu'à leurs affaires, d'en user ainsi; vous ^lant bien dire , outre cela , que le Roi a conçu de votre Jugement une telle créance, que comme ^m avez rendu par vos lettres pleine et entière i^ranee de la droite et loyale intention desdits i^rs en ce qui concerne sa personne et sa cou- ^Qoe, elle rejette aussi tous les avis et causeà de ^spicion(|uly coiitredisent. Toutefois vous nous ferez plaisir de nous éclaircir au plus tôt de la 5«lte da affaires. Peut-être que le moine, s'il va i»rdelà, voudra leur faire accroire que le Roi a offert de s'empli^er enverd eux en faveur des

catholiques du pays ; car nous avons su qu'il en a déjà été publié quelque chose eu Allemagne , pour diminuer la créance et confiance que l'on y doit avoir de la droite intention de Sa Majesté ; mais croyez que nous vous en avons écrit la |)Ure vérité, et que le Roi se gardera bien de s'embarrasser en ces affaires, quand même il en seroit reculs, pour faire dépla'sir ou nu^re à ses amis, et pour des gens qui ne l'aiment guères; qui sera ce que vous répondrez sur cela , si par delà on vous en parle , ou connoissiez que vous le deviez fhire. Les propos que vous a tenus Spencer du dessein d'Espagne sur la France , sont sortis de l'abondance du désir extrême qu'ont ceux de sa nation que cela arrive , comme vous avez bien remarqué aussi. Votre sage et véritable réponse a été louée. Le comte de Fueutes a congédié les Napolitains qu'il avoit retenus ; ma'S nous tenons qu'il reste encore eti Lorobardie huit à dix mille Espagnols séparés de présent en garnison. Quant à leur armée navale , elle est séparée en deux, et fort diminuée, et crois qu'elle se retirera du tout, soudain que le reste de la flotte de la Nouvelle- Espagne sera arrivée ; car ils ont été si rudement battus au dernier bombât db Gibraltar , qu'ils redoutent merveilleusement les bateaux des Hollandais, et estiment ne pouvoir être trop forts pour se garantir et défondre d'eux.

Le froid refroidit aussi l'entreprise de Barbarie, de laquelle le Pape nous a bien faH parler , mais assez mollement. lien va de même de la querelle des Grisons , tant du côté des Suisses que de Milan. Ainsi Je pense qu'iis auront tout lois*/ de pourvoir à leurd différends entre eux, sans qu'ils y soient interrompus des autres ; maid les galères du grand-duc étant retournées à la mer , ont naguères fait descente en une ville de Barbarie nommée Bonne, qu'ils ont prise et saccagée, avec ineurtre de mille ou douze eents Turcs, et de pareil nombre de prisonniers , puis se sont retirés en Toscane. L'on nors a donné avis que l'Empereur fait état d'e ivoyer vers ces messieurs les comtes de Hanaw et Ernest de Mansfeld, pour comparottre en son nom bn la négociation de la paix : de quoi l'on veut que nous croyions que les Espagnols ne sont contens , pour ne se fier auxdits comtes. Toutefois l'Empereur ne les a choisis tels qu'ils sont, sans art ou dessein particulier, que nous ne pouvons nous persuader devoir tourner au désavantage desdits Espagnols , encore qu'ils fo. *>ent contenance de n'être pas fort contens d'eux. Toutefois vous saurez comme il a convié l'archiduc Ferdinand pour le représenter en la diète impériale , l'ayant préféré à ses frères, encore qu'il soit désagréable aux princes protestans ; ce qui pourra être cause qu'iis n'y eompa-

iu

NEGOCTilTIOlSS

roîtroQt qne par manière d'acquit, et partant que ladite diète sera inutile. Au reste , depuis le retour de M. de Sully, Sa Majesté a commandé que les deniers par vous promis auxdits sieurs les Etats soient portés par delà , ou acquittés sur leurs lettres de change ; de quoi je crains fort que TOUS n'ayez le premier avis par moi, parée que j'ai passé en ma maison de Yilleroy , et y ai demeuré deux jours en venant ici , de sorte que je n'ai pu vous écrire plus tôt qu*à présent. Mais pourvu que lesdits sieurs reçoivent le fruit de vosdites promesses et conseils , je m'assure que serez prou content, comme je le serois certes, si vous pouviez abréger les affaires de delà, afm de pouvoir revenir de deçà, où vos amis s'ennuient autant de votre absence, que vous êtes déplaisant du séjour que vous êtes contraint d'y faire. Nous attendrons donc les rosiers du sieur de Waudrenecq, et vous remercie de la souvenance que vous avez des moulins à eau , dont je vous ai fait requête. Vous assurant , par la fm de la présente , de la bonne santé de leurs Majestés, et de toute leur royale famille , je prie Dieu, monsieur, qu'il vous conserve en bonne santé.

De Fontainebleau, ce vingt-deuxième jour d'octobre 1607.

Monsieur, comme je voulois signer la présente, nous avons su que l'on a envoyé demander à ces messieurs un passe-port pour l'audiencier et le moine ; et comme nous ne doutons pas qu'il ne leur ait été envoyé, nous espérons aussi que vous nous en ferez savoir des nouvelles bientôt. Mais nous n'avons pas reçu autre éclaircissement de cette ratification , sinon que Ton dit que le secrétaire du marquis a apporté de quoi contenter ces messieurs. Je vous envoie une liste de ce que l'on publie qu'a apporté la flotte d'Espagne, par laquelle vous apprendrez qu'elle n'est si riche que les précédentes. Nous avons su aussi que les galères florentines ont été plus maltraitées à Bonne que les Florentins ne publient , car les Turcs se sont fort défendus; de façon que toute la ville n'a été prise, et toutefois plusieurs esclaves , avec perte néanmoins de deux cents hommes de plus. Votre, etc., db Nbufviile.

Lettre de M. Jeannin à M, de Villeroy^ du vingt-quatrième jour d'octobre 1607.

