‹ Les négociations du président JeanninChapitre 16 sur 33 · c. D. V. T. nr · texte numérisé non relu

c. D. V. T. nr

Lettre de messieurs Jeannin et de Russy, au Roi, du septième mars 1608.

Sire,

Nos dernières lettres étoient du 17 du mois passé, depuis lequel temps jusques à présent le sieur Jeannin a écrit deux lettres à M. de Villeroy, des 19 et 27 du même mois, et nous nous sommes abstenus d'écrire a votre Miyesté, en attendant de lui pouvoir, mander quelque résolution sur l'article du commerce des Indes, agité et débattu en plusieurs conférences , et néanmoins demeuré encore indécis. Les Etats le demandent en vertu de la paix , comme amis libres, de gré à gré, pour toujours, ou bien à leurs périls et fortunes comme les Français et Anglais, sinon par forme de trêve et à certain temps , sans commettre hostilité, n'entendant pourtant, la trêve finie, d'en être exclus. Bien disent-ils que si leurs marchands sont bien traités, et qu'il y ait de la stireté pour eux au commerce d'Es« pagne, ils seront pour s'en désister d'eux-mêmes; mais ne veulent aucunement soufMr qu'il leur soit interdit d*y aller par traité , qui est autant en effet que de le demander pour toujours. Les archiducs au contraire l'ont refusé, encore que ce soit par voie amiable, et ne l'ont voulu permettre non plus avec hostilité, disant qu'en faisant la paix avec eux en ces pays, ils ne pouvoient accorder qu'ils fussent ennemis par delà la ligne, et que cela seroit cause de troubler la paix, qu'ils désirent rendre durable et perpétuelle.

NEGOeiÂTtONS

£t quant à la trêve, qu^ils raccorderont volontiers pour certain temps, dont on conviendra sans hostilité, et à la charge de n'y plus aller, ledit temps passé; mais non autrement. Les raisons que les Etats nous ont dites, et que nous colligeons de ceux qui entendent cette affaire , sont : que leurs habitans ont fait de grands frais pour acquérir ce commerce, ont à présent de grandes habitudes et connoissances aux Indes , par le moyen desquelles ils se promettent attirer tout le commerce à eux, Tôter du tout aux Portugais, et faire de très-grands prolits; qu'il y a plus de dix mille personnes en leur Etat qui y sont intéressées, lesquelles ont beaucoup de pouvoir dans les Provinces , et seront pour y mettre de la division si on le leur veut ôter; que c'est le seul moyen dassurer pour eux le commerce d'Espagne, étant certain que les Espagnols seront retenus de leur y donner de l'empêchement, crainte qu'ils ne s'en revanchent aux Indes; et si cette bride n'y est plus , ils pourront arrêter tout d'un coup la plupart de leurs vaisseaux, marchandises et pilotes en Espagne , et par ce moyen les désarmer et ruiner en un moment. Davantage, si ce trafic des Indes leur est ôté, ils se déferont du tout de leurs vaisseaux de guerre , ne se réservant que les navires marchands; ainsi ne penseront plus qu'au trafic d'Espagne, perdront les forces qu'ils ont en mer, qui seules leur servent de sûreté, et les font respecter et craindre, et par ainsi ne seront plus bons pour se défendre dans leur pays, ni pour servir à leurs amis dehors ; et pour fin , qu'en tirant du profit de ce commerce, ils diminueront d'autant les revenus du roi d'Espagne , avec lesquels il travaille et fait la guerre à un chacun. Les rai* sons des députés des archiducs sont en effet celles qui contrarient aux précédentes; mais ils mettent seulement en avant que, par tous les traités faits par les rois d'Espagne avec les plus grands rois et princes de la chrétienté, ils n'ont jamais voulu permettre ce trafic à leurs sujets ; qu'au dernier traité fbit avec le roi d'Angleterre, 11 est dit qu'ils ne pourront trafiquer sinon es lieux où ils souloient aller avant la guerre. Or ils prétendent que les Anglais n'alloient point lors aux Indes, ainsi qu'ils en sont exclus nommément et par articles exprès; disent davantage que le roi d'Angleterre même leur promit de bouche , lorsque ledit traité fut passé, que si aucuns de ses sujets ' y alloient il les feroit châtier. Il est vrai que les députés d'Angleterre le nient, et doiment toute autre interprétation à l'article susdit. Pour le regard du traité de France ftiit à Vervins , M. le président RIehardot maintient qu'il en fut parié , et de mettre un artiole au traité pour to

défendre; mais qu*on n*y insista, pouree que n'y ayant aucuns navires armés dans le royaume, les députés du roi d'Espagne estimèrent qu'ils ne pourroient recevoir aucun dommage de cet endroit, et qu'il sufflsoit de ne le point permettre. Il ajoute encore que les Portugais sont en possession, il y a plus de six vingts ans , d'avoir ce trafic seuls, à l'exclusion de toutes les autres nations, et que le roi d'Espagne quittant les droits qu'il a sur les Provinces-Unies, et leur laissant le trafic d'Espagne, méritoit bien de recevoir des Etats ce contentement de n'y être troublé; qu'il ne traite pas comme font les vaincus , qui reçoivent la loi telle qu'on leur veut donner, mais comme un grand prince qui a force moyens pour renouveler la guerre ; et néanmoins il est certain, s'il n'obtient cette défense, qu'il n'y a aucun profit en la paix pour lui; car elle ne consiste en effet qu'en la souveraineté, au trafic des Indes, et à la restitution des places de Brabant et de Flandre; et les Etats veulent opiniâtrement obtenir tous les trois ensemble, à savoir la souveraineté, le commerce des Indes, et retenir lesdites places sans accommoder en aucune chose le roi d'Espagne ni les archiducs; qu'on doit aussi considérer que ce commerce ne touche qu'à aucuns particuliers , l'intérêt desquels doit être négligé pour faire bien au général de l'Etat. Nous nous* sommes entremis, à diverses fois, en voyant les* dits députés des archiducs, ou étant visités par eux , même lorsque le sieur Richardot a vu le président Jeannin en particulier, de leUr persuader qu'en accordant ce commerce libre sans hostilité , ils n'y avoient aucun intérêt , et que le commerce d'Espagne, bien établi par la paix, feroit sans doute cesser celui-ci sans en foire d'autre défense; qu'eux-mêmes nous avoient dit que les denrées qui coûtoient un aux Portugais , revenolent à deux et demi aux Hollandais, pouree qu'ils étoient contraints de les aller acheter bien avant dans la terre , au lieu qu'on les apportoit aux Portugais, qui se sont accommodés dès longtemps dans le pays , aux ports et havres qu'ils tiennent, et par ce moyen étoient aussi à meilleur prix de beaucoup en Portugal qu'en Hollande; qu'on pouvoit done juger, avee certitude, le profit n'étant plus en ce trafic , qu'ils le quitteroient d'eux-mêmes.

NouH savions bien aussi que les profita fSiits par les marchands , du passé, qui les ont pu affriander, ne provenoient pas du simple trafie, noais des prises faites sur la mer, qui dévoient cesser quand le commerce seroit accordé de gré à gré. Puis il semble chose injuste , et contre le droit des gens, de leur défendre ce trafic es lieux où ils ne trouvent rien , attendu que les rois et

Dû PftBSrofilTT iBATVNm.

Ml

Peuples qui y ont intérêt , le consentent ; davantage que la mer pour aller aux Indes est si large , et les pays de si grande étendue , qu'il leur sei*oit impossible d'empêcher cette navigation et commerce à toutes les nations de la terre ; et en le permettant à ceux-ci , ils les aideront à en exclure les autres, afin qu'ils eu puissent Jouir par ensemble avec plus de profit et d'avantage ; qui serait un moyen pour les unir et Joindre en amitié, pource qu'ils n'auroient à cette occasion antre conversation et habitude par ci -après qu'avec les Espagnols et Portugais, à cause desdits commerces d'Espagne et des Indes, ce qui tourneroit plutôt au dommage des autres princes et peuples qu'au leur; et enfin, puisqu'ils avoient Jugé la paix utile , comme elle devolt être en effet pour eux, d'autant que ces peuples désarmes ne leur feroient Jamais mal , et au contraire leur seroient plus utiles qu'à tous autres , ils dévoient considérer qu'en leur refusant ce commerce , les intéressés en icelui , et ceux qui soDt contraires à la paix , Joints ensemble , devlendroient sans doute les plus puissans, et contraindroient les autres de renouveler la guerre. Lesdits sieurs députés, après plusieurs discours, nous ont confessé et reconnu que Tutilité du commerce d'Espagne ferolt sans doute cesser l'autre bient<)t après que la paix seroit établie; mais qu'il n'y avoit aucun moyen de le persuader en Espagne, où la plupart du conseil du Roi est contraire à la paix , et prendront de si mauvaise part telles difficultés, que s'ils en sont avertis on leur commandera aussitôt de se retirer; nous pouvant assurer qu'ils n'ont autre charge pour ce r^ard, sinon d'accorder quelque indemnité aux marchands de la compagnie des Indes, c'est-àdire trois , quatre ou cinq ans pour retirer et débiter leurs marchandises. Nous leur avons remontré la-dessus que cette compagnie avoit fait de grands frais, que TEtat leur en avoit promis la garantie et jouissance pendant le temps qu'elle devolt durer, fût en paix ou en guerre; ainsi qull seroit raisonnable leur accorder ledit temps, que nous pensions n'être ci-devant que de dix ou douze ans, et nous avons su depuis qu*il est de quatorze. Ib l'ont refusé, de façon néanmoins qu*on pourrait espérer, si les Etats y vouloient consentir, titt'ils s'y laisseroient aller, ou en approcheroient ^en fort. Encore leur avons-nous fait une autre ouverture, à savoir de consentir que les Etats y continuent leur trafic sans hostilité durant six ans, et qu'un an ou deux avant l'expiration de ce délai , les députés s'assemblent d'une part et d'autre en certain lieu , dont on s'accordera par le traité , pour convenir si ledit trafic devra être cxmflmué ou cesser ; et au cas qu'ils n'en puissent

I demeurer d'accord , que votre Majesté et le roi d'Angleterre soient dès à présent agréés pour médiateurs; qu'en le faisant ainsi, l'issue n'en pourroit être qu'à leur contentement, pource que nous savions bien que les Anglais n'ont pas à gré que les marchands de ce pays continuent ce trafic , estimant qu'ils aideront avec le temps à les en exclure, et leurs députés nous l'ont ainsi dit; pour le regard de votre Majesté, qu'elle désiroit tant que cette paix fût bien établie, qu'elle ne feroit rien qui fût à leur préjudice.

