II. C. B, V, T, IV
et vous remerciant toujours du âoin que vous avez de mon neveu, je prie Dieu, monsieur, qu'il vous conserve en bonne santé, et me recommande très-affectueusement à votre bonne grâce.
De Paris, ce 29 décembre, au soir, 1607.
Votre très-affectionné serviteur et assuré ami,
DE Neufville.
Autre lettre de M. de Villeroy à M. Jeannin, duditjour29 décembre 1607.
Monsieur , il est vrai que le Boi est très-mal content de la demande du sieur de Bameveldt; il dit quïl veut faire les affaires de son pays à ses dépens en abusant de sa crédulité et facilité. Le Boi dit que vous devez parler à d'autres qu'audit sieur de Barneveldt , afin que sa bonne volonté soit étendue et reconnue. Je ne trouve d'empêchés que ceux qui sont en besogne comme vous. Enfin nous ne voulons accroître ni changer nos offres, et voulons payer nous-mêmes nos gens ; nous disons que ces messieurs le doivent désirer si, par effet, ils veulent y employer notre argent et non ailleurs; car ce leur sera honneur et avantage qu'il soit su et vu de tous que nous leur donnons ce secours ouvertement. Ce que nous pourrons légitimement faire ci-après, étant tenus pour souverains; et c'est la cause seule pour laquelle cet ordre n'a été tenu ci-devant, ayant voulu couvrir notre secours. Nous entendons que lesdits gens de guerre qui les serviront, fassent serment de les bien et fidèlement servir, tout ainsi que s'ils étoient payés par leurs mains et de leurs deniers , comme il a été toujours pratiqué en cas semblable. Nous avons toujours désiré , comme nous faisons encore , arrêter notre ligue défensive devant l'accord des archiducs; mais le procédé du sieur de Barneveldt, joint à la froideur des Anglais , nous fait changer de conseil , ainsi que le Boi vous écrit. Partant, si vous ne pouvez disposer les Etats de se contenter de ce que vous avez charge de leur accorder en cas de paix , il faudra remettre la partie après ledit traité des archiducs fait ou failli ; et néanmoins je crains, pour mon regard, que nous n'en aurons lors si bon marché, par la malice du roi d'Angleterre et du comte de Salisbury.
L'on dit que le prince Maurice a envoyé un Anglais à l'un et à l'autre, qui leur a porté quelque parole secrète contre la paix ou pour son particulier , à votre déçu et même du sieur de Bameveldt. M. de La Boderie l'a écrit par deçà ; informez-vous-en sans le découvrir : nous faisons bien état , en cas que l'on reçoive nos offres pour la paix, que l'on nous renverroit nos gens, si nous entrions en guerre par deçà, ainsi que vous avez coté par vos lettres. Le pouvoir qui vous a
KfiÛÛClÀttOKS
été envoyé est safAsant pour traiter et résoudre tout ce qui sera par vous Jugé nécessaire , suivant les commandemens du Roi , portés par ses lettres. Je vous dirai sur cela qu'il me semble que vous devez faire mettre par écrit tous les articles qui peuvent être accordés entre nous et les Etats pour fonder notre ligue; y ajoutant aussi ceux des Anglais s'ils veulent y entrer, afin que nous considérions le tout ensemble ici sans nous en découvrir par parcelles, ni essayer de tirer de nous plus que ne voulons accorder , devant que nous sachions au vrai l'utilité que nous pouvons faire état d'en tirer; car cette incertitude augmente notre défiance et nous rend plus difficiles. Nous continuons à dire que nous voulons gratifier et obliger le sieur de Bameveldt; mais nous désirons sur la qualité de la gratification avoir votre avis avant que d'en lâcher la parole , afin de n'offrir trop ni trop peu. Le Roi m'a commandé de le vous faire savoir. INous interprétons à art les discours que vous a faits ledit sieur de Barneveldt, de l'espérance nouvelle que le roi d'Espagne a donnée au roi d'Angleterre. Toutefois celui-ci hait tant les Français qu'il n'y a rien à quoi il n*entende pour leur nuire , et ne voyons pas que le Pape soit capable d'éclaircir et assurer le roi d*Ëspagne de l'amitié et foi de Sa Majesté. L'on dit que le président Richardot ira où vous êtes avec le marquis d'Ancre et Yerreiken; en ce cas vous aurez loisir d*entretenir le premier; mais il est si outré contre le Roi et ses gens, que je n'ai pas opinion qu'il y ait rien à gagner avec lui. Tout ce que vous discourez par votre lettre des accidens qui menacent l'Italie, si la querelle d'entre le Pape et les Vénitiens renouvelle, comme chacun en a crainte, est véritable.
Mandez-nous ce que les Etats entendent faire des villes ostagères tenues par les Anglais , et ce que nous devons espérer d*eux en reconnoissance et revanche des deniers desquels nous les avons ci-devant secourus, sans toutefois les en presser, sinon lorsque vous jugerez qu'il sera à propos de le faire. Je vous envoie ce paquet par un des gens de M. le prince d'Orange, que M. Aërsens m'a adressé allant vous trouver, vous priant m'avertir de la réception d'icelui; et je vous assurerai de la continuation de la bonne santé de leurs Mty'estés et de toute leur royale maison. Je n'ai rien à ajouter à ce que le Roi vous écrit des dettes d'Angleterre, sinon que c'a été M. de Sully qui en a vérifié l'état avec l'ambassadeur; et comme celui-ci est trouvé redevable pour son maitre, il n'a été moins surpris et étonné que très -déplaisant Vous pouvez juger de quelle façon cette nation traite avec nous, par l'échan-
tillon du traité de M. de Sully qu'ils vous ont délivré par delà : croyez qu'ils ont une dangereuse queue pour nous. Je prie Dieu, monsieur, qu*il vous donne en santé bonne et longue vie.
De Paris, le vingt-neuvième jour de décembre 1607.
Votre très-affectionné et assuré serviteur,
DE Neufvillb.
Lettre de M, de La Boderie à M, Jeannin , duditjour 29 décembre 1607.
Monsieur, mes dernières sont du huitième de ce mois; depuis je ne vous ai point écrit pour n'avoir rien reconnu qui méritât vous avertir de plus que ce qui est porté par mes précédentes. J'ai reçu cette semaine les vôtres du dixième du présent, auxquelles je vois le jugement que trèsprudemment vous faites du mal qui peut également arriver aux affaires communes, par le peu d'intelligence entre notre Cour et celle-ci, et \|utilité au contraire qui reviendrait à l'une et à l'autre si cette dernière y marchoit avec plus de franchise et de sincérité. C'est chose que j'ai représentée par deçà principalement plus d'une fois; mais la défiance qu'on témoigne y avoir de nous , ou pour mieux dire crainte qu'on a d'irriter l'Espagne , est si grande que , quelques raisons qu'on puisse alléguer en faveur de ce qui serait souhaitable, elles sont étouffées par le goût que ce Roi prend au repos présent où il est plongé ; car il est si grand qu'il n'appréhende rien au monde que d'en sortir, et y est tellement entretenu par quelques uns des principaux qui sont autour de lui , qu'ils lui en sont d'autant plus chei*s et tant mieux payés de ceux qui les poussent que les autres, qui possible seroient d'autre avis, et qui aux autres choses paroissent avoir plus d'autorité, sont contraints céder en celle-ci, de peur de déplaire et se ruiner; possible aussi que leur profession étant plus pacifique que martiale, et les commodités qu'ils en retirent plus apparentes en un temps qu'en l'autre, cela est cause , avec l'air du pays qui n'incline ni eux ni aucun des autres à nous vouloir bien , qu'ils ne s'y opiniâtreut que de bonne sorte. Tant y a qu'il ne faut point faire accroire qu'aucune considération de prudence les puisse émouvoir à se tirer volontairement de la condition où ils se trouvent, et que tandis que l'Espagne leur laissera quelque espérance de pouvoir bien vivre avec elle, comme il me semble que de part et d'autre ils en font tout le devoir, qu'il leur est Impossible qu'ils fassent rien qui lui puisse déplaire, ou du moins dont ils ne se préparent l'excuse aussitôt qu'ils en feront le dessein. Le moyen qu'ils tiennent pour entrer en la ligue,
DU PIlBSIDËKt ICiNNtN.
tfiO
dont les preMeat messiearB les Etats , en est un grand témoignage. Du commencement ils ne la vouloient faire qu'après la paix conclue , pour pouvoir dire aux Espagnols qu'ils n'y avoient consenti tant qu'ils auroient cru lesdits Etats leurs ennemis. Depuis, ayant su que nous nous délibérions de passer outre, et que respect ne oous retenoit point, de peur que nous ne nous acquissions par ce moyen plus d'autorité qu'eux parmi lesdits Euts, ils ont déclaré ou doivent déclarer bientôt d'y vouloir entrer, mais pour n'avoir lieu ladite ligue toutefois qu'après la paix faite; et, pour complaire auxdits Espagnols, et leur montrer qu'ils ne veulent avoir aucune intelligence avec nous qui leur donne ombrage, ils font , comme je vous ai dit ci-devant , bande à part et méprisent notre alliance. Je ne leur ai fait aucun semblant, ni de le savoir ni d'en faire compte y tant pour le commandement que j'ai d'en user ainsi en pareilles rencontres, que parce qu'en effet j'ai bien jugé que je n'y gagnerois rien , et aussi , pour dire la vérité, qu'il y aura plus à mon opinion d'avantage pour nous de traiter seuls qu'avec eux : car leur foiblesse ei) toutes choses étant désormais aussi reconnue et ea Espagne et en Hollande , comme y étant au coDti-aire admirée la puissance que le Roi notre maître a acquise à son royaume, notre conjonctioQ avec lesdits Etats , séparée d'eux , fera que lesdits Etats dépendront toujours plus de nou^ que d'eux, et que l'Espagne même, nous voyant renforcés de cette alliance, craindra plus de s'attaquer à nous qu'à eux.
Ce Roi témoigne être mal satisfait desdits Etats, et tous les jours lui en sort quelque parole ; depuis peu même il a dit tout haut qu'ils fiiisoient tout contre sa volonté, mais qu'il falloit qu'ils s'apprêtassent à lui rendre ce qu'ils lui dévoient ; qui n'est pas la plus mauvaise humeur en quoi nous le devons souhaiter d'être , et suis bien d'avis que nous fassions de tous côtés ce que nous pourrons pour l'y nourrir. Il est fâché p'ils fiassent la paix , et voudroit bien qu'eux et nous eussions la guerre , et les incommodités qui en dépendent perpétuelles, et cependant aller à la chasse et faire bonne chère tout à son aise, être hors de peur des Espagnols, et pouvoir dire ce n'est moi qui vous a fait le mal ; mais ce dessein est trop grossier; et m'étonne comme lui et les siens, qui s'estiment si fins, ont pu se persuader qu'il leur dût réussir long-temps. C'est chose que je n'ai guères tardé à remarquer quand f ai été ici , et sur laquelle je loue Dieu que Sa Majesté se soit résolue de se délivrer de soin et de dépense; je plains seulement qu'il ne Tait fait plus tôt J'espère que ce sera le meilleur conseil
qu'elle eât pu prendre, et à raccompllssement duquel tous ses serviteurs doivent conspirer avec elle, comme je vois que vous faites très-utilement de votre côté. Je prie Dieu vous y donner tout bonheur jusqu'à la fin et en parfaite santé, mon* sieur, très-longue vie, vous baisant très-humblement les mains.
