‹ Les négociations du président JeanninChapitre 23 sur 33 · II. C. D. M. T. IV · texte numérisé non relu

II. C. D. M. T. IV

desquels comme j*ai engagé mon nom et réputation en cette poursuite, je ne puis supporter aussi maintenant qu'il en soit abusé , sous quelque couleur et prétexte que ce soit.

C'est pourquoi non seulement je ne puis trou* ver bon que vous favorisiez l'ouverture de là susdite trêve , pure et simple , ou sur le pied de la première qui doit finir avec l'année , que je veux que vous demeuriez fermes dedans les ter* mes de celle que vous avez proposée , laquelle vous continuerez donc à mettre peine de persuader et faire agréer auxdits Etats en la forme que les députés des archiducs l'ont accordée étant par delà, et depuis par la lettre dudit sieur Richardot, que iesdits archiducs ont de nouveau confirmée par celles qu'eux et ledit sieur Richardot vous ont écrites par ledit sieur de Préaux, sans vous arrêter à la prière qu'ils vous ont faite de mettre en avant l'autre, sous prétexte de contenter le roi d'Espagne, ni autre quelconque; car, tant s'en faut que j'entende que mon nom soit engagé en ce changement , que j'ai délibéré d'en empêcher l'effet tant qu'il me sera possible, et tout ouvertement si vous jugez que vous en deviez user ainsi ; car je ne veux rien épargner pour conserver ma réputation. J'ai assuré iesdits Etats, sur la parole desdits archiducs, et même des ministres qui ont traité avec moi de la part du roi d'Espagne, qu'ils traiteront au nom de l'un et de l'autre avec iesdits Etats une trêve à longues années , comme avec gens libres sur lesquels ils ne prétendent rien , aux conditions portées par le projet que vous en avez dressé. Si maintenant ils entendent s'en dédire, je n'ai pas délibéré d'y acquiescer ni avaler l'injure et offense qui m'en demeure , laquelle je ressens comme Je dois ; et d'autant moins le dois-je faire, puisque le coup est sorti de 1 invention et infidélité desdits Anglais , lesquels l'ont rué exprès pour rompre ces traités et rallumer la guerre, nous y engager tous, et cependant jouir plus sûrement de son aise ; car vous savez qu'il a toujours refusé de promettre assistance auxdits Etats en cas de guerre , ou bien il a cru pouvoir par ce moyen acquérir tout le gré et honneur desdits traités , et m'en priver entièrement, ou, par cette dite trêve simple , faite sans déclaration de liberté, peu à peu renverser l'union desdites provinces et leur république à l'avantage de la maison d'Autriche ou de Rourgogne, ayant craint que je fisse un traité à part avec ledit roi d'Espagne à leur désavantage , comme les députés dudit roi d'Angleterro vous ont fait entendre par les propos qu'ils vous ont tenus , lesquels ils ont avancé malicieusement , exprès pour commencer à couvrir et justifier l'infidélité de leur procédure du côté

NÉGOCtÀTlOHft

4'Espagne , voyant qu'elle deroit être bientôt décou verte.

Or il semble par les propos desdits archiducs, et principalement dudit Richardot, qu'ils ne soient pas contens de cette mutation , persuadés du désir et besoin qu'ils ont de fournir et trouver tous moyens de finir la guerre, en laquelle je crois certainement qu'ils craignent de rentrer. Toutefois il faut craindre aussi qu'ils s'y conduisent ainsi par artifice, pour vous disposer à favoriser ce parti, et y engager mon nom , sous prétexte d'en faire seulement un essai pour désabuser le conseil d'Espagne , aux volonté^ duquel ils sont d'ailleurs si liés, qu'il ne faut pas s'attendre qu'ils entreprennent chose qui soit désagréable à icelui. C'est pourquoi je vous dis derechef qu'il ne faut point s'arrêter à leurs prières et instances, mais continuer à presser lesdits Etats qu'ils agréent ladite trêve suivant votre projet , et qu*ils en fassent une déclaration telle qu'il convient , sans plus faire instance que ce mot toujours soit ajouté, ou celui de comme soit retranché de l'article de la liberté ; mais ils peu^ vent bien persister que ladite trêve soit faite pour douze ou quinze ans, et que la volonté du roi d'Espagne sur le commerce des Indes soit déclarée dès à présent ; car j'ai su que lesdits archiducs ne rompront sur ces deux derniers points , aussi n'en sont-ils dignes de part ni d'autre ; et quand lesdits Etats auront fait ladite déclaration , j'entends qu'ils la vous baillent, et que vous l'envoyiez auxdits archiducs, pour savoir s'ils voudront l'accepter.

Je ne sais si les Anglais voudront, maintenant que leur mauvaise foi sera éventée , accompagner cet envoi et office de l'entremise de leur maître; mais s'ils en font refus vous ne laisserez de l'accomplir de ma part sans eux, et n'omettrez rien à faire envers lesdits Etats pour leur faire prendre cette résolution , continuant à leur dire, s'ils la rejettent ou y apportent plus de longueur, qu'ils m'offenseront grandement, et me donneront sujet , non seulement de croire ou qu'ils ont intelligence secrète avec lesdits Anglais, pour faire par leur moyen ladite trêve simple^ comme ils en ont donné espérance et promesse en Espagne, ou qu'ils méprisent grandement mes avis , mais aussi de ne me mêler plus de leurs affaires. Vous le direz particulièrement audit prince Maurice et au sieur de Barneveldt, comme à tous les autres qui en seront capables , et même en public à la suite de ce que vous leur en avez déjà dit ; les assurant au contraire, si eu eela ils me contentent, que j'épouserai tellement l'agréation et observation desdits lurtieles envers les archiducs et du cdté d'Espa-

gne , que j'en ferai mon propre fait, soit potir faire que lesdits princes s'en contentent, et quand ils les auront acceptés ils leur soient observés, et puissent aussi conserver leur république. Mais si lesdits archiducs, après la susdite déclaration desdits Etats, rejettent ladite trêve et spécialement l'article de la liberté ainsi que vous l'avez couché par votre projet, ou refusent de faire mention dudit roi d'Espagne, comme ils ont voulu que vous ayez offert auidits Etati de ma part, en ce cas, comme je ne puis être d'avis qu'ils traitent, d'autant que je crois que l'on ne veut que les tromper, aussi les assurereBvous qu'ils tireront de moi , en cas de guerre qui aviendra par la faute desdits archiducs et Espagnols, toute assistance et faveur qu'ils peuvent espérer de la volonté d'un prince qui a pareil soin de leur conservation , et de la justice de laquelle ils fortifieront leur cause par cette conduite, que de celle de son royaume, ainsi qu'ils connoltront bientôt par vrais effets, aussi sineè* res qu'ont été ceux qu'ils en ont tirés ci-devant Néanmoins vous prendrez garde à faire cette dernière offre si mesurément qu'elle nesoitcaose de renverser parmi eux ladite trêve en la forme que vous l'avez proposée ; mais je ne puis être d'avis que lesdits Etats prolongent leur cessation d'armes , ni accordent aucune nouvelle oonférence, que lesdits archiducs n'aient accepté pir écrit la susdite trêve suivant votre projet, sor la déclaration que lesdits Etats en auront faite, d'autant que s'ils s'embarquent auxdites prolongations et conférences sans autre certitude de la volonté desdits archiducs, ce ne sera que poor les amuser et gagner le temps à leur désavantage; car comme lesdits Espagnols ont rompais paix, de laquelle ils avoient donné du commencement grande espérance, et qu'ils auront depuis renversé avec lesdits Anglais ladite trêve par vous proposée, ils feront naître encore quelque accroche en cette dernière conférence qu'ib recherchent, qui la rendra inutile, voire préjudi« ciable auxdits Etats, en la prolongeant, ou en la faisant durer autant qu'ils jugeront nécessaire, pour d'un c6té dresser et faire jouer leurs menées parmi eux pour les séduire et diviser, et de Tautre préparer leurs forces et moyens pour leur faire la guerre. Je dis donc qu'il me semble qu'il faut être assuré par écrit de la volonté desdits Etats sur les articles de ladite trêve , devant que d'accorder aucune conférence, ni même de prolongation de ladite cessation d-armes. J'ai délibéré de fiiire dire ouvertement dès demain i don Pedro de Tolède par l'organe du noncei comme à l'amlMttsadeur des archiducs, ma délibération aur ces affidres^ telte que je la ▼«»

bu f^HistDÏNt ifiÂNNlN.

écris, afin qnlls ii*ett soient en doute, et qu'ils n'aient sujet de se plaindre que je les aie abusés. Ce n*est aussi mon but d*user de telles voies envers eux ni autres; même j*en ferai dire autant à l'ambassadeur d'Angleterre, du maître duquel j'ai plus d'occasion de me douloir, si ce que ledit Ricbardot a dit audit de Préaux est véritable, que de tous les autres ensemble.

Au demeurant, j'approuve tous les offices et devoirs que vous avez faits envers lesdits Etats en général, et lesdits prince Maurice et sieur Bameveldt , tant pour réconcilier ces deux derniers que pour disposer les autres à suivre mes conseils; et je sais bon gré à ma cousine la princesse d'Orange de ce qu*elle y a contribué ainsi que je lui écris, et lui confirmerez; mais je regrette fort le comte Adolphe pour les louables qualités qu'il avoit. Vous vous en condoulerez de ma part avec ledit prince et ceux de sa maison, lesquels vous assurerez toujours de ma bonne volonté, comme je fais aussi état de la persévérance de la leur en tout ce qui sera du bien de mes affaires et de mon contentement. Tal approuvé pareillement le voyage que vous avez fait faire audit de Préaux vers les archiducs, et suis bien content de sa conduite, ayant trts-bien observé et suivi vos instructions , et serai attendant avec impatience votre jugement sur tons les discours et propos que lui a tenus ledit président Ricbardot et ies autres qu'il a vus, comme de ce qu'aura produit la réponse qu'ils vous ont faite par, lui, principalement pour ce qui touche lesdits Anglais, et les offres qu'ils ont déjà faites en Espagne , et recevrez la présente pour réponse aux vôtres du vingtième et dernier novembre, que j'ai reçues les septième «t huitième du présent. A tant, je prie Dieu, messieurs Jeannin et de Russy, qu'ii vous ait en sa sainte et digne garde.

Ecrit à Paris le dix-neuvième jour de déeem* bre 1608. HsNM.

Et plus bas, Bbuià&t.

lettre de M. de Villeroy audit sieur Jeannin, dudUjour diX'neuvième de décembre 1608.