Monsieur, rien n'est survenu dont je vous puisse donner avis depuis mes dernières lettres; car le Ck)rdelier et M. Yerreiken ne sont encore arrivés, combien que le trompette qui leur a porté le passe-port soit parti de ce lieu , sont déjà neuf jours : on les attend pour demain ou aprèsdemain. Le sieur Barneveldt a pressé les députés

du roi d'Angleterre, depuis huit jours, de vouloir entendre dès maintenant à une ligue défensive ; mais ils persistent toujours qu'il faut attendre les députés des archiducs, ouïr leur proposition, voir ce qu'ils apporteront , et la résolution qui sera prise par les Etats, soit de paix ou de guerre, pour , suivant cela , prendre conseil , montrant néanmoins d'y être bien disposés. Ledit Barneveldt en a aussi parlé aux députés des Provinces, leur faisant entendre qu'il étoit expédient de nous en prier , et d'y prendre résolution avant la venue même des députés des archiducs. Ils l'approuvent, et ont dit qu'il le falloit faire avant qu'entrer en aucun traité, mais non avant la venue desdits députés, qui devoit être si prompte, qu'il n'y auroit assez de loisir pour le faire : a encore été trouvé bon , si les députés d'Angleterre veulent différer, lors de le faire sans eux, leur laissant place pour y entrer dans un certain temps si bon leur semble ; en quoi je ne vois aucun inconvénient , pourvu que les choses tendent à la paix : mais si c'est à la guerre, il y a la même crainte d'être seul à supporter les charges d'icelle, dont je vous ai si souvent écrit. C'est pourquoi, au premier cas, je presserai, et en l'autre j'attendrai qu'eux , qui en auront le plus grand besoin , nous pressent. Enfin , plus nous approchons de la conclusion, plus nous connoissons que les Anglais craignent d'entrer en conférence particulière avec nous, et qu'ils en veulent être quittes, s'ils peuvent, pour des paroles, encore qu'ils aient dit au sieur Barne-. veldt, depuis peu de jours, que leur Roi ne les veut laisser périr , mais que la guerre ouverte est le seul moyen de les conserver; à quoi ils s'assurent que leur maître sera moins rétif que le Roi.

Je vous écris ce mot par la commodité du sieur de Waudrenecq, qui m'en a prié pour presser l'argent, me mandant qu'il avoit déjà envoyé à Rouen , et qu'on lui a écrit que le commandement n'étoit encore fait de le délivrer. Je vous supplie très-humblement, monsieur, qu'il ne soit plus différé s'il vous plait ; car le besoin en est si grand ici, que s'il retarde encore, tout ira en confusion, et les affections de ces peuples envers le Roi , lesquels penseront qu'on les veut contraindre par cette nécessité, en amoindriront. On dit toujours que l'Empereur doit envoyer une ambassade fort solennelle aux archiducs et aux Etats pour la paix; mais il n'y en a aucune certitude, ni aussi de ceux qu'on dit devoir être envoyés aux Etats de la part de quelques princes de la religion. Vous n'aurez que ce mot pour maintenant. Je prie Dieu qu'il vous maintienne, monsieur, en tout heur et prospérité.

DU PBESIDENT JEANNIN.

De La Haye, ce vingt*qaatrième jour d'octobre 1607.

Votre très-humble et très-affectionné serviteur, P. Jeannin.

Propos tenus en rassemblée des Etats par le tommissaire des Cordeliers, et le sieur Verreiken, le vingt-cinquième octobre 1607.

(le cobdelieb pable.)

.Nobles et puissans seigneurs , comme entre antres choses traitées entre leurs altesses et vos seigneuries en ce présent traité de paix, étoit aossi conclu que leurs altesses, en temps dâ , enwrroient à vos seigneuries Tagréation , et aussi consentement de sa majesté d'Espagne, en tant qulcelui traité le touche , il a plu à leurs altesses de m'envoyer en personne à Sa Majesté, comme étant celui par lequel le traité de paix de leur eùté étoit premièrement traité, et par ce moyen devoit avoir connoissance de ce qui s'étoit passé, eofnbien que , selon diverses opinions et inclinations, diversement pou voit être informé vrailUQt, et plus près de tout ce qui s'étoit passé i&stniire : ce que , étant arrivé par ia grâce de ^ à Madrid , ai fait avec toute diligence et fiddité, remontrant, entre autres choses, à Sa ^jfisté la sincérité droite et point simulée pro- ^)8elon mon jugement, de vos seigneuries ffi ce traité de paix, en outre la constitution et 902£té de votre Etat , lequel presse leurs altesses tt divers points , pour pouvoir une fois voir les proTioces des Pays-Bas, respectivement, après vu si longue et sanglante guerre, en une divine ^sdhitaire paix , de condescendre et s'accommoder avec ieelle en toute raison. Sa Majesté royale, ^pres avoir été du tout pleinement informée , ^ant singulière satisfaction , après mûre déli- ^ration , et avis de ceux de son conseil d'Etat , œ qui sert notamment aux deux parties, pour i'assurance , fermeté et durée de la paix , encore ^ Sa Majesté vienne à mourir, vu qu'on est <Bûrtel , autrement on pourroit craindre quelques ÎQconvéniens , fait dépécher et envoyer l'agréa- ^ promise. De sorte qu'elle, étant maintenant ^D tous ses membres accomplie , en tant que tt)iiche le plus substantiel et principal, nous vient ^forme à l'exemplaire envoyé par vos seigneuries,

£t d'autant qu'à Dieu tout-puissant est no- ^re ma sincère intention en ce traité de paix, j? déclare avoir laissé sa royale Majesté vraiment ^tsingaUèreroent affectionnée au traité de paix , POV) par le moyen d'icelui, voir délivrer les ^ays-Bas des misères de la guerre; procédant à <^ fin en toute rondeur et sincérité, comme

vos seigneuries pourront voir par la forme de l'agréation par elle envoyée; s'expllquant soimême , et y donnant à entendre la pure et sincère intention de ses point simulées procédures , rien plus en icelle , promettant ni plus avant s'obligeant que ce qu'effectuellement en veut entretenir et faire entretenir ; ce qu'elle ne feroit, si elle y alloit par finesse ou tromperie, mais nuement avoueroit l'agréation comme est demandé, sans autre explication; mais ainsi qu'elle va ti la bonne foi, elle a dès à cette heure déclaré sa dernière volonté , pour éviter ce qui pourroit être quelque jour débattu , comme vos seigneuries pourront voir plus amplement par icelle , que le sieur audiencier leur remontrera.

Propos tenus en ladite assemblée par le sieur audiencier Verreiken^ en suite de ceux du Cordelier,

Nobles et puissans seigneurs, il n'est nullement de besoin que je mette en avant , et récite à vos seigneuries la bonne et sincère opinion et intention de leurs altesses, ni aussi la singulière inclination et désir qu'icelles ont, afin que ce commencé traité puisse réussir à une bonne et salutaire fin , et cette longue et sanglante guerre se changer en une assurée et heureuse paix ; vu que vos seigneuries mêmes ont pu juger par toutes les actions et procédures de leurs altesses, dès le commencement jusqu'à cette hem*e , combien libéralement, sincèrement et rondement leurs altesses se sont accommodées à tout ce que vos seigneuries ont demandé, et prétendu pour y parvenir, n'ayant point seulement à vos seigneuries accordé et fait délivrer les désirés actes d'agréation et déclaration , mais aussi procuré et tenu la bonne main que Sa Majesté y est de même tant volontairement entrée, bien qu'au commencement n'en étoit point fait mention de la part de vos seigneuries.