A Londres, ce 29 décembre 1607.
Votre très-humble et très-affectionné servi* teur, LÀBon£BiE(l).
Lettre de M. de Villeroy à M, Jeannin, du dixième de janvier 1608.
Monsieur, vous n'aurez lettre que de moi pour cette fois , encore que le Roi ait reçu les vôtres du mois passé, par le sieur de La Borde , arrivé ici seulement le huitième du présent, au soir. C'est pour vous avertir que ce jour-là l'ambassadeur de l'archiduc vit le Roi, et lui dit que, ayant appris d'un certain provincial des Jésuites du pays de Flandre, qui a naguères passé par le régiment des gardes allant à Rome , que, en parlant à Sa M(g'esté de la paix que poursuit l'archiduc avec les Provinces-Unies , il avoit trouvé Sa Msgesté , non-seulement disposée à favoriser un si bon œuvre, mais quasi offensée de quoi ayant découvert sa bonne intention aux gens de l'archiduc , on en avoit fait peu de compte, il en avoit averti à l'instant ledit archiduc et ses ministres , qui lui avoient donné charge de voir Sa Majesté sur ce sm'et, et lui dire que si plus tôt ils n'avoient fait requérir sadite Majesté de favoriser leur poursuite , ç'avoit été pource qu'ils avoient jusqu'à présent douté du vouloir de messieurs les Etats , de sorte qu'ils étoient incertains s'ils entreroient en traité ; mais puisque vous en êtes aujourd'hui éclaircis par la déclaration que les Etats en avoient faite, les archiducs prioient instanunent Sa Mtg'esté de les assister , en cette occasion , de son pouvoir et crédit , et même de vous commander , et à M. de Russy , de vous joindre à ses gens, pour ensemble faire instance du rétablissement de la religion esdites Provinces ; ajoutant à cela plusieurs paroles choisies pour y disposer le Roi d'y faire son possible. Sa réponse a été qu'il avoit souvent dit fort librement audit ambassadeur son intention sur ladite paix, comme il avoit fait à plusieurs autres qui avoient passé ici , et même au Cordelier; de façon que ce provincial des Jésuites, auquel véritablement il l'avoit fait déclarer , n'en avoit pu dire davantage audit ambassadeur que Sa I^fajesté avoit fait elle-même ; que si la raison qu'il
(1) Cette lettre est la dernière de la partie inédite ém
fiégpdaliom du président Jeanoin.
(Xole de lancicn édileur.)
NÉÔOCtÀTlONâ
lui représentoit maintenant avoir retai*dé l'archiduc d'en faire Jusqu'à présent autre compte, étoit la seule qui Favoit retenu , il le prenoit en bonne part, et vouloit qu'il crût que comme il ne vouloit aller aux noces sans prier, aussi iroit- 11 toujours au devant de toutes les occasions qui se présenteroient de bien faire au public, et particulièrement auxdits archiducs et à sa suite, qu'il chérissoit pour plusieurs raisons générales et particulières, qui dévoient l'induire à ce faire; partant qu'il vous en feroit une recharge expresse; qu'il parloit de recharge, parce que c'étoit les premiers et plus exprès commandemens qu'il vous avoit faits, vous envoyant où vous êtes 9 lesquels il vous avoit continujés et reitérés depuis que vous y étiez arrivé. Toutefois, qu'il ne vous ordonneroit pas de vous joindre à eux pour le fait de la religion, non par faute de zèle et d'affection , car vous abondiez en l'un et en l'autre, mais parce que vous saviez que tel ofûce seroit mal reçu et inutile esdites Provinces , même ne pouviez conseiller à l'archiduc d'y entrer pour l'opiniâtrer, s'il vouloit avancer et faciliter la paix : de quoi sadite Majesté lui a voulu même déduire les raisons, lesquelles ont été bien prises. A la suite de ce discours ledit ambassadeur s'est fort loué de votre procédé, disant l'archiduc être bien informé du bon devoir que vous faisiez pour la paix , combien que les Anglais donnent tous les Jours à entendre que tout ce que les autres font n'est que feinte, et que le Roi, en son âme, craint et traverse ce bon œuvre ; mais que l'archiduc est à présent pleinement éclairci du contraire , de quoi il se ressent très-obligé à Sa Majesté.
. Après ce propos, ledit ambassadeur en a mis un autre en jeu , duquel il a voulu aussi faire accroire au Roi que ledit provincial lui avoit dit avoir particulièrement fait ouverture à sadite Majesté, qui l'a voit approuvé, qui est du mariage de madame Christine avec le prince d'Espagne, et en ce faisant les rendre successeurs de la Flandre , et de tout ce qui en dépend , après le décès de ceux qui en portent le titre , et par ce moyen séparer pour jamais ces pays-là de ceux d'Espagne , et de la puissance du roi d'Espagne. De quoi il avoit aussi averti les archiducs, lesquels avoient tellement loué et approuvé ladite ouverture , qu'ils lui avoient donné charge d'en remercier le Roi, et de savoir sur cela son intention; laquelle ils protestoient non-seulement de vouloir embrasser, mais d'en entreprendre la «négociation envers le roi d'Espagne, se promettant de la faire réussir au gré et contentement des parties ; sgoutant à cela plusieurs bonnes et
belles paroles, pour faire estimer cette proposl* tion et la bonne volonté de ceux de la part desquels il parloit. Le Roi a montré, par sa réponse, bien recevoir ce propos ; a reconnu ledit provincial lui en avoir parlé, et comme il a cindevant toujours volontiers entendu à semblables propositions, mû de son affection à la tranquillité publique , aussi avoir répondu de même audit provincial , et vouloir continuer encore envers ledit ambassadeur; ne pouvant sinon louer et priser la bonne intention des archiducs ; mais qu'il lui scmbloit qu'il appartenoit au Pape de conduire et traiter ce fait, pour les raisons qui dévoient l'obliger à ce faire, et l'y rendre propre et utile, ce que ledit ambassadeur a fait paroitre bien recevoir et approuver. Je vous prie de faire entendre ces deux points au Gicomore (1) , et non à autre , car le Roi le désire ainsi , spécialement pour le regard du dernier , afin qu'il ne soit su que de lui, ni même qu'il vous en ait été écrit, pour les raisons que vous pouvez mieux juger. Sa Majesté croit que ces langages sont pleins d'artifice pour l'endormir, et puis pour le décréditer envers les Etats ; joint qu'il ne croit pas devoir espérer grande utilité de l'espérance de ce mariage, l'effet duquel dépend du temps, et ce qu'il engendrera. Toutefois, si cet ambassadeur a eu charge de lui tenir ce propos , il dit qu'il sera bien difficile que le sieur Richardot, voyant le Gicomore , ne s'en découvre à lui , ou bien n'en mette en avant quelque autre de pareille étoffe, où ledit Gicomore pourra pénétrer plus avant en l'intention plus secrète de l'archiduc, et aussi du roi d'Espagne.
■ Nous désirons donc que vous prépariez ledit Gicomore à veiller, pour ce regard, ledit Richardot , sans qu'il connoisse qu'il ait su lesdits discours de l'ambassadeur ^ ni qu'il s'aperçoive que Sa Majesté pense à choses semblables. Il faudra que le temps et votre conversation vous donnent l'opportunité et l'occasion de parvenir à ces éclaircissemens; de quoi nous remettons la conduite à votre prudence et fidélité. En lisant au Roi votre première lettre du 25, suivant votre désir. Sa Majesté a jugé que vous aviez conçu de l'avis que je vous avois donné par la mienne du douzième, du bruit que les archiducs faisoient courre des empêchemens que vous donniez à la paix, et de vos lettres interceptées, qu'elle y avoit £gouté quelque foi; dont elle a été marrie pour la peine qu'elle a cru que cela vous a donnée; mais elle désire que vous perdiez cette opinion, vous assurant que c'est chose qui n'est onques entrée en son esprit, étant bien mémorative des commandemens qu'elle vous a faits , et (1 ) Le président Jeannin, auquel cette lettre est adressée.
DU PfiESIDSIfT JSANNIN.
mieux informée de votre obéissance et loyauté en l'exécution et observation d'iceux. Je recon- Dois aussi véritablement que le contentement qu'elle a de vos actions augmente journellement à mesure qu'elle en est informée , tant par vos lettres que par les rapports que lui en font tous feux qui retournent du pays; au moyen de quoi mettez votre esprit en repos pour ce regard ; et si les Anglais se plaignent de vous , nous savons bien qu'ils en seront seuls causes, et que ce sera eoDtre raison. Leur maitre vit avec nous comme de coutume; certes, nous avons pour le moins autant de svgets de nous en défier que d'en es« pérer. Dieu veuille qu'il nous trompe, comme font ceux qui parlent du mariage de leur prince, aux conditions que vous nous avejs écrites ; car jamais les Espagnols ne quitteront à leurs voisins on tel morceau, duquel ils seroient par trop fortifiés. Je crois que ledit Roi sera bien aise de nourrir et faire durer la guerre, pourvu qu'il n'y mette rien du sien, et qu'il y embarrasse ses voisins. Continuons de favoriser une bonne et assurée paix , nous y aurons honneur et profit. Nous avons su les réponses de Barneveldt sur les villes cautionnaires, et sur l'argent qui a été déboursé par Sa Majesté. Elle n'est contente de Tune ni de l'autre , et prévois que le roi d'Angleterre demeurera nanti des premières , avec quoi il conservera son pouvoir dedans le pays , et nous ne tirerons pour l'avenir que du vent et des paroles de tout ce que nous y aurons mis. Nous commençons aussi à espérer peu de fruit de la ligue qui a été proposée , depuis que nous avons vu qu'ils nous renchérissent l'avancement de la conclusion d'icelle, devant leur accord avec les archiducs, comme vous avez connu par la réponse que nous avons faite à la dépêche apportée par Picaut. Nous n'avons rien à vous dire sur la lettre que ces sieurs ont écrite aux archiducs , ni sur le résultat de leur souveraineté, puisque c'est chose faite. Nous n'avons point ouï parler aussi de cette remise entière du droit que la couronne d'Espagne s'est réservé en la cession des Pays-Bas, dont Barneveldt vous a dit avoir pressenti quelque chose. Je crois avec vous que c'est par artifice; à quoi il sera facile de pénétrer en peu de temps; mais nous ne croyons pas que ces sieurs soient si résolus, qu'ib rompent la négociation qu'ils auront commencée, s'ils s'aperçoivent que les archiducs les remettent au conseil d'Espagne : ce sont rodomontadesde peuples. Nous faisons peu de compte aussi des offres de l'électeur Palatin , de l'électeur de Brandebourg, ni de leurs semblables. Sa Majesté dit qu'elle se gardera de se méprendre sur icelles. Sa Majesté a approuvé votre avis sur. la
réponse à la lettre de l'Empereur, lequel ne parle plus d'envoyer en cette assemblée les comtes de Hanau et Ernest de Mansfeld, car les Espagnols ne les ont agréables. Vous avez pareillement donné bon conseil à ces messieurs, d'attendre à traiter l'article de leur souveraineté en la conférence, sans en rechercher la résolution devant que d'y entrer. Voilà , monsieur, ce que le Roi m'a commandé de vous écrire; à quoi j'igouterai l'assurance de la continuation de la bonne santé de leurs Majestés et de mon service , en priant Dieu, monsieur, qu'il vous conserve en bonne santé, longue et heureuse vie , me recom* mandant très-affectueusement à votre bonne grâce et de M. Russy.
