‹ Les négociations du président JeanninChapitre 15 sur 33 · DU PB9SID9NT JI^NITIN · texte numérisé non relu

DU PB9SID9NT JI^NITIN

grand obambellaû de la Reine, qu'il étoit marri que la coutume d'Angleterre ne lui avoit pu permettre de ge trouver à ladite table pour y boire à moi et me faire bonne chère ; mais qu'il ne lais- 8oit de faire le premier et me prioit de l'autre. A tout cela ma femme fut conviée aussi de sa part, et le 8oir il nous mena voir un autre ballet que dansèrent douze des principaux seigneurs de cette Cour , où il nous fit encore, à ma femme et à moi , toutes les courtoisies qu'il lui fut possible , et jusques à ma fille : il se la fit approcher, et la baisa deux ou trois fois (qui ne lui est pas chose ordinaire ) , et voulut qu'elle dansât avec le petit duc d'Yorck son fils ^ en somme il n'oublia rien pour me contenter. Je les ai trouvés si hagards quand Je suis arrivé ici , si mal contens de mon prédécesseur, et si remplis de la vanité que la recherche qu'avoient faite d'eux tous les prioies de la chrétienté à l'avènement dudit Roi a cette couronne leur avoit fait naître, que j'ai eu beaucoup de peine à les remettre. Toutefois je les vois, ce me semble , en meilleur état; et la démonstration que nous avons faite depuis un an de ne dous soucier guères d'eux, et de pouvoir faire DOS aflaires sans eux , n'y a pas nui. Ils ne sont nullement encore assurés du cùté d'Irlande; et pour avoir plus de moyen de se défendre de ce C4}té-là, s'ils y sont attaqués, ils font un emprunt d'un million de livres sur les meilleures bourses de cette ville , qui y cause beaucoup de run)eurs et de mécontentement. Leurs affaires enfin ne sont point en si bon état, qu'ils n'aient. Dieu merci, plus grand besoin de nous, que nous deux. C'est tout ce queje vous en puis dire pour ce coup, vous baisant les mains très-humblement, et denaeurant, monsieur, votre très-humble et trés-affectionné serviteur. Là Bodebib.

A Londres, ce vingt-septième février 1608.

LtUre du Roi, du vingt-septième février 1808.

Messieurs Jeannin et de Russy , vous avez été avertis de l'arrivée ici de l'abbé de Préaux , porteur de votre dépêche du 38 du mois de Janvier, par les lettres particulières que le sieur de Villeroy a écrites par mon commandement , à vous sibur Jeannin, les 9 et 16 du présent. La première vous a été envoyée par l'adresse du sieur de Berny , et l'autre accompagnée du duplicata de celle-là , par l'occasion du retour par delà des navires sur lesquels les deniers du dernier quartier de l'année passée ont été chargés et envoyés. Vous aurez su par icelles quel a été le contentement que j'ai reçu du traité d'alliance et confédération que vous avez fait en mon nom avec ces sit'urs , suivant mes commandemens , et pourquoi j'ai différé de vous envoyer la ratification d'ice-

lul jusqu'à présent, ayant désiré voir auparavant quelque acheminement à celui que le roi d'Es*pagne et les archiducs étoient sur le point de commencer; non que j'aie eu dessein de me ré^ gler sur leur conduite , ni varier de ma première résolution , ou rien innover ou changer audit traité , mais simplement pour voir quel Jugement les députés desdits princes feroient d'icelui à leur arrivée par delà ; de quoi vous m'avez éclairol par vos lettres du 16 de cedit mois, que j'ai reçues le 24 , comme nous avons depuis fait celle que vous, sieur Jeannin , avez écrite de votre main audit sieur de Villeroy le 1 9. Je vous dirai donc en un mot , par la présente , que vous m'avez servi, en la confection dudit traité, entièrement selon mon désir et mon expectation, tant en la matière qu'en la forme et au temps que vous Tavez conclu. Aussi je vous en envoie par le même abbé de Préaux mes lettres d'approbation et ratification , accompagnées d'une particulière adressant au corps des sieurs les Etats , par laquelle j'ai voulu leur faire savoir ma satisfaction, qui leur sera exprimée plus au long par vous , en la leur délivrant , aux termes que vous jugerez plus propres et convenables, dont Je me remets à vous , voire même d'en surseoir la présentation, à cause de la présence des députés des archiducs, ou autrement, selon que vous aviserez être pour le mieux. Car, comme vous m'avez servi en tout ce qui s'est passé avec tant de prudence, loyauté, et si heureusement, que J'en suis avec raison très-content , et vous en sais le gré que vous méritez. Je veux aussi me confier et entièrement remettre à vous de tout ce qui reste à faire par delà pour mon service , tant pour l'exécution dudit traité, qu'aux autres occasions qui se présenteront durant que vous y serez. Certainement J^eusse bien désiré que les Anglais fussent entrés avec nous audit traité, suivant le projet que vous en aviez fait ; car il eût été plus favorable auxdits Etats sur l'entrée de la conférence avec les députés desdits archiducs. Vous y avez fait votre devoir et votre possible; mais vous avez encore mieux fait d'avoir passé outre sans eux, pour les raisons que vous m'avez représentées. L'on m'a écrit d'Angleterre qu'ils sont à présent marris de s'en être ainsi départis, et qu'ils ont volonté de Famander, en suivant le chemin que vous leur avez tracé \ mais J'en attendrai les effets pour le croire; surtout il faut prendre garde que ce qu'ils feront n'altère ou change ce que nous avons fait. Ils se vantent qu'ils porteront avec eux au traité qu'ils feront , le roi de Danemarck et les électeurs, et autres princes qui ont leurs députés par delà 2 pour magnifier et faire plus e9timer leur

