SOS
RiGOCIÀTtOHi
du noDce , en verta de laquelle ils se promettent que Sa Majesté fera accorder une longue trêve ici, sans que les Etats soient tenus pour libres , ni qu*on leur quitte les droits que le roi d'Espagne et les archiducs prétendent sur eux. Mais je vous supplie qu'on les désabuse , et qu'ils croient qu'on ne peut bâtir la trêve que sur ce fondement de liberté contenu en la première trêve. Et si Sa Majesté faisoit quelque poursuite contraire pour le persuader aux Etats, ils entreroient en soupçon que la venue de don Pedro Ta changée, et qu'elle n'est plus telle qu'elle souloit être envers eux j qui ne servirolt à autre chose qu'à diminuer son crédit ici , sans obtenir néanmoins d*eux ce qu'on prétendroit ; car la menace de les abandonner ne vaut rien pour les contraindre à flEdre ce qu'ils ne veulent pas , étant gens qui n'appréhendent aucunement l'avenir, et si la haine , qui croit encore tous les Jours contre l'Espagne , leur en 6te la crainte. Je vous peux assurer, monsieur, n'étoit le respect qu'on porte à Sa Majesté , les ministres de laquelle témoignent ouvertement , et avec passion , qu'elle désire la paix ou la trêve , on leur etit déjà donné congé avec aigreur et paroles injurieuses; et, s'ils ne S'aident autrement, mais continuent en leurs dissimulations et artifices , ou qu'ils n'aient pouvoir de faire ce qu'on leur demande , personne n'y peut plus servir. Et , à la vérité , Je m'étonne de la difficulté qu'ils font de mettre qu'ils tiennent les Etats pour gens libres sur lesquels ils ne prétendent rien ; car si on n'y ajoute pour tou" jours, ils peuvent maintenir par ci<aprês, non sans quelque raison , que , la trêve finie, ils rentrent en leurs droits sans que cette déclaration de liberté leur soit d'aucun préjudice hors le temps d'icelle, et les Etats en auront néanmoins assez de leur côté , se conduisant sagement et avec une bonne union , tant entre eux qu'avec leurs amis , pour maintenir, je dis avec Justice même, qu'ils sont libres perpétuellement.
Or, Je vois bien que les archiducs ne se soucient pas de s'obliger, et le roi d'Espagne de souffrir et dissimuler, mais qu'il ne veut rien déclarer et promettre pour quitter ses droits; et c'est ce que les Etats veulent avoir , et qu'on leur a toujours promis , et qui est aussi contenu en la première trêve , sans quoi ils ne fassent Jamais entrés en aucune conférence. Ainsi faut-il dire, s'ils y persistent , qu'ils ont toujours eu envie de rompre, ou bien qu'ils se sont changés sur l'espérance des propositions qu'on a faites par delà, qui néanmoins ne peuvent faire obtenir la trêve ici sans ce fondement sur lequel tout a été bâti. Essayez done , monsieur, de les vaincre s'il est possible I «n conftrant avec don Pedio , comme
nous ferons id en conMrantavee leurs i^t^, ou n'attendes rien de nous. Encore auroDB-nmu assez à faire envers les Etats, pour obtenir qu'ils se contentent de ce mot de Ubertéy sans y ajouter celui de souveraineté y et de leur fUre consentir que le roi d'Espagne et les archiducs dé^ ciarent simplement qu'ils ne prétendent rien sur eux, sans y ajouter pour toujours , ou bien tani pour le prisent ^ue pour P avenir; aussi ne vou en osé-Je rien promettre. Bien me semble-t-il que nous devons maintenir ouvertement, de la part de Sa Miyesté , que cela leur doit suffire, et n'omettre rien pour leur foire appréhender qn^elie sera très-mal satisfMte d'eux s'ils le refusent, et aura même sujet de les abandonner. Mais s'il avient qu'ils se mettent en ce devoir, et que l'Espagnol au contraire soit rétif de son côté, et ae veuille accorder ce que dessus, la fhute de la rupture sera du tout à lui , et n'y a plus personne qui ne les en doive tenir pour auteurs.
Je ne laisse pourtant de prévoir de grandes difflcultés la guerre venant à continuer, soit que nous secourions les Etats , ou que nous les abandonnions ; car, si nous les secourons , nous sooi' mes en danger d'avoir la guerre ouverte avec le roi d'Espagne, lequel publiera sans doute qnela paix a été rompue sur le point de la religion, et n'aura besoin pour le Justifier que de l'^rit des Etats que Je vous ai envoyé , lequel est très-mal fait , combien que la vérité soit qu'il a insisté si précisément sur ce point de la religion , plutôt pour révoquer indirectement la souveraineté qu'il avdt accordée, que pour autre raison. Or^ cette créance peut faire du mal, et servir de quelque prétexte à ceux qui auraient maiitai« intention si un puissant ennemi venoit à se dé* couvrir. Il y a aussi trop de sii^et de douter da roi d'Angleterre , les ministres duquel s'enten^ dent ici secrètement avec ceux qui veulent li guerre, et ne cèdent Jamais à nos raisons qa'^ regret , et après avoir reconnu que nous ne lais* serons de faire sans eux ce que les prions de fairt avec nous; et néanmoins ils donnent à déeoo' vert toute assurance de leur affection aux d^ tés des archiducs. Je n'oublie pas de iUre oonnoitre ces artifices et déguisemens au sieur Richardot ; mais il semble qu'il se promet beau* coup de leur amitié, et y ajoute toujours que Is roi d'Angleterre n'oseroit rien faire contre eoX' Or, quand J'entre en considération qui P^^ mouvoir ledit Roi à désirer cette mptare, j« n'en trouve point d'autre cause, sinon qu'il eroit, la guerre venant à continuer^ que Sa Miyesténi voudra laisser les Etats, mais sera comme oWi' gée à les secourir et d'un seeours qui ne pourra élreseeretjetfuanlàlui, 4Q'tt tairpsutprt*
DU PBfsiMNt ISÀNNlNi
nettre Secrètement quelque chose d Wrée , pour les y embarquer, et le faire si à couvert qu'il paisse nier à l'Espagnol de l'avoir fait ; qui proi eédant ainsi , toute la haine tombera sur nous , I et par ce moyen il aura non seulement gagné ce point de rompre les alliances qu'il craint que la France et l'Espagne fassent ensemble par la paix, mais II nous Jettera peut-être en guerre l'un contre l'autre, qui est ce que vraisemblablement il désire le plus, et dont il pense recueillir plus de profit; car, quand il ne voudra être que spectateur, cette guerre assurera son repos; et s'il a volonté de fséilre pis , il en prendra l'opportunité lorsqu'elle se présentera.
D'autre côté, si nous abandonnons les Etats, BB cas que la rupture de la trêve avienne par la • ; foute du roi d*Espagne, il semblera que la crainte de leurs armes nous ait détournés de les secourir, et cette créance diminuera notre réputation, nous fera tomber en mépris, et n'ôtera pas le désir au roi d'Espagne de nous attaquer s'il en a envie, et peut-^tre lui en accroîtra le moyen. L» Etats ne perdront pourtant courage ; mais Il est certain qu'ils rentreront plutôt en guerre , qoelque foibles qu'ils soient, que d'accorder paix ni trêve à longues années à autres conditions que celles ci-dessus déduites. Déjà , disentils entre eux. J'entends ceux qui veulent la guerre à quelque prix que ce soit , que ^ s'ils sont abandonnés, il fiaut perdre et quitter quelques lilles et partie des provinces éloignées , qui les afifofblissent plutôt que de les fortifier, à cause des grandes dépenses qu'il leur convient faire pour les conserver, et démanteler aussi quelques places des moins importantes; en quoi faisant, ils auront encore de quoi entretenir quarante mille hommes de pied et deux mille cinq cents fhevaux trente ans durant, outre leur équipage de mer, et qu'avec ces forces ils seront sufflsans pour mater celles d'Espagne, épuiser leurs flnanees, et enfin leur foire venir la volonté d'offrir m autre saison ce qu'on leur aura maintenant reftiaé. Et Je crois même que tous indifféremment prendront plutôt cette résolution que d'accepter une trêve qui ne leur donne la liberté, qni est trop avant imprimée en leurs esprits poar la quitter. Il aviendroît aussi, en abandonnant les Etats, qu'ils perdront toute affection ttvers nous , et oublieront nos anciens bienfhits., Xi' Anglais sera aussi mieux avec eux par ce itKiyen; car ils imputeront ce qu'il ne fera pas À foiblesse et faute de moyens , et ce que nous ne ferons pas à faute de bonne volonté , ou pour étn de nouveau conjoints d'amitié avec le roi d'Espagne; et peut-être que l'Anglais fera d'entik qaekpit eftort pour acquérir du tout leur
amitié , et les induire après de se mettre en paix avec son intervention y y ayant apparence que le roi d'Espagne consentira volontiers de le faire par son moyen, et en le séparant du tout, en*semble cet Etat d'avec nous , pour nous faire la guerre après avec plus d'avantage.
Je ne vois donc rien de mieux pour éviter tous ces inconvéniens , sinon qu'on essaie de persuader au sieur don Pedro qu'ils ne doivent refuser cette trêve aux conditions susdites, et que Sa Majesté , se maintenant en créance et amitié avec les Etats, et les deux rois fiaisant aussi les alliances qu'on met en avant, elle aura moyen, la trêve étant finie, de les rejoindre par bonne conduite avec les Etats qui sont à présent sous les archiducs , leur en donner grande espérance, et d'y faire par effet tous offices de bonne foi , Jusqu'à leur dire qu'on les abandonnera s'ils y contredisent lors; mais de le donner par écrit suivant l'ouverture du nonce, il est malaisé de le flaire si secrètement qu'il ne soit su , et que par ce moyen Sa Majesté n'en soit blâmée ; et quand nous serions si discrets que de nous en taire, ils le publieront eux-mê*^ mes pour nous mettre mal avec les Etats , et nous y faire perdre tout crédit, ne voyant pas que les alliances qu'on projette, qui ne sont que chimères à cause du bas âge des enfans, soient sufiisantes pour nous assurer que ces princes doivent toujours être en bon ménage durant la trêve , et lors aussi qu'elle viendra À finir. On y peut encore ajouter le bien qui doit arriver à la religion si cette guerre cesse, laquelle empêche la conjonction et amitié de ces deux grands rois, et au contraire le mal, pource que si elle continue à cause du redis que les Espagnols au^^ ront fait d'accorder la trêve. Sa Majesté ne pourroit abandonner les Etats sans trop de blâme. Et s'ils répliquent que ce seroit donner secours pour établir une religion contraire à la sienne, il y a des réponses : à savoir, que les Etats^ pour avoir ce secours, consentiront plutôt de rétablir l'exercice de la religion catholique en quelques endroits, et de laisser pai*tout leur Etat la liberté aux catholiques en leurs maisons sans y être recherchés ; étant bien vrai que sur ce que Je leur ai déjà remontré , ceux qui ont plus de part en la conduit^ des affaires m'ont donné grande espérance d'y faire pourvoir en la fhçon susdite , ce que toutefbis ils ne voudroient aucu** nement accorder k leurs adversaires par traité , et en faisant la paix avec eux. On leur peut encore dire que le roi Henri II en fit bien autant en faveur des protestans contre l'empereur Charles V, lesquels n'étolent en guerre contre lui que pour le fldt de la religion , combien qu'au même
IfBGOCIATiaiVS
temps qu'il leur d<Minoit ce secours il lit brûler dans son royaume ceux qu'on nommoit lors hérétiques, étant induit à leur donner ce secours par raison d*£tat, et pour arrêter l'ambition d'un prince qui cherchoit à s'agrandir au préjudice de qui que ce fût. Les députés des archiducs doivent voir les Etats, et leur dire qu'ils ne peuvent rien accorder pour la paix que ce qu'ils ont dit et proposé, leur faire entendre aussi les raisons qui les ont mus de ne se déclarer plutôt pour le foit de la religion , puis y ajouter qu'ils sont prêts et disposés de traiter sans remise de la trêve à longues années, dont les députés des rois et princes qui sont ici leur ont fait l'ouverture, après l'avoir proposé aux Etats, sans se déclarer plus avant sur les conditions.
Les députés d'Angleterre nous étant venus voir le jour d*hier, nous firent grande instance d'aller derechef vers lesdits députés des archiducs, pour savoir d'eux s'ils veulent traiter la trêve on non aux conditions susdites. Or, ils estiment qu'ils feront difficulté de se déclarer si avant, et cela étant rapporté aux Etats , comme Ils disent que devrons faire, afin que les choses ne soient plus tenues en aucune longueur, qu'à l'instant ils rompront tout sans en vouloir plus oûir parler; au contraire, s'ils consentent de traiter sur lesdites concKtions. Ceux qui veulent la guerre pensent avoir encore assez de pouvoir pour faire dire qu'on doit renvoyer les députés aux provinces, afin de les consulter sur cette trêve , dont aucuns d'entre eux disent n*avoir eu charge , comme il est vrai , et par ainsi faire par leurs menées que les députés aient assez de pouvoir pour rompre tout, mais non pas pour accepter cette trêve. Il est certain que lesdits députés d'Angleterre nous étoient venus voir à ce dessein , et je sais par qui ils avoient été embouchés et induits à ce faire. A quoi je leur répondis que toutes longueurs nous étoient ennuyeuses aussi bien qu'à eux ; qu'il ne tiendra pas à nous que les députés des archiducs ne se déclarent promptement sur le tout ; mais quand ils répondront qu'ils sont prêts de traiter sans remise^ et de déclarer leur intention surtout de la première conférence avec les députés des Etats , il ne sera pas raisonnable de les presser plus avant; pouvant dire qu'il ne sert de rien de parler des conditions si les Etats ne sont résolus d'entendre à ladite trêve. Sur quoi nous eûmes plusieura disputes, et fus contraint de leur faire connoltre que je voyois bien à quoi tendoit cette proposition.
J'ai bien considéré ce que vous me mandez touchant les alliances de nos enfans avec ceux d'Espagne; je crois que ce n'est pas l'intention du Roi de les fidre , que la paix ou longue trêve
ne soit arrêtée ici ; car seroit un témoignage certain que Sa Majesté veut abandonner les Etati au cas qu'ils ne sortent de cette guerre, et perdre entièrement l'autorité et créance qu'elle a parmi eux. Quand elle les fera, même après la trêve, encore y vois-je cet inconvénient, que les Etats n'auront plus aucune espérance d'être secourus d'elle, si, la trêve finie, la guerre vient à se renouveler, par ainsi se rejoindront du tout avec l'An, gleterre, comme avec le seul Etat duquel ils pourront espérer secours, outre ce que la oonfprmitéde leur religion rendra leur amitié plus entière et assurée ; et ne sais pourtant si nous gagnerons quelque chose par le projet de ces mariages, qui sont toujours incertains à cause du bas âge des enfans^ jusques a ce qu'ils soient en âge pour les consommer.
On peut craindre aussi qu'en refusant ces alliances, ou disant qu*il faut attendre le temps, l'Espagnol n'en demeure offensé, et recherche avec plus de soin et d'affection celle d'Angleterre, et s'ils se oonjoignent, soit avec mariage ou non, que nous les ayons tous deux ensemble pour ennemis. Mais l'alliance défensive avec l'Angleterre qu'ils offrent^ ainsi que M. de La Boderie a mandé, feroit éviter cet inconvénient, ou bien en faisant des mariages avec les enfans des deux rois, Dieu nous en ayant donné assez pour y parvenir ; et peut-être même que monseigneur le Dauphin , si on ne veut donner pour lui la ûile d'Espagne qu'avec cette clause de renonciation, seroit aussi bien avec la fille atnée d'Angleterre; et quand on ne le voudroit faire sans le mariage du prince de Galles avec la nûtre , il nous en resteroit encore une pour la marier avec le lils d'Espagne auquel on veut destiner la succession de TEtat que tient l'archiduc , l'Infante mourant sans enfans, par lequel mariage on entend faire la séparation projetée. Mais considérez aussi, s'il vous piaf t , que ce mariage, avec ladite séparation de l'Etat des archiducs, donnera grande appréhension aux Etats que les deux rois ont dessein de rejoindre avec le temps, du moins la trêve finie , les Provinces-Unies; et, quand on s'en pourroit taire , la chose se fait croire de soimême. Ainsi notre amitié leur sera dès lors suspecte, et auront recours au même appui ci-dessus déclaré. Et à la vérité, quand je me représente avec quelles conditions le nonce, ministre en cette action du roi d'Espagne, plutôt que médiateur, propose le mariage de monseigneur le Dauphin , et le dernier aussi par le moyen duquel on prétend faire cette séparation des Pays-Bas, je n'y trouve que de la honte sans profit ; car , au premier , qui pourroit conseiller À Sa Miy'esté te mariage de nKmseigneur le Dau-
BU PuiSTDENT JEÀNNIN.
PMq avec la renonciation qu'on l'equîert , il vaudroit mienx se contenter de ia seconde fille, plus éloignée des successions qu'on craint qui nous puissent arriver par le moyen de ce mariage , pourvu que cette renonciation n'y soit point mise, et si on ne veut faire ni l'un ni l'autre sans cela, s'en abstenir du tout. Les princes font bien çuelquefois des choses honteuses qu'on ne peut blâmer quand elles sont utiles à leurs Etats; car la honte étant couverte par le profit 0» la nomme sagesse y comme au contraire ^ si le profit n'y est points elle est tenue pour lâcheté au prince, ou bien pour quelque faiblesse qu'il reconnoît en son Etat.
Or, nos affaires sont, par la grâce de Dieu, , et la grande vertu et réputation de notre Roi, \ en état si florissant , que rien ne nous force de ■ prendre un conseil si abject et indigne de notre bonne fortune. Je trouve encore de la honte au dernier mariage , puisqu'on ne le veut point faire si Sa Majesté ne s'oblige et donne par écrit une promesse , qu'on dit devoir être secrète , non seulement d'abandonner les Etats lorsque la trêve sera finie, en cas qu'ils ne veulent consentir à la réunion prétendue , mais aussi d'employer nos forces pour les y contraindre ; car ii est certain qu'il faudra venir à ce dernier remède, pource qu'ils n'en feront jamais rien de gré à gré, et encore moins à notre prière, si nous faisons ces mariages ; car à l'instant qu'ils nous verront alliés avec l'Espagne , nous leur serons suspects , et chercheront d'autres amitiés qu'ils trouveront en Angleterre , et peut-être qu'au bout de la trêve le prince de Galles , qui sera lors grand et en ége florissant pour se faire craindre et respecter, aura d'autres conseils que son père, et ne craindra point de venir aux armes pour les conserver.
Le mieux sera donc, à mon avis , de faire un traité secret pour le dernier mariage, lequel contienne cette séparation pour le regard de l'Etat des archiducs, et que, par le même traité secret, le Roi confirme de nouveau le traité de paix de Vervins , par lequel il est expressément dit qu'ils ne pourront assister et secourir les ennemis l'un de l'autre, qui est en effet obliger le Roi d'abandonner les Etats, s'ils ne se veulent soumettre à la réunion qu'on prétend à conditions raisonnables , et qui aient de la sûreté pour eux ; et cette obligation néanmoins, faite en la forme susdite, ne lui est déshonorable; mais de désirer plus, à savoir, qu'il convertisse lors ses armes contre les Etats s'il ne les peut gagner par persuasion , il n'est pas raisonnable de Ty obliger maintenant , et suffit de leur dire que, l'alliance effectuée, il y sera intéressé , et qu'on doit attendre de lui
n. C. D. M. T. IV,
tous bons offices, et son assistance même, sans l'y obliger par autre lien. Mais l'espérance de tirer quelque fruit de cette alliance et projet de séparation et réunion , est que ce traité demeure secret, afin que Sa Majesté, conservant la créance et l'autorité qu*elle a dans ce pays, puisse mieux aider à effectuer ce qu'on désire, et empêcher que les Etats , appuyés toujours de notre amitié, ne pensent avoir besoin de recourir à quelque autre : aussi ne serviroit-il de rien de publier ce traité, à cause du bas âge des enfans, qui 6te tout moyen d'assurer ce qu'on fera. Je vois bien qu'on pourroit, dès maintenant, faire sortit les Espagnols ; mais tout cela serviroit de peu, et si en le faisant on voudroit aussi faire sortir les étrangers de cet Etat, chose difficile à leur faire consentir, d'autant qu'ils n'ont assez de soldats chez eux pour se garder. Et pource que tout ce que dessus a beaucoup de difficultés, je retourne toujours à mon premier avis, que si on pouvoit induire le roi d'Angleterre à une bonne et ferme amitié , et la confirmer par alliances qui ne nous empécheroient néanmoins de faire ce dernier ma* riageavec l'Espagne, que ce seroit encore le plus assuré conseil ; mais je me défie de sa prudence, et que sa mauvaise volonté envers nous ne lui fasse prendre d'autres conseils. Je crains aussi, pendant qu'on fait semblant de négocier avec nous par un ambassadeur si solennel, qu'on ne traite sérieusement avec lui ; et cette conjecture doit être tenue pour vraisemblable , s'il demeure obstiné à rejeter notre amitié, et que les Espagnols ne nous veulent non plus accorder la leur , sinon à conditions qui n'aient ni honneur ni sûreté pour nous. Mais le Roi est trop sage, et assisté de si grands ministres et clairvoyans, qu'il est malaisé qu'on le trompe ; et pour moi je suis bien empêché à ma tâche , que je prie Dieu vouloir conduire à bon port.
Je suis, monsieur, votre très-humble et trèsobéissant serviteur, P. Jeannin.
A La Haye, ce vingt-neuvième d'août 1608.
Autre lettre dudit sieur Jeannin audit sieur de Villeroy y du trentième d'août 1608.
Monsieur, mes précédentes lettres sont du jour d'hier, auxquelles j'ajoute ce mot pour vous informer que la plupart des Etats et enfin tous, fors la province de Zélande, se disposent à la trêve à longues années , mais ne se contentent pas que la tiberté leur soit accordée en la forme contenue en notre écrit, et veulent que soit avec l'expression requise, pour en exclure perpétuellement le roi d'Espagne et ses successeurs. J'ai bien prévu que la difficulté tomberoit là-dessus, en quoi nous sommes fort empêchés ; car , quand on con-
NEGÔCtÀTIÔNS
teste pour faire qu*ils se contentent à moins , il semble qu'on veuille favoriser les Espagnols contre eux ; puis ils disent qu'ils n'ont jamais entendu traiter , soit paix ou trêve à longues années , que sur cette présupposition , que la souveraineté leur demeure pour toujours, et si les Espagnols n'entendent raccorder ainsi, qu'ils n'en veulent ouïr parler ; comme au contraire si c'est leur intention, qu'ils ne doivent faire refus de l'exprimer si clairement qu'on ne la puisse Jamais révoquer en doute; outre ce que les Etats tombent tous en cette opinion, n'y ayant personne d'entre eux qui y ose apporter quelque modération, quand cela même devroit être cause de rompre la trêve. Les députés d'Angleterre et d'Allemagne les fortifient en cet avis, et jugent raisonnable qu'il soit ainsi fait ; et aujourd'hui même nous étant assemblés avec eux^ nous avons reconnu ouvertement que c'est leur intention. Nous serions aussi volontiers de cet avis qu'eux, n'étoit que nous voyons que c'est pour venir à une rupture , et néanmoins on couvre ce dessein par une apparence plausible , et comme s'ils le faisoient pour la sûreté des Etats, voulant par là acquérir leur grâce, et faire croire, s'ils peuvent, qu'en donnant des paroles ils leur sont plus affectionnés que nous qui donnons de bons effets.
D'autre côté, quoi qu'on dise au sieur Richardot, il demeure immobile, et pense que j'ai déjà trop gagné sur lui de lui avoir persuadé à moitié de se soumettre à notre écrit ; mais je tiens pour certain que ce ne sera rien s'il ne passe plus outre, sans user de circuits et remises sur cet article où ils sont les plus sensibles et moins ployables. Faites ce que vous pourrez par delà , s'il vous plaît, et nous en ferons autant ici. Et néanmoins Je me suis déjà tant déclaré, que chacun croit que nous poursuivons avec trop de passion cette trêve, et semble, qui ne pourra mieux, qu'il les faudra laisser rompre ; car après s'être séparés chacun pensera au péril auquel il se va précipiter, et seront peut-être mieux disposés, d'une part et d'autre, à écouter les bons conseils qu'on leur donne qu'ils ne sont à présent. Je vous supplie très-humblement que nous ayons souvent de vos nouvelles, et que tout ce qui touche la négociation commune soit toujours exprimé par les lettres que le Koi nous écrit. Je suis , monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur,
P. Jeannin.
A La Haye, ce trentième d'août 1608.
Lettre de M. Jeannin à M, de La Boderie , du^ dit jour trentième d'août 1608.
Monsieur, je ne vous ai pas encore donné avis de mon retour ici : il y a aujourd'hui quinze jours
que je suis arrivé , pendant lequel temps tes dépûtes des archiducs ont fait une proposition qui a du tout rompu la paix , comme elle eût &it dès le premier jour de la conférence, s'ils l'eussent lors mise en avant : c'est que l'exercice public de la religion catholique soit remis par tout cet Etat , et qu'ils se départent dès à présent du commerce des Indes. Ils se fussent encore accommodés sur ce dernier point, mais, pour le premier, leur volonté n'a jamais été de rien accorder par traité et sur la demande de leurs adversaires , se montrent même fort offensés de ce qu'on leur a céié si long-temps cette proposition, en sorte qu'ils sont plus animés et désireux de rentrer en guerre qu'ils ne furent jamais , publiant hautement que les Espagnols n'ont recherché cette conférence que pour tromper. Voyant cette rupture, nous avons mis en avant, suivant le commandement du Roi , une trêve à longues années à messieurs les députés d'Angleterre et à ceux d'Allemagne ; nous leur en avons dit les raisons et conditions^ qu'ils ont enfin, après quelques disputes , approuvées; puis elle a été proposée, d'un commun avis , à l'assemblée générale des États ^ conformément à l'écrit que je vous envoie. Tous les gens sages, du côté des Etats, la désirent et trouvent bonne de cette façon , et j'espère qu'enfin le plus grand nombre suivra cet avis; mais c'est encore chose fort douteuse et incertaine; car ceux qui ne peuvent approuver que la guerre le traversent , et y apportent toutes sortes de contradictions ; et le nombre en est accru à cause de la haine qu'on porte maintenant aux Espagnols, et de la mauvaise satisfaction qu on a de leurs procédures. D'autre côté les députés des archiducs s'y rendent fort difficiles, même sur le premier article concernant la liberté, sans lequel toutefois tout le surplus seroit inutile. Nous essayons de persuader les uns et les autres, y sommes fort empêchés , et ne savons encore quel en sera le succès. Si les deux rois étoient mieux ensemble , ils seroient arbitres de tout , et leur avis apporteront contrainte et nécessité aux deux parties de le suivre ; mais nous reconnoissons trop que ce que nous désirons en effet , qui est cette trêve puisque la paix est rompue, les Anglais feignent de le vouloir , et y apportent seulement l'apparence, crainte d'offenser les Espa* gnols, mais sous main fout tous mauvais offices pour Tempécher. Pendant que j'étois en France je n'omis rien pour persuader qu'on devoit rechercher l'amitié du roi d'Angleterre, s'allier étroitement avec lui , et préférer cette conjonction à toutes autres. Sa Majesté n'y est qu'assex bien disposée , comme sont aussi ses priiicipaux ministres; mais Us ont toujours très-mauvais6
DU PBESIDENT JE.4NNtf^.
opinion de sa volonté envers nous , et tiennent que tout ce qu'il dit et fait à présent, ne sont que dissimulations pour tromper et rompre ce que don Pedro poursuit.
La lettre du Roi et celle de M. de Villeroy , que votre secrétaire emporta, ensemble ce qu'on Jui en dit de bouche , vous auront pu instruire de leurs raisons, et que si on s'approche sincèrement et sans art de votre côté. Sa Majesté s'avancera encore davantage. Vous y voyez plus clair mahitenant, et vous m'obligerez de m'en mander ce que vous estimerez qu'il est à propos que Je sache , pour m'en servir en la conduite de l'afTalre qui m'a été commise. Si nous ne faisons mourir à ce coup cette longue et misérable guerre , Dieu la réserve encore pour servir de lemence et préparatifs à quelque plus grand trouble en la chrétienté, n'étant possible qu'elle se contienne à l'avenir dans l'étendue de ce petit pays. J'en Juge ainsi, le prévois et le crains. Si ne mettrons-nous pas de l'huile dans ce feu , et ne l'attiserons non plus avec l'épée ; mais tous ceux qui feignent avoir même volonté n'en usent pas ainsi, plutôt en haine et par jalousie contre nous que pour autre considération. Je vous baise très-humblement les mains, comme fait aussi M. de Russy, et prie Dieu , monsieur, qu'il vous maintienne en tout heur et prospérité.
De La Haye, ce trentième d'août 1608.
LeUre de M. de Puysieux à M, Jeannin y du dixième de septembre 1608.
Monsieur , il y a cinq ou six Jours que M. de Villeroy a été travaillé d'un dévoiement avec tant de violence, que non seulement le mal Ta* voit rendu inhabile à l'exercice de sa charge , mais aussi avoit donné quelque appréhension à ses amis et serviteurs; et comme il a été soudain et véhément, aussi n'a-t-il été durable. Il en est donc heureusement délivré par la grâce de Dieu et la bonne assistance des médecins , ne lui en étant demeuré que la fbiblesse. Le courrier Picault nous a apporté votre dépêche du vingtquatrième du passé en ce lieu le deuxième du présent, de laquelle j'ai fait au Roi entière lecture , et l'ai depuis envoyée par son commandement à M. le chancelier, pour être communiquée 4 MM. de Sully et de Villeroy. Sa Majesté dit ^'il n'y échet encore aucune réponse , remettant 4 TOUS faire savoir ses intentions sur ces dernières rencontres après qu'aurons reçu celle que Vous nous promettez. Cependant elle m'a ordonné de vous faire savoir, pour témoigner toujours le soin et la protection qu'elle veur prendre des affaires de messieurs les Etats, qu'elle estime que les Espagnols, reconnoissant avoir offensé
et irrité les Provinces-Unies par cette dernière déclaration, et leur avoir donné Juste raison de croire qu'ils cherchent prétexte de se dédire de la cession de la souveraineté , et d'éviter autant qu'il leur sera possible de venir à la conclusion du traité de paix, voudront sourdement faire des préparatifs pour surprendre au dépourvu les Etats , en cas que sur ladite déclaration ils se résolvent à la rupture , et s'avantager sur eux par quelque surprise, pour après continuer la guerre devant que les autres soient, ou en état suffisant de se défendre, ou assurés du secours de leurs amis , alliés et autres intéressés en la manutention de leur cause. Elle est donc d'avis que vous représentiez en secret au sieur de Barneveldt, sans toutefois lui donner l'alarme trop chaude y qu'elle a quelque opinion que cette armée navale d'Espagne , composée de plus de sept ou huit mille hommes, la plupart espagnols, vieux soldats tirés des garnisons d'Italie, n'est point dressée directement , ainsi qu'ils le publient , contre Laracheen Afrique. Bien estime- t-elle, s'ils Jugent que cette entreprise leur puisse réussir, qu'ils la tenteront , et , bien qu'ils l'emportent , ils ne laisseront pour la garde dlcelle place que quinze cents hommes, et pourront tout d'un coup , et sans presque qu'on s'en aperçoive, faire descendre le reste à Dunkerque en peu de temps, pour après s'en servir et prévaloir selon les opportunités et les conseils que l'état et constitution des affaires des Pays-Bas leur donneront, qui ne seroit pas une petite force pour un commencement; car quand ils font venir leurs troupes d'Italie, il en demeure d'ordinaire, pour la longueur et incommodité du voyage, un tiers et souvent la moitié en chemin, et ce qui arrive à bon port quelquefois même assez inutile aux factions pour quelquetemps; mais en cette conduite par mer il ne s'en perdroit un seul , seroient frais à leur arrivée, et prêts à être employés où l)esoin seroit. Messieurs les Etats ne doivent donc , pendant qu'on les entretient d'incertitude et les repaît de vaines espérances, négliger de pourvoir d'heure à leurs affaires et à la sûreté de leur Etat, autant que leur soin, vigilance et forces présentes peuvent requérir. Mais il suffit de te* nir ce langage en particulier audit Barneveldt , et même aux autres que vous jugerez en pou* voir profiter à l'avantage de l'intention du Roi ; car d'en faire plus grand bruit , il sembleroit que nous voulussions trop brusquement changer de conseil et de conduite en leur endroit , et les porter à la reprise des armes, ce qui les rendrolt ou plus prompts et assurés à désirer d'être édaircis de la volonté de Sa Majesté pour leur assistance en cas de rupture , et qui seroit en*
core trop hors de saison en Tincertitude en laquelle nous vivons de rioclination des Anglais pour ce regard, ou bien étant découvert, feroit redoubler aux Espagnols leur opinion et leur plainte, quelque langage qu'ils aient tenu du contraire à Sa Majesté, qu'elle ne se porte ni ses ministres avec l'affection et sollicitude qu'elle leur a promis à faciliter et avancer la négociation de la paix. Voilà ce que j'ai eu charge de vous écrire, attendant que l'on le fasse plus amplement sur toutes les occurrences par lesquelles, c*est-à-dire par la conduite des Espagnols, il est facile à juger qu'ils n'ont point accordé la souveraineté qu'en intention de tromper et s'en servir à l'avantage de leurs desseins; car en voulant qu'il soit dit par le traité de paix que l'exercice libre de la religion catholique soit par tout le pays et en tous lieux d'icelui, et que cela est en récompense de la souveraineté qu'ils ont quittée, c'est se préparer le chemin et le prétexte pour débattre ladite souveraineté , d'autant qu'il y aura toujours assez d'occasions de dire que la condition n'est pas accomplie par ceux des Etats ^ et partant qu'ils peuvent rentrer en leurs prétentions. Nous attendrons votre seconde dépêche avec impatience pour savoir la suite de ce changement. Le Roi fait état de prendre des eaux de Fougues dans deux jours par précaution seulement ; du reste il se porte très-bien , la Reine aussi , et toute leur royale famille. Je vous baise bien humblement les mains, et suis, monsieur, votre bien humble et affectionné serviteur , Puysieux.
De Monceaux , le dixième jour de septembre
Lettre de M. Jeannin à M. de Vilieroyj du \0
septembre 1608.
Monsieur, vos lettres du vingt-huitième du mois passé , qui m'ont été rendues le huitième de ce mois , m'ont mis en grande peine ; car je reoonnois la résolution d'Espagne être de faire la trêve simplement sans y rien ajouter qui puisse confirmer et assurer leur liberté; et je le tiens impossible du tout, car vous savez, monsieur, qu'ils ne sont entrés en conférence de paix ou de trêve que sur cette présupposition , sans laquelle ils n'eussent voulu écouter leurs ennemis. La première trêve le contient aussi en mots exprès, c'est pourquoi on trouve étrange ce changement; et la haine en est à présent si grande contre les Espagnols , que la conduite dont ils usent nous ôte presque tout moyen de favoriser leurs affaires. Nous avons souventesfois écrit au Roi, je le vous ai aussi mandé en particulier, ga*on ne devoit rien espérer des Etats en deux
points , l'un touchant le rétablissement libre et public de la religion catholique par traité, l'autre au préjudice de leur liberté qu'ils veulent avoir entière et sans aucune limitation. Je Tai encore répété étant par delà sur les nouvelles propositions faites de la part du nonce. Sa Majesté a toujours témoigné aussi qu elle étoit de leur avis en l'un et en l'autre, et jugeoit même que tout ce qu'elle avoit fait pour les Etats demeureroit enseveli s'ils ne sont souverains pour toujours. Je sais bien qu'elle le désireroit encore s'il se pouvoit faire , mais , s*il n'y a moyen de l'obtenir, qu'elle aime mieux la trêve simple que de rentrer en guerre ; et je considère bien les raisons de son désir si les Etats s'y vouloient accommoder , ce qu'il est impossible d'espérer, n'y ayant prières ni menaces qui soient sufQsantes pour le leur persuader. Si nous en ouvrioas la bouche, le soupçon qu'on leur donne tous les jours d'un traité secret avec don Pedro sera tenu pour vérité , quoi que nous disions et fassions pour leur en ôter l'opinion; étant certain que ce sera bien assez de leur pouvoir persuader qu'ils se contentent de la déclaration selon qu elle est en notre écrit, et qu'on la mette encore aa premier article du traité en mots dispositifs. Car, quand je dis à ceux qui conduisent les affaires que les Etats par sept de leurs députés m'avoient donné charge de faire entendre à Sa Majesté , au voyage que j'ai fait en France, qu'ils soivroient ses avis et conseils pour l'assurance qu'ils ont de son affection envers eux et de sa grande prudence, ils me répondent n'avoir jamais cru qu'elle dût désirer d'eux choses contraires à leur liberté , ni de les forcer en ce qui est de la religion ; pour tout le surplus , qu'ils témoigneront toujours les obligations qu'ils lui ont, et le grand respect qu'ils lui veulent rendre par dessus tous les autres princes de la terre. Le sieur Richardot a eu tant de conférences particulières avec moi sur ce sujet, et il peut être si bien instnât ici de ce qu'ils doivent espérer des Etats en cet endroit , qu^'à mon avis si l'affaire dépendoit de lui il l'a traiteroit autrement , mais TEspagne conduit tout. C'est donc à vous d'en parler par delà, s'il vous plaft, et de les désabuser, s'il y a moyen , de la vaine espérance qu'ils ont conçue à l'occasion de leurs nouvelles propositions, ou bien s'il est vrai qu'ils n'ont jamais eu autre volonté que de gagner le temps, les diviser entre eux s'ils pouvoient , ou retirer de leurs amis; et je les vois plus unis que jamais , et plus enaigris aussi contre eux qu'ils ne furent jamais.
Les députés qui sont ici ont pris deux délais pour faire réponse à notre proposition de ladite trêve. Enfin elle a été telle, qu'ils l'offrit t^re
pour sept ans à la suite de la première, laquelle contient la déclaration de cette liberté, mais n'en veulent par ce renouvellement; consentent de ne parler de la religion , et accordent la trêve es Indes par hostilité, ou de gré à gré , dont ils seront tenus de faire choix dans deux mois ; pour ]e surplus, promettent de s*y rendre faciles. Nous leur avons dit ouvertement que , sans assurer la liberté par cette trêve, les Etats n*y consentiront jamais. Ils n'ont pourtant laissé de continuer en leur réponse qui nous fût faite le huitième, au même jour de la réception des vôtres du vingt-huitième du passé. Il est vrai que le lendenoain matin , avant que de l'avoir rapporté aux Ëtats, le sieur Richardot vint me voir dereciief , et par mon avis en fit autant à l'endroit des députés d'Angleterre, pour nous persuader de faire, s'il étoit possible, que les Etats eussent pour agréable de traiter avec eux sur cette réponse ; mais voyant que nous persistions toujours à lui déclarer que c*étoit chose impossible, il nous pria de faire cet office pour eux envers les Etats, qu*ils leur veuillent consentir d'attendre jusques à la fin de ce mois , pource que les archiducs , après avoir vu notre écrit , et entendu ce que le sieur Richardot a appris de moi et d'ailleurs touchant la résolution des Etats, ils avoient, dès le premier jour de ce mois, envoyé courrier exprès en Espagne, avant la venue duquel ils ne peuvent faire autres offres que celles contenues ci-dessus : sur quoi lui ayant remontré que cette nouvelle demande seroit mal reçue, y persistant néanmoins, nous la fîmes approuver, mais avec difficulté , aux autres députés, et, tant ladite réponse que la demande de ce délai, fut proposée par nous le jour d'hier à messieurs des Ëtats en leur assemblée générale, qui n'y ont encore fait réponse, ce doit être pour demain. Je ne peux bien assurer de ce qu'ils feront , car ils sont tous offensés de ces longueurs et incertitudes ; si y a-t-il apparence qu'ils l'accorderont pour les raisons que leur avons dites. La lettre que nous en écrirons au Roi dans deux jours contiendra particulièrement tout ce qui s'est passé sur ce sujet, et la résolution qu'ils auront prise ; mais j'ai bien voulu vous donner ce premier avis par ce porteur, homme sûr, qui m'a promis être vers vous dans cinq ou six jours au plus. Je vous manderai par même moyen mon avis, puisque le désirez, sur les propositions faites par don Pedro, encore que je sache bien qu'il ne doit être d'aucune considération. Je ne peux, quant à moi , approuver à présent les deux traités de mariage dont m'écrivez , encore que soit à condition que tout soit rompu si la paix ou la trêve ne M^nt Mtes ici; car cette condition
est au pouvoir du roi d'Espagne , qui peut, en accordant la sûreté qu'on demande pour la liberté des Etats, obtenir la trêve, et le Roi ne peut rien envers eux sans cela. C'est donc lui qui pourra rompre , s'il veut , sans que Sa Majesté ait la même liberté : puis tout y est incertain à cause du bas âge des enfans ; ainsi montrer qu'on l'a voulu faire, ne servira que pour nous décréditer envers les Etats et les Anglais , comme vous le considérez fort sagement par vos lettres, sans que nous en tirions aucune utilité; car l'offre qu'ils font de faire venir le prince d'Espagne en France au temps qui sera convenu , et lorsqu'on voudra envoyer Madame en Espagne, semble bien donner quelque assurance pour ce mariage; mais on la pourrolt encore renvoyer aussi bien que le roi Charles VIII fit la fille de l'empereur Maximilien, aprèsqu'elle eut demeuré en France quelques années , pour épouser en son lieu Anne de Bretagne, plus riche héritière que l'autre. Ils ne disent pas de même qu'ils feront venir l'infante d'Espagne en France , en quoi doit néanmoins consister l'assurance de l'autre mariage, auquel nous avons plus d'intérêt; et quand fis le promettroient, je tiens pour certain qu'ils ne l'accompliroient jamais , ou bien remettront l'accomplissement au loin , prendront temps pour en délibérer à leur avantage; car c'est chose contre le sens commun et la prévoyance de la maison d'Espagne,decroirequ'ilsveuIentfaire un mariage par le moyen duquel il y ait quelque espérance, quoique faible et éloignée, que tant de grands Etats puissent échoir quelque jour à la France. Je considère aussi qu'ils ne parlent plus du troisième mariage qui devoit servir à faire la séparation d'avec l'Espagne des Etats que tient l'archiduc. Or c'est vraiment ce qui nous doit plus contenter , et 6ter la jalousie qui nous intéresse en tous ces mouvemens, et eux-mêmes, en y ajoutant le surplus qu'ils ne peuvent jamais espérer autrement. Je vous ai mandé par mes lettres du 29 du mois passé ce qui m'en sembloit ; je l'ai dit aussi au sieur Richardot, et fait connoftre qu*en traitant ce que dessus secrètement , et taisant de même la confirmation du traité de Vervins , il y auroit de quoi assurer l'Espagne de ce qu'ils désirent à la fin de la trêve, du moins en ce qui doit dépendre du pouvoir du Roi, et par ainsi qu'on ne devroit aucunement refuser de faire ladite trêve aux conditions requises par les Etats. Je lui ai encore dit que , pour mieux cacher lesdits traités , il seroit expédient que ledit sieur don Pedro retournât vers les archiducs comme mal content, et que le nonce seul , instruit par lui de son intention , ou avec Peckius, les achevât; qu'en y procédant de
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eette façon, le Roi conserveroit son autorité et sa créance parmi les Etats , et les pourroit mieux induire , soit durant la trêve ou icelle finie , à fliire ce qu'on désire, n*y ayant que trop de raisons pour prendre cette assurance de la foi de Sa Mcyesté. Il n'a point rejeté ce conseil , mais Je sais bien , si TEspagne n'approuve telles ouvertures , que personne n'y a pouvoir; il y a néanmoins grande apparence que si don Pedro continue comme il a commencé, sans vouloir faire la trêve ici , que sa venue a été pour tromper et nous séparer d'avec nos amis, non de faire quelque chose à bon escient. C'est pourquoi sur ce soupçon il faudroit réchauffer les poursuites d'Angleterre, et accepter la ligue défensive avec eux ; car, encore qu'aucune mention n'y soit faite du secours des Etats , les deux rois pourroient , par un traité secret à part, se promettre aide l'un à l'autre, au cas que la paix ou trêve n'étant faites, et eux venus à les secourir, le roi d'Espagne voulût entreprendre guerre contre l'un d'eux. Quand même l'Anglais feroit refus de passer ce traité secret, la ligue défensive seule ne laisseroit encore d'être fort utile , pource qu'il est bien certain que l'Anglais craint autant que les Provinces-Unies retournent au royaume d'Espagne que nous. Or, la trêve rompue, les Etats rechercheront du secours en France et en Angleterre ; et le Roi leur disant qu'il ne le veut faire si l'Anglais n'y contribue , et ne s'en obligent ensemblement l'un envers Tautre , il sera contraint d'y consentir, ou bien Sa Majesté, pour n'y entrer seule , conseillera plutôt aux Etats d'accepter la trêve pour l'année prochaine , afin de voir s'il changera d'avis , ou bien , sur la continuation de son refus, on pourra induire les Etats et les Espagnols a faire une plus longue trêve aux meilleures conditions qu'on pourra. Car, encore que nous ayons toujours Jugé ces petites trêves dangereuses, elles nous empécheroient de rentrer en guerre pour quelque temps, et peut-être nous donneroient le moyen de la détourner du tout. Cette ligue défensive serviroit aussi pour détourner l'Espagnol de nous faire la guerre s'il avoit ce dessein , et pour l'induire à faire plus volontiers la trêve dès à présent, pource qu'il jugeroit les deux rois avoir pris résolution de se joindre ensemble pour le secours des Etats, encore qu'il n'en soit fait aucune mention par icelle ligue. Cette ligue sera cause aussi que l'Anglais ne pensera avoir tant d'intérêt à empêcher la trêve que nous désirons, laquelle il essaie de rompre non ouvertement , et crainte d'offenser les Espagnols, mais sous main , pource qu'il croit, tant que la guerre durera ici, que Sa lii\{esté ne pourra traiter aucune alliance avec
l'Espagne. Il me semble pareillement qu'on pourra, avec ce commencement d'amitié, empêcher que l'Anglais ne se sépare du tout d'avec nous , et se coi\joigne entièrement à une faction qui sait mieux considérer l'intérêt de leur religion et de leurs amis, que l'Espagne ne fera jamais , quand il faudra le montrer ; ce que vous touchez aussi par vos lettres avec grande raison, et J'en fais le même Jugement.
