‹ Les négociations du président JeanninChapitre 17 sur 33 · C. D. M. T. IV · texte numérisé non relu

C. D. M. T. IV

roi d'Espagne ne l'accordera qu'à cette condition , et non autrement. Lesdits sieurs députés ont encore traité du commerce entre eux es Pays-Bas, du paiement des droits , péages , congés et licences que les Etats prétendent, puis de l'assurance du commerce d'Espagne; et rien n'a déplu pour lors aux députés des archiducs , quoiqu'il y eût des choses assez rudes , mais ont dit seulement qu'il falloit mettre par écrit d'une part et d'autre leurs intentions pour en conférer ensemble au premier jour. Aussitôt qu'aurons lesditsarticles, nous les lui enverrons. Ces peuples se promettent d'avoir gagné tout, et croient même que la crainte que le roi d'Espagne a eue qu'ils ne fassent une nouvelle compagnie pour aller aux Indes d'Occident, dont on parle tous les jours, sera cause de leur faireaccorder toutes leurs demandes. Nous le désirons comme eux , mais ne l'osons encore espérer. Nous prions Dieu , Sire , qu'il donne à votre Majesté , en parfaite santé , très-longue et très-heureuse vie.

De La Haye, ce quinzième jour de mars 1608.

Vos très-humbles et très-obéissans sujets et serviteurs, P. Jeannin et Russy.

Lettre de M. Jeannin à M. le duc de Sully, dU' dit jour quinzième de mars 1608.

Monsieur, les lettres qu'il vous a plu m'écrire contiennent un discours aussi véritable que judicieux de la différence qui est entre la force et vigueur des deux royaumes de France et d'Espagne, étant certain qu'on ne peut toucher à la moindre partie du corps de notre Etat , que sa force entière ne se trouve incontinent assemblée pour aller au-devant du péril et le repousser , pource que son mouvement et sa vigueur dépendent de lui-même , et ne lui est besoin chercher au loin de l'appui et du secours pour conserver son être et sa grandeur , faisant chacune partie d'icelui ce que l'âme fait à l'endroit de tous les membres de notre corps , auxquels, jusques aux plus petits, elle donne vie et mouvement. Mais ce n'est pas ainsi de la grandeur d'Espagne , qui ne seroit plus grandeur si elle n'empruntoit l'abondance et les richesses qui la soutiennent, et la font craindre et respecter, des moyens qui viennent des Indes, membres et extrémités si éloignées de leur corps, et par tant d'intervalles de mers et de terres, que l'un ne peut servir à l'autre sans s'exposer à infinis hasards et inconvéniens. En quoi on peut juger que les fondemens de notre grandeur ont plus de sûreté et fermeté , encore que la leur soit en apparence d'un plus grand lustre et éclat, et qu'elle ait tellement ébloui et étonné les yeux et les esprits des plus grands princes de la terre, qu'au lieu de chercher les moyens de l'amoindrir , comme Ils ont pu et

Négociations

pourroient encore flaire avec facilité , i*entamaDt par cette extrémité qui est l*âme de leur corps , ils ont mieux aimé, par une feinte lâclieté et noncliaiance plutôt que par une vraie crainte , souffrir qu*on leur ait interdit l*usage des élémens, c'est-à-dire des mers, terres , pays et peuples qui sont au-delà de la ligne, et font une grande partie du monde compris vulgairement sous ce nom générai des Indes d'Orient et d'Occident, que de conserver cette liberté qui , par la nature et le droit des gens, est commune à ctiacun.

Les Hollandais sont presque seuls et les premiers qui ont osé entreprendre et continuer heureusement ce dessein malgré içs Espagnols, apprenant aux autres princes et Etats que les richesses et le grand profit des denrées que les Espagnols et les Portugais tirent des Indes n'ont point de fer pour les défendre, et que si les rois et potentats qui sont beaucoup plus puissans qu'eux vouloient suivra leur exemple , ils pourroient dépouiller en peu d'années l'Espagne de ses nerfs et ornemens. Mais leur bonheur est que ce qui semble être désiré par tous n'est embrassé de personne ; et il n'y a encore à présent aucune apparence que les volontés des princes qui auroient le moyen et pouvoir d'y contribuer le plus, soient aucunement disposées d'y entendre : eux aussi de leur côté se savent bien aider, et faire tout ce qui est requis pour les détourner de telle pensée; ayant pour cette seule, du moins principale considération , pris conseil de se mettre en paix avec les Provinces-Unies, et avisé sagement de quitter une souveraineté imaginaire, que des guerres de près de quarante années, les dépenses de plusieurs millions d'or, et la perte d'un nombre infini de gen$ -de guerre ne leur ont pu faire recouvrer, pour retenir ce précieux acquêt des Indes , et empêcher que cet ennemi ne lève bannière en mer pour servir de guide, inviter et conduire à lai conquête de ce butin, les autres peuples et nations qui les peuvent fortifier en leur entreprise et dessein. Nous Jugeons bien les raisons qui ont mû le roi d'Espagne à prendre ce conseil, et que ce sont celles-là mêmes qui devroient exciter les autres princes , auxquels sa grandeur est suspecte, d'y entreprendre; que peut-être l'opportunité ne se présentera de longtemps si grande qu'à présent pour leur arracher des mains ces profits et revenu» des Indes avec lesquels ils tiennent en crainte un chacun. Mais le fondement d'un tel dessein seroit la conjonction de ces princes , lesquels en sont du tout éloignés, et la continuation de la guerre en ce lieu pour se servir des forces , de l'adresse et connoissance que les gens , pilotes et mariniers de ces pays y ont, lesquels n'y veulent non plus penser, comme

las , recrus et épuisés parla longueur des guerres passées , qui leur ont fait désirer la paix et le repos chez eux , et se contenter d'obtenir le commerce des Indes d'Orient de gré à gré.

Quand je me représente aussi le Jugement que vous faites avec raison de l'humeur de notre nation , et de notre conduite es entreprises et desseins qui sont éloignés de nous , ou qui requièrent une grande prévoyance , beaucoup de temps et un soin continuel pour les exécuter, Je reconnois avec vous notre foiblesse et imperfection ; que rien ne nous émeut que le présent , et que l'ouvrage qu'on ne peut commencer et iïiire flnir tout à coup, ou en peu de temps, se perd entre nos mains , pource qu'il nous déplaît au milieu de la course et dès lors que quelques difficultés non prévues se rencontrent , aussi peu constans pour continuer d'une même haleine et résolution notre premier dessein , que nous avons été soudains ou légers à l'entreprendre. C'est donc prudence d'accommoder les conseils au naturel des hommes auxquels nous avons afiRedre , et de considérer non-seulement ce qui est de bon et parfait en la personne du chef qui a la souveraine autorité et commandement, tel que Dieu nous l'a donné, ^ capable de toute grande entreprise et conduite, mais aussi ce qui est de foible et de défectueux es ministres et sujets auxquels on est contraint d'en commettre l'exécution , par la faute et imprudence desquels plus d'affaires se ruinent ordinairement que pour avoir été mal délibérées et résolues; étant bien véritableque nous nous pouvons égaler à toutes les autres nations en prudence et circonspection pour bien délibérer d'une affaire d'importance , mais que nous sommes inférieurs de beaucoup presque à toutes en la persévérance et conduite requises pour l'exécution.

Toutes ces raisons ensemble nous doivent foire prendre conseil d'accommoder par quelque expédient le fait de ce commerce, et toutes les autres difûcultés qui pourroient empêcher la paix ; représentant toujours aux Etats qu'il n'y a rien de pis que de rompre en l'état auquel sont leurs affaires , et à la résolution qu'a prise le roi d'Angleterre de ne plus contribuer en aucune chose à leur défense, sans lequel néanmoins Sa Majesté ne veut soutenir seule le faix de cette guerre ; ainsi que la paix est du tout nécessaire, et ne peut être que bonne et assurée pour eux, pourvu que la souveraineté et toutes les places qu'ils tiennent leur demeurent sans qu'ils soient obligés d'en faire échange, sinon de gré à gré, et autant qu'ils le jugeront utile. Au regard du différend pour le commerce des Indes, deux moyens ont été proposés, par l'un desquels oû peut espérer d'en sortir avec* le profit des

Dt PRÉSIDENT XfiÀNNt!^.

Etats : le premier est que la compagnie des Indes continue son tratle pour le temps qui lui reste , lequel est encore de quatorze ans , et après s'en abstienne ; à quoi on pourroit espérer de rédaire les députés des archiducs si les Etats s'en veulent contenter, du moins faire qu'ils en approchent ; l'autre, qu'on ne fasse qu'une trêve poar quelques années, comme de huit, dix ou douze ans, tant aux Indes qu'ici. Et cette ouverture semble la meilleure et plus aisée; car on éviteroit par ce moyen plusieurs difficultés qu'on doit rencontrer en faisant la paix. Cette trêve les rendra aussi plus vigilans à se oouserver, fera qu'ils contribueront plus volontiers aux dépenses requises pour l'entretènement des garnirions, seront toujours en quelque crainte et soupçon des Espagnols, et, par ce moyen, y aura moins d'amitié entre eux. Et si quelque occasion survenoit ci-après, qui nous fit autant désirer la guerre en ce pays que nous y jugeons a présent la paix nécessaire , il seroit plus aisé de porter ces peuples d'une trêve à la guerre, que slls étolent du tout en paix , par le moyen de laquelle se tenant être en pleine sûreté, et ne pensant plus devoir rentrer en guerre , l'oisiveté et le désistement entier des armes les auroient amollis, fait devenir marchands, et rendus du tout inhabiles à la guerre. On persuadera encore pins aisément cette trêve à ceux qui veulent la guerre dans cet Etat , comme approchant plus de leur but et dessein que la paix, même à M. le prince Maurice , qui sera par même moyen en plus de respect parmi eux pour le besoin qu'ils en pourront avoir la trêve finie , que si la paix etoit foite. Car, encore qu'il la rejette à présent plus que la paix , ce n'est pas qu'elle ne lui soit moins désagréable , mais pource qu'il croit qu'il y aura moins de difRculté à la faire que la paix, par ainsi qu'on sera contraint de rentrer en guerre. Il est vrai qu'il s'y conduit sagement , et défère toujours beaucoup aux avis et coromandemens qui nous viennent de la part du Roi.

n n'y a qu'une difficulté à faire cette trêve, qui est de grande importance ; et si on ne la peut surmonter, la trêve ne i^midroit rien : c'est que les Etats ne la voudront faire , «inon à condition qu'ils soient tenus et déclarés pour toujours Etats et pays libres , sur lesquels le roi d'Espagne et tes archiducs-, pour eux et leurs successeurs , ne prétendent rien , et qu'en ladite qualité on traite avec eux sans restreindre et limiter cette déclaration et reconnoissance de liberté au temps de la trêve. A quoi il m'a semblé reconnottre , par les propos qu'aucuns des députés des archiducs m'ont tenus, qu'ils s'accommoderont, m'ayant Ton d'entre eux dit qu'ils leur feroient

la guerre après la trèye expirée, au cas qu'ils ne demeurent d'accord par une paix Anale , comme à ennemis dont ils pourroient tirer le même avantage, si elle leur étoit heureuse, que s'ils la leur faisoient comme à sigets rebelles. Et combien que j'aie depuis appris qu'ils changeoient de langage , si montrent-ils avoir tant de désir à la paix, qu'ils seront pour y consentir. Si on prend le chemin de cette trêve, notre ligue pour la paix ne laissera de servir, moyennant une déclaration que ce qui a été fait entre nous ait lieu durant le temps d'icelle; en y ajoutant encore que les Etats ne pourront faire la paix, soit durant la trêve ou icclle expirée, sans l'avis ou consentement de Sa Majesté. Il est si nécessaire que nous soyons éclaircis au plus tôt de la volonté du Roi , que nous envoyons ce gentilhomme exprès pour l'avertir de ce qui se passe Ici , et recevoir là-dessus ses commandemens. Pour ce qui touche l'échange des places, il nous sera bien aisé de suivre votre avis et ce que le Roi nous commande par les dernières lettres qu'en avons reçues; car les Etats ne sont pobit délibérés de quitter un seul pouce de terre, sinon par un échange égal qui sera mieux fait après la paix et de gré à gré que maintenAUt. Reposezvous aussi, s'il vous plaît, sur moi, monsieur, que personne ne saurolt avoir plus de soin que j'en ai , ni servir plus fidèlement que je ferai en l'affaire de M. le prince d'Espinoy, au cas que la paix se fasse, et que Je serai toujours tel en ce que vous, me commanderez, comme voulant être perpétuellement, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur, P. Jean^cin. De La Haye, ce 15 mars 1608.,

Lettre du Roif du dix-neuvième de mars 1608.

Messieurs Jeannin et Russy, j'ai mieux entendu et compris Timportance de la navigation et du commerce des Indes par vos lettres du 7 de ce mois , reçues le 1 3 , que Je n'avois fait par les précédentes. Tellement que Je reconnois que les uns et les autres ont grande raison de le débattre si obstinément et vivement qu'ils font; car en ce point consiste d'une part quasi la seule et principale récompense de la cession des droits de souveraineté, et de l'autre la sàreté du maintiennement de la république que l'on prétend établir, pour les raisons tr^-bien et clairement représentées en vosdites lettres et au mémoire dressé par les intéressés audit commerce du c6té des Etats, que vous m'avez envoyé. Au moyen de quoi je ne sais bonnement quel conseil Je dois prendre ni donner sur ce fait , ni quel office vous commander de fhire en mon nom pour l'accommodement d'icelul ; car, comme Je

\eux conserver entière, si je puis, la bonne opinion publique et particulière de mon affection à la paix, que mérite la vérité et sincérité d'icelle, et pareillement Famitié de mes voisins, je ne désire pas aussi donner sujet auxdits Etats, ni de me reprocher le déchet de leur Etat, s'il avenoit, pour avoir quitté ce commerce outre leur gré, et moins de m'appeler à garant aux charges et frais de leurs armes , si , opiniâtrant par mon conseil la conservation dudit commerce, ils étoient contraints ci-après de les reprendre et recommencer la guerre; laquelle pareillement je juge devoir être évitée par préférence à toute autre chose , tant pour leur considération que pour la mienne, pour les raisons qui m*ont mû de vous envoyer par delà, et vous commander de faciliter et favoriser leur accord, desquelles tant s'en faut que j'entende me départir que je m*y confirme davantage tous les jours , même à cause du procédé des Anglais envers nous; car vous savez qu'ils font ce qu*ils peuvent pour acquérir grâce et créance du côté d'Espagne à notre dommage. Ce qu'étant , et sans apparence de changement ou d'amélioration , je ne vois pas que lesdits Etats puissent ci-après soutenir la guerre comme il convient , ni conserver Funion de leur Etat ainsi que devant ; joint qu'il ne faut pas qu'ils s'attendent que je danse seul ce branle avec eux, comme je prévois qu'il conviendroit que je fisse, lesdits Anglais les abandonnant ou ne les secourant que de paroles; d'autant que les autres rois et princes desquels ils sont à présent ou ont été assistés , ont les reins ou la volonté trop débiles pour y faire fondement.

Nous devons croire aussi que les Espagnols n'omettront rien à faire pour flatter et abuser les uns et les autres, et principalement lesdits Anglais , en les chatouillant des alliances qu'ils ont Jà proposées ; combien que j'aie toute occasion de croire, sans en douter aucunement, qu'ils ne donneront jamais leur fille au prince de Galles, ni même à un prince puissant qui soit autre que de leur famille, jusqu'à ce que leurs enfans en aient fait d'autres , quand bien lesdits Anglais offriroicnt dès à présent de changer de religion, et que le dessein seroit , pour cette raison , favorisé du Pape. Et toutefois vous savez que c'est une condition plus éloignée du vraisemblable que de l'espérance de son contraire. Mais bien dols-je croire que facilement lesdits Anglais pourrolent se laisser persuader d'entrer en part et société^ sinon à visage découvert, du moins en secret, avec lesdits Espagnols, s'ils venoient à conspirer contre moi et ma couronne, et à me déclarer la guerre pour s'en avantager à mon dommage. D'ailleurs je ne vois pas que je doive

m'attendre à recueillir grande prérogative de la part des Etats, qui mérite que j'épouse une guerre pour eux , les choses de la chrétienté et de mon royaume étant en l'état où elles sont. Aucuns princes et potentats d'Italie, qui à bon droit redoutent la grandeur d'Espagne, s'offrent bien à présent d'entrer en quelque confédération avec moi pour la commune et mutuelle défense et conservation de nos Etats , mus de la connoissance et appréhension qu'ils ont de son ambition et puissance, après qu'elle sera déchargée de la guerre des Pays-Bas; mais quand j'ai voulu leur faire connoître que le vrai moyen de les garantir étoit qu'ils contribuassent, dès à présent, aux frais de la manutention des Provinces-Unies, pour leur aider à faire un accord si avantageux que le roi d'Espagne et les siens ne pussent après icelui mal faire en la chrétienté , ou , ne pouvant parvenir audit accord , de soutenir la guerre, je les ai trouvés si peu capables de ce conseil, que ce seroit se tromper d'en attendre un bon effet Ils ont toujours opinion que je suis seul bastant de seconder et maintenir lesdites provinces; voire que j'y suis si avantagé , que je ne puis ni dois vouloir rien omettre à faire pour ce regard , pour être trop intéressé à leur conservation. De quoi j'ai néanmoins délibéré de mettre peine de les désabuser , pour , s*il est possible, leur faire prendre d'autres conseils; et conune je prévois que les traités de la paix de delà tireront en longueur, et que l'on y consommera du moins le reste de la présente année, quand ce ne seroit que les parties ne sont préparées pour la guerre , et pour le désir et besoin qu'elles ont de la paix autant les unes que les autres , il est nécessaire que lesdites provinces , et leurs confédérés et amis, avisent aux moyens de soutenir ladite guerre, et conserver Funion de leur Etat, s'il faut y rentrer, sans du tout s'endormir au doux bruit et espoir de ladite paix. Peut-être que leurs amis feront difficulté de s'en déclarer maintenant , pour les diverses raisons que vous savez qui les doivent émouvoir de ce faire en Fétat présent des affaires. Il faut craindre aussi qu'elles ne rencontrent tant de froideur, que cette recherche défavorisé plutôt leurs affaires qu'elle ne les confortera , principalement du côté d'Angleterre où vous savez qu'ils sont coutumiers de faire banqueroute à leurs voisins aussi imprudemment qu'infidèlement. Toutefois , il me semble être nécessaire que les Etats, pour mieux et sûrement résoudre les choses de la paix, s'éclairclssentet assurent de la volonté de leurédits voisins, pour ne bâtir sur faux fondement , et tomber en des surprises et accidens irrémédiables. Je ferai toij^ours de mon côté ce que je dois et

DU PBBSIDENT JEAI<«NIN.

pais hoimétement faire pour ce regard, en la forme et aax conditions que je vous ai ci-devant écrites ; de quoi je vous permets de vous déclarer à ceux qui en seront dignes, assuré que vous le ferez avec la discrétion qu'il convient, principalement tant qu'il y aura quelque espoir de composer les affaires , de quoi je commence à (aire plus mauvais jugement que je n'ai encore Élit, jaçoit que j*aie, dès le commencement, combattu avec tous mes conseillers celui qu'ils ont fait du bon succès dudit accord. Car je ne puis croire que les Espagnols accordent jamais auxdits Etats ledit commerce des Indes , ainsi qu'ils demandent, et qu'il semble que Barneveldt se le promet; c'est-à-dire qu'ils consentent qu'ils en jouissent par forme de trêve durant les quatorze ans qui restent du temps duquel ils ont donné parole à ceux de la compagnie, sans s'obliger de s'eo départir entièrement ledit terme expiré , et obtenir maintenant une paix entière du côté de deçà; car non-seulement ce seroit un trop grand et honteux signe de foiblesse du côté d'Espagne, mais un préjudice et désavantage de trop périlleuse conséquence, tant pour le présent que pour l'avenir.

J*ai bien considéré les bonnes ouvertures que vous avez faites, et votre conduite sur cela , tant envers les Etats qu'avec le président Richardot ; je loue l'une et l'autre. Je ne pouvois aussi y être servi par vous plus dignement que j'ai été. Vous aurez reconnu par ma dernière dépêche, portée par l'abbé de Préaux , que je faisois moindre compte de Tarticle dudit commerce que de celui de l'échange des places de Flandre et Brabant. Je persiste encore en cette opinion, d'autant que je jQge le péril dudit échange plus prochain que ne peut être celui de l'accommodement de l'autre. J'ajouterai encore à cela, que j'ai le même sentiment et désir de la paix que j'ai eu jusqu'à présent. Vrai est que je considère et connois mieux que je n'ai fait, le bien et le mal que les parties de part et d'autre sont pour recevoir de l'issue et composition dudit article des Indes. C'est pourquoi j'estime qu'il est à propos que nous procédions plus retenus aux conseils que nous avons à leur donner, et aux ofQces que nous avons à faire pour ce regard, que nous n'avions délibéré, pour les raisons susdites. En quoi néanmoins vous devez vous conduire si dextrement , que lesdites parties ne s'aperçoivent du changement. Si lesdits Etats peuvent obtenir ledit commerce pour moins de temps que lesdits quatorze ans , pourvu qu'ils ne s'obligent de le quitter icelul passé , je suis d'avis qu'ils s'y accommodent, soit par forme de trêve ou de paix y à la charge d'avoir ladite paix du côté de deçà;

car encore que plusieurs ne fassent pas grande différence d'une longue trêve à une paix pour les provinces de deçà, toutefois ce titre de liberté et souveraineté que lesdits Etats prétendent acquérir, sera trop plus estimé de leurs voisins par celle-ci que par l'autre.

C'est pourquoi je suis d'avis qu'ils fassent leur possible pour gagner ce point , s'ils peuvent y parvenir sans du tout quitter ledit commerce ; car j'estime maintenant cette navigation si importante, que je serois quasi d'opinion qu'ils acceptassent plutôt une trêve de longues années de toutes parts, avec la déclaration de ladite liberté et souveraineté durant ledit temps , que de faillir à se délivrer cette fois de la guerre, puisqu'ils ont passé si avant, et qu'ils sont si mal assurés de l'assistance de leurs voisins en cas de guerre ; joint que j'appréhende fort leur division et discorde s'ils rompent. Mais je n'approuve pas, pour la même considération, le long séjour des députés des archiducs où ils sont. L'on connoltra , au retour du courrier qu'ils ont envoyé en Espagne pour le fait dudit^mmerce des Indes, le parti qu'ils prendront, et ne doute point, s'ils veulent rompre , qu'ils ne le fassent sur l'article de la religion; mais j'ai quelque opinion qu'ils ne se hâteront pas de s'en déclarer, parce qu'ils n'ont rien de prêt , comme j'ai dit , pour recommencer la guerre. Ils feront donc durer la négociation ; auquel cas j'estime très-dangereux que lesdits députés demeurent à La Haye, tant pource qu'ils pénètrent plus avant aux conseils des Etats, et ont plus de moyens de corrompre leurs gens , que parce qu'il est difQcile qu'ils ne découvrent les plus secrets traitésdesEtatsavec leurs confédérés. Il faut donc y pourvoir, estimant que lesdits députés entretiendront et feront durer ladite négociation artilicieusement exprès , du moins pour empêcher ou apprendre lesdits traités particuliers des Etats , ou les endormir de l'espérance de ladite paix , cependant qu'ils feront et avanceront leurs préparatifs pour la guerre, afin de les surprendre : pour la même cause peut-être eût-il été aussi bon de les prier de se retirer sur le débat dudit commerce , et attendre la résolution d'icelui , devant que de proposer les autres articles ; car tout ce qui s'y avancera sera inutile , et ne servira qu'à entretenir le tapis , s'ils ne conviennent de l'autre. Ce que je vous écris toutefois plus pour vous exposer mon avis, que pour vous prescrire et ordonner de le suivre, si vous jugez qu'il soit meilleur d'en user autrement. Je vous disdonc qu'une longue trêve partout réglée comme elledoit être, sera encore plus utile auxdits Etats et au public que la guerre. Toutefois, si on peut avoir une I paix entière et partout, ou pour le moins de deçà ,

NEGOGUTIONS

elle sera encore meilleure et plus estimée partout.

Coutiuuez à favoriser et faciliter celle-ci tant qu'il vous sera possible, et, si vous n'eu pouvez venir à bout, ue vous opposez a la susdite longue trêve partout , ains tenez la main que les parties s'y accommodent plutôt que de rentrer en guerre. Mais il faudroit en ce dernier cas rendre le dernier traité que nous avons fait avec lesdits Etats, égal et de pareille vertu pour la trêve que nous l'avons fait pour ladite paix , cbose qui sera désirée d'eux comme de moi. Et quant à la proposition que les députés d'Angleterre vous ont faite , d'entendre à un nouveau traité d'alliance avec moi, et le traiter par delà cependant que vous êtes ensemble , Je ne suis pas d'avis que nous la rejetions , combien que nous n'ayons que trop d'occasions de nous défler de cette recherche, et de la foi et volonté dudit Roi ; car, s'ils veulent mordre à bon escient, il nous sera utile de le faire pour plusieurs raisons que je vous écrirai quand nous en serons éclaircis; si aussi ils ne veulent que nous abuser, ils ue seront pas assez fins pour en profiter. Ils soutiennent que le traité fait par mon cousin le duc de Sully avec ledit Roi est imparfait , et que les précédens faits entre nos couronnes par nos prédécesseurs, n'ayant été confirmés par nous de part et d'autre en la forme portée par iceux, demeurent nuls. Je serai bien aise aussi qu'ils soient changés , car les derniers ont été faits par mes prédécesseurs plus avantageux pour eux que pour nous; au moyen de quoi embrassez cette proposition s'ils y persévèrent y et en facilitez lexécution.

Vous , sieur Jeannin, pourriez faire un voyage par deçà, pour prendi*e mes intentions et instructions sur cette matière et les autres qui sont sur le bureau , s'il faut que la négociation de la susdite paix tire en longueur, et que les députés des archiducs se retirent et prennent temps pour consulter avec lesdits princes. Je suis très-aise que ma cousine la princesse d'Orange soit arrivée par delà en santé , et si à propos que sa présence y puisse être encore utile ; car Je suis assuré qu'elle y contribuera toujours, en ce qui dépendra d'elle, avec toute Taffection à mon contentement et service que je puis désirer et attendre d'elle. En quoi vous lui donnerez aussi toute occasion de persévérer, en favorisant de ma part le bien et avantage de mes cousins ses beaux-fils et fils, et de toute leur maison , suivant les exprès commandemens que je vous en ai faits. Je prie Dieu, messieurs Jeannin et de Russy, qu'il vous ait en sa sainte garde.

Ecrit à Paris, le dix-neuvième jour de mars 1608. Henri.

Et plus bas, Bbulabt.

Lettre de M. de Villeroy à M. Jeannin j du vingtième de mars 1608.

Monsieur, j'ai reçu le 8 de ce mois, par l'adresse du sieur de Berny , vos lettres du 27 du passé, et le 13 du présent celles du 7 d'icelui, par le commis du sieur du Maurier , sur le coutenu desquelles le Roi vous écrit ses iutentious si particulièrement et clairement, que Je n'ai rieu à y ajouter , sinon qu'ayant un peu mieux considéré que nous n'avions fait la conséquence des voyages des Indes, nous serons très-aises que les Etats les conservent. Je n'ai pas opinion qu'ils en viennent à bout selon leur désir et l'instance qu'ils en font. Vos lettres ne font mention que d'Orient , et le sieur Aërsens nous a dit qu'ils débattent encore ceux d'Occident, dont nous vous prions nous éclaircir , disant ledit sieur Aérsens qu'ils ne peuvent quitter ceux-ci non plus que les autres. Et quand on lui demande comment, la paix rompue, Ils conserveront leur union ébranlée par les espérances de ladite paix, je recon* nois par ses réponses qu'il craint fort qu'il en mésavienne. Il ue sait aussi par quels moyens ils pourront soutenir la guerre s'il faut y rentrer, sinon qu'il se promet que le Roi entreprendra leur protection encore plus ardemment qu'il n'a fait ci-devant, quand même le roi d'Angletern; les abandonnerait. Il fonde aussi une bonne partie de son espérance sur la nécessité et faiblesse du roi d'Espagne et des archiducs ; c'est l'état que le sieur Aërsens fait. S'il parle franchement, et comme il l'entend ou non, si c'est suivant les intentions des Etats ou de lui-même , je ne le puis dire assurément quand Je me représente sa conduite passée ; mais comme d'un côté je lui ai donné sujet de bien espérer de la bonne volonté du Roi, d'autre part aussi l'ai-je admonesté de ne faire le susdit compte légèrement , afin de ne s'y abuser, d'autant que Je reconnois que Sa Majesté est lasse de mettre la main à la bourse, comme elle a ci-devant fait , et conseillé d'assurer ses affaires autrement , et par une autre forme qu il n'a fait, voyant mêmement les Anglais vivre et se conduire comme ils font. Il demande d'être dès à présent secouru d'une pareille somme d'argent qu'a été la dernière qui a été envoyée par delà , disant, ne pouvant avoir mieux, qu'il ia recevra par avance, et en déduction de ce qui leur a été promis de notre part pour les deux premières années de la paix; de qnoi il a été éconduit , notre intention n'étant de manger ainsi notre bled en verd , ni nous élargir par dessus les termes de la parole que vous avez donnée pour nous. Toutefois nous lui avons enfin déclaré que nous voulions voir le progrès et succès de la

DU PBESIDBNT JSANNIN.

D^ociatJon qui se fait par delà, devant que d*ac* corder ni refuser tout*à*fait sa demande.

Nous avons i*eçu par ses mains un extrait des articles qu*ii dit avoir été proposés , tant par les députés des archiducs que par les Etats, après la remise de celui des Indes, dont je vous envoie nne copie. Je ne vous dirai ce qu'il nous en semble, mais bien que nous estimons qu'ils ont été mis en avant tels par les députés desdits archiducs, plus pour entretenir le tapis et avoir prétexte de prolonger les affaires et leur séjour où ils soot, que pour avancer matière. Sur quoi Sa Majesté vous fait savoir son avis, lequel nous croyons être bien fondé, qui est que Ton doit séparer la compagnie sitôt que Ton connoitra, après la réponse d'Espagne , quel sera le parti qu'ils voudront prendre sur le fait desdites Indes ; non que nous soyons d'avis que les Etats rompent le traité si les autres ne les y contraignent , quand ce ne seroit que pour avoir loisir de se reconnoltre et poarvoir à leurs affaires pour recommencer la guerre s'il faut y rentrer, laquelle nous désirons, autant, voire plus que jamais , être évitée tant qu'il sera possible de le faire. L'on continue à D004 entretenir de Falliance de laquelle vous savez que le président Richardot vous a parlé ; le Pape en a entretenu M. d'Alinoourt , et le nonce < de Sa Sainteté en a discouru depuis , de sa part , I en la dernière audience que le Roi lui a donnée. Tons montrent avoir ce fait très à cœur, de quoi je ne m'étonne point; car il y a bien plus à ga- ^er pour PEspagne et consorts que pour la France. Mais ce que j'ai trouvé un peu étrange, «t qu'ils aspiroient à faire promettre au Roi de favoriser dès à présent, en cas de paix ou de guerre, la réunion des pays possédés par les Etats ^us la domination des archiducs , à condition çue le tout retourneroit après avec le temps à l'avantage de madame Chrestienne et du mari que Ton prétend lui donner : de quoi Sa Majesté sest un peu offensée , et certes avec raison ; car (m aspire à lui faire manquer de foi envers les Ktats, sans fondement ni raison.

Toutefois , je ne suis pas d'avis que vous en disiez rien au sieur Richardot, mais que vous l'entreteniez toujours sur ce sii^et, comme vous avez bien commencé. J'apprends ici que le marquis de Spinola et ses collègues prendront bientôt congé de la compagnie , sous prétexte de venir passer les fêtes de Pâques en leurs maisons , et <ïo\\ y aura après de la peine à les rassembler et faire retourner en Hollande , et qu'ils n'entretiendront plus la pratique de la paix que par manière d'acquit , et pour abuser les Etats , mal satisfaits deleur dureté en toutes choses, principalement au fait des Indes : quoi avenant, il sera

besoin de se disposer et résoudre au pis, à quoi nous ne prendrons pas grand plaisir. Les Vénitiens et le duc de Savoie recherchent à présent le Roi d'une alliance à pareille fin qu'a été faite la nôtre dernière avec les Etats , pour la conservation et défense de ce qui leur appartient; mais j'ai opinionque le vent emportera telle ouverture, attendu le naturel des auteurs d'icelle , et aussi qu'il n'est à propos de laisser derrière, comme l'on prétend faire , le Pape, car ce seroit le donner tout-à-fait à l'Espagne. Toutefois nous pousserons cette pratique le plus avant que nous pourrons , pour découvrir les intentions et fins des parties , et , s'il est possible , en profiter. Le Roi, traitant ces jours passés avec le ministre des archiducs un peu trop conûdemment, lui a fait ouverture d'engager son mattre en un accord avec les Etats sans le roi d'Espagne, pour le bien des pays qu'il possède , et pour assurer ses affaires particulières. Il a fait contenance qu'il seroit très-aise, comme bon patriote, que cela pût s'effectuer; mais il a reconnu que l'entreprise étoit trop difficile et périlleuse pour en bien espérer : ce que je ne vous écris que pour vous faire savoir ce qui en a été dit , de quoi vous jugerez. Je m'assure qu'il eût été peut-être à propos de s'abstenir, comme je ferai, d'allonger la présente davantage , que pour vous présenter mes très-afifectionnées recommandations, et prier Dieu, monsieur, qu'il vous donne, en bonne santé, heureuse et longue vie.

De Paris, ce vingtième jour de mars 1608.

Votre, etc., de INbufville.

Autre lettre dudit sieur de Villeroy^ duditjour vingtième de mars 1608.

Monsieur, nous avons mauvaise opinion de l'issue de cette conférence pour la paix , de quoi nous sommes très-déplaisans ; car enfin nous la jugeons nécessaire , et la désirons plus que jamais , et prie Dieu qu'il vous fasse la grâce d'à** chever ce bon œuvre. L'on nous donne à entendre que ces messieurs les Etats fondront comme la neige au soleil s'ils quittent la navigation des Indes; c'est pourquoi nous ne voulonsabsolument les conseiller de s'en départir tout-à*fait. Et toutefois l'on ditque les Espagnols rompront la paix, et même ne feront la trêve de longues années s'ils n'obtiennent ce point. Nous n'entendons aussi conforter les Etats à l'opiniâtrer, pour les raiso'^s que le Roi vous écrit. L'on dit Ici que les députés des archiducs prendront sujet de se retirer à Bruxelles pour les fêtes de Pâques, et qu'il y aura de la difficulté après à les rassembler, et qu'ils se C4»ntenterout de faire une prolongation de la cessation d'armes, pour avoir loisir de pour*

voir à leurs affaires pour la guerre ; car jusques à présent ils n'ont encore rien de préparé qui apparoisse.

Nous avions avis du côté d'Espagne de la prise des navires hollandais dont votre lettre fait mention ; mais nous avons su , au même temps , que la réparation en a été commandée et exécutée sur-le-champ. Le Roi répond à la lettre de M. le prince Maurice ; et nous nous en allons à Fontainehleau pour les couches de la Reine. Et si lesdits députés de Flandre se l'etirent, peut-être sera-t-il bon que vous preniez le temps pour revenir faire un tour ici pour reconnoître notre monde, et nous mieux informer des affaires de delà. Gela doit être remis à votre bon jugement; car étant sur les lieux, vous connoîtrez mieux ce qu'il est nécessaire et à propos de faire pour le service du Roi, que vousavez accoutumé de préférer a toute autre considération. Je prie Dieu, monsieur, qu'il vous maintienne en bonne santé, et me recommande très-affectueusement à votre bonne grâce.

De Paris, ce vingtième de mars 1608.

DE Neufville.

Lettre de messieurs Jeannin et de Rtissy au Roi y du 23 mars 1608.

Sire, Le lendemain du départ du sieur de Sainte-Catherine, qui fut le 17 de ce mois, les députés des archiducs et Etats s'assemblèrent, et, suivant la résolution prise en leur précédente conférence , ceux des Etats leur donnèrent l'acte pour la trêve et cessation de tous actes d'hostilité es Indes pour neuf ans, avec lequel il y avolt un écrit séparé qu'ils entendent insérer au traité de paix, lequel contient que, quoi qu'il arrive auxdites Indes , soit durant la trêve ou icelle expirée, la paix ne laissera d'être perpétuelle jusqu'au tropique du Cancer. Les députés des archiducs reçurent l'un et l'autre sans rien déclarer de leur intention pour lors , fors que M. le président Richardot , prenant celui lequel contient l'article qu'on prétend insérer au traité de paix , dit qu'il n'y avoit point d'apparence de faire la trêve d'un côté et la paix de l'autre; et en leur donnant l'écrit pour l'assurance du commerce d'Espagne, dont pareillement lecture fut faite au même instant, dit que les grands rois ne sont point banquiers pour consigner de l'argent, et qu'on n'a accoutumé de requérir d'eux , sinon leur foi pour toute sûreté. Puis ils se donnèrent l'un à l'autre l'écrit pour les impositions ou exemptions sur les denrées et trafic mutuel qui doit être entre eux es Pays-Ras après la paix faite : sur lequel il y eut grande difficulté, prétendant ceux des archiducs, qu'on ne doit prendre aucuns péages et impositions sur les

bateaux et navires venant de France, Espagne, Angleterre ou d'ailleurs , chargés de quelque marchandise que ce soit, lesquels passeront en Zélande pour aller à Anvers ou es autres lieux de l'obéissance desdits sieurs archiducs, et qu'on se doit contenter de les prendre sur les marchandises et denrées qui sortiront des pays de l'un ou de l'autre. Or les Etats lèvent de grands droits, outre ceuxmêmesqu'ilslevoientdevant la guerre, la plupart desquels ils entendent continuer, disant qu'ils seront contraints , pour tenir la mer assurée, d'avoir toujours des navires de guerre, ainsi être raisonnable qu'ils soient aidés en cette dépense par tous ceux qui en recevront le profit. Ils veulent aussi conserver les privilèges des villes de Middelbourg en Zélande, et de Dprdrecht en Hollande , la première desquelles a l'étape des vins de France, et l'autre des vins du Rhin, pour tous les vins qui entrent par la mer des Pays-Bas; et les députés des archiducs répondent quetou> les péages nouveaux établis depuis la guerre doivent être abolis, et, quant aux privilèges d'étapes, qu'ils ont été donnés lorsque tous les Pays-Bas appartenoient à un même seigneur ; et nïaintenant que la paix les doit séparer perpétuellement, les villes qui les ont obtenus ne doivent plus servir d'étapes que pour les pays qui seront de l'obéissance des Etats, et être permis aux archiducs de faire leur étape où bon leur semblera, ayant fait entendre que leur intention étoit de donner ce privilège à la ville d'Arivers -, aut^^ ment , pour enrichir les villes des Etats, il faudroit dépouiller les leurs de toutes commodités. Cette assemblée se sépara sans prendre aucune résolution.

Les Etats nous avoient communiqué tous lesdits articles avant que les donner , sur lesquels ne leur fîmes pour lors autre réponse, sinon que notre désir et contentement seroit bien qu'ils pussent obtenir tout ce qu'ils demandent; mais s'ils tombent en difliculté sur aucuns points contenus es dits écrits et articles , comme nous prévoyons bien qu'il y en aurait, en nous les communiquant, et les raisons qu'on aurait proposées d'une part et d'autre , nous leur en donnerons notre avis, ainsi que jugerons devoir faire pour leur bien et l'avancement de la paix , pour laquelle obtenir, puisqu'on avoit pris ce conseil comme le meilleur et plus utile, chacun devoit aider à en faciliter l'exécution. Ayant depuis lesdits sieurs les Etats conféré entre eux , et en leur assemblée générale, sur les articles dodit commerce présentés de la part des archldocs ils firent un autre écrit qui contient quelque correction en celui des archiducs , par lequel ils s'expliquent davantage et déclarent qu'outre Jes

DU PBESIDENT JEANNIN.

péages anciens qui se levoient avant la guerre , ils entendent lever et prendre , comme ils faisojent pendant icelle, le droit de convoi qu'ils nous ont dit être assez modéré ; nous donnant cet exemple , que pour un tonneau de vin qui contient quatre poinçons, on prend seulement trente sous, lequel droit se lève tant sur euxmêmes que sur leurs amis et alliés à l'entrée de la Zélande, y en ayant un autre, nommé le droit de licence, qu'on prend sur les ennemis, lequel est grand et excessif; à savoir, sur le même exemple d'un tonneau de vin quatre écus , au lieu que pour le convoi il n'y a que trente sous , duquel droit de licence les sujets des archiducs seront déchargés après la paix. L'autre correction faite par eux audit écrit concerne ce droit d'étape qu'ont les villes de Middelbourg et de Dordrecht , pour lequel on lève quelques droits qui sont aussi assez modérés ; mais ce qui est le plus servile et incommode, est que lesdites villes prétendent que tout le vin qui y arrive doit être déchargé et vendu es dits lieux , en sorte qu'un marchand français qui aura vendu du vin à quelqu'un du pays de Brabant, ou des autres villes des Etats mêmes, ne l'y pourra conduire et mener, mais sera contraint de le vendre es dites ailles. Il se pourra bien garantir de l'inconvénient de cette vente en supposant un acheteur qui s'entende avec lui ; mais il souffrira toujours loutre incommodité, qui est de décharger et d être contraint de mettre ses denrées en d'autres navires.

A quoi il leur fut dit derechef, et à l'instant, par le président Jeannin , sans prendre l'avis des députés des princes qui y étoient aussi présens, que pour avoir la paix jugée par eux et par nous utile à leur Etat, il falloit remettre quelque chose de la rigueur de ce droit , et s'accommoder à l'utilité des sujets des princes avec lesquels ils traitent; que cela regardoit aussi les sujets des autres princes qui sont leurs amis et alliés, et qu'on avoit accoutumé d'y procéder ainsi en pareils traités, réglant d'un mutuel consentement iesdits subsides et péages, en sorte que de part et d'autre chacun en reçoive quelque soulagement. Mais leur réponse fut qu'étant souverains ils entendoient faire dans leur pays ce qu'ils jugcoient convenable, sans en demander l'avis et consentement des archiducs, lesquels auront la liberté d*en faire autant chez eux. Et pour le regard des privil^es des villes de Dordrecht et Middelbourg, qu'ils ne les pouvoient aucunement amoindrir. A quoi il fut encore répondu par lui-même que la condition n'étoit égale en cet endroit, pource que les Etats avoient le passage de la mer par lequel plusieurs denrées

arrivent en Brabant, et que peu de Brabant viennent en leur pays j mais ils ne laissèrent de continuer en leur résolution, disant que les archiducs n'y feroient difficulté, et que c'étoit aussi leur intention de modérer tellement Iesdits subsides , qu'eux ni leurs amis n'eussent aucune occasion de s'en plaindre , jugeant bien que s'ils faisolent autrement seroit perdre le trafic pour leur pays, qui est néanmoins le seul moyen dont leurs habitans vivent et se peuvent enrichir; ainsi qu'on s'en devoit fier à eux. On se contenta de ce que dessus, leur faisant connoître que nous désirions autant <}u 'eux-mêmes la conservation de tous leurs privilèges et avantages, mais qull ne falloit pour peu de chose interrompre ce bon œuvre. Les députés des Etats s*assemblèrent derechef avec ceux des archiducs le 20, en laquelle conférence fut proposé, de la part des archiducs, qu'ils ne pouvoient accepter l'acte pour la trêve, touchant le commerce des Indes, en la forme qu'il leur avoit été donné, d'autant qu'ils demandent généralement ledit commerce au-delà du tropique du Cancer, en quoi sont aussi bien comprises les Indes d'Occident que celles d'Orient; et néanmoins la dispute n'a jamais été que pour les Indes d'Orient, étant comme demeurés d'accord qu'ils s'abstiendroient d'aller du côté des Indes d'Occident, requéroient donc qu'ils eussent à s'éclaircir là-dessus; et pour le regard des Indes d'Orient, qu'il soit expressément déclaré par leur écrit qu'ils ne pourront aller es lieux que tiennent à présent les Portugais , et où ils ont accoutumé de faire leur trafic; et si l'acte n'étoit raccommodé de cette façon , il seroit rejeté sans doute en Espagne, et toute espérance de paix perdue.

Les députés des Etats ne firent lors aucune réponse, mais remirent à en conférer en leur assemblée générale , en laquelle ils n'ont encore pris aucune résolution ; mais bien estimons-nous qu'ils feront la déclaration requise pour le regard du commerce d'Occident , et consentiront aussi de ne point aller es lieux que tiennent les Portugais, sinon de leur gré et consentement, mais non es autres où ils ont ci-devant trafiqué, avec la volonté et permission des princes et peuples, comme marchands et non comme seigneurs, à condition toutefois que les Portugais s'abstiendront pareillement de faire le trafic es lieux que les Etats tiennent et occupent de présent , afin que l'avantage soit égal d'une part et d'autre, dont les députés des archiducs se contenteront , ainsi que nous avons appris d'eux-mêmes. Us ne feront aussi grande instance pour la révocation des étapes de Middelbourg et de Dordrecht, et ne restera piqs que la difficulté pour le droit de

NBGOGIÀTIONS

convoi, dont ils disent toiyours ne vouloir payer aucune chose. On a proposé cet expédient de prendre ce droit , non sur les denrées en particulier, mais sur cliacun navire, à raison d'un sou pour tonneau. Enfin cet article s'accommodera; et à la vérité la perception d'icelui ne nous semble juste, attendu môme que les Etats le demandent pour assurer la mer de leurs côtes, et toutefois ils ne se veulent obliger à l'intérêt des prises; joint que tous leurs voisins et alliés en recevront pareil dommage que les archiducs.

Les plus opiniâtres en cet endroit sont ceux de Zélande, lesquels prennent ledit droit. Les députés desdits archiducs nous sont venus voir tous ensemble, ayant discontinué dix-sept jours après notre dernière visite, dont M. le président Kichardot a fait cette excuse, que rien ne s'étoit présenté pour nous communiquer, et qu'ils le faisoient lors a Toccasion de ce commerce, nous priant de les y assister, attendu que nous y avions pareil intérêt qu'eux. Nous avons montré de recevoir cette raison pour bonne, encore qu'ayons bien su qu'ils avoient différé cette visite à cause d'un faux avis qu'on leur avoit donné qu'au fait du commerce des Indes nous nous étions déclarés fort contraires; mais ils en ont été mieux informés depuis, et semblent à présent vouloir rentrer en la même confiance. On a fait prolonger la trêve jusqu'à la fin du mois de mai, pour donner loisir aux députés des archiducs d'envoyer en Espagne , et avoir réponse sur le fait du commerce des Indes. On dit que le Cordelier doit faire le voyage. Us avoient demandé la continuation d'icelle trêve jusqu'à la fin du mois de juin, en quoi on voit qu'ils affectent la longueur, et de là on peut prendre soupçon qu'ils veulent seulement gagner cette année. Si nous semblet-il qu'ils ont grande affection à la paix, et qu'on doit faire bon jugement de ce qu'ils aident à racoutrer et rendre plus facile le contenu en cet acte, qu'on veut envoyer en Espagne, afin qu'il y soit mieux reçu. On a même opinion, encore qu'il n'y ait que la trêve aux Indes, qu'ils ne laisseront de faire la paix pour toujours de ce côté. Nous donnerons avis à votre Majesté de jour en autre de tout ce qui aviendra. Et cependant nous prions Dieu, Sire, qu'il la maintienne et sa royale famille en tout heur et prospérité.

De La Haye, ce vingt -troisième jour de mars 1608.

Vos très-humbles et très-obéissans siyets et serviteurs , P. Jeannin et Russy.

Lettre de M. Jeannin à M, de Villeroy^ du vingt -quatrième de mars 1608^

Monsieur) te Roi verra tout ce qui s'est passé

depuis le départ du sieur de Sainte^Catherine jusqu'à présent par notre lettre. J'ai su par personne de qualité avec qui j'ai de l'amitié, laquelle voit souvent le Cordelier, qu'on nous avoit fait de fort mauvais offices envers les députés des archiducs, comme si nous eussions été cause de l'opiniâtreté des Etats à vouloir retenir le commerce des Indes ^ et que cela étoit la seule cause qui les avoit fait différer si long-temps à nous venir voir. Et encore qu'ils se fussent abstenus de voir les députés d'Angleterre aussi bien que nous, à cause du même rapport, qu'ils n'en avoient néanmoins jamais eu une si grande défiance, ayant trop d'autres témoignages de l'affection de leur maître pour en douter, et qu'ils savoient bien encore qu'on les poursuivoit tous les jours de la part des Etats, pour faire une pareille ligue que celle faite par nous ; mais quHs n'y vouloient entendre pour ne les offenser, et afin de garder inviolablement le traité fait avec le roi d'Espagne. Or lesdits sieurs députés des archiducs, étant depuis mieux informés de notre conduite , nous sont venus voir tous ensemble. Nous leur avons aussi trois jours après rendu cette visite, et reconnu en leurs visages et paroles qu'ils sentoient mieux de nous , et sembloient vouloir rentrer en la même confiance que da passé.

M. le président Richardot m'a encore vu en particulier ce jour même, auquel j'ai dit ouvertement que je savois les soupçons qu'ils ont eus, dont je me plaignois à lui, pource que lui ayant parlé avec tant de franchise de l'intention du Roi à procurer la paix, et conféxé aussi l'un avec l'autre en si grande confidence des liens avec lesquels on pourroit étreindre et affermir l'amitié de nos maîtres , il me sembloit qu'il me faisoit trop de tort de sentir si mai de ma prud'homie, et d'ajouter foi aux paroles qu'on leur pouvoit tenir avec artifice et dessein ; étant bien certain que ceux qui veulent la guerre font courir le bruit que Sa Majesté la favorise, et est disposée de les assister de son autorité et moyens pour la continuer, estimant que cette crainte doit beaucoup servir pour en attirer d'autres à leur opinion; mais que nos actions sont telles, en public et en particulier , que je lui pouvois bien dire avec vérité qu'il n'y a personne entre les députés des princes qui témoigne tant d'affection à la paix , ni qui y soit aussi utile que nous sommes : chose si notoire, que les plus désireux du repos de cet Etat disent la trop grande inclination de Sa Majesté et notre conduite devoir être cause que leurs conditions en seront moins avantageuses , combien que nous y procédions en effet) comme il est requis, pour

DU PBISIPXNT jriAlfNIfr.

bire que chacun remette du sien autant qu'il sera besoin pour aider à l'avancement de ce bon œavre, sans user d'aucun mauvais artifice en* vers l*an ou l'autre. 11 m'a confessé qu'on leur avoit dit quelque chose sur ce sujet en ce lieu et écrit d'ailleurs, mais qu'il ne l'a voit pas cru. 11 est derechef entré es mêmes propos qu'il m'ayoit tenus du passé avec grande appréhension , et déclaré que leur plus grande espérance pour f^ la paix étoit en nous ; qu'il ne pouvoit cesser de se plaindre des Etats, lesquels ne veulent rien céder, et qu'eniin ils seront contraints de tout rompre pour ne faire une paix si honteuse aux princes pour lesquels ils traitent : il m'a fait entendre aussi qu'ils ne s'assujétiront Jamais à payer ce convoi qu'on leur demande, et pour le regard du commerce des Indes, qu'ils feront ce qu'il leur sera possible pour le faire agréer au roi d*£spagiie en la forme que nous le mandons a Sa Majesté; mais que de mettre un article au traité de paix , par lequel il soit dit qu'à l'occasion de ce qui aviendra aux Indes, soit pendant la trêve ou après qu'elle sera expirée , la paix ne soit point rompue, il n'est pas besoin de l'exprimer et d'en foire article; car il s'entend assez de soi-même, puisqu'elle sera perpétuelle , et le fait du commerce des Indes du tout séparé d'icelul traité , sans que l'un ait aucune dépendance de l'autre. Sur quoi lui ayant répondu que cela étoit vrai, et que, pour cette même raison, ils ne dévoient faire difficulté de consentir que ledit article soit inséré au traité général , il me dit qu'ils te fai soient pour y mieux disposer le roi d'Espagne et son conseil : peut-être le font-ils avec cette seule considération; mais aussi peuvent-ils désirer qu'il y ait de l'ambiguïté en ce fait, pour prendre conseil sur les occurrences de l'avenir, et y donner une autre interprétation s'il leur est lors utile; ce qui m'auroit mû de lui répliquer encore que les Etats ne l'accorderont jamais ainsi, et qu'il vaudrolt mieux ajouter cette caution qui aurait plus de sûreté pour eux au cas que, le temps de la trêve des Indes expiré , ils ne puissent convenir ensemble sur la cessation de ce commerce; qu'il sera en leur pouvoir de leur interdire, si bon leur semble, le commerce d'Espagne , sans que pourtant la paix de ces pays soit rompue; car tant de gens sont intéressés audit commerce d'Espagne , qu'il y en aura toujours cent contre un qui le préféreront à celui des Indes. Il n'a pas rejeté cette ouverture, mais il ne s'est pas aussi départi de son premier propos. J'ai appris ceci depuis la lettre écrite à Sa Majesté, qui me fait craindre que le sieur Bameveldt, lequel se promet le contraire, ne sdt abusé.