IIEGOCIATIONS

alliance; mais je crois, si le premier les suit, que les autres prendront parti avec nous aussi volontiers qu'avec eux , en cas qu'ils veulent bâtir leur ligue sur ce fondement de la paix, à notre imitation. A quoi vous prendrez garde; car je ne me puis promettre de la volonté et prudence desdits Anglais, qu'ils prennent en cette occasion parti avec nous, comme ils devroient faire pour notre commun avantage , s'ils étoient aussi jaloux de leur propre bien , qu'ils me donnent argument de croire l'être de ma prospérité. Toutefois je veux être plus sage qu'eux; partant, s'ils vous donnent par leur procédé sujet d'espérer de se laisser persuader d'entrer en notre union , vous en faciliterez l'effet autant que vous connoftrez que vous le pourrez dignement faire.

Sachez aussi que l'on m'a mandé d'Angleterre que ledit Roi fait état de faire couler des gens de guerre secrètement dedans les places qu'il tient par delà , pour fortifier les garnisons qui y sont , et par ce moyen mieux s'assurer d*icelies pour l'avenir, disant ne vouloir pour ce regard demeurer à la discrétion de ceux du pays et desdites places , ainsi qu'ils ont fait jusques à présent : de quoi vous avertirez ceux que vous jugerez à propos qu'ils le sachent. Le sieur Aërsens, député desdits sieurs les Etats, m'a requis de deux choses en me présentant leurs dernières lettres. La première de leur continuer mon assistance, du moins pour ce premier quartier de la présente année , telle que je leur ai donnée Tannée passée, puisqu'ils n'ont prolongé la cessation d'armes, qui a été la seule cause pour laquelle il dit que je leur ai fait déclarer par vous que je ne leur continuerois ledit secours; et Tautre, d'augmenter celui que je leur ai accordé pour les deux premières années de la paix , pour les mêmes raisons qu'ils vous ont représentées par delà ; mais je me suis excusé de l'un et de l'autre, lui ayant dit que lesdits sieurs dévoient avancer leur traité avec les archiducs , afin de sortir des grands frais qu'ils font en l'incertitude en laquelle ils vivent ; que je dois aussi penser à mes affaires, et me préparer contre tous accidens, avec plus de soin et jalousie que devant , voyant le roi d'Espagne à la veille d'être déchargé de la guerre des Pays-Bas par le moyen de leur traité. Car, encore qu'il fasse contenance de vouloir vivre en paix avec moi , et qu'il en ait à l'aventure autant de besoin que nul autre, toutefois les choses d'Italie étant encore en branle, à cause de ce qui se passe entre le Pape et les Vénitiens, qui n'est encore bien composé , je devois ménager et conserver mes moyens pour obvier aux inconvéniens qui pourroient naître de tels mouvemens; et d'autant plus que j'étois averti que

Ton propose de faire une nouvelle ligue entre le Pape, ledit roi d'Espagne et le grand-duc , sous prétexte de faire la guerre aux Turcs, laquelle ne me peut être que suspecte, même voyant que ledit roi d'Espagne commence d'armer par mer fortement aux royaumes de Naples et de Sicile ; et vous dirai que j'en ai telle jalousie, que j'ai délibéré, s'ils poursuivent lesdits armemens, d'aller moi-même en Provence pour assurer cette côte, car je ne la veux laisser à la merci de mes voisins; et j'estime ce voyage si nécessaire, que si lesdits sieurs Etats étoient d'accord avec lesdits archiducs, et la reine ma femme accouchée, je partirois à la même heure pour le faire : ce que vous direz aux dits sieurs, s'ils continuent à faire instance du secours du susdit quartier.