Les députés des archiducs connoissent bien maintenant avec certitude, tant par ce que nous leur disons , et ce qu'ils peuvent apprendre de leurs amis qui sont eu l'assemblée des Etats, qu'ils ne doivent aucunement espérer la trêve sans la déclaration de la liberté selon qu'elle est requise. J'ai même dit au président Richardot, puisqu'ils n'ont pouvoir de faire autre chose que ce qui est contenu en leur réponse, qu'ils feroieat mieux de se retirer , qu'il leur seroit aussi plus honorable , et qu'après cette rupture , nous demeurant ici pour attendre ce qui viendra d'Espagne , il nous seroit plus aisé , si la réponse est bonne, de persuader les Etats , eux absens , que pendant leur demeure ici, comme il est vrai; mais ils ont toujours insisté à ce délai , et d'avoir permission de demeurer cependant, qui montre leur crainte de rompre. Les Etats l'ont aussi bien qu'eux, mais non du tout si grande ; car il sont offensés et moins appréhensifs de l'avenir. iNous Teussions bien désiré, quant à nous, pour la raison ci-dessus déduite , et pource que chacun pense à présent qu'on lui doit quitter ce qu'il prétend ; et s'il avient après tant de refus qu'il soit accordé à notre prière et par notre conduite, ils n'estimeront point que nous soyons auteurs de ce bien, mais penseront toi^'ours que lesprécédens refus ne sont que dissimulations, au lieu que la rupture étant avenue tout4-fait, ilsnousenauroient l'obligation entière. M-deVaudrenecq , fort officieux à l'endroit des serviteurs de Sa Majesté, a une affaire de laquelle M. Bernard , présent porteur , vous parlera. Je vous en parlai aussi étant par delà ; je vous supplie trèshumblement le favoriser. Je suis, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur,
P. JSÀIfNIN.
A La Haye, ce dixième de septembre 1608.
Lettre de M, Jeannin à M. le duc de Sully , duditjour dixième de septembre 1608.
Monsieur, la paix a été rompue pour les causes contenues en nos lettres au Roi dont vous avez eu communication. Nous avons proposé après la trêve à longues années , aux conditions qui sont en un écrit envoyé à Sa Mcgesté. Les députés dies archiducs trouvent qu'il y a tropi et les Etats
DU PaSSIDENT JEÀNNIff.
(p'i\ n'yaassez, en ce qui touche le premier article, mis pour assurer leur liberté qu'ils veulent avoir pour toujours , encore que la trêve ne soit qu'à certain temps ; et quoique leur ayons dit que les mots, ainsi qu'entendons les cou* cher au dispositif du traité , sont suffisans pour eo inférer que leur liberté ne sera limitée au temps de la trêve, plusieurs y contredisent. Il est vrai que les autres, mieux disposés au repos, y coDseotiroDt volontiers, et pouvons espérer qu'avec l'autorité du Roi nous les y tirerons tous. Quant aux arcliiducs , leur intention seroit de faire une trêve pure et simple à la suite de la première, soit pour huit, dix ou douze ans, sans répéter même la déclaration de liberté qui y est cooteoue , ayant pris cette espérance par le voyage du sieur don Pedro de Tolède, ainsi que j'ai reconnu par les lettres que M. de Villeroy m'a écrites du vingt-huitième du mois passé , mieux que par les propos de M. le président Richardot, qui ne s'en est découvert avec certitude que le jour d'hier ; mais il est du tout impossible de l'obtenir des Etats, lesquels ne fussent jamais entrés en aucune conférence sans être assurés de cette déclaration , et ne se contenteroient encore à présent de l'avoir selon qu'elle est contenue en la première trêve et en notre écrit , combien qu'elle soit suffisante, n'étolt la grande instance que leur en faisons de la part de Sa Majesté , et la crainte qu'ils ont d'être abandon- Dés d'elle s'ils la refusent. Les députés des archiducs avoient pris deux délais, l'un après l'autre, p)ur y répondre , attendant , à ce qu'on nous a dit, des nouvelles des archiducs, lesquels avoient wssi envoyé vers ledit sieur don Pedro. Enfin i^yont fait une réponse qui a peu contenté les £tâts; car ils persévèrent à ne vouloir donner aucune assurance pour la liberté , sans quoi les Etats ne traiteront jamais : puis enfin ont désiré ^ nouveau délai jusqu'à la fin de ce mois ^ au ^ qu'on fasse refus de la part des Etats de lifter sur leur réponse , disant les archiducs avoir envoyé en Espagne dès le premier jour de ce mois, et qu'ils n'en peuvent avoir réponse plus ^t, nous ayant priés instamment de leur faire obtenir ce délai ; en quoi on voit bien qu'ils craignent de ronapre , et n'ont d'autre côté assez de pouvoir pour faire ce qu'ils désirent pour se mettre en repos. Les Etats n'y ont encore délit^ré; nous donnerons au premier jour avis de la ^lution qu'ils y prendront.
Vous trouverez peut-être étrange, monsieur, I^e les Etats se rendent si obstinés pour obtenir ine assurance entière de la liberté , attendu que -e n'est qu*une trêve dont on parle ; mais quand 1 vous plaira considérer qu'ils ne sont entrés en
conférence que sur cette présupposition , vous jugerez que révoquer maintenant ce qu'ils ont toujours tenu pour accordé, n'est pas le moyen de les contenter; et de croire que la crainte d'être abandonnés soit suffisante pour leur faire quitter entièrement ce qu'ils tiennent si cher , il n'y a point d'apparence. Il est bien vrai que cette crainte, et le respect qu'ils portent au Roi, joints ensemble, les pourront bien induire d accommoder les autres articles de la trêve , et de se contenter encore pour celui-ci du contenu en notre écrit , qui est le mieux qu'on en puisse espérer^ mais non qu'ils s'en déportent entièrement; car ils oublient tout quand on les veut presser là-dessus, et, sans appréhender les dan« gers de la venir y ni considérer s'ils sont forts ou foibles pour se conserver, se disposent de rentrer en guerre avec même courage et union que du passé. Cet article accordé, il n'y a rien aussi dont on ne puisse demeurer d'accord , même pour le commerce des Indes consenti par les arcliiducs avec promesse de le faire ratifier par le roi d'Espagne, comme aussi de ne point parler de la religion , qui est ce que les Etats craignoient le plus. J'écris plus particulièrement à M. de Villeroy , avec lequel j'ai un chiffre , pour ne l'oser faire avec vous , monsieur , avec qui je n'en ai poiut ; aussi sais-je que tout vous est communiqué , et que cette lettre ne peut servir que pour vous rendre quelque témoignage de mon devoir , et assurer que je serai perpétuellement , monsieur, votre très*humble et très-obéissant serviteur, P. Jeannin.
A La Haye, ce dixième de septembre 1608.
Lettre de M. Jeannin à M, de La Boderie y du treizième de septembre 1608.
Monsieur, vous aurez maintenant reçu, comme j'estime, mes lettres du vingt-neuvième d'août ; aussi al-je fait les vôtres qui sont de ce même jour. Les députés des archiducs ne veulent , ou plutôt n'ont pouvoir d'accorder l'assurance que les Etats demandent pour leur liberté; c'est pourquoi ils ont encore eu recours à un nouveau délai pour tout ce mois, disant que l'archiduc a envoyé en Espagne dès le premier du mois sur ce sujet , et qu'ils n'en peuvent avoir réponse plus tôt que vers la fin d'icelui. Nous en avons prié les Etats; ils en doivent délibérer demain , mais je ne sais s'ils l'accorderont. Bref, sans l'assurance de cette liberté , la trêve sera aussi bien rompue que la paix. Je suis fâché de ce que vous me mandez avoir interrompu, ou plutôt délaissé la poursuite que vous faisiez , pource que je la juge du tout nécessaire , et en fais grande instance par deuii lettres que j'ai écrites , tant
au Roi qu'à M. de Villeroy , quand même on ne devroit obtenir pour le présent qu'une ligue défensive publique et connue d'un chacun; car on pourroit bien faire à part un traité secret concernant le secours des Etats. Et quand celui-ci ne seroit fait dès à présent, encore peut-on espérer que le roi d'Angleterre sera comme contraint d'y entendre ci-après , au cas que tout traité de paix ou de trêve soit rompu , Sa Majesté déclarant ne vouloir autrement secourir les Etats , d'autant que lui , qui a la même crainte et intérêt , ou plus grand encore que nous , qu'ils ne tombent es mains du roi d'Espagne, prendra comme par nécessité ce conseil dont il fait refus à présent pour ne vouloir offenser l'Espagne s'il n'y est contraint. J'allègue encore cette raison au Roi, que les Anglais empêcheront toujours sous main la trêve que Sa Majesté désire , jusqu'à ce que cette ligue soit faite, pour la crainte qu'ils ont des amitiés et alliances que l'Espagne poursuit avec nous , qui lui sont à présent plus suspectes qu'elles ne seroient si cette ligue défensive étoit faite ; joint qu'elle mettroit un commencement d'amitié entre nous, qui pourroit être cause de faire les mariages dont vous m'avez écrit, qu'il semble devoir être préférés aux autres desquels on parle. Je vous supplie donc de toute mon affection d'entretenir cette pratique comme de vous même, et de la réchauffer plutôt qu'intermettre, attendant que vous ayez quelques nouvelles de France, que j'espère devoir être conformes à ce que je vous mande. Et sur ce , je suis, monsieur , votre bien humble et plus affectionné serviteur , P. Jeannin.
A La Haye, ce 13 septembre 1608.
Lettre de messieurs Jeannin et de Russy au lioiy du seizième de septembre 1608.
SiBE,
Par lettres à M. de Villeroy du vingt-neuvième et pénultième d'août que le sieur Jeannin lui a écrites , votre Majesté aura pu connoître ce qui s'est passé, depuis la rupture de la paix , sur la proposition de la trêve à longues années , fisiite par tous les députés des rois et princes qui sont ici, tant aux Etats en leur assemblée générale qu'aux députés des archiducs , de laquelle nous fûmes à la vérité auteurs , les autres ayant plutôt adhéré à cette proposition pour n'offenser les Espagnols que pour l'approuver. Les Etats et eux ayant pris temps pour considérer l'écrit qui leur fut donné sur ce sujet et en délibérer, les députés des archiducs nous y firent réponse les premiers par messieurs le président Richardot et Verreiken , qui vinrent séparément en nos logis
à cet effet , et dirent qu'ils étoient prêts d'entrer en conférences avec les Etats pour s'en accorder si faire se pouvoit ; et, sur ce que nous leur fîmes entendre qu'il ne falloit plus user de circuits et longueurs, mais déclarer ouvertement et tout d'un coup leur intention , et qu'ils ne dévoient aussi espérer que cette trêve se pût faire sans accorder par eux les articles contenus en notre écrit , et consentir encore qu'ils soient éclaircis et étendus, comme il convient pour n'y laisser aucun doute , même celui qui regarde la liberté, dirent qu'ils étoient las et ennuyés des longueurs, et entendoient déclarer ouvertement, dès la première conférence , ce qui est de leur charge , et que si les Etats en font autant qoe ce sera bientôt conclu ou rompu ; mais qu'il n'étoit pas raisonnable de tirer d'eux ce qu'ils sentent suc chacun des articles de cette proposition, jusqu'à ce que les Etats aient déclaré de leur part , aussi bien qu'eux , s'ils veulent entrer en conférence sur icelle ou non : à quoi ils ont persisté , nonobstant que le sieur Jeannin , conférant avec le sieur Richardot en particulier, l'eût fort exhorté et pressé de s'en éclaircir.
Nous étant assemblés pour conférer sur cette réponse , les députés d'Angleterre furent d'avis qu'il les falloit presser de s'ouvrir sur tous lesdits articles avant qu'en faire rapport aux Etats, et savoir d'eux particulièrement s'ils n'entendolent pas que Tarticle de la liberté soit étendu, et qu'on y ajoute aussi le mot de souveraineté; ensemble que les archiducs , tant en leurs noms que du roi d'Espagne, déclarent qu'ils n'y prétendent rien pour toujours, ou bien tant pour le présent que pour l'avenir. Les députés d'Allemagne en dirent autant , sans y contester néanmoins avec tant de véhémence que les Anglais; et pour notre regard nous fîmes déclaration que nous avions le même sentiment ; mais pour ce que le sieur Jeannin avoit reconnu , par les propos du sieur Richardot , qu'il seroit très-diificile d'obtenir d'eux cet article de la liberté, ainsi même qu'il est (contenu en l'écrit , tant s'en faut qu'on peut espérer mieux, il maintint, quand les Etats s'en contenteroient , que lem' liberté seroit assez assurée, et pour toujours, pourvu qu'ils soient sages et bien assistés de leurs amis pour la conserver, en alléguant plusieurs bonnes raisons , fit même entendre la forme en laquelle il faudroit exprimer cette déclaration de liberté pour la rendre valable : mais rien ne les contenta pour lors, disant, si les Espagnols n'entendent accorder la libenté qu'à temps, que les Etats ne la doivent accepter, ni traiter cette trêve avec eux, et si c'est pour toujours, qu^iiJ* ne doivent point craindre de l'exprimer en mots
BU PHESIDENT JEÀNNIN.
si significatifs qu'elle soit hors de doute. Notre réplique fût que les archiducs tiroient avec peine ie consentement du roi d'Espagne, plus disposé , desonc^té, à faire la guerre qu'à quitter ses droits, et qu'il les falloit aider, pourvu que ce fût sans le préjudice des Etats ; qu'on savoit bien y avoir quelques personnes en cet Etat si enclins à la guerre, qu'ils voudront ajouter à cette déclaration de hberté tout ce qu'ils penseront pouvoir induire le roi d'Espagne à la rejeter, et feindront que c'est pour zèle envers leur pays, mais sera en effet pour trouver moyen de rompre , et que nous , qui désirons leur bien , ne devons favoriser cette passion.
Chacun toutefois demeura en son avis pour lors, et fut arrêté entre nous que nous rapporterions aux Etats, ie même Jour, la réponse des députés des archiducs, sans toutefois mouvoir ces difficultés. Les Etats aussi , de leur côté , prirent résolution de nous faire entendre la leur ledit jour. Ils nous dirent donc les premiers qulls avoient délibéré sur notre proposition de déférer beaucoup aux conseils des princes de la part desquels elle vient, mais nous prioient de nous éclaircir avec les députés des arcliiducs , sUs ne se départent pas du tout de parler de la religion, s'ils n'entendent pas que le point de la liberté et souveraineté soit éclairci , comme il appartient, pour faire connoftre qu'ils l'ont pour toujours , et non pour le temps que la trêve doit durer seulement, et quant au commerce des Indes ^ que leurs alliés es Indes d'Orient y soient compris; cela étant fait par eux, qu'ils aviseront s'ils doivent entendre à ladite trêve ou non; qu'ils nous ont bien assuré de ne parler aucunement de la religion, mais que nous n'avons pu découvrir autre chose de leur intention. Eux s étant là-dessus retirés pour consulter ensemble, ils retournèrent derechef avec la même réponse et prière de nous éclaircir d'eux touchant ce que dessus, avant quoi ils ne pouvoient rien dire, pource qu'ayant été trompés es précédentes conférences par l'artifice et dissimulation de leurs adversaires, ils n'y veulent plus entrer qu'avec cette assurance : ce qui fut cause que le sieur Jeannin, de lui-même, et sans en prendre Tavis des autres, leur dit que cette façon de procéder sembloit fort extraordinaire , et seroit trouvée trop iiiQpérieuse, de les vouloir contraindre à déclarer toute leur charge avant que de dire de leur part s'ils entendoient traiter ou non, et qu'en y insistant ainsi, les autres auroient trop de sujet de se plaindre et de refuser ce que nous leur demanderons. Toutefois , voyant qu'ils s'y opiniâtroient , nous nous offrîmes encore d'en ùdre l'essai pour les contenter , y ayant ajouté
de plus, sur la plainte qu'ils faisoient des députés des archiducs , que leur conduite avoit des excuses, lesquelles ils nous avoient fait entendre et connoftre , qu'ils tendoient seulement à chercher les moyens de faire la paix, autant désirée par eux que rejetée par le roi d'Espagne, aux conditions que les États la demandoient. Or, cette visite fut différée d'un jour à la prière de M. le président Richardot, qui nous dit, et aux députés d'Angleterre, qu'ils attendoient un homme envoyé par eux à Bruxelles, avant le retour duquel ils n'étoient assez instruits de ce qu'ils auroient à nous répondre.
En cet intervalle le sieur Richardot étant venu voir le sieur Jeannin en particulier^ il lui dit tout ce qui s'étoit passé es conférences susdites , et que s'ils ne s'aidoient à ce coup , que la trêve étoit aussi bien rompue que la paix , les Etats étant si sensibles en ce point de liberté , qu'on ne pouvoit espérer de rien faire avec eux s'ils n'en sont rendus contens et assurés, avec l'expression qu'ils requièrent de leur liberté, beaucoup plus grande même qu'elle n'est contenue en notre écrit. Lui au contraire se roidit , et assura qu'il n'étoit pas en son pouvoir d'accorder seulement ce qui est en notre écrit, lequel ils ont envoyé aux archiducs et en attendent la réponse, mais est bien assuré que c'est au plus s'ils consentent à ce qui est contenu en icelui , et ne le peut encore espérer. Aucunes raisons ne furent omises pour le persuader; toutefois, en acquiesçant aucunement à nos raisons pour son particulier, il montroit toujours ne le pouvoir espérer d'Espagne , et que les archiducs ont pour but de suivre ce qui en vient sans y vouloir contrevenir. Le sieur Jeannin l'exhorta de voir les Anglais, et de leur témoigner qu'ils se promettent beaucoup de leur affection , ce qu'il fit; en sorte qu'eux nous étant venus voir le jour même sur le soir, ils nous tinrent des propos tout autres que le jour précédent , et , sans alléguer aucune raison de leur changement , nous firent entendre que le contenu en notre écrit suffisoit pour assurer la liberté des Etats , et qu'il leur falloit conseiller de s'en contenter. Nous fûmes en quelque doute qu'il y eût de l'artifice et dissimulation , ou que leur contradiction étant venue de ce qu'il leur sembloit que voulions être tenus |)Our principaux conducteurs de cet œuvre , dont les députés des archiducs s'adressoient plus communément à nous qu'à eux ; enfin , priés et requis instamment de les y assister comme s'ils y pouvoient beaucoup , ils s'étoient ainsi soudainement changés pour leur plaire et en avoir le gré , étant depuis allés trouver les députés des archiducs pour leur dire ce dont les Etats nous avoient pria. Ils de-
maDdèrent derechef trois jours pour y penser et faire réponse , et ledit Jour échu , un autre délai de quatre Jours , disant avoir bien reçu quelques nouvelles des archiducs qui étoient très-mal satisfaits des procédures des Etats, aussi bien qu'eux disent l*être des leurs; mais qu'ils y faisoient encore une nouvelle recharge afin d'être pleinement instruits, et pouvoir faire une entière réponse tout à coup, pour conclure ou rompre, sans s*en découvrir autrement. Les Etats consentirent encore cette nouvelle remise à notre prière , quoique mal volontiers.
Enfm le huitième de ce mois, sur le soir , lesdits députés nous firent leur réponse ; à savoir , qu'en ce qui touche la liberté ils ne peuvent faire autre chose sinon d'exprimer au préambule la déclaration de liberté selon qu'elle est contenue en la première trêve , sans néanmoins en rien répéter au dispositif; mais que cette nouvelle trêve étant faite à la suite de l'autre , la même déclaration y étoit tacitement comprise, et s'en dévoient contenter pource que le roi d'Espagne a voit ratifié la première trêve, et si on requéroit quelque chose de plus d'eux en celle-ci, il faudroit renvoyer vers lui avec espérance fort douteuse du succès, n'étant si bien disposés à la paix en Espagne , qu'ils sont près des archiducs; pour le commerce des Indes, qu'ils l'accordoient à la charge d'avoir deux mois pour déclarer si sera par hostilité ou de gré à gré, et en ce dernier cas qu'ils consentoient leurs alliés aux Indes y être compris; et pour les autres articles, qu'ils y apporteroient autant de facilité qu'il leur seroit possible pour en sortir ; quant au temps que devroit durer icelle trêve, qu'ils l'accordoient pour sept ans. Après laquelle réponse nous ayant quelque peu conféré ensemble sur icelle, leur dîmes que les Etats ne se contenteroient Jamais de la déclaration de leur liberté, selon qu'elle est contenue en la première trêve , si on ne la répète de nouveau en celle qu'on veut faire, et si larchiduc ne s'oblige de la faire derechef ratifier au roi d'Espagne , poui*ce que la déclaration de liberté contenue en la première trêve ne fût Jamais ratifiée par lui, étant vrai que l'une n'en contient rien , et l'autre en fait bien mention, mais c'est avec cette condition expresse qu'ils établiront l'exercice de la religion catholique; ce qui n'étant fait, elle ne sert de rien non plus que la première ; qu'ils doivent considérer que les Etats ne sont entrés en conférence avec eux , sinon sur cette présupposition de liberté qu'ils tiennent avoir été accordée, et qu'en la refusant à présent, ils n'en peuvent espérer qu'une prompte rupture; mais lis ne laissèrent à
nous dire qu'ils n'avolent charge ni pouvoir de faire autres offres.
Le lendemain matin, qui fût le neuvième, M. le président Richardot vint voirie sieur Jeannin , essaya de lui persuader que les Etats dévoient traiter avec eux sur les offres susdites; et , après plusieurs propos tenus d'une part et d'autre, a^ant reconnu qu'il n'y profitoit rien, lui dit qu'ils avoient envoyé aux archiducs, dès le vingt-huitième du mois passée notre écrit, lequel contient la proposition de la trêve, et eux en Espagne un courrier exprès, dès le premier de ce mois , avec leurs lettres qui contieuneDt aussi les raisons pour essayer d'obtenir ce qu'on demande touchant le point de la liberté, dont ils ne peuvent espérer la réponse plus tôt qu'à la fin de ce mois, le priant de faire en sorte que les Etats, au cas qu'ils fassent refus de traiter sur leurs offres, leur veulent consentir ce délai. Le sieur Jeannin n'oublia rien pour lui faire connoftre que la demande de ce nouveau délai seroit prise de mauvaise part, et du tout inutile, s'ils n'espcroient d'obtenir ce que dessus en Espagne, et qu'il vaudroit mieUx , les Etats faisant refus de traiter sur leurs offres, qu'ils se retirent et se sépareut, en leur disant >que s'ils reçoi^-ent bonne réponse d'Espagne, ils nous l'enverront pour la communiquer auxdits sieurs les Etats, et revenir pour traiter s'ils l'ont agréable ; qu'aurons aussi plus de puissance d'y aider de cette façon qu'autrement. Ils ont néanmoins persisté au délai, et demeurer ici cependant. Il eu fut dit autant aux Anglais, qui nous vinrent trouver à l'instant pour nous représenter ce que jugeons bien être vrai; à savoir, que les Etats seront fort offensés de ce nouveau délai, montrant de ne le trouver bon eux-mêmes, comme nous ne faisions non plus qu'eux ; et toutefois que pour mieux Justifier la rupture, si elle avient , il nous sembloit que devions exhorter lesdits Etats de l'accorder : ce que tant eux que les députés d'Allemagne consentirent, après avoir pris résolution ensemblement d'en communiquer avec tous les députés des archiducs, et leur dire là-dessus notre avis, et la difficulté qu'il y auroit d'obtenir ce délai avant qu'en faire rapport aux Etats, et qu'il seroit aussi plus honorable pour eux de se retirer sur cette espérance qu'ils ont de pouvoir obtenir encore quelque chose d'Espagne, que de le faire comme ennemis déclarés, après ce délai expiré, au cas que le roi d'Espagne ne veuille accorder ce qu'on demande ; étant à craindre que quelques-uns du menu peuple, déjà fort indigné, et irrité de leurs longueurs, qu'ils nomment dissimulations et tromperies, ne commet-
BU P1IWP8NT ^SINNIN.
tiot lors qoo1qa6s insaleoees qui ôterolent tout «poir de récoociliation pour jamais. Mais tout eela ne servit de rieu, eux ayant toujours coutîQué a requérir cet office de nous.
Gela nous témoigne bien qu'ils craignent de rompre, et semblent avoir quelque espérance du côté d'Espagne; et néanmoins M. le président Ricbardot nous dit ouvertement que le roi d'Espagne n'accorderoit jamais la souveraineté pour toujours par la trêve ni pour la paix non plus, sinon à condition que les Etats rétablissent Texerdce public de la religion catholique par traité. [ Sur quoi , lui ayant été répondu qu'il ne falioit donc plus parler de ce nouveau délai, lequel seroit sans doute inutile, ledit sieur Roi ne voulant accorder ce que dessus, du moins en la forme contenue en notre écrit, ledit sieur président répliqua qu'ils en espéroient bien quelque chose, mais que c'étoit avec grand doute et ineertitude, ^ous en fîmes à l'instant même le rapport en l'assemblée générale des Etats, y ajoutant plusieurs raisons pour leur persuader d'accorder ce délai , non de traiter sur leurs offres, dont ils étoicnt du tout éloignés. Ils se soDt assemblés en chacune province , puis tous ensemble, et y ont consumé deux jours entiers i en grandes contentions et animosités, estimant , ■ la plupart d'entre eux, qu'il falioit rompre du tont dès à présent, et renvoyer lesdits députés; les autres, qu'il valoit mieux nous représenter derechef les tromperies et artifices dont ils ont osé, pour nous prier de trouver bon qu'on leur refuse ce délai, et quïls soient renvoyés sans aucune remise. Enfin ils se rejoignirent tous à ce dernier avis, et nous le firent entendre en leur assemblée générale, où Us étoient près de six vingts personnes, et y assistoient aussi mes* sieurs les prince Maurice et comte Guillaume.
Cette action fut faite le onzième jour de ce nrais, avec exagération de paroles aigres et véhémentes , pour nous faire connoftre combien ils étoient mal satisfaits de la conduite et des artifices et déguisemens des Espagnols. Ils nous prièrent aussi de leur faire entendre autrement tout ce qui nous avoit été dit par eux , sans s'expliquer autrement; mais nous conçûmes aussitôt ce qu'ils vouloient dire : c'est qu'ils avoient appris que M. le président Richardot avoit tenu les propos ci -dessus mentionnés : à savoir, que le roi d'Espagne ne consentiroit jamais de quitter la souveraineté et liberté qu'on requiert de lui, et par ainsi que tel délai seroit frustratoire. Nous étant retirés , les députés d'Angleterre , d'Allemagne et nous, pour en délibérer et dire notre avis , le nôtre fut d'accorder ce délai , et que les députée des archiducs demeurent cepen-
dant; celui d'Angleterre, au contraire, après qu'aurions fait assez de devoir pour témoigner notre désir à faire demeurer lesdits députés , et qu'il s'en falioit maintenant remettre à l'assem* blée générale, qui étoit à dire qu'il les falioit renvoyer; ils furent suivis par les députés d'Allemagne. Nous leur dimes là-dessus qu'il seroit trop honteux, et toumeroit à un trop grand mépris à nos maîtres, s'ils n'avoient le pouvoir de faire accorder le délai requis , et que les députés demeurent cependant, attendu que les Etats n'en peuvent recevoir aucun dommage, et que seroit aussi une grande justification pour tous si on est contraint de rentrer en guerre.
Ils persistèrent néanmoins jusques à ce que nous leur eûmes dit, puisque nous ne pouvions demeurer d'accord , que chacun diroit sou avis à part. Lors lesdits sieurs députés d'Angleterre et d'Allemagne consultèrent ensemble en la même chambre , et après se remirent à notre avis, lequel fut à l'instant rapporté à l'assemblée générale, avec toutes les raisons qu'on y peut ajouter pour leur persuader de le suivre. Sur quoi M. le prince Maurice repartit à l'instant avec grande véhémence et ardeur, et remontra que personne n'avoit plus d'intérêt à la conservation de l'Etat que lui , que son père y étoit mort, et qu'il y avoit exposé si souvent sa vie, comme il étoit encore prêt de faire, que personne ne pouvoit douter de son affection ; que la demande de ce délai n'étoit qu'une piperie et artifice des Espagnols, pour faire couler le temps de la trêve inutilement, continuer leurs pratiques parmi eux , et les empêcher de pourvoir À leurs affaires; qu'il savoit bien que les députés des archiducs, parlant à nous , nous avoient dit qu'ils n'attendoient rien du côté d'Espagne. Le sieur Jeannin lui répondit qu'ils avoient bien montré ne pouvoir assurer de ce qui viendroit d'Espagne, mais que les archiducs y faisoient tous offices et en espéroient bien; quand ainsi seroit qu'on n'en devroit rien attendre, que votre Majesté a trèsgrand intérêt, puisqu'on a déjà rompu la paix sur l'article de la religion qui le touche en particulier et son Etat, qu'on n'en fasse pas autant de la trêve, en refusant un délai de vingt jours demandé par elle et les autres députés d'Angleterre et d'Allemagne; et, s'ils le faisoient, que ce mépris i'offenseroit trop, et loi feroit croire qu'elle doit peu espérer de leur amitié , et du respect qu'elle sait être dû à ses mérites envers eux.
Après nous être retirés, les Etats se séparèrent aussi, et remirent la délibération au lendemain, étant les uns et les autres pleins de colère , passion et désir de se faire suivre, et tous très-mal
satisfaits des Espagnols, le nom desquels est devenu si odieux parmi eux, que chacun pense bien faire de leur contredire. La \enue du duc de Mantoue , qui passa à La Haye le douzième qu'ils en dévoient délibérer, fut encore cause de la remettre au treizième; auquel jour ils ont accordé ce délai et la demeure desdits sieurs députés, aux conditions contenues en l'écrit qu'envoyons à votre Majesté , lesquelles sont assez rudes; et néanmoins la province de Zélande ne les a voulu approuver, mais ont tous les députés d'icelle province déclaré qu'ils n'entendent plus assister à aucune conférence ni délibération, jus(|ues à ce que les députés des archiducs se soient retirés; et par effet s'en sont allés en leur province. Il est certain que les six provinces aiment mieux la trêve , en la forme qu'elle est requise par nous , que la continuation de la guerre. Il est vrai qu'en la province de Hollande il y a eu quelque contradiction, et qu'on fait encore ce qu'on peut pour l'ébranler, pource que si elle se joignoit à l'avis de Zélande, qui la rejette du tout , les deux ensemble conti*aindroient les autres , tenues par bonnes garnisons, de faire ce qu'il leur plairoit.
Votre Majesté voit, par ce discours des choses qu'on traite ici , combien il est difficile de faire finir cette guerre, et, si les Espagnols ne se veulent aider, qu'il est impossible du tout d'y mettre le repos , et quand ils feront même ce qui est contenu en notre écrit, qu'ils n'en pourroient ^encore rien espérer , si votre Majesté n'y apportoit son autorité avec ardeur et déclaration ouverte que, si on rejette ses avis, qu'elle en demeurera offensée. Quelque résolution qu'on prenne, soit de trêve ou de guerre, il y en aura de mal satisfaits d'une part et d'autre, étant tous si divisés en leurs opinions, qu'ils ne peuvent approuver que la leur. Nous espérons néanmoins qu'ils seront si sages de demeurer tous en un même corps ; nous les y exhorterons aussi , et ferons tout ce qu'il nous sera possible pour empêcher que ce mal n'arrive.
Nous avons été au devant de M. le duc de Mantoue lorsqu'il passa près de ce lieu pour aller à Amsterdam. Il est venu depuis ici, ce que nous n'estimions pas lors, où il a été logé, festoyé et recueilli par messieurs les Etats, visité et accompagné presque toujours par M. le prince Maurice et M. le marquis Spinola pendant qu'il a été en ce lieu , et , durant tout le temps qu'il a été sur les terres de messieurs les Etats , par M. le comte Henri, induit à faire cet office par madame la princesse d'Orange. Il a été aussi salué, non seulement par nous qui y étions obligés pour l'honneur qu'il a d'être si prochain allié
de votre Majesté, que par les dépotés d'Angle* terre. Il nous a fait cet honneur de nous rendre la visite, et a vu aussi par deux fois madame la princesse d'Orange. Il est prince sage, des déportemens duquel chacun a été fort satisfait en ce pays. Il déclare souvent qu'il est très-humble serviteur de votre Majesté, et qu'il va passer en France pour l'en assurer lui-même. Il nous a aussi exhorté d'aider à la paix , et, si elle ne se peut faire, à la trêve; que, cette guerre finie, le roi d'Espagne pensera de faire la guerre aux Turcs du côté de l'Afrique, et par ce moyen ôtera toot soupçon aux princes chrétiens d'entreprises contre eux. Nous l'avons bien fort instruit de la volonté de votre Majesté, et du commandement | qu'elle nous a fait d'y aider de tout notre pouvoir. Nous prions Dieu , Sire, qu'il donne à voire Majesté, eu très-parfaite santé, très-longue et heureuse vie.
De La Haye, ce seizième de septembre 1608.
Vos très-humbles et très-obéissans sujets et serviteurs, P. Jeànnin et Russy.
Lettre
de M, Jeannin à M. de VUleroy, dudii iour seizième de septembre 1608.
jour
Monsieur, je vous ai écrit le dixième de mois par la voie de Bruxelles, et par hom sûr. Nous écrivons maintenant au Roi tout qui s'est passé depuis nos dernières lettres j qu'à présent. J'ajouterai néanmoins ce mot particulier à vous : les passions et aniraosit pour empêcher la trêve se découvrent plus jamais. M. le prince Maurice ne se contente p de dire son avis comme du passé, mais parle presse, essaie de persuader un chacun que trêve est la ruine de cet Etat, que les Espagi les veulent tromper, et, si la trêve est faite m que notre Roi et le roi d'Espagne se join en amitié ensemble, et feront les mariages leurs enfans; ce qu'avenant, cette conjon sera cause de la ruine de tous ceux de la re! gion; que le seul moyeu de l'empêcher est renouveler la guerre, et rompre tout traité av les ennemis; car, cela étant, Sa Majesté contrainte par honneur , et pour ne perdra qu'elle a mis ici , comme aussi pour empécb que le roi d'Espagne ne s'accroisse de cet Etat de les secourir, en quoi faisant elle rompra tou amitié avec l'Espagne, et se conjoiodra pi étroitement avec eux que jamais. Et sur ce je travaille aussi avec chaleur et véhémence mon côté, comme font les autres du leur , on saie de rendre mes poursuites suspectes , co si c etoit pour favoriser les affaires d'Espa^ror non celles des Etats. Je suis néanmoins contraio d'en. user ainsi, pour ce que Je pm que d*aii
BtJ PH^SIBENT JBÀNNIïr.
leors, quand on voit qu'on ne peut diminuer l'autorité et la créance que la plupart des Etats donnent à tout ce qui vient de Sa Majesté , on essaie de leur persuader, par autre artifice, que ce que nous faisons n*est qu'en apparence et par semblant, afin que le Roi ne soit point tenu auteur de la rupture, mais qu'en effet il désire la guerre , et est tout disposé de les secourir plus puissamment même qu'il n'a ci-devant fait. On y ajoute encore que les députés des achiducs, qui ont désiré avec tant d'ardeur de demeurer ici, ont charge d'accorder tout ce qu'on demande pour la souveraineté, et tout ainsi qu'elle avoit été consentie pour la paix, et leur dit-on là-dessus qu'il faut tenir bon. Or il n'y avoit meilleur moyen pour les désabuser de cette dernière opinion qui nuit bien fort aux affaires , sinon qu'ils se fussent retirés , en disant qu'ils nous enverraient ce qui viendroit d'Espagne; mais ils n'ont voulu prendre ce conseil.
Enfin les Etats, après grande contestation, ODt accordé le délai requis, aux conditions que vous verrez par l'écrit que je vous envoie assez rudes; et néanmoins c'est encore contre l'avis de la province de Zélande, qui a dit ne pouvoir délibérer sur les affaires publiques , tant que lesdits sieurs députés seront à La Haye. Et par effet leurs députés se sont retirés, prétendant que pendant leur absence les autres provinces ne peuvent rien délibérer ni résoudre. Vous jugerez bien par cet écrit que le mieux que nous pouvons faire, est de disposer les Etats à faire ladite trêve selon notre proposition. Le président Riebardot le reconnoit bien aujourd'hui ; il sait les contentions et contestations qu'on en a tous les jours, et l'affection avec laquelle on s'y emploie, suivant le commandement que Sa Majesté en a fait. Aussi désire-t-il avoir charge de suivre le conseil que nous lui donnons, et fait ce qu'il peut envers les archiducs, à ce qu'il m'a dit, pour les y faire consentir, sur ce que je lui ai renK)Dtré qu'ils ont bonne et suffisante procuration du roi d'Espagne pour accorder, s'ils veulent , la liberté en la même forme qu'il est contenu en la première trêve, sans qu'il leur soit besoin d'obt^ir quelque nouveau pouvoir. Et encore qu'il y ait peut-être quelque chose de contraire en I^rs instructions, il y a bien grande apparence que, s'ils veulent prendre ce conseil, le roi d Espagne aura plus agréable de le souffrir et dissimuler, et de le ratifier môme feignant d'en ^tre courroucé, que d y consentir expressément a^ant le coup. Et quand les Etats n'auroient que tel traité fait en vertu de ladite procuration, sans autre ratification du roi d'Espagne, ou bien que te ratification d'icelui ne seroit en si bonne forme
que messieurs les Etats le pourroient désirer, il ne laisseroit d'être valablement obligé envers eux ; car ce n'est pas ici comme en la première trêve que les archiducs firent avec promesse de faire ratifier le roi d'Espagne, pource qu'ils n'a« voient point lors de procuration de lui pour accorder cette liberté. Il étoit requis d'avoir sa ratification en bonne forme, et celle qui fut envoyée n'étant telle, les Etats firent refus avec raison de l'accepter. Je lui ai fait cette ouverture , crainte qu'on ne vienne à rompre tout à la fin du mois, en cas qu'ils refusent de traiter, faute d'avoir nouveau pouvoir d'Espagne, lui disant néanmoins qu'il sera toujours nécessaire d'avoir ladite ratification en bonne forme , mais qu'en disant qu'on y veut envoyer homme de qualité, on pourra obtenir un plus long temps, comme de quatre mois au moins, et cependant, sans attendre ladite ratification comme non nécessaire, disposer, s'il est possible, les Etats à diminuer leurs garnisons, et les archiducs à en faire autant de leur côté^ afin d'effectuer d'une part et d'autre tout ce qui devoit dépendre de l'exécution de la trêve.
Je prévois bien qu'on pourra encore rencontrer des difficultés en cette façon de procéder du côté des Etats, lesquels ne voudront donner un si long temps pour ladite ratification, ni peut-être se désarmer avant que l'avoir reçue ; mais si ou fait tant que d'y obliger les archiducs et le roi d'Espagne même en vertu de sa procuration, il sera plus aisé après de surmonter tous empêchemens, tant d'un côté que d'autre, et au pis-aller il y aura toujours assez de sûreté pour les Etats ; mais qui le leur diroit maintenant, ils ne sont aucunement capables de prendre ce conseil. J'ai aussi dit audit sieur président Richardot ce que je vous ai ci-devant mandé pour le traité secret de l'alliance et séparation, comme aussi pour la confirmation du traité de Vervins avec le même secret , et que don Pedro retourne en Flandre comme mal satisfait, qui l'approuve entièrement , et trouve moyennant ce qu'ils peuvent faire avec sûreté la trêve suivant notre écrit, et montre à cette occasion de vouloir faire tout ce qu'il pourra pour le persuader. J'estime en effet qu'ils feront tout ce qui leur sera possible pour conclure quelque chose ; aussi le faut-il a ce coup, ou n'en rien espérer.
Quant aux Etats de la province de Zélande, ils rejettent du tout la trêve à quelque condition que ce soit. Les provinces de Frise, Gueldre, Over-Yssel, Groningue, et Utrecht, la désirent, et s'accommoderont à tout pour l'avoir. Pour le regard de la Hollande , il y a diversité d'opinions, à cause des grandes brigues que M. le prince
N^GOCtÀtlôNd
Maurice y a faites, mais le plus grand nombre veut la trêve ; mais ils demandent la souveraineté pour toujours, et néanmoins Je sais, par la conduite dont on use, qu'ils s'en contenteront suivant notre écrit. Cette province a tiré les autres ci-dessus nommées à son opinion, et a obtenu qulls ne s'en sont découverts si avant qu'ils eussent fait. Aussi est-il vrai que chacun demeure volontiers retenu , crainte de se découvrir inutilement si les Espagnols ne raccordent de leur côté. M. le prince Maurice et d'autres publieront là-dessus que l'instance qu'on fait pour obtenir cette trêve sera cause de diviser et mettre en confusion cet Etat, et il semble au contraire que la guerre feroit encore pis, y en ayant plus de beaucoup qui désirent la trêve selon notre écrit, qu'il n'y en a de disposés à la guerre; et, si ce malheur arrivoit de la division, qu'il vaut mieux être du côté de six provinces que de celle qui est seule; qu'il y a aussi plus d'apparence de la joindre à l'avis des autres que de la faire suivre ; aussi ceux qui connoissent mieux cet Etat en font ce jugement. Nous ne laissons toutefois d'en être en grande peine ; car il est certain que cette province de Zélande s'opiniâtrera jusques au bout, plutôt pour ne vouloir contredire à M. le prince Maurice que pour suivre leur propre jugement, d'autant qu'il a la voix de la noblesse qui dépend de lui, comme marquis de la Verre , puis les villes de sont à lui,
et font ce qu'il lui plaît. Middelbourg , qui est la ville principale, désireroit bien ladite trêve, mais elle ne s'est voulu désunir pour maintenant. Or les députés de cette province se promettent qu'eux rejetant du tout la trêve, les autres ne la peuvent recevoir, et que rétablissement de leur union , et ce qu'ils ont observé jusques à présent, veut que le dissentiment d'une province empêche les autres de conclure aucune chose en affaire d^mportance comme est celle-ci. Ils prétendent bien davantage que si en une province toutes les villes qui ont droit de suffrage ne sont d'un même avis, que le dissentiment d'une seule les peut empêcher de donner leur opinion , et que feu M. le prince d'Orange avoit été auteur de cette police pour mieux conserver leur union , et em" pêcher de tomber en la sujétion d*Espagne ; mais il n'est pas raisonnable que ce qui a été fait pour leur bien soit cause de leur ruine. C'est pourquoi nous leur avons déjà conseillé de vouloir exhorter les députés de la province de Zélande de n'être point déserteurs de la cause publique , et de retourner lorsqu'il sera temps pour délibérer en commun avec les autres provinces de ce qu'il sera requis pour le salut de l'Etat.
Il n'est pas besoin de fidre davantage pour
maintenant, car serott en vatn si les tspag&oli ne veulent condescendre à notre écrit. Nous y ajouterons les autres remèdes quand il sera à propos : tout dépend de tenir la Hollande bien unie en la résolution d'accepter la trêve, et chacun y travaille, qui pour, qui contre, dont j'espère bien : ce qu'avenant , les autres cinq provincesse joindront volontiers, et sera contrainte la Zélande d'en faire autant ; comme au contraire, si la Hollande changeoit , les deux ensemble, Hollandeet Zélande, contraindroient les autres de faire ce qu'il leur plairoit ; car les unes sont tenues par fortes garnisons, et celles qui sont au milieu k pourroient prendre autre conseil sans trop de péril. Vous voyez , monsieur, combien il est difficile de faire finir cette guerre , encore (pie 1« Espagnols s'y veulent aider, etqu'ilestimpossibte du tout, s'ils ne condescendent au moins à faire ce qui est contenu en notre écrit, et tout celaoe serviroit encore de rien sans l'autorité du Roi et ce que nous témoignons avec véhémence et chaleur quelle est son affection à les mettre en repos^ qui donne bien quelque prise à ceux qui essaient de persuader que c'est plutôt en faveur des Espagnols que des Etats; mais seroit bien pis si ou y procédoit avec moins d'ardeur, car on prcodroit notre froideur pour dissimulation, comnie on fait celle des Anglais et Allemands, qui à il vérité veulent le contraire de ce qu'ils feigneol vouloir, et par ce moyen les affaires iroient à codtrepoil. Je sais que cela me met très-mal avec M. le prince Maurice, et tout ce qui en dépend, dont J'ai du déplaisir ; mais mon but est défaire ce qui m'est commandé, à quoi Je continuerai de même affection dont je suis, monsieur, votit três-humble et três-obéissant serviteur,
P. Jb1K5I5.
A La Haye, ce 16 septembre 1608.
