SB
NEGOCUTIORS
qu'il n'y auroit plus aucune sûreté pour l'Etat ; nous prioit à cette occasion de n'y point consentir au nom de votre Majesté. Sur quoi nous lui dîmes ce qu'elle nous en avoit ci-devant écrit , et qu'elle Jugeoit raisonnable , puisque M. le président Richardot nous avoit mandé, de la part desdits sieurs archiducs, qu'ils s'obligeoient au nom dudit sieur Roi , et en vertu de la procuration d'icelui^ qu'ils accomplissent ce qu'ils avoient promis, et que nous y insisterions fermement : M. Maldrée nous a aussi aidé à faire ce bon œuvre.
Nous estimons de notre part qu'il n'y a aucune feintise et déguisement en ce que nous a dit ledit sieur Prince, qui est homme fort entier et d'un naturel du tout éloigné de dissimulation , combien que d'autres n'en fassent le même jugement, et disent que c'est pour gagner temps, et faire tomber les affaires à une trêve pour l'année prochaine , qui lui pourroit donner le loisir et moyen de faire des pratiques pour rompre la longue trêve; mais cela est sans apparence , car il sait bien que cette trêve d'un an seroit cause de faire licencier la plupart des gens de guerre , ce qu'il craint , et de la faire encore continuer peut-être en Tannée suivante , qui seroit bien pis , et dont les inconvéniens lui ont été représentés si souvent , qu'à notre avis il se gardera bien d'y tomber, pource qu'il est certain qu'il n'a aucun mauvais dessein , mais bien est-il trop entier et obstiné à suivre l'avis qu'il juge le meilleur. Nous connoissons bien que si ceux de Zélande étoient toujours désireux d'empêcher cette trêve, qu'ils pourroient faire perdre beaucoup de temps, car les autres provinces, lesquelles craignent avec raison la séparation de cette province, envoient de la part des Etats-Généraux des députés de leur corps pour se trouver en leur assemblée particulière , afin de les persuader de s'unir avec eux ; lesquels ont aussi charge , s'ils ne peuvent rien gagner en ladite assemblée , d'aller es villes, et parler en particulier aux magistrats qui les régissent pour les persuader; et tout cela ne se peut faire qu'avec du loisir. Nous ne pouvons néanmoins blâmer cette conduite, n'y ayant rien qu'il ne faille tenter et faire pour les joindre tous ensemble , et empêcher qu'il n'y ait aucune séparation entre eux. Votre Majesté pourra bien juger de ce que dessus qu'enfin les aflaires passeront bien du côté des Etats , et sans division ni faction; mais nous ne sommes pas hoi*s de crainte que le roi d'Espagne refuse de faire ce que les archiducs ont promis pour lui , et s'il avient ainsi , et que voulions encore persister à la trêve, ceux qui l'ont blâmée jusques ici deviendront plus puissans pour la dissuader , et
auront la raison pour eux. Nous ne savons aussi quel langage on leur pourroit tenir là-dessus, attendu que nous leur avons déjà déclaré en pleine assemblée que votre Majesté jugeoit raisonnable que le roi d'Espagne fût obligé à ce traité, et qu'ils ne le dévoient faire autrement. G*est pourquoi , si cela avient , il est besoin que nous ayons de nouveau ses commandemens. Atr tendant lesquels nous prions Dieu, Sire, qu'il donne à votre Majesté en parfaite santé trèslongue et três-heureuse vie.
De La Haye, ce vingtième novembre 1608.
Vos , etc., p. Jeannin et Rdssy.
Lettre de M. Jeannin à M. de Villeroy, dudU jour vingtième novembre 1608.
Monsieur, les lettres du Roi du troisième de ce mois, et les vôtres du quatrième, avec celles du trentième du mois précédent, m'ont été rendues le quinzième par la voie de M. de Bemy. J'ai donné ordre pour lui envoyer dorénavant les miennes en deux ou trois jours au plus, pourvu que de son côté il ait moyen de les vous faire tenir sûrement, et avec la même diligence, car je juge bien que le Roi a pu être en quelque iuquiétude sur l'événement des affaires de ce lieu; mais il en doit être hors de peine , vous pouvant assurer, encore qu'elles ne soient faites, qu'elles sont en bon état de ce côté, et que j'espère l'issue en devoir être heureuse, mais avec un peu de loisir. M. Maldrée qui conduit ceux de Zélande, et est serviteur particulier de M. le prince Maurice, m'est venu voir avant que partir pour s'en retourner , et m'a assuré que leurs députés seront de retour au plus tard dans quinze jours avec bonne réponse, comme il estime, et je l'espère aussi. M. le Prince est fort adouci et changé. Les lettres du Roi, et le respect qull lui porte, ont beaucoup servi, avec l'état qu'il voit aux aflkires , aussi que rien n'a été omis de ce qui pouvoit dépendre de mon industrie pour le gagner; à quoi madame la princesse d'Orange et M. Maldrée ont beaucoup aidé , joint que son naturel n'a jamais été de se porter à des conseils précipités et sig'ets à blâme. Nous avons aussi réconcilié le sieur Barneveldt avec lui , ce que je tiens être sans fiction d'une part et d'autre. Je ferai en sorte, s'il m'est possible, qu'ils soient encore mieux avant que je sorte d'ici , afin qu'on se puisse servir de tous les deux ensemble pour la conservation du pays et intérêt particulier de Sa Majesté. J'avois toujours espéré de faire ce bon œuvre, et en attendois l'opportunité que j'ai cherché d'avancer autant que j'ai pu ; mais il n'y a eu moyen de le faire plus tôt , et c'est assez à temps. Vos dernières lettres , qui m'ont
BU PBESIDBIIT lEÀNNlN.
fiijt connoftre que vous n'espérez rien de la négociation de don Pedro, m'en ont encore rendu plus soigneux.
Nous achèverons la trêve, s'il plaît à Dieu , au contentement de Sa Majesté , et ferai conooitre que tout ce que lui a dit Lambert ne sont qu'imposturas. Quand les affaires seront en état de pouvoir mander la certitude de la résolution qu'on prendra ici , M. de Préaux en sera le porteur, et vous dira beaucoup de choses de ma conduite que J*ai celées jusques ici, dont 11 a été besoin que je me sois servi pour avancer l'affaire. Je ne lui avois pas communiqué vos lettres sur la maladie de M. de Gbâteauneuf ; mais m'ayant dit depuis deux jours qu'un homme dç madame la princesse d'Orange, nommé Fleury, lui en avoit apporté lettres du sieur du Bois secrétaire de mondit sieur de Gbâteauneuf qui le lui mandoit , et donnoit néanmoins espérance de sa convalescence , je le lui ai dit. Je prie Dieu qu'il le remette en santé , la lui désirant aussi bonne qu'à moi-même, pour l'honneur et le respect que je lui ai toujours portés, aussi que j'honore tout ce qui vous appartient. M. le prince d'Orange , lequel est ici depuis six ou sept jours, fait ce qu'il peut envers son frère pour l'induire à la trêve. J'estime qu'il sera à propos que le Boi lui en écrive et le prie de continuer ses bons offices. Ce que vous me mandez touchant l'intention du roi d'Espagne, et des nouvelles que le dernier courrier a apportées d'Espagne, étoit su ici par des avis venus de Bruxelles, et M. le prince Maurice me Tavoit dit et publié aussi partout. Je ne sais si les archiducs le pourront changer; mais s'ils ne le font, et n'ont le pouvoir de l'obliger en vertu de bonne procuration , il sera malaisé de poi*ter ces peuples à la trêve sans division. Aussi ne me semble-t-il raisonnable de les en presser , car les archiducs l'avoient ainsi promis dès la première trêve, et depuis H. le président Richardot Ta confirmé par ses lettres du seizième octobre, et je ne sais avec quel langage nous pourrions maintenant persuader le contraire : vous nous instruirez, s'il vous plaft, là-dessus de ce que nous aurons à faire au cas que ce changement arrive.
Que le Roi ne soit en peine de ce que je vous avois écrit , que quelques seigneurs mal contens aident à troubler l'esprit du prince Maurice; il m'avoit été dit, et par personnes qui vouloient rejeter le soupçon sur autrui , craignant qu'on ne l'eût peut-être d'eux-mêmes; mais je sais à présent pour vrai qu'il n'en est rien, et que chacun sert au dessein de Sa Majesté. Je vous envole le propos que j'ai tenu en l'assemblée générale, le dix-huitième de ce mois, pour exciter ceux de |
Zélande à suivre l'avis commun. Et pource que quelques-uns de notre métier ont fait des écrits remplis de mauvaises et impertinentes allégations, pour faire croire que la liberté du pays n'est assez assurée par les mots contenus es articles de la trêve, j'ai encore été contraint d'en dire un mot, même pour répondre à ceux de Zélande qui font aussi cette objection ; le meilleur eût bien été de n'en point parler du tout, mais puisqu'ils l'ont fait, la défense au contraire sembloit nécessaire. Les meilleures raisons doivent dépendre de leur bonne conduite, et du secours de leurs amis, ce que je leur ai dit souventesfois, et que les docteurs, que leurs pensionnaires allèguent, ne sont pas sisavans pour vider cette question que les deux rois avec leurs forces et moyens qui seront à leur commandement, s'ils sont assez sages pour en ménager et conserver leur amitié. M. le prince Maurice, voyant bienquec'est le mieux qu'on puisse espérer que d'obtenir la trêve ainsi que nous la conseillons, dit qu'il craint que, sur le refus que le roi d'Espagne fera de s'obliger, qu'on ne les veuille encore presser de la part de Sa Majesté pour s'accommoder à tout, et y ajoute maintenant, outre ce qu'il disoit auparavant, que l'ardeur de ceux qui ont la conduite des afTaires dans les villes et assemblée générale des Etats est si grande à désirer cette trêve, que si Sa Majesté se lâche de son côté, eux consentiront à tout, et néanmoins, si on suit ce chemin , qu'il y aura sans doute de la division en leur Etat.
Cela me donna occasion de lui répliquer qu'il devoit juger par là combien il se trompoit, quand il nous vouloit faire croire que tous ces peuples étoient ennemis de la trêve; mais il répond qu'il y a différence bien grande entre l'affection des peuples et celle des magistrats et conseils des villes, et qu'il ne s'est voulu servir des premiers contre les autres, comme il pouvoit faire, et avec leur soulèvement rompre tout traité. Il n'y a doute que le séjour de don Pedro en France a donné grand sijget de défiance ici, et que beaucoup de gens y ont contribué; mais j'ai donné tant d'assurance que rien n'étoit à craindre de cet endroit , et même fait des propositions et ouvertures sur ce sujet comme de moi-même au prince Maurice, et encore à quelque autre, qui ont beaucoup servi pour leur en ôter la crainte, et aider à l'avancement de l'affaire que je traite. Vous serez averti de tout au voyage de M. de Préaux. Je suis presque en volonté de l'envoyer à Bruxelles, tant de notre part que des ambassadeurs d'Angleterre, pour nous éclaircir sur le doute qu'on fait de l'intention du roi d'Espagne, et leur faire déclarer qu'ils ne peuvent rien es-
4ao
pérer de ce que nous traitons si ledit sieur Roi ne s'oblige. J'ai su que M. le prince Maurice a écrit au Roi par le sieur d'Ostiège, par lequel je vous ai aussi écrit, et qu'il doit donner ses lettres à M. de Châtilion pour les faire voir à Sa Majesté, sans qu'elles passent par vos mains; c'est du conseil d*ici, et de personnes qui soupçonnent tout ce qui n'est à leur goût; si sais-Je bien que vous ni moi nous n'en avons point d'autre que de Sa Mtyesté. Cela n'aviendra plus ci-après, les affaires étant maintenant en autre disposition; c'est pourquoi il me semble qu'il vaut mieux le dissimuler que s'en plaindre. Je prie Dieu, monsieur, qu'il vous donne en parfaite santé très-beureuse et longue vie.
De La Haye, ce 20 novembre 1608.
Votre, etc., P. Jeannin.
Lettre de M. Jeannin à M. le duc de Sully, duditjour vingtième novembre 1608.
Monsieur, je continue à vous écrire que les affaires sont en bon état en ce lieu, M. le prince Maurice ne poursuivant plus la rupture de la trêve, soit que les lettres du Roi auquel il montre porter grand respect, ou bien la grande inclination de ces peuples à la vouloir obtenir , ou les deux ensemble l'aient changé. Ceux de Zélande aussi, qui étoient venus en l'assemblée générale pour y contredire et faire entendre leurs raisons, s*en retournent aujourd'hui, avec promesse de retourner dans quinze jours au plus tard. Nous avons conféré avec eux, oui en particulier leurs raisons, dit les nôtres pour répondre aux leurs, qui me semblent bien les avoir ébranlés; aussi suis -je comme certain qu'ils seront mieux disposés à leur retour. Les Etats -Généraux envoient avec eux des députés pour se trouver en leur assemblée de Zélande, et essayer de leur persuader de suivre l'avis commun, et, s'ils y trouvent encore quelques difficultés, ont charge d'aller dans les villes mêmes qui ont droit de suffrage, pour y assembler les magistrats avec le conseil d'icelles, et leur dire à tous l'intention des Etats-Généraux, qui est d'accepter la trêve aux conditions de notre écrit, encore que la Zélande la refuse ; leur remontrant néanmoins, avec le plus d'efficace qu'ils pourront , les inconvéniens de cette division dont la coulpe leur seroit attribuée. Cette conduite fait perdre du temps, mais il vaut mieux y procéder ainsi pour les rejoindre ensemble, qu'ea négligeant de faire tous ces devoirs , tomber au péril d'une séparation.
Tout ce que je crains le plus maintenant, est que les archiducs n'aient permission d'obliger le roi d'Espace en vertu de la procuration qu'ils
ont dès long-temps de lui, on antre qu'ils en auront pu recevoir depuis , ce que toutefois ils out promis, et si cela avient, que les Etats oe fassent trèÂ-grande difficulté de traiter avec eux, quoiqu'ils promettent de le faire ratifier ; car Us diront tous, si ayant eu tant de loisir pour avoir ladite permission et procuration ils ne l'ont pu obtenir, qu'ils ne doivent rien espérer de la ratir fication qu'ils promettront, et allégueront làdessus, comme ils font déjà sur les bruits qui courent ici que ledit sieur Roi ne veut être nommé en ce traité, le refus qu'il a fait ci-devaot de ratifier la première trêve ainsi qu'il étoit requis ; estimeront à cette occasion que ce traité avec les archiducs seuls ne sera suffisant pour assurer la liberté du pays au regard du roi d'Espagne, ce qui est vrai, et par ainsi n'aura aucun moyen de les y disposer ; et ne crois pas même que l'impossibilité de faire la guerre sans leurs amis, qui les devroit vaincre, puisse suffire pour les persuader et porter tous ensemble et sans division à la trêve, étant cette opinion imprimée dans leurs esprits, que l'intérêt et la raison d'Etat induira toujours les princes qui Tes ont secourus à y contribuer, quoique leur ayons dit le contraire jusques ici , au cas qu'ils refusent la trêve ainsi que leur avons conseillé. Mais ils ne se promettent pas que les devions encore presser de traiter à moins, et je ne sais aussi quelles raisons on pourroit mettre en avant pour le persuader , sinon de leur faire connottre qu'on veut quitter du tout le soin de leurs affaires.
Je vous donne cet avis, monsieur, pour vous supplier três-humblement , si les ministres du roi d'Espagne ou des archiducs vous en sollicitent par delà, que vous leur contredisiez et remontriez qu'il est du tout impossible de l'obtenir des Etats, afin qu'ils se laissent vaincre de leur côté, ou n'attribuent la rupture qu'à eux-mêmes. Encore que je vous représente cette difficulté, comme je fais aussi à M. de Villeroy, à cause des avis qu'on a eus ici de l'intention du roi d'Espagne sur ce fait, qu'on tient pour certains et véritables, si ne saurois-je croire que les archiducs se soient tant avancés que de le promettre, comme ils ont fait , sans en être bien assurés ; et il y a grande apparence, quelque refus que le roi d'Espagne ait fait, qu'il y consentira plutôt que de rompre s'il en est pressé du côté du Bol, et reconnoît aussi qu'il ne puisse rien espérer de la division de ces provinces , qui est peut-être ce qu'il prétendoit faire plutôt que de traiter, comme en effet j'estime qu'ils sont trop sages pour faire une si lourde faute. Nous y prenons garde aussi soigneusement, afin que ce mal, qoi seroit le pire de tous, n'arrive point Et déjà,
BU PUBSIDBlfT aSÀNNIN.
pour empêcher telle division^ nous avons réconeiliéM. de Baraeveldt, qui a le principal maniement aux affaires, avec M. le prince Maurice, lequel montre s'être dépouillé de toute inimitié en son endroit, et Tautre qui le veut servir et bonorer, recopnoissant tous deux la diversité en leurs avis n'avoir été que pour penser mieux faire à leur pays. Je ne désire rien tant que de voir la fin de cet ouvrage au contentement du Boi, et de me rapprocher de vous pour recevoir vos commandemens, et témoigner par toutes mes actions que Je suis, monsieur, votre, etc.,
P. Jeannin.
A La Haye, ce vingtième novembre 1608.
Lettre de M. Jeannin à M, de Bemy , du vingt'Sixième de novembre 1608.