De sorte que, tout ainsi que mon révérend père, le père commissaire général a déclaré à vos seigneuries, ledit acte de ratiflcatlon de Sa Majesté est i>:i par nous apporté, et dont nous avons fait écrire une copie authentique , laquelle, s'il plaft à vos seigneuries , pourra être ici coUationnée à son original. Il est bien vrai que cette ratification n'est expédiée ni en latin , ni en français, comme vos seigneuries avoient demandé, mais en espagnol , et en telle forme et style dont Sa M^esté se sert et use avec tous les rois, potentats et républiques de la chrétienté. Et pour vous dire la vérité , il a semblé étrange qu'on voudroit faire changer à un si grand et puissant Roi son style , comme étant contraire à toute raison et équité , de tant plus que Sa Majesté est

idft

contente du dtyle dont vos seigneuries, et chacun en son regard, se sert, espérant, par ce, que !e tout sera au plein contentement de vos seigneuries. Je requiers quMcelles veuillent considérer le tout de bon œil , et recevoir d'aussi bon cœur, comme étant les siens, et l'intention de Sa Majesté et celle de leurs altesses , fondées en toute rondeur et sincérité , comme vos seigneuries verront et trouveront toujours de plus en plus par les œuvres. Verbeikeft.

Copi^ de la ratification d'Espagne , translatée d^ espagnol en français.

Dom Philippe, par la grâce de Dieu, roi de Gastille, de Léon, d'Arragon, des Deux-Siciles, de Jérusalem, de Portugal, de Navarre, de Grenade, de Tolède, de Valence, de Galice, de Majorque , de Séville , de Sardaigne, de Gordoue, de Gorsege , de Murcie, de Jaen, des Algarves, de Algecar, de Gibraltar, des lies de Canaries , des Indes orientales et occidentales , tles et terre-ferme de la mer Océane, archiduc d'Autriche, duc de Bourgogne, de Milan, comte de Habsbourg, de Tyrol et de Barcelone, sieur de Biscaye et de Molina , etc. Savoir feisons à tous ceux qui ces présentes lettres verront : Qu'ayant vu la déclaration , offres et présentations des sérénissimes archiducs Albert et dame Isabella Glara Eugénia , nos très-chers et trèsamés frères , faites aux Etats-Généraux des provinces-unies des Pays-Bas , ensemble les lettres d'obligation là-dessus, d'entre lesdits archiducs d'une part, et lesdits Etats d'autre, sous leurs signatures et grand scel, confirmées le 24 d'avril dernièrement passé , dont la teneur est celle qui ensuit :

Gomme ainsi soit que les archiducs ont trouvé bon de foire aux Etats-Généraux des provincesunies des Pays-Bas la déclaration , offres et présentation suivantes, les archiducs n'ayant rien plus à cœur que de voir les Pays-Bas, et les bons habitans d'iceux délivrés des misères de cette guerre, déclarent par cette , avec bonne délibération , qu'ils sont contens de traiter avec les Etats-Généraux des Provinces-Unies, en qualité, et comme les tenant pour pays, provinces et Etats libres , sur lesquels leurs altesses ne prétendent rien, soit par voie d'une paix perpétuelle, que par la trêve et suspension d'armes pour douze, quinze ou vingt ans , au choix desdits Etats , le tout sur des conditions raisonnables. Entre lesquelles conditions sera aussi accordé, tant par la conclusion d'une paix perpétuelle que par la trêve et suspension d'armes, que chacun demeurera avec ce qu'il tient et posiëde; ne fAt ^^e {»ar un eonuouii consentement

autrement se pourroit accorder et conclure, pour accommoder leurs altesses et les Etats ensemble , les pays respectivement , par l'échange d'aucunes villes et places ; comme de même , sur l'ordre et assurance de la commune navigation , trafic et fréquentation avec ce qui en dépend , ensemble de l'intervention , agrëation et maintiennement de ce qui sera conclu.

Et ayant leurs altesses mûrement considéré la constitution et état des Provinces-Unies, et voulant traiter avec icelles sincèrement et sans fraude , et laisser aUxdits Etats du temps pour considérer et résoudre ce qui convient le plus pour le bien commun , sont contens que les personnes qu'icelles députeront pour ledit traité, naturels de ces Pays-Bas, s'assembleront avec ceux desdits Etats en nombre égal au temps et place à choisir par lesdits Etats. Et , afin que ce que dit est ci-dessus se puisse tant mieux acheminer, soit à une paix perpétuelle ou à ladite trêve , sont leurs dites altesses contentes que , pour les prochains huit mois , il y ait une cessation de tous sièges ou surprises de villes et forteresses , invasions et logemens es provinces ou quartiers, avec le bâtiment d'aucuns nouveaux forts, moyennant que lesdits Etats accorderont aussi de leur part ladite provisionnelle cessation, et dans les huit Jours après la présentation de cettes, et qu'ils feront à leurs altesses, devant le premier de septembre prochain, leur déclaration sur ledit traité principal qui leur est offert de paix, trêve ou suspension d'armes, avec le temps et place à choisir eux pour cet effet.

Fait à Bruxelles, sous les signatures et cachet de leurs altesses, le 13 de mars 1607, étant parafé, RiCHABDOT) et signé, âlbebt et Isabella.

Et plus bas contre-signe , par ordonnance de leurs altesses, YebbeikbN) et cacheté du cachet de leurs altesses.

Et lesdits Etats-Généraux en qualité d'Etats des pays et provinces libres, sur lesquels leurs altesses ne prétendent rien ; aussi ne désirant de tout leur cœur rien plus que d'entendre à une chrétienne, honorable et assurée sortie et délivrance des misères de cette guerre, après mûre délibération , et avec l'avis de son excellence et conseil d'Etat, ayant accepté ladite déclaration que leursdites altesses tiennent les Provinces- Unies pour pays libres , sur lesquels leurs altesses ne prétendent rien ; et pour huit mois prochainement venant, à commencer le quatrièn^e mai de cet an, nouveau style, la cessation de tous sièges et surprises de villes ou forteresses, invasions ou logemens es provinces ou quartiers, ensemble le bâtiment de nouveaux forts ^ et

BU PAéStDlSNt IBANNIN.

\mit M de eommotii^er et rapporter ledditd oltérieors offices et présentations de leurs altesses; et là-dessus leur déclaration devant le premier de Septembre prochain ; si est que leursdit» altesses d'une part, et les Etats-Généraux des Piovinees-Unies, en la qualité que dit est cidfisus, d'antre part, ont dé bonnb foi promis et promettent par eettes d'entretenir et faire entretaiir ladite déclaration et proYisionnelle cessation; comme aussi de réparer et ftdre réparer toutes les directes et indirectes contraventions dleelles. Et promettent de plus leursdites altesses de livrer auxdits sieurs Etats, et dans les trois mois prochains, agréation et semblable dértaration du roi d'Espagne , pour autant qu'icelle tonehe à Sa Majesté , sous toutes générales etparUcnlières renonciations et obligations. En témoin sont faites de ceci deux lettres d'une iDême teneur^ vérifiées par leurs altesses, avec l<!Qrs signatures et grand scel , ensemble avec pv&fes accoutumés, et la signature de leur greffier.