Ledit sieur président m'a aussi parlé de l'échange des places , et montré de le vouloir opiniâtrer pour celles de Brabant et de Flandre; mais Je lui ai dit tant de raisons pour fairo remettre cette poursuite après la paix, qu'il y a aucunement acquiescé. Et lui en disant encore autant pour le fait de la religion , dont il vouloit faire instance , et qu'il seroit meilleur que nous nous Joignions ensemble après la paix faite, pour essayer d'obtenir des Etats ce qu'ils refuseront sans doute par le traité, il m'a répondu qu'il avoit grand regret d'avoir pris cette charge, qu'il a caché Jusqu'ici tant qu'il a pu les indignités qu'on leur fait souffrir, craignant que leurs princes ne se changent du tout , et reprennent les armes avec autant d'aigreur qu'ils étoient désireux de les poser; mais qu'enfin ils seront contraints de s'en découvrir, quoi qu'il puisse arriver, crainte d'être blâmés; essayant de me persuader par tous ses- discours que, si les Etats continuent en leur rigueur sans vouloir céder aucune chose , la guerre sera plus agréable en Espagne et chez les archiducs que la paix. Il est bien vrai qu'ils trouvent plus de difficultés qu'ils n'en avoient prévu : si ne iaissé-Je de croire qu'ils craignent bien fort de rompre, et que les Etats ayant cette même crainte , tout se pourra accommoder , dont néanmoins Je serai en perpétuelle défiance Jusqu'au bout. Sur ce Je prierai Dieu, monsieur, qu'il vous donne en parfaite santé très-longue et heureuse vie.

De La Haye, ce vingt-quatrième Jour de mars 1608.

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

P. Jbannin.

Autre lettre de M. Jeannin à M. de Vilteroy,

du 29 mars 1608.

Monsieur , J'écris cette lettre à la hâte par le laquais de M. de Châtiilon qui s'en va par delà: c'est seulement pour accuser la réception des lettres du Roi et des vôtres, qui sont des 19 et 20 de ce mois, que Je reçus avant-hier au soir; car J'ai écrit à Sa Miyesté et à vous aussi, il n'y a que trois Jours , par celui qui est parti pour aller à Calais y tenir le lieu du feu sieur de Sailly. Je vois bien que Sa Majesté craint plus la rupture qu'elle n'espère la paix. Sa crainte a de grandes raisons; car les Etats, quoiqu'ils désirent ardemment la paix et qu'elle leur soit nécessaire, veulent tout à leur mot , et est certain qu'elle ne se fera pas, ou qu'elle sera honteuse pour le roi d'Espagne. Or, lui n'ayant à présent autres ennemis que ceux-ci, on ne peut croire que Torgueil d'Espagne soit tellement abattu, qu'ils veuillent prendre des conseils si foibles et indi-

gnes de leur grandeur : outre ce que les députés des archiducs, qui sont ici , peuvent espérer que quelques provinces , lesquelles n*ont intérêt au commerce des Indes , seront pour se séparer si on vient à une rupture à cette occasion. Ils savent bien aussi que le roi d'Angleterre ne contribuera rien à la guerre si elle continue, et que Sa Majesté fera grande difficulté d'en soutenir seule les dépenses et périls; ainsi ^'ils auront meilleur marché des Etats que du passé. Je ne laisse pourtant d'en bien espérer. Mes raisons sont que lesdits sieurs députés témoignent évidenmient par toutes leurs actions qu'ils craignent de rompre, et ont même essayé tant qu'ils ont pu d'accommoder l'acte pour la trêve des Indes, afin d'en faciliter l'acceptation en Espagne, se promettant que les Hollandais trouveront si peu de profit à continuer ce trafic, qu'ils s'en désisteront d'euxmêmes avant que la trêve soit expirée, et se contenteront de celui d'Espagne beaucoup plus utile, et auquel plus de gens ont part, comme il y a bien de l'apparence.

Ils craignent encore, quelque bonne parole que le roi d'Angleterre leur donne^, qu'il ne donne secours aux Etats si la guerre continue , et se tiennent comme assurés que Sa Majesté en fera autant; car U y a tant de personnes qui le publient à dessein , qu'en y joignant l'opiniâtreté des Etats, il y a assez pour leur donner ce soupçon, et qu'ils seront encore pour faire ensemble des alliances plus étroites qui obligeront les deux rois à les secourir plus puissamment que du passé. Et nous entretenons cette crainte avec toute l'industrie qu'il nous est possible es conférences particulières avec le président Richardot ; car sur ce qu'il m'a dit plusieurs fois que l'Anglais ne donneroit rien aux Etats, et qu'ils avoient refusé de faire une pareille alliance avec eux que la nôtre pour ne leur déplaire, quoique ce ne fut que pour la paix , je lui ai fait connoltre qu'ils ont toujours contribué au secours , et même au dernier argent envoyé ici, et que leurs députés ont déclaré en pleine assemblée des Etats, comme il est vrai , quand leur maître devroit être seul à les secourir , qu'il ne les abandonneroit jamais; que sa religion , leur voisinage et les obligations passées que la feue reine d'Angleterre avoit acquises sur eux en les secourant lorsque chacun les avoit abandonnés, étoient des aiguillons assez poignans pour induire leur Roi à ne point laisser perdre ceux avec lesquels il étoit conjoint par tant de liens et intérêts. Et quant à la ligue , qu'il ne tenoit qu'aux Etats qu'elle ne fût faite ; mais que les Anglais avoient des affaires particulières que je lui dis, lesquelles ils vouloient faire par même moyeu, et avec plus d'avantage pour

eux, à l'occasion de cette ligue , étant la seule et vraie cause de ce délai. Pour le regard de Sa Majesté, qu'elle désire la paix, y veut aider de tout son pouvoir , mais qu'elle ne peut avec honneur et sans blâme les abandonner tant que la guerre durera, y ajoutant que, cet empêchement ôté, on pouvoit établir une bonne et assurée paix et amitié entre elle , le roi d'Espagne et les archiducs, dont je lui ai représenté tant de raisons et de commodités , qu'à mon avis il est du tout persuadé qu'elle est fort désirable, doit être utile à ses maîtres et à toute la chrétienté, et servir aussi à la sûreté et avancement de la religion catholique.

Il me semble bien aussi que les Espagnols craignent les entreprises sur les Indes, et tiennent déjà celles d'Orient perdues, si les Hollandais y continuent leur trafic avec hostilité, au lieu qu'en le faisant de gré à gré, ils se promettent que le profit en sera si petit qu'ils le quitteront bientôt, et avant ^même que le temps de la trêve soit expiré. Et pour celles d'Occident, sont bien avertis que les Etats pensent à dresser une compagnie pour y entreprendre, et leur semble que les princes amis des Provinces-Unies seront aisément induits d'être de la partie, et qu'étant joints ensemble ils y pourront faire un grand effort : puis ils espèrent de les pouvoir gagner après la paix faite par pratiques et corruptions, et, au pis aller, qu'ils seront plutôt lors marchands que gens de guerre, ainsi en état de ne leur pouvoir faire de mal , ni beaucoup servir à autrui. Ils peuvent encore craindre , les guerres venant à continuer, qu'ils ne se jettent par désespoir es mains d'un prince qui soit puissant pour les conserver ; et enfin ils ont des nécessités , et sont las de dépendre leur argent sans rien profiter; en quoi ils reçoivent trop de honte et de dommage tout ensemble. Je ne donne pas ces conjectures pour raisons concluantes et néce^aires, mais il en faut attendre l'événement. Bien est-il certain que tous les députés qui sont ici la désirent bien fort ; que les archiducs ont la même affection , et que tous ensemble aideront volontiers à la faire trouver bonne en Espagne; que les Etats aussi de leur côté, quoique violens à vouloir obtenir tout ce qu'ils demandent , seront pour en quitter quand il n'y aura autre moyen de se mettre en repos. Vous verrez l'acte qui a été dressé pour le trafic des Indes, que les députés des archiducs ont pris pour envoyer en Espagne. Je tiens , quand le roi d'Espagne en rabattra quelque chose , qu'on ne laissera de s'accorder, si les autres articles auxquels on travaillera cependant le sont ainsi, puisque la paix est jugée nécessaire. Il ne sera pas inutile d'avoir pris ce conseil pour donner

DU TOBSIDEltT ^EÀXNm.

loisir atit esprits de s^attiédir et rompre les pratiques de ceux qui la veulent empêcher, si grandes pour lors, qu'en opiniâtrant précisément la résolution de cet article on eût sans doute rompu. C'est la vérité qu'on ne parloit au commencement que des Indes d'Orient, et depuis on y a compris celles d'Occident. Ils ne laisseront pourtant de se contenter des premières, encore qu'il ne soit pas déclaré spécialement par l'écrit , lequel contient bien néanmoins des mots qui le signifient assez; car ils ne pourront aller es havres, ports et places tenues et occupées par les Espagnols. Or ils tiennent tout aux entrées des Indes d'Occident. Davantage Je sais que, sous main, on les a assurés qu'on ne fera point de résistance pour les Indes d'Occident, qui est ce qu'ils craignent.

Je participe à toute cette conduite secrète qui sert beaucoup à l'avancement de la paix , dont il n'est pas besoin faire bruit, et vous supplie, monsieur, de n'en rien découvrir. Je ne sais pas si le succès en sera heureux ; mais c'est ce qu'on peut faire pour conduire toutes choses au but que le Roi désire. On fait grand bruit ici de ce commerce des Indes ; et tant ceux de la société que les autres qui veulent la guerre, le magnifient comme le seul moyen pour enrichir ces provinces et diminuer les revenus d'Espagne. Et toutefois j'ai appris de plusieurs entendus en ce commerce, desquels je m'en suis informé avec grand soin , qu'il sera peu profitable fait de gré à gré; et s'il avient que les marchands y trouvent du profit, contre l'avis de ceux-ci, et par ce moyen le veulent continuer après la trêve , que les Espagnols s'accorderont plutôt qu'ils le fessent de gré à gré qu'autrement, et qu'enfin ils seront pour se joindre ensemble es dits lieux , afin d'en exclure toutes les autres nations. Le profit des Etats et de leurs amis seroit bien plus grand , et les Espagnols en recevroient aussi plus de dommage , si ce trafic étoit fait avec hostilité; car il seroit cause que les marchands conserveroient toujours leurs navires de guerre , dont ils n'auront plus de besoin, et s'en déferont sans doute s'il se fait sans hostilité. Les Etats s'exerceroient toujours au fait de la guerre par mer, seroient bien aises d'y recevoir les autres nations avec lesquelles ils sont en amitié , pour se fortifier d'autant contre un ennemi commun, et, parce moyen, eontraindroient le roi d'Espagne d'y faire de grandes armées, ou de perdre son revenu. Mais l'Espagnol ne le voulant accorder de cette façon, comme il ne fera jamais, et n'est raisonnable d'en faire instance, on connoftra avec le temps que les marchands n'y seront si fort échauffés qu'à présent : c'est le jugement qu'en font les

mieux entendus. Par ainài le premier avis de Sa Majesté, qu'il vaut mieux s'accommoder eu cet article qu'en celui de l'échange des places , est fort bien considéré ; et néanmoins on ne pourroit mieux faire pour ce commerce que c^qui est contenu en l'acte très-bon en substance, quoique très-mal dressé, pourvu que le roi d'Espagne l'approuve.

Quant aux places, les plus sages en cet Etat jugent toujours qu'il faudra faire quelque échange de celles de Brabant et de Flandre, excepté TËcluse et Berg-op-Zoom , avec Grol, Oidensel, Linghen et autres places delà le Rhin, et que cela leur fera épargner la dépense de six mille hommes de garnison ; mais nous l'empêcherons de tout notre pouvoir, et remontrerons qu'il faut remettre cet échange après la paix, et, quand on le fera, retenir encore Breda et Grave, qui sont places fortes en Brabant, lesquelles appatiennent à la maison de Nassau, qu'on ne pourroit quitter sans offenser bien fort M. le prince Maurice, et mettre de la division en leur Etat; et j'estime que je le persuaderai aux uns et aux autres. Les députés d'Angleterre nous ont bien tenu de bons propos touchant l'alliance de Sa Miyesté avec leur Roi ; mais n'ont jamais montré d'y vouloir entendre dès à présent , et en ce lieu , quoique leur ayons souvent dit que l'occasion n'y seroit jamais si propre , et que les Etats les en sollicitent tous les jours ; mais tout cela en vain , pource qu'ils n'ont pouvoir de la faire. Et c'est du côté de leur maître qu'il faut ménager sourdement l'affaire; car s'il est froid et le refuse en personne , on ne doit espérer que ses ministres y soient échauffés ici. Nousneconnoissons rien en l'intention et conduite du maître et des ministres; car, depuis quatre ou cinq jours, Carron, qui est en Angleterre pour les Etats, a écrit au sieur Barneveldt, et j'ai vu la lettre en flamand , qui m'a été interprétée en français, que le comte de Salisbury Iqi a fait connoître par tous ses propos que la continuation de la guerre est plus utile à cet Etat que la paix. Et néanmoins étant allé voir leurs députés, il n'y a que deux jours , pour reconnottre s'ils avoient reçu quelques nouvelles qui les eussent changés, nous les avons trouvés autant ou plus échauffés à la paix, et en l'affection qu'ils nous ont toujours témoigné d'y vouloir gratifier les archiducs.

Les lettres du Roi nous apprennent qu'il préfère la paix à une trêve à longues années, et néanmoins que celle-ci vaut encore mieux que la guerre. Nous suivrons ses commandemens partout, et nous accommoderons à l'état des affaires. Je ne désire rien tant que de faire un petit voyage à la Cour , pour donner contentement

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IfiGOCTATlôirg

au Roi de tout ee qui s'est passé , et en retourner encore mieux instruit. J'y ai aussi quelques petites affaires qui i*equerroient bien ma présence ; mais les députés des archiducs ne parlent point de sortir diiei , ni d'intermettre les conférences sur les affaires , et je crains de m'absenter en un temps que quelque chose se passe où Je puisse servir, ayant acquis quelques habitudes particulières que je ne peux aisément résigner à autre ; non que M. de Russy ne soit capable et affectionné pour faire tout en mon absence , mais il y en a qui ne se veulent communiquer à personne; et cet ouvrage m'est si cher, quej'aurois un regret perpétuel d'y défaillir, puisqu'il a plu à Sa Majesté me le commettre. Mais si j'en vois quelque occasion, Je la prendrai sans attendre autre commandement , puisque je sais la volonté du maître, et que je pense même mon voyage ne devoir être inutile si je le fais. J'oubliois de répondre à ce que vos lettres contiennent, que les Etats devroient pourvoir à leurs affaires en cette incertitude de paix. Le Roi met en ses lettres les raisons pourquoi ils le peuvent faire. Il semble aux Provinces , quand on en parle , qu'on les veut jeter à la guerre qu'ils craignent , et croient imprudemment que ne s'y point préparer est le moyen de l'éviter ; et n'y a que la nécessité seule et l'entrée de la guerre même qui les puissent rendre sages et diligens en cet endroit. Quant à leurs amis, le roi d'Angleterre dit ne vouloir déclarer quel secours il donnera , sinon quand l'espérance de paix sera du tout perdue ; et qui le pressera davantage, il fera pis. Sa Majesté n'y veut entrer seule non plus, et n'est raisonnable aussi de faire telles offres lorsqu'on espère la paix. Elle donnoit un bon conseil aux princes et Etats d'Italie , d'aider ces Provinces pour se garantir de l'ambition d'Espagne; mais ils sont comme le roi d'Angleterre, qui désireroit bien la guerre ici s'il n'y mettoit rien.

11 me semble fort à propos d'entretenir les espérances de l'alliance proposée de la part d'Es* pagne , dont le président Richardot m'a fait aussi ouverture , non qu'on en puisse tirer grande utilité , mais afin que cette espérance les empêche de penser à d'autres desseins qui nous soient préjudiciables , et , en effet , qui ne pourra joindre l'Angleterre à embrasser notre amitié et alliance. Celle-ci ne doit être rejetée , trop bien le conseil honteux de favoriser les archiducs au préjudice des Etats, et même à notre dommage (l). J'ai donné au prince Maurice les lettres du Roi , et fait entendre ma créance. Il a reçu le tout de bonne part , et ne fera rien contre ce que Sa Ma-

(f) Ce passage difficile à entendre est conforme aa nianDfleritr

jesté désire, mais il ne Se rendra jamais antenr de la paix. Je vous ai envoyé les articles que M. Aërsens vous avoit déjà donnés , mais beaucoup plus tard que lui auquel le père les a envoyés long-temps avant qu'il nous les ait délivrés, afin que son fils en soit le premier porteur. Je prie Dieu, monsieur, qu'il vous donne, en parfaite santé, très-heureuse et longue vie.

De La Haye , ce vingt-neuvième de mars 1 608.

Votre très-humble et trèfrobéissant serviteur,

P. Jeannin.

Lettre du Roi, du dernier jour de mars 1608.

Messieurs Jeannin et de Russy, vos lettres du 10, 13 et 15 de ce mois m'ont été présentées le vingtième d'icelui par Sainte-Catherine. J'avois déjà fait réponse aux vôtres du septième, appo^ tées par Monceau , par laquelle vous aurez été éclaircis de mes intentions sur les principaux points de ces dernières. C'est pourquoi je n'ai davantage avancé le retour dudit Sainte^therine, joint que je m'attendois toujours de voir passer par ici le marquis Spinola, que ledit Sainte-Catherine m'avoit rapporté de bouche devoir être porteur en Espagne de la dernière proposition qui a été faite par delà , pour accorder l'article du commerce des Indes. Mais, puisqu'il n'a encore comparu, j'estime que lui et ses collègues auront voulu tirer des Etats leur dernier mot sur les autres articles comme sur celui-ci , pour porter tout ensemble en Espagne et n'en faire à deux fois, et, en ce faisant, mettre au choix du Roi dudit pays et de son conseil la paix ou la guerre. Or, quand je considère les avantages que lesdits Etats recevront de la première , si elle est faite aux conditions auxquelles ils ont comme fait consentir les autres , Je ne puis que je ne soupçonne que les Espagnols veulent les abuser avec les espérances qu'ils leur donnent , leur faisant perdre le temps, et cependant dresser parmi eux et sur eux des parties pour les surprendre et endommager ; car il me semble qu'ils passent des choses qu'ils pourroient avec raison plus débattre qu'ils ne font : aussi leurs soudains cbangemeos de propos et de contenance du soir au lendemain, me sont grandement suspects. Mais d'ailleurs , quand je considère le gouvernement présent des affaires d'Espagne et de Flandre, et examineles divers avis que j'ai des nécessités d'argent et d'hommes qu'ils ont , et les pertes qu'ils ont faites et craignent de faire aux Indes, et les incommodités qu'ils ressentent et augmentent jou^ I nellement des retardemens de leurs Hottes, sur lesquelles est fondé le principal pivot de leur Etat , je conclus qu'ils ont plus besoin de la paU que de moyens de continuer la guerre , et qw'"*

DtT PRSSTDENt JBÀNNlN.

di»

espèrent avec le temps redresser leurs affaires , pour après plus nuire auxdits Etats qu'ils n'ont moyen défaire de présent. Mais j'ai bien opinion, comme vous, qu'ayant tiré le dernier mot desdits Etats, ils en retarderont la résolution tant qu'ils pourront , pour ennuyer ou diviser lesdits Etats, tant à force d'argent qu'autrement, et partant qu'ils tendront à une trêve qui incommode lesdits Etats, et n'ennuiera pas moins leurs alliés et amis. Je dis leurs vrais amis ; car ceux qui ne le sont que de mine désirent et favorisent sous main leur affoibiissement : les Anglais sont de ce nombre , auxquels je sais néanmoins qu'ils défèrent toujours beaucoup. L'on dira qu'ils en usent ainsi par prudence , et pour éviter pis et leur perte , non par affection ni espoir d'en tirer avantage. Or je ne puis trouver bon que nous nous engagions en cette ligue générale de laquelle on vous a renouvelé la proposition; car il est certain que lesdits Anglais ne tendent qu'à nous décevoir, et nous faire départir de la particulière que nous avons accordée , ainsi que vous jugez prudemment.

Je fais encore moins de compte des propos tenus par Winood au sieur de Russy , et m'étonne comme le sieur Barneveldt s'y arrête. S'il le fait pour complaire aiix autres, et par ce moyen les avoir plus favorables , je dis qu'il y sera trompé avec tous «eux qui auront telle espérance. En tous cas. Je me garderai bien d'entendre ni faire chose qui soit indigne de moi, comme seroit ToflQce que ledit Winood voudroit que je fisse faire par La Boderie. Madame vaut bien monsieur, et la peine d'être demandée et courtisée. Ils ne se meuvent en cela que par jalousie et par artifice , soit qu'ils la prennent de la recherche que les Anglais font de mon alliance , ou qu'ils tendent à la leur donner. Pour cette cause , si ledit Winood ou le sieur Barneveldt vous reparlent de ce fait , dites-leur que vous n'avez encore reçu ma réponse sur icelui , et que vous estimez que je l'ai retardée exprès pour reconnoitre et vérifier si , en Angleterre , on y tiendra langage qui ait quelque conformité avec les leurs , qui me donnent argument d'espérer l'effet qu'ils en promettent. Vous leur direz néanmoins que vous n'en parlez que par opinions et comme de vousmêmes , parce que je ne vous en ai rien écrit. Et ii après cela ils continuent à vous rechercher encore d'un traité général , je suis content que vous y entendiez , ou à un particulier avec lesdits Anglais, ainsi que Je vous ai écrit par mes dernières, soit que l'on le propose seulement pour entretenir le tapis et la réputation de notre union, ou que l'on entende et veuille y entrer à bon escient , pourvu que cela ne préjudlcie au der-

nier que nous avons fait avec lesdits Etats. Je vois aussi que tel est votre avis : suivez-le donc, car je l'approuve. Je serai bien aise aussi qu'ils fassent la paix du côté de deçà , et qu'ils se contentent de la trêve aux Indes en la dernière forme qu'ils ont proposée, s'ils ne peuvent avoir mieux: môme j'estime qu'ils doivent plutôt accepter la trêve d'une part et d'autre que de rentrer en guerre , pourvu qu'ils soient par icelle reconnus pour libres sans limitation de temps , ainsi qu'il est porté par vosdites lettres ; qui est ce que je puis vous écrire sur iceiles, remettant le surplus à mes précédentes, et à vos meilleurs avis. Mais j'improuve, comme vous, le long séjour à La Haye des députés des archiducs; car je ne doute point qu'ils n'en profitent au dommage des Etats, si tant est qu'ils ne se retirent.

Je serai bien aise que vous, sieur Jeannin, preniez sujet de revenir par deçà pour être informé de vous par bouche de toutes choses; mais en ce cas vous promettrez à ces sieurs que vous retournerez par delà quand les députés desdits archiducs s'y rendront , car c'est mon intention. Mais je voudrois que vous prissiez votre chemin par Bruxelles, si vous le pouvez faire sûrement , afin de voir les archiducs , pour leur confirmer de ma part les assurances de ma bonne volonté ; car je juge que ce seroit leur bien, comme le mien, que nous fussions en bonne intelligence ensemble , principalement s'ils font la paix avec lesdits Etats, d'autant que nous pourrions lors régner en repos et sûreté, sans avoir occasion de craindre chose qui nous pût arriver de la part de nos voisins, mon intention étant de vivre en amitié avec tous , et me contenter du partage que Dieu m'a donné : je me persuade que la leur est semblable, mais Je n'a! pas occasion jusques à présent de croire le semblable des Espagnols ; à quoi toutefois l'on pourroit trouver des moyens de pourvoir pour l'avenir, par l'entremise même desdits princes, la bonne foi et sincérité desquels sera toujours de grande considération et efficace en mon endroit, ainsi que vous leur pourrez dire si vous les voyez; ce qu'il faudrait que vous fissiez sous prétexte d'éviter le passage de la mer, et pour vous rendre plus tôt vers moi , afin de ne donner martel aux Etats; et voudrois que vous dressassiez votre partie de façon que vous pussiez encore repren • dre le même chemin quand il sera nécessaire que vous retourniez par delà , afin de continuer la même visite et négociation avec lesdits princes, selon le sujet qu'ils nous en donneront. Mais Je veux que vous sachiez mon intention être, traitant avec les archiducs, de n'entendre à aucune ouverture qui puisse , de présent et à l'avenir,

nuire et préjudicicr auxdlts Etats , ni leur donner cause de se plaindre de raa foi et de mon amitié ; car c'est sur l'observation et entretènement de Tune et de l'autre que je prétends bâtir une bonne intelligence avec les archiducs, et non autrement.

Je serois trop mal conseillé aussi de laisser le certain , au préjudice de ma foi et réputation , pour m'attacher à l'incertain, étant lesdits princes si liés aux volontés d'Espagne , qu'ils font et crois qu'ils feront tout ce qu'ils voudront : ce que je vous dis , parce que je sais que le conseil d'Espagne a ses fins toutes contraires à la concorde publique a laquelle j'aspire , et à la bonne foi qui me guide ; de façon que je dois croire, s'il fait quelque semblant de procéder sincèrement en la recherche de mon alliance , que c'est plus pour en profiter au dommage des Etats, que pour le bien de tous. Lesdits Espagnols ne traitent pas plus fidèlement avec les Anglais ; mais ceux-ci prennent pour argent comptant toutes les propositions qui les chatouillent, et avec lesquelles ils peuvent tenir leurs voisins en jalousie, et mieux conserver leur neutralité, sur laquelle ils ont jeté le principal fondement de leur grandeur et réputation. J'ai bien remarqué par vosdites lettres la discontinuation de la communication desdits députés des archiducs avec vous: je l'attribue au déplaisir qu'ils ont reçu de la dernière voiture qui a été envoyée par delà plutôt que l'autre ; car je ne doute point qu'ils n'attribuent à mon assistance la dureté de laquelle ils estiment que les Etats traitent avec eux, sans considérer quelle est la nature de ces peuples, ni la condition présente des affaires d'Espagne, que chacun reconnoit aller déclinant à vue d'œil, à cause de leur gouvernement et des pertes qu'ils font aux Indes : c'est pourquoi je dois être plus retenu et considéré à continuer ladite assistance auxdits Etats sur l'instance qu'ils en font; joint que j'estime en cela mon argent assez mal employé , d'autant que je ne vois pas que lesdits Etats m'en sachent plus de gré , puisqu'ils continuent à vivre avec les Anglais et moi quasi en égalité. Et néanmoins j'offense en ce faisant mes autres voisins , de quoi lesdits Anglais mêmes s'avantagent encore envers eux à mon dommage. Toutefois avisez à leur faire sur ladite demande telle réponse que vous jugerez être à propos, pourvu que vous ne m'engagiez davantage audit secours ; car je serai bien aise d'en conférer avec vous , sieur Jeannin , devant que d'en résoudre. Nous pourrons voir aussi cependant quel train prendront les affaires, tant en Espagne qu'en Flandre , après la retiraitc desdits députés. Je n'ai sur cela fait autre réponse

au sieur Aërsens , qui m'a réitéré la susdite instance en me présentant la lettre desdits Etats, sinon que je voulois y aviser à loisir, et voir aussi plus clair aux affaires qui sont sur le bureau. Je prie Dieu, messieurs Jeannin et de Russy, qu'il vous ait en sainte garde.

Ecrite à Fontainebleau, le dernier jour de mars 1 608. Henbi.

Et plus bas, DE Neufville.

Lettre de M. de Villeroy à M. Jeannin, audit jour dernier de mars 1608.

Monsieur, vous avez été pleinement informé des intentions du Roi par nos précédentes lettres , et fraîchement par notre dernière écrite le vingtième de ce mois , c'est pourquoi nous ne nous sommes hâtés de vous renvoyer le sieur de Sainte-Catherine; car nous vous avons mandé qiie nous approuvons la trêve aux Indes , et qu'elle soit faite aussi par delà , plutôt que de rentrer en une nouvelle guerre. Nous persistons en cette opinion ; bien entendu , toutefois , que par ladite trêve les Etats soient reconnus pour libres, sur lesquels on ne prétend rien sans limitation de temps, comme le Roi vous écrit. Pour moi , je crois et ai soutenu qu'une trêve faite de cette façon seroit plus propre et utile qu'une paix absolue, pour les mêmes raisons que vous touchez en votre lettre ; mais chacun n'est de notre avis. Tous néanmoins concluent qu'il vaut mieux s'y ranger que de rompre , auquel cas il faudra déclarer, comme vous dites, que notre traité dernier aura lieu pour la trêve comme pour la paix , et ajouter la clause marquée par votredite lettre ; savoir, qu'ils ne pourront ci-après faire la paix, sinon du gré et consentement du Roi ; mais il ne faut en cela ni en autre chose faire mise ni recette des bonnes paroles des députés anglais. Aussi n'avons-nous rien d'ailleurs qui y concoure ; ce qu'il faut toutefois plutôt croire que manifester. Car bien que cette nation ne doive changer de naturel ni d'affection envers la nôtre , toutefois elle pourroit être induite de ce faire avec le temps , par la considération de son utilité et sûreté. Mettons toujours le droit de notre côté, comme vous avez prudemment et dignement fait jusques à présent; mais n'outrepassons aussi ces bornes-là , ainsi que nous ferions si nous suivions le conseil que W'inood a donné a M. de Russy. Son maître a autant on plus grand besoin de nous et de notre amitié que nous avons de la sienne. Je ne sais si une plus étroite alliance nous pourroit mieux assurer de lui et des siens. En tous cas, par honneur , il touche à eux de parler les premiers : mais aussi vous pouvez assurer que l'on nous trouvera tou-

DU PHBStDSNT JSÀNNIN.

jbnrs bien disposés d'entendre à toutes bonnes et honnêtes ouvertures; mais croyez , je vous prie, que si les Espagnols entretiennent encore avec les Anglais la pratique d'alliance dont votre lettre fait mention , ce n'est que pour les endormir^ flatter et abuser, principalement tant qu'ils seront de contraire religion , et que le prince d'Espagne sera à marier, qui n'est un œuvre d'un joar. Partant ne nous mettons en peine de tels discours ; ils ne sont mis en Jeu de part et d'antre que pour nous donner martel, et nous est facile de leur rendre la pareille, même auxdits Anglais; car, comme les plus foibles et insuffisans, ils soupçonnent tout et se défient de tout : ils jugent aussi de nos intentions et ruses par les leurs.

Nous avons quelque opinion que ce porteur vous trouvera parti pour nous revenir voir, sur ce quenous vous avons mandé par nos dernières, si les députés des archiducs se retiroient durant ces saints jours , que Sa Majesté auroit à plaisir, en ce cas, que vous fissiez un tour par deçà , ce que nous vous répétons encore. A l'effet de quoi nous vous envoyons une lettre pour les Etats, et TOUS apprendrez de celle de Sa Majesté le chemin qu'elle désireroit que vous prissiez, et les raisons de ce conseil : toutefois elle entend que tous en usiez ainsi que vous Jugerez être pour le mieux; car il faut avoir égard de n'effaroucher nos amis en voulant assurer les autres. Le Koi a considéré les propos que vous a tenus celui que vous avez envoyé quérir à Amsterdam. Il en fait un bon Jugement , mais il faut, comme il dit, voir ce qui réussira des traités qui sont snr le bureau , devant que de serrer davantage ce marché , quand ce ne seroit que pour ne l'éventer en l'état et constitution présente des affoires. Si vous venez par deçà, vous en entretiendrez a plein Sa Majesté, et en ferez leçon aux autres. Quant à la remontrance que vous avez dressée en faveur des catholiques , il nous semble qu'il faut s'y conduire, premièrement selon ce que feront les députés d'Espagne , secondement selon que vous connoitrez qu'elle sera bien reçue au pays; car si vous découvrez que les premiers veulent s'aider de ce prétexte pour favoriser une rupture , vous ferez bien de les prévenir, après avoir sous main averti de votre dessein ceux qui en seront dignes. Si aussi les Espagnols traitent ce point modérément et ne rompent , peu^étre sera-t-il l)on aussi de différer la susdite remontrance Jusques à ce que vous ayez vu Sa Majesté; néanmoins, tout ce que vous ferez sera trouvé l)on , comme a été tout ce que vous avez fait Jusques à présent. Enfin M. de Savoie a marié ses deux filles aînées

II, c. n. H. T. IV.

èii

aux princes de Mantoue et de Modène. Et quand les Espagnols ont vu que , nonobstant leurs con« tradictions , lesdits ducs ne laissoient de passer outre , ils les ont approuvés ; ça été lorsqu'on s'y attendoit le moins , et qu'ils n'en étoient plus recherchés, ce que l'on a attribué à foiblesse et timidité plus qu'à prudence et l)onne volonté. Cette victoire a un peu remis l'esprit dudit duc, qui étoit, ce dit-on, mal satisfait d'eux, et nommément du comte de Fuentes ; mais j'estime qu'il n'en deviendra que plus insolent en leur endroit, et qu'il les en méprisera davantage à l'avenir : tant y a qu'il ne nous a encore fait savoir de ses nouvelles sur tous ces changemens qu'en termes généraux et de gazette; mais on continue à dire que nous verrons bientôt le sieur de Jacob qui nous en apprendra davantage. Je prie Dieu, monsieur, qu'il vous conserve en bonne santé.

De Fontainebleau , ce dernier mars 1608.

Votre , etc., db Neupvillk.

Autre lettre dudit sieur de ViUeroy audit sieur Jeannin, dudit jour dernier mars 1608 ^ écrite de sa main.

Monsieur, nous voulons vous voir devant que de résoudre la gratification que nous ferons au sieur Barneveldt ; mais nous disons que nous suivrons en cela votre avis, tant pour le père que pour les enfans, l'ouverture que vous avez faite pour ceux-ci ayant été trouvée bonne. Le sieur Aërsens ne m'a point parlé, ni à autre que Je sache, de la faveur que le sieur Barneveldt désire être faite à son afné, telle qu'il l'a reçue d'Angleterre ; mais cela sera fait sans difficulté et mieux encore : je fais seulement donner ordre qu'il ne soit retiré sans nous dire adieu ; peut' être reviendrez-vous à temps pour nous aider à faire ce bon office , que je juge comme vous nécessaire envers le père et les enfans. J'ai aussi peu oui parler des propos que la princesse d'Orange vous a tenus qui touchent au prince Maurice , mais bien qu'elle avoit été retardée par le Roi sur votre conseil , de quoi elle fut lors éclaircie par moi, qui lui dis que c'étoit un mécompte du Roi. Nous mettons si mal volontiers ici la main à la bourse , que nous n'avançons pas facilement les offres et promesses d'argent ni de pension; mais aussi tenons-nous et exécutons fidèlement celles que nous fiiisons. Je vous remercie derechef du soin que vous avez de M. de Préaux ; et si vous ne revenez par deçà, et que M. de Castille , votre gendre , veuille aller par delà. Je ferai naître l'occasion que vous désirez , d'aussi bon cœur que si c'étoit pour mon fils ; car votre contentement me sera toi]^^^^ ^^^^

19SG0CIÀTtÛNS

cher que le mien propre. J*ai opinion que les députés des archiducs ont ainsi changé de langage et de contenance tout à coup sur l'article du commerce, pour avoir loisir d'attendre des nouvelles d'Espagne, et n'être cependant inutiles par delà; et je doute fort que le conseil d*£spagne passe ledit article comme il a été formé; de quoi lesdits députés seront éclaircis devant que TOUS receviez la présente, et le jugerez incontinent procéder sur l'article de la religion; car voilà un courrier qui vient d'Espagne, qui est présentement arrivé à la poste, qui n'est parti de la Cour que depuis cinq jours , et est fort pressé de passer. Je ne doute point qu'il ne porte la susdite réponse ; mais comme il ne nous a rien apporté de M. de Barrault , je ne puis vous en apprendre davantage. Si vous connoissez que le président Richardot continue à s'éloigner de vous , je ne puis être d'avis qu'en revenant en France vous voyiez les archiducs; mais quelque parti que vous preniez , je vous puis assurer qu'il sera ici approuvé. Je me recommande très-affectueusement à votre bonne grâce , et prie Dieu , monsieur, qu'il vous conserve en la sienne trèssainte.

De Fontainebleau, ce dernier jour de mars

Votre , etc., db Neufyille.

Lettre de messieurs Jeannin et de Russy au -Rot, du premier jour d'avril 1608.

SiBE ,

Le père commissaire s'en va en Espagne pour rapporter la volonté du Roi Catholique sur le fait du commerce des Indes, et autres difficultés que les députés des archiducs ont pu prévoir , afin qu^ils aient à son retour éclaircissement entier et certain de ce qu'ils auront à faire. On doit cependant travailler sans intermission sur les autres articles , montrant les uns et les autres que c'est leur désir d'en voir la fin le plus tôt qu*ils pourront, à quoi nous les exhortons incessamment, même les Etats en ayant dit tant de raisons , qu'ils y sont à présent fort enclins et affectionnés. La difficulté pour le convoi continue encore; car les Etats allèguent qu'ils n'en sauroient exeoipter le pays des archiducs, et le lever sur eux-mêmes, sans renvoyer tout le trafio à Anvers , ni Tabolir du tout sans s'ôter le moyen d'entretenir leurs navires de guerre. On avoit proposé de le lever à l'avenir avec plus de soulagement ; à savoir , sur les navires, non sur les denrées , ou bien pour cinq ou six ans seulement, et ces moyens sembloient être approuvés i mais les députés des archiducs décla-

rent opiniâtrement n^en rien vouloir donner du tout , particulièrement M. le président Richardot , qui y insiste avec autant d'affection que M. le marquis Spinola a fait le commerce des Indes. Ce n'est pas un article qui doive empécher la paix , et estimons , qui ne pourra mieux faire, qu'il faut plutôt conseiller aux Etats de céder que de rompre à cette occasion. L'éctiange des places sera remis après la paix.

II y pourra encore «voir quelque difficulté pour les limites ; car les Etats prétendent que non-seulement les places qu'ils tiennent en Brabant et Flandre leur doivent demeurer , mais leur territoire et juridiction , c'est-à-dire les villages qui en dépendent , et aussi bien en souveraineté que les villes , comme prenant exemple sur Breda , qui a dix-huit ou vingt villages qui sont de ladite terre et seigneurie , alléguant cette raison , que les membres doivent suivre le chef; et nous prévoyons que les archiducs les voudront restreindre à l'enclos de leurs murailles , ou à l'étendue des banlieues de chacune d'icelles places. Ce différend ne seroit aisé à composer, n*étoit qu'en Gueidres et en Over-Yssel , lesdits sieurs archiducs ont des places où ils voudront user du même droit ; et cela pourra ouvrir quelque moyen, soit par compensation ou autrement, d'en sortir : à quoi nous aiderons suivant le commandement de votre Miyesté. Ce qu'étant fait) il n'y a plus rien , comme il nous semble , qui puisse ôter l'espérance de la paix , pourvu que l'article concernant le commerce des Indes soit accordé en Espagne, dont nous espérons bien puisque ledit sieur commissaire fait le voyage; car il a très-bonne intention, et si il est fort bien instruit des raisons pour le persuader. 11 sait aussi les bons offices que nous faisons pour la paix, qui sont à présent si bien connus de lui et des autres ministres des archiducs, qu'ils ne doutent plus de la bonne volonté de votre Majesté, ni de son pouvoir en cet endroit. U nous a dit qu'il la verroit , soit à Paris ou à Fontainebleau , et qu'il en étoit sorti si bien édifié rao* tre fois qu'il la vit , qu'il auroit trop de regret d'aller vers le Roi son maître sans recevoir ses commandemens. Quant au Mi de la religion, le président Riohardot a bien pris les raisons que le président Jeannin lui a dit pour espérer de l'obtenir plutôt se joignant avec vous après la paix, qu'en y insistant par le traité; et sib œ s'en veulent servir comme d'un prétexte pour rompre , il y a apparence qu'ils prendront ce conseil. Nous prions Dieu , Sire , qu'il conserve votre Majesté et sa royale famille en tout heur et prospérité.

De La Haye, ce premier jour d'avril 16(^.

DtT P&BSIBENT JfiÀNNtfT.

Vos très-humbles et très-obéissans sujets et serviteurs , P. Jeannin et de Russy.

LeUre de M. Jeannin à M. de Villeroy^ dudit jour premier avril 1608.

Monsieur, Je vous ai écrit il n'y a que trois jours par un laquais de M. de Châtiilon;je le ferai encore par un capitaine qui doit retourner en France dans trois ou quatre jours. Et maintenant je fais ce mot par le père commissaire, qui s*en va en Espagne avec très-bonne intention de faire tout ce qu'il pourra pour le commerce des Indes , qui est la principale cause de son voyage. Il est aussi bien informé de notre conduite, et sait qu'ils ont occasion de s'en louer. Il m'a assuré, me venant dire adieu, qu'il verrait le Roi. Je suis certain qu'il en sortira aussi bien édifié qu'il en fut la première fois qu'il parla à Sa M^esté ; tout dépend de son voyage. Je vis le président Rlchardot le jour d'hier, conférai avec lui sur le siyet de la paix et de ce que le Pape avoit dit au sieur d'Alincourt, et depuis le Roi à M. le nonce , dont il a été fort réjoui. La créance et confidence entre nous deux est très-bonne et meilleure qu'elle ne fat jamais. Quoiqu'il y ait beaucoup de difficultés pour parvenir à la paix , si est-ce que la voyant fort désirée de deux c6tés, j'en espère mieux de jour à autre , s'il n'y a rien de caché en l'esprit de ceux qui traitent ou de leurs 'maîtres. Il me semble qu'il faut presser pour venir à la conclusion et mettre les affaires en état , qu'au retour du sieur commissaire on puisse demeurer d'accord de tout, du moins un mois après qu'il sera venu ; car la longueur , qui tient toutes choses en incertitude, et consume les Etats en frais inutilement, leur est très-dommageable , étant certain si elle continue qu'ils seront contraints de licencier une partie de leurs troupes , dont la dépense leur revient à huit cent mille francs par mois ; et pour ce qu'ils craignent que cela défavorise leurs affaires, ils sont tous les jours à nous prier, afin d'éviter cet inconvénient, de vouloir intercéder envers Sa Majesté pour les faire secourir ; mais je n'ose l'entreprendre, encore que je reconnoisse bien qu*ils en ont trèsgrand besoin , et que leurs affaires seront pour tomber en confusion , si ce secours qu'ils demandent, soit par forme d'avance , ainsi que le sieur Aërsens m'a dit , par prêt ou autrement , est refusé ; car j*ai crainte en le faisant d'être tenu pour mauvais dispensateur de la bourse du Roi.

Ainsi il me suffit de représenter les affaires sans y ^jouter ma supplication ; car le Roi a plus de prudence que personne, et est assisté de si bons et fidèles ministres, qu'ils lui sauront bien

conseille]^ ce qui est requis pour achever heureusement cette affaire, et obliger du tout ces peuples à connoitre qu'ils lui devront leur conservation. Aussi vous peux-je assurer que son autorité y est très-graude, et , quand il faudra prendre une résolution entière , que son avis aura beaucoup de pouvoir pour les faire incliner où elle voudra. M. le prince Maurice m'a dit plusieurs fois qu'il avoit entendu que Sa Majesté permettoit à quelques capitaines français, qui sont en ce pays , d'aller en Suède, et d'y mener des troupes , retenant néanmoins toujours leurs charges, et en recevant les états et appointemens , et que si cela se fait leurs compagnies se déferont. Ce n'est pas a moi d'en donner conseil , mais il me semble que la cause de l'élu roi de Suède n'est pas si favorable qu'il y faille envoyer des troupes avec l'autorité et permission du Roi ; il y a des choses qu'on aime mieux dissimuler que commander. Vous aurez au premier jour autres lettres de moi ; cependant je prierai Dieu , monsieur , qu'il vous donne en parfaite santé trèsheureuse et longue vie.

De La Haye, ce premier jour d'avril 1608.

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

P. Jeannin.

Lettre de messieurs Jeannin et de Russy au Roi, le Jour de Pâques 1608.

SiBE,

Depuis le départ du Ckirdelier, les députés des archiducs et des Etats ne se sont assemblés qu^une fois , et fut traité en leur conférence de l'échange des places, des limites et des confiscations déclarées d'une part et d'autre pendant 1(l guerre , et accordé , quant à l'échange , qu'il ser roit remis après la paix, et pour les limites des places de Brabant et de Flandre, dit , par M. le président Rlchardot, que les Etats ne pouvoient prétendre autres limites que l'enclos de leurs murailles, et sans souveraineté, n'étant raisonnable qu'ils s'attribuent cette autorité es deux principales provinces des archiducs , mais leur doit suffire d'y tenir les places avec telles forces que bon leur semblera pour la sûreté de leur fron^ tière. A quoi lui fut répondu que la souveraineté leur a déjà été accordée sur lesdites places , en ce que, par le premier article, ils sont reconnus souverains en tout ce qu'ils tiennent, et s'ils veulent restreindre les limites à l'enclos des mu*» railles , €|u'ils le consentiront , pourvu qu'il leur soit permis d'user de même droit contre eux en Over-Yssel, Zutphen et Gueldres, où ils tiennent quelques places. Mais ledit sieur président répliqua que ce n'étoit chose semblable , pource que tout leur appartenoit par succession et à X\Xx%

Si4

KEGOCIÀtlONS

légitime , et eux n*avoient que ce que la force leur a donné; au moyen de quoi les archiducs pouvoient dire, avec bonne raison, qu'es provinces où ils ont encore quelque part tout ce qui n*est occupé leur appartient. Il alléguoit aussi cette raison particulière, qu'en Gueldres ils tiennent un quartier tout entier, et par ainsi le territoire d'entre les villes dudit quartier leur doit demeurer, étant l'ordre des provinces d'iceux pays , que les villes sont attribuées à certains quartiers , sans qu'il y ait aucune confusion du territoire d'un quartier à Tautre; qu'en Zutphen ils tiennent la ville qui est chef du quartier, et y avoit même raison de prétendre le territoire entier d'icelui en ce qui n'a été occupé ; pour Over- Yssel , que ce n'est pas ain9i , mais se contentoient , pour ce regard , d'être réduits à l'enclos de leurs murailles ; quant à la souveraineté, qu'ils l'avoient bien quittée es provinces qu'ils tiennent entièrement , ou pour la plus grande part, mais non Jamais entendu de leur laisser partager avec les archiducs la souveraineté de Brabant et de Flandre , comme ils feroient si les places par eux occupées es dits pays leur demeurent en souveraineté. Cet article , quoique de grande conséquence, n'a été traité avec contention et animosité, au contraire a semblé que chacun se vouloit aider à le composer, ayant été avisé qu'on mettrait par écrit d'une part et d'autre ce qui avoit été proposé pour ce regard. Il en fut aussi autant dit pour les confiscations dont les articles sont communs, et sera aisé de les dresser en sorte qu'on en demeure d'accord. Lesdits sieurs députés des archiducs et Etats doivent respectivement rapporter , le mardi après Pâques , ce qu'ils en auront mis par écrit, pour conférer ensemble làdessus et voir s'ils s'en pourront accorder. Il ne fut point parlé en ladite dernière conférence du convoi, mais seulement en la précédente tenue avant le départ du Cordeller , et semble aussi qu'on y veuille chercher des expédiens pour le composer, en sorte qu'à notre avis les affaires s'avancent toujours avec espoir de bon succès pour obtenir la paix , s'il n'y a quelque chose de caché qu'on retienne du côté d'Espagne , pour rompre quand ils auront gagné le temps pour empêcher qu'ils n'aient la guerre cette année , dont ne voyons rien qui nous le doive faire conjecturer ; car les députés des archiducs s'offrent à toutes occasions pour conférer et avancer la besogne , le président Richardot ayant dit au sieur Jeannin qu'ils désirent le» affaires étro mises en état de les pouvoir entièrement conclure lors de la venue du Cordeller , et qu'ils ne sortiront point d'ici Jusqu'à ce que tout soit fait ou rompu. Il est certain néanmoins que si on veut travailler inces- |

samment, il n'y en aura pas pour qufaize jours au plus; car la plupart des articles qui restent regardent l'utilité commune , sur lesquels il n'y aura aucune difficulté ou peu. Ainsi si votre Majesté continue en cette volonté que le président Jeannin fasse voyage vers elle , en ayant sa réponse et commandement y il s'y acheminera aussitôt, et pourra être de retour avant ou au même temps que le Cordeller arrivera, jusqu'à la venue duquel les articles qui auront de la difficulté seront mis en surséance, n'y ayant apparence qu'on veuille faire autrement sans avoir entendu ce qu'il apportera d'Espagne. Aucuns étoient d'avis, même ceux qui veulent la guerre, de diffé» rer toutes choses jusqu'au retour du Cordelier, alléguant cette raison , que si on s'accorde des autres articles , et qu'il ne reste que celui du commerce des Indes pour lequel principalement il est allé vers le roi d'Espagne , qu'on sera plus facile du côté des Etats à recevoir quelque tempérament et modération sur icelui article que si tout étoit encore en entier, comme il est vrai.

Ils vouloient aussi que les députés des archiducs eussent à se retirer Jusqu'au retour du Cordeller ; mais on a bien reconnu qu'ils n'avoient aucune volonté de sortir d'ici sans achever ou rompre, qu'on les offenseroit en leur prescrivant cette loi,etquepeut-.étre iisneseroient si prompts à rotoumer; ce que les mieux afrecti(mnés au repos, dont le nombre est toujours le plus grand, craignent, préférant la paix à toute autre chose, et, s'ils ne la peuvent obtenir, une longue trêve, qui est en effet ce que votre Majesté montre désirer par ses dernières lettres. A quoi il y a apparence aussi que les affaires se termineront, ! pource que les conditions de la paix pourront sembler si rudes au roi d'Espagne, qu'il pensera y avoir moins de honte et de dommage pour lui de faire une trêve qu'une paix perpétuelle, comme au contraire les archiducs seront pour désirer leur repos pour toujours. Or nous avons favorisé et adhéré à l'opinion de ceux qui désiront Taccélération et résolution des affaires sans perdre de temps; car si le roi d'Espagne veut la paix en effet ou une trêve à longues années , il n'a que faire d'user d'artifices pour gagner le temps afin d'éviter la guerre cette année ; comme , au contraire, s'il use de longueur, tout en doit être suspect : par ainsi nous saurons tôt à quoi il se veut résoudra, même la rupture si elle doit avenir. C'est le profit des Etats , lesquels n'ont rien à craindra pour cette année, pource qu'ils ont plus de forces dans le pays que le roi d'Espagne ; et, avant qu'il en puisse faire venir de loin, le temps de faire la guerra sera passé; puis ladite ruptara avenant tôt , ils pourraient foire une ilott«

BU PBSSIDBNT JEANNIN.

par mer, pour rencontrer celle qui doit arriver des Iodes en Espagne vers la fin du mois d*août, on aa commencement de septembre, et avec peu de dépense contraindre le roi d*£spagne d'en faire beaucoup , ou mettre en danger sa flotte. Davantage le roi d'Angleterre a toujours déclaré qu'il ne diroit Jamais le secours qu'il veut donner que le traité ne soit du tout rompu ; votre Majesté ne le veut faire non plus, crainte d'être seule au secours , avec ce qu'il ne seroit pas à propos que l'un et l'autre fassent des offres en un temps auquel la paix est tant avancée qu'il y a plus déraison de l'espérer que de craindre le contraire. Les provinces sont aussi de même avis, et ne veulent entendre parler de nouvelles contributions, leur semblant que le faire est désespérer de la paix, et ne leur peut-on persuader que se préparer à la guerre soit le moyen de l'éviter. Or, plus les Etats auront de temps et de loisir pour traiter avec leurs amis et disposer les provinces à faire ce qui est nécessaire pour leur conservation , et mieux sera pour eux ; au lieu que, si les affaires traînent et demeurent en incertitude , ebacun se refroidira. La plupart des députés des provinces , qui s'ennuient déjà bien fort ici, se retireront^ et ne feront après Jes Etats leurs affaires avec tant d'avantage et de réputation.

Il y a encore une raison particulière qui nous a fait embrasser le conseil d'avancer la fin de ce traité, à savoir qu'on nous dit tous les jours quHls attendent de l'affection et libéralité de votre Majesté , qu'elle leur continuera le secours accoutumé jusqu'à la conclusion de la paix , attendu qu'ils ont toujours les mêmes forces, et que tout leur appui ne dépend que de sa puissance et bonté envers eux, encore que nous leur ayons dit et répété si souvent le contraire , qu'ils ont trop de sujet d'en avoir autre opinion. Il semble aussi à ceux qui veulent la paix , que presser la résolution soit chercher rupture , et que différer à ouïr ce qui leur déplairoit est le moyen de l'éviter ; comme si on ne pouvoit pas faire les mêmes offices pour obtenir la paix , en avançant la coudu^on qu'en traînant les affaires en longueur. Les députés des archiducs sont bien assurés de notre affection , et que votre Majesté peut beaucoup aider à leur contentement; aussi montrent-ils d'en avoir toute finance. C'est ce que nous lui pouvons mander, priant Dieu, Sire, qu'il donne à votre Majesté et à sa royale famille tout heur et prospérité.

De La Haye, ce jour de Pâques 1608.

Vos très-humbles et très-obéissans sujets et scnitcurs , P. Jeannin et Russy.

Lettre de M. Jeannin à M. de Villeroy, audit jour de Pâques 1608.