Quant à celui de quatre mille hommes pour lesdits deux ans, je n'entends aussi de l'augmenter ; et me semble qu'ils doivent plutôt entendre à persuader le roi d'Angleterre de leur accorder la même assistance , qu'à me presser d'accroître la mienne. Davantage, j'entends que lesdits quatre mille hommes soient payés par mes officiers, et non par leurs mains, comme je vous ai toujours mandé , et a toujours été pratiqué en cas semblable , et même par eux en mon endroit, lorsqu'ils ont envoyé leurs gens à mon secours; car, comme je vous ai prédit, je ne veux ni n'est raisonnable que l'argent qui sort de ma bourse gratuitement, soit employé à autre usage, ni manié par autres que par mes officiers. Et s'ils craignent la dispensité du paiement desdits gens de guerre , tant en la solde qu'en la forme , avec les autres du pays , j'aurai bien agréable que cela soit réglé avec eux et par leur avis, pourvu que lesdits deniers soient toujours administrés et distribués par les mains de mes ofiQciers, la gestion desquels ils pourront contrôler ; et aime mieux me passer et les décharger du secoure réciproque qu'ils ont consenti par la promesse pa^ ticuiière que vous en avez faite. Toutefois, si vous pouvez les faire départir du maniement desdits deniers, sans vous relâcher de ce point, je l'aurai toujours à plaisir : mais , quoi qu'il y ait, je veux que mesdits officiers aient ledit maniement, et me semble qu'ils doivent se contenter que j'aie permis jusques à présent qu'il en ait été usé autrement, chose qu'ils n'auroient jamais consenti en cas semblable; joint que je sais bien que le maniement qu'ils ont fait a apporté plus d'utilité et commodité aux particuliers qu'au public. Mais j'ai volontiers passé l'article des dix raille hommes, au lieu de huit mille que je vous avois permis de leur accorder en cas de guerre, au préjudice de la paix.

Quant à l'article du oonunerce , pour le regard

DU PRBSISSNT JEÀRNTN.

du paiement des droits, ledit sieur de Villcroy voas a écrit la difficuké qui s*y,est rencontrée. Mais elle est de si petite importance , qu'elle ne mérite pas qu'ils s'en formalisent; car il n'est qoestion que d'une dace de trente-sept sols que les étrangers paient en Brouage et à Bordeaux pour la comptablie, qui excède de douze ou quinze sols ce que paient mesdits sujets. Ce qui a toujours été , et est encore ainsi pratiqué , et à quoi l'on ne peut pas toucher pour la conséquence; car les autres nations prétendroient pareille modération , et emprunteroient les noms et vaisseaux des sujets desdits Ëtats pour me frustrer dudit droit. Mais celui-là, ni les autres ne seront à l'avenir augmentés sur eux par-dessus ceux que paieront mes sujets , ainsi que vous leur avez promis par le dixième article dudit traité. Je me contenterai aussi que les navires desquels ils doivent m'assister, soient du port que vous avez convenu avec eux , et approuve la considération qui vous a mû de laisser place par ledit traité aux autres rois et princes qui vondroient ci-après y entrer : mais il n'est pas à propos aussi qu'ils la prennent en celui d'Angleterre, ainsi que j'ai dit ci-devant; partant vous y aviserez pareillement. Vous avez bien fait d'avoir retranché l'article du mutuel et réciproque secours , en cas que nous fussions assaillis par armes en même temps et ensemblement; car, comme vous dites , nous aurons lors tout loisir, et serons assez obligés d'en convenir et y pourvoir. C'a été prudemment fait aussi de n'avoir fait mention de la trêve à longues années , et de quoi ces sieurs se sont contentés de recevoir la déclaration qui concerne leur liberté, ainsi qu'il a été couché par l'article duquel ils soDt tombés d'accord , lequel je vous confesse que je n'estimois pas devoir passer si facilement qu'il est avenu. La franchise et simplicité avec laquelle les archiducs y ont procédé véritablement témoigne et vérifie assez le désir et besoin qu'eux et les Espagnols ont d'être déchargés de la guerre desdits pays : mais aussi peut-on inférer de là qu'ils s'attendent de tirer dudit accord des profits et avantages équipolens, soit dans lesdits pays ou ailleurs. Car j'ai appris par vos dernières comment ils débattent à présent l'article de la navigation des Indes d'orient, et les langages que vous a tenus le président Richardot sur l'échange qu'ils prétendent obtenir des ville* et places de Flandre et Brabant , avec votre réponse et vos raisons sur iceux. Ce sont deux points de grande conséquence; mais comme il me semble que ce premier regarde plus l'intérêt de la compagnie desdites Indes , qui est composée de marchands particuliers qui ne sont