Fût à Bruxelles et en La Haye, le vlngt- (oitrième jour du mois d'avril 1607.

An bas du côté droit étoit écrit : J'ai signé ntteieomme député de leurs altesses, sous le Wflalsir d'icelles ; et signé Fb. Jean Neyen , nmiBiaaire général; et du côté gauche. J'ai si!» eettes comme député des sieurs Etats ^liijminces- unies des Pays-Bas, et signé, ittsns.

£t d'autant que par ledit traité, lesdits séré-

fitsëes archiducs nos frères ont promis de dé-

'm là-dessus nos lettres de ratification , et

K&tbiable déclaration avec toutes les générales

^particnlières renonciations et obligations que

^cisie requiert, nous avons, après mûre déli-

b»ation et avis de notre conseil , de notre cer-

^ science et puissance royale absolue, pour

l'accomplissement de ladite promesse et assu-

nnce du traité principal de la paix ou longue

trére, fait et faisons, par la présente auxdits

^, déclaration semblable à celle que nosdits

fnres ont foite, dont ci-dessus est fait mention,

V^ antant que la chose nous touche. Et prin-

opalement déclarons que nous sommes contens

1Q>o notre nbm et de notre part l'on traite avec

'^its Etats en qualité , et comme teqant iceux

pwr pays, provinces et Etats libres, sur lesquels

<^s ne préteodons rien.

Aussi nous avons loué, approuvé, confirmé et ^flé, conmiepar la présente nous louons, apl^vons, confirmons et ratifions tous et chacuns lei points contenus audit traité; promettant en f<n et parole de Roi de les entretenir , garder et faire garder et accomplir tous entièrement et

ponctuellement, eommesi, dès le tommencement, nous les eussions nous-mêmes déclarés , consentis et promis , et conmie s'ils eussent été traités et conclus avec notre intervention et autorité; et ne ferons ni ne consentirons Jamais chose au contraire; et promettons de même de réparer et faire réparer toutes directes ou indirectes contraventions d'iceux, de manière que tout ce que dessus soit de bonne fol gardé et accompli auxdits Etats. A quoi nous nous obligeons en parole de Roi , avec toutes les générales et particulières renonciations et obligations qui conviennent et sont nécessaires. Aussi nous promettons que dès incontinent que sera conclu le traité de paix ou longue trêve, nous feroils fiiire toutes les dépêches nécessaires pour l'accomplissement et exécution de ce qui aura été traité et capitulé en plus ample forme, de sorte qu'en tout et par tout se donne pleine et entière satisfaction auxdites Provinces-Unies. Mais nous déclarons que si le traité principal de paix ou trêve longue de plusieurs années, auquel se proposeront et résoudront les prétentions des ambassadeurs des deux parties, tant en matière de religion que tout le surplus, ne se conclue, cette ratification devra être, et ne sera d'aucune valeur et effet, comme si onques elle n'eût été faite, et qu'en vertu d'icelle ne sera vu que nous perdions un seul point de notre droit, ni l'acquerront ni le pourront acquérir lesdites Provinces-Unies : sinon les choses demeureront, quant au droit des deux parties, au même peint et état qu'elles sont présentement, pour pouvoir chacune d'icelles faire ce que bon lui semblera. Pour confirmation et corrol>oration de quoi avons fait dépêcher la présente, signée de notre main, et scellée avec notre grand scel, et contre-signée de notre secrétaire d'Etat souscrit.

Donné À Madrid, le 18 de septembre l'an 1607. lo el Rey.

Et plus bas, par ordonnance du Roi notre Sire, et signé Andres de Pbaba; et scellé du grand scel de Sa Majesté en forme de placart avec un cordon de soie blanche, rouge et jaune.

Avis des ambassadeurs de France et d'Angleterre donné aux Etals, sur l'acceptation de la ratijication.

Les ambassadeurs des rois très-chrétien et de la Grande-Bretagne, ayant été priés et requis de la part de messieurs les Etats de leur vouloir donner avis, tant sur la proposition faite en leur assemblée par les sieurs députés des archiducs, que sur la ratification du roi d'Espagne qui leur a été communiquée, ont dit et déclaré avoir charge de leurs Miyestés d'aider en tout ce qui

HBOOCIATIONS

leur sera possible à ravaneement de la paix; ainsi ne peuvent donner autre conseil, sinon que ladite ratification est suffisante pour entrer en traité, et que n'y ayant rien de plus dommageable pour les sieurs les Etats , que de tenir en longueur et irrésolution ce qu'on doit espérer de la paix ou de la guerre, ils se doivent, dès à présent, résoudre du lieu et du jour pour y procéder au plus tôt. Mais, d'autant que leur plus grande sûreté doit dépendre des conditions qui seront insérées en icelui traité, il les faut rendre si raisonnables qu'on ne les puisse justement refuser, comme aussi de la forme d'un bon gouvernement qu'ils pourront établir entre eux, avec l'appui et assistance des princes, dont ils ont requis l'alliance et amitié. Ils ne sauroient mieux ni plus sagement pourvoir à leurs affaires que de prendre es choses susdites une prompte résolution avant qu'entrer en aucun traité, afm que cette conduite rende la paix plus ferme et durable, s'il plaît à Dieu la leur donner, et, par fee moyen, assurer les esprits de ceux qui montrent d'en avoir quelque défiance ; qui sera le vrai moyen de les faire plus aisément consentir de n'avoir tous ensemble qu'une même volonté de rechercher leur sûreté et le salut commun de leur Etat.

Délibération des Etats sur Vacceptation de la ratification du roi d^Espagne.

Les Etats -Généraux des provinces-unies des Pays-Bas, ayant délibéré sur ce que par les sieurs Jean Neyen, commissaire-général, et Louis Yerreiken, chevalier audiencier des sérénissimes archiducs d'Autriche , et commissaire de leurs altesses, le 25 du mois d'octobre, en leur assemblée a été proposé, et le 26 d'icelui mois délivré par écrit, ensemble sur les exhibées lettres scellées du très-puissant roi d'Espagne , et datées le 18 de septembre dernier, ont après mûre délibération déclaré et déclarent par cettes que lesdites lettres, suivant la ponctuelle démonstration faite auxdits commissaires, ne sont pas non-seulement non conformes aux promesses, au langage et style, mais aussi point quant à la forme de sceller, insertion et obmission de plusieurs mots, même en ce regard que hors la dernière clausule d'icelles , et la proposition dudit sieur commissaire-général , pourroit être inséré ou prétendu annulation de la solennelle promesse y faite; étant irréfragable que lesdits sieurs Roi et archiducs, avec leur conseil , savent bien que les Etats -Généraux, comme étant des pays et provinces libres sur lesquelles lesdits sieurs Roi et archiducs ne prétendent rien , par la gr Ace de