Monsieur , les députés des archiducs demeurent tous ici, fors le Cordelier qui est parti pour aller en Espagne , et désirent continuer la conférence sur les autres articles sans aucune Intermission , afin que tout soit prêt à conclure lors du retour d'icelui. Les Etats disent avoir la même volonté, et m'ont fait prier, sur l'avis qu'ils ont eu que je voulois faire voyage en France, de m'en abstenir, attendu qu'ils sont encore au fort des affaires. Cela me retient , crainte de faillir au service du Roi ; si en ai-je très-grand désir, et n'en perdrai l'occasion si elle se présente. Le président Richardot, qu^ m'a vu plusieurs fois, montre ne pouvoir croire que le roi d'Espagne veuille consentir l'article du commerce des Indes selon qu'il a été dressé, qu'il est aussi conçu si bigarrement, qu'on peut dire qu'il contient la guerre , la paix et la trêve tout ensemble : le premier, en ce qu'on a pris un an et demi pour avertir ceux qui sont aux Indes, jusques auquel temps ils pourront commettre tous actes d'hostilité; et eux avoient requis que dès le jour de la paix tout ce qui seroit pris, étant encore en nature, fût rendu d'une part et d'autre ; ce que les Etats n'ont voulu consentir, à cause de l'empêchement des marchands de la compagnie des Indes, qui prétendent avok fait de grands frais pour équiper leurs navires en guerre et y avoir mis un grand nombre de soldats, en espérance de recouvrer cette dépense sur les prises qu'ils pourroient faire, dont ils seroient frustrés si ce temps ne leur étoit accordé pour prendre tous avantages avec hostilité; qu'il contient aussi la paix , en ce qu'il est dit par icelui « quoi qu'il advienne aux Indes durant la trêve de neuf ans » dont mention est faite par ledit article, «ou icelle expirée; » qu'est autant à dire encore qu'ils y fessent la guerre et exercent tous actes d'hostilité, que la paix ne sera rompue de ce côté; et enfin contient ladite trêve de neuf ans, lui semblant qu'il eût été plus raisonnable de réduire tout à une trêve, tant deçà qu'aux Indes, ou bien faire la paix partout, eux s'abstenant d'aller audit commerce après un certain temps dont on fàt demeuré d'accord; ainsi craignoit qu'eux voulant avoir tout on ne leur refuse tout en Espagne , au grand regret et déplaisir des archiducs et d'eux qui sont leurs ministres , et désirent ardemment la fin de la guerre, aussi nécessaire pour le bien et repos des Etats que de ceux qui les en recherchent. Il avoit tenu ces mêmes propos , en l'assemblée des députés des Etats, le

I vingt-neuvième du mois passé, et ajouta tout ce qu'il put pour les exciter de modérer en quelq^ie

RBOOGUTIOIfS

chose cet écrit, mais en vain pour lors« Je ne laisse pas pourtant de croire, si on étoit sur le point de rompre à cette occasion , qu'ils seroient pour y recevoir quelque modération.

Il demanda pareillement qu'en l'article du traité de paix où les Etats ont mis que la paix soit Jusqu'au tropique du Cancer , et depuis , en le corrigeant ou interprétant, jusqu^à la hauteur des Canaries, que cela fût encore expliqué plus clairement; au lieu de quoi les Etats ont consenti de le mettre ainsi qu'il est couché en l'artide qui contient la dernière réformation, lequel je vous ai envoyé. Il continue aussi toujours à se plaindre de la dureté et rudesse des Etats qui ne veulent rien remettre de ce qu'ils prétendent , même en ce qui est du convoi , qu'il a fort à cœur pour la commodité de la ville d'Anvers , pour le i*egard duquel je pensois qu'on fût presque d'ac» oord; mais depuis cette dispute s'est échauffée, ainsi que vous verrez par les lettres qu'avons écrites à Sa Majesté. J'espère néanmoins qu'on y pourra trouver quelques expédiens. Nous lui mandons pareillement ce qui s'est passé touchant les limites , l'échange des places et les confiscations , outre lesquels articles il y en a peu qui soient de grande considération , et qui puissent donner sujet de rompre. Les archiducs ont bien mis en avant un article touchant le fait des princes voisins, sans s'expliquer, sous lequel ils pourroient bien comprendre quelque chose d'importance, et qui aurait de la difâculté, comme le fait de la succession de Clèves et Juliers, advenant le décès du duc , et le différend d'entre le comte d'Embden et la ville. Quant au premier, U me semble qu'on n'y doit entrer , mais se réserver à y prendre conseil quand le cas écherra. Pour Embden, le roi d'Angleterre affectionne le droit du comte , parent de sa femme , et les Etats ont grand intérêt à favoriser la ville, pource qu'elle a eu recours à eux, et que le comte a son appui du côté d'Espagne et dés archiducs. Il est bien nécessaire de lui donner quelque contentement, pourvu que ce soit en sorte qu'il ne demeure point maître de la ville. Il est vrai qu'il sera très-difficile d'y tenir cette mesure; nous y aiderons de tout notre pouvoir.

Je ne vois pas qu'il y ait ici des afReures pour plus de quinze jours si on veut travailler; et quand même tout ne seroit achevé , Je pourrai faire voyage lors vers Sa Majesté si elle a encore ce désir, et le ferai trouver bon aux Etats, les assurant que Je serai de retour avant la venue du Cordelier, ou au même temps de son retour, jusques auquel il est certain que rien ne se fera qui puisse être cause de rupture. Elle me commandera donc 80Q intention. Bien me semUe-t41 ,

s'il lui platt que J'y aille , qu'il sera à propos que je puisse rapporter contentement aux Etats pour le secours dont ils me font tous les Jours instance, et en ont aussi grand besoin. Ils m'en feront sans doute la requête avant mon départ, et Je désire me conserver la créance que j'ai acquise envers eux pour y mieux servir. Vous y penserez, s'il vous plaft, et à ce que vous ai ci-devant écrit pour le sieur Bameveldt; car je vois bien que, pour maintenir l'autorité du Roi dans ces pays , il est besoin , outre la bienveillance générale , d'y acquérir des serviteurs particuliers, si on veut que leur alliance et amitié, qui peut être utile à l'avenir, dure aussi long-temps que les bienfaits dont on a usé envers eux le méritent ; et Je me promets que s'il plaît à Sa Majesté entendre mes raisons, qu'elle les approuvera. Ce n'est pas que je ne sente bien de leur intention et affection en général, mais sont peuples qui se laissent ood*< duire , et jugent du bien et du mal par l'avis d'autrui plutôt que par leur propre sens. M. Carron à écrit d'Angleterre qu'au premier Jour les députés dévoient recevoir commandement de leur maître pour passer la ligue avec les Etats , de même façon que le Bol Ta faite avec eux , fors qu'ils veulent les deux tiers du secours. Il déplaît audit Roi que soyons seub, et cette Jalousie l'y fera peut-être résoudre , et passer par dessus la crainte qu'il a eue Jusqu'ici d'offenser l'Espagne en faisant ladite ligue ; mais pour celle avec Sa Majesté, ses députés ne nous en parlent point, et ledit sieur Carron n'en écrit rien non plus.

Je n'ai pas encore donné la ratiûcation aux Etats , le sieur Bameveldt ayant étéd'avis de différer jusqu'à ce que les provinces l'eussent envoyée, afin que Je reçoive la leur au même temps que je donnerai la nôtre ; et il m'a dit que iesdites ratifia cations seront ici le mardi après Pâques, au retour des députés qui sont allés la plupart en leurs maisons depuis quatre Jours seulement, et que le lendemain de leur arrivée ils nous viendront trouver un de chacune province pour nous les donner. Sera assez de foire les complimens requis en cette compagnie , et leur donner aussi la ratification de Sa Majesté, sans aller en l'assemblée générale, pour ne montrer , pendant que les députés des archiducs sont ici , que nous faisons trop de compte de cette alliance, attendu que leur avons toujours dit , et voulu que chacun crût que Sa Majesté l'avoit plutAt foite pour la considération des Etats, et pour favoriser la paixj leur union et leurs affaires, que pour en tirer profit. Je ne laisserai pourtant d'en dire autant qu'il convient en cette compagnie particulière, pour leur faire connoitre qu'on estime leur amitié j car ils ont assez bonne opinion d'eux-

BU PBiSIBBMT IBANNIIf.

mêmes pour penser qu'ils méritent cette reconnoissance,en quoi Je n'omettrai rien, retenant néanmoins l'avantage qui est dâ au maître, qui est si bien poilr le présent avec eux qu'on ne Vy sauroit désirer mieux. Je prie Dieu , monsieur, qu'il vous donne eu parfaite santé très-longue et heureuse vie.

De La Haye , ce Jour de Pâques 1 608.

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

P. J£ANNIN.

Lettre de M. Jeannin à M, le duc de Sully, dudit jour de Pâques 1608.

Moilsieor, on travaille toujours pour avancer la paix , mais plus lentement qu'il ne seroit be* soin, provenant cette longueur des Etats qui sont contraints de faire passer tout ce qu'ils trai» tent par l'avis de tant de gens, que beaucoup de temps se consume pour faire peu. Et quoique l'incertitude de paix ou de guerre, causée par telle longueur, leur puisse être aussi dommageable qu'elle est ennuyeuse à leurs amis, si la fkut-ii souffrir pource que c'est un mal qu'on ne peut corriger. Le Gordelier est parti pour aller en Espagne ^ afin de rapporter la volonté du Roi son maître sur le commerce des Indes. M. le président Richardot dit que ledit sieur Roi ne t accordera Jamais ainsi qu'il est contenu en l'acte qne J'ai envoyé au Roi , et s'ils ne s'en veulent désister la trêve finie, qu'il voudra réduire la paix de ce côté à une trêve pour même temps. D'autres ont opinion qu'il se réservera seulement la liberté de leur interdire le commerce d'Espagne, au cas qu'ils veuillent continuer celui des Indes après la trêve , se pouvant espérer que^ pour uti qui préférera ce commerce des Indes à celui d'Espagne, il y en aura cent au contraire , et par ce moyen , sans rompre la paix , il obtiendra eomrae de gré à gré ce qu'il prétend. Quand Il feroit l'un ou l'autre , les Etats cbangeront bien d'avis, 011 ils ne laisseront de s'y accommoder; car ceux qui Jugent la paix nécessaire sont toujours les plus puissans; et néanmoins il est malaise d'assurer qu'il n'arrive point de changement, à cause des pratiques et menées des autres qui tendent à la guerre , auxquels il semble que les Anglais, changeant leur première affection et résolution, ont volonté d'adhérer, nous ayant tenu depuis deux Jours des propos si contraires à ce qu'ils avoient accoutumé , qu'il y a sujet d'entrer en ce soupçon : nous le découvrirons mieux avec le temps. Si vous peux-je bien assurer, monsieur, que l'avis qui viendra du Roi sera toujours de plus grand poids pour y faire incliner les Etats que le leur*

h ne peux encore juger is'Ub se dissimulent

ou s'ils ont changé d'avis par effet , ni quelle ea pourroit être la cause, sinon qu'ils se promettoient plus de l'amitié du roi d'Espagne et des archiducs qu'ils n'en ont trouvé ^ ou bien ils ont de la Jalousie de ce qu'il leur semble que les Etats font plus de compte de ce qui vient de Sa Majesté, et ont aussi plus de contentement de ses actions en leur endroit , comme encore de ce que les députés des archiducs , pour être mieux informés qu'ils n'étoient auparavant de la bonne intention et du pouvoir de Sa Majesté pour aider à faire la paix, nous recherchent plus, qu'eux. Si estimé-Je que ce dépit passera bientôt| et que la crainte d'offenser le roi d'Espagne et les archiducs, Joint qu'ils n'ont la volonté ni le pouvoir de supporter les frais de la guerre, leur fera prendre d'autres conseils. Les particularités de tout ce qui se passe ici sont contenues es lettres du Roi que vous verrez ; c'est pourquoi , monsieur. Je ne vous en ennuierai, et ajouterai seulement ce mot, que les Etats ont encore grand besoin de l'assistance de Sa Majesté , et m'en font tous les Jours instance; mais Je n'ose Joindre ma très-humble supplication à la leur, pource que Je l'ai déjà fait si souvent que Je crains d'en être importun. C'est de vous seul qu'ils peuvent espérer cette faveur envers Sa Majesté, qui saura bien considérer, quand il vous plaira lui représenter, combien il est nécessaire d'empêcher, pendant les conférences pour venir à un traité , que les affaires ne tombent en confusion , et que ces peuples soient obligés d'avoir une perpétuelle souvenance que c'est elle seule, après Dieu, qui les a conservés. Quand on a parlé des confiscations , j'ai dressé un article général dans lequel le fait de M. le prince d'Espinoy est bien expressément compris, à quoi les députés des archiducs n'ont encore répondu. J'en serai soigneux avec autant d'affection que Je prie Dieu , monsieur , qu'il vous donne en parfaite santé très^longue et très-heureuse vie.

De La Haye, ce Jour de Pâques 1608.

Votre très-humble et très-obéissant serviteur ,

P. Jbannin.

Lettre de M. le Chancelier à M, Jeannin, du deuxième d'avril 1608.

Monsieur, J'ai vu tout ce que vous avez écrit et envoyé par deçà , qui a été bien reçu, comme tout ce qui vient de votre part. Je n'ai point manqué en toutes occasions de faire ce que Je dois pour faire estimer votre mérite, et ai dit souvent que cette affaire ne pouvoit être si bien conduite par autre main que la vôtre. J*ai considéré ce que vous entendez remontrer pour le fût de la religion , en quoi U ne se peut rien dé-

sirer ; mais vous savez que c'est une matière délicate de laquelle il faut user avec grande discrétion , et ne suis pas d'avis de vous en déclarer , sinon que vous soyez certain que les autres en veulent faire instance , et de là prendre occasion de rupture ; car autrement votre bonne intention pourroit être mal interprétée , et peut-être porter préjudice à ce grand ouvrage. Vous êtes sur les lieux, qui n'avez besoin de conseil autre que votre grande prudence; mais Je le vous écris de l'abondance du cœur, tant pour l'affection que J'ai au public que pour votre particulier , que Je désire servir de tout mon pouvoir et vous prie d'en faire état, et suis, monsieur, votre bien humble et affectionné serviteur, Baulaut. A Paris, ce deuxième d'avril 1608.

Lettre de M. de Vilteroy à M, Jeannin, du cinquième jour d'avril 1608.

Monsieur, le sieur de Sainte-Catherine partit d'ici le dernier Jour du mois passé, avec les intentions du Roi sur vos lettres apportées par lui, et le deuxième du présent nous avons reçu par la voie de Calais celles des 23 et 24 du susdit mois dernier I sur lesquelles le Roi ne vous fera, pour le présent, aucun commandement; car nous n'avons rien à dire sur les difficultés et contestations que vous nous représentez par icelles , ni sur les discours du président Richardot. Nous vous disons seulement que nous avons opinion que la négociation de cette paix engendrera à la fin plus d'altération et de haine que de réconciliation et amitié entre les parties; car nous ne pouvons nous persuader que le conseil d'Espagne digère ni approuve Jamais les articles du commerce des Indes en la forme que l'entendent messieurs des Etats. Le duc d'Ossonne, qui passa hier ici allant en Espagne , l'a dit ouvertement à Sa Majesté, ajoutant, quand cettui-là et tous les autres, même celui de l'échange des places de Fland^ et de Brabant qui est fort affectionné des archiducs, seroient vidés, que le point de la religion accrochera et renversera tout , si lesdits Etats ne contentent le roi d'Espague en icelui. Il y a trois Jours qu'il a passé par ici un courrier venant d'Espagne et allant en Flandre en extrême diligence, par lequel ledit Roi fait savoir son vouloir sur le fait dudit commerce indien; de quoi, s'il est vrai, vous vous apercevrez bientêt par delà. Hier au soir il ' en a passé un autre qui m'a apporté des lettres de M. de Barrault, du 27 du passé , par lesquelles il nous mande qu'ils sont fort scandalisés par delà de la dureté desdits Etats , et de leurs demandes qu*ils disent être très-déraisonnables, «\joutant qu'ils déclarent publiquement qu'ils re-

commenceront plus volontiers la guerre qu'ils n'accorderont ledit commerce des Indes. Toutefois ils peuvent faire sonner aux oreilles de notre ambassadeur ces propos exprès, afin d'être portés aux oreilles desdits Etats , et que cela les modère et rende plus traitables. En tout événement nous estimons que cette négociation traînera le reste de cette année, car les Espagnols ne sont préparés pour faire la guerre non plus que lesdits Etats; mais les premiers entretiendront les autres de l'espérance dudit traité, Jusqu'à ce qu'ils soient pourvus de moyenif de faire autre chose. C'est le Jugement du Roi, lequel parle d'employei* ce délai et temps d'incertitude à visiter les pays de Provence et Languedoc, afin d'être de retour en ces quartiers au printemps l'année prochaine. Sa Majesté m'a commandé de vous en avertir. Elle ne sait aussi si les députés des archiducs se retireront durant le voyage que fera en Espagne le Cordelier , et partant s'il vous sera loisible d'échapper et faire un tour par deçà , ainsi qu'elle vous a écrit par ses dernières; mais nous nous assurons que vous ne prendrez ce parti que vous ne connoissiez clairement et certainement le pouvoir faire sans faire tort au service de Sa Miyesté , et aux affaires publiques.

Nous estimons aussi que vous devez bien con«' sidérer s'il sera à propos, pour la réputation et le bien des afiGedres de Sa Majesté, que vous fassiez instance de sa part auxdits Etats en faveur de la religion catholique, conjointement avec les députés des archiducs ou séparément, ou bien vous abstenir d'en parler du tout. Nous reconpoissons ce passage délicat et scabreux, principalement en cas de rupture; car il est certain que lesdits Etats rejetteront la demande que l'on leur en fera , plutôt encore et avec plus de raison que s'ils faisoient la paix. Et quelle gloire et utilité aura Sa Majesté d'avoir part à ce refus, si lesdits Etats le désiroient ainsi, afin de détourner les catholiques d'avoir obligation entière aux archiducs de cet office 1 Ce seroit quelque considération sans laquelle Je ne puis comprendre que ce soit le service du Roi de s'en mêler; mais s'ils s'accordent des autres points , il y aura plus d'apparence de raison de le faire : si ce doit être coiyointement avec les archiducs, ou à part. Sa Majesté dit qu'elle vous en défère le Jugement; mais elle estime que vous pourriez sonder et assentir devant l'opinion desdits Etats , ou de ceux qui ont plus de voix en chapitre en iceux, pour vous conduire plus sûrement et utilement; car nous estimons, s'il faut qu'ils gratifient lesdits catholiques , qu'ils le doivent consentir plutôt eu faveur d'aucuns leurs amis ou d'eux-mêmes, qu'à

BU PBESIDElfT JEANNIIT.

l'iDStance desdits archiducs, ponr les raisons que vous savez trop mieux, mais afin de priver les archiducs de la gloire et de l'avantage qu'ils espèrent tirer de Tiustance qu'ils prétendent faire de ce point en cas de rupture, la fonder sur icelui. Il nous semble, si lesdits Etats s'en aperçoivent, qu'ils doivent faire difficulté de déclarer leur finale intention sur icelui , que les autres articles ne soient entièrement accordés, et même signés, s'il est possible; car quand cela sera, les archiducs n'opiniâtreront celui-ci, ains se contenteront d'en avoir fait mention pour conserver leur entière réputation. Le sieur Aërsens pour- EQit toujours que les Etats soient assistés; mais Sa Majesté ne peut digérer cette demande , montrant n'être content de quoi l'on épargne les Anglais , et cependant que l'on a pareil soin d'eux qoe de Sa Majesté. Il n'a encore aussi rien ordonné pour le sieur Barneveldt, quoi que je lui aie dit; mais quand M. de Sully sera auprès du Roi nous en résoudrons. Monsieur , voilà ce que le Roi m'a commandé vous faire savoir sur la réception de vos dernières lettres, outre et par dessus ce qu'elle vous a écrit par ledit Sainte- Catherine; ainsi je n'y i\jouterai que mes trèsaffectionnées recommandations, en priant Dieu, monsieur, vous conserver en bonne santé. De Fontainebleau, le cinquième jour d'avril

Votre, etc., de Neuf ville.

Lettre du Roi, du huitième d'avril 1608,

Messieurs Jeannin et de Russy, le porteur de la présente, nommé Jacques Dick, docteur, nous a apporté une lettre de notre très-cher cousin Charles, éia et couronné roi de Suède, de la teneur que vous verrez par le double que nous vous envoyons, laquelle nous a été agréable ; car il nous témoigne par icelle une très-bonne volonté, et nous déclare être prêt de renouveler, confirmer, voire, s'il est jugé utile, augmenter et estreindre davantage les anciens traités d'alliance et confédérations que les rois nos prédécesseurs, d'heureuse mémoire, ont faits et entretenus avec les rois des Goths , et même le roi Gustave, père dudit Charles, en l'année 1559, dont vous aurez aussi un double tiré de celui qne ledit docteur nous a exhibé, nous ayant déclaré que ledit Roi, après qu'il aura entendu notre volonté sur sa proposition , enverra exprès ses ambassadeurs et députés en notre royaume ou ailleurs, ainsi que nous aviserons, pour l'effectuer et accomplir sincèrement. Et d'autant <IQe nous n'avons rien qui nous soit plus recommandé ^ affectionné que d'embrasser et chérir les anciennes alliances et amitiés contractées

par nosdits prédécesseurs avec les Rois nos voisins, l'honneur et utilité de notre couronne et de nos sujets, nous avons déclaré audit Jacques Dick que, si ledit Charles veut envoyer sesdits ambassadeurs et commissaires en notredit royaume, ou en Hollande cependant que vous y serez, avec pouvoir suffisant et tel qu'il est requis pour effectuer la susdite proposition ^ nous aurons à plaisir d'y entendre, comme à toutes choses qui pourront servir à l'utilité commune de nosdits sujets. Mais comme jusques à présent nous n'avons donné par nos lettres le nom et titre de Roi absolu dudit pays audit Charles, que c'est chose qui n'a encore été faite aussi par aucun Roi chrétien^ et qu'il n'est ralsomiable que nous soyons le premier à ce faire sans bonne considération , nous avons avisé de différer à répondre par cedit porteur à la susdite lettre, et lui avons dit que nous serons très-aise d'être à plein informé des choses qui ont été faites et gérées audit royaume sur le couronnement et l'établissement dudit Charles, afin de pouvoir prendre après cela une résolution digne de nous et de la justice de la cause de ce prince, duquel nous avons ci-devant tant désiré et affectionné la prospérité, qu'ayant été souvent recherché et prié de la part du roi de Pologne, son neveu , d'aider à composer leurs différends, nous avions volontiers entrepris ce bon œuvre. Mais les choses sont demeurées en ces termes, encore que le roi Charles nous eût fait savoir par ses lettres que l'on le trouveroit toujours disposé d'entendre à toutes bonnes ouvertures pour parvenir audit accord, d'autant que nous avons bien reconnu que nos peines et entremises produiroient difQcilement les fruits que nous désirions pour le bien et repos des parties , pour des raisons qui sont venues à notre connoissance. Nous avons fait dire toutes ces choses audit docteur, afin qu'il les représente à son maître , et voulons que vous les lui répétiez.

Outre cela, nous désirons que vous examiniez et considériez diligemment par delà la susdite proposition, vous informant et instruisant si nous devons et pouvons tirer de cette confédéraration les avantages et commodités pour nosdits sujets qu'aucuns s*en promettent, afin que nous fondions mieux la résolution que nous y prendrons. Et d'autant que le roi de Danemarck, et par conséquent celui de la Grande-Rretagne, ne sont, comme nous entendons, en trop bonne intelligence avec ledit Charles de Suède, et que l'on dit aussi que ceux des Provinces-Unies ne désireront pas que nous contractions avec lui une plus étroite intelligence, à cause de la jalousie du commerce que nous pouvons établir par

NSGOCUTIONS

le moyen d'icelle en notre royaume, dont ils retirent de présent le profit, vous aviserez à conduire et manier ce fait avec le susdit docteur, de façon que les autres ne s'en ombragent et ne le traversent et renversent, et vous nous donnerez avis de ce qui s'y avancera ; vous déclarant derechef que nous serons très-aises d'entendre à ladite ouverture, et en faciliter l'exécution et résolution, si nous voyons être le bien de notre couronne de conclure ladite confédération, et reconnoissons aussi le pouvoir faire dignement. Nous prions Dieu, messieurs Jeannin et de Eussy, qu'il vous ait en sa sainte garde. Ecrite à Fontainebleau, le huitième Jour d'avril 1608. Henbi. Et plus bas, Brulart.

Lettre de M. de Villeroy à M. Jeannin j dudit jour huitième d'avril 1608.

Monsieur, Je vous ai écrit le cinquième de ce mois par la voie de Calais, par laquelle Je vous adresse encore la présente, vous avertissant par celle-là de la réception des vôtres du passé, et je vous envoie avec celle-ci le duplicata d'une lettre que le Roi vous a écrite cejourd'hui par le docteur Jacques Dick que le duc Charles de Suède, qui porte à présent le nom de Roi dudit pays, a envoyé à Sa Majesté pour reffet que apprendrez par ladite copie, duquel on nous dit et promet ici que la France tirera tant de sortes d'utilités et avantages, qu'il ne s'en est guère fallu que nous n'ayons passé par dessus toutes considérations et respects pour les embrasser, et y engager le nom de notre maître à l'heure même. Toutefois Sa Majesté a enfin pris conseil d'en user et s'y conduire ainsi que vous verrez par sadite lettre. Il est certain que nous ne pouvons faire grand état de l'amitié du roi de Pologne, sur lequel ledit Charles a usurpé la couronne de Suède , à cause de son alliance avec la maison d'Autriche, qu'il a , comme vous savez , redoublée, et qu'il penche du tout de ce côté-là. Nous ne devons aussi faire mise ni recette de l'amitié de celui deDanemarck, qu'en tant que le roi de la Grande-Bretagne l'agréera ; car il y est attaché entièrement à cause de sa sœur qui continue en sa mauvaise volonté contre Sa M^esté. Toutefois il est toiyours bienséant de n'offenser légèrement lesdits Rois, qui sont ennemis découverts et couverts dudit Suédois, et d*autant plus qu'étant tenu pour usurpateur, sa cause est jugée de plusieurs injuste, et qu'elle fait exemple et conséquence pour tous les autres princes. Outre cela, ce Suédois a réputation d'avoir été fort rude à ceux du pays, d'en avoir fait mourir plusieurs, et d'être fort ami de ses intérêts et passions priyées. Aussi est-il de contraire religion à la nôtre.

et a fondé son usurpation prétendue sur le pré« texte d'icelle. Davantage, j'entends que plusieurs augurent mal de sa succession, ne pouvant croire que ses enfans la recueillent paisiblement. Néanmoins toutes ces raisons et considérations ne nous garderont de contracter avec lui, si nous y connoissons de l'utilité pour le royaume et pour le service du Roi ; mais s'il le faut Mre étant édairci et assuré de ladite utilité , nous devons nous y conduire en la meilleure forme que nous pourrons pour justifier ce que nous ferons.

J'ai autrefois discouru avec vous des moyens d'accorder ledit Suédois avec son neveu, ce der« nier faisant rechercher le Roi de s'en entremettre, et offrant de remettre ses droits à son ja* gement et arbitrage : à quoi ledit Charles nous a donné occasion de croire qu'il n'avoit volonté d'entendre que pour entretenir le tapis, et en attendant qu'il fut parvenu à l'être auquel il se retrouve. Je ne pense pas qu'il soit maintenant à propos de renouveler cette pratique, de laquelle il y a deux ans pour le moins que l'on ne nous a parlé : toutefois j'estime que ce seroit la sûreté de l'un et le repos de l'autre, s'ils accordoient leursdits différends. Ce seroit aussi l'honneur clu Roi notre maître d'être auteur de ce bon œuvre ; mais j'estime que nous aurions de la peine d'y disposer et rembarquer de présent les parties, car ledit Charles ne voudra remettre en doute et arbitrage ce qu'il possède et estime posséder à juste titre. Je ne pense pas aussi qu'il puisse être ému de la remontrance des intérêts et périls de ses enfans, se confiant par trop en sa bonne fortune, en la foiblesse de sa partie adverse , et aimant mieux sa personne que tous sesdits enâms, ni sa patrie ensemble. D'ailleurs le Polonais est assez opiniâtre, conseillé des jésuites, qnile divertiront toujours de composer avec son oncle avec la privation entière de l'exercice de notre religion en Suède. Il sera trop jaloux aussi de ce titre et pouvoir de Roi duquel l'autre l'a spolié, soit qu'il veuille y rentrer et en jouir lui^éme, se voyant assez malmené en Pologne, soit qu'il se contente et réduise d'en impatroniser son fils. Il me semble aussi qu'il seroit difficile de trouver un bon moyen et tempérament entre ces deux extrémités et contrariétés de volontés. La justice combat pour l'un et la force soutient l'autre; par ainsi je pense que ce sera le plus expédient de ne renouveler cette pratique. Toutefois je vous prie d*y penser; car si nous y faisions un nouvel effort, quand bien il ne réussiroit, il pourroit peutêtre servir à Justifier davantage la susdite confédération que nous prétendons faire. Cependant nous avons permis au sieur de La Rorde d'aller servir le Suédois. U s^attend que l'on le nantira

BU PII88IDB1IT JBÀNNIN.

et garnira d'argent en abondance, et aussi qu'il ne manquera point de capitaines et de soldats qui l'y suivront : toutefois j'ai opinion que l'on trouvera du mécompte en l'un et en Tautre projet, et ai opinion qu'il en sera mauvais marchand. Je lai ai prédit , mais il répond qu'il ne s'y engagera tout-à-fait que sur bons gages. Or nous l'avons recommandé à Dieu, et crois qu'il vous anra vu devant que vous receviez la présente.

M. de Préaux m'a dit quelque chose de ce docteur Dick , et c'est ce qui a été cause que BOUS nous sommes moins arrêtés à ses discours ; mais il a trouvé ici des partisans , mus toutefois plus de la considératiou du profit que d'autre raison. Il nous a dit sur la fin qu'il étoit pressé de retourner en Suède : c'est , à mon avis, parce qu'il a su que les cuivres de ce prince , auxquels consiste son trésor , étoient arrivés en Hollande , au débit desquels il a hâte de se trouver. Voilà ec que je puis vous écrire sur ce scget. Au reste , M. de La Boderie nous a écrit que ce n'est l'intenti<m des Anglais de renouveler à présent nos traités, et désavouent ce que leurs députés en ont dit ou âilt dire où vous êtes. Je vois que les uns et les autres continuent à changer aussi souvent de propos qu'ils parlent à nous ou à nos ministres. Ils veulent que nous croyions que les Etats ont reçu leur traité pour un an, iceux ayant refuse de l'étendre plus avant pour moins offenser les Espagnols. Outre cela, ledit de La Boderie dit que nous devons faire état , si la paix flamande a lieu, que lesdits Anglais entreront avec nous en tels traités que nous voudrons, pour la crainte qu'ils auront que les armes d'Espagne leur tombeat sur les bras et fondent en Irlande ; de quoi je ne suis d'accord avec lui , mais si la paix n'est faite, qu'ils refuseront de s'allier et joindre plus étroitement avec lesdites provinces et nous, se contentant que la France secoure les Etats, et que ceux-ci se maintiennent et défendent conune bon leur semblera. Or nous commençons à avoir plus mauvaise opinion de ladite paix que nous n'avons eue , à cause des avis que ttM]s avons d'Espagne et de divers autres lieux <IQi concluent le semblable ; de quoi il importe qoe nous soyons préavertis , afin que nous ne tombions en surprise en la eonduite et résolution de nos affaires. Je prie Dieu, Monsieur, qu'il vous maintienne, en bonne santé, heureuse et longue vie.

I>eFontainebleau,ee huitième jour d'avril 1 608.

Votre , etc. , j>b Meufville.

Lettre de M. Jeannin à M. de La Boderie, du quatorzième d'avril 1608.

Monsieury J'ai différé long-temps à vous écrire,

désireux de tous pouvoir mander quelque résolution sur les affaires que nous traitons , mais tout y est encore fort incertain ; car depuis la premier article qui concernoit la souveraineté accordée par les archiducs, ainsi qu'on le pouvoit désirer , plusieurs articles ont été proposés et disputés sans qu'on ait pris résolution sur aucun d'iceux; à savoir, de l'échange des places, des limites , de ce que chacun tient, du droit que les Etats prétendent lever sur le passage de la mer en Zélande, qu'on nomme convoi, de même après la paix faite comme ils souloient faire du« rant la guerre; et surtout on a disputé avec grande contention le commerce des Indes que les Etats veulent avoir pour toujours , et les dé« pûtes des archiducs le refusent, sinon pour quelque bref temps , comme de quatre ou cinq ans , et ledit temps passé qu'il leur soit interdit : enfin , il a été dressé pour ce regard un écrit par les Etats , auquel ils consentent se réduire à une trêve de neuf ans , que nous jugeons néanmoins devoir plutôt être refusée en la forme qu'on la demande qu'accordée en Espagne. Le père commissaire y est allé à cet effet , et a emporté avec lui cet écrit. Son retour pourra être vers la fin du mois de mai, c'est-à-dire s'il fait diligence; car si on veut affecter quelque nouvelle longueur, il sera aisé d'en trouver l'occasion. Il est vrai que jusques ici les députés des archiducs ont plutôt montré désirer la fin de cette conférence que cherché des moyens pour la faire durer. Aussi est-il certain qu'il n'est plus besoin , ni aux uns ni aux autres, d'user de longueur pour gagner cette année ; car la saison sera si avancée lorsqu'on viendra à finir, soit pour conclure ou rompre , qu'il n'y aura plus de moyen de faire la guerre jusques à l'année prochaine , quand toute espérance de paix seroit perdue, et qu'on ne voudroit même faire aucune trêve le reste de l'année. Ce qu'il y a de plus difficile en l'écrit porté en Espagne touchant le commerce des Indes, est qu'il soit seulement demandé par forme de trêve durant neuf années, que c'est autant en effet que l'avoir pour toujours; car on se doit assembler deux ans avant l'expiration de cette trêve pour convenir s'il devra cesser ou être continué, et quoi qui arrive aux Indes durant ledit temps de neuf ans ou icelui expiré , c'est-à-dire soit qu'on s'accorde ou non, que la paix ne laissera pourtant de subsister en ces pays. Et je crois que le roi d'Espagne voudra au contraire , si les Etats ne consentent de s'abstenir dudit commerce après la trêve finie, que la paix de ce côté soit réduite à une trêve pour même temps , et non plus. Or , si les Etats y voudront consentir ou non , c'est chose bien incertaine j car les avis y sont dès à

IfBGOGIÀTIONS

présent divers ; et Déanmolns il me semble reconnoftre que les plus sages et le plus grand nombre aussi désirent la paix avec tant d'affection, et la Jugent encore si nécessaire à leur état, qu'ils seront pour s'y accommoder, et aimeront mieux cette trêve de neuf ans que de rentrer en guerre. Il est vrai qu'ils voudront qu'on traite avec eux comme avec Etats libres , sur lesquels on ne prétend rien , sans y ajouter que soit seulement pour le temps de la trêve , qui est cbose difficile. Je ne laisse pourtant d'espérer que les députés des archiducs seront pour y consentir, croyantétre autant avantageux pour leurs maîtres de faire la guerre après la trêve , comme à ennemis que comme à sujets rebelles. Le Roi approuvera aussi plutôt la trêve de cette façon que de rentrer en guerre. De l'accord ou refus de cet article dépend principalement l'un ou l'autre; car encore qu'il y ait de grandes difficultés es articles ci-dessus déduits, et même pour l'échange des places , on est déjà comme d'accord qu'il fout remettre à y pourvoir après la paix y et qu'étant tous amis , ils seront mieux disposés à s'accommoder qu'a présent. On en pourra faire autant des limites des places que les 'Etats tiennent en Brabant et en Flandre , si on ne s'en peut accoi^ der : quant au convoi , on pourra trouver quelques ouvertures et expédiens pour le composer. D'autres articles restent, et n'y en a un seul sur lequel on ne dispute; car quoique les Etats soient fort désireux de la paix, c'est-à-dire le plus grand nombre , et que nous favorisions ceux-ci de tout notre pouvoir, les autres qui veulent la guerre pointillent à toutes occasions, et recherchent avec tant de sortes d'artiflces les moyens de rompre, qu'il y a grand sujet de craindre que, du côté d'Espagne et des archiducs, cette paix, qu'ils ont montré jusqu'ici désirer si ardemment, ne leur devienne enfln odieuse. Je vous eusse écrit plus souvent et plus particulièrement tout ce qui se passe, mais j'ai appris de ceux qui conduisent les affaires en ce lieu qu'ils envoient tout à M. Carron, leur agent, et que ledit sieur vous communique aussi tout , comme au ministre d'un prince qui est leur ami. C'est ce qui m'a empêché d'être plus diligent en votre endroit. Je vous dirai maintenant que les députés du roi d'Angleterre traitent avec nous comme de coutume, c'està-dire peu confidemment, quoiqu'ils veuillent en apparence que nous croyions le contraire pour notre regard, et les députés des archiducs, ce qui en est en effet, recherchant autant qu'ils peuvent leur amitié par belles paroles , combien qu'ils fassent moins de bons ofHces pour la paix que nous. Aussi vous peux-je assurer que les vérités et dégulsemens sont tant connus , que, sans

faire autre chose que ce qui est permis et licite, notre conduite est plus universellement approu* vée et louée d'un chacun que la leur.

Je ne sais quel est leur but et dessein, poiirce que depuis l'arrivée des députés des archiducs ils avoient toujours couru à la paix comme en poste, et sembloit qu'ils eussent plutôt envie de leur faire connoftre en cet endroit la bonne volonté de leur maître que de procurer du bien aux Etats; mais depuis cinq ou six jours seulement ils nous ont tenu des langages si contraires, et montrent de vouloir faire tant de difficultés es conditions de la paix , qu'à les ouïr ils sont du tout changés. Si c'est dissimulation ou vérité , je n'en sais que dire , le temps nous l'apprendra; mais nous ne laisserons de suivre toujours notre même chemin, car c'est la volonté du Roi, lequel préfère la paix à tout autre conseil , et sent aussi très-mal de l'intention du roi d'Angleterre envers lui et son Etat. J'estime pareillement vous devoir avertir que, depuis douze ou quinze jours, M. Winoodadit à M. deRussy, et l'a exhorté de l'écrire au Roi , que son maître désire plus que jamais l'amitié et alliance de Sa Majesté, et de marier le prince de Galles avec notre fille ainée, mais qu'il seroit besoin que Sa Majesté lui en fit tenir quelques propos par vous. Ce qui a été mandé par nous a Sa Majesté, qui ne rejette pas cette alliance , mais estime que la recherche en doit venir d'eux , et que cet honneur est dû au père de la fille : puis on craint qu'il n'y ait de l'artifice, et que le roi d'Angleterre ne s'en veuille servir pour avantager ses affaires du côté d'Espagne.

Pour moi, je pensois que vous pourriez faire comme de vous-même, et seul à seul, quelque office pour reconnoître Tintention de ce prince, et en jugeois ainsi pource que, outre le propos que ledit sieur Winood a tenu à M. de Russy , il en a aussi parlé plusieurs fois à M. de Bameveldt, lorsqu'il l'incitoit de la part des Etats à l'alliance commune des deux rois , qu'eux désirent avec grande affection pour la juger nécessaire à leur Etat. Toutefois ce n'est pas l'avis du maître et de ses principaux ministres, lesquels voient plus clair que moi. Vous êtes sur le lieu pour en juger et y servir avec la prudence requise pour éviter l'inconvénient que Sa Mi\jesté craint. C'étoit aussi mon devoir de vous instruire de tout ce que dessus. Je vous supplie très-humblement me vouloir avertir, de votre part, de ce que vous jugerez pouvoir servir à l'affaire que nous traitons. Je vous baise très-humblement les mains^ comme fait aussi M. de Russy , et suis, monsieur, votre bien humble et plus affectionné serviteur.

P. JsANifur.

DU raisiDENT JBÀNNIIV.

Monsieur , depuis avoir écrit cette lettre , j'ai recoDuu les députés d'Angleterre si éloignés de la bonne volonté qu'ils montrent avoir à l'alliance ci-dessus mentionnée , que je vous supplie n'en rien dire du tout , s'ils ne commencent de leur côté.

De La Haye, ce 14 avril 1608.

Lettre du Roiy du dix-septième d^avril 1608.

Messieurs Jeannin et de Russy, le père commissaire a passé en ce lieu le douzième de ce mois, allant en Espagne, y étant arrivé le jour précédent. Nous avons reçu par lui vos lettres da premier, et depuis celles écrites le jour de Péqnes. J'ai fort entretenu ledit commissaire, lia voulu que je crusse qu'il auroit peine à disposer le roi d'Espagne et son conseil de se contenter de l'article du commerce et de la navigation des Indes en la forme qu'il leur porte. Il m'en a dit les raisons, comme il a fait celles dont il a fait provision pour combattre et détruire les premières, et j'ai très-bien colligé de vosdites lettres les unes et les autres; et toutes bien considérées, je trouve la matière douteuse et plus penchante du côté du refus que de l'acceptation : car, s'U est permis aux Etats d'exercer l'hostilité aux Indes encore un an et demi sans être SDjets à réparation, il en naîtra des effets qui altéreront les coeurs des contractans, comme il sera diflicile aussi qu'il n'arrive, par la navigation et rencontre des uns et des autres audit pays, au commerce qu'ils y feront par forme de trêve après ledit temps. £t toutefois ledit commissaire lait état que les traflquans auxdites Indes, de la part desdites Provinces-Unies , y trouveront si peu d'acquêt à le continuer ^ et, au contraire, tant de profit et de commodité du côté d'Espagne, qu'ils quitteront d'eux-mêmes celui-là pour ^user celui-ci , et d'autant plus que les prises et voleries seront défendues, desquelles il dit que lesdites provinces ont tiré plus de profit que du commerce qu'elles y ont fait. Or nous verrons ce <in*Os en jugeront en Espagne ; mais s'ils tiennent l'affaire en longueur, et usent de remises à fenvoyer le Cordelier , ce sera signe qu'ils vou- <iront gagner le temps et couler le reste de Tannée en incertitude, tant pour ce qu'ils ne sont a présent forts dans le pays assez pour y recomnwncer la guerre avec réputation, et qu'ils crain- <ifont sans doute que l'on n'envoie au devant de ^r flotte en la saison qu'elle doit venir , que parce qu'ils seront très-aises de prolonger la deiitcure et le séjour de leurs gens où ils sont ; car il est certain qu'ils y gagnent plus qu'ils n'y perdent.

Ledit Cordelier m*a même confessé avoir donné ou fait donner, avant son départ, plus de cinquante ou soixante passe-ports ou certificats à des marchands et bateaux desdites provinces pour aller trafiquer en Espagne, où il assure qu'ils seront très-bien accueillis et traités ; car il dit que le roi d'Espagne l'a ainsi ordonné et écrit aux archiducs et au marquis Spinola. Par tels moyens et autres , ils affrianderont petit à petit lesdits Etats , de fôçon qu'il y aura peine à les en tirer , et les faire résoudre à reprendre le fait de la guerre quand le conseil d'Espagne refusera ledit commerce des Indes. Mais tels peuples sont plus capables des conseils dont l'utilité est présente que des autres, comme je reconnols par le peu de compte qu'ils font de ceux que vous leur donnez de pourvoir aux moyens de soutenir la guerre s'il faut y rentrer, et d'obvier aux inconvéniens qu'ils recevront des longueurs et incertitudes de leur traité, contre lesquelles vous savez que j'ai dès long-temps protesté, en déclarant que je n'entendois continuer de mettre la main à la bourse pour les secourir durant lesdites remises , d'autant que je prévoyois qu'elles seroient très-préjuciables à eux et à leurs amis. Je sais bien que tels marchés ne peuvent être faits qu'avec le temps, les contractans étant du naturel et composés comme ils sont; mais je sais bien aussi que l'on pouvoit abréger les affaires si chacun eût préféré à son opinion particulière les considérations publiques. Or j'ai mandé à vous, sieur Jeannin , que j'eusse été très-aise de vous voir , et que vous eussiez fait un tour par deçà , si les députés des archiducs se fussent retirés à Bruxelles les fêtes passées, comme Tambassadeur Perquiva avoit dit ici qu'ils f croient; mais puisqu'ils n'entendent désemparer et se retirer qu'ils n'aient achevé ou rompu tout-à-fait leur traité, je n'estime à propos que vous vous en éloigniez , car je crains que votre absence ne fasse faute à mon service. Toutefois si par delà ils avoient vidé assez tôt les articles qui sont en débat, ou les avoient mis en état qu'ils doivent demeurer pour attendre le retour du Cordelier , de façon que vous eussiez loisir de passer cette carrière, et après retourner et vous rendre à temps sur les lieux quand ledit Cordelier y arrivera , je serois très-aise de vous voir pour être cciairci par vous de bouche de plusieurs choses que l'on ne peut bien représenter par écrit. Toutefois je remets à votre jugement entièrement cette résolution ; car je me confie tant eu vous, et au soin que vous avez du bien de mon service, que vous élirez mieux le parti qui sera plus utile à mon service, que je ne le vous puis prescrire et ordonner d'ici. Je prie Dieu, messieurs Jean^

miGOCiÀTiûNi

nin et de Russy, quHl vous ait en fia sainte et digne garde.

Ecrit à Fontainebleau , le dix-septième jour d'avril 1608. Hbnbi.

Et plus bas, Bbulart.

Lettre de M. de Villeroy à M. Jeannirij dudit jour dix-septième d'avril i60S.

Monsieur, votre lettre du vingt-neuvièrae mars nous a été rendue après celles du premier, six et huitième du présent. Le Cordelier étoit déjà passé, lequel a été gouverné par le Roi à toutes mains, à l'accoutumée. Ce n'a été, je vous assure, sans avoir contesté et débattu de part et d'autre avec chaleur; mais enfin Sa Majesté lui a fait beaucoup d'honneur , et il est parti trèscontent, et bien édifié de la bonne volonté et de la prudence de Sa Majesté. Ils ont même parlé de ralllance nouvelle que vous savez avoir été proposée , de laquelle nous avons reconnu qu'il avoit oui parler; mais sachez que ce ne fût jamais l'intention du Roi d'y entendre au préjudice de ses amis , il a trop de vertu et de générosité; mais je ne veux assurer le semblable par ceux qui l'ont proposée. C'est pourquoi Sa Majesté a été conseillée d'en déclarer quelque chose à l'ambassadeur des archiducs, afin que ses maîtres et tous autres ne mettent cuire sur cela. Sa Majesté a fait une gageure avec ledit Cordelier sur ce qu'il afïlrmoit qu'il repasseroit par ici dans trois semaines ou un mois au plus tard, soutenant sadite Mi^jesté qu'il n'y sera de deux, et a promis lui donner les portraits de Sa Mijesté , de la Reine et de monseigneur le Dauphin, s'il y arrive au temps qu'il a dit. Il s'est fort loué de vous et des bons offices que vous laites au nom de sadite Majesté pour avancer et faciliter la paix, de quoi il a remercié Sa Majesté au nom des archiducs. Elle lui a confirmé aussi la bonne volonté qu'elle y apporte , et n'a oublié de rejeter sur les longueurs et irrésolutions d'Espagne le retardement des affaires.

Sa Miyesté continue à estimer que ladite paix ne s'effectuera, et partant que la négociation en laquelle les Etats se sont embarqués sera trèsdommageable à la fin, car elle les divisera s'il faut rentrer en guerre, et engendrera des effets périlleux. Après tout cela , Sa Majesté conclut qu'il faut faire la paix et non la trêve, mais qu'elle veut encore mieux accepter celle-ci que rentrer en guerre, et d'autant plus que l'on ne peut faire aucun état certain ni assuré des Anglais, avec lesquels nous n'eussions jamais songé, et moins parlé de faire traiter où yous êtes, si vous ne nous eussiez mandé en avoir été fisdt puverture par eux , et en avoir été aussi re-

cherchés par le sieur Bameveldt ; de quoi néanmoins il semble, par ce que vous nous en écrivez maintenant, qu'ils nous veulent faire poursuivans, comme s'ils n'y avoient jamais pensé. Il faut les laisser là, et n'attendre d'eux que du vent et des tromperies. Nous serons bien aises de vous voir, mais nous ne voulons vous le commander absolument, pour ne faire chose qui nous préjudicie; partant nous le remettons à votre jugement. Bien ai-je opinion, si vous faites le voyage ,.que yous ne yous en retournerez les mains vides, je veux dire sans porter quelque consolation aux Etats, mais non telle que les précédentes. Toutefois je vous prie de ne nous y engager ni vous aussi, que vous ne nous ayez vus, ou que l'on ne vous l'ordonne. J'ai reconnu depuis quinze jours que Sa Majesté a opinion qu'il arrivera plus de mal que de bien de cette négociation , soit paix ou guerre , qu'elle n'avoit jugé ci-devant , pour la mauvaise opinion qu'elle a du gouvernement de ces peuples, et de la procédure naturelle du prince Maurice. Quelqu'un lui a prédit aussi , soit que ladite paix se fasse ou non, que l'on retrancheroit du tout après cela le pouvoir du sieur Barneveldt , et de quelques autres que l'on dit en avoir abusé. Pour moi, j'ajoute peu de foi à tels discours : toutefois le Roi n'en fait pas ainsi, et partant il conclut qu'il faut être plus retenus et circonspects en nos conseils de paix ou de guerre que devant, afin que l'on ne se prenne à Sa M^esté des événemens qui naîtront de l'une ou de l'autre. Sa Majesté m'a donc conunandé de vous donner cet avis, assuré que vous saurez bien le mesurer et employer à l'avantage de son honneur et service, et dit qu'il lui suffit que vous l'ayez entendu, remettant à vous d'en user ainsi que yous jugerez être pour le mieux. Je prie Dieu, monsieur, qu'il YOUS conserve en bonne santé.

De Fontainebleau, ce 17 avril 1608.

DB NSUFVILLB*

Autre lettre de M. de Villeroy à M. JeanniUf du vingt-cinquième d*avril 1608.

Monsieur, nos dernières sont du dix-septième de ce mois , par lesquelles nous avons répondu aux vôtres du vingt-neuvième du passé, et du premier, six et huitième du présent; nous vous les avons envoyées par la vole de Calais, comme nous fliisons encore la présente, par laquelle vous saurez que la Reine notre maîtresse est ao couchée ce matin , un peu après les neuf heures, d'un troisième fils, duquel die s'est délivrée heureusement, et au grand contentement de Leurs Mi\Jestéa, et de tous leurs bons serviteurs et sujets, qui tous en louent Dieu de très-bon coeur,

DtT t^HBSIBBNt JfiÀNNllfTi

et le prient le faire prospérer avec les premiers à sa gloire et au bien du royaume; et Je n'ai voulu différer davantage à vous faire savoir cette heureuse nouvelle, afin que vous ayez part à uotre joie publique et privée , et que vous la puissiez donner à ces messieurs, à M. le prince Maurice, et aux autres amis de la France, et particulièrementàmadame la prinoessed'Orange, lui délivrant la lettre de Sa Majesté ci-jointe, les assurant tous que la mère et le fils sont en bonne santé. Nous avons eu avis d'Angleterre qu'il est naguères arrivé en Hollande un navire revenu des Indes d'Orient , qui a apporté la vérité du siège de Malaca , et des combats de mer qui y ont été faits ; de quoi nous faisons état que vos premières nous apprendront les particularités, et pareillement tout ce qui a été avancé au traité de paix depuis vosdites dernières lettres, dont chacun parle et juge diversement. Quant à nous , nous croyons que ce que font à présent les députés des archiducs où vous êtes, B'est que pour entretenir le tapis en attendant le retour du Cordelier , duquel , s'ils reçoivent contentement, ils essaieront de profiter de ce quHs auront ébauché, sinon et qu'il rapporte une négative de la navigation desdites Indes, ils rompront sur le point de la religion, et tenons comme pour certain qu'ils mutineront et diviseront, s'ils peuvent , du corps des Provinces celles qui ne sont intéressées en ladite navigation, qui sera le profit que lesdits députés recueilleront de leur long séjour où ils sont.

Le sieur Aërsens continue à demander de Targent, et nous à nous en excuser, disant que nous voulons voir clair à leurs déiiliérations devant que de débourser. Toutefois, sur la dernière lettre que ledit Aërsens m'en a écrite de Paris le >ingt-troisiènie de ce mois, Sa Majesté a commandé lui être répondu qu'elle sera en ladite ^lUeàla fim de ce mois, où elle résoudra ce qu'elle pourra faire quant à présent. Vous saurez qu'on nous a écrit de Milan qu'il y a en Hollande un certain bomme, nomméXhéodore d'Ambourg, qui fait profession d'avertir les archiducs, et un sien ami, confident du comte de Fuentes qui demeure en ladite ville de Milan, de tout ce qu'il peut apprendre des intentions et desseins desdits sieurs les Etats. Nous ne savons si l'avis est Trai , ou s'il est donné à dessein ; mais nous vous le baillons pour tel que nous l'avons reçu , et en userez, s'il vous plait^ avec votre discrétion aceoatumée. L'on nous veut faire croire que les Espagnols, avec les archiducs de Gratz, favorisent seerèlemenl les conseils et résolutions de Mathias contre l'Empereur, pour porter ledit Mathias à la couronne impériale et à la succes-

sion des royaumes de Hongrie et de Bohême , encore que ne le veuille ledit Empereur. Toutefois nous ne pouvons bonnement nous persuader que cette partie ait été bâtie, du commencement, du consentement et avis d'Espagne ^ et de ce qui en dépend , comme font lesdits archiducs de Gratz; mais nous estimons bien qu'ils se rangeront tous au parti dudit Mathias , s'ils s'aperçoivent qu'il prospère. Je prie Dieu, monsieur, qu'il vous conserve en bonne santé.

