‹ Les négociations du président JeanninChapitre 24 sur 33 · II. c. n. M. T. IV · texte numérisé non relu

II. c. n. M. T. IV

trêve avoir été proposée au roi d'Espagne de la part du roi d'Angleterre , et lui dis n'être pas vraisemblable que l'autre l'eût osé foire sans être appuyé et assisté de quelques-uns en cet Etat , et que chacun soupçonnoit que c'étoit de lui ; en quoi je reconnus à la vérité qu'il peuchoit du côté de cette trêve plutôt que de rompre , et n'étoit retenu que de la crainte de nous avoir contraires , et de déplaire à Sa Majesté à qui il se tient obligé , jugeant bien aussi que son autorité et notre conduite avec l'appui de M. le prince Maurice , seroient suffisantes pour empêcher son dessein; aussi me promit-il et assura de ne rien faire en cet endroit que par mon avis. Or, ayant depuis reçu les dernières lettres du Roi et les vôtres , je lui en communiquai , et lui fis connoître que Sa Majesté prenoit à cœur cette affaire , et qu'elle seroit fort offensée si l'avis du roi d'Angleterre étoit plutôt suivi que le sien. Je le priai de se joindre avec nous , et de considérer que la sûreté de leur Etat dépendoit , soit en paix, en trêve, ou en guerre, de la bienveillance et assistance de Sa Majesté^ et que j'étois bien certain , quand il nous voudroit être contraire, que nous ne laisserions pourtant de l'obtenir. Il continua encore de m'en assurer, et de promettre qu'il feroit du tout rejeter cette trêve simple, et que je n'en devois être en aucun doute. Aussi est-il vrai que depuis mon retour il a beaucoup déféré à mes conseils, et témoigné en tout ce qui s*est passé qu'il désire le contentement du Roi. Ne vous arrêtez donc point , s'il vous plait, à ce que M. Aërsens vous en a dit, car toute sa conduite n'est qu'artifice ; il le flatte tous les jours par ses lettres, et en écrit à d'autres par lesquelles il le blâme ; il fait aussi des gloses sur ce qu'il apprend par delà, qui nuiroient souvent ici n'étoit que tout ce qui vient de lui est suspect.

Croyez, monsieur, que je suis toujours aux écoutes pour me garder d'être trompé , et que la confiance que je prends de qui que ce soit n'est sans crainte et souci. M. le prince Maurice, qui étoit en grande appréhension de cette trêve simple, dit maintenant, après avoir vu ce que je lui ai communiqué des lettres du Roi, qu'il ne craint plus rien, méprise le pouvoir de l'Anglais qu*il dit n'avoir aucune créance ici , comme il est vrai , et se promet , puisque le Roi parie si clair, et offre même son secours , que personne n'oseroit s'opposer à son autorité et à son avis, et si le sieur Barneveldt le faisoit, qu'il perdroit son crédit et sa réputation. A la vérité. Sa Majesté y a à présent une si grande créance , et sa façon de procéder , qui a du courage et de la I prudence , jointe à soa affection envers eux , les

NEGOClATtOXft

a tant obligés, que je suis de Tavis de M. le prince Maurice , et néanmoins fort aise, pour mettre cette affaire à couvert avec plus de sûreté, que le sieur Barneveldt soit des nôtres.

Je suis encore après à faire résoudre par délibération publique des Etats ^ qu*après qu*ils auront pris leur résolution sur notre projet , rien n'y puisse être changé, du moins es articles principaux, sans le consentement de toutes les provinces et des deux rois, afln que cela ôte toute espérance aux archiducs et Espagnols, comme aussi à ceux qui les voudroient favoriser, de parvenir à cette trêve simple. On pourra trouver étrange, et à la vérité c'est chose qui semble être contre le sens commun , qu1l ait fallu prendre tant de peine, et employer un si long temps pour disposer les Et^its a accepter notre trêve, et à se contenter des mots qu'on y a mis concernant leur liberté qu'on ne pouvoit assez assurer à leur gré, et néanmoins qu on soit en crainte maintenant qu'ils ne fassent une trêve simple sans parler de cette liberté , de la conservation de laquelle ils se sont montrés si passionnés; mais il faut avoir demeuré et traité avec eux pour en juger. Si vous dirai-je pour vrai , quiconque voudra empêcher quelque délibération ici f qu*il sera toujours plus fort que celui qui persuadera de la faire , ainsi que toutes choses concourent pour rompre les desseins, s'il y en a, de faire cette trêve simple ; et que le Roi n'en soit en peine , et s'assure , s'il lui plait , que rien ne sera omis pour faire réussir toutes choses à son contentement. Je sais que la longueur lui déplaît, mais qui les eût pressés davantage , on eût tout gâté et été cause de les diviser : encore faut-il que nous donnions cinq ou six jours aux disputes et difficultés que font ceux de Zélande, qui enfin se réduisent à leur intérêt particulier du commerce qu'ils voudroient rendre bien avantageux pour eux , au dommage des sujets des archiducs , et par des conditions du tout injustes ; mais j'espère qu'ils se rendront, et bientôt.

J'ai traitéi il y a dix ou douze jours , avec M. le prince Mauriceet le sieur Barneveldt, séparément, qu'il ne fal!oit prendre lieu et jour avec les députés des archiducs pour s'assembler, jusques à ce que nous ayons su s'ils voudront demeurer d accord des articles principaux de notre projet, et suivant la résolution que les Etats y auront prise. Nous en avons aussi conféré depuis, ceux d'Angleterre et nous , avec sept députés des Etats qui approuvent cette forme , et que ceux d'Angleterre et nous enserablement, ou un de chacun côté, nous soyons porteurs de la résolution, allions même jusques à Anvers s'il çst besoin , pour en conférer avec les députés des archiducs,

pour, au cas qu* ils approuvent ce projet, prendre promptement lieu et jour, auquel les députés des Etats se trouveront avec eux pour conclure et passer le traité; comme, au contraire, s'ils refusent d'accorder les principaux articles dudit projet , nous retirer sans qu'on fasse autre assemblée, et laisser rompre aux Etats. Ce moyen semble propre pour accourcir et voir bientôt la fin ; nous ne savons pas toutefois encore si les Etats l'approuveront. Cet avis semble aussi conforme à celui qui est contenu en vos lettres, excepté que ne mandiez pas que nous fussions porteurs ensemblement de cette résolution, mais que ce fût un tiers ou moi seul. Or, nous prenons ce conseil , pource qu'autre que l'un de nous ne peut débattre ni répliquer si bien sur les difficultés, et je n'y pourrois aller seul, sans mécontenter et mettre en trop d'ombrage les Anglais qui offrent d'y venir, et se montrent plus échauffés à notre trêve et à rejeter l'autre que jamais, de laquelle ils assurent néanmoins leur maître n avoir jamais fait parler en Espagne, ce qu'ils publient avec grand soin pour effacer le soupçon que les lettres du président Richardot ont donné contre lui. Je ne laisserai de prendre l'occasion de parler au sieur Richardot sur le contenu de vos lettres, encore que nous allions tous ensemble ; mais je n'espère rien des archi* ducs, ils sont trop timides et ne voudront jaouus déplaire au roi d'Espagne.

La longueur des Etats nous ôte aussi le moyen de prévenir le retour du confesseur, lequel, ou je suis bien trompé , apportera aux archiducs permission secrète de traiter au nom du roi d'Espagne, qui néanmoins s'en plaindra après le traité , feindra qu'ils l'auront fait contre sa volonté , et refusera même de le ratifier au point de la liberté ; mais il ne laissera d'y avoir assez de sûreté pour les Etats, pourvu que les archiducs l'aient obligé en vertu d'une bonne procuration ; et si le contraire avient, le Roi aura josr tifié sa conduite , et ne pourra être blâmé s'il donne secours aux Etats. 11 y aura néanmoins encore quelque moyen, la rupture ét^nt faite sur notre projet, de rentrer en l'ouverture de lautrc trêve, au cas que Sa Miy'esté le désire , et qu'on voie les Etats y pouvoir être disposés , qui seroit de faire de nouveau l'assemblée à Calais, et y faire trouver en présence de Sa Majesté tous les députés, qui est l'avis dont vous m'écrivez, fliin que le Roi fût auteur et comme arbitre da traité, pour en avoir le gré d'un chacwti. Mais avant qu'entrer en cette proposiHon il faut être comme certains quelle eu devra être l'issue , pource que j'estime que Sa M^esté ne voudroit , elle présente et en son royaume^ consentir à cette «s*

Dû PBisiDfiNT IfiàNNtN.

lemblée pour rompre , n'étoit que le roi d*Angleterre y voulût envoyer quelques-uus des principaux de son conseil , bien informés de son intention, pour, en cas de rupture, s*accorder du secours, et faire quelque ligue et confédération pour la défense commune. Or, ce m'est assez pour maintenant que je sois averti de l'intention de Sa Mtgesté pour me conduire selon les occurrences.

C'est avec raison que Sa Majesté est en colère contre le roi d'Angleterre, s'il a fait ce que contiennent les lettres du président Bichardot. Je ne le veux pas excuser, car la conduite de ses ministres n*a eu que trop de déguisemens et d'artifice, ayant souvent essayé de traverser et contredire tous nos avis; puis ils les ont toujours suivis par force. Il y a sans doute de la haine, de la jalousie et du dépit en leur maître, qui nous voit mieux ici qu'il ne voudroit; mais si estimé-Je que le président Richardot, qui s'est montré si libre à publier cet office de l'Anglais qui devoit être à leur faveur, le fait avec artifice et dessein , tant pour nous mettre mal ensemble que pour le mettre mal avec les Etats. Vous voyez d ailleurs que don Pedro dit bien que nous avons proposé quatre sortes de trêve , et cela est du tout faux ; que le président Richardot m'écrivit des lettres que don Pedro étoit d'accord avec Sa Majesté, et que nous avions autant d'intérêt que le roi d'Espagne même à empêcher que la trêve ne fût faite avec la déclaration de liberté, adressant sa lettre à son hôte pour [a faire voir si je ne l'eusse prévenu. C'est pourquoi il me semble que nous nous devons contenter d*empêcher que l'Anglais ne fasse rien contre ce que le Eoi désire, sans nous aigrir davantage contre lui , et lui en faire plutôt une plainte amiable pour l'induire à nous en faire quelques excuses, que de montrer qu'on tient cette offense comme irréconciliable ; car, puisqu'on est mal avec TEspagne, il faut empêcher, tant qu'on pourra, qu'ils ne gagnent celui-ci, et que cette division et offense ne leur en donne le moyen : vous en saurez mieux juger que moi; mais si on est contraint de rentrer en guerre , il est nécessaire de faire tout ce qu'on pourra pour l'y Joindre, ou faire du moins qu'il soit neutre, comme seroit à mon avis son désir, s'il ne craignoit que Sa Majesté, étant seule à secourir les Etats, les rendit du tout siens , et qu'enfin il fût exclu de leur amitié, et cela le pourra induire d'être avec nous, ou de faire pis, et nous serons peut-être aussi contraints de chercher les moyens de le chasser de ce pays, s'il ne veut joindre son péril à celui de la cause commune.

Achevant cette lettre , J'ai appris que les An-

glais avoieut reçu commandement de proposer la trêve simple , ainsi que nous l'écrivons au Roi; mais je suis certain qu'ils ne l'oseroient faire, et, s'ils le font , que nous la ferons rejeter avec peu de peine et beaucoup de honte pour eux. La raison que j'ai dite autrefois, et mandé depuis au président Richardot pour ne point proposer cette trêve , a été que c'est le moyen de rompre du tout, et que ceux qui feignent de la vouloir pro* poser pour les favoriser, les trompent, et le font en effet pour les remettre à la guerre, ce que tant lui que les archiducs Jugent véritable; et , si on veut continuer à se servir de cette raison, on rendra l'Anglais odieux , et Jugera-t-on que Sa Majesté a bonne intention. Nous nousconten* terons aussi d'autant s'il n'est besoin de faire plus. M. de Barneveldt m'est aussi venu voir présentement, et m'a dit qu'il avoit déjà fait résoudre par l'assemblée générale qu'on ne trai* teroit point, en quelque temps que ce soit, que l'article concernant la liberté et l'obligation du roi d*Espagne ne soit accordé selon qu'il est cou* ché « en notre projet , et qu'on n'y pourra ci« après rien changer sans le consentement de tou<* tes les provinces et des deux rois; qu'il en fera déclarer autant pour le commerce des Indes, et, s'il n'est accordé que par hostilité, que les Etats donneront secours de navires et gens de guerre pour la sûreté du trafic, et faire la guerre i ceux qui voudront empêcher les marchands. Ils en feront autant pour la religion à laquelle ils ne veulent point qu'on touche » aucunement par la trêve. Il est incroyable combien notre déclara* tion à ne point approuver cette trêve a changé tous ceux qui y avoient de l'inclination, pour le grand respect que chacun porte à Sa Majesté; ainsi ne soyez plus en doute que rien ne sera fait que ce que Sa Majesté voudra. Je vous renverrai Picault aussitôt que la résolution des Etats aura été mise en nos mains. Je prie Dieu , monsieur, etc.

De La Haye, ce quatrième jour de Janvier

Votre, etc., P. Jeannih.

Lettre dudit sieur Jeannin à M. le duc de Sully p dudil jour quatrième de janvier 1609.

Monsieur, Je ue. saurois recevoir plus grand contentement que celui que vos lettres du onzième du mois passé m'ont donné, pour avoir reconnu par icelles que ma conduite en rexécvh tlon de la charge qu'il a plu au Roi me conh mettre est approuvée par vous , de qui le Juge» ment est tant élevé au dessus du mien, que J'estime ne pouvoir faillir en faisant ce qui vous est agréable. Les lettres du Roi, qui sont du di»

KliftOCUtlONS

neuvième du même mois, ainsi postérieures aux vôtres, et écrites, à ce que j'ai appris, après votre départ pour aller chez vous, sont pleines de colère contre le roi d'Angleterre , mais avec raison , s'il a donné espérance au roi d'Espagne de pouvoir faire la trêve simple , et sans déclaration de la liberté, ainsi que le contiennent les lettres que M. le président Ricliardot nous a écrites, et aux députés mêmes d'Angleterre conjointement; car il s'attribue la puissance de faire une chose où il n'a aucun pouvoir, le Roi y contredisant, et le fait pour en acquérir seul le gré du roi d*Espagne, au grand dommage des Etats auxquels il ôte, en ce faisant, le moyen d'obtenir la trêve suivant notre projet, qui néanmoins est beaucoup plus avantageux pour eux , étant bien certain que le roi d'Espagne la rejettera toujours, quand il aura tant soit peu d*espérance de parvenir à l'autre. C'est pourquoi , par deux lettres que j'ai , le même mois dernier, écrites à M. de Viileroy, que j'estime n'avoir été vues par vous à cause de votre absence, Je le supplioîs faire en sorte que Sa Majesté ne donnât aucune espérance de cette trêve simple à don Pedro, ni aux ministres des archiducs, encore qu'il en fàt instamment prié et requis par eux , prévoyant bien que seroit ruiner ce que nous avons édifié ici avec beaucoup de peine et un long temps, et entreprendre aussi un œuvre plein de nouvelles et plus grandes difficultés , qui ne servirait qu'à diviser ces peuples , au lieu que nous étions à la fin de notre travail , et près d'obtenir ce que nous prétendons.