Dieu tout-puissant et l'assistance de leurs alliés, savent très-bien en icelles provinces mettre et entretenir ordre en toutes choses qui toucheront la bonne constitution , bien , Etat et gouvernement d'iceux pays et de leurs habitans, sans qu'il puisse, au principal traité de paix ou trêve de la part desdits Roi et archiducs, être proposé ou prétendu quelque chose, n'est que l'on veuille contrevenir auxdites formelles et solennelles promesses. Et , combien que partant il est considérable si sur lesdites lettres et proposition ou doit venir en traité, ce néanmoins, afin de ne plus long-temps laisser retarder le proposé bon œuvre entamé pour tirer les Provinces-Unies hors de cette longue et sanglante guerre , à une chrétienne, honorable et assurée paix, les Etats- Généraux recevront lesdites lettres, pour, autant que touche l'agréation de la promesse des archiducs et semblable déclaration du roi d*£spagne, par laquelle il est contenu qu'en son nom et de sa part on traitera de ladite paix ou trêve pour plusieurs années avec les Etats-Généraux des Provinces-Unies, en qualité et comme tenant iceux pour pays, provinces et Etats libres sur lesquels il ne prétend rien , sous toutes générales et particulières renonciations et obligations qui sont nécessaires et requises,propo6er es respectives provinces, quartiers, membres et Avilies d'icelles; et en dedans six semaines prochaines, feront savoir auxdits commissaires, sll convient là-dessus entrer en traité ou point, sous expresse protestation de ni présentement ni pour l'avenir pouvoir accepter aucun point desdites lettres , qui directement ou indirectement, en aucune manière, pourroit être entendu ou interprété contre ladite agréation ou déclaration, ensemble les promesses des archiducs. Et en cas qu'il pourra être trouvé bon de venir en traité sur ladite agréation et déclaration , ou telles autres lettres d'agréation et semblable déclaration du roi d'Espagne , qui entre temps pourront être envoyées d'Espagne, et délivrées selon la promesse auxdits Etats, ont les Etats ferme confiance qu'il ne sera proposé ou prétendu de la part du roi d'Espagne ni desdits sieurs archiducs contre lesdites promesses, aucun point touchant la bonne constitution, bien , Etat ou le gouvernement des Provinces- Unies ou de leurs habitans dedans icelles provinces, et que leurs altesses trouveront bon d'envoyer à La Haye leurs commissaires qualifiés suivant les originelles offres en dedans dix jours après la réception dudit avertissement, pleinement instruits, chargés et autorisés pour déclarer rondement leur intention, et aussi d'entendre l'intention des Etato , afin de faire sur le tout une courte besogne. Et en cet événement

DU PHlSSIB^NT JtiÀNNIK.

iSd

^mmettront anssi les Etats aucuns de leur côté avec semblable charge et autorisation.

Ainsi fait en l'assemblée desdits sieurs Etats- Généraux, à La Haye, ce 2 novembre 1607.

Signé, par ordonnance des Etats-Généraux des Provinces-Unies , Aebsens.

IMre de messieurs Jeannin et Russy, au Roi, du 27 octobre 1607.

SiBB,

La ratification du roi d'Espagne a été apportée par le Gordelier et le sieur Verreiken , qui arrivèrent en ce lieu le vingt-quatrième, sur rentrée de la nuit. Ils furent ouïs le lendemain vingt-cinquième en rassemblée des Etats , sur les onze heures du matin. Le Gordelier porta la parole , et s'étendit bien fort pour leur faire con- Doître la sincérité et bonne intention du roi d'Espagne à désirer et vouloir la paix , et qu'outre ladite ratification de ce qui a été fait du passé, il confirmeroit et approuveroit sans doute tout ce qui seroit conclu et arrêté avec eux par les archiducs auxquels il avoit envoyé ample pouvoir de traiter, tant en leurs noms qu'au sien. Ledit sieur Verreiken parla aussi après lui sur ce même sujet; y ajouta ce qui étoit de l'intention et bonne volonté des archiducs , puis présenta la ratification en langage espagnol, qui fut vue , lue et conférée exactement avec deux traductions , l'une en français , l'autre en flamand , que ledit sieur Verreiken leur doupa à Tinstant, avec la copie de celle qui étoit écrite en espagnol ; lesdites copies signées par lui, retenant à soi Toriginal. La réponse des Etats fut en termes généraux, qu'ils délibéreroient tant sur leur proposition que ratification. A la sortie de ladite assemblée , ils nous envoyèrent prier de lear donner heure pour conférer le même jour avec nous et les députés d'Angleterre sur ce sujet. Ils vinrent en notre logis au nombre de sept, sar les quatre heures après midi, nous firent récit par la voix de M de Barneveldt, l'un d'iceux, de tout ce que dessus , nous montrèrent aussi la copie de ladite ratification en langage espagnol , et la traduction en français lues et soigneusement considérées. La fin fut qu'ils nous prioient de leur vouloir donner avis de ce qu'ils auroient à faire, y i\joutèrent encore qu'ils étoient en quelqae défiance que le roi d'Espagne n'eût plutôt envie de tirer artificiellement les choses en k>Qgneur , et de se préparer à la guerre pour les surprendre par cette feinte de vouloir la paix , qu'intention de la rechercher et conclure en effet ; et qu'à cette occasion ils estimeroient fort à propos de faire encore à présent la ligue du moins défensive , dont ils nous avoient prié et requis

par leur précédente proposition ^ comme un moyen propre pour l'exciter de prendre ce conseil à bon escient, ou de se défendre vigoureuse^ ment contre lui , s'ils étoient contraints de demeurer en guerre. Nous remîmes à leur faire réponse au lendemain, et ne laissâmes pourtant après leur départ de conférer quelque temps ensemble les députés d'Angleterre et nous.

Puis le lendemain 26 , sur les dix heures du matin, l'avis qu'avions pris a été encore que cette ratification soit en forme de placart et en langage espagnol , signé yo el Rey; qu'étant en substance du tout conforme à la minute qui fut donnée audit sieur Verreiken de la part des Etats, elle étoit suffisante pour entrer en confé-> rence et traité avec les députés des archiducs , attendu même que le roi d'Espagne promettoit encore par icelle de ratifier tout ce que les archiducs feroient avec eux , et que le plutôt seroit le meilleur , n'y ayant rien pis pour eux que de demeurer long-temps en incertitude de paix ou de guerre ; mais que nous jugions aussi h propos et du tout nécessaire qu'ils aient à délibérer entre eux , et résoudre mûrement , sans aucune remise , du moins avant qu'entrer en cette conférence, de trois choses. La première, quelles doivent être les conditions de ladite paix, et les demander si raisonnables qu'on ne les puisse justement refuser, afin qu'ils s'y arrêtent et n'en quittent rien; la seconde, d'établir un bon gouvernement parmi eux; et la troisième, de faire les alliances et traités qu'eux-mêmes jugent nécessaires, et dont ils nous ont requis, pour assurer ladite paix et la rendre durable. Cette ouverture ayant été faite par nous aux députés d'Angleterre , après quelques difficultés et légères contestations sur ce qu'ils disoient qu'on se devoit contenter de dire qu'il faut traiter, fut enfin approuvée et donnée par écrit aux députés des Etats, selon la copie qu'envoyons à votre Majesté. Nous fûmes encore en quelque dispute, lesdits sieurs députés d'Angleterre et nous , touchant la ligue requise par les Etats; car nous leur voulûmes persuader qu'il étoit expédient de la faire, et qu'on y pourrolt procéder secrètement avec un certain nombre de députés; quand même elle seroit sue, qu'elle seroit plutôt cause d'avancer la paix que de la reculer; et qu'elle tiendi*oit pareillement en crainte le roi d'Espagne , et l'empêcheroit d'oser rien entreprendre, soit contre eux ou contre nous. Mais ils le rejetèrent pour les mêmes raisons qu'avons souvent écrites, et qui seroit assez à temps de la faire après la paix rompue ; et que les Etats se dévoient cependant contenter de l'assurance que leur avions donnée ensemblement , que si la guerre conti*