Monsieur, votre lettre du deuxième de ce mois me. fut rendue seulement le quatorzième , mais bien sûrement comme il étoit besoin , car elle contenoit des choses qui, étant vues ici parmi quelques-uns qui essaient de mettre en soupçon le Roi sous prétexte du long séjour que don Pedro fait en France , eussent beaucoup nui aux affaires que nous poursuivons, où Je vois de jour à autre tant de difficultés par la contradiction de la province de Zélande et de M. le prince Maurice , que Je ne peux Juger avec certitude de l*événement , encore que J'aie sujet d'en bien espérer. Vous me mandez d'autre côté que les archiducs ne peuvent ce qu'ils désirent envers le noi d'Espagne, et néanmoins il est certain , s'ils n e consentent d'obliger ledit sieur Roi en vertu d e bonne procuration , selon que M. le président Ricbardot nous a mandé par ses lettres qu'ils feroient, qu'on n'en doit rien espérer du tout, car nous avons affaire à des personnes qui n'appréhendent aucunement l'avenir, et semblent plutôt désirer la continuation de la guerre que leur repos; et n'étoient les poursuites que nous faisons avec chaleur et véhémence au nom du Roi , Jusques à les menacer qu'ils en seront abandonnés s'ils ne suivent ses conseils , comme font aussi les députés d'Angleterre de la part de leur Roi , et le zèle et sage conduite d'aucuns de cet Etat qui ont le même désir que nous , tout fût rompu il y a long-temps , le menu peuple étant du tout affectionné à la guerre, et enflammé à suivre cette passion par d'autres qui ont plus d'autorité, et avec tant d'artifices et vaines espérances qu'on leur donne pour vérité, qu'il est malaisé de les retenir et leur faire sagement considérer les meilleu rs conseils. Tout cela fait une grande division es opinions de ces peuples, qui toutefois ne toinbe point en faction ; car ils ont tous celte prudence en leur tête, J'entends ceux qui les con-
duisent en chacune ville, de ne se point séparer les uns des autres. Nous travaillons cependant de tout notre pouvoir pour avancer et faire résoudre cette trêve , que la Zélande tout entière et deux des meilleures villes de Hollande rejettent du tout, et n'y a doute que le reste les suivra plu* tôt , quoiqu'ils soient en plus grand nombre et que leur conseil même soit meilleur, que de souffrir qu'ils se divisent. Je ne vois aucune apparence de faire de nouvelles ouvertures sur telles difficultés; car elles seroient plutôt cause de faire rompre tout que de leur persuader de les recevoir, outre ce que changer de chemin mettroit en soupçon qu'on veut entrer en d'autres longueurs ; et chacun est si las et ennuyé de celles du passé, qu'on cherche de sortir d'affaire par cette trêve dans la fin de l'année^ ou de n'y plus penser. C'est même l'avis des plus sages et des plus affectionnés au repos de cet Etat, lesquels prévoient que la longueur produiroit des effets du tout contraires à leur désir. Je vous supplie d'en avertir M. le président Ricbardot , et qu'ils s'aident de leur côté pour sortir d'affaire avec autant de soin que nous faisons ici ; autrement Je crains que cette guerre ne se renouvelle avec plus de violence et de fureur que Jamais , et qu'un mal qui sembloit être particulier ne devienne général.
Le Roi nous excite tous les Jours d'y faire tout devoir, et Sa Majesté en a même écrit depuis peu de Jours une très-bonne lettre aux Etats pour les induire à se mettre en repos , laquelle leur fut présentée par nous en leur assemblée générale, avec prière et exhortation de se vouloir conformer à son avis. Elle en a pareillement écrit à M. le prince Maurice, mais il ne se rendra du tout que par la résolution générale, quoi que nous ayons fait de notre côté envers lui pour le persuader. Bien est-il vrai qu'il est plus modéré, et que nous avons ôté de son esprit les conseils de désespoir auxquels il sembloit être réduit , au cas que les affaires ne passent selon son désir. J ai reçu les deux paquets de la cour par votre adresse le quinzième de ce mois ; l'un étoit du trentième d'octobre, et l'autre du troisième de ce mois. Si on prend ce chemin dorénavant , il faut, s'il vous plait, que vous m'envoyiez messager exprès incontinent après la réception des lettres, et que vous accordiez' avec lui de son voyage , et Je le payerai selon que vous me manderez. Celui qui venoit ici d'ordinaire , lorsque les députés des archiducs y étoient, est fort diligent, sait les chemins, et ne met ordinairement que deux Jours de Bruxelles en ce lieu ; mais , afin qu'il vienne avec plus de sûreté, Je vous envoie un passe-port qui pourra servir pour tous ceux que vous enverrez , lui donnant les lettres
SOUS voti*e nom , avec un certificat qu'il est dépéché par vous. Ne in*écrivez pourtant qu'en chiffre, s'il vous plaît, cor il y a des gens qui sont curieux de savoir tout , et il n'est pas À propos. Je vous baise très-humblement les mains , et suis, monsieur , votre, etc., P. Jeannin. ALaHaye, ce vingt-sixième novembre 1608.
Lettre de M. Jeannin à M, de Bongars, agent du Roi près l*£mpereur, dudit jour 26 novembre 1608.
Monsieur , c'est trop tard faire réponse à trois de vos lettres; ce n'est toutefois par oubliance , ni faute de respect envers vous , car j'honore votre vertu et estime votre amitié, avec désir de vous rendre bien humble service partout où J'en aurai le moyeu ; mais J'ai été long-temps incertain du lieu de votre séjour, les lettres même que vous m'écriviez me tenoient en ce doute , et je ne sais encore où vous faire l'adresse de celleci , que J'ai prié M. de Collis de vous faire tenir. Nous ne pouvons trouver le bout de notre travail. Des sept provinces , les six approuvent la trêve, la Zélande seule la rejette. Nous espérons toutefois qu'elle se Joindra a l'avis commun , et qu'ils seront tous si sages de ne se point séparer les uns des autres. Les conditions principales de cette trêve sont que les archiducs , tant en leurs noms que du roi d'Espagne en vertu de la procuration qu'ils ont de lui, offrent de traiter comme avec Etats et pays libres sur lesquels ils ne prétendent rien , qu'elle soit pour dix ans , que chacun demeure en possession de ce qu'il tient, et que les Etats aient aussi le commerce libre aux Indes. Les autres articles en suite de ceux-ci sont communs, ou au profit particulier des Etats. Il y a eu de grandes divisions parmi ces peuples sur la résolution de cette affaire, qui ne sont encore du tout assoupies ; mais ou peut Juger , dès à présent , qu'elles ne se tourneront point en faction, et que, la résolution prise, ils seront tous si sages que de demeurer unis comme ils ont toujours été; c'est à quoi nous tendons, et ce qui nous a principalement été commandé. L'autorité du Roi sert de beaucoup, ou pour mieux dire est la vraie cause qui les induira à se Joindre tous ensemble en un même avis , au lieu qu'ils sembloient se vouloir diviser , les uns pour accepter la trêve, les autres pour la rejeter.
J'ai quelquefois discouru avec vous des raisons qui ont mû Sa Majesté à prendre ce conseil d'aider à faire la paix, ou en défaut d'icelle la trêve, vous pouvant dire que plus Je reconnoii leur Inclination et l'état de leurs affaires, plus Je Juge ce conseil être comme nécessaire afin d'éviter pis. Cette trêve , si elle se conclut ainsi que je
l'espère, sans toutefois le pouvoir encore assurer, semble devoir être bien assurée, d'autant que notre Roi et le roi d'Angleterre en promettent l'observation , et s'en rendent garàns. Nous espérons aussi que , se conduisant bien et étant sages pour conserver leurs amis, eas inducias nihil hahituras insidiarum , plura si coram essem. Aucuns disent maintenant, et le publient comme chose certaine, que le roi d'Espagne ne veut être nommé en la trêve. S'il est ainsi , notre travail aura été inutile , et prévois que les Etats seront pour renouveler la guerre avec plus d'union et d'animosité, et, comme J'estime, plus forts qu'ils n'étoient auparavant, si cette rupture avient du côté de leurs ennemis. Le séjour ici m'est fort ennuyeux, aussi cherché-Je le moyen d'en sortir. Je serai partout , monsieur , votre , etc.,
P. Jeamnin.
A La Haye, ce 26 novembre 1608.
Lettre de M. de Villeroy à M, Jeannin , df» vingt-septième novembre 1608.
Monsieur, vos dernières jusqu'à celle du treizième de ce mois que nous reçûmes hier , nous a voient entretenus d'espérance de recevoir bientôt avis de la résolution que ces sieurs auroient prise sur le fait de la trêve , de sorte que cette attente nous retenoit de vous écrire et répondre à vosdites lettres plus particulièrement ; mais cette de^ nière a mû le Roi de me commander vous faire la présente pour, après vous avoir averti derechef de la réception d'icelle, dont Je vous ai donné avis dès le dix-neuvième de ce mois par un capitaine de M. de Châtillon , vous faire savoir que Sa Majesté prévoit et craint que cette résolution étant ainsi prolongée de jour à autre , ou par nécessité, ou par les ruses de ceux qui abhorrent ladite trêve , vous vous trouviez surpris de la cessation d'armes qui expire à la fin de cette année , et partant que l'on soit contraint de la continuer encore pour cinq ou six mois, ou pour un an, comme sagement vous avez noté expressément par vosdites lettres ; car les Espagnols, qui ont toujours profité de telles longueurs, seconderontetapprouveront volontiers cette ouverture, si le prince Maurice et les autres la font , et il nous semble qu'il ne nous en peut avenir que tout mal ; car ce temps donnera moyen aux Espagnols de mieux dresser leurs résolutions pour la guerre, et d'entretenir et fomenter la discorde qu'ils ont déjà semée où vous êtes, qui sont les deux buts où ils aspirent, et sera difficile auxdits Etats d'obvier à leursdites divisions durant leurs irrésolutions , et plus encore de pourvoir aux moyens de faire la guerre ; car chacun fuira la dépense , et nul de leurs voisins ne s'y engagera qu'ils n'aient
BU PBiisiDBin: jèannin.
/hitichi le satit tOQtràrfidt de la trêve oa de la guerre. Toutefois tout considéré , encore vaut-il mieux pour eux , et pour le service et la réputation du Roi , de leur laisser prolonger ladite cessation que de les faire aller à la guerre ; mais le meilleur seroit quMls embrassassent unanimement ladite trêve devant Texpiration de ladite cessation , si faire se pouvoit. Nous ne Tespérons pas à cause de l'obstination du prince Maurice , et des menées qu'il fait en Zélande et ailleurs. Le sieur Aérsens dit , plus haut que de coutume , que ladite trêve sera la ruine de leur Etat, et que la partie de ceux qui la rejettent prévaudra à la fin sur l'autre. Si c'est qu'il le croie ainsi, ou qu'il veuille flatter le prince Maurice , vous le pouvez mieux juger que nous , soutenant , si vous en avez autre opinion , que c'est parce qu'on vous déguise la constitution de leur Etat , et que vous ajoutez foi aux parties adverses dudit prince.
Enfin il déclare et proteste que les Etats et le Roi se repentiront à l'avenir, s'ils font ladite trêve aux conditions qu'elle s'est proposée; et quand nous lui répondons que les accidens de la guerre sont encore plus périlleux , quand même Sa Majesté y coucheroit de son reste, ce qu'elle ne veut pas faire , il hausse les épaules; mais il affirme n'avoir jamais écrit par delà que le roi d*£spagne a dessein de demander le rétablissement de la religion catholique, ni rabstinence du commerce des Indes par la trêve; car il dit que c'est chose qu'il n'a point entendue , et partant qu*il faudroit qu'il l'eût inventée. Rien avoue-t-il avoir mandé que le Roi et aucuns ses serviteurs loi ont dit n'être raisonnable que les Etats insistent par une trêve qui est limitée que la liberté soit accordée pour toi^ours. Tant y a que c'est un homme qui craint que le prince Maurice ne débusque son père de sa place s'il vient à bout de son dessein , et qui sait , si ledit prince en est exclu , qu'il ne pourra que tomber debout avec sondit père; par ainsi il va flattant ledit prince, et adhérant à ses opinions pour avoir deux cordes à son arc, suivant le style du temps. Au demeurant, j'ai créance du soupçon que vous avez de Timpuissance qu'ont les archiducs d'engager le nom du roi d'Espagne en l'article de la liberté par ladite trêve , car nous en avons avis d'Espagne et de Rruxelles, combien que le sieur don l'edro le cache tant qu'il peut. Si le susdit avis esi vrai, il importe aux Etats qu'ils le découvrent at) plus tôt, car cela justifiera leur conduite; 'Q^is ils craignent d'être pris au mot , de quoi , pc^nr notre regard, il ne nous peut que bien ^^^*enir; car ou nous aurons ladite trêve, qui est que nous désirons , ou on attribuera la rupd'icelle auxdits Espagnols. Le président Ri-
chardot vous a écrit malicienseiKkent que la négociation que fait ledit sieur don Pedro avec le le Roi est en bons termes, car cela n'est point, je vous en ai écrit la vérité ; c'est un vieux singe qui montre le derrière, et qui chemine de travers en sa conduite. C'est toute tromperie, mais grossière, témoin les lettres qu'il vous avoit écrites et mal dirigées; il l'avoit fait exprès, et fût avenu ce que vous avez écrit si vous n'y eussiez obvié. Les secondes lettres de M. le prince Maurice n'ont encore comparu.
Vous nous avez de tout temps et fraîchement si bien instruits de toutes choses, qu'il nous sera aisé d'y répondre, si derechef 11 le faut faire, de quoi je doute aucunement; mais nous le jugerons mieux après que nous aurons vu lesdites lettres. Les Espagnols se promettent que l'avis de l'arrivée de leur flotte rendra les Zélandais plus souples : ils publient qu'ils envoient présentement en Flandre un million d'or en espèces; mais c'est peu de chose pour étancher la soif de leur soldatesque. Enfin cet imposteur qui s'étoit dit fils du Pape, a été pendu et étranglé, après avoir reconnu et confessé son imposture. Aucuns eussent désiré qu'il eût été traité plus doucement, mais la conséquence de la personne offensée requérait que cette punition exemplaire s'en ensuivit. Je vous ai donc averti de la réception de vos lettres du vingtième, vingtdeuxième et vingt-huitième du passé, par les miennes du trentième, et du troisièmeet quatrième du présent que j'ai envoyées à M. de Remy, et par celle du dix-neuvième , de celle du cinquième et huitième du présent par le susdit capitaine de M. de Châtillon; mais j'estime avoir oublié à vous donner avis d'une particulière du vingtseptième du passé; par ainsi il ne me reste qu*à vous assurer de l'entière convalescence de M. de Châteauneuf, et prier Dieu, monsieur, qu'il vous conserve en parfaite santé.
De Paris, ce vingt-septième novembre 1608.
Votre, etc. , de Neuf ville.
Lettre de messieurs Jeannin et de Bussy au Roi, du dernier de novembre 1608.
SlBE,
Les affaires demeurent en surséance, attendant le retour des députés de Zélande qui ne seront ici de huit ou dix jours, les autres provinces leur ayant voulu donner ce loisir pour délibérer derechef en leur assemblée particulière sur la trêve. Nous espérons qu'ils seront mieux disposés pour la recevoir quand ils viendront qu'ils n'étoient ciHlevant. Les députés des Etats-Généraux ont cependant conféré par trois fois avec nous et les députés d'Angleterre , assemblés en
MGOClÀTtOni
notre logis, snr le projet de nos ftrticles, et y oot fait quelques difficultés : premièrement pour faire ajouter à la déclaration de leur liberté ces mots pour ioi^oursj du moins ôter le mot commej et au lieu que les archiducs déclarent qu'ils traitent avec eux en qualité, et comme les tenant libres, mettre seulement en qualité y et les tenant libres; mais nous leur avons dit qu'on n'y pouvoit plus toucher, et que cet article , apr^ être disputé long-temps , avoit enfin été arrêté de cette façon , que le roi d'Espagne y avoit enoore consenti avec très-grande difficulté, que votre Miy'esté , le roi d* Angleterre et tous leurs amis, trouvoient aussi qu'il y en avoit assez pour assurer leur liberté , ainsi qu'ils s'en dévoient contenter. C'étoit M. de Barneveldt qui faisoit cette difHculté, comme nous estimons, plutôt par l'avis d*autres que par le sien. Ils ont après requis que la trêve fût pour quinze ans, du moins pour douze, attendu que, par la première trêve, il est expressément dit que la longue trêve seroit de douze, quinze ou vingt ans , au choix des Etats ; et nous Jugeons leur demande en cet endroit raisonnable, mais non de si grande considération qu'il faille rompre si on ne la peut obtenir. La troisième difficulté a été pour avoir le commerce des Indes de gré à gré , et , si on ne peut , que du moins le roi d'Espagne choisisse par le traité même lequel des deux il voudra , l'hostilité , ou que ce soit de gré à gré, sans les laisser en incertitude. Et cela nous semble aussi raisonnable, attendu que depuis le temps que les archiducs ont demandé de trois mois, dans lesquels le roi d'Espagne devoit déclarer son intention , ils ont eu assez de loisir pour en être informés. Votre Majesté peut Juger que la première difficulté venant à cesser, les deux autres ne sont pas pour empêcher le traité.