Outre ces ouvertures, nous y avons encore ajouté qu'on pourroit séparer ce commerce par contrées, et le restreindre à certains lieux où les Hollandais ont déjà été, esquels les Portugais ne tiennent rien; mais tout a été inutile Jusqu'ici , car les Etats ne veulent aucunement souffrir la défense d'y aller, après quelque temps que ce soit, et les députés des archiducs rejet*» tent toutes ouvertures qui peuvent rendre ce trafic perpétuel. En cette diversité, les Etats ont prié les députés des rois et princes qui sont id, de se vouloir trouver en leur assemblée par deux fois. En la première ils nous firent entendre tout ce qui s'étoit passé es conférences faites entre eux et les députés des archiducs; et sur ce qui leur fut demandé par le président Jeannin , si c'étoit pour nous en instruire seulement, ou pour prendre notre avis , ils se trouvèrent comme surpris; et, après avoir quelque peu consulté ensemble, ils firent cette réponse : Que n'ayant délibéré pour lors de rien quitter ni souffrir aucune restriction en ce commerce, Ils nous prioient de trouver bon s'ils remettoient à une autre fois à nous demander notre avis, montrant avoir crainte qu'on y voulût déjà chercher quelque tempérament pour les accorder; nous promettant néanmoins de nous rendre ce respect, qu'ils ne résoudrolent rien sans en avoir notre avis. Trois jours après y voyant que les députés des archiducs demeuroient fermes en leur première opinion, ils nous ont fait derechef le même récit en leur assemblée , et prié à cette fois de leur vouloir donner avis de ce qu'ils auroient à faire, y ajoutant toujours qu'ils jugeoient ce commerce des Indes si utile et si nécessaire à leur Etat, qu'ils ne le pouvoient aucunement quitter. Sur quoi, nous et les députés d'Angleterre, de Danemarck et d'Allemagne, étant retirés pour délibérer en la même chambre , puis y faire réponse à l'instant , pource que c'étoit chose traitée depuis tant de Jours , qu'avions eu assez de loisir d'y penser, les députés d'Angleterre furent d'avis de différer la réponse au lendemain, et cependant de conférer ensemble.

Ce qu'ayant été feit , et nous assemblés pour

nÉGOCIÀTIOT^S

en délibérer^ lesdite députés nous plièrent de vouloir faire quelque ouverture sur ce sujet. Notre avis fut donc , afm de n*eonuyer votre Majesté des loDgs discours d'un chacun , puisque les Etats et les archiducs n*avoient rien voulu quitter jusques alors de leurs prétentions, et sembloicnt n'être encore capables de recevoir les expédiens et ouvertures qu'on leur pourroit faire pour composer ce différend, que le meilleur seroit de laisser pour le présent cet article indécis, sans faire aucun préjugé contre l'un ou l'autre, et passer outre cependant aux autres articles, desquels , si on demeure d'accord , chacun sera mieux disposé de quitter et remettre quelque chose du sien pour s'accorder de celui-ci ; qu'aussi bien ne voudrions r nous pas entreprendre d'y opiner précisément, soit pour leur faire quitter ce commerce qu'ils disent devoir être si utile à leur Etat, ou pour les y faire opiniétrer au péril d'une rupture, sans en avertir votre Majesté, et recevoir d'elle son commandement, et que pendant ce loisir chacun d'eux en pourroit faire autant si bon lui sembloit; que ce ne seroit pas aussi sagement fait, de conseiller aux Etats de venir à aucune rupture pour quelque cause que ce soit, sans qu'ils aient premièrement bien considéré quels sont leurs moyens pour renouveler la guerre, et que ce délai leur seroit à propos pour y aviser et pourvoir, puisque la résolution de cet article étoit de si grande importance aux uns et aux autres, qu'on pourroit rompre à cette occasion. Notre avis fut reçu et approuvé de tous , après avoir été toutefois un peu contredit par les députés d'Allemagne; et, le lendemain matin il fut rapporté aux Etats par le président Jeannin, au nom de tous, lequel y ajouta quelque sommaire discours, pour leur flaire connottre que la paix étoit nécessaire à leur Etat; qu'eux-mêmes en avoient dès longtemps fait ce jugement , et nous Tavoient ainsi dit et répété plusieurs fois ; que nous étant aussi soigneusement informés du bien et du mal, de la commodité ou incommodité de la paix ou de la guerre, avions trouvé que c'étoit le plus sage conseil , les ayant toujours exhortés depuis de le suivre , et faire tout ce qui seroit requis pour y parvenir; et qu'après beaucoup de longueurs et de difficultés , ils étoient entrés en conférence avec les députés des archiducs, dont le commencement avoit été fort heureux , en ce que la liberté et souveraineté de leur pays étoit accordée par le consentement même de leurs adversaires, au lieu que ce droit dépendoit auparavant de l'événement douteux et incertain d'une longue et périlleuse guerre, qui est un avantage trèsgrand , et qu'on devoit plutôt tenir pour gain et

loyer d'une victoire absolue , que pour article d'une paix et composition égale; que si quelque difficulté étoit avenue depuis sur le lait da commerce, il ne falloit pourtant changer la première résolution qui tendoit à la paix , pourvu qu'on la pût obtenir à conditions raisonnables et assurées; que c'étoit bien notre intention de favoriser de tout notre pouvoir tout ce qui leur seroit utile et avantageux; mais que nous les prions de considérer qu'on ne peut faire finir une guerre avec de grands et puissans princes, lesquels ont des forces et moyens pour la renouveler et continuer, s'ils n'en retirent aussi quelque commodité et profit.

Après que nous fûmes sortis de leur assemblée, ils se mirent à délibérer sur ce que nous leur avions dit, et prirent résolution conforme à notre avis : à savoir de conférer sur d'autres articles, si les députés des archiducs y vouloient consentir; et néanmoins, avant que leur eu faire ouverture, qu'ils les exciteroient encore de leur accorder ce commerce , dont ils les avoieot si instamment priés et requis, comme ils firent, avee déclaration expresse qu'ils ne s'en pouvoient aucunement départir. Et lors ils entrèrent encore es mêmes disputes et contradictions sans rien avancer; puis, sur la demande de conférer des autres articles consentis par les députés des archiducs, survint derechef cette nouvelle diffîculte : les Etats demandoient tous les articles à une seule fois, pour après en conférer et les résoudre l'un après l'autre, et les députés des archiducs le refusoient, disant que c'étoit contre la forme ordinaire , et qu'ils offroient de commencer par tel article qu'on voudrait, et de suivre après aux autres sans discontinuatioo; que s'ils lesdonnoient tous ensemble, il pourroit avenir, après l'avoir fait, qu'ils recevroient nouveaux commandemens de leurs maîtres pour y en ajouter d'autres, ou eux-mêmes jugeroientle devoir faire , ce qui est toujours loisible jusques à la conclusion du traité; et se séparèrent ainsi pour y penser , sans rien résoudre. Le lendemain , le président Richardot seul vint voir le président Jeannin, se plaignit à lui de cette façon de procéder : sur quoi , après plusieurs propos et raisons pour le persuader et prier de s y accommoder, et qu'en mettant à la fin des articles, qu'ils y en pourroient igouter d'autres si bon leur sembloit, cela ne leur nuiroit en rien, il lui dit qu'il le feroit volontiers; mais qu*ileraignoit cette demande leur être faite par ceux qui désirent la guerre, aftai que s'ils en mettent quelques uns qui ne soient agréables à tous, comme, par exemple, celui de la religion dont ils sont obliges de faire mention , cela leur serve de prétexte

DU PBESIDENT JBÀNNIN.

pour rompre, le priant de lui en donner son avis. A quoi il lui répondit que nous avions aussi commaDdement de votre Majesté de procurer ce bien aux catlioliques, et faire tout ce qu'il nous geroit possible pour l'obtenir; mais qu'il ne le felloit espérer par traité : bien le pourroient-ils demander pour témoigner leur affection et désir, pourvu qu'ils passent outre aux autres articles sans y insister, s'ils ne veulent rompre. 11 ajouta lors , que les Etats traitoient avec ses maîtres comme avec des princes vaincus, en quoi ils se trompoient bien fort ; et s'ils continuoient à leur refuser tout , et à vouloir obtenir tout de leur côté, qu'il faudroit retourner aux armes, a son graud regret; qu'il n'eût jamais cru de trouver Qoe si grande obstination et rigueur en ces peuples, attendu qu'ils ne peuvent continuer la guerre sans l'assistance des rois qui se sont déclarés leurs amis, et que votre Majesté a fait tant de déclarations de sa bonne volonté à faire Hoir la guerre , qu'ils s'en promettolent toutes flortes de bons offices, et qu'elle ne leur donnera aucune espérance de secours qui leur puisse faire rejeter la paix ; qu'ils étoient aussi fort assurés de la bonne volonté du roi d'Angleterre : ainsi qu'il ne pouvoit conjecturer sur quoi étoient fondées les causes de cette fureur et obstination, Dommant ainsi l'opiniâtreté dont ils usoient.

Le sieur Jeannin lui répliqua notre conduite et ardeur à désirer la paix , et à faire tout ce que pouvons pour l'avancer, être si notoire à chacun, que nous en sommes devenus suspects, et tombés en la haine de ceux qui veulent la guerre; ainsi il nous feroit grand tort s'il en doutoit : qne votre Majesté a aussi accoutumé de faire ce qu'elle dit et promet en chose sérieuse comme celle-ci , étant d'un naturel si ouvert et généreux , ({u'^li® rejette tous artifices qui sentent leur lâcheté; et peut-être y en avoit-il d'autres, dont ils n'ont cette opinion , qui n'y procèdent pas avec même candeur; qu'à la vérité la plupart de ces peuples se soucient peu de la paix , pource que la guerre a plutôt accru que diminué leurs moyens , et de là se promettent qu'ils auront pour l'avenir même heur ou plus grande prospérité; qu'ils se dévoient aider à sortir de ces grandes difficultés, ne pouvant rien accorder pour avoir la paix, qui ne leur soit avantageux, attendu que ces peuples, après s'être mis en repos, seront en état dans peu d'années, de ne pouvoir faire mal à personne. D'autre côté, cette guerre étant finie, il n'y auroit plus rien qu'i nous mette en soupçon les uns des autres, et empêche que ces grands princes ne vivent en bonne et sincère amitié. Le sieur Richardot montra être assuré de notre bonne affection à la