De Fontainebleau, ce vingt- cinquième jour d'avril 1608.

Votre, etc. , nE Nbufville,

Lettre de messieurs Jeannin et de Russy au Roi y du vingt-troisième d* avril 1608.

SlBE,

On a peu avancé en la conférence d'entre les Etats et les autres députés des archiducs depuis nos dernières lettres, pour l'absence de quelques députés des Provinces , qui sont retournés seulement depuis sept ou huit jours, et , dès le lende* main de leur arrivée, ont continué de s'assembler entre eux, mais une seule fois avec les députés des archiducs. Bien nous assurent-ils de travailler dorénavant sans intermission, ainsi nous l'ont dit les uns et les autres. Il y a eu peine de persuader aux Etats que la diligence est requise pour leur bien, sur la crainte qu'ils avoient, si on rompoit tôt, qu'ils n'eussent encore la guerre cette année, dont néanmoins leurs ennemis ont aussi peu d'envie, et peut-être moins de commodité qu'eux. Qui eût prévu cette cessation, qui a été de près de quinze jours , le président Jeannin eût pu faire le voyage que votre Majesté lui commandoit; mais on nous avoit assuré que chacun seroit de retour le lendemain de Pâques pour travailler aussitôt : la permission ne lui étoit aussi donnée de faire ledit voyage, sinon au cas que les députés des archiducs fussent retournés à Bruxelles pour y passer les fêtes ; ce qui n'étant pas avenu, il estimoit devoir at-> tendre nouveau commandement. Les députés des Etats nous étant venus trouver, il y a quelques jours, pour nous donner la ratification dea Provinces et recevoir la nôtre, nous leur don* nâmes aussi lors les lettres de votre Mcgesté qui contenoient son remerciment et l'assurance de la continuation de sa bonne volonté; et pource que cela étoit encore remis en créance sur nous, on leur dit tout ce qui pouvoit servir à leur faire considérer et reconnoltre son affection et ses bienfaits envers eux* Ils furent pareillemenl exhortés, de la part de votre Majesté, d'user de diligence pour venir à la fin du traité, comme aussi pour faire tout ce qui dépendoit d'eoK

l^GOCIÀTIûNS

pour obtenir Une bonne paix , ayant été mus d*y ajouter cette exhortation sur ce qu'étions avertis qu'aucuns tenoient de mauvais langages, et faisoient courir de petits livrets pour la dissuader par des raisons foibles, qui toutefois ne laissent de donner bien souvent de mauvaises impressions, leur disant qu'on leur en pourroit bien opposer de bonnes, s'il étoit loisible de le faire sans pré- Judicier aux Etats, et découvrir beaucoup de choses qu'il faut cacher; que leurs adversaires, qui montroient la désirer , et accordoient pour y parvenir des conditions qu'on n'eût jamais cru , avoient des raisons secrètes qui les invitoient à prendre ce conseil , dont ils ne se décou vroient à personne, et qu'eux et leurs vrais amis dévoient user de même prudence, retenant à dire ce qui leur pouvoit nuire s'il étoit su , et cependant faire profit de l'occasion qui se présentoit pour essayer d'obtenir une paix sûre et la plus avantageuse qu'on pourra.

Ils nous en remercièrent, et dirent aussi beaucoup de bons propos pour nous faire connoitre qu'ils se souviennent tous les jours des grandes obligations qu'ils ont à votre Majesté, et qu'ils ne peuvent avoir recours qu'à elle seule, la suppliant très-humblement leur vouloir encore continuer son assistance jusques au traité , attendu qu'ils n'ont licencié un seul homme, et que, sur le fondement de ce secours , le nombre de leurs gens de guerre a toujours été plus grand dès le temps qu'il lui a plu l'accorder; qu'ils craignent l'amoindrir sur le point de cette résolution, M. Aërsens, qui est en France, leur ayant aussi mandé qu'elle ne le jugeoit à propos, et euxmêmes estimant périlleux de le faire en cette incertitude de paix ou de guerre; mais que leurs affaires sont si prêtes de tomber en confusion si ce secours vient à défaillir , qu'ils seront contraints de prendre ce conseil d'amoindrir leurs garnisons pour éviter pis s'ils ne sont payés , ce qu'ils ne peuvent faire s'ils ne sont aidés : car ils ne peuvent croître pour maintenant leurs levées, et n'y a personne qui veuille prêter argent, jusques à ce qu'on voie plus d'assurance en ce qui doit avenir; y ajoutant plusieurs autres considérations, avec prière de les lui représenter d'affection. Il n'est pas besoin que nousennuiions votre Majesté des réponses qui leur furent faites par nous pour les exciter de chercher ce secours en eux-mêmes, et se contenter de ce qu'elle a fait du passé, réservant les moyens qu'ils peuvent toujours espérer de sa bonté en une plus grande nécessité, et qu'ayant épargné les dépenses qu'on souloit faire durant la guerre, le fonds y destiné pouvoit servir pour suppléer à ce défaut ^ sans se rendre si onéreux à leurs amis.

Mais rien ne les a détournés de continuer leûf prière, qu'avons insérée dans cette lettre, désireux qu'il lui plaise d'y avoir quelque égard, leur accordant , sinon le secours entier de cette année, comme il n'est pas raisonnable, attendu que les Anglais n'y veulent aucunement contribuer, au moins quelque notable somme, pour leur donner moyen de couler le temps qui reste jusques au traité sans aucune confusion et désordre, et sans qu'ils licencient partie de leurs troupes , comme ils feront sans doute ce secours leur venant à défaillir. Nous savons bien que cette dépense, après tant d'antres, esta grande charge , et que la demande en est du tout déraisonnable, eux-mêmes le jugeant ainsi; mais ils en ont si grand besoin, et se montrent à présent si affectionnés à suivre les intentions de votre Msyesté, qu'ils semblent mériter le soin qu'il lui plaît prendre d'eux , outre ce que ces dernières gratifications, faites au temps qu'on doit prendre résolution aux affaires, lui conserveront si bien son crédit et la réputation de ses libéralités envers eux, que vous serez. Sire, tenu seul auteur de la paix, s'il plaît à Dieu qu'elle soit faite, et de tout le bien qui leur en a viendra; car les Anglais , qui magnifient leur bonne volonté en paroles et ne donnent rien en effet, mais parlent de répéter ce qu'on leur doit, et pensent assez gratifier leurs amis d'en attendre pour quelque temps le paiement , sont à cette occasion si décriés, qu'ils ne mettroient en aucune considération leur amitié, si la prudence ne les obligeoit à prendre d'autres conseils.

Nous avons bien pris garde à ce que votre M<\jesté nous mande par ses lettres dernières, que l'Anglais s'avantage envers les archiducs de son refus, et au contraire votre libéralité leur donne sig'et de vous en savoir mauvais gré; mais le président Jeannin , parlant au sieur Bichardot , lui a dit que cette dépense jusques au traité servoit pour vous y conserver plus d'autorité et de créance à ftdre la paix , ce qu'il a pris de bonne part , comme étant bien informé qu'y faisons en effet toutes sortes de bons offices. Les Etats et les députés d'Angleterre sont depuis cinq ou six jours en conférence pour une ligue semblable à la nôtre , dont on nous a communiqué le projet que lesdits députés ont donné, lequel a le proesme et la plupart des articles semblables aux nôtres , n'y ayant rien de différent que le secours , lequel est tel que l'avons ci-devant mandé , et ce qu'ils le veulent pareil aux Etats par mer , et les deux tiers par terre. Sur quoi les Etats ont long-temps contesté pour réduire ledit secours à moitié ; mais ça été en vain jusques ici , et seront contraints , comme nous

BU PB^SIDENT JJLkTUm^.

estimons, de s'y accommoder s'ils veulent faire cette ligue. Les Anglais demandent encore , par on traité secret du même jour, l'obligation de ce qui leur est dû , revenant à environ huit millions de florins, l'assurance des paiemens à certains termes, et en outre qu'ils puissent mettre six cents hommes à Flessingue plus que la garnison qui y est, et deux cents à La Brille pour deux ans, à commencer dès le jour de la paix : |ce qu'ils pouvoient bien faire d'eux-mêmes, et sans en demander la permission, en vertu des anciens traités ; mais ce devoit être à leurs frais , et ils requièrent à présent que ce soit à la charge des Etats. Or cette dernière demande d'accroître ces garnisons leur déplaît autant que le paiement raéme dont on les veut charger, estimant que la paix devrolt plutôt être cause de les faire diminuer; mais ils disent que le commerce étant libre par la paix , les Espagnols et sujets des archiducs aborderont es dites villes tous les jours, ainsi seroient en danger de surprise si lesdites garnisons n'y étoient augmentées. Cette raison toutefois ne les contente pas , mais ils ne se peuvent plaindre que du paiement de l'augmentation auquel ils ne sont tenus sMl ne leur plaît. Or pour récompense , lesdits sieurs députés offrent de ne leur rien demander de ce qui leur est dû durant les deux ans qu'ils entretiendront cette garnison ; puis ils ajoutent qu'ils prendront ce supplément du nombre des soldats anglais qui sont à leur service , auxquels aussi bien donnent-ils solde. Mais les Etats répliquent qu'ils les mettront en d'autres places frontières où il est besoin d'avoir garnison , et qu'es dits lieux de Flessingue et de La Brille ils seront inutiles, lesdites places n'étant qu'assez assurées avec la garnison ordinaire. Il y a encore de la contention entre eux pour ce regard, et les Etats ne le passeront qu'à regret , tant pour le paiement que pource qu'il leur semble cet accroissement de garnison être un témoignage de quelque défiance qui leur fait mal sentir de la volonté dudit sieur Roi envers eux ; aussi s'en sont-ils tellement formalisés , que lesdits sieurs députés sont comme prêts de s'en départir.

Nous avons bien considéré ce projet de ligue pour voir s'il y a rien qui soit préjudiciable à la nôtre; mais il ne s'y est rien trouvé, sinon le premier article , qui contient que tous les précédens traités faits entre l'Angleterre et les Etats demeurent confirmés. Or, d'autant que cela pouvoit avoir de l'ambiguïté, tous lesdits traités ont été vus et épluchés d'article en article , et ne s'en trouve qu'un seul, qui est l'article 21 du traité de l'an 1 585 , par lequel est dit que les Etats ne pourront faire aucun traité avec le roi

lî. C. D. M, T. TV.

d'Espagne , sans le su et aveu de la reine d'Angleterre, ni avec quelque prince ou potentat étranger, sans le su d'elle ou du gouverneur général qu'elle leur donnoit lors , qui étoit le comte de Leicester. Il est vrai néanmoins que cet article ne nous est d'aucun préjudice , pource que les Etats ne s'obligent en cet endroit qu'à la Reine , non à ses successeurs. Puis leur obligation est bien de ne faire aucun traité avec le roi d'Espagne sans le su et aveu de la Reine , qui est autant à dire sans son consentement ; mais pour les autres princes et potentats étrangers , ce n'est pas ainsi , car ils ne s'obligent sinon à lui faire savoir, non à suivre sa volonté, le mot d'aveu mis au premier cas n'étant répété en celui-ci. Toutefois nous avons dit à M. deBameveldt que, sans que nous nous en mêlions, ils dévoient faire igouter sur la fin de ladite ligue , ou en suite du premier article par lequel on confirme les traités précédens, qu'ils n'entendoient par ledit traité préjudicier au nôtre, ce qu'il nous a promis de faire. Encore nous a-t-on dit, quand les députés d'Angleterre seront d'accord de ce traité, que ce n'est pas leur intention de le passer et signer qu'ils n'aient premièrement envoyé en Angleterre pour recevoir nouveau commandement de leur Roi , ou bien qu'ils le communiqueront aux députés des archiducs , afin de leur faire voir et témoigner qu'ils ne font rien au préjudice du traité fait par leur maître avec le roi d'Espagne ; et pour cette considération, au compte fait avec les Etats des deniers qu'ils ont fournis , ils y comprennent seulement le secours des deux années qui précèdent ce traité avec le roi d'Espagne, et n'ont rien demandé de ce que votre Majesté a fourni pour eux depuis, aimant mieux le perdre que de faire voir, en le répétant , qu'ils ont contrevenu à ce beau traité , ne voulant pas non plus qu'on se souvienne du traité fait avec votre Majesté lorsque M. le duc de Sully fut en Angleterre , ni que personne sache que ledit traité est contraire à celui d'Espagne. Aussi disent-ils, pour réplique , que ce n'est qu'un projet et non un traité absolu et parfait ; car , bien qu'il soit tel en effet, et n'y ait que cette seule différence qu'il est fait sous la signature des princes pour être tenu secret , au lieu qu'on le fait ordinairement avec plus de solennité pour être publié, ils ne laissent pourtant en l'une et l'autre forme d*être de même efficace à l'endroit des princes qui sont soigneux de garder leur foi.

Trois navires retournés des Indes , et qui sont maintenant sur la côte d'Angleterre, doivent arriver ici au premier jour. Un marinier qui était dedans est déjà venu , lequel dit les particularités du combat avenu , il y a deux ans , entre les

NicoctÀTtONâ

Portugais et les Hollandais , au détroit de Cinquapura , entre Malaca et Tîle de Sumatra. La partie sembloit être fort inégale , car les Hollandais n'avoient que treize navires en tout , et douze cents hommes dedans , tant mariniers que soldats, et les Portugais quarante, entre lesquels vaisseaux il y avoit onze galions, et de sept à huit mille hommes , à savoir : deux mille cinq cents Portugais et le reste Indiens, lesquels furent tous défaits et tués, fors quelques-uns qui se sauvèrent en de petits esquifs. Neuf galions Airent aussi mis à fond , et deux perdus par la tempête en se retirant. Les Hollandais y ont perdu deux navires brûlés par eux-mêmes, avec environ trois cents hommes qui étoient dedans , et depuis , la tempête leur en a fait perdre deux autres. Le vice-roi , qui étoit chef de Tarmée des Portugais, se sauva après la défaite avec quatre ou cinq vaisseaux seulement et fort peu de gens : on ne sait pas où il alla. Malaca étoit assiégé avant ce combat et par mer et par terre, mais les Hollandais, qui étoient du côté de la mer, levèrent le siège pour aller au devant de leurs ennemis et les combattre , et les Indiens , qui Tassiégeoient par terre , se retirèrent aussi , au moyen de quoi ladite ville ne fut prise pour lors; mais on ne sait encore ce qui aura été fait depuis. Nous avons appris que quatre navires de guerre sont partis d'Angleterre depuis quelque temps pour aller à ce voyage , et que le roi d'Angleterre a écrit en leur faveur à neuf rois desdits pays. Les divisions entre l'Empereur et Tarchiduc Mathias son frère continuent; et ce qu'on pensoit au commencement n'être qu'un artifice est tenu maintenant pour vérité. Ainsi nous l'a dit M. de Collis, lequel est en ce lieu pour M. l'électeur Palatin , et reçoit souvent nouvelles d'Allemagne. H y avoit néanmoins quelque occasion de croire que cette apparence d'inimitié étoit à dessein, attendu que ledit archiduc a toujours €U plus de part à l'amitié de l'Empereur que tous ses autres frères , qu'il est son héritier présomptif, et se promettoit de pouvoir être élu roi des Komains avec son autorité et faveur, M. de Roques a été reçu en la charge que votre Majesté a commandé sans aucune difficulté. Nous prions Dieu, Sire, qu'il donne à votre Majesté et à sa royale famille , en très-parfaite santé , très-longue et très-heureuse vie.

Be La Haye , ce vingt-troisième jour d'avril

Vos très-humbles et très-obéissans sujets et serviteurs , P. Jeanmn et de Russy.

Autre lettre de messieurs Jeannin et de Russf au Roi y du vingt-septième d'avril 1608.

SiBE,

Depuis notre lettre du vingt-troisième écrite, que nous pensions envoyer à votre Majesté par une voie qui nous a manqué , nous y ajoutons celle-ci qui contient ce qui est avenu depuis. Les articles de la ligue entre les Anglais et les Etats nous ont été communiqués selon qu'ils en sont demeurés d'accord, en l'un desquels a été mis que ledit traité ne sera d'aucun préjudice à celui de France , ni le nôtre au leur. Lés Etats pensoient que les députés d'Angleterre le dussent passer et signer au même temps , puis le faire ratifier à leur Roi; mais ils ont déclaré qu'ils entendoient l'envoyer premièrement en Angleterre, et recevoir nouveau commandement avant que le passer. Ils en ont aussi voulu communiquer avec les députés des archiducs, auxquels ils ont dit que c'étoit pour mieux induire les Etats à traiter, leur donnant assurance de ce qui seroit fait ; mais lesdits députés ont montré le prendre de mauvaise part, et déclaré que les Anglais ne le peuvent faire sans contrevenir au traité d'Espagne , ce qui les empêche bien fort ; car ils recherchent maintenant à leur plaire en tout ce qu'ils peuvent , qui nous fait croire qu'ils ne seront si contraires a la paix qu'ils en avoient fait le semblant depuis quelques jours. Il est vrai qu'en une conduite si inégale que la leur, on ne peut Juger que du présent. Ils seront pour diiïérer cette ligue jusqu'au retour du Cordeiier, afin qu'ils voient plus clair en la résolution qu'on voudra prendre sur les affaires générales. En la dernière conférence entre les députés des archiducs et des Etats, qui fut avant-hier, on a parlé de nouveau des limites et de l'échange des places : le premier a toujours les mêmes difUcultés que du passé ; car les Etats veulent avoir en souveraineté tous les villages qui dépendent de la juridiction des villes qu'ils tiennent en Brabant et en Flandre; et les archiducs, qui prétendoient ci-devant la souveraineté même desdites villes , disant que les Etats se dévoient contenter de les tenir et d'être maîtres de la force et de la juridiction, sans s'attribuer le nom de souverains en icelles, qui étoit chose imaginaire, s'en sont départis , mais pour les villages qui en dépendent , contestent toujours qu'ils ne le peuvent prétendre.

Or les Etats ont dressé un écrit là^essus que nous envoyons à votre Majesté , par lequel ils demandent aussi que les archiducs rendent à l'archevêque de Ck)logne des places ^ Itii appar tiennent , lesquelles Ûb oui prises sur les Etats

Dû PBESiDENt iÊÀNNtf^.

qui les avoient occupées les premiers sur ledit archevêque, et qu'ils démolissent pareillement quelques forts près de Meurs, disant qu'ils ne les peuvent retenir en traitant la paix sans leur donner du soupçon ; et les autres répondent que le fait dudit sieur archevêque, avec lequel ils sont d'accord, ne les touche en rien, et qu'il a aussi été accordé que chacun retiendra ce qu'il possède à présent. Nous nous sommes assemblés, tous les députés des rois et princes qui sont ici , avej leursdits sieurs députés des Etats , pour entendre ce qu'ils avoient fait pour ce regard; sUr quoi ils nous ont demandé notre avis à Taccoutuinée. Il a été répondu , de même qu'en la précédente conférence, que tout ce qu'ils pourront obtenir pour le bien dé leur Etat nous semblera toujours bon, ainsi n'étoit besoin nous demander notre avis sur les propositions , mais après qu'ils auroient disputé d*un article sans en demeurer d'accord; qu'en nous faisant entendre les raisons d'une part et d'autre seroit lors le temps de nous en rquérir, et à nous de le leur donner sincèrement. Ils y procèdent néanmoins avec artifice, et aliD de pouvoir dire que tout ce qu'ils proposent est approuvé par nous , et par ce moyen se couvrir contre la plainte que font les députés des archiducs, que la plupart de leurs demandes sont extraordinaires, du tout ii^'ustes et déraisonnables, et pour nous engager aussi, au cas qu'ils en soient refusés, et qu'on vienne à rompre là-dessus , à les secourir et assister comme slls n'avoient rien fait que par notre avis et cooseil. C'est pourquoi nous en étant bien apereus, leur avons dit et répété par deux fois que tout est bon à proposer au commencement pour essayer de l'obtenir; mais quand il y a du refu* et de la contestation au contraire, chacun doit remettre quelque chose du sien pour ve&ir au but pour lequel ils se sont assemblés , qui est davoir la paix. Nous prions Dieu , Sire, qu'il conserve votre Msyesté en tout heur et prospérité. De La Haye, ce vingt-septième d'avril 1608. Vos très-humbles et très obéissans sujets et serviteurs, P. Jeanisin et Russv.

lettre de M. JeanHin à M. de Villerotjy du vingt-troisième é^ avril 1608.

Monsieur, nous avons reconnu que les propos tenus à M. de Russy par M. Winood ne sont qu'artifices et déguisemeus, et qu'on ne doit rien espérer du roi d'Angleterre, s'il ne se change, pource que la haine qu'il nous porte , et la jalousie qu'il a de voir la prospérité des affaires du Roi et l'affection des Etats envers lui , Tempèehent de prendre les résolutions que la raison et son intérêt lui devrolcnt conseiller. Ses dépu-

tés font ce qu'ils peuvent pour gagner la bonne grâce des députés des archiducs, et leur persuaderoient volontiers qu'ils aident bien fort à l'avancement de la paix , qu'ils y ont beaucoup de pouvoir, et, si la guerre continue, que leur maître ne donnera aucun secours aux Etats; mais je sais qu'on doute de leur bonne volonté , et qu'on tient aussi pour assuré que la guerre ou la paix ne dépend d'eux , et que Sa Majesté a la volonté et le t>ouvoir d'y aider mieujt qu'ils n'ont. Et , à la vérité , voyant leur conduite en notre endroit, je n'obmets Hen par autre, toutefois que par moi, pour les découvrir tels qu'ils sont, et nous avantager par dessus eux où il est besoin. Je vis hier le sieur Richardot au promenoir ordinaire comme par rencontre , et encore que nous nous y fussions assignés. Il fut parlé entre nous des alliances , de la paix , et où elle auroit des difficultés , de la trêve à longues années en accordant la liberté pour toujours. Il est très-bien disposé à tout , particulièrement à Talliance , mieux encore à la paix qu'à la trêve , n'y ayant rien qu'il montre craindre davantage que la continuation de la guerre , ni désirer aussi avec plus d'affection que de voir notte Roi , celui d'Espagne et les archiducs bien ensemble; sur quoi nous avons fait plusieurs discotirs dti bien qui en pourroit arriver à la chrétienté, à la religion et à leurs Etats , ajoutant du mien tout ce qui pouvoit servir à le ]^ersnader , en quoi je pense avoir profité. Et si , dé Votre côté , vous faites les mêmes offices pour faire connoître que Sa Majesté a de l'inclination à cette alliance, et que rien ne soit fait , du moins pour quelque temps , qlii puisse donner mauvaise impression au contraire, je me promets qu'ils seront pour s'attacher plutôt à notre amitié qu'à celle du roî d'Angleterre , et pour quitter, du moins alentir, les poursuites qu'ils en ont faites jusqu'ici, dont adviendra sans doute qu'il sera contraint de rechercher ce qu'il a méprisé ; et lors vous aurez le choix, si les choses sont encore entières, de faire ce qui sera jugé pour le mieilx. Rien më semble-t-il , tant que le roi d'Angleterre aura A peu d'affection envers nous, qu'on ne doit rien négliger pour être bien avec l'autre , c'est-à-dlrë faire les projets qui peuvent pour quelque temps assurer notre repos.

Vous serez aussi averti, monsieur, que ïeâ mêmes députés d'Angleterre nous ont tenu dés propos depuis quelques jours, par lesquels ils montrent désirer plutôt la continuation de là guerre que la paix , qui est chose du tout contraire à la recherche qu'ils font de l'amitié d'Espagne et des archiducs ; due M. Cah-on a aussi écrit aU sieur de Barbevefdt que le comte de Sa*

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NétiOCtÀTIONS

lisbury disoit ôtlvei*temeût la paix devoir être la ruine des Etats; que les principaux conseillers, même ceux qu'on sait affectionnés au roi d'Espagne, et qu'on soupçonne en recevoir pension, tiennent les mêmes langages : et néanmoins quand on leur parle de secours, ils répondent, à l'accoutumée, qu'ils déclareront leur volonté après qu'on sera hors des termes de paix, et non plus tôt. Si estimé-je que ce ne sont qu'artifices, et, quand il faudra donner avis aux Etats en public sur les difiicultés qui se présenteront, que les députés qui sont ici se garderont bien de dire chose qui puisse mettre en doute les Espagnols de leur amitié. Bien seroit-il à désirer qu'ils ' le fissent pour les disjoindre du tout d'avec eux; car on en tireroit ce profit , et s'il est bien certain que leur avis ne seroit préféré au nôtre. Je vous ai quelquefois écrit que le roi d'Angleterre pourroit avoir ce dessein de porter secrètement les affaires à la guerre s'il peut , voulant néanmoins qu'on le croie désireux de la paix afin de ne perdre l'amitié d'Espagne, et, la guerre continuant^ se montrer affectionné à secourir les Etats , le faire en effet pour quelque temps , soit ouvertement ou sous main , afin d'en acquérir leur bienveillance , et après les induire à recevoir une paix à son appétit, les retenant seul en son amitié comme s'il les avoit beaucoup obligés par cette conduite. Il pourroit encore essayer de persuader tout ce que dessus aux Espagnols, afin qu'ils lui en eussent le même gré, et ne prennent aucun soupçon de ce qu'il fera maintenant ; mais il n'a assez de crédit envers les Etats pour les induire à rompre la paix , n'étoit que les Espagnols, persuadés par lui, se rendissent plus difficiles pour penser l'obtenir après à meilleur marché. Et toutefois ils n'ont non plus assez d'assurance de sa volonté pour s'y arrêter , et tiendroient cette remise plutôt pour une rupture que pour espérance d'avoir mieux.

Davantage, si la paix étoit rompue par cet artifice, il seroit au pouvoir de Sa Majesté, secourant les Etats aussi bien que lui, d'avoir encore plus de part en la paix si elle se faisoit après, et de se conduire envers les Espagnols avec le même artifice, en sorte qu'ils lui en auroient de l'obligation autant ou plus qu'à l'autre ; car ce seroit chose notoire que Sa Majesté, en tout temps, avant et depuis cette rupture, auroit toujours procuré la paix, ou bien le roi d'Angleterre pourroit prendre ce conseil du tout contraire au premier ; à savoir , la paix rompue , de ne point secourir les Etats, et d'en laisser faire à Sa Majesté, comme estimant qu'elle se résoudrait plutôt à les secourir que de les laisser perdre, lui tenant les places qu'il a pour gage bien

munies et avec bonnes garnisons pour s'en assurer; et si elle le faisoit , pourroit induire l'Espngnol à nous faire la guerre comme seuls auteurs de celle que feroient les Etats; promettroit à un besoin de l'assister , du moins d'être spectateur, et faire aussi son possible pour mettre les Etats en paix avec lui. Mais ces discours semblent n'être que chimères ; car si le roi d'Angleterre se conduisoit ainsi , Sa Majesté auroit plus de crédit avec les Etats que lui , et se pourroit mieux rendre auteur de cette paix. Néannnoins, il y a près d'un mois que, discourant sur ce sujet avec le sieur de Barneveldt, qui avoit déjà quelque sentiment du changement avenu en Angleterre sur la résolution de leurs affaires, il montra d'en avoir quelque appréhension, et m'en déclara dès-lors ses conjectures ; mais nous nous étions abstenus d'en parler ensemble, sinon depuis deux ou trois jours, que je lui dis que si le roi d'Angleterre étoit entré en secret discours sur ce sujet avec les ministres du roi d'Espagne ou des archiducs, que cela pourroit gâter leurs affaires, et rendre ceux-ci plus difficiles à la paix. A quoi il fit réponse qu'U y avoit pourvu, et que le Cordelier, avant son départ, avoit été bien informé de tout ce que dessus par personne confidente , dont j'ai été bien aise ; car cela servira beaucoup pour rendre tels artifices inutiles à l'auteur d'iceux, lequel ne gagneroit par ce moyen que la haine de ses amis sans acquérir celle des autres. Aussi ai-je su que le Cordelier dit à son départ au même personnage qu'il n'étoit pas bien satisfait de ses députés, même de ce que, disant adieu à M. Spencer, il lui demanda s'ils ne vouloient pas parler du fait de la religion , comme en essayant de l'induire à le faire; ce qu'il prît de mauvaise part , pource qu'il sait bien que s'opiniâtrer à cette demande est un moyen certain de rompre avec les Etats. Il y ajouta encore que nous promettions moins qu'eux, mais que faisions plus, et s'en est allé fort bien édifié de nous , au moins ai-je raison de le croire , combien qu'il y ait tant de déîruisement en telles négociations , qu'il se faut toujours défier de tout. Le sieur de Barneveldt m'est présentement venu voir, et m'a assuré avoir reconnu , par les discours que M. Winood lui venoit de faire à l'heure même, qu'ils étoient du tout enclins à la guerre , et que lui ayant repondu là-dessus que leur maître devoit donc parler clairement du secours qu'il voudroit donner, sans s'en remettre à s'en découvrir après la paix* il dit qu'il n'en a aucune charge , et que c'est aux Etats d'en faire instance envers lui par (-afron , résident près sa personne. Le chMg^went de ceux-ci réveille de nouveau te autres qui àt-

DU PEESIDENT JEÀMNIIT.

sirent la guerre, lesquels essayent de brouiller tant qu'ils peuvent. Je tiendrai néanmoins toujours Ja main pour la paix , si je ne reçois autre commandement. Il déplaît à ceux-là que le sieur Ricbardot et moi nous nous soyons vus en particulier, et surtout aux Anglais, lesquels en ont très-grande jalousie; mais ces visites et conférences avec lui ont servi. Je m'en abstiendrai néanmoins ci-après , sinon que ce soit pour quel* que grande occasion qui le mérite; car je craindrois qu'en le faisant trop souvent on ne voulût essayer de persuader aux Etats que Sa Majesté désire plutôt la paix en considération des archiducs , ou pour avoir leur amitié , que d'eux. Et encore que je sache qu'elle est si bien ici, et que j'aie donné aussi si bonne odeur de ma conduite, que telles calonmies ne seront bien reçues , si veux-je éviter toutes occasions qui pourroient donner prise à ceux qui désirent le contraire de «que j'ai charge de faire. Jugez par là, monsieur, sien faisant voyage vers Sa Majesté je passois à Bruxelles, combien ces soupçons pourroient augmenter.

C'est ici, et par notre conduite, que les archiducs peuvent prendre assurance de l'amitié de Sa Majesté, et après, en passant vers eux sur le retour, on les trouvera beaucoup mieux disposés, et en état d'en tirer meilleure résolution et plus de contentement que si on y alloit maintenant, attendu même que M. le président Richardot, auquel l'archiduc se fie le plus, n'y est pas. Je ferai toutefois ce qui me sera commandé, soit pour le voyage ou mon passage; mais je commence à craindre, voyant que le changeloent des Anglais, s'il continue, ce que je ne pense pas, pourroit échauffer les autres, que Qwn absence fasse faute ici. Ainsi, quelque désir que j'aie de faire ce petit voyage, j'aurois à regret toute ma vie si , pour avoir pris ce conseil , i^ affaires se trouvoient empirées de quelque ehose lorsque je serai de retour : non que la place ne soit toujours bien remplie de M. de Russy y demeurant, mais nous avons assez de i^esogne tous deux ensemble , à cause des accidensqui peuvent arriver chacun jour en une aff lire si épineuse et sujette à tant de changemens inopinés. Ce ne fut jamais mon intention de faire Is rimontrance que je vous ai envoyée pour la refcion, sinon à toute extrémité, et si on vouloit rompre là-dessus , comme j'en étois en grande appréhension à la venue des députés des archiducs. Et ce fut lors aussi que je dressai ladite remontrance, délibéré de la différer après la paix si je n'y étois contraint , et , en l'un et en l'autre ^'«^ide m'y conduire avec telle discrétion, que si je ne proUte rien pour les catholiques, Sa Ma-

jesté ait témoigné sa bonne volonté envers eux sans rien gâter envers les autres.

Mais ce que je désirois savoir étoit de recevoir votre avis et le commandement de Sa Majesté sur la substance de la chose , pour cbanger , ajouter , ou diminuer à cette remontrance ce que me manderez, jugeant bien que la matière en est si chatouilleuse, qu'il est malaisé d'en parler au goût d*un chacun. Encore vous supplié-je me le mander; car il est certain que si on vient à rompre que ce sera là-dessus : je le répète encore pource qu'hier nouvelles vinrent ici d'Anvers , qu'on disoit être d'un homme de qualité, et qui peut savoir quelque chose des affaires , que le courrier venu d'Espagne en si grande diligence que vous m'avez écrit, avoit apporté lettres du roi d'Espagne aux archiducs, par lesquelles il déclare ne vouloir accorder le commerce des Indes, ni entrer en aucune condition de paix, si l'exercice de la religion catholique n'est rétabli, du moins en quelques ville^s des Provinces-Unies, à faute de quoi il entendoit que les députés fussent révoqués ; mais ils traitent leurs affaires si secrètement , qu'on ne doit ajouter foi à tels bruits et nouvelles. M. de Châtillon doit partir dans sept ou huit jours, par lequel nous écrirons ce qui aura été fait es conférences des députés des archiducs avec les Etats. Et cependant je prie Dieu, monsieur, qu'il vous donne en parfaite santé très-heureuse et longue vie.

De La Haye, ce vingt-troisième jour d'avril

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

P. Jeannin.

Autre lettre dudit sieur Jeannin à M. de Ville* rotj, du 27 avril 1608.

Monsieur , nous avions déjà fait deux dépêches au Boi , et je vous avois aussi écrit particulièrement , pensant envoyer le tout par une voie qui nous a manqué , avant que recevoir vos lettres du cinquième et huitième de ce mois , que M. de Rocques me rendit le jour d'hier avec celles qu'il a plu à Sa Majesté m'écrire pour le particulier d'icelui. J'y ferai maintenant quelque réponse , et plus amplement par M. de Bethune qui doit partir dans quatre ou cinq jours pour aller en Cour. Elles ne font mention que de nos lettres du 23 et 24 de mars, et vous en aurez depuis reçu du 29 dudit mois , et du premier et septième du présent. Les Etats et les archiducs n'ont été si vigilans qu'ils avoient promis , avant perdu près de trois semaines sans traiter, et huit jours de plus eussent suffi pour faire mon voyage , à quoi j'ai un extrême regret d'avoir ftùlli ; mais je ne le pouvois pas prévoir, et craignois trop eu

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m*absentant de trouver les affaires empirées à mon retour , y ayant assez pour nous employer 1^. de Bussy et moi. Car encore que le loisir m'est souvent ennuyeux , si est-il besoin qu'on Sojt toiyours ^ux écoutes pour confirmer les uns et rofppre les pratiques que d'autres essaient de faire , n'étant possible de les joindre tous en une ïï)ème opinion : non que cette diversité produise fiucun tumulte, mais elle rend toujours les uns désireux d'attirer les autres à leur avis , et se servent de toutes occasions pour le faire , principalement ceux qiii préfèrent la guerre comme plus Utile à leur Etat que la paix, lescpiels ne sont à 1^ vérité en si grand nombre, ni les plus enten- (lus au ipaniement des affaires; mais si y en a-t-il ^e qualité et de capables , et qui ont quelque créance , puis M. le prince Maurice y ajoute de l'autorité, ^t ceux qui tendent à la paix ont ce désavantage, qu'ils n'osent publier plusieurs bonnes raisons que la prudence veut qu'on cache, et par ce moyen sont contraints, es demandes qu'on bût de la part des Etats, de se laisser aller à des phoses déraisonnables qui aigrissent les esprits 0es députés des archiducs, et les rendront peutêtre à la fm moins disposés à la paix ; mais ils devicqdroient suspects, et auroient moins de prédit s'ils faisoient autrement. Encore a-t-on remué depuis qucUiues jours de nouvelles difflcultés, pour montrer que la paix doit être cause de la ruine de cet Etat, et au contraire la continuation de la guerre de 1q grandeur et prospérité d'icelui. En quoi peut-être il y auroit bien de Iq raison, si toutes les provinces étoient délibérées de suivre cette résolution avec le même courage et ardeur que du passé , et le roi d'Angleterre bien uni avec Sa Majesté pour ensemblement les assister et secourir ; mais je doute bien fort du

{)remier, et n'y a apparence qu'on doive espérer e dernier ; par ainsi je ne peux aucunement approuver te) avis comme peu convenable à l'état des affaires , et fondé sur de vaines imaginations qui trompent toujours ceux qui s'y fient. Néanmoins, pource que plusieurs en discourent ici autrement, M. de Bussy, de son côté, a recueilli ce qu'il a pu apprendre des propos et mémoires à lui donnés par écrit de la part de ceux avec lesquels il en a conféré, et moi du mien, à quoi il ajoutera aussi ce que son propre sens et jugement lui pourra suggérer. Vous verrez les deiix à l'arrivée de M. de Bethune qui en sera le porteur.

Je me fusse abstenu d'y mettre la main; mais estimant qu'il pourroit y avoir quelque diversité en nos avis et raisons, il m'a semblé plus à propos de le faire; et à cet effet j'y commence aujourd'hui , afin que Sa Majesté étant mieux instruite nous puisse aussi mieux commander ses

intentions. Les députés des archiducs et dçs Etats confèrent à présent , et disent vouloir continuer chacun jour , mais c'est assez lentement, et n'y a doute que les uns et les autres ne soient fort échauffés, et que leurs conférences ne seront que pour entretenir le tapis, comme vous m'avez déjà mandé, jusqu'à la venue du Cordelier. C'est pourquoi , au cas que le Bol doive faire tôt , et avant deux ou trois mois , ce long voyage dont vous m'avez écrit, je penserois qu'il seroit nécessaire de le voir, afin d'être instruit, par sa bouche, des avis qu'aurions à prendre sur toutes les occurrences de l'avenir, dont son éloignement nous ôteroit le moyen d'être informés aussi promptement qu'il seroit besoin , lorsque les occasions s'en présenteroient. Mais si Sa Majesté veut laisser passer les grandes chaleurs avapt que partir, ce sera fait ou failli ici lorsqu'elle commencera son voyage; car les conférences qu'on fera en attendant le retour du Cordelier avanceront toujours les affaires, et les mettront en tel état, qu'il ne restera qu'à dire oui pu non lorsqu'il sera arrivé , au lieu que maintenant chacun retient son dernier mot. Il est malaisé de prévoir quelle en sera l'issue; bien estimé-jeque les Etats ne seront si rudes à la fin , et se relâcheront plutôt de quelque chose que de rentrer en guerre, si le secours des deux rois ne les échauffe à prendre ce conseil : mais semble, par ce que mandez et les avis qu'avez du côté d'Espagne, qu'il y a plus à douter de cet endroit. Il est vrai qu'ils sont accoutumés de traiter leurs affaires si secrètement, et de faire courir aussi par artifice des bruits si contraires à ce qu'ils pensent, que je ne mets en aucune considération tout ce qu'on en dit , roe souvenant que tous les avis qui venoient d'Espagne avant que la ratification eût été envoyée, étoient que le roi d'Espagne ne la donnerait jamais. Je ne laisse pourtant d'en être en crainte, quand je considère qu'il n'y a rien en tous les articles qui le puisse contenter.

Le sieur Bobiano , ti'ésorier général des archiducs , est ici depuis peu de jours, m'a vu en particulier, et m'a tenu plusieurs bous propos de l'espérance que les archiducs ont d'être assistés des ministres de Sa Majesté à faire la paix; et en conférant des conditions m*a montré que le fait des Indes se pourroit encore accommoder , et qu'il faisoit plus de difficulté sur celui de la religion, et que le roi d'Espagne ne traiteroit jamais autrement; et quoique je lui répondisse qu'on en pourroit avoir meilleure issue après le traité, il ne s'en contenta : ce qui me fait toujours juger, si on vient à rupture, que ce sera là-dessus. Je vois bien que votre désir seroit, par les lettres que m'avez écrites, qu'on laisse cet article le der-

nier, et que les autres soient conclus et signé$, s'il est possible , avant que d'entrer à celui-ci ; mais c'est chose qu'on ne peut espérer, car vous savez bien, monsieur, que ce n'est pas la coutume de signer que tout ne soit d'accord , et encore qu'on puisse rejeter cet article sur la fm , que cela n'empêchera pas les archiducs de rompre là-dessus s'ils veulent. Nous ferons bien que les Etats ne le refuseront du tout , donneront même quelque espérance d'y pourvoir après le traité, $Qr notre demande et les remontrances que nous ferons; et jusqu'ici J'avois cru que c'étoit l'intention du Roi , et votre avis qu'il y fût procédé ainsi , lorsque verrions les choses réduites à une rupture. Et me sembloit cette remontrance, faite de la part de Sa Majesté , devoir être utile pour rendre un témoignage public de son zèle à toute la chrétienté, et qu'elle n'a manqué, non plus que le roi d'Espagne , à vouloir procurer ce bien aux catholiques, comme aussi pour l'exempter de calomnie sî , en secourant les Etats après la rupture, le roi d'Espagne venoit publier, pour le rendre odieux , soit dans le royaume ou ailleurs, qu'il prend la défense des hérétiques en une cause qui regarde purement la religion. Toutefois vous Jugez, monsieur , par nos dernières lettres, que ce seroit chose inutile de le faire , puisqu'on en doit être refusé, et que cela pourroit offenser les amis. La vérité est bien qu'on n'en doit rien espérer du tout si la paix est rompue; mais J'eusse bien fait que le refus n'eût pas été entier, et qu'on eût seulement remis à autre temps, et avec espérance d'y pourvoir, et que les amis n'en fussent non plus demeurés offensés , y ayant déjà préparé les plus sages ; outre ce qu'en les secourant par effet, ils auront plutôt sujet de se louer de la bonté du Boi que de se plaindre de cette remontrance.

Consîdérez-Ia encore, s'il vous plaît, et je me conduirai sans y faillir selon que vous me manderez , estimant , comme je dois par raison , trop plus votre prudence que mon jugement, quand même vous ne seriez pas près du maître pour en savoir sa volonté. Tous ceux qui retournent de France, et ont eu l'honneur de voir le Roi, publient toujours qu'on ne fera pas la paix, et que Sa Majesté le dit ainsi , sans ajouter que c'est par prévoyance , tant pour les difflcultés qu'elle sait être en la résolution de cette affaire, que pour les avis qu'elle a du côté d'Espagne ; mais, au contraire, quelques uns d'entre eux disent qu'elle tient tels propos, comme si elle désiroit plutôt la guerre que la paix. C'est pourquoi Je vous supplie très-humblement, où elle auroit changé de volonté , comme elle en peut avoir des raisons qui nous sont inconnues , de m'en aver-

tir , afin que Je me conduise selon son intention. Ce n'est pas que J'ajoute foi à tels discours , car Je sais qu'elle peut déguiser ce qu'elle sent pour plusieurs raisons , respects et considérations , et que les rapports ne sont pas aussi toujours véritables; mais je ne vous mande ceci sans raison , et quand vous nous expliquerez si clairement son intention qu'on n'en puisse douter , soit pour la paix ou pour la guerre , nous en serons plus confirmés et l'en servirons mieux. Le docteur Dick ne m'a encore donué les lettres que Sa Majesté nous écrit touchant le roi de Suède; après quç l'aurons vu et conféré avec lui , J'y ferai réponse. Je prie Dieu , monsieur , qu'il vous donne en parfaite santé très-heureuse et longue vie.

De La Haye, ce 27 d'avril 1608.

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

P. Jeanmin.

Lettre de M. Jeannin à M. le duc de Sully, du*dit jour 27 avril 1608.

Monsieur, on fait peu maintenant en beaucoup de temps , et quoique nous pressions pour avancer les affaires, les uns et les autres ne sont fort échauffés, et semble qu'on veuille attendre le retour du Cordelier, et couler cependant le temps en couféi*ences sans rien résoudre. Il est vrai que sera toujours autant d'avance , et qu'il ne restera plus lors que de conclure ou rompre, sinon que l'un des deux veuille fuir pour éviter la guerre cette année : à quoi ils sont néanmoins si peu préparés d'une part et d'autre , que la crainte en est vaine; mais si la longueur et les remises viennent du côté d'Espagne, c'est un témoignage certain qu'ils ne feront point la paix ; et quant aux Etats , s'ils ne la peuvent avoir , toutes sortes de remises leur plairont plus que de rompre pour rentrer en guerre, sinon que les deux rois offrent de les secourir , et qu'ils s'en voient assurés avant la rupture. Il y en a maintenant qui proposent de nouvelles raisons , pour essayer de persuader que la continuation de la guerre seroit plus utile aux Etats que la paix; et leur avis ne seroit à rejeter si toutes les Provinces ensemble en prenoient la résolution , et qu'elles fussent assistées de Sa Majesté et du roi d'Angleterre, unis par une bonne alliance , tant pour leur mutuelle conservation que des Etats; mais toutes les deux sont fort difficiles. M. de Bussy a recueilli les raisons de cet avis des propos et mémoires de ceux avec lesquels il en a conféré. J'en ai fait autant de mon côté , et en enverrons les discours au premier jour par M. de Bethune , qui doit incontinent partir , afin que Sa Majesté voyant l'un et l'autre nous puisse mieux commander ses iu- I tentions.

M. le président Richardot est en peine de ce que, pour le fait de la révocation des confiscations, on met un article général qui semble casser, comme il fait , la transaction de la comtesse de Ligne avec M. le prince d'Espinoy : il m'en a parlé pour sonder ce qu'en pensois. Je lui ai dit que ledit sieur d'Espinoy n'en fait aucune poursuite, mais que les Etats en prendront sans doute la défense , comme étant leur cause propre ; qu'il est aussi vrai cette transaction , la paix faite, ne pouvoir subsister quand les clauses contenues en l'article qu'ai dressé moi-même, dont je vous envoie la copie, ne seroient insérées en icelui traité. Il s'est fort opiniâtre au contraire , mais c'est sans raison, montrait néanmoins désirer qu'un mariage pût faire cesser ce différend : à quoi n'ai répondu autre chose , sinon qu'on le pourroit mieux espérer après le bien rendu qu'en le retenant. Ce n'est encore le temps d'en faire plus grande instance. Je n'y omettrai rien lors , mais en aurai soin comme de tout ce que vous me commanderez, pour vous y rendre trèshumble service de toute mon afTection. Les Etats pressent et continuent leur supplication envers Sa Majesté pour les secourir jusques au traité ; vous en verrez, monsieur, les raisons en nos lettres. Ils ont grand besoin de votre assistance et faveur, et je juge que c'est le service de Sa Majesté d'ajouter cette gratification aux autres , non indéfiniment jusques au traité , mais ce qu'il lui plaira pour toute l'année. Je suis , monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur ,

P. Jeannin.

Lettre de M. de La Boderie à M. Jeannin y du troisième de mai 1608.

Monsieur , il y avoit fort long-temps que je n'avoiseu de vos lettres quand j'ai reçu celle du quatorzième du passé; vous l'aurez été bien autant sans avoir des miennes^ n'ayant rien reconnu , en tout ce qui s'est passé de deçà depuis mes précédentes , qui m'ait pu faire changer d'avis touchant les humeurs et inclinations de cette cour sur les affaires que vous savez , ni que j'aie cru vous pouvoir servir à la direction ou avancement d'icelles. Si j'y eusse vu quelque chose de plus , je n'eusse manqué à vous en avertir. En effet, il y a une telle défiance aux esprits de ce prince, €t de tous ceux de son conseil, telle envie et tels restes de cette inimitié naturelle et ancienne qui a toujours été entre cette nation et la nôtre , que ce sera un grand miracle s'ils marchent jamais avec nous avec la franchise et sincérité qui seroient nécessaires pour en tirer profit. Nons faisons d*ailleurs si peu de notre côté pour les guérir de cette maladie, que ce n*est pas merveille

si nous en sentons tous les jours de nouveaux et fâcheux effets. J'ai remarqué depuis quelque temps quelque apparence plus grande que je n'ai encore fait, qu'ils se veulent r'apprivoiser par deçà; mais je doute que ce ne soit pour favoriser une nouvelle poursuite qu'ils vont encore faire pour leurs prétendues dettes , sur laquelle , s'ils ne reçoivent contentement , comme notre humeur trop tenante, il faut le dire , m'en fait craindre, j'ai grand'peur que ce sera encore pire. S'il étoit possible de bien enfourner cette négociation d'alliance, dont vous m'exhortez par le commencement de votre lettre, et puis m'en dissuadez, je dirois certes qu'il seroit très à propos, et y estimerois ma peine et mon industrie très-bien employées; mais, comme vous jugez vous-même, il faut avoir plus d'assurance de leur disposition que nous n'en avons jusques à cette heure, pour commettre au hasard une affaire de si grand poids.

M. de Barneveldt en a écrit à M. Carron , qui, comme il est plein d'affection , en a mû quelques propos avec le comte de Salisbury. Ledit comte y a fait le froid, et a montré par sa réponse que ce n'est pas une affaire de laquelle ils veulent que messieurs les Etats soient les promoteurs. Il voudroit que nous nous laissassions entendre. En quoi qui pourroit être assuré de proûter , il se trouveroit possible bien des moyens qui ne sortiroient de la dignité ; mais il faut y voir quelque chose de plus que ce qui se voit encore, sur quoi je tiendrai les yeux les plus ouverts qu'il me sera possible. A ce que j'en puis découvrir, leur intention ne seroit pas , s'ils en venoient à mariage , de faire simplement celui du prince avec notre Madame ; ils voudroient , par même moyen, tirer en avant celui de monseigneur le Dauphin avec leur princesse d'ici, qui, certes, est pleine de vertus et de mérites , l'âge d'eux y apportant peu d'inégalité; elle vient à treize ans, et encore est fort grande pour son âge. Je ne sais comment on l'entendroit de delà, tant y a que le droit du jeu veut, ce me semble, que nous nous rapprochions peu à peu les uns des autres, comme c'est à quoi je tiens principalement, devant que nous laisser davantage entendre dessus ce fait. Si vous veniez à bout de la paix je le tiendrois bien facile, car il est certain qu'ils redoutent leur Irlande en ce cas-là; et, pour se garantir de cette crainte , et de toute autre qui leur puisse venir d'Espagne, ils tiendront lors notre alliance et celle de messieurs les Etats de Hollande trcsnécessaires : mais jusques à ce qu'ils voient adite paix bien bouclée , ils auront tant de peu^ de la guerre , qu'ils ne feront rien avec nous q ait apparence de les y pouvoir tirer. Or, pa^

DU PBÉSIOENT JEANI9IN.

ZU

qull vous plaît de m'en écrire , j'y vois encore beaucoup de doutes , et crains bien certes que ce commerce des Indes Orientales n*y soit une grande pierre d'aclioppemeut. Toutefois le besoin qu'ils ont en Espagne de remettre un peu leurs affaires en réputation, et le grand désir qu*ont Tarchiduc et Tinfante du repos, me font espérer que, quelque honte et préjudice qu'il y ait en cet article , ils le passeront , soit par forme de paix ou de trêve. Je vous envoie VEuphormion que vous m'avez demandé, lequel je me suis fait donner par l'auteur qui est ici ; car il ne se vend ni ici , ni en France. Vous y verrez un assez beau style et un assez bon langage, du reste des discours d'un Jeune homme qui veut plaire en cette cour, et qui promet plus de jugement avec le temps; mais quand vous l'aurez vu , vous m'en direz , s'il vous pialt , le vôtre. Et je demeurerai , en vous baisant très-humblement les mains, monsieur, votre très-humble et très-affectionné serviteur, Là Boderie.

A Londres, ce troisième de mai 1608.

Lettre de messieurs Jeannin et de Rmssij au Moi, du dixième de mai 1608.

SlBB,

Sans la contrariété des vents et de la tempête qui ont duré plusieurs jours, le président Jeannin, qui étolt parti de ce lieu dès le second jour de ce mois , et a demeuré quatre jours sur l'eau en intentiou de passer outre , seroit maintenant bien près de votre Majesté, pour lui rendre compte de toutes les choses qui dépendent de la charge qu'il lui a plu nous donner ; mais le vent nes'étant changé que le dixième, ce temps perdu a été cause que les Etats l'ont pressé encore plus qu'ils n'avoient fait auparavant d'arrêter, et qu'il perdra cette occasion de la voir pour ce coup, dont il a beaucoup de regrets , jugeant ce voyage nécessaire , même si votre Majesté s'éloigne pour faire le sien de Provence. Nous faisons peu attendant la venue du Cordelier , que les députés des archiducs assurent devoir être ici dans la fin de ce mois pour le plus tard. Chacun se tient couvert cependant , et ne veut dire es conférences qu'on fait son dernier mot; et quelques diligences qu'ayons faites pour presser ladvancement des affaires, les uns et les autres montrent de n'avoir pas grand'hâte. Aussi, à la vérité , tout doit dépendre de la résolution que le roi d'Espagne prendra sur le commerce des Indes , n'y ayant rien hors cet article qui puisse fompre le traité , pourvu qu'ils ne prétendent et veulent opiniâtrer le rétablissement de la reli- ^on catholique. On fait bien courir ici de mauvais bruits de tous les deux, sur les avis qu'on

dit être venus aux archiducs du côté d'Espagne, les députés duquel montrent aussi d'en être en peine, et de craindre que la paix ne soit rompue à cette occasion ; mais ce sont peut-être artifices, nous souvenant bien qu'avant que la ratification du roi d'Espagne eût été envoyée on faisoit courir les mêmes bruits, et qu'il ne Faccorderoit jamais.