Les mêmes députés des Etats nous firent aussi entendre qu'on disoit partout, et étoit tenu comme certain , que le roi d'Espagne ne vouloit être obligé par ce traité de trêve, et, s'il étoit ainsi, qu'il seroit inutile d'en plus parler, poùrce que, sans cette obligation, il n'y avoit aucune sûreté pour eux; nous prioient de les en éclaircir, ce que fîmes , les assurant du contraire , et que les lettres que M. Je président Richardot nous en avoit écrit, étotent si expresses, et par le commandement des archiducs , qu'ils n'en dévoient point douter. Sur quoi ayant encore répliqué que l'affaire méritoit bien qu'on en fût assuré par les lettres mêmes des archiducs, montrant qu'aucuns de leur assemblée faisoient refus de passer outre autrement, nous primes conseil ensemble, les députés d'Angleterre et nous, d'envoyer vers lesdito siean archiducs, tant pour eett»
raison que pour teuf iTeprésenter ks di^ltés ci-dessus déduites , et voir si on pourroit gagner quelque chose es deux dernières , sans insister sur la première, crainte qu'elle ne leur servît encore de prétexte pour demander un nouveau délai afin d*envoyer en Espagne, et par ce moyen obtenir la trêve l'année prochaine, qui seroit cause de rompre celle que nous poursuivons, et peutêtre d'autres plus grands inconvéniens. Nous avons aussi jugé ce voyage être à propos, sur ce que nous sommes avertis qu'on fait de la part des archiducs quelques poursuites sourdes et secrètes parmi les députés qui sont en l'assemblée générale des Etats, pour y insinuer la trêve de vingt ans à la suite de la première , sans faire mention expresse de la liberté , dont M. le président Richardot nous parla avant son départ, avec prière et grande instance de la faire recevoir, et nous en a encore écrit depuis avee très -grande affection; laquelle trêve, encore qu'elle soit peu agréable au plus grand nombre, si y en a-t-il plusieurs qui sont tellement désireux du repos, qu'ils la préféreroient à la guerre. Le roi d'Angleterre même a mandé à ses dépotés qu'il aimoit mieux la première , mais que celle-ci lui sembloit meilleure que la gnerr& Nous savons aussi que votre Majesté en fera le même jugement ; car, à la bien considérer, étant mise a la suite de la première qui fait mention du mot de /tfrr^s^^encore qu'il n^en soit rien exprimé après, elle ne laisseroit de suffire pour les tenir tels, et auroient cet avantage de jouir don assuré repos vingt ans au lieu de dix; mais comme nous prévoyons trop de difficultés, et peut-être aussi de longueurs en cette nouvelle proposition , il nous semble qu'on la doit éviter tant qu'on pourra, et faire connottre aux archiducs qu'ils n'en doivent rien espérer. C'est poo^ quoi une lettre n'étant suffisante pour traiter de tout ce que dessus , nous y avons envoyé M. de Préaux avec instruction particulière de tout ce qu'il aura à faire, dont nous envoyons la copie à votre Majesté , ensemble des lettres que nous écrivons aux archiducs et à M. le président Richardot, ayant aussi prié ledit sieur de Préaux d'écrire à votre Majesté de Bruxelles tout ce qu'il aura fait et négocié, afin qu'en étant avertie à temps elle nous mande aussi plus têt soa intention.
M. le prince Maurice s'accommode maintenant mieux qu'il ne faisoit ; mais au lieu quil pensoit auparavant être assez fort pour empéeher la trêve selon les articles de notre projet , il craint maintenant , si les archiducs y font de nouvelles difficultés, ou si le roi d'Espagne reftue de sobliger , que ceux qui Toot entrepris ne soient encore
bV PBBSIDËNT iSÀNNIN.
isBcz pnissaDB, et niaient aussi la volonté de la faire passer à quelque prix que ce soit. Il appréhende même que, la trêve faite , ils ne veuillent venir à une paix telle quelle, qui enfin fasse tomber ce pays es mains du roi d'Espagne. Nous n'avons pas toutefois cette mauvaise opinion de ceux qu'il soupçonne , combien que la crainte qu'ils ont de ne pouvoir faire la trêve que nous poursuivons pourroit bien être cause de faire donner espérance aux archiducs de parvenir à Tautre qu'ils désirent ; mais il n'y a rien de pis ainsi que nous estimons, et nous soupçonnons encore cela par conjecture sans y voir assez clair pour l'assurer. Ce remède, qu'il veuille lui-même, lorsque la province de Zéiande aura envoyé ses députés , faire résoudre en l'assemblée générale la trêve selon notre projet , et que la délibération contienne qu'on n'y changera rien , et à cette fin les députés des princes soient priés et requis de ne les presser d'y faire aucune diminution, ce qu*il approuve, non pour le dire par son avis , mais de le faire proposer par la province de Zéiande qui, montrant ne vouloir autrement consentir à cette trêve, fera sans doute suivre son avis; et, pour nous, nous croyons que cette résolution ainsi prise et sue par les archiducs , et par ce moyen qu'ils ne peuvent plus rien espérer de l'autre trêve, ils surmonteront toutes diflicultés de leur cùté, et que le conseil d'Espagne en fera autant, ayant assez reconnu par les procédures de leurs députés qu'ils en veulent sortir, y ayant apparence aussi qu'ils font seulement courir les bruits des difficultés qui sont en Espagne pour en avoir meilleur marché. Or, outre ce qui a été dit ciHlessus pour faire cette trêve, nous avons encore proposé audit sieur prince que les députés de Zéiande peuvent ^jouter à leur avis qu'il soit ajouté et arrêté par même délibération qu'on ne pourra après cette trêve faire aucun traité avec les ennemis, si toutes les provinces, ensemble les deux rois, n'y consentent expressément : ce que nous ne disons pour le regard de votre Majesté ni du roi d'Angleterre, car le traité par lequel ils se rendront garans de la trêve le contiendra expressément, mais cela sert pource que ledit sieur prince dit qu'il y a trois ou quatre provinces qui aimeroient mieux se remettre sous l'obéissance des archiducs , et par conséquent de l'Espagne , que de demeurer en république, au moyen de quoi si un tel traité pouvoit être fait à la pluralité , que ce péril seroit grandement à craindre, et nous jugeons qu'il le i^ut prévoir et ne rien oublier pour s'en garantir, puisque l'occasion semble s'offrir pour le faire. Ije séjour de don Pedro près de votre Mcgesté accroît toujours les soupçons, et de toutes parts
ceux de la religion montrent d'en être en appréhension. Les députés même d'Angleterre nous ont témoigné de croire qu'il y a déjà quelque traité secret entre elle et le roi d'Espagne, nous en ayant parlé le jour d'hier comme s*ils étoient en soupçon que ce fût contre eux, et ajouté que leur Roi, celui deDanemarck, tous leurs amis d'Allemagne, et le^s Etats joints avec eux contre l'Espagne , seront toujours assez forts pour résister à tous leurs ennemis, nous magnifiant leurs forces de mer , et montrant que les nôtres étoient à mépriser, et celles du roi d'Espagne trop foibies pour les craindre. Bien ne fut omis par nous , lorsqu'ils nous dirent tels propos, pour leur en ôter l'opinion , les faisant souvenir de ce qui s'étoit passé entre nous pour l'alliance de vos Majestés et de leurs couronnes : ce qu'ils confessoient bien être vrai, mais que depuis quelque temps leur Roi s'en éto^it montré désireux , et votre Majesté reculée , ne pouvant attribuer la cause de ce changement qu'à la négociation de don Pedro. Ils nous dirent aussi que ce soupçon étoit cause du refus que faisoient ceux de Zéiande d'accepter la trêve , et tant que ledit don Pedro seroit en France, qu'ils n'y consentiroient jamais. Il est bien vrai que ce soupçon a été en ladite province et partout ici ; mais nous pensions qu'il fut enseveli, et en effet il y est moindre, et ne pensons pas que cela doive empêcher la trêve. C'est ce que nous pouvons mander à votre Majesté pour le présent, et touchant les affaires que traitons. Il y a eu une rencontre près de Rhinbergue de trois cents chevaux conduits par le comte Adolf , qui ont défait six cents hommes de pied des archiducs, lesquels étoient sortis des garnisons ^ comme avoient aussi fait les autres. Ledit comte Adolf y est mort , et quinze ou seize des siens ; et de l'autre côté y sont demeurés sur la place de combat cinq cents dix hommes, dont la plupart s'étant rendus furent tués de sang-froid , à cause du déplaisir qu'ils eurent de la mort de leur capitaine, qui est fort regretté ici, et avec raison , car il étoit tenu pour fort courageux , et promettoit beaucoup. Les députés d'Allemagne partent après demain pour s en retourner, disant que depuis la mort de l'électeur de Brandebourg ils n'ont eu aucune cliarge , et que les uns ne veulent demeurer sans les autres. M. de Collis a reçu nouvelles d'Allemagne, par lesquelles on lui mande que les Hongrois refusent de couronner l'archiduc Mathias , s'il ne donne contentement à ceux de la religion d'Autriche , lesquels demandent instamment l'exercice libre audit pays, que l'autre refuse. On croit , s'il y persiste, qu'ils retourneront derechef en l'obéissance de l'Empereur. Nous prions Dieu, Sire, qu'il donn^
HâGOGUTtONS
à votre Mi\]esté en parfaite santé très-longue et très-heurease vie.
A La Haye , ce dernier novembre 1608.
Vos , etc. , P. Jeannin et Russy.
Lettre de M, Jeannin à M. de Villeroy, AidU jour dernier de novembre 1608.
Monsieur , la résolution de la trêve est tenue en surséauce, en attendant le retour des députés de Zélande, qui ne seront ici plus tôt que de dix ou douze Jours. M. Maldrée m'ayant dit adieu à son départ , m'a fait espérer qu*iis ne seroot si opiniâtres que du passé. M. le prince Maurice n'y apportera aussi aucune aigreur, à ce qu'il m'a dit ; il ne les persuadera pas toutefois de se rendre, mais bien de prendre le conseil qui est contenu aux lettres que nous écrivons au Roi. Tous les propos qu'il me tient maintenant sont que ceux qui ont entrepris ce traité n'en demeureront pas à notre projet, mais quand ils auront Induit les provinces d'y consentir , si les arcbiducs font de nouvelles diflicultés, ils seront d'avis d'en diminuer , et de quitter autant qu'il sera besoin pour obtenir cette trêve à quelque prix que ce soit; puis il ajoute que ce ne sera pas encore tout, et que, la trêve faite, ils trameront sous main une paix avec les arcbiducs , puis la feront passer tout à coup à la pluralité des provinces, y en ayant déjà trois ou quatre plus disposées à retourner sous l'obéissance des archiducs qu'à demeurer en république; que leurs amis mêmes ne sauront rien de toute cette conduite et pratique, Jusques à ce qu'ils soient près de la conclure, et qu'ils y aient si bien disposé les volontés d'un chacun , qu'il n'y ait aucun moyen de l'empêcher. Je crois pour certain qu'il a cette crainte, mais Je n'ai pas si mauvaise opinion que lui de ceux qui poursuivent la trêve, même de celui qu'il en soupçonne le plus. Je lui propose aussi des moyens pour s'en garantir, et premièrement, afin que la trêve soit bien faite, qu'ils prennent tous résolution en leur assemblée générale de suivre notre écrit, sans s'en départir ni en rien diminuer ; car Je ne fais doute , s'ils en usent ainsi , qu'ils l'obtiendront de même façon du roi d'Espagne et des archiducs, quelque bruit qu'on fasse courir au contraire , n'y ayant aucune apparence que les archiducs se soient voulu engager si avant pour s'en dédire. Ils peuvent aussi fkire ce décret conjointement avec ladite résolution que , la trêve étant faite , on ne pourra faire aucun nouveau traité avec leurs adversaires sans le consentement exprès de toutes les provinces et des deux rois, et c'est ce que Je lui ai dit que la province de Zélande devolt proposer, que les autres provinces accorderont volontiers
pour empêcher qu'elle ne se Sépare de lenr imion« 11 approuve bien ce conseil , mais la trêve ne lui peut plaire pourtant , et ne laisse d'embrasser quelque petite occasion que ce soit pour essayer de la rompre. A la vérité , outre œ qu'il craint qu'elle n'apporte grande diminution à son autorité, il y perdra beaucoup de son revenu et de ses droits casuels ; à quoi je ne vois autre remède, sinon que les Etats l'en récompensent. Je travaille à cet effet avec ceux qui y ont du pouvoir, lesquels me promettent bien de s'y employer, mais Je les y trouve plus froids et plus lents que l'affaire et son mérite ne le requièrent, dont j'ai du déplaisir ; J'espère néanmoins qu'ils y satisferont.
Nous envoyons, messieurs d'Angleterre et nous,^. de Préaux à Bruxelles. Je pensois en faire l'adresse seulement à M. le pr^ident Richardot, mais depuis nous avons avisé qu'il valoit mieux que ce fût à l'archiduc même. Je vons envoie copie de son instruction générale et particulière, ensemble des lettres que nous écrivons à l'archiduc et audit sieur président. Ce voyage nous a semblé nécessaire pource que la plupart des députés en Rassemblée générale des Etats font grande instance d'être éelaircis de la vérité des bruits qui courent que le roi d'Espagne ne veut point être nommé en ce traité de la trère, et, jusques à ce, qu'il ne faut prendre aucune résolution. Les uns le font pour rompre tout traité si ce bruit est véritable , les autres pour le faire par autre moyen , et par l'ouverture de la trêve de vingt ans que ledit sieur président nous proposa avant son départ ; et ceux-ci ont si grande crainte que le premier traité ne soit rompu, qu'ils aident et avancent trop précipitamment l'autre : Je ne le sais pas à la vérité, mais Je le soupçonne et m'y oppose, les assurant que le roi d'Espagne consentira plutôt de s'obliger que de rompre, et, s'ils tiennent bon sans leur donner espérance de venir k cet autre traité, que le premier se fera; et cette assurance que Je leur donne les retient. Toutefois, crainte qu'on n'y travaille sons main sans m'en avertir , ce que Je ne crois pas toutefois pouvoir avenir pour l'assurance que J'ai de la foi de celui qui y peut le plus, j'ai fait le projet de cette trêve de vingt ans, de façon que, si elle étoit accordée ainsi , les Etats seroient aussi bien libres et maîtres de leur pays que par l'autre, et auroient gagné cet avantage de vingt ans au lieu de dix ; et pource que ledit projet et les deux instructions vous feront connoltre les raisons de notre conseil , je ne les vous répéterai plus particulièrement.
J'ai aussi prié ledit sieur de Preanx écrire an Roi ou à vous ce qu'il aura £iit à Bruxelles avant
BU PiiiiBiRt ilÀiimiif.
qQ*e& partir, afln que nous recevions plus tôt ▼otre réponse et les commandemens de Sa Majesté. Les députés des Etats ûot conféré par trois ibis avec les députés d*Angleterre et nous, excepté que la province de Zéiaode n'y avoit les siens, car ils 8*en étoient déjà retournés; lesquels dépotés ont ftiit plusieurs difficultés sur DOS articles, même sur les trois contenus en nnstmction de M. de Préaux, dont au premier, qol concerne la liberté, nous leur avons déclaré qo*on n'y pouvoit faire aucun cliangement, et crois aussi qu'ils s'en contenteront, et qu'ils ont feulement remué cette difficulté à cause de l'espérance qu'aucuns leur donnent de pouvoir obtenir mieux s'ils pressent, et nous savons bien toutesfois qu'il est impossible; et quant à allonger la trêve jusques à quinze ou douze ans au moins, qu'on l'essaiera sans rompre à cette occasion. Il n'y a non phis de difficulté au troidèfne, à savoir si le commerce des Indes sera aecordé par hostilité, ou de gré à gré, poisqu'en déclarant dès à présent l'un ou l'autre de la part in roi d'Espagne , les Etats l'accepteront. Il me tarde trop que je sois au I)out , car 11 n'y a jour qai n'apporte avec soi quelque nouvelle difficulté et de nouveaux soupçons; mais il ne faut croire de léger, ni aux rapports qui viennent de personnes qui baissent ceux contre lesquels Ils parlent : si ne se peut-on garder d'y penser et d*en travailler son esprit, afin que rien n'avienne contre l'intention et désir du Roi , et que je sorte dici avec le contentement de Sa Majesté, après avoir MX ce qu'elle a commandé , et laissé les affoires en état qu'elle en puisse tirer du service à l'avenir , comme j'espère, moyennant la grâce de Dieu, qu'il aviendra. M. le prince Maurice a bien reçu en son amitié le sieur Bameveldt, mais il y a toujours de la défiance de son c6té, ee qui est toutefois sans raison, le sieur de Barneveldt m'ayant donné tant d'assurance de son affection envers Sa Mtgesté, et communiqué si privément avec mol de toutes choses, que je ne vois rien en lui qui me doive faire appréhender les dangers que l'autre montre de craindre : si ne laissé-je de prendre garde à tout; mais il faut fiiire la trêve, puis il sera aisé de remédier aux autres inconvéniens , ou bien ils s'évanouiront de sd-méme lorsqu'ils seront tous plus cootens les uns des autres qu'ils ne sont à présent. Je prie Dieu, monsieur, qu'il vous donne en par- ^e santé très-longue et heureuse vie.
l)e La Haye , ce dernier Jour de novembre
Votre , etc. , P. Ibànniht.
tl. C. B. M. T. tV.
Autre lettre âaiUHeur Jeannin audit sieur de ViUeroy, duditjour dernier novembre 1 608.
