‹ Les négociations du président JeanninChapitre 12 sur 33 · II. C. D. M. T. IV · texte numérisé non relu

II. C. D. M. T. IV

claration de sa volonté pour la ligue en cas de paix , et pour le secours aussi en cas de guerre. Nous lui avons écrit deux fois depuis lesdites lettres , auxquelles elle fait réponse , l'une par M. de La Force , et l'autre par le neveu de feu M. de Buzanval , et n'y a rien pour le présent que puissions egouter , sinon ce qu'avons fait depuis la réception desdites lettres; car les députés des Provinces, qui dévoient arriver en ce lieu le dixième du mois , n'y sont venus tous que le vingtième, et nous ont dit, le prince Maurice et le sieur de Barneveldt, qu'ils ne furent encore Jamais si diiigens qu'à ce coup. Nous les presserons de ne plus perdre le temps. Ayant vu les députés d'Angleterre , pour leur faire entendre que votre Majesté nous a fait réponse sur tout ce dont nous avons conféré ensemble , et qu'étions prêts d'en traiter avec eux quand ils voudroient , ils nous ont dit qu'ils attendoient aussi ladite réponse , et s'assuroient qu'elle ne pouvoit tarder deux ou trois jours, et qu'ils nous la communiqueroient aussitôt.

Nous avons pareillement vu le prince Maurice et le comte Guillaume ensemble , pour leur rendre toujours ce respect de les tenir avertis de ce qu'estimions leur devoir communiquer. Nous en avons fait autant à l'endroit du sieur de Barneveldt , avec lequel nous sommes entrés plus avant en discours, pour lui faire connoftre combien votre Majesté a mal reçu la demande excessive qu'ils ont fidte par le projet de leur ligue , et qu'elle ne laisse pourtant de continuer sa bonne volonté envers eux , sur l'assurance que lui avons donnée qu'ils se contenteroient de ce qu'il lui plairait, comme ils doivent faire sans marchander, pource que, procédant autrement, elle en demeurerait plutôt offensée que persuadée. Nous ne lui avons pas aussi déclaré du secours , sinon de cette façon, que si votre Majesté leur vouloit entretenir deux ou trois mille hommes de pied français pour quelque temps, et que le rai de la Grande-Bretagne y voulût contribuer à proportion , ils auraient bien occasion de se louer de leur libéralité; et que plus t6t ils feraient cette ligue, pour assurer votre Majesté de leur bonne volonté, plus elle leur serait utile et avantageuse; et que c'étoit aussi à eux de la requérir, non à vos Majestés de les en recheraher. Sa réponse a été telle que la saurions désirer, qu'ils y travaillerant de jour a autre, en presserant même ceux d'Angleterre, leur dirant que l'état de leurs affiiires requiert cette célérité, et qu'ils la fassent avant que traiter avec les archiducs ; et s'ils veulent différer, passerant outre sans eux , leur laissant place pour y entrer après : mais nous a priés de vouloir tant ftiire envers votre Mi^esté,

NioOCtATtOlïS

qu'elle leur accorde quatre cent mille écus chacun an es trois premières années, sans y comprendre ce qu'ils pourront tirer d'Angleterre , afin que l'affaire ait moins de longueur et plus de facilité; qu'il se déflolt aucunement de l'intention des Anglais, sur ce qu'il sait leur Roi être toujours en espérance du mariage de son Dis avec ta fille d'Espagne, et d'avoir pour dot non -seulement lesdites Provinces-Unies, mais tous les Pays-Bas , et qu'on donnera contentement ailleurs aux archiducs; qu'il y a près de deux ans que les Espagnols , pour le gagner et Joindre du tout à eux , lui firent proposer quelques ouvertures et assurances sur ce sujet, attendant que leur fille fût en âge pour accomplir le mariage, et, pource qu'aucuns du conseil d'£s« pagne mirent en avant lors que seroit agrandir les hérétiques, le duc de Lerme fit réponse qu'il valoit mieux que ledit pays fût quelque peu intéressé, et demeurer en bonne amitié et alliance avec leur Roi, que de le laisser perdre pour en agrandir le royaume de France : aussi que ledit roi d'Angleterre consentiroit bien de remettre la religion catholique en son royaume , moyennant ce présent, qui seroit un plus grand bien pour la religion ; qu'il reconnoissoit bien de sa part ce dessein être sans apparence , par les raisons mêmes que lui avons dites à l'instant; mais que ledit Roi , qui Jugeoit ce mariage fbrt avantageux pour lui et son Etat, ne laissoit de s'en flatter sur la nouvelle espérance qu'on lui en a donnée depuis deux ou trois mois, ainsi qu'il a appris, étant vraisemblable que le roi d'Espagne les veut abuser maintenant , pour la crainte qu'il a de sa conjonction avec votre Mfi\)esté et lesdits Etats. Les députés d'Angleterre lui ont dit aussi que depuis ce même temps leurs gens sont mieux et plus favorablement traités en Espagne qu'ils n*étoient du passé, sans lui rien dire du surplus, fors que le roi d'Espagne a mandé au comte de Tiron qu'il ne le vouloit voir en ses pays pour ne faire préjudice à l'amitié qu'il a avec leur Roi ; et tout cela peut servir à croître ses espérances et lui faire craindre d'offenser davantage celui qu'il ne craignoit déjà que trop. Par ainsi se défie que les Anglais ne traitent sincèrement ni avec eux ni avec nous , et qu'ils empêchent même secrètement cette ligue s'ils peuvent ; qu'il avoit aussi la même défiance de ceux qui ne sont amateurs de la paix en leur Etat , et que les au« très, qui la veulent et sont même désireux de donner tout contentement à votre Majesté , se* ront retenus , s'il y a de la froideur es Anglais , pour ne déplaire à un prince qui a quelque pied et des forces dans leur Etat , si l'avantage pré* aeot quIU en recevront ne les y échauffa et

convie , attendu que ceux-ci ne rejetèrent i^s ouvertement ladite ligue, mais demanderont seulement qu'elle soit différée jusques après la paix; qui sera cause que les plus sages diront qu'on ne les doit point mécontenter en avançant le temps , puisque votre Majesté pourra être rendue aussi contente en la faisant après la paix que si on la faisoit devant ; nous prioit de prendre ces raisons de bonne part, et que, de son côté , il feroit tout devoir de satisfaire au plni tôt h ce que votre Majesté désire ; qu'il savolt bien cette ligue être nécessaire, et que chacun la rechercheroit après la paix , n'y ayant difficulté qu'à l'avancer au cas que l'Anglais demande avec instance qu'elle seroit différée Jusqu'à* lors.

Nous sommes certains, Sire, qtt*il nons a parlé d'affection et pour vous servir , et avons si grande connoissance de ce qu'il met en avant) que nous osons bien supplier très^humblement votre Msgesté de s'élargir jusqu'à un million de li* vrespar an, non durant les trois années qu'il a demandées, mais seulement pour les deux premières années ( nous entendons pour sa part, outre ce que l'Anglais donnera), et prendre cette assurance de notre fidélité et affection à son service, que nous ménagerons ce dernier mot autant qu'il nous sera possible , sans nous en découvrir qu'à toute extrémité, et considérer , s'il lui platt, que cette ligue est le fondement de tout ce qu'on prétend bâtir avec les Etats; qu'elle contraindra le roi d'Angleterre à se découvrir ; et s'il y entre , pour la Jalousie qu'il aura de votre Majesté , cette alliance le rendra suspect au roi d'Espagne, et lui fera croire que serez en meilleure intelligence ensemble que n'êtes en effet. Aa contraire , s'il la refuse, il offensera les Etats, perdra la créance qu'il peut avoir avec eux, et seront pour se séparer peu à peu de son amitié. En quoi il n'y a pas grand inconvénient si la paix se fait et qu'on découvre qu'il ait mauvaise volonté, dont ne pouvons encore rien dire, et n'en avons autre soupçon que celui qui est fondé sur ce que votre Majesté nous mande ce que M. de La Boderle lui a écrit et au président Jeannin, qui nous fera douter de tout Jusqu'à ce que les députés nous aient dit sa réponse et exécuté ce qu'ils ont promis; bien la pouvons^nous assurer de ne lui avoir rien mandé touchant les propos qu'ils ont eus avec nous et répété plusieurs fois , qui ne soit très-véritable.

Nous avons autrefois cru, avant qu'avoir vu le traité entier fait en Angleterre par M. de Sully, que non-seulement la ligue avec les Etats étoit nécessaire , mais aussi entre votre Majesté et le* dit Roi , et de le oomprendre au même traité}

Hyant été Induits à cette Opinion sur ce que les députés d'Angleterre nous avoient donné copie d*icelui traité en ia forme que l'envoyons, qui n'est que pour ia convention concernant le secours des États, dont votre Majesté dcvoit supporter les deux tiers et lui le tiers; tous les articles suivans,qui sont ceux de la ligue, n'y étoient compris. Ainsi, n'estimant pas qu'il y eût rien de plus, avant qu'avons reçu la copie que M. de Villeroy nous a envoyée, nous désirons et Jugeons cette ligue devoir être insérée à celle des Ëtats, comme nouscroyonsencorequ 'il sera bien àpropos de le faire si on peut , pour la réputation , et pour rendre cette alliance et conjonction de trois, publique, et la faire connottre à chacun, au lieu que ttlle d'Angleterre avec nous est à présent secrète, et lui-même prend plaisir à la celer et nier ; mais quand il ne sera fait, ledit sieur Roi ne laisse de demeurer obligé en vertu dudit traité, s'il a quelque soin de garder sa foi ; et si ce traité ne l'oblige, l'autre qu'on fera ne sera pas de plus grande efficace pour l'y contraindre. Car, encore qo'il âoit mis sur la fin dudit traité qu'on en passera un authentique et solennel , lorsqu'on reooQvellera l'alliance , cela n'empêchera pas que récrit fait sous ia signature privée dudit sieur Roi, ne soit pas fait et continué l'obligation entière; mais fait seulement connottre qu'on le vouiolt lors tenir secret pour certains respects. Pour le regard de ce que votre Majesté aime mieux donoer le secours en gens qu'argent , les Etats s'obligeront d'entretenir des gens de pied français, à. proportion de Targent qu'elle donnera, qui est en effet une même chose ; mais ils désirent plutôt m\r l'argent et les payer par les mains de leura (officiers , parce qu'ils estiment qu'en les payant Ainsi, ils leur auront plus d'obligation, et seront tenus à leur rendre plus de respect et d'obéiss»)ce, outre ce qu'ils peuvent craindre que cela n'amoindrisse l'aotorité de leur nouvelle selgneune. Si nous pouvons faire ce secours par forme de prêt , nous le ferons. Du moins vous serez

^aité, Sire, comme le roi d'Angleterre s'il est de la partie, et n'omettons d'ajouter au traité que ^, pendant ces deux ans que votre Mijcsté entretiendra lesdits gens de guerre , elle en avoit besoin pour être attaquée hostilement dans son i^yaume par qui que ce soit , qu'ils seront tenus de tes renvoyer Incontinent.