Monsieur, nous vous envoyons par cette voie un duplicata de la dernière dépêche que nous voDs avons faite et adressée à M. de fiemy pour ▼OQs la faire tenir, afin que si elle faisoit naufrage par un côté, elle puisse arriver à l>on port par l'autre, reconnoissant combien il importe que vous soyez averti des intentions du Roi sur ce que M. de Préaux vous a rapporté du voyage qu'il a fait à BraxeUes. A quoi j'ajouterai . que Doos étant plaints à BL le nonee de tons ces chragenenSi et lui à don Fedrode Tolède, nous

en avons tiré peu de raison et consolation , et veut-on nous faire accroire que vous , conjointement avec les Anglais, avez proposé quatre formes de trêve qui ont été représentées en Espagne : la première, suivant le projet véritable qui est sur le bureau; la deuxième, en suite de la cessation d'armes qui finit avec l'année; la troisième, sans l'intervention et approbation du roi d'Espagne; et la dernière, pure et simple, sans faire mention de l'article de la liberté; ces trois dernières pour vingt ans, et l'autre pour dix. A quoi j'ai répondu ce que je devois et sais être; mais nous apprenons de Rome et d'Espagne que la menée de ce changement se manie il y a longtemps; car le roi d'Espagne en a informé le Pape, et nous a fait prier par lui de l'approuver. Sa Sainteté en a parié à M. de Brèves, qui en a blâmé et rejeté l'ouverture, et nous avons ici fait le semblable envers ledit nonce qui depuis nos dernières lettres a encore fait cet office. Nous lui avons répété nos raisons, car il en est informé dès le commencement comme nous : il les prend très-bien, toutefois j'ai quelque opinion qu'il varie selon l'humeur et inclination de ceux auxquels il parle. J'ai vu aussi le ministre des archiducs résidant ici : il improuve ce changement, en accuse le roi d'Angleterre et ses suppôts, et l'ignorance des ministres d'Espagne, fortifiée de la malice d'aucuns du pays qui n'aiment point rinfaote et son mari. Il a été un peu étonné de la liberté avec laquelle le président Ricbardot a parlé au sieur de Préaux de la pratique des archiducs, et des avis que don Pedro a donnés en Espagne de la disposition du Roi d'entendre à ces propositions, recoonott toutefois que l'un et Tautre sont véritables , et n'a-^-on plus espérance qu'aux offices que doit faire le confesseur, et à ce qu'ii rapportera.

Quant à don Pedro, il veut toujours que l'ou croie que le roi d'Espagne ne changera point de propos, et qu'il ne passera jamais en son nom l'article de la liberté, quoi qu'il arrive, s'il n'olh tient aussi ceux de la religion et des Indes à son mot. Nous voilà bien loin de compte suivant le pronostic du prince Maurice, ou plutôt son désir* Le Roi se persuade qu'en tenant ferme et faisant le mauvais , le roi d'Espagne changera , mais Je n'ai pas cette opinion; plutôt est^il à eraindre que les Etats s'accommodent aux conseils do roi d'Angleterre pour finir la guerre, à quoi l'on dit qu'ils seront servis et confortés par ie sieur Bameveldt, que l'on croit s'entendre mieux avec le ministre ordinaire des archiducs qui réside à La Haye qu'avec vous. C'a été Aërsens qui m'a dit eeci, mais il m'a prié de le tenir secret, et en ftdre mon profil* Je l'ai dK au Roi, qui m'a

conamandé vous récrire afin que vous y preniez ^arde. Sa Majesté dit qu'elle veut coucher de son reste en cette action , pour la faire réussir selon son désir , eu courre tout-à-fait le risque des Etats; mais je doute s*il sera conseillé d en venir à tels effets en cas de rupture, ni qu*il s'y résolve comme il faut, principalement si les Anglais demeurent unis au roi d'Espagne. Faitesnous savoir de vos nouvelles le plus tût que vous pourrez pour nous tirer de ces perplexités et incertitudes. Le plus court et sûr chemin seroit de gagner les archiducs, et leur faire trouver bon de Aranchir le saut qui s ont déjà approuvé, sans s'arrêter à l'Espagne; mais quelle sûreté auroient aussi les Etats du commerce du pays obéissant au roi d'Espagne? Cependant M. de Sully partit hier pour aller en Berry voir ses maisons. Le Roi est toiyours au lit de la goutte, et M. d'Esguillon , rencontrant hier Balagny par les rues , le chargea peur le tuer, étant suivi de six chevaux, et l'autre étant seul en housse : il a été peu blessé, et vous assure que le Roi est à bon droit très-offensé de cet acte. Ce sera ce que j'ajouterai à ma précédente, priant Dieu, monsieur.

traité, ils n'ont toutefois délibéré particulièrement sur nos articles, en quoi ils pourront coo^ sumer dix ou douze jours. Nous leur avons néanmoins déclaré bien expressément qu'ils ne doivent rien espérer de plus, quant aux articles priqcipaux, que ce qui y est contenu, afin qu'ils ne perdent le temps inutilement à disputer sur d'autres ouvertures et nouvelles propositions; aussi les avons-nous assurés que leurs altesses y condescendront tant en leurs noms qu'au nom du roi d'Espagne, sans quoi ils nous ont dit qu'ils n'en eussent voulu délibérer. Excusez-nous donc si nous n'avons mis en avant l'autre trêve dont vous nous avez écrit; car, si nous l'eussions fait, il est certain que tout eût été rompu, ainsi l'avonsnous ressenti et appris de ceux qui sont les plus affectionms à mettre leur pays en repos.

Nous vous supplions donc qu'on achève ce bon œuvre sur le projet commencé , puisqu'il n'y a autre espoir d'en sortir heureusement que de cette façon , non que par notre jugement l'autre trêve ne fût bien aussi bonne pour tous, mais il est du tout impossible de le persuader aux Etats, et le croyez s'il vous plaît, car c'est la vérité.

qu'ilvousconserveenbonoesanté,merecomman- I Quand ils auront pris une entière résolution

dant très-affectueusement à votre bonne grâce. De Paris , ce dix-neuvième décembre 1 608. Votre, etc., de Neufville.

Lettre de messieurs les ambassadeurs de France et d'Angleterre à M, le président liichardotj du vingt-unième décembre 1608.

Monsieur, la lettre qu'il a plu à son altesse nous écrire a beaucoup servi pour 6ter les mauvaises impressions qu'aucuns avoient voulu donner, comme si elle n'eût eu pouvoir d'obliger le roi d'Espagne, sur quoi ils pensoient prendre prétexte pour faire rompre ce traité. Les députés de toutes les provinces étant à présent assemblés, ont délibéré d'entrer en conférence sur notre projet , et à cette occasion consenti la prolongation de la trêve , qui doit expirer au dernier jour de ce mois, jusques au quinzième jour de février, selon que vous verrez par l'acte que nous envoyons aux ambassadeurs de nos rois, ledit acte fait par l'assemblée générale qui représente le corps de l'Etat, afin que vous en donniez aussi un de la part du roi d'Espagne et des archiducs, en la même forme que celui-ci. Ils ont suivi la dernière prolongation , fors qu'elle fut faite par les députés d'une part et d'autre; mais n'étant à présent assemblés, elle ne peut être faite que par les parties mêmes. Ce porteur retournera, s'il vous plaît, incontinent, pource que la trêve est près d'expirer. Encore que les

sur les articles de notre projet, nous vous en donnerons aviis, afin de convenir avec vous du temps et lieu de l'assemblée pour conférer et traiter, ce que nous désirons de toute notre affection être au plus tôt; et cependant nous vous baisons bien humblement les mains, et prions Dieu, monsieur, qu'il vous ait en sa sainte garde.

De La Haye, ce vingt-unième décembre 1608.

Vos, etc., P. Jeannin, Ruasy, Ri. Spenceb,

Rodolphe Winood.

Lettre particulière de M. Jeannin à M. Richardot, du même jour.

Monsieur, tous les dépotés des provinces sont assemblés ; ils ont délibéré de conférer et traiter, mais ils ne sont encore d'accord de nos articles, et je sais bien qu'ils disputeront avec grande contestation avant qu'être tous d'accord et d'un même avis; si leur avons-nous dit qu'ils ne doi' vent rien espérer de mieux touchant l'article qni a été si souvent débattu. Messieurs les députés d'Angleterre n'ont pas estimé, non plus que nous, qu'on dût proposer l'autre trêve dont vous nous avez écrit, et à la vérité les Etats sont si peu disposés à la recevoir de cette façon , qu'en la proposant cela n'eût servi qu'à nous mettre en soupçon envers eux, et nous ôter tout pouvoir d'aider à l'avancement dece bon œuvre, et enfin à rompre tout. Nous n'avons à cette occasion , et pour ne faire tort à messieurs d'Angleterre, jugé à pro-

Etats aient pris leur résolution pour entrer en | pos de communiquer vos lettres qui font nien«

DU PBESIDENT JEANNIN.

5ir

tion le roi d'Angleterre avoir fait dire en Espagne, par son ambassadeur, qne les Etats consentiroient à telle trêve, eux disant aussi être bien assurés que leur maître ne donna jamais cette charge audit ambassadeur. Tenez donc pour véritable, s'il vous plaît, qu'il n'y a moyen d'espérer cette trêve que sur notre projet, et en faisant obliger le roi d'Espagne ; encore est-ce tout ce que nous pourrons faire que de surmonter les difficultés qu'ils y feront. On a cependant fait prolonger la trêve jusqu'au quinzième jour de février, qui est ce qui pressoit le plus. Ce courrier emporte l'acte dressée la mode de messieurs les -Etats, mais sur la dernière prolongation ; vous en donnerez un tout semblable, s'il vous plaît, tant au nom du roi d'Espagne que des archiducs, et que ce soit les archiducs qui les fassent eux-mêmes, non messieurs les députés, tout ainsi que ce ne sont les députés des Etats, mais les Etats-Généraux qui ont fait celui qui vous est envoyé. Pour le temps et le lieu, je n'ai pressé, estimant que ce sera assez temps après que les Etats auront pris résolution sur nos articles , et c'est pour \enlr à ce que vous désirez par la lettre que vous m*avez écrite , et ce que m'a dit M. de Préaux de votre part. Pour le lieu, les Etats sont trop de gens p 'ur aller chez vous ; je pense même que tous les députés des provinces voudront être au lieu où on traitera , encore qu'il n'y ait que quelques particuliers qui soient commis pour conférer^ ainsi il semble que Breda sera le lieu le plus commode qu'on puisse choisir pour rassemblée ; je vous en donnerai avis assez à temps. J'ai entendu depuis deux jours que le père Commissaire est de retour à Bruxelles ; s'il est ainsi , j'en fais bon augure , et qu'il n'aura attendu à venir si tard pour apporter de mauvaises nouvelles. Achevons, au nom de Dieu, cette affaire qui nous a coûté tant de peine pour la conduire jusques où nous sommes , et toutefois ce n'est pas fait. Je vous baise bien humblement les mains, et suis, monsieur, votre, etc., P. Jeannin.

A La Haye, ce vingt-unième de décembre 1 608.

Lettre de M. Jeannin à M. de Bemt/y dudit jour vingt-unième décembre 1608.