Monsieur, depuis vous avoir écrit on a reçu ici des lettres de Madrid du cinquième de ce mois, par lesquelles on mande que la flotte des Indes est arrivée avec douze millions d'or, dont il y en a trois pour le roi d'Espagne, et qu'il fait état de s'aider de partie de ce qui reste pour continuer la guerre en ce i>ays; que le conseil d'Espagne a déclaré tout ouvertement que leur Roi ne veut plus de paix ni de trêve, à quelque condition que ce soit, avec les Etats; qu'il envoyoit deux millions cinq cent mille écus à Gènes pour cet effet ; que les seigneurs et toute la noblesse d'Espagne offrent d'entretenir à leurs frais soixante galions pour cette guerre, et prient aussi leur Roi de ne faire aucun accord. Ces lettres ont accru les soupçons qui étoient déjà en ce lieu , et le désir d'être éciaircls de la vérité de tels bruits, comme ils seront par le retour de M. de Préaux. Nous ne laisserons pourtant de les presser de prendre résolution sans la différer sous ce prétexte. J'ajoute peu de fol à ces nouvelles, car les Espagnols sont pleins d'artifice, et ont accoutumé de tenir leurs affaires si secrètes, que personne n'en sait que ce qu'ils veulent publier. Aussi quand je me souviens de la grande crainte que leurs députés ont montré d'avoir que ce traité fût rompu , je ne me peux persuader qu'ils soint changés, trop bien qu'ils veulent chercher à en avoir meilleur marché, et de tonh ber s'ils peuvent à cette trêve de vingt ans, oa de la faire pour Tannée prochaine ; et ce dernier me semble le plus à craindre, encore que, pour la trêve de vingt ans , nous ayons donné charge à M. de Préaux de leur en ôter toute espérance , aussi bien que de celle d'un an, et de ne leur rien montrer de ce qui est en son instruction particulière pour ce regard. Je suis certain qu'il s'en acquittera très-bien.
Le sieur Desloux, pour lequel vous m'avez envoyé lettres du Roi en sa faveur, s'est mis pour trois ou quatre jours en la compagnie de M. le prince Maurice , puis on lui a fiedt donner une enseigne pour quelque temps, ainsi qu'il a désiré , en la compagnie de M. Allard , qui est capitaine au régiment de M. de Bethune. 11 se conduit bien , et est fort content de ce qui a été fait pour lui. C*est ce que j*ai pensé d'iy'outer à ma précédente lettre. Je suis, monsieur, votre, etc., P. Jkannui.
A La Haye , ce dernier novembre 1608.
Lettre dudit sieur Jeannin à M. le due de SuUff, duditjour dernier de novembre 1608.
Monsieur, J'écris au Boi de jour à autre tout
fti4ocuttoin
ce qui fie {latte, et plia Miveat encore à M. de Villeroy au chiffre que J'ai avec lui, et toutes ces lettres vous sout communiquées, qui me fait craindre que les particulières que je vous adresse ne Vous donnent plutôt de Timportunité que du contentement ; mais Je sais, monsieur, que vous m'en excuserez, puisque Je le fais pour vous témoigner mon devoir. La résolution pour la trêve est sursise en l'assemblée générale des Etats, en attendant le retour des députés de Zélande, qui ne seront ici de huit Jours. Nous espérons qu*iU feront lors miçux disposés à suivre l'avis commun qu'ils n'étoieut au premier voyage. Nous envoyons, attendant leur retour, M. de Préaux vers les archiducs, tant de notre part que des députés d'Angleterre. C'est pour voir si noug pourrons gagner quelque chose sur les difUcultés que les Etats ont faites en quelques-uns de nos articles, même touchant le temps de la trêve qu'ils demandent de douze ans au moins, au lieu des dix qui sont accordés, comme aussi pour faire ôter les trois mois que le roi d*Espagne veut avoir pour choisir s*il accordera avec hostilité, ou de gré à gré, le commerce des Indes, les Etats disant qu'il doit faire ce choix par le traité même , sans les laisser en incertitude de ce qu*il fera ; mais ces deux difficultés ne sont de si grande considération qu'elles puissent empêcher le traité d'une part ni d'autre. Il y eu a bien une touchant le point de la liberté, que les Etats voudroient être plus éelaircie; mais nous leur avons dit fermement qu'ils n'en doivent espérer autre chose, et crois qu'ils y acquiesceront, pource qu'il est certain qu'on ne peut avoir mieux , et qu'en effet il y en a assez. Le voyage dudit sleir de Préaux est aussi pour nous éclairtir des bruits qui courent ici , que plusieurs tiennent être certains, à savoir que le roi d'Espagne ne veut être nommé en ce traité , lesquels sont cause que les plus affectionnés an repos s'en refroidissent;. et combien que nous leur aypns donné assurance du contraire , nous fondant sur les lettres que M. le président Richardot nous a écrites par le commandement des archiducs, plusieurs disent néanmoins que ce n'est assez , et désirent que lesdits sieurs archiducs nous l'écrivent eux-mêmes, et qu'on diffère à prendre résolution Jusqu*à ce qu'on ait reçu leurs lettres. Ce qui nous met en quelque appréhension de ces bruits, est la grande poursuite que ledit prékident Bichardot a faite envers nous pour obtenii* des Etats iiv'ils veuillent Caire une trêve pour vingt ans à la' suite de la première, sans faire «qevne mention , nommémem en oelle-el , qu'oa traitera avto enx comme avee Etats libres, dont il nous HYOtt dj^i fjuclà av^nt wn départ «I l'a-
vions rcgeté i y ayant appàre&oe fu'ib y sot en^ core à présent recours pour ne pouvoir obliger le roi d'Espagne aux oonditions de notre prqieL Or, encore que la première trêve contieDae ki mots exprès de la liberté tels qu'on les demands à présent , et que celle-ci étant mise à la suite de l'autre, on puisse dire avec raison qu'ils sont t»* dtemeiit entendus , et avec autant d'efficace qoe s'ils y ^lent répétés, néanmoins Je fais ttéh grande difficulté qu'on y paisse induire lesEtati| lesquels sont si Jaloux de ces mots ^édeu di liberté, qu'on ne les peut aaseï exprimer à lev gré. C'est pourquoi, craignant qu'aucuns deœ lieu en ment donné sous mabi quelque espérsoee aux archiducs, nous voulons essayer de leur c& ôter du t«ut l'opinion s'il est possible , afin qu'ils se disposent à accorder la trêve suivant notre prqjet , se voyant désespérés de l'autre , ne pou* vaut croire aussi qu'eux et le roi d'Esp4gM même, lesquels ont tant témoigné de eraiodn la rupture , refusent de Taoeorder si on tieat bon : et tout cela ne pouvelt être fiiit par iettreii ainsi il a été nécessaire d*y envc^er ledit lieur de Preanx avee cette instruction , pour ^^ ^ formé particulièrement et au vrai sur tout œ qw dessus.
Outre son instruction générale qui est signée des Anglais et de nous, il y en a une particuli^ de M. de Russy et de moi, où Je les excite dt traiter dès à présent des conflacations , sans ie« mettre cet article après le traité, leur faisant r^ montrer tant de gens y avoir intérêt d'une part et d'autre , que si chacun est remis en son l)îa, cela facilitera grandement la trêve, et les rendra plus amis et désireux de venir à la paix. Je la fais principalement en considération de M. la prince d'Espinoy, cet article étant celui seul de côté des archiducs , avec le revenu des lelioei du comté de Bourgogne qu'ils retiennent' à M. ia prinee d'Orange, qui les empêche de les coaaeih tir; car de ce côté M. le prince Maurice, qvi Jouit de plus de trente mille livres du bieadei ennemis, et qui s'y étoit auparavant montré dif« ficUe, consent è présent de rendre ce qu'il tieat, les Etats offrant à notre prière de l'en récoopenear, comme aussi de rendre le bien de l'EgUii appartenant aux ecclésiastiques du pays de 8ra* bant et de Flandre qu'ils ont vendu. Je voudroia bien y servir utilement suivant le commaode* meot que voua m'en aves fait, A quoi je n'oaNt* trai rien ciussi. Ledit sieur prince Maurice est à préseqt si éUigo/i de croire qu'il poisse empêcher la trêve du c6té dés Etats, qu'il craint, ai laa arcbkluGs font encore de nouvelles difBcelUai que ceux qui ont entrepris de la faire ne aa relâchent autant qu'il sera besoin pour l'obteair j
M ^tàmaxn iÈxvnin*
Je Ii*a1 pM (iMitffÉ^is dn tout eette opinioii, encore que «i crainte ne soit entièrement vaine. Nous serone de notre côté pins ou moins retenus selon les commandemens que nous recevrons, et Je demeurerai perpétoeiiement, monsieur , votre, etc., P. Jbannin.
A La Haye, ce dernier Jour de novembre 1608.
Lettre de messieurs tes ambassadeurs de France et d'Angleterre à Parchiduc Albert, du dernier de novembre 1608.
Monseigneur, étant désireux d'achever lieu* reosement l'ouvrage qu'il a plu aux rois nos maîtres nous commettre, qui est d'aider à faire eeaaer les troubles de ces pays, et voyant que quelques difficultés se présentent de la part des États sur le prqfet de la trêve, dont copie fut donnée à M. le président Richardot avant son départ de ce lien pour le communiquer à votre altesse, nous avons estimé devoir envoyer vera elle le sieur de Préaux pour lui en conférer et entoadre sa volonté ; c'est aussi pour être éclair-» eis de la vérité de quelques bruits qui courent ici, que le roi d'ISspagne ne veut être nommé en ee traité, ni consentir que votre altesse l'y oblige, lesquels bruits, qu'aucuns sèment à dessein et pour empêcher cette trêve, sont cause que les plus affectionnés au repos s'en refroidissent, et font à présent difficulté d'ajouter fol à ce que nous leur en avons dit, tant en particulier qu'en l'assemblée générale des Etats, sur les lettres dudit aieur président qui nous maudoit les avoir éeritea par commandement de votre altesse; et craignons Uen fort, slla n'en sont édaircis par les lettres mêmes qu'il lui plaira nous écrire, que ee doute soit cause d'empêcher la résolution de ce que nous poursuivons, combien que nous te* nions pour certain et véritable ce que ledit sieur président nous en a éciit, sans qu'il soit besoin d'antre confirmation pour notre regard; mais elle servira beaucoup pour Ater ce prétexte à ceux qui s'en veulent servir pour empêcher ce bon oBuvre. Nous supplions donc très-humbie* ment votre altesse nous faire cet honneur que de nous en vouloir écrire un mot, et de croire que nous le faisons à très4>onne Intention, et pour le devoir que nous avons d'elfeciuer ce qui nous a ^ commandé de la part de nos maîtres, et pour lui jwdre aussi très4iumble service en cet endroit. Ledit sieur de Préaux a charge de lui faire entendre les particularités de cette affaire, auquel elle lyoutera , s'il loi plait, la même foi et «réance qu'elle foroit à nous , qui prions Dieu ^ noaseignenr, qu'il donne à votre altesse en trèsifarfoUe sanlé trèa-fongue eH très4ieureuse
Be La Haye, ce dernier novembre i 6M.
Vos, etc., P. JBA.NN1N, HOSSY, Ri. SPSRGXa, RODOLPHB WiNOOD.
Autre lettre desdits ambassadeurs à M, lepri' sident Richardot, dudit jour dernier de no^ vembre 1608.
Monsieur, nous envoyons vers vous le sieur de Préaux, pour vous foire entendre l'état auquel sont les affoires en ce lieu , et en conférer aussi, si vous le Jugez à propos, avec son altesse et les ministres auxquels il lui plaira qu'il en soit communique, non toutefois que nous estimions qu'on doive apporter aucunes nouvelles considé-' rations et difficultés aux articles contenus au projet qui vous a été donné, sinon en ce qu'il vous dira de notre part. Nous désirons aussi bien fort être éclaircis des bruits qui courent en ce lieu, que le roi d'Espagne ne veut aucunement être nommé au traité qu'on fera ; ce que nous ne' croyons toutefois, attendu ce que leurs altesses en ont promis par la première trêve, et que vous nous avez depuis confirmé de leur part par vos lettres du seizième d'octobre, sur lesquelles nous en avons aussi donné toute assurance à messieurs les Etats, sans quoi il est certain qu'ils eussent dès lors rejeté la trêve et rompu totit traité. Vous nous en éclaircirez donc, s'il vous plait f, par ledit sieur de Préaux, auquel vous en pouvez parler avec la même confiance qu'à nous, .et nous aiderez à finir bientôt cet ouvrage, de la longueur duquel chacun est si ennuyé en ce lieu, qu'ils sont tous résolus d'en sortir promptement,* ou de n'y plus penser. Nous vous en prions de toute notre affection, et de croire que nous y apporterons de ta part des rois nos maîtres tout ' le soin , affection et diligence que leurs altesses sauroient désirer de princes qui sont leurs amis et alliés, pour en rendre le succès heureux. Et en ce désir, et de vous servir où nous en aurons le moyen , nous prierons Dieu , monsieur, qu'il vous donne en parfaite santé heureuse et longue vie.
De La Haye, ce dernier novembre 1 608.
Vos, etc., P. JEiiNNiN, RussY, Ri. Spxucsb, ' Rodolphe Winood.
Autre lettre particulière dudit sieur Jeannii^ audit sieur Richardot, dudit jour dernier de novembre 1608.
Monsieur, nous avons estimé, OMssieors les députés d'Angleterre et nous , que vous devions envoyer M. de Préaux pour vous représenter es. qu'il vous dira de notre part, et vous supplier | comme je fais de toute mon affection, que vous y apportiei ce que vous Jogeres par votre pru* dence êtro requis pour aciiever ce que nous trair
umi w tant àfiiiSimlfi» se cmoowtnul ton^
iùù
irÉoocuTioits
les jours, que nous ne pensons aucunement le pouvoir conduire à bonne fin si vous ne nous y aidez de votre côté. Ce qui est le plus nécessaire, et sans quoi ne pouvons rien espérer de notre travail , est que leurs altesses obligent le roi d*£spagne avec eux en vertu de bonne procuration. Vous nous avez écrit qu'ils le feroient , et nous en avons assuré les Etats , bien certains que si nous ne Feussions fait ils eussent dès lors rompu tout traité. Or, encore que nous n*en doutions point de notre («art , tant de bruits courent au contraire, que nous sommes contraints d'en rechercber l'éclaircissement , et vous prier que ledit sieur de Préaux nous le rapporte , afin que nous étions tout prétexte à ceux qui essaient par ce moyen d'empécber la trêve. Vous entendrez le surplus de lui, auquel vous i|jouterez, s'il vous plaît, entière foi , et lui en conférerez aussi avec pareille confiance qu'à moi-même , qui suis désireux de vous rendre três-bumble service de même affection dont je vous baise très-bumblement les mains, et prie Dieu, monsieur, qu'il vous donne en parfaite santé très-longue et beureuse vie.
De La Haye, de dernier Jour de novembre 1 608. Votre, etc., P.Jeannin.
Lettre de M. de YfUeroy à M. Jeannin , du premier décembre 1608.
Monsieur, Picault vous a porté notre dernière dépècbe , et est parti d'ici le vingt-septième du mois passé. Depuis don Pedro a vu Sa Majesté, 11 lui a dit que son maître a bien reçu et approuvé la sage réponse que lui a faite le Roi sur ses propositions, à savoir, qu'il falloit voir que deviendroient les affaires qui se traitent entre les arcbiducs et les Etats devant que délibérer de celle dont fi faboit ouverture; quoi étant, il espéroit que ledit roi d'Espagne ferait venir par deçà dedans la fin de ce mois un ambassadeur ordinaire , celui qui a naguères servi au marché,- entre les mains duquel il remettrait les affaires qui lui ont été commises , et s'en retournerait vers son maître , non sans regret toutefois de n'avoir eu meilleure fortune en son voyage pour les considérations publiques et privées , et spécialement pour l'affection qu'il porte à Sa Mitfesté, mais qu'il n'en accuse que l'obstination bestiale (c'est le terme duquel il a usé) des gens des Etats, et surtout du prince Maurice duquel en particulier il montre être très-mal édifié , lesquels, comme s'ils étoient victorieux tout-à-fait, Teulent tout obtenir et ne rien céder; mais que son maître ne consentirolt jamais que l'article de la liberté fût passé en traitant une trêve, qu'il ne llikt restreint et termoyé, par mots ex-
près et clairement , au temps pour lequel ladite trêve sera accordée, puisqu'ils rejettent l'article de la religion, et ne veulent quitter les Iodes. Toutefois son Roi avoit donné tout pouvoir aux arcbiducs, se confioit entièrement en eux, et avoit promis de ratifier tout ce qu'ils feroient, et étoit assuré aussi qu'ils auraient tel égard à lui et à sa dignité , qu'ils n'accorderaient chose qui ne fât convenable. Sa Majesté lui a remontré les raisons pour lesquelles on doit demeurer dedans les termes de la praposition faite pour ce regard, pour être conforme aux premières oonventious; mais il a fait contenance de n'approuver les choses passées , comme s'il crayoit que l'on s'étoit par trap avancé, et que son Roi y avoit été très-mai servi.