Quant au secours pour la guerre , si la paix &c se foit , elle déclare par ses lettres qu'elle en- ^ donner le double du roi de la Grande-Bre- ^gM, sans définir et arrêter Jusqu'à quelle "^^nie, sinon qu'elle se veuille rapporter à la ^nse dû mémoire donné à M. de Preanx. Or , »'U but renouveler la guerre ^ il sera bien requla^

pour relever le couffage à cel petipleé , et leur donner moyen de repousser l'effort que le roi d'Espagne pourra faire à ce commencement, qu'ils soient secourus plus puissamment. Noils n'excéderons toutefois en rien ce que dessus, sans nouveau commandement , et ferons tout ce qu'il nous sera possible pour la paix , afin qu'elle soit délivrée de ce souci, de cette dépense, et des périls et inconvéniens qui suivent ordinaire» ment les longues guerres. Nous n'avons plus qu'à nous assurer de la volonté du roi de la Grande* Bretagne, pour mettre l'issue de cette affaire du tout à cou vert et la rendre heureuse : peu de Jours nous en éclairciront, dont avertirons attssitêt votre Majesté.

Les députés nous sont présentement venus voir, ainsi qu'écrivions cette dépêche, lesquels nous ont dit n'avoir encore eu réponse ; et, sur ce qu'ils ont bien reconnu qu'étions en quelque opinion contraire, nous l'ont assuré avec serment et qu'ils l'attendoient de Jour à autre, se promet* tant qu'elle serait si bonne qu'aurons occasion da croire qu'ils ont toujours procédé sincèrement et ouvertement avec nous; sont encore entrés en propos d*eux-mêrae8 sur le point de la souverai'* neté , et nous ont l^iit voir , comme du passé | qu'ils sont plus enclins à la guerre qu'à la paix ) nous au contraire qu'avons charge de faciliter les moyens de faire ladite paix, non de l'empêcher. Mais quand ies deux rois seront bien assurés de l'amitié Ton de l'autre, par de bons traités au* thentiques et fiiits solennellement , non secrète* ment comme celui fait avec M. de Sully, tant pour la défense des Etats que de leurs royaumeSi il sera aisé de faire que n'ayons ensemble qu'un même avis et résolution ; et , Jusqu'alors, en con* seillant ce que penserons être du bien des Etats i nous prendrons garde aussi , avec la circonspec* tion qu'il nous sera possible , qu'on ne vienne à une rupture, par le moyen de laquelle votre Mo* Jesté soit contrainte de les abandonner ou d'être seule à les secourir, voulant fuir l'une et Tautre également. Leur avons dit et répété souventea fois ce même propos, et qu'il étoit temps de s'oa* vrir et déclarer en particulier , puisque sommes sur le point des résolutions; autrement il ne M* loit pas espérer que, sans être unis et bien d'accord ensemble, nous pussions faire que les pro* vinces n'aient entre elles qu'un même avis et résolution; et néanmoins cette diversité pourra être cause de les diviser , qui est le plus dangereux mal qui leur sauroit arriver.

Nous prions Dieu, Sire, qu'il donne à votre Majesté et à sa royale fomille tout heur et pros* périté.

A La Hayci ce SI décembre 1607,

N^GOCUTIONS

Vos trte-hnmtles et très-obéiàsans sujets et serviteurs , P. Jeannin et de Russy.

Attire lettre de messieurs Jeannin et de Russy, au Roi, du a décembre 1607.

SiBB,

Depuis notre lettre écrite , les Etats nous oat envoyé leurs députés au logis du président Jeannin , où les députés d'Angleterre se sont trouvés. Leur proposition a été d'excuser ce qu'ils ne se sont assemblés sitôt qu'Us avoient promis , puis nous ont dit que la première chose dont ils ont délibéré en leur assemblée a été de faire la ligue avec les deux rois, sinon offensive et défensive, tant pour la paix que pour la guerre , suivant le projet qui nous a été ci-devant donné , au moins défensive et pour la paix ; nous priant d'y vouloir •ntendre, dès à présent et avant qu'ils prennent aucone résolution sur le traité de paix. Les députés d'Angleterre et "bous , étant retirés pour en conférer et leur faire réponse , M. Spencer a dit qu'il ne la falloit faire qu'après la paix, et que les Etats la désirent pour nous en rendre auteurs, et publier qu'ils ne l'eussent pas faite sans nous, comme ils ont déjà fait ci-devant quand nous avons donné avis de traiter sur la ratification venue d'Espagne; nous au contraire que tenions à gloire d'être auteurs de la paix , et que c'étoit le bien des Etats d'avancer cette ligue, qui sera vraiment cause de les porter tous ensemble et avec plus de facilité à la paix , quand ils la verront assurée par le moyen de cet appui. Enfin nous ont fait de nouveaux sermens qu'ils n'avoient encore eu réponse d'Angleterre; et qu'ils nous prioient de vouloir différer quatre ou cinq jours seulement; qu'il y auroit toujours assez de loisir pour conclure et traiter cette ligue avant que les Etats aient pris résolution d'envoyer vers les archiducs, et qu'eux viennent au Jour qui sera pris pour la conférence. Nous nous sommes laissés vaincre, pour ne montrer trop d'ardeur en cette poursuite, ne nous diviser d'avec eux pour un délai de si peu de temps, aussi qu'il est besoin qu'ayons réponse de votre Majesté sur nos lettres pour la pouvoir conclure sans eux , au cas qu'ils fassent difficulté d'y entrer. C'est pourquoi nous la supplions très-humblement de nous la donner sans remise, et nous donner pouvoir d'offrir ce que lui mandons être nécessaire pour surmonter toutes difficultés. Nous avons donc fait cette réponse aux députés des Etats, qu'avons agréable et désirons comme eux cette ligue qu'ils nous demandent, comme la Jugeant utile pour unir toutes les provinces en ce désir d'accepter une bonne paix ; mais que

messieurs les députes d'Angleterre n'ayant encore eu réponse de leur Roi, désirent quatre ou cinq Jours de délai , dans lequel temps ils se promettent de l'avoir et de nous dire leur résolution; qu'ils pouvoient délibérer cependant de l'affaire principale , afin de ne plus retarder à donner avis aux archiducs s'ils entreront en traité ou non, leur ayant représenté derechef que la longueur leur est trèsnlommageable, et qu'ils doivent sortir au plus tôt qu'ils pourront de l'incertitude en laquelle ils sont. A quoi ils ont répondu qu'ils y vacqueroient dès demain , et continueroient de Jour en autre sans intermission Jusqu'à ce qu'ils en soient du tout résolus. Il est certain que les Etats sont touchés du même désir que votre Majesté , qu'il y a sujet de douter de l'intervention des Anglais , et néanmoins qu'ils montrent vouloir plutôt la guerre que la paix. Les députés de Danemarck ne sont venus à cette conférence; les Etats ont été exhortés de les y appeler dorénavant, et nous-mêmes en avons parlé les premiers, dont les députés d'Angleterre nous ont sa gré. Il sera ainsi fait à l'avenir.

Les députés de l'électeur de Brandebourg sont arrivés à ce soir, et ceux de l'électeur Palatin y sont attendus dans quatre ou cinq jours : ils tendront tous à la guerre, à ce qu'on nous dit ; et si les archiducs ne consentent d'entrée cette souveraineté absolue que les Etats prétendent , il y a crainte que tout ne soit rompu. Le prince Maurice et le comte Guillaume nous sont venus voir au logis du président Jeannin une heure après le départ des députés des Etats et d*Angleterre. Nous leur avons dit ce qui s'est passé , )fnis en soupçon tant qu'avons pu de la conduite des Anglais qui les flattent sur cette démontrance qu'ils font de vouloir la guerre , fait connoltrc que ce ne sont qu'artifices et déguisemens , et qu'en effet ils craignent le roi d'Espagne, et n'osent se Joindre à notre amitié, ni secourir les Etats, pour ne lui déplaire. Aussi , en parlant de la guerre, ils ne disent jamais qu'ils veulent contribuer à la dépense d'icelle, et ne l'oseroient faire pour la même raison. Le roi d'Angleterre en effet seroit bien aise que votre Migesté Tentreprtt , en eût la haine et fût sijyet aux périls et événemens d'icelle , lui en demeurant exempt. Mais elle a trop de prudence pour se laisser tromper de cette façon ; que la guerre à la vérité servirait au dessein du roi d'Angleterre, que leur avons déclaré, pourvu qu'il n'en acquit pas la mauvaise grâce du roi d'Espagne, et qu'il pût dire que c'est nous qu'en sommes cause, comme il le persuaderait aisément si nous en supportions la dépense seule et lui n'y contribuoit rien. C'est ce que lui pouvons mander pour ce coup ; priant

BU PBBSIBBlfT JBAVNIN»

Dieo, Sire, qo*il donne à votre Mf\{esté et à sa loyale famille toat heur et prospérité.

A là Haye, ce 31 décembre 1607,

Vos très-humbles et très-obéissans sujets et lerviteors , P. Jeaivnin et de Russy.

LtUre de M. Jeannin à M. de Villerofj, dudit jour 21 décembre 1607.

MoDsieur, les lettres du Roi et les vôtres contteoDeDt une instruction si particulière de la volonté et intention de Sa Majesté , qu'en sommes soffisamment éclaircls. Le pouvoir aussi est fort bien et en bonne forme , et tout y a été sagement considéré. Il me semble pareillement encore qu'il ne parle sinon des traités, conventions et alliances qu'on peut faire sur le sujet de la paixqa'en vertu de cette clause insérée sur la fin Moi pouvoir. Soit que la paix desdits Pays- Bas s en ensuive ou non, on s'en peut servir j)our fm toutes promesses, obligations, traités et alliances en cas de guerre aussi bien que de paix; m y pource que Sa Majesté ne nous donne pwroir d'offrir , pour la ligue présentement requise, pour assurer la paix , que le secours de tnb 00 quatre mille hommes de pied français , MQs la supplions très-humblement de s'élargir ^tage et d'offrir ledit secours en argent. Les useront bien contens d'entretenir des gens ^pi français à proportion de ce qu'on leur ^hâtera; mais ib désirent recevoir l'argent et in âite payer par leurs officiers, pensent par ce ^m en être mieux servis , respectés et obéis <^nx; et, s'ils acceptent presque encore cette vsoitéen leur nouvelle seigneurie , que tout dépode d*eux : en quoi il me semble qu'on les prat contenter, puisque Sa Majesté n'aura aucun intérêt pour ce regard. Quant à la solde desdits ^tre mille hommes , en les payant l'année entière à raison de douze mois , afin qu'ils se puissent mieux entretenir et ne portent aucun dommage aux habitans des lieux où ils seront mis en saniison, elle ne sauroit revenir, soit suivant les ^ de France ou ceux de ces pays, à deux (cnt mille écus au plus. Par les lettres qu'écrirons au Roi , nous supplions très-humblement ^ Majesté de leur vouloir accorder, deux années àmni , un million de livres chacun an , et les f^Qs qui nous meuvent de ce faire. Croyez , nwDsieur , que cette affaire est sujette à tant de niauvaises rencontres et inconvéniens, qu'on ne <^it regarder à ces dernières dépenses pour y mettre une heureuse fin. Qu'elle prenne, s'il lui P^t, cette assurance de notre foi et loyauté à son B<^ice , que ne voulons pas épancher son argent inai à propos pour gratifier les Etats; au contraire 9% ferons toute l'épargne qu'il nous sera possi-

ble, pourvu que ses affaires n*en soient point gâtées; et néanmoins que ce désir de les bien faire ne, sera cause de nous rendre prodigues en la distribution de son argent , étant notre intention de conduire les deux autant que pourrons , à savoir, le bon succès avec l'épargne de sa bourse, afin que notre travail soit autant agréable qu'utile.

