H. C. D. M. T. IV
vous avez bien commencé. Le Roi vous écrit si
clairement son intention pour ce regard , que je n'ai rien à y ajouter. Nous avons approuvé votre avissur la proposition que le sieur Barneveldt vous a dit lui avoir été faite par les gens du roi d'Angleterre, aux fins de comprendre en la ligue que nous prétendons faire, nos sujets rebelles, comme nos ennemis étrangers. Pour cette cause votre pouvoir en a été chargé ; mais j'ai toujours opinion que les Anglais ne joindront jamais comme il faut. Toutefois je suis d'avis que nous y fassions notre devoir ; car , conune vous dites trèsbien , si ces deux rois étoient bien liés ensemble avec lesdites Provinces, personne ne pourroit les endommager à l'avenir; mais j'ai si mauvaise opinion du roi d* Angleterre et du comte de Salisbury, que je ne puis me promettre cette union , ni moins encore l'effet d'icelle , quand bien elle seroit écrite et accordée. Je fais copier les derniers traités, et articles accordés entre le Roi et la feue reine d'Angleterre, et depuis avec le roi de la Grande-Bretagne , afin de vous les envoyer, ensemble celui que le Roi a ci-devant fait avec les Ëtats desdites provinces ; mais comme je ne les ai pas tous ici , je ne puis y satisfaire que nous ne soyons à Paris, où j'ai laissé mes papiers, entre autres les articles que M. de Sully rapporta d'Angleterre ; mais vous pourrez cependant ébaucher les affaires avec lesdits Anglais s'ils consentent d'y entrer.
Nous avons avis d'Espagne que le Roi dudit pays a retenu tout l'argent que la flotte a apporté cette année, appartenant aux particuliers, que l'on publie monter en tout à huit millions, deux et demi pour le Roi, et le reste pour lesdits marchands ; ce qui fait soupçonner qu'il veut exécuter quelque grand dessein cette prochaine année, car telle rétention incommode grandement lesdits marchands , et décrie le crédit dudit Roi. L'on dit que le marquis Spinola y sera fort intéressé ; mais, après qu'ils auront exécuté la saisie générale sous main , ils en dispenseront qui bon leur semblera. La querelle passée entre le Pape et les Vénitiens commence à se renouveler , à cause d*un attentat commis en la personne de ce frère Paule , de l'ordre de Servy , qui a défendu la cause de la république contre l'interdit. L'on a failli de l'assassiner dedans Venise à coups de dague en plein jour ; et dit-on qu'aucuns des meurtriers, après avoir passé par le logis du nonce, se sont sauvés en l'Etat de l'Eglise , où ils sont encore de présent ; et néanmoins le Pape fait contenance de blâmer et improuver grandement ledit acte : aussi est-il très* sale et indigne du titre qu'il porte. Depuis , les Vénitiens ont banni et chassé certains prèlies
Nl^GÔClATtONS
de leur Etat , et quelques théatins , qui en leurs confessions ordonnoient des pénitences à leurs sujets , pource qu'ils n'avoient obéi audit interdit durant icetui, et vouloient les obliger à y obéir à l'avenir, si Toccasion s'en présentoit. De quoi il ne faut douter que le Pape, animé par les Espagnols, ne se plaigne grandement; de sorte que Je n'en augure rien de bon , et d'autant plus que notre crédit ne sera suffisant cette fois pour les contenir comme il a été la première. J'estime aussi que Sa Majesté ne sera conseillée de 8*y engager si avant qu*elle a fait pour diverses considérations. Autres ont opinion que ledit roi d'Espagne en veut à la Barbarie , pour profiter des différends qui sont encore entre les enfans du cbérif dernier décédé ; mais il faut plutôt '^soupçonner qu^il tâchera de faire un effort aux Pays-Bas , si la paix ne s'y fait ; car cette besogne lui i iiporte plus que nulle autre , et il lui est impossible d'en entreprendre une nouvelle , cellelà étant en l'état qu'elle est. Nous voyons aussi que l'Empereur veut commencer ta guerre contre le Turc : il a intimé cette diète plus pour cela que pour autre cause. Je ne doute point qu'il ne fasse faire auxdites Provinces les offres portées par vos lettres ; mais je n'ai pas opinion qu'elles îes acceptent, pour les raisons qui vous ont été dites. Enfin nous Jugeons être nécessaire que lesdits Etats avancent leur traité, qu'ils prennent la paix s'ils peuvent l'obtenir avec sûreté, qu'ils redressent leur gouvernement et résolvent leurs alliances. Ce sont les trois points portés par le prudent avis que vous leur avez donné, auquel nous ne pouvons rien désirer que i'accomplissement d'icelui.
L'on nous a écrit de Bruxelles que le Cordelier a porté avec lui provision de doublons en ce dernier voyage , ou des lettres de change. Mais il ne faut croire tout ce que l'on dit, encore que nous devions tenir pour certain qu'ils n'omettront à pratiquer cette voie tant qu'ils pourront. Le président de Chablais m'a ci-devant envoyé une ratification de son duc , de l'accord qu'il fit avec vous touchant le droit d'aubaine , lorsqu'il étoit à Paris ; ne l'ayant trouvé du tout conforme à notre déclaration , Je la lui ai renvoyée. Vous vei^ rez sa réponse, par laquelle il me mande qu'elle est telle qu'il l'a promiseparun écritqu'il dit qu'il vous laissa , dont il m'a envoyé un double qui sera ci-Joint. Et , parce que Je n'ai vu l'original. Je fais quelque difficulté lui mander que le Roi est content de ladite ratification ; partant vous nous secourrez , s'il vous plaît , de votre avis sur cette incertitude. Je vous envoie une lettre que le comte Jean de Nas»au a écrite au Roi. Nous li'avons pas estimé devoir employer le nom de Sa |
Majesté en cette recommandation sans voire avis : ça été par les mains de M. de Bouillon que nous l'avons reçue : usez-en s'il vous plait avec discrétion. Vous trouverez encore ici une relation venue d'Espagne, il y a quelques jours, de ce qui 9*e8t passé aux Indes de Portugal contre les Hollandais; Je ne sais si elle est véritable; mais, parce que J'ai connu par vos lettres que l'on en parle encore par-delà diversement , J*ai estimé la vous devoir envoyer telle qu'elle est. Véritablement II n'y a meilleur ni plus prompt et sûr moyen d'affoiblir, voire ruiner la puissance d'Espagne, qu'en l'attaquant par les Indesd'Orientetd'Occident ; et crois avec vous que les Espagnols craignent cela plus que toute autre chose. H semble aussi qu'il n'y ait nation digne ni capable de ce dessein que lesdites Provinces; mais si elles font la paix, la friandise et commodité du commerce les en dégoûtera du tout. Ce que le Roi prévoyant, il seroit très aise d'attirer en France cette pratique, comme Je vous ai quelquefois écrit; mais qui voudroit y profiter , il n'y faudroit rien épargner, ni s'embarquer à demi. Nous avons fort goûté ce que vous m'avez écrit de votre main touchant le sieur Barneveldt,et m'a*t-on commandé vous faire savoir que l'on est prêt à lui offirir et accorder tout ce que vous nous manderez être à propos de faire pour le rendre bon ami du Roi. Je prie Dieu, monsieur, qu'il vous conserve longuement en parfaite santé.
De Fontainebleau, le vingt-troisième jour de novembre 1607.
Votre, etc., db Neufvilib.
Lettre de M. de La Boderie à M. Jeannin^ dudit jour 2S novembre 1607.
Monsieur , je vous dis l'autre semaine la continuation , non-seulement des déflances de deçà, mais l'augmentation que J'y reconnolssois encore plus grande, depuis le traitement qu'on a fait en France au comte de Tiron. J'en ai eu la décharge du depuis, tant du roi de la Grande-Bretagne que du comte de Salisbury, qui m'ont prou faitparottre l'un et l'autre qu'ils se fussent autant sentis obligés au Roi notre maître, s'il le leur eût envoyé, ou du moins retenu, comme ils avouoient le leur être peu. Néanmoins, comme ce qu'ils savent des desseins dudit comte leur donne plus grand sujet de crainte du côté d'Espagne que Jamais, ils montrent qu'ils ne veulent nullement pour cela rompre avec nous , ni désunir d'avec messieurs les Etats. Ledit sieur comte me communiqua l'instance que feisoient ces derniers À leurs députés et à vous, de faire une ligue ofltosive et <Jbéfènsive envers et contre toas, et me déclara que pour Tofifenslve ils n'y pouyolent venir,
DU PÂisTDENt IfiÀNNÎi^.
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ne voDlant que le roi d'Espagne pût dire qu'ils pussent été les premiers à défeeter de leur traité; que pour la défensive, ils y entreroient très-volontiers, mais après que la paix seroit conclue , parce que lors ayant l'Espagne reconnu iesdits Etats pour provinces libres, ils ne pourroient être blâmés de se lier avec eux. Vrai est que, de peur qoe cette déclaration ne pût servir à ceux desdits Etats qui désirent la paix , de prétexte pour l'a- Tancer, et y disposer davantage leurs peuples , ni même donner occasion à ceux qui la voient faire m\ ^^lontiers, de dire que ç'avoit été eux et nous qui, par Tamorce de cette ligue, les y avions principalement attirés , comme il n'y en a point déjà klequien murinui*ent, qu'ils seroient d'avis de ne la point faire qu'après la conclusion de ladite paw, me priant de vous le faire entendre, et TOUS accommoder à ce parti, comme ils alloient tncette conformité en faire une bonne dépêche à brsdéputés. Je lui promis que Je le ferois. Et, encore qu'à mon avis la seule crainte qu'ils ont d'Espa^Qe soit plus cause de ce qu'ils ne veulent si tàt venir à ladite ligue, ni aucune déclaration sur i^'ellc^que toutes autres raisons qu'ils y veulent i*ner, si me semble-t-il qu'on les peut con- '«Aierdecela, au casqall n'y ait quelque autre Mité cachée dessous, que Je n'entends point. 1< le remets à votre prudence , me suffisant VK leurs députés sachent par vous que je vous ^^«rit. Ils entendroient qu'en faisant ladite N, eux et les Etats convinssent du secours fQlIsaaroient à se prêter l'un à l'autre; de nous « «IX, ils ne m'en parièrent point : aussi, me ^^iBbiant que la proposition en doit bien aussitôt ^m d'eux que de nous, comme il sera toujours Hen a»é de les y amener par le moyen desdits &als,fai cm n'être à propos d'engager aucunement le Roi en chose sur laquelle Je ne sais point « >T>lonté. Vous , monsieur, qui la devez mieux «voir, y saurez aussi prendre le parti plus as- 'J"e. Sur ces discours ils me parlèrent , le Roi et *îlit sieur comte, de l'agréation venue d'Espagne, 'îrae dirent que non-seulement ils la trouvoîeut -•Tt défectueuse et captieuse, mais s'étonnoient î^tr^craent, comme vous et leurs députés avez '«laré à ceux desdits Etats qui vous en étoient ^enn communiquer, que vous la Jugiez suffisante. H semble par-là qu'ils entrent en soupçon que itoos ne fevorisions trop ladite paix ; à quoi, s'il ^ons plaît, vous prendrez garde. C'est ce que J'ai fni TOUS devoir dire de plus que Je vous écrivis '3 dernière fois. Sur quoi Je vous baise très- Wbleroent les mains, et demeure, monsieur, votre trc8*uinble et très-affectionné serviteur,
La Bodebîs. A Londres, ce i8 de novembre teoT,
Lettre (le messieurs Jeannin et deRussy, auRoi, du 34 dudit mois de novembre 1607.
SiBB,
Les lettres que votre Majesté nous a écrites , du troisième de ce mois , contiennent les répon* ses aux nôtres du seizième, dix-huitième et vingtquatrième du mois passé. Elle en aura depuis reçu du vingt-sixième du même mois, et du sixième de celui-ci. Nous lui rendrons compte maintenant de tout ce qui est arrivé depuis Jus» qu'à présent, où elle verra qu'en s'avançant dans les affaires on y rencontre toujours des difficultés qui nous travaillent, et donnent bien souvent des soupçons, dont nous sommes toutefois à présent mieux éclaircis, et avons pensé ne l'avertir, sinon de la fin qui est meilleure, et de taire le commencement qui n'étoit tel , de peur de lui donner quelque dégoût et mécontentement. Mais, afin qu'elle puisse mieux juger de toutes choses, nos lettres contiendront une narration entière de tout ce qui s'est passé incontinent après le départ du Cordelier pour aller à Bruxelles. Les Etats, avant que renvoyer les députes des provinces , mirent en délibération, en leur assemblée, la ligue et alliance pour la paix. Le sieur de Bameveldt, par leur avis , en dressa un projet, puis Us nous vinrent voir, les députés d'Angleterre et nous étant ensemble, pour nous en communiquer et nous le laisser. Ledit projet n'est bien , ni en la forme , ni en la substance ; mais il n'y a rien dont on ne puisse demeurer d'accord, fors d'un article qui nous a semblé étrange et déraisonnable , par lequel ils demandent, quelques années durant, trois millions de livres chacun an, pour leur aider à supporter les grandes charges auxquelles le commencement de cette paix les obligera ; car *ils disent qu'ils sont contraints de donner de grandes récompenses, et payer les décomptes aux gens de guerre qu'ils voudront licencier, pour éviter tes désordres et mutineries qu'ils pourroient faire ; entretenir pour le moins trente mille hommes de gens de pied , pour les mettre en garnison dans les villes au nombre de plus de quatre-vhigts , qu'ils ne peuvent conserver autrement, pource qu'elles sont toutes également frontières, et que les archiducs, outre les garnisons qu'ils auront d'ordinaire, qui ne seront moindres que de douze à quinze mille hommes, en pourront toujours lever autant dans leur pays en quinze Jours, et faire, si bon leur semble, quelque entreprise contre eux si leurs villes sont mal pourvues.
Est aussi besoin qu'ils aient quelque cavalerie, et entretiennent au moins quarante navires de guerre, dont la solde se prend pendant la guerre^
NKG0CIATI0A9
comme de tout, sur le surplus de leur équipage de mer, sur Targent qui provient des convois et licences, et la paix leur ôtera ce fonds ou le réduira à fort peu. Que les provinces et les villes en par* ticulier doivent de grandes sommes , du paiement desquelles elles sont pressées, et seront contraintes de les acquitter incontinent après la paix faite ; (!t pour tout ce que dessus ne peuvent avoir recours qu*à la bonté et grandeur de vos Miyestés , an service desquelles et de leurs Etats, ils entendent employer tout ce qui dépendra à Jamais de leurs moyens et pouvoir, en reconuoissance des grandes obligations qu'ils leur ont. Ils connurent par la réponse que nous leur fîmes à l'instant , et depuis en avoir conféré ensemble les députésd'Angleterre et nous, que cette demande nous avoit offensé, leur ayant dit qu'il sembloit qu'ils nous voulussent faire acheter leur amitié, comme si Qous en avions besoin, etqu*eux n'eussent point affaire de la nôtre. Que nous savions bien l'état auquel ils étoient, et celui auquel nous sonmies ; qu'ils dévoient tenir à grand honneur l'amitié de vos Majestés, et reconnoltre que leur appui et sûretéentière en devoit dépendre; que nous estimions aussi la leur, et ne voulions rien omettre non plus que du passé pour la conserver; mais qu'ils ne pouvoient raisonnablement désirer, sinon le 8eco^rs contre ceux qui voudroient entreprendre d'enfreindre et violer la paix , sans prétendre de nous faire contribuer aux charges ordinaires de leur Etat. Qu'on leur offroit ce secours , dont ils se dévoient contenter, et que vingt mille hommes de guerre avec cette sûreté, valoient mieux que cinquante mille ne l'ayant pas. Que les archiducs, pour se décharger et soulager de dépense, n'entretiendront au plus que dix mille hommes ; ainsi quand ils voudroient penser à entreprendre contre eux , et faire des levées dans leur pays à cette occasion, qu'elles ne pourroient être plus grandes en peu de temps que les forces qu'ils avoient d'ordinaire ; et s*ils en espèrent et veulent avoir d'Espagne, d'Italie ou d'Allemagne, que celles de France et d'Angleterre seront toujours plus tôt prêtes à leur secours, que les autres arrivées pour leur faire du mal. Qu'il n'est pas vraisemblable que le roi d'Espagne et les archiducs veulent faire la paix pour la rompre , au cas même qu'elle soit appuyée de l'autorité et ailiancede vos Majestés ; car ils auroient bien meilleur marché de continuer la guerre , attendu que les Etats ne reçoivent maintenant qu'un secours foible et sans obligation ; au lieu qu'après icelle alliance qui les unira ensemble , ils seront obligés à un secours certain et réglé plus grand même que celui qu'ils ont donné du passé, et outre ce , intéressés plus qu'ils n'étoient à ne les
point laisser perdre , ainsi d'y mettre plus s'il est besoin.
S'ils demandent aussi gratuitement ce secours de trois millions, qui excède celui qu'on leur souloit donner pendant la guerre , et sans s'obliger à le rendre, que leur demande est du tout injuste ; et si ce n'est que par prêt, ils pensent trouver chez eux-mêmes, et la seule ville d'Amsterdam , deux ou trois millions d'or en un mois, comme il est vrai, et qu'il est plus raisonnable recourir là, que de vouloir charger les princes, l'amitié desquels ils doivent sagement ménager et la respecter ; en sorte qu'ils ne leur donnent du dégoût et leur fassent oublier le soin qu'ils ont toujours eu de leur conservation , attendu qu'elle leur peut être si utile et honorable en tant d'autres choses , que nous nous étonnions bien fort comme ils nous avoient fait cette demande, et qu'ils n'ont mieux considéré qu'il nous seroit plus utile de leur donner un écu durant la guerre qu'un sol pour faire la paix ; car l'un consomme l'argent et les gens de leurs ennemis, l'autre leur donne le moyen d'en amasser. Comme au contraire, en faisant ce qu'ils demandent , on videroit la bourse de leurs amis, lesquels néanmoins, sans regarder qu'à l'intérêt, bien et repos de leur Etat , les ont toujours exhortés à la paix, et -usé de toute la conduite qu'ils ont pu pour la persuader à ceux qui la craignent et y donnent de rempêchement Et pour fin, puisqu'au lieu d'apporter de la facilité à cette alliance, ils y apporteroient eux-mêmes des difilcultés, il valoit mieux n'y point penser, ou bien différer jusques à ce qu'ils aient mieux considéré si elle leur doit être utile ou non. Que ce n*étoit pas aussi nous qui les en avions recherchés, mais nous étions laissé aller à l'ouverture qu'ils en avoient faite , pour leur témoigner l'amitié et le soin que vos Msyestés vouloicnt prendre d'eux ; s'ils continuoient à procéder de cette façon avec des princes auxquels ils ont si grande obligation, ils les contralndroient de changer de volonté, et d^ prendre d'autres conseils, qui pourroient être autant profitables à leurs ennemis que dommageables à eux. Ces réponses furent faites par les députés d'Angleterre et nous, en diverses conférences, de même affection, et avec façon qui témoignoit notre mécontentement. Nous en dîmes autant en particulier au sieur Barneveldt chez les députés d'Angleterre , où il fut prié de se trouver seul , comme il fit , et depuis chez nous. Enfin tant lesdits députés ensemble, que le sieur Barneveldt seul, ont montré de ne se vouloir opiniâtrer à obtenir cette demande par le traité de la ligue, mais d'y procéder par supplication et remontrance qui contiendroit leurs raisons, qu'ils se promettoient devoir être trou-
DU PBESIDBlfT JEAIVNIN.
vées si bonnes par vos Majestés, qu'elles y auroient^iard, sinon en tout, au moins en partie; non comme y étant tenus, mais pour le soin qu'il leur plaira prendre d'eux. Barneveldt y ajouta encore à part cette raison , qu'il dit n'avoir osé mettre en avant en présence des autres députés; que l'un des plus grands moyens pour induire les Provinces de contribuer à rentretcnement qui sera requis pour la paix, est que vos Majestés s'obligent par le même traité qu'elles feront avec eox, d'y contribuer quelque portion pour les premières années, et que la plupart des Provinces consentiront volontiers qu*il n'en soit rien mis par écrit au traité, et que ce secours demeure à leur discrétion ; mais que les plus sages Jugent qu'il est très- utile de le faire pour les y obliger, pourvu que vos Majestés l'aient agréable.