Après ces propos il a voulu donner martel au Roi de la grandeur des Etats et de leur otrrespondance avec nos huguenots, en lui repré* sentant les accidens qui en peuvent arriver, sinon à présent à cause du pouvoir et de la prudence du Roi , du moins après lui. A quoi il a été répondu ce qui étolt nécessaire pour lui faire savoir Sa Mijfesté n'avoir l)e8oin de cette remontrance pour lui faire oonnottre le mal et le bien qui en peut avenir, et être trop assurée de la foi et affection de tous ses siyets indlfférenh ment. Après cela il s'est plaint assez librement de la dupUdté du roi d'Angleterre, lequel il a dit savoir très-bien faire sous main toutes sortes d'efforts pour traverser la trêve, comUen qu'en public il fasse paraîtra l'affectionner et favoriser plus que Sa Majesté, blâmant son courage et son imprudence, et méprisant son pouvoir, comme il a fait celui des princes d'Allemagne; de fhçon que, s'il étoit assuré de ramitié du Roi , il se donnerait peu de peine de tous les autres; et s'est fbrt arrêté à ce point pour essayer d'y praflter , et d'en tirw quelque parole à son avantage ; mais il a été payé de parales générales, et néanmoins honnêtes. Finalement il s'est dé> couvert de désirer que Ton pût obtenir des Etats la continuation d'une trêve forgée sur le moule de la première, sans être contraint de répéter ces mots qui concernent la liberté, comme voas savez que le président Richardot vous l'a proposé , tendant à persuader au Roi qu'il entreprit ce bon ceuvre : de quoi non seulement il s'est excusé, mais aussi lui a dit qu'ils seront tenus pour seuls auteurs de la guerre , s'ils révoqoent en doute ce que vous avez eu charge de dire aux Etats sur ce si^et de la part des archiducs^ par lettres écrites par M. le président; joutant à cela ce qu'il a estimé nécessaire pour le désespérer d'obtenir ce qu'il désire pour ce regard, et exagérer cette mutation de langage. A quoi IT
DU PBttiDBerr jbànniic.
n'a reparti que des épaules et de soupirs, comme s'il improuvolt ce changement , et désespérant de raccommodement des affaires, disant son mal* tre avoir déjà envoyé en Flandre un million d'or, et outre cela une provision de deux cent cinquante mille écus par mois pour Tannée prochaine, à commencer du premier Jour de mars, et a sur cela discouru des moyens de faire la guerre, comme si l'on nedevoitplus penser à la paix de cette part-là.
Le Boi m'a commandé vous faire savoir ces beaux discours, lesquels doivent servir à nous confirmer en l'opinion que nous avons déjà conçue du non pouvoir qu'ont les archiducs d'accorder ce que Richardot vous a permis de pro* poser et assurer de leur part pour ce qui touche le roi d'Espagne ; quoi étaut , il nous faut prévenir d'heure ce qui en succédera. Nous avons Juste cause véritablement de nous plaindre, et même ressentir de ce manquement, que nous pouvons baptiser à bon droit du nom de tromperie , et sur cela nous en vouloir formaliser avec aigreur pour Justifier notre procédure, et faire connottre que nous n'y avons aucune part. Toutefois il nous semble qu'il ne faut pas encore fiiire paroltre que nous nous apercevions de cette mutation, mais continuer à poursuivre notre pointe envers les Etats, voir ce qui en réussira, et attendre après que les ministres d'Espagne se déclarent d'eux-mêmes sans que nous nous en mêlions ou les découvrions par avance; mais quand ce masque sera levé, il fondra crier hautement contre eux, et blâmer et improuver leur procédé , et se plaindre d'y avoir été eugagés par eux. Néanmoins nous désirons tout cela être fait par vous , de façon que vous n'engagiez le Roi à ^user la querelle des Etats, en cas de rupture procédante du défaut des archiducs ou du roi d'Espagne , carsAous voulons en délibérer à loisir et conserver notre liberté pour ce regard. Bien pourreab-vous tenir aux Etats des propos dignes de la bienveillance du Roi en termes généraux , mais non obligatiis, et vous charger d'écrire et faire savoir à Sa Majesté tout ce qui se passera et ce que l'on désirera de lui pour recevoir ses commandemens, Joint qu'il sera besoin aussi de faire parler le roi d'Augleterre et les princes protestans d'Allemagne; car, à vous dire la véritéf le Roi ne veut danser tout seul , même sans A«tre profit et assurance que du passé; et néanii^oiii3 il nous semble qu'il faut s'abstenir encore d«* se laisser entendre que nous avons ce dernier pansement de nous prévaloir extraordinairement 4^ besoin que l'on aura lors de nous, pour les raisons que vous pouvez mieux Juger, et d'autant plus que Je reconnois que notre Boi n'a
Jusqu'à présent aucune inclination à la guerre.
C*est pourquoi il aimeroit encore mieux que l'on s'accommodêt à \à proposition que le président Richardot vous a faite, et laquelle obtenant il a dit que l'on lui donnerait la vie, que de tomber en une rupture absolue; mais il Juge très*bien que c'est chose qui ne doit aucunement être à présent proposée par lui ni par les siens, ni seulement être soupçonnée devoir être approuvée de lui , après les ofilces et devoirs que vous avez faits de sa part , estimant, s'il faut avoir recours à ce dernier remède , qu'il sera besoin que la persuasion en provienne de la connoissance et expérience que les Etats auront de leur foiblesse et impuissance à recommencer et soutenir la guerre, sur l'incertitude et irrésolution de l'assistance de leurs voisins. Je mets ces choses en votre sein , non comme un arrêt final de la résolution du Roi , mais par forme d'avis, afin de vous en servir en votre conduite. Assurez-vous que notro Roi , comme prudent , préférera toujours les con« seils plus honorables et utiles aux agréables. Je prieu Dieu, monsieur, qu'il vous conserve en bonne santé.
De Paris, ce premier décembre leoa.
Votre, etc., db NrufvuiLs.
Lettre de M, le duc de Sullfj à M. Jeannin , du deuxième décembre 1608.
Monsieur, Je vous rends grâces de la pehie que vous prenez de m'écrire si souvent et si particulièrement de l'état des affaires du pays où vous êtes, et de l'acheminement de la négociation on vous êtes employé , laquelle s'achevant avec conditions équitables et supportables de part et d'autre, la gloire en doit être attribuée à votre prudence et sage conduite. J'ai toujours fort estimé la vivacité de votre esprit et hi solidité de votre Jugement, mais ces dernières actions m'en don* nent meilleure opinion que Jamais, ayant su vous débarrasser de tant de diversités et opinions différentes, qui tombent d'heure à autre dans l'esprit de toutes les parties avec lesquelles vous avez à traiter ; car non seulement il faut concilier deux ou trois partis fort éloignés de désirs et intentions les uns des autres , mais il semble que vous ayez à faire autant de traités qu'il y a de personnes d'autorité de tous les ( êtes, y ayant autant d'opinions que de têtes. Pour mon regard , J'ai toujours cru que les choses tomberolent où Je les vois maintenant, qui est que ceux qui falsoient les plus belles et spécieuses offres viendroient de temps en temps, de degré en degré , et d'occasion en occasion , à en diminuer et retrancher, tellement qu'enfin elles se réduiraient à l'impossibie , et seraient trouvées dé^»
HioeCIâTTOKB
ralsotonableg et insoppôrtables , et que oeux qui sembtofent les pins difficiles et les plus excessife se modéreroient et adoociroient tellement, qdlls se mettroient au dessous de ce qnt est juste et leur est nécessaire pour vivre en liberté , repos et sûreté; et pour ces raisons J'avols été toujours d'avis que les rois de France et d'Angleterre, avant que s'interposer en tels traités, fissent parler français les Espagnols , c*est-à-dire ouvertement, sur les conditions avec lesquelles ib désiroient qu'ils se rendissent entremetteurs de la paix ; car alors ils eussent présenté de trèsbelles conditions, desquelles se venant a départir, les deux rois eussent eu Juste sujet de dire qu'étant entrés à la prière des Espagnols à l'entremise de ces traités , et maintenant se départant des conditions apposées, ils étoient obligés, en leur bonneur et conscience, de se déclarer pour ceux qui auroient la raison de leur cOté ; et enoore s'ils ne reprennent ce même cbemin , les Espagnols par leurs astuces et finesses vous réduiront à tel point , que la conclusion d'une paix oa d'une trêve se rendra du tout impossible.
Or il est certain que nous en avons assez pour parler haut et clair , et bien franchement , et Je crois que les Anglais n'en ont pas moins de leur côté ; car quand le Cordeiier , quand l'ambassadeur de Flandre résidant ici, et quand don Pedro ont parlé au Roi , ils ont toujours protesté que leur mattre traitdt sincèrement, et qu'il approuveroit et ratifleroit, voire interviendroit en ce qui serait traité par les archiducs , chose qui TOUS a encore été écrite par Richardot ; tellement que nous avons sujet de protester que s'ils man* quent à ces choses , le Roi demeure obligé pour son honneur de secourir absolument les Etats , et est résolu de le faire en oe cas, lequel avenant il n'y fttut pas manquer , et montrer que nous avons du coeur et des nerfs ; et si l'on tient ce langage comme II fout, crayez que les Espagnols parleront doux , car Ils ne sont mauvais qu'à eeax qui témoignent avoir peur et procèdent avee eux en crainte. Je ne vous recommande ffAùt les affaires de M. le prince d'Espinoy , car Je m'assure que vous n'y omettrez rien me l'ayant promis. Sur ce Je vous Iwise les mains , et prie Dieu qu*l1 vous garde.
De Paris, ce deuxième décembro 1608.
Votre, etc., Maximilian bs Bbthorx, duc de Sully.
Lettre de M. de Bemy à M. Jeannin , du quatrième décembre 1608.
Monsieur, la dernière que J'ai eue de vous est du quatritoe du passé , à laquelle J'ai ftiit rél^onselel7«J'ai, depuis deux Jours^ vu IL k
président Richardot qui dit n'avoir rien eu âe votre part , non plus que vous de lui , durant tout le mois de novembre dernier. Il ne laisse d'avoir des nouvelles de ce qui se passe par delà par certains confidens. Je ne trouve point ipC'û soit marri du voyage des députés de Zélande , qui n'en doivent , dit-il , être de retour qu'en la quinzaine qui finira demain selon sa supputatii» ; et quand lis séjourneroient davantage, je ne vois pas que l'on soit pour s'en plaindre. Ils recherchent le remède de leurs nécessités dans le temps , qu'ils essaient toujours de gagner peu à peu ; mais il y a danger que , cependant qu'ils se reposent là-dessus , ils ne viennent à le perdre par leur mauvaise conduite. C'est à eux à y penser et considérer que nous approchons de la fin de l'année, laquelle avenant ainsi mettra fin à la trêve; et il m*a dit là-dessus qu'il se promet que vous saurez bien pourvoir à cela par une prolongation d'un mois ou six semaines , pour oe laisser tomber les choses en une rupture. Je vois bien qu'entre ci et là ils se promettent d'avoir d'autres nouvelles du roi d'Espagne, qui ne veut point ouïr parler de la cession de souveraineté, €t , pour cette occasion , sont l»ien aises que la choses s'entretiennent ainsi sans oonelosioD. L'archiduc y a dépêché son conAnseur en toote diligence, pour essayer de faire changer eetta résolution ; il partit hier à quatre heures du matin , et promet de faire tout ce qu'il pourra pour être de retour dans trente Jours; mais c'est toot ce qu'il pourra faire.
L'arohiduc dépêche en Angleterre, par ordre venu d'Espagne , un certain Ferrand de Giron , pour remercier le Roi des bons offices que l\n reçoit de lui par ses ministres en cette négociation, ^ de plus essayer si par quelque appAt on pourrait conduire ce prince à abandonner par effet les Etats, s'ils ne %e veulent mettre à la raison , comme on essaie de fhlre ailleurs. I^ dernier oourrier venu d*Espagne a apporté une provision de cent quatre* vingt mille écns destinés , à savoir : quatre- vingt-mille écus pour tes vivres qui étdent sur le point de demeoi^er par toutes les garnisons avec un merveilleux dé80^ dre , et le reste pour fournir à un tiers de paye. L'on dit qu'il doit venir à Gènes un million en masse, pour être ici fabriqué en monnoie , mais eela n'est encore qu'en espérance, et selon le sttoeès de votre négociation , de laquelle J'espère avoir des nouvelles par le retour de ce courrier que mondlt sieur le président m'a mandé qu'il vous envoyoit , sans que J'en sache autrement le sujet, non plus que M. l'ambassadeur d'ADgl^ terre. Monsieur , Je vous baise bien humblement lea matn%et auia
DU PiiêIBBllT IBÀNRIN.
Votre, ele. , BsiiiâBt l»i BtHirr.
De Btttxeilefl, ee quatrième Jour de décembre
Iéitr$ de M. hprisidêni Richardoià mêssieurt . les ambaê$adeur$ de FrQfUS0 et d'Angletem^ ' du quatriiwu décembre 1608.
Messieurs , le long temps que noue sommes sans avoir de vos lettres nous fait croire qa*en ce que vous traitez vous rencontrez de la contradietiOQ , dont Je ne suis point ébahi , bien sachant que c'est Tordinaire en choses grandes qui ae se peuvent Jeter en moule. Cependant vous devez vous souvenir que notre trêve s'achève , et que si l'en a volonté de se mettre à repos, il ne seroit pas bien de rentrer en hostilité, pouroe qoe telle pourroitétre qu'elle eauseroit de l'ai*grear. C'est pourquoi Je vous dépéehe ce courrier pour vous ramentevoir ce particulier, et que puisque le temps est si court, et les fêtes si à la nain , qu'encore que fussions déjà assemblés CafTalre ne poarroit sitdt s'achever, il vous plaise CD traiter avec messieurs des Etats , et faire que tt résolvant à la continuation , et pour tel temps qne bon leur semblera , Ils en fassent dresser un acte semblable aux précédens, et le nous envoyer signé par les sieurs députés ; que d'Ici nous leur renverrons aussitôt le nôtre en même forme, qui est celle dont nous avons toujours usé. Joint que le temps nous presse pour en avertir ceux d'Espagne , afin qu'il n'y succède quelque désordre. J*ai vu lettres de La Haye à quelques particuliers , que le bruit y est que l'on fait Ici levée de quelques régimens walons et de compagnies de cavalerie. Je ne sais d'où telles nouvelles leur viennent, mais vous pouvez les assurer , sur ma parole et sur mon honneur, que depuis que nous sommes de retour, ni plus de quatre mois auparavant, ne s'est ici levé un seul homme. Et me recommandant bien humblement à vos bonnes grtices , Je prie le Créateur vous donner , messieors, longue et heureuse vie.
De Bruxelles le quatrième décembre 1608.
Votre , etc., Le président RicnABiKyr.
Autre UMr$ dudU sieur Rickardotà M. Jeannifk^ diidit/imr quatrième de décembre I60a«
Monsieur , la lettre ci-Jointe va à vous autres messieurs les ambassadeurs de France et d*An* gleterre, mais sans superscription, ne sachant si vous voudrez y comprendre ceux d'Allemagne. Vous la ferez mettre , s'il vous platt , par votre secrétaire , telle que bon vous semblera ; Je dis pour le regard dé ceux d^Allemagne, car ponr messieurs d'Angleterre, nous entendons qu'elle leur sott commune. Le MiJet cet sur h eontHiQft-
tlon de notre trêve, pôurcé qu'elle ta s^éhevant, et qu'à peine aurons*nous temps pour en avertir l'Espagne , et que Je n'ai pas espoir que nous nous verrons cette année sur cet endroit. Vous présentant mes bien humbles recommandations à vos bonnes grâces, et de M. de Russy, Je prie le Créateur vous donner, monsieur, longue et heu* rense vie.
De Bruxelles, le 4 décembre 1608.
Votre, etc., Le président Righaboot.
Lettre de messieurs les ambassadeurs de France et d'Angleterre à M. le président Richardoty du 8 décembre 1 608.
Monsieur, nous estimons que le sleurde Préaux sera arrivé vers vous le même Jour que ce couiv rler est parti pour venir ici , et que vous aurez entendu par lui l'état auquel sont les affaires en ce lien. Ce n'est sans raison que nous avons à\U féré de parler de la prolongation de la trêve, car les longueurs donnent le moyen de fkire naître tous les Jours de nouvelles difficultés et empêchemens contre ce que nous désirons faire ; et A nous l'eussions fait avant le retour des députés de Zélande, cela eût été cap ^e de les faire différer à venir au lieu qu'ils sont attendus de Jour à autre , pendant l'absence desquels les autres provinces ne veulent rien résoudre; car encore qu'elles aient déjà arrêté d'entrer en traité pour la trêve , si n'ont-elles délibéré particulièrement sur les articles contenus en notre projet , et il y a plusieurs villes en la province de Hollande qui y font très-grandes difllcultés , ainsi que ledit sieur de Préaux a eu charge de vous dire , lequel nous vous prions de renvoyer Incontinent , et avec si bonne réponse, qu'elle nous donne sujet d'aller voir les Etats en leur assemblée gé^ nérale pour la leur ftilre entendre , et parler par même moyen du renouvellement de la trêve pour autant de temps qu'il sera nécessaire pour trai« ter, comme environ six semaines ou deux mois ; ce que nous nous promettons d'obtenir, pourva que ledit sieur de Préaux nous rapporte la certl* tude de Tobligation du roi d'Espagne , et non autrement; car avec cette assurance, et le retour des députés de Zélande qui seront lors venus , il n'y aura plus rien qui les doive empêcher de prendre leur résolution , ni de consentir à cetta prolongation , au cas qu'ils demeurent d'accord de traiter sur notre projet, qui est le but auquel nous tendons pour Unir cette affaire sans re* mise; prévoyant qu'il n'y en peut plus arriver qu'elles ne soient cause de nmipre tout , au liea de nous donner moyen de le parachever. Aldez^ nous donc , s'il vous platt , à en sortir , et eroyei que noua n'omettrons rien de Mtre oéM pqw
rnoocuTions
faire que l'issue en soit hearewe , et que le soin que nos rois ont de faire finir cette guerre et notire travail ne soient point inutiles.