M. de Russy a été voir M. de Rameveldt seul, suivant la résolution qu'avions prise ensemble , sous prétexte de lui parler d'autres affaires. Il est aussi venu me voir, nous ayant priés , avec très-grande affection l'un et l'autre, que, pour lui donner moyen de mieux porter les affidres à la paix, selon le désir de Sa Mijesté, et empêcher que les Anglais n'y nuisent, s'ils ont mauvaise volonté, dont nous sommes encore aux écoutes , il plaise à Sa Majesté leur accorder, les trois premières années de la paix , douze cent mille livres chacun an. Nous réduisons cette demande à un million, et pour deux ans seulement. Je vous supplie très-humblement de faire en sorte que le Roi y consente; J'en écris à M. de Sully, et le supplie aussi d'y vouloir aider. Vous Jugeres bien tous deux que cette instance si pressée est sans autre dessein que du désir qu'avons de bien servir.

Vos ietti'es et ce que M. de La Roderie m'a écrit du roi d'Angleterre et de ses ministres nous mettent en grand doute : bien vous peux-je assurer que tout ce qu'avons mandé touchant les conférences qu'avons eues avec ces députés , est très-véritable, et qu'ils continuent encore à nous tenir les mêmes langages. Néanmoins , le sieur de Rameveldta quelque soupçon que le roi d'Espagne ait de nouveau remis le roi d'Angleterre sur les espérances qu'il avoit eues du mariage de sa fille , pour le changer et disjoindre du tout d'avec Sa Majesté et les Etats, du moins d'avec nous , et craint qu'il soit tellement enchanté de cette imagination qu'il s'en promette quelque chose; par ainsi que cet espoir d'un côté et la crainte qu'il a toujours eue d'offenser cette grandeur d'Espagne, le retiennent et portent peutêtre encore à faire pis : m'ayant toutefois Juré qu'il n'en savoit rien plus avant, sur ce que m'en suis voulu soigneusement informer de lui ; mais il croit, si cette poursuite se faisoit de façon qu'on lui pût persuader que c'est à bon escient , qu'il accorderoit au roi d'Espagne de remettre l'exercice de la religion catholique en son royaume , et quitter du tout notre amitié et celle des Etats; aussi s'ils ne se vouloient ployer à ce qui lui plairoit. J'en ai bien aussi la même opinion, mais il n'y a point d'apparence qu'on la veuille acheter si chèrement que lui donner par effet c6

HBOOCUTIONS

qu'U prétend, à savoir, les Pays-Pas, et que les arcbiducs soient pour y conseotir , quelque espérance qu'on leur donne de les pourvoir ailleurs. Je craindrois bien plus l'offre de ce mariage avec les Provlnces«Unies ; car le roi d'Espagne ne perdroit rien en le consentant, puisqu*il est aussi bien contraint de les quitter. Les Etats penseroient s'assurer du côté d'Espagne à cause de cette alliance, et être appuyés perpétuellement des forces et moyens d'Angleterre. Et quant au* dit sieur roi d'Angleterre, encore lui seroit-ce asseK d*avoir lesdites Provinces-Unies , combien que le reste des Pays-Bas n'y fut compris. Mais tous ces discours ne semblent que songes propres à ti*omper seulement des esprits hébétés et sans Jugement; car telles alliances ne rendent pas les amitiés perpétuelles; et trouveroit enfin le roi d'Espagne, et ses successeurs, qu'on auroit donné beaucoup pour acquérir peu, ou plutôt qu on auroit agrandi un prince , dont il craint déjà la puissance par mer , pour en recevoir du mal , sous espérance Incertaine d'en faire k autrui, c*est-à-dire à nous, qui sommes, par la grâce de pieu , en état de Eure peur et mal à quiconque psera entreprendre de nous attaquer. Est vrai qu'il ne lui coûteroit rien de promettre le premier , et qu'il entrevoit ce profit , d'empéclier notre coiyonction, et de faire peut«ét(*e avec lui quelque dessein présent dont le bon succès le garantiroit des inconvéniens de l'avenir; mais il y a trop d'empôcbemens et dififlcultés à le promettre même; et pour Tautre qui a son exécution présente, il lui seroit pénlieux de le faire. Il ne faut pas trop craindre tels desseins ni les négliger du tout ; bien crois-Je pour certain que si ledit sieur Bol rcgette no|re amitié et ne se gouverne de I)onne foi et comme il doit, en la ^use des Etats, qui nous est commune avec lui, qu'il a quelque mauvais dessein et est du tout aans jugement, et je ne crois pas ce deniier, quoiqu'il soit craintif et peut^tre irrésolu. Je ne vois encore rien aussi qui nous doive faire avoir 0i mauvaise opinion de lui ; car ses députés montrent toiyours de vouloir tendre à la guerre, qui est bien loin de ce dessein ; et semble qulls ne rejettent la ligue avant la paix, sinon qu'elle serviroit à l'avancer et à y mieux disposer les Etats : on se doit toujours défier de tout ce côté là. Ainsi sera à vous , monsieur , d'aviser avec votre accoutumée prudence s*il est point à pro-

f^s, en ce doute , de chercher , par le moyen du ape ou autrement, à diminuer les défiances que le roi d'Espagne a de nous; car il est vraisemblable que , s'il entroit en l'un de ces desseins , ce ne seroit que par désespoir, et pour ne pouvoir §'MSurer de Tamitié de Sa Majesté. Nous pren*

drons garde soigneusement à tout ce qu'ils feront ici, avancerons cependant les affaires le plus quQ pourrons avec les Etats, et vous ea donnerons avis de jour à autre ; mais je n'ai voulu retenir davantage ce courrier, afin qu'ayons prompte réponse , que vous supplie être telle qu'elle nous donne moyen de foire ce que le Bol désire.

M. de La Borde doit partir dans cinq ou six jours, par lequel vous écrirons ce que les Etats amH)nt résolu sur le traité de la paix et pour toutes sortes d'autres choses. J'ajouterai encore ce mot sur ce que vous me mandez que le Pape et les Vénitiens sont pour venir aux armes; je ne sais comme il se peut faire , étant si sages d'une part et d'autre , qu'ils prennent de si dangereux conseils que de vouloir troubler toute la chré* tienté , pour donner moyen au roi d'Espagne de s'accroître en Italie ; en quoi , combien que Sa Majesté ait grand intérêt , si lera-t^lle bien empêchée d'y prendre un conseil qui soit exempt de tous dangers et inconvéniens. Bien me semble-t-il , s'ils se pouvoient joindre ensemble , Sa Mtg'esté et le roi d'Angleterre, qui se dit ami dei Vénitiens, qu'il seroit expédient de les laisser faire; car cette guerre donnerait moyen aux deux rois d'entreprendre sur les Pays-Bas, avec avantage et profit , pendant que ledit sieur M seroit occupé en Italie, outre ce que tel divertissement serviroit d'un grand secours aux Vénitiens, sans que le Pape eût tant d'occasion de s'en plaindre, que si elle les secouroit ouverte* ment avec des forces envoyées en Italie à cet effet. Et quand même le roi d'Angleterre se rendroit difllcile d'entrer en notre alliance, aimant mieux celle d'Espagne , dont il seroit encore rechargé avec plus de chaleur cette guerre venant à se faire, il sembleroit néanmoins utile de prendre ce conseil, crainte qu'en étouffant cette guerre à sa naissance, comme on a déjà fait la première, le roi d'Espagne, fortifié de cet appui, ne fût pour entreprendre contre nous avec plus de facilité; au lieu que ladite guerre occuperoit toutes ses forces, et y auroit moins de péril pour nous à donner du secours à nos amis chez eux que d'en attendre d'eux chez nous. Ceci est hors de ma charge , c'est pourquoi je ne m'en dois mêler. Je suis à présent tantassuré delà bonne volonté des Etats , que nous supplions aussi trèshumblement le Roi de leur faire donner le dernier quartier de cette année , dont ils ont grand besoin et nous font tous les jours prière et instance.

Les députés d'Angleterre nous sont présentement venus voir, ainsi qu'achevions cette dépêche , et nous ont assuré n'avoir encore eu réponse de leur maître ; y joutant des sermcos

DU PABSIDXIIT IK4NNm.

pour wmi le ftiire croire, sur ce qu'ils opt bien recoQDU qu'avions quelque opinion du contraire, 0t sont derechef entrés , comme de coutume , en des propos qui font connoltre qu'ils sont toujours plus enclins et désireux de la guerre que de la paix; et nous, au contraire, avons continué à leur dire que la paix est tellement avancée, qu'il y faut plutôt aider que de la reculer. Jugez, monsieur, combien cette façon de procéder est éloignée de ce qu*on en dit. Notre plus grande crainte est toij^ours la trêve , à quoi la longueur de ces gens ici les porte. Nous ferons, comme avons déjà fait , toutes sortes d'efforts pour l'empêcher, Jugeant qu'il n'y a rien si préjudiciable à eux et à leurs amis. Je prie Dieu , monsieur, qo'il vous donne en parfaite santé , trèi^beureuse et longue vie.

De La Haye , ce vingt-unième Jour de décembre 1007.

Votre très-humble et trèaobéissant serviteur ,

P. JBANIlIir.

LçUre du Roi^ du 32 décembre 1607.

Messieurs Jeannin et de Russy, vous ayant instruit amplement de ma volonté sur les affaires que vous devez traiter par-delà pour mon service , par les dépêches que Sainte-Catherine et le courrier Picaut vous ont portées, il me semble qu'il ne me reste à vous fhire autre commandement sur la vôtre du deuxième de ce mois, que J'ai reçue seulement le dix-huitième par le jeans La Force, ni même sur celle du neuvième, que j'ai depuis reçue par le neveu du feu sieur de Buzanval, que de vous faire savoir comme vous ferez de présent. Entrez an fond es affoires : que vous ayez aussi à me tenir diligem- D)ent averti de toutes occurrences pour pouvoir vous départir mes commandemens à mesure que vous en aurez besoin ; car vous savez qu'en tel CBS il est souvent nécessaire de les changer et accommoder aux occasions qui se présentent. Vous avez donné bon conseil aux sieurs les Etats sur les deux points desquels ils furent requis par le Corddier et Verreiken , quand Ils leur ont déclaré la ratification d'Espagne.