Monsieur, nous vous envoyons l'acte de la continuation de la trêve fait par messieurs les Etats^Généiaux jusques au quinzième du mois de février prochain ; les Etats en demandent un semblable, tant au nom du roi d'Espagne que des archiducs, et en la même forme sans y rien changer; vous leur donnerez, s'il vous plaît, vous et M. rambassadeur d'Angleterre, ledit acte des Etats, eux vous donnant le leur. Les députés d'une part et d'autre ont fidt auparavant

telles prolongations ; mais étant à présent séparés, il est besoin que les parties le fessent ellesmêmes, et, tout ainsi que les Etats-Généraux l'ont fait^ qu'il soit de même de l'autre part, tant pour le roi d'Espagne que pour les archiducs. Vous nous renverrez donc au plus tôt l'acte de ladite continuation, à cause du peu de temps qui reste. Les Etats ont bien résolu d'entrer en conférence et traité pour la trêve, et tous y consentent, aussi bien la Zélande que les autres provinces ; mais ils sont encore à conférer sur les articles de notre projet, en quoi ils consumeront dix ou douze jours au moins, et ne peux dire assurément ce qu'ils feront, toutefois j'en espère bien.

Nous leur avons dit aussi qu'ils ne doivent plus perdre le temps en vaines disputes, d^autant qu'ils ne peuvent rien espérer de plus, quant aux articles principaux, que ce qui y est contenu. On a avis ici que le Cordelier est venu ; ce ne sera sans avoir apporté la dernière résolution d'Espagne, mais si elle est autre que ce que les archiducs nous ont promis, je n'espère rien du traité : mandez-nous, s'il vous plaît, ce que vous en aurez appris, et retenez peu ce porteur. Nous ne mandons encore rien du temps et du lieu de la conférence , car cela est remis jusqu'à ce que les Etats aient délibéré particulièrement sur les articles de la trêve; bien estimons-nous que le lieu le plus commode pour s'assembler sera Breda, et que leurs altesses n'y voudront faire difficulté à cause du grand nombre de gens qui s'y doivent trouver de la part des Ërats. J'écris à M. de Villeroy ; je vous supplie de lui faire tenir sûrement et le plus tôt que vous pourrez la lettre. Sur ce, vous baisant très-humblement les mains, je demeurerai perpétuellement, monsieur, votre, etc., P. Jeannin.

A La Haye, ce vingt-unième jour de décembre 1608.

Lettre de M, Jeannin à M. de Villeroy ^ dudit jour vingt-unième décembre 1608.

Monsieur, nous avons envoyé le courrier Picault à Bruxelles, pour porter la prolongation de la trêve jusqu'au quinzième de février. Les députés de toutes les provinces , même ceux de Zélande, sont ici, et ont délibéré d*entendre à la trêve que nous leur proposons ; mais ils veulent, auparavant que prendre le jour et le lieu pour s*assembler et conférer avec les députés des archiducs, conférer entre eux sur nos articles, et avec nous aussi. Je n'estime pas pourtant qu'on y doive rencontrer de grandes difQcultés , car nous leur avons dit plusieurs fois, même avanthier en leur communiquant la réponse que les archiducs ont faite à H. de Préaux et ce que

coDtieoneQt lears lettres, qu'ils ne doivent rien espérer de plus que ce qui est en nos articles, même pour le regard de la liberté sur quoi ils ont toujours plus insisté. Ceux d'Amsterdam se sont réduits à ravis commun, qu'on a toujours entendu être de traiter conformément à nos articles, non de laisser à la liberté d'un chacun d*eo proposer d'autres à plaisir. M. Maldrée, qui est celui lequel conduit les députés de Zélande , m'est venu voir, et m'a dit que M. le prince Maurice leur a conseillé de se rendre, et que sans cela ils n'eussent Jamais consenti à cette trêve. Bimi a-t-il ajouté, si on ne peut obtenir du c6té des archiducs plus ample déclaration sur l'article de la liberté, qu'ils désirent en leur province un acte des deux rois qu*iis les tiendront libres et souverains pour toujours en vertu de ce traité. A quoi je lui ai répondu que c'est chose déjà faite^ et que notre écrit , fait sous le nom des députés d'Angleterre et de nous, présenté à l'assemblée générale, pour répondre à ceux qui contredisent à la trêve, le contient en termes exprès, ainsi que cela doit suffire. Il m'a dit aussi qu'ils ont été avertis en leur province qu'aucuns veulent mettre en avant de traiter avec lesdits archiducs seuls, et, si cela est, qu'ils ont charge de s*y opposer et de n'y consentir en aucune sorte; étoit aussi assuré que la plupart des villes de Hollande seraient de cet avis. Lesdits députés de Zélande ont aussi charge de proposer ce que je vous ai ci-devant écrit, pour s assurer du tout contre les soupçons qu'on leur donne qu'aucuns pensent de faire pis : par où je Juge , avec assez d'autres conjectures et raisons , qu*il sera trèsdifficile, ou plut6l impossible de faire cette trêve autrement que sur notre projet ; c'est pourquoi j'en ai 6té toute espérance au président Richardot. Les députés d'Angleterre disent qu'ils en font autant, et ceux qui manient les affaires, même M. de Barneveldt , m'assurent qu'il faut demeurer fermes en cette résolution , pour ne voir aucune apparence qu'on puisse parvenir à l'autre. Je vois pareillement par votre dernière lettre que Sa Majesté a jugé ce conseil être celui auquel on se doit arrêter pour les raisons susdites, ayant répondu si sagement, et avec une franchise si louable à don Pedro lorsqu'il lui en a parlé, que je tiens qu'entln après que les Espagnols se verront exclus de toute autre espérance, ils feront phitôt ce qu'on demande que de rompre. Et touteibis, avant qu'avoir reçu vos deux dernières lettres, par lesquelles je connois que vous n'espérez plus rien de la séparation et des alliances proposées à Sa Majesté, je ne rejetois la trêve dont le président Richardot a parié, sinon pour la crainte esk laquelle j'étois qu'il ne fut trop dif-

ficile de la faire approuver aux Etats; mois maistenant que cette espérance est perdue, il me semble qu'on doit insister du tout à la faire suivant notre projet , afin que les Etats soient entièrement maîtres de leur pays, et par ce moym ne soit si aisé de les faire retourner en la sujétion d'Espagne , comme il serait s'ils n'avoient qu'une simple trêve sans déclaration de liberté. Il y a encore une autre raison, c'est qu'aucuns estiment, s'ils obtiennent la trêve avec la liberté, qu'on doit changer la république en principauté pour s'as^ Stti*er du tout contre l'Espagne. Or , si on prenoit ce conseil, j'estime, encore que cette proposition soit faite en faveur du prince Maurice et par ses serviteurs, que Sa Majesté y auroit plus de part que lui pour la bonne opinion qu'on a de sa prudence, de son pouvoir et de son affection envers cet Etat. Et néanmoins, pour ne donner ombrage à personne, et empêcher que ces bruits ne nuisent à ce que nous faisons, j'aide à étouffer tels prapos , et dis qulls doivent être différés en autre temps, après latrêve, pour y penser lors s'il est jugé expédient pour le bien de l'Etat, n'omettant rien toutefois pour persuader au prince Maurice que Sa Mi^ esté désire son bien et sa grandeur; mais il me semble éloigné de tels desseins, et qu'ils sont plus avant en la tète de ses serviteurs qu'en la sienne; car c'est un esprit retenu et modéré, qui juge de ses forces par la raison et sans passion. Je suivrai ce qui est contenu en vos lettres du premier de ce mois au cas que le rai d'Espagne ne veuille être obligé, et par ce moyen que le traité sur notre prajet soit rompu. On dit ici que le Cordelier est arrivé à Bruxelles dès le treîaîème de ce mois : s'il est ainsi , j'espère qu*il aura apporté de bonnes nouvelles, et, quoi qu'il en soit, puisque l'archiduc a bon pouvoir, qu'il passera outre au traité. Je suis fâché que je ne vous peux encore mander que tout est fait du c6té des Etats; mais il est toujours de mieux en mieux , non toatefois du tout à couvert jusques À ce qu*on y ait pris la dernière résolution. M. de Colombier est parti depuis trois jours avec nos lettres, mais il a le vent contraire. Picault vous portera 1 avis de la finale résolution aussitôt qu'elle sera prise. Je prie Dieu , monsieur , qu'il vous donne en parfaite santé très-heureuse et longue vie.

De La Haye, ce vingt-unième de décembre

Votre , etc. , P. Jkàii NiR.

Lettre de 31. de La Boderie à M. Jeannin^ du vingt'Septième décembre 1608.

Monsieur, celle qu'il vous a plu m'éerire le treizième du mois psosé ne m'est arrivée que de* puis deux jours. Auparavant avois-jeâ^ appris,

BD PIBSIDBNT JBÀNNIN.

par le moyen de M. le comte de Salisbury , les eoDiradictioDS qoe vous aviez eues aux propositioBs de la trêve , le courage et dextérité que vous y avies apportés , et le bon état auquel vous aviez réduit raffaire sans cette nouvelle difficulté qui est intervenue du côté d'Espagne. De« puis, nous avons sa le voyage de M. de Préaux vers Tarchiduc, et l'envoi qu'a fait son altesse de 80Q confesseur en Espagne pour empêcher son désaveu. Nous attendons maintenant de quelle façon ses excuses aurotit été reçues par vous et par messieurs les Etats y pour , sur cela , faire jugement de ce qui se devra espérer du reste. H y a quelque quinze jours que, sur ce qu'il s'écrivoit de divers adroits que le roi d'Espagne ne voololt nullement passer à la cession de souve» raineté, nous tenions ici que tout fût rompu. Depuis il semble que le voyage de ce certain confesseur laisse encore quelque fil à cette négociation, avec ce qu'en même temps un certain Fernando Ginm est arrivé ici de la part du roi d'Espagne, qui vient, dit-on, pour remercier le Roi des ]M>ns offices qu il a déjÀ contribués à l'avancement de ladite trêve, et le supplier d'y continuer Jusqu'à rentière conclusion d'icelle. Il est vrai qu*on y ajoute qu'il a charge de déclarer l'intention du Roi son mattre n'avoir jamais été de passer à ladite souveraineté, mais bien que si l'on veut venir à une trêve de quinze , voire vingt ans, qui laisse les choses en l'état qu'elles sont, sans exiger de lui autre plus expresse déclaration, qu'il y consentira très- volontiers; ce que Je crois n'être du tout désapprouvé de deçà , et qui néanmoins ne se goûtera guère , à mon avis, par ceux qui n'ont Jamais apporté de consentement à ladite trêve que par l'amorce de leur liberté. Tout ceci ce sont discours qui se ^nt jusqu'à cette heure, plus par spéculation que par autre assurance que l'on en ait, n'ayant encore ledit de Giron été visité de personne, ni vu le Roi à l'occasion de son absence, qui ne sera de retour encore de cinq on six Jours. Mais après son retour, et que ledit de Giron aura commencé à étendre ses denrées, peut-être en saurons-nous davantage, et aussitôt vous en ferai -Je part, comme Je n'aurols failli de vous écrire plu» souvent, si /avoisen quelque chose qui l'eût mérité.