Vous aurez de nos nouvelles, incontinent après le retour dodit sieur de Préaux , par homme exprès que noua vous enverrons à cet effet, n'ayant voulu retenir ce porteur afin que si ledit sieur de Préaux n'étoit parti lors qull arrivera, vous le renvoyiez aussitôt expédié, eomme nous nous promettons qu'il sera de la prudence de leurs altesses, et du besoin qu'il en est pour espérer bon succès de ce que nous tral* tons. Messieurs les députés d'Allemagne s'en sont retournés après nous avoir déclaré que leurs maîtres étoient toi^urs désireux de cette trêve, mais qu'ils s'en remettoient à la conduite et au soin que nos rois en prennent. Nous vous baisons bien humblement les mains, et prions Dieu, monsieur, qu'il vous donne en parfaite santé heureuse et longue vie.
De La Haye, ce 8 décembre 1608.
Vos, etc. , P. JBAifiiiif , BussY , Ri. Spsitcsb ,
BonOLPHB WiNOOD.
Lettre particulière dudit sieur Jeannin à M. Richardoty dudit jour huitième décembre 1608.
Monsieur, nous n'avons pu parler encore du renouvellement de la trêve, pource qu'il y a quinze Jours que les députés de toutes les provinces se sont retirés en leurs villes, attendant le retour de ceux de Zélande qui ne seront ici que vers la fin de la semaine, et tous les autres en même temps, aussi que si nous l'eussions fait avant le retour desdits députés de Zélande, lesquels sont très-mal affectionnés à la trêve, ils eussent diCEéré de venir sous ce prétexte, et nous voyons bien qu'ancuns cherchent des longueurs pour rompre tout. Davantage, il ne nous a semblé à propos de parler de cette prolongation avant que les Etats se soient résolus s'ils voudront traiter suivant notre projet ou non; car, encore que six provinces aient consenti d'en traiter, ils n'ont toutefois délil)éré sur les articles, et y ont fait même de grandes difQcultés, selon que M. de Préaux vous aura pu dire. Aussi avons-nous appris que c'est l'intention de plusieurs de l'assemblée de proposer, lorsqu*ils seront tous de retour, qu'on d<Mt être assuré si le roi d'Espagne a donné pouvoir à leurs altesses de traiter en son nom; sans quoi ne voulant rien faire, ils disent être nécessaire qu'ils en soient premièrement éclaircis, et c*est la raison pourquoi ledit sieur de Préaux vous a été envoyé, au retour duquel , s'il apporte bonne réponse, nous nous promettons d'obtenir incontinent cette prolongation, et nous cq^érons bon succès du surplus; sinon nous te*
nons tout rompu, nonobstant notre désir «t aOB^ tipn à empêcher la rupture pour quelque canse que ce soit. Aidez-nous donc, s'il vous plaît, de votre côté, et vous assure que rien ne sera omis de notre soin et affection pour achever ce \m œuvre. En cette volonté, Je vous baise très-humblement les mains, et suis, monsieur, Votre I etc., P, Jeanikui.
Lettre dudit sieur Jeannin à M. de Bemy^ ê^ dit Jour 8 décembre 1608.
Monsieur, Je vous avois écrit plus de six on sept Jours avant la délibération prise de vous en* voyer M. de Préaux, et après en être résolu j'ai différé de Jour à autre à le Caire, et enfin Jusques à son départ. Je ne sais ce qu*on peut avoir mandé vers vous de la résolution des Etat&, mais Je vous peux assurer que tout y est encore incertain, et que Je n'en espère rien, si ledit sieur de Préaux ne rapporte bonne réponse, et, encore qu'elle soit telle que nous désirons, qu'on ne laissera d'y trouver beaucoup de difficultés. J'esr time qu'il sera parti avant que ce courrier arrive; mais s'il étoit autrement, Je vous supplie de tenir la main à ce qu'il retourne promptement et expédié comme il est requis pour nous donner moyen de servir à cette affaire, à laquelle mes^ sieurs les députés d'Angleterre et nous travaillons avec même soin et affection. Le sujet du voyage du courrier étoit pour faire prolonger la trêve , et nous différons d'en parler Jusques an retour dudit sieur de Préaux, auquel Je n'écris pour ce que Je tiens pour assuré qu'il sera parti avant l'arrivée de ce courrier. Je vous baise trèshumblement les mains, et suis, monsieur.
Votre, etc., P. Jeànnui.
A La Haye, ce 8 décembre 1608.
Lettre de l'arehidue aux ambassadeurs de France et d'Angleterre , du neumème dé' cembre 1608.
Messieurs, la veuve du sieur de Preanx nous a été agréable, et nous avons volontiers entendu ce qu'outre le contenu en votre lettre du dernier du mois passé, il nous a représenté de votre part sur le sujet de ce qui se passe en Hollande et de la négociation qui s'y traite; et comme il vous fera fidèle rapport de ce que nous lui avons répondu, il nous sufdra nous en remettre à lui, et vous dire que ce que le président Richardot vous a ci-devant écrit sur la même matière , a été de notre aveu et par notre commandement, comme rest ce que présentement II vous écrit, et à qum •vous pourrez ^jouter entière foi et créance; vous remerciant de bon cœur des ofQces que vous y avez faits Jusques à maintenant, et vous priant
DU PSSftlSSNT JBANNIH.
tOfi
ât les conMiraerf ce qui nooft fiera de partioalière obligation en votre endroit, et Dieu vou$ ait» messieurs, en sa sainte garde.
De Briuelh», ee d décembre 1 608.
Rica, V. Albbbt.
Et plus bas , VSBBEIKBN.
Lettre de M, le président Richardot auxdits sieurs ambassadeurs ^ dudit jour 9 décembre 1608.
Monsieur, le sieur de Préaux arriva devant hier ici avec vos lettres du dernier du mois passé, et a amplement discouru, avec monsei* gneur l'archiduc et moi, sur ce que vous lui aviez donné charge : il vous fera fidèle rapport de ce qu'on lui a répondu , et vous donnera assurance, avec la lettre de son altesse, que Je n'ai écrit que par ordre, que m'excusera si je ne vous fais celle-ci plus longue. Seulement vous dixai-je que si son altesse eût changé de résolution je n'eusse faiili de vous en avertir; mais de son côté il n'y a eu changement. Bien vous oonlesséje être véritable que, sur quelques offres ou promesses que l'on dit avoir été faites par le roi de la Grande-Bretagne, ou quelques ministres siens de sa part, de procurer que la trêve se fasse simple, et sans la déclaration qui est en termes, le Bol a écrit qu'on y entende. A quoi son altesse n'a voulu du tout s'arrêter ni crûment mettre en avant ce changement, bien que, pour plus grande satisfaction de Sa Mig'esté , elle désire que TOUS le fassiez , et vous en prie signamment si vous, messieurs d'Angleterre, en avez quelque charge, étant ce qui plus convient, et qui de vrai seroit plus équitable, comme dès le. commencement l'on Ta entendu et en France , et en Angleterre 9 et partout ailleurs. Ceci est au cas que TOUS n'y voyiez notable inconvénient, dont elle se remet à vous; et quoi qu'il en soit, nous ne faisons ici autre compte, sinon que l'assemblée se fera. Mais comme nous avons été huit mois entiers chez eux , la raison voudroit que cette fois Ib vinssent chez nous, et crois qu'ils ne voudront y contredire , ni a la continuation de la trêve pour autant de temps que bon leur semblera, puisque les fêtes sont si proches et le temps si court, que, quoique nous dissions déjà ensemble, la négociation à peine se pourroit achever avant la lin de ce mois; et vous savez qu'en une livre d'hostilité il n'y a qu'une once d'amitié , joint que le retardement ne vient de nous, ains d'eux, qui ont été si long-temps à se résoudre. Sur cet endroit me recommandant bien humblement à vos bonnes grâces, je prie le Créateur vous donner à tous, messieurs, longue et heureuse vie.
De Bruxelles, le 9 décembre 1608.
Le président Bicbamot.
Autre lettre particulière dudit sieur Richard à M. Jeannin , dudit jour 9 décembre 1608«
Monsieur, je n'ai qu'ajouter à ce que vous dira de bouche M. de Préaux , et verrez par les lettres qu'il vous porte ; car par l'un et par l'autre vous entendrez à quoi nous en sommes en l'espoir que nous avons que cette femme, enceinte de plus de neuf mois, enfantera heureusement; l'importance est que par la trop hâter nous ne la fassions avorter, et à cela servira votre prudence avec laquelle vous l'avez si bien guidée jusques à maintenant. La trêve simple seroit notre salvation, non qu'en substance j'estime l'une plus ferme que l'autre , mais pour donner apaisement à ceux qui ne l'entendent et ne veulent l'entendre. Je vous baise très-humblement les mains, et prie le Créateur vous donner, monsieur, longue et heureuse vie.
. De Bruxelles^ ce 9 décembre 1608.
Votre, etc., Le président Richabdot.
Lettre de M. Jeannin à M. de Villeroyi ^ treizième décembre 1608.
Monsieur, le courrier Picault arriva en ce lien le huitième de ce mois à la nuit, avec vos lettres du dix-neuvième et vingt-septième du mois passé. Je vois bien que la longueur et incertitude de l'affaire que nous traitons est fort ennuyeuse au Roi , dont j'ai un extrême déplaisir, vous pouvant assurer que je n'omets rien pour en sortir, et qu'on me tient ici plutôt trop soigneux, passionné et précipité, que négligent ou moi et lent à en poursuivre et presser la résolution ; et néai^ moins je ne pense faillir ni en l'un ni en l'autre , car il est besoin d'y aj^rter quelque chaleur pour exciter la diligence et le devoir des uns qui pensent ne pouvoir faire ce qu'ils désirent qu'avec du loisir, et ils en ont déjà trop pris. La même vi* gueur est aussi requise à l'endroit des autres pour essayer de les gagner, ou empêcher leurs desseins qui tendent à faire le ccmtraire de ce qui nous a été commandé, mais c'est toujours avec telle modération , que personne n'en peut être offensé, et en faisant connoftre à chacun que le Roi donne aux Etats le conseil qu'il juge le meilleur, sans y apporter aucune contrainte qui leur ôte là liberté de délibérer et résoudre ce qu'il leur plaira, sinon qu'on appelle contrainte leur dire, s'ils n^ligent et rejettent les conseils de sa Majesté , qu'elle n'aura pas si^et de les secourir ; et, à la vérité, c'est bien quelque espèce de né* cessité plus forte que la raison, attendu qu'ils ne peuvent foire la guerre sans son secours; mais outre ce que je l'ai fait par commandement, U
«<«00tATI0irt
étoit besoin dVn m» «liiÉi, aÉtraMDl eeaz qui rejettent la trèra avolenl si biaii imprimé es es- |^itsd*un chacttn que ceqoe nous disions n'étoit que par acquit, et aûu qu'on ne pût attribuer la rupture à Sa Majesté, que tels artificos et déguisemens eussent plutôt empêché de la recevoir qu*excité et échauffé à reprendre les armes, étant vrai ce que Je vous ai souvent mandé de Hnclination de ceux qui manient les affaires en toutes les villes ^ lesquelles ont droit de suffrage en rassemblée générale des Etats, qu'ils n'ont rien tant à cœur que de se mettre en repos, et qu'ils veulent essayer d'y parvenir par tous les moyens qu'ils pourront, les uns toutefois avec la sûreté contenue en notre projet , et les autres seroient pour se contenter à moins » si nous voulions favoriser leur désir.
Ainsi quand le sieur Aêrsens vous a dit que la partie qui rejette la trêve prévaudra et deviendra plus puissante que l'autre, Je ne sais d'où lui vient cette opinion : si on comptoit les voix des gens de guerre et cellesdu menu peuple, il diroit vrai ; mais tous ceux-là ne sont appelés et n'ont aucune part aux délibérations. Le peuple se laisse conduire par les magistrats et supérieurs , qui sont trente , quarante on oinquanle plus oo moins en chacune ville, et des principaux et plus riches elloyens, et to«8 ceux qui courent au repos. Il voos eût bien pa dire avec plus de vérité que si le prince Mauliee voulolt troubler FËtat avec les gens de guerre et quelques-uns du menu peuple, Il pou^ roit fkire du mal ; mais il est sage et homme de bien , et à cette occasion sait Juger qu'il ne tirerait aucun profit de tels mouvemens, et qu'en aidant à ruiner le pays il y trouveroit aussi sa ruine et celle de sa maison ; c'est pourquoi Je vov» al toqjours mandé qu'on ne devolt rien craindre de cet endroit. Je l'ai prié plusieurs ibis de nous dire s'U avoit moyen d'empêcher eetle trêve , et de Joindre le corps de l'Etat à son avis par bonne conduite et voie légitime , et , si cela étolt, qu'on pourroit espérer d'induire Sa Mi^esté à approuver son eonseil ; à qqiil il répondolt lors que tout dépendoit de la Hollande et Zélande , et que cette dernière y étoit d^à entièrement disposée, ainsi il ne'restoit plus que l'autre, dont II s'assuroli de toutes les villes, fors de trois, et néanmoins 4e dix-huit il n'y en a eu que deux pour lui. Si Je vciyols ce que dit le sieur Airsens , je ne vou* drois user de cette infidélité à l'endroit de mon maître que de lui en déguiser la vérité : Je ne le pourrols aussi, car tout ce qu'on ftdt en ce Heu est publie.
Or il est notoire que six provinces veulent la trêve aux conditions de notre projet, au moins ce «u'iia prélndnnt d'y dumger ne peolltro ciuse
de rufture, et n'y a que ces deox tffiei de Botlande contraires, qu'on croit néanmoins se defoir Joindre à l'avis commun. On en espère autant de la Zélande, et les gens sages qui ont ptusdoeonnolssanoe des affaires en font ce Jugement. Bien estril certain que les autres six provinces ne se laisseront vaincre à celle-ci , au moyen de quoi s'il y a de la difficulté à faire qu une province et deux villes consentent à cette trêve, croyez, monsieur, qu'il y aurait de l'impossibilité à faire reprendre lesarmes aux autres six. Vous le pouvei connaître par ce que le prince Maurice m'a dit, et à M. de Russy aussi, dont Je vous ai ci-devant donné avis , qu'il craint que ceux qui veulent la trêve ne soient assex puissans , et n'aient aussi la volonté de fiiire pis; car sll se défie de les pouvoir empêcher quils ne fliment ce quil dit, comment pourra-t-il empêcher qu'ils ne fessent la trêve que nous poursuivons, qui laarest si avantageuse et sissurée? Nous tombâmea eacore avant-hier sur ces mêmes propos avec hil, M. de Russy et moi, en présence de madame la princesse d'Orange et de M. le comte Gulllanme ; mais il nous dit , comme de coutume , qu'il eontlnuolt en cette même défiance , et néanmoins m pouvoit être d'avis de la trêve que nous poursuivons : bien nous promettoit-fl de suivre la résolution de l'Etal, et si la province de Zélande voulait prendre l'avis contenu en nosdemières lettres, qu'il y aiderolt plutêt que d'y nuire , sans toutefols se rendre auteur de ce conseil, comme H m'avoit promis de Mre la première fois que Je lui en parlai. Juges donc si ce que dit M. Aêrsens est vrai, et de quel esprit 11 est conduit. Je vous i^pête encore que si le roi d'Espagne accorde de s'obftger aux conditions de notre écrit, combien quil y ait quelques difficultés à conclure ce traité du côté des Btirts, qu'enfin ils s'Uniront tous pour l'accepter, et , encore que nous ayons bien aidé par notre conduite à leur faire prendre cette opinion , si ne laissoientplls auparavant nous en être déclarés d*y être déjà enclins d'eux-mêmes. Ainsi qui eAt voulu essayer, en quelque temps que ce soit, de leur ftiire prendre autre conseil, il eût été três^fficile , et à présent serait du tout Impossible sans user de violence contre l'Etat, et y mettre une grande et périlleuse division ; comme au contraire si le roi d'Espagne reftase de s'obliger, on les peut Joindre tous ensemble pour la refoser , en leur donnant sous main quelque assurance de n'être abandonnés du Roi ; et je le tiens plus fhelle et plus certain , nonobstant la eralnte du prince Maurice, que de leur persuader de ftiire cette trêve avec les archiducs seuls sans ladite obligation dû roi d'Espagne; non qu'en tout cela il n'y ait encore des difficultés 3 tant les uns
DU pitaranT jBiNNnr.
0(ks «Qtret Mut oiiftiitâtra8«lpaftianiié$^ mats moindres de /oe o6té qjïk leiir penoader le coutraire.
Quant à ce que M. AArsens dit, que la trêve sera la raine de l'Etat, ce sont les propos que tient le prince Maurice tous les Jours, pour la ptinde défiance qu*il a de ceux qui manient les affbires , même du sieur Barneveldt, en quoi tou« tefbis Je suis certain qull se trompe pour le regard du soupçon qu'il a contre ledit sieur Barneveldt , que Je tiens pur et innocent de tout mauvais dessein, quoique trè»4iffcetionné à la trêve; et quant aux autres dangers quil montre de cralndre après la trêve, Je loi propose des remèdes qui dépendent d'eux et sont bien certains ; mais tout cela ne le contente aucunement. Aussi est^il vrai qu'outre les considératlont publiques dont 11 peut être touché, il y a un très-grand intérêt en son particulier; car la trêve lui êtera une bonne partie de son revenu, ûùùî touteflbis il ne fait plainte, et Je la fais volontiers pour lui , n'y ayant rien de si raisonnable que de l'en récompenser, et serolt méraetrop grande ingratitude aux Etats d'en Mre autrement; aussi ceux à qui J'en parle, et le sieur Barneveldt même , m'ont dit et assuré qu'il se fera. Il en a pareillement dit autant à la princesse d'Orange. Ils désirent tous qu'on s'en fie aux Etats , sans les vouloir contraindre de le faire avant la trêve, et comme par obligation, an« trement ilsembleroit que ce ne fttt pas un don et gratification , mais plutêt une nécessité de le faire pour obtenir cette trêve avec son consentement, comme ri on ne la pouvoit faire sans cela. J*ai fort combattu cette raison qui me sembloit imperti« nente , et pense avoir enfin persuadé qu'<m lui en donnera assurance avant la trêve, par délibération publique qui contienne que les Etats le récompenseront et dédommageront de tout l'intérêt et de la perte qu'il poorroit recevoir à cette occasion. Si le Roi n'eftt su user lui-mêmede cette prudence, il edt trouvé beaucoup de gens qui eussent toujours eu le public en la bouche, que le contentement particulier a ftit taire , et ce seigneur ici , CQ ce qui le touche, y proeêde avec tant de modestie et de respect, qu'il mérite qu'on en ait soin. Cela doit aussi apporter de la fadUté à i'afibire que noua traitons , dont Je ne vous peux mander aotre chose que ce qui est contenu ci-dessus, car les députés de^ Etats envoyés en Zélande ne doivent retourner qu'après demain, et ceux de Zélande deux Jours après.