Or Je ne sais si ledit sieur Roi s'est si imprudemment conduit, et contre la foi que Sa Majesté et lui s'étoient promise au maniement de cette affaire ; bien est-il vrai que ses ministres ont eu de la jalousie et du déplaisir dès long-temps de voirt[ue l'autorité de Sa Majesté fût plus grande ici, et les conseils qui venoient d'elle mieux reçus des Etats que ceux de leur maître, qui les a contraints bien souvent de les suivre, quoique ce fût à regret et pour ne les pouvoir contredire sans être vaincus. J'écris donc à Sa Majesté qu'elle n'en doit être en peine, et que nous empêcherons bien aisément que le roi d'Angleterre n'accomplisse cette promesse. Encore que le désir de plusieurs en l'assemblée des Etats seroit de recevoir plutôt ladite trêve au défaut de la nôtre que de rentrer en guerre, si vous peux-je assurer, monsieur, qu'ils ont tous si grande opinion et créance de l'affection de Sa Majesté envers eux, et de sa prudence et mûr Jugement pour les bien conseiller, qu'en y contredisant et leur offrant se- ^!0urs lorsqu'il sera temps, ainsi qu'elle nous commande bien expressément de faire^ nous les

changerons tons , joint que la Zélande entière et partie de la Hollande se sépareroieDt plutôt des autres que d'y consentir. Déjà nous y avons donné si bon ordre, que j'en peux assurer dès maintenant, ainsi que le verrez mieux par les lettres que nous lui écrivons, et celles de M. de Viileroy, auquel je mande plus particulièremeot tout avec la commodité de son chiffre.

Je crois aussi, monsieur, selon que vous me mandez par vos lettres, qu'en demeurant fermes et immuables en cette résolution, nous coDtraiDdrons le roi d*£spagne de faire ce que les archiducs ont promis pour lui, et par ce moyeu ferons une trêve honorable et avantageuse pour les Etats, et digne du soin et de la peine que le Roi a pris pour la leur faire obtenir, ou bien, si le contraire avient, que personne ne pourra blâmer Sa Majesté si elle donne secours aux Etats, la cause desquels sera devenue plus Juste , et eoi aussi rentreront en guerre avec plus d'uuioD et d'animosité que jamais : et pour le regard do roi d'Angleterre, la crainte de perdre l'amitié de ces peuples, qu'il juge lui être fort nécessaire, etqu'ib ne se Jettent du tout es bras de Sa Majesté, si! est seul à les secourir, le contraindra, ou je sois bien trompé, d'être de la partie, et pour Ty exciter encore davantage, il me semble qu'on ne se doit pas tant aigrir contre lui , à cause de rf qui s'est passé, qu'il pense en être devenu irréconciliable, puisque le voyage de don Pedro a été si peu fructueux que ces belles propositions, dont je vous entendis parler avant mon départ de Paris, n'ont enfanté que du vent; car Tamitie de l'autre en est plus désirable , et semble au5si devoir être recherchée avec plus de soin. Nos premières lettres seront, s'il plaît à Dieu , de la finale résolution des Etats , et au contentement de Sa Majesté , ainsi que je l'espère et désire de tonte mon affection. Pour le regard de l'allfoire de M. le prince d'Espinoy, elle m'est si chère et recommandée sur le commandement que yoqs m'en avez fait, que Je n'en saurois avoir plus de soin quand elle seroit mienne, comme j'aurai toujours de vous témoigner par toutes mes aetion» le désir que J'ai de vous rendre très-humble service. En cette volonté, je prierai Dieu, monsieur, qu'il vous conserve en tout heur et prospérité.

De La Haye, ce quatrième janvier 1609.

Votre , etc. , P., Jeanxin.

Lettre du Roi à messieurs JeanninetdeRnssh du huitième de janvier 1609.

Messieurs Jeannin et de Bussy, si le porteur de mes lettres du seizième du mois passé eut fait diligence , vous les eussiez eues devant m* voir écrit la vôtre du vingt-huitième dodlt mois,

DU PBESIDENT JBANNIN.

que j'ai reçue le sixième du présent. Je suis trèsmarri de cette faute ; néanmoios, puisque j'ai appris par votredite lettre que vous avez conduit les affaires si lieureusement que je dois bien es* pérer du succès dlcelies de la part des sieurs les Etats des Provinces-Unies, j'en suis consolé. J*al surtout été bien aise d'avoir entendu que les Anglais aient couru une même lance avec vous en cette poursuite, sans y avoir varié ni fait contenance de le vouloir faire, contre les espérances que Ton a dit que ledit Roi avoit données en Espagne, sur lesquelles on fonde le refroidissement de la trêve, avec l'article de la liberté prorais par les archiducs, tant au nom du roi d'Espagne que du leur; mais il faut croire que lesdits Anglais ont reconnu ne pouvoir faire goûter ce changement auxdits Etats, puisqu'ils n'en ont fait autre démonstration. En tout cas je trouve beaucoup meilleur que les choses aient pris ce chemin par votre prudence et par leur foiblesse, que s'il eût fallu combattre une nouvelle ouverture procédant d'eux; car comme notre conseil en sera toujours plus estimé, aussi celui dudit roi d*£spagne , s'il refuse de s'obliger, comme les siens continuent à dire qu'il fera, sera tant plus blâmé, que, défaillant à sa parole, il nous offensera également, et nous obligera de même à épouser la protection et défense de la cause desdits Etats. J'entends que don Pedro dit que son Roi ne passera jamais ledit article, et qu'il se résoudra à la guerre tout-à-fait. Toutefois j'estime qu'il changera d'avis quand il saura la dernière résolution desdits Etats et la nôtre, et qu'il connoîtra ne pouvoir obtenir la trêve simple à laquelle il aspire; de quoi il fuut que lesdits Etats se montrent fermes et constans, ainsi que je vous ai commandé leur dire; car si en général , et même en particulier, ils donnent lieu d'espérer que Ton peut les ébranler et faire varier, lesdits Espagnols s'opiniâtreront et les diviseront, auquel casjeserois contraint de retirer mon épingle du jeu; car je ne consentirois jamais qu'ils traitent qu'en qualité et comme Etats libres, ainsi qu'il a été déclaré et accordé du commencement , car c'a été sur ce fondement seul que je leur ai conseillé d'entendre auxdits traités.

Mais je désire que vous évitiez , s'il est possible, à leur bailler de présent l'acte qu'ils demandent, par lequel je déclare que tiens les Etats libres et souverains pour toujours, en vertu de ladite trêve , suivant notre projet , se contentant de ce que vous en avez ci-devant déclaré en leur assemblée; car, d'un côté, je serai bien aise de ne donner à leurs adversaires ce sujet de plainte; d'autre part, je n'estime ladite déclaration nécessaire auxdits. Etats, lesquels

doivent se contenter de tirer de moi des effets de l'opinion que j'en ai, tels qu'ont été ceux qu'ils ont ci-devant reçus de ma bonne volonté avec moindre titre et raison pour ce regard. En tout cas, c'est chose dont Ton ne doit parler que ladite trêve ne soit accordée, pour la raison sagement prévue et touchée par votredite lettre; car indubitablement le conseil d'Espagne prendroit prétexte, sur une telle déclaration, de justifier le refus qu'il minute. Et avenant qu'il passe la carrière de ladite trêve , lors s'il est jugé nécessaire que moi et le roi d'Angleterre baillions ladite déclaration, de quoi je vous dirai que j'aurai à plaisir d'être déchargé, envoyez-moi la forme de laquelle vous serez d'avis qu'elle soit dressée, afin que je la considère, et vous ordonne sur icelle ma volonté, devant que de m'y engager plus avant; mais j'approuve que vous entrepreniez avec les députés d'Angleterre d'aller à Breda ou à Anvers, s'il est besoin, pour conférer et arrêter avec ceux des archiducs les conditions de ladite trêve , afin d'en faciliter et avancer la dernière résolution , et que ceux desdits Etats, se rassemblant avec les autres, n'aient plus qu'à écrire ce qui aura été négocié et convenu par vous. Toutefois avisez si vous devez vous engager à cela que vous n'ayez tiré devant desdits archiducs une assurance par écrit , plus expresse encore que celle qu'ils ont déjà donnée, de la volonté du roi d'Espagne sur le susdit article de la liberté, afin de n'y aller à faute. Quant au secours d'argent que lesdits Etats désirent de moi , sachez que je n'ai jamais promis à leurs députés de le rendre de quatre cent mille écus pour l'année passée; si je l'eusse voulu faire, vous en eussiez été les premiers avertis pour leur

faire savoir.

Les débordemensderivièresdontmon royaume a été visité l'année dernière, m'ont constitué en des dépenses extrêmes, revenant à près de deux millions de livres, de sorte qu'il faut que je regagne cette année par mon ménage et épargne lesdites pertes. Davantage, je veux voir quelle sera l'issue de ces affaires devant que de mettre plus avant la main à la bourse , ainsi que j'ai dit audit député, au moyen de quoi parez-vous de ce coup le mieux que vous pourrez, et continuez à me donner souvent avis de toutes choses. Au reste, j'aurai à plaisir de voir les lunettes dont votre lettre fait mention, encore que j'aie à présent plus grand besoin de celles qui aident à voir de presque de loin. Je prie Dieu, messieurs Jeannin et de Russy, qu'il vous ait en sa sainte garde.

Ecrit à Paris, le huitième jour de janvier 1609.

Henbi.

Et plus bas , Bbulabt.

Lettre de M. de Villeroy à M, Jeanniny dudit jour huitième de janvier 1609.

Monsieur, vous nous avez instruits bien clairement par vos lettres du douzième et seizième du passé , que nous avons reçues le onzième du présent par le sieur de Colombier , de la disposition des affaires que vous poursuivez par delà, et de I*inelination et volonté de ceux qui ont plus de pouvoir en la direction d'icelles ; de façon que nous ne nous arrêterons plus aux discours que nous fera le sieur Aërsens, lequel souvent nous représente et dépeint les choses d'autre couleur qu'il ne les croit lui-même, pour sonder et découvrir mieux nos intentions, ou nous déguiser les siennes. Il a toujours loué celles du prince Maurice , et magnifié son pouvoir , ainsi que nous vous avons écrit ; ce qu'il a fait, à mon avis , plus par art que de créance qu'il en ait eue; et néanmoins nous avons estimé devoir vous informer de tout, bien que nous n'y ayons ajouté foi , afin de vous en servir en votre conduite , laquelle a été accompagnée de si grande prudence et patience , fortifiée d'une sincérité et équanlmité si conforme aux intentions et commandemens du Roi , que vous avez enfin rédoit les choses aux bons termes que nous pouvions désirer, ainsi que nous avons appris par vos lettres du vingt-huitième dudit mois passé , sur lesquelles Sa Majesté vous écrit présentement par la sienne ses intentions si clairement que je n'ai rien à y commenter. Les Etats auront donc la trêve telle que nous la leur avons désirée pour acquérir et conserver en repos leur liberté, ou le roi d'Espagne et ses conseillers découvriront , comme vous savez que leur reprocha une fois durant la Ligue en notre présence le feu évéque de Senlis , leur turpitude et perfidie. Vous n'avez pas fait peu d'avoir traîné avec vous les Anglais en cette conclusion ; car les autres s'étoient bien promis de les séparer, et leur faire Jouer un rôle à part conforme à leur désir , soit que leur Roi en eût donné espérance, jaloux de notre conduite, à quoi il y a grande apparence , ou que les autres aient fait ce compte d'euxmêmes pour se chatouiller, ou justifier la résolution qu'ils veulent que nous croyions qu'ils ont prise de ne quitter aux Etats cette benoiste souveraineté, pour être chose qui a été blâmée de toutes parts par leurs partisans , comme honteuse et grandement préjudiciable à leur prétendue monarchie. Or maintenant qu'ils nous verront unis en la résolution que vous avez prise par delà, certes, ils auront peine à prendre la leur.

Don Pedro n'a vu le Roi depuis l'audience de

laquelle je vous al rendu compte par mes précédeutes; il est au bout de son rôle, voyant , quoi qu'il dise et offre , que notre Roi n'a qu'une parole, et qu'il n'a jamais varié. Les avis que nous avons d'Espagne s'accordent avec les langages que tient ledit don Pedro, que la résolution de son Roi est de ne s'obliger en ce traité. Toutefois nous n'entendons point qu'ils fassent encore autres préparatifs pour la guei re que la provision d'un million d'or , qu'aucuns marchands génois ont entrepris pour Flandre, payable à divers termes en cette année, à commencer à la fin de février, de sorte que j'estime comme vous que le roi d'Espagne franchira le saut des archiducs quand il connoitra ne pouvoir obtenir mieux ; mais il faut éviter les longueurs et dilations , à quoi sans doute tendront les ministres d'Espagne , pour voir si , avec le temps , Us pourront rompre l'union des deux rois avec les Etats , et diviser ceux-ci entre eux-mêmes. Il faut donc conclure ou rompre ces traités le plus promptemcnt que honnêtement et raisonnablement l'on pourra faire.

Sa Majesté approuve que vous et les députés d'Angleterre entrepreniez cette négociation avec les archiducs devant que ceux des Etats entrent en conférence avec eux ; mais nous avons opinion que lesdits archiducs attendront le retour du confesseur devant que de joindre , et d'ailleurs qu'il seroit expédient que vous eussiez quelque parole desdits archiducs , encore plus assurée que n'a été celle qu'ils ont donnée par le président Richardot touchant robligation du roi d'Espagne, devant que vous engager en ladite conférence, pour besogner plus sûrement, et toujours obliger davantage les archiducs à tenir ce qu'ils ont promis pour ce regard. Toutefois vous pouvez vous dispenser d'en user comme vous jugerez être pour le mieux ; mais si vous pouvez exempter, quant à présent, le Roi de l'acte authentique que les Etats requièrent de lui touchant cette souveraineté pour toujours, vous lui ferez plaisir ; car , à vous dire le vrai, il ne juge pas raisonnable de tirer cette conséquence en vertu du traité de trêve , puisqu'il doit être limité ; partant il estlmeroit forcer sa conscience et son propre jugement , faisant la susdite déclaration, et donner juste sujet de fen blâmer et reprendre; vous y aviserez donc s'il vous plaît. Surtout vous ne permettrez que cela soit proposé que ledit traité ne soit arrêté, pour la même raison que vous nous avez écrite. Nous approuvons aussi celle qui vous a fait rejeter l'ouverture que les députés desdits Etats qui ont conféré avec vous vous ont faite, pour la nomination de leurs alliés en leur traité, et spéclaJ^

BU PRESIDENT JEANNIN

ment de Sa Majesté, car il ne nous semble bienséant qu'elle y soit comprise : il nous est indifférent pour le regard des autres; mais conservez auxdits Etats tant que vous pourrez ces titrer de hauts et puissans seigneurs; car, comme vous dites, ils en ont tout besoin en la naissance de leur répubRque. Quant aux biens confisqués , tirez^en meilleur compte que vous pourrez ; nous remettons à vous cet article.

