‹ Les négociations du président JeanninChapitre 20 sur 33 · SB · texte numérisé non relu

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KËGOGIÀTIONS

quitté, plus par impétuosité que bonne raison , l'espérance d'un repos , sont encore plus périlleux. Comme je vous ai offert mon intervention et assistance pour inobservation de la paix , j'avois aussi commandé à mes gens de vous donner la même parole pour la trêve, et crois que mondit frère le roi de la Grande-Bretagne, et les autres princes vos alliés, s'y fussent volontiers engagés comme moi.

Je ne donnerai jamais conseil aussi auxdlts sieurs Etats et à vous, que je ne mette peine de le garantir et faire prospérer autant humainement que je le puis faire, mêmement s'il est reçu et reconnu comme il doit être : les dépenses pour la guerre excèdent par trop celles d'une trêve. Vous avez éprouvé celles-là , et connu que lesdits sieurs les Etats ne peuvent d'eux-mêmes y fournir, ni à peine avec l'aide de leurs amis qui y ont contribué ci-devant. Et si , par foiblesse et faute de moyens , il avenoit que vous fussiez contraint d'abandonner à vos ennemis une partie du pays pour défendre l'autre, comme ledit I^mbert m'a déclaré de votre part que vous vous résolviez de le faire plutôt que d'agréer ni admettre ladite trêve , sans qu'il soit déclaré par icellQ en termes exprès que la souveraineté demeurera auxdits sieurs les Etats pour toujours , considérez , je vous prie , à combien d'accidens et de reproches irrémédiables vous serez sujet avec ceux qui auront suivi avec vous le même conseil. Estimez-vous qu'aucun allié et ami desdits sieurs les Etats et de votre maison, fïkt pour engager sa réputation et son Etat en un tel parti qui seroit jugé plus accompagné de passion et de désespoir que fondé en raison ou nécessité , vu les offres de ladite trêve? Ledit Lambert dit que vous aimez mieux périr les armes à la main que honteusement, en présupposant et tenant pour inévitable la ruine et perte dudit pays , si lesdits Etats reçoivent ladite trêve. Je ne vous nierai point que j'ai été et suis encore d'opinion contraire à la vôtre : toutefois peut-être que je m'abuse , pource que je ne connois comme vous la constitution présente des affaires et volontés du pays; mais je puis bien dire aussi que, comme je suis mieux informé de la généralité de celles de la chrétienté, je puis juger pareillement, plus sainement peut-être qu'un autre, que lesdits sieurs les Etats et vous pouvez , par le moyen de la susdite trêve étant accordée et bien observée comme mes ambassadeurs et ceux desdits roi et princes l'ont proposée, vous conserver et maintenir plus heureusement et sûrement que par la guerre , étant même Incertains , comme vous êtes encore , de l'assistance et faveur de vos voisins; ce qui est cause que j'ai trouvé tant plus

étrange la déclaration que ledit Lambert «aioO' tée à cela de votre part, c'est à savoir que yous et lesdits sieurs les Etats désirez plutôt que je demeure neutre, et vous laisse faire la guerre à votre mode , que j'autorise et fasse davantage poursuivre ladite trêve. Mon cousin , il me sera fort facile, et peutrétre plus avantageux et à mon royaume que vous ne pensez, de vous donoer ce contentement, quoi qu'il en puisse succéder; car , quand je voudrois suivre ce conseil , je suis, grâces à Dieu , en tel état que je n'ai voisin qui n'ait autant affaire de moi que j'aurois de lui, et partant ne soit bien aise de rechercher et coq* server mon amitié ; et quand tous conspireroient contre moi , je puis de moi-même , et sans autre assistance que celle du Ciel , qui ne m'a de sa bonté défailli jusques à présent, lutter cootre tous ensemble, et leur prêter le collet, comme quelquefois ont fait les rois mes prédécesseurs. Sachez donc que je n'affectionne point la guerre ni la trêve aux Provinces-Unies, pour aucun besoin que j'aie de Tune ni de l'autre pour la défense et manutention de mon sceptre. Je n'ai été porté aux conseils de paix et de trêve, et aux secours de guerre que je leur ai donnés, et avez largement reçus de moi et de moo royaume, que de la seule considération do biefl et salut desdits sieurs Etats, et de vous en particulier, que j'ai toujours chéri et favorisé, et les autres de votre maison y ainsi que vous et eux avez éprouvé en toutes occasions. Or je veui croire que tout ce que vous m'avez remontre par votredite lettre, et par ledit Lambert, « vous procède que d'une affection que vous portez au public desdits pays, et du soin que vous avez de votre honneur et de votredite maison; car je ne doute point, comme vous dites, que vous n'ayez moyen d'assurer mieux votre coodition, et celle des vôtres par un accord, qae tous autres de delà. C'étoit aussi mon but de faire pourvoir à ce point à votre contenteraenl, comme mes gens vous ont souvent déclaré. Mail si lesdits sieurs les Etats et vous n'approutei que l'on poursuive plus avant la voie de la susdite trêve, quand je saurai que mesdits amb»sadeurs et ceux desdits roi et princes auronl satisfait à la promesse qu'ils ont faite à ceux des* dits archiducs à leur départ de La Haye, q«> ^ de faire entendre auxdits Etats et à vous lede^ nier mot de leurs maîtres , et qu'ils vons auroot derechef représenté les raisons motives dn conseil que je vous al donné en faveur de ladit* trêve , et comme le tout aura été par eox «< vous reçu , j'aurai bientôt pris parti conforme i celui que lesdits Etats et vous aurez choisi, J< veux dire de vous laisser faire ce que bon ^

Dt PBSSiDËNt JBANNlNi

Bembittra , car je n*ai pas entrepris de forcer vos délibérations. £ux et vous êtes maîtres de vousmêmes pour en disposer à votre discrétion, et dois demeurer dans ies bornes d'une vraie et sincère bienveillance , telle que je Tai toujours portée auxdits Etats et à vous, et désire encore continuer quand vous et eux m'en donnerez occasion.

Mais ce dont j'ai plus à vous prier et conseiller maintenant, est que voui conserviez chèrement votre union au parti que vous prendrez, quel qu'il puisse être ; car de ce seul point dépend votre conservation , soit que vous acceptiez la trêve, ou que vous recommenciez la guerre. Je désire aussi que lesdits sieurs les Etats et vous ne fassiez ce tort à vous-mêmes^ ni à moi, de doQter à l'avenir de la sincérité et intégrité de mes conseils, ni des actions de mes ministres et ambassadeurs. Je suis bomme de bien et prince de foi , et non du tout ignorant des choses du monde. Quand je voudrai flaire mes affaires sans vous, ou m'avantager en quelque chose, ce ne sera jamais , si je puis, injustement et au dommage de personne, et moins encore de ceux auxquels j'aurai promis amitié. Je puis, grâces è Dieu, faire l'un sans l'autre quand je voudrai. •Lesdits sieurs ies Etats et vous , ni les vôtres, ne devez ni pouvez endurer que ma foi et réputation soient mises en compromis sans flétrir la vôtre, et être notés d'ingratitude et mécontentement; ce que je ne dis pas pour reprocher le passé , ni vous désespérer de l'avenir , mais pour défendre la vérité. Or je ne m'attends pas que vous tombiez en cette faute , vous connoissant comme je fais. J'ai bien aussi plus d'égard à ce que vous m'avez écrit par votredite lettre qu'aux beaux discours dudit Lambert , et vous connoftrez toujours par vrais effets que personne n'affectionne plus votre prospérité , et celle desdits sieurs les Etats, ni peut vous être à tous plus utile que moi, qui prie Dieu, mon cousin, vous avoir en sa sainte garde.

Ecrit à Fontainebleau le 28 octobre 1608.

Henbi.

Et plus bas, BauLABT.

Lettre de M. Jeannin à M. de Villeroy, du vingt-sixième d'octobre 1608.

Monsieur, par mes lettres du vingt<leuxième J'ai répondu aux vôtres du onzième , et vous ai mandé au vrai l'état des affaires de ce lieu , pour vous ôter l'appréhension que le sieur Lambert , par ses nwuvais et mensongers discours, avoit pu donner au Roi, dont ayant averti M. le prince Maurice et madame la princesse d*Orange, Ut ont mimtré tous deux le trouver fort étrange,

le désavouent, et le premier même m'a fait voir l'instruction qu'il lui donna à son départ, laquelle ne contient rien de toutes ces lx>urdes et impostures qu'il a mises en avant; ainsi il les doit avoir forgées de lui-même, ou bien chez M. Maldrée passant en Zélande. M. le prince Maurice confesse bien lui avoir dit qu'il n'omettra rien pour empêcher que cette trêve fût reçue, et qu'elle seroit cause de la division et ruine de leur Etat , si on persistoit dinduire ces peuples à la recevoir , me faisant au surplus tant de déclaration de sa bonne volonté, que j'ai toute occasion de m'en louer, et de vous répéter derechef, quant aux menaces qu'il fait, qu'il n'y a aucune apparence que les provinces et les villes se doivent diviser lorsqu'il faudra prendre la résolution de recevoir ou rejeter cette trêve; que chacun soutiendra bien son opinion , et essaiera de la faire suivre jusques à l'extrémité , mais enlin se rendront tous à l'avis commun ; et M. le prince Maurice en fera autant le premier, et ne voudra entreprendre ce qui seroit indubitablement cause de sa ruine , le reconnoissant trop sage et considéré pour se précipiter à des conseils désespérés tels que ceux-là. Puis ces peuples ont montré jusques ici qu'ils savent bien l'union être nécessaire pour se conserver; aussi se garderont bien de faire une si lourde faute , dont on doit d'autant plus s'assurer, qu'ils se laissent conduire par leurs magistrats et supérieurs , et que chacun voit aussi l'inclination et désir de Sa Majesté et du roi d'Angleterre être de les mettre en repos, et de se déclarer ouvertement ennemis de tous ces mauvais desseins , et de ceux qui en seront auteurs. Huit ou dix jours au plus nous éclaircirout de tout, et n'en soyez cependant en aucune peine par delà; car si la province de Hollande entière , ou le plus grand nombre des villes reçoit la trêve, l'autorité et l'avis de Sa Mtgesté y étant conjoints, personne n'y osera contredire , et sera contrainte la province de Zélande de la suivre. Aussi saisje qu'ils ont déjà pris cette résolution entre eux, et que M. le prince Maurice en fera autant. Mais si la plus grande part de la Hollande la rejette ^ ou fait refus de la recevoir au cas que ces mots pour to^ours ne soient ajoutés à la déclaration de leur liberté, qui est une même chose, il y aura plus de difficulté en la trêve; et néanmoins pource que je prévois , avant que prendre la ré*solution entière de rentrer en guerre , qu'ils voudront envoyer à Sa Majesté et en Angleterre aussi pour leur rendre raison de ce conseil , et demander secours, il y a grande apparence, si les deux rois, je dis même Sa Mf^esté seule, continue à les exhorter de la recevoir, et refiise

NÉGOCIÀtlÔNfi

son secours , qu'ils l'accepteront tous , nonobs- | tant leur première résolution, sans qu'aucune province ni ville se sépare de Tavis commun, quoique M. le prince Maurice s'imagine le contraire; car s'il y a quelque opiniâtreté en ceux de Hollande à la rejeter , elle vient des impressions du prince Maurice, qui les assure toujours que Sa Majesté leur donnera secours s'ils rentrent en guerre, dont se voyant refusés. Ils se garderont bien de le faire, et le prince Maurice n'y osera penser sans eux; comme aussi il est certain que Sa Majesté fomentant sous main leur opinion, et leur donnant espérance de secours, sans néanmoins se rendre auteur de la rupture, qulls se jetteront tous d'eux-mêmes à la guerre.