De Paris, ce dixième jour de janvier 1608.
Votre, etc. , de Neufville.
Traité de la ligue défensive faite par messieurs les ambassadeurs du Roiy au nom de Sa Majcstéy avec messieurs les Etats- Généraua; des provinces -unies des Pays-Bas , le vingt* troisième jour de janvier 1608, avec la ratification d*icelui par lesdits sieurs les Etats,
Les Etats-Généraux des provinces-unies des Pays-Bas, à tous ceux qui ces présentes verront salut.
Comme ainsi soit que le vingt-troisième de ce mois de janvier, l'an seize cent et huit, un traité d'alliance et confédération ait été fait et accordé en ce lieu de La Haye, entre messire Pierre Jeannin, sieur de Monjéu, chevalier, conseiller du Roi Très-Chrétien en son conseil d'Etat , et messire Hélie de La Place, sieur de Russy, aussi chevalier, conseiller et gentilhonune ordinaire de sa chambre , au nom et comme procureurs spéciaux , en vertu des lettres de commission , pouvoir et procuration dudit sieur Roi Très-Chrétien , du vingt-troisième jour de novembre dernier, d'une part; et les sieurs Corneille de Gent , sieur de Loenen et Menerswick, vicomte et juge de l'Empire et de la ville de Nimègue; messire Jean d'Olden-Barneveldt, chevalier, sieur de Tempel-Rodenrys et avocat d'Etat , garde du scel , Chartres et registres de Hollande et West-Frise; messire Jacques de Maldrée, chevalier, sieur de Heyes , et premier représentant les nobles aux Etats et conseil de Zélande; Nicolas de Berckt, premier conseiller de l'Etat de la province d'Utrecht; Emestus d'Aiiva de Herwey, grietman d'Oost-Dongerdeel; Jean Slooth, sieur de SallicU, drossart du pays de Wollenhoo , et châtelain de la seigneurie de Cumders; et Abel Coenders de Helpen , sieur Enfaen et Cantes, au nom et comme députés et commis spécialement ù ce par lesdits
ids
Sieurs Etats^Généraux , en vertu des lettres de commission et procuration , du 22 de ce mois , d'autre part , dont la teneur ensuit. Comme ainsi soit que les très-hauts , très-puissans et très-excellens princes, Henri IV, par la grâce de Dieu, Roi Très-Chrétien de France et de Navarre , et Jacques , aussi par la même grâce de Dieu , roi de la Grande-Bretagne et dlrlande, aient cidevant été priés et requis par leurs très-chers et bons amis messieurs les Etats-Généraux des provinces-unies des Pays-Bas , de les vouloir assister de leur autorité et conseil , pour mettre leur Etat, affligé d'une longue guerre, en quelque bon et assuré repos, pour lequel obtenir ils étoient prêts d'entrer en conférence avec trèshauts , très-puissans princes les archiducs, tant en leurs noms, que de très-haut, très* puissant et très-excellent prince, le roi d'Espagne, en ce qui le peut toucher ; et que pour satisfaire à leur désir, et aider à l'avancement d'un si bon œuvre, ils aient envoyé dès long-temps au lieu de La Haye, en Hollande, près d'eux, aucuns de leurs plus spéciaux et fidèles serviteurs, conseillers en leur conseil d'Etat, lesquels y ont travaillé avec grand soin , et fait assez connoftre par toutes leurs actions et conduite, qu'ils n'avoient rien plus à cœur que de leur procurer ce bien , en recherchant avec eux , qui étoient touchés de ce même désir en leur Etat, les moyens de surmonter les difficultés , qui sembloient y pouvoir donner quelque empêchement. En quoi ils auroient reconnu et appris tant d'eux que des députés desdits sieurs les Etats, avec lesquels ils sont entrés souvent en conférence sur ce sujet , que les guerres passées avoient laissé une si grande défiance es esprits de leurs peuples , que le seul et vrai moyen de la faire cesser, et leur persuader d'embrasser tous ensemble , et d'une même volonté, les conseils qui les pouvoient fhire Jouir de ce bonheur, seroit qu'il plût auxdlts sieurs Rois se rendre garans de l'observation de la paix, et leur promettre par un traité d'alliance et de confédération, fait avec eux avant la conclusion d'icelle, de prendre leur défense contre tous princes, potentats et autres personnes quelconques qui voudroient entreprendre de l'enfreindre et violer; ayant les députés desdits sieurs les Etats, suivant les délibérations prises en leur assemblée générale, prié et requis instamment par plusieurs fois les députés desdits sieurs Rois de les en avertir, ce qu'ils auraient fait; et leurs Majestés, après mûre délibération sur cette affaire , consenti et accordé d'y entendre , tant pour le bien et repos desdits sieurs Etats que des princes avec les- ^cls ils avoient à traiter^ dont ils désirent con-
server l'alliance et amitié , ce qu'ils estimoient pouvoir mieux faire , la paix étant bien établie et sincèrement gardée , que si cette longue et périlleuse guerre venoit à continuer, qui pott^ roit être cause de troubler quelque Jour, par divers accidens, le repos de plusieurs princes et Etats qui pensent avoir intérêt en l'événement d'icelle. Et néanmoins , étant les députés desdits sieurs Rois, pressés de faire et passer dès à présent ledit traité par iesdits sieurs les Etats, qui le Jugeoient plus utile et advantageux pour eux , fait avant la paix que différé après la conclusion d'icelle, ceux dudit sieur roi de la Grande-Bretagne s'en seroieut excusés, h cause de quelques diflicultés concernant les affaires particulières dudit sieur Roi, avenues entre eux et Iesdits sieurs Etats es dernières conférences qu'ils ont eues par ensemble, sur lesquelles leur étoit besoin recevoir nouveau commandement avant que pouvoir passer outre.
Nonobstant quoi Iesdits sieurs les Etats n'auraient délaissé de continuer leur prière et instance envers les députés dudit sieur Roi Très- Chrétien , pour les induire à faire et passer entre eux dès maintenant icelui traite, les assurant que ledit sieur roi de la Grande-Bretagne ne ferait aucune difficulté d'y entrer après. A quoi ayant consenti, pour les considérations susdites, cejourd'hui ving^troisième Jour de Janvier, l'an mil six cent huit , furent présenft en leurs personnes messire Pierre Jeannin, sieur de Monjeu, chevalier, conseiller dudit sieur Roi Très-Chrétien en son conseil d'Etat et privé, et messire Hélie de La Place, sieur de Russy, aussi chevalier, conseiller et gentilhomme ordinaire de sa chambre, au nom et comme procureurs spéciaux en vertu des lettres de commission , pouvoir et procuration dudit sieur Roi Très-Chrétien , du vingt-troisième Jour de novembre dernier, d'une part : et les sieurs Corneille de Gent , sieur de Loenen et Menerswick, vicomte et Juge de l'Empire et de la ville de Nimègue ; messire Jean d'Olden-Barneveldt, chevalier, sieur de Tempel- Rodenrys, avocat d'Etat, et garde du scel, Chartres et registres de Hollande et West-Frise; messire Jacques de Maidrée, chevalier, ideur de Hey es, et premier représentant les nobles aux Etats et conseil de Zélande ; Nicolas de Berckt , premier conseiller de l'état de la province d'Utrecht; Ernestus d'Ailva de Herwey, grietman d'Oost-Dongerdeel; Jean Slooth, sieur de Sallictz, drossart du pays de Wollenhoo, et châtelain de la seigneurie de Cumders ; et Abel Coenders de Helpen, sieur Enfaen et Cantes, au nom et comme députés et commis spécialement à ce par les Etats-Généraux d^ites provinces assem-
DU PEBSIDXRT JBANNIN.
Méesipréflent en œ liea de La Haye, en Tertu desiettresdecommissionet procuration du vingtdoixjèffle de ce mois, d*autre part, et ont fiiit par «Membie esdits noms le traité d*ailiance et [ confiédératlon qui ensuit.
Premièrement , ledit sieur Koi Très-Chrétien a promis et promet assister de bonne foi lesdits sieurs les Etats , pour leur donner aide en ce qu'il pourra à obtenir une bonne et assurée paix , s'il plalt à Dieu la leur donner, se mettre en tout devoir de la faire garder, et les défendre L m et leur pays de toute injure , violence et invasion contre tous princes , potentats , et autres persoDoa quelconques qui voudroient entreprendre d'enfreindre et violer ladite paix, soit directement ou indirectement , et les secourir à cet effet de dix mille hommes de pied à ses frais et dépens , pour autant de temps qu'ils en auront besoin.
Et si les forces de leurs ennemis étoient si grandes, qu'il fut requis pour la conservation dlceox de leur donner un plus grand secours , promet encore de l'accroître d'autant de gens de ^rre à cheval et à pied, que ses affaires et la ioreté de ses royaumes et pays lui pourront pern«ttre , à la charge toutefois que cet outre-plus Knpar forme de prêt, aux frais et dépens des- <ii4 sieurs les Etats, pour en être remboursé, lui « ses successeurs , après la guerre finie , et aux termes dont ils conviendront par ensemble.
Et, pource quMI est expédient de tenter tous moyens pour faire réparer par voies amiables les attentats, si aucuns étoient faits contre, et au préjudice de la paix , avant que venir aux armes, les agresseurs seront requis et sommés de ce faire. Et s'ils reftisent ou diffèrent plus de trois mois , le secours sera donné sans autre remise ; n'entendant toutefois ledit sieur Roi de le retarder jusques après l'expiration de ce délai , quand les «ïtreprises auront été faites à force ouverte par surprise de places, ou par quelque saisie générale faite par autorité publique , mais d'y accourir incontinent, et envoyer ledit secours au plus tôt ^*il pourra , après en avoir été prié et requis.
En reconnoissance de quoi, et des antres grandes faveurs et assistance que lesdits sieurs les Ktats ont reçues de Sa Mc^esté, ils ont promis et seront tenus, si ledit sieur Roi est assailli ou troublé en ses royaumes et pays , par quelque prince et potentat que ce soit, de le secourir et
assister incontinent, après qu'ils en auront été requis, de cinq mille hommes de pied, qui est la moitié du secours promis par ledit sieur Roi ; et ce pour autant de temps qu'il en aura besoin , et aussi à leurs frais et dépens.