Quant à Futilité que vous Jugez se pouvoir retirer de l'amitié d'entre ce prince et le nôtre , et <3e ce que tous pensez que j'y puis apporter , Je ^souviens bien pour ce qui est du premier avec \roiis; pour l'autre, il y faut plus que des paroks; et s'il m'étoit loisible Je vous dirais certes, monsieur, que nous n'y faisons pas assez de notre côté, et cette mauvaise afiaire de dettes , sur laquelle Tqq ne donne que du mécontentement, |

est principalement ce qui nous gâte. Je ne crois pas pour cela qu'il intervienne aucune rupture , mais d'amitié il y en aura toujours moins en effet qu*en apparence, et d'alliance dinjcileraen t. Nous l'avons pu et ne l'avons pas voulu, et avons affaire à des glorieux qui se croient méprisés de nous, et le supportent mal volontiers. J'entretiendrai toujours néanmoins toutes choses au meilleur état que Je pourrai , et , s'il arrive du mal , ce ne sera par moi si Je puis. Au demeurant, monsieur, J*ai une prière à vous faire en faveur d*un gentilhomme écossais qui sert il y a long-temps par delà : il voudrait prétendre à une compagnie de gens de pied qui vaque. Son Roi écrit pour lui, Je vous supplie le vouloir assister encore de votre recommandation selon la prière qu'il vous en fera. Il est fort honnête homme, et appartient à des personnes d'honneur de deçà , à qui je désirerais bien pouvoir servir. Le paquet inclus est pour lui; Je vous prie commander qu'il lui soit donné, et lui faire conuolti'e, quand il vous verra, que ma recommandation ne vous a été désagréable. Je vous baisé très-humblement les mains, et suis, monsieur, votre , etc. , La Rooebis. A Londres, ce vingt-septième décembre 1608.

Leltre de M. de Bemy à M. Jeannin , du vingthuitième décembre 1608.

Monsieur, le courrier d'ici est revenu le lendemain du partement de M. de Préaux , avec les vôtres du huitième, depuis lesquelles J'entends que l'on a ici avis , par quelques «onûdens de La Haye, qu'il y a moyen, si l'on veut bien ménager cette affaire, d'avoir encore une prolongation de trêve pour toute l'année prochaine, si d'aventure vous et ceux d'Angleterre ne la traversez, que l'on sait bien ne pas approuver cela, mais qu'au premier mot que vous en parlerez pour six semaines ou deux mois , elle sera aussitôt accordée. Le père commissaire Ck>rdelier est enfin retourné d'Espagne il y a trois ou quatre Jours , venu assez doucement; aussi n'étoit-il chargé que de sa personne et d'un mot de lettre a l'archiduc, portant confirmation de ce que les précédens lui ont apporté sur le point de la souveraineté. Il a rencontré le confesseur par les chemins, qui ne fera pas à beaucoup près la diligence qu'il avoit promise. Il y a eu commencement de mutinerie à Ostende,qui a été réprimée au mieux que l'on a pu pour empêcher que le mai n'allât plus avant. Quant à présent, on y a envoyé Pompée Justinian avec d'autres gens de guerre à qui il n'est pas tant dû qu'à ceux-là. Si ce mal-là avoit pris racine en quelque endroit , il s'étendrait bien loin , car les courages de toute la soldatesque sont fort disposés à une révolte, et.

ont plus faute de chefs que de volonté et de matière pour susciter une grosse sédition. Je demeurerai, monsieur, votre, etc.,

BfiULABT DE BeBNY.

A Bruxelles, ce vingt-huitième décembre 1 608 .

Autre lettre dudit sieur de Berny à M, Jeannin, , du même jourvmgt'huitième décembre 1608.

Monsieur, J'ai fait partir le paquet pour M. de Viileroy deux heures après qu'il m'a été rendu avec la vôtre du vingt-unième , et ce qui y étoit joint , par ce porteur qui n'a pas fait grande diligence; mais il est plus excusable que l'autre qui vous porte une dépêche du Roi, qui doit être selon la mienne du seizième; et comme ils sont arrivés ici en même temps, à savoir la nuit d'entre.le vingt-cinquième et vingt-sixième, je les vous envoie aussi de compagnie, ayant été d'avis d'en user ainsi pour le mieux. Il est vrai que je les pensois faire partir ce dimanche matin ; mais on a été plus long d'une journée en l'expédition de ces actes que l'on ne m'avoit promis, et ne les avons pu avoir qu'à cette heure bien tard , en leur délivrant aussi celui de messieurs les Ëtats, de sorte qu'ils ne peuvent partir que demain avec la barque. Vous aurez ici enclos lesdits deux actes tout ainsi que vous les désirez , et vous puis dire que je ne puis remarquer ici, ni au prince, ni en ceux qui manient cette affaire, qu'un singulier désir de voir la conclusion d'icelui terminée et arrêtée selon le projet que vous en avez concerté ensemble. Et si je ne me trompe bien , cette proposition nouvelle d*une trêve simple ne leur est pas plus agréable qu'à nous, avec le même jugement que, si on la mettoiten avant, il y auroit danger qu'elle ne ruinât Taf faire; et néanmoins, pour le respect d'Espagne, ils désirent bien que l'affaire puisse un peu demeurer en état, comme j*espère qu'il pourra faire de soimême sans grande aide , afin de leur donner loisir de se voir détrompés de l'opinion qui a été prise légèrement sur l'avis donné, non par l'ambassadeur d'Angleterre qui est en Espagne, comme M. de Préaux avoit entendu , mais par don Pedro de Tolède, qui est en France, sur un autre venu d'Angleterre. Pour moi , je me doute qulcelui don Pedro, mal satisfait, comme il est , de ce que sa légation ne réussit pas selon son désir, a été bien aise de trouver moyen de traverser cette afTaire qu'il voit que nous affectionnons tant , dont tous les Espagnols demeurent émerveillés et en soupçon. L'archiduc, nonobstant tout cela, m'a déclaré ouvertement de sa bouche, sur ce que je lui en ai dit de la part de Sa Majesté , qu'il demeure en sa première délibération sans aucun changement , et qu'il espère 1

que le roi d'Espagne, mieux informé de tout, comme il a donné ordre qu'il le soit, reviendra de même. C'est, monsieur, ce que Je vous en puis dire. Pour le regard du Cordelier il est retourné à vide, et a repris son froc ne se mêlant plus de rien , ainsi que Je vous ai mandé par ma précédente. Monsieur, je vous baise humblement les mains, et suis, votre, etc. , Brulabt de Bebky. A Bruxelles, le 28 décembre au soir 1608.

Lettre de M, le président Richardot aux ambassadeurs de France et d*4ngleterre y dudU jour vingt-huitième décembre 1608.

Messieurs, nous avons reçu vos lettres da vingt-unième de ce mois avec Pacte de ki continuation de la trêve , dont ira Joint à cette autre, semblable signé de leurs altesses, qui vous re mercient de la peine que vous prenez en cette fâcheuse négociation , fâcheuse , dis-je , par Topiniâtreté de ces messieurs de par delà, qui, par formalités superflues et de peu de substance, ont retardé le succès de cette besogne. Or, puisque le terme de cette trêve est prolongé, nous aurons temps pour nous préparer , et si Dieu est servi que nous nous joignions, j'espère qu'en hait jours le tout s'achèvera en bien , dont je prie Dieu de tout mon cœur, et qu'il vous donne, messieurs , ses saintes grâces , me recommandant bien humblement aux vôtres.

De Bruxelles, ce 28 décembre 1608.

Votre , etc.. Le président Richardot.

Autre lettre dudit sieur Richardot à M. Jeannin y du même jour vingt-huitième décembre

Monsieur, je fais une courte réponse à votre lettre commune , aussi en étoit le sujet principal sur la prolongation de notre trêve, en quoi vous avez été si bon que de nous procurer le terme plus long que nous n'avons osé demander; et, nonobstant notre modestie , nous eussions été aises qu'on y eût mis les deux mois entiers , combien qu'en tous évçnemens je tiens qu'il y aura du temps assez , et qu'étant ensemble nous achèverons en huit Jours. Ainsi vous pourrez, s'il vous plaît, ménager de sorte que l'assemblée se fasse le plus tard qu'on pourra, afin qu'avant cela le père confesseur puisse être de retour, et nous éclaircir le surplus. Je prie cependant Dieu vous conserver , monsieur , en ses saintes grâces, me recommandant très-humblement aux vôtres et de M. de Préaux.

De Bruxelles, le vingt^iuitième décenibre

Votre, etc., Le président Richàbdot.

BU PBESIBEIfT JBÀNNIN.

Lettre de messieurs Jeannin et de Russy au Roi, du vingt'huitième décembre 1608.

Sire,

Les députés de toutes les provinces se sont assemblés durant quelques Jours pour prendre résolution sur nos articles , ayant à cet effet commis aucuns particuliers d'entre eux pour en conférer avec nous , et nous faire entendre ce quils prétendent y ciianger ou ajouter. Enfin , après quelques conférences, nous sommes demeurés presque d'accord avec eux, et en doivent faire leur rapport à l'assemblée générale au retour des députés des villes de Hollande, qui pour être près de leurs maisons y sont allés faire les fêtes de Noël. Ainsi si rassemblée générale n*y fait de nouvelles difficultés (ce que nous ne pensons pas devoir avenir), nous pouvons juger dès à présent qu'il ne tiendra pas aux Etats que cet oavroge , pour lequel 11 a fallu prendre tant de peine et de soin, ne soit achevé. Aussi ne crainton plus maintenant, sinon que le roi d'Espagne refuse de s'obliger, encore que l'archiduc l'ait derechef promis par les lettres qu'il nous a écrites ; car tous ceux qui mandent en ce lieu des nouve.les de Bruxelles l'assurent ainsi, et qu'il ne sera au pouvoir de l'archiduc d'effectuer sa promesse. Or, si cela a vient, il sera très-difÛcile, ou plutôt impossible, de persuader aux Etats de passer outre à ce traité; ceux même qui ont plus grand désir de mettre leur pays en repos en font ce Jugement, nous disant tous les jours être plus expédient de rompre en ce cas toute conférence et traité que d'y entendre à autre condition , crainte de mettre de la division parmi eux ; en quoi, s'ils continuent avec même constance, il y a grande apparence que le roi d'Espagne, lequel on tient n'avoir pas envie de rompre, mais chercher seulement tous moyens pour en avoir meilleur marché, sera contraint de faire ce que Tarchiduc a promis pour lui; du moins est-il certain qu'en le refusant ils seroient tenus pour trompeurs , et la cause de la rupture attribuée à leur perfidie, qui rendra la défense des Etats plus Juste , et les provinces plus unies et animées qu'elles ne furent Jamais à reprendre les armes.