Ledit sieur de Barneveldt étant aussi venu voir le président Jeannin, lui en parla avec quelque aigreur, et comme montrant avoir quelque soupçon qu'il ne fût pas si enclin à désirer le contentement de votre Majesté qu'il lui avoit promis, et qn'il étoit aussi utile pour le bien de son pays. Il s'excusa le mieux qu'il put sur les nécessités de leur Etat 9 lui répéta encore cette même raison, et qu'en procurant du bien à son pays, il y conjoindroit toujours l'intérêt et service de votre Majesté, et qu'elle se connoltroit par effet. Le sieur Jeannin lui fit encore voir lors un endroit de la lettre qu'elle nous a écrite il y a plus de six semaines, par lequel elle trouvoit bon, non-seulement de feire cette ligue pour la paix, mais aussi poarla guerre, si le roi de la Grande-Bretagne y voQloit entrer ; le Jugeant à propos pour relever le courage à leurs peuples, et leur faire connoitre qu'ils seroient assistés en paix et en guerre, afin quils ne fissent rien par crainte et désespoir , et pour induire leurs ennemis, par l'apprébension d& cet appui, à leur accorder des conditions de paix pins avantageuses : qui étoit un témoignage d'une très-grande amitié, et qui les devoit faire souvenir, avec le secours qu'ils en reçoivent tous les jours, de la grande obligation qu'ils lui ont, puisque, outre ce qui sort de sa bourse, il méprise son propre danger et l'inimitié d'un grand Roi ponr les tenir en assurée protection. Que luimême nous avoit dit et à M. de Buzanval, et répété encore souvent depuis son décès, qu'en faisant la paix, ils auroient besoin d'être secourus d'un million de livres pour deux ou trois ans, et qu'aujourd'hui ils en demandoient trois millions. Que cet excès lui donnoit beaucoup à penser ; et, n*étoit l'assurance qu'on a de sa prudhommie et de Valfection qu'il lui a toujours dit vouloir apporter à tout ce qui seroit du contentement et Knrice de votrç Majesté, il y auroit de quoi pour
entrer en mauvaise opinion de cette conduite. Tous ces propos ont été comme ci-dessus, et tels qu'à notre avis il n'y a rien de mal. M« de Bar» neveldt avoit aussi prié les députés d'Angleterre et nous de vouloir dresser un autre projet de ladite ligue, puisque n'approuvions le sien, et le leur donner, afin qu'ils en puissent conférer ensemble; mais il nous a semblé que ne le devions faire, pource qu'ils l'eussent envoyé es provinces; ainsi on eût cru que c'étoit nous qui recherchions cette ligue, non eux, chose qui n'est convenable à la dignité de votre Majesté ; aussi qu'il vaut mieux attendre que les députés soient assemblés derechef pour délibérer sur la paix ou la guerre, et sur le traité de cette ligue, qui sera au dixième du mois prochain, et cependant en avertir vos Majestésà temps, afin de recevoir leurs commandemens, attendu qu'on n*y peut aussi bien résoudre aucune chose avant ledit temps; et que la presser cependant seroit une trop grande ardeur, qui nuiroit plutôt que de servir ; qu'il seroit néanmoins bien à propos de dresser ce projet entre nous sans le communiquer aux Etats ; et fut le président Jeannin prié d'y mettre la main. Ce qu'il a fait selon que nous l'envoyons à votre Majesté , les députés d'Angleterre l'ayant approuvé et pris copie d'icelui pour l'envoyer de même aussi à leur Roi ; ne pouvant dire autre chose, par ce qu'ils font paroître de leur intention, encore que soyons soigneux d'y prendre garde, sinon qu'ils montrenten toutetpartout a voir unemême volonté que nous ; et s'il y a quelque chose de mauvais, ils ne s'en sont point découverts Jusqu'ici. Peut-être aussi que la sortie du comte de Tiron a changé leur maître. La qualité du secours de tous les côtés est en blanc audit projet, n'y ayant personne de nous qui se soit voulu avancer de s'en ouvrir ; et est besoin que votre Majesté nous mande particulièrement sa volonté là-dessus. Le sieur Barneveldt seulement a su de nous, il y a déjà assez long-temps, et depuis peu de Jours aussi, que fournirions le double d'eux , et que votre Majesté pourroit désirer le secours des Etats en navires de guerre, de l'entretenement desquelles, tant pour la solde des mariniera que gens de guerre, nous nous accorderions lorsqu*il faudroit faire le traité. Le Cordelier étant retourné le quatorzième jour de ce mois, sur les dix heures du soir, fût vu le lendemain sur les quatre heures après midi par deux députés des Etats, dont M. de Barneveldt étoit l'un. Après s'être enquis de ce qu'il avoit apporté, leur fit réponse que les archiducs consentoient qu'on leur laissât l^original de la ratification , pourvu qu'ils donnent un acte signé de leur greffier , qui contienne promesse de la rendre s'ils ne demeurent d'accord î et que tant
su
MSGOCIATIOIIS
lui que k liear Veireiken avolent pensé reoon* nottre, lorsqu'ils ont conféré avec eux, qu'ils n'en feroient aucune difficulté. Que ie Cordelier ftvoit ainsi dit aux archiducs ; mais, [wurce qu'ils montroient à présent n'être de cet avis, qu'il s'en retourneroit plutôt vers lesdits arcliiducs pour es* sayer de l'obtenir. Les Etats nous ont fait dire par leurs députés qu'ils estimoient devoir refuser cet acte, et néanmoins permettre au Cordelier d'y retourner pour les faire départir, s'il peut, de cette demande ; nous priant leur donner sur ce notre avis. Les députés d'Angleterre et nous sommes entrés en soupçon de ces allées et venues du Cordelier, pour chose qui ne sert de rien, et que le meilleur serolt de leur dire simplement qu'on ne Juge pas raisonnable de donner l'acte requis, et que la ratification le contient assez, sans qu'ils aient besoin de cet acte séparé, lequel feroit préjudice à la validité de l'acte des archiducs, qui est pur et simple ; ainsi qu'il valoit mieux n'avoir point ladite ratification que de la recevoir avec cette condition. Nous approuvions donc leur avis pour ce regard, mais qu'il nous sembloit qu'on les devoit renvoyer tons deux et remettre à leur discrétion de remporter la ratification ou de la lais* ser, en leur disant seulement qu'on avertira les archiducs , dans le temps qui a été pris , qui est au vingtième du mois prochain, de leur résolution; et s'ils Ibisoient autrement, que leurs compatriotes dans les provinces et peut-être leurs amis pourroient entrer en quelque soupçon que ces allées et venues ne fussent pour choses plus importantes et autres que celles qu'on leur disoit. Les députés d'Angleterre ont aussi montré d'en avoir autant ou plus de soupçon que nous.
La réponse desdits députés des Ëtats a été que, s'ils pouvoieut , ils les renverroient tous deux; sinon qu'ils ne pensoient pas devoir dénier au sieur Verreiken qu'il séjourne ici six ou sept jours, attendant le retour du Cordelier, nous assurant lesdits députés que cela ne retarderait en rien leur première délibération de se résoudre du tout de ce qu*ils devroient faire pour envoyer vers les archiducs au vingtième du mois prochain. Nous n'avons rien voulu répliquer là-dessus, encore qu'ils nous en aient pressé, sinon que nous remettrions le tout à leur discrétion et bon jugement, et qu'il nous suffisoit de leur avoir dit notre avis et les raisons d'icelui, et que c'est un acte de vraie prudence es choses qui touchent à plusieurs, de se conduire en sorie que nul des intéressés n'en puisse prendre soupçon. Il ont essayé de les renvoyer tous deux ; mais Verreiken ayant fait grande instance d'être exempté du voyage, est demeuré, et le Cordelier parti le dij^-septième avec promesse de retour-
ner dans six Jours. Quand nous avons parlé avee ie prince Maurice et le comte Guillaume sur le fait de la demande contenue au projet de la li** gue, ils nous ont dit la délibération en avoir été faite en l'assemblée des Ëtats, puis ledit projet dressé par M. de Barncveldt , qui le leur avoit communiqué au couseil d'£tat, où ils furent ap«t pelés pour en dire leur avis; et qu'à la vérité ledit sieur Barneveldt leur en avoit parlé auparavant et montré même icelui projet; que chacun audit couseil d'Ëtat avoit bien jugé, comme ils fi^ rent aussi de leur part, que trouverions cette demande étrange, et avec raison; mais qu'étant avantageuse à l'Etat, si on la pouvoit obtenir, ils avoient tous estimé qu'ils s'en dévoient taire, et que ce seroit à nous d y Étire réponse; qu*il n'y avoit pourtant rien de mauvais caché là-dessous, et que ces peuples , qui ne sont accoutumés de traiter avec les grands princes , ne pensent pas faillir de demander beaucoup pour obtenir peu ; qu'à la vérité, les Etats avoieut de grandes char-» ges es premières années de la paix , et besoin encore lors du secours des deux rois, et que ce que les plus sages désiraient de faire comprendre au traité de la ligue ce qu'il plairait à vos M^estés donner, étoit avec grande raison; à savoir celle même ci-dessus déduite, qu'il n'étuitpasà prapos de presser maintenant cette ligue pour la paix, de laquelle nous serioas sans doute re<: cherchés et priés quand on la voudrait traiter, n'y ayant personne dans l'Etat qui ne la juge né* cessaire, et qu'elle nous serait aussi lors accordée à meilleur marché qu'à présent : ce qui est vrai, pourvu qu'elle précède le traité de paix comme eux le désirant aussi bien que nous. A quoi noua continuerons de travailler aussitôt que les dépu<* tés seront arrivés, qui sera près de vingt jours avant qu'on traite, et cependant laisserons rapo^ ser cette affaire.
Outre les raisons que le prince Maurice et le comte Guillaume nous ont dites, il est certain qu'ils ne sont pas fâchés que cette ligue soit différée, non pour y nuire à votra Mfy esté et reculer son contentement, mais pource qu'ils estiment les provinces être à présent refroidies de la paix , pour les défiances qu'elles ont prises des procé* dures de leurs ennemis ; et que cette ligue leur donnera tant d'assurance qu'elles seront pour rentrer en leur première ardeur. Ce qu'ayant bien prévu, nous lui avons dit qu'il n'y a rien au coq* traire qui doive tant retarder et empêcher la paix du côté des Espagnols que cette ligue, qu'ils craignent comme un appui qui rendra la paix trop assurée pour les Etats, leur ôtera le moyeu de pouvoir jamais recouvrer ledit pays, et coujoindra aussi deux (grands Etats , et celui-ci eur
DU PAKSIBEIfT JlUirNINé
ais
semble pour knur mutueUe conservation, lesquels sont à présent séparés, et n'ont aucune obligation à la défense les uns des autres : chose qu'ils prévoient bien leur devoir être grandement préju* didable. Et, à la vérité, s'il y a rien qui doive em* pécher la paix, sera cette ligue. Aussi les députés des archiducs, encore qu'ils sachent bien ce que nous avons fait pour procurer la paix, ne montrent pourtant d'avoir plus de fiance en nous que du passé, et ont plus de mécontentement de ce que prétendons faire cette ligue, qu'ils ne nous savent de gré de ce que nous désirons la paix. Peut-être que votre Majesté sera mal satisfaite de la demande des Etats et des allées et venues du Cordelîer. Nous la pouvons aussi assurer que nos espritsen ont été fort travaillés sept ou huit jours, et que les doutés d'Angleterre n'en ont pas eu moins, leur semblant aussi bien qu'à nous qu'il y avoit sujet d'entrer en soupçon et défiance de cette omduite. Mais nous en sommes à présent mieux éclaircis, tant par les conférences particulières qu'avons eues à diverses fois avec le sieur deBarneveidt,princeMauriceetcomte Guillaume c€ d'autres, qu'avec les députés mêmes desdits £la(9, et croyons qu'il n'y a rien de mauvais; et, «More que leur façon de procéder envers vous. Sire, qu'ils doivent autant révérer qu'aimer leur propre salut, soit sujette à blâme , toutefois le dedans étant bim on les peut excuser.
Ce n'est aussi sans besoin qu'ils demandent quelque secours pour les deux premières années a vos Mixtes; elle nous déclarera, s'il lui plait, son intention là-dessus. Les députés d'Angleterre, qui y ont fort résisté au ccHumencement aussi bien que nous, et ont dit qu'ils pensoient faire assez pour les Etats de ne rien demander à présent de ce qu'on leur doit, scmt maintenant comme vaincus. Nous étions entrés en doute qu'on leur eut promis secrètement de les tenir quittes de ce dont ils s'obligeoient, pource que leur Roi est mal fourni d'argent; mais s*il est payé par les mains de votre Majesté, et sur ce qu'on leur doit , et qu'on entretienne ici des gens de guerre de nos nations à proportion du secours, comme nous en sommes d'accord , ils ne sauroient pratiquer cette fraude. Mous les voyons même aucunement plus enclins à présent à la guerre qu'à la paix ; nous ayant dit et répété plusieurs fois que cet Etat peut être utile à leurs amis durant la guerre, mais qu'il le sei*a peu après la paix faite. Ils montrent aussi que leur maître ne fera aneune diflicoUé de contribuer aux frais d'iceile si elle continue, et de s'y obliger avec votre Majesté : qui sont choses fort contraires à ce qu'ils nous avoient fait paroitre au commencement et M Jogemeut qu'elle fait de leur intention, lequel
nous tient &i grande crainte et défiance que leur conduite ne soit un pur artifice et dissimulation. Mais on n'en pourra juger certainement, sinon lorsqu'on voudra prendre les résolutions. Ils nous promettent d'être avertisde la volonté de leur maître sur toutes choses dans trois semaines, soit pour la ligue, suivant le projet qui leur en a été donné, ou pour le secours, tant de la paix que de la guerre. L*Empereur a écrit des lettres aux Etats, dont nous envoyons lacopie à votre Mtyesté. Ce qui vient de cet endroit, n'est pas de grande efficace parmi ceux qui manient cet Etat, lesquels jugent sainement de ce qu'ils en peuvent espérer ou craindre ; ils ne rejettent pas pourtant cet appui, mais ils ne le tiennent pas aussi suffisant pour leur snr reté. On pense qu'en la diète qui se tient en ce mois, Tarchiduc Ferdinand, beau-frère du roi d'Espagne, qui doit tenir la place de l'Empereur, proposera quelques ouvertures pour la paix de ces pays. Sera, comme il est vraisemblable, pour favoriser les affaires du roi d'Espagne et des ar-^ chiducs. Nous attendrons lescommandemens de votre Miyesté sur tout ce que dessus ; priant Dieu que Tissue en soit aussi heureuse que nous y travaillons de bon cœur et fidèlement, et qu'il lui plaise aussi, Sire, conserver votre Majesté et sa royale famille en tout heur et prospérité.
A La Haye, oe vingt-quatrième jour de novembre if. 07,
Vos très-humbles et très-obéissans sujets et serviteurs , P. jKkvmti et RussY.
Lettre de M, Jeannin à M, de Villeroy, du 25 dudit mois de novembre 1607.
Monsieur, je prévois bien que le Roi sera nud satisfait de la demande qu'ont faite les Etats , d*avoir trois millions par le traité de la ligue, et des allées et venues du Cordelier, pour un sujet si léger que celui qu'on met en avant ; que Sa Majesté pourra aussi soupçonner qu'il y ait quelque chose de pis là-dessous, attendu même que lui avons ci-devant écrit que le sieur Barneveldt, conférant avec nous touchant la ligue et le se^ cours dont les Etats pourroient supplier les deux rois , au cas que la paix se Ht , n'avoit parlé que d'un million de livres chacun an , es deux ou trois premières années. Aussi vous puis-je assurer qu'ai eu l'esprit fort travaillé pour sept ou huit jours , craignant que ledit Barneveldt, qui désire ardemment la paix , eût pu être reconnu es propos qu'il avoit eus avec Verreiken , et le Cordelier, qui Ta vu seul plusieurs fois ; que cette ligue empécheroit le roi d Espagne et les archiducs d'y entendre , et qu'à cette occasion il eût fait cette demande pour la reculer ou rompre du toi^t s'il étoit besoin , sachant bied
qu'elle ne seroit jamais accordée , et que ce refus lui serviroit pour en dégoûter les Etats , qui la désirent de très-grande affection , et pensent ne pouvoir rien faire qui ait de la sûreté pour eux sans cela. Mais, après m'en être mieux éclairci avec le prince Maurice, le comte Guillaume et quelques autres qui ont part aux affaires , et avoir aussi après dit comme toutes choses se sont passées en l'assemblée générale des Etats, j'ai reconnu qu'il n'y a autre dessein pour le général , sinon de tirer le plus qu'ils pourront de leurs Majestés pour subvenir aux grandes dépenses qu'il leur faudra faire es premières années de la paix ; et quant au prince Maurice , qu'il s'est promis, cette ligue étant fort recherchée par le Roi , qu'il pourroît en tirer sinon la somme entière qu'il n'espère pas, n'y approchant cet excès , du moins quelque partie d'icelle; que cet office envers son pays le rendoit toujours plus agréable et accroitroit son autorité , et que Sa Majesté n'en seroit pourtant offensée contre lui , quand il aideroit après à faire qu'on s'accommodât à ce qu'il lui plairoit donner. Je n'ai laissé pourtant d'en avoir eu quelques paroles assez aigres avec lui, et de lui remontrer après amiabiement , avec la confiance que montrois avoir de son affection envers Sa Majesté, sur l'assurance qu'il m'en a donnée, que cette feoon de procéder étoit très-mauvaise, pouvoit beaucoup nuire à son pays , à lui-même aussi , et que le Roi , qui sait les obligations qu'ils lui ont, le soin qu'il a eu de leur conservation, et combien il peut encore être utile à l'avenir, en aura un très-grand dégoût et mécontentement, voyant qu'ils prétendent tir«r, comme par obligation , de lui, ce qu'il ne doit pas, au lieu de l'en rechercher avec respect et soumission, soit par forme de prêt ou d'un bienfait procédant de sa pure libéralité , .et de sommes encore si excessives que la demande en est du tout déraisonnable.
J'ai aussi , pendant ce soupçon , vu à diverses fois le prince Maurice et le comte Guillaume, lesquels me sont pareillement venus voir, recon noissant bien que j'en étois en peine ; m'en suis découvert à eux, et, après que ne devois rien craindre pour ce regard , m'ont assuré même que le sieur Rameveldt n'oseroit dissuader cette ligue dans l'assemblée des Etats , ni tenir aucuns propos qui en approchent , et, s'il le faisoit, qu'il en seroit rejeté et haï. Je leur dis là-dessus qu'il pourroit proposer quelques autres sûretés pour les contenter, comme l'appui de l'Empire et de l'Empereur, ou l'alliance d'Angleterre , qui sera toujours moins suspecte au roi d'Espagne et aux archiducs que la nôtre; mais ils m'ont
répliqué qu'ils connoissoient tous la foiblesse de l'Empire; outre ce qu'il est toujours gouverné par la maison d'Autriche , que les princes y sont le plus souvent divisés, foibles aussi pour le secours d'autrui, et que les protestans, qui désirent la conservation de cet Etat, ne leurconseilleroient même de s'y fier; qu'ils faisoient encore plus mauvais jugement de la volonté et du pouvoir du roi d'Angleterre ; m'ont davantage promis et assuré tous deux que si on vouloit entreprendre de faire cette paix autrement qu'avec le contentement, appui et alliance de Sa Majesté , ils s'y opposeroient ouvertement , l'empêcheroient par effet; que ne devions aucunement douter qu'ils ne soient assez puissans pour le faire : et je crois ce qu'ils me disent , car j'ai eu à diverses fois des paroles avec eux de l'affection de Sa Majesté envers leur maison, et du désir qu'elle a de procurer au prince Maurice toute la grandeur qu'il lui sera possible, pourvu que l'Etat s'y accorde , à l'effet de quoi elle emploieroit son autorité et ses moyens quand il seroit besoin. Leur ai aussi persuadé , autant que j'ai pu , qu'il seroit plus aisé de parvenir à ce dessein, la paix étant faite et les Etats étant connus libres et souverains, pour disposer de leur pays ainsi qu'il leur plaira, que si la guerre continuoit , comme j*estime qu*il est vrai ; mais cela me servoit aussi pour les induire plus aisément à ne point nuire au dessein que Sa Majesté a d'aider à la faire , puisque les Etats y sont disposés , comme aussi pour les lier plus étroitement avec elle , et leur faire rejeter toutes autres ouvertures et desseins qu'on leur eût pu représenter. Il est bien vrai qu'elle nous avoit aussi donné charge de chercher tous moyens pour fortifier sa maison ; or il n'y a que celui-ci seul qui le puisse contenter, encore qu'il ait jusqu'à présent fait comme les rameurs, qui ne regardent jamais le lieu où ils veulent aller, ni rien pareillement qui le puisse rendre capable de bien et utilement servir que cette seule dignité : aussi ne vois-je aucun moyen qui soit bon pour prendre assurance de cet Etat, jusqu'à ce qu'il soit entre les mains d'un prince qui se tienne obligé à Sa Majesté de ce bienfait; car sont peuples muables sur lesquels le roi d'Espagne pourra toujours entreprendre par pratiques et artifices; outre ce que, la paix faite, ils ne penseront plus qu'au trafic , et pourront devenir inutiles à eux et à leurs amis ; au lieu que s'ils avoient un prince , il les mettroit toujours en défiance de ce côté-là, auroit soin, pour son propre intérêt, d'entretenir vigueur militaire qui est aujourd'hui parmi eux, es entreprises et combats de mer. Et à la vérité si
DU PâBSIDBNT JBANNIN.
FEtat; b paix faite, et eux devenus maîtres d^eox-mémes et de leur pays , entroient en cette boDoe volonté envers lui , comme on le peut espcrrr, avec sage conduite et en lui rendant affcdiooDé le sieur Barneveldt , j*estime que Sa Majesté anroit fidt un bon acquêt , l'obligeant i deux choses : à savoir, de ne se marier qu*avec son contentement, et de rétablir Texercice de la religion catholique en ce pays , sinon pai^ toQt, es endroits au moins où il est plus requis, dont on conviendroit.
Ce discours sert pour vous persuader que le priaee Maurice , se sentant obligé des espérances qu'on lui a données du côté du Roi, s'opposera volontiers à tous desseins qui seront préjodiciables au service de Sa Migesté , et au siepr Barneveldt même , s'il nous vouloit tromper, ce qoe ne crois pas , nous assurant être assez puisent en cet endroit pour se faire suivre par les Etats, combien quil ne soit pas pour empêcher (il tont la paix au cas que le roi d'Espagne veuille accorder ce qu'ils se sont promis devoir obtenir par le traité.