Et sera à son choix de le demander en gens de guerre, ou bien en navires de guerre équipés, fournis et armés , ainsi qu'il appartient , de munitions de guerre, victuailles, pilotes, mariniers, et soldats aussi, si ledit sieur Roi le désire, lesquels navires ne pourront être moindres que de deux à trois cents tonneaux , et le prix et l'estimation dudit équipage et secours de mer évalué et arrêté, selon le projet contenu en un écrit particulier, signé d'une part et d'autre , et qui sera tenu pour inséré au présent traité.
Promettent aussi audit sieur Roi, au cas qu'il ait besoin d'un plus grand secours, de l'en aider et assister, soit par mer ou par terre, en gens ou navires , avec autant de soin et d'affection qu'ils reconnoissent y être tenus et obligés, sans lien épargner de ce que la sûreté de leur Etat leur pourra permettre de fournir et avancer ; à la charge toutefois que lui ou ses successeurs seront pareillement tenus de les rembourser de l'outreplus dudit secours après la guerre finie , et aux termes dont ils conviendront par ensemble.
Lesdites forces ainsi promises , et qui doivent être données d'une part et d'autre , seront employées, selon que celui qui aura demandé le secours jugera être requis, soit dans son pays pour se défendre , ou ailleurs s'il est trouvé plus utile pour sa conservation.
S'il avient que ledit sieur Roi donne secours auxdits sieurs les Etats, ou eux à lui, l'assailli ayant reçu ledit secours, ne pourra faire aucun traité avec l'agresseur sans le consentement exr près de l'autre.
Le présent traité n'aura lieu qu'après la paix, et continuera dès-lors • non-seulement à la vie dudit sieur Roi, mais aussi durant celle de son successeur et héritier en ses royaumes, pays, terres et seigneuries , pourvu qu'il le confirme dans l'an et jour du décès d'icelui; à quoi ledit sieur Roi entend l'obliger autant qu'il lui est permis , et que cette alliance, comme faite avec ses Etats et Couronne , soit perpétuelle.
MEGOCUTIOKS
En conséquence duquel traité les sujets et habitaus dudit sieur Roi et Etats, vivront en bonne amitié, et auront le trafic libre entre eux , et dans l'étendue des Etats et pays l'un de l'autre , tant par mer que parterre, de toutes denrées et marchandises dont le commerce n'est prohibé et défendu par les ordonnances qui ont lieu esdits Etats et pays , sans qu'ils soient tenus payer plus grands droits pour lesdites denrées et marchandises qui entreront esdits royaumes, pays et Etats, ou qui en sortiront , que ceux qui ont accoutumé d'être payés par les naturels habitans et sujets.
Lequel traité sera ratifié bien et dueraent par les Etats-Généraux de présent assemblés au lieu de La Haye , dans trois jours , et par ledit sieur Roi deux mois après, comme aussi dans pareil temps par les provinces qui ont envoyé leurs députés en ladite assemblée ; et lesdites ratifications délivrées d'une part et d'autre en bonne et due forme en même temps ; et deux autres mois après, les publications qui auront été faites dudit traité partout où il appartiendra. Fait au lieu de La Haye l'an et Jour susdits , signé par lesdits sieurs députés, et cacheté de leurs armes esdits noms ; étant signé, P. Jeannln, Hélie de La Place, Cornelis van Gent, Jean van Olden-Bameveldt, J. de Maldrée, Nicolas Berckt, Ernest d'Ail va, Jean Slooth, Abel Coenders van Helpen, et cacheté de leurs respectives armes. Ont iceux sieurs Etats ledit traité ratifié, approuvé et confirmé , le ratifient, approuvent et confirment par cettes, promettant de le garder , entretenir et observer inviolablement, sans jamais aller ou venir au contraire, directement ou indirectement, en quelque sorte et manière que ce soit , sous Tobligation et hypothèque de tous les biens et revenus desdites Provinces-Unies en général et en particulier, présens et à venir. En témoin de quoi ont lesdits sieurs Etats fait sceller ces présentes de leur grand sceau, et signer par leur greffier, le vingtcinquième jour de janvier, l'an mil six cent huit. Signé J. de Maldrée. Et plus bas est écrit , par ordonnance d'iceux sieurs les Etats, Aërsens, et scellé sur lacs de soie blanche d'un grand scel en cire rouge , aux armes desdits sieurs Etats.
Lettre de messieurs Jeannin et de Russy, au Roi, du vingt-huitième janvier 1608.
SiBE,
Depuis nos lettres du 35 du mois de décembre, que le sieur de La Borde a rendues à votre Majesté, nous avons différé de lui écrire, encore
qu'ayons reçu les siennes du vingt-deuxième et vingt-neuvième dudit mois , dès le treizième du présent , par le valet-d&chambre de M. de Ghâtillon , qui les prit à Calais , et les apporta en ce lieu, pource qu'il nous sembîoit qu'il valoit mieux faire ainsi, que continuer toiyoïurs à lui mander des incertitudes. Or, depuis ledit vingt-cinquième du mois passé , qui est la date de nos dernières lettres , nous nous sommes continuellement employés pour faire la ligue avec messieurs les Etats, sur les offres contenues es lettres que nous avoit apportées le courrier Picaut , essayant de les en faire contenter, encore qu'eussions supplié votre Majesté, par deux dépêches, de nous donner pouvoir d'offrir jusques à un million de livres chacun an, es deux premières années de la paix , s'il en eût été besoin , pour surmonter les difficultés qui se rencontroient à la faire devant la paix , tant du côté des Anglais que de ceux qui désirent la continuation de la guerre, les derniers prenant ce prétexte qu'il ne falloit pas mécontenter les autres, puisqu'ils ne refusoient cette ligue , mais demandoient seulement qu'elle fût différée jusques après la paix. En quoi il nous est apparu manifestement que l'intention des Etats étoit de s'accommoder dès lors à la volonté de votre Majesté, si la crainte d'offenser les Anglais , fondée sur des considérations qui méritent plutôt excuse que blâme, ne les eût retenus. Car ils ont des places et des forces dans leur Etat, et ils sont prêts de traiter avec eux, pour ce qu'ils leur doivent, revenant à près de neuf millions de livres, dont ils se promettent obtenir rabais de la moitié, ou d'un tiers au moins; et il leur sembîoit qu'ils perdroient cette espérance en leur donnant quelque mécontentement. Nous aurions donc conféré souvent sur ce sujet avec le sieur de Barneveldt, comme avec celui qui conduit tous les autres, et qu'avons reconnu très^ffectionné , même depuis quelque temps, à l'endroit de votre Migesté, pour lui faire comprendre que les Etats ne dévoient rien espérer d'elle, que ce qui étoit contenu es lettres qu'a voit apportées le courrier Picaut, dont lui fîmes communication de quelques articles, lui disant que s'il jugeoit la ligue utile avant la paix, comme il nous avoit toujours déclaré, qu'on se devoit contenter desdites offres, sans prétendre rien de plus pour le présent; mais qu'étant faite, et se remettant à son bon vouloir et plaisir , ils pourroient espérer mieux. Sur quoi nous ayant promis de s'y employer d'affection , et si les Anglais n'y vouloient consentir , de disposer de tout son pouvoir les Etats pour la faire sans eux, il y travailla en sorte que leurs députés firent cette déclaration aux députés d'Angleterre, nous présens, le deuxième jour de janvier, qu'ils
DU PBESIDBNT JBINMN.
jQgeoient cette ligue si nécessaire avant la paix, qu'ils avoient pris résolution de la faire dès lors avec celui des deux rois qui le premier y voudroit entendre; nous suppliant néanmoins d'y entrer conjointement , et que si le faisions ensemble, sans remise, ils nous en auroient trèsgrande obligation.
A quoi nous consentîmes de notre part, leur disant que votre Majesté jugeoit comme eux qa'eite devoit être plus utile avant la paix, et nous commandoit à cette occasion de suivre en cela leur désir , exhortant lesdits députés d'Angleterre d*en faire autant. Ce qu'ils montrèrent prendre de bonne part, nous priant toutefois de ia différer pour trois ou quatre jours seulement, dans lequel temps ils s'assureroient d'avoir réponse de leur Roi, dont les Etats et nous aurions contentement; au bout duquel temps, qui fut le âxième de janvier, les députés des Etats vinrent eacore parler à eux et à nous, étant assemblés en notre logis , nous répétant toujours la même prière avec affection. Et lors, lesdits députés d'Angleterre firent entendre qu'ils avoient eu réponse de leur Roi , et déclaration de sa volonté, toQchant les offres qu'il entendoit faire, qu'ils proposèrent à l'instant , les magnifiant bien fort, à savoir : q\ïi\ donneroit , en cas de paix enfreinte, vingt navires de guerre de quatre, cinq et six cents tonneaux , fournis et équipés d'artillerie et munitions de guerre , victuailles, pilotes, mariniers et soldats , le nombre desquels soldats seroit de trois mille cinq cents au moins ; et pour
lesecours déterre, six cents chevaux et six mille hommes de pied : lesdits deux secours ensemble, mais pour six mois chacun an , et à la charge ; dëtre remboursé de cette dépense après la guerre. Et que les Etats seroient tenus lui donner UD pareil secours par mer à son besoin , sinon en grandeur de navires , en plus grand nombre de vaisseaux pour égaler le sien , et les deux tiers de celui de la terre. Et quant au secours pour b premières années de la paix , que leur Roi en troavoit la demande étrange, et néanmoins, si votre Majesté en accordoit quelque chose, qu'il syaccommoderoit aussi. Nous leur dîmes encore I lors le nôtre , qui étoit de huit mille hommes de I pied, et qu'elle offroit pour autant de temps que Ib Etats en auroient besoin , sans limitation de six mois chacun an , et sans demander aucune répétition de la dépense; qu'elle se contentoit pareillement de la moitié du secours à son besoin, pourvu que le leur fût comme le sien à leurs frais, étant commodité et soulagement à l'allié qui demande secours, de le recevoir, sans être tenu de rendre l'argent, mais seulement de s'en tcvandier en pareil cas , qui peut-être n'avient
de long-liemps, ou jamais. Nous y ajoutâmes aussi les quatre mille hommes de pied qu'elle offroit pour les deux premières années de la paix. Sur quoi les députés des Etats firent déclaration ouveite, au même instant, qu'ils estimoient plus notre secours aux conditions que l'offrions , que celui dudit sieur roi d'Angleterre, qui sembloit en apparence plus grand ; et qu'ils ne pouvoient consentir au secours qui leur étoit demandé en récompense, pource qu'il n'est aucunement proportionné à lem's forces et moyens; qu'ils entendoient même nous prier dé mettre celui que nous requérions d'eux au-dessous de la moitié, comme de douze portions à cinq.