C'a été le nonce qui m*a dit que les archiducs se relâcher nt sur le temps de ladite trêve, et qu'ils ne feront difUculté de l'accorder pour douze ans. Il me semble aussi que nous devons espérer cela de la réponse rapportée de Bruxelles par M. de Préaux ; mais sachez que nous sommes moins disposés que jamais d'octroyer le secours que Ton nous demande. L'on m'a commandé expressément vous en écrire la raison exposée en la lettre du Roi , laquelle n'a été déguisée à M. Aërsens, sans toutefois l'avoir encore désespéré du secours tout-à-fait ; nous lui avons dit seulement que nous voulions voir encore plus clair en ces affaires devant que de prononcer sur la demande dudit secours. J'estime que vous devez dire la même où vous êtes, mais faire état que nous nous exempterons de donner ledit secours s'il est possible. Je le vous écris afm que vous sachiez notre disposition. Je vous ai écrit par Calais le premier de ce mois répondant à vos lettres du 31 passé, et vous assurant de l'entière convalescence du Roi , qui vous sera confirmée par la présente, avec les vœux ordinaires de mon service, en priant Dieu, monsieur, qu'il vous conserve en parfaite santé.

De Paris, le 8 Janvier 1609.

Votre, etc., de Neufvillb.

Lettre de M. de La Boderie à M, Jeannin , du dixième de janvier 1609.

Monsieur , Je vous ai écrit le vingt-septième du mois passé. Depuis nous avons su ce qu'a dit le président Rlchardot à M. de Préaux touchant la mutation arrivée en Espagne aux conditions de votre trêve , dont on s'est fort offensé par deçà ; l'on s'en défend à toute outrance , et démentis ne manquent point pour celui qui est l'auteur de ces avis. On se plaint bien un peu de M. de Préaux de ce qu'il a ouvert les lettres à Bruxelles sans y appeler M. Ëdmonts, et de vous aussi , de ce que vous lui avez ordonné , et de plus , de ce qu'il n'a fait le rapport de ce qu'on lui a dit sur ce sujet qu'à moitié , ayant omis ce que Tarchiduc lui a dit que ce changement venoit de ce que don Pedro de Tolède avoit écrit en Espagne , mais , plus que de tout , s'offense^ tron que Ton ait en notre Cour dom^é 8^^^^

créance à cette calomnie , et voulu prendre làdessus sujet de traiter à part. L'envie que l'on porte ici à l'honneur que s'attire notre maître du succès de ce traité , pourroit bien augmenter la croyance de ce qui en a été si franchement proféré ; mais si vois-je tout plein de raisons dont la moins forte n'est pas que , quand ils eussent voulu entreprendre ce que l'on dit qu'ils proposoient, il n'étoit pas en leur puissance, qui me font douter qu'il n'y ait eu de l'artifice en ce qui a été dit ; vous y devez voir plus clair que moi, j'en attendrai votre avis.

Nous avons ici un certain don Fernando Giron , envoyé du roi d'Ë>ipagne et des archiducs pour remercier ce Roi des bons ofûces qu'il a jusqu'ici contribués à la confection de la trêve , et le prier d'y continuer, qui a eu deux audiences , et a été traité dudit Roi , en compagnie des ambassadeurs ordinaires d'Espagne et de Flandre , avec toutes démonstrations de faveur. Us en ont toutefois voulu recevoir une qui a été d*étre appelés à un certain ballet que va faire cette reine à l'imitation de ce qui se fit l'année passée, et l'ont demandée et poursuivie avec plus de véhémence que le personnage qu'ils jouent ne devrait permettre. Toutefois , sur ce que je me suis laissé entendre, et ai parié de leur quitter la place du tout si cela étoit, ils en ont été refusés , avec espérance qui m'a été donnée de me faire obtenir ce que je n'ai point demandé , pour 6ter audit don Fernando le regret d'y être présent. On se hâte tant qu'on peut de le renvoyer , et crois que son ambassade aura plus fait de bruit que d'effet. Il n'a nullement parlé de cette rétrac* tation de souveraineté , au moins à ce qu'on m'assure, mais prié seulement de poursuivre sur les erres commencées. On espère ici que M. le prince Maurîce donnera quelque satisfaction plus parriculière à ce Roi, sur ce que lui et M.Winood se sont piqués, semblant ce qu'il en a écrit jus* qu'ici tn p général ; et moyennant cela tout s'oubliera , qui est tout ce que je vous puis dire pour ce coup , vous baisant les mains très-humblement , et priant Dieu, monsieur, vous donner longue et heureuse vie.

A Londres, ce 1 0 janvier 1009.

Votre, etc., La Bodebie.

Acte contenant la résolution des Etats sur les principaux articles de la trêve à longws an^ nées.

Gomme ainsi soit que , dès le 33 de décembre de l'an 1607, les sieurs Etats-Généraux des Pays- Bas-Unis ont unanimement, sincèrement et de bonne foi promis qu'en cas de progrès du traité pour une paix ou trêve à longues aimées aveo

leurs adversaires, au premier article d'ieelui seroit accordée clairement et expressément la qualité des Pays-Unis, comme pays et provinces libres, sur lesquels ni le roi d*Espagne ni les archiducs ne prétendent rien, en la meilleure forme , et qu'au même traité ne seroient admis ou accordés aucuns points es causes ecclésiastiques ni séculières contre la liberté du pays; et , en cas que de la part desdits sieurs roi ou archiducs seroit persisté au contraire, que le traité seroit rompu , lesdits roi et archiducs mis en leur tort, et de commune puissance des Pays-Unis, et 8*il fût à impétrer des rois, potentats et Etats favorisant la cause de ces pays , la guerre reprise , et par l'aide de Dieu Seigneur tout puissant et bonne conduite, suivant la sincère intention desdits sieurs Etats, seroit menée à une chrétienne , honorable et assurée fin : et que le traité entamé pour la paix , par bonnes et bien fondées raisons, en conformité de ladite résolution , étant rompu , les sieurs ambassadeurs des rois Très-Chrétien et de la Grande-Bretagne, électeurs Palatin et de Brandebourg , marquis d'Anspach , et landgrave de Uessen , étant , à la sérieuse instance des sieurs Etats ^ envoyés ici sur le lieu pour en diriger ledit bon œuvre à une bonne issue , aient proposé une trêve à longues années sur les conditions contenues en un écrit par eux délivré tant d'un que d'autre côté, avec exhortation de s'y vouloir conformer; et qu'après plusieurs difficultés , finalement les Provinces-Unies , se confiant sur la très-grande affection , sagesse , prévoyance et royale résolution desdits sieurs rois pour l'assurance et liberté desdits pays, leur bien et conservation, ont unanimement accordé et consenti d'entrer en traité sur ladite proposée trêve. Mais craignant que leurs adversaires derechef ne voudront procéder de bonne foi , mais tâcher de tenir lesdits sieurs rois et Pays Bas-Unis par longueurs et remises en incertitude , ils ont , en conformité de ladite résolution du vingt-troisième décembre de l'an 1607, de nouveau unanimement, sincèrement et de bonne foi promis l'un à l'autre, et promettent par cette, qu'en cas de progrès dudit traité sur ladite trêve , le premier article d'iceiui précisément sera maintenu comme s'ensuit :

Premièrement, que lesdits sieurs archiducs déclareront d'abondant , comme ils déclarent , tant en leurs noms qu'au nom dudit sieur Roi , qu'ils sont contens de traiter avec lesdits sieurs États-Généraux des Provinces-Unies, en qualité et comme les tenant pour pays, provinces et Etats libres sur lesquels ils ne prétendent rien , et faire avec eux es noms et qualités susdites me trêve aux conditions ci-après écrites ; qu'aussi

ne seront admis aucuns points es causes ecclésiastiques ni séculières contre ladite liberté, ni nouveaux délais sur le trafic et navigation aux Indes, ou autres articles. Et en cas que, de la part dudit sieur roi d'Espagne ou des archiducs, soit soutenu le contraire , et qu'ils y persistent plus que huit jours, le traité sera rompu, le roi d'Espagne et archiducs rais en leur tort, et la guerre reprise avec vigueur et commune puissance des Pays-Unis, et, s'il est possible, des rois, potentats et Etats favorisant leur cause, et par Tassistance de Dieu et bonne conduite, suivant l'originelle et immuable intention des sieurs Etats , menée à une chrétienne , honorable et assurée issue.

Fait en l'assemblée générale desdits sieurs Etats-Généraux, à La Haye, le onzième de janvier de l'an 1609. J. Oldem-Babneveldt Y.

Et plus bas, par l'ordonnance desdits seigneurs les Etats-Généraux, âersens.

Lettre de messieurs Jeannin et de Eussy au Roi, du quinzième janvier 1609.

SlBE,

Les Etats ont enfin conclu et arrêté tous ensemble de faire la trêve suivant notre projet; du moins ils y ont si peu changé^ qu'il n'y a rien qui puisse être cause de rupture de leur côté, comme votre Majesté connoftra par ledit projet que nous lui envoyons, s'il lui plaft de le faire conférer avec celui dont copie fut donnée à M. le président Richardot avant son départ de ce lieu, sur lequel il ne fit pour lors aucune difûculté. Les Etats nous ont priés de vouloir être porteurs nous-mêmes de cette résolution , afin de savoir au vrai l'intention des archiducs, et, si elle est conforme à ce qu'ils désirent , prendre jour et lieu avec leurs députés pour y faire incontinent trouver ceux des Etats, et là conclure et passer le traité; comme, au contraire , s'ils y apportent quelque difficulté, du moins en ce qui est des articles principaux, ou bien veulent tendre à nouvelles remises, de n'y plus penser et rompre du tout; ils l'ont ainsi résolu en rassemblée générale^ sur l'instance qu'en ont faite ceux de Zélande , ce qui toutefois n'a été sans difficulté. Il est bien certain, si nous n'eussions parié clairement de l'intention de votre Majesté, même à ceux qui conduisent les affaires, pour retenir les uns et encourager les autres, que les affaires n'eussent passé de cette façon, en quoi la vérité est que le sieur Aërsens s'est bien conduit, comme M. le prince Maurice nous l'a dit luimême , non qu'il y fût présent , mais pour l'avoir appris d'aucuns de l'assemblée auxquels il se fie. Nous pensions envoyer M, de Préaux

BU PBESIDENT JEANNIN.

vers les archiducs pour leur faire entendre cette résolution, et, s'ils veulent traiter, qu'il ne faut plus user de remise, ni mettre en avant aucune ouverture; mais les députés d'Angleterre ont contesté avec véhémence qu'autre n'y devoit être envoyé qu'un courrier, pour porter notre lettre et en rapporter réponse , et, aûn qu'il n'y ait au< cune longueur, que chacun pourra écrire, nous à Tambassadeur de votre Majesté , et eux au leur, pour solliciter cette réponse, laquelle reçue nous partirons aussitôt pour aller à Berg-op-Zoom , fireda ou Anvers , l'un desdits lieux qu'ils voudront choisir, pour conférer avec leurs députés et apprendre leur résolution. Nous avons été contraints, pour ne leur donner aucun ombrage du voyage dudit sieur de Préaux, d*approuver cet avis.

M. de Bemy recevra par le même courrier nos lettres , qui l'instruiront de ce qu'il aura à faire suivant le commandement de votre Majesté, même pour empêcher toutes remises, attendu que les Etats ne veulent plus continuer la trêve après qu'elle sera expirée, sinon qu'on soit entré si avant en traité qu'ils ne puissent plus douter de la conclusion d'icelui. Lesdits sieurs députés d'Angleterre font tout ce qu'ils peuvent pour effacer la mauvaise opinion qu'on a conçue contre leur maître de la proposition faite en Espagne de sa part , et disent que si quelqu'un de ses ministres l'a fait, c'a été sans charge, et qu'étant découvert, leur maître lui fera trancher la tête. Il est vrai que ce n'est en public qu'ils tiennent tels langages, et les ayant excités de le dire en l'assemblée générale qui sait tous ces mauvais bruits , ils ont refusé de le faire. Nous faisons toujours de notre côté tout ce qu'il nous est possible pour les engager à soutenir notre projet et à rejeter toute autre ouverture; et niéme hier, en l'assemblée des députés des Etats, après avoir entendu leur résolution, nous leur fîmes cette réponse, qu'ils avoient pris un sage conseil de suivre l'avis de votre Majesté et (!eiui du roi d'Angleterre sans y rien changer, pource qu'en se conduisant ainsi ils obligent vos Majestés à les secourir si leui*s ennemis rompent , dont nous les aurions assurés , en y ajoutant que lesdits députés nous avoient dit que c'étoit aussi l'intention de leur maître d'en faire autant, ce qu'ils déclarèrent à Tinstant, et qu'ils approuvoient comme nous le décret des Etats, de ne se point départir de notre projet.

Votre Majesté mo tre n'être contente de la prolongation de la trêve, encore qu'elle soit pour peu de temps : si nous eussions reçu son commandement avant que Ta voir fait, il nous eût mis en très-grande peine, car il n'y a voit au-

cune couleur pour l'empêcher, attendu que le temps de la précédente trêve étoit coulé inutilement , non par la faute et demeure des archi-^ ducs , mais par celle des Etats qui ne prirent leur résolution qu'avant hier , quoique nous les ayons pressés avec toutes sortes d'importunités pour la leur faire prendre plus tôt. Toutefois, comme c'est à nous d*obéir ponctuellement, nous eussions cherché des raisons pour colorer cet empêchement , qui eût sans doute été pris de très-mauvaise paît par ceux qui désirent le repos, eussent cru , au lieu que c'a toujours été son intention d'aider à faire la trêve suivant notre projet, qu*elle tendoit maintenant à une entière rupture. Ornons estimons. Sire, si les Etats suivent leur délibération de rompre au cas qu'on ne leur accorde ce qu'ils demandent, comme nous nous promettons qu'ils feront, y étant fomentés et fortifiés par l'autorité et le conseil de votre Majesté, que ce délai n'aura été qu'à propos. Tout notre soin sera donc dorénavant de faire suivre précisément cette délibération, et d'empêcher qu'on n'ait encore recours à la trêve d'un an plutôt que de rompre; car, encore que chacun dise à présent le contraire, et que ce seroit crime d'en parler aujourd'hui, nous ne laissons de nous défier de tout, et, en prévoyant ces inconvéniens , donner Tordre que nous pensons être re^ quis pour nous en garantir, et faire par ce moyen que son intention soit du tout suivie. M. le prince Maurice nous aide, et fait à présent tout ce que nous lui conseillons. Le sieur Barneveldt a fait aussi tout devoir pour vaincre les empêchemens qui se sont rencontrés en la province de Hollande , touchant l'acte requis par ceux de Zélande. II est vrai qu'on a voit fait en la même province de Hollande une proposition de casser les gens de guerre dont le paiement est assigné sur la généralité du pays , lesquels sont en nombre de près de huit mille hommes. Cet avis nous mit en peine; mais nous fûmes incontinent avertis que c*étoit à l'occasion de ceux de Zélande et de trois autres provinces qui réfusent avec eux d'en payer leur part , encore que la Hollande et deux autres aient offert la leur, et qu'en parlant à eux , et leur remontrant le grand préjudice qu'ils se ferolent, attendu qu'ils sont près de Unir ou de rompre, on les accorderoit aussitôt, ce que nous avons fait , et ils y ont acquiescé. La vérité est néanmoins que sans nous cette colère s*échauffoit, et les eût peut-être portés à faire une très-grande faute. Nous leur avons aussi à cette occasion donné quelque espérance du secours de votre Majesté, d autant que les gens de guerre assignés sur la généralité^ avoient accoutumé d'être payés des deniers dont elle les gratifie.