Nous attendrons , pour notre regard , les commandemens de votre Majesté , pour nous y conduire selon qu'il lui plaira. Les dt pûtes des Etats qui ont conféré avec nous font grande instance pour obtenir de vous, Sire, et du roi d'Angleterre, déclaration que vos Majestés tiendront les Etats libres et souverains pour toujours en vertu de ce traité de trêve ; à quoi leur a été répondu que nous l'avions d^à fait par la ré-

ponse à l'écrit de M. le prince Maurice présenté aux Etats, et signé tant par nous que par les députés d'Angleterre, lequel écrit leurdevoit suffire, et néanmoins qu'en faisant avec eux le traité pour garantir la trêve , on y pourroit bien mettre quelque clause qui en contiendra encore autant , s'il est besoin. Et en effet il sera aisé de couler en la narration des mots assez significatifs pour l'exprimer, sans que les princes avec lesquels les Etats traitent aient occasion de s'en plaindre ; ce que nous ne ferons toutefois, sinon avec commandement. Ces mêmes députés ont aussi eu charge de nous prier derechef pour le secours , à ce qu'il plaise à votre Miyesté le leur vouloir continuer, et donner les deux cent mille écus qui restent, tout à une seule fois,s'étant imaginé , par les lettres que M. Aërsens leur a écrites, d'être gratifiés de quatre cent mille écus cette année, dont ils n'ont reçu que deux cent mille; car, pour notre regard, nous ne les en avons assurés ; mais ils ont si bonne opinion de la libéralité de votre Majesté en leur endroit, qu'ils prennent toutes les paroles honnêtes qu'on leur tient de sa bonne volonté, pour une entière certitude et assurance dlcelle.

Et à la vérité , Sire, ils ont bien besoin de ce dernier secours, pource qu'il y a tantôt trois mois que la plupart de leurs gens de guerre n'ont rien reçu , et s'attendent là-dessus. Il semble aussi qu'ils se souviennent de ses bienfaits et du soin qu'elle a de leur conservation avec plus de gratitude et reconnoissance qu'ils ne faisoient du passé , et par ainsi qu'ils se rendent plus dignes de sa grâce et faveur. Ce porteur qui s'en retourne en France est un soldat de Sedan , lequel a servi quelque temps en la compagnie de M. le prince Maurice. 11 a plusieurs inventions pour la guerre , et suit faire cette forme de luneltes, trouvée de nouveau en ce pays par un lunetier de Middelbourg , avec lesquelles on voit de fort loin; les Etats en ont commandé deux pour votre Majesté à l'ouvrier qui en est l'inventeur. Nous n'eussions emprunté leur faveur pour en avoir, si l'ouvrier en eût voulu faire à notre prière, mais il l'a refusé, nous disant avoir reçu commandement exprès des Etats de n'en faire pour qui que ce soit ; nous les lui enverrons à la première commodité : et néanmoins ce soldat les fait aussi bien que l'autre , ainsi qu'on le connoit par l'essai qu'il a fait ; aussi n'y a-t-il pas grande difficulté à imiter cette première invention. Nous prions Dieu , Sire , qu'il donne à votre Majesté; en très-parfaite santé , très-longue et très-heureuse vie.

De La Haye, ce vingt-huitième décembre 1 608* Vos , etc., P. Jeànhin et Russy.

KBGOCUTIORt

Lettre de M. Jeannin à M. de Villerotf, audit jour vingt' huitième décembre 1608.

Monsieur , les députés que les Etats ont com* mis pour conférer avec nous sur nos articles, n'y ont fait aucune difficulté qui puisse être cause de rupture; ainsi si l'assemblée générale, lorsqu'ils feront leur rapport, n*en fait d*autres nouvelles dont ceux-ci n'ont point parlé, j'estime que rien n'empêchera la conclusion de la trêve du côté des Etats. Ils ont bien mis en avant d*ajouter à notre projet un article pour nommer les alliés d'une part et d'antre dans certain temps , dont J*estiine que les archiducs pourront faire difQ* culte, craignant qu'ils ne veuillent nommer tous les potentats qui leur ont rendu quelque témoignage de bienveillance, comme les princes d'Allemagne, le roi de Danemarck, et particulière^ rement la ville d'Embden , dont les archiducs Ikvorisent le seigneur contre ladite rille, qui , à la vérité, importe bien fort aux Etats, et ont très-grand intérêt d'empêcher qu'elle ne tombe entièrement et absolument es mains de leur seigneur. Pour le regard de Sa Majesté et du roi d'Angleterre, cette clause des alliés n'est pas nécessaire en ce traité, puisque nous en ftiisons on à part avec eux , le même jour du traité général ; joint qu'il ne me semble pas Ixinorable que notre Roi fût nommé par eux en qualité de leur allié. C'est pourquoi, sans alléguer les raisons susdites , on a dit aux députés qui ont conféré avec nous qu'es traités de trêve on n'a point accoutumé de parler des alliés, sinon qu'ils se soient ouvertement déclarés et aient donné secours, comme ont llBdt leurs Majestés, et qu'à leur regard il y est pourvu par traité particulier. Leur principale raison est que cette clause des alliés leur sert pour montrer qu'ils traitent comme souverains , et c'est ce qui le fera trouver mauvais aux autres , qui ont encore plus de vanité qu'eux , et essaient d'àter , autant qu'ils peunrent, toutes ces marques de souveraineté, le président Richardot ro'ayant même fait grande instance que par le traité on ne donne point aux Etats ces titres de hauts et puissans seigneurs , et pour les y faire consentir que les archiducs n'en prendront non plus de leur côté; mais il n'y a moyen de le leur faire trouver bon , car ils savent bien que leurs titres et qualités ne font que nattre, et que les omettre seroit autant que les en dégrader ; et quant aux archiducs , qui sont déjà en une ancienne possession de Jouir de toutes ces prééminences , qu'ils n'y perdroient rien : toutefois les députés des Etats se sont rendus eapables de ce qui leur a été dit touchant cet

article des alliés , pourvu que l'assemblée géoêrale en fasse autant

Nous ne laisserons pourtant de persuader, si nous pouvons, aux archiducs de souffrir que cet article soit ajouté , et peut-être n'en feronMls même aucune difficulté. Plusieurs qui ont intérêt à la main-levée des biens confisqués, foDt instance pour en avoir la jouissance pendant la trêve; et qui le pourroit obtenir seroit bien le meilleur. Nous sommes aussi d'avis de le tenter, en quoi les Etats se rendront feciles de leur côté. J'estime même qu'ils consentiront de rendre les biens qu'ils ont vendus aux ecclésiastiques de Brabant , qui est ce qu'ils refusolent auparavant, et qui m'avoit ftdt remettre cet article des confiscations à une conférence après la trêve. La plus grande difficulté du cêté des archiducs sera touchant la restituticm des biens que la comtesse de Ligne retient à M. d'EspInoy, ainsi que j*ai reconnu par ce que M. le président Richaràot en a dit à M. de Préaux , auquel j'avois donné charge de l'assentir, d'en faire même très^rande instance , et de lui dire que les Etats ne consentiront jamais à rendre ce qu'ils tiennent, que ce seigneur ne soit pareillement remis en son bien. Ledit sieur président ne lui fit pas tant de difficulté sur la restitution des salines qui sont dans le comté de Bourgogne, appartenant à M. le prince d'Orange, que l'archiduc a retenues en lui rendant le reste de son bien. Les députés qui ont conféré avec nous ont aussi fait grande instance pour avoir un acte authentique des deux rois , qu'en vertu des mots qui sont ccHitenosen notre projet concernant la liberté des Etats, ils entendent qu'ils sont libres et souverains ponr to^Jours; ce sont ceux de Zéiande qui le requièrent, et les autres provinces l'approuvent. Or, j'estime qu'ils se doivent contenter de ce que nous en avons dit par un écrit présenté à l'assemblée générale et signé de nous et des députés d'Angleterre, et de ce que nous pourrons insérer ci-après au traité que nous ferons pour garantir la trêve , qui ne sera que le jour même du traité général, ou le lendemain; ainsi ce qu'on fera lors ne pourra phis empêcher ledit traité , au lieu que si on le faisoit à présent le roi d'Espagne pourroit fonder là-dessus quelque occasion de rupture. Je ne sais même si ceux de Zéiande ne le proposent point à cette intentkm.

On n'a toutefois beaucoup insisté contre nos raiscms ; mais , s'ils le font encore , je vous supplie que le Roi nous commande sa volonté. H semble aussi que les députés des Etats désirent, après que l'assemblée générale aura pris sa réso« lution, que nous allions, et les députés d'Angle*

BU PBBSUNUIT JBÀNNIX.

terre pareillement, à Breda ou à Anvers même, pour conférer avec les députés des archiducs, tirer leur dernière résolution , et par ce moyen mettre les affaires en état qu'il ne faille plus que traiter lorsque les députés des Etats s'assembleront avec ceux des archiducs , ou qu'ils ne s'assemblent point du tout si les députés d'Angleterre et nous ne pouvons faire consentir à ceux des archiducs de traiter aux conditions du derlùer mot qu'ils nous auront dit : mandez-nous, s'il vous plait, la volonté du Roi là-dessus. Les Etats insistent toi^ours que le temps de la trêve soit de douze ans au moins, et il me semble, par ce que vous m'avez écrit, que les archiducs y consentent maintenant que le prince Maurice est radouci, et que les Etats se disposent à le contenter par la conduite même du sieur Barne- ^eldt. Je vois que les aigreurs et soupçons diminuent, et je me confirme aussi de plus en plus <D l'opinion que J'ai du sieur Bameveldt, à sa- ^jîr qu'il a très-bonne intention en ce qui est du l)ien de son pays, et qu'il est aussi très-bien affectionné en tout ce qui touche le service et contentement du Bol. Tenez la main , s'il vous plaît, au secours dont nous faisons instance pour les Etats ; c'est le dernier ^ s'il plait à Dieu , parce que le traité se faisant ils n'en auront plus de besoin. J'ai appris que M. Aërsens leur a donné comme assurance qu'ils seront assistés pour cette année de quatre cent mille écus, et ils n'en ont reçu que deux cent mille. Nous ne les avons assurés de rien , mais bien donné quelque &ipérance, afin qu'ils eussent courage d'entretenir leurs gens de guerre Jusques à la fin. Nous n'avons point reçu de vos nouvelles depuis les lettres du premier de ce mois; j'en suis affamé, et toujours désireux de vous rendre très-humble service, comme étant» monsieur, votre, etc.,

P. jEAnrïIN.

A La Haye, ce vhigt*hultième décembre

Lettre dudit sieur Jeannin à M, le duc de Sully, du même jour vingt - huitième décembre

Monsieur, la trêve est à présent fort avancée, et comme résolue du côté des Etats ; au moins leurs députés qui ont conféré avec nous n'ont fait aucune difficulté qui puisse être cause de rupture , et n'estime pas que l'assemblée générale y en doive faire non plus lorsqu'ils en feront leur rapport, qui ne peut être de quatre ou cinq Jours, pource que les députés de la plupart des villes de Hollande sont allés passer la plupart des fêtes en leurs maisons, et il les faut attendre. C'est leur façon de vivre , et n*y a moyen de la

corriger. La plus grande instance de ces dépotés particuliers a été pour faire ajouter à notre projet qu'ils pourront nommer leurs alliés dans certain temps, ce qu'ils font plutôt pour montrer qu'ils traitent comme souverains que pour autres considérations ; car , quant à Sa Majesté et au roi d'Angleterre, qui les ont secourus ouvertement , cette clause est inutile , attendu que nous faisons avec eux un traité particulier pour la garantie de la trêve , lequel nous obligera au secours l'un de l'autre; et pour le regard des autres princes qui ne les ont assistés, et ne se sont déclarés par effet, je leur ai dit qu'on n'a accoutumé de les comprendre en tels traités de trêve : ils ont aussi approuvé cette raison, mais je ne sais si l'assemblée générale aura le même sentiment. Cet article toutefois n'est pas si extraordinaire que les archiducs y doivent insister jusques à rupture; et ce que nous en avons contesté n'est pour avoir quelque avis de leur intention en' cet endroit , mais pour prévoir qu'ils peuvent faire telles difficultés , crainte que les Etats ne prétendent nommer entre leurs alliés tous les princes qui leur ont témoigné quelque bienveillance , comme pour les joindre à leur défense après la trêve expirée , aussi que cet article des alliés semble ajouter une nouvelle marque d'autorité et de prééminence aux autres qu'on leur accorde déjà très-mal volontiers.