pas même tous résidens et bd)itués auxdits pays des Etats, que le public, aussi je l'estime moins important que l'autre; car de celui-ci dépend du tout l'union et sûreté desdites provinces après ladite paix. Au moyen de quoi je suis bien d'avis qu'ils relâchent plutôt quelque chose de ladite navigation , que d'entendre audit échange , quelque récompense et offre qu'on leur fasse ; car je prévois, s'ils quittent lesdites places de Flandre et de Brabant, qu'ils doivent faire peu de compte de ce titre de liberté que l'on leur a cédé, d'autant que la conservation et l'effet d'icelle dépendra de la foi et discrétion de ceux auxquels ils les auront cédées. Je n'approuve aussi qu'elles soient démantelées, ni qu'elles demeurent auxdits Etats pour certain temps en qualité de villes de sûreté, ni même que les capitaines et gens de guerre qui les garderont soient payés des deniers desdits princes.

Abstenez-vous donc de faire aucune ouverture de ma part ni de la vùtre qui facilite ledit échange , ou autorise lesdits princes aux dites places pour le présent ni pour l'avenir, et plutôt les dissuadez d'entendre audit échange que d*en faciliter l'accommodement; car j'estime, comme je vous ai dit, ledit article plus important que tous les autres, et vaut mieux qu'ils les contentent en icelui de la navigation des Indes , que de souffrir qu'il soit fait brèche aucune à l'autre. En quoi néanmoins vous vous conduirez avec telle discrétion , que les uns ni les autres n'aient occasion de nous reprocher la rupture de ladite paix; car c'est moins mon intention que jamais d'être auteur d'icelle ; mais je ne veux aider à circonvenir ceux que j'aime et qui se fient en moi. Au reste , je suis très-content de votre conduite envers les députés desdits archiducs, et léserai que vous continuyez à leur donner toute occasion de se louer de vos déportemens, en favorisant et facilitant exi mon nom leur accord , autant que le bien de mon service vous le permettra, comme je me promets que vous saurez très-bien faire. J'ai su que lesdits députés réservent à traiter le point de la religion pour la fin , pour pouvoir rompre sur icelui leur traité , s'ils ne sont contens des autres , et , en ce faisant , conserver la réputation de laquelle ils ont toujours montré être jaloux, et pour émouvoir et acquérir la bienveillance des catholiques qui résident audit pays , lesquels ils obligeront à eux par cette démonstration, soit que la guerre recommence ou finisse , leur donnant à entendre qu'ils auront préféré le repos de leurs consciences à celui du pays : chose que je crois qu'il sera difficile auxdits sieurs les Etats d'éviter : toutefois vous en avertirez ceux que vous en jugerez dignes. Et

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RÉÔOClATTOffi

Si les députes desdits archiducs requièrent votre aide en cette instance, comportez-vous-y si sagement , que les uns n'aient sujet de publier que t*aie manqué en cette occasion de zèle au rétablissement de notre religion audit pays , et ie^ autres de se plaindre que J*aie voulu favoriser Tartiflce et le dessein de ceux-là à leur préjudice.

Je ne vous écrirai rien par la présente du soin et égard que doivent avoir ces sieurs , d'assurer leur république par une bonne forme de gouvernement, telle qu'elle est nécessaire pour maintenir leur union et concorde ; car je vois qu'ils ont à présent d'autre besogne taillée assez pour les occuper, joint qu'il faut qu'ils voient s'ils s'accorderont avec lesdits Etats. Mais cela fait, j'estime qu'il sera très-nécessaire qu'ils y pourvoient vivement, et sans intermission; de quoi vous ne perdrez l'opportunité de les exhorter et presser quand elle se présentera. Vous aurez aussi en recommandation tout ce qui concerne mon cousin le prince Maurice, suivant les commandemens que je vous ai faits par vos instructions , et réitérés par toutes mes dépêches : car c'est chose que j'affectionne grandement. Vous aurez soin aussi de tous ceux de la même maison , et favoriserez pareillement les affaires de mon cousin le prince d'Orange, pour lesquels* les il a envoyé par delà un des siens , auquel vous direz le commandement que Je vous en fais. Mais évitez surtout cette prolongation de trêve pour un , deux ou trois ans , à laquelle je crains fort avec vous que les parties se laissent aller à la fin , quand elles verront ne pouvoir tomber d'accord à leur contentement des conditions de la paix, comme j'ai donné charge audit abbé de Préaux vous dire , avec mes intentions sur tous les points contenus en la présente. A tant, je prie Dieu , messieurs Jeannin et de Russy, vous avoir en sa sainte garde.