Il est moins dangereux pour ces peuples qu'on rompe sur le fait de la religion que sur celui des Indes; car, pour le premier, ils sont tous d'avis de n'en consentir aucune chose par traité; mais ils ne laisseront pourtant de prendre de bonne part les remontrances de votre Majesté sur ce sujet , si elle est d'avis qu'on les fasse , dont toutefois on n'espère autre fruit , sinon de faire paroitre son zèle envers les catholiques et à l'augmentation de sa religion. Mais, quant à l'article du commerce , le danger semblerait plus grand, pource qu'il y a quatre ou cinq provinces qui n'y ont intérêt, dont les députés ont montré que la rupture à cette occasion leur déplairoit. Et cela est cause que les Etats ne veulent rien arrêter absolument sur les autres articles jusqu'à ce qu'ils voient si celui-ci sera accordé ou refusé , pour avoir toujours moyen de rompre ailleurs s'il en est besoin. Mais il leur sera difficile d'ôter cet avantage aux autres , de rompre où il leur plaira , au cas qu'ils en aient le dessein ; et néanmoins, quand ils le feront, M. le prince Maurice, M. le comte Guillaume et plusieurs autres , croient que toutes les provinces ne laisseront de demeurer en leur union, et de rentrer en guerre avec même courage et vigueur que du passé, fondant leur opinion sur ce que la plupart des villes desdites provinces sont remplies de grandes garnisons , que le magistrat y est bien affectionné , et quand quelques unes viendroient à se séparer , au lieu qu'elles ne sont à présent que frontières des ennemis , elles le seraient après des deux côtés , et en pire état que devant. Cette crainte n'est pas toutefois du tout vaine , et seroit encore plus grande si on venoit à rompre sur autres articles de moindre importance que celui des Indes, que les plus sages voient bien devoir être utile à tout l'Etat. Quelques-uns bien affectionnés au bien de leur patrie ont mis en avant , depuis peu de jours, des raisons par lesquelles il leur semble la paix devoir être plus dommageable à leur Etat que la guerre. Nous les avons recueillies, comme aussi les réponses des autres qui ne sont de leur avis , dont deux discours ont été faits, que votre Majesté verra s'il lui piaf t en prendre la peine. Nous le faisons afin qu'elle soit pleinement instruite de toutes choses, y apporter son jugement, et

noas commander mieux ses intentions, que nous suivrons sans y rien ajouter du nôtre que Tobéissance et fidélité, soin et diligence.

Nous lui envoyons aussi Textrait d'une lettre que l'amiral de la flotte de Zéiande , lequel est aux Indes, a écrite touchant le combat avenu au détroit de Malaca. Le fait y est bien simplement déduit, et sans aucun artifice , mais ce n'est pas du tout en la façon qu'on l'avoit publié ici. M. de Goiiis a eu avis d'Allemagne que les archiducs de Gratz et la veuve mère de la reine d'Espagne travaillent pour appointer le différend de l'Empereur avec l'archiduc Mathias , que le duc de Bavière s'y emploie aussi, et qu'on en espère bien ; que l'Empereur ne demande plus en la diète de Ratisbonne des contributions pour la guerre de Hongrie, comme voulant approuver la trêve avec le Turc , crainte que les mouvemens nouveaux en Hongrie ne fussent cause d'un plus grand mal , et qu'il se contente de celles qui seront nécessaires pour munir les places des frontières de bonnes garnisons, afin de les empêcher de surprise , et pour acquitter aussi les dettes qu'il a contractées pour la défense de l'Empire en cette dernière guerre. On lui mande encore que le duc de Savoie est maintenant d'accord et en bonne intelligence avec le roi d'Espagne. Nous envoyons à votre Majesté les ratifications des provinces touchant la ligue faite avec eux : c'est M. de Bethune qui en sera le porteur , lequel se conduit si sagement par deçà, qu'il y est en trèsbonne odeur et réputation. Nous avons aussi conféré avec lui des particularités dont nous avons estimé que votre Majesté seroit bien aise d'être inforipée , bien assurés qu'il lui en rendra bon compte. Sur ce nous prions Dieu , Sire , qu'il donne à votre Majesté, en parfaite santé, trèslongue et très-heureuse vie.

De La Haye, ce dixième de mai 1608.

Vos très-humbles et très-obéissans sujets et serviteurs, P. Jeannin et Russy.

Lettre de M. Jeannin à M, de Villeroy , dudit jour dixième de mai 1608.

Monsieur , ayant reconnu par trois lettres du Roi que Sa Majesté désiroitque je fisse un voyage vers elle , vous aussi me l'ayant écrit par son commandement, pourvu qu'il se pât faire sans le préjudice de son service, j'avois pris ce conseil ; et quoique messieurs les Etats m'eussent envoyé par deux fois leurs députés pour me le dissuader, avec plusieurs propos qui témoignoient leur affection à me retenir ; que M. le prince Maurice , madame la princesse d'Orange et M. de Bameveldt , en eussent fait autant en particulier, comme aussi tous les ambassadeurs

des princes qui sont ici ; si est-ce que leur ayant dit mes raisons pour le leur flaire approuver et assuré de mon prompt retour, s'il plaisoit à Dieu me conserver en santé , ils y avoient tous consenti : étant aussi véritable que mon absence , jusqu'à la venue du Gordelier , ne devoit être d'aucun préjudice à leurs affaires , dont ils traitent si lentement aujourd'hui , que c'est plutôt pour couler le temps et s'employer en apparence que pour négocier en effet. Or j'avois pris la mer dès le deuxième de ce mois, du cêté de Zéiande, pour aller à l'Ecluse et de là à Amiens , pource que le vent , dès-lors contraire pour aller à Calais ou à Dieppe, m'ôtoit le moyen de prendre ce chemin, et , à cette occasion , avois pris un passeport de M. le marquis Spinola, qui en donna pareillement un à M. de Bethune pour faire le voyage ensemblement. Mais après avoir été quatre jours sur la mer , et jusqu'à quatorze lieues de Rotterdam, ayant toujours le vent et la tempête du tout contraires , sans qu'il y eût apparence de changement en un meilleur temps, nous filâmes contraints de retourner en ce lien, me restant tp^jours le même désir de faire le voyage si le vent se changeoit bientôt; mais il a continué à être mauvais jusque vers le dixième qu'il s'est changé, et lors les Etats et chacun mi pressé de demeurer et n'y ai pu contredire : tellement qu'ai perdu avec grand regret l'occasioa de voir le Roi pour ce coup, ce que je jugeois fort à propos pour éclaircir son esprit de toutes choses, lui rendre compte de mes actions, et ^^ cevoir ses commandemens. Ce sera quand il plaira à Dieu, et que Sa Majesté me le commandera expressément , sans rien remettre à mon jagement.

Je vous ai écrit par M. du Monts, lequel j'eusse retenu deux ou trois jours pour vous envoyer par lui un discours, lequel contient quelques nouvelles objections contre la paix, et ce qui me semble y pouvoir être répondu , ayant en opinion dès-lors que M. de Russy, qui en a fait un i part sur quelques mémoires que M. Francques, homme fort affectionné à son pays, et grand ennemi des Espagnols, lui a donnés, le vous ponrroit envoyer ; mais je n'y avois encore rais la main , et , après l'avoir commencé , je Tavois intermis pour lors, pource qu'il me sembloit, faisant le voyage moi-même, que cela seroit superflu. Or je l'ai achevé, et le vous envoie par M. de B^ thune , après avoir su dudit sieur de Russy, d^ puis deux jours seulement , qu'il vous avoit envoyé le sien par ledit sieur du Monts ; c\r j'estime qu'il sera à propos que Sa Majesté voie les deux , d'autant qu'il n'a mis que les raisons pour faire rejeter la paix ainsi qu'il m'a dit toi-

BU PRESIDENT JEANNIN

même, et mon discours contient les objections et tes réponses, qui sont très-véritables pour le regard de ce qui consiste en fait. Et quant aux raisons, c'est au sens et Jugement d'un chacun de les approuver ou rejeter. Il n'y a personne de ceux qui manient les affaires ici , tant les amateurs de paix que les autres qui sont désireux de la guerre, qui n'en ait conféré librement et amiableraeut avec moi. Il est vrai qu'en ces conférences avec eux j'essaie de réfuter les raisons qui me semblent foibles ou contraires ^ ce que le Roi nous a commandé , et que peut-être aucuns me jugent plus enclin à la paix qu'ils ne voudraient à cette occasion ; mais j'estime en devoir user ainsi, pour étouffer divers bruits qu'aucuns de cet Etat font courir avec artifice de la volonté de Sa Majesté, comme si elle désiroit plus favoriser la guerre que la paix , et offroit de les assister d'un grand secours : ce qu'ils font afin de donner courage à ceux qui sont de cette opinion , en accroître le nombre, et étonner les autres.

Vous verrez, monsieur, que le principal fondement recherché et mis en avant de nouveau pour montrer que la paix doit être dommageable est celui-ci : qu'elle n'aura de fpnds assez pour supporter ses charges, comme s'il devoit être plus aisé aux Etats de fournir aux dépenses delà guerre qu'à pelles de la paix, qui doivent être moindres des trois quarts deux ans après qu elle sera faite, chose du tout fausse. Je ne vous répéterai rien de ce qui est contenu en icelui discours, mais vous dirai seulement que, depuis environ un mois, ceux qui ont toujours montré d'avoir en horreur la paix , comme aussi la compagnie des Indes, sur le bruit qu'on avoit fait courir que le roi d'Espagne ne vouloit point accorder ledit commerce, ont fait tout ce qu'ils ont pu pour traverser la paix sur ledit fondement , et aucuns y ont ajouté que la paix ne pouvoit être faite ici que Sa Majesté et le roi d'Espagne a eussent moyen à cette occasion de s'unir et allier ensemble , et que cela tourneroit à la ruine de ceux de la religion partout ; mais on est tant assuré de l'affection de Sa Majesté envers cet Etat, que tous ces artifices n'ont de rien servi. Il est vrai néanmoins que , si Sa M^'esté seule , on le roi d'Angleterre avec elle , vouloient offrir un secours raisonnable , que M. le prince Maurice réduit maintenant à douze cent mille écus , on pourroit espérer, plutôt aujourd'hui qu'on n'eât feit du passé , de les changer au cas que le roi d'Espagne n'accorde le commerce des Indes à leur mot. Je dis espérer , car quoiqu'aucuns le tiennent facile , je n'en juge pas ainsi , et estime qu'il y aura toi^ours beaucoup de difficultés pour

le faire ; mais si j'en reçois le co^nmandement , je n'omettrai rien pour en donner satisfaction ^ Sa Majesté; car, paix ou guerre, ce m'est une même chose, pourvu que ce soit la volonté et le contentement du maitre duquel je désire mériter la grâce en bien servant.

Vos lettres du 17 contiennent que Sa Majesté préfère toujours la paix, puis la trêve a longues années à la guerre, et néanmoins qu'elle prévoit tant de dangers et inconvéniens en la résolution que les Etats prendront, soit de paix ou de guerre, qu'elle aime mieux que les laissions choisir d'euxmêmes ce que bon leur semblera que de nous eu rendre auteurs. Or , j'ai crainte que les affaires n'aillent pas bien si nous y procédons ainsi ; car s'ils font un mauvais choix , nous ne laisserons d'en être blâmés, et personne ne nous aura obligation s'ils font bien ; puis ce que nous ferons , les députés des autres princes le suivront sans^ doute : ainsi nous serons tous inutiles, et aurat-on opinion , demeurant retenus à déclarer nos intentions, que nous désirons la guerre sans nous en oser découvrir, n'y ayant personne qui puisse croire qu'ayons affection à la paix si nous craignons de le dire, pource qu'il n'y a que de l'honneur à procurer ce bon œuvre. Autre chose seroit si nous suspendions notre jugement sur la résolution de la guerre , dont chacun doit fuir d'être tenu pour auteur, à cause du blâme, de la haine , des dépenses et périls qu'on peut encourir en la conseillant. J'en ai encore mis plus particulièrement les raisons en cet écrit que je vous envoie ; toutefois si vous ne les approuvez par delà , je ferai tout ce qui me sera commandé. Je crains qu'on ne représente de quelques endroits les affaires à Sa Majesté d'autre sorte qu'elles ne sont : qu'elle croie , s'il lui plaft , que rien ne lui est déguisé par moi , et que je pense ne devoir céder aujourd'hui à personne en la connoissance des affaires qu'on traite ici , pour y avoir pris tant de peine, et depuis un si long temps , que je ne serois pas digne de la servir si je n'en étois bien instruit, non que je pense pouvoir juger avec certitude ce que feront ces peuples qui ont si peu de crainte et d'appréhension de l'avenir, et sont sujets a des mouvemens si soudains qu'ils se peuvent changer en peu de temps , mais la vérité est que pour le présent le plus grand nombre désire toujours la paix, et crains plus pour moi que leurs ennemis ne la leur veuillent accorder comme ils la demandent, qu'eux soient pour la refuser.

Vous me mandez aussi, monsieur, avoir entendu par delà que le sieur de Barneveldt est en danger de perdre bientôt son crédit. Je ne sais qui fait ces contes , mais je vous peux assurer

qu'il n'eut jamais plus de pouvoir et de crédit qu'il en a, et que ceux qui tendent à la guerre n'oublient rien pour le gagner , m'ayant été dit en présence de M. de Russy , depuis deux jours, par quelqu'un qui est des Etats mêmes , que s'il vouloit embrasser le parti de la guerre il y porteroit dès le lendemain toute la province de Hollande , qui peut plus seule es résolutions que toutes les autres ensemble. Je ne vous ai rien écrit de ce qui le touche et ses enfans que pour le service du Roi, et le désir que j'ai de lui acquérir des serviteurs , non seulement pour faire passer les affaires qu'on traite à présent selon son désir, mais pour y avoir à l'avenir une telle créance et autorité, que sur les occurrences on y puisse bâtir des desseins qui tournent à l'utilité du royaume, dont ou ne vient jamais à bout quand on les veut précipiter tout d'un coup sans les avoir préparés de cette façon, et y en acquérant de loin des instrumens qui soient propres pour les mettre en besogne lorsqu'il en est temps. Je n'y ai autre intérêt ; c'est à Sa Majesté d'en ordonner son bon plaisir. Souvenez-vous pour le moins des enfans, et m'instruisez, je vous supplie très-humblement, par votre première dépêche , de ce que j'aurai à faire pour ce regard^ aiin que je ne vous en importune plus.

M. de La Boderie m'a écrit , du troisième de ce mois , qu'il lui semble que les Anglais se veulent rapprocher, mais qu'il ne sait si c'est à bon escient , ou à dessein d'obtenir le paiement de quelques dettes dont ils prétendent faire poursuite. Il me semble qu'on doit faire tout ce qu'on pourra pour les induire à désirer notre amitié, et à se conjoindre en une bonne alliance avec nous. Il ajoute encore par ses lettres que s'ils entrent en des mariages ils les voudront doubles ; à savoir, du prince de Galles avec Madame, et de monseigneur le Dauphin avec leur fille aînée, et qu'ils ne feront l'un sans l'autre. Je ne suis pas capable d'en donner avis ; mais tous les deux ensemble ne sont qu'avantageux , même celui de la liile , qui a droit de succéder à la couronne après les mâles , ces deux liens ensemble étant pour mieux assurer et affermir l'alliance des deux royaumes. Il y a bien quelques considérations au contraire qui vous sont connues, mais elles ne semblent pas assez fortes pour empêcher ce bon œuvre si l'occasion s'en offroit, dont il y a bien à douter, tant ils se sont montrés peu enclins à nous vouloir du bien jusqu'ici. Leurs députés qui sont en ce lieu , s'étoient imaginé que je devois passer à mon retour vers les archiducs , et que le sieur Richardot et moi, es conférences particulières que nous avions eues ensemble , avions traité quelque chose dont ils montroient

d'être en soupçon. Ceux qui connoissent le oatarel de cette nation estiment que ces jalousies sont plutôt moyens pour les persuader que de bonnes raisons. Vous avez toujours mauvaise opinion de l'issue des affaires que nous traitons; et je crois néanmoins , si le roi d'Espagne n'a eu volonté de tromper dès le commencement de ces conférences, ou qu'il n'ait reconnu quelque chose ici qui l'ait changé , que nous aurons la paix ou la trêve à longues années^ nonobstant les mouvemens et brouilleries qu'on a essayé de faire en ce lieu pour dissuader l'un et l'autre à ces peuples , dont je serai aussi avec les autres quand Sa Majesté me l'aura commandé, et non plus tût, et vous peux assurer que je ne serai devancé lors de personne. J'ai aussi la même opinion de M. de Russy et de la princesse d'Orange, et que n'aurons tous qu'un même but , qui doit être de suivre le commandement du maître , non notre avis et inclination. J'aurois beaucoup de regret si le Roi faisoit un voyage en Provence sans que je l'eusse vu premier pour m'éclaircir avant son départ de toutes choses, et être si bien instruit de ses intentions qu'on n'y puisse faillir , combiea que j'aie fait du passé , en sorte qu'à mou avis il n'y a rien à douter, si quelque changement n'e^ advenu depuis en sa volonté dont il soit besoin m'instruire de nouveau. Je désire qu'il plaise à Sa Majesté nous mander ce qu'elle veut faire pour l'argent avant que le dire à M. Aërsens, qui eni avertira aussitôt , afin que les Etats lui en aient] le gré , non à nous qui sommes ses ministres. | Nous ferons peu attendant le Cordelier ; mais odj me presse tant d'arrêter , que je suis contrainl| de suivre plutôt la volonté d'autrui que la mienne. M. Francques m'a donné de nouveaux mémoires pour entreprendre sur les Indes d'Occident. Je les réserve avec d'autres pour les faire voir quand il sera temps. Je suis, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur ,

P. Jeannix.

A La Haye, ce dixième jour de mai 1608.

Lettre dudit sieur Jeannin à M, le duc de Sull^y duditjour dixième de mai 1608.

Monsieur, je pensois bien avoir l'honneur de vous voir au même temps que M. de Bethune; mais les vents qui ont été contraires depuis di\ ou douze jours m'ont fait retourner, après avoir demeuré sur la mer quatrejours; et maintenant les Etats m'ont tant prié de changer d'avis, qu'avec ce que j'avois perdu trop de temps pour être ici de retour aussitôt que le Cordelier, je me suis abstenu de faire le vo} âge , encore qu'à la vérité on avance si peu les affaires , que je suis à présent presque inutile , et ne vois pas qu'on doive

bt PBEStDiSN'C ^ÊÀNNTJf.

oser de plus grande diligence jusqu*à ce que le Cordelier soit arrivé , pource qu'on tienf que la ! paix ou la rupture d'icelle doit dépendre de la I résolution qu*il apportera touchant le commerce ' des ludes, lequel étant accordé, il n'y a plus rien qui puisse donner sujet de rompre aux uns (m aux autres, si ce n'est le fait de la religion, duquel les députés des archiducs savent bien qu'ils De doivent rien espérer, et s'ils s'opiuiâtrent que tout est rompu. Encore que le plus grand nombre des députés de l'assemblée générale des Etats soit toujours désireux de la paix , si semble-t-il qu'il y a plus d'espérance de les changer qu'il n*y avoit du passé, au cas que le coDifTierce des Indes ne leur soit accordé selon qu'ils l'ont requis, pourvu qu'ils voient quelque assurance au secours, sans lequel ils ne rentreront jamais en guerre s'ils n'y sont du tout contraints, et chercheront plutôt toutes sortes d'expédiens pour accommoder les affaires que de retomber en ce danger. On est entré de nouveau en quelques ouvertures des inconvéniens qu'on craint devoir arriver par la paix, dont vous aurez vu, comme j'estime, un discours avant que vous receviez cette lettre, lequel a été envoyé à M. de Villeroy. J'en ai fait aussi un qui contient les raisons d'une part et d'autre , dont M. de Bethune est porteur. Je sais que vous le verrez aussi s'il vous plaît en prendre la peine , et donner sur . tous les deux votre avis à Sa Majesté, afin qu'elle y puisse mieux asseoir son jugement, et nous commander ses intentions, que nous suivrons précisément, et sans y ajouter autre chose du mien que l'obéissance et fidélité. Je serai aussi tonjours affectionné à vous rendre trës-humble service, comme étant obligé de demeurer perpétuellement, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur, P. Jeannin.

A La Haye, ce dixième de mai 1608.

^crit fait en Hollande , et envoyé au Roi le dixième de mai 1608 , sur ce que M. le préxident Jeannin fut averti que M. le prince Maurice avoit écrit à Sa Majesté pour blâmer la poursuite quHl faisait pour induire les Etats d'accepter la paix ou la trêve , à quoi le sieur de Russy adhérait contre r instruction qu'ils avaient de Sa Majesté.

Depuis peu de jours quelques personnes bien Sectionnées à cet Etat sont entrées en appréhension que la paix, désirée par ceux qui ont la réputation d'être les plus entendus au maniement des affaires, suivis d'un plus grand nombre, ne soit pas le meilleur et plus assuré conseil pour leur pays , mettant en avant des raisons non encore déduites jusques à présent, qu'aucuns Jugent

dignes de grande considération , et les autres rejettent du tout , préférant toujours la paix au renouvellement des armes, au cas qu on la puisse obtenir à conditions raisonnables. Or,. comme rien ne s'est passé par deçà dont il fût requis informer le Roi, qu'on ne lui en ait donné avis, ce discours a été mis par écrit , lequel contient les raisons des uns et des autres , et tout ce qu'on a estimé devoir être considéré et représenté sur ce sujet , afin que Sa Majesté y puisse mieux asseoir son jugement , et commander ses intentions.

Les premiers disent que les Etats ont un grand fonds ordinaire et certain durant la guerre, lequel peut suffire , avec.quelque aide des princes qui affectionnent leur prospérité , pour la conti' nuer avec espérance de bon succès , et que la paix le fera tarir du tout, ou bien devenir si petit qu'il n'y aura pas assez pour entretenir les garnisons et autres charges que la sûreté et conservation de la paix requiert, par ainsi seront méprisables, inutiles à eux et à leurs amis, et, qui pis est, exposés, à cause de cette foiblesse, à toutes sortes d'injures et périls , même des princes qu'ils ont offensés.

Pour le vérifier, ils déduisent particulièrement en quoi consiste ce revenu, puis ce que la guerre en doit ûter ; mettant pour premier lieu et principal article d'icelui revenu les consomptions, c'est-à-dire les droits et subsides qu'on lève sur toutes sortes de denrées qui servent à l'usage et commodité de la vie , lesquelles ont accoutumé de valoir chacun an , durant la guerre, cinq millions cinq cent mille livres, et qu'il n'y a aucune apparence que les peuples et gens de toutes qualités, qui se sont assujétis à les payer durant la guerre, crainte de leurs ennemis , et pour la nécessité de leur conservation, les veulent continuer lorsqu'on sera en paix , et penseront plutôt que les alliances contractées avec deux grands rois, lesquels se sont rendus comme garants de l'observation d'icelle, pourront suffire pour toute sûreté , sans qu'il leur soit besoin d'autres forces ni garnisons dans les places; étant bien vrai que la plupart des peuples ne se réjouissent de l'espérance de ce repos, sinon pour cette seule considération d'être déchargés d'un si pesant faix.

Ajoutent encore, quand ils se disposeroient tous de souffrir, du moins pour quelque temps, ces consomptions, qu'elles diminueront de beaucoup à l'instant que la paix sera faite , et à mesure que les gens de guerre , qui sont à présent de soixante mille de solde, assujétis à les payer comme tous les autres habitans, seront licenciés et réduits à dix ou douze mille hommes, qui est le plus grand nombre dont les Etats puissent

avoir besoin après la première ou seconde année de la paix.

Que plusieurs marchands aussi, lesquels avoient avant la guerre leur demeure es pays des archiducs, voyant le trafic libre et assuré d'une province à autre, et par tous les Pays-Bas indifféremment , seront pour s'absenter de ces pays , et le doit-on tenir comme certain pour le regard des catholiques, si on ne leur donne rexereice de leur religion, en craignant autant des artisans, qui n'ayant moyen de supporter la grande cherté qui sera aux vivres et de toutes autres denrées, à cause desdits subsides, iront chercher demeure es lieux et endroits où ils pourront gagner leur vie avec plus de commodité; et toutes ces retraites seront cause de faire des solitudes es Provinces-Unies, et par conséquent de diminuer de beaucoup le revenu qu'on tire de ces consomptions , contraindront même enfin les Etats , pour éviter pis , de les abolir du tout , ou de les réduire à bien peu; et par ainsi ce revenu, qui étoit grand et certain, ne sera plus rien après la paix.

Viennent après aux convois , licences et droits d'amirauté, qui étoient en valeur, chacun an, de dix-sept à dix-huit cent mille livres, lesquels demeureront pareillement du tout éteints ; ayant les députés des archiducs déjà déclaré et répété souventefois qu'ils ne consentiront jamais que leurs sujets les paient, attendu qu'ils n'ont été introduits sinon durant la guerre, et qu'il n'est raisonnable qu'on leur vende le passage de la mer et des ports, lesquels, en temps de paix, doivent être communs et libres à tous les amis. Or si on les en exempte, comme il sera peut-être nécessaire pour obtenir la paix , il en faudra aussi décharger les habitans des Provinces-Unies; autrement tout le trafic s'en iroit es pays des archiducs, pource que leurs sujets pourroient donner les denrées et marchandises exemptes du paiement de ce droit à meilleur marché qu'eux , et de là adviendroit que les marchands se retireroient à cette occasion à Anvers et es autres lieux de leur obéissance; puis les princes, qui sont amis des Etats, ne les voudroient non plus souffrir, et ne seroit aussi raisonnable d'en charger leurs sujets, tous les autres en demeurant exempts.

Il n'y a point d'apparence non plus que les subsides mis sur les maisons et héritages puissent être continués quand on sera en paix, pource qu'ils sont si grands et excessifs, que chacun les tient insupportables dès à présent; du moins il les faudra diminuer de la moitié : ainsi, au lieu qu'ils souloient valoir deux millions de livres ^ sera beaucoup si on en peut tirer un million de

livres pour l'Etat; encore doit-on craindre que les plus riches et aisés qui les paient ne s'en veulent décharger du tout.

Le dernier article consiste es contributions qu'on souloit lever pendant la guerre dans le le pays des ennemis, qui pouvoient revenir par chacun an à six cent mille livres, lesquelles, rhostilité cessant, demeurent du tout éteintes.

On ne met en aucune considération le domaine, d'autant qu'il est fort petit, et sert seulement à payer les gages des officiers ordinaires, et non plus celui des ecclésiastiques, partie duquel a été vendue ; l'autre est employée à la nourriture des gens d'église qui sont encore vivans, ou à l'entretènement des ministres : s'il y a quelque chose de plus , les villes l'appliquent à usages pieux , et à leurs commodités particulières.

Us estiment doue avoir suffisamment Justifié par cette déduction de tout le revenu de l'Etat, qu'il n'aura aucun fonds après la paix pour soutenir ses charges, au lieu qu'il est à présent grand, et de dix millions de livres chacun an au moins, qu'on peut toujours continuer de lever tant que la guerre durera, pource qu'on en prend la plupart sur les ennemis ou sur les étrangers, lesquels ont trafic avec eux , et ne laissent d'en tirer de la commodité nonobstant le paiement desdits droits, et par ainsi ne font point de difficulté de s'y assi\jétir ; et pour le regard de ce que les originaires et habitans en paient, il ne leur a Jamais semblé onéreux , le voyant employé à leur conservation, avec lequel revenu bien peu d'aide sufOsoit ^ non seulement pour se défendre, mais aussi pour s'aecroftre; au lieu que si la paix leur Ùte ce fonds et revenu , on doit craindre que les moindres ennemis qui voudront entreprendre sur eux ne les puissent ruiner.

Car ils ne sont pas comme les Suisses , lesquels, destitués de fonds et revenu en commun, sont assez forts et puissans en hommes pour se défendre eux-mêmes , et donner de la terreur à quiconque les voudroit assaillir; mais au contraire seront toujours contraints , soit pour se garder ou pour entreprendre sur autrui , d'avoir recours aux soldats auxiliaires qui dépendent de la grâce et bienveillance des amis, lesquels se lassent bientôt d'assister ceux qui sont foibles, et n'ont moyen de se revancher des plaisirs qu'on leur fait, ou bien de se servir de soldats mercenaires qu'on ne peut recouvrer ni entretenir sans solde ni sans argent.

Et combien qu'ils aient à présent des maîtres de navires, mariniers et matelots Jusques à quarante mille, à ce qu'on dit, tous bien exercés au\

l)tJ ^aisiDÊNt JCÀNNtli^.

guerres et combats de mer, es quels ils se sont rendus formidables à toutes nations, qui peuvent bien être mis au rang de bons soldats, cette vigueur militaire s'alentira et perdra du tout quand il n'y aura plus de guerre, et qu'ils exerceront leur trafic partout , soit en Espagne, aux Indes ou ailleurs, sans hostilité et de gré a gré ; se déferont même de leurs navires de guerre , pource qu'elles leur seront inutiles, ou deviendront simples raarctiands; ou bien le roi d'Espagne, pour les gagner et acquérir, se servira d'eux , et les emploiera en ses voyages des Indes et ailleurs, les rendant du tout siens par le profit d'une plus grande solde qu'il leur donnera , l'Etat demeurant par ce moyen affoibli , et lui fortifié d'autant. On craint encore les divisions qui peuvent arriver parmi eux loi*squ'ils seront en repos, dont les semences , déjà trop avant enracinées dans les villes et provinces entières , n'eussent tant arrêté à produire du mal , si la crainte des ennemis et le danger commun ne les eût retenus , lesquelles accroîtront tous les Jours par les pratiques secrètes et corruptions qui viendront de la part des princes, qui, ne les ayant pu ruiner par la force ouverte en plusieurs années, penseront gagner davantage en peu de temps par tels artifices; et tous ces inconvéniens leur semblent si grands, qu'à leur Jugement les dangers de la guerre , auxquels ils sont déjà accoutumés, ne les peuvent aucunement égaler.

Mais les autres soutiennent au contraire que la grande foibiesse à laquelle on prétend l'Etat devoir être réduit par la paix , faute de fonds et de moyens pour soutenir ses charges , est une crainte aussi imaginaire qu'il est véritable l'Etat Q'avoir de soi-même les forces et moyens requis p\iT faire la guerre, n'étant sagesse aussi de s'assurer au secours d'autrui ; qu'en jugeant sainement et sans passion du bien et du mal de la paix et de la guerre , il n'y a aucun choix entre hn et l'autre , et semble même que la nécessité '^r enseigne , ou plutôt les force de rechercher le premier et fuir l'autre.

£t pour l'examiner plus particulièrement , ^nt être bien vrai que le plus grand et plus certain revenu de l'Etat consiste aux consomptions, mais nient qu'elles doivent tarir par la P^^ ) u'y ayant apparence que les peuples en Teuleot refuser le paiement, d'autant qu'ils sont accoutumés à se laisser conduire par leurs supéneurs et magistrats sans murmurer , ni faire aucun mouvement pour empêcher l'exécution de ^ qui est jugé nécessaire pour le salut public , <iont Texpérience du passé a donné si grande preuve qu'on n'en doit aucunement douter. On (eut bien dire que la guerre servoit lors d'un

grand aiguillon pour les rendre plus obéissans ; mais il est vrai aussi que la crainte de perdre la liberté et souveraineté qu'ils ont acquises avec tant de dépenses, labeurs et périls, auxquelles ils participent tous également, aura encore la même force envers eux pour les induire à supporter ^ durant quelque temps , la dépense requise pour conserver un si précieux acquêt, pourvu qu'à mesure que la paix viendra à s'affermir, et qu'on se pourra passer de moindres garnisons et dépenses, on diminue aussi telles levées, comme on pourra faire lors sans péril , et en retenir néanmoins assez pour subvenir aux nécessités publiques.

Et quant à ce qu'on ajoute , que le licenciement de la plupart des gens de guerre , et la re* traite d'un grand nombre de marchands et artisans, lesquels contribuent tous à ces consomptions , les diminueront de beaucoup , ores qu'il n'y eût aucune difficulté à les lever , cela semble être vrai en apparence , mais il ne l'est pas en effet ; car , pour le regard des gens de guerre , il faut considérer que le plus grand revenu des consomptions , qui est de quatre millions cinq cent mille livres es provinces de Hollande et Zélande , diminuera de bien peu , d'autant qu'il y a fort peu de garnisons es dites provinces , en sorte que ceux qui sont bien informés de l'état des finances n'estiment pas que de cent portions , ou au pis aller de cinquante , on en doive diminuer plus d'une à cette occasion. Et quant aux autres provinces , villes et places de l'obéissance des Etats, elles ne s'y lèvent pas sur le pied de celles-ci , mais y sont petites , et ne peuvent revenir pour tout qu'à un million de livres, eux ayant mieux aimé fournir leurs cotes par autres levées que de souffrir les consomptions à si haut prix. Au moyen de quoi la diminution qui y aviendra par le licenciement desdits gens de guerre, ne sera de si grande considération, y ajoutant que les soldats ont accoutumé d'être la moitié de l'année en campagne pendant la guerre, auquel temps ils ne paient rien de ces consomptions.

On dit pareillement, quant aux marchands et artisans, qu'il y a plusieurs raisons et considérations pour croire qu'ils ne se retireront point après la paix; à savoir, que la plupart et presque tous sont étrangers, et des pays des archiducs , lesquels se sont venus habituer en ce pays à cause de la religion , et y ont établi leur domicile dès si long-temps, qu'ils y sont mieux accommodés qu'es pays de leur ancienne habitation. Puis ils penseront tous avoir plus de sûreté , et vivre avec plus de contentement en une république libre , participant aux honneurs et commodités

qui viennent de la liberté , qu'ailleurs , même qu'en la ville d'Anvers, qui est le lieu où on craint le plus qu'ils se retirent , pource qu'ils y seroient à la merci des soldats, et asservis à une citadelle qui les tiendroit toujours en quelque frayeur. Chacun considérera aussi que la mer , de laquelle doit venir le principal trafic, est pour la plupart au pouvoir des Etats, et par ainsi que sera à eux plutôt qu'aux archiducs de donner la sûreté au trafic. Et par effet on est déjà bien averti que plusieurs bons marchands , lesquels , pour jouir des biens qu'ils ont es pays des archiducs , s'étoient retirés es villes de Lubeck , Hambourg, Brème et autres villes anséatiques , comme aussi es autres endroits d'Allemagne, Angleterre et autres lieux neutres, sont prêts de revenir ici , et qu'à cette occasion, depuis qu'on a parlé de paix , les maisons sont de beaucoup enchéries, tant d'achat que de louage, en la ville d'Amsterdam. Il y a bien quelque crainte qu'on ne perde les catholiques, soit originaires du pays ou étrangers, et que, se voyant privés de l'exercice de leur religion, ils ne se retirent; mais il est au pouvoir des Etats d'éviter cet inconvénient, en leur donnant quelque exercice, comme ils peuvent faire sans danger , et semble même qu'ils y doivent être conviés par raison d'Etat. Néanmoins, quand on leur refusera cette grâce, la plupart étant originaires du pays , il e^c vraisemblable qu'ils ne laisseront d'y demeurer , et seront pour souffrir à l'avenir ce qu'ils ont enduré pendant la guerre, et lorsqu'il y avoit plus de péril pour eux , plutôt que de quitter leurs commodités, parens et amis. Ainsi en jugent les mieux entendus en cet Etat, assurant, par les raisons ci-dessus déduites , que les consomptions qui souloient valoir durant la guerre, es provinces de Hollande et.Zélande, quatre millions cinq cent mille livres, comme il a été dit, vaudront fiu moins, après la paix , encore quatre millions, les diminuant de cinq cent mille livres ; ce qu'ils estiment toutefois ne pouvoir avenir si on les lève pour quelques années sur le même pied qu'on souloit faire durant la guerre; et pour le regard des autres provinces, quelque diminution qui y arrive, elles ne pourront moins valoir que de cinq cent mille livres.

Quant aux convois , licences et droits d'amirauté, qui sont en valeur chacun an de dix-sept à dix-huit cent mille livres, confessera qu'on ne les pourra lever après la paix comme on souloit faire durant la guerre, mais qu'il y a moyen d'en retenir quelque portion par le traité ; car les archiducs qui lèvent le même droit de convoi sur les denrées, lesquelles viennent es Provinces-Unies, et passent avant qu'y arriver par les rivières qui

sont dans leur pays, seront bien aises, et feront même, comme on croit, instance de le conserver, pource que c'est le plus clair de leur revenu à ce qu'on dit ; et s'il avient ainsi , les Etats auront même raison de demander qu'ils souffrent pareillement ce qu'ils lèvent , du moins en y apportant quelque règlement et modération raisonnable ; et quand cela ne seroit pas , et que les archiducs voudroient plutôt s'abstenir de prendre ledit droit que d'en consentir la levée aux Etats, on ne leur pourroit ôter la liberté de mettre quelque impôt sur les denrées qui sont de leur crû, comme beurres, fromages, pêcheries et autres, et qu'en tout événement lesdits convois, quelque réduction qui en soit faite , ne pourront moins valoir que six cent mille livres par an, lesquelles suffiront pour leur armement de mer en temps de paix , au lieu que les dix-huit cent mille livres qui en provenoient durant la guerre n'étoient suffisans pour y fournir, étant vrai que la seule province de Hollande a despendu en vingt ans quatre millions de plus que ce qui provenoit desdits convois, licences et droits d'amirauté ; et partant la dépense desdits convois venant à être diminuée à proportion du fonds, l'Etat n'en recevra aucun dommage.

Ce n'est pas ainsi des contributions qu'on Icvoit durant la guerre es pays des ennemis, car il n'en viendra rien du tout après la paix ; mais tout ainsi que les Etats en prenoient dans les pays de leurs ennemis, eux en faisoient autant sur les babttans des pays les plus prochains de leurs frontières, et avec la même violence et hostilité, dont étant déchargés par la paix, les paysans en seront plus aisés, auront plus de commodité de payer leurs cotes, et les pourrat-on même augmenter de quelque chose en les soulageant d'ailleurs par là paix.

On voit donc que le revenu des consomptions, celui des convois , et le subside des maisons et héritages, tous lesdits subsides réduits ainsi qu'il a été dit ci-dessus, reviendront encore après la paix à un fonds et revenu ordinaire de six millions de livres au moins, qui n'est pas une supputation imaginaire, mais véritable et faite par estimation avec l'avis et jugement de ceux qui ont accoutumé de manier les affaires, et voir tous les jours en quoi consistent les finances de l'Etat. Il est bien vrai qu'après quatre ou cinq années leur avis est qu'on les doit diminuer; mais quand de cinq portions on en ôtera deux, qui est une grande décharge et diminution , ils auront encore près de trois millions cinq cent mille livres , qui ne suffiront que trop ponr supporter les charges, lesquelles seront aussi lors moindres.

BU PBESIDBNT JBÀNNI!Y.

On ne met point ici en compte d'autres particuliers revenus dont on ne se veut découvrir , ni les grands revenus des villes, lesquels , en cas de nécessité , pourroient servir à Futilité publique de tout le corps de TËtat, dont le fonds est tel, qu*en mettant ensemble la moitié, et délaissant l'autre pour l'employer aux usages particuliers de chacune ville, on en feroit une notable somme revenant à plus d'un million de livres.

On n'a mis aussi les consomptions partout qu'à cinq millions cinq cent mille livres, qui valent six millions, et le subside sur les maisons et héritages qu'à deux millions de livres, qui valent communément trois millions, pource que le surplus qui en provient chacun an est employé dans les villes et provinces à l'acquittement de leurs dettes, sans qu'il puisse servir aux charges générales de l'Etat.

Or ce fonds de six millions, composé de ce qui a été dit ci-dessus , peut sufQre abondamment pour entretenir vingt mille hommes de garnison s'il est besoin d'un si grand nombre pour la première année, payer les traitemens et appointemens des seigneurs, gentilshommes, et autres personnes de qualité qui servent à l'Etat, comme aussi l'armement de mer et les fortifications, et si il y aura encore quelque chose de reste; et pour la seconde année, et autres suivantes, ce reste croîtra, pource qu'on pourra réduire ces garnisons de vingt mille hommes à dix, qui est bien ce qu'il faut, ayant égard que les archiducs n'en tiendront pas autant dans leur pays, dont une partie sera encore employée es garnisons qui sont proches de la France , d'où elles ne sont jamais tirées pour les employer en autres endroits; outre ce qu'ils sont princes si paisibles et désireux du repos, qu'on ne doit craindre aucun mouvement de leur part au préjudice de la paix; puis les Etats auront pour garants et protecteurs d'icelle deux puissans rois, les forces desquels sont plus près d'eux pour les secourir que toutes les autres dont on se pourroit servir pour les offenser; ainsi ne doivent craindre l'inimitié de qui que ce soit. Et voit-on que cette diminution de garnison faite par eux, ils auront de bon plus de deux millions de livres chacun an, qu'ils pourront employer, avec ce qui a été dit ci-dessus, au paiement de leurs dettes qui sont grandes, et leur seront toujours à grande charge jusques à ce que l'acquittement en soit fait.

Ce n'est pas à la vérité sans raison qu'on crahit que la paix ne mette des divisions parmi eux , à cause des jalousies et différends qui sont déjà n^ entre les provinces et les villes même les unes contres les autres; mais en établissant un bon II. c. D. M. T. rv.

gouvernement avec un conseil d'Etat bien choisi , et suffisamment autorisé, tous ces Inconvéniens cesseront. Et encore que cet ouvrage doive peu^ être rencontrer quelques difficultés lorsqu'on y voudra mettre la main, si y a-t-il moyen par prudence et bonne conduite de les surmonter, pource que le corps de cet Etat , qu'on peut dire vraiment une république en laquelle la souveraineté appartient universellement à tous, a néanmoins cet avantage qui doit beaucoup servir à sa durée et conservation, que le menu peuple ne se mêle aucunement des affaires , mais en laisse la charge entière aux principaux et plus notables en chacune ville , lesquels étant les plus capables et affectionnés à la conservation de là liberté , auront aussi plus de soin , et leur sera plus facile d'établir et faire garder les réglemens qui auront été jugés nécessaires pour le salut commun.

Et combien que les plus sages aient estimé qu'il n'étoit à propos de poursuivre cette réformation avant la paix, on n'en doit pas mal sentir pourtant, mais croire qu'ils l'ont fait pour avoir reconnu quelques contradictions et intérêts particuliers qui pouvoient troubler l'ouvrage principal, c'est-à-dire le traité de paix, et autres considérations de prudence qui leur ont fait craindre de remuer trop de choses ensemble, et en un temps mal opportun, jugeant l'issue en devoir être meilleure lorsque, la paix faite , les esprits d'un chacun seront plus libres de passion, et délivrés de cette diversité d'opinions de paix et de guerre qui les sépare maintenant , et empêche de penser d'un même esprit à ce qui est de leur salut et conservation.

Quant aux corruptions, on les doit moins craindre en cet Etat qu'en tout autre gouvernement populaire, si on considère bien le naturel commun de ces peuples, lesquels ont témoigné depuis plusieurs années qu'ils n'y sont aucunement sujets, mais au contraire ont en horreur tous les présens qu^on leur peut offrir du côté d'Espagne, qui est le seul endroit duquel on doit craindre ce poison. Ils sont aussi tellement enclins à la liberté , qu'en vivant sous leurs seigneurs légitimes, quoiqu'ils en aient eu de trèspuissans, ils ne les ont jamais pu assujétir da tout, ni contraindre à souffrir, quelques pratiques qu'ils aient fait parmi eux, aucune innovation en leurs franchises et privilèges.

Il y a donc plus de raison de croire qu'ayant acquis cette liberté, à laquelle tant les grands que les petits participeront , qu'ils ne feront ni consentiront jamais à chose quelconque qui la leur puisse êter ; puis il faudrait que la corruption fût fort universelle pour faire quelque diai^

germent ett Cet Etat, à la ôondnlte duquel tant de personnes ont part et intérêt.

Car encore que nous voyions aujourd*hui peu de gens se mêler de la paix, et que deux ou trois y ont pris une si grande autorité, qu'il semble les autres ne trouver rien bon que ce qu'il leur platt, on ne doit pas tirer cette conduite à une conséquence générale en toutes autres actions , étant vrai qu'il va ainsi en cette affaire de la paix, pource qu'ils y sont tous, ou le plus grand nombre, si enclins et affectionnés, que chacun veut et désire en son particulier ce que ceux-ci poursuivent au nom commun d'eux tous, étant néanmoins toujours contrôlés et regardés, de si près, qu'ils n'ont pas pouvoir de faillir contre le public, quand même ils auroient quelque mauvaise volonté; mais seroit bien autre chose 6i aucuns particuliers ayant été corrompus, prétendoient après la paix entreprendre chose qui fût pour les faire retourner à leur ancienne sujétion , étant certain qu'ils seroient incontinent exposés à la haine d'un chacun, puis dégradés de tous honneurs et châtiés.

Pour le regard dés maîtres de navire , mariniers et matelots, es quels semble consister la plus grande force de l'Etat, il n'y a point d'apparence qu'ils soient pour aller à la solde des Espagnols; car ces voyages des Indes, sans la permission et liberté desquels on ne veut traiter, ceux d'Espagne et d'ailleurs les tiendront assez occupés; Joint que ce peuple libre, d'un naturel fude et impatient de souffrir toute domination superbe, ne pourroit Jamais endurer la fierté et insolence du commandement espagnol, et aimera toujours mieux se contenter de peu chez soi , vivant à sa guise, que de gagner beaucoup, s'assujétissant à une façon de vivre qui lui déplaît, est contre son naturel, et qui lui Ateroit Pexercice de sa religion.

Ils ajoutent encore, si la crainte de ces dangers et inconvéniens , la plupart imaginaires, ou qu'on peut éviter par une bonne et sage conduite , est de si grande considération qu'il faille détourner les Etats de se mettre en repos, c'est autant que leur vouloir persuader qu'ils doivent être perpétuellement misérables, puisqu'il n'y a autre sûreté pour eux qu'en la guerre , et que jsouffrir les maux et ruines qu'elle tire toujours après soi, est le seul moyen de les conserver; car cette gueirre est de la nature de toutes les atitres, qui ne |)euvent finir que par une victoire absolue, ou par composition. Or les Etats ne peuvent espérer le premier contre un ennemi si puissant que le roi d'Espagne ; et quant au dernier, les mêmes inconvéniens qu'on montre de craindre aujourd'hui, à savoir la faute de fonds,

N^GOCUTtôNS

les divisions, pratiques et corruptions, lorsqu*lls seront en paix et n'auront plus d'ennemi pour les tenir bien unis, sont dangers que le temps ne doit pas diminuer, mais plutôt faire crt)ître; étant certain que la continuation de la guerre contraindra les provinces et les villes de -s'engager encore à de plus grandes sommes, tant s'en faut qu'ils puissent acquitter celles qu'ils doivent, et cette nécessité et foiblesse devenue plus grande , les rendra aussi plus enclins à se laisser corrompre, à se séparer les uns des autres , ou à trouver bon à l'avenir (Je qu'ils auront inconsidérément rejeté, et ne pourront plus obtenir.

La prudence requiert aussi qu'on considère combien les conditions, sans lesquelles ils ne veulent traiter, sont avantageuses pour eux, et qu'ils ne les peuvent jamais espérer meilleures, quelque bonne fortune qui leur avienne pair la guerre.

Qu'ils sont à présent assistés de ministres de grands rois et princes qui favorisent leurs affai* res , et sont cause que leurs ennemis condescendent plus aisément à ce qu'ils désirent pour ledr bien et sûreté, crainte qu'ils ne se Joignent tous ensemble pour les fortifier. Or cette bonne volonté envers eux peut changer par divers accldens que le temps fait naître lorsqu'on y pense le moins. Il en pourra avenir autant du côté du roi d'Espagne, lequel est peut-être à présent disposé d'offrir et consentir à des conditions que plusieurs estiment peu honorables, honteuses et dommageables pour lui , y étant induit par des considérations qui nous sont inconnues, lesquelles peuvent cesser en un autre temps , et le rendre du tout éloigné de cet accord. Aussi est-il bien vrai que les affaires ont des saisons, et qui ne sait connoître ces momens et opportunités pour s'en servir, sa conduite est toujours malheureuse.

Disent encore que ce n'est assez de considérer séparément quelles sont les incommodités de la paix, si on ne se représente quant et quant les dangers et inconvéniens de la guerre, pour, après les avoir comparés ensemble, choisir celui des deux qui en aura le moins, le tenir même pour bien et avantage, et qu'en faisant ahisi, et examinant les deux sans passion , avec le seul respect qui est dû à l'intérêt public des Etats et de leurs amh , le mal qu'on craint pouvoir arriver par la paix sera trouvé beaucoup moindre que celui de la guerre.

Et pour le montrer, ils mettent en avant ce qui est notoire à chacun : à savoir, que te Etats ne peuvent feire la guerre seuls et sans Taide d'autrui ; ainsi i'ont-ils déclaré plusieurs fois aux députés des rois et princes qui sont près d'eux,

bû PBKSIBÉNT JEÀTïNtW.

rt à cette occasion requis tW rf grand secours, qu'il est sans exemple qu'aucun prince, en une cause qui n*est sienne, fait jamais accordé tel. Et encoi-c que M. le prince Maurice, lequel est sage et expérimenté capitaine , l'ait modéré de beaucoup, si est-ce que la somme à laquelle il l'a réduit est encore si grande, qu'il y a peu d'espoir de l'obtenir des rois auxquels ils s'en sont adressés , pour des raisons dont Sa Majesté est si bien informée , qu'il n'est besoin de les exprimer ici.

Ceux qui ont aussi connoissance du fonds et revenu des Etats, et des dépenses qu'il convient employer , non pour entreprendre sur les ennemis, mais pour conserver seulement ce qu'ils tiennent , en font le même jugement , et prévoient, le secours étant refusé , que leurs affaires empireront tous les jours , et seront pour tomber bientôt et tout à coup en une ruine certaine et inévitable , et maintiennent à ce moyen , et par la seule considération de ce défaut sans y ajouter d'autres raisons , puisqu'il ne leur est possible de faire autrement la guerre sans se perdre, qu'il leur est nécessaire de recevoir la paix comme un grand bienfait et remède salutaire duquel il ne se peuvent passer.

Il semble encore à ceux'^i que c'est bors de saison et trop tard de représenter les périls de la paix , lorsqu'on est si avant au traité qu'il n'y a plus aucun moyen dé rompre du côté des Etats sans mettre une grande division parmi eux , au cas que leurs ennemis leur accordent , comme ils montrent en avoir la volonté, la souveraineté de tout ce qu'ils tiennent , avec le commerce des tades , sans les contraindre de rétablir l'exerf ice de la religion catholique par le traité ; car , pour l'échange des places, il est remis après la paix. Et quant au convoi, qui est aussi un article d'importance , on espère trouver des expédiens pour en sortir , n'y ayant rien au sui*plus sur quoi les uns ou les autres puissent avoir sujet de rompre. Encore a-t-on bien opinion, quand le roi d*Espagne ne voudra consentir ledit commerce des Indes pour neuf ans aux conditions et selon qu'il en est requis , sinon à la charge que, ledit temps expiré , la paix de ce côté soit réduite à une trêve pour même temps si lui et les Etats ne demeurent d'accord de la continuation ou cessation d'icelui commerce , que les Etats seront pour s'accommoder à cette réduction , et consentiront plutôt la trêve partout que de rentrer en guerre , moyennant qu'ils soient tenus libres pour toujours : et déjà reconnott-on que la plupart des députés qui sont en l'assemblée ont ce sentiment ; et plusieurs même estiment que cette trêve, aux conditions susdites, leUf sefd

plus avantageuse qu'une paix perpétuelle, pource qu'elle les obligera d'avoir plus grand soin de leur conservation , et de vivre avec plus de soupçon et défiance avec ceux qu'ils penseront pouvoir devenir quelque jour leurs ennemis.

Ainsi on peut dire maintenant que la paix ou la guerre dépend plutôt des ennemis que de^ Etats, qui ne la peuvent plus refuser en l'état que sont leurs affaires sans se diviser, et par cette division se perdre. Ainsi il n'y a aucune apparence que quelque personne, soit prince ou autre , de quelque autorité et pouvoir qu'il ^it, la puisse empêcher si les ennemis veulent consentir à ce que dessus; comme au contraire s'ils lé refusent , encore que la raison veuille que soyons retenus à ne leur donner aucun conseil qui soit cause de rupture , et nous fasse tenir auteurs dé la guerre , crainte d'en être blâmés et obligés à un plus grand secours. Néanmoins si les Etat^ prennent d'eux-mêmes, et par une bonne union et commune intelligence, cette résolution pour n'avoir pu obtenir des conditions assurées. Sa Majesté , faisant connoitre qu'elle en a du déplaisir y ne laisseroit pourtant de témoigner qu'elle dé-' sire et veut employer ses moyens pour leur con-* servatlon , autant et si avant que les affaires de son royaume le lui pourront permettre.