Il y a une autre difficulté pour les biens confisqués dont j'ai toujom*s essayé de faire consentir la main-levée par le traité de la trêve , le jugeant raisonnable à cause du long temps qu'elle doit durer, y ayant aussi une particulière affection à cause de M. le prince d'Espinoy, dont vous m'avez commandé d'avob: soin. Mais, pource que les Etats n'avoient voulu consentir ci-devant de rendre le bien par eux vendu sur les ecclésiastiques de Brabant, sans laquelle restitution il ne falloit rien espérer du côté des archiducs, je m'étois contenté de mettre par nos premiers articles qu'on entreroit en conférence sur ce sij^et après la trêve, pour s'en accorder s'il étoit possible. Or, depuis j'ai pressé ceux qui conduisent les affaires des Etats, qui me font espérer qu'on rendra lesdits biens ecclésiastiques ; c'est pourquoi je ferai tout ce qu'il me sera possible pour essayer qu'on s'accorde par le traité en cet article : aussi en fis-je assentir la volonté de M. le président Richardot par M. de Préaux au voyage qu'il fit à Bruxelles, et dire de ma part que, sans la restitution entière des biens de M. le prince d'Espinoy, les Etats ne consentiront jamais de rendre ceux qu'ils détiennent aux ecclésiastiques et à d'autres seigneurs qui sont de l'obéissance des archiducs j ntais il s'y rendit

très-difûcile , à cause de l*importanité de la comtesse de Ligne qui a de Tappui , et est si aigre qu'elle ne veut rien quitter, mais dit toujours que si son neveu insiste à la restitution de ce qu'elle a retenu, qu'elle tiendra la transaction rompue et rentrera en ce qu'elle a quitté. Ledit sieur président m'en avoit déjà dit autant lorsqu'il étoit ici et qu'on traitoit de la paix, et Je lui répondis que sont les Etats , non M. le prince d'Espinoy, qui poursuivent, aussi que la transaction faite par des mineurs dépouillés de leurs biens n'est d'aucune considération. Ledit président a encore ajouté une autre raison quand ledit sieur de Préaux lui en a parlé , à savoir , que la comtesse de Ligne, au cas que M. le prince d'Espinoy ne se veuille contenter de ce qu'il a eu par la transaction , répétera les fruits des terres dont ledit sieur prince a Joui en vertu d'icelle , puis les dettes qu'elle a payées. Je sais bien que du côté des Etats ils tiendront bon en fqveur dudit sieur prince, à cause de la recommandation du Roi et de la vôtre, aussi qu'ils sont obligés de le faire, et J'en serai bon solliciteur; mais le meilleur sera, à mon avis, si on peut par traité obtenir Farticle général des confiscations, et y faire insérer ces mots , nonobstant tous traités et transactions qui seront nuls et comme non avenus j sans lesquels il nous seroit inutile, qu'on doit traiter avec elle de nouveau , et lui en laisser plutôt quelque partie pour avoir le surplus, tant en considération des raisons susdites que pource que la Jouissance des biens confisqués ne sera que durant la trêve , et on doit craindre, la trêve finie sans qu'on vienne à une paix , que la comtesse de Ligne ne voulût prétendre la transaction être rompue , et par ainsi qu'elle doit ravoir tout; puis les trêves se rompent plus aisément qu'une paix, ce qu'avenant ledit sieur prince tomberoit au même inconvénient.

Je vous avertirai, monsieur^ de moment à autre de tout ce qui se passera, pour recevoir vos commandemens là-dessus, et faire tout devoir de vous y rendre très-humble service. Les Etats nous ont envoyé par deux fois sept députés, qui est un de chacune province , pour nous prier d'écrire au Roi en leur faveur , touchant le secours que M. Aërsens les a assuré devoir être de quatre cent mille écus cette année , dont ils n'en ont encore reçu que deux cent mille. Ils n'ont eu de nous Jusqu'ici que des paroles honnêtes pour leur en faire bien espérer ; mais la vérité est qu'ils s'y attendent et qu'ils en ont grand besoin , car il y a trois mois que la plupart de leurs soldats n'ont reçu aucun argent. Ils montrent à présent de mieux sentir qu'ils n'ont fait du passé les obligations qu'ils ont au Roi ; et, s'il lui plaît

d'y ajouter celle-ci par votre aide et fevenr, ils vous en auront très-grande obligation. J*estime que Sa Majesté ni vous n'en serez dorénavant importunés, et que la trêve en fera cesser la nécessité : c'est pourquoi , pour éviter cette dépense et d'autres inconvéniens dont la guerre pourroit être suivie , Je me suis rendu fort diligent solliciteur des commandemens du Roi, et plus qu'aucuns n'ont désiré, mais c'étoit mon devoir d'en user ainsi. Aussi est-il vrai que Tinclination générale pour mettre cet Etat en repos est^ si grande entre ceux de l'assemblée générale, qu'il eût été très-difficile, et Je tiens impossible, de leur faire prendre autre conseil; mais il semble qu'on se doit arrêter en la résolution en laquelle nous sommes , sans essayer quelque chose de plus , au cas que le roi d'Es|iagne ne se veuille obliger, craintede mettre de la division parmi eux. S'il avient aussi que les affaires tombent en cette nécessité. Sa Majesté aura assez de loisir ponr y délibérer, et considérer l'avantage ou dommage qu'elle pourroit espérer ou craindre de la guerre, ou de la trêve faite à autre condition que celle qu'elle a approuvée Jusqu'ici. Le porteur de cette lettre est un soldat de Sedan , lequel est de la compagnie de M. le prince Maurice , tenu fort ingénieux en plusieurs inventions et artifices poar la guerre; il a aussi depuis peu de Jours fait un engin, à l'imitation de celui quia été inventé par un lunetier de Middelbourg, pour voir de fort loin. Il vous le fera voir et vous en fera à l'usage de votre vue. J'avois prié le premier inventeur de m'en faire deux , un pour le Roi et l'autre pour vous; mais les Etats lui ont défendu d'en faire pour qui que ce soit, et les lui ont commandés eux-mêmes pour me les donner aân que Je vous les envoie, comme je ferai au premier Jour, vous suppliant très-humblement que vous me teniez pour ce que Je vous serai perpétuellement, monsieur, votre, etc.,

P. jEANWm.

A La Haye, ce vingt -huitième décembre

Lettre de M, de Villeroy à M, Jeannin, dupremierjour de janvier 1609.

Monsieur, nous eussions bien désiré que vous eussiez reçu notre dépêche du seizième du mois passé, devant la résolution que vous avez prise de prolonger la cessation d'armes jusqu'au quinzième du mois de février prochain , ainsi que nous avons appris de la vêtre du vingt-unième, reçue le trentième au soir, que vous avez fait, pour les raisons que vous eussiez colligées des lettres du Roi et des miennes , si vous les eussiez reçues à temps ; mais vous avez été presse

DU PBistDENT JBÀNNIN.

d*en user autrement pour n'altérer les affaires par vous si heureusement et si sagement acheminées au repos qui a toujours été désiré, et À vous recommandé par Sa Majesté. Le porteur de nosdites lettres a fait aussi si mauvais devoir , qu'ayant été par nous dépéché ledit seizième , avec promesse de faire pareille ou plus grande diligence en retournant qu'il avoit faite en venant avec le paquet dont vous l'aviez chargé, il n'est toutefois arrivé à Bruxelles que le vingtsixième, ainsi que nous a mandé M. de Berny en nous envoyant la vôtre susdite du vingtunième, s'étant excusé sur les grandes eaux et les mauvais chemins; mais nous savons qu'il y a de sa faute grandement, de quoi Sa Majesté est très mal contente, et veut qu'il soit châtié, puisqu'il a pris l'argent de son voyage. J'estime que vous aurez reçu le duplicata de ladite dépêche, qui est parti d'ici le dix -neuvième, et vous l'avons envoyé par Calais, où il arriva le vingt-cinquième devant ledit original. Or, puisque ladite prolongation est accordée , il faut en profiter qui pourra.

L*on nous a écrit de toutes parts que le roi d'Espagne et ses ambassadeurs déclarent, hautement et ouvertement, que ledit Roi n'engagera jamais son nom en cette trêve , ni permettra que les archiducs le fassent pour lui , nommément en l'article de la liberté , même en la forme de voire projet; ils l'ont protesté au Pape qui nous l'a fait dire; don Pedro de Tolède l'a déclaré à Sa Majesté même, ainsi que je vous ai écrit avec la réponse de Sa Majesté : les Vénitiens et toute ritalie, l'Allemagne et l'Espagne , en sont aussi abreuvés, et vous savez ce qui en a été dit à Bruxelles à M. de Préaux , et chacun dit maintenant que les Anglais sont seuls cause de ce changement ; ledit don Pedro même les en mésestime et blâme, leur ambassadeur résidant en Espagne en ayant fait l'ouverture par le commandement de son Roi, qui en a été maintenant remercié par don Fernando Giron, naguères passé de Flandre en Angleterre exprès pour cet effet avec une dépêche qui lui a été envoyée d'Espagne : et toutefois aucuns ministres dudit roi d'Angleterre (mprouvent et blâment ce conseil; et ceux de sa nation qui le veulent justifier, mettent en avant la juste jalousie quUis disent que leur maître a conçue de l'autorité que le Roi, notre maître , avoit acquise en la conduite de ces traités, desquels chacun croyoit qu'il étoit seul arbitre et juge. Vous savez si la conduite de Sa Majesté et la vôtre, pleines de candeur et sincérité en cette action, et même à l'endroit desdits Anglais , ont mérité que leur jalousie ait passé si avant qpie d'éclore une telle infidélité,