J'ai bien eu quelquefois crainte que le roi dIspagne et les archiducs , qui lui avoient ûJt «Srir, par le Gordelier, une grande alliance, ^Targent et des biens pour l'induire à favorise la paix , ne fussent pour prendre eux-mêmes «OHeil d'aider à l'élever à cette dignité, en '1%ant pour ce bienfoit et le mariage d'une jnacesse de leur maison, et qu'à présent ils l'aient encore plus de sujet d'y penser pour nxDpre ralliance des deux rois avec cet Etat; âoat ils sont bien avertis ; car les Etats en ont délibéré en leur assemblée, et ne l'ont pas seulement requis défensive et pour la paix , mais offensive et pour la guerre , étant certain que le roi d'Espagne et les archiducs la criiignent bien fort, et estimeront toujours que rien ne leur ponrroit arriver de pis que cette ligue , qui conjoindra les deux royaumes de France et d'An- 0eterre, et les obligera à la défense mutuelle Ion de l'autre , au lieu que maintenant ils sont séparés et sans obligation de se secourir, ôtera ^ moyen audit sieur Roi de jamais recouvrer ce pays perdu par la paix, qui lui demeureroit ii^moins s'ils avoient un appui plus foible que nloi-ci. Ce qu'il faut encore ajouter à cette perte, est que ledit pays lui deviendroit ennemi s il entreprenoit quelque chose contre la France on l'Angleterre; au lieu que si le prince Maurice <n étoit ûdt seigneur par son moyen , il pourroit pratiquer une alliance enti*e les archiducs, l' Angleterre et lui, qui les sépareroit tous trois de 1 alliance et amitié de France , et , en évitant cette coDjonctioii d'eux et de cet Etat, empé-
cheroit que le pays ne lui ftt point ennemi s'il vouloit entreprendre quelque chose contre nous ; qui ne lui serait pas un petit gain , ayant égard au mauvais état auquel sont ses affaires ici. Les Etats pourraient aussi goûter ce conseil et le re^ cevoir conmie une sûreté pour la paix , qui se» roit cause de faire cesser l'inimitié d'Espagne contre eux , et de leur faire croire aussi qu'ils n'auroient plus besohi de l'amitié d'aucun au-< tre prince.
Le sieur Barneveldt pourroit de même aider à les y induire, pour se conserver la bienveillanoe d'un nouveau prince, de laquelle il pourroit plus espérer par cette obligation qu'il auroit acquise sur lui , que des peuples, qui sont toujours légers et ingrats , et ne peuvent souffrir qu'un particulier retienne long-temps quelque grande au* torité parmi eux. Et quant au prince Maurice , le plus grand avantage étant pour lui , on ne devoit point douter de sa volonté ; ainsi , pource que chacun pouvoit tirer quelque contentement et profit de ce dessein, je l'ai craint quelquefois, me roprésentant toutes ces considérations , sans jamais m'en découvrir, ni vous en mander aucune chose non plus , crainte de tout géter, en vous donnant par delà quelques mauvaises impressions fondées sur des soupçons dont la vérité est si incertaine , qu'il y a bien souvent autant de danger à les prévoir trop subtilement et y i^outer trop de foi , qu'à ne les pas voir du tout ou à les mépriser entièrement ; aussi n'y pensois^. je plus du tout , d'autant que toutes choses sembloient être contraires, et le prince Maurice toujours si éloigné de la paix , si ouvertement ennemi de tout ce qui peut contenter le roi d'Espagne, comme aussi si peu satisfait du sieur de Barneveldt , qu'il n'y avoit aucune apparence de se mettre en peine d'un tel dessein , jusqu'à ce que le dernier soupçon provenant de cette demande contenue au projet de la ligue , et les allées et venues du Gordelier l'ont réveillé en mon esprit , et m'ont fait craindre derechef qu'ils ne fussent pour le rechercher et lui offrir, sinon tout ce que dessus, au moins quelque partie, jugeant bien qu'ils ne pourroient venir à bout de leur entreprise sans lui. Je ne laisse néanmoins de croire qu'il n'en est rien du tout, et qu'il y a tant de raisons qui le doivent dissuader à tous, même au roi d'Espagne, plus fortes que celles ci-dessus déduites, qu'ils n*y voudroient jamais penser ; car quant audit sieur Roi , il est prince catholique , qui se veut conserver, avec un dessein qu*il estime servir à sa grandeur : la réputation d'être ennemi de tous ceux qui se sont séparés de l'église romaine; qu'il lui seroit honteux de procurer ce bien à un prince qui a
Slt
neoGUTions
toQjoim été âoo ennemi ; qu'il ne se peurrolt jamais Uen aasnrer de sa foi et de son amitié , attendu que son père a fait tuer le sien , et que ces pays demeurant en république par la paix , encore que la ligue des deux rois le puisse empêcher de les recouvrer par la force , elle ne lui ôte pas le moyen de le faire par pratiques et menées, en les obligeant, divisant et usant des artiâces qui sont assez communs à ceux de sa nation : au lieu que s'il y a un prince qui y veille par son propre intérêt , il n'en doit plus rien attendre. Davantage ledit sieur Roi est assuré que le pays que tient à présent Tarebiduc , lui doit écheoir quelque jour ou à ses successeurs rois d'Espagne , par le décès de sa sœur, qui est hors d'espérance d'avoir enfant. Or cette alliance , qu'il bâtiroit maintenant entre le roi d'Angleterre , l'archiduc , le prince Maurice et leurs Etats , lui uuiroit lorsque s'en pourroit servir l'archiduc contre lui-même , pour se maintenir en la possession des pays dont il jouit. Et, oombien qu'on puisse dire que pour faire cesser cette occasion de dispute, on donneroit derechef les mêmes pays à l'archiduc, avec quelque nouveau mariage de même sang et famille , pour les retenir toujours en amitié , il est néanmoins vrai qu'en usant de ce remède , les pays ne laisseront d'être séparés d'Espagne ; et c'est ce qu'ils ne veulent pas, crainte d'amoindrir leur grandeur, ayant même appris que le feu roi d'Espagne n'eût jamais donné lesdlts pays à sa fille s'il n'eût su qu'elle étoit incapable d'avoir enfans.
D'autre côté, il n'y auroit pas grande sûreté en ce dessein pour les Etats ni pour le prince Maurice même, puisque le roi d'Espagne et les archiducs étant joints ensemble , comme ils sont à présent, tout leur appui et secours dépendroit du roi d'Angleterre seul , qui n'est assez puissant pour s*opposer à eux , et ne voudroit aussi souffrir aucune incommodité , ni mettre les Etats en péril à cette occasion. Il n'y a pas grande apparence non plus que les Etats veuillent si à coup quitter cette souveraineté qu'ils recherchent avec tant d'ardeur, et que le sieur Barneveldt, qui n'est aimé du prince Maurice et sait l'avoir offensé , veuille se rendre auteur de cette conduite, afin d'avoir pour maître celui dont il doit craindre la grandeur. D'ailleurs le prince Maurice , qui est soupçonneux de son naturel , craindra tous ces présens qui viennent d'Espagne , et croira qu'ils sont empoisonnés, pensera aussi pouvoir parvenir à son dessein avec plus de sûreté et facilité, avec l'aide de ses amis et la bienveillance des Etats, que par la faveur de ses ennemis. . hwi 9Uis un peu étendu, sur ce discours , en-
core que rien ne soil sorti au dehors qui me iKàn faire craindre ce mal , pourœ que c'est à mon avis ce qui pourroit arriver de pis, et à quoi nous aurions moins de moyen de nous opposer pour le présent, et même si oa intéressoit en quelque chose le roi d*Angleterre; car à tous autres desseins préjudiciables à sadite Majesté , nous pouvons tirer du secours du prince Maurico et de plusieurs personnes dans cet Etat , qui ju* gent sainement et sans passi<m ce qui leur im\ être utile ou dommageable.
Je laisserai maintenant ces imaginations, dont vous ne vous devez, ce me semble, mettre eu peine, pour toucher à ce qui est du fait présent. Je vois bien que les Etats auront grand besoin du secours du Roi pour les deux premières années de la paix , et que le roi d'Angleterre y mette aussi la main de son côté ; ses députés en ont bien fait grande diCQculté au commencement, mais ont montré après de se laisser vaincre, pourvu que ce qu'ils donneroient fût par prêts. Quinze cent mille livres, à savoir, un million pour Sa Majesté, et cinq cent mille livres de h part dudit sieur Roi , sufQrolent pour ce secours, à le continuer deux ans, qui aeroit deux millions pour Sa Majesté. Je considère bien que cette somme est grande, et n'en ose presque donner le conseil , craignant que Sa Mi^esté ne le trouve pas bon ; mais il semble qu'après tant d'autres dépenses, celle-ci, qui est nécessaire pour tiret quelque utilité de tout ce qu'on a fait jusqu'ici, ne doit pas être refusée , afin d'obliger davantage ces peuples de rompre tous mauvaisr desseins ^ si! y en avoit.
Considérez ceci, s'il vous platt, et faites, je vous supplie, qu'ayons moyen de la servir. Je ne serai point mauvais ménager de sa bourse; mais es dernières résolutions qu'on va prendre, il est besoin que soyons préparés à tout. Cette charge sera moindre de beaucoup que celle de la guerre, et pour peu de temps. Outre ce, l'alliance que prétendons faire assurera encore mieux le repos du royaume , et empêchera plutôt de roi d'Espagne d'y entreprendre que la continuatios de la guerre. Je la crains néanmoins, ne voyant encore rien de certain pour la paix , que ces peuples montrent toujoura vouloir avoir a leur mot ; et à la vérité, en ce qui est de la souveraineté , ils n'en sauroient rien quitter sans devenir inutiles a leurs amis. Nous prévoyons néanmoins que \t plus grande difficulté du côté de leurs ennemis, sera sur les conditions qu'ils y voudront ajouter. et c'est à quoi nous avons à prendre garde poui ne souffrir qu'on y ajoute aucune condition qu soit pn\judiciable a Sa Majesté.
Les députés d'Angleterre assurent, que leoi
DU ratoSBRT IIANNIN.
maitreMutiiniera pour la gaerre si elle ocmtiiiae, oou ikiâant entendre qu'ils la désirent plutôt que la paix : ils se montrent au surplus en tontes ciMsessi conjoints avec nous que ne sais qu'en jQger, voyant ce que vous nous écrives de l'intiadon de lear maître, de sa foiblesse, de son irrésolution et des poursuites que fait encore à present son ambassadeur près du Roi ; car , ou ïkn la sortie du comte de Tiron l'a changé, ou fies dépotés ne sont pas instruits de ses artifices , et s'ils le sont, on les doit tenir pour grands ouvriers à se dissimuler aussi bien que leur maître, qu'on dit être parfait en cet art, si on doit appeler dissimulation la patience de souffrir tout m de flatter ceux qui lui font mal , au lieu de siider avec prudence de l'opportunité qui se présente pour s'en ressentir : mais Je ne puis woirece dernier d'eux, pource qu'en observant de près toutes leurs actions, même celles qui Tie&neot des premiers mouvemens esquels les pios sages sont bien souvent surpris , et n'ont pis le loisir de se servir de leur prudence et dis-^ station, nous n'avons tien reconnu, sinon qBlls De se veulent point séparer d'avec nous , iBû prendre tous conseils en commun. Je sais fa qu'on en peut user ainsi Jusqu'à ce qu'il ^^ frapper le dernier coup, et que celui qui P^ avoir trompé son compagnon croit qu'il ^kplos habile. Ce qui est vrai pour le regard ^prnces qui traitent l'un contre l'autre; mais fDUKl deux sont conjoints en une même cause et ensemble contre d'autres , cette finesse être tenue pour lâcheté et trahison, encore 9^1es hommes du temps auquel nous vivons, ^ la nomment pas ainsi. Si ne pouvons-nous f^re que ce que nous faisons pour nous garder 4>iix, et de tous autres qui nous voudroient '^PWjy ayant des inconvéniens qu'il est plus ii3é de prévoir qu'il n'est de les éviter. Ils se Pwwcttent d'avoir réponse d'Angleterre au plus (and dans un mois, tiAit pour la ligue de paix sur ^ projet qu'avons vu ensemble et qu'ai dressé par leur avis , que pour ce qu'il voudra faire 'Q»i pour le secours de la guerre si elle continue. 'v^ nous sachions aussi, s'il vous plaft, ce qui ''ra de la volonté du Roi , et comme nous aurons ' îioug y conduire ; qu'ayons semblablement un I^>wpour faire ladite ligue, dont la qualité d« secours soit mise en général, et rapportée *^x instructions qui seront secrètes, afin que iHwsnous puissions régler sur le même pied des autres dont vous m'avez quelquefois écrit. Quant ^^\ Etaty, que leur Roi leur donnera au double <^«[eur; et pour l'Angleterre, J'ai vu, es traités anciens, entre France et Angleterre, même du ^I» du roi François I et Henri VIII, que le
secours quils se promettoient Tun à l'autre étoit comme égal. Nous serons sur les résolutions des affaires environ le temps que pourrons recevoir réponse de tout ce que dessus. C'est pourquoi Je vous supplie que soyons lors si suffisamment ins* truit, qu'ayons de quoi prendre conseil sur les occurrences. Yerreii&en, qui est demeuré ici es deux derniers voyages du Gordelier, ne nous a point vu , et quoiqu'il sache notre inclination à la paix, et que nous nous soyons offerts à les as* sister avec paroles d'efficace pour leur témoigner notre affection , je n'ai pas connu qu'ils s'y fient davantage ; nous ne les en recherchons pas aussi pour ne donner des ombrages inutilement.
Le sieur de Barneveldt m'a dit que lesdltfl steurs Verreiken et le Gordelier l'ont prié de fiiire en sorte, s'il est possible, que les Etats consentent qu'un Espagnol soit du nombre des députés en la conférence , comme étant chose que le roi d'Espagne désire. Je ne crois pas que soit pour y assister de la part dudit sieur Roi ; car il faudrait qu'il eût charge et pouvoir de lui ; or il n'y a point d'apparence qu'il ait voulu faire ce tort aux archiducs que de leur adjoindre un autre, ni qu'il désire entrevenir non plus en ce traité, qui ne semble pas honorable pour lui, s! les choses y passent comme les Etats se promet-» tent, encore que plusieurs estiment qu'il lui sera profitable, quoi qu'il leur accorde, si ces peuples étant en paix ne sont bien sages ; mais ce dépoté y sera, comme II est vraisemblable, de la part desdits sieurs archiducs , afin que ledit sieur Roi soit plus content de tout ce qui y sera traité ; en quoi Je ne vois aucune difficulté.
' Je vous envoie la copie des lettres que l'Em* pereur a écrites aux Etats. On nous a dit que la diète de l'Empire se tient en ce mois, et que l'archiduc Ferdinand, beau-frère du roi d'Espagne, qui se doit trouver au nom de l'Empereur, aura charge d'y faire quelques propositions pour la paix de ces pays. Vous recevrez aussi la copie du projet de la ligue donné de la part des Etats, lequel a été changé en l'article qui contenoit la demande des trois millions , par deux ibis , sur les conférences qu'avons eues avec eux , et enfin couché, comme il est par moi-même avec leur consentement ; au lieu qu'ils faisoient revenir la dépense entière de Tentretenement des gens de guerre , es premières années de la paix , à neuf millions de livres^ et par ainsi le tiers qu'ils supplioient aux deux rois leur accorder à trois millions de livres. Nous leur avons montré que cette dépense ne saurait revenir qu'à quatre millions cinq cent mille livres, ou à cinq millions tout au plus en la première année , et qu'on en pourrait' diminuer encore quelque chose la seconde. €e^
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que toutefois ils n'ont pas accordé , mais dit que tout serait vu et considéré avec les députés de leurs Miyestés pour y prendre résolution , avec leur avis ; ils ont ajouté à ce projet une remon* trance qu'envoyons aussi. Croyez, monsieur, que ce n'est ouvrage fait que d'avoir à traiter avec ces gens ici, et qu'il faut beaucoup de patience pour surmonter les difficultés qui se présentent de jour à autre , non qu'ils aient faute d'affection et de respect envers Sa Majesté ; mais ils ne considèrent pas assez le grand besoin qu'ils ont de son appui , croient trop que leur conservation est utile à son Etat, et qu'elle en doit avoir autant de soin que s'ils étoient ses propres sujets; disant qu'ils ont la même volonté de la servir, et s'imaginent maintenant qu'ils sont assez puissans pour résister à toutes les forces d'Espagne, puis soudain craignent tout, et, en nous représentant leur nécessité, confessent que, sans l'appui de Sa Mi^esté , ils ne peuvent subsister ni en paix ni en guerre; mais on y est si avant , on y a déjà fait tant de dépenses, et tant de gens regardent quelle sera l'issue de cette affaire , qu'on ne doit rien omettre ni épargner, comme j'estime, pour la faire réussir à son honneur, contentement et profit, A quoi Je vous peux assurer que travaille incessamment et avec autant de soin et d'affection que si c'étoit pour mon propre salut , n'y ayant aucun inconvénient qui y puisse arriver que n'aie prévu, et pour le* quel éviter, je recherche et use de tous les remèdes qui peuvent dépendre de ma fidélité et diligence pour rendre mon travail utile et heureux , dont J'espère bien , nonobstant que Je ne sois content de la façon de procéder de ceux qui manient les affaires ici , étant encore plus confirmé en cette opinion sur la fin de cette lettre que n'étois lorsque J'ai commencé a la vous écrire ; car J'ai différé deux Jours à l'achever , sur un nouveau soupçon que les députés d*Angleterre nous vinrent donner, qu'ils avoieut avis de bon lieu qu'on nous trompoit; que le traité avec les archiducs se faisoit secrètement par quelques-uns; que le prince Maurice même y avoit part, et qu'il étoitdéjà bien avancé, montrant d'en être fort offensés et en grande peine : qui fût cause que m'en voulant éclaircir encore en particulier avec le prince Maurice, puis avec le comte Guillaume , Je les ai vus derechef séparément, et reconnu avec certitude qu'ils craignent toiyours la paix ; sont aussi fort disposés a suivre les volontés et commanderaens de Sa Majesté , et qu'il n'y a personne dans l'Etat qui ose penser à traiter en secret ni qui soit assez puissant pour se faire suivre en telles pratiques : en sorte qu'en lommes à présent en repos et n'avons rien À
craindre de leur c6tc. Ces derniers propos de tous les deux me font croire encore davantage que le soupçon , ou plutôt l'imagination , procédant de ma crainte dont vous ai écrit ci-dessus , est du tout sans fondement, et qu'il le faut ensevelir et cacher. Aussi, n'étoit, monsieur, que c'est à vous seul qu'ai écrit , J'eusse refait ma lettre pour ne vous en mettre en peine. Les députés d'Angleterre ont aussi désiré qu'ayons vu le prince Maurice ensemble sur ce sujet , dont ils sont aussi sortis bien satisfaits.
Nous avons encore depuis confié ensemble par deux fois sur cette affaire, et fait ce même Jugement que la paix aura de grandes difficultés sur l'article de la souveraineté, que le roi d'Espagne ne voudra accorder sans quelque modification ; qu'aucuns dans cet Etat seront pour se contenter qu'on le couche dans le traité de paix ainsi qu'il est dans le traité de trêve, et que c'est aussi le plus qu'on puisse espérer du roi d'Espagne. Néanmoins lesdits députés nous ont dit qu'il étoit raisonnable et nécessaire de le coucher par le traité avec toutes les clauses requises , pour faire que les rois d'Elspagne présens et à venir, ensemble les archiducs , n'y puissent Jamais rien prétendre, et disent môme qu'ils conseilleront de rompre s'il n'est fait ainsi. Nous n'avons pas résisté à cet avis, et, à la vérité, l'intérêt des deux rois est que les Etats soient vraiment souverains et en lil)erté de se pouvoir conjoindre avec leurs amis; autrement ils leur seroient inutiles. Mais nous avons ajouté après que cet article pourroit être cause de rompre la paix , et qu'ils avoient en ce cas besoin d'un secours plus grand pour faire la guerre que du passé même es deux premières années. A quoi ils nous ont répondu qu'il étoit vrai, et que leur maître y contribueroit volontiers, pourvu que le secours fût modéré, raisonnable et bien employé, comme ils nous avoient toiyours bien dit; l'avons ci-dessus déclaré et d'autrefois écrit à Sa Majesté; mais Je le répète encore en cet endroit, pour ce qu'à la suite de ce propos je leur demandai s'il leur faut donner secours. Le ferons-nous, comme du passé sans contrat, ou bien traiterons-nous par quelque ligue ou confédération? Ils répondirent à l'instant qu'il valoit mieux se contenter de le faire comme du passé , et qu'on ne pourroit faire un traité de ligue sans rompre du tout avec Espagne. A quoi leur fut répondu qu'il est vrai , mais que difficilement les Etats se voudroient engager à la guerre là-dessus, et quand on ne feroit que cela pour eux , il serait encore nécessaire d'en tirer cette promesse, qu'ils ne feront jamais aucun traité avec leurs ennemis, soit de paix ou de trèvQ » ;saiis nous ;
BU PBifsiDfiirr jteANi9m«
(ntre ee qoê leâ deux rois ^'obligent l'un envers l'autre à la contribution de ce secours pour quelques années, et pource quMI ne peut être secret, et qu'étant su par le roi d'Espagne, il pourroit prendre conseil de faire la guerre à l'un d'eux, qo'il était bon de penser aussi s'il ne seroit pas a propos que leurs deux Majestés fassent une alliance défensive, et se promettent un secours motael au cas que l'un deux soit assailli par lui.- Ils ont répondu que M. de Sully leur en avoit parlé en Angleterre lorsqu'il traita avec leur Roi, et que cela ne fut pas résolu , me demandant si f arois point vu ce traité ; et, après avoir entendu qœnon, m'ont dit qu'ils l'avoîent et qu'ils me l'enverroient pour le voir, comme ils ont fait ; qu'ils JQgeoientces assurances et traités être raisonnables et utiles aux deux rois. Primes résolution, à cette occasion, de les en avertir pour être informés de leurs volontés ; leur ayant déclaré que cette proposition venoit de nous-mêmes et sur l'occurrence de l'affaire que traitions, non pour en avoir reçu aucun commandement, et qu'à la vérité c'est chose qui semblolt être si désirable et ^eà leurs Etats qu'avions pensé leur en devoir i»rer(mverture.
Il est besoin, monsieur, que nos soupçons Client plutôt cachés que secrets, et surtout que ^âeor Aërsens n'en connoisse rien; car il écrit â^K des gloses qui nuisent toujours. Groyez- ^jSlï vous plaft, et qu*il est vrai. Il a assuré ^fiats du dernier quartier. Je crois bien qu'il ^ à propos de le donner, mais est mieux de le différer jusqu'à janvier; car on verra lors ce Çu'oQ doit attendre de l'issue des affaires. Je prie ^) monsieur, qu'il vous donne en parfaite santé très-beureuse et longue vie.
Votre , etc. , P. Jeaniitin.
De La Haye , ce 25 novembre 1607.