Ecrit à Paris, le vingt-septième jour de février 1608. Hbnbi.

Et plus bas, par apostille est écrit :

Messieurs Jeannin et de Russy, je veux que vous favorisiez de ma recommandation les affaires du prince d'Espinoy, où elles en auront besoin , comme si c'étoient les miennes propres. Partant, ayez-en soin et en faites votre devoir, et vous me ferez service très-agréable. Henbi. Et plus bas, Baulàbt.

Lettre de M* de Villeroy à M. Jeannin, dudit jour 37 février 1608.

Monsieur, j*ai répondu à vos lettres du â8 du mois passé , par les miennes des neuf et seize du présent , qui vous ont été envoyées par les adresses que le Roi votis écrit par la sienne que la

présente accompagne; et le i 4 nous avons reçu les lettres des 16 et 19. Le jour devant le sieur Aërsens et le sieur du Maurier en reçurent le premier de ses maîtres , et l'autre du sieur Waudrenccq, par lesquelles ils donnoient avis de la résolution de l'article de la liberté , en la forme que nous apprîmes le lendemain par vosdites lettres qu'il a été accordé. Toutefois vous avez oublié à faire mettre en votre paquet les doubles de l'écrit qui en a été dressé , comme de celui qui concerne la navigation des Indes , proposé premièrement par les sieurs Etats , et depuis changé par M. Richardot; mais nous n'avons pas laissé de les voir par la communication que nous en a faite M. Aërsens. Partant vous ne devez vous en mettre en peine. J'en ai accusé votre indisposition. Le Roi est très-content des propos que vous avez tenus audit sieur Richardot pour la justification de ses intentions et actions passées et présentes, ainsi qu'il est porté par la lettre que vous m'avez adressée, et même a trouve bon que vous lui ayez ftiit voir notre dernier traité , afin de le mieux éclairclr de la franchise et sincérité de Sa Majesté. Nous avons tenu le même langage à l'ambassadeur des archiducs, lequel ne prend moindre plaisir que l'autre à parler de l'alliance que je vous ai mandé avoir été proposée , se persuadant que cette considéra^ tion doit mouvoir à désirer et favoriser les coqventlons de la paix en faveur des archiducs, ce qui m'est un peu suspect ; car je ne sais ce que nous devons espérer de cette ouverture. Mais le Roi a montré tellement la goûter, lorsque l'ambassadeur des archiducs lui en a parlé, qu'il leur est avis que Sa Majesté est très^lésireuse d'entendre à ce marché; de quoi ils vou* droient profiter, dès à présent, sur les occasions qui se présentent. Toutefois il leur a été dit qu'il faut que le Pape en soit le médiateur, et que cela ne peut être conduit par l'entremise d'un autre. Tellement que l'on est attendant de ses nouvelles sur ce sujet, duquel il fut parlé au cardinal Rarbarini quand il partit d'ici , et toutefois il n'en a encore mandé aucune chose. 11 faut présumer que le Pape aura voulu en écrire en Espagne devant que de s'y engager plus avant. Je ne suis pas d'avis que vous celiez davantage au sieur Richardot la connoissance que vous avez de ladite proposition; car, sans doute. Il l'attribuerolt à artifice, étant bien infbrmé de ce qui en a été traité ici , et sachant la fiance que le Roi a en vous.

Je ne suis pas d'avis aussi que, parlant de ce fait au sieur Richardot, vous l'en dégoûtiez , comme, peut^re, Il jugera qu*il y a assez de raison de le Mte , vu le peu d'utlitté que la France