ou, comme ils la baptisent, une telle ruse d'Etat; car j*entends qu'ils en font gloire, mésestimant ceux qui procèdent sincèrement et fidèlement en cas semblable. Toutefois notre maître n'a volonté quelconque de les imiter ni seconder en cela. Il leur cède volontiers cette industrie en fait d'Etat, qu'ils magnifient et pratiquent ainsi librement, et se contente d'user de la simplicité, vérité et bonne foi qui a jusqu'à présent accompagné ses intentions et actions. Mais Sa Majesté s'est étonnée de quoi , par votre susdite lettre du vingtunième, vous ne faites aucune mention de cette tromperie anglaise , après ce que ledit sieur de Préaux vous a rapporté de Bruxelles à bouche et par écrit. Il l'attribue à la dissimulation de laquelle traitent avec vous les ambassadeurs de ce prince, lesquels, par ignorance ou par malice, vous déguisent et cachent les intentions et le procédé de leur Roi. Toutefois Sa Majesté a loué et trouvé très-bon que vous les ayez portés à tenir avec vous à ces messieurs les propos que vous leur avez proférés le dix-huitième; car par la vous les avez de nouveau obligés à poursuivre avec vous la conclusion de ladite trêve suivant votre projet , et à rejeter toutes ouvertures nouvelles; mais les Espagnols s'attendent que ledit roi d'Angleterre, ayant ou! ledit Giron , ordonnera à sesdits ambassadeurs de changer de langage. A cette fin, ledit Giron doit demeurer autant en Angleterre qu'a fait ici notre don Pedro , lequel n'a vu le Roi depuis l'audience de kiquelle je vous ai informé par ma dépêche portée par Picault. Il croit par sa seule présence , sans parler ni agir, conduire et faire cadrer toutes choses au point qu'il désire. Nous verrons si ledit Giron suivra le même style en Angleterre; mais je vois notre maître bien délibéré, quoi qu'il y traite et fasse, de ne s'en réveiller la nuit.

Partant , Sa Majesté persiste en la dernière résolution qu'elle vous a écrit avoir prise en ces affaires , après la réception de la dépêche dudit sieur de Préaux. Elle désire toujours donc de favoriser et avancer ladite trêve , ainsi que vous l'avez proposée, c'est-à-dire que l'article qui concerne la liberté soit passé ainsi qu'il a été projeté par vous, sans qu'il en soit rien retranché, et que les archiducs traitent tant en leur nom que de celui dudit roi d'Espagne. Nous savons bien que c'est l'avis desdits archiducs, parce qu'ils reconnoissent que c'est temps perdu d'espérer d'en sortir à meilleur marché ; mais , si lesdits Espagnols sont crus, leur Roi n'y prêtera jamais consentement. Lesdits archiducs s'attendent que leur confesseur fera changer d'opinion audit roi d'Espagne et à son conseil, mais nous ne l'espérons pas ; c'est pourquoi nous eussions

)vifûOGTÀTtO!VS

désiré ({ue l*on eAt ivresse et comme contraint lesdits archiducs d'accorder et bailler par écrit cet article, devant qu'allonger ladite cessation; car, en franchissant ce saut de cette façon, ils en eussent été plus excusables en Espagne , et eût fallu que ceux-ci s'y fussent accommodés, ou les en eussent dédits , de quoi il n'eût pu avenir pour nous que bien en une sorte ou l'autre ; au contraire, nous prévoyons qu'ils recevront par ledit moine des défenses nouvelles, lesquelles rendront toujours cette résolution plus difficile. Partant, nous voudrions encore qu'on pût gagner ce point avec lesdits arcliiducs, par le moyen du pr^ident Richardot ou autre : Je vous prie d'y penser, étant certain , si les archiducs vouloient nous croire, que nous les rendrions Jouissant bientôt d'un repos très- assuré, et n'auroient cause de redouter le roi d'Espagne; mais ils sont trop craintifii et engagés au roi d'Espagne pour franchir ce saut : néanmoins il faut penser à tout , car, certes , Je n'espère pas que le roi d'Espagne change de propos, car il s'est trop avant engagé au rejet de cette souveraineté. L'on dit que vous devez prendre garde aux pieds et aux mains de Winood , comme celui qui entretient nne entière et fidèle correspondance avec le sieur Bameveldt , et qui seul sait les secrets du grand trésorier d'Angleterre qui conduit ces subtilités. Si les Etats quittent l'article susdit , notre Roi ne déclarera les tenir pour libres comme ils désirent; car il a entendu que la promesse que vous avez faite sur cela soit attachée au conseil que vous leur avez donné de sa part , ne voulant en façon quelconque favoriser la proposition de l'Angleterre.

Quant à celle de laquelle vous fixités mention par la fin de votredite lettre, pour, en cas de trêve, rendre ces gens irréconciliables avec l'Espagne , il me semble qu'il ne s'en faut aucunement découvrir de présent , pour les raisons que vous Jugez mieux que nul autre. Au reste, M. le prince de Condé envoie ce gentilhomme par delà pour prendre avis de messieurs les princes d'Orange et Maurice , du mariage de lui avec mademoiselle de Montmorency, auquel le Roi a trouvé bon qu'il entende, ainsi que vous dira ledit gentilhomme que Sa Majesté m'a commandé vous recommander. Il vous dira aussi la bonne santé du Roi, qui est si bien délivré de sa goutte, qu'il ût hier vingt tours de sa galerie, non si vite qu'accoutumé, mais sans se reposer. Je prie Dieu, monsieur, qu'il vous conserve en bonne santé.

De Paris, ce premier Jour de Janvier 1609.

Votre, etc., bs Nbuftoxb.

Lettre de messieurs Jeannin etdeRussy auRoi, dudit jour premier janvier 1608.

Sus,

Le duplicata des lettres qu'il a plu à votre Majesté nous écrire du dix-neuvième de décembre , nous a été rendu en ce lieu le pénultième par la vole de Calais, l'original envoyé par Bruxelles n'étant encore venu. Nous connoissons par ces lettres le grand ressentiment et déplaisir qu'elle a de la mauvaise conduite do roi d'Angleterre, qu'on doit vraiment appeler lâcheté et infidélité, si ce que M. le président Richardot en a dit à M. de Préaux est véritable; mais cela peut avoir été fait à dessein , et pour diviser ledit sieur Roi d'avec votre Majesté, que les Espagnols ont reconnue trop ferme à ne vouloir rien faire qui fût préjudiciable aux Etats; et à la vérité la trop grande liberté da sieur Richardot à dire et écrire ce qui est contenu en sa lettre nous fut dès lors suspecte. Ce a'est pas que Doas n'ayons aperçu , depuis le temps que nous sommes ici , beaucoup de choses en la conduite de ses ministres qui nous ont déplu et fait croire qu'il y a de la haine, du moins une grande jalousie et dépit de ce qu'il voit qu'on défère pios à nos conseils qu'aux leurs, et que l'autorité de votre Majesté est en beaucoup plus grand respeet envers les Etats que celle dudit Roi ; mais qu'il ait pourtant osé et voulu proposer ce conseil en Espagne de faire une trêve simple, et se vanter d'être assez fort pour y induire les Etats sani votre Majesté, ou contre son avis, s'il l'a fait, il a mal pris ses mesures et entrepris chose que ses ministres savent bien être impossible; c'est pourquoi il y a raison d'en douter , ou de croire plutAt qu'il ne Ta pas fait. Ses ministres se soot aussi fort offensés de cette lettre , et nous ont dit en avoir écrit à leur ambassadeur qui est prèi des archiducs, pour en parler audit sieur président avec aigreur, et ont encore ig'outé èseonférences avec nous que leur maître n'enteod point, en l'état auquel sont les affaires, qu'où parle aucunement de cette trêve sans la liberté, mais qu'on s'arrête du tout à notre projet. Qoe votre Majesté ne soit donc en peine pour œ regard, et qu'elle s'assure, quand il y auroit de l'artifice et déguisement en leurs paroles, leur intention étant autre, quils n'en oseroieot faire ouverture, et, s'ils la font, qu'ils n'en doivent attendre autre chose qu'un refàs avec honte, nous y contredisant et offrant aux Etats du se* cours , ainsi que votre Ma^Jesté nous commande.

L'espérance étant donc 6tée an rot d'Ëspagos de pouvoir parvenir à cette trêve simple, et Ifl Etats résolu», coaune tlasoot, di s^arrttcr à m*

Dû mistDkiit ikiNNl!r.

tre projet , «W-à-dire de ne traiter à moins, il y a grande apparence qu*il permettra secrète» ment aux archiducs de traiter, et fera néanmoins semblant d'en être offensé pour conserver la réputation, et couvrir la honte de ce traité; ou , si le contraire avient , la rupture lui étant attribuée, chacun Ten blâmera. La cause des £tats en deviendra plus Juste; ils seront aussi plus animés et unis pour reprendre les armes , et n'y a personne qui ne loue la générosité de votre Majesté, si elle leur donne secours après avoir ûiit tant de devoirs pour fiiire finir cette guerre. Et quant au roi d'Angleterre, il craindra toujours que votre Majesté étant seule à secourir les Etats, ils ne lui en demeurent entièrement t>bligés et soient peut-être induits à se Jeter du tout entre ses bras, et par ce moyen lui exclus de leur amitié, chose qu'il craint plus que tout autre inconvénient qui lui puisse arriver; et si cette crainte et Jalousie n'est suffisante pour l'induire à assister les Etats, du moins elle le sera assez pour le retenir et empêcher qu'il ne se con- Joigne avec l'Espagne contre nous et les Etats, outre ce qu'il ne le pourroit faire sans se mettre en danger de voir des divisions dans son pays, où la diversité de religion rendra toujours suspecte toute conjonction avec l'Espagne, pour quelque cause que ce soit. Nous voyons aussi par la lettre de votre Majesté qu'elle ne désiroit pas la prolongation de la trêve; mais elle étoit nécessaire, parce qu'elle devoit iinir avant que les Etats se fussent résolus sur notre projet. Il est vrai qne nous ne voulions la demander que pour on mois; mais après avoir considéré que ce n'étoit pas assez pour donner loisir aux Etats de prendre leur résolution, et envoyer vers les archiducs pour savoir la leur, nous l'avons consentie pour six semaines, en intention d'empêcher qu'elle ne soit prolongée d'un seul Jour après ledit temps , et ainsi nous l'avons déclaré en pleine assemblée; ce que les Etats ont aceordé. Pour le regard de la résolution des Etats, ils l'auront prise , comme nous estimons , dans quatre ou cinq jours , laquelle sera conforme sans doute à notre projet, du moins avec si peu de changement que cela ne pourra être cause de rupture.