Autre lettre duàU sieur Jeannin à M. le duc A Suiiy, duditjùur seizième de septembre i^^i*
Monsieur, les députés des archiducs onteo délai et pouvoir de demeurer ici Jusqu'à la fin de ce mois, avec grande difQculté, et en faveur et considération de la prière qui en a été faite par nous de la part du Roi; c'est pour attendrt réponse d'Espagne sur l'article de la liberté contenu en l'écrit donné pour la trêve , sans assuraneede' laquelle, du moins selon qu'il est exprimé par U première trêve et notre écrit, il n'y arooycndeli faire; encore est-elle bien fort traversée, etptf tant d'artifices, que, sans l'autorité du Roi et Ha** tance pressée que nous faisons de sa part, noos ne pourrions espérer d'y parvenir, tant ces p<8pies sont enaigris contre les Espagnols, et craignent d'autre cdté que, la trêve fsdte id, ^
DV PHistDËJCt iBÀNNm.
Majesté et le roi d'Espagne ne rentrent en amitié, et fassent des alliances de leurs enfans, par le moyen desquelles ils ne tirent plus aucun secours de la France , au cas que , la trêve finie, le roi d'Espagne leur veuille renouveler la guerre , et par ce moyen qu'il ne soit aisé de les ruiner; au lieu qu'à présent ils se tiennent comme assurés que Sa Majesté, qui a témoigné si ouvertement, et par tant de bienfaits envers eux, qu'elle désire leur conservation, ne les voudra abandonner, qu'il lui sera même bonteux et dommageable de le faire. La passion fait alléguer d'autres raisons, mais celle-ci met en souci les plus sages ; et y en a plusieurs qui, à cette occasion, craignent autant la trêve qu'ils étoient désireux de la paix : J'allègue ce que Je peux pour leur en ôter l'appréhension; mais le séjour de don Pedro, et les bruits qui courent ici de ces alliances, sont plutôt cause de faire croître ce soupçon que de le diminuer, n'y ayant rien qui nuise tant aux affaires que nous traitons, ni qui empêche davantage le succès que le Roi y désire, que la splendeur de cette ambassade si solennelle , sur laquelle chacun s'imagine et bâtit des desseins déjà comme faits et conclus, encore qu'ils ne soient à grande peine enfantés. Je ne laisse néanmoins d*espérer, s'ils veulent faire de leur côté ce que les archiducs ont toujours promis et assuré au nom du roi d*Espagne dès la première trêve, qu'on achèvera encore celle-ci pour sept ou neuf ans; comme, au contraire, s'ils en font refus , il y a grande apparence qu'ils n'ont jamais voulu ce qu'ils ont fait semblant de désirer ; car ils ont dès long-temps su que les Etats ne se contenteroient à moins, encore est-il certain que plusieurs y contrediront. Il est vrai que, pour contenter ceux-ci qui désirent la guerre, il en faudroit mécontenter d'autres qui sont encore en plus grand nombre , lesquels préfèrent la trêve , et aucuns d'entr'eux, de quelque façon que ce soit, ao renouvellement des armes.
Cette diversité es opinions des villes et des provinces entières nous met en peine , et fait appréhender que quelques divisions ne puissent arriver parmi eux à cette occasion; mais ceux qui eonnoissent mieux les humeurs du pays , et ODt plus de jugement en leurs affaires , estiment que chacun, ayant fait ce qu*il aura pu pour vaincre , suivra la résolution générale de l'Etat sans prendre autre plus dangereux conseil. J'en ai la même opinion , quoiqu'il y ait des raisons pour en douter, à cause de la grande animosité et chaleur avec laquelle M. le prince Maurice , ceux de sa maison , et leurs amis et serviteurs , poursuivent pour rompre tout traité , estimant le devoir (aire, comme ils disent , pour le zèle qu'ils
ont au public, auquel leur intérêt particulier se trouve conjoint; et crois, à la vérité, que si on prétendoit faire la trêve sans assurer la liberté, du moins comme il est contenu en notre écrit, qu'ils auroient assez de pouvoir pour mettre tout en division et confusion, et penseroient aussi avoir raison de l'oser entreprendre; comme, au contraire , si elle est faite ainsi que l'avons proposé, ils seront contraints d'y acquiescer. Si le succès de cette négociation est heureux, il sera entièrement dû à Sa Majesté ; mais si son autorité et le bonheur qui accompagne sa prudence et toutes ses actions, ne peuvent surmonter les difficultés qui se rencontrent pour empêcher le parachèvement de ce bon œuvre. Dieu aura voulu laisser le feu en ce coin de la terre pour en épancher les flammes partout ; car il ne peut plus durer , et être retenu en l'étendue de si pètt de pays. Nous ferons de notre côté tout ce qu'il nous sera possible pour l'éteindre , selon qu'il nous a été commandé; et, si je ne me trompe, peu de jours nous feront voir ce qu'on doit espérer du côté des Espagnols , et en conséquence des Etats. Conservez-moi , s'il vous plaît , votre bienveillance, et me tenez toujours pour , monsieur, votre très-humble et tiès-obéissant serviteur, P. Jeànnin.
A La Haye, ce seizième de septembre 1608.
Lettre du Rai à messieurs Jeannin et de Russy^ du diX'huitième de septembre 1608.
Messieurs Jeannin et de Russy, ce courrier arriva ici seulement le deuxième de ce mois , avec votre lettre du vingt-quatrième du passé, ayant eu contraire le passage de la mer. Déjà j'avois su par la voie de Bruxelles , et des ministi*es d'Espagne qui sont ici , non seulement le succès de la déclaration faite aux sieurs les Etats , par les ambassadeurs du roi d'Espagne et des archiducs, sur les points de la religion et voyages des Indes, mais aussi l'ouverture que vous aviez faite depuis avec les députés d'Angleterre et d'Allemagne d'une trêve à longues années, vous portant la parole. Ils avoient même un double de l'écrit que vous en aviez baillé auxdits Etats , lequel j'ai depuis reçu avec vos lettres du vingtneuvième et trentième du susdit mois passée arrivées ici le dixième du présent. Lesdits Espagnols parloient dudit écrit par forme de plainte et mécontentement, comme si vous eussiez outrepassé la charge que je leur avois dit vous avoir pour ce regard commise; mais l'ayant vu, non seulement je l'ai trouvé conforme à mes intentions que vous, sieur Jeannin, avez remportées par delà, mais aussi tel que lesidits Espagnols doivent par raison s'en louer , et étoit nécessaire de le
HISGOGIÀTIONS
construire pour faire Teffet que vous recherchez; de quoi j'ai depuis rendu capable ie nonce , lequel continue toujours de s'entremettre en ces affaires avec la même ardeur et aux mêmes fins qu'il faisoit quand vous étiez ici , cependant que don Pedro de Tolède se contente de garder la maison et conserver son Sociégo.
Il est vrai , puisque la commission dudit don Pedro ne s'étend que pour le fait des alliances qu'il a proposées, ainsi qu'il a déclaré ouvertement, et que je lui ai dit ne vouloir ni devoir y entendre qu'au préalable je ne voie l'issue de la négociation de la paix ou de la susdite trêve , d'autant que je ne veux abuser son maître, ni mes amis et alliés , j'estime quïl a pris bon conseil de sui*seoir sa négociation , car elle eût été honteuse pour lui et inutile pour tous. Or j'eusse bien désiré savoir la réponse que lesdits Etats et les députés d'Espagne et de Flandre auront faite à votre susdite proposition, devant que vous renvoyer ce courrier, pour être mieux éclairci de leur disposition devant que vous en mander mon avis : toutefois, craignant la longueur à cause de la saison qui rend le passage incertain de la mer, et que vous pouvez être en peine par faute de savoir mes intentions , je n'ai voulu différer davantage à le vous renvoyer chargé de la présente, par laquelle vous saurez que je persiste en mes premières opinions et volontés, dont vous, sieur Jeannin, avez encore été rafraîchi et chargé à votre départ d'auprès de moi, à savoir, au défaut de la paix, laquelle je reconnois qu'il ne faut plusespérer, les choses étant aux termes auxquels elles sont, de promouvoir et favoriser ladite trêve à longues années par tous bons et honnêtes moyens, comme vous avez bien commencé; car J'estime, étant faite à conditions raisonnables pour les uns etpour lesautres,qu*e]lenesera moins honorable et utile aux parties et à leurs alliés et amis, qu'une paix absolue. Or, pour y parvenir, je n'estime pas que les archiducs puissent avec raison faire refus de traiter avec lesdits Etats comme avec gens libres sur lesquels eux et le roi d'Espagne ne prétendent rien, pour les raisons exprimées en vosdites lettres ; mais aussi je suis d'avis que lesdits Etats se contentent de cette déclaration , sans insister que ce mot de souveraineté y soit ajouté , ni qu'il soit exprimé que ce soit pour toujours, ou pour le présent et l'avenir, ainsi que vous m'avez mandé qu'ils demandent; car les uns et les autres peuvent, par telle déclaration , conserver leurs prétentions avec raison et justice, ainsi que vous avez très-bien représenté par vos dites lettres, et l'ai dit depuis deux Jours au nonce de sadite Sainteté , qui a montré s'en rendre capable, et m'a promis de le rappor-
ter et faire ainsi entendre audit don Pedro. Je ne puis aussi approuver que l'on se contente de continuer pour quelques années la cessation d'armes qui a lieu maintenant, et d'autant plus quelle est limitée et restreinte à certaines bornes qui obligeroient les parties à une continuelle dépense et défiance , et à plusieurs autres nécessités et accidens qui rendroient leur accord très-périlleux et incommode, tant au public qu'aux particuliers.
J'apprends de vosdites lettres que lesdits archiducs seront pour s'accommoder à votre proposition, ainsi que vous avez assenti du président Richardot, mais que le roi d'Espagne fera difficulté de ratifier ce que les autres auront accordé^ et néanmoins qu'il souffrira que l'exécution s'en ensuive, qui est une pure vanité qui procède de l'orgueil ordinaire de la nation , à quoi je voudrois que l'on pût trouver moyen de pourvoir; car si ce scrupule peut être levé, j'estime que I'od tombera après d'accord des autres points plus facilement. Voyez donc d'y trouver quelque expédient. La plus grande difficulté sera d*assurer le commerce d'Espagne au refus de ladite ratification. Je dis au cas que ledit commerce soit accordé auxdits Etats par ladite trêve , comme vous l'avez proposé ; car ^ hors cette considération , lesdits Etats pourroient mieux se passer de ladite ratification, et se contenter que lesdits archiducs stipulent pour ledit Roi comme ponr eux, en promettant pour lui qu'il observera l'accord. D'ailleurs Ton peut convenir d'nne forme de ratification qui assurera ledit commerce et les autres conditions de ladite trêve, sans fure mention au dispositif , ou autrement, de cette liberté que ledit roi d'Espagne refuse d'agréer en son nom. En tout cas , je serois d'avis que lesdits Etats s'abstinssent du tout dudit commeree d'Espagne pour quelque temps, voire même pour toujours, plutôt que de rompre pour cela, pourvu que celui des Indes leur demeure. Voilà dooe mon opinion sur ces affaires, laquelle vous ferei entendre et valoir par delà le prix que roérile l'affection que je porte auxdits Etats, et ie soin que j'ai de leur conservation , de laquelle tint s'en faut que la venue et le séjour ici dudit don Pedro doive leur apporter quelque doute , que je dis qu'elle doit servir avec raison à accroître et fortifier leur confiance; car ils connoissent^ par ma conduite envers lui , que ma réputation ti ma foi me sont plus chères et recommandables» que les alliances et recherches auxquelles j'ai refusé seulement de répondre que je ne les voie en repos, ou privés de l'espoir d'icelai; de qm toutefois j'eusse pu me dispenser si j'eusse voulu, car je puis légitimement entendre à tdles alliaa-
nX} PHléSiBBNT llâAKNm.
M eotàtùe aux autres , à ma discrétion , sans pour cela rien faire contre lesdits Etats que de jn'abstenir seulement de m'entremettre de leurs affaires.
Lesdits Etats savent comment ils en ont usé en mon endroit, quand, à mon desçu, ils ont commeDcé à prêter l'oreille aux négociations et traités dont il s'agit de présent : ce que je ne dis poar leur reprocher, ni pour vouloir me servir de leur exemple en cet endroit, mais simplement afin qu'ils ne fassent mauvais jugement des conseils que je leur donne , et ne me fassent ce tort , et à eux aussi, que de les attribuer à un désir de contenter lesdits Espagnols , ou faire mes affaires à leur dommage. Mes actions envers tous , et singulièrement en leur endroit, sont si franches et sincères, que si j'avois volonté de pencher du edté d'Espagne je ne le dissimulerois : personne aussi ne pourroît justement m'empécher de le M«, puisque Je le pourrois faire, sinon sans ksarddu tout, du moins légitimement, et non sans apparence d'en profiter. Quand, premièrement, j'ai adhéré aux conseils de leurdit repos, c'a été parce qfu'ils m'ont remontré qu'ils en avoient besoin y et qu'ils pouvoient l'obtenir avec leur liberté et sûreté : lors n'étoit-il point mention de la légation dudit don Pedro, ni des mariages dont l'on parle , et toutefois vous savez ce <IQe vous leur avez dit , et avez eu charge de leor faire entendre sur ce sujet par mon commandement. J'ai eu devant les yeux , comme j'ai ^core, leur bien autant et plus que le mien propre. Qu'ils ne croient point que j'aie autre but, autrement je m'offenserois à bon droit si je m'apercevois qu'ils en fissent autre jugement, et me donneroient juste cause de leur laisser faire leurs affjBdres sans m'en entremettre davantage.
lorsque je leur conseillerai d'acheter leur repos à prix déshonnéte et dommageable , j'enduferai qu'ils entrent en doute de mon affection ; mais tant s'en faut que je tienne cette voie, que je soutiens que le conseil que vous leur avez donné par mon commandement leur est honor^le et utile, et ne sera moins sûr pour euxmêmes, engageant ma parole à l'observation de Çe qui sera convenu par ladite trêve, ainsi que j'ai promis pour la paix et leur avez offert, et, à votre imitation , les députés d'Angleterre de la ^ du Roi leur maître ; vous répétant que je ^ pois approuver qu'ils s'opmiâtrcnt à insérer <^ mots de souveraineté pour toujours^ ou tant pour le présent que pour l'avenir , qu'ils insistent ^ ajoutés à ce que vous avez proposé , car ils excèdent les termes et conditions d'une trêve ; et ^i les archiducs n'avoient du commencement accordé par écrit de traiter avec eux comme avec
lî. C. D, M. T. IV.
gens libres sur lesquels ils ne ptretendent rien , il ne seroit raisonnable de rechercher cette déclaration d'eux; car, ne faisant qu'une trêve, il sufQroit que les choses demeurassent en l'état et aux termes qu'elles sont ; mais , puisque lesdits archiducs ont engagé lesdits Etats à traiter sur la susdite déclaration , je dis derechef qu'ils ne sont plus recevables de s'en dédire, de quoi je pense , ainsi que j'ai ci-devant dit , avoir rendu capable ledit nonce de Sa Sainteté , de sorte qu'il m'a promis de faire cet office envers ledit don Pedro à même fin ; mais je ne crois pas qu'il ait* pouvoir de résoudre ce point. Il faudra qu'ils en consultent en Espagne, où, encore qu'ils aient besoin et désir de sortir de cette guerre , ils sont néanmoins si glorieux et fastueux , qu'ils lâcheront mal volontiers cette parole , principalement au nom de leur Roi , comme il a été ci-devant dit. Mais s'ils permettent aux archiducs de la donner pour lui , je dis que lesdits Etats s'en doivent contenter plutôt que de rentrer en guerre , mémement étant incertains du secours de leurs alliés comme ils sont. Car comme l'Angleterre ne voudra ou pourra les secourir , ni leurs autres alliés, que d'hommes non payés, ou de peu d'autre chose , je ne serai pas conseillé aussi de m'y engager plus avant : quoi étant, il faudra qu'ils se mettent sur la défensive , laquelle est d'ordinaire accompagnée et suivie de três^^angereux accidens.
Quant aux conseils désespérés, tels qu'est ce« lui d'abandonner une partie de leurs places, il seroit encore plus périlleux que les autres, parce qu'ils décherroient trop de réputation , et auroient souvent occasion de regretter celle de leur repos qu'ils auroient laissé échapper. Mais s'ils se soumettent à la raison que vous leur avez proposée pour obtenir ladite trêve, et que leurs adversaires la leur dénient , j'ai déjà déclaré et protesté audit nonce, pour le dire audit don Pedro , que je ne les abandonnerai point, y étant obligé par raison d'Etat, et pour la foi que je leur ai promise : ce qui pourra servir à disposer lesdits archiducs de s'accommoder à la raison ; à quoi vous continuerez à mettre peine de faire par delà résoudre les uns et les autres , comme vous en avez fait votre devoir jusqu'à présent , continuant à m'avertir souvent de ce qui se passera. Je ne fais ici plus particulière mention de ce queje pourrois désirer desdits Etats et faire aussi pour eux en cas de guerre, pource qu'il sera temps d'y penser quand ladite trêve sera rompue, joint que j'entends m'y conduire selon le devoir auquel lesdits Etats se mettront pour ladite trêve. Quant à leur envoyer un nouveau secours , comme insiste leur député, j'ai remis à y pourvoir quand je saurai la réponse
finale que lesdits Etats auront faite à votredite proposition de trêve, ainsi que j'ai dit audit député. A tant, je prie Dieu, messieurs Jeannin et de Russy , qu'il vous ait en sa sainte garde.
Ecrit à Monceaux le dix-huitième jour de septembre 1608. Uenbi.
Et plus bas , Bbulàht.
Lettre de M, de Villeroy à M. Jeannin , dudit jour dix-huitième de septembre 1608.
Monsieur, notre don Pedro n'a pouvoir de rien traiter ni résoudre des affaires des Pays- Bas, mais seulement d'en dire son avis ici, et l'écrire en Espagne et à Bruxelles. Il n'a charge que de nos mariages , au contraire de ce que vous savez que du commencement il en avoit déclaré, de quoi encore n'a-t-ii parlé qu'une fois ; car il a trouvé le Roi si roide et résolu, qu'il a reconnu d'abord qu'il ne devoit attendre de Sa Majesté autre réponse que générale, jusqu'à ce que Ton soit éclairci si l'on aura la paix ou la guerre aux Pays-Bas. Par ainsi sa négociation et nos délibérations sur lesdits mariages sont pendues au croc Jusqu'à la iln de votre tâche. Gela sera cause que je ne répondrai par la présente à ce que vous en avez représenté par les vôtres , coté^ par celles que le Roi écrit à vous et à M. de Russy. Nous n'avons changé de volonté depuis votre partement, ainsi que vous apprendrez de ia lettre de Sa Majesté, laquelle n'a aucune envie de hasarder ses affaires pour faire celles d'autrui. Partant , si l'on veut l'engager à la guerre , il faut faire quelque chose plus que d'ordinaire pour lui. Il en a discouru avec vous ouvertement , et se promet que vous n'avez perdu ni ne perdrez l'opportunité d'en parler à M. le prince Maurice et au sieur Bameveldt, quand elle s'offrira et que vous Jugerez qu'il sera temps de le faire. Le Roi ne veut rien précipiter ni gâter ; il remet et confie du tout cette affaire à votre seule discrétion et prudence : et encore qu'il affectionne cette pratique, toutefois il préférera le repos à ce dessein , et désire fort la trêve , comme vous verrez par sa lettre , avec son avis sur les difOcultés que TOUS y rencontrez , bien résolu de balancer et se ranger du côté de celui qui se mettra à la raison pour l'obtenir, et d'abandonner les Etats s'ils s'aheurtent à des formalités et pointillés plus considérables pour l'avenir que pour le présent, et néanmoins non nécessaires pour l'un et pour l'autre temps, pour les raisons que vous avez écrites. Toutefois, s'ils pouvoient avoir mieux nous en serions très-aises; mais nous n'estimons pas raisonnable qu'ils rompent pour cela, et moins que nous dansions avec eux ni pour eux : ee que nous ne vous écriyons afin que vous les
en menaciez , mais pour vous faire savoir notrâ délibération. Aussi avons-nous dit au nonce, pour le faire entendre à don Pedro comme à Rome, si, de leur part, ils refusent la raison pour ladite trêve , que nous assisterons lesdits Etats ouvertement. Or évitons, s'il est possible, ces accidens : la suite en est très -dangereuse dedans et dehors le royaume. Toutefois, s'il faut y entrer, sachez que nous le ferons courageusement; auquel cas nous désirerions, pour mieux justifier nos actions, que ces messieurs fissent quelque grâce et faveur en notre considératioQ aux catholiques de leur pays, pour les raisons três-preignantes qui doivent nous mouvoir à œ soin. Nous avons bien considéré ce que vous nous en avez écrit : cela augmenteroit notre dévotion envers lesdits Etats, et serviroit, s'il fout mener les mains , à nous faire résoudre plus volontiers et plus hardiment , car ce seroit fermer la bouche aux détracteurs, et découvrir l'hypocrisie espagnole; mais il sera temps de parler de ces choses quand nous serons désespérés de notre trêve, Ifh quelle , au défaut de la paix, nous désirons toujours être préférée à la guerre.
Quant à la ligue défensive avec l'Angleterre^ il a été avisé d'en remettre le traité après votre négociation , encore que J'estime avec vous que le bruit d'icelle ne seroit maintenant inutile; mais, parce que nous ne voulons à présent ouïr parler de payer aux Anglais ce qu'ils prétendent que nous leur devons, nous reculons à traiter avec eux tant que nous pouvons ; ce que je n'écris toutefois qu'à vous. Mandez-nous en quelle disposition vous avez trouvé le sieur Bameveiât envers Sa Majesté, et si vous avez employé la marchandise que vous avez emportée, ce que vous es{)érez aussi du côté de M. le prince Maurice et de sa suite. Aucuns estimoient comme vous qu'il eût été à propos que le sieur Richardot et ses compagnons eussent été congédiés et renvoyés en leurs maisons , afin que notre maftre eût l'honneur de renouer et conclure après les affaires : toutefois si elles ont bon succès nous y aurons toujours bonne part. Nous tenons que cette armée de mer qui a séjourné long-temps à Garthagéne, a pris la route du ponant pour entreprendre sur Larache^ ou autres ports d'Afrique , cependant que les princes dudit pays s'entre-battent ; de quoi nous attendons tous les jours des nouvelles , comme don Pedro publie qu'il fait de son Roi pour son licenciement et retour en Espagne , ce qu'aucuns estiment qu'il publie afin de nous induire à faire plus de compte de sa personne et de sa négociation , mais cela ne nous échauffera pas davantage ; et si nous ne croyons pas que, pour notre froideur, il tourne les yeus
DU PBBSIDBlfT JfiÀNNtN.
et engapfe ion mattre du cAté d^Àngleterre pour V faire des alliances nouvelles, à cause de la reiigion, toutefois nous ne donnerons audit sieur don Pedro aucun dégoût de nos intentions mal à propos. Ce sera ce que je vous écrirai pour le présent, après avoir encore accusé la réception de votre lettre du 15 du mois passe , écrite à votre arrivée par delà. Je prie Dieu, monsieur, qu il vous conserve toujours en parfaite santé. Ecrit à Monceaux le dix-huitième de septembre 1608. Votre, etc. , de Neufvillb.
Autre lettre dudit sieur de Villeroyy écrite de sa main, audit sieur Jeannin, dudit jour dix-huitième de septembre 1608.
Monsieur, j'ai été absent de la Cour dix ou douze jours, lorsque le Roi partit de Paris pour venir ici, que je fus surpris d'une fâcheuse maladie qui m'a plus travaillé et affoibli qu'elle n'a doré* A mon an-ivée près de Sa Majesté, elle a incontinent commandé la dépêche que le courrier Picault vous porte, par laquelle vous saurez les intentions et avis de Sa Majesté sur les affaires que vous traitez, auxquelles nous ne pouvons ici donner autre avancement qu'en la fbrme que Sa Majesté vous mande, et souhaitons qu'elle profite. Comme nous voulions hier fermer notre paquet, le sieur Bernard arriva ici avec vos deux lettres du septième et dixième de ce mois. Nous avons su , par la dernière, la réponse des députés d'Espagne à votre proposition, votre juraient sur icelle et ce que vous en avez dit au président Richardot. Nous nous conformons du tout à votre avis, et désirons que lesdits députés aient pouvoir de changer le leur, et crois qu'il a été à propos de leur procurer, envers les Etats, ie délai qu'ils vous ont demandé; car il est certain que l'ordre doit venir d'Espagne , et qu'ils ne goûtent ni ne comprennent la conséquence et ie mérite de ces affaires, comme font les archiducs qui y ont plus d'intérêt, et qui en sont plus près. Nous ne pouvons , pour le présent , dire tutre chose, sinon qu'il faut poursuivre chaudeinent l'acceptation et résolution de la trêve que vous avez proposée, aux conditions portées par votre écrit, et faire que les parties s'en contentent, sans qu'il y soit rien ajouté par lesdits Etats, ni retranché par les autres; c'est ce que sadite Majesté m'a commandé de vous écrire, pour le présent, sur le sujet de votre lettre.
Nous vous envoyons ce courrier par la voie de Bruxelles, par laquelle nous serons bien aises que vous nous fassiez savoir ci-après de vos non* veiles, comme la moins incertaine et la plus prompte et courte. Je vous envoie un paquet du ^eur Bagaris; il vouloit que le Roi vous écrivit
de demander à ces messieurs Ces cabinets de médailles et antiquités; mais Sa Majesté n'a été de son avis, bien trouve-t-elle bon que vous vous informiez de la qualité et du prix d'iceux, comme de vous-même et sans que l'on sache qu'elle vous l'ait commandé ni qu'elle en ait connaissance, pour l'en avertir, sur quoi Sa Majesté vous fera savoir ci-après ses intentions. Je n'ai pas oublié la recommandation de M. de Lescalle, et de ramentevoir à M. de Sully la promesse que vous me dites en partant qu'il vous avoit faite sur cela; mais j'y ai peu profité, dont j'ai estimé devoir vous avertir, afin que vous ne vous y engagiez plus avant. Nous faisons état de partir d'ici demain ou samedi, pour retourner à Paris y attendre le duc de Mantoue, et de là à Fontainebleau , leurs Meyestés et toute leur maison étant en bonne santé, grâces à Dieu , lequel je supplie , monsieur, vous conserver en sa sainte garde et protection , me recommandant très af** fectueusement à votre bonne grâce.
De Monceaux, le dix-huitième septembre 1 608.
Votre, etc», ns Neufvillb.
Lettre de M, de Sully à M, Jeannin, dudit jour dix-huitième de septembre 1608.
Monsieur, je reconnois par les procédures de tous que tous ne cherchent que le repos; leê uns y sont portés de la nécessité, les autres de l'inclination et du désir de vivre en oisiveté. Je ne sais si c'est éviter le mal, mais le temps noui l'apprendra peut-être, lorsque nous ne serons pas si dispos ni si bien munis pour le supporter. Pour moi, je me laisse aller au courant de l'eau, après avoir néanmoins dit mon avis fort franchement^ suivant ma coutume. Nous avons laissé passer de belles occasions, dont nos successeurs diront ce que nous disons de ceux qui nous ont précé* dés. La force d'Espagne ne consiste plus qu'en mines, bravades et réputation du passé. S'ils sont chassa des Indes-Orientales, comme l'on dit, et que nous fassions ce que nous pouvons aux Oo cidentales , leurs affaires iront mal ; et cela seul ^ qui a été cause de l'établissement de leur gran* deur, sera cause de leur diminution. Il ne tiendra pas à moi que l'on n'y frappe coup; puisque le feu ne nous peut plus employer, il faut penser à son contraire. Selon que puis juger par voe lettres , la trêve nous sortira d'affaires pour un temps; car je ne vois pas que les choses qui res^ tent à faire soient pour l'empêcher, vu le grand désir que nous en avons tous, et la crainte gêné» raie d'en revenir aux mains. Vous aurez tout éclaircissement des intentions du Bol par ses lettres; c'est pourquoi je ne vous écris que mes folles fantaisies. S'il se présente quelque occe«
ïîiGOCtATlONS
sion de faire pour mes cotisinà d*Eàpii)oy, je \ous prie de ne la iaisser pas passer, non plus que je ne ferai aucune de celles par où je vous pourrai témoigner mon affection, et que je suis véritabiement, monsieur, votre, etc. ,
Le duc DE Sully.
A Paris, ce dix-huitième de septembre 1608.
Lettre de messieurs Jeannin et de Russy au Roi, du vingtième de septembre 1 608.
SlBE,
Nous avons souvent donné avis à votre Majesté du soin et affection de M. le prince Maurice à séparer cet Etat d'avec l'Espagne , et empêcher qu'il ne puisse tomber ci-après en leur puissance par quelque moyen que ce soit. Or il a cru long-temps qu'il n'y en avoit point d'autre que par la guerre, et toutefois il s'étoit laissé aller aux raisons qu'on lui avoit remontrées pour la paix; mais, quant à la trêve, il a toujours perëévéré en cette opinion , qu'on ne la peut faire sans ruiner cet Etat, et le faire tomber sous la domination d'Espagne, à quelque condition qu'elle soit faite , et nous en allègue principalement ces raisons, qu'il ne sait s'ils auront, la trêve finie, les mêmes amis pour les secourir qu'ils ont à présent; que le roi d'Espagne aura, à la fm de la trêve, plus de moyens pour renouveler la guerre qu'il n'en a de présent qu'il est épuisé de finances pour la continuer; que le peuple, accoutumé au repos dont la trêve l'aura fait jouir, aimera mieux souffrir le joug d'Espagne que de rentrer en guerre; que pendant la trêve il ne voudra pas contribuer ce qui est requis pour l'entretênement des garnisons, lesquelles enfin deviendront si petites, qu'on ne pourra conserver ni tenir en sûreté les provinces et les villes frontières, qu'on sait être pour la plupart catholiques, et ennemies de la souveraineté sous laquelle on les tient par force et non de volonté. Ainsi les garnisons y étant affoiblies, on ne doit rien espérer de leur foi, ou bien, outre les garnisons assez raisonnables pour les tenir en quelque devoir, il leur faudroit donner l'exercice de leur religion : à quoi les Etats se disposeront mal volontiers, crainte de faire chose trop préjudiciable à la sûreté générale et aux lois de leur Etat, bâti sur un fondement qui ne peut souffrir cette diversité d'exercice public en la religion. Il y ajoute encore qu'il y a déjà des semences de dissension entre les provinces et les villes , que l'oisiveté et le repos feront croître et venir à une division ouverte, qui donnera moyen à leurs ennemis d'y faire des pratiques, et corrompre les plus méchans, ou ceux qui ont déjÀ cette inclination : toutes lesquelles raisons il étend au long, et dé-
duit particulièrement par les lettres qu'il écrit à votre Majesté, estimant, s'il lui plaît y avoir égard, et apporter son autorité pour aider à empêcher cette trêve, du moins ordonner à ses ministres d'être plus retenus, que chacun la rejettera, et par ce moyen l'Etat sera conservé; sinon il en prévoit la ruine et la juge déjà comme certaine et inévitable , étant néanmoins assuré que votre Majesté craint autant ce malheur que lui. Nous attendrons ses commandemens làdessus, et, jusques à ce que les recevions de nouveau, ne laisserons de suivre nos instructions, et la charge qu'elle nous a donnée, avec autant d'affection que nous y sommes obligés par devoir. M. le prince Maurice a désiré que nous accompagnions sa lettre de la nôtre, et nous l'avons fait volontiers. Le sieur de Verrières, envoyé exprès vers elle depuis deux jours, lui a porté nos dépêches , qui contiennent tout ce qui s'est passé en ce lieu jusques à présent : ce qui nous fera finir celle-ci, en priant Dieu, Sire, qu'il donne à votre Migesté tout heur et prospérité.
De La Haye, ce vingtième de septembre 1 60S.
Vos très-humbles et très-obéissans sujets et serviteurs, P. Jeannin et Russy.
Lettre de M. Jeannin à M. de Villeroy, dudit jour vingtième de septembre 1608.
Monsieur, depuis quelques jours le président Richardot m'a donné espérance qu'ils auront pouvoir d'accorder autant qu'il est contenu en notre écrit, ne me l'a toutefois assuré. Monsieur le prince Maurice le craint, et continue à dire que si on fait la trêve ce sera la ruine de l'Etat, et qu'il l'empêchera de tout son pouvoir. 11 dit être bien certain aussi que la province de Hollande n'y consentira jamais, sinon à cette condition qu'ils demeurent libres pour toujours , suivant le dernier décret des Etats, et que les deux provinces de Hollande et Zélande , jointes ensemble, contraindront les autres cinq de faire ce qu'il leur plaira, ce qui est bien vrai. Mais je pense que la Hollande sera de notre avis plutôt que de s'opiniâtrer au contraire; il y a toutefois de grandes brigues. Ledit sieur prince écrit au Roi pour lui demander son avis et le dissuader de cette trêve , et obtenir qu'elle me commande de faire le contraire de ce que je fais. Ces raisons sont bien dignes de considération, et tiens pour certain que la crainte qu'il a que cet Etat ne retombe encore quelque jour sous les Espagnols les lui fait croire véritables et certaines; vous en jugerez ndeux par delà : il n'y a rien que vous n'ayez déjà entendu , et qui ne vous ait été représenté de bouche et par écrit,
BU PfiESIDENT JEANNIN.
Sa plas forte raison est que les provinces de Gaeidre , Frise , Over - Yssel , Groningue et Utrecht , sont pour la plupart catholiques , et ne sont entrées en leur union que par force, ainsi elles n'y seront jamais retenues que par la force même : ce que je tiens véritable, et ne vois que deux moyens pour les conserver : l'un qu'il y ait toujours de bonnes garnisons; et pource qu'il est malaisé de les y avoir si grandes qu'il serait besoin , d'autant que les Etats voudront vraisemblablement diminuer leurs dépenses après la trêve, il sera nécessaire de pratiquer cet autre moyen, qui est d'y rétablir l'exercice de la religion catholique, sinon partout, du moins es endroits où il sera jugé plus à propos ; sans quoi il y a sujet à la vérité de craindre une révolte de ces provinces , qui sont déjà peu a^ectionnées à reconnoitre une souveraineté qui abolisse leur religion; mais tous les deux sont en leurs mains : le premier, en voulant supporter la dépense requise, et l'autre, donner ce contentement aux catholiques : ainsi ils peuvent éviter ces inconvéniens, et la guerre, sans un grand secours qui dépend d'autrui , sera leur ruine certaine. Puis j'estime qu'entre les députés des Etats, il y en a plus qui veulent la trêve, qu'il n'y en a de disposés à la guerre, quoi que dise ledit sieur prince. Il est bien vrai, quant au menu peuple, que la guerre leur seroit plus agréable ; mais ifs se laissent conduire à leurs magistrats. Il est vrai aussi que, sans l'autorité du Roi, et l'instance que nous faisons de sa part pour persuader cette trêve , qu'avec la haine qu'on porte maintenant aux Espagnols, il nous seroit aisé de leur faire prendre à tous ce conseil sur la première occasion qu'on donneroit ; et c'est ce que ledit sieur prince désire, qu'il requiert de nous, et veut essayer d'obtenir de Sa Majesté, voyant que nous faisons tout le contraire avec véhémence et ardeur, pource qu'il nous est commandé, comme je ferai d'autre côté si Sa Majesté se change. Je vous supplie qu'elle montre d'estimer ses raisons, son zèle et sa prudence: qu'elle l'en loue, et y réponde avec les raisons que vous jugerez les meilleures, par l'instruction que vous avez des affaires; mais n'y mettez rien, s'il vous plaît, qui puisse tourner ces peuples a son opinion, sinon que Sa Majesté l'approuve elle-même ; car il la feroit voir, et cela gâteroit toute notre conduite. Il n'est pas besoin que mettiez entre vos raisons qu'on peut pourvoir au danger qu'on craint de ces cinq Provinces, en y rétablissant Texercice de la religion catholique ; car les Etats ne sont pas encore capables de prendre ce conseil , et il y en a qui estimeroient , ces Provinces ne se pouvant conserver autrement pendant la
trêve , qu'il vaudroit mieux ne la point faire que d'y remettre notre religion. Les députés d'Angleterre nous assurèrent, le jour d'hier, avoir reçu lettres de leur Roi, par lesquelles il approuve la proposition de la trêve en la forme qu'elle est contenue en notre écrit, leur commande d'en faire instance sérieuse, et, n'étoitque les Etats ont fait demande par plusieurs fois d'avoir la souveraineté, qu'il s'en soucieroit peu, d'autant que pour son regard il les tient déjà souverains, sans qu'il leur soit besoin d'autre déclaration pour le croire.
J'estime qu'il n'y aura plus de déguisement à l'avenir, et, si les députés des archiducs s'aident comme il semble qu'ils veulent faire, que tout ira à bon port , et que les Etats aussi ne se perdront pas en faisant la trêve, s'ils sont sages. C'est pour le mieux de faire cette trêve avec la déclaration de liberté ; car si les Espagnols ne vouloient faire l'alliance et séparation qu'ils ont mis en avant, cet Etat demeureroit toujours séparé d'Espagne, Sa Majesté y tenant la main; et on ne laissera pourtant de tenter avec autant d'efficace ce qui est désiré que si cela n'étoit pas mis : joint que si on vouloit entreprendre de faire la trêve d'autre façon, il seroit malaisé d'y parvenir sans mettre de la division en ce pays. Je crois même que ce ne sera sans grande poursuite et effort qu'on les fera contenter à notre écrit, comme je vous ai mandé par trois dépêches, l'une du vingt-neuvième et trentième du mois d'août, envoyée par un gentilhomme que M. de Reaulieu m'adi*essa, lequel alloit à Paris pour avoir l'argent d'un Maure qu'il a acheté ici , de laquelle dépêche je suis fort en peine , ayant vu par lettres de M. de Puysieux , du dixième de ce mois, qu'il ne les avoit encore reçues; la seconde a été par M. Remard , du dixième de ce mois , et la troisième du seizième. J'eusse été en grande peine de votre maladie, si par les lettres de M. de Puysieux je n'eusse aussitôt su votre convalescence que le mal. Je prie Dieu qu'il vous conserve en aussi bonne et heureuse santé que je la désire pour moi-même. Je suis, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur,
P. Jbannin.
A La Haye, ce 20 septembre 1608.
Lettre du Roi à messieurs Jeannin et de Russy, du vingt-huitième de septembre 1608.
Messieurs Jeannin et de Russy, depuis avoir signé mon autre lettre, don Pedro de Tolède m'est venu trouver, lequel m'a fait entendre qu'il attendoit d'heure à autre le retour du courrier par lequel les archiducs ont envoyé en Espagne la proposition que vous avez faite , aprè^
la rupture de la paix , pour la trêve à longues années , qui rapportera l'intention finale de son Bol sur icelle; qu'il passa par cette ville le deuxième de ce mois, et qu'ayant supputé le temps qu'il a dû employer par les chemins avec celui de la délibération que l'on aura faite , il croit assurément qu'il arrivera ici dedans demain ou mardi au plus tard, pour pouvoir se rendre à La Haye dans le cinquième ou sixième du prochain; mais qu'il craint que les Etats rompent cependant la conférence , et congédient leurs députés : quoi faisant, il prévoit qu'il sera difficile, voire impossible après de la renouer, dont s'ensuivra le renouvellement de la guerre qui doit être évité par tous ceux qui affectionnent le bien de la chrétienté comme il savoit que Je faisois; au moyen de quoi il me prioit très-instamment d'employer mon crédit envers lesdits sieurs les Etats, à ce qu'ils veulent prolonger le délai qui expire à la fin de ce mois Jusques au dix ou douzième du prochain, sans licencier leursdits députés. Je lui ai remontré qu'il avolt attendu bien tard à me requérir de cela , d'autant que vous ne pouviez plus recevoir mon commandement devant la fin de ce mois , et partant que lesdits députés ne fussent séparés ; que vous aviez obtenu A ma contemplation ce dernier délai avec grande difficulté, pour la mauvaise opinion que chacun avolt conçue par leur procédé de leur foi et Intention en cette négociation ; que Je savoîs que l'instance que vous en aviez faite avoit même donné auxdits sieurs les Etats, sinon à tous, au moins à plusieurs, quelque ombrage et doute de mes intentions , comme si j'avois feit proposer ledit délai plus pour favoriser lesdits archiducs et les fins des Espagnols qu'eux, ou bien que vous aviez Ait cet ofQce de vous-même, et sans mon commandement, pour faire plaisir à leurs députés, tellement que J'estimois, si maintenant Je les faisois prier d'accorder encore ces dix jours, qu'ils le refùseroient : toutefois voyant qu'il a redoublé son instance , je lui ai promis de vous en écrire et vous commander de faire votre possible à ce qu'ils soient accordés; à quoi je me suis laissé aller contre mon premier avis , tant pour Justifier toujours davantage ma conduite, et celle desdits Etats en cette occasion^ que parce que j'estime qu'il n'en peut arriver grand mal auxdits Etats, et néanmoins ils témoigneront en cela combien ils défèrent à mes conseils. Mais fil, à la réception de la présente, lesdits Etats avoient déjà licencié les députés desdits archiducs, et se fussent retirés, vous ne leur en parlerez point, encore qu'ils en seront avertis par le sieur Aêrsens; car je l'ai averti de l'instance dudit don Pedro , et ai désiré qu'il en ait écrit à
sesdits sieurs , comme il m'a assuré qu'il fera. U est vrai qu'il m'a remontré que c'est chose que lesdits Etats consentiront mal volontiers, si ce n'est pour ma considération. J'ai dit aussi audit don Pedro que Je n'approuve que l'on fît cette trêve seulement pour sept ans, et qu'il me semble qu'elle doit être faite pour quinze oudix-tiuit au moins. Il a voulu me faire croire qu'il est du même avis, et que toutes ces affaires dévoient être traitées plus royalement et rondement qu'elles n'ont été. Ce sont gens qui disent souvent le contraire de ce qu'ils pensent et veulent faire, dont je ne vois pas qu'ils soient mieux servis. Je prie Dieu, messieurs Jeannin et de Russy, qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.
Ecrit à Paris, le vingt-huitième jour de septembre 1608. Henri.
Et plus bas , Brulàbt.
Lettre de M. de Villeroy à M, Jeannin^ du vingt-neuvième de septembre 1608.
Monsieur, je vous écris cette lettre à part, pour réponse à celle que j'ai reçue par la voie de M. de Châteauneuf. Le Roi est très-mal content du procédé du prince Maurice, non de ce qu'il s'oppose à la trêve , mais des discours et du jugement qu'it fait de ses intentions , et du succès des affaires en cas de trêve ou de guerre, disant qu'il se mécompte fort en l'un et en l'autre ; car s'ils reviennent aux armes contre l'avis de Sa Majesté, il se trompe s'il croit qu'ils la feront danser par force , et en dépit qu'elle en ait, et, si la trêve se fait , que Sa Majesté ait délibéré de les livrer à leurs ennemis , et préférer le contentement des Espagnols à leur conservation. Sa Majesté est trop prudente et trop bien conseillée pour se laisser réduire au premier, et suivre l'autre. Nous nous apercevons bien que nous en avons parmi nous, comme ailleurs , qui travaillent à renverser ladite trêve, et qui eussent été très-marris de la paix. Nous savons pareillement que les Anglais font sous main des offices, tant en Allemagne qu'en France, pour reprendre crédit avec les ennemis du Pape. L'ambassadeur de Wirtemberg, que vous avez vu ici venant ces jours passés d'Angleterre, a semé ce bruit passant par ici pour retourner en Allemagne. Noos avons même su que l'on lui a proposé le mariage de la jeune fille d'Angleterre avec son maître^ à quoi je crois qu'il entendra s'il ne se trouve engagé avec l'électeur de Brandebourg, comme si le roi d'Angleterre avoit délibéré se rendre ciaprès chef des adversaires du Saint-Siège ; mais j'ai opinion qu'il a plus d'appétit que d'estomac, et qu'il recherche plus la réputation que l'effet d'un tel projet. Toutefois il faut se défier de tout
BU PBB8IPSNT JBlNNIN.
ee qai vient de ce cAté-là, et s'attendre que ce qae ledit roi d'Angleterre ne fera, que son fils le pourra entreprendre quelque Jour.