Le jugement que je fais en l'un et l'autre cas est fondé sur la connoissance particulière; que j'ai de l'humeur et inclination du plus grand nombre des députés de l'assemblée desquels doit dépendre la résolution , lequel me fait dire aussi qu'on doit plutôt croire que la province entière de Hollande, ou le plus grand nombre, seront d'avis de la trêve que de la rejeter , et que toutes ces "vaines craintes de division et partialités, dont le prince Maurice nous veut faire peur, cesseront; osant encore ajouter ceci, que l'autorité et la créance du Boi est si grande en ce lieu, même depuis la proposition de la trêve, tant s'en faut qu'elle la lui ait diminuée et à ses ministres, qu'il sera comme seul arbitre et juge souverain de tout le différend qui pourroit avenir entre eux sur cette résolution de recevoir la trêve, ou •de rentrer en guerre, et néanmoins qu'il y auroit plus de difOculté au dernier qu'au premier , pource que Finclination du plus grand nombre y est contraire , et que le roi d'Angleterre témoigne à présent qu'il désire avec ardeur cette trêve, jusques à déclarer par ses ministres que s'ils la rejettent leur guerre est injuste , et ne les y assistera aucunement, soit qu'il le fasse par émulation, et pour avoir part en la grâce, ou pour être mieux avec les Espagnols et archiducs qu'il n'étoit auparavant. C'est pourquoi si Sa Majesté désire changer de conseil ] comme j'en soupçonne quelque chose, pource que vous m'avez mandé qu'elle est très-mal satisfaite de don Pedro de Tolède , j'estime nécessaire de faire toutes sortes d'efforts pour gagner le roi d'Angleterre par alliance et mariages qui le puissent du tout assurer de notre amitié; car avec telle assurance et conjonction la guerre ouverte seroit non seulement sans péril , mais on pourroit espérer la faire avec très-grand avantage, et d'écorner tellement l'ambition et grandeur de l'Espagne, qu'elle ne feroit peur à aucun potentat ni

Etat de long-temps. Je ne doute non plus que cette résolution des deux rois y feroit entrer ces peuples avec alégresse et grande union; mais s'il n'y a espoir de joindre à ce dessein le roi d'Angleterre, et qu'il demeure obstiné à vouloir conserver l'amitié du roi d'Espagne , soit d'inclination , ou à cause de la corruption de son conseil, et de l'affection que la Reine y a, c'est à elle de considérer si, étant crainte et respectée de tous ses voisins, son amitié désirée de tous les princes de la chrétienté, à cause de sa grande réputation, et du tlorissant état auquel sont ses affaires, et lui et ses sujets jouissant à cette occasiond'un heureux repos, elle doit entrer aux dangers d'une longue guerre, de laquelle , quand bien le roi d'Angleterre seroit au commencement spectateur sans s'en mêler, plusieurs accidens peuvent naître qui le pourroient aussitôt faire joindre à nos ennemis qu'avec nous^ soit pour crainte de notre prospérité et accroissement, ou, s'il nous avenoit quelque malheur , pour prendre part en notre dépouille : et encore que son inclination au repos semble nous devoir assurer contre cette crainte, si ne la doit-on mépriser, attendu même qu'il commande à des peuples belliqueux qui haïssent notre nation , et que son fils est pour porter les armes dans trois ou quatre ans, duquel on a toute autre espérance, et pourroit bien aider à réchauffer cette froideur qui est en lui.

Quant à ces provinces ici , ayant aussi reconnu combien leur désir et inclination au repos est grande, je craindrois pareillement que cette promptitude de rentrer en guerre, nous voyant prendre les armes, ne fût pas de durée en eux, et que les ennemis leur offrant de grandes et assurées conditions par l'intervention du roi d'Angleterre , qui fera très-volontiers et en tout temps cet office pour en tirer profit et les joindre du tout à son amitié , ils ne fussent pour les accepter ; car les peuples sont souvent ingrats et encore moins souvenans des bienfaits reçus que les princes. C'est à Sa Majesté de considérer le tout par sa prudence , et de nous commander ses intentions. Nous verrons bientôt à quoi les Etats se doivent résoudre, et achèverons la trêve s'il y a moyen , pourvu que nous ne recevions commaddément au contraire, et ferons ce qu'il nous sera possible pour surmonter les difficultés qui pourroient survenir du côté des -archiducs, comme pour la longueur de la trêve que les Etats demandent opiniâtrement pour quatorze ou quinze ans , et se contenteront plutôt , quant au commerce des Indes, qu'il soit dit, ainsi qu'il avoit été fait ci-devant , qu'on s'assemblera après neuf ou dix ans pour demeurer d'accord s'il sera coQ'

BU PBBSIDENT JEANNIN,

tinaé ou non , qui est toutefois au cas que le roi d'Espagne consente de l'accorder de gré a gré; mais si c'est par hostilité, il n'y faudra aucune limitation de temps, et si les difficultés sont du o6té des Etats, comme elles seroient au cas qu'ils voulussent prendre ces mots pour toujours devoir être ajoutés à la déclaration de leur liberté , on leur pourroit conseiller de s'assembler derechef à Calais, s'il plaisoit à Sa Majesté prendre la peine de s'y rendre , et en faire avertir le roi d'Angleterre pour y envoyer aussi de ses principaux ministres , puisqu'il y consent suivant l'ouverture que j'en avois faite à ses ministres en ce lieu : ce que les archiducs et Etats seront aussi pour consentir , ne faisant doute que l'issue n'en fut l'acceptation de la trêve pour l'inclination qu'ils y ont tous , si Sa Majesté continue à les y exhorter. Je juge bien aussi qu'il n'en faut pas prendre le conseil sans y voir bien clair pour les raisons contenues en vos lettres. Je retiens encore le courrier Picault , attendant de mander par lui ce qui sera résolu , ou le premier événement que je verrai à cette affaire.

Je prie Dieu, monsieur, qu'il vous donne en par&ite santé très-heureuse vie.

De La Haye , ce 26 octobre 1608.

Votre, "etc., P. Jeannin.

Auire lettre dudit sieur Jeannin à M. de Villeroy^ du vingt-huitième d*o€tobre 1608.

Monsieur, le sieur de Monceaux partit de ce lieu le vingt<Leuxièroe de ce mois avec plusieurs de nos lettres, et devoit s'embarquer le lendemain à la Brille en un vaisseau de guerre préparé à cet effet, où il demeura néanmoins jusques au vingt-septième sans nous avertir de son séjour, fors le vingt-sixième qu'il l'écrivit au sieur de Yaudrenecq , qui m'envoya incontinent sa lettre, et moi fis partir aussitôt ledit sieur de Sainte-Catherine pour aller vers lui audit lieu de la Brille 9 afin d'apprendre l'occasion de sa demeure, attendu que le vent avoit été fort bon trois jours entiers, et, si le vaisseau retardoit encore à partir, retirer le paquet et me l'apporter, comme il fit hier au soir viogt-septième. Je ne sais à quoi attribuer ce séjour et malheur, si ai-je soupçonné que c'étoit en vertu de quelque commandement secret. Je n'en voudrois toutefois affirmer, car le capitaine s'excuse, ainsi que vous verrez par la lettre dudit sieur de Monceaux que je vous envoie. Cela m'a fait résoudre de vous dépêcher proraptement le courrier Picault que j'avois retenu sur l'occasion du départ dudit sieur de Monceaux. Ce que je peux ajouter à mes précédentes dépêches est que les députés de la province de Hollande , lesquels s*en

étoient retournés en leurs villes pour prendre conseil sur la résolution de la trêve , et pour donner aussi loisir aux députés de Zélande de venir, doivent être ici dans deux jours. M. le prince Maurice , en allant voir M. le prince d'O-* range son frère, se sert de cette occasion pour voir tous les magistrats des villes de Hollande en passant, et n'omet rien pour leur persuader de rejeter la trêve , c'est-à-dire de ne la recevoir sinon à condition que leur liberté soit assurée pour toujours, et en mots exprès qui fassent aussi bien mention de la souveraineté que de la liberté , qui est la rejeter en effet. Il a aussi envoyé en toutes lesdites villes un écrit sous son nom et de M. le comte Guillaume, avec une seconde lettre pour répondre au nôtre , et montrer que leur avis est le meilleur, mettant en quelque endroit d'icelui écrit que ce que les deux rois en font n'est pas pour les abandonner, mais seulement crainte que s'ils faisoient autrement on les tint pour auteurs de la guerre, y ajoutant encore que cette affaire se traite en France près Sa Majesté par le nonce du Pape et les jésuites , pour leur rendre toute cette procédure et nos avis suspects. On fait même semer des rumeurs parmi ces peuples qu'il faut paix ou guerre , et que la trêve ne vaut rien, afin qu'ils tiennent ces propos à leurs supérieurs , et les en iiitimident. Bref, il est devenu homme de faction par le conseil d'autrui , non de son inclination , et disent ses serviteurs qu'il doit plutôt se perdre que de se laisser vaincre en cette poursuite; et je réponds qu'il est plus raisonnable qu'il s'accommode à l'avis de l'Etat, ou du plus grand nombre d'icelui , même de la province de Hollande si elle en est, ou la plupart des villes d'icelle, et pareillement à l'avis des rois qui y est conforme, que de vouloir forcer les autres à suivre le sien.