Vous avez appris , par ma dernière , que Je persiste en ma défiance première des intentions des Anglais ; leurs langages sont si différens , qQ9 Ton n'y peut asseoir aucun Jugement certain. Leur roi a blâmé votre approbation de la ratification , et néanmoins Je rejette la prolongation de la cessation d*armes, II ne peut trouver bon que les Etats se contentent d'obtenir , par leur accord, la clause touchant la souveraineté pareille à celle qui leur a été accordée par ladite eessatkm ^'armes , de plyt^t^ se ré9Qudre à la

guerre que de l'en contenter ; et toutefois je ne vois qu'il leur offre aucun seoours certain en cas de guerre. Au contraire, quand on parle de cela, ou il change sur«le*ohamp de propos , ou il dit qu'il ne veut contrevenir au traité qu'il a fait avec le roi d'Espagne. Il a dit ci-devant que pour cette considération, il n'entendoit entrer en confédération plus étroite aveo lesdité Etats , qu'après qu'ils auroient parfait leur accord avec les archiducs; et maintenant il consent d'y entendre devant; mais il déclare vouloir faire son cas à part, c'est-à-dirci sans moi. Il ajoute aussi, s'il doit secourir lesdtts Etats après la paix ou durant la guerre , que ce soit par ses mains, et non plus par les miennes, comme il a été pratiqué cbdevant , afin qu'il ne soit découvert par les Espagnols , et qu'il en ait tout le gré. Pareille*ment , il fait dire Journellement aux archiducs , ^ par son ministre qui réside près d'eux, que tout ainsi que depuis son traité avec eux , il n'a secouru lesdits Etats d'un sou , aussi se gardera* t-il bien de le faire ci-après, et qu'il continuera de favoriser la paix de tout son pouvoir. Son am« iMissadeur r4idant ici a tenu le même langage touchant la séparation d'avec moi au traité que nous prétendonsfaire avec les Etatset son maître; sur quoi J'ai estimé vous devoir faire savoir que Je Juge , par telle diversité etoontrariété de lan^ gage, que lesdits Anglais ont très-mauvaise iuitention envers moi et mon royaume, qu'ils ten* dent à traverser et empêcher que Je ne me lie plus étroitement aveo lesdits Etats, lesquels ils voudroient sinon Jeter du tout entre les bras, ou sous l'absolue domination des archiducs, du moins détacher d'avec moi, en faisant leur sus* dit accord , afin de rendre son amitié , correspondance et voismage plus nécessaire aux uns et aux autres , et par ce moyen me priver entièrement des commodités que Je puis espérer desdits Etats. C'est pourquoi , s'ils continuent ainsi de faire les longs et les fins , il faut résoudre et assurer notre fait avec lesdits Etats, sans eux, après toutefois avoir fait tout le possible pour les engager , soit pour la paix , ou pour la guerre ; et me semble que vous pouvez en ceci gagner sur eux un Jour avantage , en manifestant et découvrant leur malice et duplicité, comme s'ils dissuadent la paix mal à propos. Pressez-les donc de déclarer clairement et spécifiquement le secours qu'il prétendent de donner auxdits Etats pour soutenir la guerre, offrant de ma part le double de ce qu'ils contribueront , avec condi* tiens portées par mes précédentes; et si, au contraire, ils favorisent ladite paix , qu'ils disent ce qu*ils entendent faire pour lesdits Etats , aver nant qu'elle soit violée ci-après, ou quelle aide

NEG0GUTI0N8

ils entendent leur donner présentement poar conserver leur Etat les deux premières années de la paix. Ce sont les trois points sur lesquels Je vous ai écrit mes intentions par mes dernières. Car les sollicitant et pressant de répondre nettement à telles propositions , vous découvrirez ce qu'ils ont dans l'estomac , et il faudra sur cela fonder après nos résolutions avec lesdits Etats ; car si les Anglais fuient ma conjonction, je ne "veux pas laisser pour eux de traiter avec lesdits Etats. Au moyen de quoi ne faites difQculté d'entendre à la ligue proposée sans lesdits Anglais , même pour la paix ; car je Juge et reconnois avec vous plus que Jamais qu'il fout faciliter ladite paix et y buter par préférence à toute autre chose. Etant donc lesdits Anglais si irrésolus , foihles, légers et infidèles en mon endroit qu'ils . sont , vous ne laisserez de conclure vos traités avec lesdits Etats sans lesdits Anglais, encore que par mes autres lettres Je vous aie obligés à n'offrir mon assistance auxdits Etats, sinon à condition que les Anglais y entreroient pour leur part; et néanmoins faites toutes sortes de devoirs et efforts devant que d'en venir là , pour, s'il est possible , disposer et faire résoudre lesdits Anglais d'entrer auxdits traités avec nous, étant certain que notre confédération étant composée de trois , sera plus estimée et utile à tous. Mais n'ayez pas opinion , quoi qu'on vous ait dit , que lesdits Anglais aient sujet quelconque d'espérer au mariage de l'infante d'Espagne, et moins qu'ils obtiennent pour dot lesdites Provinces- Unies. Ce sont toutes imaginations qui peuvent entrer dans l'esprit desdits Anglais, mais qui ne 8ont effectives.

L'on doit plutôt convier que rejetter Spinola et Ricliardot à être de la conférence que l'on prétend faire pour ladite paix ; car comme ils sont plus puissans et autorisés que les autres, ils seront plus à propos aussi pour avancer les affaires : mais comme J'ai opinion qu'il faudra que les principales résolutions viennent d'Espagne , Je prévois aussi qu'elles tireront fort à la longue , qui est le pire parti auquel les choses peuvent tomber pour lesdits Etats et leurs vrais amis, et celui que J'appréhende le plus, comme Je vous ai écrit par mes précédentes, avec mon intention sur cela, à savoir de ne continuer de mettre la main à la bourse Tannée prochaine , comme J'ai fait celleci , si lesdits Etats ne me donnent sujet d'en user autrement. S'il faut que je traite sans lesdits Anglais, il sera plus besoin que Jamais de savoir et considérer que deviendront les places ostagères qu'ils gardent , et que Je sois éclairci au vrai du traité que les Etats feront avec eux , et pareUlement ce que Je pourrois espérer desdits

Etats , avenant que lesdits Anglais se joignent ci-après avec les Espagnols et les archiducs pour me faire la guerre; car Je dois tout craindre et attendre des uns et des autres, et prendre les choses au pis. Essayez aussi de profiter de Tintervention et présence des députés des autres rois et princes qui sont par-delà , pour favoriser les l)onnes résolutions, et Je me conduirai envers celui de Suède selon votre l)on avis. J'ai eu à plaisir d'avoir été assuré par votre dernière de la bonne intention et conduite du prince Maurice ; Je n'ai rien dit à la princesse d'Orange de l'avis qui m'avoit été donné de son désespoir. Je crois aussi que c'est un artifice inventé a dessein ; de quoi je demeure à présent bien éclairci et en repos, louant vos considérations sur le procédé dudit prince Maurice envers le sieur de Bameveldt, ou à l'entière conclusion des affoires, qu'il faut donc presser et avancer tant qu'il sera possible, en évitant la prolongation de ladite cessation d'armes pour un an. Quant à la qualité et forme du secours que j'entends donner auxdits Etats , en tout cas, je vous l'ai si particulièrement écrit, que Je n'y puis rien ajouter, persistant a vouloir le donner en bommes plutôt qu'en aillent , pour les raisons que Je vous ai écrites. Sur quoi Je finirai la présente , priant Dieu , messieurs Jeannin et de Russy, qu'il vous ait en sa sainte garde.

Ecrit à Paris , le vingt-deuxième Jour de de> oembre 1607. Hbnbi.

Et plus bas j Brdlabt*

Lettre de M. de Villeroy à M. Jeannin, dudit jour M décembre 1607.

Monsieur, notre défiance de la volonté des Anglais aux affaires qui se présentent, augmente Journellement, ainsi que vous apprendrez de la lettre du Roi ; et croyons en vérité que tout ce que leurs députés disent et font par-delà , n'est que pour décevoir et fhire résoudre l'accord avec les archiducs, et après traverser et empêcher le nôtre ; car ils ne veulent point que nous prenions avec ces Provinces plus de crédit et d'autorité. C'est pour cela qu'ils font les bons valets, en se montrant soigneux de la souveraineté desdites Provinces, et de leur procurer une paix , non une trêve à longues années. Cependant ils ne parlent qu'à demi et en termes généraux , de les secourir en cas de guerre , ni de s'obliger avec nous avant qu'on viole leur traité. Ce sont des trompeurs, vrais ennemis de la France , et qui préfèrent aussi imprudemment que malignement leur haine à leur propre bien ; car ce le seroit de s'unir avec nous de bonne foi en cette action , suivant votre projet et les ouvertures qui ont été fiaites; mais ils ne sont pas

DU PBESIDENT JEANNIN.

capables de teb consdls , et si yous ne les embarquez par Yotre conduite, je n'espère pas qu'ils fraodusaent le saut avec nous. Je dis plus, s'ils le font, ils s'en dédiront bientôt , et Joueront à la fausse compagnie. Toutefois , si nous pou- T<ms les fhire danser, ce sera toujours le meilleor, quand ce ne serait que pour la réputatMoet pour servir d'exemple aux autres. Certes, festimerois qu'il y aurait plus de sûreté et d'honneoT de s'unir et traiter avec l'archiduc; mais il lembie que ce soit chose incompatible avec celui de Hollande , et davantage que la France ne Mu ou puisse se fier d'Espagne, le monde étant composé comme il est. Or, si l'Angleterre lefiise de s'unir avec le Roi en cas de paix ou de goerre , et de s'engager comme il faut envers les Etats pour rentrer au dernier parti susdit , il sera difficile que les Pravinces désunies se maintieonent; car l'archiduc ne pourra ni voudra seul danser ce branle. Quoi avenant, il faudra par aécessité que la Hollande reçoive de l'arahiduc telle loi qu'il voudra lui imposer, et me semble que c'est le but auquel visent ensemble le roi d Angleterre, l'archiduc et le roi d'Espagne. Ces deux derniers artificieusement , et l'autre mali- «osement et impudemment, se pramettent que k temps rétablira enfin l'ancienne maison de ^«g<^e , de laquelle l'Angleterre a autrefois lîR de grands avantages contre la France, sans fttll^agne y puisse à l'avenir reprendre pied : <tiÇOQi je crois certes que le rai d'Angleterre et ^ comte de Salisbury s'abusent grandement ; Aiis ils s'enivrent volontiers de cette espérance, ^t ils sont transportés de haine et d'envie contre la France. Faites votre possible pour leur ^ lever ce masque devant que les Hollandais et i archiduc soient d'accord ; car nous pourrons >F» mieux choisir et prendre notre parti. I^ Etats nous font dire par le sieur Aêrsens ^ils nous y seconderont, soutenant celui-ci ^ la paix ne réussira point. Il dit aussi que c est lopinion de son père , et que sans vos avis ^ Provinces n'eussent jamais accepté la ratifi- <atioD d'Espagne en la forme qu'elle est ; et quand <H^ lui demande ce que donc ils eussent fait, il ^pond qu'ils eussent contraint leurs ennemis d'»i fournir une autre, ou qu'ils eussent rompu <Iq tout cette négociation. Mais quand Ton de- ]^de sur cela avec quels moyens ils peuvent ^tcQir la guerre , ils répondent qu'ils s'assurent que nous ne les abandonnerons ni l'Angleterre aossi. Nous répliquons qu'ils s'assurent donc de ce dernier comme il convient , et qu'ils trouve- 'wt après leur compte de notre côté : mais tout ^ n'est que discours. Vous leur avez donné un bon conseil quand vous avez été d*avis d'accep-

