‹ Les négociations du président JeanninChapitre 18 sur 33 · II. G. D. M. T. IV · texte numérisé non relu

II. G. D. M. T. IV

en faire profit , et pour lut , et pour le public , au lieu qu'elles n'ont servi qu'à brouiller un cha* cun. Je vous supplie néanmoins qu'il n'en sache rien , crainte qu'il n'en arrive pis. Or , ayant vu depuis vos lettres qui étoient en chiffres , je connus par icelles partie de ce que les siennes contenoient , ou à vrai dire moins. Nous avions écrit à Sa Majesté le même jour la lettre que nous envoyons encore par la commodité de M. de Vaudreuecq. J'ai retenu celle que je vous écrivois , et remis à vous dire de bouche ce qu'elle contenoit, faisant seulement ce mot pour accuser la réception des lettres du Roi et des vôtres , et que, suivant le commandement de Sa Majesté, je partirai sans aucune remise au premier bon vent, et me contenterai même qu'il ne soit du tout contraire ; car de prendre à présent le chemin par terre, il n'y a aucune apparence. Je verrai M. le prince Maurice, M. le comte Guillaume et le sieur Bameveldt , et ceux des Etats qu'il sera besoin pour faire les complimens requis.

Je verrai aussi le sieur Richardot , étant bien requis de le faire à cause des lettres du sieur Aërsens fils, dont sans doute rapport leur aura été fait , qui pourroit donner de l'ombrage s'ils n'étoient rendus capables de l'intention de Sa Majesté , en sorte qu'ils aient plutôt sujet de louer sa franchise et sa prudence à conserver ses amis , que de se plaindre de ce qu'on auroit publié avec quelque mépris la recherche qu'ils font de l'alliance et amitié de Sa Majesté. J'en avois parlé avec occasion en l'assemblée des députés des Etats, et en présence de tous les députés des rois et princes qui sont en ce lieu, le 14 de ce mois , ainsi que vous verrez par nos lettres au Roi , dont j'ai su qu'ils furent à l'instant avertis ; et toutefois ils l'ont pris comme une conduite nécessaire pour conserver les amis, non pour un témoignage d'inimitié envers eux. Je remets tout le surplus lorsque j'aurai l'honneur de vous voir, et serai toujours, monsieur.

Votre très-humble et très-affectionné serviteur, P. Jeannin.

A La Haye , ce 1 7 juin 1 608.

Or, il est à noter que depuis le 1 8 de juin, jour du partement de M. le président Jeannin de La Haye pour aller en Cour trouver le Roi , jusques au quatorzième d*août ensuirant, qu'il retourna audit lieu de La Haye, il ne s'est fait aucunes dépêches de part ni d*autre, n'y ayant seulement que rinstructiou particulière que mondit sieur le président rapporta de la volonté de Sa Majesté, qui devoit être transcrite en cet endroit; mais elle a été mise au cominencement de ce recueil , en suite des autres mémoires et instructions.

!f<ôocfÀttoirâ

lettre de Jf. de Vitteroy à M. Jeannin, du dixième d'août 1608.

Monsieur, si J'eusse été bien informé des propos que don Pedro de Tolède tint au Roi hier en son audience , quand vous m'en envoyâtes demauder des nouvelles par Barat , Je vous eusse vu devant votre départ pour vous en rendre compte , comme Je ferai maintenant par celle-ci, que je désire que vous receviez devant votre embarquement à Dieppe. Ledit don Pedro dit à Sa Majesté qu'il avoit entendu de M. le nonce la dernière réponse que Sa Majesté lui avoit fait faire par lui sur sa proposition, laquelle ledit nonce avoit colligée des propos que Je lui avois tenus, suppliant Sa Majesté de lui dire si son intention n*étoit pas telle que ledit nonce lui avoit déclaré. Sadite Majesté lui demanda quelle étoit ladite réponse. Ledit don Pedro la lui exprima ; savoir est que Sa Majesté désiroit que le traité de la paix fût continué sur le fondement qu'il a été commencé, afin de la conclure si faire se pouvoit, offrant d'y contribuer tout ce qui dépendoit d'elle , comme elle avoit fait Jusques à présent très-sincèrement , pour aider à accommoder les points qui étoient encore en débat. Sadite Majesté reconnut avoir fait faire par ledit nonce ladite réponse. Quoi fait , ledit don Pedro lui déclara que le Roi son maître suivroit donc cet ordre, et l'archiduc aussi, donnant charge à leurs députés de poursuivre ladite négociation , accepta les offres de Sa Majesté d'y aider, et la supplia d'en faire recevoir les effets auxdits princes. Sa Msjesté lui dit qu'elle vous renvoyolt en Hollande avec ce commandement , et l'assura que vous en feriez votre devoir. De quoi 11 baisa les mains de Sa Majesté, puis il se retira ; et sadite Majesté m'a commandé vous faire ce discours , afin que vous sachiez en quels termes est ledit don Pedro. J*ai su aussi qu'il attend d'heure à autre le Gordelier, et que le conseil d'Espagne a autant d'envie de la paix que Jamais. Leur armée de mer mise sus en Italie est allée à Larache, où ledit don Pedro n'a pas opinion qu'elle ait bon succès. Nous n'avons rien d'ailleurs qui soit digne de vous, par faute d'avoir rencontré M. de Sully auprès du Roi. Je n'ai rien fait encore pour M. de Lescalle ; mais Sa Majesté a accordé quatre cents livres tournois au conducteur des coquilles. Monsieur, je prie Dieu qu'il vous conserve en bonne santé, et me recommande très-affectueusement à votre bonne grâce.

De Paris, ce dij^ième jour d'août 1608.

Votre, etc., pb Nbufvuxb.

Lettre de M. Jeanntn à M. de Vitteroyj du quinzième d^août 1608.

Monsieur, J'arrivai en ce lieu le Jour d'hier snr les onze heures du soir, ayant eu le passage si heureux que Je n'ai mis que cinq Jours et demi à venir de Paris en ce lieu, où J'étois attendu de tous en grande dévotion, comme celui qu'ils tiennent être porteur des intentions du Roi, en l'attente desquelles toutes choses avoient été différées : et si J'eusse retardé davantage, ou que quelque autre ne fût venu avec Instruction précise de ce qu'ils auroient à faire de la part du Roi, encore est-il certain qu'ils eussent attendu sans rompre , tant ils portent de respect à Sa Majesté, et sont désireux de la paix, qu'ils montrent néanmoins toujours vouloir à leur root, ainsi que m'a dit le sieur de Russy, que j'ai instruit de la volonté du Roi. J'ai été visité au* jourd'hui par M. le prince Maurioe, M. le comte Guillaume, M. le comte Henry, puis par les députés d'Angleterre, après par les députés des Etats, et sur le soir par le marquis Spinola et M. le président Richardot. Ces premières visites n'ont été que compiimens et témoignages particuliers qu'ils désiroient mon retour , et se promettoient qu'on prendroit bientôt une bonne résolution aux affaires. J'ai déjà reconnu que les mêmes personnes et provinces qui désiroient la paix ou la guerre y continuent , et que le bruit commun parmi eux que l'Espagnol ne veut plus accorder la souveraineté a plutôt fortifié le parti des derniers qu'accru celui des premiers. On les a mis aussi en quelque défiance d'un traité s^ cret entre le Roi et le roi d'Espagne , par la négociation de don Pedra et l'entremise du nonce du Pape, afin que tout ce que nous dirons pour la paix leur soit suspect , comme s'il provenait d'un prince qui ne soit plus conjoint à leur cause et intérêt , ni même médiateur et arbitre, qui est moins, mais désireux d'obliger le roi d'Espagne. L'autorité et la créance de Sa Majesté y est néanmoins toujours très^ande , et Je tiendrai la mesure qu'il convient autcipt qu'il me sera possible pour la lui conserver, encore qu'il soit très^ifflcile de le faire sans laisser quelque soupçon es esprits de partie des Etats, ou offenser aucunement les Espagnols. Mais les premiers demeurant bien satisfaits de Sa Majesté qui leur en donne aussi tant de sujet, le» autres nous rechercheront toujours assez, en ils nous méprlseroient si nous perdions notre créance ici.