Le sieur Aërsens fils a tenu des propos depuis peu qui visent là , commençant à se défier de Sa Majesté et de ses ministres, mais certes il a tort. Il dit ouvertement que la trêve ne se fera si les Espagnols n'accordent la souveraineté , non pour le temps d'icelle seulement, mais pour toujours, et qu'il faut que ce point soit exprimé , et non laissé en doute. Nos raisons n'ont pu le vaincre, au moins en apparence; toutefois J'ai opinion qu'il voudroit qu'elle fût déjà faite sur votre proposition. U ne laisse de nous demander one nouvelle voiture d'argent, mais il a été remis à quand on verra plus clair aux affaires. Ce même personnage dit, si la conférence se rompt une fois, et que les députés des archiducs se retirent, que Jamais les Provinces ne consentiront qu'elle soit renouée , quoi que l'on puisse dire et faire : toutefois je crois qu'ils ne seront si opiniâtres. Nous ne pensons plus à l'alliance qui a été proposée par le ministre du Pape, qui coneeme la séparation que vous savez ; car nous croyons qu'il y a plus à perdre maintenant pour nous qu'à gagner : c'est un traité qui ne peut être secret ni assuré pour l'avenir. Nous disons aussi, si le roi d'Espagne ne ratifie' ce que l'archiduc fera, que les Etats ne feront rien. Or il faut prier Dieu qu'il conduise la barque à bon port , et sur c%s incertitudes prendre si bien nos mesures, que n la trêve se fait nous y ayons part, et si elle doit être rompue que nous n'en soyons cause. Continuez donc à favoriser celle-là , et à empêcher celle-ci, comiïie vous avez commencé, c'està-dire par moyens dignes de la bonne foi et réputation du Roi , car c'est son intention , comme sera toujours la mienne de vous honorer et servir. Je vous envoie un chiffre particulier, et prie Dieu , monsieur , vous conserver en parfaite santé.
De Paris , ce vingt-neuvième jour de septembre 1608.
Votre, etc., db Neupvillb.
Autre lettre de M» de Villeray , dudit jour vingt-neuvième de septembre 1608, écrite de sa main.
Monsieur, Je vous envoie ce porteur si à la hâte que je n'ai loisir que de vous saluer des offres de mon service , et vous dire que ces messieurs feront plaisir au Roi, si cette dépêche arrive à temps, de témoigner à tout le monde qu'ils désirent le contenter , en accordant le petit délai qu'il veut que vous leur demandiez. Certes, Us en recevront plus de bien qu'ils ne se feront
de préjudice, car ils obligeront Sa Majesté, comme l'on dit, sans bourse délier. Toutefois , s'ils sont autrement disposés , Sa Majesté n'entend que vous déchiriez leur robe pour faire changer leurs conseils. En tout cas Sa Majesté aime mieux avoir part en la résolution de la trêve au défaut de la paix , qu'en celle du renouvellement de la guerre , et croyez , je vous supplie, que je vous écris la vérité, quoi que l'on puisse mander et discourir au contraire ; et davantage, que sadite Majesté est en ce désir poussée autant ou plus de la considération du bien de ces messieurs , que de celle qui regarde celui de son royaume ; et si par delà ils ont au* tre opinion et en jugent autrement, ils connoissent très-mal Sa Majesté et les affaires publiques : car il est certain que la guerre assure davantage notre repos que ladite trêve , comme ils ont toujours cru ci^evant, et l'avons aussi éprouvé ; et s'il nous a coûté de l'argent, il a été bien employé , de sorte que nous pouvons encore espérer le semblable à l'avenir, quand sa Majesté voudra suivre le même conseil. Or, nous aurons au moins fait tout notre devoir en leur endroit de vrais amis et alliés, et bons voisins, quand nous leur aurons ingénument représenté ce qui nous semble leur être plus utile à notre décharge envers Dieu et le monde, et remettrons le surplus à sa providence divine, laquelle je supplie , monsieur , vous conserver en parfaite santé.
De Paris, le vingt-neuvième jour de septembre 1608.
Votre , etc. , db Nbufvillb.
Lettre du Roi à messieurs Jeannin et de Russyj du trentième de septembre 1608.
Messieurs Jeannin et de Russy , je vous ai écrit si clairement et particulièrement mes avis et intenti(Mis par mes lettres du dix-huitième de ce mois sur les vôtres du cinquième , vingt-quatrième, vingt-neuvième et trentième du mois d'août, et dixième du présent, dont a été porteur le courrier Picault, que j'ai fait passer par Rruxelles afin d'arriver à vous plus promptement, qu'il me reste à présent peu de chose à vous commander sur celles du seizième de ce mois que je n'ai reçues que le 26 , par les mains de celui que vous avez rendu porteur d'icelles , qui a trouvé le passage de la mer très-fâcheux. Je persiste donc en mon premier avis sur l'article qui concerne la liberié des Provinces-Unies : à savoir , que les Etats doivent se contenter qu'il soit passé suivant votre proposition , sans y ajouter le mot de souverain, ni que ce soit pour toujours ; ou tant pour le présent que pour l'a*
NBGOCIÀTIONS
venir^ pour les raisons portées par mesdites lettres. J'estime aussi que les Espagnols et archiducs sont mal fondés à vouloir resteindre cette déclaration aux termes portés par leur réponse à Yotredite proposition, car, encore que la référant à celle qu'ils ont faite en l'accord de la cessation d'armes qui dure encore, ainsi qu'ils offrent, l'on pourroit, avec raison, entendre et soutenir la même liberté leur être accordée par le traité que l'on prétend faire ensuite de cettuila ; néanmoins s'il n'en est âiit expression par ce dernier, c'est chose qui sera ci-après débattue à l'appétit et discrétion de qui le voudra faire. Il est vrai qu'il n'y aura que Dieu et les armes des parties qui pourront décider la querelle quand elle sera émue; mais ces peuples divisés entre eux, et naturellement défians, sont moins capables de cette raison qu'un prince souverain et absolu, jaçoit qu'elle soit forte en soi. C'est pourquoi il est nécessaire que leurs adversaires s*accommodent en cela à leur humeur et condition s'ils veulent finir cette guerre, mémement s'y étant engagés si avant qu'ils ont fait. Je l'ai dit ouvertement au nonce du Pape et à don Pedro de Tolède; mais je reconnois que l'un et l'autre n'ont pouvoir d'y servir. Véritablement il n'y a point d'apparence qu'ils fassent refus de dire et écrire une chose qu'ils entendent accorder et disent vouloir observer : ce sont des pointillés et formalités qui ne sont dignes que du Sociego d'Espagne, pour lequel cette nation a souvent plus perdu que gagné en la conduite de ses affaires publiques et particulières. Or nous saurons bientôt leur dernier mot, puisque leurs députés ont promis le déclarer dedans la fin de ce mois. Ledit don Pedro assure qu'il n'y aura faute; toutefois le courrier qui en doit être le porteur n'est pas encore repassé, que j'ai su. Mais je ne trouve pas tant étrange que lesdits Etats aient fait difficulté d'accorder la demeure desdits députés à La Haye pour ledit temps, que je fais l'instance que ceux-ci en ont faite ; car c'est à bon droit qu'elle doit être suspecte auxdits Etats : elle est d'ailleurs peu honorable et profitable aux autres et à leurs princes.
Toutefois vous avez bien foit d'avoir employé mon nom pour l'obtenir, car au pis aller il n'en peut arriver grand mal aux uns ni aux autres , et cela augmentera toujours les preuves de mon affection au repos public, que j'ai désiré rendre en cette occasion ; mais aussi contentez-vous de ce que vous en avez fait , sans plus insister et rechercher de ma part que ledit délai soit prolonge , n'étoit que les parties y fussent disposées de part et d'autre , et que vous eussiez sujet de mieux espérer de la continuation de leur con-
férence ; car en ce cas ce seroit imprudence d'en permettre la rupture après y avoir employé tant de temps et de peine : et quand bien les députés desdits archiducs se retireroient, nous ne laisserions de moyenner une autre conférence lorsqu'ils nous donneroient sujet d'en mieux espérer. Mais* je désirerois que ladite trêve fût faite pour douze ou quinze ans, voire pour plus long-temps si faire se pouvoit, et non pour sept ans seulement, comme ont proposé les députés desdits archiducs; car à peine aura-t-on le loisir en cet espace de temps de se reconnottre, et établir une bonne forme de vivre entre lesdites parties. Vous moyennerez donc que ce terme soit accru, et en parlerez quand et ainsi que vous connoitrez être à propos; et s'il avient que le conseil d'Espagne s'opiniâtre de n'accorder ladite liberté suivant votre proposition, vous m'en avertirez en diligence , afin que j'ordonne ce que vous aurez à faire , et cependant vous ne m'engagerez en aucune obligation envers lesdits Etats ni autres, mais mettez peine seulement d'apprendre et me faire savoir les résolutions desdits Etats, en quel temps et avec quels moyens ils entendent et pourront recommencer et soutenir la guerre, ce que les Anglais et Allemands leur offriront pour cela, et ce que deviendront leurs députés après la retraite de ceux des archiducs, avec toutes les autres particularités dont vous jugerez être nécessaire que je sois instruit, pour fonder les commandemens qu'il faudra que je vous fasse. En tous cas continuez à prendre garde et tenir la main qu'ils ne se désunissent sur la résolution qu'ils prendront; car en ce point consiste leur salut, soit qu'ils fassent la trêve ou recommencent la guerre : ce que vous remontrerez , tant au général qu'au particulier, en leur déclarant, s'ils font autrement, outre les accidens inévitables qui en naîtront parmi eux , qu'ils refroidiront entièrement de leur amitié leurs bons voisins; car personne ne voudra engager ses affaires ni sa réputation avec eux, et dedans leurs divisions et factions. Je prie Dieu , messieurs Jeannin et de Russy, qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.
Ecrit à Paris, le trentième jour de septembre 1608. Hembi.
Et plus bas, Bbulabt.
Lettre de messieurs Jeannin et de Russy au Roi, du dernier de septembre 1608.
SiBE,
Les députés des archiducs ont, après plusieurs difficultés, consenti, sur l'instance pressée qui leur en a été faite par nous, de passer la trêve suivant notre écrit , mais sans vouloir aussi ex*
BU PBESIDSNT JBANNIN.
pliquer plus avant l'article «mcernant la liberté qui est contenu en icelui ou en la première trêve, qui est en effet une même chose. Gela doit à la vérité suffire pour contenter les Etats, s'ils étotent aussi bien disposés qu'il seroit besoin pour prendre sagement les conseils qui sont nécessaires pour leur salut; mais les grandes brigues qu'on fait parmi eux pour leur faire rejeter du tout la trêve, en quelque &çon qu'on la puisse mettre, nous avoient fait désirer et rechercher avec grande instance desdits sieurs députés, qu'ils voulussent déclarer un peu plus ledit article, et le mettre en cette façon : qtie les archiducs déclareniy tant en leurs noms qu'au nom du roi d'Espagne, qu'ils tiennent et reconnoissent les Provinces^ Unies pour Etats et pays libres sur lesquels ils ne prétendent rien^ et en cette qualité traitent avec eux; au lieu qu'ils l'accordent seulement comme s'ensuit : que les archiducs déclarent qu'ils sont contens de traiter avec les Provinces- Unies y comme les tenant et reconnaissant pour Etats et pays libres sur lesquels iU ne prétendent rien, et en cette qualité faire la trêve avec eux. Le premier n'est pas ce que les Etats demandent, car ils insistent qu'on y ajoute le mot pour t&u^ours; mais nous avons opioion de les en faire contenter plus aisément que du dernier, combien qu'il y ait si peu à gagner ou perdre au choix de l'un ou de Tautre, qu'il y a grand sujet de s'émerveiller de l'opiniâtreté de tous les deux, et plus encore des Espagnols, qui , étant sages et ne dépendant que du eoDseil d'eux-mêmes, devroient moins considérer ce pointillé qui est du tout impertinent, que des peuples, lesquels étant en grand nombre et moins considérés , jugent que cela leur est nécessaire pource qu'on leur refuse.
Nous avions encore requis les députés des archiducs d'accorder cette trêve pour dix ans au lieu de sept qu'ils ont offerts, mais il n'a pas été en notre pouvoir de gagner ces trois ans pour maintenant. La réponse qu'ils nous ont faite n'a encore été communiquée aux Etats, d'autant que la plupart des députés étoient retournés en leurs villes, et ne sont attendus que demain. C'est pourquoi, le temps donné aux députés des archiducs pour se retirer expirant le dernier de ce mois, nous avons jugé, avec les députés d'Angleterre et par le conseil de ceux qui ont plus d'affection à la paix, qu'il étoit expédient de ieor donner avis de se retirer, comme s'ils te- >>f>ient tout rompu , sur ce qui leur a été dit 4e notre part que les Etats feroient difficulté de traiter , s'ils n'éclaircissoient davantage l'article ^e la liberté, et ne consentoient de faire la trêve ^our dix ans au moins; les priant , quand ils se-
roient vers les archiducs, de les y faire résoudre, et de nous en avertir incontinent. Or notre intention est, eux étant retirés, de différer à faire notre réponse aux Etats pour sept ou huit jours, sous prétexte d'attendre le retour des députés de Zélande, qui sont priés par les Etats et nous aussi, de retourner avec pouvoir de délibérer en commun avec les autres provinces de ce qui sera utile pour l'Etat, pendant lequel temps les députés des archiducs ont promis de nous envoyer la finale résolution de leurs maîtres : et quand elle ne seroit autre que ce qu'ils nous ont déjà dit, il y en a assez pour nous donner sujet de faire toutes sortes d'efforts envers messieurs les Etats pour les y faire consentir, suivant le commandement que votre Majesté nous a fait. Aussi a-t-on déjàassez gagné sur les autres; en quoi les députés d'Angleterre montrent à présent de vouloir travailler avec même affection que nous, ce que nous croyons véritable, s'il y a moyen de prendre quelque fiance d'eux; et néanmoins ^ quand nous serions seuls, nous ne laisserions pas de nous opiniâtrer à cette poursuite, ayant déjà dressé quelque projet d'articles pour ladite trêve, qui a bien été communiqué à aucuns des Etats en particulier, et pareillement aux députés d'Angleterre et à M. le président Richardot, afin de reconnoitre au plus près par cette conférence avec eux ce qu'on y doit insérer, faire rendre lesdits articles raisonnables, et au contentement des parties, même des Etats, auxquels nous les présenterons au nom commun des députés des rois et princes qui sont ici, lorsque nous leur ferons la réponse des députés des archiducs, et nous leur conseillerons aussi de s'en contenter. Nous y ajouterons encore les raisons de notre conseil, selon qu'elles sont contenues en l'écrit que nous envoyons à votre Majesté, qu'il a été nécessaire de faire, et de le présenter aux Etats, pour répondre à plusieurs petits livrets et écrits qu'on publie tous les jours pour empêcher cette trêve, et émouvoir le peuple à sédition et tumulte contre les magistrats, au cas qu'ils la veuillent accepter sans obtenir qu'elle soit faite avec une déclaration précise et expresse de leur liberté, selon qu'elle a été requise par le dernier décret des Etats.
Votre Mc^esté pourra trouver étrange le départ des députés des archiducs, avant que leur réponse ait été communiquée aux Etats, et la résolution prise sur icelle, et nous-mêmes y faisions très-grande difficulté , craignant qu'après leur départ les Etats, par les menées de ceux qui veulent la guerre, ne se séparent; mais c'est chose véritable , que l'un des plus grands artifices dont on use pour faire opiniàtrer le peuple
irSOOGIÂTIOlfS
à rejeter la trêve , sinon qu'elle soit à leur mot, est qu'on essaie de leur persuader que les archiducs accorderont tout s'ils tiennent bon, et fondent ce Jugement sur ce que leurs députés, quoiqu'on leur ait assez fait entendre il y a déjà long-temps qu'on désiroit leur départ, ne se sont Jamais voulu retirer. On a eu crainte aussi , non sans raison , qu'aucuns ne se missent en devoir secrètement pour leur faire faire quelque affront par le menu peuple, lequel est du tout porté à la guerre, et ne se laisse aller au conseil du repos, sinon par obéissance et le respect qu'ils portent aux magistrats : puis les plus affectionnés à cette trêve entre les Etats, avec lesquels nous communiquons tous les Jours, ont été de cet avis, et font ce Jugement, que nous aurons plus de pouvoir de persuader aux Etats qu'ils doivent accepter la trêve, après que lesdits députés se seront retirés que s'ils étoient présens , tant la haine est grande contre eux, joint que la province de Zélande a protesté de ne point envoyer ses députés à l'assemblée qu'après leur départ, et disent qu'il n'y a aucun moyen de les ftiire revenir autrement; ainsi, après avoir balancé toutes ces raisons, nous avons suivi leur conseil. Cette résolution de partir a fâché lesdits sieurs députés, et l'ont pris à regret; mais ils ont bien Jugé qu'elle étoit nécessaire, les mêmes avis leur ayant été donnés de tous les endroits auxquels ils peuvent avoir quelque créance, encore qu'ils montrent l'avoir plus grande de nous que de tout le reste ensemble.
Nous avons reconnu, en devisant avec M. le président Bichardot des difficultés qui se présentent, que les archiducs aimeroient mieux faire une trêve à la suite de la première pour vingt ou vingt-cinq ans , sans faire aucune mention de liberté, laquelle ne laisseroit pourtant d'être entendue et présupposée, à cause des mots contenus en la première. Et nous croyons tous aussi qu'en ajoutant vingt ou vingt-cinq ans, à quarantedeux de guerre pendant lesquels les Etats ont toujours vécu en une entière liberté, que cela suffiroit pour faire oublier au roi d'Espagne la souvenance de son droit, et aux Etats celle de leur ancienne servitude , et que cette longueur de temps leur apporteroit plus d'utilité et de sûreté en effet que la trêve pour sept ans , avec la déclaration 'de liberté selon qu'elle est conte* nue ci-dessus, même de quelque façon qu'on la puisse mettre, pourvu que votre Majesté et le roi de la Grande-Bretagne se veuillent obliger à faire garder cette longue trêve; mais les députés des Etats, qui sont en grand nombre, ne se rendront jamais capables de ce conseil; c'est pourquoi nous ne la mettrons point en avant. Aussi est41
raisonnable qu'ils se contentent de la première ouverture, comme nous espérons qu'ils feront, tant pour le respect qu'ils portent à votre Majesté, et la crainte qu'ils auront d'être abandonnés d'elle s'ils s'opiniâtrent contre son avis, que pour le grand nombre de personnes qui sont de l'assemblée générale , lesquelles désiraiit de mettre leur pays en repos : et néanmoins ils ne se rangeront jamais tous à cet avis qu'avec très-grande difQculté et quelque longueur, et peutrétre après avoir envoyé vers votre Majesté et en Angleterre, pour reconnoitre ce qu'ils en pourront espérer, avant que les plus opiniâtres se rendent. Nous y travaillerons de notre part avec tout le soin qu'il nous sera possible, comme aussi pour leur faire coDnoltre la grande obligation qu'ils ont à votre Majesté, qui rejette toutes alliances et amitiés qui pourroient être préj udiciables à leur sûreté , dont le plus grand nombre n'est que très-bien informé; mais d'autres y apportent quelques artifices, non pour avoir mauvaise opinion d'elle ni de sa eonduite envers les Etats, mais pource que cela sert au dessein de rompre la trêve qui leur est odieuse, et qu'ils savent ne pouvoir être persuadée que par ses ministres , qui se servent de son autorité et de la créance qu'elle a en ce lien. Nous prions Dieu, Sire, qu'il donne à votre Majesté, en très-parfaite santé , très-longue et heo* reuse vie.
De La Haye, ce dernier Jour de septemlHe
Vos très-humbles et três-obéissans sujets et serviteurs, P. Jbànnin et db Russy.
Lettre de M, Jeannin à M. de Vtllêwy y dudU jour dernier de septembre 1608.
Monsieur, ceux qui rejettent la trêve, et le prince Maurice surtout, nous travaillent incessamment, et avec toutes sortes d*artifioes, pour faire rpmpre tout. Les députés des archiducs consentent et accordent ce qui est contenu en notre écrit. Nous désirions quelque plus grand éclaircissement d'eux pour l'article de la liberté, et de faire cette trêve pour dix ans au lieu de sept, mais ils n'ont voulu faire ni l'un ni Tautre; encore que nous connoissions très-bien qu'ils craignent la rupture, et qu'ils sachent d'ailleun» les grandes difficultés qu'il y a à faire passer les choses ainsi qu'ils désirent, encore sont-ils ventts jusques à notre écrit, sur l'ouverture et les rai* sons que j'ai dites au président Bichardot, et que je vous ai écrites par mes dernières lettres, et ne l'eussent jamais fait autrement. Ils doi%ifnt sortir d'ici demain, ainsi que nous le mandons au Roi. Ceux qui conduisent les a£6aire8 en oe
BU PKXSIDBIIT JBANNIN.
lien, de la bonDe affection desquels Je suis assuré, nous promettent que nous ferons mieux , eux absens, que s'ils demeuroient; et encore eussé-je eu cette espérance plus grande s'ils eussent voulu parler, en prenant congé des Etats, comme offensés de leurs procédures, et résolus de ne plus pensera aucun traité; mais M. le président Richardot, disant qu'il est de cet avis, montre de le vouloir foire si foiblement, qu*il laissera une opinion du tout contraire. A la vérité, ils se sont rois à la raison, pourvu qu'ils accordent dix ans au lieu de sept, comme j'estime avoir persuadé audit sieur président qu'il est du tout nécessaire de faire. C'est pourquoi nous ferons de notre côté tous efforts envers les Etats pour les en iaire contenter ; en quoi il est besoin que nous procédions avec véhémence : autrement ceux qui veulent la guerre, lesquels n'épargnent personne, prendroient trop d'avantage. Le départ de ces députés me laisse encore cette crainte, que les Etats, à la persuasion de ceux qui veulent tout gâter, ne se séparent aussitôt qu'ils seront sortis. Je l'ai dit au sieur Barneveldt lequel en a bien quelque appréhension , mais il croit que l'autorité du Roi dissipera tous ces nuages.
Je vous envoie l'extrait de quelques points c(ffitenus en une lettre que le prince Maurice a écrite à toutes les villes en langage flamand, dont la traduction a été faite fidèlement. Il y a un grand nombre de pareils écrits qui courent; j'ai jugé à cette occasion qu'il y falloit répondre , comme je fais par un écrit fait à la hâte dont je vous envoie la copie. Nous entendons le présenter à l'assemblée générale des Etats au nom des députés d'Angleterre et d'Allemagne, aussi bien qu'au nôtre , au cas qu'ils y veulent consentir , comme J'estime qu'ils feront, sinon ce sera en notre nom. Je vous envoie aussi un projet d'articles pour la trêve , que j'ai communiqué au sieur Richardot. Les députés d'Angleterre et le sieur Barneveldt l'ont aussi vu , et tous Tapprouvent, même pour l'article de la liberté, puisqu'on ne peut pas mieux. J'espère toujours qu'après avoir disputé long-temps , et avec grande contention , que les Etats se laisseront vaincre ; au moins on y travaille à cette fin avec autant d'ardeur et de soin qu'on fait de l'autre côté. Le sieur Barneveldt y procède aussi d'affection et avec trèsbonne conduite. J'ai achevé avec lui , mais après plusieurs refus, ce que je vous avois dit avant mon départ , et que Sa Majesté a trouvé bon , et en use à l'endroit d'autres ainsi qu'il me conseille, et que je Juge être à propos; en quoi je ne ferai rien sans raison , et sans en rendre bon compte. Je ne suis pas d'avis qu'on promette rien pour les derniers cent mille écus , dont M. Aërsens
fait instance , Jusques à ce que vous ayez de nos nouvelles; car s'ils s'opiniâtrent à ne vouloir pas suivre les conseils qu'on leur donne, il me semble qu'on doit retirer le secours, et, s'ils le font, qu'il sera bon de leur faire casser partie de leurs troupes à l'instant que la trêve sera faite , et par ainsi qu'il suffira de payer les Français pour le quartier qui reste , lequel ne pourroit revenir au plus qu'à cinquante mille écus. J'estime , mon** sieur, qu'il sera fort à propos que Sa Majesté écrive une lettre à M. de Russy et à moi ^ en la forme que Je vous envoie, du moins en substance, afin que nous la puissions montrer, et qu'elle nous serve contre ceux qui font toujours courir de faux bruits, et que la trêve étant rompue de quelque façon que ce soit, Sa Majesté ne laissera de les secourir. Renvoyez-nous, s'il vous plaît, ce courrier au plus tôt, afin que nous nous en puissions servir pour envoyer et renvoyer à Bruxelles quand il sera besoin.
Je prie Dieu qu'il vous conserve, et suis, mon«* sieur, votre bien humble et plus affectionné ser« viteur, P. Jeannin.
A La Haye, ce dernier Jour de septembre
Autre lettre duéUt sieur Jeannin à M, le duo de Sully y duditjour dernier de septembre
Monsieur, vous verrez par les lettres que nous écrivons au Roi les raisons pourquoi les députés des archiducs se sont retirés, avant même que nous ayons représenté aux Etats la réponse qu'ils nous ont faite sur l'acceptation de la trêve, qu'ils accordent pour sept ans et suivant notre écrit. Or nous requérions d'eux l'explication de Tarticle concernant la liberté, selon qu'il est mis par nos lettres au Roi et que nous l'avons souvent écrit, comme aussi que ladite trêve fût pour dix ans au lieu de sept; mais M. le président Richardot m'a dit qu'ils ne pouvoient consentir ni à l'un ni à l'autre , et toutefois m'a donné quelque espérance du dernier et de m'en écrire aussitôt qu'ils seront de retour près des archiducs : et J'aurai loisir d'attendre sa réponse, pouree que les députés de Zélande, qui s'en étoient retournés avec déclaration et protestation expresse de ne point retourner jusques après le départ desdits sieurs députés des archiducs, ne seront ici avant sept ou huit jours pour le plus tôt; et nous différerons Jusques à leur venue à dire aux Etats ce que les archiducs ont répondu à notre propositoin , qui nous semble sufflsant pour les contenter s'ils sont sages ; vous pouvant dire , monsieur, qu'il y a eu très-grande peine à y
NEGOCIÀTIOriS
faire consentir les députés des archiducs. La plupart des députés qui sont en l'assemblée font bien ce même jugement , mais M. le prince Maurice poursuit le contraire avec tant d'instance et véhémence, qu'il a attiré quelques villes de Hollande de son c6té , et a déjà la province de Zélande entière qui suit en cela sa volonté, et a même fait une sécession qui est de mauvais exemple. Or ils disent avoir une règle en leur Etat, que toutes les provinces, et les villes même en chaque province, doivent être toutes ensemble d'un même avis es délibérations d'importance , et sans cette union qu'on ne peut rien conclure. J'espère néanmoins qu'avec l'autorité du Roi et bonne conduite des particuliers de cet Etat , qui tendent à même but qu'elle, nous surmonterons toutes ces difficultés , et qu'enfin la nécessité et la crainte d'ôtre abandonnés les y fera résoudre. J'estime aussi que M. Lambert, envoyé par delà de la part de M. le prince Maurice , retournera si bien instruit de l'intention de Sa Majesté pour la rapporter audit sieur Prince , qu'il connoltra bien , s'il persévère en son opiniâtreté , qu'elle ne servira qu'à lui procurer sa ruine; non que je puisse croire qu'il se change tant qu'il pourra espérer de rompre cette trêve, car il ne se peut persuader, quoi que je lui dise, qu'ils doivent être abandonnés de la France, et peut-être a-t-il de mauvais avis de ce c6té-là, qui fomentent en lui cette opinion; mais bien tiens-je pour assuré, encore que lui, quand il est en colère, et ses serviteurs trop souvent tiennent des langages comme s'il étoit résolu de se jeter à des conseils désespérés , qu'il est trop sage et trop homme de bien pour le faire.
Vous voyez, monsieur, à quelles gens nous avons affaire, combien leurs opinions sont diverses ; et nonobstant que les gens sages connoissent assez que sans l'assistance des rois ils ne peuvent durer en guerre, si est-ce que ce peuple, et plusieurs même de l'assemblée , ont si peu d'appréhension de l'avenir, qu'il est très-difflcile de les persuader. J'envoie à M. de Villeroy la copie d'un écrit que nous présenterons aux Etats au premier jour, pour répondre aux raisons contenues en plusieurs petits livrets qu'on jette parmi le peuple pour l'émouvoir à sédition contre leurs supérieurs, au cas qu'ils reçoivent la trêve à autres conditions qu'on leur prescrit : il ne mérite pas que vous preniez la peine de le voir, mais c'est pour témoigner que je n'omets rien de mon devoir, pour faire que la volonté du Roi soit suivie. J'ai bien reconnu aux propos de M. le président Richardot, que les archiducs aimeroient mieux faire la trêve pour vingt, voire ipême pour vingt-cinq ans à la suite de la pre-
mière , sans faire aucune mention de la liberté, que d'accorder celle-ci pour sept ans, aux conditions qu'on la demande. Et pour moi je le jugerois meilleur pour les Etats, pourvu que les deux rois voulussent être garans de cette trêve; car, après avoir déjà vécu quarante-deux ans en guerre sans reconnoitre aucun seigneur, en y ajoutant encore vingt, ce temps me sembleroit plus que suffisant pour conserver le titre et la possession de leur liberté ; mais je n'estime pas que les Etats, partialisés entre eux comme ils sont, soient capables de prendre ce conseil. Je vous supplie très-humblement que vous continuiez à prendre toute assurance de mon service, comme de celui qui est, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur , P. Jeannw.
A La Haye, ce dernier jour de septembre 1608.
Lettre de M. de La Boderie à M, Jeannin, du premier octobre 1608.
Monsieur, vos trois lettres du vingt-neuvième d'août, treizième et quinzième de septembre, me sont arrivées à trois jours près l'une des autres, la première par notre voie ordinaire, qui, ce coup, a été un peu lente, les deux dernières par monsieur votre fils , qui a pris la peine de me venir voir , et me les apporter en ce lieu , où je me suis retiré depuis un mois pour fuir la peste. Je suis ti'ès-marri que son peu de séjour en Angleterre, et mon éloignement de la ville, m'ôtent le moyen de lui rendre aucun service ; mais pour le moins m'y suis-je offert , et vous croirez bien, comme j'estime , que ce n'est avec feintisc. Je vois par toutes vos lettres la peine où vous êtes, le désir que vous avez de faire réussir la volonté du Roi , et les divers obstacles que vous y trouvei de ce qui procède d'ici ; je ne m'en étonne point, car, outre l'opinion qu'ils ont toujours eueiine la paix ou la trêve des Pays-Bas ne sauroit être que ruineuse, comme il est certain, et en trop de sortes, ils appréhendent encore, autant ou davantage, que les Espagnols en aient l'obligation au Roi, et de plus , demeurent toujours constans en cette prudence de vouloir se tirer du pair, s'il est possible, et laisser Sa Majesté et les Etats, tout seuls , chargés de la guerre. C'est sans difficulté ce qui les a fait tenir fermes à ne vouloir faire mention de la défense desdits Etats dans la ligue où je les avois amenés; de laquelle résolution , non seulement je ne vois aucun moyen de les faire départir, mais je doute fort que, quand nous voudrions suivre les brisées de ladite ligue, qu'ils fussent pour y rentrer. L'occasion est chauve, comme vous savez trop mieux. Lorsque j'entrai en cette pratique, ils étoient au fort de la
BU PBX8IDSNT JCANNIN.
jalousie (^e TarriTée de don Pedl*o, et les bruits de ces mariages dont il devoit être le négociateur, leur apporteroient. Depuis ils commencent à se Tassurer , tant par la lentitude dont ils voient que cela marche ; que par plusieurs avis qu'ils ont , et d'Espagne même peut-être ; et voyant que nous B'avons pas si franchement correspondu aux propos qui s'étoient mus, entre le comte de Salisbury et moi, sur les autres mariages de deçà, où, pour vous dire, j'avois tant plus volontiers prêté roreille que vous m'y aviez exhorté par deux fois, ils prennent lieu de là de se retirer, et non sans quelque mécontentement. Nous marchons les uns et les autres avec trop d'incertitude et trop de défiance pour jamais rien faire de bon« Je connois prou le peu d'assurance et le peu d*aftection qu*il y a en eux , mais si pourroit-on, à mon avis, les guérir de ces défauts, ou pour le moins s'éclaircir d'eux de telle sorte, que si tout espoir en soit ôté, tout autre parti seroit nécessaire pour se voir une fois dehors de ces irrésolutions et longueurs accoutumées.
L'on ne m'a encore rien ordonné de notre cour sur ce que vous me dites y avoir écrit : selon ce qui me viendra je ferai; car, pour vous dire, les derniers termes où nous en sommes demeurés, le comte de Salisbury et moi, a été que nous verrions ce qui s'ensuivroit de la paix ou de la trêve , pour selon cela reprendre nos erres, et que jusques-là tout demeureroit en même état. Si vous foites la trêve il ne sera besoin d'autre cas ; si vous ne la faites point , et que le Roi veuille continuer à assister les Etats , il faudra voir s'ils voudront y entrer de quelque chose , encore que pour moi j'en espère peu , et faudra bien nous assurer, s'ils y entrent, que ce sera plus pour la jalousie qu'ils auront de nous et desdtts Etats, que pour l'amour qu'ils nous portent aux uns et aux autres. Toujours ce point de leurs dettes, sur lesquelles nous ne leur donnons que des remises qui les offensent , et les pratiques que nous tenons avec l'Espagne par le nK)yen du pape, et, à leur dire, des jésuites, donnent couleur et servent de prétexte à leurs ombrages. Je suis três-marri que nous ne les prîmes au mot sur l'offre de leur ligue défensive, ^ les ouvertures de leurs alliances ; j'estimois J) avoir peu fait de les y avoir amenés, et, quand ^ien on n'y eût fait mention des Etats, cela néan- ^ins les eût regardés assez, en tant que l'Espagne , nous sachant bien unis ensemble et si intéressés en leur conservation , eût pensé plus de trois fois devant que leur dénier ou paix ou trêve. Les plus sages ne Font pas jugé ainsi , >l me faut soumettre ; mais tant y a qu'il nous but attendre ce qui sera réussi de la trêve de-
vant qu'entamer autre négociation, puisqu'aussl bien c'en est fait ou failli à cette heure. J'attendrai ce qu'il vous plaira m'en faire savoir, et cependant vous baiserai très -humblement les mains, comme avec votre permission à M. de Russy, et demeurerai, monsieur, votre très* humble et très-affectionné serviteur,
Là Bodebie.
A Rochemont, ce premier jour d'octobre 1 608.
Depuis cette lettre écrite j'ai vu le roi de la Grande-Bretagne et le comte de Salisbury, et ai négocié conformément à ce que vous montrez désirer, mais plus pour préparer néanmoins que pour reprendre notre dernière pratique. Je les ai trouvés assez bien , et l'un et l'autre , et crois que sur l'opinion qu'ils ont à cette heure, que nous voulons aussi peu la guerre qu'eux , qu'ils s'accommoderont plus aisément à vos conseils : ils louent que l'on ne rompe point , et montrent désirer qu'il se laisse encore quelque 111 pour renouer; mais ils montrent désirer aussi que ce soit chose qui soit recherchée du côté d'Espagnc, et d'avoir leur part en leur recherche. J'ai ci*u vous devoir encore dire ce mot, en vous baisant les mains derechef.
Lettre de M. Jeannin à M, de Villeroyy du premier octobre 1608.
Monsieur, le courrier Picault est parti aujourd'hui matin , et le même jour les députés d'Angleterre, d'Allemagne 9 et nous avons été en l'assemblée générale des Etats pour les prier de mander les députés de Zélande, afin que leur disions , lorsqu'ils seront tous ensemble , la réponse des archiducs sur la proposition de la trêve , et ce que nos maîtres nous ont commandé de leur faire entendre sur ce sujet : ils nous ont dit ravoir déjà fait, et qu'ils y ajouteront une recharge. A la sortie des Etats nous fûmes voir, aussi tous ensemble , M. le prince Maurice pour lui en dire autant, lequel , plein de colore et animosité, nous répondit avec grande véhémence que proposer la trêve étoit procurer la ruine de leur Etat, qu'il s'assuroit que les provinces de Hollande et Zélande n'y consentiroient jamais , et qu'elles contraindroient les autres d'en faire autant, veulent ou non; et quand même il n'y auroit que trois ou quatre villes en l'Etat qui se veulent opposer, qu'il défendra ki liberté du pays avec eux, disant, quand ils ne seront assistés de personne, qu'ils dureront encore plus, et périront plus honorablement que par la trêve, qui les doit faire devenir Espagnols en peu de mois; que c'est le dessein de ceux qui ont commencé cet ouvrage , et qu'il est résolu d'y résis-
KiGOCTÀTlONi
ter par quelque moyen que ce soit , et au péril de sa vie. Je lui dis avec modestie et respect, et néanmoins fermement, qu'il étoit trop sage et trop homme de bien pour se séparer du corps de TËtat , et qu'il ne le pourroit faire aussi sans se ruiner bientôt, et avec blâme; que si tout TËtât prend ce conseil de rejeter la trêve , nous nous contenterons de leur remontrer ce qui est de leur bien, et les inconvéniens qu'ils doivent craindre de cette résolution , mais tant qu'il y aura quelque espérance de leur faire prendre de meilleurs conseils ^ que nous sommes obligés d'y insister ; j'y ajoutai plusieurs raisons , et lui des répliques toujours avec même véhémence Mon propos fiit au nom commun de tous ; mais les députés d'Angleterre et d'Allemagne ne dirent jamais un seul mot, dont je me sentis offensé, même de ceux d'Angleterre, qui, deux jours auparavant , nous avoient montré trouver mauvais les déportemens dudit sieur Prince ; c'est pourquoi je ne sais s'ils demeureront fermes à ce qu'ils ont promis jusqu'au bout.
La haine dudit sieur Prince accroît tous les jours contre le sieur de Bameveldt , et n'y a moyen de l'amoindrir, sinon que celui-ci quitte le dessein de la trêve pour se joindre au sien. Chacun espère de son côté , et se promet que la province de Hollande embrassera son avis , duquel tout doit dépendre. J'estime, pour moi, que les opinions y seront divisées , et néanmoins, s'il n'y arrive quelque notable changement, qu'il y en aura plus pour la trêve que contre. A la vérité si la trêve n'étoit à présent soutenue de l'avis et autorité des rois, M. le Prince deviendroit le plus fort. Quand nous le priions autrefois de s'évertuer, et d'employer le crédit qu'il avoit dans l'Etat pour empêcher la paix , lorsque nous craignions qu'elle dût être mauvaise , et que nous lui mettions en avant les raisons et moyens pour y parvenir, il nous répondoit que tous ces peu* pies désiroient le repos avec si grande ardeur, qu'H n'y^voit aucun moyen de les retenir, et se contentoit lors d'en dire son avis, et de fumer, sans s'en mêler plus avant; mais quelqu'un a réveillé sou esprit, et l'a rendu plus industrieux à ce métier qu'il n'étoit.
Il est encore avenu ici un accident duquel il se pense fortifier, c'est que l'instruction originale des députés des archiducs a été dérobée à M. le président Richardot : on dit qu'il l'a oubliée à son départ, mais je crois plutôt le premier. Elle est tombée es mains dudit Sieur Prince, qui, après l'avoir vue et communiquée à qui bon lui a semblé en particulier, l'a fait voir en l'assemblée générale des Etats; les uns n'y ont rien trouvé de mauvais 9 les autres au contraire. Pour
moi je fais ce Jugement, qu^elle sert beaticoup aux archiducs pour montrer qu'ils ont négocié sincèrement, et ne les ont point voulu tromper, même au point de la souveraineté, encore qu'ils aient donné charge à leurs députés d'essayer d'en obtenir quelque récompense. Il parie en deux endroits de moi pour s'y adresser particulièreroent en ce qui est de la religion, et comme s'il sembloit qu'il y eût quelque amitié entre M. le président Richardot et moi. On voit aussi par cette instruction qu'ils ne se fient ni aux Français ni aux Anglais, et qu'ils craignent notre ligue avec les Etats; j'en ai recouvré la copie que je vous envoie.* Il y en a qui s'imaginent que M. le président Richardot l'a laissée exprès : à la vérité elle ne contient rien, en ce qui concerne les Etats, dont ils n'aient parlé en leurs conférences ; si n'estimé-je pas qu'il Tait fait à ce dessein, mais plutôt qu'elle lui a été prise; vous en jugerez mieux que moi. Trois jours avant le départ du marquis, un apothicaire dit qu'un de ses gens lui avoit demandé du poison à vendre , et on fait courir de mauvais bruits là-dessus. Aucuns ont recours à présent aux artifices , et prévoient qu'un de ces jours on publiera , pour les rendre plus odieux, qu'ils ont voulu surprendre quelque place.
Vous voyez, monsieur, combien de difficultés et mauvaises rencontres il y a en cette af&ire: si ne me saurais«je ôter de l'opinion qu'enfin nous ferons la trêve, si les archiducs ne changent rien à ce que le sieur Richardot m'a dit, et que Sa Majesté continue à fortifier l'avis de ceux qui la désirent; car il y a tant de raisons pour l'espérer ainsi , que je n'en peux faire autre jugement; considéré que cinq provinces sont de cet avis , la Hollande pour la plupart , et qu'il y a apparence que les autres villes de ladite province, qui y sont contraires, s'y joindront; ainsi que la Zélande, pour ne se séparer du corps de l'Etat, y consentira, les rois continuant en leur avis. Et quant à M. le prince Maurice, il s'est montré si sage et considéré du passé, que je ne saurois croire non plus qu'il veuille prendre de mauvais consefis, encore qu'il tienne à présent d'autre langage par des instructions qui sans doute viennent d'ailleurs que de son inclination. Rien est-il certahi , quelque résolution que les Etats prennent, soit de trêve ou de guerre, qu'elle sera sujette à des inconvéniens : je dis même celle de la trêve, qui est la meilleure au cas qu'ils ne rétablissent l'exercice de la religion catholique en quelques endroits; ce que je vois bien qu'ils ne feront pas, aucuns y résistant par un zèle indiscret, et les autres pource qu'ils estiment que la nu^rt de ceux qui
Bt I>BBStDIIlT Jtkvmff.
sont à présent catholiqnes éteindra du tout ladite religion; et s'il y en a quelques-uns ici qui aient dessein de rejoindre cette partie d'Etat avec celle que tient Tarchiduc , ceux-là empôclieront de même le rétablissement de cet exercice pour offenser les catholiques , et leur laisser plus d'envie d*y entendre, dont cette instruction, jointe à quelques autres conjectures du passé , m en donne une grande défiance, mais que ce dessein n'est pas contraire à celui du Roi , au cas que vous traitiez quelque chose par delà sur l'ouverture de la séparation. Je le dissimulerai pour maintenant; bien est-il vrai que si les Espagnols n'effectuent ce qu'ils vous ont promis en cet endroit, il y faut donner ordre la trêve étant faite; autrement je craindrois qu'eux pouvant faire sans nous ce qu'ils prétendent faire maintenant par notre moyen , ils se soucient peu de nous après : prenez-y garde, s'il vous plaît, et m*averti8sez à temps , afin que nous ne soyons point trompés par les ruses des Espagnols, qui ne feront jamais rien à notre avantage que par force J'excuse donc ledit sieur Prince s'il a des soupçons, et néanmoins je résiste à son dessein; mais j'aiderai volontiers, la trêve se faisant, à ce que le changement qu'il craint n'avienne , si ce n'est avec la conduite et l'avis même de Sa Majesté, encore que je pense l'instruction susdite avoir plutôt été dérobée que laissée à dessein par ledit sieur président Richardot. Si ne laissé-je d'en faire quelque doute, quand je considère qu*ils veulent que chacun sache que la rupture de la paix est avenue sur le fait de la révision , comme il sera su , car on le fera imprimer ici. J'estime qu'il sera à propos , pour beauor»up de considérations , que le Roi écrive aux Etats une lettre de pareille substance à celle que |e vous envoie , et qu'il sera encore meilleur de le faire que de nous écrire celle dont le courrier Picault a emporté le mémoire. Je suis, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur,
P. Jeannin.
A La Haye, ce premier jour d'octobre 1608.
Lettre de M, de Villeroy à M. Jeannin, du deuxième d'octobre 1608.