ter ladite ratification , et d'entrer sur cela en conférence, quand même la paix ne devroit s'en ensuivre ; car , reconnoissant que la faute en devra être imputée à leurs ennemis, cela servira à les réunir et encourager à la guerre. Mais le principal soin qu'ils doivent avoir, et ce à quoi ils doivent plus s'étudier , est premièrement de foire parler clairement les Anglais, et tirer aussi promptement après le dernier mot des archiducs pour la paix ; et si ceux-là refusent de promettre, et ceux-ci de parler, certes, je prévois qu'eux et leurs vrais amis se trouveront bien empêchés , étant de leur côté composés comme ils sont, et du nôtre, en l'état duquel nous nous trouvons , personne ne pouvant donner conseil au Roi de prendre sur sol toute cette querelle , même après les preuves qu'il a faites de ia foi et conjh tance de ceux qui conduisent les affaires où vous êtes. De sorte que Je crains que les Etats soient à la fin contraints d'entendre aux ouvertures de l'Empereur, ou s'accommoder tout-à-fait au vouloir de l'archiduc. De quoi le roi d'Angleterra sera seul cause : et Je vois certes que c'est le but auquel il vise; car de s'attendre au parti de l'In* fonte pour le prince de Galles, il n'y a apparence quelconque de le faire; et quand le sieur de Barneveldt fait contenance d'en avoir quelque soupçon. Je crois que c'est pour donner martel au président Jeannin et à ses amis. Au reste , il fout tout craindre du marquis de Spinola et du président Richardot , car ils feront tout le pis qu'ils pourront à la France , se défiant entièrement du Roi et de ses ministres , comme ceux qui estiment en avoir été échaudés. Toutefois ils ne peuvent honnêtement ni doivent, ce me semble, être rejetés de la conférence, ainsi que Sa Mijesté vous mande. Enfin, elle vous permet de traiter sans les Anglais, quand vous seroz du tout désespéré de leur volonté. C'est le sujet principal de cette dépêche, n'ayant rien à y ^jouter de plus à celle que le courrier Picaut vous a portée.

Il n'a été rien dit à ia princesse d'Orange de l'opinion que l'on a eue du prince Maurice : eUe est encore ici retenue, ce dit-elle, par le Roi; mais je crois qu'elle appréhende bien autant le passage de la mer en cette saison.

Le Roi a pris plaisir d'entendre ce que vous m'avez écrit touchant les Indes d'orient; il a toujours à cœur ce dessein. Un certain Espagnol écrit à M. de Vie la lettre que je vous envoie; enquerrez-vous, s'il vous piait par de-là, s'il y est connu, et quel état on en peut faire. Quant au dernier quartier de notre secours , Sa Mi^esté a délibéré de l'accorder : partant vous pouvez le promettre; et pour le regard de l'exécution, votre conseil sera suivi, espérant qu'entre-ci et

^ÔO

KBGOCUTIOKS

)e temps que vous ootex , vous pourrez voir clair aux affaires que vous traitez. Maudez-moi librement ce que vous êtes d'avis que l'on offre au sieur de Barueveldt : J'en userai comme il faut, et Je vous presse de cela , parce que jusques alors nous ne parlerons qu'entre les dents. J'attendrai aussi votre retour pour réponse au président de Cbarlera ; et je prie Dieu qu'il vous ramène bientôt , avec le contentement et la santé que vous ^ubaite, monsieur, votre très-affectionné serviteur et assuré ami , ds Nbuf vii^ls.

A Paris, le 32 décembre 1G07«

Délibération des Etats j du vingt-qucUrièmo de décembre, sur Particle de la souveraineté.

Ayant été mis en délibération sur la réponse de l'article du deuxième novembre dernier, donné «ux commissaires des sérénissimes archiducs d'Autriche, Ton accordera d'entrer en communication et besogne sur la présentation du traité de paix ou trêve pour longues années; ont les députés de toutes les Provinces-Unies, unanimement, sincèrement , et en bonne foi , promis, oomme ils promettent par cette, l'un et l'autre, qu'en cas de progrès dudit traité et besogne, au premier article d'icelui , devroit être mis et accordé bien et clairement et expressément la qualité de Provinces-Unies, comme provinces et pays libres sur lesquels ni le roi d'Espagne ni les archiducs ne prétendent rien, et cela en la meilleure forme , sans qu'audit traité soient admis ou accordés aucuns points, aussi peu es affaires spirituelles et d'Eglise, que séculières ou autres, contre ladite liberté; et, en cas que de la part dudit Roi ou archiducs soit persisté au contraire, que le traité sera rompu, et lesdits Roi et archiducs mis en leur tort, et en outre qu'avec vigueur et commune puissance de toutes les Provtnces-Unies , et s'il se peut impétrer aussi des Rois , potentats et Etats qui favorisent leur cause, la guerre sera recommencée par l'aide de Dieu, et tout bon ordre mené à une honorable et assurée fin.

Fait en La Haye , le vingt-quatrième Jour de décembre 1607.

LeUrû de messieurs Jeannin et de Russy, au Hoi, du S6 décembre 1607.

SiBB,

Depuis le départ du courrier Picaut, par lequel nous avons écrit à votre Mi^esté , les Etats se sont assemblés les trois Jours suivans , matin et après dîner , et enfin ont résolu d'envoyer , par un trompette, aux archiducs la lettre dont lui envoyons la copie, qui contient en subftWQC

qu'ils sont prêts d'entrer en conférence avec leurs députés, en ce lieu de La Haye, sous les prote»tations et déclarations ci-devant par eux faites ; consentent aussi la prolongation de la trêve pour un mois ou six semaines , et demandent que le nombre de leurs députés ne soit plus grand que de sept ou huit.

Les députés desdits Etats s'étant assemblés avec nous, ceux d'Angleterre et de Danemarck nous ont fait faire lecture de ladite lettre, disant n'y avoir voulu prendre une entière résolution sans leur avis. Nous leur avons sur ce demandé si ces mots de déclarations et protestations, dont mention est faite par ladite lettre , ne se rapportent pas à ce qu'ils ont toujours protesté et dé* claré, s'ils n'entendent traiter sinon à condition que la souveraineté leur soit gardée absolument et sans aucune condition ni restriction : nous ont dit qu'oui, et que cette résolution avoit encore été prise et répétée de nouveau en leur dernière assemblée , et de ne traiter jamais autrement. Ili ont après été exhortés par nous d'envoyer ladite lettre par quelque homme de qualité, et que l'importance de l'af Mre et le respect des princes auxquels ils écrivoient, le requéroient ainsi; mais ils ont répondu qu'il faudroit perdre trop de temps pour obtenir un passeport ; et, quoi qu'ayons répliqué, ils ne se sont laissés vaincre, bien nous ont dit qu'ils en feront rapport à leur assemblée. Outre cette lettre que le trompette aura pour les archiducs, ils lui en doivent donner une autre pour le sieur Verreiken , par laquelle ils lui feront savoir , au cas qu'on veuille prendre un ou deux étrangers pour être du nombre des députés, selon que les archiducs avoient demandé , que ce ne soient personnes ayant des principales charges et commandement en leur armée , et ce pour en exclure le marquis Spinola , ne se souciant du choix de tous les autres. Ils se délibèrent d'envoyer cette lettre dès le lendemain de Noël, et se promettent que les députés des archiducs pourront être ici dans le dix ou douzième de Janvier. Aucuns des députés de l'assemblée des Etats ont désiré et fait instance que, dès à présent, rartide pour la souveraineté fut mis par écrit et envoyé aux archiducs, avec déclaration et protestation expresse, s'ils ne la vouloient accorder de cette façon , de leur déclarer qu'ils ne veulent et n'entendent entrer en conférence, ni aucun traité avec eux ; mais cette opinion n'a été suivie.

Les députés d'Angleterre, lorsque nous sommes assemblés pour dire notre avis sur la lecture de ladite lettre et proposition à nous faite par les députés des Etats , ont fait cette même ouverture. Mais , voyant que notre avis étoiique seroit

DU PaSfXDXNT JX4NNIN.

7iV

usa i tempi de s'ouvrir et fiiire entendre lee mots qui sont requis pour exprimer cette souve-' FBioeté iore de la ccmférence , et que les députés de Daoemarckdissimuioient aussi à dire le leur, oous avons été tous ensemble de l'avis des £tats. Xoos recoDDOissoos que le plus grand nombre va a la paix , selon que votre Majesté désire , et toujoQrs à cette condition, que ia souveraineté soit quittée absolument. Lesdits députés des Etats Qoas ont encore parlé de la ligue, et ceux d'An- {(ielerre dit, comme de coutume , qu'ils n'ont eu nouvelles de leur maître ; ce qu'estimons être vrai, mais qu'il le fait avec artifice ; eux toutefois nous tiennent toiyours de bonnes paroles , et se promettent que la réponse nous contentera. Naussupplions très-humblement votre Majesté de nous Aire au plus tôt entendre sa volonté sur ks lettres que le courrier Picaut a emportées, Biia qn'ayoos plue de st^jet de presser ladite ligue; ce que ne laisserons de faire dans deux ou trois jours, encore que pensions être bien assum qu'il n'y aura aucun dommage en la retardatkn^et qu'il coûtera quelque chose de plus à FaïKilencier ; m&ia cet ouvrage £eût , l'esprit de totreUiyestésera plus en repos. M. de La Borde, qoi est porteur de cette lettre , s'en va trouver >Dtre Majesté, pour lui faire entendre qu'il est ht recherché pour aller en Suède , où il désire dtin employé, si elle l'a agréable et lui permet ii>>ller, espérant de l'obtenir pour ce qu'il en liniradra plus capable de lui rendre quelque /w service, il a bon nom par deçà, craint Toisteté, et lui semble que la paix qu'on attend ia, et que les gens de guerre tiennent déjà pour ^te , sur la crainte qu'ils en ont , ôtera le moyen a ceux de sa profession qui ont du courage de lavaucer, s'ils n'en vont chercher les occasions au loin. Il a néanmoins été retenu à ne se point tagager sans son commandement, suivant en cela son devoir et l'avis que lui en avons donné : ii a désiré qu'en donnions avis à votre MjB^^ié,

tt que faisons.

M. de Ruasy a été présentement voir le sieur deBameveldt , qui lui a dit qu'ils avoient noutellesd' Allemagne que les princes protestans ont f^ln de se Joindre avec eux , soit à la paix ou a la guerre, et de contribuer même aux dépenses ^^ la guerre pour une sixième partie, comme il estime que les Anglais seront toujours irré- »)lus si on ne les presse, et qu'il le fera, n'y ayant rien que les Etats désirent davantage que ^ faire la ligue avec nous. Nous prions Dieu , ^Sire, qu'il donne à votre Mtyesté et à sa royale £>mille tout heur et prospérité,

De La Haye, ce Jour de Noël 35 décembre

ieo7.

Vos très-bumbles et très-obéissans sujets et serviteurs, P. Jeannin et db Russv.