Vous savez ce que Je vous en dis à mon àe* part, comme Je fis aussi à M. de Sully, et un mot à Sa M^esté, ne lui en ayant toutefois asseï

DtT PriSIDSm TSlNNm*

osé exprimer M qtie J^en pensolB ; mais la vérité est que, moins vous promettrez peut delà pour les Etats , plus nous aurons de pouvoir en ce lieu, et ne laisserons pourtant de suivre ce qui est de l'intention de Sa Majesté. Déjà aije appris de la princesse d'Orange que le président Richardot lui avoit dit sur le fait du commerce des Indes , encore que le roi d'Espagne le refuse du tout aux Etats^ qu'on ne laissera d'avoir la paix , lui voulant faire connottre que Sa Majesté y apportera son autorité et son avis, et que les Etats n'y oseroient contredire. On en i^ra autant de la religion. Nous traitons avec gens artificiels, et est besoin d'y prendre garde soigneusement, crainte que nous ne perdions nos amis en essayant par la paix d'acquérir l'amitié de gens qui ne nous en sauront pas grand gré. Ce mot n'est que pour vous avertir de mon arrivée; étant plus instruits, nous donnerons avis de toat à Sa Mtgesté. Je ^rïe Dieu qu'il vous conserve, et suis, monsieur, votre trèshumble et très-obéissant serviteur,

P. Jbannin.

A La Haye, ce quinzième jour d^août 1608.

Lettre de M. de ViUeroy à M* Jeannin, du vingtième d'aaiU 1608.

Monsieur, cette lettre ne servira que pour vous avertir que don Pedro de Tolède n'a dit mot depuis votre partement ; mais il a fait par* 1er le nonce du Pape. Il a dit qu'il désespère de la paix ; car il sait bien que les gens d'Espagne entendent ol)tenir les deux points de la religion et du commerce par leur traité , tels qu'ils les ont demandés, sans modération ni restriction aucune, quoi qui en puisse arriver, chose dont^ il ne doute point qu'ils ne soient éconduits ; de façon qu'il prévoit qu'il faudra descendre au second parti , et ftiire une trêve de douze ou quatorze ans. Nous lui avons représenté que ce sera l'avantage de la religion et la gloire du Pape , comme la consolation des catholiques du pays, que ladite religion soit de présent remise en certains lieux , sans ainsi de laisser les choses en J*état qu'elles sont pour le temps de ladite trêve, durant laquelle, comme lesdits catholiques seront privés de leur religion, od ils abandonneront le pays , ou s'accoutumeront à vivre comme les antres ; de sorte que le nombre d'iceux se diminuera quand ladite trêve expirera , que ce rétablissement sera lors Jugé peu nécessaire et profitable. Mais cette raison , ni toutes les autres que Ton lui a dites , ne l'ont ému , et dit qu'il &udroit accorder ledit rétablissement général sans limitation de lieux , sauf à le régler après ?dnsl qu'O serait avisé par les commissaires qui

, seroient députés pour cet effet ; i\joutant que , si les Etats pouvoient être persuadés à suivre oe conseil , qu'ils tromperoient grandement l'Espagne, car ils pourroient après Interpréter leur 'dire, et Texécuter à leur volonté. Voilà ce que dit ledit nonce, à quoi nous voudrions bien que vous pussiez faire condescendre lesdits Etats ; mais je le juge si difilciie , que si je n'eusse été chargé de vous l'écrire je m'en ftuse dispensé : vous en userez avec votre discrétion et prudence ordinaire.

Ce même ministre continue de parler de la part de son maître des alliances que vous savez^ et principalement, en cas de trêve , de celle qui tire après soi l'investiture qui a été proposée; mais il entend , ce faisant , que le Bol promette dès à présent , toutefois secrètement et néanmoins par écrit, que Sa M8\)esté joindra son crédit et pouvoir à celui de la reine d'Espagne pour contraindre les Etats au bout de ladite trêve de se remettre sous l'obéissance de l'archiduc, et après lui des nouveaux mariés; chose que j'ai du tout rejetée. Toutefois aucuns ont opinion qu'il ne ftiut être consciencieux, pourvu que l*on obtienne que les Espagnols sortent dès à présent de la Flandre; de quoi ceux-là disent qu'il faut ftdre toute instance , soit que l'on fosse la paix ou la trêve , n'augurant que toute trom-* perle et désavantage , quoi que l'on résolve , si cet article n'est accordé ; et certes , je crois qu'A seroit très-utile, mais je n'ai pas opinion que l'Espagne le presse. Aussi faudroit-il que les Etats se défissent des étrangers qui les servent , de quoi j'ai appris de vous qu'ils n'ont envie ni besoin. L'on dit que, sans cette promesse du Roi , l'on ne fera ladite investiture au pr^udice de l'Espagne^ ni par conséquent ledit mariage, mais qu'on est content d'entendre aux deux autres : savoir est du prince d'Espagne avec madame Isabelle , et de M. le Dauphin avec Tinfaute d'Espagne, à la charge que cettui-et renoncera à la succession; condition que Je trouve encore honteuse. Monsieur, nous ne précipiterons rien si j'en suis cru , nous aurons les oreilles plus ouvertes que la bouche. Nos der« nières lettres d'Espagne portent que le Ciordelier a été dépêché , dès le 1 7 du mois passé; toutefois il n'a encore comparu , et crois qu'ils l'auront retardé jusqu'à l'arrivée du courrier que dépê* cha vers eux don Pedro après ses premières au» diences, lequel est attendu d'heure à autre. L'on a signé aujourd'hui l'ordonnance pour les trois cent mille livres tournois, lesquelles l'on fora compter le plus diligemment que l'on pourra. Il n'y a eu moyen depuis votre partement de par^ 1er de l'augmentation dudit secours, ni de H. dt

hbgociatiôns

I/Escalle, pour certaiAes petites brouillerics domestiques qui ont exercé notre Cour. Nous n'avons rien du côté d'Angleterre digne de vous être écrit) et sommes attendant en bonne dévotion nouvelles de votre arrivée par delà. Je prie Dieu , monsieur, qu'il vous conserve en bonne santé.

De Paris , ce vingtième jour d'août 1608.

Votre, etc., de Neufville.

Lettre de messieur^Jeannin et de Russy au Roi, du vingt-quatrième d'août 1608.

SiBE,

On attendoit avec impatience le retour du président Jeannin, qui devoit être porteur de .vos intentions, pource que la longueur du traité, ennuyeuse à chacun, avoit fait prendre résolution , tant aux Etats qu'aux députés des princes qui sont près d'eux , de ne plus différer la con- , dusioQ ou rupture d'icelui , et d'exécuter la délibération prise lorsque la trêve fut faite, qui étoit de finir pour tout le mois de juillet; mais il leur sembloit qu'on devoit déférer ce respect à votre Majesté, et que ce qu*on feroit, après être pleinement instruit de ses intentions, seroit plus autorisé. Nous avons été vus des députés des .Etats et des ambassadeurs d'Angleterre et d'Allemagne, et leur avons aussi rendu cette visite , et appris d'eux tous qu'ils ne cherchent que la lin de ce traité de quelque façon que ce soit , et néanmoins que les ambassadeurs desdits rois et princes en désirent plutôt la rupture que le parachèvement, même ceux d'Angleterre, quoiqu'à couvert, et sans vouloir rien contribuer à cette rupture qui puisse être su des députés des archiducs. Les Etats ont pareillement entendu dudit sieur président la continuation de la bonne volonté de votre Majesté envers eux. Et quant à ce que don Pedro de Tolède a traité avec elle , il leur en a dit autant qu'on a estimé être requis pour leur faire connoftre qu'elle n'a rien de si cher que leur conservation , pourvu qu'ils défèrent aussi autant à ses conseils et avis, que son affection envers eux , sa grande prudence à bien juger ce qui leur doit être utile, et les dépenses et périls auxquels il ne craint point de s'exposer, et son royaume , pour leur bien et prospérité , le méritent. Les a encore exhortés à la paix , déclaré le secours de cent mille écus, et laissé espérance d'être encore assistés en cette année, s'ils se conduisent comme ils doivent pour lui donner contentement, sans leur en faire autre plus particulière déclaration.