Monsieur, le Roi est à Saint-Germain-en- Laye , où il a mené le duc de Mantoue, et ce wrteur s'en va avec sa voiture , de façon qu'il le vous portera pour cette fois des lettres de Sa ^lajesté, laquelle vous a écrit aussi naguères par 'homme de M. de Russy. Elle attend pareillenent le courrier Picault que nous vous avons lépéehé dès le dix-huitième du mois passé par ? chemin de Bruxelles , où M. de Berny nous a crit qu'il passa le vingtième; nous estimons
maintenant que vous Taurez retenu jusques au commencement de ce mois pour pouvoir nous avertir par lui de l'effet qu'aura produit l'expira* tion du délai de la conférence qui devoit échoir le dernier du passé. De quoi je reconnois que les ministres d'Espagne sont en perplexité, croyant, si leurs députés se séparent une fois , qu'il sera difficile après , non seulement de les assembler , mais de renouer leur traité avec l'autorité du Roi ; et certes ils n'ont aucune envie de rompre : toutefois le courrier d'Espagne n'est encore passé, mais j'estime que les archidujcs se disposeront et résoudront à la fin de franchir le saut sans da-* vantage l'attendre. Certes ils devraient l'avoir déjà fait. Je crois, quant à moi, qu'ils délivreroient le conseil d'Espagne d'un grand souci, et quand il ferait contenance d'en être marri et le trouver mauvais, que ce ne serait qu'en apparence et par vanité , car en effet il en serait très-aise et soulagé. Mais je crains plus maintenant que vous ne puissiez disposer les Etats à se contenter, que la déclaration touchant leur liberté soit faite aux termes que vous avez proposés ; car toute con* testation avec un peuple le rend coutumlèrement plus opiniâtre et endurci. Je souhaite que vou4 en veniez à bout, puisque notre mattre juge toujours qu'une longue trêve est préférable à la guerre. Je me suis aperçu que les gens de Var^ chiduc appréhendent , quand ils auront fait leur traité avec la susdite déclaration touchant la liberté, que le Roi soit conseillé d'en foire une en faveur des Etats, et à leur requête, par laquelle il dit qu'il tient les Etats pour libres et souverains pour toujours; mais je n'ai pas opinion que cela soit demandé, ni que sadite Majesté soit conseillée de l'accorder , mais que l'on devra 80 contenter qu'il fasse pour la trêve le traité qu'il a fait pour la paix , afin que celle-là soit conser<vée comme elle doit être. Vous prendrez garde , s'il vous platt, à toutes choses. L'on nous écrit de Pravence que l'armée de mer du roi d'Espagne n'a passé Cadix , ayant avis quç le roi de Maroc avoit envoyé sur la côte dix mille hommes de pied , et cinq mille à cheval pour empêcher la descente de ladite armée ; tellement que Ton croit qu'elle se séparera sans tenter autre chose i de quoi j'espèreque nous éclalrciront les premières lettres d'Espagne que nous recevrons. Je prie Dieu, monsieur, vous conserver en parfaite santé. De Conflans, ce deuxième d'octobre 1608;
Monsieur , j'avois écrit la présente quand lA vôtre particulière du vingtième du passé m'esC arrivée par la voie que vous me l'avez adressée^ ayant demeuré à venir douze jours par le mau« vais devoir que nos postes font de servir le Roi ^
KÉaoCIÀTTOl^S
à qui Je Tai soudain envoyée par M. de Puysieux , et ne sais s*il aura encore reçu la remontrance du prince Maurice; mais vous serez averti de la volonté de Sa Majesté sur icelle à point nommé.
Votre très-affectionné serviteur et assuré ami,
DE Neufvillb.
Lettre de M, Jeannifiy à M. de Villeroy, dudit jour deuxième d'octobre 1608.
Monsieur, depuis vous avoir écrit, J'ai su que i*instruction dont je vous ai envoyé la copie a été trouvée en une layette , au dessous de la table qui étoit en la chambre de M. le président Richardot , par un serviteur de son hôte , qui la montra à l'instant au comte Jean qui s*est mis dans le même logis à Tinstant de son départ, lequel la retint, puis la donna au comte Henri, et lui à M. le prince Maurice son frère, lequel rayant vue et considérée à loisir, la communiqua à l'assemblée générale des Etats, dont les députés de chacune province ont pris copie pour l'envoyer en leurs villes. 11 y avoit encore deux autres papiers trouvés en la même layette , l'un d'une remontrance que ledit sieur pr^ident vouloit faire aux Etats pour le rétablissement de l'exercice de la religion catholique , et les exciter à se départir du commerce des Indes; l'autre étoit le projet de la trêve, selon que les archiducs la prétendoient faire avec les Etats , lequel projet nous avoit été communiqué, et aux députés d'Angleterre ensembiement; mais nous ne l'avons pas approuvé , et au lieu d'icelui Je dressai l'autre que je vous ai envoyé , qu'eux tous ont vu depuis , ainsi que Je vous ai écrit. Je suis toujours en quelque^oute si Je dois croire qu*il a été laissé par oubliance, à dessein, ou bien dérobé. Si c'est le premier , ledit président en sera blâmé ; si à dessein , encore qu*il serve en quelques points pour eux , il y a d'autres choses qu'il n'étoit pas grand besoin de faire voir ; quant au dernier , qui est le larcin , son hôte l'a pu faire s'il a voulu , et lui a été malaisé de s'en garder; et quand il s'en fût aperçu avant son départ, il n'eût peut-être voulu s'en plaindre, croyant bien que celui qui l'auroit pris ne l'auroit fait en intention de le rendre. Le sieur de Barneveldt, qui a été fort curieux de s'informer comme cela est avenu, m'a dit présentement que c'est vraiment oubliance , et que les Anglais se formalisent déjà de ce que les archiducs montrent par cette instruction avoir encore plus de confiance aux Français qu'en eux , combien que ce soit de si peu , que je ne vois pas qu'ils y mettent grande ^férence. Je suis, monsieur, votre très-hum-
ble et très-obéissant serviteor , P. IiÀïmiN. A La Haye, ce deuxième d'octobre 1608.
Lettre de M, Jeannin à M, de Bemy, ambassadeur du Roi près les archiducs, troisième d'octobre 1608.
Monsieur, le même Jour du départ de messieurs les députés des archiducs , on apporta à M. le prince Maurice l'originale instruction qui leur avoit été donnée venant ici , et deux autres papiers trouvés, comme on prétend, ensembiement en une layette qui étoit au dessous de la table sur laquelle M. le président Richardot avoit accoutumé d'écrire , l'un desquels papiers est le recueil d'une remontrance qu'il vouioit faire aux Etats pour le rétablissement de la religion catholique , l'autre un projet de traité de trêve ainsi que les archiducs la prétendoient faire. Cette instruction a été lue en l'assemblée générale des Etats, avant qu'en ayons eu aucune connoissance. Les mieux entendus n'en ont pas été mal édifiés, parce qu'elle les a assurés que lesdlts sieurs députés avoient traité avec rondeur et sincérité; mais il y en a d'autres qui n'en ont si bien fait leur profit. Je ne sais si cette instruction a été dérobée audit sieur président , si elle a été omise par oubliance , ou bien laissée à dessein, car il y a des conjectures et des raisons de part et d'autre : mais quant à moi , Je n'y vois rien par mon Jugement qui doive offenser les Etats. Je vous supplie d'en avertir ledit sieur président, et lui dire , s'il Juge être à propos que fassions instance pour la retirer, que nous le ferons trèsvolontiers. Je ne vois pas toutefois que cela doive servir de rien, car elle est à présent publique; nous en userons ainsi qu'il trouvera bon. Je l'ai supplié que nous ayons bientôt de leurs nouvelles, afin que puissions conférer avec messieurs des Etats. Je crois bien qu'il s'en souvient , et qu'il y aura pourvu, étant néanmoins désireux que nous sortions bientôt d'affaii'es. Je vous supplie de le lui vouloir dire. Nous trouvons de très-graudes difficultés ici , et s'ils ne nous aident à les surmonter , y apportant ce qu'ils pourront de leur côté, le succès n'en sera pas bon. Je vous baise bien humblement les mains , et suis , monsieur , votre bien humble et affectionné serviteur ,
P. JSÀNNIN.
A La Haye, le troisième d'octobre 1608.
Lettre de M. Jeannin à M. de Villeroy, du septième d'octobre 1608.
Monsieur , Je vous écris ce mot pour accuser la réception des lettres du Roi et des vôtres , du 28 et 29 du mois passé, que le sieur de Verrières nous a rendues le quatrième de ce mois , avec
BU PBBSIDBNT JfiANIOlf*
eelles aussi qui étoient dans le paquet de M. de Ghâteauneuf , ensemble le nouveau chiffre. Le courrier Picault s'en est retourné pour vous avertir du départ des députés des archiducs , et des raisons qui nous avoieut mus de le souffrir plutôt que de le conseiller. Vous recevrez encore après d'autres lettres par le sieur de Thurières , qui sont du deuxième de ce mois, avec copie de riostnietion des députés des archiducs, qui a bien fait du bruit et donné sujet d'en discourir de diverses façons, les uns estimant qu'elle a été laissée par M. le président Richardot a dessein , les autres qu'il l'a oubliée, ou bien qu'elle lui été dérobée : en quoi j'ai eu moi-même diverses opinions, et ne sais encore qu'en penser , combien qu'à considérer tout il y ait plus d'apparence que ledit sieur président Tait oubliée qu'autrement : j'en attendrai votre jugement. Ledit sieur président nous a priés à son départ de ne point faire leur réponse aux Etats , jusques à ce que nous ayons eu nouvelles de lui que nous attendons de jour à autre. Je ne sais si les archiducs feront difQculté de traiter au nom du roi d'Espagne , car il m'en parla douteusement à son départ. Il a été prié aussi de faire consentir aux archiducs que la trêve soit pour dix ans au moins ;s*ils n'accordent les deux tout sera rompu, du moins quant au premier , encore aurons-nous de très-grandes difficultés; car il est certain que beaucoup de gens travaillent ici et ailleurs pour rompre cette trêve , et qu'on n'oublie aucun artifice pour remettre ces peuples en guerre. N'espérez pas que le prince Maurice se change tant qu'il aura quelque espérance de rompre cette ûève.
Je travaille de mon côté , et me sers du sieur de Barneveldt et d'autres qui y ont aussi du pouvoir, et ne suis blâmé sinon que j'y apporte trop de chaleur au gré de ceux qui la veulent empêcher; mais je n'en fais pas assez pour contenter les antres. Je serai toujours modéré ou véhément selon qu'il me sera commandé , car il faut que mon mouvement dépende de celui qui m'est donné. J'espère toujours bien de cette trêve, quoique avep crainte, à cause des grandes brigues et partialités qu'on fait au contraire, et crois, après que chacun aura contesté pour fahre suivre son opinion, qu'ils ne prendront enfin tous ensemble qu'une même résolution sans se séparer l'un de l'autre; et c'est à quoi nous tendoos, jugeant i>ien que leur union est du tout nécessaire s'ils se veulent conserver , soit en paix, aoit en guerre. L'instruction dont je vous ai envoyé la copie vous apprend l'intention des archiducs et du roi d'Espagne , et qu'en traitant ils veulent séparer du tout cet Etat d'avec nous
n. G. D. M. T. IV.
et l'Angleterre. Or y ils voient bien qu'ils ne le pourront hxre par la trêve de laquelle leurs Majestés doivent être garans; c'est pourquoi je me défie autant qu'elle se rompe de leur o6té qae de celui des Etats. Vos lettres sont venues trop tard pour faire instance en fa;ieur des députés des archiducs. Ils ne pouvoient plus aussi demeurer ici sans mettre en trop de soupçon les Etats, et nous ôter même le moyen de faire cette trêve ^ de laquelle nous pouvons plus espérer eux absens que présens, pourvu qu'ils s'y aident. Je vous ai envoyé le projet des articles d'icelle, ainsi que nous l'entendons présenter aux Etats. On m'a dit que l'ambassadeur des archiducs a fiait grande plainte au Roi de la proposition de cette trêve en la façon que nous l'avons assaisonnée ; mais croyez , monsieur , que si je l'eusse donnée d'autre sorte , elle eût été rejetée à l'inS" tant, sans la mettre en plus longue délibération, et n'eussions fait autre chose que de nous mettre en mauvaise odeur; encore voyez-vous bien que nous ne les y pouvons faire consentir, et que c'est le mieux qu'on en puisse espérer.
Je vous ai pareillement envoyé un écrit que nous devons présenter aux Etats, lequel contient nos raisons pour la trêve , et la réponse aux objections contraires. Je l'a vois fait à la hâte, pensant être plus pressé , et y ai beaucoup changé depuis, même en ce qui pouvoit offenser M. le prince Maurice, contre lequel j'étois si aigri lors, pour la résistance ouverte et animeuse qu'il fait contre l'avis du Roi , qu'en ce premier mouvement je n'étois pas demeuré assez retenu. J'ai estimé n'y devoir aussi rien mettre qui puii^e donner quelque défiance aux Etats qu'ils seront abandonnés de Sa Majesté, au cas qu'ils ne suivent son avis , car il y aura toujours assez de temps pour le «faire par ci-après si vous me le mandez ; puis vous étant maintenant hors l'espérance de l'alliance qui doit ser\ir à la séparation, ainsi que vous me mandez par votre dernière lettre, il faut conserver par deçà l'autorité et la créance entière à Sa Majesté , sans rien faife qui la puisse diminuer en faveur de gens qui peut-être nous en feroient quelque jour du mal. Les Anglais procèdent bien maintenant pourvu qu'ils ne se changent : il peut bien être que leur maître pense à se rendre chef de tous ceux qui se sont séparés de l'Eglise romaine , car M. Winood a dit depuis peu de jours que le prince de Galles n'épousera jamais une princesse qui ait été nourrie en la religi<Hi catholique. On parle aussi du mariage de la fille de l'électeur Palatin pour lui, et met-on en considération qu'elle est nièce du prince Maurice , comme si cela pouvoit servir pour coqjoindre cet Etat en
KiGOCUTtONfl
une plus étroite amitié avec T Angleterre. M. de Coilis dit que l'alliance et union des princes protestans d'Allemagne et des villes, tant de celles qui sont de la confession d'Augsbourg que Gal- Tinistes , est fort avancée. La venue de don Pedro a remué bien fort les esprits qui étoient en crainte de notre conjonction avec TEspagne : elle nuit bien fort aussi aux affaires de ce lieu , et iiéanmoins Je prévois qu*il n'en sortira que du vent, et qu'il sera vrai en cet endroit, ce qui a été dit dès long-temps , qu'on n'envoie Jamais un ambassadeur solennel et de grande qualité , sinon pour conclure et achever du tout un traité secret qui étoit déjà auparavant bien fort avancé, ou pour tromper. Or il n'y avoit encore rien entre nous, gardons- nous donc du dernier. Nous attendons des nouvelles de Bruxelles , selon que M. le président Richardot nous promit à son départ.
Je prie Dieu qu'il vous conserve, et suis, monsieur , votre très-humble et très-obéissant serviteur, P. Jeànnin.
A La Haye ce septième d'octobre 1608.
Lettre de M. le président Richardot (1) à M, Jeannin^ dudit jour septième d'octo^ bre 1608.
Monsieur, je suis merveilleusement affligé d'une chose qui sera déjà venue à votre connoissance : Je dis d'un papier qui s'oublia en ma chambre, et que Ton m'a dit s'être publié par delà. C'est l'instruction que nous y portâmes , et que J'avois ordonné à un de mes gens de rendre à f audiencier , ce qu'il oublia , et Je ils la faute de ne m'en informer davantage. Je sais que le service de mes maîtres n'y peut être intéressé , et que ceux de delà n'y auront trouvé chose qui les puisse ojffenser ; mais de vrai c'est violer, tXjus hospiHi^ et le religieux respect qui se doit aux ambassadeurs, les personnes et biens desquels doivent être en pleine sûreté, et vouloit la raison qu'ils me la renvoyassent plutôt que d'en faire trophée ; la honte est mienne dont je me meurs de dépit, et ne sais autre remède que de prendre mon recours à vous, et vous supplier, comme je fais trè^affectueusemeut , d'employer votre au« ^rité pour recouvrer ce maudit papier , et me le renvoyer par ce porteur , que je sais n'être remède suffisant pour éviter mon malheur, mais toujours me sera-ce partie de consolation. Aussi voudrois-je qu'il vous plût sonder et vous édaircir s'ils l'ont, ou le veulent publier, car, ou que si , je confesserols ma faute à mon maître , ce qu'autrement je ne ferai et le dissimulerai
(1) Jean Richardot flit président an conseil d*ArraS| puis du conseil privé des archiducs à Bruxelles.
jusques à ce que J^aie de VOS nouvelles; maié pour Dieu ne refusez point ce travail poor un votre très-affectionné serviteur , et , s'il est besoin , en parler et supplier de votre part et de la mienne, et madame la princesse et ces seigneurs, qui verront bien que sera sur moi seul qu'il pleuvra. Et sur cet endroit je vous baise bien humblement les mains, et prie le Créateur \oug donner, monsieur, longue et heureuse vie.
De Bruxelles ce 7 d'octobre 1 608.
Votre bien humble et très-affectionné serviteur , Le président RicaARDOT.
Lettre responsive dudit sieur Jeannin audit sieur Richardot, du dixième d'octobre 1^0%.
Monsieur, votre instruction est tombée es mains de M. le prince Maurice, qui , après l'avoir lue et gardée seulement demi-heure, la donna au greffier des Etats qui l'étoit venu demander de la part de l'assemblée générale qui en avoit en l'avis, en laquelle elle fut vue et lue à l'instant; puis chaque province en voulut avoir copie, et tout cela fait en deux ou trois heures , avant même que le bruit en fût venu jusques à nous. L'ayant su , j'en eus un très-grand déplaisir pour votre seule considération , bien certain que vous en seriez fâché; car, quant au public et à leurs altesses, il n'y a rien en l'instruction qui puisse donner sujet aux Etats de s'en plaindre , ni de dire non plus que les députés aient procédé autrement qu'en toute candeur et sincérité, et cela doit diminuer votre déplaisir; car je vous peux assurer que le plus grand nombre de rassemblée en a plutôt été bien édifié que mal. Pour moi, quand je l'ai bien considérée , je n'ai pas été sans soupçon que vous l'eussiez fait à desseiu plutôt que par oubliance , et ne suis seul de cet avis. Votre prudence a été reconnue en tant de grandes actions , et par un si long temps, que votre réputation n'en diminuera de rien , et vous êtes aussi près de grands princes qui sont si sages qu'ils sauront bien considérer que c'est la foute d'un serviteur qui n'est pas excusable en lui , mais en vous qui vous y êtes fié , n'y ayant personne qui ne puisse être trompé de cette façon. Bien vous peux -je assurer que si je l'eusse sçu avant qu'elle eût été publique , j'eusse feit tout mon possible poiTr empêcher qu'elle n'eut été divulguée , et estime que J'avois d'assez bonnes raisons pour le leur persuader s'ils se fussent voulu rendre capables de les recevoir. J'en ai envoyé la copie à M. de Villeroy, pource que M. Aërsens Tavoît déjà envoyée de la part des Etats à son fils, qai est agent près du Roi. Je ferai demain instance pour la retirer afin de vous la renvoyer, si je » peux obtenir eomme Je l'espère; mais pour Ta*
bt PHéstDÀNt iÈkfititif.
voir cireux , Il n'est pas besoin que vous montriez de la désirer si ardemment. Je n'omettrai rien de mon côté pour faire qu'en receviez conteutement. Aciievons l'affoire générale, et ce petit inconvénient sera léger.
Je vous baise bien humblement les mains , et sais, monsieur, votre humble et affectionné serviteur, P. Jeannin.
A La Haye le dixième d'octobre 1 608.
Lettre écrite à M. le président Richardot, au nom de tous les ambassadeurs étant à La Haye, du dixième d'octobre 1608.
Monsieur, nous espérions à la réception de vos lettres avoir moyen d'achever ce qui a été commencé pour la trêve, nous promettant que la réponse de leurs altesses seroit conforme à ce que nous vous avons dit et répété souvent être nécessaire pour en attendre quelque bon succès ; mais nous en sommes à présent presque au désespoir, puisqu'elles font difQculté de traiter tant en leurs noms qu'au nom du roi d'Espagne : ear, encore que nous sachions bien que ce qu'elles offrent, rjui est de faire ratifier ledit sieur Roi , est autant en effet que si dès à présent elles s'obligeoient en son nom , les Etats ne le prendront pas ainsi , se souvenant que leurs altesses avoient bien fait la même promesse pour la première trêve, et qu'elles ne l'ont toutefois pu fiiire effectuer jusques à présent, que dix-sept mois sont coulés depuis ; ils croiront à cette occasion ledit sieur Roi n'y être disposé , et qu'il ne le sera non plus ci-après, par ainsi que la trêve faite de cette façon leur seroit dommageable, et ne serviroit qu'à les tenir en longueur pour les empêcher de donner ordre à leurs affaires, sans que néanmoins ils en tirent aucun fruit. Nous vous avions encore prié de leur faire trouver bon que l'article de la liberté tdt expliqué comme il vous fut donné par écrit à votre départ , nous défiant de pouvoir faire agréer ladite trêve autrement; et néanmoins vous persistes toujours à ne rien faire de plus que ce qui est contenu en la première trêve, qui est moins que ce que vous nous aviez fait espérer , étant tous ensemble chez M. le marquis, et en la présence d'icelui , qui étoit de Joindre les mots de notre écrit, qui contient la proposition de la présente trêve, avec ceux de la première, en ce qui concerne l'assurance de ladite liberté , qui éUAt que les archiducs traiteroient tant en leurs noms qu'au nom du roi d'Espagne. Or, de remettre les affaires en quelque longueur, il nous est du tont impossible, car tous les députés des Etats Mmt assemblés et en grand nombre , n'y ayant que la seule province de Zélande qui n'a pas en-
core envoyé les siens ; mais ils y sont attendus dans dimanche au soir, et serons contraints d'aller vers eux en leur assemblée générale lundi pour tout le jour ; car étant avertis , comme ils sont , de l'arrivée de votre courrier , nous don* tons même qu'ils ne veuillent pas laisser passer les deux Jours qui sont entrés, sans nous envoyer leurs députés pour apprendre ce que nous avons À leur dire, et craignons aussi qu'après l'avoir entendu ils ne prenneilt tous ensemble une prompte résolution du tout contraire à ce que nous désirons , et qu'il ne soit difficile ou plutôt impossible de la leur faire changer.
Nous y apporterons, de notre côté, tout ce que leurs altesses sauroient désirer du soin, affection et industrie de ministres de rois et princes qui sont très-désireux de faire finir cette guerre, et leur ont commandé bien expressément d'y faire toutes sortes de bons offices de leur part. Mais vous savez mieux que personne, et M. le marquis en est aussi bien instruit , quand leurs altesses y aideront de leur côté , suivant la prière très-affectionnée que nous vous en faisons, que nous aurons encore de très-grandes difficultés à surmonter pour obtenir la trêve en la forme susdite. Nous sommes très-aises qu'il leur ait plu accorder les dix ans, car il est certain que messieurs 1er Etats ne se fussent Jamais contentés de sept. Nous vous supplions donc de nous renvoyer le plus tôt que vous pourrez, et dans la fin de la semaine' prochaine au plus tard, votre dernière résolution; autrement, nous prévoyons que les Etats se sépareront, n'es» timant pas qu'ils doivent demeurer la semaine entière à nous faire réponse sur ce que nous avons à leur dire, et de demeurer ici inutiles il nous seroit honteux. Croyez aussi , monsieur , que le temps empire plutôt cette affaire qu'il ne la bonifie, et que les détours qu'on y donne et les longueurs dont on use , ne servent qu'à ac* croître leurs soupçons et aigrir davantage leurs esprits. Nous nous recommandons très-affectueusement à vos bonnes grâces , et prions Dieu , monsieur, qu'il vous ait en sa sainte grâce.
De La Haye, ce dixième d'octobre 1608 ail
matin.
Vos très-affectionnés serviteurs, les ambassadeurs des Rois Très -Chrétien, de la Grande- Bretagne, de Danemarck et des princes électeurs Palatin , de Brandebourg et landgrave de Hessen , et signée de leurs mains.
Lettre particulière de M, Jeannin à M. le président Richardot, duditjour dixième d'oc-
* tobre 1608.
Monsieur, votre repense nous met hors d«
ilEGOGIÀTlOÏÏS
tout espoir, puisque leurs altesses ne veulent ou ne peuvent traiter tant en leurs noms qu*au nom du roi d'Espagne ; car , encore que promettre de le faire ratitier soit une même chose , les Etats ne le prendront pas ainsi quand ils se souviendront qu'il leur fut promis par la première trêve, et que dix*sept mois sont passés depuis sans que ledit sieur Roi Tait voulu faire , au moyen de quoi ils n'en espéreront non plus à Tavenir, et croiront que cette trêve, faite ainsi que vous la demandez , ne servira qu'à les tenir en une vaine attente, et pour empêcher qu'ils ne donnent ordre à leurs affaires, laquelle crainte cesseroit aucunement , si leurs altesses traitoient en son nom en vertu de la procuration qu'ils ont de lui, dont les Etats ont copie. Nous ne pouvons tirer l'affaire en longueur, et serons contraints d'aller en l'assemblée générale lundi au plus tard; encore le faudroit-ii faire dès demain, n'étoitque nous prendrons prétexte d'attendre les députés de Zélande, qui ne doivent arriver que dimanche; car tous les députés des autres provinces sont ici en fort grand nombre, et si désireux de finir cette affaire de quelque façon que ce soit, que je crains bien fort que nous ne les puissions empêcher d'y prendre une mauvaise et prompte résolution; car ceux qui rejettent cette trêve, dont le nombre crott tous les jours, auront un grand avantage pour attirer à eux les autres qui sont amateurs du repos, quand nous leur dirons que les archiducs ne se veulent obliger qu'en leurs noms, et qu'on les veut remettre de nouveau à espérer ce qui leur a voit été promis dès si long-temps et sans effet. Je vous supplie donc, si c'est à bon escient que la trêve soit désirée vers vous , que vous surmontiez cette première difficulté, et si leurs altesses ne le peuvent faire, n'en attendre rien, et croyez que tout sera impossible ici. Aussi ne sais-je avec quelle raison nous leur pourrons faire croire que leurs altesses donneront la ratification, puisqu'ils font difficulté d'obliger le roi d'Espagne par le contrat , encore qu'ils aient bonne procuration de lui; car cela montre qu'en leur envoyant la procuration on leur a défendu par instruction secrète de s'en aider.
Je vous supplie donc derechef que nous en ayons leur dernière résolution dans huit jours au plus tard. Il y a encore Pexplication de cette liberté, selon que je le vous avois dit, qui n'est en effet que la même chose; mais vous êtes si difficile à tout, que si vous ne la voulez accorder comme je la désire et vous en supplie , pour entreprendre cette affaire avec espoir de meilleur succès, je ne laisserai toutefois de faire tout mon possible, et en espère autant des autres dé-
putés , en sorte que leurs altesses n'auront au* cune occasion de se plaindre de nous. Vous n'avez besoin de raisons pour être persuadé, après avoir demeuré si long-temps ici; donnez-nous donc le moyen d'achever cet (puvre, ou vous en prenez à vous-même si le succès n'en est heureux , non à nous ni à notre Roi , qui nous le recommande tous les jours avec tant d'affection, qu'on ne peut rien ajouter au soin qu'il en a. Ne tardez point, s'il vous plaît, à envoyer votre réponse, car chacun se veut retirer, et prévois que les Etats seront pour le faire , après avoir rompu sur votre première réponse, si l'autre que nous recevrons avant qu'ils aient pris leur résolution ne nous donne le moyen de renouer laffaire. Prenez-y garde, s'il vous plaît, et croyez que c'est maintenant qu'il faut faire le dernier effort, hors lequel je n'en espère plus rien. L'adresse de votre lettre n'étoit qu'aux ambassadeurs d'Angleterre et à nous, et j'ai fait ajouter à la superscription , des électeurs et princes d'Allemagne , craignant qu'ils ne fussent offensés de cette omission. J'ai lu moi-même la lettre sans faire entendre, sinon à messieurs d'Angleterre, ce qui étoit de l'autre trêve de vingt ans, pource qu'il n'a été à propos de s'en découvrir à présent. Vous ferez donc, s'il vous plaît, l'adresse de cette façon ci-après; et si vous voulez mander quelque chose de particulier, vous le pourrez écrire à messieurs d'Angleterre et à nous aussi , à part ou ensemblement , ainsi que vous aviserez. Je vous baise bien humblement les mains , et suis, monsieur , votre bien humble et affectionné serviteur, P. Jea.nnin.
A La Haye, ce dixième d'octobre 1608.
Autre lettre dudit sieur Jeannin audit sieur Richardoty du onzième d'octobre 1608.
Monsieur , je vous ai écrit par le courrier qui nous avoit apporté votre réponse , laquelle nous met en très-grande peine, je dis ceux qui désirent que la trêve soit reçue ; car nous n'eussions jamais cru que les archiducs, qui ont bonne procuration du roi d'Espagne, eussent fait difficulté de l'obliger en vertu d'icelle , et de stipuler pour lui, n'y ayant personne qui, à l'occasion de ce refus, puisse rien espérer de la ratification que les archiducs promettront, ni qui s'y veuille fier; aussi ne voyons-nous point de raison pour la défendre et faire croire, considérant le passé. C'est pourquoi , après avoir bien considéré quelle doit être notre conduite pour vous donner loisir de nous envoyer une meilleure réponse , j'estime que nous devons simplement dire que les archiducs donneront les assurances requises pour le point de la liberté, suivant la première trêve et
DU PBSSIDVNT JEÀNNIIf.
notre écrit , et retenir à en déclarer Texplication jusqu'à ce qae nous eu soyons pressés, vous pouvant assurer qu'aussitôt que nous l'aurons dit tout sera rompu, et que chacun se retirera. Il fi'cst pas besoin de vous représenter les raisons , puisque avez demeuré si iong-temps ici, pour Juger ce qu'on doit attendre de telle proposition. Souvenez-vous, monsieur, qu'il n'y a que trop d'autres difficultés à surmonter du côté des Etats, quand vous nous aurez délivrés de celle-ci qui vient de vous, et n'a point de remède ailleurs; mais si vous ne le voulez ou ne le pouvez faire, oe vous attendez plus aux longueurs auxquelles votre première réponse doit faire prendre fin. Je ne vous mande rien encore de votre instruction, mais J'ai opinion qu'à la prière que nous en ferons à l'assemblée lundi prochain ils la rendront. La nouvelle dépêche que nous attendons de vous aura , je m'assure , précédé cette lettre; mais. Je vous supplie, si elle n'est telle que nous la devons espérer, faites une recharge tôt qui nous paisse donner moyen d'achever ce bon œuvre. Je vous baise bien humblement les mains, et suis, monsieur, votre bien humble et affectionné serviteur, P. Jeannin.
A La Haye, ce 11 octobre 1608.
Letire de M, de Villeroy à M. Jeanniny dudit jour on:^ième d'octobre 1 608.
Monsieur, ce Lambert a rempli la Cour de brouilleries, et a dit que le prince Maurice, avec tous ses amis et partisans , perdront tous la vie , devant que de consentir à la trêve en la forme que vous l'avez proposée et la poursuivez , que son parti est très-puissant, que toute la Zélande ne fera que ce qu'il lui plaira, et que des vingtsept ou ving^huit villes ou places qu'il y a en Hollande, il n'y en aura que trois qui fassent le contraire; qu'il ne se met en peine des autres provinces, car il faut qu'elles prennent la loi des deux premières forcément ou volontairement; que le sieur Barneveldt, qui reconnolt cela, re< eonnolt aussi les fautes qu'il a faites, et recherche maintenant la bonne grâce du prince Maurice par tous moyens possibles; que le sieur Aërsens père feit le semblablo, mais que l'un et l'autre avec le sieur Aêrsens fils ont trahi et infidèlement servi les Etats; que cela est à présent reconnu du général , duquel ils sont méprisés et bais mortellement; qu'ils ne sont plus supportés que de vous qui êtes maintenant vu, où vous è(es, d'aussi mauvais œil , depuis que vous avez proposé la trêve, que vous étiez auparavant honoré et chéri de tous; que Ton ne peut croire que Sa Majesté entende que vous vous conduisiez ainsi , pour le préjudice que cela apporte à
sa réputation et à ses affaires; que si vous n'eussiez proposé et tant affectionné ladite trêve, qu'il a appris de la princesse d'Orange que plusieurs villes, voire des provinces entières , eussent levé la bannière de France, et se fussent Jetées toutà-fait entre les bras de Sa Majesté; mais 11 est très-vrai que ladite proposition a tellement offensé les Etats, et par sur tous la Zélande, que celle-ci est résolue de se donner du tout au roi d'Angleterre plutôt que d'y condescendre; qu'il a été chargé, passant audit pays, de le déclarer ainsi au Roi , lequel s'en est à bon droit fort offensé et indigné. Enfin cet ambassadeur , aussi indiscret qu'impudent , veut que chacun croie que les conseillers de ladite trêve sont mauvais serviteurs de la France et du Roi; il diroit volontiers qu'ils sont aux gages du roi d'Espagne. Il lui a été répondu sur'cela comme il faut. Il est allé vers M. de Sully, que nous attendons dans quatre Jours au plus tard. Ces nouveaux mouvemens seront cause qu'il s'avancera , étant certain qu'il butte à la guerre contre l'Espagne, de façon que je crois qu'il épousera et favorisera les intentions et desseins du prince Maurice, si la considération de M^ le maréchal de Bouillon, qu'il n'aime point, ne l'en détourne , craignant de renforcer la partie de celui-ci. Toutefois J'entends que ledit maréchal n'est à présent en bonne intelligence avec ledit prince Maurice; mais ce sont choses qui sont sujettes à changement. Il semble , au dire dudit Lambert, que les sieurs de Barneveldt et Aërsens père courent fortune inévitable, sinon de perdre la vie, du moins d'être privés de leurs charges honteusement : à quoi Sa Majesté dit qu'il faut que vous preniez garde soigneusement , afin qu'il ne soit trompé au fondement qu'il a fait sur leur crédit et pouvoir, et principalement du premier; de quoi je vous prie de l'avertir, reconnoîssant que Sa Majesté en est en peine , comme s'il avoit opinion que vous eussiez trop déféré aux conseils et fins dudit sieur Barneveldt. Mais je lui ai répondu, si vous l'avez fait, que c'est pour parvenir à la tâche que sadite Majesté voos a enjointe ^ur, au défaut de la paix, faire ladite trêve conformément à ses instructions et commandemens, souvent et expressément réitérés; ce qui a été reconnu véritable.
Quand ledit Lambert a vu ne pouvoir disposer Sa Miyesté à ses fins, et qu'elle blâmoit constamment la conduite du prince Maurice, présente et passée, il a déclaré au Roi, de la part de celui qui l'a dépéché, que pourvu que Sa Majesté veuille demeurer neutre entre l'Espagne, les archiducs et les Etats, que ledit prince Maurice se promet et se fiUt fort de donner de l'exer-
NEGOCIÀTIOira
eice aux deux premiers pour cinquante ans et plus, devafit qu*il succombe^ protestant à la suite de cela qu'il aime mieux mourir les armes en main que lâchement trahir sa patrie. Bref, il est tout résolu d'empêcher par tous moyens avec .Bes amis et partials ladite trêve, si leur liberté ne leur est absolument et pour toujours passée ainsi qu'ils ont demandé; mais je crois fermement, quand le dernier point leur seroit accordé, qu'il regimberoit encore. Il est vrai que je ne sais s*il en seroit cru. Or le roi d'Espagne n*est capable de conseil, sa conduite a ruiné les affaires , et notre Roi le blâme et le mésestime grandement. Ce qu'il désire maintenant de vous est que vous mettiez peine d'approfondir ces affaires, pour n'engager son nom plus avant en la poursuite que vous avez entreprise par son exprès commandement, si vous connoissez qu'elle ne doive réussir, ou si elle doit faire naître par delà plus de mal que de bien. Encore qu'elle continue à reconnoltre et sentir que la trêve est moins dommageable à tous que la guerre , et partant à dé> sirer l'une plus que l'autre, toutefois le Roi prévoit toutes sortes d'accidens de la désunion de laquelle ces pays sont menacés, si le prince Maurice persiste en son dessein : que Sa Majesté estime être meilleur de leur laisser prendre d'eux-mêmes les conseils qu'ils voudront, que d'entreprendre de les faire sages par force; car le roi d'Espagne seul avec ses adbérens en profiteroient à la longue plus que tous autres, ce que Sa Majesté ne désire pas ; car, à vous dire la vérité , et j'estime que c'est avec raison , il a trèsmauvaise opinion de la foi de l'Espagne et consorts.
Nous trouvons un peu étrange ce que vous nous avez écrit par vos lettres adressantes à moi, du vingtième du mois passé, et par vos dernières par Picault; car il semble que vous ayez toujours espoir de venir à bout de ladite trêve, et néanmoins, si ce qu'a rapporté ledit Lambert est véritable y vous en êtes fort éloigné. L'on infère de là que celui-ci est un grand menteur et infidèle sujet de son Prince, ou que vous errez fort en vos jugemens ; de quoi le temps et vos, letti*esnous édairciront. Sur cela nous concluons donc, si vous connoissez pouvoir obtenir ladite trêve sans renverser sens dessus dessous leur Etat, que Sa Majesté aura à plaisir que vous en continuiez la poursuite ainsi que vous jugerez être nécessaire pour en avoir la victoire, mais, si TOUS découvrez le contraire, que vous suspendiez toutes choses; et si l'on continue à vous donner sujet de mécontentement , tant pour le respect du Roi que de votre particulier , faites-leur entendre que vous voulez supplier le Roi de vous
permettre de revenir, sans toutefois prendre votre fondement et prétexte sur les causes dndit mécontentement, mais seulement sur ce que vous connoissez que votre présence sera dorénavant inutile par delà. Enfin j'estime que Sa Majesté sera conseillée de ne perdre et du tout désespérer de sa protection le prince Maurice, tant parce que l'on favorise volontiers le parti le plus puissant, et aussi que l'on craint qu'il ait recours à l'Angleterre, et après lui au prince de Galles, et dit-on même que l'on lui pourroit donner la plus âgée des filles d'Angleterre, si Ton le voyoit en train de devenir maître absolu de la Hollande, et de ce qui en dépend; mais ce sont discours lesquels il ne faut mépriser , il ne faut aussi par trop s'y arrêter. Le roi d'Angleterre a proposé à M. de La Roderie qu'il est d'avis que l'on transporte à Calais la conférence tenue jusques à présent à La Haye, et que chacun y fasse trouver ses ambassadeurs, afin de redresser les affaires et en faciliter la conclusion au repos. Je ne sais s'il parle sans queue, ce seroit contre la coutume de la nation, mais peut-être aussi suivant son naturel, plus adonné au repos qu'à la guerre. Je n'ai oublié ce que vous nous avez autrefois proposé sur cela. Toutefois, nous défiant de la constance dudit roi d'Angleterre, et plus encore de l'esprit opiniâtre et dur du prince Maurice, nous faisons difficulté de nous embarrasser davantage en ces affaires, même chez nous; car, comme si elles avoient bon succès, la gloire et le gré nous en demeureroient , aussi avenant le contraire nous demeurerions chargés du reproche, et partant plus sujets aux inconvéniens qui en suivroient : joint que notre Roi est certes trèsmal édifié du procédé de don Pedro, et de la conduite de son maître, duquel le premier n'a eu aucun avis sur les difficultés qui se présentent par delà. Il conclut qu'ils sont pleins de mauvaise volonté, d'imprudence, de foiblease, que Dieu veut les humilier et punir.
Nous n'avons jugé à propos d'écrire la lettre du Roi, adressante a vous et à M. de Rus$y,dont vous nous avez envoyé un formulaire, parce que don Pedro , ni Peckius , ambassadeur des archiducs, ne nous ont jamais dit consentir que l'article de la liberté fût passé suivant votre écrit; au contraire, le premier a toujours déclaré n'avoir pas seulement pouvoir d'en traiter avec Sa Majesté. Nous faisons conscience aussi de déclarer, étant le point passé en ladite forme, que la liberté desdits Etats est suffisamment assurée pour toujours, car en premier lieu notre jugement, je veux dire celui du Roi, nous dicte le contraire; secondement, nous n'avons pas opinion que notre telle déclaration contente et as*
BU PRESIDENT lEÀNNIN.
rare dayantage les Etats, au contraire, nous estimoos qu'elle ne servira qu'à augmenter leur méfiance et division. Davantage, combien que 00U8 soyons bien contens de leur donner sujet par notre conduite de moins espérer de notre assistance à l'aveAir que par le passé , toutefois nous ne vouions pas encore le leur faire dire si avant qu'il est porté par le projet de ladite lettre. Je vous écris ces particularités afin qu'étant informé d'icelles et de nos opinions, comme des discours que nous faisons sur toutes ces choses, vous puissiez mieux prendre vos mesures, et servir au goût du maître, et à votre décharge et contentement. A tant je prie Dieu, monsieur, qu'il vous conserve en bonne santé.
De Paris, ce li octobre 1608.
Votre tràs-affectionné serviteur, et assuré
ami
DE Neufville.
Autre lettre dudit sieur de Villeroy audit sieur Jeanniny écrite de sa main, dudit jour onzième d'octobre 1608.
Monsieur, la lettre particulière que vous recevrez de moi en ce paquet , est écrite du chiffre que je vous ai envoyé par La Verrière , que M. de Russy avoit envoyé par deçà , qui partit d'ici le vingt-neuvième du mois passé, l'ayant adressé à M. de Préaux , c'est-à-dire sous sa couverture, pour le faire tomber en vos mains plus secrètement, de la réception duquel je m'attends qu'il ne sera mésavenu, et que vous m*en donnerez avis par vos premières. Je vous ai depuis écrit encore par le sieur de Monceaux, qui a conduit par delà une voiture ; mais nous userons de la dernière suivant l'avis que vous nous avez donné. Ledit Monceaux prit ma susdite lettre le deuxièmede ce mois. Je ne dois rien ajouter à mon autre lettre, car je vous ai représenté fidèlement paricelle nos discours etirrésolutionssur les affaires qui se passent en vos quartiers. Nous avons eu avis d'Espagne de la retraite de cette armée de iner d'Espagne, laquelle, après avoir consommé plus de dix millions d'or, et cinq ou six mille hommes qui y sont morts, s'est retirée et séparée sans effet, ce qui n'aidera à augmenter la réputation ni les finances et forces d'Espagne. Nous avons perdu aussi le père Ange de Joyeuse ; il est décédé à Rivoli, près de Turin, de maladie qui l'a travaillé huit jours, revenant de Rome. Nous allons lundi à Fontainebleau, où se rendra M. de Sully,*qui a mis fin à l'assemblée de Gergeaa heureusement. Je lui ai envoyé votre dernière lettre apportée par Picault, qui sera encore porteur delà présente que je finirai, en priant Dieu, làoDsieur, qu'il vous conserve en bonne santé, me reeommandant derechef à votre bonne grâce.
De Paris, ce onzième d'octobre 1608.
Votre très-affectionné serviteur et assuré ami,
DE Neufville.
Lettre de messieurs Jeannin'etde Russy au Roi, du onzième d'octobre 1608.
Sire,
Nous reçûmes le jour d'hier des lettres de M. le président Richardot, du septième de ce mois, adressées à tous les députa des rois et princes qui sont ici, selon la prière que lui en avions faite à son départ pour ôter la jalousie , et ne donner aussi sujet de plainte et volonté de nuire aux autres si l'adresse n'en étoit faite qu'à nous. Il y en a encore de particulières; nous les envoyons à votre Majesté afin qu'elle juge de la procédure des Espagnols, et qu'enfin ils se feront connoitre d'un chacun pour vrais trompeurs ; et nous craignons, non sans raison, qu'en les favorisant toujours pour obtenir ce qu'ils prétendent, nous ne perdions notre crédit ici. Les archiducs désirent encore tirer l'affaire en longueur, et il n'est raisonnable après tant de délais , ni possible aussi pour la mauvaise opinion que les Etats ont de ceux desquels ils dépendent, chacun jugeant telles longueurs être affectées pour les empêcher de pourvoir à leurs affaires ; car les archiducs leur ont fait voir une bonne procuration du roi d'Espagne pour l'obliger avec eux, et néanmoins ils font à présent difficulté de s'en servir, et disent seulement qu'ils s'en feront forts, et promettront le faire ratifier, qui est faire connoitre qu'il leur est défendu, par instruction secrète, de s'aider de ladite procuration, et qu'elle n'avoit été envoyée que pour gagner temps et abuser les Etats ; et quant à la ratification qu'ils promettront à présent , sera comme de celle de la première trêve qui est encore à venir, du moins en la forme requise : par ainsi le roi d'Espagne n'étant aucunement obligé, il pourra faire ce que bon lui semblera, et pensera avoir assez fait, s'il souffre l'exécution de la trêve en ce qui le touche, sans y contrevenir, ou bien pourra faire pis sans blâme, n'étant point obligé. C'est ce que tes Etats prévoient, et que nous devons aussi considérer et craindre pour eux quand ils n'y penseroient pas^ puisque votre Majesté s'y entremet, et qu'elle doit avoir plus de part en tout ce qui se fera qu'aucun autre. Le défaut de cette ratification eût été moins à craindre, si les archiducs eussent voulu traiter au nom du roi d'Espagne, en vertu de la procuration qu'ils ont de lui, pource que ledit sieur Roi n'eût laissé d'être obligé, encore qu'il n'eût ratifié; au lieu que si le traité est fait comme les archiducs prétendent,
IVEGOCUTIORS
il n'y sera point tenu du tout, et le traité demeurera en incertitude tant qu'il lui plaira.
Ledit sieur président Richardot avoit assez reconnu, avant son départ, que ce qu'il requiert à présent de nous étoit du tout impossible ; nous le lui avions dit expressément et souvent, et tant lui que les autres députés nous en avoient donné assurance, fors que ledit sieur président, sur son départ, en parla un peu douteusement. Nous ne mettrons toutefois ce point en difficulté, mais dé&irerions obtenir d'eux un plus grand éclaircissement que celui de la première trêve touchant la liberté, s'il eût été possible, dont ils nous avoient encore donné quelque espérance, et maintenant ils rejettent tous les deux. Nous lui avons fait réponse en général , et le président Jeannin en particulier, pour le prier que nous ayons autre réponse des archiducs dans huit jours, autrement qu'ils tiennent tout rompu, et n'espèrent pas que le puissions rétablir après. Nous eussions volontiers différé d'en parler aux Etats jusques vers la fin de la semaine prochaine, pour attendre si quelque meilleure réponse fût venue de Bruxelles; mais chacun sait que nous en avons reçu lettres par courrier exprès. Tous les députés des provinces sont aussi assemblés en grand nombre, et n'y a d'absens que ceux de Zélande, qui sont attendus dans deux jours; en sorte que tout ce que nous pouvons faire, c'est de différer deux ou trois jours. Nous craignons néanmoins que cette réponse, prise de mauvaise part, ne soit cause d'une rupture entière, et qu'il ne nous soit encore peu honorable de déifendre cette façon de procéder , qui semble être pleine de tromperies et artifices. Les affaires étoient bien acheminées, s'ils eussent coiyoint notre écrit et les mots de la première trêve, ainsi qu'ils nous avoient promis, pour assurance de la liberté, et avions occasion d'en bien espérer, quoique ce n'eût été sans contradiction et difficulté; mais il y a danger qu'à présent , chacun demeurant ofifenséd'eux, ils se réunissent tous ensemble pour faire le contraire de ce qu'ils désirent.