KàûOdUTtûNd

nuoit, nos matti^ed ne les abandonneroient point , mais pourvoiraient à leur assurance , fût par un secours ou autrement , en sorte qu'ils serqient hors de péril. A quoi leur fut répondu que l'avions à la vérité ainsi dit et déclaré aux députés des Etats , par notre réponse a leur précédente proposition ; qu'elle avoit même été lue à leur assemblée ; mais qu'ils n'en avaient rien du tout par écrit; et qu'avions même refusé de le donner; que peut-être si nous leur donnions cet acte et déclaration par écrit signée de nous, pour la mettre entre les mains du prince Maurice , du sieur Barneveldt ou d'Aërsens , qu'ils s'en contenteraient, en leur représentant qu'ils sont maintenant en attente, poursuite et grande espérance de paix : ainsi qu'il est mieux et plus convenable de faire une ligue entre les deux rois et les Etats pour la conservation de ladite paix , et la défense mutuelle de leurs. Etats, laquelle oq pourra concevoir de façon qu'on Jugerait ladite alliance et ligue avoir plutôt été faite pour exciter ceux qui rejettent ladite paix, et craignent qu'elle ne soit assurée , à la désirer et trouver bonne , que pour autre considération. Ce qu'ils ont aussi montré de trouver bon.

S'ils continuent en ce propos , ils engageront aucunement leur maître , au cas que la guerre continue , et seront de la ligue pour la paix , qui est celle que nous pourchassons maintenant, que les Etats recherchent et désirent, comme ils feront sans doute en quelque temps que ce soit. Le même jour vingt-sixième, sur les quatre heures du soir, nous avons dit et donné par écrit, aux députés des Etats venus en notre logis à cet effet , la réponse susdite, dont ils se sont contentés; mais nous ont remontré qu'il y avoit une clause en ladite ratification qu'ils ne pouvoient approuver, en ce qu'elle faisoit mention de la religion, et qu'il sembloit le roi d'Espagne les vouloir forcer à consentir, par traité, que la religion catholique soit rétablie dans leur P^ys; qu'étant libres et souverains, comme il lesreconnol^, ce n'est à lui de s'en mêler ; et qu'ils prévoient cette clause devoir apporter de la difficulté, et peut-être faire rejeter du tout cette ratification. Nous leur avons remontré , sur ce , qu'ils ne le dévoient faire ; et s'ils considéroient bien en quels termes elle est conçue , que c'est seulement une demande qu'il leur pourra faire, et qu'il n'est raisonnable qu'ils lui ferment la bouche et l'empêchent ^e proposer ce que bon lui semblera. Mais ils ne sont pourtant obligés d'y acquiescer , et qu'à la vérité il seroit plus expédi^pt q^'ils fassent cette grâce eux-mêmes aux catholiques pqur les obliger à leur en savoir gré ^ue ^e |e {pettre au ^aité , pu tfje^ qu'ils l'^p-

cordent à la prière et tetûùnirahcé 4la« vatfâ Majesté nous a donné charge de leur en faire, tant pour le devoir qu'elle a comme prince catholique, et désireux de l'augmentation de la religion dont il fait profession , que pource qu'il croit ce conseil leur devoir être utile ; et toutefois, pour ne donner quelque sujet de division entre eux, elle nous avoit commandé de différer à leur en parler jusques après la paix faite. Mais si cette difficulté se remuoit à présent , et qu'on voulût sur ce prétexte rejeter ladite ratification et s'abstenir de traiter , que nous avancerions le temps , et leur ferions la même remontrance dèf aujourd'hui. Ils se sont encore fissemblés Is vingt-septième pour délibérer sur ce scyet; mais, à cause de l'importance d'icelui, ils l'ont remis, et n'en traiteront de deux ou trois jours. C'est pourquoi nous avons estimé devoir faire partir promptement cette dépêche par ce gentilhomme que M. le comte Henry envoie à madame la princesse d'Orange. Nous enverrons, après, homme exprès, s'il est besoin, pour avertir votre Majesté de tout ce qui aviendra , et de ce qu'aurons fi^t; aussi nous cgouterons encore à ceci , qu'ayant vu ladite ratification et oui les députés des Etats , le président Jeannin fit prier M. le comte Guillaume de prendre la peine de venir en son logis , et l'excuser s'il n'ailoit lui-méoie chez lui le trouver, pource que les députés d'Angleterre et nous avions résolu de voir M. le prince Maurice et lui ensemble , a. vaut que donner notre avis aux Etats, et que ledit sieur Jeannin craignoit de les mettre en jaloqsie s'il y alloit seul. Y étant venu, il lui tint plusieurs propoaf pour persuader le prince Maurice qu'il se devolt mieux réunir avec les Etats qu'il n'avoit fait du passé , et considérer que la ratification étant bonne, il n'y avoit plus de moyen d'empêcher la paix , sinon au cas que le roi d'Espagne fit refiis d'accorder les conditions qui sont requises pour la sûreté d'icelle , et qu'il y aqroit plus de pouvoir en se joignant avec eux , qu'en leur contredisant.