Les députés des archiducs ont usé de pareille courtoisie à nous visiter , et nous eux, sans conférer d'affaires qu& bien peu , fors que le prési-

dent Richardot, qui a vu par deux (ois en particulier le président Jeannin, lui a dit ouvertement qu'ils étoient pleinement instruits de la volonté du roi d'Espagne sur toutes choses , et n*étoit plus en leur puissance d'y rien clianger , soit ea ajoutant ou diminuant ; savoir , que ledit sieur Roi consent toujours que la souveraineté demeure aux Etats , moyennant deux conditions sans lesp quelles il ne la quittera jamais. L'une, que l'exercice public de la religion catholique soit rétabli par toutes les Provinces -Unies avec entière liberté, et sans aucune restriction ; l'autre, qu'ils s'abstiennent, dès le jour de la paix, du commerce des Indes , sans le leur vouloir accorder, sinon autant de temps qu'il sera nécessaire pour faire retourner leurs gens, navires et denrées qui y sont de présent. Et encore que le président Jeannin lui ait fait réponse que cette demande si précise étoit un témoignage évident qu'ils vouloient rompre, n'y ayant aucune espérance qu'ils puissent obtenir l'un ou l'autre sans tempérament ou modération, il a continué à lui répliquer ce que contenoit en mots espagnols le commandement qui leur a été fait, et qu'il n'y a plus rien à traiter pour ce regard, sinon de dire oui ou non« Ne s'est non plus ému de ce qu'il lui a dit que la rupture étoit donc certaine et inévitable, mais a seulement répondu qu'il ne le croyoit pas ; que les Etats avoient aussi grand besoin de la paix que les archiducs , et que l'autorité de vo« tre Majesté étoit si grande envers eux y qu'en l'employant ils ne lui refuseront le rétablissement de la religion non en certains lieux , à quoi il lui persuadoit de se réduire, et sans le metti*e par le traité, mais partout, et entre les conditions d'icelui traité, qui sont choses du tout éloignées des premières conférences, es quelles il avoit montré qu'ils secontenteroient à beaucoupmoins, tant au fait de la religion que des Indes : si bien qu'il semble que ce soit un moyen recherché par eux pour révoquer indirectement la souveraineté déjà accordée , ne l'osant faire autrement de peur d'être tenus pour trompeurs ; ou bien ils se promettent que les Etats n'auront assez de courage pour rompre, et quand ils le voudroient faire, qu'aurons assez d'autorité pour les empêcher.

En quoi nous estimons qu'ils se pourroient bien tromper; car en ayant communiqué avec le sieur Barneveldt, il nous a dit qu'indubitablement les Etats, après en avoir pris l'avis des députés des princes qui sont ici , rompront toot traité, quand même on leur voudroit conseiller le contraire , principalement à cause du point de la religion , pour le regard duquel ils ne consentiront jamais à aucun changement par traité ; qu'ils l'ont dit et répété plusieurs fois aux dépu-

DU PRESIDENT iEÀMNlN.

tés des archiducs , lesquels y avoient acquiescé, et que toutes les provinces y sont tellement résolues, qu'il ne voit aucun moyen de les changer. Bien espère-t-il qu'en considération de votre Majesté et de leurs catholiques, ils pourront après la paix rétablir ledit exercice en quelques endroits et non plus tôt , selon qu'ils nous ont souvent dit. Aucune raison n'a été omise pour lui persuader ce qui est de l'intérêt de votre Majesté, et que si la paix étoit rompue à cette occasion , elle feroit difficulté de les secourir, et ne le pourroit aussi faire sans quelque blâme , et donner un grand mécontentement aux catholiques de son royaume. Qui n'auroit qu'à le vaincre il se pourroit laisser persuader ; mais ceux qui veulent la guerre, Joints aux autres qui disent, plutôt par opiniâtreté que par raison , qu'on ne doit souffrir ce rétablissement , sont en si grand nombre, qu'il n'en ose parler pour le présent. Et à la vérité , la conduite des Espagnols, qu'ils tiennent à présent pour trompeurs, et ce changement si absolu qu'ils demandent être fait en leur religioD, les a fort changés, et a grandement fortifié aussi le parti de ceux qui veulent la guerre, lesquels essaient avec artifice de diminuer l'autorité de nos raisons , comme si votre Majesté, à présent plus conjointe avec l'Espagne que du passé, à cause de la venue de don Pedro de Tolède , désiroit plutôt la paix pour complaire aux Espagnols , et se décharger de dépense que pour le bien des Etats.

Le sieur Bameveldt nous a fait une ouverture par laquelle il lui semble qu'on pourroit éviter que la rupture n'avienne sur ce fait de religion ; à savoir, de déclarer présentement aux députes des archiducs qu'ils sont bien avertis qu'on n'a usé de longueur sinon par artifice, et en feignant d'attendre le Gordelier , et que tout cela n'étoit que pour les tromper ; par ainsi qu'ils entendent, en exécutant leur première délibération, qui étoit de conclure le traité ou le rompre dans le mois de Juillet, lequel temps est passé, rompre dès à présent sans y plus penser, et là-dessus leur donner congé, et les prier de se retirer. Mais nous n'avons pu approuver son avis , encore qu'il s'y soit fort opiniâtre, d'autant que rompre à l'instant de l'arrivée du président Jeannin , étoit autant que faire connoltre à chacun que c'est de l'avis de votre Majesté, qui néanmoins désire et nous a commandé aussi de faire tout le contraire; qu'avant sa venue ils ne l'avoient osé ni voulu faire , encore que le mois de Juillet tùt passé , et que les Anglais aussi , qui craignent d'être tenus pour auteurs de cette rupture, s'étoient bien gardés de leur laisser prendre ce conseil ; davantage qne cette déclaration de rupture , faite par les

Etats, ne nous garantiroit pas de cet inconvé*» nient , qu'elle ait été faite sur le point de la reli- * gion aussi bien que sur celui des Indes ; car au même instant les députés des archiducs feront entendre leur charge, et y pourront ajouter que la longueur n'est venue d'eux , attendu que depuis un mois on ne leur a aucunement parlé de conférer. Outre ce, nous lui avons dit que votre Majesté vouloit fuir toutes occasions de rupture, et qu*elle ne pouvoit aucunement approuver de la faire , soit sur le fait de la religion ou sur celui des Indes. Il se laissa enfin persuader à nos raisons , quoiqu'à regret, nous semblant reconnot- * tre qu'il prendroit volontiers ce conseil pour * s'exempter du soupçon qu'on a eu qu'il fût porté à la paix avec trop de passion.

Les Etats nous ayant depuis , et le dix-neu- * vième de ce mois , priés , tant nous que les députés d'Angleterre et des princes d'Allemagne , de nous vouloir assembler avec eux pour leur donner avis de ce qu'ils auraient à faire , ils furent ' conseillés d'un avis commun d'appeler les députés des archiducs , pour savoir s'ils avoient quelque chose à proposer, pour après y faire telle réponse ' qu'ils jugeroient convenable ; ce qui fut fait par eux le lendemain vingtième. Et lors les députés des archiducs leur firent entendre qu'ils étoient bien avertis des faux bruits qu'on faisoit courir, que le Roi catholique ne vouloit agréer ce qu'ils avoient consenti et accordé pour la souveraineté; que ce n'étoient qu'impostures , et qu'ils étoient chargés de leur dire qu'il le confirmerait et rati-* fierait en telle forme et si authentique qu'on' voudroit , magnifiant ce don et présent , pour lequel néanmoins il ne requéroit d'eux aucun vasselage, or, argent, ni villes, mais seulement' qu'ils rétablissent, par le traité , l'exercice libre et public de la religion par tout leur Etat , et s'abstiennent aussi des voyages des Indes , n'y ayant rai ou prince dont les sujets s'attribuent' le pouvoir d'y aller , et qu'ils ne doivent pas être de meilleure condition qu'eux. On leur demanda lors ce qu'ils entendoient faire pour tous les autres articles dont ils avoient conféré. A quoi ils firent réponse qu'ils apprauvent ce qu'ils ont déjà consenti, et pour les articles dont il y a eudifficulté entre eux , qu'ils y sont si bien fondés, qu'ils ne s'en peuvent départir. Or la vérité est que , hors l'article de la souveraineté qui a toujours été accordé , tous les autres sont presque demeurés en dispute. Les Etats, en ayant ou! lé rapport, nous ont priés, le vingt-unième, de leur en vouloir donner notre avis, après avoir assez fait connottre , par le murmure et le mécontentement qui a paru en leur assemblée générale , lorsqu'ils entendoient cette proposition des archi-

NEeOCUTIOlfS

ducs , que e'étoit leur intention de rompre tout traité, et que chacun Jugeoit le dessein des Espagnols n'avoir Jamais été de traiter par effet, mais de les tromper dès rentrée de la conférence. Nous étant donc assemblés , les députés d'Angleterre et nous, pour leur donner avis sur cette proposition , nos avis ne se sont trouvés semblables ; car eux ont dit qu'il ne falloit rien Innover au fait de la religion, et s'ils le faisoient, que ce seroit la ruine de leur Etat; et nous au contraire, que vous, Sire, êtes obligé, par le devoir de votre conscience comme prince catholique, de conseiller aux Etats qu'ils doivent donner quelque raisonnable contentement aux catholiques touchant cet article ; que vous le Juges encore nécessaire pour affermir la sûreté de leur Etat, et les maintenir tous ensemble en union, amitié et concorde; que par notre instruction, lorsque sommes venus loi, nous fûmes expressément chargés d'en faire instance et poursuite quand nous Jugerions qu*ii seroit à propos; que nous nous étions néanmoins abstenus Jusqu'à présent d'en parler en public , crainte d'interrompre la paix ; mais la voyant comme rompue au refus d'accorder cette liberté, nous ne pouvions plus différer, mais étions tenus d'en faire une sérieuse et très-affectionnée instance envers messieurs les Etats, pour satisfaire à ce qui nous a été commandé. Quant au corn* merce des Indes , nous avons dit qu'il toucholt plutôt à la commodité de quelques particuliers qu'à la sûreté publique de TEtaV; ainsi étoit plus expédient d'y chercher quelque tempérament , elqui ne pourroit mieux , de le quitter du tout, que de rompre à cette occasion. Et en ceci les Anglais se sont l^ncontrés de notre avis, et les députés d'Allemagne n'y ont contredit, sans néanmoins l'approuver expressément.