Iftlre de M. Jeannin à M, de La Boderie, dudu jour 25 novembre 1607.
Monsieur, je vous ai écrit il y a quelques jours, ^ adressé mes lettres à M. de Waudrenecq à Roterdam , qui me promit de les vous faire tenir ^n sûrement. Les députés des provinces doivent é^re assemblés en ce lieu le 1 0 du mois prochain, poflr délibérer et résoudre s'ils traiteront ou non, ^t avertir dans le vingtième l'archiduc de la résolution qu'ils auront prise. Nous croyons que sera de traiter ; le désirons et les y disposons >Qssi en tant qu'il nous est possible , suivant le commandement que le Roi nous en a feit; mais DOQs sommes fort incertains de ce qui en avien- ^) et entrés en quelques ombrages de la contrite d'aucuns particuliers des Etats, qui à la vérité a été inconsidérée, et telle que leurs amis
et alliés ont eu sujet d'en prendre soupçon. J'es* time néanmoins qu'il n'y a rien de pis. Les dépu. tés du roi d'Angleterre et nous n'avons toujours eu qu'un même avis, et s'ils continuent , nous aurons occasion de bien sentir de l'intention de leur maître, quoique les lettres que M. de Yilleroy m'écrit tous les jours, contiennent que ne devons rien attendre de ce côté-là, et je sais qu'il en est mieux instruit que nous, et que ces députés peuvent user d'artillce jusqu'à ce qu'on veuille frapper le coup.
Les Etats nous ont fort recherché , Angleterre et nous, pour faire une ligue offensive et défen-* sive, tant pour la paix que pour la guerre; nous n'avons toutefois voulu consentir qu'à la défensive et pour la paix : M. de Barneveldt en avoit dressé le projet par l'avis et délibération des Etats; mais, pour ce qu'elle n'étoit bien, ni en la forme ni en la substance , nous l'avons différé jusqu'au temps du traité , et dressé le même projet entre nous et les députés d'Angleterre, sanà le communiquer aux Etats, pour l'envoyer devant nos maîtres et recevoir là-dessus leur commandement. C'est bien moi qui l'ai dressé , mais ça été à la prière des députés d'Angleterre et par leur avis, suivant néanmoins au plus près, en cq qu'avons estimé devoir faire le projet des Etats, même un article que M. de Barneveldt m*a dit avoir mis au sien comme en ayant été requis par M. Winood , l'un des députés d'Angleterre : qui est que les rois et les Etats s'obligent respectivement au secours l'un de l'autre, non-seulement contre un ennemi étranger qui voudroit entreprendre quelque chose contre eux, mais aussi contre les mouvemens de dedans. Ils montrent que leur maître sera disposé de faire cette ligue, qu'il aimeroit encore mieux la continuation de la guerre que la paix , et qu'il y contribuera sa part ; si c'est feinte ou vérité , je n'y connois encore rien ; mais je sais bien que seroit le bien et profit des deux royaumes , que les deux rois fussent très-bien ensemble.
Je vous supplie m'avertir de ce qu'apprendrez de l'intention dudit sieur Roi ; car nous en sommes ici en grande peine et doute , et craindrons tout jusqu'à ce que cet ouvrage soit parfait. Peutêtre que la sortie du comte de Tiron , la réception d'icelui avec honneur en Flandre, et la crainte qu'il n'y ait du mal préparé chez lui, le rendront plus soigneux à désirer et rechercher notre amitié , et, à ce défaut, aussi d'autres qu'il a plutôt essayé jusqu'ici de flatter que de mettre en état et devoir de leur résister. J*en attendrai votre avis; et cependant M. de Russy et mol vous baisons humblement les mains, priant Dieu^ monsieur, qu'il vous donne , en parfaite santé |
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K^GÔCUTtOKS
heureuse et longtie vie. Voire, etc. , P. Jbannin. • De La Haye, ce 25 novembre 1 607.
Lettre de M. de La Boderie audit sieur Jeannin, du premier de décembre 1607.
' Monsieur, je vous ai écrit par les deux ordinaires passés, tout ce que J'ai Jugé digne de venir à votre connoissance, et toujours par la voie de Waudrenecq que m'avez ouverte ; celles;! la tiendra encore. Ce quej*ai à ajouter à mes précédentes, est que j'ai vu depuis le sieur Garron, duquel J'at appris que, nonobstant ce que m'a voit dit le comte de Salisbury sur cette ligue dont les Etats sont promoteurs, et nonobstant les respects qu*il disoit les retenir de la vouloir contracter Di publier, que la pnix ne fût. résolue, icelui comte lui a déclaré qu'ils y entreroient dès maintenant, mais avec eux seulement non avec nous : ce qui se rapporte à ce que je vous ai écrit ci* devant, et dont Je me suis toujours douté. Ils tâchent de conserver leur crédit avec lesdits Etats ^e plus qu'ils peuvent , et témoignent n'être sans heaucoap de jalousie de celui que nous y avons; nais outre cela ont si grand'peur d'offenser Es- )Migne, qu'ils n'osent s'attacher à nous davantage. Je crois qu'ils pourrolent faire plus sagement; mais ce sera le temps qui le leur apprendra.
Il y a ici nouvelles d*un nouveau décret qu'a fait le roi d'Espagne, par lequel il retient tout ce qui est venu par la dernière flotte appartenant aux marchands, qui monte, dit-on, à treize ou quatorze millions d'or , et leur baille des assignations au lieu, dont ils sont contens; ce qui ne doit être sans quelque grand dessein. Si là-dessus Il fait la paix aux Pays-Bas, chacun doit penser à soi ; car, encore que les siens publient que tous ses desseins sont maintenant tournés contre les Infidèles, si crols-Je qu'il aime trop la chrétienté pour cela. Je vous envoie une petite épigramme qui a été faite par deçà sur ladite paix , laquelle -a deux ententes et peut être plus véritable à la réversion qu'au premier sens. C'est ce dont je \ous puis entretenir pour ce coup, vous baisant très-humblement les mains , et demeurant, monsieur , votre , etc. , Lji Bodebie.
' A Londres , le 1 décembre 1 607.
JLettre de messieurs Jeannin et de Jlussy, au Roi^ du 2 décembre 1607.
SlKE,
M. de La Force s'en retournant en France, a désiré être porteur de nos lettres, par lesquelles nous donnons avis à votre Majesté de tout ce qui s'est passé ici depuis notre dernièrte dépêche. Le €ordelier , qui étoit parti pour aller à Bruxelles 4e 1 T dii mois passé, et devoit retoomer six jours
après, n'arriva en êe liet que lé âO', sur les cinq heures du soir ; lui et le sieur Verreiken furent priés de se trouver le lendemain, à huit heures du matin , en l'assemblée des Etats, pour les informer de l'intention des archiducs; où étant allés, le Cordelier leur dit qu'ils consentoient de leur donner l'original de la ratification, que ledit sieur Verreiken leur consigna par effet à l'instant ; y ajouta après qu'ils désiroient d'eux cette modération de ne rien dire ou écrire dorénavant contre le roi d'Espagnequi le pût aigrh* et offen* ser, puisqu'on étoit en voie d'un amiable accord et bonne paix, pendant lequel temps il étoit bien raisonnable déporter respect audit sieur Roi ; les prieroient aussi trouver bon qu'un ou deux étrangers, c'est-à-dire autres que naturels des Pays- Bas, pussent assister à la conférence qui se fera pour ledit traité de paix , nonobstant que le contraire ait été accordé par le traité de la trêve, et qu'ils en faisoient instance pour donner ce contentement audit sieur Roi , qui montrolt le désirer. Les Etats nous ayant envoyé leurs députés incontinent après les avoir ouïs, pour nous faire entendre et aux députés d'Angleterre ce que dessus, et en prendre notre avis, nous leur dîmes, quant au premier point, qu'il étoit toujours bienséant et louable, pendant la guerre même, de parler avec respect des grands rois, encore qu'on prétende s'opposer à leur violence et hostilité avec les armes , et qu'à plus forte raison , le devoit-on faire lorsqu'on est sur les termes d'un traité; pour le second point, que nous nous en remettions à eux : bien me sembloit-il que c'est chose indifférente , et qu'on n'a pas accoutumé d'ôter le choix aux princes avec lesquebcn traite, des personnes dont ils se voudroient servir.
Nous avons aussi su d'eux que ces étrangers, soit Espagnols ou Italiens, n'y seront pas comme députés du roi d'Espagne, mais de la part des archiducs, et qu'ils feroient réponse incontinent auxdits sieurs Verreiken et le Cordelier,afin qu'ils s*en retournent, attendant le temps de la conférence. Et, par effet, ladite réponse leur ayant été flaite le lendemain, ils ont promis de partir te jour d'après , qui est celui même auquel nous écrivons cette lettre. Deux jours avant la venue du Cordelier, lesdits sieurs députés d'Angleterre nous étoient v^us voir au logis de M. Jeannin, où étoit M. de Barneveldt, en présence duquel ils nous firent entendre qu'ils avoient reçu lettres d'Angleterre pour réponse à l'avis donné par eux du premier voyage dioelui Cordelier et séjour du sieur Verreiken en ce lieu, et que leur Roi et tout son conseil l'a voient trouvé fort mauvais; leur mandoient qu'on les trompoit ; que ^ voyages , soos prétextes ffeints et déguisés, M
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Taisoient m effet potir autre occasion, et qu*on n'en pouvoit que mal sentir, puisqu'on leur celoit la cause; que lesdits Etats avoient aussi fait courir le bruit que, sans les députés des deux rois, ils eussent rejeté la ratification et toute condition de paix, mais que , leur ayant donné avis ' qu'elle étolt suffisante pour entrer en traité , ils ne Tauroient voulu faire, crainte de les offenser; qu*il étoit aussi vraisemblable tels bruits être semés avec artifice et mauvais dessein , attendu même que ceux qui manient les affaires nous avoient dit souvent et fait connoître , par leur conduite , que ce n*étoit pas leur intention de rompre làdessus , mais plutôt de donner encore nouveau délai pour envoyer en Espagne , et attendre une autre ratiGcation ,qui nous sembloit le plus dommageable conseil qu*ils eussent pu prendre : par ainsi qu'il seroit plus utile pour eux d'entrer en traité sans autre remise , afin d'avoir bientôt la paix ou se préparer à la guerre , que de demeurer "plus long-temps en incertitude.
Ces propos furent tenus par M. Spencer avec Téhémcnee et animosité , et approuvés par nous, tant pource qui regardoit le soupçon de ses voyages que les bruits qu'on avoit fait courir de notre avis donné sur la ratification; y ajoutant seulement que cet avis étoit fondé en très - bonne raison, et s'il étoit à donner, que nous en userions encore. Ainsi que devions même tenir à gloire d'être auteurs de la paix , puisque nous avions eu charge de deux grands rois , amateurs de la tranquillité publique, de faire tous offices convenables pour y parvenir; et si on en avoit fait courir le bruit avec quelque mauvais des^^ein, que notre intention ne laissoit pourtant d'être bonne et louable. Le sieur Barneveldt répondit à ces soupçons que M. Carron , qui étoit pouf eux en Angleterre , leur en avoit autant écrit , et qu'il s'élonnoit bien fort comme tels ombrages pou- Yoient entrer es esprits de ceux qui ont quelque fonnoissance de la constitution de leur Etat ; et bientôt chacun seroit éclairci de leur sincérité , et qu'ils n'ont Jamais pensé de foire chose aucune sans l'avis de ces deux rois. Quant à la ratification, qu'à la vérité ils l'eussent rejetée, sans notre avis, pource qu'elle devoit être pure et simple , et eux tirer ce profit, encore que la paix ne se fesse , d'avoir leur liberté et souveraineté du pays par la confession même de leurs ennemis ; nous fit néanmoins assez connoître que les Etats n'avoient aucune volonté de rompre là-desins, mais essayer seulement d'en avoir une autre tu mdlleore forme et sans condition ; nous sem- Ua même qu'Us aimeroient mieux laisser couler fumée prochaine en trêve , sur cette espérance robtenir, que recevoir oelle-ci. Ce que les dé*
pûtes d'Angleterre montrent de trouver fort mauvais, et que s'ils entrolent derechef en cette cessation d'armes, que leurs ennemis se dégoû«^ terolent , et eux n'auroient plus que ihire id. Leur avis fut secondé du nôtre; puis M. Winood entra en dispute avec le sieur de Barneveldt sur les mots contenus en ladite trêve , en vertu des» quels ils prétendent avoir suffisante déclaration de leur liberté et souveraineté ; soutenant que cela n'étoit rien , si par le traité de paix cet article n'est couché bien spécifiquement, et avec les renonciations requises et nécessaires. M. Spencer en dit autant , et y insista bien fort ; et si cette liberté et souveraineté n'est exprimée comme il appartient , ils ne serolent pas en état de se pouvoir conserver ni d'être utiles à leurs amis. Le sieur Barneveldt soutient le contraire, et que le roi d'Espagne faisant la même déclara* tion que les archiducs ont déjà faite , il y aura assez sans qu'il soit besoin d'autre expression, et néanmoins qu'il jugeoit à propos d'insérer à ce traité tout ce qui seroit requis pour contenter un chacun. Quant à la trêve pour l'année prochaine, il la craignoit, la tenoit dommageable aussi bien que nous, et si elle n'étoit nécessaire à l'occasion du traité, qu'il la falloit rejeter du tout ; en quoi rien ne seroit fait qu'avec notre avis.
Nous mandonsà votre Majesté les particularités de toutes choses, et même la ftiçon de procéderdesdits sieursdéputésd' Angleterre, quiestsi contraire aux défiances qu'elle a de leur maître , et aux let^> très que le président Jeannin a reçues depuis deux joura de M. de La Boderle ( à quoi nous ajouterons néanmoins plus de foi qu'à leurs paroles ) , que serons, à cette occasion , toi^ours en crainte et soupçon d'eux, jusqu'à ce que tout soit fait; aussi est-il bien certain , s'ils se dissimulent , et ne sont en même opinion lorsqu'il fondra traiter par effet, qu'ils couvent et cachent quelque chose de pis ; car , encore que leur maître ait été conjoint du passé, en la défense des Etats, avec votre Majesté, s'y étant même obligé par le traité que M. de Sully a fait avec lui, si est-ce que les députés nous ont dit et protesté, depuis qu'ils sont ici , de ne s'en plus mêler, se séparer et prendre des conseils à part, sans vous offenser. Sire ; ce qu'il craindra toujours de faire s'il n'a quelque secret traité avec Espagne et les archiducs, dont toutefois leurs actions et conduite n'ont rien fait paraître jusqu'ici. Ix)rsqu'il8 auront eu réponse sur leur dernière dépêche, qui contient tout ce que lui avons mandé de nos conférences avec eux et les Etats, on en Jugera avec certitude, et non plus tôt. Est vrai qu'il seroit bien tard pour y remédier, s'ils étoteot
NEGOCTÀTIOVS
assez puissans pour troubler nos affaires ici , et les Etats mieux disposés à les contenter que nous : ce que ne croyons aucunement; ne pouvant néanmoins de notre part , soit avec eux, le prince Maurice , le sieur de Bameveldt et tous autres qui ont quelque pouvoir au maniement des affaires, faire autre chose que ce que faisons pour nous garantir de tous ces inconvéniens. Nous Jugeons bien que le traité de la ligue dont nous avons envoyé le projet, nous eût mis du tout hors cette crainte ; aussi Tavons-nous recherché et désiré il y a long-temps, autant qu'il nous a été possible, en gardant ce qui est dû a la dignité de votre Msgesté ; mais diverses difficultés et empéchemens, dont nous avons donné avis selon qu'ils sont survenus, Font retardé. Nous ne perdrons le temps non plus ci-après, aussitôt que les députés des provinces seront arrivés et qu'aurons reçu son commandement sur ce sujet. Lesdits sieurs députés d'Angleterre nous ont encore dit avoir reçu lettres de leur ambassadeur qui est près des archiducs, par lesquelles il leur mande que Spinola pourroit bien être l'un des députés en la conférence , et que le comte de Tiron, qui a vu les archiducs, a reçu peu d'accueil d'eux et de toute la Cour, fors de Spinola, qui lui en a fait beaucoup; que ledit sieur comte a écrit à leur Roi des lettres pleines de respect et de soumission, pour excuser sa fuite sur la religion dont U cherche le moyen de Jouir en sûreté , et sur le soupçon qu'il a eu que le vice- roi dlrlande eût volonté de se saisir de lui à l'occasion de quelques mauvais et faux rapports qu'on avoit fiiits; n'ayant osé comparoir pour la haine qu'on porte aux catholiques en Angleterre, qui lui eût été le moyen de défendre son innocence ; que les arciiiducs lui ont ordonné de se retirer, et qu'il étoit parti pour aller à Rome ou en Espagne; ne savent encore lequel des deux. Bien a voientils promis à sa femme, à son fils et à d'autres gentilshommes de sa suite , de demeurer à Louvain , où ils sont de présent. Le prince Maurice , qui a aussi entendu que ledit sieur Spinola pourroit être député à la conférence , a montré de le trouver fort mauvais , et qu'étant puissant en crédit et moyens, il pourroit pratiquer et corrompre quelques-uns , soit gens de guerre ou autres, au préjudice de l'Etat, et qu'il ne le falloit souffrir.
Les députés des Etats qui étoient allés en Danemarck, sont retournés depuis trois jours , se louent bien fort du bon accueil qu'ils y ont reçu, des bons propos que le Roi leur a tenus, des présens qu'il leur a faits; et disent aussi qu'il s'est fort soigneusement informé de l'état de leurs affaires ; s'ils n'étoient point entrés plus avant en
traité avec le roi d'Espagne que ce qu'ils lui en avoient dit, et quelle étoit l'inclination des députés de votre Miyesté sur la paix ou la guerre; y lyoutant encore que les Espagnols étoient accoutumés de tromper quand ils peuvent, et qu'ils y dévoient bien prendre garde. Ledit sieur Roi a envoyé deux députés, l'un conseiller en son codseil , l'ax^tre un docteur qu'on dit être homme fort suffisant. Ils sont arrivés depuis trois ou quatre Jours à Amsterdam, et sont attendus de Jour à autre ici ; un gentilhomme , qui est en ce lieu de la part du roi de Suède, pour essayer de lever des gens de guerre en ce pays, sur le bruit de la paix , est venu voir le président Jeannin, et lui a dit que son maître désiroit fort de traiter alliance et amitié avec votre Majesté , et obtenir quelque permission d'elle de lever des soldats français , dont il a parlé à M. de La Borde, qui voudroit bien être employé si votre Majesté l'a agréable, ne s'y étant toutefois voulu engager sans recevoir son commandement exprès làdes* sus, lui ayant aussi dit qu*il ne le devoit faire autrement.
Le même gentilhomme a encore dit au président Jeannin qu'un habitant d'Amsterdam s'en alloit trouver votre Majesté de la part dudit sieur roi de Suède, pour savoir si elle auroit agréable qu'il lui envoie des ambassadeurs à l'effet susdit, usant de cette façon pour la crainte qu'il a que le roi de Pologne, son ennemi, ne l'ait déjà prévenu ; qu'il sait bien ledit sieur roi de Pologne avoir beaucoup de fiance en l'amitié du roi d'Espagne , duquel il est beau-frère , et que son Roi a cru qu'il pourroit à cette occaâon espérer quelque chose de la vôtre. Le président Jeannin lui a demandé aussi comme son maître étoit avec le roi de Danemarck son voisin : à quoi il lui a répondu qu'il étoit mal , mais sans dissension ouverte. Lui a au surplus magnifié les moyens dudit roi de Suède ; qu'il a en réserve grande somme d'argent amassée avec Espagne depuis dix ans, des mines d'argent , et surtout de cuivre et de fer en abondance; qu'il entretient aussi d'ordinaire plus de cent navires de guerre, dont il y en a quarante de six, sept ou huit cents tonneaux. J'ai bien ouï dire souvent à un gentilhomme qui a demeuré long-temps audit pays de Suède, que le roi de Danemarck a dessein sur ledit royaume de Suède, et recherchera tous les moyens qu'il lui sera possible pour y entreprendre. Cela fait soupçonner encore que lui et le roi d'Angleterre , déjà conjoints par étroite alliance, ne recherchent ensemble à cette occasion Tamitié du roi d'Espagne , pour s'en servir à ce dessein; mais ledit roi d'Espagne abandonnera, en ce faisant , le roi de Pologne son beau-frère j
BU PHiSIBËNt IteÀNNtlf.
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jKiis il doit pIotAt désirer que ces deux royaumes de Suéde et Danemarck soient possédés par deux rois que par ud seul, et semble que votre Majesté y ait encore plus d'intérêt pour n'accroître la puissance du roi de Danemarck , déjà conjoint avec l'Anglais. Et toutefois il semble expédient, si ledit sieur roi de Suède envole vers elle , de tenir toutes choses en surséance jusqu'à ce que la résoluti(m ait été prise es affaires que traitons ici.
Quelques-uns ont reçu ici, depuis quatre ou doq jours, des lettres d'Anvers , par lesquelles on leur mande qu'il y a eu derechef un nouveau combat de mer près Malaca , entre les Portugais, a eux joints plusieurs Indiens , et les Hollandais ; qoe les Portugais y ont perdu neuf galions et cinq à six mille hommes , et les Hollandais, qui sont demeurés maîtres de ce combat , environ trois cents hommes et des navires , et qu'on te- Qoit la ville de Malaca avoir été prise après cette victoire : cette nouvelle n'est encore bien certaine. Les marchands de la compagnie des Indes d'Orient font partir quatorze grands navires dans sept on huit jours pour faire ledit voyage, <pi'on dit être les mieux équipés d'artillerie , ^ics, matelots , soldats , et toutes choses qu'au- <^ autres qui soient jamais sortis de ces pays. ^liy a rien qui excite le roi d'Espagne à donner ^ ^ aux Etats , sera la crainte des voyages , ^il reçoit ordinairement beaucoup de dom- 0^, et doit craindre pis. Les sieurs Verreiken f^Cordelier nous sont présentement venus voir àmm en nos logis, ont pris congé de nous, nous <»t mercié des bons offices que faisons pour la P3i^> dont ils nous ont dit être bien informés , rt priés d'y continuer. Ils ne sont entrés plus imi en propos, encore qu'ayons essayé de les y mettre; c'est qu'ils veulent demeurer couverts j^o'à la conférence, ou qu'ils ne se fient non plos en nous que du passé. Ont dit au président ieannin en particulier, que M. le président Ri- <^ot se recommandoit à lui , qu'il seroit de la <^érence, et se réjouissoit de ce qu'il auroit "«>ven de parler et de conférer lors avec lui. >0Qs prions Dieu , Sire , qu'il donne à votre Majesté et à sa royale famille une très-parfaite ^Qté, très-heureuse et très-longue vie.