Dt PllisiDfillT IIANNÎN4

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en doit espérer. Mais il vaut mieux les laisser en I cette espérance que de les en ôter, puisqu'ils ne I proposent point d'autres partis, et qu'il est difficile de séparer d'Espagne l'archiduc, ni de l'assurer de la foi du Roi, lequel remet toutefois cette condaite à vous-même. Je n'ai rien à ajouter à ce que vous écrit le Roi sur les articles de la navigation des Indes , et l'échange des places de Brabant et de Flandre. Enfin nous jugeons ce dernier trop plus important que l'autre , et dirons que les Etats perdront avec leur belle li- I berté leur pays s'ils quittent lesdites places , ce ^ qui ne leur aviendra de ladite navigation. J'ai I iar cela demandé à Sa Majesté si les archiducs I opiniâtrent ledit échange , et qu'ils rompent la pi\ sur cela , si elle entendoit que les Etats y fussent confortés par nous et de sa part. J'ai re^ mm qu'elle ne désire être auteur d'une telle raplure, tant parce qu'en effet elle ne la désire pas, la reconnoissant préjudiciable à son service, que pour n'être par ce moyen obligée à ia garantie et aux charges d'icelle envers les ^lats; pt c'est pourquoi elle vous en écrit aux ttrnies que vous verrez en sa lettre : de quoi J'ai ntimé devoir vous avertir, afin que vous sachiez fiCDous ne sommes pas plus amateurs de la ^^rre que nous étions à votre parlement. Nous ^ODS certainement , si lesdits Etats quittent ^ places en tout ou en partie dès à présent, ^im certain temps , et les Anglais retiennent ^ les cautionnaires , que ces messieurs fe- ^t naufrage dedans peu d'années contre l'é- ^il de leur prétendue souveraineté, sans qu'il ^)it après au pouvoir de la France de les garan- ^;car il faut faire compte qu'à la longue les '^n^lals feront banqueroute a la France et aux- ^^^^ Etats, ce qui n'avlendra de la privation ou d'un règlement que l'on peut faire de la susdite i^^i^ation des Indes; Joint que cette compagnie d» Indes peut transporter ailleurs son siège, ou ^ie ne sera guères moins utile au général desdits Etats^ que si elle est maintenue dans leur propre pays.

Le sieur Aêrsens a dit à M. de Préaux qu*il 'iioisira plutôt en ce cas l'Angleterre que la france; ce que l'on a voulu imputer à faute darfectlon de sa part. Mais lui en ayant parlé <^puis,J'ai reconnu qu'il redoutoit notre ami- ^uté, la multitude de nos officiers, la sujétion des capitaines et gouverneurs de nos provinces ^t places, et la mauvaise foi et justice que l'on dit régner en ce royaume. A quoi Je lui ai re- ^^tré qu'il sera facile de remédier au gré et ^Qtentement de ladite compagnie. Je ne sais si je h\ persuadé ; mais Je sais bien que Sa Maj^ afirectionne la remise d'icelle en son royaume

plus que Je ne vous puis écrire , et s^attend bien que vous ne perdrez l'occasion de la servir en cet endroit , quand vous le Jugerez à propos. Cependant elle a bien pris ce que vous lui avez remontré sur ce sujet par la fin de madite lettre. Il ne me reste plus qu'à vous parler du fait de Barneveidt et de la gratification qu'il mérite. Enfin nous ne voulons point donner d'argent comptant ; car nous disons que Ton oblige les hommes par tels moyens, dont le bras est aus^ sitôt refusé que reçu: mais nous sommes contens de donner une pension de c^ouze mille livres par an , et la faire payer au commencement de chacune année par avance, et commencer par celleci, ainsi que vous dira plus particulièrement M. de Préaux : lequel vous est très-obligé avec tous ses amis , et moi plus que tous, des faveurs que vous lui départez, desquelles Je ne puis assez affectueusement vous remercier , en attendant qu*il se présente occasion de m'en revancher par quelque bon service envers vous et les vôtres» C'est un Jeune diable qui désire apprendre à tonner pour se rendre digne de servir ; partant Je vous prie de continuer à le mettre en besogne , s'étant rendu assez agréable à Sa Migesté en ce voyage dernier. Monsieur , il vous devra la mell* leure partie de sa fortune, comme à celui qui premier lui aura mis les armes en la main. Je prie Dieu, monsieur, qu*il vous conserve longuement en parfaite santé.

De Paris, ce vingt*septième jour d6 févHer

Votre , etc., de N£urviLL8«

Autre lettre dudit sieur de Villeroy audit sieur Jeannin , de même date.

Monsieur, mon neveu n'a pu être dépéché tout-à-fait plus tôt qu'à présent; il vous dira plus de nouvelles que Je ne vous en puis écrire : de façon qu'avec les lettres qu'il vous porte, tant du Roi que des particuliers , vous n'aurez faute de bonnes instructions en ce qu'il vous représentera. Le Pape et les Vénitiens continuent en leurs défiances et picoterles , dont les événe* mens pourront succéder selon l'Issue des affaires où vous êtes : c'est-à-dire, si la paix se lait, nous aurons à craindre la guerre en Italie plus que si elle ne réussit. £n tout cas nous iérons sagement si nous nous préparons au pis; car Je ne suis pas plus assuré de la volonté des Anglais que de celle des autres , ceux-là continuant à nous donner toute occasion de nous en défier, comme vous doit avoir mandé M< de La Boderie. Nous avons perdu en Allemagne le duc de Wit» teml>erg, qui est décédé soudainement. G!est perte 2 car, encore qu'il fdkt d'humeur bizarre, tt