Notre avis fut rapporté à l'assemblée le vingtdeuxième, non en commun et par notre voix comme de coutume , mais chacun dit le sien en particulier. Et pource que M. de Bameveldt , et d'autres qui sont affectionnés à la paix , nous avoient instamment requis de vouloir séparer la prière que votre Mi^esté désiroit faire en fiiveur des cath<^ques, de celle des archiducs , si nous en voulions espérer quelque bon succte , nous lyoutémes à notre avis que nous faisions difficulté de Joindre notre prière à la leur , pouroe que nous reconnoissions bien qu'elle étoit suspecte aux Etats, comme venant de la part de princes qui ne sont leurs amis , et que la ferions à part ; mais les priions et exhortions de n'y prendre cependant âoeune résolution , et de la remettre Jusqu'à ce qu'ils aient oui et mûrement considéré les raisons de ce conseil, qui leur étoit donné par un pdnee, leur vrai ami et allié, de la foi et amitié

duquel ils ne doivent non plus douter que d'euxmêmes , ni pareillement de sa grande prudence et sain Jugement à discerner ce qui leur doit être utile ou dommageable. Les députés des Etats ayant ouï nos avis nous firent assez connottre qu'ils n'accorderoient Jamais en leur assemblée générale de rétablir l'exercice de la religion ca« tholique par traité, et sur la demande de leurs adversaires, pource que ce seroit chose pr^udiciable à la souveraineté qui leur a été accordée purement et sans aucune restriction , et donner moyen ai roi d'Espagne, par l'obligation qu'il acquerroit sur les catholiques qui sont dans leur Etat, de faire une faction dont il s^ pourroit servir à toutes occasions au pr^'udlce de leur liberté et sûreté. Et combien qu'on leur ait dit lors plu* sieurs bonnes raisons au contraire , et qu'il y avoit moyen d'éviter cet inconvénient en &isant ledit rétablissement à la prière de votre Majesté, non sur la demande du roi d'Espagne , ils nous ont répondu qu'ils rendroient toi^ours un grand respect aux conseils qui leur seroient donnés de sa part , et , si la paix étoit faite , qu'ils essay croient de lui en donner le contentement que la sûreté et constitution de leur Etat pourroit souffrir, n'y ayant prince au monde à qui ils aient tant d'obligation , ni pour qui ils veuillent tant faire que pour elle ; mais, s'ils le vouloient tenter dès à présent , les esprits de leurs peuples sont si peu disposés à recevoir ce changement , que cela seroit cause sans doute de faire des séditions et mutineries dans leur Etat, etsembleroit tot^'ours, pource que le roi d'Espagne en a fait la demande au même temps , que ce seroit pour le contenter, et par ce contentement mettre des partialités parmi eux, non pour le respect de votre Majesté qu'ils savent être si affectionnée à leur bien et prospérité, qu'elle ne désireroit rien d'eux en cette conjonction où tout leur est suspect, qui puisse apporter de l'altération et des mouvemens es volontés de leurs peuples.

On leur remontra encore, si le roi d'Espagne et les archiducs rompent à l'occasion de ce refiis, qu'elle ne les pourroit secourir sans blâme, et sans donner un grand mécontentement anx catholiques de son royaume, lesquels surmontent d'un nombre infini ceux de la religion, attendu que ce secours seroit directement à la ruine de sa religion , et pour accroître la leur. Ainsi il étoit bien raisonnable qu'ils missent en considération l'intérêt d'un ami si utile, puis même qu'ils y peuvent pourvoir , quoi qu'ila aient dit , sans dommage ni péril pour eux. Nous leur fîmes aussi entendre en cette assemblée que M. Spencer , M. de GoUis et mol , après avoir délibéré sur l'avis que leur devrions donner i

DU PBS8IDBNT JKAIÏNIN.

avimu été voir les députée des archiducs au nom eommuQ de nous tous pour les exhorter de modérer leur demande, ayant ajouté beaucoup de raisons à cet effet, tant pour les persuader que pour lenr (hire connoltre , s*ils y persévéroient, qae la paix étoit du tout rompue, et que M. le président Richardot nous avoit répondu qu'il n'étoit pas en leur pouvoir d*y rien changer ni diminuer; que dès le premier Jour qu'ils vinrent à La Haye, leur charge étoit de commencer par le point de la religion, et, s'ils en étolent reftisés, dd ne passer outre ; mais qu'ils avoient d'euxmêmes changé cet ordre , et , afin de leur donner quelque contentement, et par ce moyen les mieux disposer à l'accorder, commencé par la souveraineté, estimant qu'un don et présent si précieux les induiroit de consentir plus aisément à L'autre, et qu'ils se rendroient plus faciles aux articles qui regardoient le contentement des archiducs, et qu'en le faisant, eux auroient quelque sujet de supplier derechef le roi d'Espagne de n'être si précis en cet article de la religion; mais qu'ayant fait tout le contraire^ leurs prières ôût été inutiles.

Ce rapport fiait aux députés des Etats leur doDua encore un nouveau mécontentement , et dirent tous qu'ils avoient donc eu Tintcntion , dès l'entrée du traité, de les tromper, puisqu'ils Mvoient la volonté de leur maître dès si longtemps, et Tavoient toujours dissimulée et celée , ou plutôt déclaré le contraire , en ce qu'ils ont protesté plusieurs fois en leurs conférences de ne leur rien demander pour Cet regard qui fttt préjudiciable À la souveraineté accordée sans aucune restriction, ni dont ils puissent avoir sujet de se plaindre et recevoir du déplaisir. Le même rapport de tout ce que dessus ayant depuis été fait par eux à l'assemblée générale des Etats , chacun commença à murmurer , médire d'eux, et crier hautement qu'ils étolent des trompeurs , qu'il falloit rompre , les renvoyer promptement, et reprendre les armes avec plus de courage et devoir que Jamais ; et en cette colère personne ne parla s'ils serolent forts ou foibies , secourus ou non, tant la haine et le mécontentement les avoient soudain changés. Ils ont par effet résolu et arrêté de rompre non sur cet article, mais sur tout; car, hors celui de la souveraineté , rien n'a été accordé en toutes les conférences, mais y a eu dispute presque sur tout. Et néanmoins, quand on a demandé à M. le président Richardot, lorsqu'ils firent cette proposition , s'ils entendoient demeurer d'accord de tous les autres articles, il fit réponse que ce qu'ils avoient accordé tiendroit, mais pour le regard des difficultés faites par eux , elles étolent bien

fondées , et ne s'en pouvoient départir. Ainsi es* timent qu'en faisant par leur réponse une dédue* tion de tout ce qui s'est passé , on verra qu'ils sont tous demeurés en discord de tant d'autres articles, qu'on ne pourra dire que celui-ci seul soit cause de la rupture.