Après lesquelles propositions faites d'une part et d'autre, lesdits députés d'Angleterre ajoutèrent à la leur , combien qu'ils aient charge de faire ladite ligue dès à présent, que c'étoit néanmoins à condition, et non autrement, qu'on traiteroit par même moyen avec eux de quelques affaires particulières qui sont entre les Etats et leur Roi, qu'ils pouvoient achever en trois ou quatre jours, si les Etats y vouloient apporter la même diligence qu'ils feroient de leur côté, étant prêts d'en conférer dès le lendemain, et qu'ils n'avoient rien à leur demander qui ne fût clair et certain. Ayant pris dès lors heure au lendemain pour en traiter , et enfin , après s'être assemblés par trois jours consécutifs, le sieur deBarneveldt nous rapporta qu'il n'y avoit moyen de s'accorder en peu de temps , et qu'ils entendoient traiter avec le roi d'Angleterre , et près sa personne , des choses dont lesdits députés leur avoient parlé , qui étoit pour les villes cautionnaires, qu'ils prétendent garder pour l'avenir avec plus grand nombre de gens de guerre qu'ils n'ont fait du passé ; pour le commerce de leurs marchands ; et touchant une nouvelle obligation qu'on leur demande de toutes les sommes qu'ils doivent , dont ils ne vouloient arrêter le compte, ni passer ladite obligation ici , pource qu'ils se promettent d'en obtenir un grand rabais dudit sieur Roi , lequel ses députés ne pourroient faire. Voyant cette difficulté, et les artifices et fuite des Anglais, nous fîmes ouverture au sieur de Barneveldt qu'il vaudroit mieux faire une ligue générale des deux rois avec eux , qui coutiendroit la promesse et obligation d'un secours mutuel de toutes les forces et moyens d'un chacun d'eux , et réserver d'y ajouter les particularités d'une part et d'autre après iapaix faite, sans suspendre néanmoins l'effet de la ligue générale, qui demeureroit toujours en sa force , sinon en ce qu'il y seroit dérogé par la particulière qu'on feroit après; lequel approuva cet expédient, et dit qu'il en parleroit le jour même , qui fut le dixième de ce mois ,
KKGOCIATIOIIS
aux dépotés d'Angleterre, comme il fit, et nous rapporta qu'ils Tavoient, après quelques disputes , consenti , qu'il le proposeroit semblablement, le lendemain onzième, en l'assemblée des Etats : ce qu'il fit; puis nous rapporta, le douzième, qu'ils le trouveroient bon, nous priant de le dresser , comme nous fîmes le treizième , et fût communiqué par nous le quatorzième aux Anglais , qui en dirent autant après l'avoir considéré à loisir. Les Etats le virent encore le même jour, qui en furent contens , et nous sembloit lors qu'il ne restoit plus qu'à traiter, suivant la forme de ladite ligue qu'envoyons à votre Majesté. Mais le lendemain quinzième les députés d'Angleterre , qui en avoient retenu une copie, nous vinrent voir, et nous dirent qu'ils avoient depuis mieux
considéré l'article d'icelle ligue, auquel ils
désiroient quelque petit changement, en ce qu'il contenoit que cette ligue générale demeureroit toujours en sa force et vigueur, sinon en ce qu'il y seroit dérogé par la particulière qu'on feroit après , nous priant de mettre que ladite ligue générale demeureroit en suspens , jusques à ce que la particulière fût faite , qui étoit en effet l'anéantir du tout , dont nous leur fîmes connottre qu'étions fort offensés , et qu'ils ne traitoient avec nous avec la sincérité qu'il convient entre ministres de princes qui sont unis, et embrassent la défense d'une même cause.
Sur quoi ils nous firent plusieurs protestations du contraire, avec sermens et en colère , y ajoutant cette raison qu'ils en demeuroient là et étoient contraints d'en user ainsi , pource qu'ils savent bien que , si cette ligue générale étoit faite, ils n'auraient jamais raison des Etats pour les affaires particulières qu'ils ont à traiter avec eux; ainsi qu'ils s'étoient résolus, pour cette seule considération , de ne faire l'un sans l'autre. Et toutes les raisons que leur pûmes dire pour les changer ne servirent de rien, si bien qu'il nous fallut tenter derechef les moyens de la faire seuls, et entrâmes là-dessus en nouveau discours avec le sieur de fiameveldt , nous adressant toujours à celui-ci , pource qu'on ne fiait rien sans lui ; lequel , continuant en même affection , proposa avec ardeur en l'assemblée des Etats , le dix-septième , qu'il étoit expédient de faire ladite ligue avec nous, fût générale ou particulière, sans plus attendre les Anglais. Sur quoi les députés des Etats , en nombre de sept, nous vinrent trouver le lendemain , et traitèrent avec nous des conditions de cette ligue deux jours consécutifs, puis en firent rapport en l'assemblée des Etats, et nous prièrent de la dresser, comme nous fîmes le vingtième , la communiquant le même jour à M. de Barneveldt en particulier,
et de là aux Etats, qui y changèrent fort peu , et la résolurent en leur assemblée le vingt-deuxième, pour la conclure et signer d'une part et d'autre le vingt-troisième; mais la conclusion et signature en fût encore remise au vingt-cinquième , et ne fût signée que ledit jour, quoique la date soit du vingt-troisième, pource que leur délibération du vingt-deuxième contenoit qu'elle seroit passée ledit vingt-troisième jour. Or la cause de ce délai fut sur ce que les députés d'Angleterre dirent qu'ils étoient prêts de passer la ligue générale avec nous, lesdits députés des Etats nous étant venu prier de le trouver bon. A quoi leur fîmes réponse qu'avions prévu , comme il étoit vrai , qu'ils en useraient ainsi , que savions bien qu'ils ne le faisoient que pour la remettre après la paix , et si c'étoit leur bien d'approuver cette remise qu'y consentions ; mais que nous ne voulions pour le présent en faire aucune autre que celle dont étions demeurés d'accord par ensemble. Bien leur promettions-nous , encora qu'elle fût passée, d'en faire une autre avec eux, quand ils le voudraient , par effet , non avec dissimulation , et en ce faisant de rompre lors celle-ci, mais non plus tût. Les difficultés qu'il y a eu d'achever cette ligue, qui nous avoit auparavant donné tant de peine, n'ont pas été grandes vers la fin en ce qui touche les Etats; car Topportunité du traité auquel ils sont prêts d*enf rer, le besoin qu'ils ont de notre assistance et de l'autorité de votre Majesté en cette affaire, leur a fait oublier la crainte qu'ils avoient d'offenser l'Anglais, et tous autres respects et considérations autrefois mis en avant par eux. Ils ont bien toujours insisté, avec supplication et soumission, à la demande d'un million de livres pour les deux premières années de la paix ; mais leur ayant dit qu'ils ne dévoient espérer cela par les conditions de la ligue , qu'il fallolt faire sans marchander , et que votre Majesté y pourrait après être plus aisément disposée, en quoi leur promettions faire toutes sortes de bons offices, sans néanmoins les assurer que de quatre mille hommes de pied , sur quoi ils se remirent, touchant ledit secours , à sa discrétion, n'ayant laissé pourtant de passer ledit traité sans y rien insérer desdits quatre mille hommes, ni en requérir aucune promesse de nous ; disant qu'ils almoient mieux ainsi faire et attendre ce qu'il lui plairait en ordonner , considéré même que n'offrions ce secours de quatre mille hommes, sinon à condition qu'ils en rendraient autant, au cas que votre Majesté fût ciaprès assaillie en ses royaume et pays , outre celui auquel ils seraient obligés par la ligue. Ils nous ont aussi bien fort prié de mettre dix mille hommes de pied, au lieu de huit mille, pour le
geeoursen cas de paix enfreinte; nons remon* trant que celai des Anglais étoit beaucoup plus grand , et néanmoins que votre Mfi\jestéavoit plus de forces et de moyens , et s'étoit toujours montrée plus affectionnée envers eux.
Ce qui Ait cause, après plusieurs refus , eux continuant toujours en leur première instance, de nous y faire consentir, aussi que nous Jugions ledit secours être promis en un cas, qui vraisemblablement ne doit Jamais arriver, n*y ayant apparence que le roi d*Espagne veuille faire cette paix pour entreprendre de la rompre après par b armes ; Joint qu*en ce faisant , nous les avons obligés au secours de la moitié, dont ils faisoient très^ande difficulté, disant que seroit présomption à eux d'égaler leurs forces et moyens à la moitié des siennes; mais pour couvrir telle inégalité et les exempter de ce blâme, nous prioient mettre en l'article quatrième, qui contient l'offre de cette moitié , qu'ils le faisoient en considération des grandes faveurs et assistances qu'ils ont reçues d'elle du passé. Ce qu'on ne leur a pu reiîzsef , encore que fussions en quelque doute ces nwts être ajoutés par eux pour en induire que le secours du pôssé étoit gratuit ; mais ils ne peuvent avoir cette signification précise ni rien qui en approche , étant certain que le prince qui donne secours à son allié au besoin, lui fait grande faveur et assistance , quoique ce soit en Intention d'être remboursé , quand il attend que ia guerre soit finie pour s'en faire payer et ne demande aucuns intérêts. Nous avions aussi demandé cette moitié de secours en cinq mille hommes de gens de pied, navires, ou argent , au ehoix de votre Majesté; mais ayant fait difficulté d'y ajouter ces mots en argent ^^'Ws n'avoient le même choix au secours qu'elle leur donne, on a estimé qu'il seroit mieux de les 6ter que d'accorder leur demande. Nous voulions encore que les moindres navires fussent de trois & quatre cents tonneaux ; mais ils nous prièrent démettre seulement de deux à trois cents, et qu'ils ne laisseroient de nous secourir des plus grands qu'Us auroient.