Ceux avec qui je confère ont toujours la même opinion de la province de Hollande, et que les suffrages légitimes de l'Etat seront contre M. le prince Maurice. Il veut néanmoins qu'on appréhende les mouvemens qu'il peut faire avec les peuples et gens de guerre , et que cette crainte fasse qu'on se joigne à lui ; mais ceux qui le connoissent le tiennent pour prince sage et modéré. J'en fais même jugement aussi bien qu'eux, et que si ces menaces, poursuites et pratiques, pour avoir les suffrages de la province de Hollande, ne réussissent, il se contentera d'autant , sans se précipiter à des conseils désespérés, èsquels il seroit plutôt abandonné que suivi , soit des peuples ou des gens de guerre : ce que j'en dis n'est que par conjectures, mais tous les plus sages d*ici les estiment très-bien fondées, et en

meilleures raisons qne les craintes qu'on peut avoir du contraire; et s'il avient autrement, soyez , s'il vous plaît, en repos que nous ne gâterons rien , et que notre conduite fera aimer le Roi^ non le haïr, et croître son crédit au lieu de le diminuer, j'entends envers le plus grand nombre et les plus gens de bien, et qu'il sera en* fin arbitre de tout. Mais, au nom de Dieu, mandez-nous au plus tôt si vous avez changé d*avis, afin que nous nous y conformions; et si vous y persévérez laissez-nous faire , et croyez qne nous aurons l'œil sur tout, et priocipalement pour empêcher que ces peuples ne se divisent, quelque résolution qui soit prise entre eux. Nous ferons aussi tout devoir pour rendre content de nous le prince Maurice , autant qu'il nous sera permis, en suivant le commandement de Sa Majesté , et n'omettrons rien non plus pour réconcilier le sieur Bameveldt avec lui , et faire qu'il devienne son serviteur. Les Etats feront grande instance pour avoir quinze ans au lieu de dix; nous en presserons par lettres M. le président Richardot. Les députés d'Angleterre ont de nouveau reçu lettres de leur maître, par lesquelles il leur mande faire toutes sortes d'instances de sa part pour faire recevoir cette trè\'e ;> et ils nous ont dit qu'ils sont délibérés de le faire, quand ils devroient être seuls en cette poursuite, se promettant néanmoins que nous serons toujours les premiers en la conduite de Tœuvre , et qu'ils n'auront qu'à nous suivre. Si vous n'avez si souvent des nouvelles de nous qu'il est bien requis , excusez la difficulté de la mer et la longueur de l'autre chemin , et ne l'attribuez pas à paresse , car Je suis en extrême peine , et ai reçu un très-grand déplaisir de ce que Sa Majesté recevra nos lettres si tard, même en un temps où le contraire est bien requis. Je suis, monsieur, votre, etc. , P. Jeannin.

A La Haye , ce vingt-huitième d'octobre 1 608.

Lettre de M. Jeannin à M, le président Richardot^ dtédit jour vingt-huitième d'octobre

Monsieur, nous travaillons toujours avec soin et diligence pour avancer la trêve. La province de Zélande n'a encore envoyé ses députés , et ne sais si elle le fera. Les députés de Hollande étoient retournés en leurs villes en les attendant, et pour prendre avis aussi sur les articles de la trêve qui leur ont été donnés par nous. Le premier, concernant la liberté, est celui sur lequel chacun s'arrête , et désirent la plupart qu'il soit expliqué plus clairement. Nous faisons ce que nous pouvons de notre côté, tant par paroles que par écrits , pour persuader les plus scrupu-

leux de se contenter de nos articles, et eux v répondent par lettres et écrits qu'on envoie aBx villes , et toutes autres sortes de pratiques qui peuvent servir pour rejeter la trêve, du moins qu'elle ne soit reçue sans qu'on couche cet article à leur contentement. On pouvoit , du côté d'Espagne , faire cesser cette difficulté s'ils eussent voulu , laquelle en effet n'est d'aucune considération ; mais ne vous ayant pu gagner, nous essayons de l'obtenir envers ceux-ci, à quoi les députés d'Angleterre travaillent de même affection que nous , et ne savons toutefois les uns et les autres qu'en espérer.

Il y a encore une autre difficulté que les plus affectionnés à la trêve font aussi bien que ceux qui la rejettent ; à savoir , qu'elle doit être an moins de quinze ans, selon le choix donné aux Etats par leurs altesses, par le traité de la première trêve; et, pour ce regard, vous y devejs apporter de la facilité , et la surmonter plutôt que de rompre à cette occasion, comme je vous en supplie de toute mon aflfection, afin que le contentement que vous leur donnerez en cet article, nous serve pour les mieux disposer et rendre plus enclins à se contenter de l'article touchant la liberté, ainsi qu'il est couché. On se contentera plutôt, pour le regard du commerce des Indes, qu*il soit limité à dix ans, à la charge que ledit temps passé on s'assemblera pour s'a^ corder de la continuation ou cessation d'icelui , selon qu'il est contenu en l'écrit qui vous fut donné au commencement : ce qui doit être entendu au cas qu'on l'accorde de gré à gré; car, si c'est par hostilité , il ne faut aucune limitation de temps. Tous les députés doivent être ici dans deux jours , fors toutefois ceux de Zélande dont je ne peux assurer. Ils prendront lors leur résolution finale, et nous vous en avertirons aussitôt par homme exprès , afin que nous achevions cette affaire, s'il est possible, ou bien que nous sortions de l'incertitude en laquelle on a été si longtemps que chacun s'en ennuie. Nous avons commandement si exprès de notre Roi d'aider à la conclusion de ce bon œuvre , que nous n'omet* trons aucune sorte de devoir pour y servir, comme Je vous supplie très-humblement faire de votre côté. Cependant je vous baise très-humblement les mains, et prie Dieu, monsieur, qu'il vous donne en parfaite santé heureuse et longue vie.

De La Haye, ce vingt-huitième d'octobf*

Votre , etc. , P. Jbanwin.

BU PBESIDENT JEANNTN.

lettre de M. de Villeroy à M, Jeannin^ du trentième d^ octobre 1608.

Monsieur , nous attendons Picault avee impatience; il vous fut dépéché Fonzième de ce mois, et le vingt-troisième nous vous avons renvoyé Lamt>ert, par lequel nous avons répondu à vos lettres du onzième, apportées par Sarroques. Ce sont les dernières des vôtres que nous désirerions ttre plus fréquentes; le Roi m'a commandé de vous l'écrire , et que vous pouvez adresser vos paquets à M. de Berny, par la voie et couverture duquel vous recevez ceux que M. le président Richardot vous fait tenir. L'on parle diversement des termes de votre trêve ; chacun en discourt selon son désir : les uns disent qu'elle est désespérée , et les autres le contraire ; plus de gens souhaitent celle-là que l'autre : Je dis par deçà , car nous nous ennuyons de trop d'aise. Notre déplaisir est d'en parler et conjecturer à l'aveu des autres sans certitude que nous n'attendons que de vos lettres. Quant à Sa Majesté^ elle persiste en la volonté qu'elle vous a déclarée, et depuis confirmée par ses deux dernières lettres. Si la trêve réussit, elle en sera très-aise , et " aura bonne part au mérite d'icelle, et, comme J'espère, au fruit qui en sortira. Si au contraire les parties la rejettent , elle n'en sera cause , et sera contre son avis, et ne sera obligée de suivre ni favoriser autre fortune que celle qu'il lui plaira, et sera contente d'avoir Justifié ses intentions. Du commencement nous avons blâmé les auteurs de ces traités en ayant prévu la conséquence; aussi nous ont-ils été cachés. Vous savez les raisons qui nous ont mus d'y engager depuis le nom du Roi ; maintenant nous disons que ce sera mauvais conseil si on les rompt, au cas que l'on accorde l'article de la liberté ainsi que vous l'avez proposé. Ce que nous désirons est que ledit accord soit fait sans division , car autrement il sera périlleux pour les Etats et pour leurs amis. Il est vrai , s'ils rentrent en guerre avec la même division, que ces inconvéniens seront encore plus dangereux. Vous êtes sur les lieux pour en mieux Juger , et déférerons grandement à votre Jugement.

Au demeurant , leurs Majestés sont en bonne Santé , grâces à Dieu« Elles parlent d'aller à Pa- ^is après la fête , et passer là et à Saint-Germain ces quatre mois prochains. Don Pedro de Tolède ^st toujours aussi à Paris, attendant , ainsi qu'il miit, le dernier acte de négociation de delà, pour "^voir si Sa Majesté voudra après faire autre récuse à ses propositions, qui est celle que nous ^ous avons écrit qu'il en a tirée. J'envoie celle-ci à U. de Bem^ pour la vous faire tenir, et prie

Dieu, monsieur, qu'il vous conserve en bonne santé, me recommandant très-affectueusement à votre bonne grâce.

De Fontainebleau , ce trentième d'octobre

Votre , etc. , db Neufvtlle.

Lettre de M, le président Richardot audit sieuf Jeannin , dudit jour trentième d'octobre

Monsieur, suivant ce que vous me comman^ dez par la vôtre du vingt-cinquième de ce mois, que Je reçus le Jour d'hier , Je vous envoie le passe-port pour M. l'ambassadeur du prince Landgrave; et si vous ou lui me commandez autre chose , Je procurerai de vous obéir et servir avec toute la promptitude qui me sera possible. Je suis bien assuré que votre négociation vous donne beaucoup de travail , et que par delà ne manquent nouvelles difficultés; que si, sur occasion d'icelles, vous pouviez mettre en avant la trêve longue de vingt ans , vous nous donneriez la vie , et seroit ce qui convient pour la direction de ce qui se traite en France. Je vous supplie d'y penser sérieusement y car il vous importe et à nous , et seriez cause d'un très-grand bien ; me recommandant sur ce bien humble* ment à vos bonnes grâces, et de M. de Russy , en priant le Créateur vous donner, monsieur, ce que vous désirez.

Ce 30 octobre 1608.

Votre, etc., Le président Richàrdot^

Propos tentes en rassemblée générale des Etats y et donnés par écrit le dernier d*oc^ tobre 1608.

Messieurs, nous avons eu charge de notre Roi, en vous présentant ses lettres, de vous dire de sa part que, plus 11 s'informe de l'état de vos affaires et des raisons pour et contre la trêve , dont il est à présent pleinement instruit , plus il reconnoit le conseil qu'il vous a donné , de l'accepter aux conditions contenues es articles qui vous ont été présentés, être le meilleur.