Je TOUS écrirai lors par le sieur de Colombier qtil est prêt de partir plus certainement ; mais Je n^ai voulu différer cette lettre, pouroe qu'il me a«nbie par les vêtres que vous êtes en peine; et |« la soif bien fMTt anad^ poiaqua don Pedro n'a ,
été envoyé que fioar tranper> centre ee que ta président Richardot m^voit mandé pour me troo^ per aussi moidnème s'il eût pu ; car c'est chose ficheuse d'aider à gens si ingrats et peu recoa-* noissans envers le Roi , lequel seul a tout fhit ici, étant vrai que sans nos poursuites, et que J*ai fortifié du nom et de l'autorité de Sa Mcjesté la partie du sieur Rarneveldt, il se fût trouvé bien empêché à faire cette trêve, nonobstant l'inclination et désir tant de lui que d'un grand nombre de députés qui sont de l'assemblée^ lesquels étant les plus sages, ilsse.fussent plutôt rangés à l'Of pinion des autres, crainte de division, que de per» sister en la leur si nous y eussions été quelque peu enclinsy et J*eusse bien su aussi prendre l'opportunité de rompre tout par le sieur de Barneveldt même , qui m'oCfiroit souvent de faire ce que Je lui conseillerois. Le prince Maurice, d'ailleurs , y apportoit tant d'artifice, et avoit mis une si grande défiance es esprits de ces peuples, qu'en l'aidant sous main, et ne leur étant point l'espé? rance du secours de Sa Majesté , on les eût pu changer, attendu même qu'au commencement le roi d'Angleterre n'étoit désireux de cette trêve , et n'y consentoit sinon pouree qu*ii n'y osoit con^ tredirs, crainte d'être vu s'opposer à ce qu'il ne IK)Uvoit empêcher, nous y étant contraires : mais en tout cela J'ai Huit ce qui nous a été commandé ; et à Juger sainement des affaires, il semble que ce soit Tiotérêt de Sa Mn^esté de &ire cesser cette guerre, tant pour se soulager de de* pense que pour éviter d'autres ioconvéniens, et qu'elle y gagnera assez pourvu qu'on les sépare du tout d'Espagne par cette trêve : ce que Je Juge nécessaire pour affoiblir d'autant leur puissance^ et nous fortifier de cette alliance et amitié, sur laquelle J'espère encore qu'on pourra bâtir quelque chose de mieux , y conservant les amis qu'on a déjà acquis , et recherchant d'y en acquérir d'autres. J'esUme néanmoins qu'on ne les doit presser de traiter si le roi d'Espagne ne s'oblige, et que Sa Majesté aura assez fiiit de devoir pour y mettre la paix , sans qu'on puisse rejeter la cause de la rupture sur autre que l'Espagnol^i car, en désirant plus d'eux. Je eraindrois que cela ne servit plutêt à les diviser qu'à faire ce qu'on auroit entrepris. U ne faut aussi pour cette même raison penser à la trêve de vingt ans, selon le mémoire que J'ai donné à M. de Préaux , avec charge toutefois qu'il lui servit seulement d'instraction , sans le montrer à qui que ce soit , et qu'il en mit le président Richardot hors de toute espérance, crainte de trouver de nouvelles difficultés ici , et des longueurs de l'autre côté lors* qu'il faut finir. Je n'eusse même consenti que ledit sieur de Préaux eût écouté sur le sv^Jet de
HSGOCUTIOlfS
ladite trêve, n'eût été que les Anglais UKmtnmt de la désirer platiyt que de rompre , et su qu'ils en ont mandé quelque chose à leur ambassadeur qui est à Bruxelles. A la vérité , si elle étoit de la façon que je Kentends, elle vaudroit bien l*au* tre , et peut-être mieux, mais il seroit trop difficile de Joindre toutes les provinces ensemble pour Faccepter. J'en ai aussi tellement dégoûté M. de Bameveldt, qu'il est d'avis de la rejeter du tout, et m'a parié si ouvertemoit sur ce sujet depuis le départ dudit sieur de Préaux, que J'en suis demeuré fort content. Je tiens aussi pour certain, si les Etats demeurent résolus de ne traiter autrement, que le roi d*Espagne y consentira. M. le président Richardot nous a écrit , et aux députés d'Angleterre, le quatrième de ce mois par messager exprès, pour nous prier de foire prolonger la trêve qui étoit prête d'expirer, disant qu'il n'espéroit pas qu'on se pût assembler avant la fin d*icelie, et qu'on n'auroit assez de temps pour envoyer cette prolongation en Espa. gne, si elle n'étoit faite dès maintenant. M. de Préaux n'étoit encore arrivé à Bruxelles lorsqu'il nous dépécha ce messager, mais il y arriva le même Jour. Notre réponse a été que les députés des provinces s'étoient retirés depuis quinze Jours, attendant le retour des députés de Zélande , et que pendant leur absence on n'en a pu parler; que les Etats ne voudront aussi entendre à cette prolongation Jusques à ce qu'ils aient résolu s'ils traiteront ou non, et qu'ils voudront être pareillement assurés si le roi d'Espagne entend être compris et nommé au traité, sans quoi 11 est certain qu'ils n'en voudront ouïr parler ; que pour cette raison ledit sieur de Préaux leur a été envoyé afin d'en être éclaircis avec certitude; qu'à son retour nous en ferons volontiers Instanee, et nous promettons de l'obtenir pour un mois ou six semaines, qui doivent suffire pour traiter, pourvu qu'il rapporte bonne réponse, n'en -pouvant rien espérer autrement. Nous lui faisons aus^i connoftre par nos lettres que les longueurs sont cause de donner moyen d'empêcher la trêve à ceux qui en sont ennemis au lieu de la faciliter, afin qulls n'y aient plus recours, du moins qu'ils estiment que Uvius cherchons de l'éviter à bonne intention, et comme si nous ne voyions pas qu'ils l'affectent avec artifice et mauvais dessein. Nous ferons dans deux ou trois jours suivre cette dépêche d'une autre, après que ledit sieur de Préaux sera de retour, et les députés de Zélande venus. Je suis très-Joyeux de la convalescence de M. de Cbéteauneuf , et prie Dieu qu'il lui conserve de longues années. Je suis, monsieur, Votre, etc. , P. Jb^^nnin.
" A La Haye, ce treizième décembre 1608.
Lettre de M, de VHleroy à M, JeantHn , du msième décembre 1608.
Monsieur, vous oonnottrez par la lettre do Roi le Juste mécontentement qu'il a du procédi des Anglais et des Espagnols, lesquels traitent infidèlement avec lui , ensemble la résolutiou qu'il a prise sur ces mutations et diversités. Certes l'Anglaisa grand tort d'avoir donné espérance aux autres qu'il leur fera avoir cette trêve pure et simple, sans renonciation ou expression delà liberté en fiiveur des Etats, car ils savent trèsbien que ceux-ci n'avaleront Jamais telle ame^ tume qui détruirait entièrement le fondement sur lequel de leur côté ils ont bâti la résolution qu'ils ont prise de traiter sûrement, et par laquelle leurs vrais amis ont été persuadés de la conforter en ioelle : tellement que nous croyons que lesdits Anglais ont Jeté cette proposition exprès pour rompre tout-à-fait lesdits traités, et nous contraindre tous de rentrer en guerre, jaloux des négociations dudit sieur don Pedro, desquelles les Espagnols leur donnent martel à poste , comme ils ont fait auxdits Etats ; car nous ne pouvons croire que ceux-ci soient si emportés du désir de leur repos, qu'ils renoncent à leur liberté, après les déclarations et protestations qu'ils ont faites, leurs affaires, et celles de leurs amis et ennemis , étant en l'état qu'elles sont Nous ne pouvons croire aussi que lesdits Anglais aient assez de pouvoir et autorité envers lesdits Etats pour les disposer par amour ou par force à ce point, quand bien ils les menaceroient de livrer aaxdits Espagnols les places d'otages qu'Us détiennent , comme l'on nous a assuré qu'ils ont promis de fairo; Joint que J'ai toujours estimé n'être au pouvoir desdits Anglais de disposer desdites places contre la volonté des Etats. H faut donc que lesdits Anglais aient malideosement fait ladite ouverture, expressément poor rallumer la guorre et nous y envelopper contre le roi d'Espagne, afin de demeurer cependant arbitres de nos débats , Jouissant de leurs aises, ou se rangeant du côté de celui avec lequel il pourra profiter davantage. Voilà un échantillon notable de l'infidélité et duplicité de cette nation, qui offense à bon droit le Roi , et d'autant plus que sa conduite envers eux n'avoit , ce lui semble , mérité cela ; mais Sa Majesté s'est moins se - ndalisée de l'impudente malice et simplieité do conseil d'Espagne, lequel s'est laissé ainsi befler auxdits Anglais, et a porté si peu de respect à Sa Majesté, et aux bons offices qu'elle a faits pour te^ miner la guerro, contre toute raison et coôsldération d'état, vofre contre le désir et Jugement universel de la chrétienté et leur propre espérance.
DU ïiisiDSirr nksxmn.
Nous eondiioiis donc qa*fl faut que lesdlts Anglais leur aient fait de grandes promesses contre les Etats, et peut-être contre nous*mémes, ou qu^ils aient résolu de rentrer en guerre à quelque prix que ce soit, et peut-être s'adresser à nous comme auxdits Etats , assurés ou assistés desdits Anglais, ou sans eux. Quant aux arciiiducs, nous n'avons telle occasion de nous plaindre d'eux, puisqu'ils ont avoué et confirmé les parties et lettres de leurs députés, sur lesquelles nous avons fondé la poursuite de ladite trêve suivant votre projet; et nous semble qu'eux, et spécialement le sieur Richardot, ont parlé à M. de Préaux assez librement pour nous faire eroire qu'ils n'approuvent ces cbangemens et qu'ils ne s'y veulent arrêter, encore qu'ils vous aient prié d'en parler auxdits Etats avec lesdlts Anglais , car ils s'en sont remis après à votre discrétion. Néanmoins ils sont si attachés et obligés aux volontés d*Ëspagne, et sont d'ailleurs si timides, que nous avons sujet de nous défier de leur résolution , comme du succès de la conférence et prolongation nouvelle de la cessation d'armes qu'ils ont proposée à M. de Préaux, et de laquelle ils vous ont prié par lui et par leurs lettres de faire instance. C'est pourquoi nous avons pensé à l'expédient que le Roi vous écrit , qui est de tirer desdits Etats une déclaration par écrit, signée et scellée, par laquelle il soit porté qu'ils accordent de feire ladite trêve suivant votre projet et le conseil des deux rois, pour, obliger le Roi d'en Ihire une semblable et en pareille /orme, devant que d'entrer en conférence, afin d'avoir cette sûreté de part et d'autre, qui aide à nous ftiire mieux espérer que par le passé de ce qui sera demandé et accordé en suite de cela poor terminer et résoudre entièrement les affaires. Toutefois il touche à vous de mesurer cette ouverture ainsi que vous Jugerez être pour le mieux. Bien vous dirai-Je, si vous pouvez disposer lesdits Etats à faire ladite déclaration, peut-être sera-t-ll à propos que vous en soyez le porteur auxdits archiducs, afin de les mieux pousser et faire entrer dans le rets, sans attendre Tagréation d'Espagne, ni même le retour de leur confesseur, du voyage duquel M. de Préaux vous a rapporté qu'ils espèrent beaucoup. Mais nous craignons qu'ils y soient trompés, comme ils ont été des autres, et même de celui du Gordelier nouvellement revenu d'Espagne, que don Pedro ^ix avoir été renvoyé sans charge , encore que ledit Gordelier ait dit au Roi le contraire; car Je n*estime pas que les archiducs aient assez de force et vertu pour franchir ladite déclaration au retour dudit confesseur , s'il leur rapporte que l'in- %aaÊkm du roi d*£spagne y répugne; partant ils
seroient plus excusables de le prévenir sur la né« cesslté urgente qui s'offre. Davantage , nous de^ vous désirer que les archiducs fassent ce saut, si faire se peut, contre l'avis d'Espagne , afin de les diviser et donner sujet à ceux-là de rechercher autre appui que cettui-ci, dont vous savez qu'ils n'auroient fente , et de le trouver tel qu'ils pour<> roient se délivrer tout-à-foit de la servitude dé laquelle ils languissent, se rendre très-lieureux eX plus honorés du côté d'Espagne qu'ils n'en sont à présent gourmandes ; et nous savons de bon lieu qu'ils s'en plaignent maintenant plus que Ja« mais , voire qu'ils en sont comme désespérés : de sorte qu'il fait bon à présent battre le fer , même sur l'occasion de ladite trêve qu'ils désirent ar<> demment, et en laquelle seule gft leur dernière ancre de salut IR de consolation , et nous a-t-on rapporté que le président Richardot y est de son côté très-disposé , et même le marquis Spinola , comme gens qui se voient perdus si on rentre en guerre, ce que l'on peut aucunement colliger aussi des propos qui ont été tenus à M. de Préaux, que vous pourriez, étant sur les lieux, mieux reconnoitre que tout autre.
T(»utefois je vous écris ceci de mon mouve-. ment, poussé de mon soin et devoir ordinaire au service du Roi , sans lui en avoir parlé ; Je le re* mets aussi à votre Jugement. Sa Majesté eût pré-^ féré la trêve pour vingt ans à la guerre, ainsi que je vous ai écrit par ma letrre du dernier du mois passé, au défaut de celle que vous avec proposée, si les Anglais n'eussent traversé par leurs belles offres tes affaires comme ils ont feit. Ce dépit donc a feit résoudre Sa Majesté à opl<* niâtrer sans variation ladite trêve selon votre projet, se promettant qu'il vous sera facile d'empêcher que l'autre soit acceptée desdits Etats à l'instance desdits Anglais contre son avis , qui est un point auquel il importe que vous preniez garde ; car il ne faut pas que lesdits Anglais puis* sent gagner sur nous cet avantage, pour les rai« sons que vous pouvez mieux Juger. C'est pourquoi Sa Mi^esté vous commande d'offrir ses forces et son assistance auxdits Etats , en cas que les archiducs et Espagnols refusent la susdite trêve, afin qu'ils n'aient sujet de descendre en l'autre contre sa volonté : néanmoins elle désire que vous ménagiez lesdites offres, de façon que les ennemis de ladite trêve ne prennent sujet et pouvoir de renverser du tout celle que nous désirons aussi bien que l'autre; vous entendez bien ce que nous voulons dire. Il sera besoin aussi d'entretenir le prince Maurice et les siens en tout événement avec plus de soin que Jamais; car on peut s'assurer d'eux plus que des autres, comme mohis faciles à réconcilier avec l'Espagne r
HittÔCUTlÔlIi
néanmoins U né hnt pOtir efela délaisier le sieur de Barneveldt, ni itfi donner occasion de croire que nous voulions faire plus d*état des autres que de iui ; car il peut plus que tous, et cela le lèroit cabrer. Vous les connoisseB mieux que nous, et pareillement ce qu'il faut fiiire pour en tirer service : nous nous en reposons donc sur vous entièrement
Qui pourroit assigner la conférence que lesdits archiducs désirent à Calais, ou en quelque autre lieu di France , comme vous avea autrefois proposé, ce seroit le moyen de nous venger des Anglais : penses-y, Je le vous ramentois , mais sans charge aussi; il finut penser à tout, et s*aider de tous moyens pour sortir à notre honneur et avantage , par une voie ou autre , de ce labyrinthe ; il importe au repos de la France paur le présent et pour l'avenir. S'il est vrai que oeuic de Zélande aient délibéré de demander que le trafic d'Anvers soit interdit pour trois ans, et qu'il leur soit aceordé , icelui passé, de mettre un impôt sur les bateaux et marchaudises à leur discrétion, ainsi que M. Richardot a dit à M. de Préaux , il faut qu'ils s*en départent, car telle demande est injuste. Bien approuvons-nous qu'ils fiassent instance de ce que vous avea proposé au prince Maurice , afin d'obvier à tous traités et desseins contraires à cdul qu'ils auront approuvé. J'ai vu le nonce du Pape par le commandement du Roi ; suivant sa lettre , il blâme l'imprudence d'£s* pagne, et la malice d'Angleterre, et loue la con» duite de France en toutes ses parties. Il a parlé à don Pedro , qui a Mt l'étonné, des promesses et ouvertures anglaises, les dénie ou en fait l'i« gnorant, mais c'est un trompeur; aussi n'est-il venu par deçà que pour en fiiire l'ofûce, duquel il s'est bien acquitté.