Ils ont aussi désiré et requis avec grande instance que l'article dixième , qui contient la f^nnission du trafic des sujets es pays l'un de lautre, fit couché tel qu'il étoit par le traité d'alliance que M. de Bouillon fit avec eux en l'an i^96; et nous l'avons mis au plus près comme eeluiJà, estimant qu'il n'y a rien de contraire vix ordonnances par lesquelles les droits qu'on prend sur les denrées qui entrent au royaume ou en sortent, sont aussi bien payés par les Français que par les étrangers ; et néanmoins, crainte qu'il n'y eût en cela quelque préjudice aux fer*
mes, nous avons tiré promesse d'eux, par laquelle ils en consentent la réformation , s'il est trouvé qu'ainsi soit. Nous pouvions mettre en ce traité un article qui semble être ordinaire, que les rois et princes qui voudront entrer en ladite ligue, y seront reçus dans un certain temps; mais nous n'avons pas jugé à propos de le faire ici; car l'obligation n'étant que pour secourir les Etats et eux nous , sans qu'elle soit réciproque des rois et princes qui y voudroient entrer l'un envers l'autre , cela eût été inutile , et n'eût servi que pour faire connoître qu'on désiroit assembler des ennemis contre le roi d'Espagne et les ar<> chlducs^ sans néanmoins en recevoir aucun fruit ; car , pour le regard des Etats, ils le sauront bien faire d'eux-mêmes , et tirer pareilles obligations des autres princes qui voudroient traiter avec eux , sans que nous nous en mêlions. Autre chose eût été, si le roi d'Angleterre eût voulu faire cette ligue conjointement , et aussi bien avec votre Miyesté qu'avec les Etats , car cette clause eût , en ce cas , été nécessaire , comme nous l'avions mise au projet de la ligue que lui avons ci-devant envoyé. Aussi est-il certain que le roi de Danemarck ne fera autre chose qu'écouter , et que ses résolutions dépendront toujours des conseils d'Angleterre. Et quant aux deux électeurs, quoiqu'ils soient désireux d'une bonne ligue pour la guerre , ils ne diront rien pour la paix , et n'est pas grand besoin aussi pour maintenant de les y exciter; car sera assez à temps de le faire après la paix conclue s'il est jugé à propos. Nous n'avons non plus mis cet article en la ligue, si votre Majesté et les Etats étoient assaillis ensemble, ce qu'ils auroient à faire, considérant qu'elle étoit faite pour l'observation de la paix, et qu'il falloit montrer le plus qu'on pouvoitque ce n'étoit àautre dessein, aussi que, si cas advient, la raison et le soin de la commune conservation enseignera assez ce qu'on devra faire, et chacun n'y sera lors que trop disposé. Nous mimes encore en avant qu'U falloit faire cette ligue pour la trêve à longues années aussi bien que pour la paix ; mais les Etats dirent que cela présupposeroit qu'ils sont disposés de recevoir ladite trêve, et néanmoins plusieurs d'entre eux sont d'avis contraire. Votre Majesté verra que, par le proeme de la ligue, le roi d'Angleterre y est nommé, comme si les deux rois l'eussent dû faire ensemble , les Etats l'ayant ainsi désiré pour la réputation , et afin que chacun croie que ledit sieur Roi ne les a point abandonnés , et pource qu'ils s'assurent aussi qu'il y entrera bientôt ; à quoi estimant qu'elle n'avoit aucun intérêt, et au contraire que cela peut servir pour lui ôter le moyen de s'en prévaloir vers les
archiducs , nous l'avons consenti. Ils n'ont pas approuvé non plus qu'ayons qualifié lesdits sieurs archiducs , seigneurs souverains des Pays-Bas , dont ils jouissent à présent avec si mauvaise raison, quelle ne mérite pas d'être insérée ici, à savoir , qu*ils ne sont seigneurs , sinon à certaines conditions et non vrais entiers souverains. Nous vous pouvons dire avec vérité, Sire, que cette ligue a rempli ce pays d*une grande joie , et qu'ils en vouloient faire des réjouissances publiques par toutes les villes de leur Etat; mais nous leur avons dit que seroit assez à temps après la paix faite. Ce ne sont plus parmi eux que louanges de votre Majesté, et que chacun connott bien maintenant qu'elle n'a autre but et dessein que leur salut et conservation; n'ayant pas cette même opinion des Anglais, des artifices et difficultés desquels ils se plaignent , et le feroient plus ouvertement, n'étoit qu'ils sont retenus par les plus sages, qui jugent bien qu'ils ont encore besoin de leur bienveillance et faveur, et qu'on ne les peut mécontenter en ce temps ici sans péril. C'eût été bien le meilleur que nous eussions traité ensemble eux et nous avec les
Etats ; mais il n'y a eu aucun moyen de les y faire venir, et votre Majesté ne nous commandoit de la différer après la paix, sinon au cas que les Etats ne se voulussent contenter de ses offres. Et à la vérité , en considérant le peu d'assurance qu'il y a en la foi et amitié du roi d'Angleterre, ou plutôt le soupçon qu'on doit avoir de sa mauvaise volonté, et d'autre côté qu'il est aussi malaisé de bâtir quelque amitié qui soit sincère avec l'Espagne , il semble bien qu'on ne pou voit prendre un meilleur conseil que d'achever cette ligue, qui assure votre Majesté des forces et de l'amitié de cet Etat. La venue du marquis Spinola, qui doit arriver demain, donne sujet à plusieurs de discourir , et leur semble plus bonnement qu'il y vient avec résolution entière de faire la paix. Si sommes-nous en crainte que ce ne soit pas comme on la demande, et qu'il ait quelque secret dessein pour essayer de la rendre autant utile au roi d'Espagne, qu'il semble qu'elle doive être honteuseXar si lasouveraineté est quittée simplement, et sans autre obligation qui leur appoi-te quelque profit, l'attente du roi d'Espagne ne sera plus que sur la mauvaise conduite des Etats , et ce qu'il se promet qu'ils oublieront le métier de la guerre avec le temps et ne seront plus que marchands ; sur ce qu'il les pourra pratiquer , corrompre , diviser ou gagner. Or il y a des remèdes pour se garantir de tels inconvéuiens , qu'ils sauront bien pratiquer, s'ils sont sages et veulent suivre les conseils qu'on leur peut donner; ou au contraire quitter les droits pour les-
quels lui et son père ont combattu si long-temps, est une action qui doit avoir sa louange ou son blâme à l'instant qu'elle sera faite; et sembleroit plus favorable et honorable à un si grand prince de la laisser faire et achever du tout aux archiducs et à ses ministres , comme s'accommodant à leur désir et à la très-instante prière qu'ils lui en ont faite, pour se mettre en repos, que d'y faire employer ledit sieur marquis, lequel ne peut être de cette partie, étant serviteur particulier et général de l'armée dudit sieur Roi , sans faire con< uoltre à chacun que c'est lui-même qui, par né« cessité et impuissance, quitte ce qu'il ne peut plus garder. C'est donc ce qui nous met en doute qu'il n'ait quelque autre dessein auquel il se veuille attacher pour en faire profit.
Ce sera à nous de prendre garde que ce ne soit au dommage de votre Majesté, comme nous ferons avec soin et vigilance, autant qu'il nous sera possible, la ligue faite étant déjà un bon moyen de s'en garantir; car il est certain que cette république, qui est à sa naissance, pour se mettre en quelque réputation d'être d'une foi consr tante, afin de faire désirer et estimer son amitié, ne se départira aucunement de ce qu'elle a fait avec votre Migesté. Par ainsi, si les Espagnols ont quelque mauvaise intention, ils seront contraints s'en départir ou s'assurer qu'ils auront ceux-ci pour ennemis , avec lesquels néanmoins ils cherchent de vivre en paix. Cette ligue empêchera , par même moyen , les Anglais de se joindre du tout avec l'Espagne , et les fera demeurer au moins en neutralité , crainte d'être mal avec les Etats, dont les députés publient tous les jours vouloir conserver l'amitié avec si grand soin , qu'ils mettront tout pour eux quand il sera besoin. Il semble donc que cette ligue doive assurer le repos de votre Majesté et de son royaume, et qu'il a été bon de la faire avant la paix, pour se mettre à couvert de tous inconvéuiens; elle en a toujours fait aussi ce jugement. Il est vrai que l'Anglais pourra essayer de s'en prévaloir envers les archiducs , et eux seront pour espérer davantage de son amitié à cette occasion que de celle de votre Majesté. Mais nous essayerons de persuader à leurs ministres que la principale cause de l'avancement de la paix est cette ligue, et que ce sont les amateurs du repos eu cet Etat qui l'ont désirée et poursuivie avec autant de chaleur, que ceux qui veulent la continuation de la guerre ont apporte d'ardeur pour la rompre. Que nos actions aussi à la suite de celle-ci, feront mieux juger, que toute autre chose , l'intention de votre Majesté avoir toujours été d'aider au repos. Le pis qui puisse arriver de cette conférence , et que nous
DU P&ESIBSNT JfiÀNNiK.
Craignons aussi 1er plus , est qu'on remette encore les affaires en quelque négociation et longueur, soit sous prétexte d'envoyer en Espagne ou autrement, et que les députés des archiducs tendent cependant à faire une trêve de trois, quatre ou cinq ans, et, s'ils ne peuvent mieux, pour un an; car tout cela ne vaudroit rien, sinon avec cette condition que lesdits archiducs déclarent précisément , tant en leurs noms que du roi d'Espagne, qu'ils tiennent les Provinces-Unies pour Etats libres , sur lesquels ils ne prétendent rien, et en cette qualité traitent et accordent ladite trêve avec eux; qui serait bien autrement qu'il n'est contenu en la précédente trêve faite avec eux, par laquelle ils ne les reconnoissent tels , sinon à l'effet seulement de traiter une paix ou trêve à longues années, et non plus avant. Mais il est certain qu'ils n'accorderont jamais ladite trêve de cette façon ; car étant finie, ils n'auroient plus aucun sujet de recommencer la guerre. Or la crainte que nous avons de voir finir les affaires par cette trêve , est fondée sur ce que les députés des archiducs feront vraisemblablement tout ce qu*il leur sera possible pour y parvenir, d'autant qu'il D*y a rien de si utile pour eux; et nous doutons bien fort que les Etats ne soient assez sages pour se garantir de ces inconvéniens.
Déjà prévoyons-nous gn'ils se vont jeter d'euxmêmes en ce précipice, en ce que plusieurs d'entre eux veulent qu'on demande l'article de la souveraineté et liberté , en termes beaucoup plus exprès qu'il n'est contenu en la trêve faite avec les archiducs , et qu'on y insiste du tout , et à leur refus qu'on rompe ; et même aucuns y ajoutent des mots peu nécessaires , qui toutefois offensent, et sont aucunement honteux à consentir , comme de ne plus prendre le titre et porter les armes desdites Provinces-Unies; car la souveraineté quittée, cela suit de soi-même sans qu*il soit besoin d'autre expression. Or les députés des archiducs auront occasion de dire làdessus qu'ils n'ont promis, sinon de les tenir et reconnoftre pour Etats libres , sur lesquels ils ne prétendent rien, et d'obtenir pareille déclaration du roi d'Espagne. Le mot de souveraineté n*y est pas même; mais il est vrai qu'il est indus en celui de liberté, et en ce qu'ils déclarent ne rien prétendre sur lesdites Provinces-Unies. Demanderont donc , puisqu'ils désirent quelque chose davantage, qu'on leur donne du temps pour le faire entendre aux archiducs, et envoyer de là en Espagne; qui est à vrai dire un délai de trois mois , et en conséquence la trêve pour cette année. Et ceux qui veulent la guerre seront peut-être aussi peu considérés ^ et penseront par
ces délais trouver moyen â'empécher la paix ; ainsi ils aimeront mieux consentir à la trêve que de voir la paix faite dès à présent. Je sais bien qu'ils diront qu'on doit seulement donner un mois ou six semaines, et aucuns d'entre eux qu'il sera bon de voir cependant si on peut demeurer d'accord des autres articles , qui seroit moindre mal ; mais les choses remises à un voyage d'Es* pagne, quoiqu'on ait pris ce temps court, il y aura toujours moyen d'allonger , et personne ne sera d'avis de rompre, faute de donner un mois de plus, et après ce mois un autre. On pourra bien faire connoitre à ceux qui sont amateurs de la paix , qu'on se doit contenter des mots contenus en la première trêve, si on ne peut obtenir mieux , les mettant dans le traité en la façon qu'avons dit ci-devant , et la plupart des provinces s'y laisseront aller comme nous estimons. Mais s'il y a trop de contradiction et d'opiniâ* treté es autres, qui soit pour les diviser, ils consentiront plutôt à la nonvelle trêve que de rompre , ni souffrir cette division , qui seroit cause de leur entière ruine.