Sait que nous avons déjà fait tous bons offices pour le vous persuader , et donné même par écrit les raisons de ce conseil , qu'il a vu , considéré et examiné à loisir ; et , pour vous en dire son Jugement, il les approuve et tient qu'elles doivent être suffisantes pour vous induire à prendre cette résolution, si vous n'êtes touchés que du seul zèle et affection qui est due à votre pays, comme il le croit de tous, et même d'aucuns de ceux qui y contredisent , lesquels en ont reçu tant de bons et assurés témoignages du passé , qu'on n'en doit point douter : nous

REGOCUTIONS

enjoint, à cette occasion, de répéter encore les mêmes offices, et les continuer aussi souvent que nous jugerons être nécessaire pour vous aider à prendre cette bonne et salutaire résolution, sans laquelle il prévoit et craint que vous ne reconnoissiez , mais trop tard , que vous vous précipiterez en de très-grands dangers et inconvénlens.

Ce n'est pas son intention pourtant d'entreprendre à former vos délibérations, car il sait que vous êtes maîtres de vous-mêmes pour en user ainsi que bon vous semblera; mais,reconnoissant de quelle importance est Taffaire que vous traitez , Sa Majesté estime que le devoir d*une vraie et sincère amitié, telle qu'est la sienne envers votre Etat, l'oblige de prendre ce soin , et de vous représenter souvent ce qui est de votre bien et salut, déclarer même, au cas que vous ne suiviez son conseil , qu'il en aura un très-grand regret et déplaisir, pour les inconvéniens qu'il prévoit vous en devoir arriver, dont toutefois la coulpe et le blâme ne pourroient être rejetés sur lui , et si il se pourra bien aussi garantir du dommage que vous en recevrez, pource qu'il est , par la grâce de Dieu , en si bon état , qu'il n'a occasion de craindre l'inimitié et les armes de quelque prince que ce soit.

Sa Mey'esté nous a pareillement donné charge de vous exhorter et prier de sa part, comme nous avons déjà fait , que vous demeuriez bien unis ensemble , sans vous séparer les uns d'avec les autres, et où le plus grand nombre donnera son suffrage, que tous suivent et jugent la résolution la plus communément approuvée être la meilleure , sans que personne veuille tant présumer de soi-même, et de son propre sens et jugement , que de le préférer à l'avis commun. C'est aussi l'ordre qu'on a accoutumé de tenir es républiques et gouvernemens populaires , sans lequel elles ne pourroient aucunement subsister , mais tomberoient incontinent en confusion , puis en des factions , chacun voulant défendre et faire valoir son avis par dessus l'autre, lesquelles factions sont toujours cause de ruiner les Etats. Ainsi les villes confédérées des Achéens et Œtoliens en Grèce , et celles des Toscans et Latins en Italie , perdirent leur liberté , et furent assujetties à la domination d'autrui , lors même qu'elles sembloient être au plus florissant état de leur grandeur et félicité; et les ligues des Suisses n'eussent pas tant duré^ si elles n'eussent toujours soumis les délibérations publiques à cette loi qui les oblige de les conclure et arrêter à la pluralité des cantons. Ce n'est pas que les moindres cantons ne défèrent beaucoup aux plus grands et plus puissans, mais cela se con-

duit avec telle modestie et témoignage d'amitié les uns envers les autres, que ce respect ne diminue en rien le droit et la reconnoissance qui est due aux petits cantons, non plus qu'elle n'accroît celle des plus puissans. Suivez donc l'exemple de ceux-ci qui se sont conservés par ce moyen , non des autres qui ont perdu leur liberté en faisant le contraire.

Elle nous a encore commandé de vous dire qu'entre les raisons qui peuvent induire aucuns de vos meilleurs patriotes à rejeter cette trêve, celle-ci lui semble de grande considération, qu*ils prévoient et craignent que les provinces feront difficulté, après la trêve conclue et arrêtée , de vouloir contribuer ce qui sera requis poar Tentretènement des garnisons et autres charges de l'Etat, et, s'il avient ainsi, que le pays, foible et dénué de forces pour se conserver , sera exposé à toutes sortes d'invasions et périls. Il lui semble donc que cette crainte n'est pas à mépriser, et que vous devez y pourvoir dès à présent et sans aucune remise, en avisant, avec son excellence et M. le comte Guillaume, quel doit être le nombre desdites garnisons, en ordonnant la levée des deniers pour rentretènementd'icel* les, non seulement durant quelques années, mais pour autant de temps que la trêve devra continuer ; que vous donniez ordre aussi ,par mêmes décret et délibération , qu'à ce chaque province soit obligée et ne puisse refuser sa contribution, crainte que le défaut d'exécution rende votre décret inutile , au dommage et à la ruine du pays. Vous ferez encore fort sagement si vous continuez pour quelque temps les levées que vousjugerez nécessaires pour acquitter vos dettes, et faire quelque fonds qui puisse subvenir aux nécessités de l'avenir.

Lettre de M. de Puysieucc à M. Jeannin, du deuxième de novembre 1608.

Monsieur, vous connoîtrez par ce qu'on vous écrit, que le Roi a toujours loué et prisé votre conduite en la charge que Sa Majesté vous a commise, et quiconque lui auroit voulu donuer autre impression de vous , auroit plutôt été blâmé d'indiscrétion et malignité, qu'opéré en son esprit plein de bonté et de jugement à discerner les sages actions d'avec les imprudentes ; de façon que vous pouvez être en repos de ce côté. Vous verrez aussi qu'elle n'a point changé d'avis et de conseil pour la trêve , mais s'y est plus couûrmée par vos dernières , qui semblent lui donner meilleure espérance que jamais du succès d'icelle, puisque les Anglais s*y montrent si échauffés, et que la disposition de plusieurs du pays n'en est tant éloignée. Il faut donc finir

DU BBBSIBENT JEANMN.

eet ouvrage à ia gloire de Dieu , au service et eontentemeot du maître, et à votre honneur, ainsi que je souhaite, en qualité, monsieur, de votre, etc., Puysibux.

De Fontainebleau , ce deux novembre 1608.

Lettre du Roi à messieurs Jeannin et de Russt/y du quatrième de novembre 1608.

Messieurs Jeannin et de Russy , vos lettres du vingtième du mois passé , que j'ai reçues par le courrier Picault le deuxième du présent mois , m'ont appris les offices et devoirs que vous avez faits envers messieurs les Etats des Provinces- Unies depuis vos précédentes, pour faciliter et avancer ia trêve que vous avez proposée par mon commandement ; en quoi je reconnois que vous voos êtes gouvernés très-sagement et selon mon intention , qui est et sera toujours , ainsi que je vous ai mandé, de préférer ladite trêve à la guerre , étant faite sur votre susdite proposition ; car je juge qu'elle leur sera à tous plus utile que la guerre, quoiqu'aucuns en augurent autrement ; miis puisque ceux-ci comme les autres ont souffert que j'aie engagé mon entremise en cette poursuite , et que le général du pays a passé si avant , ce seroit honte à moi et imprudence à eux de s'en départir et se dédire des choses étant aux termes où elles sont. Ck>ntinuez donc à favoriser ce bon œuvre, car j'espère qu'il sera utile à tous, que chacun m'en saura gré, et se louera du bien qui en naîtra. Je suis très-aise d'entendre que le roi de la Grande-Bretagne, mon bon frère et ancien ami et allié , soit de même avis , et content comme moi d'engager sa parole et les forces de son royaume à la sûreté et garantie du traité qui s'en fera; car cela véritablement doit grandement consoler et fortifier lesdits Etats à ladite trêve, laquelle je suis bien d'avis d'être accordée plutôt pour quinze ou vingt ans que pour dix ; vous y ferez ce que vous pourrez : toutefois si les archiducs s'opiniâtrent auxdites dix années , il faut s*en contenter plutôt que de rompre , principalement puisque les archiducs consentent de traiter , tant en leurs noms que du roi d'Espagne, ainsi que vous avez déclaré auxdits Etats, avec les députés d'Angleterre et d'Allemagne, sur la parole et les lettres du président Richardot, ainsi que j'ai appris par le post-écrit de votre dite lettre, ayant pris bon conseil de navoir marchandé à le faire entendre auxdits Etats pour les raisons que vous m'avez écrites. Il me semble aussi que c'est mauvais conseil de barguigner en cas semblable , comme fait le conseil d'Espagne, au grand regret , ainsi que j'entends, desdits archiducs, lesquels, ayant une fois obtenu et gagné ladite trêve du consentement dudit

conseil, s'étudieront ci-après de joUir des effets d'icelle avec soin et diligence, sans s'assiyettir tant aux opinions dudit conseil, parce qu'ils pourront mieux se passer de l'assistance d'icelui quand ils seront en repos, qu'en guerre ou en crainte d'y rentrer , comme ils sont de présent ; aussi n'auront-ils faute d'amis ni de voisins, lesquels, comme ils sont intéressés en leur repos, aideront volontiers à les y maintenir : tellement que , plus je considère et balance le bien et le mal qu'il faut attendre de ces traités, je juge le premier devoir être préféré à l'autre, et partant ne pouvoir prendre meilleur conseil que de vous commander d'en avancer la résolution autant que vous le pourrez honnêtement et sûrement faire.

Vous aurez aussi pour principal but de maintenir lesdits Etats en union, car d'icelle dépend leur sûreté et conservation, ainsi que je vous ai commandé par mes précédentes. Et combien que mon cousin le prince Maurice ait depuis quelque temps pris l'affirmative contre ladite trêve, toutefois je me promets tant de sa prudence et de son affection au bien général desdits pays, et particulièrement du respect qu'il me porte , qu'ayant entendu ce que je lui ai mandé par Lambert, il embi'assera avec le général desdits Etats la susdite trêve , en laquelle aussi je désire qu'il soit favorisé et reconnu comme ses vertus , sa maison et ses services méritent ; et je vous commande d*en faire votre devoir, lui disant que je i*aime et estime tant, que si je ne connoissois qu'il peut, avec ses amis, rendre par ladite trêve et la suite d'icelle sa condition trêsrhonorable , avantageuse et sûre, je n'en affectionnerois la conclusion comme je fais. Je le prie donc qu'il se confie en moi, et qu'il préfère mes conseils à ceux qui s'y opposent , lesquels n'auroient pouvoir de le retirer et garantir d un abîme de calamités , reproches et nécessités, auquel infailliblement il tomberoit , si suivant leurs passions il concluoit à la guerre, et si lui seul avec ses adhérens rejetoit ladite trêve et les conseils que je lui donne avec le roi d'Angleterre, même contre l'opinion et la pluralité des suffrages desdits sieurs les Etats : joint qu'il doit croire , ce faisant , au lieu de m'avoir favorable, comme je désire toujours être à lui et aux siens , il me contraindra de lui être contraire; et si lui et ceux qui lui donnent tels conseils espèrent autre chose, ainsi que j'entends qu'ils publient, comme si je ne pouvois conserver mon royaume sans défendre lesdits Etats, et m'engager au parti qu'ils prendront , quelque contraire qu'il soit à mes intentions , ils feront un faux jugement , et s'y tromperont ; ce que je veux que vous lui déclariez en présence de mes

HBGOGIATIONS

deux cousins les comtes Guillaume et Henry, et ceux de sa maison qui doivent courre sa fortune, et en affectionnent la prospérité. Ecrivez-moi souvent ce qui se passera, tant par la voie de la mer que par celle de Bruxelles , par laquelle je vous envoie la présente, l'estimant plus courte et certaine que l'autre , à cause de l'incertitude de la mer. Je prie Dieu , messieurs Jeannin et de Russy , qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.