Mais à présent , et aux conditions qu'on offre,' les princes qui les assistent se sentent obligés , par le devoir de leur amitié, de les exhorter d'employer leur autorité et prudence pour induire ceux qui contredisent à la paix à suivref leur conseil ; en quoi faisant , et montrant ouvert tement qu'ils y sont affectionnés, on les tiendra pour auteurs de ce bien , dont ils acquerront la bienveillance des Etats, et le gré des princes avec lesquels elle aura été traitée , et seront cause aussi d'empêcher qu'il n'y ait de la divl-* sion entre ces Provinces, d'où sortiroit leui* ruine; au lieu que si leur autorité n'entrevlent , ils ne tomberont jamais tous en un même avii ou difficilement. Et néanmoins ce consentetnent universel de toutes les Provinces est requis poui* conclure la paix ou la guerre , s'ils veulent suivre la loi et règle qu'ils ont établie de tout temps ett leur Etat pour le maintenir en bonne union.

Et de cette diversité d'opinions avtendroit que ceux qui veulent la paix, lesquels sont ttm* jours en plus grand nombre, porteroient leé autres, veulent ou non, à une trêve pour toute cette année ; mettant en avant que ce loisir seroit nécessaire pour conférer avec leurs amis , s'assurer de leur secours, et délibérer entré eux-mêmes de ce qu'ils auront à faire. Or les Espagnols l'accorderont volontiers, et que du-* rant icelte le trafic d'Espagne soit libre, afnf

HÉGOCfÀTIONS

d*accoutaitoeif les marchands , par le bon traitement qu'ils y recevront et les profits qu'ils feront , à désirer leur amitié; et s'ils ne se peuvent accorder vers la fin de la trêve , comme ils ne feront, les Espagnols se rendant lors encore plus difiliciles à faire la paix , ils seront comme forcés de consentir que cette trêve soit derechef continuée pour l'année suivante, qui est le plus dangereux inconvénient qui leur puisse arriver ; car de cette façon ces peuples couleront le temps en jouissant des commodités présentes, sans se plus soucier de lil)erté , souveraineté ni repos assuré ; et si on rentre après en un traité, leurs ennemis en auront sans doute beaucoup meilleur marché qu'à présent : danger qu'il est très-difficile d'éviter si l'autorité des rois ne leur fait prendre à tous ensemble un même conseil, pource que ceux qui veulent la paix , lorsqu'on sera prêt de prendre quelque résolution qui les pourroit porter à une rupture, se. serviront encore de ce moyen pour induire les autres à recevoir la trêve : à savoir , qu'il faut prendre l'avis des princes , lesquels ont leurs députés près d'eux , et savoir aussi quels secours ils en peuvent espérer au cas qu'ils soient contraints de rompre ; or la prudence veut qu'ils ne donnent pas conseil de rompre. Ils ne voudront non plus donner aucune assurance de secours particulier , mais demeurer sur les offres d'une bonne volonté sans passer outre, n'étant aussi raisonnable qu'ils en usent autrement, d'autant qu'il pourroit avenir que les Etats accepteroient la paix nonobstant leurs offres, ou s'ils faisoient la guerre qu'on les en tiendrait auteurs; ce qu'ils estiment devoir autant fuir que désirer le contraire , étant certain que cette réponse fortifiera les raisons de la trêve , et les contraindra tous de prendre ce conseil , et de le répéter encore en l'année suivante, plutôt que de rentrer en guerre si mal préparés et peu assurés de secours, sans lequel ils ne le peuvent faire avec bon succès.

C'est pourquoi il semble du tout nécessaire que Sa Miyesté commande à ses ministres de déclarer ouvertement son intention pour la paix quand l'occasion y sera , afin qu'à son exemple chacun l'embrasse; car s'ils ne faisoient lors qu'écouter sans s'ouvrir davantage, leur silence feroit croire à chacun que Sa Majesté ne désire pas la paix, mais plutôt la guerre, et qu'elle ne s'en veut découvrir; ou, si la paix se faisoit, n'en auroit le gré de personne. Or cette façon de procéder est trop éloignée de la franchise et générosité qui reluit en la vertu et prudence de Sa Mijesté , et ne voit-on pas qu'elle en puisse aussi recueillir aucun fruit ; mais au contraire , si la résolution de la paix que les Etats pren-

dront sans lui leur doit apporter du mal ) qui est ce qu'on peut craindre, elle ne laisseroit d'eo être blâmée, et diroit-on toujours que si elle Vavoit prévue que ce n'étoit pas assez de se taire, et que le devoir d'amitié l'obligeoit à la dissuader. Aussi n'y a-t-il point d'apparence que cette paix soit autre que bonne et assurée s'ils sont sages et se veulent bien conduire; mais s'ils font autrement, la coulpe et le blâme en sera rejeté sur eux , non sur les princes qui l'aurout conseillée; comme au contraire s'ils étoient d'avis de la guerre , ou si on leur laissoit prendre ce conseil sans le donner , et qu'ils vinssent après à se perdre faute d'être puissamment secourus et assistés , le blâme et la haine d'un chacun se tourneroient contre eux.

On reconnolt toutefois que si les deux rois , qui ont montré jusqu'ici d'embrasser la protection et défense des Etats , étoient bien uuis ensemble, et résolus de les secourir d'un plus grand secours que du passé, et selon qu'ils jugeroient la nécessité le requérir, et que les Etats fussent aussi disposés de leur part de reprendre les armes avec même vigueur , courage et union que du passé , qu'on en pourroit espérer tout bon succès, et d'affoiblir tellement le roi d'Espagne du côté des Indes , qu'on feroit perdre en peu d'années la crainte que chacun a de sa puissance, et de l'ambition et insolence de cette nation. Mais Sa Majesté, qui sait bien quelle est son intention sur ce sujet , est incertaine de ce qu'elle doit espérer ou craindre de la volonté d'autrui. Et à bien considérer tout , les Etats souffriront plutôt tontes autres incommodités que celles de la guerre , s'ils ne sont assistés du grand et puissant secours qu'ils ont demandé.

Ainsi, ce qui travaille plus a présent les esprits de ceux qui désirent le bien et prospérité des Etats , et ont quelque connoissance de leurs affaires, n'est pas cette dispute s'il faut faire la paix on non, laquelle est vaine et inutile maintenant, car il la falloit proposer lorsque toutes choses étoient plus entières; mais on craint avec plus de raison , pendant qu'ils sont en contention pour choisir ce qui est de leur bien , que l'ennemi leur ôte le choix , et les réduise à cette nécessité de reprendre les armes , et c'est lors qu'ils se trouveront beaucoup plus empêchés à pourvoir aux moyens de se défendre. Et pource qu'on prévoit que le faix entier de cette charge doit tomber sur Sa Msyesté , sinon qu'elle les veuille laisser perdre, nous employons tout notre soin à l'exécution du premier avis, suivant notre instruction et les fréquentes lettres qu'il lui a plu nous écrire sur ce sujet, et y continuerai toujours si elle ne conunande le contraire; à quoi Je serai très*

DU PBESIBSNT JEANIfIN.

prompt d'obéir, et avec même affection et fidé- 1 lité que j'ai toujours fait, sans y mêler aucune | chose de mon avis qui me puisse détourner de ce devoir.

Letire de M, Jeannin à M. de Villeroy, du

14 mai 1608.

Monsieur, cette lettre ne sera que pour vous, sll vous plaît. Je vous ai envoyé un discours par M. de Bethune, lequel Je ûs à la iiâte pour n*y avoir mis la main sinon quand mon voyage fut rompu , auquel J'ai du regret , Jugeant bien qu'il étoit nécessaire d'éclaircir de bouche Sa Majesté de toutes choses, pource qu'il me semble, par deux lettres que m'avez écrites, et par ce qu'on essaie de faire ici, à quoi i)eaucoup de gens mettent la main, qu'il y a quelque changement en sa volonté. Mais quoiqu'on fasse peu maintenant , ces peuples étoient si fâchés de mon départ, et m'ont tant prié de demeurer, que J'en ai perdu l'occasion pour ce coup. Or, s'il est vrai que Sa Majesté ait changé de résolution. Je serois bien étonné pourquoi il ne lui auroit plu m'en avertir le premier, puisqu'elle m'a commis cette charge, et que Je n'ai autre volonté que la sienne, aussi que Je pense m'étre acquis quelque créance en ce lieu pour y être autant utile qu'aucun antre. J'ai toujours mandé que le plus grand nombre en l'assemblée des Etats tend à la paix. Je continue à vous dire qu'il est vrai , et que de cent les quatre-vingts pour le mohis sont de cet avis et de sept Provinces les six , encore qu'en diacune il y en ait quelques particuliers contraires, qu'il sera aussi très-difficile, ou plutôt impossible de les changer, si l'ennemi accorde ce que je vous ai ci-devant écrit, et en le refusant, qu'ils aimeront encore mieux faire une trêve pour cette année, avec le commerce d'Espagne qu'on leur donnera volontiers, et la répéter en l'année suivante, que de rentrer en guerre sans assurance d'un bon secours ; et qui voudra essayer de les y porter autrement, sera plutôt cause de les diviser ou d'avancer ces trêves , que de faire ce qu'il prétendra. Ce Jugement que Je fais de leur volonté pour l'avenir , est fondé en si grandes raisons et conjectures , que le prince Maurice même , duquel Je désirois prendre l'avis lorsque pensois aller trouver Sa Majesté, m'a dit et reconnu qu'il est bien vrai , en présence de la princesse d'Orange et de M. deRussy; mais il ajoute que ceux qui veulent la paix seront contraints, pour éviter cette division, de se ranger à l'avis des autres qui désirent la guerre, encore qu'ils soient en moindre nombre qu'eux, pourvu que les députés des princes qui sont en ce lieu les veuillent favoriser , et assurer seule-

ment en termes généraux , avant la rupture , qu'ils ne seront abandonnés d'eux , et qu'en effet la rupture étant avenue, ils leur donnent secours, sans lequel il dit ouvertement qu'ils ne peuvent subsister. Il est vrai qu'il le réduit à moins qu'il ne faisoit du passé , savoir à douze cent mille écus. Il nous prie aussi tous les Jours de ne vouloir découvrir que nous approuvions la paix, se promettant d'obtenir de ceux d'Angleterre qu'ils Joueront le même personnage , que ceux de Dauemarck en feront autant , comme aussi ceux d'Allemagne , lesquels sont désireux d'eux-mêmes de la guerre , et par ainsi feront ce qu'il voudra ; disant que cette façon de procéder étonnera ceux qui ont affection à la paix , en diminuera tous les Jours le nombre, et accroîtra l'autre.

Il est bien certain que les Anglais épieront volontiers notre conduite , et seront bien aises que nous nous y gouvernions ainsi ; car leur désir est que les Etats reprennent les armes , et qu'en soyons tenus auteurs, non eux. Or ne donner aucun avis qui puisse aider à la paix sur les difficultés qui se présenteront, ou bien nous taire au lieu de les conseiller, sera pris pour un témoignage assuré que nous sommes plus enclins à la guerre qu'à la paix ; et quand les Anglais et les autres feront comme nous, ce que nous aurons fait leur servira d'excuse, et la faute en sera toujours rejetée sur nous; comme au contraire, si nous aidons ouvertement à faire la paix , nous serons tenus pour auteurs d'icelle, chacun connoissant bien l'autorité du Roi être de si grand poids ici , qu'elle sera cause de l'un ou de l'autre. Davantage, si la paix est rompue, ce que Sa Majesté fera après la reprise des armes, qui est de les secourir comme il sera besoin, sinon qu'on les vueille laisser perdre, fortifiera cette créance es esprits d'un chacun , et qu'elle a toujours eu ce dessein de porter les Etats à la guerre; et l'Anglais foisantle contraire, c'est-à-dire ne leur donnant aucun secours, prendra cet avantage sur nous d'épargner sa boui*se, s'exempter de l'inimitié du roi d'Espagne, et de faire tomber sur nous les charges et périls de la guerre. Souvenez-vous, monsieur, que le Roi nous a mandé du passé de fortifier de son autorité et de son conseil ceux qui veulent la paix, et même de donner courage au sieur de Bameveldt, pour résister et s'opposer à toutes sortes de pratiques qu'on voudroit faire pour l'empêcher, pourvu qu'on la pût obtenir aux conditions sans lesquelles lui et tous ceux qui sont de même avis ne la veulent encore faire à présent, et que le conseil que le prince Maurice veut que suivions, est du tout contraire à

I«£GOCIÀTIONS

ce commandement ; que Sa Hcg'esté nous a aussi souvent mandé qu'elle ne vouloit être seule au secours, et si les Anglais n'étoient de la partie , qu'elle ne se vouloit obliger aux dépenses et périls de la guerre, Qr c'est chose évidente autant ou plus que Jamais, et eux en assurent tous les jours les députés des archiducs, qu'ils ne donneront rien aux Etats, et ne feront aucune chose contre le traité qu'ils ont avec le roi d'Espagne. Elle est pareillement informée qu'ils rejettent du tout son alliance et amitié que ses députés avoient au commencement fait semblant de désirer et rechercher , et s'en étoient même rendus poursuivans , non nous.

Il est aussi bien nécessaire de considérer que nous ne pouvons être tièdes à cette démonstration de vouloir la paix, sans offenser les Etats et pei*dre la créance qu'avons parmi eux , attendu que le plus grand nombre la désire; puis notre silence ne sera pas cause de les faire rentrer en guerre , s'il n'est accompagné de l'offre d'un bon secours, mais bien de les tenir en division, comme il a été dit ci-dessus, ou de (es porter tpus ensemble à cette trêve qui sera suivie d*une 4utre, et de toutes sortes d'inconvéoiens aussi bien que la division. Je vois bien qu'on craint la contradiction de M. le prince Maurice; mais elle ne sert qu'à montrer son impuissance, non h faire suivre son avis. Et quoique hjl ayons reipoutré souvent qu'il se fait tort, et perd son crédit parce moyen envers ces peuples, il n'est pas possible de le changer. Il est vrai que cette obstmatioi) ne sera suivie d'autre plus mauvais effet , sinon de faire voir'que les Etats et lui ne sont de même avis , et s'ils se changent qu'il n'en sera pas cause , mais les ennemis qui auront refusé ce qu'ils estiment devoir obtenir pour leur sûreté , a quoi il eût fait plus sagement de se réserver, et dissimuler cependant. Or nous sommes sur le lieu pour épier toutes occasions , et nous en servir si le Roi nous mande de le faire. J'en attendrai sa volonté après avoir représenté au vrai comme toutes choses se passent, afin que Sa Majesté ne soit point surprise. II ne me reste rien que d'obéif , et Je le ferai si ponctuellement, qu'elle demeurera satisfaite de mon obéissance et fidélité.

Vous trouverez peut-être étrange que Je sois en ce doute , vu ce que contiennent toutes les lettres du ^oi et les vôtres. J'en ai toutefois quelque raison , tant parce que me mandez par vos lettres du 17 du mois passé, qu'il ne faut conseiller la paix ni la guerre, qui est contre ce qui nous avoit été commandé auparavant , qu'à l'occasion de ce que d'autres font ici , que Je tiens autant affectionnés que moi à suivre les inten-

tions du Roi. Je ne vous ai rien mandé, ni à Sa Majesté, de la réjouissance publique, et du témoignage de l'affection et contentement que montrent avoir ces peuples de la naissance de notre troisième prince (l), pource queM.de Russy, qui exi avoit reçu les lettres de Sa Majesté, a désiré faire ce devoir. Sont des bénédictions dont il plaît à Dl^ combler la Maison royale, qui nous doivent faire croire qu'il en a un soin particulier, et qu'il la veut perpétuer en plusieurs siècles. J'espère aussi qu'il donnera un heureux succès à l'affaire que nous traitous, qui est de très-grande importance pour le repos ou les mouvemens qu'on doit espérer ou craindre de l'avenir. Je vous baise très-humblement les mains , et prie Dieu , monsieur , qu'il vous maintienne et conserve en bonne et parfaite santé. De La Haye, ce quatorzième jour de mai

Votre très-humble et trèsK>béissant serviteur,

P. JSANNIN.

Lettre de M. Jeannin à M. de La Boderie, du quatorzième de mai 1608.

Monsieur, vos lettres du troisième me furent rendues à Rotteràam par le sieur de Vaudreuecq. Je retournois lors de la mer où Je m'étois embarqué du o5té de Zélande pour aller en France par le chemin de l'Ecluse , estimant, à cause que le vent étoit contraire, que Je passerois plus aisément ces rivières que la mer pour aller à Calais ou à Dieppe; mais le vent et la tempête, fort contraires durant quatre Jours, me contraignirent de retourner en ce lieu, en intention de me rembarquer au premier vent, si messieurs les Etats, qui ne m'avoient pu dissuader ce premier voyage, ne m'eussent prié si instamment de changer d'avis pour la seconde fois, que Je ne leur ai pu dénier , encore que Jusques à la venue du Cordelier on fasse si peu ici, que je jugeois ma présence n'y être nécessaire, et me sembloit que Je pourrais faire ledit voyage, et retourner encore aussitôt que le Cordelier. Le Roi, par trois lettres, avoit montré de le désirer, sans toutefois me le commander absolument, ayant remis à moi de Juger si Je le pourrois faire sans préjudicier à son service ou non. J'ai grand regret d'avoir perdu cette occasion de voir Sa Majesté ; mais le bruit étoit si grand de ce voyage, et les Etats montroient en avoir si grand déplaisir , que Je me suis laissé vaincre. Vos dernières lettres nous témoignent qu'il y a toujours de la haine et de la Jalousie contre nous au lieu où vous êtes , et néanmoins qu'ils semblent se vouloir rapprivoiser, et doute toutefois (t) JeaD*Baptiste Gaston.

DU PBBSioBn jjujtnin:

fi e'est à bon ewWat, ou |K>t]r tirer le paiement de quelques dettes. Nous ne devons rien oublier pour les ipduire à notre alliance et amitié f car fiotre Roi étant éloigné comme il est de celle ^'Espagne , tant par son inclination que par quelques raisons d'Etat qui le mettent en plus grand soupçon de leur puissance et ambition qu'elles ne lui font espérer de biea de leur amitié, la même raison d'Etat nous devroit faire appréhender que la fréquente recherche que le roi d'Espagne lait du roi d'Angleterre, et le peu de soin que nous avons de l'acquérir, ne lui &ssent à la fin prendre de mauvais et dangereux conseils pour lui-même et pour nous; car quand la haine y est, et qu'on peose être méprisé , on s'oublie soi-même et son propre intérêt pour se venger d'autrui : puis il y a des moyens d'obscurcir avec tant d'artifice ce qu'on prétend être intérêt, que l'esprit passionné, et qui cherche à se venger, ne voit que ce qu'il lui plait. Ce seroit sagement fait , si on lui doit quelque chose , de lui donner contentement, de le gratifier même, et lui foire connoltre que nous sommes intéressés en son bien et ea son mal, l'assurer encore, si on entreprenoit contre lui , qu'on le voudroit secourir.

Et quant aux alliances dont m'écrivez , J'approuve toutes les deux ensemble, mais je me défie qu'ils n'y soient pas bien disposés; car, encore que la raison et l'intérêt de notre mutuelle eonservation veuille que nous prenions ensemble oes conseils , j'y vois plus d'empêchemeut de leur c6té que du nêtre, pour la haine particulière qu'on croit que leur Reine porte à notre Roi, et les pratiques et intelligences que le roi d'Espagne a parmi ceux de son conseil ; aussi que le roi d'Angleterre semble avoir pris ce conseil de demeurer neutre entre les deux rois, se promettant toujours que quelque occasion de débat et querelle naîtra entre eux, qui loi donnera le moyen de se faire rechercher de tous les deux, qu'il sera spectateur si bon lui semble, ou prendra parti à l'avenir sur les oceurrenoes et l'opportunité de son avantage. Mais il ne considère pas que la défiance que les deux rois ont de lui, de Tartiflce dont il use, les empêche de se faire la guerre l'un à l'autre ; qu'ils se pourront joindre en amitié, le Roi n'en ayant que trop de moyens s'il veut, et que si la guerre étoit entre eux, qu'il ne peut arriver mal à notre Roi et à son Etat à l'accroissement et faveur d'Espagne , qu'il n'y ait du péril pour lui, la religion dont il fait profession lui devant Mre eroire que le roi d'Espagne ne peut être que son ennemi , et qu'il sera toujours induit par le Pape de le ruiner quand il sera puissant pour le iiaire, ainsi qu'il n y a rien pour le garantir de

cette inimitié, que le non pouvoir auquel le roi d'Espagne sera réduit tant que notre royaume demeurera florissant comme il est, et que no9 forces, jointes ensemble , seront suffisantes , non seulement pour égaler les siennes , mais pour le^ surmonter. C'est lors aussi qu'il les craindra et respectera tous deux, au lieu qu'à présent il fait peur à chacun d'eux, et plus à lui qu'à nous ; car nous pouvons lutter seuls contre lui , et faire craindre nos forces, encore qu'elles ne soient aidées d'autrui, et lui non, y ayant même queN que chose dans son Etat qui le doit tenir en crainte, nos mauvaises humeurs étant plus diminuées que les siennes. Vous êtes sage et sur le lieu, et pouvez connoltre, entre les principaux ministres, celui qui sera le plus capable et en* clin pour avancer cette affaire; mais je sais bien que les presser est les dissuader, et qu'il y feut être fort circonspect, étant chose en laquelle ou ne peut prescrire aucunes lois à la prudence et conduite. Vous en saurez aussi, monsieur, bien user opportunément sans rien précipiter, ni per« dre l'occasion si elle s'offre, pour les affaires de ce lieu : l'événement dépend de ce qu'apportera le Cordelier,

Si le commerce des Indes est accordé, et qu'on ne presse point les Etats de rétablir l'exercice de la religion catholique , la paix est faite ; sinon je la tiens pour rompue , et si cette rupture avient, nous serons fort empêchés, ou je suis trompé. Le roi d'Angleterre la désire , mais il n'ose s'en découvrir, crainte d'offenser l'Espagne. Ainsi il en r^etteroit volontiers la haine, la dépense et les périls sur nous. Je fais bien ce que je peux pour nous en garantir, en quoi je suis combattu de tant d'endroits, qu'il m'est fort difficile d'y bien faire. Il fout attendre le retour du Cordelier avec patience, et préparer cependant les affaires au mieux qu'on pourra. Quand vous aurez sujet de m'écrire , je vous supplie très-humblement de le faire, car cela nous sert beaucoup. Je vous baise très-humblement les mains , et suis, monsieur, votre bien humble et plus affectionné serviteur, P. Jeannin.

A La Haye , ce quatorzième jour de mai 1 608.

Lettre du Roi, du vingt-troisième de mai 1608,

Messieurs Jeannin et de Russy , dès le deuxième de ce mois, je reçus en ce lieu vos lettres du vingt-deuxième et vingt-septième du précédent, sur lesquelles je vous eusse fait savoir mes intentions à l'accoutumée , sans l'espérance que vous , sieur Jeannin , nous donnâtes par un post-écrit de votre main , igouté à votre lettre particulière du vingt-septième , adressante au sieur de Villeroy, de votre venue par deçà , laquelle nouf

ITEGOGIATIONS

fut confirmée quelques Jours après par un avis que nous donna le sieur de Berny , que vous étiez pour cet effet parti de La Haye le premier de ce mois. De quoi nous avons toujours été en attente jusqu'au quinzième , que le sieur de Bethone est arrivé, par lequel, comme par vos lettres du dixième dont vous Taviez chargé. J'ai su que vous n'avez pu faire ce voyage , les vents vous ayant contraint de relâctier en Hollande, et pour les instances et prières qui vous ont été faites de demeurer par delà , fondées sur les raisons que vous m'avez représentées, de quoi j'ai re^ gret ; car j*eusse été très-aise de vous voir et conférer avec vous bouche à bouche, non seulement des affaires que vous traitez par delà, mais de plusieurs autres qui se présentent, lesquelles ne peuvent être si bien traitées par écrit, ni par un tiers , qu'en personne. Toutefois j'approuve que vous vous soyez accommodé au désir et prière de ces sieurs , afin de leur continuer vos assistances et conseils au besoin qu'ils en ont; car, en vérité, je les trouve réduits en termes pleins de perplexité, dont j'appréhende fort l'issue pour eux et pour leurs amis. J'ai bien vu et considéré le mémoire contenant les raisons pour la paix et pour la guerre dont il s'agit , que vous, sieur Jeannin, avez récueilli et m'avez envoyé pour, à votre défaut, m'éclairclr particulièrement de ce qu'il faut que je sache , et qui mérite d'être entendu et pesé sur ces affaires, pour fonder ma finale résolution et les derniers commandemens que je vous dois faire. Sur quoi Je vous dirai que, tout ainsi que lesdits sieurs les Etats se sont engagés en la négociation de ladite paix, non seulement à mon desçu, mais lorsqu'ils me faisoient donner des espérances par leur ministre ici résident , bien éloignées de ce dessein, je pourrois aussi, à bon droit , me dispenser de leur départir mon conseil sur la conclusion d'icelle, et d'autant plus que je prévois, de quelque côté que le sas tourne, que leur condition peut aussitôt empirer qu'améliorer, étant du naturel qu'ils sont, et leur Etat et Gouvernement composé comme il est. Toutefois, comme le juste mécontentement qu'ils m*ont donné de leur première conduite à l'entrée de ladite paix, ne m'a empêché depuis de les assister ouvertement de conseils et des autres moyens que vous savez que je leur ai départis aussi sincèrement et franchement qu'auparavant, je ne veux pas encore leur défaillir en cette dernière action. J'ai seulement regret de ne leur pouvoir être en cela aussi utile que j'ai toujours recherché les moyens de l'être en toutes autres choses. Vous dites très-sagement que le choix de' la paix ou de la guerre dépend plus ai\jourd'hui de

la volonté de leurs parties que d*eux , tant pour s'être si avant déclarés et engagés à traiter qu'ils ont fait, mais plus encore pour s'être destitués des moyens nécessaires pour profiter de la guerre , voire seulement se maintenir en l'être où ils sont ; car vous savez qu'ils ne peuvent faire état en tel cas d*être secourus d'aucun, qu'en paroles bien générales et incertaines , fors de moi seulement ; et je ne puis seul fournir aux frais qu'il convient faire pour cet effet : et quand je le pourrois, plusieurs grandes et diverses considérations, qui n'importent pas moins à ma réputation qu'au bien de mon royaume, durant et après mon règne, ne me permettent de le Mre. Ce qu'il faut que lesdits sieurs les Etats considèrent comme Tunique et principal fondement sur lequel ils doivent bâtir leur résolution; car, si d'euxmêmes , et par leurs amis et alliés , ils ne peuvent prospérer ni se maintenir par la voie des armes, il faut par nécessité qu'ils recourent à la paix, d'autant plus qu'ils peuvent encore l'obtenir à conditions , sinon du tout à leur souhait, du moins tolérables, voire avantageuses, eu égard principalement aux défauts qu'ils ont pour la guerre : il est certain, si l'Angleterre et les autres rois et princes qui sont intéressés en leur conservation, y vouioient contribuer tous ensemble comme moi, que le parti de la guerre seroit peut-être plus sûr pour eux à présent que celui de ladite paix , pour les raisons que j'ai colligées de vôtredit discours. Mais comme le premier ne peut être, et que ce seroit par trop s'abuser de leur promettre à Tavenir, il faut donc , s'ils ne veulent périr misérablement et honteusement, qu'ils conspirent et se résolvent tous ensemble à ladite paix, ou , au pis aller, a une trêve générale à longues années , comme souvent je vous ai mandé.

Vous dites très-sagement que le temporisement eu cela peut plutôt leur être contraire que favorable , d'autant qu'ils seront contraints tôt ou tard d'entendre à la paix , pour ne pouvoir vaincre leurs adversaires avec les armes, et ne pouvoir aussi toujours continuer la guerre. C'est donc sans doute qu'il est moins périlleux pour lesdits Etats de conclure tôt ladite paix aux conditions proposées et à moindres encore pour eux, que rentrer aux armes, pourvu qu'ils acquièr^it et assurent ce titre de liberté et souveraineté qui leur est offert , qu'ils conservent aussi avec leur union les places qu'ils possèdent, et réforment leur Gouvernement comme il convient; car ils pourront lors, aidés et appuyés de leurs bons voisins et alliés, maintenir mieux leur Etat, et avec moins de risque que par l'autre voie, quand même ils devroient retrancher de quelque chose 1 le projet de l'article concernant la navigation des

DU PRESIDENT JEÀNNIN,

Iodes qui a été porté en Espagne , au cas que le roi d'Espagne refbse de le passer; car il faut toujours préférer le public au particulier, et si le premier n'a de quoi subsister par la guerre, comme nous ne le reconnoissonsque trop véritablement pour les raisons susdites, il sera bien force aussi que la compagnie dudit commerce périsse avec le général : ce que Ton pourra peutêtre éviter par la paix , sinon pour toujours, du moins pour un temps durant lequel il peut naître plusieurs choses qui pourront autant servir à le maintenir et faire durer, qu'en avancer la chute. Toutefois ne leur faites pas entendre ce mien avis; attendons le retour d'Espagne du Gordelier, et voyons devant ce qu'il rapportera , pour, selon cela, prendre parti et nous conduire ; mais ce seroit le pire de tout, pour eux et leurs amis, d'allonger et retarder la résolution de ladite paix, liosi que vous leur avez souvent déclaré par mon commandement, pour les raisons que vous avez iQssi déduites par votre susdit discours.

Toutefois j'en prévois l'effet inévitable pour trois causes : la première, parce que ceux auxquels ils ont affaire y aspirent, contre les artifices et inventions desquels il leur sera très-difficile de parer ; la deuxième est la désunion que duicun sait être entre lesdits Etats, laquelle les eupéchera de condescendre à ce parti en saison; ft la dernière est leur dureté et obstination a lears demandes, dont ils ne veulent rien rakttre , tout ainsi que s'ils étoient victorieux de kuTs ennemis, ou avoient en leur disposition tous les moyens nécessaires pour encore mieux feirc la guerre à l'aveni r, et plus heureusement que par le passé, dont s'ensuivra la ruine de leurs affaires : ce que ne reconnolssent déjà que trop leurs adversaires, lesquels fomentent aussi industrieusement lesdites causes par divers moyens , et même par les allèchemens du commerce d'Espagne , auquel ils engagent journellement leurs «jets. Continuez donc à les exhorter d'avancer la conclusion de ladite paix le plus qu'ils pourront, ^t plutôt se passer maintenant à moins , sans attendre qu'ils soient contraints, par foibiesse et lecesssité et par la discorde, accepter non ce [ui leur fait besoin , mais ce que l'on voudra ors leur aumôner par compassion. Or, quand je ous ai fait écrire d'aviser à n'engager trop ivaut mon nom et mes conseils , quand il sera [uestion de prendre une dernière résolution de 1 paix ou de la guerre, ce n'a été pour ne vou- 31 r être reconnu promoteur de la première; car, onrvu qu'elle leur soit accordée telle qu'elle fur est nécessaire pour leur sûreté et utilité, je a'eo déclarerai toujours ouvertement. Je l'ai déjà rop fait aus^i pour maintenant m'en dédire, joint

que je crois en ma conscience qu'il n'y a plus de moyen de les sauver que par ladite paix ; mais s'il faut qu'ils l'acceptent autre, je dis qu'il vaut mieux les laisser faire que les y pousser par nos persuasions ; voilà ce que j'ai entendu dire. En tout cas je ne veux conseiller la rupture de ladite paix ni faire chose qui me puisse charger de réproche; vous en savez les raisons, partant je ne les vous répéterai : seulement je vous dirai que je me fie tant en vous , que je vous permets de vous gouverner en cette action, et y employer mon nom, ainsi que vous jugerez qu'il conviendra faire pour le bien de mon service; car je sais que vous en êtes si jaloux, et êtes outre cela si prudens , que vous ne ferez ni direz rien qui ne me soit honorable et utile.

Pressé par le sieur Aërsens, j'ai enfin accordé de secourir maintenant les Etats de trois cent mille livres, lesquelles on comptera afin de leur ôtre portées par la voie ordinaire ; mais je n'entends continuer cette fourniture s'ils prolongent davantage ces affaires ; ce seroit les circonvenir et perdre , les flatter et conniver à leurs dilations, remises et irrésolutions, ce que je n'entends faire en sorte quelconque. J'ai reçu la ratification de notre dernier traité, faite par lesdits sieurs, dont je suis content, comme des propos que vous avez tenus à ceux qui la vous ont présentée. J'ai toujours la même occasion de me défier des Anglais, et de ne rien espérer d'eux , que j'ai eu ci-devant, encore qu'ils aient depuis quelques jours mis peine de nous faire croire qu'ils veulent s'entendre mieux que jamais avec moi ; car je reconnois que ce ne sont que paroles dont ils se jouent et entretiennent un chacun avec autant d'artifice que de malice. Je n'ai rien à dire sur leur traité, puisqu'il ne contrevient au nôtre ; mais les troubles et remuemens de Hongrie, dressés par les archiducs sous le nom et en faveur de Mathias contre l'empereur, sont de conséquence. J'ai appris que cette partie a été conduite et arrêtée il y a long-temps par tous lesdits archiducs, pour le déshériter, du su et consentement même du roi d'Espagne et du Pape, combien que les deux derniers fassent contenance d'en être marris, et vouloir s'entremettre de les composer ; mais ils s'y conduisent ainsi pour mieux et plus facilement amuser et surprendre l'empereur, ainsi qu'il leur est succédé ; car je ne doute point que ceuxlà ne contraignent cettui-ci de céder à leurs volontés, et qu'en suite de cela ils ne le privent non seulement du gouvernement des pays patrimoniaux de leur maison , mais bientôt après aussi de la couronne impériale : à quoi il faudra que les électeurs , bon gré ou mal gré qu'ils en aient, condescendent ; par ainsi ils feront un roi des

NXGOGUTIONA

Komains quL m sera guère ebiigé à eux ni à leur électiou. Cetteprooédureeet violente et pro^ dulra des effets, le contren^oup desquels pourra bien tomber sur tels qui ne s'y attendent pas. £n tout cas, il est vraisemblable que l*union de tous lesdits archiducs en la poursuite de ce dessein, relèvera grandement la réputation et l'autorité de leur maison en la Germanie, au désavantage des émulateurs et envieux d*icelle. A quoi il semble qu'il sera roeshui ïÀen tard d'essayer à remédier, et le pis est encore que ceux qui y sont le plus intéressés, s'ils en ont quelque ressentiment, manquent d'intelligence et d'union entre eux, comme de résolution en chacun d'eux d'y pourvoir; c'est pourquoi il faut voir quels en seront les premiers efretspourmieuxjugerdel'issue.Vousm'avertirez de ce que vous en apprendrez, et je prierai Dieu, messieurs Jeannin et Russy , qu'il vous ait en sa sainte garde.

Ecrit à Fontainebleau le vingt^roisième Jour de mai 1608. Hbnbi.

Et plus bas, DB NBUFVII.LS.

LeUre de M, de Villeroyà M. Jeannin, du vingttroisième de mai 1608.

Monsieur, le Boi est marri que vous n'êtes passé la mer, ii en veut mal aux vents qui s'y sont opposés : aussi vous ont-ils fait perdre un temps que vous ne pourres plus recouvrer que la paix ne soit feite ou rompue. Et certes j'en suis le phis déplaisant , pour le désir que j'ai de vous revoir et entretenir, et pour la considération du service du Roi; car vous nous eussiez instruits de plusieurs choses à bouche , que vous ne pou* vez nous représenter avec pareille eflicace par vos lettres , encore qu'elles soient telles que vous ne nous laissiez rien à désirer en icelles. Or, il ne faut plus penser à cela , Sa Majesté ayant approuvé les raisons qui vous ont fait résoudre de demeurer par delà, ainsi que vous appendrez de sa lettre, par laquelle vous saurez aussi ses intentions sur les vôtres des vingt-troisième et vingtseptième d'avril , et dixième du présent. Enfin nous persistons ( tout bien considéré ) en notre première opinion de préférer la paix et une longue trêve à la guerre. Nous sommes bien contens aussi d'être reconnus auteurs des deux premières, mais non de la dernière. Le discours de votre mémoire, qui comprend tout ce que l'on peut dire et imaginer de part et d'autre sur ce siyet, nous a confirmés en ce propos. Il peut avenir du mal de la paix et de ladite trêve ; nous le rcconnoissons, mais il est bien plus certain et inévitable de la guerre pour les raisons déduites par ledit mémoire. Ce que nous craignons maintenant est que les Espagnols , connoissant cela mieux

qu'ils n'ont fait, reculent et se rendent plus difficiles. Toutefois nous devons croire et espérer que les mêmes raisons et nécessités qui les ont ooqtraints de commencer ce traité, les obligeront à le parachever, persuadés par les archiducs; de quoi nous serons faits sages au retour du moine que nous attendons ici à la fin de ce mois, mais plus par conjecture qu'autrement, fiien jugeonsnous et prévoyons que plus les Etats retardenwt la concluston de leur traité, moins y gagneront' ils; car les autres découvriront tous les jours davantage leur désunion et foiblesse interne et externe. Nous concluons donc qu'il vaut mieux qu'ils retranchent leurs demandes et espérances pour avancer d'autant ce bon œuvre t que d'en retarder la conclusion par une obstination qui soit cause de les tenir en incertitude de toutes choses, et les faire consumer à petit feu ; ajoutant encore qu'ils prendront bon conseil s'ils se départent tout-à-falt de cette navigation des Indes , si sans oe faire ils ne peuvent à cette heure achever leur accord ; car [^us ils retarderont, ils empireront sans dou^ leur marché, et si ii faudra à la fin qu'ils s'accommodent à ce que l'w voudra, pour les raisons que vous savez mieux que personne.

Vos dernières et le susdit ménimre nous ont fisdt changer d'avis sur l'entremise du nom du Roi en cette conclusion ; car Sa Majesté trouve boa maint tenant que vous en usiez comme vous jugerez être pour le mieux. Nous avons considéré lespro^ pos qui ont été tenus entre vous et le sieur Riohardot, touchant les alliances qui ontétépropo* sées. Nous ne doutons point de la volonté de Tun et de l'autre; mais comme c'estcbose qui dépend de celle du roi d'Espagne, il faut voir ce que i*oQ dira en Espagne. Déjà le due de Lerme en a discouru avec M. de Barrault, ce semble, plus ouvertement et de meilleure façon que devant. Le Pape continue aussi d'en parler, et dit-on que ledit Roi doit foire visiter le nôtre par homme exprès sur ce sujet , par un qui doit comparoitre dans peu de jours ; mais il .faut que vous sacbiei que ces recherches me sont suspectes , croyant qu'elles sont faites exprès pour donner soupçon aux Etats de la foi du Roi, et traverser par ce moyen la paix et leur intelligence. Toutefois ooname un averti en vaut deux, aussi sera-t-il difficile de nous surprendre ; et s'il s'y avance quelque chose, vous en serez averti. Les Anglais cepenidaQt font parler sous la cape de marier le prince de Galles avec madame Chrétienne, et voudroient attirer à l'escarmouche les parens du dernier. L'on dit maintenant que le roi d'Espagne veut que la dernière sœur de la Reine sa femme , que le grand duc poursuivoit pour son fils aîné , épouse le

DU P|UIAI]>SKT JSANNIN.

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prisée dePiéiQOBt : ce sera nn affront tout entier (ffle l'oo fera audit grand-duc ; aussi je ne tiens pas ledit avis pour certain. M. de Vaucelas , qui est allé visiter le duc de Savoie sur l'occasion de ces derniers mariages , nous en pourra rapporter des nouvelles , étant attendu de jour en autre, de quoi nous vous ferons part. Ces nouveaux mouvemens contre l'Empereur sont de conséquence , et tenons ledit Empereur pour perdu si les autres poursuivent leur pointe ^ car il est dénué de forces et d'argent , et les autres sont puissans , et s'acheminent en Bohême , chacun se joignant à eux parce qu'ils sont les plus forts, et que ledit Empereur est peu estimé. A quoi nous ne voyons point que les princes de la Germanie s'opposent, Don plus les protestans que les autres ; et je serai trompé ci le contre- coup n'en tombe à la fin sur ceox-ci , lesquels s'endorment en leur inquiétude. Quant à la remontrance que vous avex projeté de faire en faveur des catholiques, nous estimons que vous la pouvez différer jusqu'à ce que nous ayons vu quelle sera l'instance que feront pour eux les députés des archiducs, et ce qu'ils y pourront profiter, si d'aventure vous n'êtes secrètement recherché et prié de la part desdits Etats, ou d'aucuns de leur corps, de l'avancer et de parler à eux , afin que lesdits catholiques demeurent obligés AUX autres seuls dudit office, car en ce cas-là il ne faudroit s'y feindre : sinon nous disons derechef qu'il sera bon de voir ce que feront les autres, devant que d'y engager le nom du Roi. ^ous trouverons bien toujours le moyen de nous justifier pour ce regard envers le Pape, et satisfaire à nous-mêmes, n'étant obligés à ce &ire que de la volonté que nous portons à notre religion : il n'en va pas ainsi desdits archiducs. Aous ne pouvons goûter ces doubles alliances du côté d* Angleterre , dont votre dernière fuit mention, d'autant que le roi d'Angleterre est un homme duquel l'on ne peut tirer aucune assistance digne de considération ; de sorte que, nous attachant ainsi à lui doublement , nous ùterions toute espérance aux autres de notre conjonction, avec peu d'avantage pour nous. Il semble que notre voyage en Provence soit un peu refroidi. Nous sommes bien empêchés ici pour le mariage de M. de Vendôme avec mademoiselle de Mercœur, car les deux mères de la fille et elle-même le rejettent opiniâtrement, et n'y a moyen quelconque de les vaincre et persuader par raison. Nous avons perdu le bon monsieur de Lorraine ces jours passés, au grand déplaisir de leurs Majestés , et de tous ceux qui le connoissoient. Il favorisoit ledit mariage, comme fait à présent monsieur son fils , et les autres parens de la tille, M. l'évêque de Verdun , tuteur d'icelle, étant venu ex-

près ici pour cet effet ; maia il a été mal reçu des dites dames. Le duc de Lorraine qui est à présent, veut imiter feu monsieur son père en son affection envers la France, dont le Roi est très-content, et lui en donnera toute occasion. Nous avions déjà déclaré au sieur Aërsens fils ce que nous voulions faire pour les Etats, quand M. de Bethume est arrivé, de façon que vous n'en aurez été averti le premier ; mais nous estimons que l'on ne laissera de vous en savoir gré, et à votre mettre aussi. Sa Majesté a fait chevalier de sa main le fils aine de M. de Barneveldt, et donnera à l'autre une place de gentilhomme servant. Sur quoi je finirai la présente, après vous avoir assuré de la bonne santé de leui*s Miyestés , et de celles de messeigneurs le Dauphin et ducs d'Orléans et d'Anjou, conome de Mesdames; priant Dieu qu'il les conserve, et voua aussi , monsieur, en bonne et parfaite santé.

De Fontainebleau , ce vingt-troisième jour do mai 1608

Votre, etc. , db Nsufville.

Lettre de messieurs Jeannin et de Russy, au Roif du vingt-quatrième de mai 1608.

SiBE,

On n'a pas beaucoup avancé ici depuis le départ de M. de Bethune , fors que , depuis cinq ou six jours, les Etats sont entrés en grande contestation en leur assemblée générale sur le fait du renouvellement de la trêve, que les uns et le plus grand nombre demandoient jusques à la fin de cette année, et qu'on fit cependant quelque retranchement de gens de guerre pour soulager d'autant les provinces qui font plainte tous les jours et difficulté de payer leurs contributions. Les autres estimoient qu'il ne falloit prolonger la trêve que jusqu'à la fin du mois de juillet , et leur sembloit ce temps être suffisant pour conclure ou rompre, et dépendant qu'on devoit retenir tous les gens de guerre, autrement seroil faire connottre aux ennemis qu'on ne se peut passer de la paix, et qu'on la veut avoir à quelque prix que ce soit. Les provinces de Hollande, Gueldres, Groningue, et Over-Yssel, furent du premier avis ; celle ce Zélande au contraire de la trêve pour deux mois. M. le prince Maurice , M. le comte Guillaume, et le conseil d'état en dirent autant, et les provinces de Frise et Utrecht montroient bien d'approuver plutôt cette dernière opinion que l'autre, et néanmoins avec quelque doute, disant qu'il falloit consulter les députés des rois et princes qui sont près d'eux pour en savoir leur avis , avant que prendre aucune résolution; comme firent enfin toutes les autres provinces , ensemble lesdits sieurs prince Maurice ,

comte Guillaume, et conseil d'état. Jugeant bien tous que si l'affaire étoit derechef mise en délibération en l'assemblée générale sans que notre avis y intervint , que la première opinion seroit plutôt suivie que la leur. Cette difficulté nous fut donc communiquée, et aux autres députés ensemblement, le samedi 17 de ce mois; et lors on nous représenta , pour les raisons du premier avis , que si les adversaires venoient à rompre après les deux mois, les Etats n'étant préparés pour faire la guerre, qu'il y auroit du péril pour eux ; que cette crainte seroit aussi cause d'empêcher les députés des provinces de parler librement, et avec l'assurance requise pour montrer qu'en désirant la paix ils ont le courage et la résolution de renouveler la guerre, s'ils ne se peuvent mettre en repos à conditions raisonnables et qui aient de la sûreté; et quant au licenciement de quelquesuns de leurs gens de guerre , que la province de Zélande l'avoit déjà fait en particulier, etn'étoit pas raisonnable qu'eux seuls Jouissent de ce soulagement, pendant que les autres provinces demeureront chargées de leurs contributions entières, lesquelles sont d'ailleurs si grandes, qu'il n'y a plus aucun moyen de les continuer : ainsi qu'il valoit mieux faire quelque retranchement pour éviter les désordres que les gens de guerre pourroient commettre faute d'être payés, et la mutiherie des peuples qui pourroient aussi à cette occasion prendre tous mauvais et dangereux conseils. Et pour l'opinion contraire, encore qu'elle ait beaucoup de bonnes raisons pour la fortifier, on en allégua peu; qui fut cause que M. le comte Guillaume dit qu'il étoit à craindre, faisant une plus longue trêve que de deux mois, que les adversaires ne voulussent traîner la conférence Jusques à la fin d'icelle, et, sans découvrir leur dernière intention , tenir toujours les choses en incertitude , pour contraindre les Etats par tels artifices de rechercher même une autre trêve en l'année prochaine, et si on entroit une fois en ce conseil , chacun pouvoit assez juger combien il seroit préjudiciable à la sûreté publique des Provinces-Unies; que c'étoit bien encore pis de casser des soldats en cette incertitude de paix ou de guerre , et lorsqu'on est prêt d'en prendre la résolution.

Or ils désiroient avoir dès lors notre avis , et nous en prièrent, se voulaut retirer pour nous donner loisir d'en délibérer entre nous. Mais nous leur dîmes que l'affaire étant d'impoi*tance, nous en conférerions ensemble le même Jour pour leur en faire réponse, non le lendemain à cause du dimanche, mais le Jour d'après. Ce loisir n'étoit pas à la vérité nécessaire pour nous en particulier ; car il nous sembloit bien dès lors que la

trêve pour plus de deux mois devoit être préjudiciable aux Etats; mais nous étions incertûns de la volonté des autres députés, même de ceux d'Angleterre, et craignions que pour favoriser les archiducs, et avoir la grâce du plus grand nombre des députés en l'assemblée générale, dont l'inclination penchoit notoirement à l'avis contraire , ils ne fussent pour le suivre aussi et se départir de nous , ce qui nous eût été fort grief, et trop préjudiciable au respect qui est dû à Uaih torité et aux conseils qui viennent de la partde votre Majesté, dont on a toujours montré jusque ici faire plus de compte que des leurs, étant délibérés néanmoins de ne nous point changer, quelque résolution qu'ils eussent voulu prendre: et déjà le président Jeannin l'avoit fait entendre au sieur Barneveldt qui l'étoit venu voir par deux fois pour conférer avec lui sur ce sujet , et assentir son avis avant que la proposition en eût été faite en l'assemblée générale des Etats, nonobstant lequel il n'avoit laissé de passer outre. Et cela accroissoit notre soupçon , et qu'il se promit d'être fortifié de l'avis desdits sieurs députés d'Angleterre. Au moyen de quoi eux nous étant venus voir près de deux heures avant l'assiguation donnée aux députés de Danemarck et d'Allemagne, qui en dévoient aussi délibérer avec nous , nous entrâmes en cette conférence , et après avoir reconnu qu'ils faisoient difficulté de se découvrir, nous leur dîmes ouvertement les raisons de notre avis ; comme aussi eux , après avoir mis en avant quelques difficultés au contrsdre, et entendu nos réponses à icelles , déclarèrent enfin que , si nous persévérions en cet avis, ils feroicnt de même. Les autres députés y étant pareillement venus, la résolution commune de nous tous fut qu'on ne devoit faire la trêve que Jusques à la fia du mois de Juillet.

I^ lendemain, qui fut le dimanche, le sienr Barneveldt nous étant venu voir en particulier, nous lui dîmes cette résolution, contre laquelle il proposa derechef tout ce qu'il put pour nous faire approuver son avis; et nous au contraire ne pûmes faire autre chose que lui répéter les mêmes raisons qu'il avoit auparavant rejetées, à savoir , que si on faisoit la trêve pour tonte cette année, que leurs adversaires tireroient sans doute les affaires en longueur par divers artiiices jusques à la fin d'icelle, qui seroit cause de faire retirer les députés des rois et princes qui sont ici , et qu'eux étant seuls et destitués d'nn si grand appui , au lieu d'obtenir lors une paii bonne et avantageuse comme ils la peuvent espérer à présent , ils seroient contraints de la recevoir telle qu'on la leur voudroit donner, on bien se contenter d'une trêve pour l'année pro-

DtJ PBBSIDENT IBANNIIV.

diaine, qu'on lenlr accorderôit très- volontiers , et une autre après en l'année suivante, et ainsi de temps en temps, et que cela seroit le vrai moyen pour faire qu'ils n'aient plus aucune liberté, souveraineté, ni sûreté, que celle qu'il plairoit à leurs adversaires de leur donner, et pour autant de temps qu'ils voudroient ; que c'étoit aussi une vaine crainte d'imaginer que les ennemis veulent faire difficulté de renouveler la trêve après les deux mois , s'ils en sont requis , car s'ils ne font refus à présent de l'accorder pour toute Tannée, la même raison les y fera encore consentir après, étant certain qu'ils craignent autant de rompre, et ont aussi grand besoin de la paix que les Etats. Puis il est notoire que les archiducs n'ont maintenant des forces pour faire ia guerre cette année , et que de les attendre d'Espagne ou d'Italie, il seroit trop tard pour y penser après le mois de juillet , auquel temps la trêve des deux mois doit seulement expirer ; et quant au licenciement des troupes, qu'il étoit sans exemple qu'on l'eût jamais fait lorsqu'on attend avec incertitude une prompte résolution de paix ou de guerre. Mais il répliqua derechef que le seul moyen d'accourcir la résolution finale étoit de faire cette longue trêve , moyennant laquelle ilsauroient la liberté de dire leur dernier mot , et de contraindre les députésdes adversaires d'en faire autant. Aussi étoit-ce leur intention de leur déclarer, dès le lendemain même de la trêve accordée, et à la première conférence qu'ils eussent eue par ensemble, qu^ils eutendoient achever leur conférence dans deux mois au plus tard, et, ledit temps passé, de se séparer et rompre du tout, au cas qu'ils ne fussent demeurés d'acpord. Sur quoi nous lui répondîmes que si les £tats le vouloient ainsi résoudre par un décret solennel et général de toute leur assemblée, et eonjoindre les deux ensemble , la trêve et cette déclaration , sans faire cependant aucun licenciement de gens de guerre , sinon au cas que la paix eût été accordée dans ledit temps de deux niois, que cette condition ajoutée à leur délibération pourroit faire cesser les inconvéniens cidessus déduits, et les rejoindre tous ensemble en Qne même opinion. Ce qu'il consentit pour son regard, et déclara dès lors qu'à son avis les Etats i'auroient plus agréable que de restreindre dès à présent la trêve à deux mois.

Cette ouverture ayant encore été faite par nous le même jour aux députés d'Angleterre qui vinrent en notre logis pour en conférer, et le lendemain aussi ledit sieur fiameveldt y ayant été mandé pour voir s'il continuoit en même avis, (Ile leur sembla, et à nous pareillement, meilleure que notre premier avis , pource qu'elle met-

toit un but à la résolution de cette affaire ; et si les Etats venoient à rompre , ils seroient contraints de recevoir en grâce ce que leurs amis voudroient donner, au lieu qu'ils avoient toujours dit et protesté qu'ils ne romproient jamais sans être assurés d'un bon secours ; et cette raison fiit retenue entre nous sans la communiquer audit sieur de Barneveldt , ni la dire ailleurs. Il ne restoit donc plus que d'en informer le prince Maurice et le comte Guillaume, ce que nous fîmes encore ledit jour, eux ayant été priés de venir en notre logis, où ils se rendirent aussitôt, et approuvèrent tous deux notre conseil, montrant néanmoins de craindre que les Etats ne rompent pas, combien qu'ils le promettent à faute d'obtenir la paix dans ledit temps de deux mois, qui est un inconvénient que nous avions bien prévu; mais eux et nous avons estimé que ce seroit beaucoup de les y obliger par un décret général pris en leur assemblée , et que l'ayant fait, il seroit encore plus difficile d'y contrevenir que d'empêcher qu'après les deux mois de trêve, ils ne fassent, si bon leur semble, une autre trêve jusques à la fin de l'année, comme il étoit à craindre, pour ce qu'on trouveroit toujours assez de moyens pour y parvenir, attendu l'inclination générale du plus grand nombre de l'assemblée, qui désirolent tous la paix avec grande ardeur , et ne craignoient rien plus que la rupture.