paix, suivant les commandemens qu'en avions reçus, jurant et protestant qu'il le croyolt ainsi , et qu'il étoit bien informé de nos déportemens et conduite en cet endroit, et pour cette raison vouloit prendre conseil de nous en toutes occa-» sions ; mais qu'il estimoit que l'opiniâtreté de ces peuples ne se laissoit aisément vaincre aux prières ni à l'autorité de qui que soit , ce qu'on hii confessa bien être vrai; et néanmoins qu'il n'y a prince dont ils aient encore l'autorité et amitié en plus grand respect que de votre Majesté , et ce qu'ils ne feront pour elle, ils ne le feront pour personne; ainsi qu'à notre bonne volonté étoit encore conjoint quelque pouvoir et moyen de le servir, et que l'emploirions aussi de très-bonne affection , nous promettant bien de n'y être inutiles. Votre Majesté par ce discours peut voir qu'il n'y a encore aucune lumière pour les accorder sur cet article; si nous semble-t-ll reoonnoltre que les uns et les autres déshrent la paix, et néanmoins ne pouvons croire que le roi d'Es-* pagne veuille accorder le commerce pour toujours, encore que ce soit sans hostilité, pour deux raisons : l'une que cet exemple convieroit les autres rois et princes d'en demander autant pour leurs sujets, ou bien de le prendre sans demander , ne pouvant souffrir qu'on accorde à ceux-ci cette liberté, et qu'elle leur soit refusée; l'autre, que les Hollandais, après qu'ils seront habitués auxdits pays, y auront pris des connoissances, et dressé des magasins en divers endroits, feront le trafic avec le temps, de la même façon que les Portugais, c'est-à-dire, au lien qu'ils achètent tout à présent avec argent, ils l'auront par échange de denrées qu'ils porteront aux Indes, sur lesquelles ils pourront gagner aussi bien qu'eux : outre ce, pource qu'ils ont moins de gens en leurs navires, et font les voya* ges à moindres frais, cela diminuera d'autant le prix de leurs achats , en ajoutant même que le roi d'Espagne y prend un grand tribut, qui est de vingt ou vingt-deux pour cent, et les Etats ne prennent rien; ainsi ils auront moyen de les vendre à meilleur prix que les Portugais, et néanmoins y faire un gain raisonnable, ou bien ils contraindront le roi d'Espagne à quitter le tribut qu'il prend dessus , et de petdre le profit des Indes; ce que vraisemblablement il ne vou* dra pas faire. Quand on remontre ces raisons à aucuns des Etats, même à ceux qui veulent la paix, c'est ce qui leur aiguise l'appétit et désir d'y aller; et disent qu'ils savent bien que les Espagnols, après avoir long-temps contesté, l'accorderont plutôt que de rompre; et nous, au contraire, craignons , comme ils sont fort secrets en leur conduite, qu'ils ne cachent leur méoon*

hbgociàtions

tentement; et, voyant qu*il n'y aura rien pour eux en ce traité, qu'ils n'entretiennent le temps sur les pontilles que les Etats fout tous les jours d'eux-mêmes mal à propos pour allonger, comme si cette longueur leur devoit être utile; et cependant avertissent leurs maitresqu'ilsn'espèrcnt rien de bon de cette conférence, afin qu'ils se préparent et aient plus de moyen après de les prendre au dépourvu.

Ce qui nous augmente encore ce soupçon , est qu'ils semblent être bien assurés que les Anglais ne feront rien qui leur déplaise, et qu'il y a même quelques secrètes pratiques et recherches dont ils se flattent : ce que nous jugeons , outre plusieurs autres conjectures , de ce que les députés d'Angleterre , pressés par les Etats de vouloir faire la ligue pour la paix , ont dit avoir reçu commandement de leur maître de la faire , mais de ne l'obliger à leur secours, sinon en cas que la paix soit enfreinte un an après qu'elle sera publiée, et, ledit temps passé, qu'il avisera s'il le doit continuer pour les années suivantes, comme 8*11 prenoit cet an pour voir s*il pourra tirer quelque effet d'Espagne; dont le sieur de Bameveldt a été fort étonné ; et s'en plaignant à eux, ils lui ont dit qu'ils en écriroient à leur maître , et se promettoient de lui faire changer d'avis. Or, si du côté d'Espagne ils sont en espérance, ou plutôt assurés de ne recevoir aucune fâcherie, mais amitié d'Angleterre, ils estimeront que votre Majesté, crainte de supporter seule les dépenses de cette guerre, ou de se mettre aux dangers et IncoDvéniens qui peuvent arriver à cette occasion , sera peut-être induite d'en faire autant ; ou bien si elle fait le contraire , que la jalousie des Anglais, qui seront fâchés de lui voir prendre quelque avantage en l'amitié des Etats, pourra être cause de les faire lier plus étroitement avec eux , et de prendre d'autres desseins à notre préjudice. Les Espagnols peuvent aussi espérer que si les Etats rompent à l'occasion de ce commerce , les provinces qui n'y seront intéressées, seront pour se séparer des autres ; ainsi qu'ils peuvent espérer autant de profit en s'opiniâtrant à la défense de ce commerce , que les Etats en eraindre du dommage. Nous les exhortons aussi à cette occasion , non tous en général , mais les particuliers qui manient les affaires , même le sieur de Barneveldt qui commence d'appréhender et craindre les inconvéniens susdits, de se contenter de ce commerce pendant le temps que doit durer la compagnie , qui est de quatorze ans, qu'on peut nommer un siècle en affaires d'Etat; car s'ils reconnoissent pendant ledit temps qu'il leur soit fort utile, les cbangemens et occasions qui pourront naître avant qu'on soit au

bout d'icelui , leur donneront trop de sujet de le continuer. Quand ils n'obtiendront que cela, ils auront suffisamment pourvu à riotérét de leun marchands, comme aussi a la sûreté du commerce d'Espagne; car quatorze ans suffiront pour leur faire juger ce qu'ils doivent attendre de la conduite des Espagnols envers eux. Ce n'est pas que nous ayons assurance que les députés des archiducs veulent accorder un si long temps, mais ils en pourront approcher; et h\\$ le font, les Etats seront pour remettre plus aisément quelques années après avoir pris ce dernier avis, que si on le leur proposoit à présent. Puis il y a de la raison en cette demande , attendu qu'ils ont promis à la compagnie des Indes de les faire jouir du temps entier qu'elle doit dorer, soit en paix ou en guerre.

Quant àleur faure accorder qu'ils jouissentdeee commerce pour certaines années par forme de trêve , nous ne voyons aucune apparence qu'on leur veuille consentir la paix pour toujours ici, et ce trafic aux Indes, qui est l'endroit où le roi d'Espagne désire le plus la paix. Et déjà le sieur Richardot parlant au président Jeannin , lui a fait sentir, si on fait la trêve aux Indes, c'est-adire que les Hollandais y continuent leur trafic certain temps sans hostilité, qu'ils ne feront aussi par deçà qu'une trêve pour même temps. Et , sur ce que le sieur Jeannin lui répliqua que les Etats voudront aussi bien avoir une déclaration absolue, et sans limitation de temps de leur liberté et de la souveraineté du pays , que sils traitoient une paix , il fit réponse promptement qu'ils leurferoient la guerre, la trêve étant finie, comme à ennemis , qui étoit toujours une même chose. 11 montra néanmoins que la paix perpétuelle leur seroit plus agréable que cette trêve. Il n'y aura enfin autre moyen de composer cette affaire, sinon par la voie de la trêve partout , ou en faisant contenter les Etats, si on peut, du temps le plus long qu'on pourra obtenir pour la continuation de ce commerce, et s'il est possible jusquesà ces quatorze ans qui restent de la compagnie : et que , ledit temps passé, il ne leur soit pas impérieusement défendu, par le traité général, d'y aller ; mais que par un traité secret et à part, ils promettent d'eux-mêmes de s'en abstenir, qui est en effet la même chose, mais en termes plus doux et plus modestes. Si ceux qui désirent Ja paix continuent à être les plus forts, comme il y a de l'apparence qu'ils seront enfin , ils consentiront ou à la trêve en la forme susdite, ou à limiter le temps du commerce, et Tun et Tautre semblent devoir être plus utiles à cet Etat et a votre Majesté même , que la continuation de la guerre, même à cause des grands soupçon»

DU PBE61I>ENT JEÀNNIX.

qo'dle doit avoir de rinteQtioo et coDduite du roi d'Angleterre 5 les députés duquel nous dirent Déaomoins il y a deux jours , qu*ils avoient reçu lettres de leur maître, par lesquelles il leur mandoit de nous faire enteudre son affection et désir de confirmer les alliances que ses prédécesseurs oot eues avec la couronne de France , et de les étreiodre par toutes sortes de liens qui les puissent rendre assurés de raraitié Fun de Tautre , sans y (jouter qu'ils eussent charge de faire la ligae à présrat ; mais qu'après la résolution de eette affaire , on y pourroit mieux aviser : qui ne sont que discours d'eux*mémes, ou bien prove* Dant de TartiCce de leur maître, sur les soupçons qu'ils ont que nous soyons recherchés d'enteudre à quelque alliance et amitié avec l'Espagne , et que cela ne rompe leurs desseins, étant peut-étra entrés en telle défiance 9ur ce qu'il leur semble que le sieur Richardot voyant souvent le président Jeannin, ne le fait sans occasion; et nous pensons leur devoir plutôt accroître que dimi* Duer ces soupçons.

xN'otre réponse a néanmoins été qu'ils savoient assez , par ce qui s'est passé entre nous sur ce sujet) combien votre Majesté estime cette amitié et alliance. Ils se peuvent souvenir aussi des réponses qu'ils nous ont faites, même qu'on ne de- Yoit traiter de cette affaire ici, par ainsi qu'il en falloit laisser le soin à ceux qui en avoient ciiarge près de leurs Msy estes, et que ce nous sera assez de bien conduire ce qui nous a été commandé ; en quoi nous serons toujours disposés de prendre les conseils en commun avec eux, estimant que nous n'avons qu'un même but et dessein, qui est de procurer le bien et conservation des États , soit par la paix ou par la guerre. Madame la princesse d'Orange arriva en ce lieu le dernier du mois passé. Elle a été visitée par tous les ambassadeurs qui sont ici , même par ceux des archiducs, comme aussi de la part de messieurs les Etats-Généraux, et particulièrement par ceux de Hollande. Elle s'y est fort bien conduite , et pouvons faire ce Jugement dès aujourd'hui, que sa présence sera très-utile pour le service de votre Miyesté, nous ayant déclaré qu'elle avoit charge de ne rien faire qu avec notre avis. Le prince Maurice insiste toi^ours avec ardeur pour le commerce des Indes; mais le respect de votre Majesté, nos raisons, et, ce qu'il sait aussi bien que nous, l'inclination et la mauvaise volonté du roi d'Angleterre est cause qu'il se contient beaucoup plus qu'il ne feroit sans cela; mais il dit toujours que le roi d'Angleterre n'oseroit entrer en aucune conjonction avec l'Espagne contre nous; qu'en le faisant il perdroit du tout l'amitié de cet Etat , et qu'ils trouveroient

bien le moyen de sortir hors de ses liens ; que ses sujets aussi, même les Ecossais, qui n'ont pas bonne opinion de lui, seroient pour s'élever contre lui-même s'il le faisoit; et toutefois, encore que cela ne soit pas sans raison, il ne suffit pourtant pour nous assurer du tout contre ses desseins s'il en a de mauvais, et quelque pouvoir de les exécuter. C'est à votre Majesté d'apporter son jugement sur le tout , et nous commander , s'il lui plaît, bien expressément ce qui sera de son Intention, même touchant ce commerce, afin que nous la suivions de même affectioti dont nous prions Dieu, Sire, qu'il maintienne votre Meyesté et sa royale famille en tout heur et prospérité.

De La Haye, ce septième Jour de mars 1608.