Ledit nonce lui a dit fermement la résolution du Roi, savoir est de coucher de son reste pour la conservation des Etats, en cas que l'on leur refuse, du c6té d'Espagne et des archiducs, ce que &a Mf\jesté leur a offert à la prière et sur la parole de ceux-ci, de quoi il doit donner avis en Espagne. Il en scjra dit autant à Peckius dès demain, et conclus comme vous que iesdits Espagnols se laisseront à la fin vaincre au désir des archiducs pour ladite trêve , quand ils verront ne la pouvoir obtenir plus favorable pour eux , 9U bien ils auront dressé et assuré leur partie avec lesdits Anglais, à quoi nous verrons clair bientôt , comme nous avons délibéré de faire à la conclusioo de ces négociations , sans nous laisser entretenir de remises et dilations sur des incertitudes telles qu'ont été celles qu'on a Jusques toi pratiquées! de part et d*autre, trop impro- 4eimi«nt tt mljci^uiwaePt j d^ Vioi Je prie
Dieu vous fUre h grice d^avoi^ ansil boâne issue que le méritent raffectkm et probité que vous y contribuez. Je prie Dieu, monslear, qu'il vous conserve en bonne santé.
De Paris, ce seiaième Jour de décembre isos.
Voire , etc. , M NaurviLLi.
Lettre de M. Jeannin à M. de Villeroy, du seizième décembre 1608.
Monsieur, n'ayant trouvé commodité tàn pour vous envoyer la précédente lettre. J'ai dit féré pour vous l'envoyer avec celle-ei par la voie de M. de Colombier. Les dépotés des Etats qoi étoient allés eu Zélande sont retournés, et nou font espérer que ceux de cette province se Joiih dront à l'avis commun; ce qu'on tient comme assuré, d'autant que la charge de ieun députée n'est plus limitée ni restreinte a certaines ooa* ditioos comme du passé, mais libre etgénénle, pour résoudre avec les députés des autres pnn vinces ce qu'ils jugeront plus utile pour le bim général. La ville de Deift s'est aussi réduite; et quant à Amsterdam, les Etats-Généraux y oot envoyé trois députés du corps du conseil de II Justice, pour leur persuader d'en faire autant; ce que chacun tient qu'ils ftront Juges, monsieur, par ces longpeors et diffloultés, s'il eeis aisé à quelques particuliers, quelque crédit qu'ili aient en cet Etat, de projeter et faire des traitée secreti durant la trêve avec les archiducs, qoi est autant qu'avec le roi d'E^Mgne, puisqu'il fiiut que tant de gensy aient part, et que tootee ces difiOcultés ne sont pro venues que de la crainte qu'ils ont tous de tomber par pratique et artifioei sous cette domination : par ainsi on ne doit psf croire que les soupçons do prince Maurice sont vains et sans raison , attendu même que penonni n'entre aux magistratures ni au conseil des trtlieei qu'il ne soit de la religion , c'est^«dire ennemi de ces princes ; Joint que s'ils veulent suivre le conseil qu'on leur a donné, qui est qtt*on ni puisse faire aucun traité, durant la trêve, qui du consentement de tous et des deui rois, ili éviteront qon-seulement ce mal , mais se garanr tiront du soupçon même. M. de Prsaux est rt* tourné, et m'a rendu vos lettres du premier de ce mois ; il a fort dextrement et heureusement exécuté la charge qu'on loi avoit commise : je as vous écrirai rien de ce qu'il a fait, car il en a donné avis de firuxelles. Le prince Maurice ns s'attendoit pas qu'il dût rapporter lettres de l'a^ chiduc conflrmatives de œ que M. le président Richardot nous a ci-devant écrit touchant i'obli* gation da roi d'Espagne, mais U a été trompé.
Je ne tiens pas pourtant que l'archiduc M aisuré de pouvoir faire ce qu'il trM^eti et V'^^
s'est avaaoé do noogéoiire atasl, craignant qoe tout ne fût rompu s'il eût fait autrement, aussi qu'il est to^jours en quelque espérance de Tobtenir par le retour de son confesseur qui y est allé ^ et pour leur donner loisir de l'attendre, le président Bicbardot m'a prié de faire différa* les affaires Jusques au vingt-cinquième de Janvier^ de telle sorte toutefois qu'on ne sache ce délai avoir été requis par eux. Il ne sera qu'asses aisé, d'autant que les Etats procèdent en leurs résolutions avec tant de loogueur, que, quoiqu'ils soient d^à comme d'accord des articles, si est-ce que la Zélaude, laquelle prétend y faire quelque changement , leur donnera sijyet de consumer dix ou douxe jours inutilement; mais nous ne laisserons pas, après qu'ils auront résolu de traiter en termes généraux, de faire pour tout le mois de janvier sans plus ; car si le temps étoit plus long, ils seroient pour demeurer inutiles jusque vers la fin d'icelui. Il vaut mieux faire une autre prolongation lorsque nous serons assemblés. Quoi que don Pedro vous ait dit du roi d'Angleterro, si est-il certain que le roi d'Espagne le fait rechercher par un nouvel ambassadeur, et que la crainte qu'il a de lui, la haine qu'il nous porte, et ce qu'il n'est si bien ici qu'il désireroit, lui pourront faire preqdro de mauvais conseils : si me semble-t-il qu'on ne peut rien fairo es affaires de ce pays qu'avec l'autorité et l'avis de Sa Majesté, par ainsi que les Espagnols seront toujours c(mtraints de passer par ses mains et de rechercher son amitié, veuillent ou non. Je me conduirai en tout selon que vous me manderez par vos lettres, même s'il avient que le roi d'Espagne fasse difficulté de s'obliger. Les députés d'Aogleterre sont bien fâchés de ce que M. le président Richardot a mis dans ses lettres que leur maître a donné assurance en Espagne de faire résoudre la trêve sans la liberté, eraigneot qu'il ne soit su ici , et il ne peut étro secret, le nient du tout, et disent fua c'est un artifice dont ils sont fort mal cont«Qs; mais leur conduite donne grand soupçon qu'il soit vrai. J'estime, quant à moi, s'ils l'ont foit, que c'a été lorsqu'ils désiroient de rompre la trêve, comme à la vérité telle espérance pouvoit fab^ rester toutes autres ouvertures au roi d*£apagne, et par ce moyen être cause de rupture ; mais ils sont du tout changés depuis quelque temps, et poursuivent à présent avec plus d'ardeur que nous la trêve suivant notre projet, et avec l'obligation du roi d'Espagne, jugeant bien qa*cm fie la peut obtenir d'autre façon. Je retiens ]e courrier Picault jusqu'à ce que nous vous puissloxM mander la résolution, et vous faisons ces dépécbes par M. de Colombier qui s'en vouloit rctovruer «a France ^e sais qu'il eit cfnnuds
vous, et il espère de Tavailitemèni par votre fa« veur ; aussi est-il sage et en très^bonne réputation par deçà. Je vous supplie de toute mon afTecUon. le favoriser, afin qu'il puisse être gratitié de son voyage, et qu'il reçoive cette commodité par votre moyen , dont Je vous demeurerai obligé avec lui.
Je suis , monsieur, votre , etc. , P. Jbah xi in.. A La Haye, ce seizième décembre toos.
Lettre dudit sieur Jeannin à M, le due de Sully, dudit jour seizième décembre 1608.
Monsieur, votre lettre du dix-septième no^ vembre me fut seulement rendue le jour d'hier* Je ne fais doute que les longueurs et incertitudes des Etats ne vous soient ennuyeuses ; mais ce n'est faute de les poursuivre , presser et solliciter^ jugeant bien que la longueur est plutôt cause de faire naître de nouvelles difHcultés que de faci« liter la résolution de l'affaire que nous traitons. Or ils sont maintenant sur la fin, et ne peuvent plus user de remise de leur côté; aussi me sem* ble-t-il qu'ils en sont las, et que chacun veut à préseut voir la résolution qu'on prendra quel* ques jours après que les députés de Zélande seront de retour, lesquels sont attendus après demain. Les députés des Etats-Généraux qui j a voient été envoyés, étant de retour, nous en doutent fort bonne espérance, promettent même qu'ils se joindront à l'avis commun, do moins n'y apporteront aacune dlflQculté qui puisse Hre cause de rupture, ayant à cet effet donné charge à leurs députés de délibérer et résoudre avec les députés des autres provinces ce qu'ils jugeront être du bien général , au lieu que leur précédent pouvoir étoit limité et restreint à certaines oon* ditions qu'il ne leur étoit loisible d outrepasser* Et quant aux deux villes de Hollande, lesquelles contredJsoient aussi à cette trêve, à savoir Oelft et Amsterdam, la première est dgà réduite, et les Etats-Généraux ont envoyé trois députés à Amsterdam pour leur persuader d'en fkire au^ tant, ce qu'on espère qu'ils feront, en sorte que toutes difQcultés semblent levées de ce côté-là, pourvu que le roi d'Espagne se veuille obliger, selon que les archiducs le promettent derechef par les lettres que M. de Préaux nous en a rapportées, contraires aux bruits qui courent ; et, à mon avis, il nous a plutôt fidt telle réponse, crainte de rupture s'il l'eût révoqué en doute, que pour Tassurance qu'il en ait ; mais bien l'espèret-il par le retour de son confesseur qu'il a envoyé en Espagne ; en quoi , s*il est trompé, nons serons en très-grande peine , n'estbnant pas qu'il soit possible d'unir tous les Etats en une mém^^ r^ution pour leur fiôre ai^iq^ter c^t^ trèvt.
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MlfGOCTÀTtONS
avec les archiducs , sans que le roi d'Espagne s'y oblige ; du moins y prévois-Je tant de difficulté et de longueurs qu*on doit craindre de Tentreprendre, et n'en a-t*on pas sujet aussi s'il est vrai que le voyage de don Pedro ait apporté si peu de fruit; Joint que la rupture avenant du côté d'Espagne, toutes les provinces rentreront en guerre avec la même union que du passé, et plus d'animosité qu'ils n'en eurent jamais, et seront contraints même, si le roi d'Angleterre retire du tout son secours , comme il déclare tous les jours vouloir faire, d'inviter le Roi par offres avantageuses à leur donner le sien, ou bien à prendre tels conseils que Sa Majesté voudra pour une autre trêve ; et la crainte du premier, ensemble le besoin que le roi d'Espagne montre avoir de faire cesser cette guerre, me font toujours espérer que, ne voyant plus autre moyen pour sortir de cette guerre que celui-là, il aimera enfin mieux s'obliger que de rompre , quoi qu'en ait dit don Pedro an Roi : peu de jours nous en feront voir le succès , dont je donnerai aussitôt avis à Sa Majesté , et demeurerai perpétuellement, monsieur, votre , etc. , P. JBANmrf . De La Haye, ce seizième décembre 1608.
Propos tenus en Rassemblée des Etats-Géné* roux par messieurs les ambassadeurs de France et d^ Angleterre, le dix^huUième dé' eembre 1608.
Messieurs, sur les bruits qu'on a fait courir, tant parmi vous qu'en France et en Angleterre, que le roi d'Espagne ne vouloit être obligé au traité de trêve dont nos rois sont entremetteurs, nous avons pris conseil , entre messieurs les députés d'Angleterre et nous , d'envoyer un gentilhomme vers l'archiduc avec lettres et créance , pour être éclaircis de la vérité ou fausseté de tels bruits, tant par ce qu'il lui en diroit de bouche que par ce qu'il nous en pourroit écrire , dont ce gentilhomme s'est fort bien acquitté, et nous a rapporté que ledit sieur archiduc s'êtonnoit et trouvoit étrange qu'après nous avoir fait écrire par M. le président Richardot, dès le seizième d'octobre , son intention sur ce sujet , et le pouvoir qu'il a du roi d'Espagne pour l'obliger en vertu de sa procuration , on lui vienne encore demander à présent si ce que ledit sieur président a écrit de sa part est véritable ou non, pource que personne ne doit présumer qu'un ministre principal , tel qu'est ledit sieur président , employé en cette affaire dès le commencement du traité, se soit voulu ingérer d'écrire en chose de si grande importance de soi-même , et sans en avoir eu charge et commandement exprès de son ttialtre , ni que le maître l'ait aussi voulu
commander sans avoir la volonté et le pouvoir de l'effectuer.
Néanmoins, afin que nous en soyons plus assurés, il a dit à ce gentilhomme et nous a pareillement écrit que ledit sieur président n'a ci-devant rien écrit sur ce sujet qui ne soit vrai, et qu'il l'a fait par son ordre et commandement, et s'il y a eu de la longueur à l'effectuer depuis ledit temps jusqu'à présent, qu'elle n'est provenue de lui , mais par le retardement de messieurs les Etats, qui n'ont fait de leur part aucune réponse ni devoir de l'avertir de la résolution qu'ils ont prise , comme ils ne font encore à présent.
Or II n'y a aucune apparence qu'un prioce de la qualité de l'archiduc ait voulu avancer un mensonge, qui aussi bien lui seroit Inutile, et ne serviroit qu'à lui apporter du blême; car nous lui avons fait dire que si vous preniez résolution d'entrer en ce traité , que la première chose qu'on voudra voir sera son pouvoir, sans lequel, et cette obligation précise et expresse, il ne doit espérer que vous vouliez passer outre.
Il ne reste donc plus qu'à prendre résolution de votre côté pour achever et mettre la dernière main à cette œuvre, ou n'y plas penser. C'est pourquoi nous vous prions de la faire 'sans pins user de remises, lesquelles sont trop ennuyeuses à vos amis et dommageables à votre Etat , et ne peuvent profiter qu'à vos adversaires. Gonsidérex aussi que vous êtes sur la fin de la trè?e , et qu'il est besoin de la prolonger, ce que nous n'estimons pas devoir être fait pour plus d'un mois, et au cas que vous soyez résolus de traiter sur la substance , et aux conditions de notre projet , non autrement, pource que ce seroit perdre le temps inutilement et en vaines disputes d'entrer en autres ouvertures et propositions pour penser obtenir mieux que ce qui est contenu en ce projet ; ainsi il est du tout nécessaire de vous résoudre ou de rompre.
Et si vous choisissez le premier, comme nous vous le conseillons de la part de nos maîtres, de prolonger cette trêve promptement , afin qu'en puissions avertir l'archiduc, et lui envoyer ladite prolongation assez à temps.
C'est bien toutefois notre Intention , si vous êtes résolus de traiter sur ledit projet, de faire sérieuse instance, lorsqu'on s'assemblera, à ce que la trêve que nous poursuivons au lieu de dix ans soit faite pour quinze, du moins pour douze, et le commerce des Indes accordé plutôt de gré à gré qu'avec hostilité , afin que rien ne survienne qui puisse troubler la sûreté de votre repos; mais si on ne peut obtenir ni l'un ni l'autre, l'avis de nos rois est que vous ne devez pourtant laisser de résoudre et conclure ce traité, qui œ
BU PBESIBEIVT JfiANNIN,
peut être rompn de votre côté qu'avec trop de dommage pour votre Etat.
Lettre du Roi à messieurs Jeannin et de Russy, du dix-neuvièfne décembre 1608.
Messieurs Jeaunin et de Russy, j'eusse bien désiré pouvoir attendre et recevoir de vos nouvelles sur la réponse des arcliiducs et du président Ricliardot que le sieur de Préaux vous a portée, de laqueiie il m'a rendu compte par sa dépéclie du onzième de ce mois que j'ui reçue le treizième au soir, pour savoir comment elle aura été reçue ou vous êtes, devant que vous faire entendre mes volontés sur iceile pour les mieux fonder; maisj*ai été si ému et scandalisé de la duplicité et infidélité de laquelle j'ai appris que procède le roi d'Angleterre en cette action conjointement avec le roi d'Espagne , que je n'ai pu avoir cette patience. La franchise et bonne foi qui m'accompagne en toutes choses, et dont j'ai usé en ce fait, étant indigne d'une telle tromperie de laquelle j avois bien eu quelque vent venant du côté d'Espagne, comme je vous avois fait écrire, et que mon cousin le prince Maurice i'avoit aussi pressenti; mais il faut quej'avoueque je n'eusse jamais cru que ledit roi d'Angleterre eût voulu être auteur de cette pratique , m'étant en ceci conduit envers lui , et vous avec ses ambassadeurs , comme vous savez que nous avons fait : non que j'aie jamais espéré dudit Roi et de ses ministres une correspondance loyale et assurée, ainsi que je vous ai souvent écrit, mais je n'eusse pas pensé que sa jalousie et sa mauvaise volonté eussent jamais eu sur lui tant de pouvoir que de lui faire faire sous main l'office , que nous apprenons des propos que le président Richardot a tenus audit sieur de Préaux, qu'il a fait en Espagne pour rompre ces traités , ou s'approprier du tout le gré de la conclusion d'iceux, par les promesses et espérances qu'il adonnées en Espagne de faire accepter auxdits Etats une trêve pure et simple , sans parler de la liberté qui leur a été offerte, et sur laquelle seule néanmoins vous et ses ambassadeurs avez fondé les conseils que nous leur avons donnés, d'entendre premièrement à la paix, et depuis à la trêve que vous avez proposée ensemblement, et que vous avez depuis poursuivie avec tant de peine et de labeur, pour vaincre les oppositions et contradictions que vous y avez rencontrées, en quoi vous avez été secondé et fortifié de mon autorité avec toute franchise et rondeur, mû de mon affection au repos public et au bien particulier desdits Etats, comme des prières et instances qui m'en ont été faites de la part du roi d'Espagne et des archiducs, sur la foi et parole |