Votre, etc., P. Jeannin et de Russy.
De La Haye, ce 2 de décembre 1607.
leUre de M. Jeannin à M. de Villeroy, dudit jour 2 décembre 1607,
Monsieur , le Cordelier a fait à son retour de Bruxelles un présent aux Etats de l'original de ^ ratification , qui les contente fort , encore que soit peu de chose. Il assure aussi partout où il
n. C. D. M. T. TV,
passe, et ceux qu'il voit en Ce lieU, qu'il tient la paix pour faite , soit qu'il sente ainsi qu'il soit vrai en effet, ou qu'on l'ait trompé lui-même. Le prince Maurice , au contraire , dit qu'elle ne se fera pas. Les mouvemens des Etats y inclinent toujours ; mais s'ils ne sont trompés par ceux qui conduisent leurs affaires, ils ne l'accepteront que bonne et assurée. Nous n'avons rien à désirer es propos des députés d'Angleterre , et ne 'aissons pourtant de craindre tous deux sur ce que le Roi nous en a mandé, et ce que vous, monsieur , et M. de La Boderie m'en avez écrit en particulier.
Ils montrent d*étre fort soigneux de deux choses : l'une ^ que par le traité la souveraineté de ce pays soit quittée et remise aux Etats, précisément et en termes plus exprès qu'il n'a été fait par la trêve ; l'autre , que s'il faut entrer en traité , soit pour avoir une paix entière et absolue , non une trêve à longues années ^ disant avoir charge d'insister à ce que dessus, de conseiller ouvertement aux Etats de rompre si leurs ennemis en font refus , et même de se retirer plutôt que d'y consentir, nous ayant répété ces paroles fort souvent , et comme pour nous persuader d'en faire autant : je ne veux imaginer à quel dessein , vu que chacun croit qu'ils veulent la paix; vous nous l'avez écrit, et nous en faisons aussi le même jugement, combien qu'ils nous aient dit plusieurs fois qu'ils la veulent pource qu'ils croient ne la pouvoir empêcher. Peut-être seront-ils bien aises que prenions cet avis avec eux , pour feindre qu'ils y ont été emportés par nous , et après s'en départir pour en avoir le gré des archiducs et faire tomber la haine sur nous. Nous leur répondons, sur ces discours, qu'il faut être bien résolu d'assister les Etats d'un bon et puissant secours , si on leur veut conseiller fermement de rompre à cette occasion ; et , afm que les deux rois soient aussi assurés l'un de l'autre , et qulls ne s'abandonneront point, ni les Etats , au secours qui sera promis, qu'ils aient un traité par ensemble , sans lequel Sa Majesté ne s'y engagera jamais , et conseillera plutôt aux Etats de rompre pour quelque occasion que ce soit. Ils acquiescent encore à cela , et trouvent qu'il est raisonnable d'en user ainsi. S'ils vouloient faire ce traité par effet , ou si la ligue étoit faite avant le traité de paix , il y auroit quelque sûreté avec eux, mais non autrement. C'est toutefois notre intention, si ne recevons autre commandement de Sa Majesté, de nous rendre faciles à tout , et n'insister à rien qui puisse rompre la paix, quand même les archiducs ne voudroient consentir que l'article de la souveraineté soit plus expliqué que par la trêve , pourvu qu'on puisse
KBGOCUTIÔNfl
faire notre ligue avec lea Etats , en laquelle il y aura assez de sûreté pour eux et pour nous. Et à la vérité nous eussions été hors de grande peine si elle eût pu être faite plus tôt; mais s'il vous plait vous souvenir de ce qu'avons écrit touchant les difficultés et empêcheroens qui s'y sont rencontrés , et nous ont ôté le moyen d'y parvenir.
Jusqu'ici vous jugerez, monsieur, qu'il ne nous a été possible de faire mieux. Or tout est encore en son entier , et ne vois rien que devions craindre pour ce regard, sinon que cette seule considération empêche le roi d'Espagne de faire la paix. Le sieur de Barneveldt continue tous les jours à nous assurer de son affection. Le prince Maurice et )e comte Guillaume le font aussi , et suis certain qu^il n'y a point de feintise en ceuxci. J'en espère autant de l'autre , sans me l'oser promettre si assurément. C'est tout ce que pouvons faire que de ménager leur bonne volonté, et de ceux que reconnolssons affectionnés au $e^ vice de Sa Mtyesté, prendre garde à ce qui se passe , lui en donner avis , recevoir ses oommandemens, et faire sur les occurrences ce que jugerons devoir être utile pour ses affaires. Outre ce que l'ambassadeur d'Angleterre, qui est près des archiducs , a écrit aux députés qui sont ici , que Spinola pourroit bien être l'un des députés en la conférence pour la paix, d'autres l'ont écrit d'Anvers. S'il y vient lui-même , il est certain que c'est pour traiter en effet; et s'il y a aussi quelque secrète négociation , qu'on ne pouvoit choisir un plus puissant entremetteur , ni même plus propre pour faire des pratiques parmi les Etats ou gens de guerre. Je le craindrois à cette occasion , avec ce que j'ai appris de plusieurs qu'il est mal affectionné à la France ; car, encore que les députés n'aient jamais autre volonté que celle de leur maître, si peuvent-ils toujours beaucoup sur le choix des choses qu'on laisse à leur jugement. Le prince Maurice , qui a eu le même avis y dit qu'on doit empêcher qu'il ne vienne, pour les raisons ci-dessus déduites ; et néanmoins quelques uns avoient cru, s'il venoit, que ce pourroit être pour traiter avec lui et chercher les moyens de lui donner contentement. Mandezmoi , je vous supplie très-humblement , ce que vous sentez de l'inclination dudit sieur Spinola envers ou contre nous. Il est d'un pays où les hommes sont subtils et fort artificiels.
Képondçz-nous aussi , s'il vous platt, particulièrement §ur tûuslçs points de nos précédentes lettres, naiiUi>émeQt pour le regard de ce que Sa Idajesté voudra donner aux Etats en faisant la h&Hi» pouf Ia paU ; et qu'elle ne craigne point , s'il lui plaît ^ dç me déclarer son dernier mot, dont je u*9i»mm «ucunçioeut ; et pareillem^t
de ce qu'elle voudra faire pour le seeoQra de la guerre, si la paix est rompue; et de considérer que pour relever les courages et prendre quelque avantage, il sera besoin qu'il soit plus grande premières années ; comme aussi si elle le donnera par obligation, dont les Etats feront grande instance , ou seulement comme du passé; si elle n'entend pas aussi obliger envers elle le roi d'Angleterre, afin qu'il ne s'en puisse retirer après l'avoir une fois accordé, comme il a cidevant fait ; et s'il y a quelques articles sur lesquels Sa Majesté veut qu'on insiste préeisément, quand les Etats devroient même rompre à cette occasion , soit touchant ceux doat mention est faite ci-dessus ou autres , de nous eo avertir par même moyen , afin qu'au temps des résolutions 9 lequel approche , noua ^oyorn instruits de son intention sur tout ce qui la préseatera, soit pour la paix ou la guerre. Car , encore que sachions bien Sa Majesté désirer la paix, y pouvant parvenir, avec les conditions requises pour la sûreté des Et^its, en son eontentemeot, le contraire pourroit néanmoins arriver, et nous être pressés , en une occasion présente, de nous ouvrir sur le secours pour la guerre, dont la remise pour recevoir nouveau commandement seroit dommageable.
Les députés d'Angleterre doivent être préparés à tout, et avoir charge et pouvoir de leur maitre, de déclarer son intention sur lesoceurrences des affaires , ainsi qu'ils m'ont dit. J'ai bien la réponse du mémoire envoyé par M. de Préaux, qui satisfait à partie de ce que dessus; mais il y a eu quelque changement depuis aux affaires, qui me fait désirer cet éclaircissement, ensemble un pouvoir selon que l'avons écrit par nos précédentes dépêches. Je serai toujours eo peine et incertitude jusqu'à la fin, quoiqu'on n)« promette qu'elle sera bonne, pource que je sais bien que la fidélité , la diligence et la prudence même sont comptées pour rien, et ne suffisent jamais pour exempter de blâme et calomnie ua bon serviteur si son travail n'est heureux , tant s'en faut qu'il lui puisse acquérir quelque grâce envers son noaltre. Mes vœux tendent done àee but de bien servir, et prie Dieu qu'il veuille favoriser notre labeur, et vous donner ^ussl) n^^' sieur , en parfaite santé» heureuse et longue vie. Votre, etc., P. Jraî^j^in.
De La Haye , ce deuxième jour de décembre 1607.
Lettre de M, le due de Sullg à M. Jeannin^ du 6 décembre 1607.
Monsieur , le Roi et uovs toys avons re(« grand eontenlemat « ta leçt\jif« de vos Mtrtt i
BtJ PRESIDENT J£ÀT9NtN«
tôt, eûàite qn*H y ait quelque diose aux procédures de ceux auxquels vous avez à négocier , qui oe soit selon notre goût, néanmoins cela nous éclaircit grandement , et nous fait juger le foDdemeot qae Ton doit fiiire sur telles humeurs , lesquelles, puisque vous connoissez bien, vous ourlez manier comme' ii faut.
A ce que je vois, les Anglais se gouvernent seioD votre désir ; mais ils me tromperont bien sî, avant que toutes choses soient conclues y ils iK vous font voir une revirade de leur humeur. i^' que ee soit, il faut porter ces peuples à la piix; car quand l>ien elle ne devroit guères durer, si eu tirera-t-on toujours cet avantage qu'ils iie pourront qualifier provinces libres et souveraioes avec ju^te titre , par La renonciation de leurs seigneurs, et que leurs voisins et amis les pourront assister plus ouvertement, sans qu'on leor puisse objecter qu'ils secourent les rebelles if autrui; car aussi-bien je cralndrois que si loaiDteaant l'on rentrait a la guerre, qu'il n'arriiit quelque séparation de villes ou provinces ^composent leur Etat, ou pour le moins aliéudoD de plusieurs vokMatés. Mais , si , la paix ûite, ils sont contraints de revenir aux armes , leiuse des menées et entr€|iirises d'Espagne, ce xnavec pkis d'animosité que jamais, par la «voissance da dessein que l'on aura eu de les ôroifefiir. Surtout ils doivent bien aviser fkilt forme de gouvernement ils choiaiixmt; <v éprendre leur exemple sur les Suisses, ou Mires peuples pareUs, qui se sont mis en liberté, /^ peur qu'ils se trompent , à cause de la difféfcoee des hunaeurs et situation des provinces ; b DUS étant gens rudes , tous formés à la guerre, ^desquels le priocipal revenu xx>nsiste à l'éclat <^ leurs armes, à cause de la stérilité xie leur pavs et petit triAc que l'on y peut faire , n'y »ant point de <ner ni de rivières , et les diemius àt difficile aeoès pour la iaciUté d'ieelui; telle- B£fit que toute leur sollicitude consiste à garder leur liberté et à se tenir aripés, tant pour eux ipiepour tous autres qui ont de l'argent; et les ^inditioasde m(essieurs les Etats sont toutes opposites. Si bien que s*il n'y a un , deux ou trois , ^jusqu'au nombre au-dessous de vingt, qui i^t bien fort intéressés en la conservation de '<^r Etat et liberté, qu'ils s'occuperont telleiiteot au trafic et à jouir de la paix et du repos, qui! sera aisé de les attaquer , étant mal préparés.
Telles afitaires mériteroient un discours plus ^'teodu, mais vous entendez à demi mot, et puis ^ lettres du Roi et de M. de Villeroy vous instruiront si aa^lemej;it,.que les miennes ne jpeuvent être qu'inutiles^ aussi ne les ée«ivpis*je
point principalement , et (p3 pour vo^s assurer de la continuation de mon amitié et service , ejt vous prier de vous souvenir de frapper quelque coup pour M. le prince d'Espiuoy mon cousin ^ car Le bon office qu'il recevra en cette occasion^, tant par messieurs les Etats que par vous , je l'estimerai fuit à moi-même, et me semble que les témoignages d'affection que j'ai rendus et puis encore rendre pour Tçivepir a miessieurs le^ Etats , méritent bien qu'ils fassent considération sur mes prières. Ce qu'espérant et d'eux et de vous , je prie le Créateur , monsieur, qu'U vou^ augmente ses saintes grâces et bénédictions; je vous baise les mains , et suis votre plus bumble ami a vous faii*e service. Votre, etc. ,
MaXIMIUÀK de B£TH(JN£, duc JDE ^UlXY^
De Paris ce 6 décembre 1607.
Lettre du Roi, du 8 décembre 1607.
Messieurs Jeannln et de Russy, toute votre procédure et conduite sur la belle demande ^ proposition pour la confédération que ces sieurs prétendent faire avec moi et le roi de la Grande Bretagne, que vous m'avez représentée par votr^ lettre du 26 du mois passé, que j'ai reçue le premier du présent, m'a été très -agréable; car elle a été en toutes ses parties conforme à m^ intentions et fondée en raison^ très^pertineates. Je considère que plus je recherche de bien^ fiôrep en général «t en particulier, auxdits sieurs, aur tant pour la paix que pour la guerre , sans autr^ considération ni acceptation que de leur prosr périté et de la sûreté de leur Etat, plus ilss'imagineut que je le fais par nécessité : comme si j^ ne pouvais conserva mon royaume sans eux. De quoi volontiers je pr^drois conseil de lios désabuser une fois pour toujours, etretireroto tout-à-fait mon épingle du jeu, si je n'avois autant de soin de la cause publique que j'ai de mofi intérêt particulier. Vous m'avez dpnc servi ^ selon mon désir , d'avoir rcyeté leur exoessive d^ mande en matière d'argent, avec le ressqixtipieçit que vous m'avez mandé. Pareillement je loue votre prévoyance et diligence à découvrir jet renverser les desseins contraires et préjudiciables aux miens, ayant remarqué que vous n'ometti^ rien à faire pour ce regard, comme jereconnois aussi qu'il est tout besoin que vous fassiez, taot pour les diverses humeurs et fins des gens auxquels vous avQz affaire , que pour la qualité de la matière que vous traitez. Mais je me promets qu'enOn l'issueji'en sera que bonne et honorahlje pour moi , de quelque c6té qu'elle penche , à M paix ou à la guerjce , étimt mon but tel ^que vous savez qu'il est, et vous en aywAt confié la direction^ que Dieu fera j^o^pérer, s'Uiui platt? Atatti
quMl a fait ci-devant , par sa bonté infinie et extraordinaire, toutes mes autres actions. Je ne m'arrêterai à discourir et vous écrire mon avis, tant sur lesdits articles du projet de la susdite confédération dressée par lesdits sieurs les Etats, que sur la remontrance qu'ils vous ont faite, dont vous m^avez envoyé des doubles ; car je n'approuve aucunement le style et la forme du premier, et faut, s'ils veulent que j*aie égard à l'autre , qu'ils m'y convient par des effets qui me contentent. Mais, après avoir mûrement considéré l'écrit que vous avez dressé de l'avis des députés d'Angleterre sur ce sujet , je l'ai trouvé très-bien en la forme et en la matière, et aurai à plaisir que ledit sieur roi de la Grande-Bretagne fasse d'icelui le même jugement : de quoi néanmoins je doute toujours comme du surplus de ses intentions; car je remarque que lui et ses ministres, en Angleterre et ici, tiennent des langages qui ne s'accordent avec ceux de leursdits députés.
• Le sieur de La Boderie m'a écrit deux choses : Tune, qu'ils ont trouvé mauvais que leurs gens aient conseillé avec vous, auxdits sieurs les Etats, de se contenter de la ratification du roi d'Espagne; et l'autre, qu'ils n'entendent faire avec lesdits Etats notre ligue défensive qu'après qu'ils seront tombés d'accord avec les archiducs. Vous pouvez juger par le premier la portée de leur conception , et par l'autre qu'ils craignent plus d'offenser le roi d'Espagne et les archiducs, qu'ils n'ont de désir de conclure ladite ligue. Pour moi j'estime toujours qu'il est meilleur de l'avancer que la retarder, car c'est jouer au plus sûr pour toutes les parties; par là vous ferez voir auxdits Etats une sûreté en la paix, ce qui en facilitera l'accord selon notre désir. Nous aurons aussi la nôtre en ce que nous devons et pouvons nous promettre d'eux. De quoi nous demeurerions incertains si nous attendions à traiter, après qu'ils auront fait leurs affaires avec les archiducs, lesquels, non plus que le roi d'Espagne, ne seront mieux édifiés et satisfaits du traité que nous ferons après la paix, que de celui qui l'anticipera, joint qu'ils ont déjà, par leur suspension d'armes, reconnu les Etats pour gens libres, sur lesquels ils ne prétendent rien. Que l'avancement de notredite ligue ne doive auxdits Espagnols et archiducs retrancher aucunement les espérances et considérations qui les ont mus d'entendre audit accord, je n'en doute point; mais je les vois si avant engagés en ce traité , et si désireux de le conclure, que je n'ai pas opinion qu'ils délaissent pour cela de passer outre, mêmement si nous faisons ladite ligue, autant pour nous entresecourir et assister en cas de guerre , comme
en celui de paix , ainsi que i)ou& projetons. Au moyen de quoi je conclus que nous devons résoudre ladite ligue et confédération plus tôt que plus tard, devant que lesdits Etats aient arrêté entièrement leur traité avec lesdits Espagnols et archiducs. Toutefois vous devez faire que les Etats en soient les requérans 3t principaux poursuivans, tant pour la dignité et réputation qu'il faut toujours retenir de notre côté, que pour la faire trouver meilleure à eux-mêmes, et aussi y porter plus facilement les Anglais, lesquels je prévois se rendre très-difficiles , tant par inclination que pour nous contredire. Nous devons craindre aussi, quand lesdits Anglais sauront que lesdits Etats auront parfait ledit traité avec lesdits Espagnols et archiducs, qu'ils traversent ladite ligue, et qu'ils s'entendent sous main avec ceux-ci pour cet effet, voire qu'ils empêchent même que je n'en fasse une à part avec les Etats, lesquels, ayant lors leur compte, seront peut-être moins affectionnés et désireux d'y entendre qu'à présent,' quand ce ne seroit que pour n'offenser le roi d'Angleterre ni leurs nouveaux amis. Néanmoins je remets toutes choses à votre jugement, auquel j'ai entière confiance. Or j'ai avisé de promettre et accorder auxdits Etats, par mondit traité, de les secourir, en cas de rupture et d*infraction de celui qu'Us feront avec les archiducs en la forme portée par votredit projet, de six ou huit mille hommes de pied françois, qui seront par moi choisis, fournis et soudoyés, autant de temps que les Etats en auront besoin , pourvu , et non autrement , qu'ils s'obligent dé leur part, si mon royaume est assailli, de m'assister et secourir pareillement en vaisseaux de guerre , dont le moindre sera de trois à quatre cents tonneaux, ou en argent, à moa choix, à proportion de la moitié de la dépense à. laquelle reviendra mon susdit secours de six ou huit mille hommes de pied , payés Suivant les appointemens et soldes ordinaires de mon royaume, portées par les Etats, dont je vous envoie des doubles. J'entends aussi que le roi d'Angleterre s'oblige, par le même traité, de donner un secours auxdits Etats, sinon égal du tout au mien , au moins approchant d'icelui, soit en hommes ou argent, ainsi qu'ils conviendront ensemble; et, s'il est moindre que le mien, que celui que les Etats nous accorderont , soit aussi proportionné à la rate de l'un et de l'autre. Et quant au mutuel et réciproque secours que le roi d'Angleterre et moi aurons à tirer l'un de l'autre, en cas de guerre, j'estime que nous devons suivre et confirmer ce qui a ci-devant été convenu entre nous, le trentième jour de juillet 1607, lorsque mon cousin, le duc de Sully ^
DU PRESIDENT JSANNIN.
passa en Angleterre pour visiter de ma part ledit Roi, et me coDjouir avec lui de son heureux avéDeroent à la couronne dudit pays , dont vous aurez ici une copie collatioonée sur l'original signé de la main dudit Roi. Il sera besoin seulement de spécifier la solde qui sera donnée aux gens de guerre et aux capitaines, pilotes et mariniers des navires dont sera composé ledit secours mutuel, comme du port dc»dits navires, a/în que tout s'accomplisse de bonne foi et sans difSeulté, quand il écherra de ce faire. Mais si le roi d'Angleterre fait difficulté d'entrer , dès à présent, en ce traité de ligue défensive, sous prétexte de ne vouloir offenser lesdits Espagnols et les archiducs , et de ne vouloir contrevenir au traité dernier qull a fait avec eux , et partant qod persiste de vouloir voir devant ce qui réussira de celui desdits Etats avec ces derniers , Je veux que vous ne délaissiez d'arrêter et conclure, dès a présent, la confédération avec les Etats, afin que je ne demeure davantage à la discrétion des événemens, joint que j'ai grande occasion de me défier de la volonté et constance dudit roi d'Angleterre, pour la perfection de ladite ligue en la forme qu'elle doit être et que TOUS l'avez projetée, encore que ses députés aient fait contenance de l'approuver, mémement quand il verra les Etats d*accord avec les archiducs. N'en remettez donc la résolution après ledit accord, si vous la pouvez anticiper, et ne laissez, pour ce que je vous mande, de faire votre possible pour y faire joindre et entrer en lûéme temps le roi d'Angleterre ; car la partie CD sera toujours plus forte et estimée, quand elle sera composée de trois ensemble et sans séparation. Il sera bon de donner aux autres rois, princes, potentats , communautés et villes qui voudront y entrer, six mois de temps. Il faut aussi déclarer et spécifier par le susdit traité de %ue, au cas qu'en un même temps l'on fasse la gQerre aux trois ou aux deux co-al)iés ensemble, quelle sera l'assistance que nous nous entre-don- Derons, comme vous verrez, par les articles dudit sieur de Sully, qu'il a été spécifié entre moi et ledit sieur roi d'Angleterre. Il me semble qu'il wa bon de prendre ce pied. Quant au partage des conquêtes sur l'ennemi commun,japprouvece qui en est porté par votre dit projet, comme je fais tous les autres articles d'iceiui qui ne sont contredits par la précédente : mais il est nécessaire que nous sachions , devant que de conclure ledit accord, ce que Ton prétend faire des villes d'otage que gardent les Anglais; car s'il faut qu'elles deoieurenten leurs mains, leur roi sera grandenoent avantagé par -dessus moi, tenant et ayant ea son pouvoir deux places si importantes.