Vos très-humbles et très-obéissans sijyets et serviteurs, P. Jeànnin et Russv.

Lettre de M. Jêannin à M, de VUleroy^ dudit jour septième de mars 1608.

Monsieur, Je vous ai écrit le 27 du passé par la voie de M. de Berny, ayant donné mes lettres a M. le président Richardot , qui me promit de les lui faire tenir sûrement. On est toujours en dispute, et avec grande contention, pour le commerce des Indes, comme vous verrez par les lettres que nous écrivons au Boi : l'un veut tout, l'autre refuse tout : Jusqu'ici il n'y a eu moyen de les faire approcher. Si estimé -Je qu'ils ont envie l'un et l'autre de la paix , et que ceux qui prétendent l'empêcher du côté des Etats, ne seront les plus forts, si les Espagnols se veulent aider. Le président Richardot m'a vu à diverses fois sur ces disputes , s'est plaint de la façon de procéder des Etats, et, après plusieurs autres propos sur ce si^'et , ma dit , slLs continuent , qu'ils leur feront perdre Tenvie de la paix , qui n est plus désirable quand elle n'apporte aucune utilité. Il m'a semblé reconnoitre que si on peut accommoder le fait des Indes , que tout s'accordera, et qu'en mettant en avant le fait de la religion, comme il m'a dit qu'ils sont obligés de faire , ils se contenteront néanmoins d'avoir témoigné leur affection. Or, quant à ce commerce, le sieur de Barneveldt, qui veut toujours la paix, s'imagine qu'ils l'accorderont par forme de trêve , encore que la paix soit absolue ici. En quoi J'estime qu'il se trompe, ou qu'il parle ainsi crainte d offenser ceux de la province de Hollande desquels il dépend, qui sont plus intéressés en ce commerce. Les langages que J'ai tenus au président Richardot l'ont, à mon avis, persuadé qne le Roi est désireux de la paix , et que nous faisons tout ce qui dépend de nous, comme il est vrai , pour y parvenir , mais que ceux qui veu-

KEGOGUTIONS

lent la guerre, et les intéressés aadit commerce, aigrissent les esprits des Etats, et qu'ils ont aussi tous reçu si peu de dommage par la guerre , que la paix leur semble moins nécessaire. Il m'a parlé derechef, et plus particulièrement , des alliances dont m'avez écrit , et fait entendre par qui elles ont été mises en avant; que l'archiduc y étoit porté avec très-grande affection , et à l'amitié de Sa Majesté ; sur ce que sadite Majesté a estimé qu'on devoit conduire cette affaire par le moyen du Pape , qu'on approuvoit aussi ce conseil, pourceque Sa Sainteté aura en affection de la faire réussir , et saura bien considérer que la conjonction de ces deux grands rois est nécessaire du tout pour le repos de la chrétienté et la conservation de l'autorité et dignité du Saint- Siège. Il m'a répété encore que telles alliances plaisent beaucoup plus à ses maîtres que celles des princes qui ne sont de leur religion.

Je lui al montré que J'étois mieux informé par les dernières lettres que j'ai reçues , que Je n'étois lorsqu'il me fit les premières ouvertures , et l'ai assuré que cette affaire est en très-bon état du côté du Roi^ lequel étant prince catholique préférera de même telles alliances à toutes autres, pourvu qu'on y procède sincèrement; et que moi, qui suis catholique, le désirerois avec ardeur ; mais que, pour y parvenir avec plus de facilité, je jugeois la paix avec les Etats du tout nécessaire , comme un moyen propre pour faire cesser tous soupçons, Jalousies et intérêts d'Etat, lui remontrant qu'ils ne dévoient tant insister qu'ils font à la défense du commerce des Indes, qui cessera de soi-même, sans autre interdiction , dès lors que celui d'Espagne sera bien établi et assuré ; ce qu'il montre bien de croire^ mais qu'il n'y a aucun moyen de le persuader en Espagne. Je vous supplie très-humblement que soyons informés au plus tôt de la volonté du Roi sur ce sujet, et s'il n'entend pas que cherchions tous moyens possibles pour composer ce différend de commerce , et de flaire la paix au meilleur marché que pourrons, sans rompre pour quelque cause que ce soit, puisque la souveraineté a été accordée, même si tout ce que les Etats tiennent leur demeure, et qu'on remette l'échange des places après la paix, comme il est nécessaire si on ne veut rompre là-dessus; car les Etats y consentiront encore plus mal volontiers qu'à quitter ce commerce des Indes ; pour lequel composer on peut trouver quelques expédiens : mais Je Yois bien, s'ils plient en celui-ci , qu'ils ne recevront aucune condition en l'autre. Si les députés d'Angleterre procédoient avec même candeur que nous, tout se passeroit beaucoup mieux pour le fait des Etats; mais Je suis assuré, comme

nous d'un côté essayons de persuader les dépu* tés des archiducs de remettre quelque chose de leur droit pour venir à l'accord , qu'eux, au contraire, en ce qu'ils pensent que les Etats se pourront relâcher , conseillent aux autres de tenir bon , afin de gagner leurs bonnes grâces aux dépens de leurs amis , nous semblant reconnottre que c'est leur principal but. J'eu juge ainsi par plusieurs conjectures ; et s'il vous plaît de vous souvenir de ce qu'ils ont fait dès le commencement du pourparler de paix , et de tout ce qui a suivi depuis jusqu'à présent, vous serez. Je m'assure, de même avis. Tout cela tend à gratifier le roi d'Espagne et les archiducs, afin de s'en prévaloir, et les mieux disposer à l'alliance qu'ils recherchent de l'infante d'Espagne pour le prince de Galles , étant bien avertis qu'il se flatte encore de cette espérance.

C'est pourquoi J'estime être très-bon que Sa Majesté continue de montrer qu'elle prend goût à l'ouverture qui lui a été faite du côté d'Espagne ; car si la paix se fait ici, ils préféreront sans doute l'alliance de France à celle d'Angleterre, quand il n'y auroit autre raison que la diversité de religion ; mais il y a celle-ci encore plus forte, qu'ils conservent toujours en la maison d'Espagne, par notre alliance, les pays que tient Tarchiduc, l'Infante venant à mourir sans enfans, au lieu que le roi d'Angleterre prétendroit , par le mariage de son fils, les Joindre à la couronne d'Angleterre, qui est un songe à lui d'y penser avec cette condition. Mais si la guerre continue, Je le craindrois; car il y a apparence que l'Espagnol , pour le séparer d'avec les Etats et d'avec nous , seroit pour lui faire quelques promesses dont il tirerait un profit présent, et le temps l'en déchargerait. Il pourroit aussi faire approuver, du moins excuser ce conseil à Rome, en faisant entendre à Sa Sainteté, ce qu'aucuns disent déjà ici , que la reine d'Angleterre donne espérance de rendre son fils catholique , et qu'elle attend à s'en déclarer quand les affaires seront mieux préparées en Angleterre. Je sais bjen qu'il a été parlé desdites alliances,. et quand ce ne seroit que songes, que cela ne laisse de nuire aux affaires que nous traitons. Il est vrai que tout s'évanouira pour la paix, que nous devons d'autant plus désirer et rechercher. J'ai vu le discours fait par feu M. de Sailly , duquel je fais même jugement que vous , encore qu'estimiez qu'on puisse sur son projet ajouter , changer et corriger beaucoup de choses. J'en ai bien conçu quelque idée en mon esprit il y a déjà long-temps , pendant le grand loisir qu'ai eu ici , mais il n'est encore temps de s'en découvrir. Le défiint de Sailly, quand il parle d'un chef, entendoit nommer le

DU PRESIDENT JBÂNNIN.

prince Maurice; et la paix faite, Je tiens que cela bien conduit pourroit réussir s*il se vouloit aider. J'ai envoyé le sieur de Sainte-Catherine à Amsterdam pour faire venir ici le marchand dont m'écrivîtes, nommé Isaac Le Maire , afin de parier à lui suivant le commandement du Roi. J'ai retenu la lettre de Sa Majesté pour la lui donner moi-même, et lui ai seulement écrit un mot afln de le faire venir, sans lui en exprimer la cause. Bien lui ai-je envoyé la lettre du marchand , écrite en flamand. Je n'ai pas même dit audit Sainte-Catherine la cause pourquoi Je le mandois, afin que le tout soit plus secret ; aussi n*estil temps d'en parler ouvertement , crainte d'offeoser les Etats , qui penseroient que nous nous rendrions faciles à leur faire quitter ce commerce, ou autrement le réduire à peu d'années , pour Fattirer tant plus tôt chez nous. Les Espagnols en seroient pareillement offensés, étant certain qolls ne tiendront Jamais pour leurs amis les princes qui feront quelque dessein sur les Indes. M. de Preanx me donne espérance par ses lettres de venir bientôt ici^ dont Je me réjouis bien ibrt. Si M. de Sully trouve qu'en l'article des impôts il faille faire quelque restriction pour ce que vous me mandez, touchant le sel de Brouage et les droits de la comptablerie de Bordeaux , il seroit meilleur, pour le bien des Etats, que la ratification soit pure et simple , et que J'en retire ttne promesse à part , de date postérieure à la ratification ; car les Etats disent que la ratification ainsi faite l^ur servira beaucoup pour induire les Anglais à leur en accorder autant. Je prie Dieu, monsieur, qu'il vous donne, en parfaite santé, très-heureuse et longue vie. De La Haye, ce septième Jour de mars 1608. Votre très-humble et très^fectionné serviteur,

P. Jeànnin.

Lettre de messieurs Jeannin et de Riisstj au Roi, du dixième de mars 1608.