C*e8t pourquoi nous la sappliODS très-humblement de leur continuer cette grâce pour éviter le désordre que pourroient commettre ces gens de guerre , auxquels la solde est due de près de quatre mois, qu'il n*y a moyen de prendre pour le présent sur ces provinces sans les mutiner Tune contre l'autre; et sur ce nous prions Dieu, Sire, qu'il donne à votre Mejesté tout heur et prospérité.

De La Haye, ce quinzième Jour de Janvier

Vos, etc. , P. Jbannin et Russy.

Lettre de M. Jeannin à M, de Villeroyj dudit jour quinzième de janvier 1609.

Monsieur, j'ai reçu vos lettres du premier de ce mois, par lesquelles vous accusez bien la ré« ception des miennes du 31 du mois passé, mais non de celles du 13 et 16 que vous aurez depuis reçues de M. de Colombier, qui a demeuré longtemps sur la mer à cause des vents contraires : et néanmoins ce ctiemin est le plus sûr et le plus court, car la même difllculté est pour les vents du côté d'Anvers , et on n'y peut aller le plus souvent par terre à cause des eaux. Les Etats ont pris leur résolution. Celle du Roi a donné du courage aux uns et retenu les autres pour les faire arrêter à notre projet, approuvé enfln par eux tous, sans aucun changement qui puisse être cause de rupture. Il y a délibération qu'on ne changera rien es principaux articles , et s'ils sont refusés qu'on rompra, à quoi Je vois un chacun disposé; et le sieur Barneveldt même, sur lequel Je Jette toujours les yeux pour considérer toutes ses actions, m'en a donné si grande assurance, que Je n'en fais plus de doute; aussi soyez, s'il vous plaît , hors de peine de ce côté. M. le prince Maurice aussi , qui y prend garde et veille soigneusement à tout, croit maintenant notre conseil, et Juge bien que le mieux qu'on puisse espérer de cette affaire , est de la faire résoudre selon le désir du Roi , sans lequel il se tient foible, et avec lui pense être assez puissant pour rompre tout; et à la vérité, malgré que le roi d'Angleterre en ait. Sa Majesté sera arbitre de tout ce qu'on fera ici.

Vous vous étonnez par vos lettres de ce que je n'ai pas rendu compte assez particulièrement à Sa Majesté de ce qui s'est passé entre nous et les députés d'Angleterre sur le sujet des lettres de M. le président Richardot : Je Tai fait exprès pour n'aigrir davantage la Juste colère de Sa Miyesté; mais si vous peux-Je assurer de leur en avoir parlé fort rudement , et déclaré ouvertement , si leur maître a fait telle promesse, qu'il s'est bien fort mécompte , et que Sa Meyesté ne souCùrira

Jamais que ses amis soient ainsi trompés, ayant assez d'autorité et de créance envers eux pour leur faire prendre de meilleurs conseils ; joint qu'ils savoient bien être impossible de le leur persuader, et que cela ne serviroit qu'à les diviser ou faire rentrer en guerre. Us ont nié tout, et depuis peu de Jours nous ont dit avoir reçu lettres de leur maître, qui leur commandent de dire partout qu'il n'y a Jamais pensé, et si quelqu'un de ses ministres l'a fait, qu'il lui fera trancher la tête. Carron a aussi écrit à M. de fiameveldt que le roi d'Angleterre lui a tenu les mêmes propos , et M. de Barneveldt a fait voir cette lettre aux Etats par mon avis pour ôter toute espérance à leurs ennemis, et à ceux qui les voudroient favoriser, de pouvoir parvenir à cette trêve simple. Il est vrai , comme vous me mandez, que le sieur de Barneveldt a de Tamitié avec M. Winood; mais la nôtre est deveuue plus puissante en son endroit, et crois qu'il s'y attachera plus volontiers : bien désire-t-il que les deux rois soient mieux ensemble qu'ils ne sont de présent, le Jugeant nécessaire pour la sûreté de leur Etat. J'estime aussi qu'il vaut mieux encore en chercher les moyens que de les rendre du tout Irréconciliables, considérant comme vous êtes en Espagne , et que vous trouverez toujours autant de tromperie de ce côté-là, et plus encore de raisons d'Etat pour nous dissuader de leur amitié que de l'autre.

J'avois prié M. de Préaux d'aller à Bruxelles pour ôter toute espérance au président Richardot de la trêve simple, de celle d'un an , ni de toute autre prolongation, comme aussi pour lui représenter les raisons dont vous m'écrivez pour faire que les archiducs préviennent le retour do confesseur ; mais les Anglais y ont contredit avec tant de véhémence, que Je m'en suis absteno : tout leur est suspect, et ne peuvent souffrir qu'avec trop grand déplaisir que l'autorité du Roi devance de si loin celle de leur maître. Peut*é:re leur conduite n'a pas mérité que nous usions de ce respect; mais d'autres considérations me retiennent, avec le désir que J'ai de trouver moins de contradiction; car en y procédant ainsi, ils feignent bien souvent de vouloir ce qui est contre leur désir. Or Je ne laisse pas de satisfaire à ce que vous me mandez , par les lettres que j'écris à M. de Bemy. Il me semble bien encore que vous le pourriez mieux faire à l'endroit de Peckius, lequel est créature du président Richardot. J'espère que nous serons bientôt vers eux pour le faire moi-même, et néanmoins j*ai toujours quelque crainte de leurs délais, et qu'ils ne soient longs à nous renvoyer leur réponse. M. de Préaux eût aussi beaucoup ser?i pour les avan«

BU PBlSsiDBNT lEÀNNIN.

cer ; M. de Berny et les lettres fort pressées que j'écris au président Rîchardot y suppléeront.

Vous me mandez que le Roi a été mal content de la prolongation de la trêve. Considérez , s*il vous plaît, monsieur, qu'il étoit du tout impossible de l'empêcher, et qu'il n'étolt pas juste aussi d'en faire instance, attendu que le temps de la précédente trêve étoit coulé inutilement par la faute des Etats, non par celle des archiducs. Nous eussions toutefois suivi le commandement de Sa Majesté s'il fût venu assez à temps. Il n'y a rien de gâté pour cela ; les affaires ne furent jamais en meilleur état qu'elles sont à présent en ce lieu , ainsi le surplus dépend d'Espagne, dont j'espère toujours bien, et néanmoins avec quelque défiance, pour les langages que leurs principaux ministres tiennent , et le jugement que vous en faites. Si les archiducs avoient asse c de courage, ils feroient ce que vous me mandez, mais on n'en doit pas attendre cette résolution. Rien ne sera omis pour persuader leurs ministres , si je les peux approcher. Je ne vous avois pas prié de faire donner le voyage à Bauquemare, car il s'en alloît en France , et ne porta nos lettres que par occasion; je l'en ai bien repris; mais il ne pouvoit venir à temps, quelque diligence qu'il eût faite, attendu que vos lettres sont du seizième, et la trêve fut conclue et envoyée le vingt-unième. Vous ne me mandez pas précisément votre avis, et la volonté du Roi , touchant l'acte que les Etats ont requis de nous pour assurance de leur liberté ; faites-le , s'il vous plaft ; je vous en ai mandé le mien qui est remis à votre censure. Je n*ai point vu le gentilhomme de M. le prince de Condé, que vous me mandez être porteiir de votre lettre, mais elle a été envoyée par la voie de Calais à Flessingue , puis ici. Je suis , monsieur, votre , etc. , P. Jeannin.

A La Haye, ce quinzième janvier 1609.

Lettre de M. Jeannin à M, le duc de Sully, dudiijour quinzième de janvier 1 609.

Monsieur, les Etats ont enfin, à notre très-instante poursuite , pris leur résolution conforme à notre projet, du moins avec si peu de changement, qu'elle ne contient rien qui puisse être cause de rupture de leur côté. Ils ont aussi arrêté, par délibération générale, si les princes avec lesquels ils traitent ne veulent consentir l'article de la liberté, tant en leurs noms qu'au nom du roi d*Ëspagne , et en la forme qu'il est couché par icelui projet , ou bien prétendre quelque innovation en la religion , de rompre à l'instant , et , passéletempsdela nouvelle prolongation qui doit durer jusqu'au quinzième de février seulement , de n'en plus foire d'autre , sinon qu'on soit entré

si avant au traité , qu'on puisse Juger avec certitude que la conclusion s'ensuivra. Ils sont à présent tous fort unis et en bonne intelligence, soit qu'ils aient cette trêve, ou qu'ils soient contraints de rentrer en guerre. Si on demeure d'accord de quitter les confiscations, j'en ai fait mettre expressément un article en faveur de M. le prince d*Espinoy , dont je vous peux assurer que je serai lK)n solliciteur. Il ne reste plus qu'à savoir la volonté du roi d'Espagne ; mais si elle est telle que chacun publie, nous aurons perdu le temps. Il est vrai que la conduite du Roi eh ce qui s'est passé a été accompagnée de tant de candeur et de prudence , que Sa Majesté en sera toujours louée partout, quoi qu'il en a vienne. Pour moi , quelques bruits qu'on fasse courir de l'intention du roi d*Espagne , j'en espère mieux , et me semble que les archiducs ne se fussent engagés si avant sans en avoir quelque assurance.

11 peut bien être que ledit sieur Roi a quelquefois espéré cette trêve à meilleur marché; mais les archiducs , qui savoient certainement le contraire, et mieux depuis quelques jours que jamais , l'en auront pu avertir pour lui 6ter cette fausse opinion , et persuader de prendre le conseil qui semble être nécessaire s'il veut sortir de cette guerre. Je me peux tromper en ces conjectures, et en faut attendre l'événement que nous verrons bientôt ; car messieurs des Etats désirent que nous allions conférer avec les députés des archiducs pour savoir leur dernier mot sur les principaux articles , et en être assurés par nous avant que d'envoyer leurs députés. Nous en avons écrit à l'archiduc , messieurs d'Angleterre et nous, lui donnant avis que nous nous acheminerons à Anvers, aussitôt que nous aurons reçu sa réponse, pour conférer sur ce sujet avec ses députés. C'est l'état auquel sont les affaires en ce lieu , dont je désire le succès aussi heureux que je suis affectionné à vous rendre très-humble service, comme étant ^ monsieur , votre, etc. ,

P. Jeannin.

A La Haye, ce quinzième janvier 1609.

Lettre écrite à Parchiduc par messieurs les ambassadeurs de France et d^ Angleterre ^ dudit jour 1 S janvier 1609.

Monseigneur, les Etats-Généraux ont enfin, à notre très-instante poursuite , et après plusieurs longueurs et difficultés, pris résolution sur le projet de la trêve , dont copie avoit été donnée à M. le président Richardot avant son départ de ce lieu , nous l'ayant fait entendre et donné par écrit, avec prière, tout ainsi qu'ils nous ont éclaircis de leur intention pour parvenir à la conclusion finale de ce traité , que nous en voulionis

faire autant à Tendroit de votre altesse, et nous instruire pnr conférence avec ses députés de la sienne, afin qu'eux étant après informés et assurés par nous , ils commettent au même temps des députés pour se trouver au lieu dont on conviendra, et par ce moyen finir ce traité. Nous envoyons à cette occasion ce courrier exprès avec nos lettres pour lui en donner avis, et que nous partirons pour aller à Anvers aussitôt que nous aurons reçu sa réponse, désireux d'y trouver ses députés pour conférer avec eux sur ce sujet , ce que nous supplions très-humblement votre altesse être fait sans aucune remise ni longueur , afin que nous puissions mettre bientôt une heureuse fin à cette affaire, qu'il lui plaise nous mander son intention au plus tôt pour ne plus perdre le temps. Cependant nous prions Dieu, monseigneur, qu'il donne à votre altesse, en très-parfaite santé, très-heureuse et longue vie.

De La Haye, ce quinzième janvier 1G09.

Vos , etc. , P. Jeannin , Russy ,

Ri. Spencer , Rodolphe Winooo.

Lettre particulière de M. Jeannin à M, le président Rie hardot y dudit jour quinzième de janvier 1609.

Monsieur, les Etats ont pris leur résolution avec peine, longueur et difficulté; mais elle est telle qu'à mon avis vous n*y trouverez rien qui puisse empêcher la conclusion du traité qui nous a donné tant de peine et de fâcherie. Or, ils nous ont prié , tout ainsi que nous avons appris leur résolution, de savoir aussi celle de son altesse, et à cet effet d'en vouloir conférer avec les députés qu'il lui plaira commettre. C'est la raison pourquoi nous lui envoyons ce courrier exprès pour lui en donner avis, et que nous partirons pour aller à Anvers aussitôt qu'il nous aura apporté la réponse de son altesse , en espérance d y trouver messieurs les députés pour conférer avec eux sur ce sujet ; car jusqu'à ce que nous soyons instruits de son intention et résolution , du moins sur les principaux articles, les Etats nous ont dit qu'ils n'entendent envoyer leurs députés pour traiter, ni même convenir du lieu et jour. Je vous supplie donc bien humblement vouloir faire expédier au plus tôt ce porteur, afin que nous puissions achever cette affaire avant l'expiration de la trêve, du moins l'avancer en sorte qu'on puisse juger avec certitude que la conclusion s'en ensuivra. Je me promets, si nous employons le temps sans remise et avec affec:ion , que l'issue en sera heureuse. On fait courir des bruits, et vous nous l'avez écrit, qu'aucuns ont fait espérer eu Espagne la trêve simple; mais croyez, monsieur , que c'est chose si éloignée de l'intention

des Etats , qu'il est du tout impossible de leur persuader , et qu'il n'y a moyen plus propre pour rompre tout que d'en parler , dont, si vous en jugez ainsi de votre côté , je prévois que nous aurons travaillé en vain. Je le dis à vous qui avez été sur le lieu , et avez reconnu ceux auxquels vous avez affaire pour en mieux juger qu'aucun autre. Notre Roi y a procédé sincèrement et de l)onne foi ; nous y continuerons par son commandement, et je sais bien que nous donnerons sujet à son altesse de se louer de notre conduite. J'ai aussi la même opinion de messieurs d'Angleterre; j'en écris encore à M. de Berny pour vous en conférer, et vous baise très-humblement les mains, comme étant, monsieur, votre, etc.,

P. Jeannin.

A La Haye, ce 15 janvier 1609.

Lettre de if. Jeannin à M. de Berny ^ dudit jour quinzième janvier 1609.