Lettre de M, Jeannin à M. de Villeroy^ dudit jour 25 décembre 1607,

Monsieur , vos lettres du 1 3 ont été envoyées par le maître de la poste de Calais, en Zélande, d'où on les a fait tenir à M. de Waudrenecq à Rotterdam , et de là ici, où les ai reçues le 39 de ce mois, cinq ou six heures après le départ du courrier Picaut. Vous me mandez que les archi* ducs continuent à se plaindre de ma conduite, et disent avoir surpris les lettres par lesquellea ils ont reconnu que J'empêche ia paix : quant au premier , ils disent le contraire de ce qu'ils pen-» sent, par artifice, et pour excuser la conduite d'eux-mêmes en notre endroit, nous ayant tou^ Jours tenus suspects comme ennemis. Or, ils sont mal informés , si les Etats , peut-être pour obtenir plus aisément d'eux ce qu'ils désirent, le leur fout accroire, ou d'autres qui» en faisant mal contre eux , veulent néanmoins acquérir la grâce d'avoir bien fait; car depuis le commentcément Jusqu'à la fin Je me suis toujours montré amateur de la paix ; et même , sur vos premières lettres par lesquelles nous étoit commandé de la rejeter du tout, et déclarer, si les Etats la fai« soient, qu'avons charge de nous retirer, et de ne les point assister, Je fus si retenu et modéré, qu'on ne connut Jamais que ce fut notre inten-v tion de les porter à la guerre. Depuis , les lettres du Roi et les vêtres , nous ayant toujours fait connoitre que devions i suivant notre intention, tendre à la paix, nous l'avons fait avec la dis*crétion et comme il étoit requis pour ne nous point rendre suspects à ceux qui vouloient la guerre, non plus qu'aux autres qui désiroient la paix, leur faire bien sentir de nous , afin de nous conserver plus d'autorité envers un chacun , et pour les conduire, par ce moyeu , plus aisément à leur dessein , où il seroit besoin ; et de notre fiiçon de procéder, vous avons de Jour en Jour donné avis, pour être informés si Sa Majesté l'approuveroit, ce qu'elle a fait. Nous n'avons pas même résisté à l'ampUation de la trêve, lorsqu'elle fut demandée par les archiducs, pour empêcher la division do la provinoe de Zélande, qui vouloit lors plutôt se séparer des autres que d'y consentir. Au contraire , s'en étant remis à nous , nous les avons excités de se joindre à l'avis commun , et non plus à la révocation des navires, dont nous nous remîmes aux Etats sans vouloir dire notre avis , quoique telle demande ne fût raisonnable, et que les Etats eussent mieux fait de renvoyer d'autres navires que de révoquer ceux-là ^ comme un moyen proprç

RBGOCIATIOlfS

pour induire le roi d'Espagne, qui désiroit à découvert ladite révocation , d*cn donner plus t6t la ratiflcatlon , comme ils étoient tenus faire par le traité de la trêve pour l'obtenir, dont Sa Majesté même demeura aucunement offensée , estimant qu'on ne Favolt pas dû accorder. J'ai été aussi auteur de faire approuver la dernière ratification envoyée d'Espagne , et le persuadai aux députés d'Angleterre, qui en faisoient au commencement difficulté , dont ils ont été blâmés par leur maître. Vous nous avez mandé que le Roi aurait agréable de faire la ligue avec les Etats , aussi bien pour la guerre que pour la paix , pourvu que les Anglais voulussent entrer, et que Sa Majesté ne se soucieroit pas qu'elle fût sçue : mais, ayant reconnu que les Anglais en faisoient difficulté, es conférences qu'avons eues à part avec eux , nous nous sommes abstenus d*en parler en public; bien disje quelque chose en particulier au prince Maurice et au sieur de Bameveldt , pour leur faire connoitre la bonne volonté de Sa Mi^esté envers les Etats. Et, sur la demande que lesdits Etats nous fesoient de foire cette ligue défensive et offensive , même pour la guerre, nous fîmes les réponses qui vous ont été envoyées, par lesquelles nous rejetions la ligue pour la guerre, et acceptions celle pour la paix , comme prapre , et qui sembloit même nécessaire pour induire ces peuples à se mettre en repos , leur donnant néanmoins assurance qu'ils ne seroient abandonnés, mais secourus et assistés s'ils étoient contraints de continuer la guerre. Sa Majesté a aussi approuvé cette réponse. Nous avons été long-temps en crainte que quelques particuliers de cet Etat puissant, pour se faire suivre, ne voulussent faire la paix trop précipitamment, et avec des conditions qui n'eussent été assurées pour eux ni utiles pour nous ; et, à cette occasion, pour les retenir , j'ai conservé tant qu'ai pu l'affection et bonne volonté envers le Roi du prince Maurice, comte Guillaume, et des autres que connoissois enclins à la guerre , diminuant peu à peu l'aigreur de leurs esprits pour leur faire goûter la paix , et néanmoins nous servir d'eux pour les opposer aux autres, s'il eût été besoin. En quoi il a fallu prier divers personnages, et s'avancer plus ou moins du cûté de la paix ou de la guerre , selon les occurrences ; en sorte , néanmoins, que personne n'a pu prendre autre conjecture de notre volonté, sinon que le vrai but et dessein de Sa Mf^esté étoit d*aider à faire la paix , pourvu qu'elle tdt bonne et assurée. Aussi ai-je parlé clair et de cette sorte avec Verreiken et le Gordelier, non comme un trompeur qui leur eût voulu persuader qu'aiderions & l'affaire

comme il leur plairoit. C'est en somme ma ocmduite ; vous pouvant assurer , monsieur , que n'ai jamais suivi mon inclination , mais ce qui m'a été commandé; et si j'ai failli, le Roi en est cause, car nous lui avons toujours donné avis de tout ce qui s*est passé, et il nous a fait l'honneur de l'approuver; dont ai reçu plus de contentement que s'il m'eût donné quelque grande récompense , ne me souciant pas que les archi« ducs en sentent, et qu'ils m'en sachent bon ou mauvais gré, pourvu que mon maître en soit satisfait.

Je vous supplie donc, très-humblement, lui faire voir cette lettre, afin que Sa Majesté n'ait cette mauvaise impression de moi, qu'en le servant fidèlement , comme j'ai fait , je n'ai toutefois été assez discret et sage pour n'offenser ces princes dont elle désire conserver l'amitié; vous pouvant dire avec vérité qu'ai toujours eu ce respect et dessein , mais après son service et en faisant ce qui m*étoit commandé. Or, les deux ensemble, la paix et la ligue défensive avec les Etats, quoiqu'elle ne soit dommageable, sinon ji ceux qui voudront fairo du mal au Roi et à son Etat, ne pouvoient pas contenter l'Espagnol et les archiducs, ni la première sans l'autre Sa Majesté. C'est pourquoi j'ai recherché à faire les deux ensemble , et suis encore après à l'effectner. Voilà, monsieur, comme je me suis conduit. Je crains, si les Anglais nous veulent tromper, qu'ils ne fassent bientôt la même plainte de moi; car je n'ai pas envie de l'être, mais bien de nous conserver en union et amitié avec eux, s'ils procèdent sincèrement et effectuent de bonne foi ce qu'ils nous ont dit, promis et assuré en toutes nos conférences. Quant aux lettres quQ les archiducs disent avoir surprises, je n'en crois rien. J'ai vu mon registre , lequel contient la date de toutes les lettres que vous ai écrites et ceux qui les ont portées. J'ai reçu aussi les réponses du Roi et les vôtres, et ai trouvé qu'il n'y a une seule des miennes auxquelles n'ayez répondu. Je fais mes minutes de ma main ; je les fais mettre en chiffres en mon cabinet : ainsi ils n'en peuvent avoir aucune communication ; et si je me fie entièrement en celui qui les écrit, vous avez la même fiance aux vôtres qui déchiffrant. J'estime donc que sont des songes qu'ils mettent eu avant; Je n'ai écrit à aucun autre chose qui me soucie qui ait été vue. Celui à qui j'ai souvent écrit , pource qu'il a toujours usé de même diligence envers moi, a été M. de Vie, gouverneur de Calais: or, il s'est plaint quelquefois de n'avoir reçu réponse de moi à plusieurs de ses lettres , dont la cause pravenoit de ce que les porteurs alloient à Dieppe au lieu de passer & Calais ; peut^ètra que

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quelques unes de ses lettres ont été perdues. Je De fais point de minutes de celles-là ; mais , encore que lui aie quelquefois écrit comme à un homme qui craint la paix, et qui me représentoit per toutes ses lettres l'utilité de la guerre , si D'auronMls pas vu , quand elles seroient toutes en leurs mains, qu'ayons eu cliarge de préférer la guerre à la paix.

J^ajottterai encore ce mot à ce que Je vous ai écrit par ie courrier , qu'il est vrai , comme J'estime, que les députés d'Angleterre n'ont reçu réponse de leur maître; mais qu'il l'a différée à dessein pour nous 6ter le moyen de faire la ligue avant le traité des archiducs. Or, si c'est pource qu*il veut la guerre en effet, et craint que cette ligue n'excite davantage les provinces à désirer la paix, comme elle fera, ou pour quelque aotre occasion, Je n'en sais rien; mais il a dit cette raison à M. de La Boderie , qu'en la fainnt plus tôt, serait se rendre auteur de la paix , montrant de fuir cette réputation, comme si elle lui toumoit à blâme ; et ses députés nous ont dit autant. On peut conjecturer, s'il est sur les espérances du mariage doqt vous ai écrit , et d'avoir pour dot cet Etat, qu'il fera tout ce qu'il pourra pour porter les Etats à la guerre , sans vouloir qu'on croie néanmoins que soit pour lui, poor n'offenser le roi d'Espagne ; et se serviroit volontiers de nous et des moyens du prince Maurice ; puis feindrait d'avoir été contraint de BOUS suivre, pour ne l'avoir pu empêcher; ne seroit après la ligue avec nous, pour montrer qu'il n'y a aucune amitié; et s'il donnoit quelque chose aux Etats , seroit sous main , en secret , et sans y être obligé, pour ie nier et s'en départir aussi quand il voudroit. Cet artifice, s'il en pense user y est trop grossier pour nous surprendre : il est bien vrai, si la paix est faite, qu'il est entièrement hors d'espérance de ce dessein ; car les Etats ayant obtenu la souveraineté par la paix, ne le choisiront Jamais pour maître, Je lésais fort bien, et qu'ils sont du tout éloignés de cette inclination ; et s'ils ont Jamais envie de changer leur république en principauté, qu'ils prendront un prince si foible qu'il dépende du tout d'eux , et ne soit assez puissant pour user d'un commandement absolu au préjudice de leurs franchises et privilèges; au contraire, si la guerre continue, les Etats s'en pourront aussi bien lasser dans un an ou deux , qu'ils ont déjà fait; aussi pourra bien le roi d'Espagne et lui, tous main, Ihire des pratiques lors pour induire les particuliers qu'il saura enclins à la paix , de trouver bon son dessein ; fera le même envers le roi dTspagne , qui sera bien aise de sortir de la B<Krre par ce moyen, et en perdant ce pays,

qu'Une peut aussi bien conserver, Cohfièntir qu'il soit mis es mains d'un prince qui deviendra son ami et sera du tout séparé d'avec nous. Je ne laisse de voir beaucoup de difficultés en ceci y qu'il ne pourra Jamais surmonter; mais J'estime, s'il veut la guerre , qu'il y est induit par cette espérance ; et néanmoins il reconnoltra que nous continuons toujours d'aller à la paix; car aucuns nous ont dit qu'il ne pense pas encore qu'ayons ce désir à bon escient , et qu'il Juge ne le pouvoir empêcher. Il sera pour y aller plus vite que nous, afin d'en avoir la grâce et publier qu'il en est auteur. Nous y procéderons avec tout respect envers eux, autant qu'il nous sera possible, mais nous avons cru qu'il étoit bon d'en donner ce soupçon au prince Maurice, afin qu'il ne soit trompé par leurs feintes et apparences. Le 21, 22 et 23, les Etats se sont assemblés, matin etaprès-dinée, pour prendra réso^ lution sur l'affaira principale, comme ils ont fait, ainsi que verrez par la lettra qu'ils écrivent aux archiducs, dont nous envoyons copie et la nôtre au Roi.