Sire, Les lettres que le sieur de Monceau , parti de ce lieu le septième de ce mois, doit rendre à votre Majesté avant qu'elle reçoive celle-ci, l'aurunt informé de tout ce qui s'est passé Jusqu'alors. Au même temps de son départ M. de Préaux est arrivé ici avec lettres de votre Majesté et ses commandemens. Ce nous a été un très-grand contentement d*avoir appris par lui que notre conduite touchant la ligue lui a été agréable ; aussi y avons-nous procédé avec tout le soin , fidélité et industrie qu'il nous a été possible. Deux raisons nous ont empêchés de délivrer , dès à présent , la ratification aux Etats : l'une , pourœ que M. Bameveldt en particulier, pois

les députés desdits Etats ensemble, nous sont venus voir pour nous prier de faire la ligue générale , comme nous l'avions ci-devant projetée lorsque les Anglais montrèrent d*y vouloir entrer, nous disant qu'ils y sont maintenant très-bien disposés , et qu'on feroit, par ce moyen, connottre à chacun que les deux rois sont conjoints en leur secours , qui donneroit beaucoup de réputation à leurs affaires; au lieu qu'on tient aujourd'hui le contraire , à cause du refus que le roi d'Angleterre fait d'y entrer avec nous; qu'ils éviteront aussi plusieurs difficultés qui se i*encontrent à faire la ligue particulière avec eux , qu'ils ne se peuvent promettre de surmonter sans votre Majesté , qui n'en recevra pourtant aucun dommage. Ils ont ajouté cette seconde raison , que les députés d'Angleterre étoient en espérance d'avoir bientôt charge de leur maitre pour faire ladite ligue, non-seulement avec les Etats, mais aussi avec elle. Quant à la première raison, nous n'y avons eu aucun égard ; car la ligue déjà faite avec les Etats est meilleure et plus assurée pour nous que la générale sans aucune expression de secours. Bien nous sembleroit-il, si les Anglais la vouloient aussi bien faire avec nous qu'avec les Etats, qu'il y auroît raison , celle-ci étant conclue et arrêtée , de rompre l'autre déjà faite , mais non plus tôt. Il est vrai que nous ne voyons rien Jusqu'ici qui nous doive faire espérer ce changement en la volonté du roi d'Angleterre , encore que ses députés nous aient dit , et particulièrement M. Spencer au président Jeannin , l)eaucoup de bonnes paroles sur ce sujet depuis peu de jours. Toutefois cette retardation ne nous peut de rien nuire, attendu même que nous ne sommes obligés de donner ladite ratification que dans le 26 de ce mois , et que ce délai n'a été pris que pour leur seule considération. Pour le regard des lettres de votre Majesté aux Etats , concernant le fait de ladite ratification , nous nous y conduirons lors selon qu'il sera requis pour son service. Il sera aussi assez à temps de leur déclarer lors son intention pour les quatre mille hommes, et la restriction, tant pour les subsides qui se lèvent en Brouage sur le sel que pour la comptablerie de Bordeaux. Les difficultés d'entre les Etats et les Anglais pour leur ligue particulière , sont celles mêmes dont nous avons ci-devant donné avis à votre Majesté ; à savoir, qu'ils ne veulent donner secours que pour un an en cas de paix enfreinte , l'ayant ainsi expliqué depuis , et mieux qu'ils ne Tavoient fait, lorsque l'avons premièrement écrit , y ajoutant qu'on s'assemblera l'an fini pour résoudre , sur la continuation d'icelui secours , des moyens d'entrer en une guerre ouverte pour leur défense

MBOOCIATIONS

commune. Ils demandent auui pareil secours par mer que le leur, et que celui par terre soit des deux tiers; alléguant cette raison que , s*ils ont bien accordé la moitié à votre Migesté, eux n'étant si puissans que nous, on ne devoit faire refus de laccroitre jusqu'aux deux tiers.

Ils demandent en outre , sur leurs dettes^ cent mille écus chacun an es deux premières années, et deux cent mille écus après par an Jusqu'à fin de paiement. Sur lesquelles difficultés les Etats ont requis temps pour renvoyer derechef en Angleterre, afin de faire modérer ces conditions, dont les députés d'Angleterre sont bien aises, comme nous estimons, pour montrer aux députés des archiducs les recherches des Etats , et les délais et refus qu'ils font. C'est aussi pourquoi les Etats voudroient bien retourner à cette ligue générale , pensant qu'ils auroient après meilleure composition sur les affaires particulières qu'ils ont avec eux. Lesdits députés des Etats nous ont dit aussi, en la même conférence, ce qu'ils ont traité avec les députés des archiducs en deux assemblées faites depuis le départ du sieur de Monceau ; à savoir , qu'ils ont donné J'un à l'autre les principaux articles qu'ils prétendent respectivement faire insérer et comprendre au traité de paix. Sur quoi M. le président Richardot , à la lecture de Tarticle treizième de ceux présentés par les Etats, demanda comme ils l'entendoient; et après qu'ils se furent expliqués , et que c'étoit pour obliger les provinces de Brabant et Flandre à payer leurs cotes des dettes contractées pendant leur union, il fit réponse qu'on leur vouloit donc faire payer ks éteufs comme s'ils avoient perdu la partie , et que ce n'étoit pas leur intention. Les députés de Etats demandèrent pareillement l'explication des deux articles, l'un touchant les privilèges des Anglais, sur lequel ledit sieur président répondit , pource qu'ils avoient aussi bien des privilèges chez les archiducs que chez les Etats , qu'il étoit besoin de les régler d'une part et d'autre de même façon ; l'autre fut pour la religion, les Etats ayant déclaré, puisqu'on les reconnoissoit pour libres et souverains, qu'ils ne vouloient recevoir aucune condition sur cet article par traité, en requérant l'explication que ledit sieur président dit ne pouvoir être faite pour lors, d'autant qu'ils (l) en attendoient réponse d'Espagne , où ils avoient envoyé exprès depuis quelques jours pour s'en édaircir. Bii^n les assuroient-ils qu'on ne prétendoit rien pour ce regard, qui pût être préjudiciable à leur liberté et souveraineté, ayant, comme nous estimons, ajouté ces mots crainte que ceux qui veulent la guerre prissent là-dessus occasion de (1) (t»*ilê : que ks dépotés des orchidiM».

rompre : aussi avoîMI appris de nous que, s'ils y insistoient formellement > ils tomberoieat en ce péril. Et, à cette occasion, ils prirent ce délai pour voir ce qu'on fera sur les autres articles, et après résoudre à loisir comme ils auront à se gouverner en celui-ci; car il n'y a que ces deux articles, le commerce des Indes et le fait de la religion , sur lesquels ils puissent rompre aveo quelque avantage pour eux.

Les députés des Etats, après nous avoir fait entendre ce que dessus, touchant la conférence qu'ils avoient eue avec les Anglais et les députés des archiducs, ont igouté à la fin de leurs discours la prière ordinaire pour la continuation du secours , Jusqu'à ce que la paix soit conclue , attendu qu'ils ont toujours le même nombre de gens de guerre , et qu'ils ne peuvent avoir recours qu'à la bonté de votre Mi^esté , à qui ils reconuoissent devoir leur salut. Sur quoi leur a été dit par nous qu'ils se pouvoient bien souvenir des propos que leur avons tenus lorsqu'ils firent instance pour avoir le troisième quartier , puis le dernier quartier de l'année précédente, que votre Miyesté n'entendoit leur donner aucune chose pendant la trêve , outre la demi-année précédente que votre Miyesté leur avoit fait toucher. Et enfin s*étant laissé vaincre et persuader pour leur faire fournir l'année entière , c'avoit été à condition qu'ils ne dévoient rien espérer pour l'année suivante, qui est celle où nous sommes, ni tant que la trêve durerait, les exhortant à cette occasion , et pource que c'étoit leur profit, de conclure tôt ce qu'ils voudroient faire, fût paix ou guerre, et que nous ne lui en oserions faire aucune supplication et instance , bien assurés qu'elle ne la prendrait de bonne part ; qu'il ne falloit aussi presser ses amis jusqu'à telle extrémité, et considérer qu'elle leur a déjà donné un si grand secours qu'il est sans exemple ; d'ailleurs qu*elle est avertie que le roi d^Espagne arme en Espagne et en Italie , tant par mer que par terre, et qu'il y a déjà quelques semences de mouvemens en Italie; ainsi qu'il lui est nécessaire de se préparer, et avoir des moyens prompts pour se garantir de tous Inconvéniens, d'aider ses amis et eux-mêmes si, la paix n'étant faite , quelque orage venoit à tomber sur leur Etat; qu'étions bien certains qu'elle ne seruit contente de leur conduite , qui a tant de circuits et longueurs, que le temps se consume inutilement ^ n*y ayant apparence ^ s'ils ne changent leur façon de procéder, qu'on puisse sortir de cette incertitude en plusieurs mois , au lieu qu'ils en pourroient voir la fin , s'ils traitoient avec l'industrie et diligence requises en affaires de pareille importance , dans un mois ou six semai*

DU PBBUDBIfT JB4NNIN.

Des. Ils ont promis d'user de plus grande diligence à l'avenir, mais n'ont pourtant discontinué en lear instance et supplication , que nous soin* mes obligés de représenter, quoique le fassions avec regret crainte qu'elle ne la prenne de mauvaise part; mais il est besoin que nous l'avertissioDS de tout Nous prions Dieu, Sire, qu'il doone à votre Msjesté et à sa royale famille tout heur et prospérité.

De La Haye, ce dixième jour de mars 1608.

Vos très-bumbles et très-obéissans sujets et serviteurs, P. Jeannin et db Russy.

Lettre de messieurs Jeannin et de Russy au Rùiy du douzième de mars 1608.

SlBB ,

Notre préfédente lettre est du dixième de ce mois, à laquelle nous ajouterons celle-ci pour avertir votre Majesté que les députés des Etats s étant assemblés l'onzième avec ceux des archiducs, au lieu d'entrer en conférence sur les artides qu*ils a voient donnés l'un à l'autre , et de laisser indécis celui du commerce des Indes , se* loQ qu'il avoit été résolu par deux précédentes délibérations, ils ont derechef demandé la résoiQtion entière et absolue dudit commerce , et déclaré qu'ils ne pouvoient passer outre, jusqu'à ce qu'ils en fussent éclaircis , eux le prétendant toujours par forme de trêve , et pour certain temps, comme de huit ou dix ans, et, ledit temps passé, qu'on s'assemble à Bruxelles ou à Anvers, peur aviser amiablement sur la continuation ou cessation d*icelui , et les députés des archiducs conleoti à ladite trêve, pourvu que, le temps d'icelle expiré, ils n'y puissent plus aller; déclaraot ouvertement ne le pouvoir accorder à autre condition , au cas qu'ils veulent avoir paix ici , ou bien qu*on fasse la trêve également , et pour même temps, tant ici que par delà la ligne, dont les Etats font pareillement difficulté, s'opiniâtrant à obtenir la paix absolue d'un côté, et la trêve de Tautre : sur quoi les députés des archiducs se séparèrent de leur assemblée avec colère; et fit le marquis Spinola réponse à M. de Barneveldt, qui lui demandoit s'ils feroient rapport à leur assemblée générale de ce qui s'étoit passé entre eux , ou si on le remettroit à une autre conférence, que chacun pourroit faire ce qu*il voudroit, et se leva là-dessus pour se retirer; mais leGordeller s'approchant de lui, après lui avoir dit un mot à i'oreille , dit aux députés des Etats, en latin et tout haut , que la nuit donnerait conseil. M. Maldrée en même temps , et lorsque lesdits députés se le voient de leurs places pour sortir, dit aussi ces mots en espagnol : qui veut avoir tout perd tout. A quoi M. le président Richardot