Monsieur, nous écrivons, messieurs d'Angleterre et nous, à son altesse , et moi en particulier à M. le président Richardot , pour les avertir que les Etats ont pris leur résolution , qui ne contient rien qui puisse être cause de rupture, et que nous attendons seulement le retour du porteur , et la réponse à nos lettres pour partir aussitôt, et nous en aller à Anvers, où nous supplions son altesse envoyer ses députés, afin que nous puissions conférer avec eux , et apprendre son dernier mot sur les principaux articles , sans quoi les Etats disent ne vouloir envoyer leurs députés, crainte de s'assembler encore en vain , ayant fermement résolu d'en sortir à ce coup , sans souffrir aucune autre remise, ou de rompre du tout. Vous en avertirez, s'il vous plaJt, ledit sieur président, afin qu'il donne ordre que nous ayons tôt leur réponse pour ne laisser couler inutilement le temps de la trêve, après lequel les Etats ne consentiront point de la prolonger , si ce n'est qu'on soit entré si avant en traité que l'on puisse jugei avec certitude que la conclusion s'en ensuivra. J'estime que les Etats ne feront aucune difflculté d'envoyer leurs députés à Anvers, même lorsque nous les avertirons qu'il sera temps de le faire. Je vous supplie de dire à M. le président Richardot qu'il ne s'attende point à l'ouverture de la trêve simple, et, si quelqu'un la met en avant, qu'on les trompe , et que les Etats ont unanimement résolu de n'entendre à aucune autre ouverture qu'à celle de notre projet.

Le Roi désireroit aussi que les archiducs voulussent dès maintenant conclure ce traité avec nous, tant en leurs noms qu'au nom du roi d'Esr pagne , duquel ils ont bonne procuration , sans attendre le retour du confesseur , pour la crainte

BU PftisiDSNT J£ÀNNt!7.

(pie Sa Majesté a qu'il ne rapporte pas bonne réponse; estimant aussi qu'ils pourront s'en excuser envers le roi d'Espagne , sur ce que nous les aurions pressés de conclure, sinon que les Etats voulolent rompre sans remise , attendu qu'on excuse et approuve toujours plus volontiers ce qui est fait qu'on ne donne permission de le faire. Je désîrois d'envoyer encore M. de Préaux pour faire cet office avec vous ; mais les Anglais y ayant contredit avec véhémence, je m'en suis abstenu pour ne leur donner aucun ombrage. Vous traiterez, s'il vous plaît, avec ledit sieur président seul de ce dernier point, et sans le communiquer à personne; mais il est bonde poursuivre en commun avec l'ambassadeur d'Angleterre la réi)onse de son altesse, et qu'elle soit prompte , afin que nous ne perdions plus le temps. J'envoie à cet effet un laquais pour la rapporter, à cause que le courrier Picault doit passer en France. J'y eusse bien envoyé quelque autre , mais n'étant question que de rapporter des lettres , et de venir par eau, un autre n'eût pas fait plus de diligence. Je vous supplie encore bien humblement, et de toute mon affection, de le faire dépécher tôt afin que nous soyons plus tôt vers vous , et que j'aie Thonneur de vous voir, et de vous dire moi-même que je suis, monsieur, votre, etc., P. Jeannin.

A La Haye, ce quinzième janvier 1609.

Lettre du Roi à messieurs Jeannin et de Russy, du dix-neuvième janvier 1609.

Messieurs Jeannin et de Bussy , vos lettres du premier et quatrième de ce mois, que j'ai reçues le quinzième, m'ont contenté , pour avoir su par îcelles que les sieurs les Etats en général , et mon cousin le prince Maurice, et le sieur Barneveldt en particulier , avec les principaux du pays, sont bien disposés et résolus de ne traiter , si l'article qui concerne leur liberté ne leur est accordé, au nom du Roi d'Espagne comme des archiducs, en la forme qui leur a été proposée et promise sans aucunement s'en départir; car il importe grandement à la réputation et sûreté de leur république qu'ils ne varient en ce point , sur lequel seul ils ont fondé la première délibération qu'ils ont prise d'entendre auxdits traités, comme a été Tapprobation que leurs vrais amis en ont faite, et les conseils qui leur ont par eux été départis, en suite de cette première ouverture, pour les y conforter et assister. Il seroit honteux et ridicule aussi que nous ayant montré par leur conduite ne s'être laissés aller à ces traités que pour justifier et fortifier , par la cession et approbation de leurs adversaires mêmes, ce titre de liberté et iiouveraineté par eux si long-temps débattu, et

enfin acquis au prix de leur sang, non moins, généreusement qu'heureusement, à présent s'ils s'en départoient, après taut de déclarations et protestations si expresses qu'ils ont faites, et les offres publiques et réitérées promesses avec lesquelles ils ont été conviés et entretenus de cette espérance jusqu'à présent, tant du côté d'Espagne que de celui desdits archiducs, lesquelles ont été divulguées et sues, et comme approuvées d'un chacun; tellement que si maintenant ils s'en reléchoient , ils condamneroient eux-mêmes leurs armes passées d'injustice , le gouvernement futur de leur république de rébellion , et leur procédé en cette action de légèreté et imprudence trop grande ; à quoi participeroient avec infamie leurs alliés, lesquels, pour s'en garantir, seroient contraints aussi de changer de conseil , ainsi que lesdits Etats auraient fait de leur part. Et ne sert de dire maintenant qu'ils sont libres et souverains, et qu'aucuns leurs voisins et alliés les tiennent tels , et partant n'avoir besoin pour ce regard que leurs adversaires les reconnolssent et déclarent tels, attendu qu'ils ont montré désirer cette cession , l'affectionner et opiniâtrer, comme ils ont fait, avec tant de chaleur, qu'ils ont donné sujet de croire à tout le monde , et même à leurs plus spéciaux amis, qu'elle leur était nécessaire, autant pour fonder et assurer mieux leur Etat à l'avenir , que pour justifier la guerre qu'ils ont faite ci-devant.

Je vous répéterai donc que je ne puis être d'avis qu'ils renoncent à ce points pour entendre maintenant à une trêve simple qu'aucuns mettent en avant. J'ai donc été bien aise de savoir que les députés du roi de la Grande-Bretagne improuvent aussi comme nous ladite ouverture , et vous en aient fait les déclarations que vous m'avez présentées.

Mon ambassadeur m'a écrit que le comte de Salisbury lui a tenu pareil langage, et qu'il s'est plaint à lui de la lettre écrite par le président Bichardot sur ce sujet, l'attribuant à pur artifice. Il lui a dit aussi que ce don Fernando Giron, naguères passé en Angleterre de la part du roi d'Espagne et desdits archiducs , n'en a parlé à son maître , ni à ceux de son conseil , mais les avoit seulement remerciés des bons offices qu'ils ont faits envers lesdits sieurs les Etats pour les porter à la paix; et toutefois l'on m'a écrit le contraire d'Espagne et d'ailleurs, à savoir que ledit roi de la Grande-Bretagne a fait 'proposer ladite trêve simple sans parler de liberté ; et je sais que depuis cela tes conseillers et ministres d'Espagne ont déclaré et publié partout, comme ils continuent encore, que ledit Roi ne passera jamais ledit article. J'ai mémeap-

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pris que don Pedro de Tolède, qui est ici , lequel je n'ai vu ni eu nouvelles de lui depuis lui avoir fait dire par le nonce que je ne pouvois approuver ladite trêve simple , doit passer en Flandre esLprès pour empêcher que les archiducs obligent le dit roi d'Espagne en ce premier traité ; mais peut-être que lesdits Espagnols font toutes ces mines pour couvrir la honte qu'ils estiment que ce leur est de quitter ladite souveraineté, et traiter avec lesdits Etats, qu'ils ont toujours appelés rebelles , en qualité de gens libres. C'est pourquoi j*ai quelquefois estimé que les archiducs feroient plaisir aux autres de franchir ce saut dès à présent, et y engager le nom dudit Roi contre ses propres défenses et déclarations. Or , j'ai voulu faire sonder sur cela la disposition et intention de l'archiduc par le président Richardot ; et , parlant audit archiduc même , j'ai reconnu que ledit président se laisseroit aller à cela plus facilement que son maître , qui porte tant de respect audit roi d'Espagne, qu'il fera tout ce qu'il pourra pour ne lui déplaire en cela non plus qu'en autre chose ; mais toutefois le président Richardot a déclaré que, si leur confesseur ne lui apporte des défenses plus expresses d'engager le nom dudit Roi que n'ont été celles que ledit archiduc avoit reçues jusqu'alors , qu'il sera d'avis qu'il passe outre et serre le marché ; car il avoue qu'il fera le service dudit Roi en ce faisant , et que l'on lui en saura , avec le temps, plus de gré qu'il n'en sera blâmé et repris du commencement; mais il faut que nous considérions si les Etats peuvent traiter sûrement en cette forme.

Nous avons vu les pouvoirs que ledit roi d'Espagne a ci-devant envoyés auxdits archiducs pour traiter en son nom. Il faut juger s'ils sont suffisans pour y dûment obliger ledit Roi comme il convient ; car vous savez que , par lesdits pouvoirs que nous avons vus , ledit Roi déclare , si on ne tombe d'accord par ledit traité, tant en matière de religion que de tout le surplus , entendre que la déclaration de ladite liberté demeure nulle et ne puisse préjudicier à ses droits. Il est vrai que c'est une clause ordinaire, et une présupposition et conséquence nécessaire, d'autant que la seule exclusion et rupture des traités que l'on prétend faire, annule et détruit entièrement tout ce qui auroit été auparavant projeté et déclaré en vertu d'iceux, et demeurent toutes choses en l'état et aux termes où elles étoient auparavant ; mais j'ai oui que l'on commence à dire, et m'en a-t-on déjà fait parler par le Pape, que ledit roi d'Espagne veut faire instance du point de la religion, aussi bien par ledit traité de trêve qu'il a ci-devant £Bât quand il a été

question de la paix , exprès pour avoir ce sujet de rompre. J'ai fait répondre au Pape n'être raisonnable de parler du fait de la religion , attendu que l'on ne prétend faire qu'une trêve. Et quand on a reparti qu'il étoit aussi peu raisonnable de passer celui de la liberté par ladite trêve J'ai soutenu que cette difliculté avoit été vidée dès le commencement par les offres et promesses faites par lesdits archiducs, tant en learnom que dudit roi d'Espagne , à savoir de &ire ladite trêve avec lesdits Etats, comme avec gens libres sur lesquels ils ne prétendent rien , et qu'en suite de ce premier accord l'on avoit depuis traité ladite trêve, sans faire la susdite difliculté; qu'à présent il étoit hors de saison de la rerouer, si on avoit envie de faire cesser la guerre aux Pays-Ras, et affermir la paix publi* que de la chrétienté. Or j'estime que lesdits Etats ne doivent faire difficulté outre, si lesdits archiducs s'offrent, sur le pouvoir dudit roi d'Espagne , de traiter en vertu d'icelui au nom dudit Roi comme au leur, avec promesse de fournir la ratification dudit Roi dans un temps qui sera convenu , qu'il faut prendre le plus court que l'on pourra ; mais je désirerois que lesdits archiducs s'obligeassent et unissent dès à présentée faute de représenter ladite ratification dans le susdit temps, avec les deux rois de mainte* nir et faire observer ledit accord contre ceux qui iroient au contraire ; car sans cette clause ii me semble que lesdits Etats ne peuvent avoir sûreté même au commerce d'Espagne ni aux autres pays dépendant dudit roi ; mais je doute que les archiducs veuillent passer si avant. J'en ai fait parler ici à leur ambassadeur , qui en fait grande difficulté, disant toujours qu'il espère que ses maîtres seront délivrés de cette peine par l'autorité et pouvoir que leur rapportera ledit confesseur qu'ils attendent à la fin de ce mois, Or je prévois et crains que lesdits Espagnols et archiducs s'accordent encore mieux ensemble à prolonger ces négociations , et entretenir d'espérance et de paroles les Etats, qu'à conclure et terminer les affaires; car j'ai divers avis et conjectures qui me donnent sujet de concevoir cette opinion , encore que nous voyions que ledit roi d'Espagne n'a argent ni forces prêtes pour feirt la guerre cette année; mais comme lui et les siens n'ont jusqu'à présent véritablement bute qu'à circonvenir les Etats et à les diviser, j'estime qu'ils ne changeront de dessein que par pure nécessité et force ; car tout le conseil dudit Roi vise à cela , et semble qu'il se soucie fort peu du repos et contentement desdits ai*chiducs, lesquels d'ailleurs sont trop respectueux et moins vertueux pour vouloir fiedre leurs affaires à part}

Dû PBSSID12NT Jtkftmtfé

comme eertainement ils poorroient faire honorablement et sûrement s'ils étoient autres. C'est pourquoi j*avols désiré, ainsi que Je vous ai écrit, les obliger par acte d'accorder l'article de la liberté devant que de passer cette dernière prolongation de la cessation d'armes; car tant s'en faut que j'estime que la rupture d'icelle rende les choses de la trêve à longues années plus difficiles, que je crois que c'est ce qui en avancera la conclusion si lesdits archiducs et Espagnols ont quelque volonté d'y venir.

Lesdits archiducs m'ont de nouveau fait requérir par leur ambassadeur de vous commander de proposer ou favoriser une nouvelle prolongation jusqu'au retour de leur confesseur ; mais je m'en suis excusé, et lui ai répondu qu'aimant et affectionnant le repos et contentement desdits archiducs comme je fais, je ne pouvois approuver ladite prolongation, d'autant que ce n'est le moyeu d'avancer ladite trêve qu'ils montroient désirer , parce que le conseil d'Espagne ne veut que gagner le temps, pour enfin la renverser à leur désavantage. Si donc vous êtes recherchés par delà de faire cet office, non seulement je suis d'avis que vous vous en excusiez, mais que vous en dissuadiez lesdits Etats, si lesdits archiducs refusent de bailler l'acte susdit, par lequel ils promettent de traiter avec lesdits Etats, tant en leur nom que dudit roi d'Espagne, comme avec gens libre's sur lesquels ils ne prétendent rien , suivant votre projet.

Je ne suis pas d'avis aussi que vous entrepreniez avec les députés d'Angleterre d'aller trouver les archiducs, ou leurs députés, pour leur porter la résolution dernière desdits Etats , que vous ne soyez assurés par écrit qu'ils entreront audit traité en la forme susdite ; car ce seroit chose inutile et qui seroit peut-être cause de nous attribuer la rupture qui s'en ensuivroit. Il me semble donc que lesdits Etats doivent demander et obtenir la déclaration desdits archiducs par écrit et en bonne forme , devant que vous ni autres soient délégués vers eux, ni que ladite cessation d'armes soit davantage allongée. Bien doivent-ils leur faire savoir par quelqu'un qu'ils sont contens de traiter suivant votre projet , et , partant, prêts à députer et faire trouver leurs gens au lieu qui sera avisé , sitôt qu'ils aurpnt la susdite assurance desdits archiducs , leur déclarant que d'envoyer sans cela ce seroit les abuser et s'abuser aussi eux-mêmes , d'autant qu'ils ne veulent ni ne peuvent traiter sans la confirmation de ladite déclaration en la forme qui leur a été offerte et promise. Mais , en cas de rupture , ne m'engagez à aucune autre proposition ni assemblée, soit & Calais ni ailleurs, que je

n'en sois préalablement averti , et ne vous aie fait savoir mes volontés; car les choises passées donnent argument de procéder ci-après en ces affaires avec plus de circonspection et retenue que j'ai fait ci-devant : je dis en cas de rupture , et néanmoins j'entends toujours que les Etats sachent et croient que, icelle avenant par la faute de leurs adversaires, je ne les abandonnerai point, ainsi que je vous ai commandé par mes précédentes leur déclarer; mais je n'entends pas leur bailler , en cas qu'ils s'accordent , la déclaration sur la continuation de leur souveraineté après la trêve qu'ils vous ont demandée; car c'est chose qui leur est inutile , et qui pourroit néanmoins nuire à mes affaires. Je sais ce que je dois croire de cela, et qu'ils doivent aussi attendre et se promettre de moi en cas semblable. Quand je leur ai donné conseil de se contenter de la déclaration susdite desdits archiducs, je l'ai fait avec la prévoyance de l'avenir comme avec la considération du présent. Qu'ils se confient donc en mon amitié et en l'expérience que j'ai des choses du monde , comme en la connoissance que j'ai combien il importe au publiC| et particulièrement à ma couronne , qu'ils jouissent long-temps et particulièrement des effets de ladite souveraineté, et sachent que, quand j'ai désiré qu'ils acquissent ce titre par l'aveu de leursdits advei*saires, ce n'a été pour le nom seulement , ni pour contenter les autres , ou leur faire plaisir, comme aucuns d'eux ont soupçonné sans raison et fondement , mais pour assurer leur Etat , et plus facilement établir et affermir le gouvernement d'icelui pour jamais, ainsi que vous leur direz. Je prie Dieu , messieurs Jeannin et de Russy, qu'il vous ait en sa sainte garde.