Nous y donnerons de notre part tous les conseils qui pourront le plus faciliter la paix et les tenir en union; mais il nous est malaisé de prévoir ce que feront les Anglais, à cause des variétés qui sont en leur conduite. Bien nous semblet-il qu'ils chercheront d'amadouer et flatter plutôt les archiducs que de les offenser , encore qu'ils feignent par leurs propos d'aimer mieux la guerre que la paix ; mais ce n'est que dissimulation et artifice. Les Etats s'attendent et ont grand besoin du secours du dernier quartier, s'il plaît à votre Majesté l'ordonner, et pour le premier quartier de cette année se promettent encore que , pendant les trois mois qui sont nécessaires pour savoir s'ils auront paix ou guerre, qu'userez de même bonté envers eux; ne l'osant espérer hors cedit temps , sur ce que nous leur avons dit souvent qu'ils ne peuvent continuer la trêve pour plus long-temps, sinon à son grand déplaisir et en danger de se ruiner eux-mêmes ; ainsi qu'elle ne vouloit rien mettre du sien pour aider à leur faire du mal. M. de Préaux est porteur de cette dépêche, ayant estimé que votre Majesté auroit agréable d'entendre par lui tout ce qui s'est passé en cette affaire , dont il est fort bien instruit , s'en étant rendu soigneux, afin qu'il soit plus capable de lui faire quelque jour très-humble service es charges esquellesil sera employé. Nous lui en avons aussi communiqué volontiers, pour avoir reconnu sa discrétion à taire ce qui ne doit être su. Nous prions Dieu, Sire, qu'il donne à votre Majesté en parfaite santé très-longue et très-heureuse vie.
KicOCUTtûNl
I)c La Haye, ce i8 janvier I6ûâ.
Vos très-humbles et très-obéissans sujets et serviteurs, P. Jeannin et Russy.
Lettre de M. Jeannin à M. de Vitleroijy dudii jour vingt'hmtième janvier 1 608.
Monsieur , les affaires ont des saisons et sont quelquefois pleines de difficultés, puis tout à coup deviennent faciles. Nous avons toujours travaillé pour faire la ligue sur les offres contenues es lettres qu'apporta le courrier Picaut , encore qu'eussions désiré quelque plus ample pouvoir pour nous en servir au besoin; et bien nous a pris, puisque Sa Majesté ne vouloit accroître ses offres, de ce qu'avons pu achever ce qu*elle désiroit sans cela. C'est Barneveldt qui a tout fait. Ainsi que le Roi ne trouve étrange, s'il lui plaît, si je m'adresse toijyours à lui, et si son nom est en tous les endroits de nos lettres : car la vérité est que tous ceux qui désirent la paix en l'assemblée générale, qui est le plus grand nombre, dépendent tellement de lui, qu'ils approuvent sa conduite et tous ses avis sans les contrôler ni autrement considérer. Or il a jugé et cru qu'il aura grand besoin de l'autorité du Roi et de nos conseils, pour achever ce qu'il a entrepris, qui est de faire la paix. Par ainsi qu'il étolt temps de nous donner contentement; aussi que cette ligue serviroit beaucoup pour unir toutes les provinces au dessein qu'il embrasse. Vous ne sauriez imaginer la joie et le contentement qu'ils montrent tous d'en avoir, les louanges qu'ils publient de Sa Majesté à cette occasion , et le mécontentement qu'ils ont du refus fait par les Anglais d'y entrer, ne pouvant aucunement approuver leurs excuses. Cette ligue a déjà été envoyée par toutes les provinces et communiquée aux ambassadeurs. L'Anglais essayera sans doute de faire son profit, s'il peut, envers les ministres des archiducs, du refus qu'ils ont fait, comme si c'étoit pour leur respect; et nous au contraire de ce que nous y sommes entrés, par la recherche de ceux qui sont amateurs de la paix , et contre la volonté et nonobstant la contradiction des autres qui veulent la guerre. Cette ligue nous assure maintenant contre les soupçons qu'on pouvoit avoir de la conjonction des Anglais avec l'Espagne, et qu'ils seront retenus de nous faire la guerre l'un et l'autre, crainte d'avoir les Etats pour ennemis, avec lesquels l'Espagnol recherche la paix ; et les ministres de l'autre publient tous les jours ici que leur maître veut mettre tout au besoin pour leur conservation. Par ainsi l'issue de la conférence en laquelle on va entrer, semble ne pouvoir plus être préjudiciable à Sa Majesté , dont J'étois auparavant en quelque
doute , non pour me déAer de la bonne volonté des Etats, mais que leur trop grand désir à la paix ne leur fît souffrir et recevoir quelques conditions qui ne nous vinssent à gré , et ce soupçon croissoit quand je considérois les artifices des Anglais, qu'on pouvoit prendre pour indice et présomption violente, qu'ils désiroient piutAt l'amitié du roi d'Espagne que la nôtre. Ce qui est à craindre à présent, est que ne puissions (aire la paix , et que les ministres des archiducs ne cherchent quelque prétexte de tirer les affaires en longueur pour faire une nouvelle trêve; et déjà j'en vois l'occasion sur ce qu'on leur veut demander la souveraineté avec trop grande expression et avec des mots qui peuvent offenser : car ils pourront répondre , si on requiert d'eux pour qe regard autre chose que ce qui est contenu au premier traité de la trêve avec eux , qu'il faudra envoyer en Espagne. Mais si les Etats sont sages ils éviteront cet inconvénient ; car les mots de la première trêve couchés comme il appartient, et comme je saurai bien faire s'ils me veulent croire, seront aussi bons et significatifs que tout ce qu'ils prétendent y igouter. J'essaie d'en rendre capables tous ceux qui ont part au maniement des affaires ; mais qui veut la guerre ne peut approuver ce qui facilite la paix. Si estiroéje que nous aurons beaucoup d'autorité pour persuader un chacun, à cause de la bonne opinion qu'ils ont tous de l'affection du Roi envers cet Etat, et de sa prudence; aussi qu'il faut espérer, si les députés des archiducs viennent avec volonté et résolution d'avoir la paix, non de tromper, qu'elle se fera , du moins une trêve à longues années , à laquelle néanmoins résistent plusieurs de ceux qui désirent la paix. Mais je suis toujours en grande défiaQce que le marquis Spinola n'a pas pris cette charge pour faire un présent aux Etats de la souveraineté, sans y fi\jouter des conditions qui puissent apporter quelque notable profit au roi d'Espagne , et fois làdessus des discours qu'il n'est pas besoin jeter au dehors, puisque nous sommes si près du temps pour voir ce qui en aviendra.
J'ai vu par vos lettres du dixième de ce mois, qui m'ont été rendues le vingtième , Touverture faite au Roi par le père provincial des Jésuites, confirmée par l'ambassadeur des archiducs, et de leur commandement exprès, dont je n'ai communiqué à personne. Sa Majesté a fait fort sagement de l'approuver , et remettre à en traiter par l'entremise de notre saint Père. II est vrai que cette ouverture contient un projet de si loin» et qui est sujet à tant d'incertitude, et, quand il succéderoit bien , qui a si peu d'utilité pour ie royaume , que feindre de l'approuver , ou l'avoir
hV P&EâlDfifft JÊÀNNtff.
agréable eo effet, ne nous peut apporter autre commodité , sinon qu'il servira pour entretenir les deux rois en quelque amitié, pendant qu'ils seront en cette espérance de faire alliance de leurs enfans , ou qu'ils en auront même passé les traités, s'il est jugé à propos de le faire pour prendre plus de confiance l'un de l'autre. Et cela, toutefois, ne doit pas être estimé peu ; car il donnera le moyen à Sa Majesté , qui a travaillé toute sa vie, d'achever ses jours en repos, et à monseigneur le Dauphin le loisir de croître pour entrer quelque jour en un royaume paisible, priant Dieu qu'il soit , si tard qu'il soit, lors et quand la Couronne lui écherra, capable de conduire le royaume par lui-môme et par sa propre prudence; puis cela servira pour diminuer la grande recherche que le roi d'Espagne fait de l'amitié du roi d'Angleterre, qui, par ce moyen, sera plus soigneux de la nôtre , et de garder et confirmer de nouveau le traité que M. le duc de Sully a fait avec lui. Hors ces considérations, il n*y a rien pour nous en ce mariage, lequel n'ôtera pas même la jalousie qu'on a de voir les Pays-Bas joints et unis avee la couronne d'Espagne ^ car le seigneur de ces pays sera fils ou frerc du roi d'Espagne, et pourra demeurer Roi lui*méme , si son frère atné mourott sans enftins. Le mariage seroit bien plus à propos de l'Infante d'Espagne avec le second fils de France, ou le troisième , qui seroit encore plus éloigné de la Couronne , si Dieu en donnoit un , lui accordant pour dot , non tous les Pays-Bas , car la maison d'Autriche ne fait point de si grands présens, mais la dot même que constitua l'empereur Maximilien à sa fille Marguerite d'Autriche, lorsqu'il fit le traité de mariage d'elle avec le dauphin de France, depuis Roi de France sous le nom de Charles VIII, qui étoit des comtés d'Artois et de Bourgogne; et vaudrait mieux quitter, moyennant ce, pourvu que la cession desdits comtés fût perpétuelle, soit qu'il y eût enfans ou non, les droits du royaume de Navarre que le roi d'Espagne tient, sans autre titre que celui qu'un Pape ambitieux et ennemi de la France donna, sans pouvoir et sans raison, à Ferdinand, roi d'Arragon, dont la poursuite contre lui ou ses successeurs, toujours juste, ne peut faillir d'être utile , lorsqu'elle sera entreprise en sa saison : mais c'est chose comme j'estime plutôt à désirer qu'à espérer; et suffira qu'évitions la guerre avec eux pour maintenant , puisque nous avons si peu de fiance en Tamitié d'Angleterre, et qu'on peut encore craindre pis de cet endroit. Si M. le président Richardot m*en parle, je ne montrerai pas d'en rien savoir , puisque vous me le mandez ainsi, mais ^e n'oublierai rien de ce qu'estimerai à propos
pour le préparer à croire que Sa Majesté est très* bien disposée à l'amitié des archiducs. Le prince Maurice et Barneveldt croient tom'ours que les députés d'Angleterre auront, au premier jour, pouvoir pour traiter la ligue entre les deux rois et avec les Etats, et lesdits députés nous en disent autant; et je désire qu'il soit vrai , car cela crottroit plutôt l'envie du roi d'Espagne d'être bien avec nous , qu'elle ne seroit cause de l'en éloigner; n'étant aussi ladite ligue que défensive, elle ne nous ôteroit pas le moyen d'en faire une pareille avec lui.