Nous avions aussi déjà persuadé à ceux qui conduisent les affaires qu'on ne prit jour ni lieu pour s'assembler avec les députés des archiducs. Jusqu'à ce que lesdits archiducs aient résolu d'accepter notre projet, et à cet effet avisé avec les députés d'Angleterre, le sieur Bameveldt pré- . sent, qu'eux et nous irions, s'il étoit besoin, jusqu'à Breda , ou même à Anvers , pour en conférer avec les ministres des archiducs , et leur

dire clairement, si nous demeurions d'accord desdits articles, du moins des principaux, que les Etats offrent d'envoyer leurs députés pour traiter au lieu dont on conviendra, sinon qu'ils ne veulent aucunement s'assembler, mais rompre tout traité : c'est presque ce que votre Majesté nous commande de faire par sa lettre , sinon qu'elle montre désirer que ce projet soit envoyé par quelqu'un sans nous ; mais si ce n'est par nous-mêmes on ne peut espérer de convenir des articles qui peuvent être sujets à quelque tempérament ou changement; et si aucuns de nous y doivent aller, il est nécessaire que nous le fassions nous quatre ensemble, ou deux, à savoir un de la part de votre Majesté, et un de celle des Anglais; car tant s'en faut qu'ils se veuillent à présent séparer d'avec nous en la poursuite de la trêve suivant notre projet , qu'ils s'y échaufferont davantage, et s'y montreront encore plus éloignés que de coutume de la trêve simple, r^ous en jugeons ainsi par les langages qu'ils nous tiennent tous les jours, et le soin qu'ils prennent d'effacer les soupçons qu'on a pris contre eux , à cause de cette lettre qui est assez sue, quoique nous ne l'ayons publiée en l'assemblée pour n'aigrir davantage les volontés entre eux et nous ; car cela n'eût servi qu'à brouiller les affaires, aussi que nous pourrons toujours, si nous Jugeons qu'il en soit besoin ci-après, montrer ladite lettre, et faire connoltre leurs artifices et dégulsemens qui ont jusqu'ici plus nui que profité à leur maître, et nous essaierons de faire qu'il en tire encore aussi peu de profit à l'avenir ; ce que nous nous promettons faire.

Les Etats font toujours grande instance pour avoir un acte par lequel votre Msgesté et le roi d'Angleterre les reconnoissent libres pour toujours , et le sieur Bameveldt en parla en particulier le jour d'hier de grande affection au sieur Jeannin , comme le jugeant nécessaire pour contenter les députés qui estimoient les mots de notre projet n'être assez suffisans pour les assurer, et dit que les Etats estimeront plus cette déclaration que toute autre , en quoi on peut bien juger qu'ils ne sont pas disposés à traiter comme sujets. Le courrier Picault, qui partit dès le vingt-unième décembre pour allex à Bruxelles porter la prolongation de la trêve, n'arriva que le vingt-huitième à cause du vent contraire, ainsi ne peut être de retour de deux ou trois jours. Cela est cause que , sans l'attendre , nous faisons cette réponse, pource qu'il nous semble par les lettres de votre Migesté qu'elle est en peine, et désire savoir en quel état sont les affaires en ce lieu. Elle aura au premier jour nos lettres de la dernière résolution qu'auront prise les Etats, et

5âS

NiiOOGUTlONS

cependant nous prierons Dieu , Sire , qu'il donne à votre Majesté et à sa royale famille tout heur et prospérité.

De La Haye, ce premier Jour de l'an 1609.

Vos , etc. , P. Jeannin et Russ y.

Autre lettre de messieurs Jeannin et de Russy au Roi y du quatrième janvier 1609.

Sire,

Depuis notre précédente lettre le courrier Picault est venu de Bruxelles, lequel a rapporté la prolongation de la trêve jusqu'au quinzième février en la même forme que celle envoyée, fors que les qualités de très-hauts et très-puissans princes qu on attribuoit aux archiducs , et celles de hauts et puissans seigneurs aux Etats, y ont été omises, les archiducs ayant été contens de se priver de ces titres spécieux , qui ne sont qu'assez reconnus en eux , pour les ôter aux Etats qui en ont plus de besoin en la naissance de leur souveraineté, même es traités qu'ils font avec ceux qui ont été leurs seigneurs, comme étant marques qui servent pour signifier qu'ils ne sont plus en leur sujétion. Nous avions prévu cette difficulté; si est-il certain que les Etats ne les quitteront pas par le traité de la trêve à longues années si elle se fait. Picault a aussi rapporté des lettres de M. le président Richardot, qui confirment derechef ce qu'il avoit ci-devant mandé pour la trêve sur notre projet ; mais il désire que l'assemblée soit remise au vingt-cinquième de ce mois pour le plus tôt, ce qui aviendra sans qu'il soit besoin d'en parler, car les Etats n'auront encore pris leur dernière résolution de cinq ou six jours, que nous pensions néanmoins devoir être plus tôt , selon que le contient notre précédente lettre. Bien sommes-nous eertains que tout y passera suivant notre projet, au moins sans changement qui puisse être cause de rupture ; après laquelle résolution des Etats , prise et mise en nos mains, nous enverrons encore quelqu'un vers les archiducs, et, s'il est besoin, en prierons M. de Préaux pour les en avertir et prendre jour et lieu avec eux, afin que les députés d'Angleterre et nous y allions pour nous éclaircir avec leurs députés s'ils la voudront accepter ou non. Or, avant le retour d'icelui et notre voyage vers eux, ce temps sera passé, ainsi ils n'auront plus d'excuse pour dire oui ou non; et nous espérons toujours le premier, car M. de Berny nous a écrit encore que l'archiduc lui a confirmé luimême qu'il tiendroit sa promesse , et qu'il nous en pouvoit assurer.

L'original des lettres dont nous avons accusé la réception du duplicata par notre précédente

lettre , a aussi été apporté par Bauqaemare qui est venu avec Picault ; il y avoit des lettres pour madame la princesse d*Orange qui lui ont été données , dont elle est fort contente. Nous fûmes avertis hier que les députés d'Angleterre ont reçu lettres par courrier exprès, par lesquelles il leur est mandé de proposer la trêve simple, sans déclaration de liberté, pour vingt ans, sur la prière que ce nouvel ambassadeur d'Espagne en a faite à leur Roi. Ils ne s'en sont point découverts à nous, sinon que, hier même sur le soir, nous étant ensemble au logis de M. Spencer, il nous dit qu'il falloit presser la résolution des Etats, crainte, si elle traîne plus Iong-!emps, qu'ils ne reçoivent quelque commandement de mettre en avant ladite trêve simple. Or nous leur avions déjà fait entendre, trois jours auparavant, que votre Majesté nous commandoit expressément de l'empêcher, pource qu'elle savoit bien qu'elle seroit rejetée par les Etats, et que cela ne serviroit que pour rompre celle qui est contenae en notre projet , et peut-être pour les diviser: ce qui leur fut encore répété par nous sur le propos dudit sieur Spencer, avec déclaration fort ouverte de l'intention de votre Majesté en cet endroit, et qu'elle procédoit en sa conduite avec tant de franchise et candeur, qu'elle l'a même fait dire au sieur don Pedro de Tolède, ne pouvant souffrir qu'on cherche des moyens pour sortir de cette affaire sans elle et à son descu ; qui fut cause que M. Winood interrompit ce propos, et dit qu'il n'y avoit aucune apparence de la proposer aussi en l'état auquel sont les affaires, et feignit qu'ils n'en avoient reçu aucun commandement. Cela nous fait toutefois soupçonner que ledit sieur Roi s'est pu engager à cette ouverture lorsqu'il pensoit votre Megesté n'en être éloignée, et qu'elle l'aimeroit mieux encore que le renouvellement de la guerre, s'étant avancé de le dire pour en avoir le gré , combien qu'U sût cela ne pouvoir être fait que très-difficilement, et, s'il le falloit espérer, que c'étolt avec l'autorité de votre Majesté, non par son moyen. Or, se voyant à présent trompé, il est certain qu'il ne l'oseroit faire proposer, et que ses ministres cèleront ce commandement, ou , s'ils sont si malavisés de le faire, qu'ils en recevront le refus et la honte. Aussitôt que la résolution des Etats sera entièrement prise nous l'enverrons par Picault, etc^ pendant nous prierons Dieu , Sire , qu'il donne à votre Majesté et à sa royale famille tout heur et prospérité.

De La Haye, ce quatrième de janvier 1609.

Vos , etc. , P. JBAiiHiif et Russt.

DU PRESIDENT JfiÀNNIN.

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Lettre de M. Jeannin à M. de Vilieroy, du 4

janvier 1609.

Monsieur, je vous ai ci-devant écrit qu'il se falloit arrêter tout à la trêve suivant notre projet , et rejeter l'autre mise en avant par M. le président Richardot , avec les raisons de mon avis que je ne répéterai point. Je craignois aussi, lorsque sur les bruits du refus que faisoit le roi d'Espagne d'entrevenir ou ratifier la nôtre qui fait mention de la liberté , que le Roi ne fut pressé et importuné par don Pedro et les ministres des archiducs de la faire proposer, et j'estimois à propos de prévenir Sa Majesté, et la dissuader d'y entendre. Je ne laissois pourtant d'en être en peine et d'appréhender que la crainte de mpture , si on demeuroit ferme sur notre projet , ne fût pour induire ceux qui désirent le repos en cet Etat d'approuver plutôt ce remède que reprendre les armes; car il y a cinq provinces entières qui seront toujours de cet avis ; et en la Hollande, si le sieur Barneveldt, notoirement fort désireux de mettre son pays en repos , étoit de cet avis , je prévois que les artifices dont il sait user pour persuader ces peuples, et la créance qu'il s'est acquise parmi eux , pourroient Atre cause d'en tirer une partie à le suivre ; et qui augmenteroit mon soupçon, c'est que M. le prince Maurice me disoit tous les jours que les pensionnaires de quelques villes avoient commencé d'en parler en l'assemblée de Hollande , et disoient que c'étoit chose du tout inutile de rechercher leur liberté des ennemis, attendu qu'ils l'avoient déjà sans eux. C'est pourquoi j'en conférai dès lors avec le sieur Barneveldt, pour lui persuader qu'on devoit rejeter du tout cette ouverture, l'assurant que Sa Majesté y étoit contraire, encore que je n'en eusse lors reçu aucun particulier commandement d'icelle; mais il me sembloit bien , si l'archiduc avoit quelque avis que l'assemblée y eût de l'inclination , qu'il passcroit par dessus l'autre pour s'arrêter à celle-ci , au lieu que si on demeure ferme à la rejeter, le roi d'Espagne qui veut la trêve , et en a besoin , quelque mine qu'il fasse , accepteroit à la fin notre projet aussi bien que Tarchiduc. Je remontrois aussi au sieur Barneveldt qu'il seroit honteux et fort dommageable à leur Etat de recevoir ^tî«tte trêve simple, après avoir contesté si long- "^emps sur la liberté sans l'avoir pu obtenir ; car «eroit en effet traiter comme sujets, auquel cas demeurant inuiU«s à leurs amis, personne ne voudroit non plus se mAUr de leurs affaires, ni prendre soin de leur conservation.

Je le pressai encore davantage quand je vis la lettre du président Richardot qui contenoit cette

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