Notre réponse ayant été différée d'un jour à cette occasion , et pource qu'il falloit communiquer avec les députés de Danemarck et d'Allemagne ce nouvel avis, non comme une résolution, mais comme une proposition mise en avant pour la considérer et en laisser le jugement libre à chacun, nous ne la fîmes aux Etats que le vingtième, conforme à ce que dessus, et avec le consentement de tous lesdits sieurs députés, leur disant les raisons de notre avis , et les inconvéniens qu'on devoit craindre si on faisoit la trêve pour l'année entière sans y ajouter ces conditions, et, au contraire, qu'y procédant ainsi, on faisoit des deux avis un, et donuoit-on quelque contentement à chacun , même à ceux du dernier avis qui eussent sans doute été vaincus sans notre intervention , combien qu'ils fussent assistés des meilleures et plus fortes raisons que les auti*es. Encore y eut-il quelque difficulté sur le fait du licenciement des gens de guerre; car le sieur fiameveldt nous demanda hautement si nous entendions les obliger par notre avis à tenir tous les gens de guerre jusques a la fin de la trêve , ou seulement jusques à ce que la résolution fût prise de guerre ou de paix.

A quoi fîmes réponse que , si la paix étoit ae«

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cordée dans ledit temps de deux mois, qii^ils pourroient faire sans périi tel licenciement que bon leur sembleroit ; mais s'ils venoient à rompre, qu'en le faisant, lors on jugeroit que la rupture suivie d*un acte si contraire seroit plutôt une feinte pu simulation , qu'une résolution de rentrer en guerre; et lui répliqua encore que leur Etat ne pourroit supporter cette dépense qui seroit aussi bien inutile, attendu que la guerre ne pourroit recommencer qu'au printemps de Tannée prochaine. Parla encore du licenciement fait par ceux de Zélande, puis que s'ils en eussent fait autant tous ensemble, comme ils pou voient faire' il y a un an et plus, Ils eussent épargné quinze cent mille florins , y ajoutant quelques autres propos qui sembloient avoir de l'aigreur, auxquels M. le comte Guillaume voulut faire réponse ; mais notre entremise fut cause de faire cesser cette contention, et d'empêcher qu'elle ne passât plus outre. M. de Brederodes dit aussi qu'on devoit craindre des mutineries du eôté des gens de guerre , faute de paiement, si ledit licenciement n'étoit fait, et en conséquence d'autres tumultes, confusions et divisions parmi les peuples , qui est le pis qu'on puisse craindre, et qu'il falloit encore considérer que les Provinces ne trouvent plus à qui s'engager pour fournir à leurs contributions; ainsi étoit du tout nécessaire de les amoindrir , ou bien les peuples en rejetteroient entièrement le faix, malgré que leurs supérieurs en eussent. Et le sieur Barueveldt ajouta encore auxdits propos , que s'il plaisoit aux rois Très-Chrétien et de la Grande-Bretagne de les aider à soutenir cette dépense comme ils ont fait du passé, ils feroient de leur côté tout leur possible. A quoi M. Winood répondit que faire ce licenciement n'étoit pas le moyen de les y inviter, mais de leur faire croire qu'en feignant d'avoir du courage et de la résolution pour rentrer en guerre , ils ne cherchent que la paix; et le président Jeannin, que les deux Bois auroient toujours soin de leur conservation , soit en paix ou en guerre, pourvu qu'ils demeurent tous ensemble en une même union et volonté, sans se diviser au choix qu'ils voudront faire de l'une ou de l'autre, leur représentant ce que votre Majesté a fait encore depuis peu pour leur secours, et, s'ils se conduisent bien , ce qu'ils peuvent espérer d'elle , sans néanmoins les assurer d'aucune chose, pource que par toutes ses lettres et celles que M. de Villeroy a écrites au président Jeannin, il nous étoit défendu de le faire. Il est vrai que le sieur Bameveldt nous avoit bien dit le lour de devant que le sieur Aêrsens flis les assuroît, par ses lettres du sixième de ce mois,

que votre Majesté leur ferolt fournir IncoDttaeat cent mille écus; mais il nous avoit priés de le taire jusques à ce que les Provinces eussent pris résolution de payer leurs cotes, qui fut cause que nous nous abstînmes de le dire , finissant notre propos en ladite assemblée par cette ex<* hortation et conseil : s'ils avoient si peu de moyen et de volonté de faire la guerre qu'ils montraient par leurs discours, ils feroient sagement de se rendre plus faciles qu'ils n'ont fait du passé à recevoir les conditions de paix qu'on leur offire; nous étonnant comme, sur le point de prendre leur résolution, ils publient si haut les défauts qui sont parmi eux, lesquels on doit cacher, et fiiire paroitre au dehors tout le contraire, pource que eette conduite fait obtenir de meilleures conditions, au lieu que l'autre, qui les rend contemptibles envers leurs ennemis, est toujours cause de leur faire refuser tout; mais ils nous ont voulu persuader qu'ils ne parloient ainsi que devant leurs amis, et tout autrement quand ib étoient ailleurs, et même en conférence avec les députés de leurs adversaires , comme si les choses proposées et contestées en leur assemblée générale n'étoient publiques et sues d'un chacun.

Cette conférence avec eux , et notre réponse ayant été flEdte le 20 au matin , ffat à l'instant même rapportée à leur assemblée générale qui l'approuva, comme aussi sur les trois heures du même jour , les députés des Etats et ceux deâ archiducs étant entrés en conférence ensemble, accordèrent ladite trêve, non seulement sans au* cune difficulté, mais avec alégresse et content^ ment de la part des députés des archiducs. Votre Majesté aura du déplaisir d'entendre ces disputes , et fera à cette occasion mauvais jugement du succès des affaires que nous traitons ici; et néanmoins nous croyons qu'ils iront tous ensemble, et sans aucune division , à la paix, si l'ennemi accorde le commerce des Indes, quand même il y ajouteroit quelque restriction au préjudice de ce qu'ils ont demandé, pourvu quil ne les presse point sur le point de la religiou, ayant toujours le plus grand nombre une si grande inclination au repos , qu'il est très-difficile, ou plutôt Impossible de les en détourner, si l'ennemi même ne leur en donne le sujet, et que le sieur Bameveldt, aux avis duquel ils ajoutent foi comme à un oracle , quelques secousses qu'on essaie de lui donner, qui ne servent qu'à l'aigrir, ou à le rendre plus ferme et résolu à suivre son dessein, n'aide aussi de son côté à les changer; ce qu'il feroit mieux que personne, au cas que l'occasion s'en présente, si on se gouvemoit avec lui comme 11 convient

Dû (RlSIDËNt JÈÀNirlfr.

pour lai faire prendre tels conseils, et que M. le prince Maurice, feignant de se Joindre du tout à ce qull voit être approuvé par le général de l'Etat, voulût aussi attendre et épier avec prudeace ce qui s'offrira pour porter les affaires à son but , sinon se résoudre à souffrir ce qu'il sait bien ne pouvoir empêcher.

Votre Majesté nous mandera bien clairement , s'il lui plaît , son intention , même touchant le secours qu'elle veut donner pour toute cette année, au cas qu'on vienne à rupture; car il est certain que sans le leur déclarer, ils licencieront partie de leurs gens de guerre. Or chacun le craint comme un acte du tout contraire à la résolution de faire la guerre. Nous ferons tout ce qaH nous sera possil)le pour faire ftnir cette affaire dans les deux mois, et nous y conduirons selon Tordre qui nous a été prescrit jusques ici, si nous ne recevons quelque nouveau commandement pour le changer, pouvant toujours as^ surer votre Majesté que tout ce qui viendra d'elle sera de grand poids et autorité envers ces peuples. Les députés d'Angleterre semblent être en quelque crainte du nouveau remuement avenu en Irlande, dont votre Majesté aura été avertie par M. de La Boderie; toutefois ils feignent que ce n'est rien. M. Carron , qui est en Angleterre pour les Etats, a mandé au sieur Barneveldt que le roi de la Grande-Bretagne a été prié et requis instamment, par l'ambassadeur d*Espagne et celui des archiducs, de ne point faire avec les Etats la ligue dont il est poursuivi, du moins de h différer Jusqu'à ce que la paix soit faite , ajoutant des protestations que ce seroit contrevenir a leur traité , et qu'il a fait réponse d'y être engagé si avant, qu'il ne la pouvoit plus refuser. ^ députés la pressent aussi maintenant, de façon néanmoins qu'ils semblent vouloir plutôt montrer qu'ils y sont disposés , que de la conclure en effet : et a-t-on opinion , au cas que la paix se fasse Ici, qu'au même temps ils la concluront, afin de s'assurer du secours des Etats contre le mouvement d'Irlande , s'il est appuyé de quelque secours par le dehors, sans quoi ils le méprisent; mais qu'ils ne feront aussi cette ligue, plutôt crainte d'offenser les Espagnols.

Ledit sieur Carron écrit aussi que la mort du grand trésorier, qui étoit fort ennemi de leur État, leur profitera, et que M. le comte de Salisbury, qui est entré en son lieu, leur est fort affectionné. Les députés d'Angleterre en disent antant. Le docteur Dick nous ayant vus une fois, s*en étoit allé à Amsterdam , d'où il retourna seulement hier, avec un commissaire que le roi de Suède a envoyé, et de l'argent à ce qu'on dit : Us nous doivent voir demain. Nous avons déjà

donné de bonnes p&roles audit docteUr Dick , selon qu'il nous étoit commandé par les lettres précédentes de votre Migesté, et nous sommes aussi informés de toutes choses, comme nous ferons encore lorsqu'ils nous viendront voir. M. le prince Maurice se plaint tous les Jours de ce que, plusieurs soldats français, désireux de voir ce nouveau pays, se retirent sans congé de leurs capitaines, et fait tout ce qu'il peut pour l'empêcher, estimant que, pendant l'incertitude de paix ou de guerre, il est nécessaire de conserver tous les gens de guerre. M. de Gollis a avis d'Allemagne que tous les électeurs et autres princes de l'Empire , s'emploient pour composer le différend d'entre l'Empereur et l'archiduc Mathias , et qu'on en espère bien. M. de Châtillon, qui s'en va trouver votre Majesté, et est porteur de cette lettre , a pris la peine de s'instruire de tout ce qui se passoit ici, et lui en avons aussi communiqué, afin qu'il lui en puisse rendre meilleur compte, comme nous sommes bien a8« sures qu'il fera fidèlement; et sur ce prions Dieu, Sire, qu'il maintienne votre Majesté et sa royale famille en tout heur et prospérité.

De La Haye, ce vingt -quatrième Jour de mai 1608.

Vos très -humbles et très-obéissans si^ets et serviteurs, P. Jeannin et de Russy.

lettre de M. Jeannin à M. de Villeroy, dudit jour vingt-quatrième de mai 1608.

Monsieur, les lettres que nous écrivons au Roi vous feront connoltre l'état auquel nous sommes ici. L'opiniâtreté du sieur Barneveldt a été si grande à poursuivre la trêve pour toute l'année^ que Je ne l'en ai pu détourner , encore que m'en ayant conféré par deux fois avant que la proposer en l'assemblée générale des Etats, Je la lui aie dissuadée, et eu à cette occasion des propos d'aigreur et contention, Jusques à lui dire que J'irois en l'assemblée générale pour leur faire entendre mes raisons, et empêcher qu'elle ne se fit , au cas qu'il voulût persévérer en son obstination; ainsi qu'il y devoit bien penser; qu'assez de gens prenoient garde à ses actions , et seroient bien aises d'avoir quelque si^et d'en médire, ou , s'ils ne pouvoient mieux , de le calomnier : et déjà plusieurs disoient qu'on reconnoissoit beaucoup de choses en sa conduite qui ne plai« soient pas à ceux qui aiment le bien de l'Etat , et qu'enfin cela seroit plutôt cause de fuire diminuer son autorité que de lui donner le moyen de parvenir à ce qu'il prétend; que Sa Mi^esté est a la vérité affectionnée à la paix , et la désire autant que lui , mais que le chemin qu'il veut prendre n'est pas pour y parvenir, ains pour

S en éloigner 9 et semble même la longueur de cette trêve être affectée, afin que les députés des rois et princes qui sont ici se retirent, et qu'il puisse en leur absence faire plus aisément ce qu'il voudra sans être contrôlé de personne. Mais il s'étoit tellement persuadé que le désir qu'il a de faire cette trêve est fondé en bonnes raisons, que je ne l'ai pu vaincre ni empêcher de la proposer, et de faire tout ce qu'il a pu pour l'obtenir à son mot , comme il fût avenu sans notre intervention et contradiction , nonobstant les poursuites de M. le prince Maurice et d'autres, qui , à son exemple, faisoient ce qu'ils pouvoient de leur côté pour y résister; car il s'est acquis une si grande créance envers tous ces députés qui sont en l'assemblée générale des Etats, et ils sont tous aussi si affectionnés à la paix , à quoi ils savent qu'il tend, qu*ils suivent volontiers ses conseils , sans considérer s'ils sont bons ou mauvais.

J'ai aussi eu moins de pouvoir de le persuader à ce coup, pource que depuis un mois il est entré en opinion qu'aucuns essaient de miner la paix, ce sont ses mots ; et je ne sais s'il a même eu quelque soupçon que nous soyons de la partie, encore que la vérité soit que, pour n'avoir reçu aucuns commandemens qui tendent à favoriser les desseins de la guerre , j'ai toujours suivi mon chemin , et fait connoître que Pinclination de Sa Majesté est à la paix , estimant que je m*en devois déclarer ouvertement, pour avoir plus de part en tout ce qui se feroit, et rompre de sourdes pratiques qui ne servent qu'à brouiller les affaires, et à diviser ces peuples sans qu'on en puisse tirer aucun fruit. Or, encore que cette difficulté ait été traitée avec animosité et grande contention en l'assemblée générale , tant d'une part que d'autre, néanmoins, aussitôt que les plus foibles ont dit qu'il falloit prendre l'avis des ambassadeurs et le suivre , chacun y a acquiescé, continuant toujours à vous dire que celui du Roi y est en si grande autorité et respect, qu'aurons toujours beaucoup de pouvoir pour les faire incliner où il lui plaira. La résolution prise a été approuvée d*un chacun, et jugée la meilleure, pourvu qu'elle soit bien effectuée; mais on craint, si les Etats ne peuvent obtenir la paix dans ce temps de deux mois, qu'ils ne fassent encore difficulté de rompre sans être assurés d'un bon secours. Ce danger a été prévu, et peut arriver; mais il fût bien avenu aussi, quand la trêve n'eût été faite que pour moindre temps , et si on a cru de plus qu'ils sont obligés à finir : et il y a aussi des Provinces qui déclarent que leurs députés n'ont jamais été de cette résolution. Je vous ai si souvent écrit l'état des affai-

res, et l'inclination de ces peuples pour tout le surplus, que j'aime mieux en attendre les commandemens du Roi , que de plus user d'aucune redite, qui aussi bien serviroit plutôt à vous ennuyer qu'à vous instruire. La poursuite du sieur Bameveldt en cette dernière action a donné quelque sujet à ses malveillans pour le décrier. Il y en a même qui, sans animosité contre lui, en sentent mal; mais son crédit est toujours semblable, et pour moi je n'en peux conjecturer autre chose, sinon qu'il est trop passionné, et n'apporte pas la médiocrité qui est requise pour diminuer l*envie que ses pareils et ceux qui sont plus qualifiés ont conçue contre lui, à cause de sa trop grande autorité et de ce qu'il n'est pas porté à leur dessein, sans toutefois qu'il y ait rien de mauvais en ses intentions. Ces partialités voui peuvent donner mauvaise opinion de ce que traitons : aussi y a-t-il bien quelque raison pour en craindre du mal ; et néanmoins j'estime qu'il n'y aura que du bruit, et que chacun se rangera enfin à l'avis commun, qui sera la paix si l'ennemi veut.

Le sieur Aërsensfils à écrit à M. Bameveldt, du sixième de ce mois , que Sa Majesté a accordé cent mille écus aux Etats, suivant la supplication qu'avions faite en leur faveur. S'il plaît au Roi leur accorder quelque chose de plus pour cette année, comme ils espèrent , il est bon qu'en soyons avertis dans la fin des deux mois, pour les en pouvoir assurer lors. Il lui mande aussi que son fils devoit être fait chevalier le lendemain , mais que pour l'autre on ne lui a rien dit et qu'il croit qu'on attend qu'il parle. Faites, s'il voas plaît , monsieur, que Sa Majesté use envers le second de la gratification dont je vous ai ci-devant supplié , et croyez que ce qu'on fera à l'endroit du père et des enfans, sera utile pour le service de Sa Majesté : c'est ce qui m'en a fait écrire si souvent. Quelques nouvelles sont venues de Bruxelles à M. de Vaudrenecq, que le Cordelier est tombé malade en Espagne, et pource qu'il ne pouvoit endurer le travail de la poste qu'il venoit en litière. Si cela est vrai , un courrier peut apporter sa réponse, et ne vois pas, puisque la trêve est faite pour toute cette année, que les Espagnols aient plus sujet de différer s'ils ont volonté de traiter à bon escient; et s'ils diffèrent sans rompre, sera sans doute pour faire traîner les affaires de trêve en trêve, ce qui n'aviendra pas si Sa Majesté nous commande absolument de faciliter la paix autant que pourrons, ou d'aider plutôt à les faire rompre que de souffrir qu'ils tombent en cet inconvénient; car encore pourroit-on trouver des moyens pour renouer : je n'entends pas toutefois qu'en soyons

tuteurs. Je prie Dieu, monsieur, qu'il vous donne en parfaite santé très-longue et heureuse vie.

De La Haye , ce vingtrquatrièrae de mai 1 608.

Votre très-humble et trèsobéissant serviteur,

P. Jeankin.

Uttn de M. Jeannin à M, de Sully, dudit jmr vingt-quatrième de mai 1608.

Monsieur, la trêve pour toute Tannée, ou pour deux mois seulement , a été disputée avec grande contention et animosité en l'assemblée générale des Etats; mais le plus grand nombre inclinoit à la faire pour Tannée entière jusqu'à ce que les plus foibles ayant dit qu'il failoit en prendre l'avis des députés des rois et princes qui sont ici, chacun se rangea à cette opinion; et nous, ayant été consultés sur ce fait, et conféré ensemble après quelques disputes, fumes tous d'a\is qu'on ne la devoit faire que pour deux mois; et cet avis eût sans doute été suivi par les Etats, si M. de Barneveldt, qui étoit auteur de la première opinion, nous étant venu voir pour nous représenter derechef ses raisons, ainsi qu'il lesavoit dites en l'assemblée et auparavant à moi en particulier, ne nous eût fait de nouveau cette ouverture, qu'il avoit intention de faire résoudre en l'assemblée générale des Etats , dès le lendemain de la trêve accordée , qu*on achèverait la conférence avec les archiducs, soit pour traiter ou rompre dans deux mois, et qu'il se promettoit encore de le faire ordonner ainsi, et par même délibération s'il étoit besoin; car, après l'avoir communiquée particulièrement aux députés d'Angleterre, puis à ceux de Danemarck et d'Allemagne , et après encore à M. le prince Maurice, tous Tapprouvèrent, et jugèrent même que cet avis étoit meilleur que le premier , d'autant qu'on contraindroit tant les Etats que les députés des archiducs à dire leur dernier mot.

Notre avis fut donc donné de cette façon en l'assemblée , et approuvé d'un chacun , suivant lequel nous les presserons de l'effectuer, afin qu'on sorte de cette affaire, en laquelle les uns et les autres craignent tant de rompre, qu'ils aimeront mieux traîner jusqu'à la fin de la trêve , et la continuer encore en l'année prochaine , que devenir à une rupture, si on ne les presse bien fort en vertu de cette résolution. La longueur fait pour les Espagnols , lesquels accoutument par ce moyen les peuples à la douceur et repos, qui sert à en avoir meilleur marché après, ou pour les contraindre de rentrer en guerre lorsqu'ils en auront moins d envie, ou y seront moins préparés , et eux mieux. Nous ferons ce qu'il nous sera possible pour éviter cet inconvé-

lî. C. D. M. T. IV.

nient qui nous semble le pire de tous et aiderons à les porter à la paix ou à la guerre , selon qu'il nous sera ordonné par Sa idaje^té, y ayant grande apparence que si , par le retour du Gordelier , les Etats ne reçoivent un contentement entier sur le fait du commerce des Indes , et que Sa Majesté les veuille induire lù-dessus à renouveler la guerre, que son avis sera de grand poids pour leur faire prendre cette résolution : comme au contraire , si elle leur conseille de recevoir quelque tempérament sur ce fait , ils seront encore plus aises de s y accommoder que de rompre. Et , à la vérité , il y auroit danger de le faire sur cet article , auquel il n'y a que les deux provinces de Zélande et Hollande intéressées, et les autres non. La rupture sur celui de la religion auroit moins de péril, étant certain que les catholiques séparés par les provinces ne feront aucun mouvement, et n'y aura point de province entière qui prenne avis contraire, et se sépare des autres à cette occasion. Encore qu*iL soit à désirer qu'on fasse quelque c!;ose pour eux, non par traité, mais à la recommandation du Roi , dont nous ferons instance quand il sera temps, si Sa Majesté continue à le vouloir ainsi.

Vous verrez aussi , monsieur , par lettres que nous écrivons au Roi, le désir que ces peuples ont de licencier partie de leurs gens de guerre pour se décharger de dépense ; ce qu'on estime préjudiciable à leur sûreté s'il faut rentrer en guerre. Il est néanmoins difficile de les en empêcher, s'il ne plait à Sa Majesté Jeur donner encore quelque secours pour cette année, outre les cent mille écus que M. Aërsens à mandé lui avoir été accordés par sadite Majesté. M. le président Richardot, qui a vu tous les articles dressés pour les confiscations, entre lesquels est celui concernant M. le prince d'Espinoy, en a débattu quelques-uns , mais 11 n'a encore rien dit contre celui-ci. Rien ne sera omis pour faire qu'on obtienne ce que vous désirez; et messieurs les Etats, tant pour la justice de l'affaire que pour votre respect particulier , s'y rendront fort affectionnés , et j'en serai bon solliciteur , comme étant, monsieur, votre très-humble et très-affectionné serviteur, P. Jeannin.

A La Haye, ce 24 mai 1608.

Lettre dudit sieur Jeannin à M. de Villeroy, du vingt-cinquième de mai 1608.

Monsieur , depuis vous avoir écrit, nous avons été voir , M. de Russy et moi , les députés des archiducs, estimant bien que, sur ce qui s'étoit passé pour le fait de la trêve, on leur pourroit avoir donné avis que nousy aurions été contraires,

IfEGOCÎÀTlÔNS

soit en ayant insisté qu'elle ne se fît que pour deux mois, ou bien en y voulant faire ajouter cette condition , que ie traité pour ia paix seroit conclu ou rompu du tout dans la fin de ce mois de Juillet. Entre nos propos avec eux , celui-ci en fut un , que ie grand désir que le Roi a de voir ta fin du traité nous en fait presser tous les Jours l'avancement , et nous sembloit même à cette occasion que la trêve pour deux mois eût été meilleure, et pour espérer plus promptement Fissue de cette affaire, qu*une plus longue; ou bien, si on ia vouloit faire Jusqu'à la fin de Tannée , comme plusieurs cstimoient , qu'il y falloit ajouter cette condition, de finir la conférence pour tout le mois de Juillet , afin que cliacun fût plus enclin à dire son dernier mot, mais que Sa Majesté n'a voit pourtant changé sa première résolution de favoriser la paix en tout ce qu'elle pourroit. Sur quoi le président Richardot nous répondit qu'il savoit bien que nous pouvions tout, m'adressant son propos en particulier, et répétant ces mots par deux fois, comme s'il eût voulu dire qu'il doutoit plutôt de notre volonté que du pouvoir, et eût eu avis de tout qui s'étoit passé en l'assemblée , qui nous auroit mû de les assurer encore que n'avions autre commandement de Sa Majesté que d'y faire tous bons offices , et eux de nous répondre qu'on ie connoitroità nos œuvres; y ajoutant derechef que si notre volonté se trouvoit conjointe à notre pouvoir, ils dévoient espérer tout bon succès de cette affaire. Rien ne se fait dont ils ne soient avertis , et il y a bien apparence , encore qu'on déguise les choses pour leur faire croire que nous sommes plus enclins à la guerre, afin de les induire par cette crainte à fiiire mieux pour les Etats. Mais, soit pour les favoriser ou dire contre eux , je n'ai qu'une même intention , qui est de suivre les commandemens de Sa Majesté, étant bien certain qu'avant que noué soyons au bout de l'affaire , il y aura trop de moyens de feur en faire sentir mieux ou pis. Nous attendons de vos nouvelles en bonne dévotion, et Je prie Dieu, monsieur, qu'il vous conserve en bonne et parfaite santé.

De La Haye, ce 25 de mai 1608.

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

P. Jeannin.

Lettre de M, de Villeroy à M, Jeanniriy du 26

de mai 1608.

Monsieur , votre lettre du 1 4 de ce mois a été vue du Roi devant qu'être tombée en mes mains; car elle a été portée à Fontainebleau , où elle a été reçue le 23, et Je suis en ces quartiers par le commandement de Sa Majesté depuis le 20,

ainsi que je vous ai écrit ledit â$, votM entoyaot la réponse de Sa Majesté à vos lettres des 23 et 28 du mois passé, et à celles du 10 du présent. Je ne suis pas marri qu'il en soit ainsi avenu , car il a été à propos que Sa Majesté ait su votre peine et sollicitude en rexécution de ses commandemens, quand vousy remarquezqoeique diversité ou ambiguïté. C'est chose que j'ai prédite, et souvent remontrée quand telles occasions se sont rencontrées ; mais nos maîtres quelquefois se mènent par des conséquences et considérations qu'ils tirent de certains avis qu'on leur donne sous la cape ; lesquels souvent leur sont administrés artifieiensement, plus pour les abuser que pour les servir. Toutefois Sa Majesté a les volontés si- entières en bonté, et le jugement si clair , que facilement ell« revient et se rend à la vérité et à la raison. Ainsi la-t-ellefeil après avoir examiné le discours que vous nous avez envoyé par M. de Bethtme, comme vous aurez appris par sa dernière lettre; car elle dit n'avoir entendu et n'entendre encore changer sjj première résolution en faveur de la paix, portée par l'instruction qui vous fut donnée à votre départ, et par ses commandemens réitères par toutes ses dépêches. Je vous prie aussi de croire que si elle eût changé vous en eussiez été le premier averti , comme il eût été nécessaire pour »tt service, et étoit dû à voà mérites et à la confiance que Sa Majesté a en vous. Elle veut donc que vous continuiez à favoriser ladite paix , et, au défaut d'icelle, la longue trêve comme vous avez commencé, pourvu qu'elles puissent être obtenues à conditions honnêtes et équitables, reconnoissant tant d'impossibilités etde dangersà reprendre les armes , mèmement pour les a/faJrcs de son royaume, qu'elle ne veut aocuneroenl que vous penchiez de ce côté-là , sinon autant que vous Jugerez qu'il sera nécessaire le fair« paraître pour conserver la réputation des forces et du pouvoir qu'auront les Etats de se défendre en cas de rupture, pour mieux favoriser ladite paix; n'approuvant aucunement l'ouverture qui vous a été faite par M. le prmce Maurice pouii affoiblir las partisans de ladite paix , et y en^aJ ger par son exemple les députez d*AnglPterre t( des Etats qui sont par delà ; car ce seroit proprej ment les abuser que d'entretenir messieurs la Eta s de telles voies e espérances mal fondées j et mettre Sa Majesté nu chemin d'être teuuf poui vrai auteur, non seulement du renouvelleroenj de la guerre , mais qui pis est dfe la ruine des dits Etats : car comme ils ne seroient assistes ni secourus en icelle ainsi qu'il seroit nécessairej ils tomberoient bientôt en des accidens roisèraJ blés et irréparables, qui leur Arolent maudirt

BU PBÉSTDEl^t JEÀNNtN.

tes antenrt S'on tel conseil ; ce qtie je m'étonne que M. le prince Maurice ne pèse et considère autrement qn'il fait.

Je dis qu'il faut qu'il y ait des personnes qui le repaissent d'espérance que Sa Majesté, quoi qu'elle fasse dire par vous , leur ouvrira sa grande bourse lorsqu'elle se verra enibarquée en ladite guerre , en quoi il est fort trompé. Seulement Sa Majesté désire , s'il feut que lesdîts Etats rabattent beaucoup des conditions de la paix qu'ils ont proposées , tellement qu'il y ait apparence qu'ils en soient mauvais marchands, qu'en tel cas vous vons absteniez de leur donner conseil de sa part d'accepter la susdite parx désavantageuse; car comme elle ne veut être auteur de la rupture, aussi ne le veut-elle être d'une mauvaise paix. Au reste, nous avons su, par lettres de Madrid du cinquième de ce mois , que le Cordélier a été très-bien recueilli et caressé extraordinairement du roi d'Espagne , de la Reine et de ses principaux ministres , y étant arrivé le vingt-troisième du passé; qu'il s'est fort loué de la bonne volonté du Roi et de votre procédure; que l'on parloit encore douteusement de la résolution que prendra le conseil d'Espagne sur l'article de la navigation des Indes ; mais bien a-t-on opinion qu'ils ne le rejetteront du tout, et qu'ils essayeront d'y trouver quelque tempérament; car ils veulent , s'il est possible , faire la paix , de laquelle Ton reconnolt tous les jours davantage qu'ils ont besoin.

Ils se plaignent de nôtre dernier traité avec les Etats , et d& l'assistance qu'ils disent que nous continuons à leur donner. Et dit-on qu'ils envoient vers le Roi don Pedro de Toledo exprès pour ce sujet comme ambassadeur extraordinaire , qui sera suivi bientôt après de don Tnigo de Gardenas, qui y doit résider. C'est celui qui servoît d'ambassadeur à Venise ; et envoient vers Tempereur don Balthazard de Cnnlga sans passer par ici, étant pressé à cause des troubles survenus en Hongrie. M. de Barrault mande que le nonce résidant en Espagne, qui dépend plus d'Espagne qne du Pape, a publié que Sa Sainteté a entrepris de si bien et étroitement lier le roi d'Espagne avec le Roi , par le moyen des ouvertures que vous savez qui ont été faites , et même pai* celle qni concerne le frère du prince d^Espagne avec madame Chrestienne, que les Etats ùe recevront plus à l'avenir faveur aucone de sadite Majesté ; que ce bruit a été semé en Espagne ; que l'on dépêche par deçà ledit don Pedro de Toledo exprès pour ces affaires , et demandei* aussi madame Isabelle pour ledit prince d'Espagne, en quoi Ils doivent être autorisés du Pape; Ceci est vu btm artifice du pays pourmet*

tre en ombrage de not» nos smlft, oomme, dès le commencement , j'ai remarqué être leur prin« cipal dessein, auquel ils seront trompés pour notre regard. Il fout seulement donner ordi% d'heure qu'ils y profitent aussi peu en Hollande par votre prudence secondée de celle du sieur de Bameveldt; au moyen de quoi je vous prie d'y penser : non que j'estime qu*il soit à propo» que vous découvriez audit sieur de Barneveldt ni à autres le particulier et secret desdltes cvh vertures , quand bien ils les devroient apprendre d'autres; mais il feut seulement qu'il sache, et pareillement ceux qui en sont dignes, que la venue de ce personnage n'opérera rien au préju^ dice des amis et alliés de cette couronne, afin qu'ils n'en prennent ombrage ni alarme. Je remelB le surplus à votre prudence , et prie Dieu , monsieur, qu'il vous conserve toujours en^ bonne santé.

De Paris, le vingt-sixième jour de mai 1608.

Votre, etc., i»e Nbufvillb.

Lettre de messieurs Jeannin et de JRussy au Rai y du cinquième de juin 1608.

SiRB,

Les lettres qu'il a plu à votre Majesté nous écrire du dix^nenvième de naai , qui nous furent rendues le premier jour de ce mois , nous éetatreissent bien particulièrement de son Intentiez, et n'est besoin qu'y fassions autre réponse , sinon que nous suivrons ponctneUement ce qui noms est commandé par ieelles, et userons aussi de l'autorité qu'il lui platt nous donner en la conduite de cette affaire , avec toute la discrétion et jugement qu'il nous sera possible pour en rendre le succès heureux , sans nous en découvrir jusqu'à ce qu'il soit temps, ainsi qu'il nous est prescrit, et plus ou moins , selon les occurrenees et les personnes auxquelles il en faudra communiquer. Avant qu'avoir reçu les lettres <le votte Majesté , M. le prince Maurice nous avolt promis de se confbrmer du tout à ce qui seroit âe sa volonté, y ayant encore continué lorsque lui avons dit sa réponse, et qu'elle préféroit la paix, si on la pouvoit obtenir à conditions raisonnables et assurées. Ce n'est pas qu'il ne soit toujours en grand soupçon de ceux qui la procurent et s'en rendent auteurs, ne se pouvant persuader qu'ils la fassent à bonne intention ; mais II voit bien lui-même qull a laissé venir les choses si avant , sans s'y opposer vivement lorsqu'il le pouvait faire avec effet, quMI n'y a plus -de moyen à présent de changer l<^s volontés de tant de gens qui conspirent au repos , si ce n'est que les ennemis , par un refus absolu du commerce ^es Indes ,* que la province de 'Hollande désire avec ardeur comme ' y étant' la plus Intéressée ^

ifEOOCTÀTIONS

les précipite, sans antre conâidération que de rindignité de ce refus, à preudre d eux-mêmes autre conseil , qu*ils rejetteruient sans doute s'il venoit d*autrui , au lieu qu*y étant portés par leur seule passion , il leur semblera bon et salutaire. C'est maintenant ce qui lui reste d'espoir, ayant ferme opinion que, si la province de Hollande prend cet avis, à cause dudit refus qui leur devra être fait par le roi d'Espagne, elle sera suivie par la Zélande , et que les deux ensemble contraindront toutes les autres provinces d'en faire autant. Et à la vérité, elles sont si puissantes, que^ soit de gré ou de crainte des incommodités que les autres recevroient en se séparant d'eux , il avient peu souvent qu'ils le fassent ainsi, encore qu'il soitbien vrai qu'on tient à présent pour ennemis du salut public ceux qui essaient de dissuader la paix, ou d'y apporter des diflicultés. Si est-il certain que ces gens ici ont si peu d'appréhension de l'avenir, que ce refus absolu,s'il étoitfait,seroit pour leschanger du tout. Nous y prendrons garde soigneusement, pour détourner et empêcher, s'il est possible, que rien n'avienne qui soit contraire au but et dessein de votre Majesté , et surtout que la crainte de rompre, qui est trop avant es esprits de ceux qui veulent la paix, ne soit cause de tenir les affaires en longueur et incertitude, et, s'ils ne se peuvent acco/der, de les faire séparer sans rompre, et remettre encore les choses à une nouvelle conférence vera la fin de la trêve; qui seroit uu dangereux inconvénient, prévu dès longtemps, mais qui semble presque sans remède, au cas que la paix ou trêve à longues années ne soit conclue et arrêtée, si ce n'est que la rupture avienne par un soudain mouvement, comme a été d.t ci-dessus, plutôt qu'avec raison et persuasion. Or, nous essayons tous les jours d'imprimer cette créance es esprits de ceux qui désirent la paix , qu'il faut fuir et éviter ce danger comme le plus grand de tous les auti*esy leur remontrant le désir et le besoin que leurs adversaires ont d'avoir la paix aussi bien qu'eux, et s'ils les voient résolus à ne point craindre cette rupture, qulls l'auront sans doute , pourvu qu'ils s y aident aussi de leur côté comme il est besoin. Et, au contraire , s'ils les reconnoissent saisis de cette crainte, ils la refuseront du tout, afin d'obtenir cet!e remise et couler le temps de trêve en trêve, qui leur seroit bien un plus grand avantage que de faire un traité , quel qu'il puisse être. Ils montrent de reconnottrc ce danger, et promettent de s'y conduire ainsi que désirons, mais nous ne laissons d'en douter. Pour le regard de M. le prince Maurice et des autres , qui pensent la guerre devoir être plus utile à cet Etat,

nous les avons déjà rendus capables qu'il n'y a rien de pis que cette remise, et sommes assurés, quand les choses seront réduites à cette dernière nécessité, qu'ils aimeront mieux aider à faire la paix , y voyant incliner votre Majesté, que de tomber au péril de cette longueur et remise, et pour détourner aussi les députés des adversaires de penser à ce conseil.

Le président Jeannin a dit , depuis peu de Jours, au sieur Richardot , avec lequel il a de rechef conféré avec même confiance que du passé, que les Etats avoient déjà quelque sentiment, et étoient en doute qu'ils voulussent user de cet artifice; mais, s'ils le faisoient, qu'ils seroieat cause de les précipiter à la guerre avec plus de violence et fureur que du passé : au lieu que s'ils veulent entendre à la paix shicêrement , et à conditions raisonnables, nous aiderons à la faciliter avec autant d'affection que nous serons contraires à toutes sortes de remises et longueurs, comme seront pareillement tous les autres dépotés des rois et princes qui soat en ce lieu; ainsi qu'ils dévoient se servir de cet avantage , plutôt que d'avoir recours à autres artifices et conseils dont ils ne doivent aucunement espérer que l'issue fut heureuse. Nous estimons encore être à propos, puisque le roi d'Angleterre fait démonstration par ses ministres près de votre Majesté de vouloir mieux s'entendre avec elle que du passé , de faire tout ce qu'elle estimera requis pour lui en accroître la volonté, et lui persuader même de faire prendre ce conseil à ses ministres; car nous reconnoissons tous les Jours qu'ils dé$i« rent de complaire aux députés des archiducs, et à cette occasion ont différé la ligue avec les EUts. Ainsi il y a apparence , s'ils les voient enclins à telles longueurs, qu'ils seront pour les favoriser. Or il en faut ôter , s'il est possible , toute espérance , tant aux Etats qu'à leurs adversaires, afin que chacun se dispose mieux à la paix; car la rupture avenue, nous pourrions encore faire des ouvertures pour les rejoindre ou remettre les choses à quelque délai , s'il étoit Jugé à propos, et les feroit-on lors avec moins de péril , pource que cette remise non prévue n'auroit pas été cause d'empêcher la paix. Nous sommes en peine de ce que les députés des archiducs disent n'avoir aucunes nouvelles du Cordélier, encore qu'ils y ajoutent que c'est un témoignage certain qu'il est par les chemins, pource qu'fi leur avoit promis, son retour étant retardé, de leur en donner avis par courrier exprès. On parle diversement de sa réception en Espagne , et il y en a qui assurent qu'fi y a été mal venu, les autres du contraire.

Combien que les Etats aient promis d'user de

DU PBES1DENT JEANNIN

diligence pour voir la fin du traité dans tout le mois de Juillet, si est-ce quMls ne s'échauffent pas beaucoup d'une part ni d'autre ; car ils ne se sont assemblés depuis ladite trêve que deux fois, pour conférer sur quelques articles conceraant les confiscations, n'y ayant moyen, quelque instance que nous fassions , de vaincre leur longueur. Aussi serable-t-il que cela serviront de peu jusqu'à la venue du Cordelier. Ils en doivent encore conférer au premier jour. Il y a deux articles que M. le président Ricbardot dit être du tout injustes : l'un , en ce que les Etats veulent que les ventes par eux faites de quelques biens appartenant aux ecclésiastiques qui demeurent sous l'obéissance des archiducs, soient confirmées comme bonnes et valables , et sans en rendre le prix, ne pouvant approuver la raison qu'ils allèguent de consentir que les ventes faites par les archiducs des biens qui pouvoient appartenir aux ecclésiastiques qui sont de l'obéissance des Etats , soient pareillement tenues pour bonnes , d'autant qu'Us disent les archiducs n'en avoir point vendu. L'autre article est que les députés desdits archiducs prétendent, en quittant la souveraineté, que les terres et seigneuries qui étoient du domaine du seigneur souverain , leur doivent néanmoins demeurer en propriété pour en jouir comme particuliers , et non en souveraineté. La raison est pour eux en la première difficulté; mais en l'autre, puisqu'ils se dépouillent de la souveraineté entière, les Etats ne consentiront jamais qu'ils retiennent leurs domaines , crainte qu'ils ne se veulent servir de cette rétention pour marque de leur ancien droit , et pour espérer d'avoir encore quelque jour la souveraineté qu'ils quittent à présent, accordant lesdits sieurs les Etats, si les seigneurs anciens des provinces qui leur demeurent en souveraineté avoient quelques domaines sous l'obéissance des archiducs, de les quitter de même. Aussi n'estimons-nous pas qu'ils soient pour insister à cette dernière difficulté, mais bien à la première; alléguant qu'ils feroient chose préjudiciable à leur réputation , et qu'ils seroient tenus pour déserteurs des droits et intérêts des ecclésiastiques, si ledit article avoit lieu. Ils doivent pareillement conférer sur quelques expédiens et ouvertures pour accommoder le fait des convois; mais en tout ceci il n'y a rien qui soit suffisant pour rompre d'une part ni d'autre, et en seroient déjà d'accord, comme nous estimons, n'étoit que chacun retient à dire son dernier mot jusqu'à ce qu'on voie, par le retour du Cordelier, si le commerce des Indes sera accordé ou non , duquel do'tt dépendre, ainsi qu'ils disent tous, la conclusion ou rupture du traité. C'est pourquoi nous

l'attendons avec impatience et ennui. M. de Collis reçoit souvent nouvelles d'Allemagne, et par les dernières, qui sont écrites de Prague le 17 de mai, on lui mande que l'archiduc Mathias est à cinq ou six lieues de Prague , que l'Empereur en est sorti avec ses plus précieux meubles, bagues et argent, pour se retirer à Ratisbonne où il est à présent; qu'il a déjà offert à son frère la Hongrie , l'Autriche et la Moravie ; mais qu'il prétend encore la Bohême , et dît davantage qu'il ne posera jamais les armes jusqu'à ce que l'Empereur lui ait rendu les conseillers qui ont été cause de faire préférer à lui l'archiduc Ferdinand de Gratz, en la diète où ledit archiduc Ferdinand a repi-ésenté la personne de l'Empereur. On tient aussi qu'il prétend de se faire déclarer roi des Romains, et exclure même, dès maintenant, l'Empereur de l'administration entière de l'Empire, comme s'il en étoit incapable, et semble même qu'étant armé , et ayant la faveur des princes protestans, auxquels sa conduite envers ceux de la religion est agréable, que tout lui succédera à souhait. Nous lui avons voulu faire appréhender ce mouvement, comme s'il se faisoit du consentement de toute la maison d'Autriche et du roi d'Espagne même qui est malcontent de l'Empereur, et que tout cela les fortifieroit plutôt que de les diviser , pour être l'Empereur réduit en tel état qu'il ne pourra plus rien; car, dès à présent, chacun l'abandonne, et ne s'y entremettent les électeurs, tant ecclésiastiques que séculiers, sinon pour lescomposer. Et cette composition sera sans doute aux dépens du plus foible; mais il montre, comme font aussi ses collègues, de n'en craindre aucun mal. Il dit que les trois électeurs protestans sont bien unis ensemble , quoique l'Empereur eût auparavant essayé d'en disjoindre le duc de Saxe , mais en vain. En achevant cette lettre, les députes des électeurs Palatin et de Brandebourg nous sont venus voir, et nous ont dit avoir reçu lettres de Prague du dix-neuvième de mai, par lesquelles on leur mande que l'Empereur, qui peusoit sortir de ladite ville pour aller à Ratisbonne , a changé de résolution , et est toujours à Prague; que l'archiduc Mathias avec son armée est logé à Brandis , qui est un château et bourg distant seulement de trois lieues de ladite ville ; qu'il s'est offert en lui donnant des otages d'aller trouver l'Empereur lui-même , et qu'on espère qu'enfin ils s'accorderont ; qu'il continue néanmoins à demander que rEmpei*eur lui mette en main deux de ses secrétaires pour les châtier, prétendant qu'ils sont cause de tout leur mauvais ménage. Ajoute encore que le comte de Bellejoyeuse , lequel étoit au service de l'Empereur,

KEAOCUTIORS

ajant fait enirepris» sut ({uelques troupes de rarcbiiliie Matbias, y perdit euviron cinquaotc ou soixante de ses geos, fut pris et lueoé audit ajrcbidac qui le fit étrangler à riostaut. Us nous ont dit aussi qu*ii s^étoit fait une assemblée en la maisûii du inarquis d'Anspach , où setoit trouvé le prince d'Anhalt pour Télecteur Palatin, le duc de Wirtemberg en peisonne , et deux princes puînés de la niaison du landgrave de Hessen, et ({u'il3 ToBt fait , ainsi qu*ils lestiment , à 1 occasioB de ce que le duc de fiavière s'armoit , dont V» étoient entrés en défiance pour s*unir enaeiftUe, s'armer s'il étoit besoin, et se promettre assistance Tua à Tautre; que le duc de Saxe, voyant aussi qu'on armoit en Bohême , fait grande levée dans ses pays, chacun commençant d'être en soupçon , pour ne savoir au vrai où tendent les annes de larchiduc Matbias. I^OQs prions INeu, Sire, qu'il donne à votre Majesté et à sa royale famiUe tout heur et prospérité.

I>e La Haye, ce cinquième de juin i 608.

Voa très^humblea et très-obéissans sujets et sorviteuva, P. Jkaknin et Kussy.

Lettre de M. Jeannin à M. de Vilteroy, dudit jour cinquième de juin 1608.

Monsieur, les lettres du Roi et les vôtres, tant à madame la princesse d*Orange, à M. de Russy, qn'à moi, noua ont si bien instruits de l'intention de Sa Majesté que nous n'en pouvons plus iouter. Je tiens aussi que cette certitude sera cause que nous n'aurons plus tous ensemble qu'une même conduite. J'eusse pu faire mon voyage auquel j'ai beaucoup de regret , encore flissé-je retourné plus content et mieux instruit, ear il y a beaucoup de particularités qu'on peut dire de bouche, lesqueÛes on ne commet jamais aux lettres; mais il n'y a remède. Les prières de messieurs lea Etats furent si grandes pour me retenir, lorsque Je le pensois faire pour la seconde fois avec M. de Betbune, et je craignois tant aussi que la venue du Cordeller tùi plus prompte, que j'aimai mieux suivre ce qu'estimois être de mon devoir que mon affection et désir. Et néanmoins la vérité est que nous avons fait si peu depuis, fors cette belle trêve que peut-être n'aurez approuvée, encore que la condition y ajoutée la doive rendre tolérable, que j'eusse pu faire ledit voyage sans défaillir à rien. Il n'y a aucunes nou- Telles ici du Cordeller, et crains même que cette trêve soit cause de le retarder au lieu de ra>ancer; si est-ce que les principaux de l'assemblée des Etats disent toi^ours, soit qu'il vienne tôt ou tard, qu'ils se sépareront après le mois de juillet, sans plus penser à conférences ni traité, au cas ^ut tout ao Mit QOiH^lu iors, pu ai près de l'être, |

qu'on soit assuré que le temps qu'oa y mettra de plus ne sera perdu. Aussi est-il bien nécessaire que cette croyance soit es esprits d'un chacun, même des députés des archiducs, afin qu'on emploie mieux le temps, et qu'ils ne s'attendent à aucunes longueurs et artifices. Si le Cordeller apporte quelque bonne résolution sur le fait du commerce des Indes, je tiens la paix faite; autrement la province de Hollande et celle de Zélande, qui y sont les plus intéressées, seront pour rompre par un mouvement soudain, sans entrer en aucune considération de l'avenir; ou bien je crains plus encore que le marquis ne parle d'aller lui-même en Espagne, et donne espérance d'obtenir ce qu'on aura refusé au Cordeller, pour gagner temps et faire qu'on se rassemble encore vers la fin de la trêve , soit pour avoir meilleur marché du traité, lors estimant que les Etats y seront seuls et sans être assistés de leurs amis, ou bien , s'il y a de la difficulté à conclure, qu'oa fera encore la trè\ e pour l'année prochaine ; car aucuns parlent déjà sourdement de son voyage. Rien ne sera oublié pour éviter, sï\ est possible, ces circuits et longueurs, comme nous ferons aisément si les Espagnols ont traité de bonne foi jusques ici, et se veulent accommoder en quelque chose au fait du commerce des Indes; car encore qu'il y a ait diverses opinions entre les Etats, celle de la paix tirera sans doute l'autre à soi, et déjà reconnois-je que M. le prince Maurice est prêt, non de changer du tout d*avis , mais de laisser fuire les autres sans plus contredire, et de consentir encore plutôt à la paix que de souffrir aucune longueur et remise ; le commandement de Sa Majesté , auquel il défère bien fort , ayant été de grand poids envers lui pour lui faire prendre ce conseil, à quoi madame la princesse d'Orange aide aussi de sa part autant qu'elle peut.

Puisque les ministres du roi d'Angleterre qui sont près du Roi montrent que leur maître a quelque inclination a se mieux entendre avec nous que du passé, il me semble qu'on doit user de toute la conduite qu'on pourra pour le confirmer en cette bonne volonté , afin que ses ministres et nous soyons d'un même avis en tout ce qui se passera ici , comme il est très-nécessaire pour aller au but que Sa Majesté désire ; puis il y pourra avoirde l'artificeen la recherche ouverte que le roi d'Espagne montre vouloir faire de l'amitié du Roi, et essayer, au cas qu'il n'y trouve Sa Majesté disposée , ainsi qu'il désire pour mieux faire ses affaires , de donner de la Jalousie au roi d'Angleterre , et le coujoindre par ce moyen du tout avec lui ; ce qu'il pourroitbieu gagner sur un esprit foible comme le sien , car il est certain qu'ils ont toHjours gagné du passé

DU PBfiSlDSNT iBÀiMNlN.

^ pT^pesitii^nf d9 pareilles alliances, encore qu'eo celie-ci on puisse voir d'entrée qu*ii n y a autre profit pour noas, quand tout y passeroit à KMibait , sîtton d assurer la paix avec eux , du moins pour quelques anoées. Il en seroit bien mieux si , au lieu de prendre deux de nos prince^es, ils se contentoient d^une, et nous en don- Doient une autre ; mais faut ùàre ce qu'on peut , et De perdre l'occasion d'être bien avec Tun des deux: et peut^re iamitié et alliance du roi d'Angleterre, s*il s'y vouloit bien conduire et sincèrement, seroit plus utile et assurée, car il est sans dessein , et l'autre en aura toujours où «MIS pourrons être intéressés. Quant aux Etats, je me promets que les rendrons capables que rien oesera fait par Sa Majesté avec qui que ce soit contre l'amitié et alliance qu'elle leur a promis. Je suis bien aise qu'il lui ait plu gratifier les enfinsdu sieur Barneveldt selon que me mandez , et désirerois encore qu'elle voulût accompagner son bienftiit envers le puiné de quelque bonne pension , pour obliger davantage le père qui peut tant ici qu'on ne fait rien sans lui. Je sais bien que si j'eusse eu l'honneur de voir Sa Majesté , qu'elle eût approuvé mes raisons, et juge qu'il lui étoit non seulement utile, mais nécessaire de l'acquérir pour faire profit de cet Etat. Les députés d'Allemagne, qui sont ici, croient que le mouvement de l'archiduc Mathias finira en le Élisant roi des Romains, et que tous les Electeurs y seront aisément disposés, pour ce qu'ils le tiennent d'un esprit modéré qui saura souffrir les deux religions, et faire vivre un chacun en paix, n'ayant aucune appréhension d'autre dessein.

Le comte d'Embden et les habitans de la ville t'aigrissent plus que jamais. Les rois d'Angleterre et de Danemarck désirent le contentement du comte; mais la ville fait difficulté de le recevoir dedans, et veut secouer le joug du tout ; et les Etats y cherchent quelque tempérament pour contenter le comte, sans perdre Tamitié de la ville, et la commodité du port d'ioelle. M. Dufour , qui a une compagnie en ce pays, s'en est allé en France; il dit avoir quelques inventions pour eaux et moulins qu'il désire faire proposer au Boi. il est fort honnête homme; vous le lui préteoteres, s'il vous platt, au cas qu'il s'adresse à vous. Je prie Dieu qu'il vous conserve , et suis, monsieur.

Votre Irès-humble et très-affectionné serviteur,

P. JEANNirf.

A La Haye, ce cinquième de juin 1608.

Lettre de M, de La Bodcrie à M. Jeannin^ du septième de juin 1608.