Je vous supplie très-humblement qu'ayons bientôt réponse aux lettres du courrier Picaut , pour nous donner moyen de faire la ligue avant la paix. Ayant parlé, il y a trais Jours, au sieur de fiameveldt sur les villes ostagères que tiennent les Anglais , il m'a dit qu'ils ne les peuvent retirer qu'en les payant, et qu'ils leur doivent bien huit millions de livres ; mais sont assurés qu'ils composeraient volontiers à trais ou quatre millicms, au moins l'ont-ils voulu faire plusieurs fois; et n'étoit les grandes dettes dont ils sont chargés, ils le feraient incontinent après la paix; mais sera le plus tôt qu'ils pourrant. Je voulus sentir sien leur prêtant paîrtie de cet argent, pour retirer lesdites villes, ils seroient pour les consigner es mains de Sa Mi\{esté. A quoi il me répondit qu'ils aimeroient beaucoup mieux qu'elles fussent tenues par le Roi que par lesAnglais ; mais s'ils en avoient quelque soupçon qu'ils n'y consentiroient Jamais, et seroient même pour leur devenir ennemis; qu'ils avoient autrefois pensé de mettre es mains de Sa Majesté L'Écluse et Ysen* dick pour se décharger des dites garnisons qui y sont, et lui donner quelque assurance de leur affection; et si cela étoit mis en avant, il estimoitque les Etats y pourroient être induits; mais, que pour ne troubler la paix qu'il désira toujours ardemment, il n'en falloit parler aucunement à présent. Je lui ai aussi tenu propos des dettes du passé; mais il dit que les Etats ont toii^urs cru que c'étoit don et non prêt; qu'ils ne s'en sont aussi Jamais obligés pour le rendre, et qu'ils ont fUt de si grandes dépenaet

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de leur c6té en one guerre qûlls prétendent avoir été cause de tenir le royaume en paix, qu'on leur en devoit plutôt donner qu'en demander; bien se veulent-ils souvenir perpétuellement de ce bienfait pour en rendre service à Sa Majesté, aux siens et à la Couronne, avec laquelle ils demeureront inséparablement unis, et contribueront toujours tout ce qu'ils auront de moyens pour la conservation d'icelie. Il n'oublia pas là* dessus les promesses et assurances que le Roi lui donna à Angers, de rompre la paix avec l'Espagnol dans trois ou quatre ans. Nous ferons le mieux que pourrons pour ce regard, dont toutefois j'espère peu, mais mieux de leur amitié, slls donnent un bon ordre à leurs affaires. Nous différons à parler pour les raisons qu'avons cidevant écrites.

Je suis, monsieur, votre très-humble et très* affectionné serviteur, P* Jeannin.

De La Haye, ce 25 décembre 1607.

Autre lettre dudit sieur Jeannin à M. de Villeroy, dudit jour 25 décembre 1607.

Monsieur, depuis vous avoir écrit, le sieur de Bameveldt m'est venu voir ; lequel m'a apporté l'acte de leur assemblée, qui contient la foi qu'ils le sont donnée les uns aux autres de ne faire aucun traité si la souveraineté ne leur est quittée absolument, et sans aucune condition; ils ajou* tent par icelul, sait au spirituel, eeelésiastiquê tm séculier. Ils se fussent bien passé d'y mettre cette adjectlou , laquelle fait connoftre qu'ils ne veulent pas qu'on leur parle de faire changement en la religion ; mais ils ne tiennent point de mesure ; et de blâmer les choses faites, cette répréhension les offenserait et ne servirait de rien. Il s'est aussi plaint à moi de ce que ceux qui veulent la guerre disent toujours que traiter est •aller en Espagne, combien qu'il soit autant résolu d'exposer sa vie pour aider à conserver la liberté commune qu'aucun autre qui soit dans l'Etat. Je l'ai consolé et exhorté xle prendre courage, qu'il sera assisté de nous à toutes occasions, et, l'ouvrage fait, loué d'un chacun; et quand même tout seroit rompu, que son travail ne laissera d'être utile, en ce qu*ils auront fait con« noltre qu'il ne tient qu'à eux que la paix n'ait été faite. M'a encore demandé si Sa Majesté avolt point eu avis que le roi d'Espagne a remis du tout les Pays-Bas aux archiducs , se départant des conditions insérées en leur traité de mariage à son profit, et consentant qu'elles soient tenues pour nulles, afin qu'ils aient entière liberté de disposer de toutes choses ainsi qu'il leur plaira. Je lui ai dit que non, du moins que n'en avions aucun avisj lui m'a répondu en

avoir entendu quelque chose, et par personne qui le pourrait savoir. Je suis aossitêt entré en opinion s'il est vrai, ce qui est difficile à croire, que le rai d'Espagne le fait pour n'avoir la hontâ de quitter la souveraineté desdits pays, et sous des promesses secrètes qui lui seront faites par les archiducs , qui seroit encore pour induire les provinces voisines d'aider à cette paix, puisque la jalousie de sa grandeur viendroit à cesser par ce moyen , comme aussi pour persuader aux Etats que n'ayant plus rien à traiter qu'avec les archiducs , ils n'ont plus besoin de recher^ -cher l'alliance d'aucun prince pour assurer leur repos ; et qu'en se donnant la Ibi les uns aux autres, à savoir, eux et les sujets des archiducs, de demeurer en perpétuelle confédération et amitié, et de tenir pour ennemis ceux qui vou* droient violer la paix , ils n'auront plus rien à craindre. J'en ai fait sentir quelque chose au sieur de Bameveldt , et quand le roi d'Espagne et les archiducs useroient de ces déguisemens, qu'ils ne laisseraient d'étra toujours bien ensemble et en étraite amitié, pour se servir l'un l'autre au besoin ;. qu'ils le dévoient aussi croire, pour n'être point trampés et s'appuyer, nonobs* tant ce , de l'alliance de leurs amis. Il m'a con** fessé qu'il est vrai , et qu'ils se garderaient bien de falra autrement, qu'il me communiqueroit aussi toujours de toutes choses avec si grande confiance, que rien ne serait fait qu'avec mon avis, reconnoissant la grande affection de Sa Majesté envers leur Etat, et notre prud'hommie et sincérité à leur donner bon conseil. Je le vois aussi fort résolu de traiter pramptement, ou de rampre, ou de crairo , si les archiducs parlent en* core de renvoyer en Espagne, sur quelques difficultés qui surviendrant au traité, qu'on les veut tromper ; et Je ne l'ai pas ôté de cette opinion, mais au contraire l'y ai conforté, pource que J'ai le même sentiment , et que si on entrait en telles lon*^ gueurs, serait le vrai chemin de fliire la trêve pour l'année prachalne, qui seroit un très-dan^^ gereux conseil pour eux et pour leurs amis. Il m'a aussi dit, comme il avolt fait le matin à M. de Rnssy, que leur agent qui est en Allemagne , leur a écrit que les électeurs Palatin et de Brandebourg avoient résolu d'entrer en al" liance pour les secourir et contribuer à la dé^ pense, si la guerre continue, me priant aussi d'écrire à Sa Majesté , de laquelle doit dépendre leur principal appui , d'accroltra en ce cas son secours ; ce que lui ai promis fkira , et assuré dtt tout de sa bonne volonté envers leur Etat et en* vers lui aussi en particulier , qu'elle reconnott instrument très-utile pour la conduite des af* faires j m'a outre demandé mon avis sur la ré*

DU PliliStDKNT IfiANNm.

poDse qu'ils sont tenus faire h TEmpereur , que lui ai dit devoir 6tre pleine de respect et soumission, excuser ce qu'ils ne lui ont donné avis du traité auquel ils sont prêts d'entrer, ayant cru que les arci)iducs, qui appartiennent de si près h Sa Majesté , lesquels en ont été les premiers auteurs, lui en auroient aussi donné avis ; et que pour eux, ayant été invités d'y entrer à conditions honorables et assurées, ils eussent pensé faire chose sujette à blâme de la refuser ou user de quelque délai : mais quoi qu*il avienne, soit piix, qu'ils désirent de toute leur affection , ou continuation de la guerre, quMls fuiront autant qu'il leur sera possible, ils seront toujours trèseuelins à lui rendre très-bumble service, et auront perpétuelle mémoire du soin que Sa Majesté a pris du passé pour les mettre en repos.

M. de La Borde s*en va par delà, pour faire trouver bon, s'il peut, au Roi son voyage en Suède; il est recherché pour servir en charge honorable, qu'il ne veut néanmoins accepter sans son commandement exprès ; il vouloit partir au même temps que le courrier Picaut; mais je le priai de différer pour trois ou quatre Jours, aUn de porter la résolution des Etats ; ce qu'il a fait volontiers. li a désiré que je vous rende ee témoignage de lui, qui est véritable. Je prie Dieu, monsieur, qu'il vous donne, en parfaite santé, très-heureuse et longue vie. P. Jeanhin.

De La Haye, ce vingt-cinquième Jour de décembre 1607.

lettre du Roi, du 30 décembre 1607.