Ecrit à Fontainebleau, le quatrième Jour de novembre 1608. Henbi.

Et plus bas, Bbulart.

iMtre de M. de Villeroy à M, Jeannin , dudit jour quatrième de novembre 1608.

Monsieur, Picault arriva ici hier avec vos lettres du vingt et unième, vingt-deuxième et vingttroisième du mois passé. Nous en étions affamés, comme Je vous al mandé par une mienne particulière du trentième du passé , que J'ai adressée à M. de Bemy. Et certes , il importe au contentement et service du Roi que nous soyons avertis journellement de ce qui se passe où vous êtes , et que vous soyez consolé et fortifié pareillement des commandemens de Sa Majesté, laquelle véritablement n'a point changé d'opinion depuis votre partement ; car elle entend toujours préféi*er la trêve à la guerre. Et encore que Je vous aie représenté les beaux discours de Lambert, et aie montré désirer être éclairci par vous de la vérité, voire qu'ils nous aient aucunement ébranlés et traversé l'esprit, pour cela nous n'y avons enfin ajouté foi , ains blâmé le procédé du prince Matirice, et persisté en notre première résolution , comme nous vous avons écrit par Lambert , et bien clairement au prince Maurice. Nous n'avons appréhendé que la division de ces peuples , laquelle néanmoins nous confesserons avec vous devoir être crainte autant en guerre qu'en trêve. J'estime que notre réponse a M. le prince Maurice , portée par écrit et à bouche par ledit Lambert , vous aura contenté ; car elle aura suffisamment éclairci ledit prince et ceux de delà des intentions de Sa Majesté, afin qu'ils ne s'en promettent ci-après que ce que vous leur en direz , étant certain s'ils font autre fondement qu'ils y seront trompés. De quoi vous pourrez parler ouvertement aux Etats et aux particuliers, quand vous connoftrez qu*il sera nécessaire pour faciliter les commandemens de Sa Majesté, pour auxquels obéir nous savons très-bien que c'est la seule cause que votre présence et conduite par delà n'est agréable à tous. Mais nous n'avons point songé vous rappeler, et commettre les afGsires à un autre; car nous savons et connoissons que

vous servez avec tant de prudenee, industrie et fidélité, que tout autre ne pourroit vous égaler, ni si bien faire que vous : n'entrez donc en ces ombrages. Bien prendrions-nous conseil de plutôt vous rappeler que de vous commander d'adhérer aux conseils précipités et mal digérés du prince Maurice , ni d'engager vot)re entremise et le nom de Sa Majesté en ses fantaisies et passions désespérées. C'est pourquoi nous vous avions écrit d'aviser à préparer votre retraite , si vous coanoissiez que l'on voulût préférer telles obstinations aux sages conseils de Sa Majesté, laquelle est fort offensée , et à bon droit , de la malice et ingratitude de ceux qui osent publier que le nonce du Pape et les Jésuites sont auteurs de sesdits conseils , et qu'elle y procède comme elle fait , crainte plutôt d'être tenue pour auteur de la guerre que pour autre considération , car c'est une vraie imposture.

Notre Roi est , grâces à Dieu , en état que Sa Majesté ne doit rien faire par crainte, mais bien par prudence et bonne raison, comme elle a toujours fait , lors même qu'elle étoit au fort des affaires qu'elle a démêlées. Travaillez donc à la trêve courageusement comme vous avez commencé; et si vous n'y pouvez parvenir , prenez les conseils que vous Jugerez les plus honorables et utiles au Roi et à son service , sans toutefois l'engager aux dépenses de la guerre si l'on s'y résout. Quand nous serions contraints ou voudrions ci-après y entrer , vous savez que nous y serons toujours reçus pour notre argent. Certes nous le ferions lors peut-être avec plus d'honneur et d'avantage que sur le point de la rup* ture des présens traités ; mais nous nous déflons bien autant de la foi et conduite des Espagnols en cette action que de tout le reste ; car encore que le président Richardot ait mandé que les archiducs consentent de traiter tant au nom du roi d'Espagne que du leur, nous avons su tontefois qu'il leur a été mandé, par le dernier courrier venu dudit pays, qu'ils fassent d'eux-mêmes, et en leurs noms , tout ce que bon leur semblera pour avoir ladite trêve, mais qu'ils n'y engagent celui dudit Roi , ce qui les a un peu étonnés , d'autant que ce commandement leur est arrivé depuis vous avoir lâché la parole , ce que don Pedro de Tolède s'étudie de déguiser par delà. Ils ont sur cela dépêché un autre courrier en Espagne pour leur faire savoir les termes auxquels ils sont passés, avant qu'ils les approuvent, et ne soient contraints de s'en dédire ; de quoi, à mon avis, ils attendront réponse devant que de conclure, dont vous vous apercevrez bientôt Quoi étant , j'augure et crains que vous passiez le reste de l'année en cas cpe vous soyez forcés

BU P&BSIBXirr JBANNIN.

de cotuentir la prolongatimi de cessation d'armes contre Totre désir ; mais ii est difficile d'éviter les inoonvéniens qui procèdent des aatres. Nous Déferons difficuité de nous obliger à la garantie de la trêve, et le ferons plus volontiers encore si le roi d'Angleterre le fait, pourvu aussi que les Etats s'obligent respectivement nous assister en cas que l'Espagne nous fasse la guerre , ainsi ' qu'il a été convenu pour la paix. Nous n'entendons pas pour cela qu'il soit dit que le traité que nous ferons avec eux pour cet effet sera perpé« taei et durera plus long-temps que ladite trêve , pour les inconvéniens sagement prévus et représentés par vos lettres; car nous voulons fuir la guerre tant que nous pourrons , principaiement après que nous aurons mis les autres en repos.

Nous estimons que les artifices desquels on use par delà pour décrier et étonner le sieur Barnevddt, tourneront à la fin à son avantage , prindpalement si ladite trêve réussit, comme nous apprenons par vosdites lettres qu'il est déjà succédé, et blâmons grandement les conseils que suivent ses contraires; mais nous ne pouvons croire comme vous que le prince Maurice change les siens après la trêve , tant il sera déplaisant d'avoir été vaincu. C'est le fondement de notre appréhension , mais nous espérons que vous en préviendrez et empêcherez les effets par votre sage conduite, et prie Dieu qu'il vous en fasse la gréce, estimant que l'ouverture que vous nous avez faite par votre première lettre, d'autoriser le prince Maurice après la trêve, et disposer le sieur Bameveldt à le servir, sera un remède trèspropre; car J'espère peu de celle que vous savez qui nous a été faite touchant la séparation des Pays-Bas d'avec la couronne d'Espagne, à cause de la mauvaise foi du roi d'Espagne , et de la minorité de nos enfans, jaçoit que don Pedro de Tolède, depuis le renvoi à Bruxelles des députés des archiducs , ait redoublé ses persuasions envers Sa Majesté pour la lui faire goûter, jusques à lui avoir dit que son maître et les archiducs consentiront que les places qui seront prises sur les Etats, seront mises es mains de personnes confidentes également au roi comme à l'archiduc, et même que les Etats et villes de Flandre, et des autres pays qui obéissent aux archiducs , s'obligeront dès à présent, et pour toujours, à la garantie de Taccord qui sera fait ; mais ce sont toutes choses frivoles, aussi Sa Majesté n'en fait

compte.

Achevez ce que vous avez entrepris par le commandement du Roi, où vous êtes, puis nous penserons et pourvoirons au demeurant a loisir ; mais si nous voyons que les choses aillent h la

longue, ainsi que , pour mon regard , je prévoia qu'elles feront , quoi que vous fassiez , il faudra que nous licenciions don Pedro , car sa demeure où il est engendre divers soupçons sans raison , et semble sa demeure ne pouvoir plus servir qu'à donner martel aux ministres d'Angleterre et au prince Maurice, lesquels, craignant que nous nous accordions avec l'Espagne, suspectent peut* être davantage Sa Majesté, laquelle au reste vous prie de lui flaire savoir qui sont ceux de delà qui sont de qualité et mal contens, qui donnent des conseils passionnés au prince Maurice , et le fomentent en ceux qu'il suit ; car elle dit qu'il importe qu'elle en soit avertie, et qu'elle en usera bien. J'oubliois à vous demander , de la part du Roi , un double de l'écrit envoyé aux villes de Hollande, sous le nom dudit prince Maurice et du comte Guillaume , pour répondre au vôtre, lequel a été agréé du Roi ; partant vous en aurez souvenance, comme d'allonger le temps de la trêve tant qu'il vous sera possible; car plus il sera long , il sera à Sa Majesté plus agréable , et jugé d'elle plus utile. Mais souvenez-vous, s'il vous plaît , de nous laisser sans vos lettres le moins de temps que vous pourrez. Je prie Dieu , monsieur , qu'il vous conserve en bonne santé.

De Fontainebleau, ce quatrième jour de no-' vembre 1608.

Votre, etc., de Neufvillb.

Lettre de M. Jeannin à M, de Bemy, du quatrième de novembre 1608.