Moudeor » J^avois d^à su votre embarquement

et votre retour , quand je reçus la vôtre du quatorzième du passé , par laquelle il vous a plu m'en donner avis, et m'étois autant réjoui du premier , quand on me l'avolt dit , comme j'ai été très-marri de l'autre. Vous connoissez maintenant mieux que personne l'état des affaires des Pays-Bas, et par réfiexion celles des princes voisins qui en dépendent et leurs desseins; et comme s'il fut jamais temps d y prendre une bonne et ferme résolution, c'est maintenant. Vous eussiez grandement servi par votre présence et vos bons avis pour l'avancer. J'ai peur que nous aimions tant notre argent, et que nous fondions tant d'espoir dessus , que cela nous fasse mépriser tout le nu>nde , qui possible n'est pas le meilleur conseil que nous saurions prendre. Vous me discourez, et très-bien certes, que puisque l'inclination de notre maitre et quelques raisons d'état empêchent qu'il ne puisse prendre de confiance en Espagne, que pour d'autres raisons il devroit essayer de la prendre et la donner ici. C'est chose, monsieur, que je juge comme vous, et à laquelle à la mienne volonté que je pusse autant servir comme j'estimerois ma peine bien employée. Mais ce que je vous ai autrefois écrit de ces dettes, sur lesquelles on nous presse tous les jours davantage , et où nous montrons tous les jours moins vouloir entendre, est un écueil contre lequel tous les autres offices que je puis ou faire ou conseUler donnent à travers, ne se pouvant,ces messieurs-ci , payer de noisettes pour dire ainsi, tandis qu'on leur refuse ce qu'ils prétendent leur être si justement dû en choses solides. De cette heure nous sommes en termes de rendre cette Reine commère du Roi pour le baptême de notre petit duc d'Anjou. Je n'attends que le commandement pour faire l'office, ayant voulu Sa Majesté que je sondasse auparavant si ce seroit chose qu'elle eût agréable; à quoi j'ai trouvé, et elle et le Roi son mari, assez disposés. Ce commencement seroit très-bon, et à la suite duquel on pouri'oit attacher quelque cas de plus important; mais à même temps que je travaille dece côté, l'Anglais qui est delà crie après le paiement de ces belles dettes , sur lesquelles on lui donne toujours de nouvelles remises, pour dire la vérité, assez mal fondées : de sorte que, tant s'en faut que je me promette rien de bon de ce commérajse, j'ai peur qu'il ne produise que du mépris de part et d'autre, comme de part et d'autre U semble qu'on n'y chemine que par manière d'acquit. Il faut qui veut être aimé témoigner de l'affection, et entre les grands les plus certains effets qui s'en peuvent donner, c'est non seulement de se faire raison l'un à l'autre, mais s'in- 1 téresser au bien et au mai de l'un de l'autre.

Tous autres ofHces qui se font sans que ceux-là aient précédé, se reçoivent toujours par dissimulation, et n'engendrent Jamais de bonne ampur. Il seroit donc nécessaire , comme vous le touchez très-sagement, que non seulement nous leur donnassions quelque satisfaction sur ce que nous leur devons, mais que nous nous offrissions de les assister et secourir aux affaires dont Ils sont menacés du côté dlrlande , comme ils nous ont assistés aux nôtres. Mais à qui avons-nous affaire pour cela, monsieur? à personnes qui; quand on voudra entreprendre de le représenter, en hocheront la tête, ou , en un besoin, croiront que Ton y sera poussé de quelque intérêt particulier. Néanmoins, comme il ne faut pour telles craintes laisser de faire son devoir, en succède puis après ce qu'il pourra , j'en ai écrit mon avis assez librement, et en ai d'autant plus pris Toccasion , que je vois que le roi d'Espagne tient en ces afTaires-ci tout autre procédé que nous ne faisons : car, pour s'obliger cette cour, et gagner cette réputation parmi ce peuple, avide d'argent s'il y en a au monde, fait dire qu'il y a à profiter avec lui , et rien avec nous. Au même temps que nous refusons de payer ce que nous devons, au même temps il fait ostentation de grande dépense, ayant depuis deux mois fait tenir à son ambassadeur, ou par lettres de change ou en espèces , jusques à cent quarante mille éeus. Pour quoi faire, je ne le sais point; mais le bruit commun est que c'est pour les bons amis qu'il a ici , plus grands possible que nous ne pensons. Et quoi que ce soit , il n'a tant d'argent à cette heure , ni n'en est si prodigue dispensateur, qu'il jette une telle somme sans en attendre de Tutilité. Nous, au contraire, nous pensons faire assez de donner des paroles, dont j'ai grand peur que nous nous trouvions trompés. Si vous pouviez , monsieur , par occasion , seconder l'office que j'ai fait pour le paiement de quelque partie desdites dettes, je crois, certes , qu'il seroit très à propos; car, sans cela, non seulement je ne vois pas que nous nous devions rien promettre d'ici, ains au contraire, que nous en devrons tout craindre, au mois autant que la puissance en donnera de moyen.

Il s'est déclaré deux rebelles en Irlande depuis deux mois, qui montrent avoir du dessein , et augmentent tous les jours de puissance ; on n'en est sans alarme, et à la vérité ils pourroient bien faire du mal , attendu le peu de préparatifs qu'il y a par deçà contre telles choses. Mais les Espagnols assurent tant qu'ils ne seront aidés ni fomentés d'eux , que l'on s'en donne , ce me semble, moins de peine. Enfin lesdits Espagnols font paroitre qu'ils peuvent faire du mal et du

bien, et nous ni l'un ni l'autre. Je ne connottrai rien par deçà vous pouvoir servir aux affoires que vous conduisez , dont je ne vous donne aussitôt avis, comme je vous supplie faire de votre côté, me conservant la faveur de votre bonoe grâce aussi entière comme je serai toute ma vie, monsieur.

Votre très-humble et très-affectionné, serviteur , Là Boderie.

A Londres, ce septième de juin 1608.

Lettre de M. de Villeroy à M, Jeannin^ du huitième de juin 1608.

Monsieur, depuis mes dernières, par lesquelles j'ai répondu aux vôtres du vingt-troisième et vingt-septième d'avril, et du dixième de mai, nous avons vu le Roi à Villeroy, où il dtna mercredi dernier, et y fit trouver messieurs le chaacelier, de Sully et moi, pour nous dire ses iotentions sur la continuation de la poursuite du mariage de M. de Vendôme et de mademoiselle de Mercœur, que Sa Majesté a toujours en grande affection , et auquel il a été jusques à présent impossible de disposer les mères et la fille; tellement que j'estime que le Roi sera contraint à la fin d'en faire dire par le parlement, son na* turel étant aliéné du tout de la violence et du remède qui dépend de son autorité et puissance souveraine. Mais je prévois que la fin n'en pourra être que malheureuse pour lesdites dames; de quoi je né vous écrirai pour le présent autres particularités , parce que ce fait n'a rien de commun avec vos négociations de delà, sinon en tant qu'il exerce et occupe l'esprit de Sa Majesté, l'émeut et l'altère un peu pins qu'il ne seroit erquis pour son repos et sa santé, qui est toutefois telle que nous la pouvons désirer , grâce à Dieu. M. de Ghétillon arriva en Cour , avec votre paquet du vingt-troisième du mois passé, le troisième du présent. J'en étais absent, mais Sa Majesté m'a renvoyé vos lettres , et m'a commandé de vous faire savoir qu'elle improuve grandement la prolongation de la trêve, et qu'elle n'attend , par la résolution que les Etats ont prise, et de la déclaration qu'ils en ont faite aux archiducs, que toute piperie; car Sa Majesté croit que le délai de trois mois étant expiré, ils en accorderont un autre tel que leurs parties adverses voudront, d'autant qu'ils auront lors encore plus d'occasion de le faire qu'à présent ; car il sera alors plus dû d'argent à leurs gens de guerre. L'envie et leur nécessité de la paix leur sera encore accrue, et leur division plus enflammée, leurs alliés et voisins plus dégoûtés et mal édifiés de leur conduite; tellement qu'ils seront les premiers à proposer et à poursuivre un autre

DU PBESIDBIIT JIÀKNIN.

délai. Les Espagnols, qui les connoissent maintenant jusques aux entrailles , commencent à les mépriser. Ils ne travaillent plus qu'à enjôler le Roi , afin de le retirer du jeu , et m'aperçois qu'ils veulent coucher de leur reste pour Tacquérir. Je n'ai pas néanmoins opinion qu'ils y profitent : toutefois Sa Majesté Ta si mauvaise des Etats, de M. le prince Maurice et du sieur Barneveldt; il est aussi si contraire à la guerre, et se défait si mal volontiers de son argent, que, pour ne demeurer à terre entre deux selles , je ne sais ce qu'il fera ou sera conseillé de fiiire.

Nous avons avis d'Espagne, du dix-neuvième da mois passé, que le Cordelier n'étoit pas content du duc de Lerme, ni celui-ci de l'autre ; que Ton retient le premier à poste , pource que l'on ne >eut contenter les Hollandais , et que l'on veut devant tenter ce que peut produire envers le Roi Talliance que le Pape propose, dont il vous a été donné avis : d'autant que si ce dessein réussit, ils n'auront que faire de contenter lesdits Etats; et nous reconnoissons déjà clairement qulls veulent se dédire du dernier point qu'ils lear ont accordé , se repentant d'avoir franchi ce saut, ce qu'ils ne diront d'abord où vous êtes si ouvertement que le ministre de l'archiduc s'en est laissé entendre à nous; mais ils accrocheront par delà les affaires à Tarticle de la religion , qu'ils oot délibéré d'opinlétrer jusques au bout, et plutiyt rompre sur icelui que de s'en relâcher et départir aucunement : non qu'ils affecttonneuttant le rétablissement de notredite religion eu considération d'icelle, et le contentement des catholiques, que ce soit véritablement leur but de le préférer, mais parce qu'ils se repentent d'avoir léché le mot de la souveraineté , ils ne savent bonnétemeut s'en dédire; de façon qu'ils ont délibéré de s'attacher au point de ladite religion , et sous ce prétexte renverser l'autre et s'en libérer, ce qu'ils feront plus librement s'ils peuvent chevir du Roi, et l'amadouer comme ils se le proniettent. Mais je ne crains pas tant leurs artiilces et ruses, car Sa Majesté et ses ministres sauront bien s'en défendre, sachant la défiance que ceux-ci doivent à bon droit avoir de la constance et union des Etats, de la foi et société des Anglais et même des gens d'Allemagne, du peu de plaisir que prend Sa Majesté de mettre la main à la bourse, comme il convient, et finalement de la connoissance qu'ils ont des divers accidens qui nattront d'une rupture avec le roi d'Espagne , telle qu'il est quasi impossible que sadite Majesté évite, sinon à présent, du moins a la longue , s'il faut qu'il épouse la protection des Etats et de ce qui en dépend , prenne , comme l'on dit , l'affirmative pour lui et ses associés ,

comme il convient pour les sauver. Et néanmoins il est certain qu'il n'y a point d'autre moyen de les garantir que par la paix, avec cette souveraineté, au cas qu'elle ne leur soit retranchée, comme je reconnois maintenant que l'entendent les Espagnols; car ils m'ont parlé en ces termes, comme a fait le ministre du Pape , lequel seconde vivement les autres en ce dessein.

Don Pedro de Tolède, que le roi d'Espagne doit envoyer vers nous , préparoit son parlement, ainsi que nous a écrit le sieur de fiarrault par sa lettre du dix-neuvième du passé. Il a été fait Grand sur cette occasion, et vient avec grand apparat; ils l'ont choi i parce qu'il est parent de la Reine, car la mère du père de ladite dame étoit fille du grand-père de celui-ci. L'on dit que le Cordelier viendra avec lui et non devant, et, si plus tôt, qu'il n'aura charge de débiter sa marchandise ni parler clairement où vous êtes , que ledit don Pedro ne nous ait vus et découvert nos intentions. Il doit proposer deux alliances , celle du prince d'Espagne avec madame Isabelle, et celle du frère du premier avec madame Chrestienne , à condition de faire ces derniers héritiers des archiducs, ceux-ci mourant sansenfans, afin de séparer pour jamais, ainsi qu'ils disent, la Flandre et tout ce qui en dépend , du pays d'Espagne et de son pouvoir : ce qu'ils croient que le Roi doit non seulement désirer, mais acheter pour lui et les siens chèrement. Et pour ce faire, ils s'imaginent que le Roi ne doit faire difficulté ni conscience , sinon de joindre à découvert ses moyens avec le roi d'Espagne contre les Etats , pour leur faire connoltre leur devoir , du moins le faire en secret , ou au pis aller les abandonner efi'ectuellement; et souffrir qu'ils l'entreprennent et l'exécutent à leur aise : de quoi ils disent et veulent que nous croyions qu'en ce cas ils viendront à bout en trois années bien employées , connolssant mieux qu'ils n'ont fait ci-devant kt foiblesse des Etats , et par où il en faut venir à bout, qui est le profit et avantage qu'ils ont tiré du séjour que font le marquis et le président Richardot où ils sont. De quoi je vous assure que le ministre de l'archiduc , résidant ici , a discouru avec mol , en se moquant des conducteurs des affaires desdits Etats; mais peut-être en parle-t-il ainsi par artifice. Tant il y a que je reconnois qu'ils veulent faire un effort pour ranger à leur désir les Etats et leur suite par une voie ou par une autre, sans quitter le droit souverain, avec lequel ils ont finement, au commencement, ensorcelé le sieur Bameveldt et ses adhérens ; à quoi il semble n'y avoir autre remède que par le moyen d'une entière et forte résolution de Sa Mcyesté en faveur desdits Etats, ores qu'elle soit

|r^ocuT)099

sujette aux férils ^-dessus eoté«. Ce choix sera (difficile h faire, et voudroit de bon cœur que vous fussiez ici pour en dire votre avis , y servir le roaitre et y assister ses bons amis ; car ce sera fin coup de partie de conséquence pour ie présent ^ pour l'avenir, et veux grand mal aux veuts Qui nous ont privée de cette consolation.

Nous disons aussi qu*il eut été plus expédient fpi'il e4t été absent, quand on a accordé cette dernière continuation de trêve attendant 4e moine y que de butter aux nécessités de ces seigneurs , et modérer aucunement les passions du sieur Bameveldt, lequel ayant embarqué son pays en cette négociation , veut la conduire à la poste, et la faire réussir à quelque prix que ce soit. Or je ne doute point que ledit sieur Bameveldt pe s'étonne et irrite grandement , quand il s'apereevra que Ton opiniàtrera rai'ticle de la religion avec celui des Indes, exprès pour la sou veraineté ; ear je vous répète que c'est aujourd'hui le but auquel visent ouvertement les Espagnols, et principalement le due de Lerme, se repentant d'avoir passé si avant , voyant qu'il en est blâmé des autres extraordinairement. Il semble aussi que le roi d'Espagne plus que nul autre s'en plaint , et ait montré le regretter et ressentir. Monsieur , ee sont les termes auxquels nous estimons que sont à présent réduites les affaires, de quoi nous préjugeons qu'il arrivera encore pis, si les Etats se voient privés de leur intention pour la paix, et d'ailleurs sans moyens sufflsans de se maintenir par la guerre. Il est à craindre qu'ils ne coui'ent à bride abattue à une division irréparable, et à chercher à prendre des abris et ports pour leur salvation , différens les uns des autres , suivant le conseil de la nécessité ou du désespoir, plutôt que celui de la raison et du salut public de leur république. Quand nous reverrons le Roi , nous en pourrons délibérer plus à plein , comme nous ferons de votre retour en ça , et de ce que Sa Mi^esté voudra faire cette année pour ces messieurs ; prévoyant bien , s'ils ne sont secourus, qu'ils seront contraints de licencier une partie de leurs gens de guerre pour se soulager , et éviter aussi une mutination. Les trois cent mille livres qu'on a ordonné sont comptées et prêtes à partir, ainsi que j'appris hier du sieur Aërsens, qui insiste grandement qu'ils soient bientôt suivis du double pour le moins; de quoi , si l'on résout quelque chose, vous et M. de Russy serez avertis des premiers.

Je ne vous mande rien des affaires d'Allemagne, car je pense que vous en savez où vous êtes autant que nous : tant y a que l'Iilmpereur est en piteux état , étant comme délaissé de tous. Le Pape §t le i>oi d'Espagne y envoient pour es-

sayer de composer aes affaires; de quoi il sem* ble que l'on commence k avoir meilleure espérance que devant, à cause des graudes soumissions et offres que fait ledit Empereur à Mathias, qui e^t conseillé de les accepter, même par les protestans, afin de désautoriser ledit Empereur, qui est mal voulu et mésestimé de tous. L'on dit maintenant que Ferdinand est mai satisfait dudit Mathias , comme s'il avoit publié leur union contre l'Empereur à son desçu, et en temps qu'il n'étoit d'accord qu'il le fit, et s'en être aidé pour avancer et justilier son dessein \ mais il faut qu'il avale ce calice aussi bien que ledit Empereur et les autres. Je prie Dieu, mon* sieur, vous conserver en parfaite santé.

De Paris, ce huitième jour de juin 1608.

Votre, etc., de Neufville.

Autre lettre dudit sieur de Villeroy audit sieur Jeannin^ dudit jour huitième d^juin 1608.

Monsieur, depuis avoir écrit la lettre en chiffres que la présente accompagne, le Bol m'a commandé de vous faire en son nom celle queja vous envoie , et à M. de Russy celle qui s'adresse à lui, ayant jugé nécessaire que vous le veniez trouver, et même que vous soyez près de lui quand don Pedro y arrivera. INous tenons qu'il sera parti de Madrid le deuxième de ce mois, et vient à ses journées , et publie qu'il doit passer de France en Allenmgne; et je crois que les affaires et négociations qu'il proposera ici ne l'occuperont ni empêcheront de passer outre , s'il a cette charge et la volonté de le faire. Le Cordelier n'a point été malade , il est retardé exprès pour les raisons que je vous mande par mon autre lettre ; il n'en faut point douter, comme vous ne ferez, s'il vous plait, de la puissance que vous avez de me commander. Je prie Dieu, monsieur, qu'il vous maintienne et conserve en bonne santé.

De Paris, ce huitième jour de juin 1608.

Votre, etc., db Njiufvii.lb.

Lettre de messieurs Jeannin et de Russy au Roi, du treizième de juin 1608.

SlBE,

Depuis nos dernières lettres qui sont du cioqulème de ce mois, les députés des Etats se sont assemblés deux fois avec ceux des archiducs, et ces derniers ont consenti , pour le convoi , qu'il fut pris sur les navires à raison de chacun last, sans déclarer la somme, ou bien sur les marchandises, y mettant une taxe fort modérée dontondemeureroit d'accord, et à la charge aussi que la recette dudit droit de convoi , à le pren*

dre sur les marcbADdises portant de Zéiaode oa

DD PUmUKJiX Jf^NIN.

QoUaBde poar aller à Anvers, seroU établie et tûte audH lieu d'Anvers , selon qu'on souioit le fiiire avant la guerre du di'oit de toi lus, auquel QB veut lyouter celui du convoi introduit seule* j méat depuis les troubles. Quant au domaine anoieQ et nouveaux $icquéts qu'ils avoient prétendu, après s être départis de la demande de laacieQ domaine, et avoir contesté quelque temps pour obtenir le nouveau, même celui acquis par le feu roi d'Espagne, en quoi est compris FlessiDgue et le marquisat de la Vere , il semble qu'ils seroient aussi pour s'en dépaitir , pourvu cpi'on voulût acquitter les rentes constituées et assignées spécialement sur ieelui, même sur le domaine de Frise une rente de dix-huit mille livres , et les arrérages éehus , dues aux foucres d'Allemagne; disant être raisonnable que celui qui prend le bien soit tenu aux hypothèques , et que déjà les Etats avoient durant la guerre payé une année ou deux des arrérages d'icelle rente, reconnoissant par là y être tenus. Pour le regard des villes de Breda , Berg-op- Zoom et Grave, qu'ils en quitteroient la souveraineté, quoiqu'à regret, estimant qu'il étoit injuste de les y contraindre, attendu qu'elles dépendent de Brabant , qui est la principale province et le premier titre des achiducs , et que l'offre par eux faite de n'y prétendre aucune autorité ni supériorité devoit suffire, Jusqu'à ce qi'on fit demeuré d'accord d'en faire quelque é.hange avec d'autres villes; néanmoins que, pjurle bien de la paix , ils y consentoient. Mais pant aux villages qui en dépendent , qui sont environ soixante - dix , lesquels contiennent un grand territoire, ils entendent que la souveraioeté leur en demeure, sans toucher pourtant aux ilroits , autorités et revenus des seigneurs particuliers à qui lesdites terres appartiennent, et qu'il n'étoit raisonnable d'entamer la province de Brabant plus avant , et outre ce que la force ^ a occupé , ni inconvénient aussi que les villes Mient sous la souveraineté des Etats, et les villages en dépendant sous celle des archiducs , joint que Breda et Grave appartiennent à M. le prince d'Orange , qui a tout son bien sous les archiducs, et se plaindra plutôt de ce qu on distrait les villes de leur obéissance que de ce qu'on y laisse les villages, et que Berg-op-Zoom est pareillement à un seigneur qui a toujoui-s suivi leur parti. Firent encore instance pour ravoir le bien appartenant aux ecclésiastiques de BraiKmt, lequel a été vendu par les Etats durant la guerre.

Les Etats de leur côté ne voulurent rien quitter de ce qu'ils avoient prétendu auparavant,

fois pour la vente du biei) 4e8 ecciésiastiqiies i^

Brabant , auquel ils ont consenti qu'ils rentrent, et qu'eux rendent le prix aux acheteurs. Il semble néanmoins qu'on pourra accommoder le fait du convoi par l'une des ouvertures susdites , et déjà plusieurs s'en déclarent; mais la plus grande difliculté s'est arrêtée sur ces villages que le$ Etats quitteroient plus volontiers que de rompre à cette occasion , n'étoit que M. le prince Maurice en fait une très-grande instance, se promettant d'avoir Breda et Grave de son frère, soit en partage , ou avec récompense , et que les Etats désirent tant aussi de le contenter , comme nous faisons en particulier pour son mérite , et' pour faciliter la paix , qu'il n'y a presque article sur lequel ils soient disposés de contester avec plus d'animosité que sur celui-ci. Bien nous semble-t-il qu'on doit faire ce qu'on pourra pour l'obtenir, et ayant apparence, si on demeure d'accord du surplus, que le traité ne se rompra pour si peu. Les députés des Etats firent aussi instance en la dernière conférence pour savoir si les députés des archiducs avoient à proposer quelques autres articles , et furent même priés et requis de déclarer ce qu'ils entendoient par larticle faisant mention des princes étrangers, celui de la religion , et des monnoies contenues es articles par eux donnés, afin qu'ils en confèrent et essaient d'y prendre quelque résolution , du moins qu'on s'éclaircisse au plus près de Tin* tention des uns et des autres , et par ce moyen ne reste plus qu'à dire le dernier mot lorsque le Cordelier sera de retour : à quoi ils firent ré-> ponse que cet article des priuces étrangers étoit un article ordinaire , en vertu duquel ils entendoient nommer les princes qui sont leurs amis et alliés, comme ils pourroient faire si bon leur sembloit de leur part; quant aux monnoies, qu'il en faudra faire un règlement entre eux pour la commodité du commerce, mais qu'il sera aussi à propos de le remettre après la paix que d'eu traiter à présent. Et pour le regard de la religion, ils se peuvent souvenir de ce qu'ils leur en ont ditau commencement du traité, et que le retour du Cordelier leur donnera le moyen de les en éclaircir plus paiticulièremeut. Leur fut dit encore par les députés des Etats, qu'on les a voit avertis qu'ils empêchent le traité qu'ils prétendent faire avec le roi de la Grande-Bretagne , encore que ce ne soit que pour l'observation de la paix , et que par la ils montrent bien n'avoir envie de la faire ; mais ils leur répondirent que le roi de la Grande-Bretagne ne pouvoit faire ledit traité avec eux sans rompre et violer celui fait avec l'Espagne; car , encore qu'on mette en avant que c'est pour la paix , ledit sieur Soi et les ^tats pourroient , quand il

hegocutiors

leur plairoit, alléguer que la paix auroit été violée, et, s*en rendant Juges eux-mêmes, leur faire la guerre sous ce prétexte , qu1ls eussent aussi fait les mêmes déclarations et protestations pour empêcher celui qu'ils ont fait avec votre Majesté, s'ils en eussent été avertis avant qu'il fax (H)nclu et passé.

Il a semblé à aucuns des Etats que lesdits sieurs députés des archiducs ont plus témoigné qu'ils désiroient la paix en cette dernière conférence qu'auparavant; et, à la vérité^ ils y ont .consenti et accordé quelque chose pour le convoi et pour le domaine, dont ils avoient premièrement fait grande instance. Et quant au fait des princes étrangers , on croit, quand ils en firent mention en leurs premiers articles, qu'ils entendoient parler de Clèves et Juliers, et obliger les Etats à ne se point mêler du différend qui pourroit avenir après le décès du duc de Clèves, par la mort duquel la maison d'Autriche prétend droit es dits Etats, que c'étoit aussi leur intention d'aider à composer le différend du comte d*Embden qu'ils favorisent contre la ville; et ne pouvons juger qui les a mus à changer d'avis, ou à dissimuler ce qu'ils en sentent.

Chacun entre en soupçon ici de la retardation du Cordelier, et qu'elle est à dessein, ainsi qu'elle nuira plutôt à la paix que d'y servir. Néanmoins lesdits sieurs députés continuent toujours à dire qu'ils n'en ont aucunes nouvelles; mais on tient cette réponse être un artifice et déguisement, ou bien , si elle est vraie , qu'on les trompe eux-mêmes du côté d'Espagne. Les Etats leur ont fait dire clairement cejourdliui même là-dessus, qu'après le mois de juillet ils entendent rompre toute conférence si le traité n'est conclu lors, ou les affaires en tel état qu'on en puisse espérer bon succès peu de temps après. Nous nous conduirons en tout suivant ce qui nous a été commandé pour aider à faciliter la paix , et serons contraires à toutes longueurs et remises si ne recevons autre commandement. Les Etats se louent bien des trois cent mille livres qu'il a plu à votre Miy'esté leur donner ; mais ils espéroient mieux , et voyons bien , s'il ne lui plaît accroître ce bienfait , qu'ils licencieront bientôt partie de leurs troupes , soit qu'il y ait paix ou rupture entière.

Par lettres écrites à Prague le dernier du mois de mal, on a mandé ici que l'archiduc Mathias avoit vu l'Empereur, et parlé à lui seul et à loisir dans ladite ville de Prague , où il étoit entré avec mille chevaux et douze cents hommes de pi(*d, puis s'en étoit retourné en son camp; que l'Empereur s'est trouvé lui-même en l'assemblée des états de Bohême , pour faire déclarer

son frère successeur d'icelui royaume au cas qu'il décède sans enfons mâles; que l'archiduc Maximilian son frère avoit été voir en diligence l'évêque de Mayence , puis à Heidelberg l'électeur Palatin ; qu'on pensoit la paix devoir être bientôt faite entre eux , et tout ce mouvement finir après que l'archiduc Mathias seroit éla roi des Romains. Nous prions Dieu, Sire, qu'il donne à votre Majesté et sa royale famille, en trèsparfaite santé , très-longue et heureuse vie.

De La Haye, ce 13 juin 1608.

Vos très-humbles et très-obéissans sujets et serviteurs, P. Jeamnin et Russy.

Lettre de M, Jeannin à M. de ViUeroy^ du qmtorzième de juin 1608.

Monsieur, notre lettre au Roi est du 13 de ce mois. Le lendemain le président Richardot me vint voir, et fit entendre qu'ils avoient reçu lettres du Cordelier le jour précédent bien tard, écrites à Madrid le vingt-troisième de mai , par lesquelles il leur mandoit sa dépêche être retardée pour quelques jours à Toccasion de ce que le duc de Lerme étoit sorti de la Cour , six ou sept jours auparavant , pour aller chez lui préparer sa maison en laquelle le roi d'Espagne se devoit rendre vers la fin du même mois, et cependant séjournera Orengeris, sans vaquer à aucunes affaires jusqu'à son retour , auquel temps il se promettoit d'être expédié avec contentement, mais non plus tôt; me disant qu'il étoit en peine de cette retardation , crainte qu'elle ne fftt prise de mauvaise part , et comme si elle étoit faite à dessein, combien que ce ne fût point à mauvaise intention, n'y ayant personne à qui la longueur soit plus ennuyeuse qu'à eux ; s'adressoit à moi à cette occasion , pour leur donner conseil de ce qu'ils auroient à faire, sur l'assurance qu'ils ont de la bonne affection du Roi à faciliter la paix, à quoi il estimoit que Sa Majesté auroit encore plus grande inclination après que dom Pedro de Tolède, envoyé vers elle de la part du roi d'Espagne pour traiter des alliances dont nous avons conféré par ensemble, lequel de voit partir pour ce voyage dès le premier jour de ce mois, Tauroit vu et déclaré la charge qu'il a de son maître sur ce sujet , y ajoutant qu'à son avis on différoit en Espagne le retour du Cordelier , pour le désir qu'ils ont d'avancer et résoudre ces traités d'alliance avant la conclusion de la paix en ce pays : ce que toutefois il ne disoit sinon par conjecture ; mais quand il seroit ainsi , que cela ne tendoit qu'à bonne fin , et pour faire que Sa Majesté, plus intéressée au traité après ladite alliance , fût aussi plus soigneuse d'y aider et d*en faciliter la conclusion de tout son pouvoir. A

BU PHistDtNT iSÀNNIir.

qooi je lui dis qdô j^étois bien fort fâché de cette remise, et que rien ne pou voit arriver de pis, ni qui aigrit plus les esprits de ces peuples, lesquels commeuçoient déjà à soupçonner qu'il y eût quelque artifice en cette retardation , et que ce nouveau sujet donneroit un grand avantage à ceux qai désirent le renouvellement de la guerre , le priant de le bien considérer avant que de s*en découvrir, et s*iis avoient moyen par quelque autre instruction d'avancer les affaires, qulis en prissent le conseil au lieu de les reculer, le pouvant bien assurer que la longueur seroit plutôt cause de rupture que de laisser quelque espoir de renouer le traité après qu on se seroit séparé; que nous lui avons dit souvent qu'ils traitoient avec gens qui ne sont aucunement appréhensifs de l'avenir, et qui ont reçu si peu de dommage de la guerre , qu'ils ne se soucient point d'y rentrer ; qu'à présent qu'on a disposé non seulement plus grand nombre des peuples, mais les principaux qui ont le maniement des affaires à vouloir la paix, chacun s'y laisse aller; que nous y aidons aussi de notre part , et rompons tous les jours les pratiques de ceux qui sont ennemis du repos; mais que cette remise rapportée en leur assemblée, chacun criera qu'il faut rompre, et D'y aura pfus aucun moyen de les faire rentrer en leur première résolution. Et quant aux alliances susdites. Je reconnoissois bien que Sa Majesté y avoit de l'affection , et les désiroit ; mais qu'à mon avis il seroit plus aisé de les faire réussir, la paix étant faîte ici , qu'auparavant , d'autant même que Sa Mcgesté sembloit être tellement engagée avec les Etats, qu'elle ne les pou voit abandonner sans blâme Jusqu'à ce que la paix ou one trêve à longues années les eût mis en quelque sûreté; qu'on pourroit aussi soupçonner ces alliances, qui ne peuvent avoir aucun fondement ai obligation valable, à cause du bas âge des ^fans, être mises en avant à présent sur cette conclusion d'affaires pour les séparer , mettre en défiance les uns des autres et en profiter , non pour se Joindre en une vraie et sincère amitié ; au lieu qu'en faisant la paix promptement et sans remise, on évitera tous ces inconvéniens , et si il est certain qu'on ne rencontrera Jamais un temps si opportun pour y parvenir. Ayant entendu ces raisons que Je lui dis être de moi seul , et sans aucune instruction particulière de l'intention de Sa Majesté , il me pria de retenir à moi ce qu'il m'avoit proposé Jusqu'au lendemain , qu'il me retoumeroit voir pour m*en parler encore plus ouvertement.

Et de fait le lendemain mathi , sur ce que lui mandai que Je me trouveroîsau bois proche de La Haye , pour , en feignant de me promener , le

voir comme par ren<!ontre ^ il me dit derechef qu'il se trouvoit fort empêché , d'autant qu'on ne prendroit aucune résolution en Espagne sur le retour du Cordelier , Jusqu'à ce qu'ils aient fait réponse, par le même courrier qui est venu d'Espagne, à la dépêche qu'ils en ont reçue. Il prévoyoit aussi , si les Etats s'opiniâtroient à vouloir obtenir le commerce des Indes selon l'article par eux donné , et refusoient du tout le rétablissement de la religion catholique , que le roi d'Espagne ne consentiroit Jamais à la paix , disant que le Corlier avoit donné assurance contraire de lun et de l'autre , lorsqu'il fit la première ouverture de ce traité, et sans cela que ledit sieur Roi n'y fût point entré ; qu'à son avis il seroit expédient de faire encore la trêve pour Tannée prochaine , montrant de le désirer avec grande affection, afin qu'on eût loisir de traiter les alliances projetées avec Sa Majesté : ce qu'étant fait , et elle se Joignant à cette demande de la religion , son autorité et la crainte que les Etats auraient d'être abandonnés d'elle s'ils refusoient une chose si Juste , seroit causie de les y faire consentir, et que lors le roi d'Espagne se disposeroit aussi plus aisément d'accorder quelque chose pour le commerce des Indes qu'à présent ; qu'en y procédant ainsi , Sa Majesté seroit cause de ce bien sans y être néanmoins intéressée , pource qu'en ce qui est de la liberté et souveraineté du pays, on n'y vouloit rien changr^r , mais la leur laisser entièrement , afln qu'ils demeurent séparés d'Espa<me pour toujours , qui est ce qu'ils savent bien être désiré et recherchié par tous les princes voisins. Ma réponse fut comme auparavant , que Je prévoyois par ces longueurs et remises une rupture, le priant bien fort de ne se point attendre à cette trêve de l'année prochaine , qui sans doute leur seroit refusée ; qu'il valoit mieux presser le retour du Cordelier, o>u, sans l'attendre, déclarer ce qu'ils savoient de l'intention du roi d'Espagne , que J'estimois être tout autre que ce qu'il m'en avoit déclaré touchant ces deux articles de la religion et du commerce des Indes, vu ce qu'ils avoient reconnu , dès long-temps, de la résolution des Etats sur ce sujet , ou bien si elle étoit telle en effet, qu'il n'étoit plus besoin de continuer la conféren(!e; car elle seroit sans fruit , et ne serviroit plus ((u'à les aigrir davantage, et rendre du tout irréccmciliables. Je le suppliai encore de ne se point dég uiser avec moi, et que la grande franchise avec la(|uelle Sa Majesté procédoit en cet endroit méritoit qu'on traitât ouvertement avec ses ministres. Sur quoi il me répliqua qu'il le faisoit aussi , et me représentoit les difficultés pour chercher ensemble les moyens de les sur** monter.

NlîG0CIAT10!SrS

Enfin, après plusieurs diSCôûrâ «ur ce sujet, je lui dis derechef qu'il falloit avancer le retour du Cordelier, ou du moins la réponse à sa dépêche , et qu'elle soit telle que les Etats y trouvent quelque contentement pour le commerce des Indes, et remettre le fait de la religion après la paix , comme étant le seul moyen pour espérer de la faire; mais si ayant fait toutes sortes d'efforts, on n y j)ouvoit parvenir, les uns et les autres s'étant rendus trop difficiles sur les conditions, îl faudroit essayer lors de faire une longue trêve comme de dix , douze ou quinze ans , en quittant la liberté et souveraineté pour toujours, sans quoi on ne la doit espérer. Mais il me dit encore alors qu'il vaudroit mieux taïre la trêve pour un, deu\ ou trois ans au p lus, sans y ajouter cette condition de la souveraineté pour toujours, quon feroit trop grandi; difficulté d'accorder en Espagne , et qu'il ne seroit aussi raisonnable de le f«ire ; et je lui répliquai, comme j'avofs déjà fait, qu'à mon avis u ne trêve moindre de huit ou dix ans ne seroit pc»int acceptée par les Etats , ni à autre conr^^ition que de la souveraineté pour toujours; et lui m'ayant déclaré làdessus que le roi d'Esrpagne n'accorderoit jamais le commerce des InAes pour un si long temps , je répondis qu'on le pourroit restreindre à cinq ou six ans, en ajoutant toutefois, et non autrement, que, ledit temps pass« , on s'assemblera ^ selon qu'il est contenu en l' article déjà donné ^ pour aviser sur la continuati» in ou cessation d'icelui, et que Sa Majesté, qui seroit lors en meilleure intelligence et plus 6 ssurée amitié avec le roi d'Espagne , à cause des alliances susdites y aideroit à y faire prendre quel que résolution au Contentement dudit sieur Roi. Nos discours finirent là-dessus, et sur l'assuran( re que je lui donnai qu'avions charge d'aider à lir paix eu tout ce qu'il nous seroit possible.

Il est certain que le roi d'Es pagne recherche notre alliance afin qu'il puisse i mieux faire ce qu'il prétend ici , et , s'il ne pei it obtenir que Sa Majesté abandonne les Etats , c jmme il voit déjà ne le pouvoir espérer, qu'elle 1' aide à lui en faire avoir meilleur marché; qu'il • en fait autant en Angleterre, et y a envoyé grai ïde quantité d'argent jusqu'à cent cinquante mil le écus, à ce qu'on dit ici sur l'avis qu'on en a eu de quelques banquiers, pour les faire distribuer par son ambassadeur entre ceux qu'il pense lui . être affectionnés; fait déclarer d'autre côté au roi de la Grande- Bretagne , lequel est en peini i rt crainte à cause du mouvement d'Irlande, que «qu'il semble foible à son commencement , qu'il n'assistera et ne favorisera par aucun artifice lej vï^ rebelles ni leur religion , afin qu'il se rende } pbis affectionné à

favoriseï* ses a/faîres, et le séparer ttiérwésll peut d'avec le» Etats. Ainsi les longueurs qu'il désire servent à ce dessein , outre ce qu'elles lui don* nent le moyen d'accoutumer ces peuples au repos , et de faire des pratiques parmi eux. C'est pourquoi il est bien requis d'y prendre garde ; et me semble encore qu'il seroit bien à propos de montrer que Sa Majesté a agréable la recherche que ledit sieûr Roi fait de son alliance , qu'oa doit être plus soigneux que jamais de s'entretfr nir en l'amitié du roi de la Grande-Bretagne, et de lui donner quelque contentement sur les poursuites qu'il fait pour être payé de partie de ses dettes; qu'il seroit même expédient de lui offrir toute assistance contre le mouvement d'Irlande, s'il devenoit si grand qu'il eût besoin du secours de ses amis ; car en montrant de faire cas de son amitié il se rendra moins facile à vouloir ce dont il pourroit être recherché par le roi d'Espagne au préjudice des Etats; il s'en rejoindra aussi plus volontiers avec nous; et s'il avieut que rentrions en meilleure intetligeuce, le roi dlïlspaguesera contraint de ftîre la paix avec les Etats, ce qu*il ne fera jamais au cas qu'il puisse espérer de les affoiblir de cet appui, comme aussi de mettre quelque division parmi eux.

Ce n'est à moi de me mêler de cette affaire; mais Je le fais pource que cela touche à la chaîne qui m'a été donnée, et me semble bien reconnoltre qu'il y a de grands artifices en la conduite de cette paix, même du côté des Espagnols, que je craindrois encore davantage s*ils avoient fintelligence qu'aucuns soupçonnent , et que je ne peux toutefois croire, avec quelques-uns de ceux qui ont plus de part au maniement des affaires. Je vous supplie très-humblement me mander ee que vous sentez , et ce qui est de la volonté du Roi sur tout ce que dessus^ afin que nous sachions comme nous aurons à nous y conduire, soit pour accourcir ou allonger; car, encore que vous nous en ayez assez informés, ces projets d'alliances ou autres considérations vous auront peut-être changé, et fait désirer que mettions en longueur ce qu'on atoujours jugé qu'if falloit finir le plus promptement qu'il seroit possible. Le bruit de la recherche que le roi d'Espagne fait de l'alliance de Sa Majesté, et du voyage de don Pedro de Tolède vers elle pour ce sujet , est venu de tant d*endroits en ce lieu, que chacun le sait , et je fais à cette occasion l'office qu'il convient pour empêcher que les amis n'en prennent aucun soupçon. C'est ce que je vous peux mander, priant Dieu, monsieur, qu'il vous maintienne et conserve en bonne et parfaite santé.

De La Haye, ce qu^tôf ztèiinéJôUr'de Juin ! 608.

DU PBlSTDÉNt ^EANNlNé

VotretrèshuEUbleôt !rèâ-afre<!tk>nné serviteur,

P. Jeannin.

Lettre de messieurs Jeannin et de Biéssy au Uot/, du seizième de juin 1608.

SiBB,

Les députés des Etats soirt derechef eirtrés en Conférence avec ceux des archiducs le quatorzième, qui est le jour d'après notre dernière dépêche ; et pource que les députés des archiducs firent déclaration de n'avoir plus aucuns articles à proposer , ceux des Etats voulurent examiner les leurs, entre lesquels il y en avoit deux qui forent mis en dispute. Par l'un ils demandoient que les Espagnols et tous autres étrangers qui sont es pays des archiducs , eussent à en sortir après la paix. A quoi il leur fut répondu que, puisqu'ils ne vouloient souffrir la loi du roi d'Espagne ni des archiducs dans les Provinces- Unies, qu'il n'étoit non plus raisonnable qu'ils la reçoivent d'eux en leur pays. Or ils avoient Jiit déclaration de se vouloir servir des Français, Anglais, Allemands et telles autres nations que bon leur sembleroit pour leur sûreté; ainsi bméme liberté leur devoit demeurer. Par l'autre article, les Etats demandoient que les villes etprincipaux seigneurs de l'obéissance des archiducs, eussent à promettre et jurer l'observation de lapaix, qu'ils refusent aussi ; disant les archiducs être seigneurs souverains et absolus, et que les prroces de cet:e qualité n'ont accoutumé de donner leurs sujets pour répondans de leur foi ; que telle obligation seroit aussi inutile , pource qae les sujets sont toujours tenus d'obéir à ce qui leur est commandé. Les Etats y ayant néanmoins insisté, et remontré que Maximilian empereur , premier de ce nom, avoit tiré une pareille promesse du roi Louis XI , au traité qu*il fit avec lui pour le mariage de Marguerite d'Autriche sa fille, avec Charles VIII lors dauphin, ils ne vouloient pourtant suivre cet exemple, et dirent qu'il y avoit assez de sûreté en la foi qui leur Seroit donnée par les princes qui traitent avec eux; outre ce qu'ils ont déjà fait une ligue avec Votre Majesté pour cet effet, et étoient prêts d'en feire encore autant avec le roi d'Angleterre: ainsi que cela leur devoit suffire, ou plutôt étoit SQpertiu et inutile de rechercher telles sûretés Contre des princes lesquels sont religieux observateurs de leur fol. Les Etats aya it encore répliqué que le roi d'Espagne, qui était un si grand ^ puissant Roi, recherchoit bien l'aJiance et amitié d'autres rois et princes , M. le président Richardot demanda de quelles alliances ils entcndoient parler; et eux ayant demeuré quelque peu de temps^ à faire r^nse, y ajouta si ce

n'étoit pas du foi Ïrès-Chfétfen , éi quand ainsi seroit, dont toutefois ils n'avoient aucunes nofh velles particulières, que sont grands rois, lesquels ne peuvent mieux allier leurs enfatis; mais que cela ne eoncernott en rien le traité qu'ont faisoit avec eux.

Après s'être séparés sans demeurer d^aeoord desdits articles , les Etats nous prièrent , et lè^ députés des autres rois et princes qui sont en ctf lieu, de nous vouloir assembler avec eux le même jow, pour leur donner avis sur le premier article touchant ht sortie des étrangers qui sont es pays" des archiducs. A quoi leur dîmes tous d'une voix qu'ils n'y dévoient insister , et qu'en le faisant les archiducs pourroient, avec même raison, requérir aussi qu'ils s'abstiennent de prendre de leur part des soldats étrangers ; en quoi ils recevroient plus de dommage , pource que les archiducs ont assez de gens de guerre dans leur pay^ pour munir leurs places et tenir le pays en sûreté, ce que les Etats ne peuvent faire avec leurj^ sujets, et sans être assistés de soldats auxiliaires ou mercenaires. Quant audit second article, encore qu'ils nous eussent fait la déduction dé la conférence qu'ils avoient eue entre eux sans en demander notre avis , nous ne laissâmes de leur dire que la promesse qu'ils requéroient desdites villes et principaux seigneurs nous sembloit inutile, ou qu'elle leur devoit si peu sei*vir qu'ils ne s'en dévoient soucier. Notre avis pour ledit premier article fut suivi , et pour l'autre ilar n'ont rien résolu.

Les députés des archiducs étoient fort offensée de la demande qu'on leur avoit faite de mettre* dehors les étrangers, et leur sembloit qu'elle eût été mise en avant pour rompre , en cette même assemblée, avec les députés des Etat ^. M. de Barneveldt, qui porte toujours la parole pour eux, fit entendre bien particulièrement les propos qu'ils avoient eus avec les députés des archiducs, touchant l'alliance des mariages dont on parloit, àsavoir, de monseigneur le Dauphin avec Tinfante d'Espagne, et du prince d'Espagne avec madame Ysabelle, et dit hautement qu'on leur avoit donné avis d'Espagne et de Bruxelles , que don Pedro de Tolède étoit envoyé exprés vers votre Majesté pour en traiter, montrant lesdits sieurs députés, tant des Etats que des rois et princes lors ptésens avec nous , qu'ils en étoient en soupçon, chacun nous regardant pour voir quelle réponse nous y ferions; qui fut cause que nous leur dîmes n'en avoir eu de France aucun particulier avis, et que telles alliances et mariages étoient à la vérité faisables entre les ettfans des grands rois, mais que' pouvions assurer me sieurs des Etats que votref Majesté ne feroit aucun traité d'alliance et ami*

NBGOGIATIOKS

tié) avec quelque prince que ce soit, qui fût préjudiciable à leur Etat , et contraire à l'assistance et amitié qu'elle leur a toujours témoignée et promise; dont ils furent fort contens , et se levèrent de leurs places , mettant le chapeau en la main pour nous en remercier

Cette réponse fût faite à Tinstant, et sans prendre loisir d'y penser, nous ayant semblé, pource que le bruit de ces alliances étoit si commun et public , qu'on le faisoit peut-être à dessein , les uns pour mettre les États en quelque défiance de votre Majesté , et les autres pour diminuer l'autorité des avis que pourrions donner pour la paix , comme s'ils procédoient du désir de favoriser les affaires du roi d'Espagne , non pour le bien et avantage des Etats ; les députés desquels s*étant assemblés le même jouravec ceux des archiducs, M. le président Richardot leur donna une lettre du Cordelier , écrite par lui à Madrid le 19 de mai , et dit que le courrier qui leur avoit apporté d'autres lettres deux jours auparavant ne leur avoit donné celle-là; mais ayant été omise, les archiducs l'a voient depuis envoyée, et ne faisoient que de la recevoir. Cette lettre en langage flamand , reconnue être de la propre main du Cordelier , contenoit en substance quMl étoit arrivé à Madrid le vingt-quatrième d'avril , que le roi d'Espagne étoit lors à Orengeris où il le fut trouver quelques jours après son arrivée , et cependant essayoit de voir M. le duc de Lerme pour lui faire entendre la cause de sa venue; mais pource qu'il étoit bien malade, ayant été saigné deux fois le même jour qu'il le pensoit voir, et qu'on lui dit qu'il ne vouloit point ouïr parler d'affaires jusqu'à ce qu'il fût en convalescence, il s'en abstint et alla trouver le roi d'Espagne qui le reçut bien , montra être joyeux de son arrivée , et lui commanda de retourner à Madrid pour conférer avec le duc de Lerme et son conseil d'Etat : ce qu'il n'avoit pu faire, à cause de la continuation de la maladie dudit sieur duc, sinon depuis quelques jours, se promettant d'être expédié bientôt, et avec contentement, pour s'en retourner par deçà en la plus grande diligence qu'il pourra. Les députés des Etats montrèrent que cette retardation leur déplalsoit bien fort, et répétèrent encore ce qu'il leur avoit dit peu de jours auparavant , à savoir qu'ils entendoient finir cette conférence dans la fin du mois de juillet , et d'avoir lors conclu une bonne paix , ou rompu tout traité ; et eux firent réponse qu'ils ne demandoient pas mieux que d'en sortir, et que quinze jours pourroient suffire après le retour du Cordelier pour y mettre fin.

M. de Barneveldt nous a dit avoir reçu lettres

de Prague du premier jour de ce mois, par ksquelles on lui mande que l'entrevue de l'Empereur et de l'archiduc Mathias n'a pas été faite ; qu'elle avoit bien été délibérée, mais non exécutée; que l'Empereur s'est depuis fortifié dans Prague par l'assistance des Etats de Bohême, lesquels ont pris à cœur sa conservation, et ne craint plus les forces de son frère, et qu'ils sont même plus enaigris l'un contre l'autre qu'ils n'etoient auparavant.

L'ambassadeur du roi d'Espagne, qui est en Angleterre, a fait très-grande instance au roi de la Grande-Bretagne pour retenir trois navires de Hollande nouvellement arrivés des Indes, avec charge de marchandises qui sont en valeur de pliïs de deux millions cinq cent mille livres, lesquels avoieut été contraints d'aborder es ports dudit pays à cause de la tempête. M. Carron l'a ainsi écrit, et ne mande rien de la réponse dudit sieur Roi. Bien estime-t-on ici , comme il n y a point de raison à faire ladite saisie , sinon que ledit sieur Roi se voulût déclarer ouvertement ennemi des Etats, qu'il ne la fera point aussi. Ses députés qui sont en ce lieu se plaignent fort de ce que les Etats font refus de confirmer les privilèges de leurs marchands, et, a cette occasion, retardent la ligue pareille à la nôtre; nous en ayant parlé comme si leur maître en étoit fort offensé , et fût pour les révoquer , au cas que les Etats ne leur donnent bientôt contentement pour ce regard. Nous avons cru quelque temps qu'euxmêmes , crainte d'offenser les Espagnols , cherchoient des prétextes pour différer cette ligue de jour à autre ; mais ils nous en ont parlé depuis deux jours comme étant fort désireux de la faire , et nous priant même d'en parler avec les députés qui en traitent avec eux^ pour les y induire et remontrer le préjudice qu'ils se faisoient par ce refus.

La difficulté vient de ce que la ville d'Amsterdam désire d'attirer le trafic des draps d'Angleterre, lequel est à présent à Middelbourg,ou de faire que la compagnie soit divisée en deu\ , afin qu'ils en aient leur part. Et cet intérêt particulier, joint a la jalousie que ces deux provinces de Hollande et Zélande ont dès long-temps ensemble, les empêche de considérer le grand préjudice qu'ils se font de ne pas contenter le roi d'Angleterre à présent qu'ils sont sur la re solution de leurs affaires , et qu'ils sivent le nû d'Espagne n'oublier aucunes sortes de pratiques et d'offres pour les séparer d'avec eux. Nous en avons parlé avec M. de Barneveldt, duquel ils se plaignent le plus en cet endroit, qui promet de s y employer , et dit bien juger que nos raisons sont bonnes, mais qu'il ne peut vaincre l'opiniâtreté

DU PRESIDENT JSÀNNIN.

des villes de Hollande , lesquelles demandent par- 1 lie de ce commerce , et disent ne vouloir souffrir que la ville de Middelbourg en jouisse seule; se promettant néanmoins que nos exhortations auront beaucoup de pouvoir de les persuader si nous les y voulons ajouter : ce que nous sommes délibérés de faire , estimant qu'il est besoin apporter de notre part tout ce qu'il nous sera possible, pour tenir ce prince conjoint avec votre Majesté en la défense des Etats , et empêcher que les pratiques des Espagnols et les corruptions dont on use à l'endroit de ses ministres, ne soient assez puissantes pour le débaucher et tirer à eux. Nous prions Dieu, Sire, qu'il donne à votre Majesté, en très-parfaite santé, très-longue et très-heureuse vie.

A La Haye, ce seizième de juin 1608.

Vos très-humbles et très-obéissans sujets et serviteurs, P. Jeànnin et Russv.

Autre lettre dudit sieur Jeannin au Boi, du dix-septième de juin 1608.

SiBE,

Suivant le commandement de Votre Majesté contenu en ses lettres du huitième de ce mois , qui me furent rendues le seizième sur le soir^ je partirai a la première commodité du vent pour me rendre près d'elle , n'ayant besoin que de ce jour et du lendemain pour faire ce qui est requis avant mon départ; et si même il y a moyen que je me puisse embarquer demain , je le ferai pour gagner temps. Nous ne laissons d'envoyer à votre Majesté une lettre que lui avions écrite le jour d*bier, par la commodité de M. de Vaudreuecq, qui m'a promis de la lui faire tenir sûrement. Et cependant , je prierai Dieu , Sire , qu'il donne à votre Majesté et à sa royale famille très-heureuse et longue vie.

De La Haye, ce dix septième jour de juin

Votre très-humble et très-obéissant sujet et serviteur, P. Jeannin.

Lettre de M. Jeannin à M, de Villeroy, dudit jour diX'Septième de juin 1608.

Monsieur, les lettres du Roi, et les vôtres du huitième de ce mois, nous ont été rendues le seizième, sur le soir bien tard, par un maftre de navire de Hollande, lequel en avoit donné à messieurs des Etats de la part de M. Aërsens dès le matin, qui furent lues en leur assemblée générale le jour même , et moi averti de ce qu'elles contenoient deux heures après, dont je fus bien étonné ^ car il y avoit plusieurs chosesqui me semblaient devoir plutôt être tues que publiées , du moins jetées au sein de quelque ami discret pour

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