Ecrit à Paris, le dix-neuvième jour de janvier 1609. Henri.

Et plus bas , Bbulabt.

Lettre de M, de Villeroy à M. Jeannin ^ dudit jour dix-neuvième janvier 1609.

Monsieur, le Roi vous a écrit et à présent vous confirme encore bien clairement son intention sur le rejet de la trêve simple, de laquelle il ne faut point douter que le roi d'Angleterre n'ait donné quelque espérance, quoi que disent par delà ses gens, et que le grand trésorier ait dit à M. de La Boderie; mais j'ai bien opinion qu'il croyoit que notre Roi l'approuveroit , d'autant qu'il s'est montré jusqu'à présent si désireux de paix , que chacun a cru qu'il embrasseroit ce conseil par préférence à tous autres. J'ai toujours eu cette opinion , et même ne peux encore la perdre du tout, quoi que nous disions et écrivions,

NÉGOCIÀTIO!rS

car Sa Majesté changera mal volontiers Tétre présent auquel elle se retrouve, pour les raisons publiques et particulières qui vous sont assez connues, et vous prie, s'il vous plaît, de faire profit du présent avis. Véritablement nous jugeons qu'il seroit honteux que les Etats se réduisent à cette heure à cette trêve simple, sans parler de cette benoiste liberté, après l'avoir débattue comme ils ont fait. Il y va aussi de la dignité et réputation de leurs alliés, jaçoit que nous ayons opinion qu'étant bien composée elle pourroit être aussi utile et avantageuse que la vôtre; car il n*y a pas plus de sûreté à l'une qu'à l'autre, comme nous avons souvent dit. Mais premièrement nous ne pouvons goâter que l'Angleterre en soit l'auteur , et qu'elle en acquière le principal gré. Secondement, nous n'estimons pas qu'elle soit en cette forme aussi honorable pour lesdits Etats et leurs alliés que l'autre. Tiercement, nous doutons avec messieurs les Etats qui tenoient ce titre que l'Espagne traite après plus sincèrement et de meilleure foi avec eux; car ils ne veulent que les désarmer et tromper , comme le témoigne leur procédure. Davantage, il nous semble que le Roi pourroit moins justement assister après lesdits Etats; et néanmoins je crois en vérité que nous serions bien marris s'il falloit rompi*e sur cela ni pour cela. Nous espérons, les tenant amis sans aucunement varier, que le roi d'Espagne s'accommodera, croyant qu'en cas semblable celui qui tient le plus ferme conduit enfin les autres à son avis , joint que nous ne voyons pas que ledit roi d'Espagne puisse cette année faire une guerre digne de lui, et aussi que nous savons que les archiducs crèveront ou ils viendront à bout de leur prix fait. Le Roi veut donc tenir aussi à faire le mauvais pour réduire les autres à son but, mais il sera marri et en peine si ce dessein ne réussit. Je suis de votre avis, qu'après une rupture l'on peut encore renouer les affaires quand on le voudra faire, et néanmoins je serois bien d'opinion que le Roi évitât d'être auteur ni principal promoteur d'un renouement ; il sera plus honorable qu'il en soit recherché et prié par les parties. Nous ne goûtons l'assemblée et conférence à Calais, que Ton ne soit au moins auparavant bien assuré du succès d'icelle, comme je reconnois que c'est votre intention ; mais nous n'approuvons que vous soyez porteur aux archiducs de la dernière parole des Etats , si devant n'êtes assuré de l'article de la liberté et de l'intervention du roi d'Espagne ; le Roi vous en écrit les raisons. En tout cas, s'il faut que vous fassiez le voyage , nous approuvons , suivant votre avis , que les Anglais soient de la partie , ou l'un des

deux avec vous, qui devez faire état d'étresous main trahi de celui qui vous accompagnera, de quoi vous saurez bien vous garder. J'ai appris par lettres de M. de Berny qu'il ne faut rien espérer du président Richardot et de son maître; c'est pourquoi , s'il faut que vous voyiez l'un et l'autre , nous ne sommes pas d'avis que leur fassiez aucune ouverture par laquelle ils puissent espérer d'exempter le roi d'Espagne de parler en ces traités ; car nous voyons bien qu'ils aspirent a cela, et qu'ils seroient bien aises que l'on leur aidât ày parvenir pour contenter leditRoi,que la vanité emporte par dessus tous autres respects. A quoi l'on dit que le connétable de Gastille et ses partisans les secondent et confortent tant qu'ils peuvent, et que le duc de Lerme est contraint de s'y laisser aller pour éviter le reproche des autres , qui sont en grand nombre et puissans, parce que les ecclésiastiques sont de la partie. Vous dites qu'il y aura assez de sûreté pour les Etats en ce traité , pourvu que les archiducs obligent le roi d'Espagne en vertu d'une bonne procuration; mais nous doutons de la validité des premières qui ont été envoyées et vues. Nous craignons aussi qu'elles aient été révoquées, et toutefois, si l'archiduc le fait, peut-être approuverez- vous que l'on ne laisse de traiter en promettant de faire ratifier par le roi d'Espagne; mais je voudrois obliger ledit archiduc, à faute de ce faire, de maintenir le traité avec les deux rois et le faire valoir. Je l'ai dit à Peckius, qui n'a pas opinion que son maître passe si avant, tant il craint de déplaire au roi d'Espagne. Nous savons bien que le président Richardot est tout plein d'artifice, comme étoit le maître qui Ta nourri et dressé; mais celui-ci, qui concerne le roi d'Angleterre, seroit trop grossier s'il étoit tout de son intention , comme ledit grand trésorier l'a dit audit sieur de La Boderie , ainsi que ce dernier nous a écrit.

Le roi d'Angleterre n'est content du refus que nous faisons, ou bien des remises dont nous usons à le contenter, sur le remboursement de l'argent que la feue reine d'Angleterre a prêté au Roi en ses nécessités ; car notre dernière ré» ponse a été que nous désirons voir l'issue des traités des Pays-Bas , devant que d'en faire une absolue à leur demande, de quoi ils se plaignent grandement. Toutefois, nous n'avons pas délibéré de changer d'avis, car nous ne voulons pas leur bailler des verges pour nous fouetter, ni nous dégarnir de notre argent s'il faut faire la guerre; cela avec leur naturel, et les autres raisons qu'ils estiment avoir de nous haïr et redouter, les a portés à nous faire le pis qu'ils peuvent I en derrière. M. de La Boderie nous a écrit avoir

DU PldSSJtBBNt JÊÀNNm.

sb que M. le prince Manrice a eu une forte prise avec Winood, dont Ton est par delà mal satisfait; toutefois vous ne nous en avez rien mandé, écrivez-nous ce qui en est. Il nous semble que vous avez pris un sage conseil d'avoir engagé le sieur Bameveldt à faire suivre celui du Roi par préférence à tous autres; car, étant secondé du pouvoir qu'il a, toutes choses vous seront possibles. Au demeurant vous saurez la bonne santé de leurs Majestés, et que nous avons ici à présent M. le connétable, venu par la permission de Sa Majesté pour traiter le mariage de sa fille avec monseigneur le prince de Gondé, qui est maintenant sur le bureau comme est celui de M. de Nemours avec la seconde fille de M. d'Aumale. Je prie Dieu, monsieur, qu'il vous conserve en parfaite santé.

De Paris, le 19 Janvier i609.

Votre, etc., db Neupville.

Autre lettre dudit sieur de Villeroy à M. JeanniUy dudit jour dix-neuvième janvier 1609.

Monsieur, vous aurez encore ce petit mot pour vous faire savoir que notre Roi n'a pas opinion que le roi d'Espagne s'accommode à votre projet que par la force, et qu'il aimera mieux que les archiducs traitent seuls, et se faisant fort dudit roi d'Espagne , à la charge de l'en désavouer après. Il est donc d'avis que l'on tienne bon contre la prolongation de la cessation d'armes que l'on prétend ajouter à celle qui a déjà été accordée, si l'archiduc refuse la déclaration par écrit que nous sommes d'avis que Ton lui demande et qu'il la baille devant que vous ni les gens des Etats le voient ; et si cette rupture avient , il estime que le prince Maurice doit faire son exploit, c'est-à-dire, de mettre peine de gagner quelque avantage durant un tel interrègne; mais, en ce cas, il ne faudroit rien tenter que bien à propos. Nous disons aussi qu'il sera besoin, audit cas de rupture, que vous fassiez contenance , et en effet vous prépariez pour revenir en France, sans toutefois rien précipiter; et peut-être sera-t-il à propos que repreniez votre chemin par la Flandre, pour voir si sans les Anglais vous pourriez renouer quelque chose. Ce sont discours qui ont été faits ce matin entre le Roi, M. de Sully, M. le chancelier et moi, que Je vous représente nûment, non pour vous obliger de les suivre, mais pour les digérer, et Mre choix de ce que vous Jugerez être plus à propos. Je prie Dieu, monsieur , qu'il vous conserve en santé.

De Paris, ce dix-neuvième Janvier 1609.

Votre, etc. , db Nbufville.

n. G D. M. T. nr.

Lettre de messieurs Jeannin et de Hussy au Roij du vingtième janvier 1609.

SlBB,

Les lettres de votre Majesté du huitième de ce mois nous ont été rendues le dix-septième au soir; et pour ce que, par nos précédentes lettres, même par les dernières dont le courrier Picault est porteur, elle aura été informée de rétat auquel sont les affaires en ce lieu, qui ne peut être meilleur, nous n'avons rien à y ajouter, fors de la supplier très-humblement qu'il lui plaise vouloir secourir les Etats selon l'espérance qu'ils en ont, et ayant à cet effet conservé tous leurs gens de guerre, sans casser ni licencier un seul homme depuis la trêve commencée Jusqu'à présent, le paiement de partie desquels a toij^ours été fait ci-devant des deniers qu'il a plu à votre Majesté leur donner. A quoi s'étant attendus, il y a trois mois entiers et plus que les gens de guerre assignés sur la généralité du pays n'ont rien reçu , et font tous les Jours instance pour être payés; et les Etats les remettent sur Tattente de ce bienfait qu'ils se promettent obtenir de votre Majesté, lequel venant à manquer, il est certain que la délibération prise en l'assemblée de Hollande, il y a environ huit ou dix Jours, de casser sept ou huit mille hommes de guerre assignés sur la généralité du pays , sera effectuée : ce qui ne peut avenir que leurs ennemis n'en prennent un grand avantage, et conçoivent une ferme espérance d'avoir la trêve à quelque prix que ce soit ; et néanmoins à cause des disputes qui sont entre les provinces pour les cotes de ce que chacune d'elles doit supporter de ce paiement, nous ne voyons pas qu'il puisse venir d'ailleurs, pour être fait promptement, que de cette libéralité. Je sais pour vrai que M. Aërsens, qui est par delà, leur en a donné grande espérance ou plutêt assurance. Nous le leur avons aussi fait espérer ces derniers Jours, lorsqu'il nous a semblé nécessaire pour empêcher cette cassation qui seroit très-préjudiciable à leurs affaires , dont nous nous étions abstenus auparavant afin de faire couler le temps, et enfin en exempter votre Miy'esté , s'il eût été possible; et nous ne lui en serions encore importuns, n'étoit pour éviter les désordres qu'on prévoit s'ils ne sont bientôt payés, et d'autres inconvéniens encore aussi grands ou pires, si les Etats font ce licenciement : ce que nous la supplions très-humblement de considérer, et nous en vouloir mander sa dernière résolution au plus tôt, n'ayant pas estimé qu'il tdt à propos maintenant de faire entendre ce refus aux Etats, ni même de leur diminuer l'espérance qu'ils en ont.

liSGOCIàTtOIfft

Cette lettre n'étant pour autre sujet, nous prions Dieu, Sire, qui! donne à votre Majesté, en trèsparfaite santé , très-heureuse et très-longue vie. De La Haye, ce vingtième janvier 1609.

Vos, etc., P. j£A?iNIN et RUSSY.

Lettre dudit sieur Jeannin à M, de Villeroy, du vingtième de janvier 1609.