Plusieurs croient ici que les députés des archiducs se modéreront sur cet article de la reli« gion , mais nous en Jugeons autrement. Aussi le président Richardot a montré au sieur Jeannin trois lettres du roi d'Espagne, la première du mois de Janvier dernier, l'autre du mois de mars, et la troisième du dernier de juin , par lesquelles il leur mande expressément de ne faire aucun traité , sinon avec cette condition expresse du libre et public exercice de la religion catholique; veut que soit par une obligation mutuelle, et en considération de ce qu'il quitte la souveraineté ; leur enjoint aussi d'en parler, et de faire résoudre cet article avant tout autre, et par les dernières lettres les reprend de ce qu'ils ne l'ont fait avec la chaleur et véhémence requise, et en l'ordre qu'il leur avolt prescrit. C'est chose étrange du changement que cette façon de procéder des députés du roi d'Espagne et des archiducs fait es esprits de ces peuples , et de la mauvaise opinion qu'ils ont conçue d'eux à cette occasion ; qui nous met hors de tout espoir de faire la paix , parce qu'ils veulent insister à cet article de la religion , sans même y recevoir aucune modération ; en sorte qu'il ne reste plus que la proposition de la trêve à longues années , que ces peuples en l'hu*meur qu'ils sont de présent recevront mal volontiers ; et si il semble d'autre côté , par les propos que le président Richardot a dits à M. Jeannin, qu'ils ne soient disposés non plus à l'accorder avec la souveraineté, sans quoi les Etats n'y consentiront Jamais. Nous en ferons l'ouverture aux Etats suivant le commandement de votre Majesté , puisque l'espérance de la paix semble être du tout perdue; mais nous le différerons encore Jusques à ce que les Etats aient fait leur réponse aux députés des archiducs, et eux déclaré leur dernier mot là-dessus, dont nous ne sommes plus en doute.

Voyant que nous étions sur le point de cette rupture, nous avons désiré d'être éclaircis des députés d'Angleterre, s'ils avoient charge de leur maître d'offrir en ce cas leur secours, et quel, leur disant qu'ils se pouvoient souvenir de la promesse faite aux Etats , tant par eux que par nous , d'en être instruits lors de ladite rupture pour leur en faire réponse; mais ils nous ont dit qu'ils n'avoient autre charge , sinon d'aider à la paix , et qu'ils en écriroient pour avoir réponse au plus tôt. Nous leur avous aussi parlé

de la trêve à longues années, et qu'il sembloit être à propos que les ministres des deux rois en fassent la proposition ensemble , pour rendre un témoignage public à toute la chrétienté du devoir qu'ils auront fait pour faire cesser cette guerre : à quoi ils se sont offerts, et nous ont dit qu'ils se joindront volontiers avec nous lorsque nous voudrons faire cette proposition , et qu'ils estimoient aussi qu'elle dût être acceptée par les Etats , pourvu que le roi d'Espagne et les archiducs la veuillent consentir avec la souveraineté ; se montrant en cela mieux disposés que n'avions espéré, soit pour témoigner aux Espagnols leur affection , ou pour ne vouloir que nous acquérions seuls la grâce d'avoir fait cette ouverture. Nous difTérons d'en assentir la volonté des uns et des autres jusques à ce que la paix soit du tout rompue , et que nous ayons vu si du côté des archiducs il n'y a plus rien à proposer qui puisse faire refus de conclure la paix; car il y en a qui ont encore cet espoir , et qui croiroient la proposition de la trêve, faite trop tôt, leur en avoir fait perdre l'occasion.

Votre Majesté voit ce qui s'est passé , et que la rupture avient du côté d'Espagne; mais leurs ministres ont bien reconnu, depuis le temps qu'ils sont en ce lieu , qu'ils ne pouvoient aucunement espérer ce qu'ils ont demandé sur la fin, et que s'ils l'eussent proposé dès ie premier Jour de leur arrivée , à l'instant tout eût été rompu. Nous i'avons bien ainsi Jugé et écrit souventesfois à votre Meyesté; mais nous avions cru aussi que les archiducs se contenteroient de le proposer, et faire tout devoir de l'obtenir, sans rompre toutefois à l'occasion du refus qui leur en seroit fait, pourvu qu'ils fussent rendus contens du surplus : ce que les Etats eussent plus volontiers consenti , même de venir à quelque modération sur le fait des Indes , que de se relâcher sur ce fait de la religion , auquel ils sont si obstinés, qu'ils n'y a moyen d'espérer que le roi d'Espagne et les archiducs en obtiennent rien par traité. Ce dont nous pouvons assurer votre Majesté, est qu'ils sont fort unis, et que nous ne voyons aucune apparence de division entre eux, encore qu'ils soient contraints de rentrer en guerre. C'est ce que nous lui pouvons mander pour le présent. Priant Dieu , Sire , qu'il donne à votre Majesté et à sa royale famille tout heur et prospérité.

De La Haye, ce vingt - quatrième Jour d'août 1608.

Lettre de M, Jeannin à M. de Villerot/j dudit jour vingt-quatrième d^août 1608.

Monsieur, ie bruit qu'on a fait courir ici que

le roi d'Espagne vouloit révoquer la souveraineté , et , s'il ne le faisoit ouvertement , que ce sera par voie indirecte , et en demandant des conditions qui ne lui pourroient être accordées, a été confirmé par la dernière proposition qu'ont faite les députés des archiducs, par laquelle iU demandent l'exercice de la religion catholique être rétabli par traité dans toutes les Provinces- Unies, en récompense de la souveraineté qu'on quitte aux Etats, et qu'ils se départent aussi 4u commerce des Indes. Ils sont tellement offiensés, que je ne vois aucune espérance de la paix, s'il est vrai , ce que M. le président Richardot m'a dit , qu'ils ne peuvent rien changer ni en l'un ni en l'autre; car les Etats se perdroient plutôt que de consentir à ce rétablissement général et par traité. J'estimois que l'ouverture faite de la part du nonce, dont sans doute ils ont été avertis, étoit cause qu'ils cherchoient à rompre la paix par laquelle la souveraineté doit demeurer perdue pour eux, et s'attendoient encore de venir à une trêve à longues années, sans quitter la souveraineté, par le moyen de l'intervention du Roi, afin qu'il leur fût plus aisé de rejoindre cette part ici à l'autre , la trêve venant à finir ; et cela peut bien être vrai. Néanmoins il m'a montré trois lettres du roi d'Espagne, par lesquelles il leur est commandé bien expressément de feire instance, sur toutes choses, de ce rétablissement, et de ne s'en point départir. S'ils eussent fait cette demande si précisément dès le premier Jour , de leur arrivée, dès lors même tout traité eût été rompu, les Etats n'ayant jamais été disposés de l'accorder partout et par traité. Encore ai-je toujours prévu et jugé qu'il seroit très-difficile de les y faire consentir après la paix à la prière du Roi, et en quelques endroits seulement.

Quant à la trêve à longues années, elle aura aussi de très-grandes difficultés, tant du côté des Etats que de l'autre; car les premiers sont si nral satisfaits du roi d'Espagne et des archiducs, et de la procédure de leurs députés, qu'ils tiennent toute leur conduite n'être que vraie tromperie : puis ils y sont fomentés par tant de gens, en avec tant d'artifice, qu'eu l'humeur à laquelle ils sont à présent tout y peut nuire. D'autre côté, ledit sieur président Richardot dit qu'ils ne répéteront en faisant cette trêve ces mots, qu'ils la traitent comme avec gens et Etats libres, sur lesquels ils ne prétendent rien, sinon en la narration , non es mots dispositifs; et toutefois je crains que cela ne suffise encore quand ils le voudront consentir, s'ils n'i^outent après ce mot de libres celui de souverains, et pour toujours. Je l'ai fait entendre audit sieur président, qui s'imagine le Roi pouvoir tout ici >

DU PEBSIDBNT JBAIfNIN.

et qu'il lui sera aisé de faire conclure cette trêve sans cela; mais enfin je Tai assuré que non , et s'ils vouloient sortir de cette affaire , et donner moyen à Sa Majesté d*y aider, qu'ils ne dévoient pas révoquer ce qu'ils ont ci -devant consenti, même par la première trêve , par laquelle ils ont traité comme avec gens libres sur lesquels ils ne prétendent rien ; autrement on penseroit que Sa Majesté fût plutôt désireuse de procurer le bien des Espagnols que celui des Etats, ce qui lui ôteroit tout crédit envers eux. Et déjà ce soupçon est entré si avant en leurs esprits, qu'il faut plutôt chercher les moyens de le diminuer que l'accroître. Enfin ce que j'ai pu tirer de lui, est que cette proposition de la trêve étant admise par les Etats, et leur étant communiquée, ils demanderont délai pour en avertir, et lui semble qu'on se doit séparer là-dessus, et prendre temps pour se rassembler à la fin d'octobre ou au commencement de novembre Peut-être que cet avis ne seroit pas à rejeter ; mais je suis certain, s'ils n'en veulent traiter promptement, qu'on rompra du tout, et qu'on croira cette remise n'être que pour tromper, tant cette impression est à présent en leurs esprits. Je n'en peux foire la proposition que dans trois ou quatre jours, et après que lesdits députés auront eu la réponse à leur demande, et qu'eux auront aussi dit leur dernier mot, qui ne sera autre chose, à ee que j'ai appris du président Richardot , sinon ce qui est contenu ci-dessus. J'estime, par le discours de M. le président Richardot, qu'ils consentiriHit à ladite trêve, à condition de traiter avec les Etats comme Etats libres sur lesquels ils ne prétendent rien. Je l'espère du côté des Etats, pourvu qu'ils n'usent point de remise; et néanmoins je n'en ose rien assurer pour maintenant, tant je les vois enaigris et sans considération de l'avenir. Ce qui aide encore à enfiammer davantage leur colère , c'est qu'on use de beaucoup d'artifice pour leur persuader que, ^ooi que je dise, Sa Majesté ne laissera pas de les secourir, soit qu'ils en discourent ainsi par ^!oojecture, ou que d'autres le leur fassent croire. ^Is se promettent aussi que les Espagnols se relâcheront , et ils sont pour être trompés en ce dernier aussi bien qu'en l'autre.