Votre Majesté voit que les deux mois que don Pedro lui avoit demandés sont écoulés , et qu'il n'y a point encore de nouvelles d'Espagne à Bruxelles. Elle nous commandera, s'il lui plait , ce que nous aurons à faire au cas que les archiducs continuent de refuser ce que nous avons requis par notre réponse aux lettres de M. le président Hichardot , et que les Etats insistent , au contraire , à ne rien faire sans que les archiducs s'obligent au nom du roi d'Espagne, et en vertu de sa procuration ; car, encore que nous sachions son intention être que , procurant cette trêve , die a toujours montré qu'elle désiroit fortifier
les Etats en ce que le droit seroit de leur oftté, sans toutefois se rendre auteur de la rupture, elle verra encore, s'il lui plait, ce que ledit sieur président nous mande touchant les propos tenus par elle à don Pedro, et à l'ambassadeur de l'archiduc , que nous estimons toutefois n'avoir été proférés si précisément que le contiennent ses lettres. Les archiducs ont, par cette réponse, £\jouté trois ans aux sept de la trêve, qui, à la vérité, donneront quelque contentement aux Etats. Nous voudrions bien les faire aller jusqu'à douze ou quatorze, comme votre Majesté montre le désirer par ses dernières lettres; mais ce sont gens si difficiles, qu'encore que nous voyicms bien qu'ils ne craignent rien tant que de rompre, on ne peut toutefois rien tirer d'eux, et faut perdre un mois de temps pour gagner un mot ou une syllabe. Par les lettres que ledit sieur président nous écrit en général , il met que les archiducs ont agréable de faire une trêve de vingt ans à la suite de la première, sans répéter les mots concernant la liberté, et nous feroit volontiers accroire que l'ouverture en vient de nous. La vérité est bien que les Anglais et nous étant ensemble , cette proposition fut faite par M. Winood audit sieur président Bichardot, pour vingtcinq ou trente ans, et embrassée par nous tous comme plus avantageuse pour les Etats, qui les eût pu rendre capables de l'accepter; mais on lui dit à l'instant même , voyant qu'il l'approuvoit pour quinze ou vingt ans, que nous ne le pouvions espérer ; aussi n'en avons-nous jamais parlé en public, et en lisant la lettre on omit sciemment l'endroit où il en étoit parlé. Nous supplions très -humblement votre Majesté qu'il lui plaise nous commander au plus tôt son intention, et prions Dieu, Sire, qu'il lui donne en très-parfaite santé très^longue et très-heureuse vie.
De La Haye, ce 11 octobre 1608.
Vos très-humbles et très-obéissans sujets et serviteurs, P. Jbanniii et Bussy.
Lettre de M. Jeannin à M. de Villeroy, rf«dit jour onzième é^ octobre lf:08.
Monsieur, je ne connois rien en la procédure des Espagnols. M. le président Bichardot avoit consenti , en présence du marquis et des autres députés des archiducs , non seulement à moi en particulier, mais à tous les autres députés des princes qui sont en ce lieu, de conjoindre les mots de la première trêve avec ceux de notre écrit, pour assurer le point de la liberté, qui est à dire qu*ils traiteroientavec les EUts en qualité, et comme les tenant pour Etats libres sur lesquels ils ne prétendent rien, qui sont les mots de la première trêve , et que , suivant notre écrit , se-
BU FRBSIDBNT JBlIlIflN.
rolt tant en leurs noms qaei dn roi d'Espagne, en vertu de la procuration qu*iis ont de lui, dont Je fais expresse mention par le projet de la trêve que Je vous ai envoyé; mais au lieu de le faire ainsi, il nous mande, par la dernière lettre que vous verrez, qu'ils veulent simplement suivre ce qui est contenu en la trêve, et sans parier aucunement que les archiducs traitent tant en leurs noms que du roi d'Espagne , et mettre sur la fin qu'ils promettront, de donner la ratification et une pareille déclaration du roi d'Espagne dans certain temps. Il me fit bien ce doute peu avant son départ, mais Je lui répliquai si rudement, et fis connoltre que c'étoit une tromperie qui seroit yne et rejetée d'un chacun , avec blâme de ceux qui la vouloient défendre, que je pensois qu'ils s'abstiendroient par ci-^près d'en parler. Aussi n'y a-t-il apparence que les archiducs, qui ont une bonne procuration du roi d'Espagne dont les Etats ont copie, refusent de traiter au nom dudit sieur Roi, et pensent contenter les Etats en leur promettant de lui faire ratifier, car c'est leur ^ter l'assurance d'une bonne procuration en vertu de laquelle les archiducs ayant obligé ledit sieur Roi, le traité seroit toujours bon à son préjudice, quand même il ne le voudroit ratifier; au lieu qu'on doit craindre, ou plutôt tenir pour assuré , que cette promesse de ratifier sera inutile, et que ledit sieur Roi, qui foit à présent difficulté de s'obliger, ne voudra non plus ratifier par ci-après, attendu que les deux ne sont qu'une même chose.
Je sais bien qu'on dit, pour prétexte , que le roi d'Espagne peut couvrir la ratification de l'amitié qu'il porte aux archiducs, et montrer qu'il le fait à leur prière et instance, comme si cela lui était moins honteux; mais on en peut mettre autant par ta procuration qu'il donnera pour l'obliger. Quand nous pensions avoir surmonté une grande partie des difficultés de ce côté, nous avons rencontré celle-ci , qui est pour rompre tout si les archiducs ne se changent bientôt ; et, à la vérité. Je ne vois aucun moyen de défendre leur procédure. C'est pourquoi Je désire le commandement du Roi et votre avis , non que Je ne juge au plus près quelle doit être notre conduite en cet endroit, mais le faire avec certitifde de la volonté du maître donne du contentement à celui qui craint de faillir. Je vous supplie donc très-humblement que nous ayons bientôt de vos nouvelles, et cependant Je prie Dieu, monsieur, qu'il vous donne en parfaite santé très-longue et très*heureuse vie.
De La Haye, ce li octobre 1608.
Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
P, JSÂITIVIN.
Lettre dudit sieur Jeannin à M, le duc de Sully, diulit jour onzième d'octobre 1608.
Monsieur, les archiducs désirent la trêve et font ce qu'ils peuvent pour l'obtenir, mais Je n'estime pas qu'il soit ainsi du roi d'Espagne. La difficulté qui reste de leur côté est que les archiducs consentent bien de traiter en leurs noms, et se faisant forts pour le roi d'Espagne, avec promesse de le faire ratifier , mais ils ne veulent pas dire qu'ils traitent tant en leurs noms qu'au nom dudit sieur Roi, en vertu de la procuration qu'ils en ont, qui est fort bonne et a été vue par les Etats, lesquels en ont copie. Or, il semble qu'il y ait peu de différence , et que l'un soit aussi bon que l'autre, et peut-être sans la défiance en laquelle sont les Etats à l'occasion de ce que, par la première trêve, les archiducs firent pareille promesse au nom dudit sieur Roi, et ne la purent Jamais effectuer, ils s'en pourroient contenter ; mais ils croient, si le roi d'Espagne n'est obligé dès à présent, qu'il en fera autant qu'il a fait du passé, et qu'il se contentera, tout au plus, de ratifier spécialement pour le commerce d'Espagne et des Indes, ensemble pour la cessation de tous actes d'hostilité, sans rien exprimer pour la liberté; et entrent encore d'autant plus en ce soupçon , qu'ils savent cette procuration être es mains des archiducs, s'ils ne s'en veulent aider que c'est pource qu'il leur est défendu; ce qu'étant , ils font ce Jugement avec grande raison, qu'ils ne doivent rien attendre de la ratification qui leur sera à présent promise. Et pour moi. Je crois que leur conjecture est trèsvéritable.
Nous ne laissons pourtant de faire ce que nous pouvons pour les persuader;* mais Je ne sais que répondre pour les assurer contre cette défiance, et suis étonné que les Espagnols ne se laissent vaincre en ceci , qui n'est qu'une pointillé, attendu qu'il y a de quoi es mots qui expriment cette liberté pour dire qu'elle doit finir avec la trêve, aussi bien qu'il y a pour les Etats qui entendent l'avenir pour toujours, selon que l'ai ci-devant écrit , aussi que lui étant loisible de faire la guerre après la trêve finie , l'interprétation dépendra plutôt du succès des armes que des mots du traité. Mais, encore qu'ils craignent la rupture de leur côté, plus même que ne font les Etats, on ne peut rien obtenir d'eux qu'avec extrême difficulté. Leur refus est sans raison en cet endroit , et contre ce qu'ils nous avoient promis étant encore en ce lieu, et crains, s'ils y continuent, que les Etats ne rompent tout traité inconsidérément et par colère , car ils s'aigrissent tous les Jours , et s'offensent de plus en
HBOOCIATIORt
plus par telles procédures. Si les archiducs peuvent, ils surmonteront cette difficulté, sinon ce sern à nous d^essayer à vaincre les Etats, au cas que le Roi le commande et Juge raisonnable , ce que Je tiens très*difflcile en cet article, et espère mieux des autres, quoique rien ne se doive passer qu'avec résistance; mais l'autorité du ftoi est de très-grande efficace pour les contraindre à vouloir ce qu'ils ne désirent pas : à quoi les dépotés d'Angleterre aident à présent à bon escient par émulation , et pour avoir part en la grâce , au lieu qu'auparavant ils y nuisoient sous main. Je reconnois, monsieur, par les lettres du dixhuitième du mois passé qu'il vous a plu m'écrire, que vous pensez cette guerre devoir unir, pource que tous ceux qui y peuvent avoir intérêt montrent le désirer. Cette raison en doit faire Juger ainsi comme par nécessité, et néanmoins les parties font tant de difficultés, et s'arrêtent sur des choses de si peu de considération , qu'il y aura toujours de quoi en douter Jusqu'à la fin , et vous assure, monsieur, que si vous étiez sur le lieu comme nous, pour voir avec quelle opiniâtreté et passion chacun défend son avis, vous y trouveriez peut-être de quoi suspendre votre jugement. 11 me semble néanmoins, comme à TOUS, monsieur, que l'issue n'en peut être autre, si nous continuons à les presser et forcer de se mettre en repos, comme nous faisons tous les jours, pour suivre ce qui nous a été commandé par Sa Majesté , de laquelle Je désire encore le commandement particulier en cet endroit, et de TOUS rendre très-humble service, comme, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur, P. j£4IfNIIf.
A La Haye, ce onzième Jour d'octobre 1608.
Propos tenus en l'assemblée générale des Etats par messieurs les ambassadeurs de France^ d Angleterre j de Danemarck, et des princes électeurs Palatin, de Brandebourg, marquis d'Anspach, et landgrave de Hessen, le treizième jour d'octobre 1608, M. Jeannin portant la parole.
Messieurs, nous vous avons proposé une trêve à longues années de la part des rois et princes qui sont nos maîtres , aux conditions contenues en un écrit qui vous fut présenté dès le vingtseptième du mois d'août dernier, lesquelles conditions nous sembloieut si avantageuses pour votre Etat, que nous estimions qu'elles seroient reçues et approuvées d'un chacun , en votre assemblée, avec très-grand contentement. Nous sommes toutefois bien avertis qu'il n'en est pas advenu ainsi , et que cet écrit a excité divers mouvemens en vos esprits , les uns ayant jugé
qu'on devolt recevdr la trêve comme utile, les autres 'au contraire, entre lesquels il y a des personnes de grande dignité et mérite envers votre Etat, qui ont fait et font tous les Jours, avec grande chaleur et véhémence, tout ce qu'ils peuvent pour la faire rejeter comme si elle devolt être cause de votre ruine; et pour la rendre plus odieuse , ils ont encore ajouté qu'elle avoit été pratiquée par les ruses et artifices de vos ennemis, qui est en effet nous vouloir rendre suspects de quelque mauvaise conduite, pisqoe c'est nous qui l'avons proposée , ou , pour nous traiter plus doucement, de n'avoir été assez prévoyans et considérés pour nous garder détre surpris.
Nous ne laissons pourtant de bien sentir de leur zèle et affection envers le public, ébmt chose assez ordinaire que les gens de bien et sages, encore qu'ils n'aient tous ensemble qu'un même but et dessein , sont néanmoins souvent divisés en opinions et délibérations d'importance ; mais nous les prions de faire le même Jugement de nous , et croire qu'en proposant cette trêve notre intention et désir a été de servir et profiter à votre Etat , non de gratifier vos ennemis. Aussi est-il vrai que les députés des archiducs nous en ont fait de très-grandes plaintes , et déclaré plusieurs fois , es conférences que nous avons eues avec eux, qu'ils n'accepteroient jamais cette trêve aux conditions contenues en notre écrit, qu'ils disoient leur être trop dommageables , et que les archiducs en ont fait dire autant aux deux rois eu France et en Angleterre par leurs ambassadeurs, n'y ayant rien qui ait tant aidé à les persuader de recevoir et approuver notre écrit, que d'avoir reconnu ces princes être plutôt enclius et désireux d'y syouter quelque chose à votre profit , que d'en rien retrancher.
Ils consentent donc maintenant qu'an premier point, qui concerne votre liberté, d'en déclarer autant qu*ii y en a en la première trêve et en cet écrit, mais n'y veulent rien ajouter davantage , encore que nous les en ayons requis et priés avee très-grande instance pour contenter les plus scrupuleux de votre Etat , nous ayant dit pour réponse qu'ils ne sont obligés à plus, et que c'est aussi tout ce qu'ils ont pu obtenir du roi d'Espagne, encore avec très-grande difficulté et après plusieurs refus, son conseil étant plutôt disposé à rompre ce traité que d'aider à le conclure aux conditions par vous requises.
11 nous semble aussi qu'il y a assez ponr assurer votre liberié, non seulement pendant la trêve , mais pour toujours , en ce qu'ils vous a^ cordent , étant sans exemple qu'en pareils ciiaogemens finits par la force des armes , les souve-
BU PStoDlAT ItANNIN.
nlDfl) après s*ètre dépouillés de leurs Etats, aient été eontraints de quitter leurs droits hontimsement par une confession et déclaration publique, sinon qu'ils soient tombés par quelque maliiear es mains et au pouvoir de leurs ennemis. Or les princes qui le vous consentent ne sont point à vos pieds comme vaincus, ni réduits à eette dernière nécessité de le faire par force.
Les Suisses Jouissent encore à présent de leur ISberté en vertu d'une simple trêve , sans avoir Jamais obtenu pareille déclaration à celle qu'on vous offire; et, es changemens advenus du temps de nos pères en Danemarck et en Suède , le roi Christiem ayant été démis et privé de ses Etats par décret public, les princes qui furent mis en la plaee se contentèrent bien de ce décret, sans te contraindre, encore qu'il fût depuis tombé en leurs mains comme prisonnier de guerre, de leur fiiire cession de ses droits, pensant mieux assurer te titre de leur domination par la jouissance , en se conduisant bien, acquérant et conservant fort soigneusement de grands et puissans princes pour amis , que par tout autre moyen ; et par effet ils se maintinrent en leur nouvel acquêt, et ne put ce Roi, chassé et dépouillé de ses Etats , jamais recouvrer sa perte, encore qu'il eût pour beaa-frère l'empereur Charles Y, qui étoit le plus grand et puissant prince qui fût pour lors en la dirétienté.
Et à la véritét vous faites un grand préjudice à votre liberté de la révoquer si souvent en doute qoe vous faites , en recherchant de vos ennemis te titre d'icelle avec tant de soin et contention , comme si vous ne teniez pas le décret public, en vertn duquel vous en jouissez dès si long-temps, eonfirmé par le bonheur de vos armes , assez soffisant et valable, sans y ajouter ce que vous prétendez obtenir d'eux, qui sera aussi bien inutile si les mêmes armes avec lesquelles vous avez lequis cette liberté, et la bonne conduite dont Tons userez à l'avenir , ne la vous conservent.
Nous ne saurions aussi croire qu*on s'arrête à présent sur cette difficulté, pour estimer que l'explication si expresse qu'on requiert des princes avec lesquels vous traitez soit nécessaire ; mais pouroe qu'on sait bien qu'elle vous sera révisée, on se veut servir de ce refus comme d*un prétexte plausible pour faire rejeter cette trêve, au grand contentement de ceux qui le désirent ainsi, et déplaisir de plusieurs autres de votre Etat, comme aussi de nous-mêmes, qui la Jugeons autant utile qu'eux montrent de craindre qu'elle vous soit dommageable. C'est pourquoi nous avons mis par écrit les raisons de notre avis, et la réponse aux objections contenues en quelques écrits qu'on £ait courir parmi le peu-
ple, afin que vous les puissiez voir et examiner avec plus de loisir, comme l'importance de l'af* faire le requiert.
Après le point de la liberté , qui est le premier en notre écrit, vient celui du comn^erce des Indes, lequel est aussi accordé; mais les archiducs désirent que temps de trois mois soit donné au roi d'Espagne pour déclarer si sera par hostilité ou de gré à gré , dans lequel temps , si ladite déclaration n'est faite , les choses demeureront comme elles sont de présent, sans qu'à l'occasion des actes d'hostilité qui pourroient être commis es dits lieux la présente trêve soit rompue.
Il n'y a point de difficulté non plus en la Jouissance de ce que chacun tient ; et quant aux autres articles qui peuvent être ajoutés à la trêve pour la commodité mutuelle des uns et des autres , nous en avons pris un mémoire de M. le président Richardot pour le côté des archiducs, et vu aussi le cahier qui contient vos demandes pour la paix , afin d'en extraire et y ^jouter ce qui sera Jugé à propos pour votre bien et utilité ; en quoi nous ne voyons rien qui puisse empêcher le parachèvement de ce bon œuvre si on demeure d'accord des articles susdits.
Pour le regard du temps que cette ,trève doit durer, les députés des archiducs nous avoient toujours déclaré, avant leur départ, qu'ils ne l'entendoient faire que pour sept ans au plus; mais ils nous ont depuis écrit que les archiducs la consentoient Jusques à dix, sur la très-instante prière et instance qui leur en a été faite de notre part. Nous eussions bien encore désiré d'y faire ajouter quelques années de plus s'il nous eût été possible, pourcjB que de cette longueur de temps, et de la paisible Jouissance de votre liberté , assistée d'une bonne conduite, doit principalement dépendre votre sûreté, non des mots que vous désires avec si grand soin faire insérer en votre traité.
Nous vous prions dpnc de vous conformer à l'avis qui vous est donné de la part de ces princes qui ont un si grand soin de votre conservation , sont très-bien instruits de l'état de vos affaires , et ont une grande expérience pour connoftre et discerner ce qui vous doit être utile ou dommageable. Ils savent bien la crainte de ceux qui Jugent cette trêve ne devoir être exempte de tous dangers et inconvéniens n'être pas vaine, mais ils connoissent bien aussi que les dangers de la guerre seroient encore plus grands de beaucoup, et qu'on peut éviter les premiers par une bonne et sage conduite, au lieu que les autres semblent inévitables ; et s'il y a quelque remède pour s'en garantir, il dépend autant du pouvoir et de la volonté d'autrui que de vous-mêmes et de vos propres moyens.
RSâOCUTIONS
Nous vous exhortons pareillement de ne vous point séparer les ans d*avec lés autres, et qii'ar près avoir défendu vos avis par bonnes raisons, et sans contention et animosité , chacun se laisse vaincre et soumettre en particulier à la résolution qui sera plus communément approuvée, témoignant, par cette prud'homie et sincérité, que vous êtes plus amateurs du bien public et de l'union qui vous a maintenus en prospérité jusques ici, que désireux de faire suivre vos opinions si elles doivent mettre de la division parmi vous , et par ce moyen être cause de la ruine de votre Etat.
Nous vous dirons aussi en particulier, nous qui sommes députés de la part du roi Très-Chrétien, être bien avertis qu'aucuns, pour dimîDuer Fautorité et la créance qui est due aux bons et sages conseils que Sa Majesté vous donne , continuent de faire courir des bruits sourds parmi vous, que la venue du seigneur don Pedro de Tolède , et son long séjour en France , a diminué et changé son affection envers vous, et que cela est cause de la grande poursuite que nous faisons pour obtenir la trêve. C'est une impudente calomnie jetée à tort contre un prince votre vrai ami qui s'est toujours montré tel , sans vouloir entendre à aucune amitié qui fût préjudiciable à votre sûreté et conservation , et continue encore en cette même volonté, pourvu que de votre part vous défériez autant à ses conseils en la résolution que vous devez prendre sur la proposition de cette trêve , que son affection envers vous et le soin qu'il a de votre bien et prospérité méritent.
Vous vous pouvez souvenir aussi que l'instance et poursuite que nous faisons à présent pour aider à vous mettre en repos, a commencé dès le premier jour que nous sommes arrivés en ce lieu, et qu'après vous avoir dit et répété souvent que ce qui vous seroit le plus utile seroit le plus agréable à Sa Majesté, nous y avons ajouté bientôt après que, nous ayant reconnu l'état de vos affaires, vous ne pouvez prendre un meilleur et plus assuré conseil que de faire la paix à conditions raisonnables , et , si vous ne la pouviez obtenir, qu'une trêve à longues années seroit encore meilleure que le renouvellement de la guerre, et tout cela long-temps avant qu'il fût nouvelle de l'arrivée en France du seigneur don Pedro de Tolède, et par tant d'actions qui ont fait connoitre avec certitude Finclination et désir de Sa Majesté à vous procurer la paix , et au défaut d'icelle la trêve , qu'on nous a plutôt blâmés d'y être trop ardens, que désiré quelque devoir de nous pour y aider. Faites donc cesser et étouffer vous-mêmes ces calomnies et impostures , et témoignez que vous avez de là gratitude et un
meilleur sentiment de sa candeur et sincérité; autrement vous lui arracheriez, comme par force , l'affection et le désir qu'il a d'avoir soin de vos affaires.
Ecrit fait par M. Jeannin, au nom de Ums les ambassadeurs y ledit jour treizième octobre, pour répondre à nn autre écrié jeté dans les Provinces et parmi les peuples pour leur faire rejeter la trêve , lequei écrit était autorisé de M. le prince Maurice , et cet écrit fut mis es mains de messieurs les Etals.
Les députés des rois et princes qui sont près de messieurs les Etats, lesquels, au défaut de la paix, ont, dès le vingt-septième du mois d'août, proposé et mis en avant une trêve à longues années, à certaines conditions contenues en on écrit communiqué auxdits sieurs les Etats en leur assemblée générale , puis à messieurs les députés des archiducs, avec prière et exhortation aux uns et aux autres de s'y vouloir conformer.
Ayant été avertis que plusieurs, qui sont de l'assemblée des Etats, la rejettent et condamnent comme si elle deVoit être cause de leur ruine, entre lesquels il y a des personnes de grande qualité et mérite , ils ont estimé faire chose digne de leur soin et affection, de répondre aux raisons qu'on met en avant, tant de bouche que par petits livrets et écrits, et de les représenter à votre assemblée, afin qu'elle puisse mieux choisir , avec prudence et mûr jugement, ce qui est plus convenable à leurs affaires, et doit autei être plus utile pour leur conservation et le contentement des princes qui sont leurs vrais amis, et n'ont autre but en leurs oonseib que de chercher le salut et la prospérité de leur Etat.
On dit, en premier lieu, que la liberté nest pas bien assurée , et pour toujours , par les mots contenus tant en notre écrit qu'en la première trêve; et nous répondons, si le zèle de ceux qui sont de cette opinion ne va qu'au public, qu'il y en a assez pour les contenter; car la liberté n'étant restreinte ni limitée au temps de la trêve, mais accordée en mots généraux et indéfinis } c'est autant que si ces mots pour toujours y étoient ajoutés, attendu que c'est un acteqoi^ de sa nature, ne reçoit temps ni condition, s'il n'est nommément dit et exprimé.
Il faut aussi considéwr que ce n'est pas de l'octroi et concession des princes avec lesquds vous traitez que .vous devez tenir votre liberté, car vous avez toujours maintenu que vous êtes affranchis de leur sujétion par un décret public et solennel fondé en bonne raison ^ et que dès
BU PÊiSIDfiNT JtÀimiN.
lor8laj[>ri8edesaihnes|}ôi]r le défendre a été juste et licite, par ainsi qu*on ne vous a pu qualifier, en quelque temps que ce soit, sujets rebelles, ce que toutefois aviendroft s'il falioit rechercher à obtenir. d'eux, non une simple concession et déclaration qu'ils vous tiennent pour libres, mais le titre entier et absolu de votre liberté , lequel fie pourroit commencer en ce cas qu'au jour de la concession qui vous en sera faite.
Vous ne devez non plus demander qu'ils vous quittent , cèdent et remettent quelque chose du leur, pourceque les souverains ne sont que simples administrateurs de leurs Etats , et ne leur est loisible de les amoindrir au préjudice de leurs successeurs, par quelque traité que ce soit, n'y ayant que la seule force qui leur puisse ôter et faire perdre ce qui leur appartient. Aussi quiconque l'occupe sur eux, soit sujet ou étranger, doit pourvoir à ce que la même force qui le lui a fait acquérir dure pour le lui conserver, du moins par un si long temps , que la possession immémoriale et l'oubliance ou foiblesse de son ennemi l'en rendent vrai maître et seigneur.
Vous n'avez donc à requérir d'eux, sinon qu'ils vous reconnoissent ce que vous êtes sans eux et malgré eux, c'est-à-dire libres, comme un titre et qualité sans lequel , reconnu et avoué , vous n'eussiez voulu traiter avec eux , ni avec autre souverain, quel qu'il soit. Or, ce qui est contenu en ladite première trêve et en notre écrit l'exprime si clairement, que personne n'en peut douter avec raison, et qui plus est, ces mots, ajoutés à la reconnpissance de votre liberté, quHls ne prétendent rien sur votre pays, seroient même suffisans pour les exclure à l'avenir de tous droits de supériorité et autres quelocNiques, s'il y a quelque moyen de les quitter et remettre par traité.
Nous fîmes aussi cette déclaration, dès lors qu'on commença à traiter du point de la souveraineté, qu'il y en avoit assez en la première trêve pour vous maintenir libres au préjudice des archiducs, lesquels avoient fait la reconnoissance y contenue, et qu'on en pourroit autant dire du roi d'Espagne quand il auroit fait la même déclaration, ou ratifié celle desdits sieurs archiducs. Mais nous ayant été dit alors qu'on poQvoit espérer un plus grand éclaircissement , et voyant aussi que plusieurs le désiroient avec ardeur, comme* s'il eût été nécessaire pour la sûreté publique*^ il nous sembla qu'on le devoit tenter ^ et nous réjouîmes quand vous l'eûtes obtoau, non toutefois quand on consentit de vous quitter les noms, titres et armes; car cette déclaration, qui nous sembloit honteuse et sans exemple, faite avec si grande facilité par des
princes qui n'étoient en état de faire chose indigne de leur grandeur , nous fut dès lors suspecte , ne pouvant imaginer la cause d'une offre si spécieuse , qui depuis nous a été connue.
Mais on objecte , s'il est vrai que les mots contenus en cet écrit soient suffisans pour assurer votre liberté , pourquoi les députés des archiducs font difficulté d'y ajouter l'explication requise. Ils répondent qu'ils ne sont tenus ni obligés à rien de plus, que c'est aussi tout ce qu'ils ont promis au nom du roi d'Espagne, et pu obtenir de lui , encore avec très-grande difficulté, sou conseil étant plutôt disposé à rompvfi ce traité que d'aider à le conclure aux conditions par vous requises ; ainsi qu'on s'en doit contenter sans les presser, outre l'obligation et le pouvoir , attendu qu'en effet il y en a assez , et que ce qu'on prétend y faire ajouter serviroit plutôt pour les offenser que pour assurer davantage votre liberté.
C'est pourquoi nous estimons qu'on fera mieux et plus sagement de s'en contenter, qu'en voulant essayer d'obtenir ce qui n*est pas nécessaire, perdre l'occasion de faire un traité qui vous doit faire jouir d'un bon et assuré repos durant la trêve, et donner aussi l'espérance qu'elle deviendra paix absolue si vous vous conduisez bien.
Si ces raisons ne vous contentent , considérez à qui vous avez besoin de persuader qu'êtes vraiment libres et exempts pour toujours de la sujétion d'autrui. N'est-ce pas aux princes qui sont vos amis et intéressés en la conservation de votre liberté ? Or ils vous déclarent , par nous qui sommes leurs ministres , qu'il y en a assez pour leur donner cette créance, et pour contenter même la raison et le jugement de quiconque voudra examiner cette affaire sans passion.
Puis il est certain que les princes avec lesquels vous traitez ne vous mettront jamais en justice pour avoir l'explication de cet article, mais vous feront la guerre, si bon leur semble, après la trêve expirée sans vous en déclarer la cause, ni si c*est comme à si^yets relielles ou comme à justes ennemis ; ils ne vous rendront non plus raison de leur victoire si leurs armes sont heureuses, ni vous à eux de la vôtre si l'heur est devers ce côté , mais en userez d'une part et d'autre à discrétion, et ainsi qu'il vous plaira.
C'est donc le sort des armes qui doit être seul arbitre et juge souverain de ce différend , non les mots du traité qu'on interprète toqjours au dommage de ceux qui sont foibles et vaincus, quoiqu'ils soient couchés si intelligiblement que personne n'en doive douter , et jamais au préjudice de ceux qui ont eu le moyen et la force de
IfliGOGliTlOlli
prouver la validité de leur droit par les armes.
On dit encore que le roi d'Espagne aura loisir, pendant cette trêve, de faire amas de finances pour renouveler la guerre , quand elle sera finie, avec plus de force et vigueur qu'il ne pourroit à présent qu'il en est épuisé par la longueur de la guerre; mais il avient peu souvent que les grands rois et Jeunes, comme est celui-«i, se mettent à thésauriser , étant de leur naturel plus enclins aux prodigalités et dépenses superflues qu'à l'épargne; puis ne vous ayant plus pour ennemis , il en cherchera d'autres qui l'épuiseront aussi bien de finances et moyens que cette guerre-ci; car il commande à une nation fièie, ambitieuse et impatiente du repos. Vous, au contraire, qui ne penserez point à vous accroître, mais seulement à vous conserver , vivrez en amitié avec tous vos voisins, et si il y a grande ap* parence qu'étant déchargés des dépenses de la guerre, et obligés seulement à Tentretènement de quelques garnisons pour votre conservation, vous éviterez toutes autres dépenses superflues pour acquitter vos dettes, et amasser quelque fonds qui vous puisse servir contre les nécessités de l'avenir, tant pource que le passé vous a enseigné que vous en devez user ainsi, que pour être la coutume des républiques de mettre tout leur revenu à profit.
Aucuns y ijoutent aussi qu'elle lui donnera le moyen de faire des pratiques parmi vous , et d'en corrompre quelques-uns pour vous diviser et enfin assujétir; qu'il y a déjà des semences de division entre les provinces et les villes, même l'une contre l'autre, que l'oisiveté et le repos feront croître, au lieu que, durant la guerre, la crainte des ennemis tenoit un chacun en devoir, union et amitié. Ce mal peut arriver, et est sagesse de le craindre et prévoir pour s'en garantir, non pour le mettre en si grande considération qu'il faille perpétuellement demeurer en guerre pour l'éviter; et néanmoins c'est le vous consdl* 1er que de vous vouloir persuader de rejeter la trêve à cette occasion ; car la guerre ne peut jamais finir à votre avantage par une victoire absolue contre un ennemi si puissant que celui auquel vous avez affaire; et vous ne sauriez non plus penser, en quelque temps que ce soit, à vous mettre en repos , soit par la paix ou par la trêve, que vous n'y rencontriez toujours la crainte des mêmes dangers et inconvéniens , et encore plutôt en paix qu'en trêve, d'autant que la paix entière et perpétuelle a presque toujours pour compagne une grande sécurité qui nous rend nonchalans , et par ainsi exposés à toutes sortes d'embâehes, surprises et périls; au lieu fie la eralDte de reatrer en gvtrre lorsque la
trêve sera finie , vous doit servir d^on poignant aiguillon pour vous contraindre à demeurer bi^ unis , et tenir ensemble toutes les pièces de votre Etat. Elle vous doit rendre aussi plus soigneux, vigilans et affectionnés à coutribuer ce qui sera requis pour votre conservation , et vous tenir pareillement en plus grande défiance des priDces qui pourroient devenir quelque Jour vos ennemis; c'est pourquoi il y a des gens sages , et affeetion* nés à votre Etat, qui jugent cette voie du milieu entre la guerre et la paix , qui est la trêve, voui devoir être plus utile et assurée que le change* ment tout à coup d'une extrémité à l'autre.
Davantage , quand on considère la eonstitation de votre Etat, et que corrompre peu de gens parmi vous ne sert de rien , à eaase du changement fréquent des magistrats, qui Ole le moyen de s'attacher à plusieurs ensemble qui aient une puissance d'assez longue durée pour conduire quelque trame contre l'Etat, cette crainte semble du tout vaine ; ajoutez encore Tamour de la liberté , empreint es esprita de toos vos habitans, y ayant à présent peu de peitonnés qui soient nées du temps de l'ancienne lujétion , ou qui n'aient été nourries et élevées par un si long temps en liberté, qu'ils ont toosea horreur le nom de servitude , et vous jogerei qu'il n'y en a un seul en votre Etat qui veuille ou ose ouvrir la bouche pour vous y faire retoa^ ner, sans se mettre en danger d'être à llnstuit puni comme traître et ennemi de son pays.
Ce péril des pratiques et comiptiODa iseroit bien plus à craindre durant la guerre, si quelque mauvaise fortune vous arrivoit, laquelle seule feroit un plus grand changemoit en votre Etat , et es volontés de vos peuples en un moment , que les pratiques de plusieurs mois et années à l'endroit de quelques particuliers; car Ion chacun voudroit sortir du danger en eonfiision, et sans consulter en commun, avec c^iolx et jugement , ce qui senrit utile pour TEtat. Ib ^ plaindroient aussi lors tous, mais trop tard, de leurs supérieurs , qui auraient eu le moyen de les mettre en quelque assuré repos, et néanmoins en auroient trop Inconsidérément rejeté le consed.
Il y en a aussi qui mettent en avant, non sans raison, que cette trêve ne peut être assurée si œ n'entretient un bon nombre de gens de guerre pour la conservation des places frontières et autres où il sera besoin tenir garnison, et toutefois^ que le peuple, ne voyant plus aucun ennemi à découvert, fera difficulté de contribuera eequi est requis ; par ainsi la solde et les gens de guerre venant à défaillir, tout y sera à craindre. Il ^ nécessaire à la vérité de pourvoir à cet Inconvénient avant, o« dn moins au même Hfltfi 4*'^
Dû PlliStBfiRt lÈÀNNlNi
km la tr^e , et de régler dès lors les garnisons , comme aussi d'obliger les Provinces, par serment solennel et décret publie, à contribuer ieurs cotes tant que la trêve durera; à quoi on les pourra mieux disposer, n'y ayant que trêve, que si la paix étoit faite comme il a été dit cidessus.
Ils ajoutent encore , s'il est vrai ces grandes garnisons être nécessaires, que la trêve ne diminuera en rien vos dépenses, et par ce moyen TOUS sera inutile; mais on répond qu'elles ne peuvent être si grandes que vous ne fassiez épargne de plus d'une moitié , avec ce que vous éviterez les dangers de la guerre auxquels seriez exposés si n'étiez assistés d'un grand secours outre vos propres moyens , et tel dont vos députés nous ont souvent remontré qu'aviez besoin, quand il ne vous faudroit même que soutenir ia guerre sans entreprendre sur vos ennemis, qui est toutefois iin commencement de foiblesse auquel si vous étiez réduits, on n'en pourroit attendre autre chose que la perte de votre Etat en peu d'années.
On allègue encore pour raison l'avis de Lipsius ( Juste-Lipse ) , contenu en une sienne épttre qu'on fait courir maintenant partout , pour montrer que lui, homme sage , afTectionné à vos ennemis , et leur sujet , conseilloit de faire des trêves avec vous pour vous ruiner ; mais il entendoit de celles qui sont pour peu de temps, et qui dévoient servir de préparatifs pour vous faire devenir sujets; car on ne parloit point lors de TOUS reconnoltre pour libres, et de vous exempter du tout de cette ancienne sujétion. Aussi ne pouvoit-il prévoir que vos armes dussent être si heureuses que de vous donner le moyen et pouvoir de traiter avec tel avantage, ni pareillement que deux grands rois, vos voisins, et plus proches de vous qtie ceux qui pourroient avoir le désir et la force pour vous nuire, se dussent obliger envers vous pour rendre cette trêve assurée et inviolable, qui sont des considérations de grand poids, et qui sans doute lui eusisent fait changer d'avis. Puis les exemples allégués par lui pour fortifier son opinion en ont tant d'autres contraires , que ce ne seroit pas prudence de les tenir pour règles infeillibles d'Etat.
Vous vous pouvez sur ce sujet souvenir du traité de Gand, fait en l'an 1576, qui fut trèsmal gardé, et néanmoins si utile à ia province de Hollande, qu'ayant loisir de cinq ou six ans pour établir quelque forme de gouvernement entre eux, et acquitter leurs dettes, elle se mit en état de soutenir le faix de la guerre qui tomba sur elle après que les provinces de Flandre et Brabant eoreat été subjuguées ; ce qu'elle n'eût pu
faire si les ennemis , ôêéupès à démolir ce rempart qui étoit devant eux , se fussent attachés tout à coup à leur pays.
L'exemple des Suisses sert aussi pour confirmer le conseil que nous vous donnons , qui est d'accepter cette trêve ; car eux , s'étant élevés contre leurs seigneurs pour causes presque semblables que vous , après avoir soutenu l'effort d'une longue et périlleuse guerre avec divers événemens , prirent ce conseil de la feire finir par des trêves qu'on leur offroit à conditions beaucoup moins avantageuses que celles qu'on vous présente, et que nous vous conseillons, pendant lesquelles ils établirent un si bon gouvernement entre eux , qu'on ne leur fit Jamais depuis la guerre, ayant expérimenté avec grand profit que les trêves , après une longue guerre , se convertissent ordinairement en paix perpétuelle sans autre traité , d'autant que les souverains qui sont contraints de souffrir quelquefois la perte de ce qu'ils ne peuvent conserver, aiment mieux s'accommoder à telles surséances et cessations d'armes, qui. laissent quelque opinion es esprits d'un chacun qu'ils pourront encore recouvrer à l'avenir ce qu'ils ont perdu , que de le quitter du tout par une paix absolue qui les assujétit à cette honte et nécessité de confesser et reconnoltre qu'il y a de la lâcheté en eux , et mauvaise conduite en leurs affaires, ou de la foiblesse en leurs Etats.
Or , vous pouvez espérer de Jouir du même bonheur si vous êtes sages ; car s'ils ont eu pour eux des commodités et avantages qui ont détourné leurs ennemis de renouveler la guerre contre eux , à savoir un grand nombre de bons hommes chez eux pour se défendre , sans qu'ils aient eu besoin d'en emprunter d'autrui, des montagnes qui les enferment pour la plupart, et rendent leur pays inaccessible, pauvre et stérile en plusieurs endroits , qui diminue l'envie d'y entreprendre , et de rechercher un petit gain parmi de grands périls, vous avez aussi de votre côté la mer , et de grands fleuves navigables' qui vous enferment presque de toutes parts, grand nombre de navires , de pilotes , mariniers et matelots , qu'on peut dire être les meilleurs soldats pour les combats de mer qui soient aujourd'hui en la chrétienté , avec lesquels vous conserverez la vigueur militaire et l'industrie de naviguer, par le trafic et la continuation des longs voyages qu'ils pourront faire comme de coutume. Or , c'est de tels soldats qu'avez plus grand besoin , ayant égard à la situation de votre pays; et quant aux auxiliaires, s'il y en faut sjouter , vous savez chez qui les prendre, outre oe que vous avec un fonds et revenu ordlnalrf
qui peut suffire pour les entretenir sans i*aide d*autrui, après que vous aurez eu quelque loisir de respirer et d'acquitter vos dettes. Joignez à tout ce que dessus ia bienveillance et amitié de grands princes , qui sont tellement intéressés en la conservation de votre liberté , qu*ils auront toujours sQin d'empécber votre ruine , soit en vous aidant de forces au besoin , ou vous assis* tant de leurs conseils en la conduite de vos affaires, pour des considérations qui doivent durer non seulement pendant la trêve, mais. après, en quelque temps que ce soit.
Nous savons bien qu'on publie , contre cette dernière raison du secours d*autrui, que vos amis peuvent changer de volonté, et que, la trêve finie, leurs affaires pourront être en tel état qu'ils n'auront le moyen de vous secourir, quand bien ils en auroient la volonté. Les hommes ne peuvent pas à la vérité juger de l'avenir avec certitude , mais la prévoyance , qui dépend de ia raison , nous doit donner ce sentiment , et faire croire aussi que vous, messieurs, qui avez tant dépendu, travaillé et couru de périls pour acquérir la liberté, la sûreté et réputation de votre Etat , aurez encore le même soin , la même prudence , la même foi et intégrité les uns envers les autres , ix>ur vous conserver et garder un si précieux acquêt, plutôt que de vouloir présumer que vous deviendrez méchans et ennemis les uns des autres pour vous déchirer, défaire et ruiner, et par ainsi que cette trêve vous sera profitable , au lieu d'être cause de votre ruine.
Ne vous arrêtez donc point à ces écrits qu'on fait semer parmi vous pour la faire /trouver mauvaise : c'est en votre assemblée , et au lieu auquel on traite des affaires publiques, qu'il faut dire son avis , et représenter de bonnes raisons pour se faire suivre ; car tout ce qu'on fait ailleurs est dangereux, et ne peut servir qu'à émouvoir le peuple contre leurs magistrats et supérieurs sans profiter au public.
On leur a même voulu faire croire par quelques-uns de ces écrits, pour les induire plus aisément à rejeter la trêve, qu'elle avoit été proposée par l'artifice et finesse de vos ennemis ; et toutefois elle vient des rois et princes qui sont nos maîtres, lesquels sont tant affectionnés à la conservation de votre £tat, que personne ne les sauroit devancer en ce soin et désir de vous vouloir procurer du bien : ils sont aussi reconnus pour être si sages et considérés , qu'il n'auroit pas été aisé de les surprendre , ni de leur faire mettre en avant de mauvais conseils au lieu de bons et utiles:
Nous ne sentons point mal pourtant de l'intention et du zèle de ceux qui donnent tels avis;
car il y en a qui ont donné si gAnde preuve de leur foi et affection envers votre Ëtat , qu'on n'en doit aucunement douter ; mais il ne fut jamais que les gens de bien et sages n'aient été sujets à se diviser en opinions , encore qu'ils n'aient qu'un même sentiment accompagné d'un bon et louable désir de profiter à leur pays. Nous les prions aussi de faire le même jugement de nous , et votre assemblée, qui doit délibérer du salut du public , de choisir en cette diversité Tavis qui sera fortifié des meilleures raisons sans y apporter autre préjugé; étant néanmoins bien requis, qu'outre les raisons par nous déduites, vous vous en représentiez d'autres que la prudence et la considération de votre intérêt veulent que nous laissions au pensement d'un chacun en particulier , sans les exprimer par cet écrit; autrement ceux qui tiennent Tavis contraire , auxquels il est permis de dire tout sans faillir contre l'Etat, auroient un trop grand avantage, et vous ne seriez suffisamment informés pour y prendre une bonne résolution.
Nous ajouterons encore ce mot pour conclure notre avis, que s'il y a des dangers et inoonvéniens en la trêve, comme il y en peut avoir, ceux de la guerre, qui seront encore plus grands, sont aussi plus à craindre , attendu que vous pouvez éviter les premiers par une bonne et sage conduite, puisque le remède est en vos mains, au lieu que les autres semblent inévitabies; du moins est-il bien certain que le moyen de s'en garantir dépend d'autrui , non de vous , ce que vous devez sagement considérer , et que vous rencontrerez malaisément par ci-après, en quelque temps que ce soit, tant de commodités ensemble pour sortir avec avantage de cette guerre qu'à présent. Les archiducs sont princes qui aiment le repos , et d'une foi entière pour garder sincèrement ce qui vous sera promis. Le roi d'Espagne est induit, à leurs prières, de vous accorder des conditions plus avantageuses qu'il ne feroit sans eux. Vous êtes aussi assistés de la bienveillance de deux grands rois dont la considération et le respect servent de beaucoup pour y apporter de la facilité ; au lieu que le temps peut Élire naître des accidens et changemens es affaires et volontés, qui seroient cause de produire des effets du tout contraires.