Ledit comte Guillaume dit qu'il le croyoit ainsi, que c'étoit son opinion ; mais que le prince Maurice estimoit, si nous voulions différer notre avis jusqu'à ce que le^ provinces eussent donné le leur , qu'il s'assuroit que aucunes d'icelles seraient d'avis de r^'eter cette ratification même , à cause de la clause qui concerne la religion qui y est insérée. A quoi le président Jeannin lui répondit que cela tiendrait plutôt à les diviser, et brouiller ensemble, (font l'enpemi tlreroit profit , qu'à leur faire pren^r^ un mêo^e i^vis de rejeter la paix , et que votre Miyesté , qui jugeait l^ien telle division 4evQif étro pause de hm

Dtt PBESIDÊNÏ JBiNNlI^.

foîne, DôQs avolt donné chaT'ge de Tempécher de tout notre pouvoir ; d'ailleurs qu'elle ne favoriseroit jamais la rupture, si elle avenoit à cause de la religion. Au contraire elle désiroit la même chose, pour le contentement des catholiques , et adhéroit plutôt à cette demande que de s'y opposer. Bien jugeoit-elle que les Etats feroient sagement d'y pourvoir eux-mêmes et non à la réquisition du roi d'Espagqe; qu'il falloit aussi considérer ladite rupture avenant à cette occasion ; que le roi d'Espagne prétendoit en faire profit à Rome, et partout au préjudice de votre Majesté , comme si elle avoit fomenté et aidé à faire ce refus , et les secourant après , qui seroit UD sujet ou bien prétexte de le brouiller , du moins de le rendre odieux parmi les catholiques. Quant à différer à donner notre avis , que nous ne le pouvions faire sans blâme; car nous nous étions plaints quelquefois de ce que les Etats délibéroient , puis nous demandoient conseil par manière d'acquit, les choses n'étant plus en leur entier pour y avoir égard, et qu'ils le faisoient à présent à temps , et pour l'importance de l'affaire, afin que les provinces en étant averties y défèrent et le suivent , et soient par ce moyen tenues en union. Le comte Guillaume , qui est sage et d un jugement sain et sans passion , confessa tout ce que dessus être vrai , l'a dit au prince Maurice , que fûmes voir ensemble , les députés d'Angleterre et nous, le même jour , lequel, après quelques légères contestations sur ce qui lui fut représenté de notre avis, montra plutôt de ne le vouloir contredire que d'être vaincu en effet. Si ne fera-t-il rien mal à propos, étant trop plein de respect envers votre Majesté. Elle Terra le surplus par la dépêche qui suivra bientôt celle-ci. Et sur ce prierons Dieu, Sire, qu'il conserve votre Majesté et sa royale famille en tout heur et prospérité.

De La Haye, ce vingt-septième octobre 1607.

Vos très-humbles et très-obéissans sujets et serviteurs, P. Jeannin et Russv.

Lettre de M. Jeannin àM.de La Boderie, du pénultième octobre 1607.

Monsieur, vous avez été long-temps sans avoir de nos nouvelles, fors ce que vous ai écrit depois dix jours par la voie de Zélande. M. de Waudrenecq qui demeure à Roterdam , m'a promis vous faire tenir celle-ci, et toutes autres que vous voudrai adresser fort sûrement. Je vous al averti que messieurs les députés d'Angleterre et nous nous sommes bien accordés tant que les affaires ont été sur les discours généraux, et qu'on ai a été quitte pour donner dje bonnes paroles; maintenant au'on vient au particulier, et que les

Etats nous pressent p0Ut uHe secrète ligpe, $ol( pour assurer la paix au cas qu'elle se fasse, ou pour continuer la guerre si la paix est rompue, ils montrent d'accorder la première, et y apportent encore de la longueur et des re|nises que nous souffririons aussi bien qu'eux , si les Etats ne nous demandoient rien cependant : mais 11^ sont tous les jours à demander de l'argent, dont ils ont très-grand besoin, et le Roi ne veut plu9 mettre la main à la bourse, si avant la paix conclue ils ne font ce traité , ayant pris ce soupçoQ dès long-temps que le roi d'Espagne et les archiducs voudront apposer des conditions en traitant qui ôteront aux Etats la liberté de le pouvoir faire. Je sais bien à la vérité qu'ils le désireront, et en feront poursuite; mais je suis bien assuré que le^ Etats, qui voient bien la paix ne pouvoir être assurée sans lé Roi , n'y condescendront jamais. Et néanmoins, pour contenter Sa Majesté, je presse celle-ci en cas de paix. Les Etats la demandent eux-mêmes. Les députés d'Angleterre montrent de l'approuver, mais y apportent toujours quelques longueurs. Et quant à l'autre, si la guerre continue , ils la rejettent du tout , et disent qu'il n'en faut parler sinon lorsque la paix sera rompue du tout, et assurent les Etats, eu paroles fort expresses, que leur Roi ne les abandonnera point, et n'y a rien qu'il ne mette en hasard pour empêcher qu'ils ne retombent sous la puissance d'Espagne et des archiducs. Nous ne pressons non plus qu'eux cette dernière ligue, pource que nous sommes fort assurés que les Etats ne s'en peuvent passer, la rechercheront en tout temps, et qu'il y a beaucoup à penser pour le Roi avant que s'y résoudre, encore que je le voie disposé de le faire , si le roi d'Angleterre veut êtrp de la partie , ce que je ne m'ose promettre.

Le Gordelier et le sieur Verreiken sont ici dès le 24 de ce mois sur le soir. Ils ont apporté unp ratification qui nous a semblé bonne et suffisant^ pour entrer en conférence et traité ; et avons ensemblement lesdits sieurs dé^putés d'Angleterre et nous donné cet avis à messieurs les Etats qui nous en ont priés et requis. Mais une clause mise en cette ratification, qu'elle sera nulle et comnae non avenue, si les parties ne demeurent respectivement d'accord de leurs prétentions, soit pour la religion ou autres , a mis et MX naître de grandes difficultés parmi eux , non à cause de la clause entière, mais de ce mot de religion; car ils colligent ce que j'estime être vrai, que le rpi d'Espagne veut faire instance, en traitant, de rétablir l'exercice de la religion catholique en cet Etat; et ils disent tous que, pour chose du monde, ils ne le souffriront, et que ce n'est à lui de s'en mêler; qu'étant libres et souverains •

id^

N£GOCIÀttONS

c'est chose qui doit entièrement dépendre d'eux.

Ceux qui désirent la continuation de la guerre ont pris cette occasion pour en joindre beaucoup d'autres avec eux. Les ministres travaillent et n'oublient rien à cet effet, pour persuader à chacun que le roi d'Espagne fait cette demande et la veut obtenir, afin d'obliger les catholiques , et faire un parti dans leur Etat pour y être quelque jour maître. Je leur dis qu'Us ne doivent pas à la vérité accorder les rétablissemens dudit exercice par traité , et à la poursuite du roi d'Espagne , mais qu'ils le doivent faire eux-mêmes , pour obliger les catholiques , ou bien à l'instance et prière du Roi , qui nous a donné charge de les en prier ; mais que c'étoit notre intention de le différer jusques après la paix faite. Toutefois, s'ils vouloient rompre sur ce sujet, que nous serions contraints d'avancer le temps, et de leur &ire cette remontrance dès à présent. La meilleure réponse qu'on fera maintenant aux députés des archiducs , sera de demander six semaines de temps pour consulter les provinces, et savoir d'elles si elles veulent traiter sur cette ratification ou non. On ne peut encore assurer quel sera leur avis; j'estime toutefois qu'ils consentiront d'entrer en conférence et traité, avec charge et condition expresse, dont ils feront un décret, de ne rien accorder au roi d'Espagne pour le fait de la religion ; et j'ai crainte que cela ne serve d'un préjugé contre nous pour la remontrance qu'avons à leur faire sur ce sujet , et prévois encore, si le roi d'Espagne s'opiniâtre là-dessus, que la paix sans doute est rompue, qui est le pis qui sauroit arriver pour le Roi, qui la désire de toute son affection , et n'a rien tant à craindre si elle se rompt, que ce soit sur cette cause ou prétexte de religion , dont le roi d'Espagne essaieroit de faire son profit aux dépens de Sa Majesté, s'il pouvoit. C'est notre soin, et à quoi nous travaillons pour empêcher l'un et l'autre. Vous voyez qu'il s'en faut beaucoup que la paix soit faite. Ces peuples ici ne tiennent aucune mesure en leur désir de paix ou de guerre , et y a beaucoup de peine à se conduire avec eux. L'Empereur doit envoyer des ami)assadeurs aux Etats et d'autres aux archiducs pour favoriser la paix ; mais plutôt à l'avantage de ses parens (comme il est vraisemblable ) que des autres. C'est ce que je vous peux mander. Je vous baise très-humblement les mains, et suis, monsieur, votre bien humble et affectionné serviteur, P. Jeanni».