Le Roi nous mande de faire connoltre les tromperies et artifices des Anglais : elles ne sont que trop connues sans nous ; car, encore qu'ayons été modestes et respectueux pour les cacher , crainte de faire voir que nous sommes mal ensemble , leur conduite avec les Etats les a découverts du tout. C'est maintenant au Roi de se conduire avec les Etats comme il lui plaira pour le secours des deux premières années de la paix. Ils désirent toujours le million de livres , c'est-àdire Tentretenement d'environ six mille hommes de pied , et nous n'avons offert que quatre mille hommes, encore à condition qu'ils le rendent au besoin , avec le secours auquel ils sont obligés par la ligue. Sa Migesté se résoudra si elle veut ajouter quelque chose de plus que l'entretenement desdits quatre mille hommes, ou remettre la condition insérée en notre offre. Ils ont fort insisté d'avoir l'argent pour payer lesdits gens de guerre , et je ne vois pas qu'il y ait aucun intérêt , puisqu'ils entretiennent pour l'argent qu'on leur donnera ; ils disent l'avoir toi^'ours fait du passé, et qu'il n'en est arrivé aucun inconvénient. Ils ont même prié et requis instamment qu'avenant le cas du secours de dix mille hommes pour la paix enfreinte , on leur donne l'argent pour les payer, dont leur avons fait refus entier , et que c'étoit contre la coutume des princes et Etats qui donnent secours les uns aux autres ; qu'euxmêmes aussi en avoient usé autrement à l'endroit de Sa Mzgesté. S'il lui platt accroître ce secours | et se laisser vaincre en ce qui sera du paiement des gens de guerre , pour lesdites deux premières années de la paix, on en aura ici du contentement. Et pour le dernier, je vois bien qu'il y a quelque profit au changement des espèces , et l'intérêt particulier emporte toujours le public. Vous m'avez mandé plusieurs fois que le Roi étoit en grande peine de ce que deviendront les villes cautionnaires. Je vous ai déjà répondu que c'est un mal néx^essaire qu'il faut souffrir, pource qu'on ne le peut corriger qu'avec le temps ; et n'y a personne qui le désire avec tant de passion que les Etats, pour se délivrer des mains et de«
îrJ
NEGOCUTtÔNâ
liens de si fâcheux amîs. Je ïi*ai pressé jusqu'ici pensé , monsieur, quHl ne se pouvoit présenter
pour essayer d'assurer le remboursement des sommes que les Etats ont reçues de Sa Majesté. Nous sommes mal fondés en titres, et semble, à voir comme on y a procédé, qu'on pensoit assez faire lors d'entretenir la guerre, et feu M. de Buzanval nous l'a dit lui-même. Mais nous ferons dorénavant ce qui nous est commandé, dont, toutefois, Je n'espère pas beaucoup. Le comte de Hanau doit venir ici bientôt de la part de l'Empereur , à ce que m'a dit M. de Collis ; mais j'ai vu lettres d'un sien secrétaire à M. de Waudermil, gendre de Barneveldt, avec lequel il a de l'amitié , par lesquelles il lui mande de la ville de Hanau même, où est à présent ledit comte, par lettres qui sont du quatorzième de ce mois , que son maftre est retourné fort content devers l'Empereur, qui l'a fait de son conseil et de TEmpire , et lui a aussi parlé de ce voyage ; mais qu'il ne lui sembloit pas que ce filkt chose prompte. Dom Rodrigue, duquel vous m'avez écrit, est fort connu ici, et tenu d'un chacun pour homme qui est grand dépensier , et qui promet beaucoup , mais fait peu. On dit aussi qu'il a trompé M. le prince Maurice de plus de dix mille écus, et des marchands de ce pays qui avoient avec grands Arais fait équiper une flotte pour aller aux Indes sous sa charge ; ils sont ici depuis environ deux ans; car il consuma tout sans bouger de la rade. Il a depuis été en Suède , et maintenant est en Angleterre, où il ne fait ses affaires ; il sera pour aller voir le Roi , s'il y est tant soit peu invité. J'ai parlé à M. de Préaux pour ce qui touche Barneveldt : je sais qu'il est discret pour se taire. Il y a ici un fort honnête gentilhomme, nommé M. de Schomberg, lequel a quatre cents hommes entretenus en ce lieu ; il est fort désireux d'être tenu pour serviteur du Roi. Il m'a dit qu'il avoit des obligations de près de cent mille écus qui lui sont dues par la couronne de France, comme héritier de son père, et qu'il consentira de quitter tout s'il est honoré d'une pension de cinq ou six cents écus par Sa Mzgesté , qu'il désire non pour le profit, la somme n'étant telle qu'elle le puisse beaucoup accommoder , mais pour être reconnu son serviteur , et en cette qualité être quelque lour employé à son service. Il a la réputation d'avoir du courage, et me semble aussi sage. Il reçoit souvent des lettres de M, le prince d'Anhalt, par lesquelles j'ai reconnu qu'il Ta en fort bonne estime ; j'en écris un mot à M. le comte de Nanteuil son parent , comme il a fait aussi luimême. Je ne m'emploie pas volontiers pour affaires d'argent , sachant bien que j'y ai mauvaise vgrâce et peu de pouvoir; mais quand il est bien employé, il sert mieux que tenu en réserve. J'ai
une meilleure occasion d'envoyer M. de Préaux par delà , qu'avec le traité de la ligue que Sa Majesté a montré désirer avec si grande affectioa et non sans raison. Je vous peux assurer que je regretterai fort son absence. 11 est capable d'être employé, et fera toujours bien partout. C'est pourquoi vous appartenant de si près , il mérite, monsieur , que vous en ayez soin. M. de Franchemont s'en va avec lui ; il aura besoin de votre faveur; je vous supplie très-humblement Ten vouloir assister. Le marquis Spinola, le président Richardot , le secrétaire Mancicidor , Espagnol de nation , le commissaire Cordelier et le sieur Verreiken sont attendus dans deux jours eu ce lieu , si le dégel ne les empêche de passer, lequel est cause qu'on ne peut venir de là ici , douze ou quinzejours durant, et jusqu'à ce qu'il ait reglacé de nouveau pour aller sur la glace, ou que le dé' gel entier permette d'aller par eau. Je prie Dieu, monsieur, qu'il vous donne en parfaite santé très* longue et heureuse vie.
De La Haye, ce 28 de janvier 1608.
Votre très^humble et très-obéissant serviteur ^
P. Jeànnin.
Lettre de M. de Villeroy à M. Jeannin , du deuxième février 1608.
Monsieur, nous sommes en très-grande peine de n'avoir reçu aucunes lettres de vous depuis celles du vingt-sixième de décembre , apportées par La Borde. Nous savons que l«s députés d'Espagne et de Flandre sont de présent arrivés à La Haye pour commencer leur traité , que le marquis Spinola et le secrétaire Maucicidor sont du nombre, contre la résolution que l'on a publiée que ces messieurs avoient prise, et qu'ils s'y sont acheminés, cumfustibus et armis, sans avoir rien laissé au logis de nécessaire et utile à leur dessein. Ils nous ont fait dire vouloir avoir bonne intelligence avec vous et en espérer assistance; et Sa Majesté aura bien agréable que vous leur donniez occasion de s'en louer , autant que son service vous permettra de le faire, ainsi que nous vous avons écrit par nos précédentes. J'ai su qu'ils ont mené avec eux un frère de la femme de M. Aërsens, greffier des Etats, s'en promettantbonneassistance, ainsi qu'ils font de plusieurs autres du pays, et même du prince Maurice et de Barneveldt. Nous avons su qu'ils doivent réserver à traiter le point de la religion le dernier , afin de rompre sur icelui, s'ils ne reçoivent contentement aux autres, et au contraire ne s'en formaliser que modestement s'ils tombent d'accord des autres. Nous sommes plus mal édifiés des Anglais que jamais, la reine d'Angleterre prenant
DU PBlisiBCNT JEÀNNnr.
ouvertement Taffirmative contre Sa Majesté y et disposant comme il lui plaît du roi d*Angleterre, comme je crois que M. de La Boderie vous aura mandé. Nous avons su que ledit roi d'Angleterre fait tenir aux archiducs , touchant ce qui se fait où vous êtes, des langages tout contraires à ceux que Ton tient de sa part aux Etats et au Roi. Ils sont malins, doubles et trompeurs , comme nous vous avons souvent écrit. Délivrez-nous le plus t6t que vous pourrez de l'incertitude et angoisse en laquelle nous vivons par faute d'avoir de vos nouvelles. Nous en accusons les gelées qui ont été ici très-rigoureuses , et ont recommencé depuis hier y mais non avec telle violence. Il nous semble que vous pourriez de présent vous aider de la voie de Flandre, en prenant passe-port des députés des archiducs, et adresser vos paquets à M. de Bemy , écrivant en chiffre ; car ils n'oserolent les faire détrousser, parce que nous userions de représailles sur les leurs qui vont en Espagne; peut-être aussi les pour riez-vous faire passer par l'Angleterre. En quelque sorte que ce soit, faites-nous savoir de vos nouvelles au plus tM , et vous nous ferez grand plaisir.
Cependant je vous assurerai de la continuation de la bonne santé de leurs Majestés, et de toute la maison. Il n'y a que le pauvre M. de Montpensier qui dé<;line à vue d'oeil , au grand regret d'un chacun. M. de Savoie lit prendre prisonnier à Turin, le onzième du mois passé, M. d'Albigny, lequel fut mené à Moncallier, en la prison en laquelle il avoit si long-temps tenu madame l'amirale de Ghâtillon , où il est mort le 17, six jours après ; les uns disent pour n'avoir voulu manger en ce temps-là qu'une pomme cuite , et les autres par faute de bon appareil , ou autrement. Son capitaine des gardes a été envoyé aux galères, ses deux secrétaires, en un cul de fosse, et toute sa famille dissipée. Roncas est toujours prisonnier, et traite-t-on contre lui assez extraordinairement , de façon que l'on a opinion que l'on lui fera faire le saut bientôt. M. de Jacob est de présent à Chambéry, commandant en Savoie sous l'autorité du duc et du prince , et ne savons encore au vrai les causes de ces mutations; mais on dit que nous en devrons être bientôt informés par ledit Jacob , qui doit venir trouver le Roi de la part dudit duc. La querelle du Pape avec les Vénitiens ne va pas bien : aussi ceux-ci ont condamné sévèrement Le Badouere, qui étoit ambassadeur ici devant celui qui y ré- Àle de présent, pour avoir communiqué en secret, et sans permission, avec le nonce résidant à Venise, contre leurs lois. Il doit demeurer en prison fermée un an, être Incapable de leurs conseils, et de tenir bénéfices en leur Etat , et