Eclaircissez-moi de ce point, car je le juge digue de grande considération. A quoi j'ajouterai qu'entre plusieurs raisons qui me meuvent d'of-. frir et fournir auxdits Etats le secours duquel nous conviendrons plutôt en hommes qu'en argent, c'est que je ne veux pas que mon argent soit employé à entretenir lesdits Anglais ni auti'es gens de guerre que ceux de ma nation , et à plusieurs autres dépenses dudit pays, comme je sais qu'il a été ci-devant.
J'entends aussi , avant que les Etats s'accordent avec les archiducs et les Espagnols, s'il faut que je les secoure de quelque chose pour, une ou deux années, que ce soit en hommes et non en argent, comme de trois ou quatre mille hommes, en deux ou quatre régimens à mon choix ; car c'est de quoi ils auront plus de besoin pour conserver leur Etat et les garantir des entreprises et surprises que l'on y pourroit faire ; ne pouvant approuver ni consentir, comme j'ai dit, que mon argent serve à autres frais et moyens à récompenser ou contenter les capitaines et autres qui seront licenciés ou retenus en service par les Etats après ledit accord. Je présuppose et entends aussi, accordant ce dernier secours pour un ou deux ans , que ledit roi d'Angleterre sera content de leur en octroyer un , sinon . égal au mien, du moins approchant d'iceiui, moyennant quoi il sera facile auxdits Etats de munir leurs places de forces suffisantes pour les garder de surprise, y contribuant et coopérant de leur part ce qu'ils doivent à la conservation de leur liberté et Etat; mais il faut aviser si le roi d'Angleterre accordant le susdit secours, pour ledit temps demandé, qui soit par prét^ et partant que lesdits Etats s'obligent à la restitution de l'argent qu'il y mettra , si nous devons faire pareille instance. Il me semble que j'y serai encore mieux fondé que lui, principalement s'il demeure nanti desdites places ostagères. Au moyen de quoi vous y prendrez garde et me servirez en cela le plus à mon avantage qu'il vous sera possible; vous déclarant, si lesdits Etats acceptent ladite assistance durant lesdites deux années , en hommes telle que je la leur offre, que j'insisterai moins audit remboursement que s'il falloit la fournir en deniers. Sachez, aussi s'il faut , pour plus facilement engager le roi d'Angleterre audit secours pour lesdites deux années, que je fournisse en argent sa quote part, que je m'y disposerai , à la charge de le compter et rabattre sur ce qu'il prétend que je lui dois. Toutefois mettez peine de parer ce coup , si faire se peut , et n'en lâchez la parole qu'à l'extrémité, et quand vous connoftrez ne pouvoir m'en garantir.
nEéOCIATIONS
Or , s*il avient que les Etatâ ne tombent d'accord avec les archiducs , et partant soient contraints de reprendre les armes et recommencer là guerre, en ce cas Je suis content de les assister , durant le temps c(ue vous limiterez et conviendrez avec eux et les députés du roi d'Angleterre y le double de ce que ledit roi accordera ; comme s'il y Tcut entrer pour cinq cent mille livres par an , J'en exposerai un million, soit en gens de guerre ou en argent , à mon choix , par forme de prêt ou de don , ainsi qu'il sera convenu entre nous. Mais Je ne voudrois que le roi d'Angleterre en fût quitte seulement pour des promesses, et partant que demcarasse leur engagé audit secours, comme peut-être seroit Tintention des Anglais, et, pour ce, faire offrir une grande somme , que la mienne seule fût suffisante pour soulager lesdits Etats, et les contenter sans débourser et fournir la leur, et par ce moyen rejeter sur moi seul ce fardeau ; chose que Je ne veux aucunement consentir ni endurer. Mais J*aî bien opinion que le roi d'Angleterre n'entrera qu'à l'extrémité en la susdite obligation pour la reprise et continuation de la guerre. Je pense pareillement que nous devons avoir le même but ; car plus Je considère quels sont les accidens qui peuvent naître de ladite guerre pour le présent et pour l'avenir, plus j'y remarque de péril pour lesdits Etats et ceux qui s'y engageront avec eux. Toutefois , s'ils ne peuvent obtenir de leurs adversaires des conditions de paix raisonnables et sûres, ils ne seront abandonnés de mol en leur Juste guerre, non plus qu'ils ont été cidevant , pourvu aussi que le roi d'Angleterre sôit de la partie, et qu'il porte sa part du secours duquel lis auront besoin , comme II est raisonnable. Dont vous pourrez dire qu'en cas de guerre Je doublerai l'offre que leur fera le roi d'Angleterre aux conditions susdites.
Souvenez-vous aussi du commandement que Je vous ai fait pour le décompte et la reconnoissance des sommes desquelles J'ai ci-devant et Jusqu'à présent secouru les Etats , afin qu'il soit pourvu à la sûreté du remboursement d'icelles, suivant ce que Je vous ai ordonné en partant , et l'ouverture que Je vous al depuis faite par la dépêèhe que vous a portée Tabbé de Préaux. La demande est si équitable que Je me promets que lesdits sieurs y satisferont en une sorte ou autre ; pour quoi fhlre. Je m'accommoderai toujours autant que Je pourrai à l'état de leurs affaires.
Et , quant à la fourniture du dernier quartier du secours de la présente année, sachet qu'il n'a été fait aucune promesse à leur député de deçà , pour Tavancer comme vous avez écrit qu'il a mandé par delà ; mais il eu sera usé ainsi que Je
vous al fait Savoir par mes précédentes^ avec déclaration et protestation. Toutefois, si lesdits Etats prolongent leurdite cessation d'armes pour un an ou pour plus de trois mois , comme l'on m'a avisé qu'ils ont fait ou délibéré de faire , non-seulement Je retarderai ladite partie , mais qu'ils ne doivent s'attendre à la continuation de la même assistance pour Tannée prochaine ; car Je ne veux consumer mon argent en faveur d'une telle prolongation, qui ne servira qu'à les décevoir et empirer leurs affaires, comme Je vous ai prédit. J'entends aussi, s'il faut rentrer en la guerre et que les Etats tirent de moi la susdite assistance, qu'ils me promettent aussi, par acte valable, de ne traiter à l'avenir paix ni trêve, ou autre accord, sans mon consentement par écrit, signé de ma main et scellé du cachet de mes armes, pour ne retomber ci-après en la même surprise en laquelle Je nie suis trouvé lorsqu'ils ont fait leur cessation d'armes sans moi.
Vous demandez si J'aurai agréable, au cas de guerre , de m'obllger par contrat au susdit secours desdtts Etats, ou si J'entends en user comme J'ai fait ci-devant. Je vous avise que je ne refuserai ladite obligation si elle est Jugée nécessaire , et si le roi d'Angleterre y veut entrer; car, comme Je veux assister de bonne foi et sln* cèrement lesdits Etats , Je ne ferai de difficulté de leur en donner les sûretés, qui seront estimées nécessaires pour encourager et contenter leurs peuples, sachant que, comme lesdits Espagnols et archiducs sauront la vérité dudit secours, en quelque forme qu'il soit donné, le mauvais gré qu'ils nous en sauront sera toujours semblable ; Joint que nous le pouvons dès à présent Justifier , sur la déclaration de liberté et souveraineté que les Etats ont obtenue desdits archiducs par le traité de ladite cessation d'armes. Toutefois, si vous pouvez obliger audit secours le roi d'Angleterre , par autre vole que par contrat. J'aurai agréable que nous en soyons exempts; partant Je remets le tout à votre Jugpment; mais Je prévois, si les Etats ne modèrent leurs prétentions , et i*etranchent les espérances que J'entends qu'ils ont conçues de s'avantager par le traité de ladite paix avec les ar<*hiducs, qu'il sera difficile qu'elle réussisse. J'estime aussi que les archiducs aspireront plutôt à une trêve de longues années, laquelle Je ne suis pas d'avis que les autres rejettent, en cas qu'ils ne puissent obtenir une paix absolue. Et quant à l'aitlcle qui concerne leur souveraineté et Ulierté, ils doivent faire leur possible pour l'obtenir avec toutes les clauses les plus avantageuses et honorables qu'ils pourront; mais , en t!^ de refus , je
BU PBÉStDCNt JBANNIN.
mA d'sTis qu'ils eonteot^nt de l'avoir tel qu'il a été accordé par ladite cessation d'armes, plutôt que de rompre et rentrer en guerre , car il est SQfrisant assez s*iis donnent bon ordre à leur gouTemement et affaires, pour, avec le temps, justifier et assurer le droit de liberté et souveraineté , qui se fortifiera ou décherra selon la félicité ou infélicité de leursdites affaires.
Le principal et plus essentiel point auquel ils doivent donc penser et pourvoir maintenant , est à la ibrme de leurdit gouvernement après ladite ^ix , au moyen de maintenir la réputation de leurs armes et puissance, par mer et par terre , en paix comme ils ont fait en guerre , et à se munir et fortifier d'amis, en intéressant leurs TOisIns  leur conservation , comme je vous ai amplement écrit par mes précédentes. Enfin le pire conseil que les Etats puissent prendre , est de retarder et allonger cette négociation pour les raisons qui sont notoires à tous. Partant , opposez-vous-y tant que vous pourrez, vous servant de ma protestation susdite sur la continuation de mon secours , ainsi que je vous ai dit ci-devant.
J'ai vu la lettre que l'Empereur a écrite auxdits Etats, à laquelle j'estime qu'ils auront peu d'égard. Toutefois , comme ces peuples sont sujets à changer d'avis, vous devez continuer à observer toutes choses qui surviendront de cette part ou autre , sans rien négliger non plus que TOUS avez fait très^prudemment et à mon contentement jusqu'à présent. A tant , je prie Dieu , messieurs Jeannin et de Russy, qu'il vous ait en sa sainte garde. Henbt.
Et plus bas , Bbulart.
Ecrit à Paris, le 8 décembre 1607.
lettre de M. de Villeroy à M. Jeannin , dudit jour S décembre 1607.
Monsieur, vos lettres du vingt-sixième du mois passé ont fort contenté le Roi , pour le regard de ce qui vous concerne ; mais il n'en est pas ainsi du procédé de ces messieurs , non-seulement envers lui , mais en leurs propres affaires; de quoi Ton peut accuser aucunement la constitution et forme de leur Etat et gouvernement, mais davantage la diversité et contrariété des opinions de ceux qui y régentent ; de quoi il fiut que leurs amis se ressentent ; qui est ce qui a fâché le Roi, avec la considération du bien qu'il leur souhaite. Or, plus leurs demandes sont excessives et inciviles, moins favorablement seront-elles exaucées de nous. Vous apprendrez de la lettre de Sa Majesté à quoi elle a réduit ses offres , vous faisant certain de ses volontés sur tous les points que nous avons colligés
des vôtres, et me semble si clairement que vous n'avez à désirer de moi aucune chose. Nous avons trouvé votre projet bien considéré et mesuré , sans avoir rien laissé à désirer ni changer pour ce regard; mais nous avoDS jugé celui de ces messieurs, en la forme et en la matière, défectueux et impropre pour l'œuvre que nous prétendons parfaire : donc nous nous attacherons au vôtre ; mais nous doutons s'il sera approuvé d'Angleterre, car ce sont esprits pointilleux et glorieux , qui trouvent h redire à tout ce qui ne sort d'eux , et toutefois ne font rien qui vaille. M. de La Boderie vous aura écrit les propos que le roi d'Angleterre et le comte de Salisbury lui ont tenus sur le sujet de cette ligue : croyez qu'ils en reculeront la résolution tant qu'ils pourront; et, après que la paix desdites provinces sera arrêtée , ils la reculeront de même sous prétexte toutefois et faisant toujours démonstration d'en vouloir être. C'est pourquoi nous désirons l'avancer ^ et serait même expédient d'en faire en même temps une autre pour la guerre ) en faveur desdites provinces, car celle-ci servirait à disposer davantage les archiducs a la paix, et partant passer par dessus l'appréhension et le déplaisir qu'ils recevront de l'autre , et le dégoût qu'elle pourrait leur donner de ladite paix. Pensez-y^ je vous prie ; et me semble que ne devons nous arrêter au mécontentement qu'en auraient lesdits archiducs et Espagnols , car je crois que l'on ne peut rien ajouter à leur Indignation pour ce regard ; et si l'article de la souveraineté et liberté , accordé par la cessation d'armes, peut aucunement aider à couvrir et justifler notre action en cet endrait; mais , sans doute , les Anglais refuserant d'y entrer, car ils ont des tins toutes contraires aux nôtres. Leur ambassadeur continue à poursuivre le remboursement de leurs dettes prétendues, dont ledit sieur de Salisbury a redoublé aussi depuis peu la plainte et instance avec plus de nécessité, par mon avis, que de considération ; mais nous sommes bien délibérés de voir la fin de nos négociations devant que d'y répondre plus cathégoriquement. Bien vous puis-Je dire que si le roi d'Angleterre veut entrer en Tune et en l'autre confédération , que nous pourrons nous accommoder à payer sa quote part avec la nôtre , en déduction et acquit desdites dettes ; mais il désire plus ce remboursement pour s'en jouer que pour s'en servir. A quoi vous verrez bientôt clair^ et prenez pour signe de confirmation de ce mien soupçon si ses gens tendent h ce retardement desdits traités*
Les propos que vous avez tenus au sieur de Barneveldt et au prince Maurice et au comlo
N£GOCIÀTIONS
Guillaume , ont été bien reconnus et loués du Roi , lequel, certes, voudroit pouvoir faire pour le deuxième ce que vous proposez. Partant c*est bien servir Sa Majesté de parler en ce sens au dit prince Maurice et aux siens, lesquels Sa Majesté doit pour toutes bonnes considérations fortifier, élever et supporter , ce qu'elle aura trèsagréable que vous fassiez , s'assurant que vous n*y avancerez rien que bien à propos. Mais je vois peu d*apparence d'appréhender maintenant la conjonction du roi d'Espagne avec le prince Maurice , lui procurant cette dignité , pour les raisons déduites par votre dite lettre.
De quelque côté que vous tourniez les affaires, vous trouverez que ce fruit n'est encore mûr ni prêt à cueillir pour ledit prince Maurice ; toutefois ce serdit imprudence de l'en dégoûter ou désespérer. Par la réduction que nous faisons à présent du secours que vous avez proposé de donner pour deux ans aux Etats, vous jugerez du naturel de Sa Majesté et de ceux qui l'assistent ; car lui et eux ne manquent de bonne volonté ni de connoissance de l'importance de l'affaire ; mais ils estiment qu'il n'y a rien à perdre à ne dire oui du premier coup. Or, selon que messieurs les Etats dresseront leurs affaires et se conduiront à l'endroit du Roi , en ses traités, ils seront aussi favorisés et satisfaits de son côté. Ratissez sur ce fondement, sans toutefois nous engager à plus que ce que l'on vous permet sans nouvel ordre , car, suivant ce chemin , ce que vous remontrerez ou conseillerez, sera mieux reçu; mais n'estimez pas que la sortie du comte de Tiron rende le roi d'Angleterre plus enclin à faire la guerre que de coutume. Gela l'a un peu ému du commencement, mais il en est maintenant revenu ; car ses gens lui disent qu'il vaut mieux pour lui qu'il soit hors du pays qu'en Irlande, et qu'il y fera moins de mal. Je le crois ainsi. Ledit comte s'en va à Rome mendier sa vie , où il trouvera des esprits plus adonnés à leui*s intérêts et vanité qu'à sa consolation.
Je redoute et appréhende bien plus un renouvellement de querelle entre le Pape et les Vénitiens ; car depuis l'attentat tenté contre ce frère Paule, les cœurs sont grandement altérés de part et d*autre ; et semble que Dieu ait ordonné un scandale de ce côté-là, qui aura suite très^angereuse en la chrétienté, dont se prévaudra sans doute le roi d'Espagne, s'il peut une fois se délivrer de la guerre des Pays-Bas , et le Pape lui en donnera l'absolution volontiers pour un tel effet. Ledit Roi a retenu tout l'argent de la dernière flotte qu'il avoit assigné, et a fait un décret sur le paiement de ses dettes , qui a fort alarmé tous ses créanciers et marchands, partisans, et même
le marquis Spinola. Quand ses prédécesseurs vouloient exécuter quelque entreprise de conséquence, ils usoient de pareils moyens. G'est pourquoi l'on soupçonne que celui-ci a le même but; mais ceux qui savent l'Etat présent d'Espagne, ne font ce jugement ; ils attribuent le tout à la nécessité de leurs affaires et à un désir de les ménager mieux à l'avenir, qu'ils n'ont fait ci-devant, pour mieux gaudir du repos et de la grandeur de leur Empire. Ils parlent toujours toutefois d'entreprendre en Afrique , en faveur de l'ua des enfans du dernier prince; mais faisons nos traités où vous êtes, et tout cela s'évanouira, sans que nous y ayons dommage ni les Etats non plus , s'ils nous veulent croire. Si le pouvoir que le sieur de Sainte-Gatherine vous a porté n'est tel qu'il doit être, je le corrigerai , me le mandant. Vous ne pouvez déconseiller les Etats d'admettre un Espagnol en la conférence qui doit être tenue avec ceux du pays que l'archiduc commettra. On dit que le marquis de Spinola prendra cette place, de quoi vous serez tôt éclaircis, puisque ces messieurs ont promis de déclarer leur délibération dedans le vingtième du présent. L'on nous a écrit de Bruxelles que le Cordelier a porté le consentement desdits archiducs, d'abandonner l'original de la ratification espagnole auxdites provinces sans tirer la contrepromesse qu'il avoit demandée^ et qu'il a été convenu entre lesdits archiducs et Etats que les choses demeureront entre eux en l'état auquel elles sont , jusqu'à ce qu'autrement en soit ordonné, sans faire autre prolongation de trêve. A quoi toutefois équipoie ledit accord, puisque les choses dépendront, pour ce regard, de la volonté des parties, lesquelles déclareront et prolongeront les affaires comme bon leur semblera ; dont nous nous donnerons moins de peine, pourvu que l'on ne prétende toucher ci-après à notre bourse, en nous entretenant de paroles, incertitudes et irrésolutions, comme l'on a fait jusqu'à présent. Nous reoonnoissons les peines et travaux que nous avons rencontrés en vos négociations pour la variété et diversité des esprits auxquels vous avez affaire , et la qualité des matières que vous traitez ; mais nous espérons que vous surmonterez toutes choses, par la prudence et intégrité dont vous procédez en toutes vos actions , que nous savons vous avoir jà acquis telle créance et pouvoir par delà que votre vertu le mérite. En tous cas, nous croyons que ce que vous ne ferez pas ne le pourroit être par autre, quel qu'il soit. Au reste, je vous remercie de la continuation des faveurs que vous départez à mon neveu de Préaux , et vous prie de le mettre en besogne, et le nous envoyer par deçà
BU PRESIDENT JEÀNNIN.
quand il se présentera sujet digne de sa portée ; et vous augmenterez les obligations que vous avez sur lui et sur tous les siens, particulièrement et spécialement, monsieur , sur votre trèsaffectionné serviteur et assuré ami.
DE Neufville.
A Paris, ce huitième jour de décembre 1 607.
Autre lettre dudit sieur de Villeroy à Jf. Jeannin, dudit jour 8 décembre 1 607.
Monsieur, nous estimons qu*il suffira à présent de &ire paroitre que ie Roi est content et prêt d entrer en Taffaire, en cas de refus du traité de paix , sans toutefois s'y engager plus avant; car ladite contenance fortifiera le courage du prince Maurice et de ceux qui redoutent ce traité de paix , découvrira Tintention interne du ro| d'Angleterre et des Anglais, et pourra favoriser ledit traité envers les archiducs, lequel appréhendera le traité du roi de France , de celui d'Angleterre et de messieurs les Etats contre le roi d'Espagne et sa suite. Nous tenons pour certain que les archjj^ucs accorderont la paix , ou plutôt une trêve à longues années, le conseil d'Espagne étant résolu. Nous voyons aussi que le Pape la désire et conseille, comme s'il avoit dessein après cela d'embarquer le roi d'Espagne contre le Turc ou contre les Vénitiens, desquels il se plaint plus que devant; et si je ne vois pas que ceux-ci se mettent en peine extraordinaire de le contenter.
On discourt que le fonds d'argent que prépare ledit Roi doit servir à tels effets , comme à intimider les Provinces confédérées , afin de favori- »r lesdits archiducs en leur traité. Quant à la lettre de l'Empereur auxdites Provinces, encore pelle ne soit à présent de grande efficace envers le général , toutefois elle servira à ceux qui ne seront contens de ce qui se conclura , pour brouiller. Il semble que cette diète impériale soit encore retardée, puisque l'Empereur n'y comparottra en personne , mais seulement l'archiduc Ferdinand ; Je n'ai pas opinion aussi que les électeurs s'y trouvent que par leurs députés, et partant qu*il se résolve chose d'importance hors TEmpire ; à quoi toutefois nous prendrons garde.