Messieurs Jeannin et de Russy, Je reconnois des langages qu'on vous a tenus sur la ligue dé«> fensive que l'on propose faire avec moi et le roi d'Angleterre, qu'ils ont toujours opinion que Ktte union et alliance m'est si nécessaire que Je ne puis régner ni conserver mon royaume sans ictile, qu'ils veulent que Je l'achète à poids d'arcent, comme s'ils pouvoient mieux s'en passer que moi. Je ne veux entrer en la connoissance ni jugement de leurs affaires ; mais Je sais bien que les miennes sont, grâces à Dieu , en état que je puis me passer de mes voisins , autant pour le moins qu'ils peuvent se passer de moi , et si par delà ils eu Jugent autrement , ils s'abusent , et sont mal informes de Tétat présent de mon

royaume.

i'ai cm être de la sûreté et le bien desdits Etats que nous lissions de présent ladite ligue. h ne veux nier aussi que Je n'en puisse tirer uti* iité. C'est pourquoi je vous ai commandé nonseulement d'y entendre , mais d'y contribuer des offres dignes de moi et de Taffection que Je leur porte, soit en eas de paix ou de guerre, sans

marchander. Vous savc2 quelle est la charge que Je vous ai donnée ; davantage Je n'ai omis aucune sorte d'office et de devoir de bon f^rère et voisin envers le roi d'Angleterre , pour l'exciter et disposer d'être de la partie, afin de la fortifier, attendant ses députés comme celui qui a toujours préféré la cause publique à la particulière. Davantage , Je n'ai laissé , pour le retardement et tergiversation desdits députés, ni pour l'incertitude avec laquelle ces sieurs m'ont entretenu depuis que vous êtes par delà, de leur continuer mon secours , en mettant la main à la bourse aussi libéralement que si leurs ennemis eussent été à leurs portes et en temps de guerre. Nul autre n'a fait cela que moi; toutefois J'en ai désiré d'eux une reconnoissance ou satisfaction extraordinaire et séparée des autres. C'est à vous d'en répondre ; car Je vous ai adressé tous mes commandemens. J'ai véritablement été d'avis, lorsqu'on a parlé de ladite ligue défensive, d'en avancer la négociation et conclusion, afin d'en être d'accord devant qu'ils traitent avec les archiducs, d'autant que J'ai cru qu'il étoit utile à tous et à eux plus qu'aux autres; car, comme ils eussent été éclaircis et assurés par delà de ce qu'ils peuvent espérer de nous en paix et en guerre, leurs ennemis les eussent respectés en leurs traités plus qu'ils ne feront, sachant qu'ils ne seront certains de notre appui. Ils eussent aussi traité plus hardiment et sûrement, se ressentant appuyés de nous en cas de paix et pourvus de moyens de recommencer la guerre. Ne pouvant obtenir une paix salutaire , donc ils eussent traité à cheval, c'est-à-dire avec réputation pour garder leur avantage. C'est la seule considération qui m'avoit mû d'affectionner l'avancement de ladite ligue , et pour y parvenir offrir d'y contribuer ce que Je vous ai mandé. Mais maintenant les Anglais non-seulement improuvent cette anticipation , mais aussi se laissent entendre ne vouloir entrer en ladite ligue avec moi , prétendant faire leur cas à part avec lesdits Etats; sur quoi Je vous ai mandé et permis, par ma dernière dépêche envoyée par Calais , de traiter donc sans eux s*ils persistoient en ce propos, sans m'être arrêté à la considération du mécontentement et reproche de la part d'Espagne et desdits archiducs, de laquelle lesdits Anglais montrent d'être retenus , tant J'ai désiré favoriser lesdits Etats , fortifier leurs courages et leur bien faire en cette occasion; mais Je change maintenant de conseil, voyant qu'ils abusent ainsi de ma fidélité et bonne volonté. Vous leur avez fait sentir que Je pourrols les secourir, en cas de paix, de trois ou quatre mille hommes de pied, payés de mes denien

HéfiOCtÀTlONS

par mes officiers ponr âenx ans, afin de les soulager aucunement de la dépense qu'il leur con- Tiendra faire pour garder leurs places après ladite paix jusqu'à ce qu'ils aient assuré leurs affaires ; au lieu de quoi ledit sieur de Barneveldt demande douze cent mille livres par an durant trois ans y et semble qu'on fasse tort à leur souveraineté que de les secourir de gens de guerre qui sont payés par autres que par eux. Certainement Je suis très-mal édifié de cette réponse ; car cette même ofTre méritoit d'être reçue avec actions de grâces : elle est sans exemple en temps de paix , et jamais prince n'a secouru son voisin et allié de gens de guerre qu'il n'en ait fait le paiement par ses officiers; eux-mêmes l'ont ainsi pratiqué en mon endroit, comme ont fait tous les autres quand ils m'ont secouru ; mais leur but est de se jouer de mon argent, et l'employer non à soudoyer les Français, mais a en entretenir d'autres, ou peut-être payer leurs dettes. Vous estimez qu'ils se contenteront d'un million pour deux ans ; sachez que je n'ai volonté quelconque de fournir ladite somme; je puis avec icelle dresser et mettre en mer, en peu de temps I un bon nombre de vaisseaux ronds et de galères , pour me fortifier en l'une et en Tautre mer, sans que je dépende de la volonté de mes voisins ni d'autres que de la mienne. C'est à présent de leur armement duquel mon royaume a besoin pour me garantir de toutes entreprises; outre cela, le faisant de moi-même et sans acheter et emprunter l'aide de personne , Je n'offenserai nul de mesdits voisins , comme il aviendra si je traite de présent avec lesdits Etats, principalement devant qu'ils aient acquis entièrement droit souverain auquel ils aspirent. Partant , si lesdits Anglais persistent de leur côté en la difficulté qu'ils ont faite d'entrer en ladite ligue devant que lesdits Etats aient fait ou failli leur accord avec les archiducs, et ceux-ci de se contenter de mes offres pour la paix ou pour la guerre , dites-leur que je suis content de m'accommoder au conseil et désir desdits Anglais, et à cette fin remettre notredit traité après l'année, pour ne me séparer d'eux, encore que je connoisse bien que ceux-ci ne recherchent cette remise que pour pouvoir après rompre avec le temps notre ligue; mais je suis conseillé d'en prendre le hasard plutôt que d'augmenter mes offres , et me charger seul de l'ennui et de la dépense de notre ligue, principalement s'il faut recommencer la guerre; de quoi néanmoins Je reconnois qu'en Espagne et en Flandre ils n'ont aucune volonté , pour le peu de moyen qu'ils ont de soutenir la dépense d'icelle; tant s'en faut qu'ils tirent de leur décret avantage , qu'il les

privera de tout crédit pour long-temps} et qtia&t aux deniers qu'ils en tireront , ils les consommeront a vivre l'année prochaine , qu'ils prévoient et savent que leur flotte doit manquer, de façon qu'ils n'auront de quoi faire aux Pays-Bas l'année prochaine, les efforts qu'ils appréhendent par delà , et qu'eux-mêmes publient pour maintenir la réputation de leur puissance. Tellement que , si lesdits Etats sont bien servis en cette négociation, ils y auront autant d'avantage que les autres ; ils n'ont qu'à éviter la longueur ; car elle sera affectée et recherchée par lesdits Espagnols , en espérance de profiter d'icelle en laissant ou diminuant le corps desdits Etats. Pour mon regard je m'accommoderai à tout, pour\ii que je sois exempt de mettre ci-après la main à la bourse durant ces irrésolutions , comme sont les Anglais et les autres, à quoi je suis tout résolu et de m'étudier à profiter du temps, à l'exemple des autres , puisque je sais que les effets de ma franchise et bonne volonté ne servent qu'à induu-e ceux qui les reçoivent à me renchérir leur alliance , jaçoit qu'elle leur soit aussi nécessaire pour le moins qu'elle me peut être utile. Davantage , vous savez qu'ayant été continuellement pressé par l'ambassadeur d'Angleterre de faire payer à son maître ce qu*il prétend que je lui dois, j'ai voulu vérifier sa dette, et ai trouvé non-seulement que je ne lui dois rien, mais qu'il faut compter ce que j'ai fourni pour lui auxdits Etats, en vertu du traité fait par ledit duc de Sully, qu'il m'est redevable d'une bonne somme; ce qui a été justifié sur les pièces mêmes que ledit ambassadeur a produites jusqu'à présent : de quoi j'ai commandé être dressé un état au vrai, pour vous être envoyé par le premier. Ce que je vous mande, pource qu'ayant cru ci-devant qu'il en alloit autrement, je vous ai commandé sentir et accorder par ladite ligue , de fournir sur le compte dudit roi d'Angleterre, et en déduction de la susdite dette, un tiers de la somme dont nous conviendrions secourir ensemble lesdits Etats en cas de guerre, et de tirer les deux autres tiers de ma bourse; à quoi il ne faut plus que vous m'obligiez pour ledit Roi , puisque je ne lui dois rien plus. Il faut donc se contenter d'offrir pour moi les deux tiers de ce que ledit Roi contribuera en la manière que je vous ai mandé par mes précédentes. Continuez à m'écrire le plus souvent que vous pourrez ; quant aux deniers du dernier quartier de la présente année , l'on commencera à les compter et mettre entre les mains du sieur Aê^ sens, après le premier jour de l'an, et serez averti quand ils seront prêts à voiturer, à point nonmié. La présente servira de réponse à la v6«

DU PËEStDËNt 1£àNNIN.

tre da vingt-unième, que J*ai reçue le 25 du présent par le courrier Picaut. Je prie Dieu , messieurs Jeannin et de Bussy, qu'il vous ait en sa sainte garde.

Ecrit à Paris, le vingt-neuvième Jour de décembre 1607. Henri.

Et plus bas , Bbulart.

Lettre de M, de Villeroy à M. Jeannin, du 29 décembre 1607.

Monsieur, il faut servir son mattre comme il lui plaît. Vous verrez en sa lettre la résolution qu*il a prise sur la proposition du sieur de Barneveldt; il dit quMl veut accroître son crédit à ses dépens, et qu'il abuse de sa facilité, voulant lui enchérir et survendre l'anticipation du traité qu'il a montré désirer, comme il en étoit fort affamé, et qu'il n'étoit plus utile à eux qu'à nous. Ce procédé lui est très-désagréable , et pourroit le faire cabrer tout-à-faît, comme il a plusieurs fois écrit. Il dit qu'il veut , contre son naturel et sa coutume, apprendre à faire profit du temps et de la dissimulation, comme font les autres, et croit le pouvoir faire sans péril , aussi bien et peut-être mieux qu'eux : Dieu veuille conduire la barque et vous fortifier de son saint Esprit en cette action. L'on dit que le roi de la Grande- Bretagne a depuis peu fait fouetter par les rues et arracher les oreilles à un ministre puritain qui ayoit prêché contre les évêques de sa religion, et qu'il montre moins d'aigreur contre les catholiques que devant; toutefois il est offensé d'un nouveau bref que le Pape a écrit aux Anglais catholiques , qui a été accompagné d'une lettre da cardinal Bellarmin , pour les exhorter à ne jurer le serment auquel ledit Boi veut les astreindre. A quoi l'on dit que ledit Boi doit faire répondre au premier Jour. Ses actions sont si diverses que Ton ne sait quel jugement l'on en doit faire : peut-être en viendrez-vous mieux à bout où vous êtes que nous.

Au reste, monsieur, je désirerois recouvrer pour mon argent une ou deux tentes de tapisserie de quatre ou cinq cents écus la pièce, de celles que l'on m'a dit se faire et rencontrer à vendre par delà. Je vous prie de commander au sieur de Sainte-Catherine, ou autre des vôtres, quli fasse cette diligence et ménage pour moi sans bruit, s'il vous plaît; je n'en suis pressé, et suffira que je les aie à votre retour. Toutefois, sitât que vous me manderez qu'elles auront été achetées, je vous enverrai l'argent pour les payer ; je ne ferai de difficulté de prendre celles qui auront jà servi, pourvu qu'elles ne soient usées. Je vous prie de m'excuser de la peine que je vous donne. En me commandant pour votre service,

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