néGOCIATTONS

étoit plus résolu; il étôit Maître de son conseil, et les autres en sont esclaves. Les Hongrois sont toujours en discorde avec TEmpereur, insistant que cettui-ci observe la paix qu'il a faite avec les Turcs, de laquelle ils disent que dépend leur sûreté, et ledit Empereur a dessein de recommencer la guerre, qui est ce qu*il poursuit, et veut faire résoudre en la diète, à quoi il semble que les protestans contredisent; mais j*ai opinion qu'ils se relâcheront à la fin. Je vous envoie deux sortes de lettres du Roi pour les Etats, afin que vous choisissiez celle que vous jugerez la plus propre. La différence n'en est pas grande : je Tai tracée en la copie de Tune d'icelles que nous vous envoyons. Je crains fort que cette négociation tire en longueur; et partant qu'elle nous prive de votre présence plus que vos amis ne désirent, et moi plus que tout autre qui vous remercie derechef des faveurs que mon neveu reçoit de vous , en vous priant vous en revaneher en me commandant pour votre service; car vous serez obéi d'entière affection. A tant je prie Dieu, monsieur, qu'il vous conserve en bonne santé, en me recommandant bien humblement à votre bonne grâce.

De Paris , ce vingt-septième février 1 608.

Votre, etc., de Neufville.

Lettre de M, Jeannin audit sieur de Vilieroy, duditjour 27 février 1 608.

Monsieur, vos lettres du neuvième écrites à Paris , et envoyées à M. de Berny pour me les faire tenir, m'ont été rendues en ce lieu le vingtunième de ce mois , de la part de M. le président Richardot. Ledit sieur de Berny les a accompagnées des siennes. Ce nous est un grand contentement que le traité fait par nous avec les Etats ait été approuvé par le Roi. Il eût été mieux si les Anglais y fussent entrés; mais vous aurez pu connoftre, par nos dépêches au Roi, que nous n avons rien omis de notre côté pour leur persuader de le faire , et que leur but et dessein étant du tout contraire, nos raisons n'ont eu aucune force en leur endroit. Nous sommes toutefois assez bien unis maintenant pour aider à la paix. Il est vrai que c'est pour gratifier les archiducs, non pour se conformer à nos opinions. Vous aurez connu, par mes lettres du dix-septième et dix-neuvième, le difTérend qui est avec les députés des archiducs pour le commerce des Indes d'orient, lequel continue encore; car les Etats n'ont rien voulu relâcher de leur côté, ni lesdits sieurs députés non plus, quoiqu'ils se soient assemblés plusieurs fois sur ce sujet. Le vingt-deuxième, les députés d'Angleterre, ceux de Danemarck, des prbices d'Alle-

magne et nous , fûmes aussi assemblés avec les députés desdits sieurs Etats, qui nous en prièrent, pour nous représenter et instruire de tout ce qui s'étoit passé en leurs conférences avec les députés des archiducs; sur quoi, après les avoir ouïs, leur ayant demandé s'ils requéroient notre avis, ils nous firent réponse que non, et néanmoins qu'ils n'y prendroient aucune résolution sans nous prier de le leur donner. Or ils en étoient déjà assez informés, car, voyant que nous ne pouvions rien gagner par nos raisons et persuasions envers les députés des archiducs, nous en avions conféré avec quelques particuliers des Etats, pour les disposer d'aider à accommoder cette affaire , plutôt que de rompre, leur en remontrant les inconvéniens et dangers. Ainsi la remise dont ils usoient envers nous, procédoit de ce qu'ils estimoient que les députés des archiducs se laisseroient vaincre , et, s'ils ne le faisoient, qu'il y auroit assez de temps pour , avec l'autorité de nos conseils, chercher des expédions qui puissent empêcher cette rupture.

Or ils ont depuis reconnu qu'ils continueroient toujours en leur refus avec même obstination. Et, à la vérité, nous ne croyons pas qu'ils accordent jamais absolument cette liberté de commerce, ayant souvent déclaré que le roi d'Espagne ne quittoit ses droits que pour cette seule considération. Les Etats ont néanmoins encore différé deux jours à nous demander notre avis , nous ayant déclaré aucuns des plus sages qu'ils le faisoient, crainte que si nous proposons, dès à présent, des expédiens qui ne soient reçus, les provinces, lesquelles ne sont intéressées en ce trafic, se séparent des autres. Sur quoi , pour éviter cet inconvénient, je leur ai dit que notre avis seroit qu'il fût passé outre à d'autres articles, en attendant qu'on ait pris loisir de penser à celui-ci, d'une part et d'autre : ce que les Anglais ont approuvé. Et, à cette occasion, les particuliers, À qui j'en avois communiqué , ont tant fait, que les Etats nous ont demandé cet avis. Nous nous sommes assemblés là-dessus, tous les députés desdits princes qui sont ici , et avons résolu , après quelques disputes , de leur donner ce conseil le lendemain matin , qui est le Jour auquel je vous écris cette lettre. Nous manderons après à Sa Majesté ce qui en sera avenu. Bien espéronsnous que les Etats suivront notre conseil, et que les députés des archiducs ne feront aussi difficulté d'entrer en conférence sur les autres articles. Sur lesquels, si on demeure d'accord, chacun sera mieux disposé et y aura plus de moyen de faire approuver lors les expédiens qu'on pourra mettre en avant sur ce sujet.