Cette dépêche sera suivie d'une autre au premier jour, pour donner avis au Roi de ce qui sera advenu depuis. Je prie Dieu, monsieur, qu'il vous donne en parfedte santé très - longue et heureuse vie.

A La Haye, ce vingt-quatrième jour d'août

Votre très-humble et très-obéissant serviteur ,

P. j£Ai«mi<r.

Lettre de Jf. Jeannin à M. le duc de Sully y diédit jour vingt-quatrième d'août 1608.

Monsieur, vous connoitrez par notre lettre au Roi que la proposition , faite par les députés du roi d'Espagne et des archiducs, de rétablir par traité l'exercice public et libre de la religion catholique es Provinces-Unies, est ce qui empêche la paix ; et tant qu'ils persévéreront en cette résolution de leur côté, comme ils sont délibérés faire, sans se modérer en rien, ainsi que je l'ai appris de M. le président Richardot, qu'on ne peut espérer de la faire; car il est certain, quand les Etats verroient leur ruine comme inévitable, qu'ils n'y consentiront pas par traité, et sur la demande de leurs adversaires, alléguant, pour raison principale, que s'ils le faisoient seroit établir dans leur pays une faction de catholiques en faveur du roi d'Espagne , auquel ils se tiendroient obligés de ce bienfait. Et quand on leur dit que, pour éviter cet inconvénient^ ils le peuvent faire d'eux-mêmes, ou à la prière du Roi et supplication de leurs catholiques, sinon partout, au moins en quelques lieux et endroits de leur Etat où il sera jugé nécessaire, ils répondent ne le pouvoir faire à l'instance de la demande faite par le roi d'Espagne, sans que la grâce lui en soit due; davantage, que leurs peuples y sont à présent si peu préparés , que le vouloir entreprendre seroit mettre des séditions et mutineries dans leur Etat, qui pourroient être cause sur le point de cette conjoncture de quelques dangereux inconvéniens. Ceux qui ont plus de part en la conduite des affaires nous promettent bien qu'ils y pourvoiront si la paix est faite, en sorte que Sa Majesté, qui leur fait connoltre qu'elle le désire avec affection , en aura tout co|2tentement. J'en doute néanmoins, et sais bien qu'ils ont pris en leurs consistoires, et par l'avis de leurs ministres , auxquels ils défèrent beaucoup en cet endroit , des résolutions toutes contraires, et les plus sages mêmes le craignent, pource qu'ils disent le nombre des catholiques être si grand , que s'ils se pouvoient compter et reconnoltre , comme ils feroient par l'exercice libre et public de leur religion, il seroit à craindre qu'ils ne voulussent demeurer les" maîtres, et essayer de rejoindre cette partie des Pays-Bas, par la conformité de la religion catholique, à celle que tiennent les archiducs, et qu'en effet faire ce changement est saper et ruiner du tout les fondemens de leur Etat bâti là-dessus, et ouvrir aux Espagnols le chemin d'y rentrer. Nous ne sommes pas sans raisons et répliques , mais l'aigreur en laquelle ils sont à présent con-

NBOOCUTIOnt

tre les Espagnols , les empêche de les bien considérer, et d*en faire profit.

J*ai souventesfois écrit an Roi que si on insistoit précisément à ce point de la religion, comme on fait À présent, que la paix étoit rompue, et qull n'y a aucun moyen de gagner ces peuples en cet article; mais nous avions aussi cru qu'ils n'en parleroient que par devoir, et ne romproient pour en être refusés. Le plus grand déplaisir des Etats est de ce qu'on ne leur a proposé d'en* trer cet article, disant qu'ils eussent rompu le même Jour sans être abusés si long-temps, et que l'avoir différé est une pure tromperie, ne pouvant approuver les raisons avec lesquelles on veut couvrir et excuser cette longueur. Vous savez , monsieur , comme instruit de tout ce qui s'est passé vers vous, les considérations qui les ont pu induire à rejeter la paix, encore qu'il semble, par les lettres du roi d'Espagne, que M. le président Richardot m'a communiquées, ledit Roi n'avoir Jamais eu volonté de quitter la souveraineté, sinon à condition qu'il obtiendroit pour récompense ce rétablissement, soit qu'il Tait ainsi désiré par conscience , ou cru , la religion catholique rétablie, qu'il pourrolt espérer de les rejoindre quelque Jour aux autres pays avec plus de facilité ; sinon qu'ils lui seroient moins ennemis, la religion catholique et le nombre des catholiques venant à s'accroître , que s'il n'y avoit que la religion contraire à la sienne.

Il ne reste donc plus , monsieur , que la trêve à longues années , dont J*al conféré avec aucuns de cet Etat, qui y trouvent de la difficulté par la crainte qu'ils ont qu'on ne les veuille aussi bien tromper qu'en l'espérance qu'ils ont eue de la paix : c'est la réponse qu*ils m'ont faite. Puis en ayant communiqué avec M. le président Richardot, il m'a dit deux choses : qu'ils ne la veulent aucunement consentir avec cette condition, qu'ils soient reconnus pour Etats libres, sur lesquels le roi d'Espagne et les archiducs ne prétendent rien , et sans cela les Etats ne la consentiront Jamais; et faut qu'eux se ploient à cette condition s'ils veulent sortir de cette guerre, quoique Je juge bien en moi-même les raisons de leur difficulté; l'autre est que ledit sieur président m'a dit ne pouvoir à présent conférer de cette trêve , et qu'il valott mieux remettre à se rassembler au commencement de novembre : or, Je sais que si on parle de ce délai, ils la refuseront entièrement. Nous ferons ce qui nous sera possible de ce côté pour sui^monter ces difficultés, et vous y pourrez beaucoup par delà, puisque le sieur don Pedro de Tolède y arrête , lequel vraisemblablement a connoissance entière des intentions du roi d'Espagne , et aura part en la con-

duite de toute cette afAdre. Je suis sorti d'auprès de vous avec cette assurance que vous me eon« serverez Thonneur de votre amitié. Aussi saisje bien résolu de demeurer prepétuellement, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur, P. Jkànnin.

De La Haye , ce vingt-quatrième Jour d'août

Proposition de messieurs les ambassadeun faite en l'assemblée des Etats-Généraux, le vingt^eptième jour d'août 1 608 y sur le fait de la trêve à longues années.

Messieurs, vous vous pouvez souvenir avec quel soin^ affection et sincérité, les rois et princes qui nous ont envoyés ici, se sont employés pour aider à vous mettre en repos, et procurer tout ce qu'ils ont estimé être de votre bien et prospérité. Et néanmoins notre travail et assiduité à demeurer près de vous pour y servir, ont été du tout inutiles , à notre grand regret et déplaisir, et, comme nous sommes certains, des princes qui nous y avoient envoyés, lesquels s'étoient toujours promis que l'issue de cette conférence seroit plus heureuse qu'elle n'a été.

Or, comme c'étoit leur premier but et dessein de vous aider à faire une paix qui fût entière et absolue, la Jugeant non seulement utile, mais du tout nécessaire À votre Etat, aussi nous ont donné charge, si ce bonheur ne vous peut arriver tout à coup, de mettre en avant une trêve à longues années, lorsque nous verrons la rupture de la paix être certaine , pource qu'ils la Jugent encore autant utile pour vous , que la continuation de la guerre leur semble devoir être dommages' ble. Le temps est donc venu de la proposer; c'est pourquoi nous vous la conseillons, et vous exhortons de toute notre affection de vous y disposer, pourvu que la puissiez obtenir à conditions qui aient de la commodité et sAreté pour votre Etat , sans quoi nos princes ne vous voudraient donner ce conseil ; entre lesquelles conditions nous y mettrons celles-ci : qu'elle soit faite avec vous comme avec Etats libres , sur lesquels le roi d'Espagne et les archiducs ne prétendent rien ; que , durant le temps d'icelle trêve, vous ayez le commerce libre, tant aux Indes qu'en Espagne es Pays-Bas , et par tout ce qui est de leur obéissance; que vous reteniez aussi tout ce que vous possédez à présent, et c[u'on y ajoute encore les autres conditions qu'on peut raisonnablement demander.