fit soudainement réponse avec véhémence et co-- 1ère : « Dites cela pour vous, et croyez qu'il vous en adviendra ainsi. » Votre Majesté voit les ai* greurs et passions de ces peuples. Ce n'est pas que le plus grand nombre en l'assemblée des Etats ne soit disposé d'accepter cette ouverture, et de faire la trêve partout, plutôt que de rompre. Il y a une loi entre eux , qu'en affaires de pareille importance on ne doit rien résoudre sans le consentement de tous. Or la province de Zélande contredit opiniâtrement à tout; elle sera peut-être encore assistée de celle de Frise ; et jusques ici les autres ont dissimulé sans vouloir prendre un avis formel et contraire, pource qu'on leur dit toujours que les députés des archiducs se laisseront vaincre. En quoi on Jes trompe , n'y ayant aucune apparence que le roi d'Espagne veuille quitter tout sans rien obtenir. Nous ne voyons plus rien qui puisse suffire pour faire conclure cette délibération, et les faire joindre tous ensemble , que l'autorité des rois et princes qui ont leurs députés en ce lieu, même de votre Majesté et du roi d'Angleterre, qui oblige les autres à les suivre. Et vous. Sire, quand vous seriez seul , personne ne se voudroit opposer ouvertement à son avis; c'est pourquoi nous lui envoyons exprès le sieur de Sainte-Ôatherine, pour être éclaircis promptement, s'il lui plaît, de sa volonté sur ce sujet, afin de la suivre , et essayer de persuader aux Etats d'en faire autant, soit pour opiniâtrer ce commerce aussi bien qu'eux, ou de prendre l'un des deux expédiens ci-dessus déclarés pour en sortir. Car, encore qu'ayons jusques ici fait connoltre aux Etats que votre Miycsté n'auroit agréable qu'ils rompent à cette occasion , nous leur avons néanmoins toujours dit que n'avons aucun commandement particulier d'elle, et que nous Tattendions. Or la longueur leur est grandement préjudiciable. La demeure des députés des archiducs en ce lieu est ce qui les fortifie plutôt à refuser ce qu'on leur demande , qu'elle ne les échauffe à le consentir. Il n'y a rien que nous ne fassions tous les jours pour admonester et persuader aux Etats de se joindre ensemble en un même avis; et le jour d'iiier en eûmes plusieurs propos avec le prince Maurice, eu présence de la princesse d'Orange, lui alléguant des raisons de si grande efficace, qu'elles ne peuvent recevoir aucune réponse qui soit de mise à l'endroit de ceux qui veulent juger de cette affaire sans passion. Le marquis Spinola, pour être informé au vrai de l'intention du roi d*i£spagne, a dépéché il y a déjà quinze jours un courrier vers lui, lequel montra à Rotterdam être si pressé, qu'il prit certificat qu'on i'avoit fiiit séjourner deux

soo

heares , disant qu'il y alloit de sa vie s'il ne faisoit la diligence requise. Nous craignons que les mauvaises nouvelles qu*il portera en Espagne ne soient cause de leur faire changer d'avis, et d'avoir en horreur la paix autant qu'ils Tout désirée. Votre Majesté a ci-devant été informée, par nos lettres , des raisons qui nous faisoient Juger la trêve pour quelques années, comme de huit, dix , douze ou quinze ans, devoir être autant ou plus utile à cet Etat et à leurs amis que la paix. Nous sommes encore à présent de même avis, et qu'elle vaudra peut-être mieux de six ou sept ans que de plus long temps, pour les changemens qui peuvent arriver aux affaires , lesquels sont cause bien souvent que la paix désirée en une saison est trouvée dommageable en l'autre. £t ce qui nous confirme davantage en notre avis premier, est que nous prévoyons plusieurs difficultés pouvoir traverser la paix, dont la trêve nous fera sortir, y ayant apparence, combien qu'elle soit aussi bien rejetée à présent par le prince Maurice et ceux de son opinion que la paix , pour l'espérance qu'ils ont, si on ne peut demeurer d'accord des conditions d'icelle , qu'on rentrera en guerre quand il n'y a qu'une trêve , que lorsqu'on est en paix. Au contraire , elle nous laisse en soupçon l'un de l'autre pendant qu'elle dure, et les moindres offenses nous jettent aux armes : ce qui est plus difficile après la paix , qui nous fait contracter des amitiés et habitudes qui nous convient et obligent de souffrir plutôt tout que de rentrer en guerre.

Il y a déjà sept ou huit jours que les députés des archiducs ne nous sont venus voir, ni le président Richardot le sieur Jeannin en particulier , comme il souloit faire fort souvent, et presque de deux ou trois jours l'un , encore que Iwiit sieur Jeannin l'ait vu le dernier à part, puis le marquis et lui ensemble. Nous n'en pouvons juger l'occasion ; car ils traitoient auparavant en grande confiance avec nous , et nos actions la leur doivent plutôt avoir accrue que diminuée. C'est peut-être qu'ils craignent que ces fréquentes visites n'aient donné de l'ombrage aux députés d'Angleterre, de l'amitié desquels, et des offices qu'ils en peuvent recevoir en secret , ils ont plus d'assurance que de la nôtre , étant bien avertis aussi que le roi d'Angleterre, en ses propos ordinaires, décrie les affaires des Etats tant qu'il peut; qu'il leur demande de l'argent, au lieu de leur en vouloir donner pour faire la guerre ; qu'il refuse ou diffère tous les jours la ligue dont les Etats le poursuivent , étant vraisemblable qu'il fait entendre aux archiducs que c'est en leur faveur, et savent au contraire que Votre Majesté a envoyé argent aux Etats depuis

que nous sommes ici , et qu*on parle avec liberté en France du bien et prospérité qu'on leur désire. Notre conduite est aussi telle qu'il est requis , pour ne point tromper les Etats qui se fient en votre Majesté. En quoi faisant, comme nous en sommes mieux avec eux, nous sommes d'autre côté moins agréables à ceux-ci, qui en sont trop bien avertis , et que votre Majesté , plus que nul autre prince, a pouvoir d'aider à faire ou rompre la paix , même au penchant auquel sont à présent les Etats. Nous espérons aussi prendre nos mesures si justement en cet endroit, qu'ils seront contraints de confesser et recounoitre que personne n'y aura tant contribué, si elle se fait, que nous. Mais il est bien à craindre, d'autre côté , que si la guerre continue ils niaient opinion d'y avoir reçu de nous de mauvais o£Qce^ sous main, encore qu'il n'en soit rien; car le président Richardot a dit souvent audit sieur Jeannin qu'il s'étonnoit de la fureur et rudesse de ces peuples, qui, ne pouvant faire la guerre seuls, montrent toutefois de la craindre si peu; comme s'il eût voulu attribuer cette opiniâtreté à l'assurance d'un appui secret, non à la seule témérité. A quoi ceux qui veulent la guerre aident tant qu'ils peuvent; car, quoi que nous disions , ils font entendre sous main à ceux qu'ils désirent attirer à leur opinion , qu'ils ont toute assurance du secours de votre Majesté. Ce sont inconvéniens qui sortent de la nature de la chose que nous traitons, et des passions des particuliers qui y ont intérêt et cherchent de faire incliner les résolutions à leur but : à quoi nous remédions néanmoins au mieux qu'il nous est possible , et pensons qu'enfin tels artifices seront étouffés par la vérité de notre conduite.

Nous avons ci-devant mandé à votre Majesté que, par les discours du président Richardot au sieur Jeannin, on avoit reconnu qu'en faisant la trêve les députés des archiducs seroient pour consentir aux Etats la liberté et souveraineté pour toujours, aussi bien que la paix; mais nous sommes maintenant en quelque crainte qu1ls n'en fassent difficulté, et ne la veuillent restreindre au temps de la trêve; car nous reconnoissons de jour à autre que leur demeure ici, soit à cause des pratiques qu'ils y font, ou de l'assurance qu'ils ont eue de la volonté du roi d'Angleterre , leur donne espoir de profiter autant ou plus par la rupture que par la paix ou trêve ; et néanmoins, sans obtenir la liberté pour toujours, les Etats rejetteront du tout la trêve, et ne croyons pas aussi, non plus qu'eux, qu'elle leur fût utile autrement ni à leurs amis. On pourroit bien par la trêve se contenter de mots qui offenseront moins que ceux que les Etats ont

DU PBisiOBNT JffiKNtN«

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requis par la paix en la remise et cession de la souveraineté , qui ne laisseront pourtant d'être aussi significatifs que les autres qu'ils désirent : à savoir, que le roi d'Espagne et les archiducs , tant pour eux que leurs successeurs , déclarent qulls tiennent et reconnoissent les Provincesinies pour Etats et pays libres , sur lesquels ils ne prétendent rien , et en cette qualité traitent et accordent la trêve avec eux. Or, si ce moyen de trêve en la forme susdite vient à défaillir, il n'y apins de recours qu'à la paix, en essayant de surmonter les difficultés selon qu'elles se présenteront, et nommément celle des Indes, faisant accorder les quatorze ans qui restent de la compagnie, ou contenter les Etats de moindre temps, si on ne peut gagner le tout. En quoi il y aura beaucoup de difficulté, et plutôt de leur côté, comme il DOQS semble, que de celui des archiducs ; car nous avons affaire à tant de gens, et qui ont si peu de crainte de l'avenir, à cause des prospérités du passé, que les plus sages sont souvent contraints de suivre l'avis des plus téméraires et imprudeus. Si est ce que nous espérons beaucoup de l'autorité de votre Majesté envers eux , et de ce que les Provinces en plus grand nombre, c'est-à-dire ceux auxquels elles se fient de leurs affaires, veulent la paix, nous nous conduirons en tout suivant ses commandemens , dont nous la supplions très-humblement de nous avertir au plus tût. Elle aura vu par notre précédente lettre quels sont les propos que le sieur Barneveldt avoit tenus au président Jeannin , et M. Spencer aussi , touchant l'amitié du roi d'Angleterre avec elle ; et pource que ledit Barneveldt les lui répéta encore le jour d'hier, montrant d'en bien espérer, il fut avisé entre nous que M. de Russy en parleroit par occasion , et comme de lui-même, à M. Wiuood, y ayant des considérations sur ce sujet qu'il pouvoit mieux toucher seul que si nous étions ensemble : il l'a fait , selon qu'il lui écrit particulièrement , qui nous empêchera d*en rien mettre ici. Que votre Majesté ne craigne point, en cas qu'ils concluent leur ligue avec les Etats , qu'il y ait rien à son préjudice , oi que les autres princes y entrent avec eux , car ils n'y pensent point ; et le roi d'Angleterre même , crainte que le roi d'Espagne et les archiducs ne soient offensés de lui s'il assembloit en sa ligue d'autres princes pour les joindre au secours des Etats et les rendre leurs ennemis , s'en abstiendra. Quant à l'échange des places , c'est assez que nous soyons instruits de sa volonté ; aussi est-il certain que les Etats n'y voudront point entendre, et que tout ce qu'on pourra obtenir d'eux sera qu'ils s'accommodent sur le fait du commerce des Indes. Nous prions Dieu, Sire,

qu'il donne à votre Majesté^ en très-pai faite santé, très-longue et très-heureuse vie.

De La Haye, ce douzième de mars 1608.

Vos très-humbles et très-obéissans sujets et serviteurs, . P. Jeanmn et de Russy.

Lettre de M, Jeannin à M. de Villeroy y du quatorzième de mars If 08.