Bameveldt et les autres, qui vouloient la paix.

BU PBBSIDENT JSâNNIN.

ne sont pas changés. Bieû désire-t-ii avec ardeur ce commerce des Indes, du moins qu*on Tobtienoe pour le temps que la compagnie doit durer, qui est encore de quatorze ans, dont, si les Etats se contentent comme ils en auront sujet , les députés des archiducs seront pour l'accorder, s'ils ont aussi grande affection à la paix qu'ils montrent en apparence. Mais nous y voyons encore quelque difficuité du c6té des Etats, lesquels demandent toujours le commerce par delà la ligne à leurs périls, comme la France, ou bien de gré à gré général et pour toujours. Je vous supplie de nous éciaircir au plus tôt de la volonté du Roi sur ce sujet; et cependant nous travaillerons de notre côté, afin de conduire, s'il est possible, les aifaires à bon port, et faire que chacun quitte du sien pour s'accorder. Les députés des archiducs n'ont aucunement parlé jusqu'ici aux députés des Etats du fait de la religion , et j'estime, au ca» qu'ils reçoivent quelque contentement aux autres articles, qu'ils en parleront sans

s'opiniâtrer : comme, au contraire, s'ils veulent rompre, ils ne le pourront faire avec plus d'avantage pour diiriser les provinces que sur l'article du commerce, ni mieux aussi pour nous rendre odieux, si nous secourons les Etats, que sur celui de la religioD. Je ne vois point qu'ils soient pour lirer les affaires en longueur; bien désiré-je, s'il avient autrement, d'aller trouver Sa Msyesté pour loi rendre compte de tout ce qui s'est passé, ^ ne faudra! de vous en donner avis pour en avoir la permission. Je n'ai pu conférer en particulier avec M. le président Richardot , depuis la réception de votre dernière lettre , crainte de donner du soupçon sur le point qu'on traitoit de cette affaire. Je vous supplie très-humblement me vouloir donner avis en particulier de ce que la reine d'Angleterre a fait , dont le Roi est offensé; car quelqu'un m*a ici dit que le roi d'Angleterre a depuis réparé ce mal , et montré qu'il en avoit du déplaisir. Vous êtes sage , monsieur, pour bien considérer s'il est expédient que le Roi révoque son ambassadeur; car en le faisant il y a danger que cela ne soit suivi de quelque chose de pis. 11 seroit peut-être plus utile de leur faire prendre sourdement ce conseil de réparer l'offense, attendu môme que c*est la Reine qui l'a faite, dont l'inclination envers l'Espagnol est connue d'un chacun. Je prie Dieu, monsieur, qu'il vous maintienne et conserve en bonne et parfaite santé.

De La Haye , ce vingt-septième jour de fé- Trier 1 608.

Votre , etc. , P. Jeannin.

Lettre du Roi à M. Jeannitty du 3 mars xeos, touchant les princes de Portugal.

Monsieur Jeannin, le feu roi de Portugal, dom Antoine, peu de temps avant sa mort, me requit, par lettre expresse , de vouloir prendre en ma protection ses deux enfans dom Emmanuel et dom Christophe, et les assister en leurs droits et prétentions contre toutes usurpations. Depuis ils ont demeuré en ma Cour; et, maintenant que l'on est sur les termes de conclure quelque traité en Hollande, ledit dom Emmanuel ayant résolu de s'y acheminer, pour essayer d'y moyenner quelque chose touchant leurs prétentions, je vous écris cette lettre afin que si d'aventure l'on en parle, et que vous en ayez connoissance, vous teniez la main qu'ils y soient favorablement traités à ma recommandation, laquelle j'aurai à plaisir que vous employiez en cette occasion. Je prie Dieu, monsieur Jeannin, qu'il vous ait en sa sainte garde.

Ecrit à Paris, le troisième mars 1608.

Henbi.

Et au-dessous, Brulabt.

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