Monsieur, les affaires sont encore en tel état ici, que nous ne pouvons assurer de rien, quoi* que nous y apportions un très-grand soin, suivant le commandement du Roi qui nous en presse par toutes ses lettres. Le courrier Picault a passé vers vous, à ce que je vois par les lettres que M. le président Richardot m'a écrites pour réponse à celle que ledit courrier lui avoit donnée de ma part, lesquelles sont tombées, par l'ordre que j'y avois donné, en hies mains, non de celui au paquet duquel il les avoit mises. Je vous supplie lui dire, quand il me voudra écrire chose d'importance , qu'il vous la communique ou la vous donne par écrit, afin que vous la mettiez en votre chiffre , et par les lettres que m'écrirez ; vous pouvant dire avec vérité que si celle qu'il m'a écrite eût été vue, elle eût mis le Roi en très-grand soupçon envers les Etats, et du tout ruiné l'affaire que nous traitons. Je n'estime pas qu'il l'ait fait à dessein , pource qu'il sait avee certitude que Sa Majesté et ses ministres y procèdent sincèrement et de très^bonne affection. Dites-le lui, s*ii vous plaît, afin qu'il ne Aase

rîen ci-après qai puisse être cause d*un tel inconvénient ; autrement nous le prendrions pour ruse et artifice, qui tendroit à chose dont nous nous saurions bien garantir. C'est à vous aussi de prendre dorénavant connoissance de cette affaire pour nous en écrire à toutes occasions ; quand il sera besoin J'enverrai homme exprès , mais sans cela vous me pouvez écrire, et moi à vous. Ledit sieur président communique ainsi avec l'ambassadeur d'Angleterre qui est à Bruxelles, et l'autre écrit ici. Il est expédient que vous en fassiez autant , et je vous en supplie de toute mon affection, comme aussi de lui dire qu'il ne s'attende point à la trêve de vingt ans aux conditions dont il a parlé par deçà tant aux députés d'Angleterre qu'à nous, car il est impossible de la persuader, et ne Toserois même proposer en l'état auquel ou est ici. S'ils ont envie d'en sortir, qu'ils ne perdent point l'occasion sur le pied qu'on traite à présent, dont toutefois je n'ose rien promettre; car ils ne l'auront jamais à meilleur marché , s'il n'avient un grand changement aux affaires, qui pourroit aussi bien être contre que pour eux. Il n'est plus temps de chercher des longueurs qui ne servent qu'à enaigrir les esprits, et à rendre le succès de ce que nous poursuivons plus difficile. Je vous baise très-humblement les mains, et suis, monsieur. Votre , etc. , P. Jeànnin.

Lettre de messieurs Jeannin et de Kussy au Roy y du cinquième d^ novembre 1608.

SiBE,

Nous écrivons ce mot à votre Majesté par ce gentilhomme qui s'en retourne en France, craignant qu'elle ne soit en peine de ce qui se passe ici , où il n'y a encore rien de résolu pour le fait de la trêve, à cause de l'absence de ceux de Zélande qui sont attendus tous les jours, et, à ce qu'on dit, doivent être ici après demain , les plus sages ayant estimé qu'il valoit mieux différer cette résolution jusques après leur venue, pour conserver Tunion d'entre eux tous, que l'avancer. Tous les députés des autres provinces y sont, il y a déjà quatre ou cinq jours , et n'ont laissé de conférer ensemble en chacune province , d'où on a pu faire quelque jugement dès à présent de leurs opinions, et dire que le plus grand nombre des villes de la province de Hollande , et jusques à quatorze , à ce qu'on tient pour certain , outre la voix de la noblesse, sont d'avis de recevoir la trêve ; les autres quatre y ajoutent des conditions, même en l'article de là liberté , qu'on ne peut espérer d'obtenir, mais il y a grande apparence qu'ils se joindront aux autres, et déjà en a-t-on quelque sentiment et conjecture. Pour la province

de Zélande, le bruit est qu'ils se doivent opiniâtrer jusques à rextrémité, et maintenir qu'eux contredisant à la trêve les autres ne la peuvent conclure, encore qu'ils soient tous d*un même avis. Si ne pensons-nous pas qu'ils soient suivis en leur maxime, qui ne fut jamais reçue ni approuvée en cet Etat, sinon pour les empêcher de retourner en la sujétion d'Espagne, non quand il seroit question de traiter pour les en exempter comme il est à présent ; ce qui nous fait croire que tous les députés des autres provinces ensemble presseront ceux de Zélande de se départir de leur opinion pour se joindre à l'avis commun. Ce qu'ils feront est encore incertain ; bien me semble-Ml qu'ils ne se sépareront point des autres, et chacun l'estime ainsi, pouvant assurer votre Majesté que ceux qui ont la conduite de ces peuples sont si bien persuadés leur salut dépendre de l'union , qu'ils ne feront jamais cette faute que de se séparer les uns des autres , quelque résolution qu'ils prennent, et que M. le prince Maurice même, quoique du tout ennemi de la trève^ qu'il dit toujours devoir être la ruine de l'Etat, s'y rangera plutôt que de prendre quelque autre conseil, jugeant bien, comme sage qu'il est, qnil ne le pourroit faire sans blâme et sans se ruiner, et aider à la ruine du pays pour la conservatiou duquel il a tant travaillé.

Le sieur Lambert nous a dit qu'il lui a fait entendre sur ce sujet tout ce que votre Majesté lui a commandé ; et il semble , Sire, que depuis la réception de vos lettres il soit devenu plus modéré et retenu, quant aux conseils de désespoir dont il souloit menacer, mais non au regard des poursuites qu'il pense pouvoir faire envers les Etats, même envers la province de Zélande, pour lui faire contredire opiniâtrement à cette trêve. Nous l'avons vu sur ce sujet pour essayer de le pei*suader; il n'est pas toutefois encore vaincu, alléguant à présent cette seule raison, que les provinces ne voudront contribuer ce qui sera requis pour l'entretènement des garnisons. C'est pourquoi étant allés en assemblée générale pour leur présenter les lettres de votre Majesté, nous y avons ajouté qu'elle les exhortoit derechef de recevoir la trêve , et de demeurer bien unis ensemble sans se séparer les uns des autres, comme aussi de pourvoir auxdites contributions. Les députés d'Angleterre y furent pareillement avec nous , et leur firent les mêmes prières et exhortations , en y ajoutant encore de plus que, s'ils n'acceptoient la trêve, ils ne dévoient espérer aucun secours ni assistance de leur maftre : ce que nous n'avons pas voulu faire de notre côté, aimant mieux les persuader par raison , qu'intimider par nécessité. Aussi disent-ils tous

BU nésiDBHT i£ÂNNIN«

(ffM n^oijît Jamais rien attendu de leur o6té , mais bien de votre Majesté, qui les a toujours assistés au besoin , et tant qu'ils auront sa bonne grâce et son secours qa'ils ne craignent rien.

Nous sommes en quelque crainte que , quand Dous penserons avoir fait ici, on ne rencontre des diflicultés de Tautre côté, à cause des lettres <iae le sieur Richardot a écrites au sieur Jeannin, par lesquelles il semble quMIs ne peuvent persuader l'Espagne. Aussi nous a-t-on dit que le coarrier qui en est venu étoit parti le lendemain pour y retourner, et qu'un autre l'avoit encore suivi. Nous ajoutons encore une autre crainte à celle^i, qu'il semble le prince Maurice, et ce qui dépend de lui , ne pouvant faire rejeter la trêve, aimer mieux, en demandant une plus ample déclaratioi de la liberté, donner délai aux archiducs pour envoyer en Espagne à cet effet, que d'accepter celle-ci, et que les Etats , qui désirent obtenir quinze ans au lieu de dix , ne donnent pareillement sujet aux archiducs de prendre cette ouverture , à cause de la longueur du temps qu'il y faudra employer pour demander la trêve l'année prochaine ; et comme tous ensemblement De s'accordent volontiers , les uns pour rompre du tout la trêve à longues années, les autres pour l'obtenir de quinze ans au lieu de dix , nous n'omettrons rien envers les uns et les autres pour leuren remontrer l'Inconvénient. Nous donnerons avis de tout ce qui se passera à votre Majesté, et cependant prierons Dieu, Sire, qu'il lui donne, et à sa royale famille, tout heur et prospérité*

De La Haye, ce cinquième Jour de novembre

Vos, etc. , P. Jeannin et Russy.

Lettre de M. Jeannin à M. de Ville roy, dudit jour cinquième de novembre 1608.

Monsieur, J'ai estimé vous devoir écrire par la commodité de ce gentilhomme qui s'en retour- Doiten France. Les lettres du Roi à M. le prince Maurice et aux Etats ont beaucoup servi. Le premier connoft que les menaces de son désespoir et de diviser cet Etat ont été très-mal reçues, et n'a toutefois sujet d'en être offensé; et qu^nt aux autres, ils sont confirmés en l'opinion <j[a « Je leur ai toujours donnée de la bonne inten- ^iongi de Sa Majesté à procurer leur repos, que le plciis grand nombre reçoit avec autant de conten- X^i^ent et d'actions de grâces que les autres tîtfMitrent d'en avoir de déplaisir. Les choses étant ainsi disposées à présent, qu'on ne peut rien faâre qui soit agréable à tous, j'eusse volontiers différé à vous écrire ce qui se passe attendant quelque résolution , pour vous mettre tout d^un coup hors de l'incertitude en laquelle vous

êtes par delà; mais jugeaût, par vos dernières lettres et les discours qu'a faits le sieur Lambert, que vous êtes en peine et que vous appréhendez quelque division , Je me suis avancé de le faire. Ceux qui conduisent ces peuples ont toujours cette prudence en leur tête de ne se point désunir, et Je le Juge aussi de ma part si nécessaire et conforme à l'intention du Roi , que j'aimerois mieux leur laisser prendre la résolution de rejeter la trêve , et à un besoin les y fomenter sous main , que d'aider à la faire , si elle devoit être cause de les diviser irréconciliable** ment. C'est aussi le conseil que vous me donnez, dont Je vous remercie, et vous supplie de croire que Je me suis toujours proposé d'en user ainsi, et, si Je me fusse vu sur le bord de ce péril, d'en donner avis assez à temps à Sa Majesté pour recevoir de nouveau ses commandemens avant qu'exécuter du tout les anciens. Il est vrai que Je n'ai pas voulu prendre l'alarme sans raison , ni croire tout ce qu'on m'a dit pour me faire peur, et, par ce moyen, induire Sa Majesté à se changer, jugeant, par la connoissance que J'ai de l'état des affaires de ce lieu , la résolution qu'elle avoit prise être la meilleure , aussi qu'en la voulant changer Je prévoyois qu'on eût encore rencontré de plus grandes difficultés de l'autre côté. Or Je ne me repens pas du jugement que J'ai fait , et de ce que vous ai souvent mandé , que, pour être divisés en opinions, ils ne tomberont point en faction , et que M. le prince Maurice , après avoir aussi fait tout ce qu'il aura pu pour faire suivre son avis, se rejoindra enfin à l'avis de l'Etat ; car ce que Je disois seulement lors par conjecture. J'estime le pouvoir assurer maintenant. Je n'en dis pas encore autant de la résolution des Etats, Jaçoit que de dix-huit villes qui ont droit de suffrage en la province de Hollande , il y en ait déjà quatorze avec les voix de la noblesse qui sont pour la trêve , et qu'on ait grande opinion que les quatre qui restent les suivront lorsqu'on opinera ouvertement, ce qui n'a pas encore été fait pour l'absence des députés de Zélande, lesquels sont attendus ici après demain, ayant même déjà appris que Amsterdam, qui est l'une des quatre, a donné charge à ses députés de se Joindre au plus grand nombre, mais qu'ils ne s'en doivent déclarer qu'à l'extrémité. Les plus sages ici ont été d'avis de prendre ce loisir de cinq ou six Jours pour disposer pendant ce temps les villes qui restent, et afin d'attendre aussi ceux de Zélande, pour leur persuader, si on peut, comme on l'espère, de se Joindre à Tavis commun, ce qu'ils feroient dès à présent sans doute, n'étoit la résistance de M. le prince MaU'^ rice qui l'empêche tant qu'il peut, et leur per-%

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NicoctÀTtoifii

Buade qu^on ne pourra rien faire s*ils persistent en leur première opinion.