Monsieur , les letti'es du Roi et les vôtres du huitième de ce mois , m'ont été rendues le dixsept au soir , par lesquelles je connois que vous avez reçu les miennes du treize , seize et vingthuit du mois passé , et recevrez encore celles du premier etquatrièmequej*ai donnéesà un homme de M. de Vie , comme aussi du quinzième à Pi* cault, avant que celle-ci arrive à vous. Les Etats ont fait tout ce qu'on pouvoit désirer d'eux. Il reste seulement à pourvoir qu'il n'y ait aucune longueur en l'exécution, crainte qu'elle ne serve de prétexte pour faire la trêve cette année , que personne n'oseroit proposer ; mais en faisant couler le temps inutilement on seroit comme contraint de la recevoir. G'étoit mon intention d'envoyer M. de Préaux à Bruxelles, pour être derechef éclairci de la volonté des archiducs avant que sortir de ce lieu , et pour les raisons contenues en mes précédentes lettres, même pour leur dire celle-ci, qu'il faut Unir dans cette trêve, et ôter toute espérance aux archiducs de pouvoir obtenir autre prolongation, sinon que nous soyons entrés si avant en traité que la conclusion en soit presque certaine : par lequel voyage j'eusse satisfait À ce qui semble nous être commandé par les lettres du Roi ; mais il n'y a eu moyen de le persuader aux Anglais, ainsi que je vous ai écrit, et personne ne l'a aussi trouvé bon avec moi , que M. le prince Maurice, qui craint la longueur et approuve maintenant tout ce qui peut faire finir , soit pour conclure ou rompre. Il est vrai que J'ai satisfait à tout ce que dessus au mieux que j'ai pu par les lettres que j'ai écrites à M. de Berny , et au président Richardot même. Encore désirois-je , ce voyage ayant été rompu , qu'on eût mandé aux archiducs, par le courrier , que nous partirions d'ici quatre ou cinq jours après lui pour nous rendre à Anvers environ le vingtcinquième , crainte que nous n'ayons réponse à nos lettres de dix ou douze jours , et qu'ils preniient encore temps pour se rendre audit lieu d'Anvers au dix , douze ou quinze du mois prochain, pour contraindre les Etats d'allonger derechef la trêve ; car , en faisant ainsi que je dis, nous évitions toutes ces longueurs et subterfuges, et nous pouvions cplorer notre diligence du désir que nous avons d'achever cette affaire. En quoi je ne Yois pas qae rien eût été fait contre la décence

et dignité de nos mattres , qui est néanncm lu seule raison que les Anglais, et quelques autres avec eux , ont mise en avant , disant qu'il doui eût été honteux d'arriver à Anvers sans y trou« ver les députés des archiducs ; étant bien certalii que leur donnant avis d« notre arrivée ils n'eussent failli de s'y rendre , et , s'ils eussent fait autrement, nous pouvions aller jusqu'à Bruxelles, et témoigner par cette conduite l'aCTection et le soin de nos maîtres à achever oe traité, lequel étant conclu par ce moyen , on leur eût donné l'honneur de l'avoir fait; comme au contraire, si la rupture en doit aveodr, on eût attribué à «ir gesse de la savoir tôt pour empêcher la trêve de cette année. Mais cet avis ne fut non plus ap* prouvé , et il faut céder quelquefois pour vaincre es choses qui sont de plus grande importance* M. le prince Maurice étoit encore en ceci de mon avis , non lors , car il n'étoit présent ^ la délibération , mais depuis quand on la lui a communiquée. Ce qui me fait presser est qu'il me semble déjà reconnoitre que les Anglais désirent et affectent la longueur, qui ne peut être à autre dessein que pour la trêve de cette aiinée , dont toq« tefois je n'ai qu'un simple soupçon, car ils ne s'eQ découvrent point encore , et si je sais qu'ils sont peu à craindre , pourvu que ceux qui conduisent les affaires éludent les artifices qui pourraient faire perdre le temps ; j'entends parler du sieur Barneveldt , lequel m'assure tous les jours du contraire , et avec tant de protestations de ne faire que ce que je lui conseillerai , que j'ai siyet de le croire. Or il n'y a que lui seul qui puisse favoriser avec efQcacité les prétextes de cette longueur. Les résolutions générales des Etats y résistent aussi, mais je ne laisse pourtant d'eetimer que c'est pour le mieux de presser instamment, et, s'il y a quelque remise par la réponie des archiducs , qu'il est expédient d'aller incontinent à Anvers, et de prévenir le temps que les archiducsdonnerontaprèsavoirenvoyéquelqu'un

deux ou trois jours devant pour les en avertir, afln que nous trouvions leurs députés , ou allions même jusqu'à Bruxelles s'il est besoin. Je ne sais si vous approuverez ce conseil ; mais si je ne reçois commandement au contraire qui m'empêche de le suivre, je le juge utile, et ne vois point qu'il en puisse arriver aucun inconvénient. Peut* être que Tarcbiduc nous mettra hors do c^tte peine, car s'il veut traiter à bon escient , il sera aussi aise d'avancer que nous, comme , au contraire, s'il recberohe encore des longueurs, il n'en faut rien espérer , et le presser pour en sortir,

Je suis bien aise que le Roi nous cQiyinoaode de différer l'aele que les Etats demandât pçof 1^ souveraineté ; si les fàutril toujours tenir en espé«

Dt «BESIDENT JfiiNNtfli

nmce que nous le tetotn. U vois , par les lettres du Roi , que Sa Mzy'esté ne peut coutinuer son secours aux Etats , et néanmoins ils en ont trèsr grand besoin , et n'y a doute que s'ils en sont refusés du tout, ou même s'il est encore différé , ils casseront sept on huit mille hommes de leurs gens de guerre , lesquels sont assignés sur la généralité j et ont accoutumé d'être payés de ses deniers , ce qu'ils feront sans attendre la résolution de ce traité, Or, il n'y a rien que M. le prince Maurice craigne tant , ni qui doive donner plus d'espérance aux ennemis d'avoir la trêve , de quelque façon que ce soit, c'est-à-dire simple et pour plusieurs années, ou bien pour cette année seule , que ce licenciement. Aussi sais-je bien que tous ceux qui désirent de sortir de cette guerre seroient bien aises de ce refus, afin de faire approuver ce licenciement comme nécessaire , et faciliter par ce moyen la trêve pour cette année. Je vous supplie très-humblement de le faire considérer , et de croire que cette épargne est hors de saison. Tout ce que je vous ai mandé du prince Maurice et du sieur de Bameveldt est véritable ; le premier est plein d'affection , toujours ennemi de l'Espagne, par ainsi du tout nécessaire de fortifier et accroître sa puissance , qui à présent est foible , pour empêcher les desseins du sieur de Bameveldt, si son intention étoit contraire à ce que nous désirons, ce que je tiens pour certain n'être pas ; il l'a montré encore depuis peu de jours, et lorsqu'on mit en délibération en rassemblée générale l'acte pour ne plus rien changer au projet , et, si leurs adversaires le refiisoient , de rompre ; car le prince Maurice a dit à madame la princesse d'Orange , au sieur de Russy et à moi , que toute la province de Hollande y résistoit, les députés d'icelle alléguant que ceux de Zélande , qui le requéroient se dévoient fier à la prud'hommie des Etats , et que c'étoit chose indigne de les y vouloir obliger. Mais le sieur de Bameveldt seul ayant dit qu'il le falloit faire , attendu même que les ambassadeurs de Sa Majesté le désiroient ainsi, il fut à l'instant suivi d'un chacun sans aucune contradiction. Soyez donc assuré que tout est en bon état de ce côté, et que rien n'y peut arriver de mal qui ne soit déjà prévu avec les remèdes pour s'en garantir , autant que notre industrie et diligence , soutenue de l'autorité et créance du Roi , qui est très-grande ici , nous donnera moyen de le pouvoir faire. J'espère toujours bien de l'autre côté , mais il en faut attendre l'événement. Je prie Dieu , monsieur , qu'il vous conserve en tout heur et prospérité.

De La Baye , ce 20 janvier 1 609.

Votre, etc., P. Jeannin.

^ Lettre de M. Jeannin à M. te duc de Sully, dtidit jour vingtième janvier 1609.

Monsieur , ayant par mes précédentes lettres donné avis au Roi de l'état auquel sont les affai* res en ce lieu , dont je vous ai aussi écrit en particulier, et à M. de Villeroy, la dépêche que nous faisons à présent n'est que pour le secours dont les Etats nous prient et pressent tous les jours ^ disant qu'ils n'ont cassé un seul homme de guerre pendant la trêve, et qu'ils l'ont fait par le conseil de Sa Majesté, qui sur Tincertitude de trêve ou de guerre, dont on pensoit sortir de moment à autre , n'a pas jugé qu'il f^t à propos de le faire , et eux y ont consenti , espérant que Sa Majesté leur continueroit ledit secours, sinon en«> tier au moins sufOsant pour payer sept ou huit mille hommes de guerre assignés sur la généralité du pays, le paiement desquels a toujours été pris sur les deniersqui proviennentde sa libéralité^ auxquels sont dus à présent près de quatre mois; sur quoi , quelque instance qu'ils nous aient faite depuis trois ou quatre mois , ils n'ont toutefois tiré réponse assurée, mais seulement paroles générales pour leur en faire espérer quelque chose , y ajoutant toujours qu'ils se doivent aider eux-mêmes, et soulager leurs amis pour les employer lorsqu'ils en auroient plus grand besoin , comme ils auroient s'ils sont contraints de rentrer en guerre : ce qui les faisoit surseoir^ et nous donnoit moyen de couler le temps, avançant toujours les affaires, en intention d'en exempter du tout Sa Majesté s'il nous eût été possible; mais depuis environ trois semaines les Etats ont tellement été pressés des gens de guerre, et y a eu tant de disputes entre les provinces, particulièrement entre celles de Hollande et de Zélande , pour les cotes que chacune devoit supporter de ce paiement, que, ne s'en étant pu accorder , ils ont derechef eu recours à nous, et délibéré , si nous leur en fJEdsons un refus absolu , de casser ces sept ou huit mille hommes : dont ayant été avertis par M. le prince Maurice^ nous serions allés en leur assemblée générale pour le leur dissuader, et remontrer le grand préjudice qu'ils se feroient de les casser lorsqu'ils sont près de conclure ou rompre , et qu« cela donneroit assurance à leurs ennemis d'avoir la trêve à discrétion, du moins de faire continuer la cessation d'armes pour cette année, qu'eux tous ont jugé devoir être rejetée comme trop dommageable à leur Etat. Crs raisons ne les eussent toutefois persuadés si nous ne leur eussions donné espérance de ce secours : ce que nous fûmes contraints de fhire pour éviter Tinconvénient de cette cassation , arrêtée entre euK

HicOCUTIONd

plutôt pour le difrérend des cotes que chacun en doit supporter, c(ue pour autre considération, au moins en ce qui est des provinces de Hollande et Zélande. Et quant aux autres, il est bien vrai que la plupart eussent bien désiré ce licenciement qui sembioit leur devoir plutôt faire espérer la trêve.

Souvenez- vous, s'il vous plaît, monsieur^ de l'espérance qui me fut donnée avant mon départ de Paris, que les Etats seroient secourus d'un million ou douze cent mil livres en Tannée der* nière, dont toutefois je ne leur ai rien déclaré, sinon en cette dernière occasion , ou plutôt nécessité, pour éviter le licenciement ou le désordre des gens de guerre faute de paiement, sans toutefois leur spécifier de quelle somme, afin que vous excusiez plus volontiers ce que nous avons fait. Aussi ai-je appris desdits sieurs les Etats, que M. Aêrsens l'a mandé plusieurs fois, et que M. de Vaudrenecq a eu deux avis de Rouen , que la troisième voiture étoit prête , et ne tenoit qu'à nos lettres qu'elle ne fût envoyée, dont il lesauroit pareillement avertis, et tout cela a été cause qu'ils en ont redoublé leur Instance et Importunité. G*est pourquoi nous nous trouvons à présent bien empêchés et étonnés de ce que, par les dernières lettres du Roi, Sa Migesté nous commande de leur eu ôter toute espérance : ce que nous avons différé de leur dire , crainte que suivant leur dernière résolution ils n'empruntent argent pour les jpayer, puis à l'Instant les licencient sans attendre la résolution du traité , ce que je prévois et tiens comme inévitable si ce secours manque, vous suppliant trèshumblement de le faire considérer a Sa Majesté. C'est ici la dernière dépense si on obtient la trêve, et si la guerre continue elle doit être plus grande. L'autorité et la créance du Roi est très-grande ici, pour l'affection qu'il leur témoigne, le soin qtt*ii a de leurs affaires, et la prudence et générosité dont il use à leur donner conseil. Mais il n'y a rien qui les oblige tant que cette libéralité qu'ils prêchent tous les jours entre eux , et disent qu'il n'y a que Sa Majesté seule de laquelle ils doivent espérer leur salut; qu'elle y met tout sans craindre leurs ennemis , et que les autres n'y mettent rien , accommodent les conseils qu'ils donnent autant pour conserver l'amitié de leurs ennemis , que pour servir au bien et avantage des Etats. Rien ne m'excite à vous supplier très-humblement de représenter tout ce que dessus à Sa Miyesté, sinon le désir que j'ai que toutes choses passent ici suivant son intention, et pour empêcher que cette épargne hors de saison ne gâte ce que nous avons fait avec beaucoup de temps et de peine. Vous le

prendrez , s'il vous ptatt, de bonne part, et me tiendrez pour être perpétuellement, monsieur, votre, etc., P. Jeànnin.

A La Haye, ce 20 janvier 1609.

Lettre de M. Jeannin à M, de La Boderie, duditjour vingtième janvier 1609.

Monsieur , j'ai reçu vos lettres du vingt-sep" tième du mois passé, il y a quelques jours, et celles du dixième de ce mois le seizième. J'avois déjà su, tant par ce que les ambassadeurs d'An' gleterre m'ont dit que par les lettres que M. Ca^ ron a écrites ici, que le roi de la Grande-Bretagne étoit fort offensé des lettres de M. le président Richardot, et déclaroit que c'est un mensonge inventé avec artifice et mauvais dessein , et si quelqu'un de ses ministres avoit fait ce qu'il écrit, qu*il lui feroit trancher la tête. La vérité est que si le Roi n'eût reçu copie de cette lettre que M. de Préaux lui envoya de Bruxelles, que je l'eusse dissimulée sans Ten avertir, pource que j'étois en quelque opinion qu'elle n'étoit que pour nous brouiller ensemble, et mettre en soupçon les Etats dudit sieur Roi, comme on avoit auparavant essayé de faire contre notre Roi par une ruse beaucoup pire, qui étoit aussi contre moi en particulier, si je n'eusse découvert et rompu ce dessein. J'ai aussi toujours désiré diminuer plutôt la mauvaise intelligence qui est entre nous que de l'accroître, me contentant de donner ordre que rien ne soit fait en ce lieu contre l'intention et le désir du Roi : je ne fus pas même d'avis de communiquer la lettre dudit sieur président à l'assemblée des Etats. M. le prince Maurice ne la vit non plus, et quand le bruit en flit éventé, tant par les nouvelles de France que d'ailleurs, j'aidai à le diminuer, ayant toujours dit hautement que c'étoit un artifice des ennemis. J'en ai ainsi écrit au Roi, et particulièrement à M. de Villeroy, mettant en avant plusieurs raisons pour leur persuader, si cette nouvelle eût été vraie , que ledit sieur président ne l'eût écrite, puisque l'offre dudit sieur roi d'Angleterre étoit en faveur et au proflt de ces me^ieurs; y ajoutant encore, quand il seroit ainsi, qu'il le valoit mieux dissimuler par prudence que de s'aigrir en sorte qu'on devienne irréconciliables. Il est bien vrai néanmoins que le même avis est venu d'Espagne et de Rome, et que les ministres dudit sieur Roi se sont toujours conduits en sorte que chacun a bien connu qu'il n'y a pas beaucoup d'amitié ni d'intelligence entre nos maîtres ; et moi , qui suis sur le lieu, en ai beaucoup d'autres grandes conjectures pour le croire. Rien n'a toutefois été fait de notre côté dont ils se puissent plaindre avec raison,

DU PRESIDENT /SANNIN.

soit devant ou depois , car on a traité de toutes ctioses en commun ; chacun a dit son avis librement, et nous toujours les premiers, es conférences particulières qui ont été entre nous, pource qu*ils Tout ainsi désiré , feignant de le faire par respect, mais en effet pour découvrir notre intention; et néanmoins est avenu peu souvent que nos avis aient été divers. Aussi vous peux -je dire que nous avons préparé à toutes occasions les affaires au mieux que nous avons pu pour rendre leur contradiction, s'ils Teussent fait, inutile. L'autorité et la créance de notre Roi est si grande en ce lieu, par la franchise et prudence qui accompagne ses conseils, que les Etats y défèrent beaucoup; joint qu'ils ressentent tous les jours les fruits de son secours , que Sa Majesté n'a pas laissé de leur continuer pendant la trêve.