Nous prévoyons bien qu'il sera très-difflcîle d'obtenir ces conditions des princes avec lesquels vous avez à traiter , y ayant grande raison de croire, puisque la paix leur a déplu, que la trêve

DU PBBSISSin AARNIN.

m omdittoiM susdites us leur sera non plus agréable; mais s'ils la rejettent , la reprise des armes sera plos justifiée de votre o6té, le devoir de nos princes à faire cesser cette nUsérable guerre mieux connu , et ils auront aussi plus de 8i](jet d'employer leurs forces et moyens pour votre conservation et défense : comme , au contraire, s'ils consentent de la faire, vous prendrez on bon et sage conseil de l'accepter; et ils seroient aussi très-mal satisfaits de votre conduite û vous la refusiez , car nous y voyons autant d'avantage et sûreté pour vous en la faisant comme nous vous la désirons, qu'en la paix même , en y i^outant l'offre que nos rois nous ont donné charge de vous faire , qui est de consentir qu'ils demeurent obligés pour la conservatkm de cette trêve, tout ainsi qu'ils s'y sont soumis et obligés par les traités faits avec vous en cas de paix.

Vous aurez le moyen pendant ce loisir de redresser vos affaires , acquitter vos dettes , et reformer votre gouvernement; et enfin, demeurant k'en unis, cette longue trêve deviendra paix abidiie, et Jouirez en effet, par le moyen d'icelle , de toutes oommodités et avantages que la paix vous eût donnés*

Au iieifque si vous rentrez dès à présent en guerre, nous y voyons tant de difficultés, d'inconvéniens et dangers , et sommes si bien avertis du grand secours dont vous avez besoin, soit pour faire la guerre avec espoir de bon succès , on même pour vous conserver et tenir sur la défensive, que vos amis feront très-grande difficulté de vous le donner, si par le moyen de cette trêve vons pouvez éviter toutes ces dépenses, ces périls etineonvéniens.

Nous savons bien qu'êtes à présent mal satisililtsdes procédures de vos adversaires; mais ce mécontentement ne vous doit empêcher que vous ne preniez par raison et prudence les conseils qui vous doivent être les plus utiles et assurés , sans vous laisser transporter à aucune colère et passion qui soit dommageable à votre Etat.

Suivez , messieurs , le conseil qui vous est donné par des princes qui sont vos vrais amis , ieaqoels veulent coi\joindre leur intérêt et péril av^e le vôtre , et considérez , s'il vous faut repv^endre les armes , qu'ils ne vous peuvent plus secourir sans se mettre au hasard d'attirer la guerre sur eux ; ce que les princes sages ont aceoQtumé d'éviter tant qu'ils peuvent, et même de D'y entrer Jamais s'ils n'y sont forcés par quelque grande nécessité , ou induits à le faire par une évidente utilité. Or cette guerre n'est pas nécessaire si la trêve à longues années vous en peut exempter , et s'il est certain qu'en la faisant il

n'y aura que de la dépense , du dommage et de la ruine, tant pour vous que pour eux.

C'est notre intention de donner le même oon« seil aux députés des archiducs , et , s'ils font re» fus de l'accepter , de leur dire ouvertement que nos princes emploieront pour votre conservation tout ce à quoi le devoir d'une vraie et fidèle ami* tié les oblige envers vous.

Lettre de jf. de Vilieroy à M, Jeannin , du 28

d'août 1608.

Monsieur, Je vous ai écrit le vingtième de ce mois les discours du nonce du Pape ; il les a depuis redoublés , poussé , à notre avis , de don Pedro de Tolède, lequel se sert du ministère de l'autre pour ménager son Sociego, selon le style ordinaire du pays. Le premier donc propose maintenant, mais de la part du Pape, les maria* ges du prince d'Espagne avec madame Isabelle, et de M. le Dauphin avec l'Infante d'Espagne , insiste que dès maintenant l'on en traite à condition néanmoins , ores que nous en tombions d'accord , que nos marchés n'auront lieu si la paix flamande ne réussit; offre, pour assurer l'effet de cette proposition , de faire passer en France ladite Infante , en envoyant en Espagne madite dame Isabelle au temps qui sera convenu ; ce qu'il a déclaré entendre que ces traités demeurent nuls à la discrétion des contractans , si ladite paix ou ladite trêve n'ont lieu , a été pour répondre à l'objection que nous avons faite, que nous traiterions en vain desdits mariages autrement , d'autant que nous ne pouvions abandonner les Etats en cas de guerre. Il veut que nous croyons être besoin , si l'on veut entendre à ces partis, d'en faire déclaration dès à présent , sans attendre la conclusion du traité de La Haye , parce que ledit don Pedro n'est venu que pour cela. C'est le contraire de ce que du commencement il a dit qu'U sera contremandé, et partira pour reconnottre son s^'our par deçà inutile et honteux si Ton diffère davantage à traiter. Concluant à cela ledit nonce du Pape , qu'il fkut avancer les affaires , si l'on ne veut perdre une occasion que l'on ne recouvrera Jamais. Il accompagne ses raisons des prières du Pape , mais tout cela ne nous émeut plus que de raison ; car nous voyons bien que les Espagnols tendent à discréditer le Bol en Hollande, et même en Angleterre et ailleurs. C'est un avantage présent qu'ils espèrent tirer desdits mariages, les accomplissemens desquels étant remis au fiitur, seront sujets à toute incertitude , quelque précaution que l'on y apporte.

L on ne parle plus du troisième parti avec l'investiture proposée en faveur d'icelui en cas

de trêve, d'autant que Sa Majesté ne veut rien promettre qui donne aux Etats sujet de douter de sa foi. Or nous n'avons changé d'avis en la gut)stance, ni en la forme, sur ce que vous devez négocier où vous êtes. Nous estimons le parti de la paix le plus sûr et honorable, et, au défaut d'icelui , celui de la trêve à longues années le meilleur , et voulons toujours éviter celui de la guerre, si l'on ne nous donne très-grand et utile sujet d'en courre le hasard. Vous savez ce que Sa Majesté vous en a dit quelquefois. Nous n'estimons pas que ces provinces passent jamais l'article de la religion en la forme que les Espagnols l'entendent, et dont ils protestent tous les jours ne vouloir rien rabattre : il faudra donc entendre à la trêve, qui sera laisser les choses en l'état qu'elles sont par terre et par mer en tous lieux, et en retrancher seulement l'hostilité. Nous nous souvenons bien que vous nous avez prédit que lesdlts Etats n'accorderont jamais ladite trêve, que l'on ne leur quitte la souveraineté comme par la paix. Nous désirons comme eux qu'ils l'obtiennent, mais nous en désespérons, et de plus disons qu'il n'est pas raisonnable qu'Us oplnlâtrent ce point , car ce seroit sortir de termes et effets d'une trêve , et devront se contenter d'en avoir l'effet pour le temps qu'elle durera. Pour le moins jugeons-nous que nous ferions faute de mettre nos affaires en péril pour soutenir une telle cause et opiniâtreté. Mettez peine de nous faire voir clair en ces affaires de paix , trêve ou de guerre le plus tôt que vous pourrez. Cependant nous entretiendrons et ménagerons don Pedro de Tolède doucement et sans rien précipiter ni rejeter. Mais il faut que vous croyiez que, quoi qui arrive, nous ne ferons rien qui préjudlcle à nos Etats, n'étolt qu'ils voulussent par bizarrerie et obstination nous engager avec eux à la guerre , sans toutefois faire que ce qu'ils ont fait ci-devant.