On essaie aussi de faire rejeter la trêve à ceux d'Utreclit, qui l'ont tom'ours désirée avec ardeur, sous prétexte qu'on leur dit qu'il leur faudra rendre les grands biens d'Eglise qu'ils ont occupés, et qu'on fait cette peur aussi à des chanoines qui sont des meilleures familles de la ville, lesquels tiennent ces bénéfices , et sont néanmoins de la religion et mariés; et le dernier espoir dudit sieur prince est maintenant fondé sur ce qu*il dit, la province de Zélande contredisant à la trêve et refusant de traiter avec les ennemis, les autres ne le pouvoir faire sans eux. La vérité est bien qu'ils ont tenu pour maxime qu'on ne traiteroit jamais avec les ennemis si tous n'en étoient d'accord , mais cela doit être entendu pour se mettre en leur sujétion, non pour traiter a régal comme ils font à présent. J'y lyoute davantage qu'ils ont tous consenti par la première trêve de traiter une pe^ix perpétuelle, ou trêve à longues années; ainsi on ne le peut plus révoquer en doute, et n'est à présent question sinon des conditions, pour le regard desquelles il est raisonnable de suivre la pluralité , selon qu'il est accoutumé en tous gouvernemens populaires. Cette question n'e^t encore qu'aux discours des particuliers : nous verrons, lorsqu'elle sera traitée en l'assemblée , quel jugement ils en feront ; bien estimé- je qu'ils seront de mon avis. Vous voyez , monsieur , qu'il y a de la difficulté par« tout , et qu'il faut vaincre pied à pied jusqu'à ce que la résolution soit entièrement prise ; car on ne peut rien espérer plutôt du prince Maurice , encore que nous l'ayons prié de vouloir acquérir le gré de l'Etat et de Sa M^je8té avec de si bonnes raisons qu'il en- devoit être persuadé. Je ne sais toutefois, quand nous aurons fait ici, si nous aurons fait de l'autre côté; car ayant écrit au sieur Richardot par un messager de cette ville , et depuis encore bien plus expressément par le courrier Picault, que nous trouvons beaucoup de difQcultés à faire recevoir la trêve, le priant d'aider à les surmonter , même en ce que je prévoyois que les Etats feroient refus de l'accepter si elle n'étoit de quinze ans, il m'a répondu qu'il seroit à propos sur telles difficultés de leur faire ouverture d une trêve pour vingt ans à la suite de la première, sans aucune expression ni déclaration de la liberté 9 y joutant ces mots, que si je la pouvois faire ce seroit leur donner la vie , et que cela servirait aussi beaucoup à ce qu'ils traitent avec Sa Msgesté qui est en bon état. J'ai été fort étonné de voir cette lettre , et de Tindiscrction du personnage qui néanmoins est homme sage; car si elle eût été vue, les Etats fussent

entrés en très-grand ombragé , et cda tooxâ eit ôté tout moyen de servir à l'affaire pour laquelle je suis ici : c'est pourquoi j'ai à l'instant écrit à M. de Berny en chiffre , afin qu'il lui en parle et le prie de lui faire dorénavant entendre ce qu'il me voudra mander , et que lui me l'écrive après en son chiffre ; et s'il en use autrement, je croirais qu'il le fait par artifice et à dessein. Je crois néanmoins qu'il n'en a usé pour ce coup à mauvaise intention , pource que le messager qui m'a apporté ses lettres est celui même qui lui avoit été envoyé de cette ville de la part de l'ambassadeur du Landgrave , lequel vouloit obtenir un passe-port des archiducs pour se retirer en Allemagne, et m'avoit prié d'écrire audit sieur président en sa faveur ; à laquelle lettre il me faisoit réponse, et à une autre que lui avoit depuis donn^le coa^ rier Picault passant par Bruxelles.

Or j'avois ajouté en cette première lettre, par l'avis de M. de Russy qui était lors en mon logis, quelques mots pour faire entendre audit sieur président les grandes difficultés que nous rencontrions au fait de la trêve , et le prier de faire de son côté ce qu'il pourroit pour aidera les 8D^ monter, comme nous ferions du nôtre, selon l'avis que nous lui en donnerions à toutes occasions, laquelle lettreayant été donnée àun homme de ce lieu fort connu de feu Hf . de Buzanval, pour la porter audit sieur ambassadeur, puis au messager qui la devoit porter, il l'ouvrit premièrement, et fit un extrait de ce qui étoit contenu sur la fin d'icelle lettre, lequel tomba entre les mains d'autres qui étoient ennemis de la trêve, Iwqiels prirent sujet de dire, à cette occasion, que j'avois intelligence avec ledit président ; ce qui me mut de faire plainte de cette calomnie en l'assemblée des Etats , et leur dire que nous écrivons à toutes occasions audit sieur président pour l'avancement de leurs affaires, dont ils me remercièrent; et si je leur eusse nommé celui qui avoit fait U faute , ils l'eussent sans doute fait cbAtier rudement; mais lui m'en ayant demandé pardon, et su qu'il n'avoit feit cet extrait , sinon pour mander des nouvelles en Allemagne, qui est le ^ tier ordinaire dont il se mêle sans avoir autre mauvaise intention, je m'en abstins. U est vrai que cela me servit d'avertissement pour finre prendre garde au logis du messager lorsqu'il retourneroit, afin que la réponse me fit apportée à l'instant de son retour, me doutant, pource que j'avois encore écrit depuis par le courrier Picault audit sieur président, qu'il me pourroit écrire chose qui ne devroit pas être vue, dont bien m'en a pris, car mes lettres étoient dans un paquet adressé à l'hôte en la maison duquel ledit sieur président logeoit étant Id, dont U aemUc

Dt PRESIDBNT JËÀNIVil^.

qtill ait quelque Aance; et Je sais d'ailleurs que M. le prince Maurice le tient pour son serviteur, etqu*ii eût pu lui faire voir mes lettres.

Je vous ai fait ce petit récit pour vous dire qu'un léger accident peut quelquefois rompre une grande affiûre; auquel j'ajouterai ce mot, qu*il me semble reconnottre par les lettres dudit sieur président qu'ils sont en quelque défiance du côté d'Espagne, en ce qu'il dit qu'on leur donnera la vie si la trêve se fait ainsi qu'il est contenu ci*dessus. Aussi a-t-on mandé de Bruxelles à quelqu'un de ce lieu que le courrier d'Espagne étoit reparti le lendemain de son arrivée, n'ayant apporté ce qu'on dé^iroit ; vous en pourrez apprendre quelque chose vers vous. Pour moi, je ne pense maintenant qu'à faire ce qui est de mon devoir envers les Etats, où je n'ai que trop de difficultés pour m'exercer. Si c'étoit fait ici , nous tournerions toutes nos pensées de l'autre côté , aimant toutefois mieux que la faute vienne de cet endroit-là que d'ici. Le sieur Lambert m'a fait force excuses à son retour , et n'en a point trouvé de meilleure que de nier tout. Je ne me veux heurier contre personne, et suis content de le dissimuler; il en a fait autant à l'endroit de M. de Barneveldt par mon avis. Vous aurez de nos nouvelles à toutes occasions. Ce gentilhomme qui est porteur de nos lettres est lieutenant de la compagnie colonelle de M. de Châtillon , en fort bonne réputation ici , même euvers M. le prince Maurice qui m'en a fort bien parlé plusieurs fois. Or il m'a dit qu'il a quelque affaire en cour où il désire votre faveur, et je vous en supplie très-humblement pource qu'il est personne de mérite. Je prie Dieu, monsieur, qu'il vous maintienne et conserve en bonne et parfaite santé.

De La Haye, ce cinquième jour de novembre . Votre, etc. , P. Jeannin.

Lettre de M. Jeannin à M. le duc de Sully ^ dudit jour cinquième de novembre 1608.

Monsieur, nous sommes sur le point de faire finir cette aiffaire, et , comme j'espère, au conteçtement du Roi , dont toutefois je ne peux assurer, pource que chacun s'opiniàtre toujours à fiiire suivre son avis, et M. le prince Maurice sur tous autres ne remet rien de son accoutumée tioursuite pour vaincre. Bien me semble- 1- il qu'on peut assurer qu'il acquiescera à la résolution des Etats, et, quelle qu'elle soit, que les {provinces demeureront unies sans se séparer les ^nes des autres. La province de Hollande , de laquelle doit principalement dépendre l'entière ^résolution , accepte la trêve pour la plupart aux

conditions de notre écrit, mais ils désirent tous l'obtenir pour quinze ans au lieu de dix ; et de cet avis sont quatorze villes, et la noblesse qui a aussi une voix, ne restant plus que quatre villes qui y contredisent , lesquelles semblent se vou» loir plutôt laisser vaincre que s'opiniâtrer contre le plus grand nombre. Il n'y a que la Zélande seule qui se rend toujours difficile, et dit que c'est une loi fondamentale de leur Etat de ne faire aucun traité avec l'ennemi sans le consentement de tous ; et les autres provinces l'interprètent au cas qu'on voulût traiter pour se remettre en sa sujétion , mais , pour traiter à l'égal , qu'on se doit contenter de l'avis du plus grand nombre des provinces, selon qu'il est accoutumé en tous gouvernemens populaires ; davantage , que toutes les provinces, et Zélande même avec les autres , ont consenti , dès la première trêve , de traiter d'une paix absolue, ou d'une trêve à longues années, la liberté étant reconnue selon qu'il est contenu en cette première trêve. Ainsi on ne peut plus révoquer en doute si on traitera ou non; et cela étant présupposé , il ne reste sinon d'examiner les conditions, en quoi il ne seroit raisonnable de requérir un consentement universel de tous , mais doit suffire celui du plus grand nombre; autrement il seroit impossible d'en convenir jamais , à cause que l'infirmité de cps esprits est telle, qu'il avient peu souvent qu'es délibérations d'importance tous soient d'un même avis; chacun en fait ce jugement ici, qui nous donne sujet d'en espérer.