Lettre de M, le président Richardot à tous mes' sieurs les ambassadeurs, du seizième d'oo tobre 1608.
Messieurs , je ne reconnols que trop l'humeur de ceux avec lesquels vous traitez , et si je sais que vous n'y pouvez tout ce que vous voudriez; mais pour cela ne laissé-je d'espérer qu'ils s'a^
BU PRESIDENT JEANNIN
eommoderont à ce que leur représenterez et jugerez être raisonnable; et sur cette créance, monseigneur Tarchiduc, mon maître, persiste à if'ous requérir, et mol à vous supplier et conjurer, que vouliez les induire, s*il est aucunement possible, à se contenter des mêmes mots et termes de la première trêve. Les raisons qui à ce nous meuvent sont celles reprises en mes précédentes, TOUS affirmant sur mon honneur quMI n*y en a pas d'autres. Aussi est la promesse de ratifier de même effet que les mots au nom du Roi qu'on voodrolt ajouter à ceux de la première trêve, et où la chose ne pourroit s'achever en cette sorte, au moins qu*on patiente jusques à ce que nous ayons nouv. Iles d'Espagne , qui est ce dont son altesse vous requiert, et que pour l'amour d'elle vous ne vous fâchiez de l'incommodité que vous apportera ce peu de retardement; et sur cet endroit me recommandant bien humblement à vos bonnes grâces, je prie le Créateur de vous donner à tous, messieurs, longue et heureuse vie.
Be Bruxelles, ce seizième d'octobre 1608.
Votre , etc., Le président Righabdot.
Autre lettre duéUt sieur président Kichardot auxdits sieurs ambassadeurs , du même jour.
Messieurs, par la lettre ci-jointe nous persistons au contenu en mes précédentes; et comme je pensois dépêcher ce porteur, son altesse s'est résolue de s'ouvrir et élargir davantage, et en premier lieu vous dire que la vérité est qu'il n'y a autres raisons , sinon celles touchées par mesdites précédentes, et qu'elle a écrit au Roi qu'elle D'e^céderoit les termes de la première trêve, qui en France et en Angleterre sont jugés plus que suffisans. Vous l'obligerez beaucoup et la mettrez en grand repos, si vous pouvez le faire ainsi passer, ou du moins tenir en pied la négociation JQsques à ce que la réponse d*£spagne nous arrive. Et toutefois plutôt que rompre, ou que vissiez apparence de nouvelle altération , elle se contente qu'aux mots de ladite trêve première vous y ajoutiez le nom du Roi, c'est-à-dire que Mits sieurs archiducs, tant en leurs noms qu'au iK)m dudit sieur Roi, ont déclaré et déclarent, selon qu'ils ont déjà fait par le traité de trêve do vingt-quatrième d'avril 1607, qu'ils sont contens de traiter avec lesdits sieurs Etats-Généraux des Provinces-Unies, en qualité et comme les tenant pour pays , provinces et Etats libres sur lesquels ils ne prétendent rien ; je dis si la pratique ne se peut autrement dilayer, car elle s'en remet à vous. Ores que ce loi seroit fort agréable <pi'on pût faire quelque chose pour sa satisfaction, mémement où le parti contraire n'y seroit
n. c. D. M. T. nr.
en rien intéressé, toutefois elle s*est disposée à ce que vous avez désiré , et le pourrez ainsi proposer, si vous jugez qu*on ne puisse le faire autrement. Elle vous salue de bien bon cœur, et non sans reconnoftre l'obligation qu'elle vous a; et de ma part, je vous baise bien humblement les mains, et prie Dieu de vous donner, messieurs , ce que vous désirez.
De Bruxelles, le seizième d'octobre 1608.
Votre , etc. , Le président Righabdot.
Lettre dudit sieur président Richardot à M, Jeannin, dudit jour seizième d'octO" bre 1608.
Monsieur, mon maître est si bon, qu'aussitAt qu'il fut averti de la perte de ce maudit papier, au lieu de me châtier, il m'a bénignement consolé, et après ayant voulu voir la minute, s'est réjoui que cette disgrâce est avenue, pource que par la lecture dudit papier l'on verra avec quelle sincérité il y a procédé, et à la confusion de ceux qui penseraient en faire leur profit. Tant y a que ces messieurs en ont très-mal usé , et peu considéré le respect qui se doit à personnes publiques, et qu'ils n'auront pas grand honneur de ravoir publié comme ils ont fait. Comme qu'il en soit; je vous suis infiniment obligé de la courtoise lettre que vous m'en avez écrite, qui de vrai ne m'a pas été de peu de consolation , et vous en remercie de tout mon cœur, en me recommandant très-affectueusement à vos bonnes grâces , et priant le Créateur vous donner, mon-> sieur, ce que vous désirez.
De Bruxelles, le seizième d'octobre 1608.
Votre , etc. , Le président Richardot.
Autre lettre dudit sieur Richardot audit sieur Jeanniny du même jour.
Monsieur, vous trouverez en ce paquet deux lettres. Tune avec superscription, l'autre sans. En la première nous persistous, ou à suivre les mots de la première trêve , ou à attendre réponse d'Espagne en conformité de mes précédentes. L'autre est à vous et à messieurs d'Angleterre , n'est que trouviez convenir qu'elle soit aussi commune à messieurs d'Allemagne , auquel cas vous pourrez la faire fermer, y mettre la superscription , et les y comprendre. Elle vous informera de la résolution de son altesse, qui de vrai eût bien voulu , comme nous tous, que l'on eût pu passer par Tune des deux trêves que je vous avois écrite, et lui seroit nouvelle fort agréable que ces messieurs se fussent contentés de celle que vous devez leur avoir proposée lundi dernier, ou de celle de vingt ans que vous leur proposerez si vous n'y voyez inconvénient; car elle s'en re-
NéG0CUTI0?(9
met à vous , et se contente que vous en veniez à Tautre s'il ne se peut faire autrement , ou qu'il ne puisse se dilayer jusques à ce que nous ayons réponse d'Espn«;ne. Par la lettre , je mets les mêmes mots de votre écrit, omettant sans faire semblant le mot reconnût ssan s, que Je vous prie faire passer sans que les autres s*aperçoivent que vous en fassiez difficulté, comme Je m'assure que vous ne ferez , puisqu'il n*est en la première trêve, et que vous et messieurs d'Angleterre ne demandez , sinon l'ajoute du nom du Roi ; et en somme tout doit venir de vous, et par votre prudente direction, qui saurez bien s'il se peut trouver le moyen de donner quelque goût à mon maître , sjms léser le parti contraire , et encore de timt plus que y voyez porter l'inclination de votre Roi et de ses ministres. Mettez-y donc la main, au nom de Dieu , et ne vous étonnez de la dureté de ces gens-là , qui à la fm devront vouloir ce que le Roi votre maître voudra; mais surtout n'oubliez de prendre long terme pour la ratification. Son altesse m'a commandé vous saluer affectueusement de sa part , à qui j'ai montré votre lettre qui arriva hier, et n'est pas méconnoissante de la peine que prenez , et du soin que vous a\ez de cette affaire. Et pour moi. Je vous baise bien humblement les mains , et prie le Créateur vous donner, monsieur, une santé longue et heureuse vie.
De Bruxelles, le seizième d'octobre 1608.
Votre , etc. , Le président Richàrdot.
Lettre de messieurs les ambassadeurs audit sieur Jiichardot, du vingtième doctobre
Monsieur, vos deux lettres nous Airent rendues le dix-huitième de ce mois sur les trois heures après-midi. Nous avions déjà été dès les dix heures du matin eu l'assemblée générale des Etats, ainsi avant que les avoir reçues, pressés de ce faire par plusieurs instances qui venoient d'eux , et du désir d'entendre l'expliration de ce que nous leur avions dit en termes généraux le troisième jour de ce mois, touchant l'intention des archiducs au point de la liberté, les uns ayant déjà quelque sentiment qu'ils se vouloient bien faire foi*ts pour le roi d'Espagne, mais non l'obliger dès à présent , ce que toutefois le plus grand nombre de l'assemblée n'estimoit pas suffisant. C'est pourquoi nous eussions volontiers attendu votre seconde réponse, que nous espérions devoir être meilleure, avant que nous en déclarer. Rien ne fiit toutefois omis de notre côté pour leur persuader que l'obligation qu'on leur offroit étoit de même sûreté que l'autre; mais nous fûmes bientôt avertis qu'ils n'en étoient
ni satisfaits ni persuadés : on leur donna ]^af même moyen les articles de la trêve pour les >oir et considérer. Or vos lettres étant arrivées le même Jour, il nous sembla d'un commun a\is que, sans plus différer, il fallolt aller à leur assemblée pour leur dire ce qu'elles contenoient, et par ce moyen apaiser, du moins amoindrir autant qu'il nous seroit possible, le mécontente* ment qu'ils avoient reçu des premières; mais il ne put être fait ledit Jour, pource qu'ils n'étoieot assemblés, ainsi remis au lendemain sur les onze heures du matin. Nous étions assurés de ne rien faire avant vos dernières lettres , et maintenant en quelque espérance que cette recharge aura profité envers eux. Nous voyons bien néanmoins qu'il y a encore des difficultés en cet article qne nous aurons assez de peine à surmonter; mais nous y apporterons très-volontiers tout ce ({ai peut dépendre de notre soin et devoir suivant le commandement des rois et princes qui noul ont envoyés ici pour y servir. En cette volonté nous vous baisons bien humblement les mains, et prions Dieu , monsieur, qu'il vous maintienne en tout heur et prospérité.
De La Haye, ce vingtième d'octobre 1608. Vos, etc.,
Les ambassadeurs de France, d'AnglelerpB, de Danemarck , et des princes et électeurs da Saint-Empire, et signé de leurs mains.
Lettre particulière de M. Jeannin audit sieur président Hichardot, dudit jour vingtième d'octobre 1608.
Monsieur, vos lettres nous ont été rendues le dix-huitième à trois heures du soir. J'envoyai prier au même instant les députés d'Angletern de venir en notre logis pour conférer ensemble sur le sujet d'icelles, les reconnoissant poussés de même affection que nous à faire cette trêve. Or vous voyez, monsieur, par les lettres cpil vous sont écrites en commun , que nous avions été le jour même sur les dix heures du matin en l'assemblée générale des Etats , pressés par eux de le faire avec si grande instance, que nous n'avions pu prendre le loisir d'attendre votre seconde réponse , quoiqu'il fbt jugé par nous tons fort nécessaire, où nous leur flracs entendre biea particulièrement l'intention de leurs altesses touchant l'obligation au nom du roi d'Espagne» leurs raisons, et que, se faire forts pour lui avec promesse de le faire ratifier, étoit autant que l'obliger dès à présent ; mais nous connémes bien que les plus affectionnés même à cette trêve n'en étoient pas contens, et n'espérolcnt aucunement de la pouvoir faire accepter de cette façon, en sorte que totre seconde dépéehi (^
Dû PSBSIDBNT JEÀNNlfT.
Ui
venue, lesdits giears députés d'Angleterre et > nous, primes avis de voir dès le soir même les Etats, sur ce qu'on nous a voit avertis que la plupart des députés dévoient retourner en leurs maisons pour y délibérer avec ceux qui les avoient envoyés sur notre proposition et les articles de la trêve que nous avions donnés par même moyen. Mais celui qui présidoit ne s'étant trouvé en son logis pour les faire assembler, il fut remis au Jour d*hier sur les onze heures du matin, où lesdits sieurs députés d'Angle'erré, ceux d'Allemagne et nous, nous sommes trouvés ensemble , et y avons dit tout ce qu'il nous sembloit nécessaire pour les induire à recevoir cette trêve , sans plus y apporter aucune difficulté; à quoi nous continuerons de travailler avec soin et affection pour en rendre le succès heureux , selon qu'il nous a été commandé par notre Roi.
J*ai suivi entièrement le projet et les articles qui vous furent donnés au logis de M. Spencer avant votre départ : c'est celui même aussi qui a été donné aux Etats , fors que le mot recori' noissans y a été omis, ainsi que vous l'avez désiré, comme nous ferons tout devoir de notre côté. Je vous supplie de toute mon affection que si quelque autre nouvelle difficulté survient , que vous apportiez aussi le même soin et la même affection et volonté pour la faire cesser du vôtre. Nous presserons maintenant de moment à autre pour trouver la fin de cette affaire qui a déjà trop duré, et tiendrons notre travail bien employé si le succès en est bon. Je suis bien aise que son altesse n'ait point été courroucée contre vous à cause de la perte de votre instruction : peut-être aussi l'avez-vous laissée pour la faire voir; et puisqu'il y a des conjectures pour en juger ainsi , il n'est pas mal à propos que vous aidiez à le faire croire ; mais quoi qu'il en soit , Il n'y a point de dommage pour vos mattres. J'ai fait instanoe pour la retirer des Etats qui me l'ont accordée , mais cette courtoisie vient trop tard pour l'estimer beaucoup. Je vous baise bien humblement les mains, et suis, monsieur, votre, etc., P. Jeannin.
A La Haye, ce vingtième Jour d'octobre 1608.
LeUre de monseigneur le prince Maurice y écrite aux Villes pour les dissuader défaire la trêve j du vingt et unième d'octobre 1608.
Messieurs, par notre précédente du vingtunième septembre dernier, nous vous avons, suivant le devoir de notre charge, avertis de ce que vous avez pour votre conservation à considérer et faire en cette proposée négociation de la trêve; et combien que nous ne doutions pas ou avrez notre Adèle «diaonitloQ eomme faite
à votre bien , à bon escieht énfendu et reçu , aussi sur ce que sur cette négociation vous pourroit plus rencontrer comme bons patriotes avisé, et que partant ne fût pas besoin vous quant à cela en outre informer et exhorter, toutefois, puisque les seigneurs ambassadeurs, jointe leur nouvelle proposition , aussi ont délivré un grand discourS| non seulement pour leur première proposition du vingt-septième d'août dernier sur l'affaire de la trêve faite avancer, mais aussi pour notredite lettre réfuter, et en après vos bonnes résolutions sur ce prises énerver; à laquelle fin leurs sei* gneuries y aj')Utent force raisons spécieuses , et néanmoins confessent qu'à rencontre servent beaucoup de raisons fort remarquables, telle* ment qu'un sincère amateur de la patrie à droit est ému pour là eucontr'ouvrir son opinion, do tant plus pource que lésdtts sieurs ambassadeurs ne peuvent être pleinement enseignés de la cous* titution de notre Etat, ne de ce qui est passé d'entre nous; si est-il qu'à cette cause sommes émus pour vous par la présente derechef parti* ciper aux considérations contraires, et à la mêm^ occasion, plus amplement que sommes accoutumés , déduire les motifs que nous avons pour ne suivre nullement le conseil des sieurs amba»sadeurs.
Il est notoire que, dès le oommeneement de cette guerre , les plus experts et plus fidèles de ce pays ont toujours tenu pour une règle fonda» mentale de notre Etat , ne traiter point avee l* ennemi , et que nous ne pourrions , sans la ruinf de notre Etat , entrer en aucun traité , encore que nous puissions obtenir tout ce que pouvions de^ mander f laquelle règle non seulement chacun a fermement entretenue, mémeroent ceux qui à présent sont d'avis contraire ; mais on a aussi , avec tous moyens possibles, résisté à ceux qui cberchoient cette règle impugner. Jugeant tels inutiles et dommageables en notre Etat, et ce
{ivec telle constance, que ni Tintereession dt 'Empereur, rois de France, Angleterre, Dane*mardi, Pologne, princes de l'Empire, ni de quelqu'un autre, n'ont su trouver lieu au eon* traire , même l'intercession de la feue reine d'An* gleterre, de très-heureuse mémoire, «i l'an 1 $87, quand Nimègue, Zutphen, Deventer, Grave, Breda et Groningue, étoient en la puissanee df l'ennemi , et les moyens ordinaires du pays n'em* portoient plus qu'onze cents francs par mois, tellement qu'on ne pou voit mettre en campagne, ni armée, ni artillerie, ni cavalerie, et quand en outre les pays, par la clôture du Suod, éCoîenl devenus en extrême difficulté, et que l'autorité du roi de France, es l'ao 16>8| après la eoB» clusioD du traité de Vervius, &'a pu inMivnir à
NÉGOCIÀTIOI^S
changement, nônobstaht qn'on voyoit qu*étant la paix arrêtée en France, tout le faix de la guerre tomberolt sur ces pays, et que nos moyens étoient beaucoup moindres qu'à présent ; qu'aussi nous n'avions pas vu ni fait preuve de notre force par mer, et que par cette voie nous pouvions contraindre \e roi d*Ëspagne à la raison.
Mais depuis quelque temps en çà, on a commencé de proposer qu'on pourroit traiter quand Tennemi voudroit quitter ses prétentions sur la domination de ces pays, comme si auparavant on eût eu égard à cela, lorsqu'on avoit forclos tout traité et conditions , et que cesseroient toutes difQcultés quand on ne se rendroit sous la domination de l'ennemi : outre plusieurs autres raisons ici trop longues à raconter, principalement est considéré que le traité étoit vicieux, attendu que notre Etat consiste en l'alliance de tant de membres qui sont différens en opinion , conclusion et intérêt, et que sur ce devenus en dispute, et quelques articles étant mis, qui, par aventure, pourroient l'un plus toucher que l'autre, et l'un étant plus endommagé par la guerre que l'autre, qu'à cette occasion Ton viendroit à tomber en contentions. Jalousies et disputée, et, en conséquence, par faute d'autorité pour y pourvoir, se démembrer, et finalement s'en acquérir une irréparable perdition et ruine, ou à moins presser l'un l'autre à quelque honteuse réconciliation, vu que l'ennemi voyant notre désordre toujours reculeroit, et que nous, demeurant bien unis. Jamais ne pourrions être rompus, comme l'expérience de la négociatiou passée avoit bien enseigné ; et fut aussi considéré que , combien que furent bonnes conditions arrêtées, elles toutefois, par changement de temps et constitutions, ne seroient entretenues, et même par ceux qu'elles touchoient; ce que l'ennemi, voyant les armes en tout ou en partie hors nos mains par ses pratiques, et ceux qui lui sont très-affectionnés, voire qu'il tire encore journellement à sa corde, peu à peu pourroit effectuer, sinon partout pour le moins en divers lieux, n'étant dedans le pays puissance ou autorité pour y pourvoir, ou quelque membre par Tenuemi appuyé contraindre, en voulant renoncer à ses droits acquis par traité. Et puisque ces évidentes difllcultés ne sont ôtées par cette proposition, mais plutôt les pays en sont menacés des apparens périls qui se manifesteront plus clair, et que nous n'avons aussi Jusques ores eu aucune ouverture de quelque ordre qu'on pourroit opposer contre toutes ces confusions qui pourroient survenir entre nous , pendant et après la négociation , si ne pouvions trouver repos en notre esprit en cette négociation , ni oublier ce
que de notre jeunesse nons est empreint, tant par feu notre sieur et père, de haute et louable mémoire, que par les principaux de notre Etat, principalement se voyant par les effets que lesdites règles ne sont vaines ; tout ce nonobstant est-on venu au traite de paix, non pourceqae lesdits dangers cessoient, mais qu'on y pensolt être pourvu par deux moyens ; à savoir, qu'on n'en commenceroit ladite négociation sans préalable assurance par lettres et scel , tant du roi d'Espagne que des archiducs, qu'eux n'auroient à Jamais à prétendre quelque droit de souveraineté sur ces pays; secondement, queiespro* vinces, villes et membres d*iceux s'entre-promet:roient de n'entrer Jamais en aucun traité avant qu'avoir reçu lesdites lettres ; sur quoi les archiducs ont dépêché l'acte du vingt-quatrième d'avril 1607, et délivré leurs lettres du onzième de juin suivant, avec promesse de le faire agréer par le roi d'Espagne ; mais cette agréation n'est Jusques ores nullement faite. Les sieurs Etats- Généraux , par ceci entendant que le roi d'Espagne refusoit cette agréation en un sien acte do dernier de juin 1607, et, en celui du 18 septembre 1607, la faisoit avec telles restrictions, qu'on en pouvoit facilement Juger qu'on n'avoit à attendre rien de lui , trouvoient très-grandes difficultés pour consentir d'entrer en ladite négociation. Or finalement s'est-on si avant, par l'avis et induction d' s sieurs ambassadeurs, éloigné de ladite résolution, que l'on a, le 24 décembre 1607, trouvé bon d'entrer en traité sans faire ultérieure instance pour ladite agréation , vu que les provinces s'entre-promettoient unanimement, sincèrement, et en bonne foi, qu'au premier article du traité, tant de paix que de trêve, ex« pressément dcvolt être mis et accordé la liberté des pays, et que le roi d'Espagne et archiducs sur icelle n'en prétendent rien, et ceci en la meilleure forme; et qu'en cas de refus, le traité sera rompu, et la guerre, avec commune force, seroit recommencée ; pensant ainsi être mutuellement bien assurés puisqu'on ne traiterait sans le dcpoilement des prétentions de l'ennemi, et que sans cela, unanimement et sans division, la guerre recommencerait.
En conséquence de quoi , étant venu au traité de la paix, est en un des premiers articles d'icelui , avec l'avis desdits sieurs ambassadeurs des deux parties, après longues délibérations et examination de tous mots, fait un formulaire de ladite déclaration, lequel apporte de quelle sorte les deux parties, pareillement les ambassadeurs, ont Jugé que ladite reconnoissance de la liberté des pays, et déportemens des prétentions de l'ennemi , se devoit fiiire , quand elle serait sofil*
BU PBESIDBNT JEANNIN.
santé et ferme, contenant aussi que les renonciations à ce nécessaires en un article spécial plus près, et en la meilleure forme seroient mises, d*où donc se conclut que Topinion , entendement et intention des deux parties, quant et quant celui des ambassadeurs, toujours a été que les mots mis audit acte du vingt-quatrième d'avril n'étoient pas sufûsans pour éteindre les prétentions de l'ennemi , mais qu'il les falloit mettre en la meilleure forme : c'est de ne porter titres ou armes , et pour eux et leur postérité , avec dues renonciations et promesses de à jamais, pource que la paix est perpétuelle, ne prétendre rien sur le pays. Or, puisque cet article est une fois traité et accordé, il ne le faut aucunement tirer en dispute , ni céder aucunement de ce sur quoi ladite pacification continue si longuement, et divers points des deux côtés sont conclus et avoués, et cela si peu de par les provinces, villes et membres d'icelles que. par l'ennemi même; car par quelques provinces et membres d'icelles n'en peut être cédé, attendu qu'ils sont, pour s'assurer contre lesdits inconvéniens, inutilement entrepromis, tant par le traité de paix que de trêve, de rompre si ladite déclaration en la meilleure forme ne se pouvolt obtenir. Et sur la forme ne peut-on maintenant disputer, puisque par ledit article la forme si solennellement, comme dessus dit, a été accordée et conclue; car derechef tirer la forme en dispute, n'est que donner quelque couleur aux divisions. Toutefois , contre la dispute quant à la forme est pourvu par deux résolutions , l'une en date du trentième d'août , suivie sur une résolution de messieurs les Etats de Hollande, du vingt-neuvième, contenant que ladite déclaration ou reconnoissance sera pour toujours et après l'expiration de la trêve, soit que se fasse paix au principal ou non, et Fautre, en date du treizième septembre dernier, par laquelle les députés des archiducs sont enchargés de se retirer, s'ils ne seroient, devant le dernier dudit mois, chargés , de par le roi d'Espagne , faire ladite reconnoissance pour toujours; dont est suivi, encore que par commun consentement on pourroit anéantir lesdites obligations, promesses et résolutions , ce que ne se peut faire sans hasard de notre Etat , que toutefois ne se peut céder de cette résolution sans amoindrissement de la foi publique, nonobstant aussi que la pluralité des voix ainsi Tentendoient ; car la plus étroite union d'Utrecht, et la confédération faite entre les villes et membres d'Hollande , es affaires de telle nature , n'admettent décision par pluralité de voix ; et afin que le hasard des suffrages ne nous Jette aux susdites difficultés, sont lesdites promesses et assurances faites de n'être obligés
à pluralité de voix en cette affaire ; mais on peut persister en sa résolution, sans changement, pour ne tomber aux inconvéniens que voyons présentement devant les yeux.
Puis donc que lesdites résolutions sont prises comme obligation , servant pour prévenir toutes divisions qui pourroient soudre, hors la diversité d'avis, quand on voudroit quitter le premier pas, et en conséquence venir aux autres non* veautés, ce qui est surtout en cette négociation à craindre, s'ensuit aussi que ceux qui, sans commun et unanime consentement, viendroient à décliner des susdites résolutions, ou de ce qu'avec si bonne connoissance solennellement avec l'ennemi est accordé, feroient contre leurs promesses, et ainsi donnent occasions de toutes disputes, contentions et divisions, qui en pourroient soudre, comme quittant les résolutions prises pour le maintiennement de la concorde , et au contraire , que l'honneur d'union compète à ceux qui veulent persister en ce qui e^t unanimement conclu ; car si nous commençons, notre résolution prise, à changer, ployer, ou rompre, nous ne pouvons échapper notre ruine. Aussi ne peuvent les députés de l'ennemi , avec aucun fondement par la trêve , mettre en doute ce que par ledit article du traité de la paix est avoué, combien que le traité de paix est rompu. Considéré que le déportement de leurs prétentions sur ce pays , n'est que la déclaration d'une même chose en la même forme promise , tant en cas de trêve que de paix, et partant aussi, en tous deux cas , doit être en une même forme faite, laquelle aussi ne les encharge plus en honneur, réputation, ou substance , quand elle se fait en trêve qu'en paix ; tellement que s'ils nous vouloient accorder la substance de ce qu'ils nous ont prorais en la négociation de la paix avouée, ils ne se mettront maintenant en peine aux paroles par eux une fois accordées , et tout ce qu'ils mettent à présent en avant ne sont que frauduleux prétextes; mais pour dire la vérité, l'ennemi est à cela seulement ému par espérance de nous, par vaines, obscures et ambiguës paroles, mettre en dispute et dissension , et conséquemment en division , et par ainsi finalement contraindre à quelque réconciliation , qui est son unique dessein; à quoi il a, dès le commencement de cette négociation , tâché , sans Jamais avoir pensé quitter de bonne foi ses prétentions sur ces pays, comme on est, par tant de bons avis, de tous côtés averti que Justement nous devoit donner arrière-pensée, et émouvoir de n'écouter à quelques autres formuliers, assuré qu'on ne refuseroit le formulier , si on vouloit sincèrement accorder la substance, de sorte que tant
NEGOCIÀTIOIVS
plus qu*OD le tire en dispute, tant plus nous nous en devons assurer, et avec tant plus assurée constance nous armer à l'encontre. Nous nous confions fermement , si les sieurs ambassadeurs de cette notre constitution eussent été bien informés, qu'ils ne nous conseilleroient nullement , par cbangement d une règle fondamentale de notre gouvernement, et des résolutions et obligations dont nous nous sommes merveilleroent assurés, d'entrer en quelque traité, lequel nous et nos ancêtres ont toujours eu en si grande horreur; tout ceci derechef tirer en dispute, et par cela nous mettre en hasard de désunion et ruine , et ce pour accepter une trêve de plusieurs années , laquelle si peu au monde est pratiquée , et les sieurs ambassadeurs mêmes confessent , nonobstant les raisons par leurs seigneuries déduites, être sujette à tant de difficultés et inconvéniens ; tellement qu*il est apparent que par ladite trêve nous deviendrons plutôt de pire que de meilleure condition. Si est-il, sans doute, que Tennemi, par là, seroit établi en meilleur et plus sûr état, et, après Texpiration de la trêve , auroit plus d*avantage sur nous qu'il n'eût pendant un tel temps de trêve , en cas de guerre ouverte, au sur nous gagner.
L'autoiité des rois et seigneurs ambassadeurs, ensemble les bénéfices que nous avons de leurs Majestés reçus, nous obligent à droit à tous possibles respects et gratitudes en tout ce qui est en notre puissance, moyennant aussi quil soit honorable et convenable; mais nous nous devons assurer, et en leur intégrité et affection pleinement confier, qu'ils ne demandent rien de nous que nous pourrions entendre autrement : tellement qn en cette affaire n'est à examiner que si cette trêve et conditions à nous proposées sont telles qu'avec sûreté et avantage de notre Etat on pourroit entrer en conférence sur icelle; car si elles se trouvent de telle nature que notre £tat en pourroit tomber en danger et notable préjudice, on ne nous peut imputer que prenions égard à notre propre conservation : aussi nonobstant notre opinion fut diverse de la leur , parce que cette délibération nous seuls et nullement autrui incombe, étant seulement ici à délibérer si, avec avantage et sûreté de notre Etat , conservation et prospérité des bons ha bi tans qui pour cela ont autant souffert, on doit entrer en quelque traité de longue trêve. Nous semble pour notre avis, réservé honneur et serment , et fidélité mutuellement par tant de résolutions et obligations promise, et sur quoi on s'est mutuellement laissé emmener en la présente négociation , et afin de ne causer quelque division par infraction de ce qui est unanimement conclu « qu'on ne peut ce- 1
der du susdit article par le traité de la paix m la souveraineté des deux c6tés accordé, mais qu'en conséquence de cela on doit avoir une déclaration de la souveraineté, mise en bons, clairs, et nullement doubles ou captieux termes, voire es mêmes mots contenus audit artiele, et qoe pourtant on ne doit entrer en aucun traité avant que les archiducs auront procuré la même déclaration par le roi d*Espagne, tant pour les raisons ci-dessus déduites , que celles que ncus avons annotées sur chaque article du discours desdits sieurs ambassadeurs ci-jointes , requérant que vous en veuilliez avoir égard ^ et résoudre avee tel zèle et sincérité que votre conservation au plus haut requiert. Nous nous confions à vous pour la patrie et postérité , pensez-en répondre ^ et e:i tous événemens nous nous voulons excuser par cette envers le pays, et vous devant Dieu et le monde de notre devoir , et de toutes les calamités qui autrement pourroient survenir au pays, remettant le tout à votre prudence accoutumée, zèle, et si souventesfois expérimenté courage et fidilité, et à tant, messieurs, demeurez recommandés au Tout-Puissant.
En La Haye, le vingt-unième octobre 1608.
Votre , etc. , Mau&icb db Nassau.
Lettre de messieurs Jeannin et de Russy au liai, du vingt et unième d'octobre 1608.
SiBB,
Votre Majesté aura maintenant reçu les lettres que nous lui avons écrites par le sieur de Sarroques. Deux jours après sou départ nous fûmes eo rassemblée générale des Etats , pour leur faire entendre que les archiducs accordoient, touchant la liberté, de l'assurer avec les mots contenus en notre écrit et en la première trêve , sans leur découvrir la difficulté qu'ils faisoient de s'obliger au nom du roi d'Espagne, en vertu de la procuration qu'ils ont de lui , estimant qu'il seroit asr sez à temps de le faire lorsque nous aurions reçu la seconde réponse , si elle n*étoit meilleure que la première. On leur dit aussi toutes les raisons qu'on put, puis on leur donna encore un écrit, qui fut lu en notre présence, pour les persuader d'accepter cette trêve , et qu'il y en avoit assez pour assurer leur liberté. Et après que le propos eut été tenu par nous à Taccoutumée, les députés d'Angleterre, sur la prière que nous leur fîmes de vouloir aussi parler eux-mêmes, et confirmer en particulier ce qui avoit été dit en général , et au nom commun de tous, ils y consentirent, et firent entendre bien expressément que, s'ils refusoieut cette trêve, ils ne dévoient attendre aucun secours de leur maître, mais qu'il les abandonneroit du tout. Kous y fûmes plus rete-
BU PBESIDENT JE4NI7IN
4âà
fioSf ainsi que votre Majesté le pourra voir par récrit que nous lui envoyons, iequei contient de mot à autre le propos qui leur fut tenu de notre part. Quant aux députés des princes d'Allemagne , ils dirent n'avoir eu cliarge assez particulière de leurs maîtres pour donner le môme avis, encore qu'ils aient bien eu commandement de procurer une lionne et sûre trêve ^ comme encore de ne se point séparer des avis qui seroient donnés par les deux rois, ce qu*ils n'entendoient frire aussi; nous priant néanmoins de les excuser s'ils n*en faisoient à présent plus particulière déclaration. M. le prince Maurice étoit présent en ladite assemblée générale , où nous fûmes ouis avec grande attention , chacun y ayant pris de bonne part ce qui fut par nous proposé, eneore que les avis de tous n'y fussent semblables.
Après notre départ de ladite assemblée , ledit Bieur prince dit qu'il nous falloit prier de leur Cure voir les lettres qu'on nous avoit écrites de Bruxelles, ensemble notre réponse, et que la lecture pourroit servir à les instruire pour mieux délibérer sur cette affaire. Son opinion fut à l'iDstant suivie par quelques-uns, puis cette délibération sursise et remise à une autre fois. Il avoit été bien informé de ce que contenoient lesdites lettres, et est certain que, si elles n eussent été vues, l'assemblée en eût pris un grand dégoût, qui peut-être eût suffi pour rompre tout; mais nous avions avisé de leur dire, sans en faire la communication , qu*ils se dévoient lier en nous de la conduite de cette affaire, et qu'on leur feroit voir tout lorsque nous serons bien éclaircis de Tintention des archiducs; aussi que leur rapporter, de moment à autre, les difficultés qui se rencontrent, ne serviroit que pour accroître les divisions qui sont parmi eux , au lieu d'apporter quelque avancement en leurs affaires. Nous en avertîmes à cette occasion quelques-uns d'entre eux pour leur faire sentir notre délibération, et départir de cette demande, comme ils ont fait.
Deux Jours après être sortis de leur assemblée, il fut aussi proposé de nous prier leur vouloir expliquer comme les archiducs entendent accorder et coucher cet article pour la liberté, et de leur donner pareillement tous les autres articles delà trêve, ce que nous avons fait traîner depuis lundi jusqu'au jour d'hier , qui est le neuvième après le départ de ce. lieu du courrier envoyé de Bruxelles, par lequel nous avions écrit à M. le président Richardot, avec prière très-instante de nous envoyer réponse dans six jours au plus tard, comme il pouvoit faire, et qu'elle fût meilleure que la première, ou qu'il n'attendit rien de nous : toutefois rien n*en est encore venu.
Au moyen de quoi étant pressés avec très-grande
instance par lesdits sieurs les Etats, nous fûmes en leur assemblée le jour d'hier , ou après leur avoir donné l'écrit qui contient tous les articles de la trêve, nommément celui de la liberté, ainsi que les archiducs l'accordent sans y rien ajouter de plus, nous leur dîmes derechef quelques rai* sons, et particulièrement celle-ci, que vôtre Majesté et le roi d'Angleterre offrant de s'obliger pour la sûreté et garantie d'icelle trêve dès le jour même qu'elle sera conclue et arrêtée, on doit espérer qu'elle sera ratifiée et approuvée par le roi d'Espagne; et, quand il en feroit refus, que leurs affaires seroient toujours méliorées par ce traité, en ce qu'ils auroient deux grands princes obligés ù, les secourir et assister ouvertement, et avec toutes leurs forces et moyens s'il étoit besoin; au lieu qu'auparavant ils ne le faisoient que par amitié, à couvert, et comme s'il ne leur eût été licite. Leur réponse a été de nous remer^ cier du soin et de la peine que nous prenons pour eux , et qu'ils en délibéreroient comme l'importance de l'affaire le requiert. Nous envoyons à votre Majesté les articles d'icelle trêve, qui ne sont du tout semblables à ceux qui avoient été ci-devant envoyés à M. de Villeroy. Quant à la préface et à l'article qui concerne la liberté, y ayant bien peu de changement au surplus, nous eussions volontiers attendu l'autre réponse de Bruxelles, mais il n'y a pas eu moyen de retarder davantage; puis on a pensé que, s'il vient quelque chose de meilleur du côté des archiducs, qu'on pourroit retourner à l'assemblée pour le leur dire, et qu'il sera peut-être encore lors reçu avec plus de fruit; aussi bien leur faut-il huit ou dix jours pour en délibérer.
Nous prévoyons bien qu'il y aura de grandes disputes en l'assemblée, pour les raisons contenues en nos dernières lettres à votre Majesté. Nous ne laisserons toutefois de continuer à y faire nos poursuites à l'accoutumée pour les persuader, au cas que nous ne recevions autre commandement d'elle. Si les archiducs eussent seulement fait ce que nous leur demandons à présent, qui est d'obliger le roi d'Espagne en vertu de la procuration qu'ils ont de lui , on pouvoit espérer de surmonter les autres difficultés, nonobstant les poursuites qu'on fait au contraire; mais se conduisant comme ils font, encore que nous croyions que c'est malgré eux, et a Ciiuse des empéchemens qui viennent d'Espagne, nous n'osons promettre, sinon d'y faire tout notre devoir. Il est vrai que ce qui nous fait encore bien espérer du côté des Etats , est l'offre de la garantie que nous leur faisons valoir et considérer, en y joignant l'autorité et créance que votre Majesté a ici , ensemble la défiance
en laquelle ils sont de n'être point secourus s'ils renouvellent la guerre : si ne se laisseront-ils vaincre de cette façon qu'avec très-grande difficulté et à regret, et y aura toujours beaucoup de doute jusqu'à ce que tout soit fait. Aussi ne sauroit-on dire, quand ils se voudroient opiniâtrer, que ce fût avec raison; et toutefois nous ne faisons rien contre le devoir de les presser, car si le roi d'Espagne fait difficulté de ratifier cette trêve , la garantie qu'on leur offre les aura fortifiés au leu de les affoiblir.
Mais si votre Majesté en juge autrement , et qu'elle nous commande de ne la point faciliter au cas que le roi d*Espagne n'y soit obligé, nous nous servirons de toutes opportunités pour leur faire prendre le conseil de la rejeter. Nous envoyons à M. le président Ricbardot la copie des articles susdits, et lui mandons néanmoins qu'on n'en doit rien espérer s'ils ne font, de leur côté, ce dont ils ont été si souvent priés , et à quoi nous n'avions pas estimé pouvoir jamais réduire les Etats; tant s'en faut que nous ayons cru de le faire pour ce qu'ils offrent à présent. 11 est vrai que c'est parler à des personnes qui n'ont, comme il semble, le pouvoir de faire ce que nous désirons d'eux; il faut qu'il vienne d'Espagne, où encore Ils craignent la rupture, ainsi qu'on le peut juger par plusieurs grandes conjectures. Ils ne laissent pas de se rendre difficiles à tout, soit par vanité et pour ne pouvoir vaincre leur orgueil, ou, qui seroit pis, pour espérer qu*en tirant ce traité en longueur les Etats n'auront eu le moyen de pourvoir à leurs affaires à temps, et qu'étant aussi peu assurés du secours de leurs amis , ils seront contraints de recevoir la trêve pour Tannée prochaine, qui leur seroit beaucoup plus avantageuse que celle qu'on prétend faire a présent. Nous n'omettrons rien de notre côté pour éviter cet inconvénient et la rupture aussi, en attendant les commandemens de votre Majesté sur plusieurs de nos lettres. Et cependant nous prions Dieu , Sire, qu'il lui donne, et à sa royale famille, tout heur et prospérité.
De La Haye , ce vingt et unième d'octobre
Et plus bas est écrit : Sire, depuis avoir écrit à votre Majesté la précédente lettre, le courrier est venu de Bruxelles, qui a apporté deux lettres de M. le président Richardot, adressées aux députés d'Angleterre et d'Allemagne comme à nous, par l'une desquelles il persiste à son premier avis, et nous prie de le faire approuver aux Etats, ou bien, s'ils en font refus, qu'on essaie à leur persuader d'attendre la venue du courrier d'Espagne; par l'autre les archiducs consentent de traiter, tant en leurs noms que
du roi d'Espagne , nous priant néanmoins de ne déclarer ce dernier avis qu'à toute extrémité; mais nous avons estimé que nous devions aller aujourd'liui même en 1 assemblée générale pour les en avertir, afin de faire cesser les disputes qui pourroient naître parmi eux sur la présenta* tion des précédons articles , et faire finir plus tôt cette affaire, que la longueur empire tous les jours. Ceux qui désirent la trêve en ont été fort aises, jugeant que cette dernière déclaration fera cesser beaucoup de difficultés , ce que nous croyons être véritable, et en espérons mieux du succès de cette affaire, sans toutefois vouloir assurer de rien jusqu'au bout, à cause des gnuh des pratiques qu'on fait au contraire , et que chacun est obstiné à faire suivre son avis. Nous y ferons ce qui sera de notre devoir et de vos commandemens. Bien pouvons-nous assurer votre Majesté, si le succès en est tel qu'elle nous a commandé de le poursuivre, que le gré lui en sera entièrement dû, dont toutefois si les uos sont contens les autres seront mal édifiés; mais enân chacun s'en louera , et les Etats tous ensemble en recevront le profit s'ils sont sages et se conduisent bien à l'avenir. C'est du même jour vingt et unième sur le soir.
Vos, etc., P. Jeannin et Rcssv.
Lettre du<Ut sieur Jeannin à M, de Villeroyi duditjour vingt et unième d'octobre 1608.
Monsieur, vous aurez mainteuaût reçu les lettres que nous avons écrites par le sieur de Thurieres, puis par le sieur de Sarroques, auxquelles nous ajoutons par le sieur de Monceaux tout ce qui s'est passé depuis les précédentes. J'ai aussi reçu les vôtres dernières qui sont du troisième de ce mois. Vous jugerez, monsieur, que du côté des Espagnols on recule plutôt que d'avancer , car M. le président Richardot avoit une fois consenti de joindre notre écrit avec la première trêve pour assurer la liberté, qui étoiC à dire d'obliger le roi d^Espagnc, car notre écrit le contient ainsi. Or ils en font refus à présent. Il y a aujourd'hui dix jours que le courrier qui nous avoit apporté les let'res dudit sieur président partit d'Ici avec notre réponse, par laquelle il étoit prié et requis très-instamment de le renvoyer dans six jours, comme il le pou voit foire, et que ce fût avec une meilleure réponse que la première; mais rien n'est venu depuis, et vois bien qu'ils ont recours aux artifices et longueurs pour ne pouvoir rien obtenir d'Espagne, ou bien pour gagner la fin de l'année, et contraindre les Etats, qui seront lors mal préparés et peu assurés de leurs amis, faire la trêve pour l'année prochaine; et ce danger est fort à craindre et
BU PBESIBBNT JBANNIN.
difficile à éviter si les Espagnols ne s*avancent pour donner ce qu'on leur demande, afin d'indaire les Etats d'accepter cette longue trêve, ou bien qu'eux ne se contentent de la trêve , ainsi qa*elle est contenue es articles par nous présentés, ce que Je n'espère. Aussi est-il plus juste de presser les premiers , et néanmoins qui ne les pourra vaincre, encore semble- t-ll meilleur, puisque les députés d'Angleterre offrent d*obliger leur maître à la garantie de cette trêve avec Sa Majesté, de les y induire par bons moyens si on peut, que de laisser tomber les affaires au péril de cette trêve pour un an ; car il y a bien apparence que le roi d'Espagne , pour lequel les archiducs se font forts, n'osera refuser de la ratifier crainte d'avoir trois ennemis ensemble pour un ; ainsi les Etats n*y auroient aucun intérêt : mais je ne pense pas qu'ils y consentent, et nous devons être retenus, pource qu'en ceci ils ont la rafson pour eux.
Les partialités continuent toujours avec grande véhémence. M. le prince Maurice, et ce qui dépend de lui , n'omet rien pour faire suivre son avis. J'use de même diligence avec ceux qui favorisent notre opinion , ou ave-c paroles et écrits en l'assemblée générale, qui y ont toujours été très-bien reçus. II y a trois ou quatre jours qu'un messager demeurant en ce lieu , bomme qui est reconnu pour être fort simple, trouva, bien matin à la porte de sa maison , ainsi qu'il vouloit sortir d'icelle, trois lettres bien cachetées, écrites en langage flamand; l'une s'adressoità l'assemblée de Hollande , l'autre aux Etats-Généraux, et la troisième à un bourgmestre de la ville d* Amsterdam, qui est l'un des députés dMcelle ville en l'assemblée générale des Etats. Par toutes les trois, la trêve est condamnée comme proposition faite par Tinvention et artifice des ennemis. M. de Bameveldt y est fort taxé, comme s*il procédoit trop animeusement pour la faire recevoir , et usoit pour y parvenir de quelques mauvaises pratiques, et contient encore cet écrit qu'il le faut tuer. Il y a aussi de mauvais propos contre le grefQer Aërsens. Ces trois lettres furent portées en l'assemblée des Etats et lues, où M. Barneveldt fit entendre quelle a été sa conduite depuis le temps quïl est employé es affaires publiques , et qu'il voyoit bien la peine qu'il prend pour servir son pays n'être agréable à un chacun , ainsi les prioit de i^'en vouloir dispenser pour l'avenir, et lui permettre de se retirer en sa maison. 11 sortit làdessus de l'assemblée , où , l'affaire mise en dékbération^ chacun parla de lui avec honneur et ■respect, et comme d'un ministre très-utile et L^able; et particulièrement tous les députés de
la province de Hollande dirent tous d'une même voix qu'il les avoit très-bien servis, et qu'il falloit députer vers lui cinq personnes de leur corps pour le prier de retourner et continuer à faire sa charge : ce qui fut à l'instant exécuté, et lui rappelé et reçu avec le contentement de tous; au moins ceux qui avoient autre sentiment le dissimulèrent , et le prince Maurice même dit qu'il falloit faire pendre Fauteur de ces lettres. On ordonna encore qu'il en seroit informé , en sorte que ce qu'on avoit pensé faire à sa ruine est tourné à son honneur, et a affermi son autorité.