Le Roi a eu les rosiers de M. de Waudrenecq, qui lui ont été agréables. Il se porte trèsbien. 11 a donné à M. de Jambeville l'office de premier président de Rouen , qui a vaqué ces jours passés. L'on lui a ramentu vos services sur cette occasion : il a répondu qu'il vouloit mieux feire pour vous ; et , certes , il montre d'être de jonr en autre plus content de vous , et mieux reconnoître vos services et mérites. Au reste, nous
vivons ici à l'accoutumée. M. de Sully a perdu son second fils, qu'on avoit accordé avec la fille de M. de Schomberg, dont il a reçu grande affection , ni plus ni moins qu'a fait M. de Bouillon de sa fille aînée , décédée à Paris d'une espèce de maladie contagieuse, depuis quatre jours. Vous devez savoir aussi que le prince de Gondé se conduit assez mal envers Sa Majesté , marri de quoi il ne lui a été promis de visiter Rome. Si cela continue et que le prince ne s'amende , il en arrivera du mal en une sorte ou autre, ce que vous ne direz, s'il vous plaît, à personne, et pour cause.
Je salue vos bonnes grâces de mes très-affec-* tionnées recommandations. Je prie Dieu , mon-* sieur, qu'il vous conserve en bonne santé.
De Paris, ce huitième jour de décembre 1607.
Votre très, etc. , de Neufvillk.
Lettre de M. de La Boderie à M. JeanniUy dudit jour % décembre 1607,
Monsieur , celle du vingt-cinquième novembre , que vous m'avez adressée par la voie du sieu r Waudrenecq, m'est encore arrivée fort sûrement. Dieu veuUle, et je l'espère , que celles que je vous ai écrites , des dix-sept et vingt-troisième du même mois, et premier décembre, aient fait le même. Si ainsi est , vous aurez été à mon opinion plus préparé à ce que vous aurez depuis reçu ou recevrez bientôt des députés anglais, sur la conclusion de cette ligue dont est question. En effet, ils ne veulent point de nous , et je ne les vois ni si beaux , ni si bons que nous nous en devions donner grand martel : que je ne crusse pourtant que notre conjonction ne fût honorable et avantageuse à l'un et à l'autre , si fais ; mais elle excéderoit encore de leur côté , vu le train que prennent leurs affaires ; et au partir de là , tout ce que nous y saurions contribuer ne sont que des vœux , puisque l'effet de tout cela dépend des maîtres. Ils témoignent en tout ce qu'ils font ici une si grande crainte d'irriter Espagne , que cela est la seule cause de ce qu'ils traitent si mal leurs amis ; et la rétribution qu'ils en auront , sera que j'ai peur qu'ils éprouveront, et possible plus tôt qu'ils ne croient , celui qu'ils craignent tant de rendre tel , et que leurs amis ne les connoltront plus à leur commandement. Je me suis un peu étonné de voir, par la lettre, que leurs députés aient pressé le projet de cette ligue offensive entre nous tous, et la clause nommément que vous me remarquez y avoir insérée par la prière qu'en auroit faite le sieur Winood à M. de Barneveldt , vu que cela est tout contraire à ce que je reconnois par deçà; mais il faut que ledit sieur Winood et son compagnon
MKÛOCIATIÛNS
De connoissent tant leur maître et ceux qui gouvernent 9 eomme Je fais , ou bien qu'ils aient Mt les fins pour découvrir ce que nous voudrions. En tout cela, comme J'ai dit, Je ne vois mal que pour eux; car, pourvu que nous demeurions bien avec les Etats, et s'il se peut faire et, comme il y a grande apparence, mieux qu'eux , il se trouvera finalement qu'ils auront Mt les fins sans l'avoir été.
Je plaignois votre solitude par ci-devant; mais maintenant que vous allez voir tant d'ambassadeurs de toutes parts, Je vous plains moins. Vrai est-il qu'il vous sera difficile d'esquiver Timportunité de quelques brindes ; mais Je suis bien d'opinion que vous prierez M. de Russy de vous secourir en cela , puisqu'aussi bien il est d'une frontière où Ton sait s'en escrimer. Je lui baise les mains et vous à très-humblement, et demeure, monsieur, votre très-humble et plus affectionné serviteur, La Bodebie.
A Londres, ce huitième jour de décembre 1 607.
Lettre de messieurs Jeannin et de Russy, au Eoi, du 9 décembre t607.
Sire,
Le sieur de Sainte-Catherine arriva en ce lieu le troisième de ce mois, avec la réponse de votre Majesté à nos lettres du vingt-septième d'octobre et sixième novembre. Elle aura depuis reçu celles que lui avons écrites par le sieur de Monceau, que craignons lui avoir apporté peu de conten-^ tement , pource qu'elle contenoit la demande excessive des Etats pour la ligue en cas de paix , et les voyages du Cordeiier : deux actions ensemble qui lui pouvoient donner du soupçon qu*il y eût quelque chose de pis, dont nous n'étions exempts, lors encore que pour ne trop travailler l'esprit de votre Majesté , nous eussions plutôt essayé de les diminuer que représenter au vrai. Or le temps nous en a si bien éclaircis , qu'il ne nous en reste plus rien , et pouvons assurer votre Majesté, encore que leur conduite en cet endroit n'ait été assez considérée, que l'intention n*a point été mauvaise, et que cette demande excessive est sortie de l'invention du sieur de Bameveldt, qui a pensé que l'espérance de ce bienfait. Joint à la ligue, uniroitplusaîsément toutes les Provinces au désir de rechercher la paix, qu'aucunes rejetoient, et qu'ils ne laisserolent pourtant de se contenter à beaucoup moins.
Ce qu'il y a de plus fâcheux en eux tous, est qu'on ne peut faire prendre à ce corps, composé de tant de pièces , les conseils et résolutions qui sont nécessaires pour leur bien , avec la célérité que l'état de leurs affaires requiert ; car leur façon de procéder a des longueurs et circuits de
soi-même , leurs ennemis y en apportent encore avec artifice , dont ils ne savent pas se garder , d'autant que ceux qui détirent la paix trop ardemment, craignent tant de rompre, qu'ils aiment mieux se laisser tromper par cette longueur, que perdre l'espérance de la paix tout à coup. Et, combien que ce consefi soit le plus dangereux, nos prières et remontrances de leur intérêt et des grands inconvéniens qui peuvent arriver à cette occasion, ne sont toujours d'assez grande efficace pour les en détourner. Ce n'est pas la contradiction du prince Maurice qui est cause de ce mal, quoiqu'on ait dit à votre Majesté qu'il cherche tous moyens de rompre la paix , même avec violence s'il est besoin , et en prenant les conseils désespérés; n'ayant vu aucuns mouvemens en lui qui approchent de cette fureur; au contraire, il est sage et modéré en tous ses conseils et déportemens, souffk*ira sans doute la paix, encore que soit à regret, ne s'y opposera point) et se conformera du tout aux résolutions des Etats et aux avis que lui donnerons. Il nous l'a dit et protesté pluskmrs fols , Ta fait Jusqu'ici, se contentant de dire son avis sans aucune aigreur, et avons raison de croire qu'il y continuera. Il n'est point mal non plus avec le sieur de Barneveldt, lequel le respecte bien fort , et confère souvent avec lui sur les affaires publiques ; non que veuil* Ions dire qu'ils soient du tout bien unis, mais assez pour ne pas craindre que leur dissension soit de quelque préjudice à l'Etat ; et peut-être n'est-il pas nécessaire qu'ils soient mieux , afin que le prince Maurice serve toujours de contre^ poids pour retenir ceux qui voudroient courir trop inconsidérément à la paix , ou penser à faire chose qui soit au préjudice du contentement et service de votre Majesté ; non que nous en ayons à présent aucun doute, mais on doit se défier de tout en la conduite d'une affaire si importante, Jusqu'à ce qu'on soit à la fin. Qu'elle croie donc, s'il lui plaît , que la paix ne sera point rompue de son côté, ni par autre du côté des Etats, et que si cette rupture avient , que leurs ennemis en seront cause , non eux.
Nous craignons plus qu'ils ne soient pour consentir à la continuation de la trêve pour l'année prochaine que toute autre chose; car nous y voyons déjà quelque commencement d'Inclination ; et , si on n'y prend garde pour leur faire mieux employer le temps qu'ils n'ont fait du passé ni par notre faute, mais par la leur et par la tromperie de leurs etmemis , ils s'y trouveront portés par nécessité, pource que lesdits Etats, qui doiventêtre assemblés le dixième de ce mois, n'y seront tous pour traiter d'affaires avant le quatorze ou quinze , n'enverront le vingtième,
DU PB^StDËNT 7ÉANNIN.
SSS
ooffline Ib ont promis ^ vers les archiducs, mais environ le vingt-cinquième seulement, pour les avertir de leur résolution, qui sera de traiter comme nous estimons; et notre avis sur la validité de la ratification servira beaucoup pour les indaire à prendre ce conseil. Les archiducs, de leorcôté, n'enverront aussi leurs députés, la résoiotiOD étant prise de traiter plus tût que vers le septième on huitième Janvier; outre ce qu'ils n'ont envie de traiter à bon escient, mais de tirer la négociation en longueur , auront tant de moyens de le faire, et ceux qui craignent la rupture s'y accommoderont si volontiers, qu'il n'y a rien dont nous soyons plus en peine et conférions plus souvent avec le sieur de Bameveldt et les autres qui ont charge des affaires, que de ceci , pour leur en faire considérer les inconvéniens. Oq nous avoit même avertis qu'aucuns vouloient FDcore soutenir qu'on ne devoit point traiter sur la ratification envoyée d'Espagne , mais leur doDoer temps pour en faire venir une autre. Or ooQs avons tant contesté que chacun rejette maintenant cet avis. Le sieur de Bameveldt sembloit »oireuau commencement quelque inclination a cette trêve , se défiant qu'ils se pussent préparer à la guerre si à coup, et se plaignant de ce <i!K les Anglais et nous ne leur avons rien offert ^^ général. Et à la vérité, s'ils n'y pensent ntrcnent et demeurent toujours en l'incertitude isib sont attachés, à cette seule espérance de fé, la trêve leur deviendra si nécessaire qu'ils ^ recevront en grâce de leurs ennemis , lors- «Itilkia voudront accorder. C'est pourquoi nous la pressons tous les Jours d'y travailler entre ^; et pour nous, que ferons notre devoir assez a temps et quand il sera besoin, leur ayant fait n)DQoltre, et particulièrement au sieur de Bar- Bevejdt , que nous trouvons tous cette trêve si roanvaise et dangereuse pour eux , que s'ils la faisoient pour plus de temps qu'il ne sera requis pf>or traiter, ils n'y dévoient espérer aucun secours de votre Majesté; craindre aussi d'être abandonnés de leurs autres amis et divisés entre fux-naémes; en sorte qu'il approuve du tout notre 3 vis, et dit qu'il faut traiter promptement ou rompre, alléguant lui-même aux autres les inconvéniens de cette longueur. Il vint au logis du président Jeannin^ il n'y a que trois Jours, où il conféra avec nous sur ce sujet assez long-temps ; Gons donna de nouvelles assurances de son af* fpction envers votre Majesté, et que les effets >^Qs en rendroient des témoignages si sufflsans ft assurés qu'aurions occasion de l'en louer et de nous y fier du tout.
Les députés d'Angleterre continuent aussi à nous dire les mêmes propos que du passé , et
qu'ils attendent nouvelles de leur maître, de la dépêche qu'ils ont faite sur le sujet de la n6tre, envoyée à votre Majesté par le sieur du Monceau, qui contient en substance les discours qu'avons eus par ensemble touchant la ligue pour la paix, suivant le projet d'icelle ; le secours demandé par les Etats au cas qu'elle se fasse , et celui pour la guerre si elle continue : nous assurant encore que leur Roi a agréable cette ligue entre les Etats , eux et nous. Bien étoit-il vrai qu'aucuns de son conseil estimoient qu'il seroit plus à propos de la différer Jusques après la paix , pource que les Provinces- Dnies ne peuvent être rendues capables de traiter, sinon lors, n'étant à présent libres pour le faire. Sur quoi leur avons répondu , puisqu'elle ne se fait sinon pour avoir lieu au cas que la paix s'en ensuive , que c'est tout autant que si elle étoit faite après la paix , et que la faisant devant, elle apporteroit cette utilité que les Provinces en accepteroient plus volontiers la paix , assistées d'un si puissant appui. Mais cette raison que pensions les devoir persuader est cellelà même qui en divertit leur maître; car M. de La Boderie a écrit au président Jeannin , le dixseptième du mois passé , que le comte de Salisbury, communiquant avec lui pour ce sujet , lui a fait connoltre que le roi de la Grande-Bretagne, quoique très-mal satisfait de ce que votre Majesté n'a retenu le comte de Tiron , ne se vouloit néanmoins aucunement séparer d'elle, en ce qui touche la cause des Etats , soit pour la paix ou pour la guerre, et qu'il feroit très-volontiers cette ligue; lui semblant néanmoins qu'il la falloit différer Jusques après la paix, avec cette seule raison, que si on la fait plus tôt, on rendra trop évident et affecté témoignage que les deux rois se veulent rendre auteurs de la paix , dont ceux qui ne la désirent, pource qu'ils la Jugent peu assurée pour les Etats, auront mauvaise opinion. Il est certain que la demande de ce délai , provenant de personne qui est suspecte, sera toujours prise de mauvaise part , et qu'on doit aussi craindre tout ce qui sort de cet endroit; mais on ne les y peut forcer , et semble que cette considération les pourrolt bien retenir , faisant paroître , par d'autres actions , qu'ils ne sont tant portés à la paix qu'on a ci-devant cru ; car ledit sieur de La Boderie écrit , par la même lettre , ledit sieur Roi lui avoir encore dit qu'il s etonnoit bien fort comme les députés de votre Majesté et les siens auroient approuvé la ratillcation d'Espagne, qui étoit si défectueuse. Le sieur Aêrsens a même dit à M. de Russy qu'il savoit bien ses députés avoir été fort aigrement repris par les lettres qu'il leur a écrites. Joignant donc ensemble les conjectures , il y a plus de raison de croire qu'ils
NEGOGUTIONS
craignent la paix qu'autrement ; ou bien toute leur conduite n*est qu'un pur artifice et déguisement, mais à quelle fin? encore n'y voyonsnous rien quand nous parlons du secours pour la guerre si elle continue. Ils montrent de même être bien assurés que leur maître y contribuera ; et si nous leur répliquons notre soupçon, à cause de la déclaration faite par l'ambassadeur dudit sieur Roi, qu'ils avoient auparavant feint d'ignorer , ils répondent à présent que le sujet qui avoit mû leur maître de la faire, n'étoit pour refuser ce secours , mais pour ne le plus donner par les mains d'autrui ; que la qualité du secours et la somme n'étoient aussi spécifiés par le traité fait avec M. de Sully ; ainsi qu'il sera au pouvoir de votre Majesté, ce traité convenu, d'obliger leur maître à sommes infinies; qu'il l'auroit aussi fait lors pour empêcher que le secours qu'il vouloit donner ne fût su ; mais qu'on avoit pris plaisir à le publier incontinent après ledit traité, plutôt pour lui nuire'et le rendre odieux au roi d'Espagne, avec lequel il venoit de traiter, que pour aucune autre considération ; et qu'aujourd'hui , ne se souciant plus qu'on le sache , il entend le donner par ses mains : nous assurant que son intention est telle, et qpe le reconnoftrions par les premières lettres qu'ils recevraient d'Angleterre pour réponse a ce qu'ils ont écrit sur ce sujet. ISous prévoyons encore une autre difficulté à faire cette ligue avant la paix : à savoir, l'argent que demandent les Etats ; car les députés d'Angleterre nous ont dit ouvertement et plus fermement depuis peu de jours , qu'ils n'avoient fait auparavant, que leur maître fera grande difficulté d'en donner pour la paix , mais non pour la guerre. Il est néanmoins certain que les Etats en feront instance, et qu'ils en ont aussi besoin pour les deux premières années, encore qu'ils soient pour se contenter de ce qu'ils pourront obtenir. Le sieur de Barneveldt a dit au président Jeannin , depuis peu de jours , que le moyen d'y faire entrer les Anglais étoit de montrer qu'on la vouloit faire avec nous sans eux , qui est même ce que votre Mtgesté nous a mandé par ses lettres , et qu'il le proposeroit aussitôt que les députés des Provinces seroient venus, si lesdits sieurs députés d'Angleterre , après avoir reçu nouvelles de leur maître , qu'ils disent attendre de jour à autre, ne s'y disposoient euxmêmes. Est vrai qu'il nous a prié de faire en sorte, envers votre Majesté, qu'elle leur accorde quelque notable somme es deux premières années, pour leur aider à supporter les charges dont nous avons déjà ci-devant écrit et en attendons sa réponse. Bien la pouvons-nous assurer qu'il n'y aura aucune difficulté en cette ligue ,
et qu'elle se fera, sans doute, soit avant ou après la paix ; mais pour l'avancer il n'y a meilleur moyen, sinon de leur offrir quelque secours. C'est donc le plus grand et dangereux mal , et celui que craignons le plus maintenant, que celui de la continuation de la trêve pour l'année prochaine , pour les mêmes raisons que votre Majesté nous a prudemment représentées par ses lettres, bien certains que les archiducs y tendront avec autant d'ardeur que les Etats ; et tous ceux qui leur veulent du bien ont sujet et raison de s'y opposer et faire tous efforts pour l'empêcher.
Quand nous serons garantis de ce danger , la rupture est le mal qu'on doit le plus craindre après, et si elle avient sera sans doute du côté des ennemis et par leur faute et dureté ; car, hors la souveraineté que les Etats prétendent absolument et sans aucune condition, ils sont pour s'accommoder a tout le surplus, et nous leur conseillerons de le faire plutôt que de rompre ; mais en cet article on ne se peut relâcher de rien, autrement U n'y auroit aucune sûreté pour eux ni utilité pour leurs amis. Mais si leurs ennemis n'y veulent consentir , sinon avec des réserves dommageables à leur liberté et à leurs amis, fi n'y aura plus autre remède sinon de les conforter à reprendre leur première constance , et, avec même union , vigueur et courage, chercher leur sûreté dans les armes ; leur offrir, à cet effet , assistance et secours, non plus en général, mais déclarer quel , en particulier; à quoi il est nécessaire que soyons préparés à temps : que l'offre soit telle aussi qu'elle leur puisse donner espérance de bon succès , et leur faire rejeter la trêve que leurs ennemis leur pourront présenter lors , pour les faire abandonner de leurs amis, les diviser entreeux, corrompreceux qu'ils pourront, et après en avoir meilleur marché. Et en ceci votre Majesté considérera, s'il lui platt, que le secours de deux millions ne sera suffisant es deux premières années; la suppliant très-humblement nous excuser, si nous osons lui donner cet avis, pource qu'on prévoit bien que si le roi d'Espagne refuse la paix, il sera pour faire un grand effort l'année prochaine, afin de leur donner de Tétonnement, prendre avantage sur eux et les contraindre d'accepter la paix à telles conditions qu'il voudra. Nous entendons bien qu'il n'est raisonnable qu'elle soit seule à l'offre de ce secours , qu'il est nécessaire que l'Anglais y contribue sa part, et s'y oblige même par traité^ ou, s'fi ne le veut faire, qu'en jetant ce défaut sur lui, on leur doit conseiller de s'accorder au mieux qu'ils pourront , et les y assister.
Vous n'êtes pas à délibérer, Sire, si cette
DU I^BÉSlDfiNT JËANNIN.
gnerre Tmis touche ou non : car vous y êtes engagé si avant que ne pouvez plus laisser perdre les Etat^ sans tomber au péril de l*inimitié du roi d'Espagne , qui se sent offensé du secours que leur avez déjà donné, lequel aura plus de moyen de s'en venger , ceux-ci étant réduits à sa merci , que s'ils continuent à lui faire la guerre avec votre aide et assistance, au cas qu'ils ne puissent obtenir la paix bonne et assurée. On peut dire aussi que si les dépenses qu'il faudra faire pour la continuation de cette guerre sont grandes , que celles des ennemis sont infinies au regard de celles-ci , et néanmoins qu'elles serviront beaucoup pour affoiblir la puissance d'Espagne, même s'il est attaqué es Indes, où chacun jDge que les armes de ce pays le peuvent plus ofTenser; joint que les Etats lui seront amis plus atilfô quand ils auront les armes en main , qu'étant désarmés par la paix, comme lisseront sans doute, quelque bien faite qu'elle soit : car le repos leur fera perdre cette vigueur militaire qui est en eux ; ils ne seront plus que marchands et négociateurs , et la friandise et commodité du trafic d'Espagne , les pratiques que ce Roi fera parmi eux, les bienfaits que quelques-uns en recevront, les lui rendront affectionnés; puis il emploira leurs navires , pilotes et marchands es Iodes même , et partout où il en aura besoin , pour les gagner du tout et les rendre siens. Les alliances et amitiés que les Hollandais avoient prises es Indes d'orient , avec la plupart des rois de ces contrées-là , avec lesquels ils se promettoient d'en chasser du tout les Portugais, s'évanouiront , et seront contraints ceux qui s'étoient déclarés leurs amis, de les rechercher après cette paix , et se soumettre à tout ce qu'il leur plaira, liy a encore plusieurs autres grandes incommodités qu'il faut plutôt cacher que représenter , puisque la paix a été choisie comme étant encore moins dommageable que la guerre. Aussi n'avons-nous mis en avant ce que dessus, sinon pour faire connoître à votre Majesté que son argent ne sera pas du tout mal employé s'il faut que la guerre continue par force et pour n'avoir paobtenir lapaix.
Nous nous souvenons bien. Sire, qu'il est besoin d'établir quelque meilleure forme de gouvernement que celle qui est ici , pourvoir à la sûreté et contentement de M. le prince Maurice et de sa maison. Nous n'omettrons rien à tout , en ce qui peut dépendre de nous; et, cependant, prierons Dieu, Sire, qu'il lui donne et à sa royale famille une très-longue vie et tout heur et prospérité.