Les députés de Zélande sont attendus après demain. Il n'y aura rien de bon en leur premier avis; mais étant combattus par tous les autres, nous ne pouvons croire qu'ils se veuillent opi« niàtrer, et plusieurs en jugent de même que nous. Nous n'omettons rien de ce qui doit dépendre de notre diligence pour les persuader^ et faire pourvoir aussi à ce qui sera requis pour leur donner contentement ; mais je ne sais, quand nous aurons fait en ce lieu, si, du côté d'Espagne, les archiducs auront pouvoir de faire ce qu'ils ont promis , qui est d'obliger le roi d'Espagne en vertu de bonne procuration, sans quoi tout seroit rompu; car on fait bruit que le dernier courrier qui en est venu ne leur a apporté ce qu'ils demandent , et qu'on l'a derechef renvoyé ; aussi me semble-t-il reconnoltre de la froideur et de rincertitude es dernières lettres que j'ai reçues de M. le président Richardot. Nous donnerons avis à Sa Mi^esté de jour à autre de tout ce qui s'avancera , et à vous aussi , monsieur , de qui je serai perpétuellement , etc.,

P. JSANNIII.

A La Haye ^ ce cinquième de noTembre 1608,

BréGOCIÀTlOîfS

Lettre de M. Jeannin à M. de Villeroy^ du huitième de novembre 1608.

Monsieur, je vous ai écrit, il n'y a que trois Jours, par un gentilhomme lieutenant de la compagnie de M. de Ghâtillon, lequel retournoit en France , que les affaires pour la trêve vont de bien en mieux , et que la province de Hollande, fors quatre villes , étoit lors d*avis de la recevoir. Il n*y en a maintenant plus que deux ; à savoir, Amsterdam et Delft, dont la première se doit réduire à Tavis des autres, et je le sais certainement ; et quant à celle de Delft, de quarante personnes qui sont du conseil de la ville, il y en a trente-trois qui approuvent la trêve, et sept seulement qui s*opiniâtrent à la rejeter; mais ils s'accorderont pareillement ainsi qu'on espère. Les députés de Zélande n'arrivent qu'aujourd'hui; leur premier avis sera, à ce que chacun dit, d'essayer à faire rejeter la trêve, et de protester que les autres provinces ne la peuvent accepter eux la refusant ; mais les autres sont délibérées de les exhorter et prier de se joindre à l'avis commun, et de ne souffrir aucunement qu'ils leur donnent la loi. M. le Prince , qui fait toujours le pis qu'il peut , les maintient en cette opiniâtreté ; mais on pense qu'ils se laisseront vaincre à la fin , et que lui-même suivra la résolution commune , sans se précipiter à des conseils de désespoir , èsquels il seroit si foihle qu'il y trouveroit sans doute sa ruine et celle de sa maison, sans toutefois faire autre mal au pays ; en sorte que je tiens toujours pour certain, quelque bruit qu'il fasse et quelque alarme qu'il donne pour nous mettre en crainte et division , que la résolution générale éteindra tout ce feu , lequel eût été beaucoup plus grand si on se fût voulu joindre avec lui et la Zélande, pour faire continuer la guerre , de sorte que le conseil que nous suivons est et a toujours été nécessaire pour éviter pis, quoique d'autres aient voulu imaginer le contraire. Ce que je crains le plus maintenant est que le roi d'Espagne ne veuille pas consentir que les archiducs traitent en son nom en vertu de la procuration qu'ils ont de lui , dont quelques avis sont venus de Bruxelles , et M. le prince Maurice les publie, et dit hautement partout qu'ils sont certains et véritables, et nous veut dissuader par là de poursuivre la trêve , et détourner même , s'il pouvoit , les provinces d'en plus délibérer jusqu'à ce qu'elles soient mieux informées de l'intention dudit sieur Roi, désirant plutôt à présent que l'affaire soit mise en longueur que d'en voir la fin qu'il juge bien ne devoir être conforme à son intention.

' Je dis au contraire qu'on se doit fier en nous,

et que nous avons toute assurance d^ archidocS) et, quand il y aurait occasion de soupçonner quelque chose de ce qu'on met en avant, que les Etats ne doivent laisser de prendre promptement leur résolution à la trêve, afin que si elle est ronh pue du côté de leurs ennemis , la faute leur en soit attribuée, non à eux , et que les deux rois soient aussi rendus plus enclins à les secourir, ayant reconnu qu'ils se sont mis en devoir de suivre leurs conseils. Il est plus besoin que jamais que nous employions l'autorité du Roi , et fassions toutes sortes de poursuites de sa [>art pour les faire tomber à cette résolution; car il n'est pas croyable de quels artifices on use pour donner de mauvaises impressions , maintenant que le Pape et les jésuites sont ceux qui traitent l'affaire en France , tantôt qu'on veut rétablir la messe avec la trêve , et foire des changemeus en cet Etat au profit du roi d'Espagne et des princes avec lesquels il est d'accord. Et toutes ces calomnies, au lieu de servir à l'effet pour leqael elles sont mises en avant, à savoir pour émou^ voir le peuple contre leurs magistrats, ne servent qu'à rendre odieux le prince Maurice et ceux qui sont de son avis; et néanmoins je sais , quoiqu'il soit fort opiniâtre , que tous ces artifices sont du tout éloignés de son naturel , et, s'il n'y étoit conduit par d'autres qui lui font accroire que la crainte des mouvemens qu'il poar* roit faire seront cause de faire changer d'avis à Sa Majesté , il eût attendu la résolution sans se rendre. Mais sans autre contradiction , je ne vois pas pourtant qu'on doive rien craindre de cet endroit; et ceux qui le connoissent mieux, et ce qu'il peut aussi dans le pays , que moi , en ont la même opinion. Je vous écris ce mot afin que vous soyez éclaircl de jour à autre de tout ce qui se passe, et prie Dieu, monsieur, qu'il vous conserve en parfaite santé.

De La Haye, ce huitième de novembre 1608.

Votre, etc., P. Jeànnlx.

Autre lettre de M. Jeannin à M. de Villerot/f du treizième de novembre 1608.

Monsieur , je vous ai écrit du huitième , et n'ai pas beaucoup à ajouter : toutefois ayant trouvé la commodité de ce gentilhomme qui s'en retourne à la cour, lequel a passé par ce lieu venant de Suéde, je vous donnerai avis de l'arrivée des députés de Zélande depuis deux jours, qui sont toujours contraires à la trêve , et veulent ajouter aux raisons les menaces et la crainte de leur séparation , ce qu'on juge toutefois sansap' parence , attendu qu'ils voient toutes les autres provinces autant affectionnées à la recevoir, et à jouir du fruit d'icelle , qu'eux à la rejeter.

DU PUBSIDBNT JtkNVlTf.

Aosst SQls-Je averti, s'ils ne pensent obtenir des autres ce qu'ils prétendent, qae leurs députés s'en retourneront pour assembler derechef les Etats particuliers d'icelie province et le leur faire entendre, afin de délibérer de nouveau de ce qu'ils auront à faire. Les Etats-Généraux y enverront pareillement quelques députés de leur corps pour les induire à prendre même conseil ([u'eux ; à quoi on estime qu'enfin ils se réduiront, et dit-on déjà que quatre villes, dont Middelbourg en est une, sont en cette volonté, et en ont fait la déclaration en leur précédente assemblée d'Etats. M. Maldrée qui m'est venu Toir dit néanmoins le contraire, et que sans faire nul mouvement leur province laissera faire les autres, pensant bien se pouvoir conserver, encore que ladite trêve soit faite avec eux. Vous pouvez Juger, monsieur, y ayant six provinces pour la trêve contre une qui ne la veut pas , combien il eût été plus difficile de les porter à la guerre, et que le danger d'une division y eût été plus grand. Je dis six , car encore qu'Amsterdam et Delft ne se soient Jusques ici conjoints ouvertement avec les autres villes de Hollande, on nous assure qu'ils le doivent faire incontinent après que ceux de Zélande auront été ouïs en rassemblée générale, au cas qu'ils ne puissent induire les autres provinces à changer d'avis; et quant à la province d'Utrecht qu'on a voit essayé de séparer, elle ne l'a pas voulu faire. Quelques serviteurs du prince Maurice ne laissent pourtant de dire qu'il est obligé , par les propos qu*il a tenus, de se Joindre avec la Zélande, et se servir des gens de guerre qui le voudront suivre, pour contraindre les autres provinces à être de son avis, entre lesquels il y a des Français qui osent bien dire que ce qu'il fera sera pour le service du Roi, par ainsi qu'ils sont tenus d'obéir À ce qu'il leur commandera en cet endroit. Il est v^rai que les propos du prince Maurice sont plus OQodérés, m*ayant dit, comme ii a fait plusieurs Aois à madame la princesse d'Orange et à M. de fHussy, que, ne pouvant empêcher cette trêve T^r ses raisons et persuasions, il les laissera faire ^Ans y consentir en son particulier, afin que chaeou sache à l'avenir qu*il n'a point participé à ^ conseil. Connoissant aussi quelle est sa \ertu et son Jugement, j'ajoute plus de foi à ce qu'il ^it qu'à ce que les autres présument et publient ^^ son intention; et cela est cause que J'appré- ^nde moins telles menaces, qui seroient à la ^^^té^ fort k craindre si ces peuples, poussés P^ la faveur de quelque homme puissant et de ^^'^^ance, venoient à se mutiner, comme ils pourroient aussi bien faire pour que contre la trêve, '^ y ayant autre difficulté, sinon que les magis-

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