Je juge fort à propos de faire cesser la haine que le prince Maurice lui porte, et le mécontentement qu'il a de lui^ qui ne provient d'ailleurs que de ce qu'il est d'avis contraire au sien , et qu'il a plus de créance pour se faire suivre. C'est bien aussi mon intention de l'entreprendre si l'affaire que nous traitons étoit achevée; autrement, eux prenant divers chemins, tout iroit en confusion ici , et n'y a mal au préjudice de cet Etat et de leurs amis qui ne fût arrivé à cette occasion ; mais d*y mettre la main plus tôt seroit inutilement, sinon que le sieur Bameveldt se veuille ranger du tout à son avis, et aider de tout son pouvoir à le faire suivre; et ce n'est pas ce qui nous est commandé. J'estime même, la trêve étant faite, qu'on doit fortifier l'autorité du prince Maurice au cas qu*on le puisse disposer du tout à ce qui est du service et contentement de Sa Majesté , comme je l'espère : et me semble ce conseil être du tout nécessaire pour plusieurs bonnes considérations dont il sera assez à temps de discourir à mon retour, même si les projets de la séparation et alliances dont j*ai ouï parler étant vers vous sont du tout rompus, et de joindre aussi le sieur Barneveldt avec lui pour le servir en toutes bonnes occasions. Il n y a rien que ne puissions espérer ici si on s'y conduit bien et de loin , comme il faut es dessei :& d'importance; il sera néanmoins bien requis que j'aie queique lumière des intentions du Bol , surtout avant que je parte, aûn que je règle ma conduite suivant ses commandemens. Vous m'écrivez , par vos lettres du troisième , que les archiducs craignent que le Bol ne fasse alliance avec les Etats, non seulement durant la trêve, mais perpétuelle, comme les tenant du tout libres; c'est bien ce que lesdits sieurs des Etats désirent, et néanmoins aucuns le mettent en avant en mauvaise intention , estimant que Sa Mcyesté ne la voudra faire que pour le temps de ladite trêve, et que ce refus leur servira de prétexte pour rejeter la trêve, quand ils remontreront qu'à la fin d'icelle ils soat en danger d'être sans amis à
NBGOCIATXOIia
cause des alUsDces que le roidTspague pratique, qui ne peuvent être qu*à leur dommage.
Or j'avois prévu cette objection , et y ai répondu par l'écrit que je vous envoie, lequel est maintenant es mainsd*un cbacun,et vous peux as* surer qu*il a profité , par lequel je fais connof tre, et avec bonne raison , que les mêmes considérations d'Etat et d'intérêt qui ont mû les princes leurs amis à les secourir, dureront encore lors, par ainsi qu'ils en doivent attendre la même assistance, d*autant que cet intérêt va toujours devant tous autres respects, devoirs et obligatio s. Les gens snges en jugent bien ainsi , et se contentent de notre réponse : et à la vérité , une li- Rue avec eux pour toujours dès à présent donneroit juste sujet au roi d'Espagne de nous faira la guerre dès aujourd'hui , sans attendre la fin de ladite trêve , pource que s'obliger à les secourir quand la trêve sera finie , est en effet se déclarer ennemi au même temps que l'on fait cette déclaration. Or si cet inconvénient arrivoit, nous les ferions jouir d'un bon et assuré repos pour dix ans, sans qu'ils fussent tenus de s'embrouiller à notre guerre , seulement de nous donner un secours de quatre ou cinq mille hommes, lesquels ne peuvent être de grande considération en une guerre de telle importance. Je tiens néanmoins que si Sa Majesté le désire, ceux-ci l'auront bien agréable, et le recevront à grande obligation ; au moins j'en juge ainsi par la raison , et y ferai d'affection et soigneusement ce qui me sera commandé. Mais qui voudroit prendre ce conseil , et ne craindrait point d'entrer en guerre avec l'Espagne, il vaudrait mieux laisser la guerre ici , afin d'être deux ensemble contre un ; c'est ce que je vous peux mander. Je prie Dieu , monsieur , qu'il vous donne en parfaite santé très-longue et heureuse vie.
De La Haye , ce vingt et unième jour d'octobre 160S.
Votre , etc. , P. Jeannin.
Lettre dudit sieur Jeannin à M. le duc de Sully ^ dudit jour vingt et unième octobre 1608.
Monsieur, j'ai toujours désiré que le Roi fût informé au vrai de l'état des affaires de ce pays, et Tai fait aussi du passé fidèlement et sans rien déguiser , mais non peut-être au goût de ceux qui, étant d'avis contraire à la poursuite que je faisois au nom de Sa Majesté , ont recherché de moi une dissimulation et apparence de devoir , au lieu des vrais effets d'un homme de bien , qui n'est content de soi-même s'il ne fait sérieusement et à bon escient ce qui lui est commandé. On a représenté par delà, au nom de M. le prince Maurice , qui se perdra plutôt , et tous ses amis,
que de consentir que la trêve, aux conditiou contenues en notre écrit, soit jamais reçue, que la province entière de Zélande suivra son avis; que de toutes les villes de Hollande, dont il y en a dix-huit qui ont droit de suffrage, il n'y ea a que trois qui l'approuvent avec la noblesse qui a une voix ; que ces deux provinces, jointes casemble, contraindront les autres de faire ce qu'il leur plaira, veuilL'nt ou non.
11 est certain que ledit sieur prince , et ceux avec lesquels il a quelque créance , font tout ce qu'ils peuvent pour induire la Hollande à prendre cet avis; mais on n'a pas opinion qu'elle s'y veuille ranger, ou les volontés changeront bien aux députés qui sont maintenant en l'assemblée : on croit au contraire qu'elle se joindra à l'avis des cinq provinces, et que la Zélande, qui se verra seule, sera contrainte d'y retooroer, et est déjà délibérée de le faire an cas qu'ils ne puissent Induire la Hollande à embrasser leur avis : or dix ou douze jours au plus nous en éclairciront ; et s'il avient que la Hollande suive lavis du sieur prince , le meilleur sera que Ion fasse, avec l'autorité de Sa Majesté, que les au* très s'y conjoignent pour éviter une division qui seroit cause de leur ruine , ce qu'on peut faire si dextrement que le Roi ne sera pourtant tenu au* teur de la rupture. Mais aussi , au contraire si la Hollande veut la trêve comme font les cinq pnh vinces entières, il est certain qu'ils ne souffriront jamais que la Zélande seule leur donne la loi; car il y a déjà une si grande émulation entre ces deux provinces de Hollande et Zélande, que la premièro, qui est la plus puissante, ne souffre rien qui lui puisse ôter la prééminence qu'elle a par dessus toutes les autres. Aussi eston bien averti qu'en ce cas la Zélande se rendra, et ne restera par ce moyen que M. le prince Maurice, qui est sage et fort homme de bien, par ainsi saura bien considérer que les forces des deux rois n'étant à sa dévotion, et non plus celles iu pays qui dépendent du corps de l'Etat, il ne poorroit entreprendre de s'opposer à la résolution générale sans faire du mal à son pays, et se mettre en danger d'une ruine certaine et inévitable. La disposition de l'état des affaires est telle que je vous le mande; chacun soutiendra son opinion sans se laisser vaincre jusques à Textrémité; mais enfin cette division ne semble pas devoir tomber en faction, y ayant plus d'apparence, en discourant de l'avenir avec raison, qu'elle finira par la résolution générale qu'on doit prendra qu'autrement. Pour moi, si j'ai aidé à fortifier l'affection et le parti de ceux qui ont voulu la trêve , j'ai fait ce qui m'a été commandé ^ et vous le savez , monsieur , mieux que
DU PBBSIDEIfT JBANNIN.
personne. La Térité est aussi que ce parti étoit aotrefois si universellement approuvé , qu*y contredire étoit un grand blâme en cet Etat; mais la mauvaise conduite des Espagnols , les longueurs et artifices dont ils ont usé, et la haine qu'on leur porte à présent, ont plutôt fortifié Tautre que les poursuites de M. le prince Maurice; et si en cette disposition le Roi y eût ajouté son autorité avec Toffre d'un lx>n secours, il y a apparelice, ou plutôt je tiens pour certain qu'il les eût emportés. Mais je vous ai toujours oui dire , et votre avis me semble très-bon , que donner soD argent et mettre notre Etat en péril , sans espérance d'autre profit que de faire durer la guerre ici, n'est pas sagesse , ainsi qu'il y faut mettre la paix, ou s'y jeter plus avant. C'est à Sa Majesté de commander ce qu'il lui plaît, et j'yol)éirai avec soin, fidélité et diligence, et prierai Dieu , monsieur, qu'il vous donne en paràlte saoté très-longue et heureuse vie.
DeLaHaye,ce vingt et unième d'octobre 1608.
Votre, etc., P. Jeannin.
htre lettre dudit sieur Jeannin à M, de Villeryijy du vingt-deuxième dudit mois d^octohre 1608.
Monsieur, le courrier Picault arriva en ce lieu le vingtième de ce mois, à la nuit, et j'avois déjà écrit lors les lettres que vous recevrez par le sieur de Monceaux , lequel je retins le lendemain pour voir ce que vous m'écriviez en chifire, afin d y faire prompte réponse s'il était besoin, comme j'ai jugé après l'avoir vue, vous pouvant dire qu'elles m ont étonné , quand j'ai reconnu que vous ^'outez par delà plus de foi à ^ que le sieur Lambert vous a dit qu'à ce que je vous ai si souvent écrit de l'état des affaires iiecepays; car j'ai toujours averti le Roi au vrai, ^ sans lui rien déguiser de tout ce qui se passoit ici, et, je le répète encore, qu'il y a cinq provinces entières qui veulent la trêve, dont les voix ^Qt comptées es délibérations publiques, et n'est si aisé de les forcer qu'on vous fait accroire ; que de dix-huit villes qui ont droit de suffrage en la province de Hollande, il y en a douze qui l'approuvent dès à présent, comme fait la noblesse dudit pays, laquelle a pareillement une voix. Ainsi il y a plus de raison d'espérer qu'ils attireront les autres villes à eux, que de croire qu'ils secliangent; au moins le sieur de Barneveldt et (juatre autres députés de diverses villes de cette naéme province , avec lesquels j'en confère , en jugent ainsi , et je les ai toujours trouvés plus véritables que ce que M. le prince Maurice s'en promet de son côté. Quant à la Zélande^ j'ai aussi mandé plusieurs fois qu'elle rejetoit du tout
cette trêve, et persévérerolt en son opiniâtreté le plus qu'elle pourroit, mais, la province do Hollande embrassant l'avis des cinq autres , on étoit bien averti qu'enfin elle se joindroit à l'avis commun. Ce sont conjectures dont on ne peut rien assurer , mais bien dire qu'elles sont fondées en meilleures raisons que n'est l'avis contraire; et croyez, monsieur, que ce qu'a dit. Lambert par delà , du pouvoir et de la résolution du prince Maurice , pour diviser plutôt cet Etat et s'envelopper en sa ruine ^ue de consentir à la trêve , ne sont que vaines menaces pour étonner; mais en effet il est trop sage et trop bomme de bien pour se précipiter à de si mauvais et dangereux conseils. J'y ajoute encore qu*il est trop foible pour l'oser entreprendre, si Sa Majesté ne veut favoriser ouvertement ses desseins ; car pour le roi d'Angleterre, qui a été sondé, il est du tout résolu à la trêve, et ses ministres y vont maintenant si avant, que nous avons peine de les arrêter. Si Sa Majesté en fait autant, il ny a province ni ville même qui le veuille suivre; et qui juge autrement de ce que dessus, il ne connoit ni le prince Maurice ni les gens à qui il a affaire. Il n'y a que le Roi seul, avec les serviteurs qu'on lui a acquis ici , et l'autorité que ses mérites et bienfaits lui donnent envers l'Etat, qui puis e faire recevoir ou rejeter la trêve; encore osé-je dire , et est très-véritable, que le premier lui est plus aisé, et qu'il sera aussi embrassé avec plus de contentement que l'autre; et néanmoins, s'il le veut, en joignant avec le prince Maurice ceux qui lui font tête , et ont été suivis du plus grand nombre jusques ici, on le pourroit espérer.
Que Sa Majesté considère donc, sans se tromper au fait, qu'il y a diversité d'opinions, et que personne ne se rendra qu'à toute extrémité ; au moyen de quoi , si la division doit avenir sur la résolution qu'il faut prendre, qu'elle est autant à craindre rentrant en guerre que si on fait la trêve, et qu'il sera toujours plus louable , en ce doute, de choisir le parti qui semble les devoir mettre en repos que celui des armes : puis s'il avient, la résolution étant prise de la trêve selon l'avis et la poursuite de Sa Majesté, qu'on s'aperçoive de quelque dangereuse division enH'Etat à cette occasion , il lui sera plus aisé lors de leur faire prendre à tous le conseil de la guerre pour éviter ce mal, que non pas à présent qu'ils sont portés avec violence à ce désir du repos, et se promettent que les plus difficiles s'y joindront à la fm ; elle le feroit aussi sans blâme, d'autant que sa conduite passée la garantiroit de tout mauvais soupçon ; au lieu que si elle montrait d'incliner maintenant à la guerre, on en pourroit
faire un Jugement tout contraire , et outre ce seroit même ù craindre qu*il ne i*obtlnt, sinon que Sa Majesté s y voulût opposer ouvertement , sans se soucier d'être tenu pour auteur de la guerre ; au lieu que prenant ce conseil de i autre façon , il y pourroit condescendre. De se désister aussi de la poursuite qu'on a faite de la part de Sa Majesté pour obtenir cette trêve , ou bien de poursuivre si mollement, qu'avec les propos qu'on fera tenir au retour de Lambert on puisse présumer que Sa Majesté ait changé de volonté , cette conduite ne nous fera acquérir la grâce ni des uns ni des autres, et si elle offensera les Espagnols , sans qu'il en a vienne autre chose , sinon que , sur la diversité des opinions de faire la trêve ou de la rejeter , ceux qui sont d'avis de la faire ne tomberont jamais tous à l'avis des autres, mais diront qu'il faut envoyer vei*s les deux rois pour savoir leur avis , et , en cas de guerre , le secours qu'on en peut espérer. Or le temps est si court, que n'étant point préparés à la guerre, et peu assurés du secours de leurs amis, ils prendront sans doute , et comme par force et nécessité, le conseil de faire la trêve pour l'année prochaine, qui sera cause d'autres inconvéniens , et néanmoins de ce bien , je le nomme ainsi si le Boi désire toujours de mettre le repos en ce pays, que la moitié des gens de guerre étant licenciés, M. le prince Maurice sera le plus foible, et par ainsi plus retenu pour ne se jeter en quelque dessein précipité contre le général du pays. Je suis obligé de parler librement, autrement je trahirois mon maître. Qu'il prenne donc sa résolution sur la vérité du fait , puis qu'il commande ses intentions, et prenne, s'il lui plaît, cette assurance de ma foi , que je ne lui déguise rien , que j'ai pris aussi la peine de m'instruire, et que Dieu m'a donné quelque jugement pour discerner le bien el le mal qui est en cette affaire, après y avoir travaillé avec tant de soin et d'affection par un si long temps, pour n'être pas aisément trompe. Je ferai néanmoins fidèlement tout ce qui me sera commandé dépendant de mon pouvoir. Elle se peut souvenir que personne ne lui a jamais parlé plus à l'avantage de M. le prince Maurice que moi , et que je l'ai toujours excité d accroître son autorité en ce lieu, comme je fais encore, pourvu qu'il veuille demeurer son serviteur, et suivre plutôt ses commandemens que sa volonté; mais je ne saurois adhérer à son opinion , pource que je sais bien qu'il ne peut pas ce qu'il désire , et qu'il est trop sage pour vouloir entreprendre ce qu*il juge bien devoir être cause de sa ruine , non de son avancement.
Nous verrons dans dix ou douze jours s'il doit être suivi comme il prétend ; car, dans ce temps-
là, au plus tard , la province de Hollande aura pris sa résolution , et lors , s'il est besoin , on aura assez de loisir pour prendre nouveau conseil , et ne sera jamais Sa Majesté blâmée d'avoir essayé de faire cette trêve, encore que cela n'ait succédé, mais bien si elle avoit pris un avis contraire sans en venir à bout. Sont bien aussi d'impudeus mensonges d'avoir dit que je suis mal ici, car je vous peux assurer avec vé ité que personne de ma qualité, envoyée pour même charge, n'y fut jamais mieux vue , ni plus respectée et honorée : vous me permettrez , s'il vous plaît , de le dire, puisqu'il sert à me justifier contre telles calomnies. Aussi dit-on tous les jours, si mes conseils eussent été suivis quand l'agréation sur laquelle on a traité fut envoyée, qu'on ne seroit pas en la peine en laquelle on est à présent, comme il est vrai; car je conseillois lors, avec véhémence , qu'on mit par écrit les trois articles sans lesquels on ne vouloit traiter ; à savoir, celui de la liberté en la forme qu'il convient, du commerce des Indes , et de demeurer saisi de ce que les Etats tiennent , pour les envoyer par deux personnes de qualité aux archiducs, avec résolution qu'on ne vouloit entrer en conférence s'ils n'étoient consentis, et que pour les autres on en traiteroit. Il est bien vrai que ceux qui se sont toujours opposés à notre poursuite , me voudroient bien voir hors d'ici, et qu'ils penseroient en aroir meilleur marché; mais je sais bien aussi que personne ne peut apporter plus d'affection et de fidélité à y faire le service de Sa Majesté que je ferai, et que je me saurai bien rendre agréable à eux quand il me sera commandé de suivre leur avis; car c'est la nature de la chose qui les offense et ce que je fais, ce qui est de mon devoir, non ma personne ; et d'en douter maintenant quand je suis presque au bout du travail , ou de vouloir commettre la charge à un autre, sous prétexte de la plainte et des propos de ce gentil ambassadeur, seroit me faire un tort et affront que je n'ai pas mérité , et que je souffrirois avec un extrême regret et déplaisir. Je n'ai feilli ni en devoir ni en conduite , et suis trop bien instruit de cette affaire pour croire qu'un autre, quel qu'il soit, y puisse mieux faire que moi. JeB« crois non plus que M. le prince Maurice lui ait donné charge de m'erabrouiller en cette affaiW) car il me communiqua le voyage et ses lettre , et je ne l'en dissuadai pas aussi, estimant qu après être Instruit de la volonté du Roi par personne confidente, il s'y conformeroit, comme il eût fait sans doute qui lui eût écrit en bons termes, et parlé fermement à ce discoureur; mais si on l'a flatté ^ tout sera gâté. C'est aussi une impudente menterie ce qu'il a
DU PBÉSIDENT JfeANmiY.
dit le prince Maurice pouvoir faire la guerre cinquante ans des forces de l'Etat, sans l'assistance daRoi; car il m'a dit souvent, en présence de M. de Russy et de madame la princesse d'Orange, que sans secours étranger ils sont perdus, etne tient autre langage, sinon depuis deux ou trois mois, pour Jeter ces gens-ci à la guerre, leur faisant cependant croire sous main qu'ils seront encore plus puissamment assistés que du passé. Il n'est non plus vrai que la province de Zélande lui ait dit en passant qu'ils se jetteront plutôt es mains du roi d'Angleterre que d'accepter cette trêve. M. Maldrée le peut bien avoir dit, mais il y a grande différence entre son avis et celui de la province. Je ne peux aussi croire que madame la princesse d'Orange lui ait dit que sans la proposition de la trêve on eût déjà levé les bannières de France en ce pays, car elle sait bien qu'à mon retour de France Je dis au prince Maurice , en sa présence , et de M. le comte Guillaume et de M. de Russy , que s il falloit rentrer en guerre, il n'étoit pas raisonnable que Sa Majesté y mit son argent et ses Etats en péril pour n'y rien gagner , lui proposant même qu'il les faudroit faire devenir français du tout ; mais il me répondit qu'il n'étoit pas temps d'en parler lors, et qui le feroit, cela avanceroit la paix ou la trêve, et les feroit plutôt devenir espagnols que français. Elle sait bien encore que , pour rendre odieux M. de Barneveldt , on dit que lui , soupçonné auparavant par ses ennemis d'être anglais, puis d'être espagnol, étoit calomnié maintenant pour être devenu français, et que Je le pratique à ce dessein , et pour autoriser le Roi en ce pays, non pour la trêve, à quoi il n'est pas besoin d'essayer à le disposer , n'y étant déjà que trop enclin; qu'on y ajoute encore Sa Majesté avoir retenu le ûls à son servi, e pour obliger davantage le père, et diroient pis s'ils pouvoient. Et encore que Je sache bien d'où viennent tous ces mensonges, comme fait aussi madame la princesse d'Orange , Je n'en ai rien voulu écrire, pour ne me brouiller mal avec personne, non plus que des lettres et avis qu'on reçoit souvent ici de personnes de qualité , que Je sais bien D'être pas contentes.
ie dissimule et souffre , tout allant le droit chemin, pour .servir mon maître , et ne me sers du sieur de Barneveldt , sinon pource que Je le reconnois affectionné à ce que nous désirons , comme aussi au service et contentement de Sa Majesté, qu'il voit être conjoint au bien de son pays, et qu'en efTet c'est celui qui a plus de créance pour se faire suivre, comme vous le connoftrez encore par ma précédente lettre. Je fie sais pareillement comme il a osé dire que ,
sans la proposition de cette trêve, toutes les provinces étoient disposées à rentrer ensem!)le et d une même volonté à la guerre ; car Je vous peux assurer que leur résolution étoit d'envoyer aux deux rois, pour savoir leur avis et le secours qu'ils en pou voient espérer avant que rompre, et retourner plutôt enfin à cette trêve d'un an, que de franchir le saut sans avoir autre assurance de leurs amis. Et si vous voulez vous souvenir, monsieur, des choses selon qu'elles vous ont été représentées , Je suis certain que vous en ferez le même Jugement.
Croyez que tous ces discours ne sont que pures menteries , et qu'il n'y a rien qui puisse faire mal à cet Etat que la mauvaise disposition en laquelle on tieut M. le prince Maurice contre son naturel qui est modéré, sage et éloigné de tout mauvais artifice. Mais s'il est vrai , comme on prétend, que la province de Hollande soit de son avis, il ne lui est pas besoin de recourir à des moyens extraordinaires pour se faire suivre, comme le contraire étant , il s'en doit ab tenir. Aussi crois-Je qu'il en usera ainsi; Thonneur et le profit de Sa Majesté , et le bien du pays, sera pareillement de réconcilier plutôt M. de Barneveldt avec M. le prince Maurice, et le rendre son serviteur, que d'essayer à le ruiner, comme quelques-uns de ses ennemis, qui ont du pouvoir près dudit prince, désirent et en recherchent tous les Jours les moyens. A quoi Je penserois qu'il faudroit travailler dès maintenant, si Sa Majesté changeoit d'avis, afin de se servir des deux ensemble; sinon il faut attendre que la résolution soit prise , autrement M. le prince Maurice ne le recevrolt en grâce, sinon en faisant ce qu'il voudroit. Il n'y a aucune affection et passion en moi, que celle que Sa Majesté y a mise; j'ai suivi Jusques ici ses commanderoens , sans dissimuler et faire seulement en apparence, non en effet, ce qui m'étoit commandé; et si J*en eusse usé ainsi, J'eusse été fort honnête homme au gré de ceux qui me veulent calomnier. Qu'on me commande maintenant le contraire , et on verra si Je ne serai pas bientôt en leurs bonnes grâces , et s'ils ne publieront pas qu'il n'y a rien à désirer en mon devoir. Je suis , monsieur, votre, etc.,
P. Jeannin.
A La Haye, ce vingt-deuxième d'octobre 1 608.
Lettre du Roi à messieurs Jeannin et de Russy, du vingt-troisième d'octobre 1608.
Messieurs Jeannin et de Bussy, Je ne veux rien ajouter, répondant à vos lettres du onzième de ce mois, reçues le dix-septième, aux derniers conunandemens que Je vous ai faits par les
NSGOCTÀTTÔird
miennes aussi au onzième dudit mois, dont a été porteur le eourrier Picault , que j*entends avoir été contraint de prendre de Calais le chemin de Bruges pour passer à TEciuse; car si les archiducs continuent à refuser de traiter pour le roi d'Espagne comme pour eux , puisque Ton sait qu'ils ont pouvoir de le faire, ou veulent prolonger davantage les affaires, vous devez vo s contenter de représenter fidèlement aux Etats leur dernier mot , sans engager davantage mon nom ni votre créance et industrie à défendre ou faire approuver leur procédure; car, comme vous dites, ils barguignent et marchandent imprudemment , et peut-être malicieusement et trop artificieusement , une formalité en une chose si importante qu'est celle dont il s'agit. Mais si depuis ils vous ont permis d'offrir et accorder l'article de la liberté suivant votre proposition , ainsi que le sieur de Berny m'a écrit par ses lettres du dix-huitième , et qu*il8 vous en ont avertis par courrier exprès, en ce cas vous continuerez à faire votre eflbrt et devoir envers iesdits Etats, pour les disposer et faire résoudre de s*en contenter; car, certainement, Je crois que ce sera leur bien, pourvu qu'ils s'y résolvent sans se diviser, comme Je désire grandement qu'il avienne, ensemble mon cousin le prince Maurice et ceux de sa maison, sans se laisser emporter à des conseils désespérés, tels que les a proposés ici Lambert. Selon ce que je vous ai écrit par ledit Picault, J'ai voulu attendre le retour de mon cousin le duc de Sully, pour être servi de son avis sur la dépêche dudit Lambert devant que de le renvoyer, et verrez à présent , par le double de ma lettre audit prince ci-jointe , ce que j'ai avisé lui faire savoir tant sur la sienne que sur les propos que m*a tenus de sa part ledit Lambert. Je veux croire que ledit prince fera part de madite réponse aux sieurs les Etats, car elle est faite pour eux comme pour lui. Toutefois, s'il en dispose autrement. Je vous permets d'user de ladite copie ainsi que vous jugerez convenir au bien de mon service et à l'avancement de mes intentions, qui tendent toujours à préférer la trêve à la guerre sur le pied que vous l'avez proposée , et en la forme que vous l'avez projetée, pourvu que cela ne les désunisse irréconciliablement; car, quoi qu'ils fassent, et quelque parti qu'ils prennent, si la division se met parmi eux , il ne leur en peut arriver que tout mal , et aurions occasion de leur reprocher leur mauvaise conduite, et que, par leur faute seule, leurs adversaires auront mieux employé leur temps et leur peine en recherchant ladite paix, et envoyant aussi vers moi don Pedro de Tolède, que faoi mes e<Hi8eii8 et moa Argent, nonobstant la
sincérité et bonne foi de laquelle fy ai procédé par votre ministère et autrement.
Un courrier venant d'Espagne passa par id lundi vingtième de ce mois, allant en diligence en Flandre; peut-être a-t-il été porteur de la finale volonté du roi d'Espagne sur ces affaires. S'il est ainsi , vous vous en apercevrez bientôt; et si , par le défaut et opiniâtreté des uns ou des autres, vous ne pouvez obtenir ladite trêve et les mettre d'accord , vous m'en avertirez en diligence , afin que Je vous ordonne ce que tous aurez à faire. Cependant vous ne vous engagerei pas davantage aux délibérations desdits Etats ni des autres, car ce n'est pas la mienne d'épouser les conseils passionnés, ni de protéger UDemanvaise cause. Au reste , Je vous assure avoir toujours espéré et dit que la trêve dcvoit être faite pour le moins pour douze ans, et n'ai jamais oui parler qu'elle dût être réduite à sept, que depuis la réception de votre dépêche du dernier du m\& passé; par où vous pouvez Juger comment j'ai pu dire à temps audit don Pedro, et à l'ambassadeur Peckius, que cette déclaration de liberté ne devoit durer que ledit temps, et qu'il étott raisonnable de l'exprimer ainsi pour en donner l'avis en Espagne, ni même en Flandre ce qu'a écrit le président Richardot. J^al bien pu dire qu'étant l'article de ladite souveraineté conçu et écrit en la forme que vous l'avez écrit , que les deux parties trouveroientdequoi contenter leurs prétentions et espérances, pourvu que ce mot de toujours n'y fût pas ajouté, lequel je n'ai jamais approuvé; par où ils ont pu colliger que j'entendois que ladite liberté devoit expirer avec ladite trêve; et je sais que ledit don Pedro et Peckius en ont parlé en ce sens, et le nonce du Pape aussi. Mais Je n'ai passé plus avant, et Je sais bien comment Je le dois expliquer quand il sera temps et nécessaire de le feire; et ne fout s'arrêter as dire de telles gens , ils font profit de tout, mais à mes actions qui auront toujours pour vrai bat le bien de mes anciens alliés par préférence aux autres, mêmement quand ils me donneront sujet de continuer à les affectionner, eomme j'ai fait ci-devant. Je prie Dieu , messieurs Jeannin et de Russy, qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.
Ecrit à Fontainebleau le vingt-troisième jour d'octobre 1608. Hekbi.
Et plus bas , Bbulabt.
Lettre de M. de VUleroy à M, Jeannin, éfM jour vingt-troisième d^octobre 160S.
Monsieur, nous avons reev le setzième de e^ mois vos lettres du premier et deuxièmei et \t dix-huttiènae celles d« septiènie , un jour api^
l'arrivée da capitaine Sari^es, porteur des vôtres da ûnzième, qui a été payé de son voyage. Il nous semble que M. le prince Maurice s'échappe plus qu'il ne doit; le Roi s*en plaint, et d'autant plus qu'il croit qu'il n'amendera pas sa condition par cette voie , pour le moins ne Tattlrera4'il de son côté en ce folsant. Vous verrez la lettre que le Roi a écrit à M.- le prince Maurice. M. de Sully en écrit une autre à madame la prioeesse d'Orange , qui est aussi verte que l'autre. Il blâme la conduite dudit prince Maurice autant que personne, et reconnott, s'il ne change, qu'il perdra ses provinces avec sa réputation ; car il croit qu'il ne peut défendre la Hollande s'il laisse passer TYssei aux Espagnols , ce qu'il ne peut empêcher s'il est foible, comme il sera si Sa Majesté l'abandonne, et s'il est cause de désunir le corps desdits Etats : chose qu'il faut craindre et empêcher par tous moyens, soit qu'ils fassent la trêve ou rentrent en guerro. L'on désire surtout que vous travailliez à ce point, et s'ils sont si animés les uns contre les autres que vous ne puissiez venir à bout de les réconcilier et accor* der, avertissez-nous-en en diligence , afin que nous vous mandions ce que vous aurez à faire. Noos ne pouvons croire que M. Richardot ait perdu ou oublié l'instruction qui a été trouvée par nonchalance; nous estimons plutôt qu'il l'a laissée exprès , car il est tenu pour plus artificieux qne négligent. Elle peut servir à un effet et nuire à un autre; mais ici nous n'en faisons mise ni recette, car nous n'ignorions pas ce que nous 7 avons appris , qui est qu'ils n*ont pas grande envie que nous conservions avec les Etats aucune créance; et ne faut aussi s'ébahir s'ils parient de vous au fait de la religion , car de qui pouvoient-ils espérer assistance en cela que de vous qui servez un Roi catholique, et qui êtes catholique ? Qui s'en scandalise qui voudra ; pour cela notre maître ne commandera, et vous ne ferez aussi jamais chose qui ne soit bienséante st considérée comme elle doit être. C'est la counroe de ceux qui favorisent une mauvaise cause, K>mn)e II me semble que M. le prince Maurice ait à présent, de mettre toutes pièces en œuvre i tort et à travers pour servir à son dessein : aussi te parle-t-on que de ftiire périr le sieur Rame- ^eldt et le sieur Aërsens fils avec son père. Ces iropofi ont été tenus par Lambert trop légèreaent et imprudemment , ainsi que je vous ai erit par Picault, duquel nous désirons le retour our pouvoir voir plus clair en ces affaires sur la ootrariété que nous remarquons entre vos es* éraoces et les beaux discours dudit Lambert. 'Q loat eas il ne faut rien faire qui avantage Espagne ior tes Etats, ear Je A'ni pas opinion
DtJ Piisinlnf^ iâA!mt^. 46t
que le voyage de^on Pedro produise aucun effet qui nous contente. Je prévois que sa négociation sera renvoyée au Pape pour se défaire dudit don Pedro , que nous avons enfin reconnu plus subtil que grossier, mais beaucoup plus glorieux que sage.
Nous n'avons pas opinion que vous accordies le prince Maurice avec le sieur Rarneveldt, si ce dernier ne cède tout à l'autre , car on nous dé* peint le premier un homme très-entier en ses opinions : c'est pourquoi nous craignons d'être auteurs d'une résolution qui allume un feu qui réduise en cendres et détruise tout-À-fait ce pays. Je vous prie d'y prendre garde, car, quel* que bien que vous fassiez en conformité même des commandemens de Sa Majesté, s'il en arrive une désunion irréconciliable, 1 action sera blâmée parce qu'il n'en arrivera que tout mal. Il n'y a point d'assurance aux Anglais; leurs gens parlent selon qu'ils connoissent l'humeur de ceux qui s'adressent à eux, remplissant le monde de mille menteries et diversités. Nous avions déjà oui parler du mariage du prince de Galles avec la fille de l'électeur Palatin. M. le maréchal de Bouillon nous en avoit donné avis, mais nous n'y voyons pas encore grand fondement. Bien crois-je que si M. le prince Maurice pouvoit devenir maître absolu du pays où il est, que le roi d'Angleterre et ses suppôts lui feroient la cour à bon escient, et ne lui refuaeroient même Taloée fille d'Angleterre. Je crois davantage que ledit prince Maurice tourneroit son inclination de ce côté-là, plutôt que de celui de la France. Il faut prendre garde à tout , et môme à cette union des gens d'Allemagne de laquelle vous a entretenu le dé* puté de rélecteur Palatin; car elle s'avance tant qu'elle peutau préjudicede la personne et maison de l'Empereur; de quoi nous pouvons tirer d'un côté quelque avantage , mais du dommage de l'autre, à cause de la profession que font ceux-là, lesquels ne se confient à présent à Sa Majesté que modérément. L'assemblée de Gergeau s'est passée comme le Roi a désiré, par la bonne conduite de M. de Sully qui en est revenu depuis deux jours, et passe aujourd'hui à Paris. Le duc de Mantoue s'est trouvé si bien ici , et leurs Majestés ont eu sa compagnie si agréable, qu'il n'a pu partir plus tôt qu'aujourd'hui; et vous assure que leurs Majestés sont en très-bonne santé, en laquelle, je prie Dieu, monsieur, qu'il vous maintienne longues années.
De Fontainebleau , ce vingt-troisième Jour d'octobre 1608.
Votre, etc., i» N£VFyiu.s,
Tf^GOCTÀTIOl^S
Autre lettre particulière dudit sieur de Villeroy audit sieur Jeannin, dudit jour vingttroisième d'octobre 1608.
Monsieur , nous renvoyons Lambert avec la réponse du Roi à la lettre de M. le prince Maurice qn*il nous a apportée, et aux propos qu'il a tenus au Boi de sa part , de laquelle nous vous envoyons copie dans le paquet de Sa Majesté qui s'adresse à vous et à M. de Russy. Vous trouverez dans icelui aussi une lettre de Sa Majesté à messieurs les Etats , dressée sur le projet que vous m'avez envoyé , accompapiée d'une lettre de Sa Majesté pour vous et M. de Russy, et une particulière de moi à vous écrite du dernier chiffre que Je vous ai envoyé. Et J'ai voulu par celle-ci vous faire cet inventaire du contenu audit paquet, afin que vous en fassiez la confrontation à l'ouverture d'Icelui, et que Je sache si vous avez trouvé à dire quelque chose. C'est le sujet de la présente, à Inquelle j'ajouterai derechef mes recommandations, et demeurerai, monsieur, votre, etc., DE Neufvillb.
A Fontainebleau, ce vingt -troisième d'octobre 1608.
Lettre du Roi à messieurs les Etats-Généraux des Provinces- Unies , du vingt-troisième d'octobre 1608.
Très-chers et bons amis, alliés et confédérés, envoyant vers vous les sieurs Jeannin , feu Buzanval et de Russy , nous leur donnâmes des instructions si particulières de nos intentions et des conseils que nous leur commandions de vous donner en vos affaires, qu'il n'a pas été besoin d'y rien ajouter depuis; et ayant encore mandé, il n'y a guères , ledit sieur Jeannin , nous lui avons dit derechef, pour l'entière confiance que nous avons en lui , tout ce que nous estimions pouvoir servir au bien et conservation de votre Etat pour le vous faire entendre de notre part , et vous exhorter à prendre les conseils que nous Jugions vous devoir être les plus utiles et assurés, dont nous savons qu'il s'est fidèlement acquitté. Et néanmoins , pource que nous sommes bien informés qu'aucuns font courir des bruits sourds parmi vous , comme si nous désirions autre chose que ce qu'il vous en a déclaré , nous avons bien voulu nous-mêmes le vous écrire, qui est qu'après avoir considéré mûrement l'état de vos affaires, nous avons toujours approuvé, par l'avis des principaux de notre conseil , la résolution que vous avez prise de vous-mêmes , et avant que nous y eussions pensé , de vous mettre en repos par une bonne et perpétuelle paix si vous la pouviez obtenir avec la conservation
de votre liberté, et en défkiut d'icellepar one trêve à longues années, pourvu aussi qu'tliefût traitée avec vous par les archiducs, tant en leurs noms que du roi d'Espagne, comme avec Etats libres, selon qu*il est contenu en la première trêve et par l'écrit qui vous a été depuis présenté de la part de nos députés , de ceux du roi de la Grande-Bretagne, notre i)on frère, et des autres princes qui sont près de vous, et que l'une et l'autre, à savoir, la paix ou la trêve aux conditions susdites , dévoient être préférées au renoavellement des armes.
Nous vous disons encore que c'est notre avis, après avoir derechef entendu et examiné toutes les raisons qui nous ont été représentées au contraire, pource qu'il est en votre pouvoir, par une bonne et sage conduite , d'éviter les inconvéniens et dangers que la trêve peut engendrer; ce qui n'est pas de ceux de la guerre, qui néanmoins sont plus grands, et, comme il semble, inévitables, pour des raisons que nous aimons mieux taire que les exprimer. Nous vous exhortons et prions donc de suivre ce conseil tous ensemble, et sans vous séparer les uns des autres, et considérer qu'il vient d'un prince qui a autant de soin de votre conservation que de son propre salut, et qui a aussi rejeté toute» ouvertures qui pouvoient être préjudiciables à votre bien et prospérité, lequel ne voudroit aucunement penser à le vous donner, s'il n'étoit bien certain que c'est le meilleur et le plus utile que vous puissiez prendre. Nous prions Dieu , três-chers et ixws amis, alliés et confédérés, qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.
Ecrit à Fontainebleau le vingt-troisième jour d'octobre 1608.
Votre, etc., Hbnbi.
Et plus bas, Brulabt.
Lettre du Koi à M, le prince Maurice , du^t jour vingt-troisième d'octobre 1608.
Mon cousin , votre lettre du vingt et unième du mois passé, reçue le quatrième du présent, et les propos que Lambert , porteur d*icelle, m'a tenus de votre part , ne m'ont moins étonné que scandalisé, ayant par celle-là entendu la nouvelle résolution que vous avez prise sur les affaires de par delà, et par ceux-ci reconnu que vous êtes entré en soupçon de ma volonté et de mes conseils , à cause de la proposition de la trêve à longues années qui a été faite , depuis la paix rompue, aux sieurs les Etats des Provinces-Unies et à vous, par mes gens, conjointement avec ceux du roi de la Grande-Bretagne, mon bon frère et ancien allié , et de mes cousins les princes d'Allemagne qui sont par delà. Car comme
BU PBfiSIDBNT JEÀRNIIT,
eo 6e1a notis n'avons fait que suivre le même ebemin et ordre ouvert et convenu sans moi par lesdits sieurs les Etats et vous, quand ils ont eommencé à prêter i'oreille aux traités desquels il est question , je ne vous ai donné sujet aussi de changer maintenant de langage , et moins vous défier de mes conseils. Vous dites que vous tenez pour certain que ladite trêve , principalement si par icelle la souveraineté n'est accordée pour toujours , sera cause enfin de la ruine entière du pays , et de les réduire sous la domination de leurs ennemis conjurés : vous deviez prévoir d'entrée lesdits accidens sans tant tarder , car je ne connois pas que le temps les ait rendus plus périlleux.
Vous deviez donc vous opposer à ladite ouverture dès le commencement, au lieu de ce faire quand à Feutrée de ces traités : appréhendant les mêmes périls que vous nous faites entendre que vous craignez à présent , j*ai voulu , affectionné au bien desdits Etats et au vôtre , vous Élire remontrer et à eux ce que j*en sentois ; non seulement Ton en a fait peu de compte, mais on a osé malicieusement controuver que j'étois ennemi du repos et de ia liberté des Provinces-Unies, et que je n'approuvois lesdits traités, voire craignois qu'ils acquissent par iceux ladite liberté qui leur étoit offerte par leurs ennemis , parce que je profitois de leur guerre, et prétendois encore avec le temps empiéter leur liberté , supposant plusieurs faussetés pour imprimer cette opinion et jalousie dedans les esprits desdits Etats, afin de favoriser lesdits traités , et en rendre les recherches plus plausibles^ à quoi tant s'en faut que vous ni autre ait lors contredit, comme par raison fondée sur les diverses et signalées preuves que vous et eux aviez tirées de la vraie sincérité de ma foi et de mes intentions , lesquelles vous savez être sans reproche ni exemple. Cette invention servit à justifier les conseils de ladite IMiix, et à y disposer le général desdits Etats. Vous savez ce qui en fut dit , écrit et publié partout, et vous confesse, quand je sus cette malice, et que vous ne vous en étiez formalisé, je fus très^tonné et mal content. Je crus véritablement que vous en aviez usé ainsi pour avec les autres favoriser les susdites propositions de paix, poussé it votre affection et obligation au bien et avantage public desdits pays. Néanmoins je pris résolution , mû de la même considération publique , <te ne laisser à leur bien faire en favorisant aussi 4e mon côté ladite négociation autant qu'honnêtement je le pouvois faire , pour en ce faisant Taire perdre aussi la susdite opinion que je désira)!» nourrir votre guerre, et me prévaloir de la nécessité de vos affaires aux dépens de la liberté
n. G. n. M. T. rv.
desdits Etats , et pour bien faire aussi à toute la république chrétienne , comme un roi très-chrétien, tel que Dieu m'a constitué, est tenu de faire.
Remémorez-vous sur cela les conseils, offices et devoirs que vous et lesdits sieurs les Etats avez reçus de moi et de mes ambassadeurs, non seulement pour aplanir les chemins de ladite paix , mais pour en assurer la jouissance après la moisson , et maintenir vos affaires en réputation. Ai-je pas au premier chef servi d'exemple aux autres, et au second tiré l'échelle après moi ? Car qui est celui qui a mis la main à la bourse pour cet effet que moi ? quelle récompense et reconnoissance ai-je pourtant recherchée et tirée de cette cordiale et mienne l)énéficence? Ai-je prétendu m'en avantager sur lesdits sieurs les Etats ni leurs autres alliés? Mes gens ont-ils séparé mes conseils des leurs? ont-ils insisté qu'ils fussent plutôt suivis ? Ils vous ont exposé et remontré candidement et franchement sur toutes choses ce que je leur ai commandé et ai cru vous être utile et salutaire. Ils n'ont rien avancé d'eux-mêmes; et si vous avez eu autre opinion, vous m'avez fait tort et à eux aussi, voire à vousmême. Vous et eux avez les premiers trouvé bon d'entendre à la paix ou à la trêve, aux conditions que l'une et l'autre vous étoient offertes. Je m'y suis embarqué après vous pour bien faire au public, et favoriser un dessein auquel ils se sont engagés sans mon su, vous l'approuvant, ou pour le moins ne le contredisant. Les ministres des princes avec lesquels vous avez conféré et traité , ne vous ont pas contenté pour la paix. Mes ambassadeurs et ceux desdits roi et princes ont sur cela mis en avant la trêve a longues années, conformément au premier projet fait par lesdits sieurs les Etats, et accordé avec les députés des archiducs : quel droit avez-vousde vçus plaindre de cela? Quant à moi , j'ai cru et crois encore que ladite trêve , faite aux conditions et en la forme que moi , lesdits roi et princes l'avons proposée , seroit auxdlts sieurs les Etats et à vous plus salutaire et moins périlleuse que ne sera la guerre. Vous craignez que le temps empire vos affaires, pour les raisons déduites par votredite lettre , et que ledit Lambert m'a exposées encore plus particulièrement. Personne ne peut répondre de l'avenir , et toutes choses sont en ce monde pleines d'incertitude : les événemens et succès dépendent de la providence de Dieu , mais les hommes peuvent par prudence et bonne conduite tirer profit et avantage d'un bon conseil. En tout cas les accidens d'une longue guerre , renouvelée par un peuple contre un puissant ennemi, après avoir goûté et après avoir