De La Haye, ce pénultième octobre 1607.

Lettre de M. Jeannin à M. de Berny, dudit jour pénultième octobre 1607.

Monsieur, l'avis que m'aviez donné que le se-

crétaire de Spinola n*avoit apporté la ratification d'Espagne, nous étoit confirmé de tant d'endroits, comme aussi aux ambassadeurs du roi d'Angleterre, que nous le tenions pour véritable. Et néanmoins le père commissaire et M. Verreiken en ont apporté une qui est assez bien, fors qu'il y a un mot de la religion qui met en appréhension les Etats que le roi d'Espagne ne veuille, en traitant , les obliger à permettre l'exercice de la religion catholique; et ceux qui ne veulent la paix se servent des ministres et des consciences de quelques-uns qui pensent ne devoir souffrir cet exercice; et d'autres qu'on tient plus sages, lesquels prétendent que le roi d'Espagne veut par ce moyen faire un parti dans leur Etat , y obligeant les catholiques pour s'en servir aux occasions; en sorte que je crains que les provinces, auxquelles on enverra communiquer cette ratification, ne fassent grande difficulté d'entrer en traité là-dessus. Nous ferons toutefois ce que nous pourrons pour les faire passer outre, comme nous y avons déjà commencé , et rompu les premières dlfilcultés. Mais j'eusse bien désiré qu'on se fût contenté de parler de la religion en traitant , et non plutôt. Nous avons bien cette même charge du Roi, et favoriserons très-volontiers cette demande quand il sera temps. Je prévois bien toutefois qu'à grande peine l'accorderont-ils à l'instance et poursuite du roi d'Espagne , que nous aurons aussi beaucoup de peine de l'obtenir d'eux, et en espère peu.

Nous avons été voir les députés de leurs altesses. Cette première vue s'est passée en complimens; nous les avons assurés de la bonne intention du Roi à vouloir procurer et aider l'avancement de la paix ; et par effet nous y travaillons tous les jours de tout notre pouvoir , ayant déjà donné notre avis sur ce que les Etats nous en avoient prié , et déclaré que ladite ratification nous sembloit être en bonne forme, et assez suffisante pour entrer en conférence et traité , et qu'ils doivent prendre jour et lieu avec les sieurs députés de leurs altesses pour y procéder au plus tôt ; mais la constitution de leur Etat ne permet cette diligence, et faudra encore attendre l'avis des provinces, c'est-à-dire six semaines. Messieurs les députés d'Angleterre et nous n'avons toujours eu qu'un même avis, et avons procédé en toutes choses jusqu'ici en grande union, comme j'espère que ferons encore à l'avenir. J'estime que les députés de leurs altesses s'en pourront retourner dans quatre ou cinq jours, et qu'il leur seroit trop ennuyeux d'attendre ici la fin des six semaines. Si vous apprenez quelque chose qui mérite que m'en donniez avis, je vous supplie bien humblement de le faire. Je vous baise bien

BU PEéSIDENT JÊANNIX.

humUem^t les maiUs, et sais, monsieur, votre bien humble et affectionné serviteur, P. Jeanni^'. De La Haye, ce pénultième octobre 1607.

Lettre du Roi, du 3 de novembre 1607.

Messieurs Jeannin et de Russy, je n*ai reçu vos lettres du 16 du mois passé que le deuxième du présent. J'étois en peine de votre si long silence, de quoi je reconnois maintenant qu'il faut accuser le passage de la mer. Toutefois je comprends, d'un avis que le sieur de Vie m'a donné de la cause d'un tel retardement, qu'il a opinion qu^il ait procédé de l'artifice de celui auquel vous avez confié l'envoi de vos paquets ; mais je ne le puis croire, parce que je ne remarque point qu'il ait dû en espérer et tirer avantage. Néanmoins j'ai estimé devoir vous mander son soupçon, afin que vous y preniez garde. Plus je considère la conduite des Anglais, plus j'entre en méfiance de leurs volontés, quand Us soutiennent imprudemment que leur ambassadeur ne m'a fait , et âmes ministres, la déclaration qui a été écrite an président Jeannin , toucbant Targent qui est dû au roi d'Angleterre. Il faut que ceux qui sont par delà soient bien trompés et mal informés des choses, ou soient malins et effrontés, car nous TOUS avons mandé la vérité : toutefois je crois que c'est sagesse que de ne s'opiniâtrer avec eux, et se contenter de profiter de leur dissimulation et ef&onterie. Ils n'ont volonté quelconque, en eas de guerre, de faire ce qu'ils ont dit au prince Maurice : aussi se gouvernent-ils de façon en leur pays, et affaires domestiques, que nous connoissons clairement qu'ils n'ont pouvoir ni courage de prendre et effectuer un tel conseil ; mais leur désir et dessein seroit de m'y engager , et en tout cas repaître les Etats de belles paroles. J'approuve et loue ce que vous avez projeté de répondre , au cas que lesdits Anglais fassent sonner cette retraite, pour les bonnes raisons que vous m'avez représentées; car je persiste en ma première délibération, à savoir, de ne porter seul les frais de la guerre , roéinement inutilement comme du passé, ni d'être auteur de la continuation de la guerre, en laquelle, quand l'Angleterre s'offrira d'entrer et contribuer sa portion, je reconnois qu'il n'y aura lieu de s'y fier, pour être foible, variable, et de très-mauvaise volonté envers la France , comme il est. Davantage, je prévois et m'attends, quand il sera question de traiter la ligue défensive avec le prince Maurice et ses partisans, soit en cas de paix ou de guerre, que lesdits Anglais feront peut-être contenance d'y vouloir entendre; mais ce ne sera que pour en traverser et empêcher la condttsion s'ils peuvent. C'est pourquoi j'estime

Page 1