Monsieur, vous verrez ce que nous écrivons au Roi sur les changemens qui arrivent ici en la conduite des affaires, à cause des passions de ceux qui veulent la guerre , lesquels traversent continuellement les bonnes intentions des autres qui désirent la paix. Les députés des archiducs s'en trouvent étonnés, et ne savent à qui s'en prendre , estimant quelquefois que leur rudesse à traiter est fomentée de quelque secret appui ; puis après croient, ce qui est véritable, que cette opiniâtreté ne vient que d'eux-mêmes et du peu d'appréhension qu'ils ont de l'avenir , se fondant sur les prospérités qu'ils ont eues du passé. Ils ont discontinué à nous venir voir plus que de coutume, mais je n'en sais pas bien la cause; car notre affection à la paix est reconnue tous les jours de plus en plus, sans que néanmoins nous fassions chose qui soit contre le bien des Etats : ainsi en jugent les plus sages, et louent autant notre conduite que les ennemis de la paix en sont mal contens. Peut-être que les députés d'Angleterre y procèdent d'autre façon, et, par quelques témoignages secrets de leur amitié à l'endroit des archiducs , obligent davantage leurs députés ; mais nous avons pour guide les commandemens du Roi , et ce qui nous semble licite pour ne point tromper nos amis. Rien ne se fera sur l'échange des plac.s contre ce que Sa Majesté commande ; car les Etats sont si fermes et résolus, qu'ils n'auront besoin d'autre persuasion pour ce regard ; et ce que nous vous en avons mandé étoit plutôt de l'avis d'autrui que du nôtre , rien n'en ayant été dit de notre part à qui que ce soit. Quant au commerce des Indes, je n'y vois autres expédions que ceux contenus en la lettre qu'écrivions au Roi. Celui de la trêve ici et aux Indes sera enfin le meilleur, pourvu qu'ils soient aussi bien reconnus libres que par la paix; car de Têtre à temps limité , et non pour toujours, cela ne serviroit de rien. Le président Richardot , me voyant il y a dix ou douze jours, avoit montré de ne faire difficulté d'en traiter ainsi ; néanmoins le Cordelier a dit depuis deux jours le contraire à quelqu'un qui a de la privante avec lui; si ne laissé-je d'en espérer bien de leur côté , pource qu'il me semble qu'ils désirent la paix avec grande ardeur , et craignent autant de rompre que les Etats.

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La trêve nous feroit éviter plusieurs difficultés qui se rencontreront à la paix , outre qu'elle sera autant ou plus utile à leur Etat et à leurs amis que la paix même; car n'étant qu'en trêve ils seront plus enclins à contribuer pour le paiement des gens de guerre qu'il faudra tenir en garnison. Il y aura moins d'amitié entre eux et les Espagnols , et par ce moyen en auront plus de soupçon et de déflance les uns des autres. Elle sera aussi moins désagréable à M. le prince Maurice ; car ils seront obligés à lui rendre plus de respect et à le mieux contenter , à cause du besoin qu'ils en pourront avoir , la trêve étant expirée : outre ce qu'il lui semblera le retour à la guerre en être plus facile que si la paix étoit faite; et cette même raison regarde aussi l'Intérêt de Sa Majesté, qui pourroit bien , dans quelques années, désirer autant la guerre en ce pays qu'elle fait à présent la paix. Vous vous souviendrez, monsieur, des raisons que J'ai autrefois eues sur ce sujet , qui furent lors approuvées. Et quand ladite trêve ne seroit qu^ de six, buit ou neuf ans, elle seroit bien aussi bonne que pour un plus long temps, pource que plus elle sera longue , moins ces peuples auront soin de se tenir armés , penseront moins aussi devoir rentrer en guerre avec les Espagnols, et leur deviendront par ce moyen plus facilement amis. Il est vrai que si l'on fait cette trêve il faudra , par un nouveau traité avec les Etats, déclarer que la ligue faite aura lieu durant le temps d'icelle, et y ajouter encore qu'ils ne pourront faire la paix , sinon du gré et consentement du Roi , qui voudroit étendre la ligue et la rendre perpétuelle. On le pourroit faire aussi bien que par la paix, si les Etats sont reconnus libres pour toujours : le commandement du Roi nous prescrira ce que nous aurons à faire. Les députés d'Angleterre nous disent toujours de bonnes paroles , et montrent que leur maître veut à bon escient l'amitié de Sa Majesté , et y Joindre l'alliance de leurs enfans.

Vous verrez, par la lettre de M* de Russy, les discours que M. Winood lui en a faits, et qu'il désire que M. de La Boderie tienne quelques propos à leur Roi sur ce sujet. Ledit sieur de La Boderie est sage pour n*y rien gâter ; et néanmoins je crains qu'il n'y ait de l'artiilce, et qu'on ne veuille faire connoître et publier cette recherche pour s'en prévaloir envers le roi d'Espagne , et obtenir plus aisément son alliance qu'il poursuit , à ce qu'on tient ici , jet qu'il ne le fasse aussi sur la crainte qu'il a eue que Sa Majesté et ledit roi d'Espagne niaient un même dessein ensemble pour i& mariage de leurs enfans, se promettant de le retarder ou empêcher du tout par cet ar-

tifice. Il est vrai qu*on y peut procéder av«c telle dextérité qu'on évitera tous ces inconvénieDs, et feroit-on profit de cette occasion s'il a bonne volonté; car il peut bien être que ce prince qui est irrésolu a changé d'avis : ainsi d'autant que cette alliance semble plus utile qu'aucune autre, on n'y doit rien négliger pour y parvenir. J'avois bien dit au sieur Barneveldt, qui m'en a parlé quelquefois , que c'étoit au père du fils à faire cette recherche , et que l'honneur en étoit bien dû à la maison de France , qui est à présent en plus de respect envers tous les princes de la chrétienté qu'elle n'a été depuis plusieurs siècles. Je lui ai encore dit qu'il falioit commencer par l'amitié des princes et de leurs couronnes, et qu'on pourroit plus aisément bâtir le surplus sur ce fondement qui donnerolt assurance à l'un et à l'autre qu'ils y procèdent de bonne foi. Sa Majesté y saura bien prendre une bonne résolution avec votre avis, et de ses principaux ministres. Dès le lendemain que M. de Préaux fût arrivé en ce lieu , J'envoyai le sieur de Sainte-Catherine à Amsterdam , avec une lettre que j'écrivois au sieur Isaac Le Maire pour le prier de venir ici, et que j'avois à lui communiquer quelque chose d'importance de la part du Roi, sans lui envoyer la lettre de Sa Majesté, que retins pour la hil donner moi-même à son arrivée ; bien lui envoyaije celle qu'on lui écrivoit en flamand. Il ne faillit de venir quatre Jours après, désirant que sa venue fût cachée ; et , à cette occasion , il me vint trouver à l'entrée de la nuit, comme aussi le lendemain de grand matin, puis s'en retourna à Amsterdam sans vouloir demeurer davantage, me disant que ceux de la compagnie des Indes savoient bien qu'il étoit affectionné à la France, versé en ce négoce des Indes, et, s'ils découvroient qu'il eût parlé à moi, que cela leur seroit très-suspect. Il ÎMt deux heures avec moi à chaque fbis; et, après avoir reçu les lettres du Roi avec grand respect et icelles lues, me commença à dire qu'il y a déjà long-temps qu'on lui avoit fait quelques ouvertures de la part de Sa Majesté pour ce fait , et que lui-même s'y étoit offert comme affectionné à la France , étant issu de la ville de Tournay, les habitans de laquelle ont tous la fleur de lis dans le cœur , et qu'il a aussi une si entière connoissance de ce commerce, qu'il pensolt bien y pouvoir être utile. Qu'il avoit dès-lors retenu trois de ses frères avec lui pour les Joindre en cette société, lesquels demeurent à présent l'un en Portugal , l'autre en Castille, et le tiers en Italie, et sont tous trois associés avec lui pour six ans en d'autres négoces. Qu'il en avoit fait autant de quelques bons pilotes et matelots, les empêchant de prendre autre

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parti aillearfl, en espérance de se retirer en France pour oe sujet ; mais lui ayant semblé que cette affaire étoit négligée, il avoit fait prendre parti auxdits pilotes et matelots avec la dernière flotte qui est ailée aux Indes. Qu'il n'est pour* tant découragé d'entendre à ce dessein , et de retirer ses frères pour y aviser; mais qu'il est premièrement l)esoin de voir la résolution qu'on prendra ici, soit de paix ou de guerre. Que si par la paix la compagnie des Indes ne peut contiauerson trafic, on la poiirrolt avoir en France. (|ae s*il lui est loisible de faire ledit trafic, et que ce soit sans hostilité , qu'on en peut encore faire une ea France, laquelle y allant en forme de i;uerre fera sans doute plus de profit que l'autre, 1 cause des prises sur les Espagnols et Portugais. ijue pour la commencer il faut du loisir à se préparer comme de deux ans, tant pour bâtir navires et former une compagnie, que pour mettre ensemble le fonds et les préparatife et provisions rquises pour fiiire succéder ce dessein. Que de KQcôté et de ses associés 11 se peut faire fort de quatre navires; à savoir, trois de cinq à six K&ts tonneaux et un de deux cents, équipés comme il appartiendra pour tels voyages ; qu'on m peut joindre d'autres après à ce commence* M, tant de ce pays que de la France, et qu'il vioit bon d'y inviter de la part de Sa Majesté ^abonnés et grandes villes du royaume, afin que ^ne d'icelles voulût avoir quelque capital en ba)mpagnie, et leur administrateur, comme >Bssi faire construire quelques navires pour ser- ^à ladite entreprise. Que Sa Miyesté môme, ^ le nom de qui bon lui sembleroit ou sous le Àa, aidât à faire le fonds, prenant sa part aux . Nts, à raison de ce qu'elle y mettroit, comme Atfait autrefois les rois de Gastille et de Porliigal.