De La Haye, ce neuvième Jour de décembre
Vos très-humbleâ et très-obéissans sujets et serviteurs, P. Jeannin et Russy,
Lettre de M, Jeannin à M. de Villeroy, du* dit jour 9 décembre 1607.
Monsieur, on ne peut rien faire ici qu'avec la longueur , à mon grand regret, parce que je connois bien qu'elle est trop préjudiciable , et qu'il est du tout nécessaire que les Etats sortent bientôt de l'incertitude où ils sont , par la paix s'ils la peuvent obtenir, sinon par une rupture qui les oblige et contraigne de rentrer en guerre , dont il est meilleur qu'ils eu soient résolus tôt que tard, si ce mal doit arriver; étant bien certain que leurs ennemis savent , dès à présent, ce qu'ils doivent faire, se préparent, et ne leur faut plus de temps pour en délibérer. Ainsi quand ils désirent et cherchent des longueurs, sous quelque prétexte que ce soit, ce n'est que pour les diviser , et corrompre quelques particuliers , pour les tromper tous ensemble. Vous l'écrivez sagement par vos lettres, et nous le croyons aussi. C'est donc notre devoir d'empêcher que la trêve ne soit continuée, sinon pour autant de temps qu'il sera besoin pour traiter. Et, comme je reconnois l'intention de Sa Majesté être du tout à la paix, qui est aussi l'inclination des Etats, et le plus sage et utile conseil pour se. garantir de plusieurs périls et inconvéniens qui pourroientavenir par la continuation de la guerre, nous y apporterons toute la facilité qu'il nous sera possible, sans contester sur aucun article qui puisse être cause de rupture, si ce n'est pour le regard de la souveraineté , qui doit être accordée purement et sans aucune restriction ni condition ; autrement les Etats deviendroient inutiles à leurs amis, et n*auroient eux-mêmes aucune sûreté. Or il pourra arriver que le roi d'Espagne y fera beaucoup de difficulté ; par ainsi les Etats seront contraints de rompre et se préparer à la guerre, en quoi ils auront grand besoin de l'assistance et secours de Sa Majesté et du roi de la Grande-Bretagne , et qu'il soit même plus grand et plus puissant pour quelques années qu'il n'a été du passé. Donnez donc ordre, monsieur, que soyons instruits de la volonté du Roi , pour ce regard , par les premières dépêches que recevrons ; et faites considérer à Sa Majesté , s'il vous plaît, que le roi d'Espagne rompant la paix sera pour faire quelque grand effort d'entrée pour contraindre ces Provinces à recevoir telles conditions qu'il lui plaira , et que cette première frayeur , s'ils sont foibles, les pourra contraindre à prendre de dangereux conseils, et donner un grand avantage à ceux qui ont toujours désiré la paix, À quelque prix que ce soit, pour la fiiire
NCGOCUtlONfi
accepter anx antres à conditions iniques et déraisonnables.
Les députés d'Angleterre disent toujours que leur maître parlera clairement lors , et contribuera volontiers au secours; mais , si c'est artifice ou vérité , il n'y a que les effets qui nous en puissent assurer. Bi^ devons-nous empêcher que les Etats ne rompent avant que l'avoir obligé à ce secours. Sa Majesté y a aussi grand intérêt , pour ne demeurer seule à porter ce fardeau ; elle nous mande bien que pouvons faire la ligue pour la paix sans lui, en lui laissant place honorable pour y entrer , et que cette jalousie d'avoir commencé sera plutôt cause de l'y faire entrer. Le sieur de Barneveldt est de ce même avis, et nous promet d'y disposer les députés quand ils seront assemblés, si les Anglais continuent à faire les rétifs. Mais ce n'est pas ainsi de la ligue pour la guerre ; car si on la fait sans ledit sieur Roi , il en sera bien aise, et se gardera bien d'y entrer après. C'est en quoi nous nous trouverons empêchés; car ces députés nous ont déclaré, depuis quelques jours , qu'il ne s'obiigeroit jamais au secours pour la guerre qu'après la rupture , et il est trop périlleux d'attendre jusqu'alors; aussi cette Êiçon de procéder donnoroit grand soupçon , et ne saurions comment le prendre , vu que d'ailleurs ils montrent vouloir tendre à la guerre, si ce n'est que, en portant ensemblement, eux et nous, des difficultés à la paix , leur maître se promettra que , pour se séparer d'avec Sa Majesté , le roi d'Espagne recherchera son amitié, et lui pourra accorder ce qu'il prétend et recherche dès long-temps, à savoir, le mariage du prince de Galles son fils avec la fille d'Espagne, et les Provinces-Unies pour dot. Le sieur de Bar- Beveldt , qui a autrefois oui parler de ce dessein , dit qu'il pense ledit sieur Roi en avoir encore qudque espérance; peut-être aussi que le roi d'Espagne fait semblant d'y vouloir entendre de son côté, pour le retenir et empêcher de se joindre du tout avec nous et les Etats. Je n'estime pas toutefois qu'il se veuille disposer en effet à lui donner sa fille, attendu la religion de scm fils , ni à quitter ce pays pour en agrandir l'Angleterre.
Ces difficultés doivent encore exciter davantage Sa Mtyesté à désirer la paix, en laquelle, les Etats l'obtenant avec la souveraineté , je ne vois rien qui ne soit avantageux pour die et scm royaume , même si avec la ligue des Etats , celle d'Angleterre y est ajoutée, dont toutefois je vois bien, par ce que m'écrivez, qu'il se faut toujours défier jusqu'à ce qu'elle soit £ûte. Pour le regard des Etats, ils y sont bien disposés et ia tei«iit,6iiét4ev«it0U4iprèBia paix , 0ans doute ;
et, comlnen qu'il soit meilleur de la &lre devant, si est-il requis d'y procéder avec telle discrétion qu'il semble la recherche en être plutôt faite par eux que par nous; car serait chose indigne de la grandeur du Roi de faire voir qu'on eût crainte qu'ils soient pour la refuser après la paix. Or , afin que cette volonté de la passer leur vienne. Sa Majesté nous déclarera, s'il lui plait , au phis tôt, le secours qu'elle leur veut donner es deux premières années de la paix ; et qu'elle l'élargisse le plus qu'elle pourra, exmsidérant que le secouns ne sera que pour peu de temps , et que si Tsmi» tié des Etats n'est du tout si utile , étant en paix, qu'elle seroit la guerre continuant; qu^elle évitera aussi d'aussi dangers et inconvénieos dont cette guerre pourroit être cause. Il seroit bien désirable que les Anglais y entrent aussitôt que nous, pource que, par le projet qu'en avoos fait , elle comprend aussi celle d'entre les deux rois et leurs royaumes ; puis on pourroit craindre, eux n'en étant pas au commencement, que le roi d'Espagne et les archiducs prennent opinion làdessus que ledit Roi se veut séparer d'avec nous, et la recherchent à cette occasion phis soigneusement pour le joindre avec eux ; mais cette considération ne me retiendra pas quand serai édaird de ce que le Roi veut donner, que ménagerai au mieux qu'il me sera possible.
Il n'est Hen de tout ce qu'on a dit au Roi tou^ chant le prince Maurice , lequd ne fait rien qui préjudide à ia paix, s'entend fort bien avec nous, et avons toute oocaaion de nous louer de son affeetioii pour le service et coateatement de Sa Majesté. Il ne prendra aucuns conseils désespérés ni à part^ n'en soyez point en doute ni en peine; et croyez, monsieur, que si la paix est rompue, ce ne sera du côté des Etats. J'ai même fait connoltre au prince Maurice qu'il pouvoit espérer plus de fortune par la paix, se conduisant bien avec les Etats et conservant l'amitié de Sa Migesté, que par la guerre : aussi a-t-U qudquefois plus craint sa conjonction trop étroite avec le sieur de Ramevddt , que leur dissension , qui est fort diminuée et presque assoupie du tout, par les moyens qu'avons tenus pour lui faire connoitre que seroit sa ruine s'il JEûsoit autrement; aussi que Sa Majesté s'en offenseroit. Ainsi si elle n'a rien dit k madan^ la princesse d'Orange , quand recevrez cette lettre, il nest pas besoin de lui en parler, et si Sa Majesté Ta fait, j'enverrai au-devant d'elle pour la prier de ne lui ea point parler jusqu'à ce que je l'ai tu. S'il eût été en cette disposition , nous s'eus^ons pas failli d'en avertir et d'apporter tout ce qui pouvoit dépendre de n^us pour y remédier ; U y a de l'artifice en cet avis, de quelque cùté <^'il
DU l^ilESIDCffT i£ÀNNm«
vienne, ou ceux qoi Tout donné so»t mal informés. Cette affaire se manie à tant de ressorts , qu'avons crainte de tout , jusqu'à ce que tout soit fait, principalement du c6té des Anglais. Mais , eomme on approche du temps des résolutions, et qu'il est nécessaire que soyons suflisammeut informés de Tintention du Roi sur toutes choses, soit pour le secours de la paix en faisant la ligue 9 ou de celui de la guerre si elle continue , je vous supplie très-humblement qu'avec \otre diligence et prudence accoutumée, nous ajons réponse à tout ce que dessus.
J'ai reçu les traités que m'avez envoyés ; j'ai copie de celui fait par M. de Sully en Angleterre. Le roi d'Esj[Migne n'a pas retenu l'argent de la flotte, que pour quelque grand dessein, et crains que ce ne soit pour ce pays et pour y faire un grand effort. Est vrai que si l'archiduc y peut faire la trêve pour Tannée prochaine, qu'elle lui sera encore plus avantageuse que ses armes; ce désir qu'il montre avoir à la trêve nous fait croire qu'il n'a pu persuader au roi d'Espagne d'entendre à la paix. Peut-être aussi que ledit sieur Roi n'a arrêté cet argent que pour faire peur à ces peuples, et les induire à recevoir plus aisément une mauvaise paix , ou à faire .la trêve qu'il peut aussi bien désirer que l'archiduc; mais il ne se faut point endormir sur des conjectures si incertaines, et craindre même qu'il ne pense aussi bien à nous faire du mal en France qu'auKEtata ici, pour le commerce des Indes, que le Roi désire toiyours d'attirer chez lui , si par la paix l^s Etats ne l'obtiennent. J'en ai parlé dès long-tennps à deux personnes qui sont fort Instruites de cette affaire et oonnoissent tous les marchands qui font ce trafic, lesquelles m'ont Itfoonis de s'y employer quand il sera temps, mais qu'on doit celer ce dessein pour maintenant. J'ai aussi parlé à trois bons capitaines de navires , qui ont fait les voyages, et à deux marchands de la compagnie des Indes d'orient, pour les sonder sur ce sujet. On pourra avoir marefaaods, navires et pilotes, faire fonds de quelque notable somme , et beaucoup de gens y entreront volontiers, pourvu que le Roi soit de la partie et y mette quelque chose sous le nom d autrui, croyant bien qu'il ne le voudra faire au sien, et que quelques bons marchands français y entrent aussi, afin que ceux de ces pays prennent plus de fiance que leur entreprise sera favorisée en France , et qu'il y aura de la sûreté pour eux, des privilèges même, et tout ce qui sera requis pour les y attirer et conserver.
Quant à l'argent du quartier qui reste, je vous supplie trè^humblement que le fassiez acoorder, et néanmoioa qu'on différa avec artifice , sans
qu'on s'en aperçoive, jusque vers le quinzième de janvier; car, dans ledit temps, nous jugerons, presque avec certitude, comme toutes choses devront passer, et, s'il est accordé, vous nous eu avertirez les premiers. L'agent des Etats qui est en Allemagne, leur a écrit que l'électeur P^ latin de voit envoyer ici, dans quinze jours, un nommé le docteur Colly, qu'il nomme haut-pré* sident de son conseil secret.
On n'a aucunes nouvelles du côté de l'Emp^ reur. Le roi de Danemarck a ici deux ambassadeurs depuis trois jours , l'un est gentilhomme de qualité, étant du conseil d'Etat dudit sieur Roi , l'autre un docteur auquel il se fie bien fort Nous nous sommes vus ensemble. Ce ne s(mt que bonnes paroles, montrent qu'ils appréhendent la paix, en leurs premiers discours; mais ils prieront Dieu que tout succède bien aux Etats plutôt que de leur donner de l'argent. Quant à la déclaration demandée par M. le président de Charles, suivant la minute que m'avez envoyée, je pense me souvenir que le conseil vouloit restreindre la rémission du droit d'Aubaine aux provinces échangées, sans l'étendre plus avant. Il faudroit voir la réponse aux articles, et si oe n'est chose pressée, remettre cette affaire à mon retour , ne me voulant dispenser d'en parler certainement sans voir pièces. Je prie Dieu , monsieur, qu'il vous donne en par&ite santé, trèsheureuse et très-longue vie.
De La Haye, ce neuvième jour de décem* bre 1607.
Votre très-humble et trèsobéissant serviteur,
P. JSiiNNIIf.
Lettre de M. Jeannin à M, de La Boderie^ du 10 de décembre 1607.
Monsieur, vos deux lettres , l'une du dix-septième du mois passé, et l'autre du premier de celui-ci, m'ont été rendues sûrement par l'adresse de M. de Waudrenecq. Ne soyez aussi en peine de celles qui me furent écrites pendant une maladie , car elles m'ont été rendues il y a long-temps, et j'estime que mes lettres que dites n'avoir reçues en accusoient la réception. Puisque cette voie du sieur de Waudrenecq est sûre, nous nous en aiderons , s'il vous plaît. Je vous y écrivis aussi le vingt-quatrième du mois passé. Nous sommes encore incertains si nous aurons la paix ; les Etats y sont bien disposés de leur côté, et ne tiendra à eux qu'ils ne se mettent en repos; nous y aiderons aussi volontiers. Les députés d'Angleterre nous ont témoigné bien longtemps qu'ils avoient ce même désir ; mais depuis quelques jours leuL*s procédures et ce que m'en avez éciil m'en font douter : si ne sais-je qu'e»
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penser, y ayant apparence qu*ils rejettent notre alliance, ainsi que me mandez, par vos dernières lettres, l'avoir appris de M. Carron , et d'autre côté craignent les Espagnols; que leur but doit être la paix , et que montrant le contraire, Ils se déguisent ou bien prétendent laisser faire cette guerre par les Etats ^ assistés de nous, sans qu'ils s'en mêlent , ayant par ce moyen la grâce des Espagnols , nous la haine , et eux encore cette assurance et contentement que les Etats, appuyés de nous, ne se perdront point, sans toutefois qu'il leur coûte rieu. S'ils ont ce dessein , ils seront trompés ; car le Roi ne s'y engagera jamais seul , et conseillera plutôt aux Etats la paix telle quelle, que de le faire; et le roi d'Angleterre, qui semble mépriser notre amitié ou la rejeter avec quelque secret dessein contre nous , sera cause de tout ce mal, et peut-être aussi de faire prendre au Bol des conseils qui lui ont toujours déplu ; car il est prince sage , qui saura bien juger que la raison et sûreté de son Etat requiert que , ne pouvant être bien avec ledit sieur Roi , dont il a désiré et recherché l'amitié, il en doit recevoir et accepter d'autres qu'on lui offre tous les jours , afin de n*être mal avec un chacun. Je m'étonne , à la vérité , comme ledit sieur Roi , tenu pour prince judicieux, ne considère mieux son intérêt ; et qu en ce qui est de cet Etat, le Roi n'y prétend rien à son préjudice, se contente, encore qu'il y mette le plus , qu'il demeure également ami de l'un et de l'autre; et, pour le regard de leurs royaumes , qu'ils n'ont rien à démêler ensemble, pourront faire une amitié féable et certaine, qui les garantiroit de tous inconvéniens, et lui en particulier, de l'ennemi qu'il craint le plus, et pense gagner en lui montrant qu'il n'est pas bien avec nous; comme s'il n'étoit en notre pouvoir de nous servir de cet artifice avec autant ou plus d'avantage que lui. Puis, s'il croit la continuation de la guerre être utile à ces pays , et désire en effet que prenions ce conseil de les y porter, comme pense-t-il que Sa Majesté y veuille entendre à bon escient, si elle n'est du tout assurée de son amitié et du secours qu'il voudra donner ? Peut-être a-t-il déjà quelque secrète amitié avec Espagne et les archiducs; et si cela est, c'est à nous de nous garder; mais il n'y a point d'apparence, s'il est vrai ce qu'on dit , que les desseins du comte de Tiron aient été fournis par le roi d'Espagne , et que lui l'ait su et découvert. Vous y prendrez garde s'il vous plaît , et me donnerez avis de tout ce que connottrez être de leur inclination , afin que puisse mieux servir ici. Notre but est la paix ; et tant que ledit sieur Roi se conduira à la façon qu'il fait avec nous , Sa Majesté ne
changera pas de résolution, mais essaiera plutdt en faisant la paix ici de l'avoir partout.
Si jugez à propos d'entrer en ces discours avec M. le comte de Salisbury, comme de vous-même, et en lui représentant l'intérêt commun des deux royaumes, je le laisse à votre prudence ; vous les counoissez mieux que moi : mais il me semble que ne devons montrer d'être en souci de ce qu'ils feront; quand leur intention eût été bonne, nous eussions pu différer cette ligue dont vous ai écrit après la paix, suivant leur désir; mais, voyant leur irrésolution et le peu de fiance qu'il y a en eux, il vaut mieux passer outre si nous pouvons sans les attendre , les affaires finissant par là et avec cette ligue des Etats : encore n'y aura-t-il pas grand mal ; mais elles eussent été mieux s'ils eussent voulu être non-seulement avec les Etats, mais aussi entre nous. Ce que nous craignons le plus, est que le roi d'Espagne ne veuille point la paix, par ainsi que les Etats soient contraints de faire la guerre, ou, qui pis est, d'accepter une trêve pour l'année prochaine , ne se voyant assez préparés pour faire la guerre; car cette trêve donnera loisir et moyen aux Espagnols de faire des pratiques parmi eux, de les diviser et corrompre, et peut-être aussi séparer d'avec eux quelques uns de leurs amis et alliés. Nous les en dissuadons de tout notre pouvoir. Les députés d'Angleterre en ont fait autant, et s'ils y continuent de bonne foi, et que leur maître veuille donner secours pour la guerre , ainsi qu'ils assurent , comme notre Roi s'y offre de son côté , nous évitons le danger.
Vous jugerez bien , monsieur, la peine en laquelle je suis , principalement à cause de la mauvaise affection envers nous, ou irrésolution dudit sieur Roi et de sou conseil ; car , sans cela , soit que le roi d'Espagne fît la paix ou la guerre, tout iroit bien à l'avantage des Etats et des deux royaumes. Peu de temps nous en éclaircira mieux", mais je vois bien qu'il faut prendre toutes choses au pis. Quant au lieu où vous êtes , pour n'y être point trompé, écrivez -nous, s'il vous plaît, le plus souvent que pourrez. Les députés du roi de Danemarck sont ici; nous nous sommes vus sous bonnes paroles; montrent qu'ils désireroient plutôt la guerre que la paix; mais ils n'y apportent rien que les vœux. Les princes protestans y doivent envoyer dans peu de jours , à ce que l'agent des Etats qui est en Allemagne, a mandé. On n'a pour le présent aucunes nouvelles si l'Empereur y enverra. C'est ce qu'aurez de moi pour ce coup. Je vous baise très-humblement les mains, et suis, monsieur, votre bien humble et très-affectionné serviteur , P. Jeaivkin.
A La Haye, ce 10 décembre 1607.
DU pm^dtBBNt JXÂNNnr*
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lettre de M. de Ville foif, à M. Jeanmn, du 12 décembre 1607.
Monsieur, depuis vous avoir dépéché le courrier Picault, nous avons reçu des lettres de Bruxelles, par lesquelles on nous mande qu'enfin les ai'chiducs ont consenti que Toriginal de la ratification d'Espagne sera laissé aux Provinces, sans tirer d'eux la contre-lettre ou promesse que I*on leur avoit demandée; de quoi nous espérons d'être faits certains par vos premières. L'on nous écrit pareillement qu'ils continuent de croire à Bruxelles que vous traversez et empêchez leurs affaires, où vous êtes tant qu'il vous est possible : ce qu'ils disent avoir décou- Tert et aj^ris, premièrement par votre conduite, et secondement par certaines lettres vôtres qui sont tombées en leurs mains. C'est pourquoi Je TOQS écris la présente lettre, afin que vous vérifia sur vos registres quelles sont lesdites lettres , et si, par le sujet d'icelles, ils ont dû prendre cette créance. Je n'en trouve point à dire de celles que vous nous avez adressées; la date et réception desquelles j'ai accusée par les miennes, à mesure que J*y ai répondu , ainsi que vous pourra Justifier par mesdites réponses ; de quoi il TOUS plaira nous faire sages par vos premières. Pour moi , J'ai quelque opinion qu'ils ont tenu ce propos, plus pour Justifier leur silence en notre endroit sur cette négociation, que pour autre cause. Je sais aussi quelle est celle que vous leur donnez de continuer en leurs soupçons; enfin votre présence par delà leur est désagréable, parce que vous y servez le Roi fidèlement , empêchant que ces messieurs soient trompés et circonvenus, et qu'il ne soit rien fait au préjudice de Sa Majesté, qui est tout le contraire de ce qu'ils désirent , dont il faut vous savoir plus de gré que se mettre en peine de ce qui en aviendra. Avec cette occasion, je vous assurerai de la bonne santé de leurs Majestés , et qu'il n'est rien sorvenu depuis le partement dudit Picault , qui mérite vous être écrit. Ainsi Je saluerai vos bonnes grâces de mes très-affectionnées recommandations, et prie Dieu , monsieur , qu'il vous conierve ai bonne santé.
De Paris, ce douzième décembre 1607.
Votre très-affectionné serviteur et assuré ami ,
* DB Nbufville.
t^Ure de messieurs Jeannin et de Russy, au Roij du 21 décentre 1607.
Sur, Le courrier qui nous a apporté les lettres de ^cCre Majesté, du buitième de ce mois, arriva en ce lien le quinzième. Elles contiennent la dé*