Le roi d'Angleterre est toujours semblable à lui-même: Il est content, ce dit-Il, de s'unir de nouveau avec le Roi pour la défense de leurs possessions, mais 11 ne veut point faire mention des Etats. Nous persistons au contraire , et disons que l'un est inutile sans l'autre. Ils répliquent qu*ils l'entendent ainsi , mais qu'ils ne le veulent pas dire ni écrire, ce que nous jugeons impertinent; et quand ils parlent des alliances, ils déclarent qu'ils ne veulent celle du prince de Galles avec madame Isabelle, si quant et quant l'on ne fait celle de M. le Dauphin avec la fille d'Angleterre , de quoi le Roi est mal édifié, car il dit qu'on lui veut donner la loi et le gêner. Toutefois je serois d'avis de ne laisser l'Angleterre en arrière tout-à-fait; car il est à craindre,

si Sa Majesté et le roi d'Espagne s'accommodent , qu'enfin le roi d'Angleterre, ou après lai le prince de Galles , ne deviennent chefs absolos de toute la faction contraire à celle du Pape, qui n'est pas petite ni foible , et avec laquelle Ils pourrolent un jour donner de la peine à la France , même après le décès du Roi, et lors je ne sais quelle assistance on recevrolt d'Espagne. Nous vous écrivons ces choses à part, afin que vous sachiez ce que nous disons et faisons par deçà, et notre jugement et vouloir sur le tout, pour vous en prévaloir où vous êtes à avancer ce qui peut nous contenter, et nous assister aussi de vos bons avis, lesquels seront toujours bien reçus. Je prie Dieu, monsieur, vous conserver en très-bonne santé.

De Conflans , ce vingt-huitième jour d'août

Votre, etc. , de Neuf ville.

L'on remet à votre jugement de faire part da contenu de la présente, ou. non, par delà; mais comme l'Intention du Roi n'est de tromper personne , notre opinion est plutôt de s'en découvrir aux plus sages qu'autrement , et même prendre et avoir leur avis sur le tout devant que de conclure aucune chose. Toutefois nous remettons et refions le tout à votre meilleur avis.

Lettre de M. de La Boderie à M. Jeannin^ du vinfft-neuvième d*aout 1608- ,

Monsieur, ayant appris votre retour en Hollande, j*estime nécessaire, et pour le service du Roi et pour l'observance que je vous porte, de recommencer notre pratique. Sur la réponse que m'a rapportée mon secrétaire , l'affaire pour laquelle je l'avois dépéché en est demeurée là. L'on voudroit que, dès cette heure, on se déclarât par delà sur la protection de nos amis en cas de guerre. L'on dit que ce seroit intempestivement, y ayant plus d'apparence de paix que de guerre. Je réplique que ce seroit pour avoir la paix plos tôt, plus avantageuse et plus assurée. L'on m* dit que Ton ne veut sans sujet offenser qui y aura Intérêt , ni pour ce regard-là manquer a sa fol. En somme , Il n'y a pas moyen de les amener là toqt d'un coup ; mais si nous voulons nous contenter seulement de la proposition que j «^f ^ faite, je sais qu'ils y viendront toujours : et m que ce ne soit absolument ce que nous désirerions , si serolt-ce un grand pas gagné pour «s y amener quand nous voudrions, et en tout une suffisante assurance de leur amitié. ^^°, . pas jugé qu'il se dût faire de cette sorte : c à moi à me soumettre, bien que, vu la w. dont on m'en avolt écrit, et vu l'état auq«^^ sont les affaires, je ne pensois avoir peu «"

DU pbbsidbut ùLÀsnm.

ks avoir portés jusque-là. L'E&pagne cherche toujours de s'entretenir bien par deçà. De nouveau l'ambassadeur a donné toute assurance de oe se mêler directement ni indirectement des affaires d'Irlande, Je dis de la part de son maître, et a présenté une lettre que sondit mattre a écrite au Roi d'ici , réponsive à quelques autres qniluiavoient été écrites sur les affaires des marchands anglais, dont on a reçu beaucoup de contentement. Plus ils reconnoissent que nous négligeons ce qui est d'ici, plus Ils le recherchent , ce qui ne doit être sans mystère. On tient votre Ck>rdelier de retour; de sorte que bientôt nous sortirons de l'obscurité où nous vivons depuis si long-temps, comme j'en prie Dieu, et de vous donner, monsieur, en parfaite santé tout contentement.

A Londres, ce vingt-neuvième d'août 1608.

Votre serviteur , La Bodbbis.

Lettre de M, Jeannin à M. de Villeroy^ du vingt-neuvième d^août 1608.

Monsieur , votre lettre du vingtième m'a été rendue le vingt-septième. Les nôtres au Roi , et la mienne à vous du vingt-quatrième , vous apprendront, lorsque vous les recevrez, ce qui a été Oeiit en ce lieu depuis que j'y suis arrivé , et • que la paix est du tout rompue sans espérance de la pouvoir renouer, pource que les Espagnols n'y veulent entendre sans le point de la religion, et les Ëtats ne l'accorderont jamais par traité , qnand même leurs adversaires se voudroient relier à quelque modération. Ce n'est pas qu'ils aient pris un nouvel avis en cet endroit, car ils ont toujours été en même opinion; et qui l'eût proposé dès l'entrée de la conférence, on eût à Hnstant rompu ; ce qu'ils n'eussent pas fait sur le point du commerce des Indes , pour le regard duquel on les eût pu induire à recevoir quelque ntodération. Nous travaillons maintenant pour la trêve à longues années, de laquelle ayant parlé avec les députés d'Angleterre, puis avec ceux d'Allemagne, enfin, après quelques difficultés et remises dont ils vouloient user, nous sommes demeurés d'accord de la proposer en rassemblée générale des Etats, ce qui a été fait le vingt-septième, et le même jour aux députés des archiducs, nous ayant dit, tant les Etats qu'eux , qu'ils en délibéreroient et nous y feroient réponse. Je vous envoie l'écrit que j'ai donné mx Elats , après leur avoir dit , de bouche et de QK)t à autre, le contenu en icelui au nom commun de tous. Vous verrez en cet écrit trois con- (iitions, sans lesquelles ils eussent sans doute 'ejeté d'entrée la proposition de ladite trêve : la première, qu*on traite avec eux comme avec

Etats libres sur lesquels le roi d'Espagne et les archiducs ne prétendent rien; la seconde, qu'ils aient le commerce libre partout, même aux Indes; la troisième , qu'ils retiennent tout ce qu'ils possèdent à présent. Et de toutes les trois j'avois communiqué auparavant avec le sieur Richardot , et fait connoltre, ce qu'il sait comme moi , que les Etats ont à présent un si grand dégoût d'eux , qu'il a fallu parler et écrire ainsi pour les disposer d'y entendre , et quand il faudra traiter par effet , qu'on ne s'accordera jamais autrement. Aussi n'y a-t-il rien en cette proposition , fors ce qui est du commerce des Indes , qui n'ait été consenti et accordé dès la première trêve par les archiducs, tant en leur nom que du roi d'Es^ pagne. Et néanmoins le sieur Richardot a voulu me persuader qu'il suffit de faire cette trêve à la suite de la première, laquelle contient cette ex" pression, «qu'on traite avec eux comme avec gens libres, » et qu'il n'est plus besoin de la répéter.

Mais je sais pour le vrai qu'ils ne s'en contenteront pas, et , s'il y fait tant soit peu de difficulté , que tout sera rompu. Encore crainfr-Je que les Etats n'y veulent ajouter le mot de souve» rains après celui de libres , et qu'ils quittent leurs droits pour toujours , ou bien tant pour le présent que pour l'avenir. Et depuis , le sieur Richardot en une autre visite m'a dit que l'archiduc traitera volontiers selon notre écrit, tant il désire le repos , et s'obligera de faire accomplir ce qu'il aura promis, mais non de faire ratifier ledit traité par le roi d'Espagne, qui souffrira plutôt l'exécution en ce qui le peut toucher , soit aux Indes ou en Espagne, que de ratifier nommément. Mais je lui ai répliqué que ce n'est pas encore assez , pource que , si le roi d'Espagne ne ratifie expressément , tes Etats n'auront aucune sûreté, ni au commerce d'Espagne ni à celui des Indes , et pourra ledit Roi faire prendre tout d'un coup, si bon lui semble, leurs vaisseaux, pilotes, marchands et denrées, sans qu'on se puisse plaindre avec raison qu'il ait contrevenu à sa foi, puisqu'il n'y sera point obligé. Je crains que les archiducs ne puissent faire mieux; et si cela est, il n'y a moyen d'avoir paix ni trêve : le premier , à cause du point de la religion qui l'empêche, et la trêve, pource que les Etats demeureront plus offensés que devant, quand ils verront qu'on prétendra la requérir d'eux à moindres conditions que la première.

Cette conduite des Espagnols, s'ils ne se changent bientôt, nous fera croire ce que j'ai souvent entendu du Roi, qu'fis n'eurent oncques volonté défaire la paix en quittant la souverameté, et pour la trêve , qu'ils s'attendent à la négociation

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