Quant aux pilotes et matelots , qu'il en faut ^ prendre quelques-uns des principaux ici, P^pee qu'ils en ont à présent plus de connois* ■ocCf mais qu*on doit tirer le plus grand nom- : ^ de la France ; d'autant que si tous les pilotes ^<1 matelots étoient de ce pays, il scroit à crainifc qu'au retour d'un voyage chacun ne se rel^tchez soi avec le gain qu'il auroit fait, puis i frémit à autres voyages, soit en Espagne ou ailleurs; au lieu que les Français ayant leur de- ^^ en France y seront toujours disposés, ■fme avec l'autorité de Sa Majesté, qui les ^ligera de continuer; m'ayant dit ledit sieur ^ Maire que les matelots français , étant accoudés auxditawoyages, seront meilleurs encore Vjcla leurs, pource qu'ils sont plus sobres. Il >^'ft parlé des ports de France , et m'a dit aussi V'^ y en a grand nombre de bons et plus corn*

modes pour y entrer et sortir en toute saison qu'ici ; qu'il est nécessaire que la compagnie soit libre au lieu où on la mettra, réconnoissant néanmoins l'autorité du Roi et le gouverneur qui y sera, mais que les officiers n'entreprennent rien sur leur commerce. Il a encore ajouté, au cas que la compagnie des Indes qui est ici continua par la paix, que Sa Majesté, en établissant une compagnie chez soi, fasse défenses ^ pour quel«ques années, à tous autres d'apporter les mêmes denrées dans le royaume ; autrement celle qui est en ce pays, laquelle continueroit d'y aller & l'avenir sans commettre hostilité, et, par ce moyen , ne seroit obligée d'avoir aucun équipage de guerre, ni tant de gens que l'autre de France faisant les voyages à ses périls, pourroit toujours donner lesdites denrées à meilleur prix , ainsi leur ôteroit tout le profit. Et sur ce que je lui remontrai deux choses; Tune, qu'il seroit en leur pouvoir de surhausser le prix, ainsi que bon leur sembleroit , au dommage des sig'ets de Sa Ma* jesté ; l'autre, qu'en la ville de Marseille plusieurs en font trafic, et qu'il ne seroit raisonnable de leur ûter, il me fit réponse, quant au premier point, que le prix leur pourroit être donné par ceux que Sa Majesté commettroit, lequel il ne leur se« roit loisible d'excéder ; et pour l'autre qu'il n'entendoit toucher au commerce de Marseille ; car les marchands de ce lieu-là ne distribuent aussi bien leur trafic qu'aux provinces qui sont près d'eux, à quoi ils n'auroient aucun intérêt. Il m'a tenu plusieurs autres propos sur le sig'et de ce commerce, des moyens de l'établir es Indes, et qu'il sait, par quelques capitaines de navires et pilotes qui ont été en ces Indes d'Orient , que les rois et peuples qui ont ouï parler de la grandeur du royaume de France et de la puissance des rois qui y commandent, leur ont souvent de* mandé s'ils n'y enverroient point d'armées pour leur aider à chasser les Portugais et Espagnols, et contracter une bonne amitié et intelligence avec eux, leur disant que les Hollandais n'étoieni qu'un petit pays, et que si ce grand Roi étoit de la partie, ils seroient incontinent maîtres de leurs ennemis, leur demandant souventes fois là« dessus, en leur langage, s'il avoit autant de eho'» vaux, de gens et d'arquebuses que les Portu-» gais. Et quand on leur diaoit qu'il en avoit bien plus , ils s'en réjouissoient , et montroient de désirer leur venue. C'est ce que j'ai pu recueillir de ces discours,

J.'ai aussi conféré il y a déjà plus de deux mois, et encore depuis peu de jours, avec Plancius, qui est un grand oosmographe, lequel demeure à Amsterdam, et est aussi l'un de leurs ministres, honnme fort versé en la connoissanee des Indes,

tant d*Orient qae d'Occident, pour la communication particulière qu*il a eue avec les marchands, pilotes et mariniers qui ont fait les voyages : en sorte que le Roi ne manquera de bonne instruction quand il voudra penser à bon escient à cette entreprise, et comme il appartient pour la faire succéder, dont je ne parle néanmoins qu'en crainte, pource qu'elle est lointaine, requiert beaucoup de temps et un grand soin. Je ne m'en retournerai point sans porter avec moi de bons mémoires et instructions à cet effet, ayant prié, tant ledit Le Maire que Plancius, de me donner par écrit ce qu'ils en savent. J'entretiens aussi de longue main deux hommes de qualité en ce lieu , auxquels les marchands de la compagnie des Indes communiquent toutes leurs affaires, et s'y fient du tout, aûn que si la compagnie cessoit ici on la pût transporter en France ; ce qu'ils m'ont toujours promis. M. deSchomberg connoît aussi bien particulièrement le trésorier de cette compagnie qui est Allemand, et y a beaucoup de pouvoir , qui m'a dit de même qu'il y est bien disposé; mais il ne faut plus s'attendre à ladite compagnie, étant bien certain, soit paix, trêve ou guerre, qu'elle continuera son trafic, du moins pour quelques années. La plus grande difficulté sera, à mon avis, quand on voudra faire une compagnie en France, de pourvoir qu'on demeure d'accord avec les marchands hollandais, lesquels ne prendront plaisir de voir que nous entrions en leurs brisées, et, parce moyen , diminuions leurs profits. Car , encore que par raison ils doivent toujours être nos amis et nous favoriser partout, ce que je tiens certain pour le corps de leur Etat, il y a néanmoins danger que ces marchands ne fassent le contraire, et ne s'unissent même plutôt avec les Portugais pour en chasser tous les autres qui y voudroient aller; mais il n'est encore temps de parler de cette affaire ici jusqu'à ce que leur traité soit conclu ou rompu. Outre ce, il me semble qu'on s'en doit cacher le plus qu'on pourra, jusqu'à ce qu'on veuille venir aux effets, de peur que les Espagnols n'en soient avertis, et ne préparent quelque dessein pour rompre le nôtre , soit en nous faisant la guerre s'ils peuvent séparer d'avec nous l'Angleterre et la joindre avec eux , ou bien en faisant quelque traité avec les Hollandais mêmes qui les pourroit unir en ce trafic ; car les Espagnols sont si sensibles en la crainte de ce danger, qu'il n'y a rien qu'ils ne fassent pour s'en garantir. Et à la vérité, s'ils coosidéroient bien que ces Indes d'Orient sont d'une si grande étendue qu'ils ne peuvent empêcher qu'autres qu'eux n'y abordent, ils pourroient bien y souffrir les Hollandais, leur rendant commun ce

qu*ils pensoient tenir auparavant seuls, àftn qu'é« tant conjoints en cet intérêt, il s'unissent aussi ensemble pour en chasser tous les autres. C'est chose que je crains , ne désirant pas toutefois qu'ils soient si sages que de prendre ce conseil.

Quelqu'un m'a assuré que si les députés des archiducs ne se peuvent accorder avec les Etats, ils rompront sur larticle de la religion. Or J'ai eu cette crainte dès long- temps, et le Roi nous l'a écrit et mandé , et , cela avenant, que nous y procédions avec telle discrétion , que le zèle de Sa Majesté soit connu à procurer le bien de la religion, et néanmoins que ce soit sans faire chose qui déplaise aux Etats. J'ai bien ces considérations devant mes yeux, mais la mesure en est fort malaisée à tenir. C'étoit mon intention d'en faire quelque remontrance après la paix faite ; mais si les archiducs veulent rompre sur ce sujet, il me semble qu'il n'est pas à propos de se taire, mais plutôt nécessaire d'avancer ladite remontrance, rendant capables quelques-uns des plus sages entre les Etats des raisons qui nous auront mus de le faire. Et, puisqu'il y a du loisir, je vous supplie voir ce que j'ai délibéré de leur dire sur ce sujet, que je vous envoie pour le considérer , afin qne vous m'en mandiez votre avis et le commandement du Roi es affaires qui se présentent, où je suis obligé de prendre promptement conseil. Je m'en résous comme il plaît à Dieu me conseiller; mais je pense toujours mieux faire quand j'ai ma leçon et le commandement exprès du maître. Si j'avois à parler sur ce sujet ailleurs qu'ici, je traiterois peut- être l'affaire avec d'autres argumens et raisons que celles contenues en mon écrit; mais avec les gens auxquels nous aurons affaire celles-là m'ont semblé les meilleures, et je le croirai si vous les approuvez par votre jugement , que j'estime comme je dois et que votre grande prudence le mérite. Priant Dieu, monsieur, qu'il vous maintienne et conserve en parfaite santé longue et heureuse vie.

A La HayCy ce quatorzième jour de mars i 608.

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

P. Jeannin.

Lettre de messieurs Jeannin, et de Russyau Roi y du quinzième de mars 1608.

SlBE,

Notre seconde lettre étant écrite, nous avons encore différé d'un jour à envoyer le sieur de Sainte-Catherine qui en devoitétre porteur, sur ce que les députés des Etats se dévoient assembler le lendemain avec ceux des archiducs, afin d'cgouter ce qu'ils auroient fait. Votre Majesté saura doue par celle-ci que les Etats ont continué à demander le commerce des Indes sans hosti*

DU PBESTDENT JÏANNIN.

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lité y et par forme de trêve pour neuf ans , et les députés des archiducs répondu qu'ils n'avoient charge ni pouvoir de leur accorder un an seulement; mais qu'ils étoient tant désireux de la paix en leur particulier, que s'ils dressoient un acte séparé du traité général qui contienne la demande de cette trêve pour neuf ans, et qu'un an avant I expiration d'icelle on s'assemble à Bruxelles ou à Anvers pour aviser ce qu'on fera , que l'un d'eux ira en Espagne pour persuader autant qu'il pourra qu'on accepte cette ouverture ; qu'il seroit boD aussi de comprendre en icelle les amis et alliés qu'ils ont d'une part et d'autre esdites Indes d'Orient, afin qu'ils soient exempts de tous actes d'Iiostilité pendant le temps d'icelle , et passer outre cependant aux autres articles. Les paroles des députés des archiducs furent plus douces et proférées avec un visage joyeux et content , au , lieu qu'en la précédente conférence ils en étoient sortis avec grande colère et mécontentement; et néanmoins les Etats leur avoient fait dès lors la même demande, sur laquelle, en la refusant, ils avoient toujours ajouté qu'il n'étoit pas besoin d'envoyer en Espagne sur ce sujet, pource que cela ne feroit qu'aigrir ; qu'aussi bien le roi d'Espagne ne Taccorderoit jamais , et qu'ils étoient trop bien instruits pour ce regard de son intérêt. C'est pourquoi on peut entrer en soupçon de ce soudain changement, et craindre qu'il n'y ait de l'artiGce, et qu'ils n'en aient ainsi usé pour gagner temps, et avoir encore la trêve cette année. A quoi il sera plus aisé de faire incliner les Etats sur l'espérance qu'ils auront d'obtenir ce qn'ils prétendent par le retour du voyage , et de les foire consentir après un mois d'en attendre on autre, sur quelques excuses, comme celle-ci, que le roi d'Espagne ne s'est pu résoudre si promptement, ou autre semblable, à ce que le temps pour se préparer à la guerre cette année soit passé; ou bien il faut croire qu'ils ont grand désir d'avoir la paix, s'ils veulent en effet consentir a la trêve pour neuf ans aux Indes aux conditions susdites, et accorder la paix ici : car les Etats l'entendent de celte façon, et même s'il y a quelque contravention aux Indes durant la trêve, ou bien qu'icelie expirée ils ne se puissent accorder de ce qu'il conviendra faire après, que la paix ne laisse pourtant de tenir par deçà. Votre Majesté en saura mieux user et juger que nous. Mais si le roi d'Espagne accorde cet article selon le désir des Etats, et qu'il n'y ait rien de caché de leur cAté pour rompre avec plus d'avantage , comme serait peut-être sur le point de la religion , la paix sera fort avancée. Elle ne laissera pourtant de nous mander, s'il lui plaît , sa volonté sur le fait de la trêve des deux côtés; car peut-être le

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