Quant à la plainte qu'ils font de ce que M. de Préaux a ouvert la lettre de M. le président Richardot, je vous peux assurer que c'a été sans en avoir charge de moi : bien l'avois-je prié de mander au Roi tout ce qu'on lui diroit, et le succès entier de sa négociation ; mais je n'avois pas prévu qu'il dût ouvrir cette lettre, et en envoyer la copie. Or, la raison qu'il nous a dite est celleci, à savoir que M. le président Richardot lui avoit dit, deux jours avant son départ, que l'archiduc ne nous écriroit point pour donner assurance de faire la trêve suivant notre projet, jusques à ce que la trêve simple que le roi d'Angleterre avoit mise en avant par son ministre en Espagne, eût été proposée aux Etats et reftisée par eux , et que ses lettres ne seroient qu'a cette fin. Sur quoi ledit sieur de Préaux ayant contesté et dit qu'il ne partiroit de Bruxelles avec telles lettres, mais nous les enverroit et attendroit là notre réponse ^ ledit sieur président lui dit depuis que l'archiduc avoit changé d'avis, et nous écriroit conformément à ce que nous désirions de lui, dont néanmoins ledit sieur de Préaux étant en doute, et craignant que leurs lettres ne fussent semblables à ce qu'il lui en avoit dit, il les ouvrit, estimant ne faire aucune faute , puisqu'on lui avoit commis le secret entier de la négociation ; desciuelles lettres il envoya la copie au Roi, auquel il manda pareillement ce que l'archiduc lui avoit dit des propos de don Pedro, aussi bien que du surplus. Nous le dîmes de même aux ministres dudit sieur Roi , mais non peut-être avec telle expression qu'ils eussent bien désiré. Si vous assuré-je que si ledit sieur président n'eût écrit ce qui étoit contenu en ses lettres, mais l'eût seulement dit, que nous nous en fussions tus, ainsi que du surplus, et que ni eux ni autres ne l'eussent su de nous ; c'est la

vérité. Et pour le regard de ce qui a été fait près du Roi, vousconnolssez l'humeur du maître, et, comme il est d'un esprit ouvert, sincère et candide, quil supporte avec impatience qu'en une af&ire commune on use de quelque déguisement ou artifice qui soit sujet à blâme ; et ce qui aigrit sa colère pour lors, fut qu'en même temps il reçut pareils avis de divers endroits. Mais aussitôt que ces premiers mouvemens sont passés, il entend volontiers et reçoit de bonne part les raisons de ses amis, et prend à plaisir que ce qu'on a dit contre eux soit fau^. Je sais bien que nous ne ferons rien en ce qu'on traite ici qui puisse donner du blâme au Roi ; que le roi de la Grande-Bretagne donne même charge à ses ministres, et que chacun se dépouille de toute haine et jalousie, pour faire que le succès en soit heureux. Toute la chrétienté regarde cette action, et l'un des deux rois n'y peut faillir qu'avec blâme, honte et dommage.

Les affaires sont à présent du côté des Etats très-bien, et tout ainsi que leurs Majestés ont désiré; j*entends si chacun a fait dire par ses ministres ce qu'il a pensé, dont je suis bien certain quant au Roi ; mais la conduite de l'autre part a eu tant de variations et de déguisemens, qu'il y a raison d'en douter. Notre projet a été approuvé par les Etats, et ne reste plus que de savoir si le roi d'Espagne l'aura agréable : tous ses ministres disent que non, mais l'archiduc nous a écrit le contraire, et nous devons, les ambassadeurs d'Angleterre et nous, aller dans huit jours à Anvers pour en conférer avec leurs députés, afin de savoir au vrai leur résolution sur les prhicipaux articles, en quoi, s'il y a de la difficulté, les Etats ne veulent envoyer leurs députés ni passer outre, mais rompre tout traité; comme au contraire si nous en demeurons d*accord, ils les enverront aussitôt au lieu dont on conviendra, que j'estime devoir être Anvers, pour conclure et passer le traité. Ainsi sera fait ou failli dans la fin de février, étant l'intention du Roi d'empécber de tout son pouvoir que les affaires ne soient encore tenues en quelque incertitude et longueur, ou qu'on essaie d'en sortir par autre ouverture que celle de notre projet. Les Etats ont fait aussi pareille déclaration. Il est malaisé de juger ce que le roi d'Espagne fera ; j*enai toujours bien espéré, mais le jugement de tous les principaux ministres du Roi étant contraire , je ne m'ose assurer du mien. Je n'entends pas bien ce que vous me mandez par vos lettres qu'on vous a accordé ce que vous ne demandiez pas; je vous supplie de me le vouloir expliquer à la première occasion, et donner avis aussi de ce que vous apprendrez concernant nos affaires. Je

UTEGOCrATIONS

\0!]s bâtse trë»*htimbteinent les mains, et suis, monsieur, votre, etc., P. Jearnin.

A La Haye, ce 20 Janvier 1609.

Lettre de Varchiduc à messieurs les ambassa» deurs de France et d' Angleterre ^ du vingtunième janvier 1609.

Messieurs, nous avons devant hier reçu votre lettre du quinzième de ce mois, et vu ce que vous avez arrêté avec les Etats de delà, ne pouvant sinon vous remercier que vouliez prendre la peine de venir à Anvers , pour de plus près communiquer avec nos députés sur le fait du traité de nos trêves. Vous y serez les fbrt bien venus, et ne faudront nosdits députés de s*y trouver le lendemain de Notre-Dame, troisième du mois qui vient, ou au plus tard le Jour ensuivant, pour vous y attendre et recevollr quand votre commodité le permettra; et cependant nous prierons le dateur Vous avcrir ^ messieurs^ en sa sainte garde.

De Bruxelles, le 91 Janvier 1609. Albcrï.

Et plus bas, Vbbreikbiv.

Lettre de M. le président Eichardoià M, Jeannin, duditjour vingt et unièmejanvier 1 609.

Monsieur, puisque vous vous êtes résolus de ilous venir voir à Anvers , vous y serez tous les très-bien venus , et vous pourrez vous assurer que vous n'irez Jamais en lieu où Ton vous voie plus volontiers. M. le marquis et nous y serons, Dieu aidant, le mardi au soir, troisième du mois qui vient, qui sera le lendemain de la Notre-Dame, ou au plus tard le Jour suivant , et vous y attendrons pour quand votre commodité le permettra. Et pour moi , Je serois d*avis que vous nous donnassiez trois ou quatre Jours pour avoir le loisir de vous y faire apprêter vos logis , Joint que , pôur vous parler à vous confldemment , tant plus tard vlendrez-vous , tant mieux sera-ce pour nous qui voudrions que le père confesseur pût arriver plus tôt que vous, comme nous espérons qu'il fera , encore que nous n'ayons nouvelles de Madrid depuis qu'il y est arrivé, qui M le vingtcinquième du mois passé ; et me recommandant très-humblement à vos bonnes grâces , et de tous ces seigneurs, Je prie le Créateur vous donner , monsieur, tout le bonheur que vous pouvez désirer.

De Bruxelles, le 21 Janvier 1609.

Votre , etc. ^ Le président RtcHABDOT.

Lettre de messieurs Jeannin et de Russy au Roi y du vingt-cinquième janvier 1609.

SiBB,

Jl n'^ a que trois ou quatre Jours que nou»

avons écrit à votre Majesté pour le secourt âont les Etats nous pressent , et plus ceux qui sont fermes à ne vouloir la trêve suivant notre projet, que les autres qui l'aiment mieux , à quelque prix que ce soit , que de rentrer en guerre. Cette lettre n'est qu'à même flti, et pour accompagner celle que M. le prince Maurice écrit à votre Majesté sur ce sujet , et pour la crainte qu'il a du licenciement dont nous vous avons ci-devant écrit Et pource que nous ne pouvons ajouter d'autit» raisons que celles contenues eti nos précédentes lettres , nous la supplions très -humblement de les considérer s'il lui plaît , et nous excuser si nous lui en sommes importuns , puisque c'est pour son service et pour achever plus heureusement ee qu'elle nous commande , à quoi nous nous employons de même affection dont nous prions Dieu, Sire, qu'il donne à votre Majesté et à sa royale famille tout heur et prospérité.

De La Haye , ee vingt-cinquième Janvier 1 609.

Vos, etc., P. Jeakhih et Russv.

LeUre de If. Jeannin à M. de Villeroy, dudii jour vingt-cinquième janvier 1609.

Monsieur, Je vous ai écrit il n'y a quetrdsoa quatre Jours; J'y ajoute maintenant que M. Carron a mandé d'Angleterre, par lettres du dixièine de ce mois, que don Fernando Giron a eu deux audiences du roi de la Grande-Bretagne y étant seul , et sans Tassistance de l'ambassadeur ordinaire; que tout son discours n'a été que pour remercier ledit Roi des bons ofllces qu'il a faits pour la trêve, et le prier d'y continuer ; et qu'étant enquis parle Roi s'il avolt encore quelque autre charge , il lui déclara que non , fors que , si 9a Majesté pouvoit faire obtenir la trêve à meilleuree conditions en faveur du roi d'Espagne que celles qu'on propose , il lui en auroit très-grande obligation : à quoi ledit sieur Roi lui auroit répondu qu'il n'étoit plas temps de l'espérer après les offres faites par les archiducs , avatit lesquelles il 6*y At très- volontiers employé; mais de le tenter à présent ne serviroit à autre chose qu'à lui faire perdre son crédit envers les Etats sans y rien profiter ; et qu'en une autre audience , donnée aussi séparément à l'ambassadeur ordinaire , ledit sieur Roi lui auroit pareillement demandé s'il était vrai qu'il lui eût fait écrire en Espagne qu'il ftroit accepter la trêve simple par les Etata , lequel déclara que non ; mais que lui ayant été mandé d'Espagne que don Pedro avoit persuadé au roi de France de proposer cette trêve simple, et qu'on le blâmoit de n'avoir négocié si avantageusement en Angleterre, il auroit écrit à son maître qu'il ne devoit attendre de moindres ofQces dudit sieur Roi que dti roi de France, élevant le j^ haut

DU PBMTDEPTT JEANNINi

4tt'il {MttVôlt da bôntie volonté envers lui et son ^UYOiL* envers les Ëtats, et s'il avoit failli en eela ^ désireux de servir son maître et Sa Majesté même, il la supplioit de lui vouloir pardonner; laquelle réponse fut très-agréable audit sieur Roi, ^ui finit son propos par une plainte contre le président Rîchardot. Tout ce que dessus est contenu aux lettres dudit sieur Garron* M« le prince Maurice en a reçu d'autre endroit de pareille substance , et le discours qui nous a été fait sur ce sujet par les ambassadeurs d'Angleterre est conforme; en sorte qu'on peut Juger que ce qu'on en publie est ce que ledit sieur Roi a voulu qui soit BU» Les lettres dudit sieur Garron contiennent encore deux choses ^ l'une que le roi d'Angleterre ne veut donner la déclaration qu'il tient les Ëtats souverains pour toujours ; l'autre, que don Fernando Giron a apporté des lettres de change pour recevoir eu Angleterre quatre-vlngt mille livres sterling , qui valent huit cent mille livres. S'il doit épancher cette somme a faire des gratiflcationi, le roi d'Espagne payerait trop chèrement lee bons offices qu'il a reçus du passé , et est raisonnable qu'on en fasse de meilleurs et de plus grande importance pour les mériter. M. de La Boderie vous a pu donner avis de tout ce que dessus ; J'ai néanmoins pensé le devoir faire.

Les ministres dudit sieur Roi ne font rien contre oe qu'ils nous ont promis, approuvent même tout ce que Je vous ai écrit par ma lettre du ▼ingtiènie ^ aU cas que les archiducs veuillent User de longueur 5 mais leur conduite passée me fait défier de tout. Celui avec lequel Je suis plus conjoint maintenant est M. le prince Maurice , lequel veille pour découvrir tout ce qui se passe, m'en donne avis, et fait ce que Je lui conseille. Ce n'est pas que Je me sois séparé de l'amitié du sieur Bameveldt , avec lequel J'ai toi^ours aussi une communication fort particulière, et me tiens assuré de son affection ; mais pouroe que rien ne peut avenir contre ce que nous poursuivons , si ce n'est par son moyen , Je veille et suis soigneux de prendre garde atout pour me servir de lui, et n*étre point trompé; car, à vous dire la vérité , quelque résolution que les Ëtats aient prise de rompre si lee archiducs usent de longueur, ou refusent notre projet, tant de gens désirent le repos en raasemb'.ée, que si le sieur de Barneveldt étoit eoDtrenous, il nous donneroit beaucoup de peine, et nous serions contraints de nous déclarer plus ouvertement de la part du Roi que Je ne désii*e pour rompre leurs desseins : ce que Je ferai néanmoiné quand il sera besoin y et éviterai autrement tant que Je pourrai; mais Je sais bien aussi q;u'en le faisant nous serons suivis.

Mi le i^lnee Ifeurlee dit être bien aai^pé qu'un

courrier envoyé de Madrid parle confesseur, est arrivé à Bruxelles le quinzième de ce mois , et s rapporté que le roi d'Espagne ne veut accorder la liberté ni le commerce des Indes. Si cela est, Je crains de nouvelles remises , et faut tendre du tout à les empêcher, afin que nous sortions de ce fâcheux labyrinthe. M. le prince Maurice nous a fait derechef grande instance pour l'argent , crainte du licenciement qu'on fera sans doute, st le Roi continue à refiiser le secours qu'ils avoient espéré de quatre cent mille écuspour l'année pa»* sée, ou bien au moins d'un million de livres. Ledit prince en écrit à Sa Majesté comme de chose qu'il Juge de très-grande importance : J'en fais le même Jugement que lui, étant étonné de ce refus en un temps auquel il faut faire mieux espérer de l'assistance de Sa Ms\jesté que Jamais , pource que ceux qui désirent le repos à quelque prix que ce soit, s'en sauront bien servir pour persuader aux autres , puisqu'on leur dénie le secours dès à présent , qu'ils en doivent encore moins espérer à l'avenir^ et lorsqu'ils seront rentrés en guerre. Il me suffit d'en avoir donné avis et représenté les raisons. J'attends mon homme qui n'est encore venu de Bruxelles avec la réponse des archiducs. Je prie Dieu , monsieur ^ qu'il vous maintienne en tout heur et prospérité.

De La Haye, ce 35 Janvier 1609.

Votre , etc. , P. Jeannin .

Lettre dudit sieur Jeannin à M. de Sully, du même jour vingi-cinquième janvier 1609.

Monsieur, Je vous ai représenté , par mes lettres du vingtième de ce mois, la supplication des Etats pour obtenir la continuation du secours du Roi , et ne vous en serais derechef importun , n'étoit à l'occasion de l'instance pressée qui nous en a été de nouveau faite par M. le prince Maurice, lequel en écrit à Sa Majesté , et nous a priés d'accompagner ses lettres et la supplication qu'il lui en fait, de la nôtre : ce que nous faisons très-volontiers pour les raisons contenues en mes précédentes lettres, qui me semblent pouvoir suffire pour vous persuader, monsieur, que vous ajoutiez votre autorité pour favoriser cette affaire envers Sa Majesté , d'autant même qu'il importe plus que Je ne vous saurais exprimer pour conduire ce que nous traitons au but qui nous a été ordonné. Vous le saurez mieux Juger que personne, et aiderez à y apporter aussi le remède , comme Je vous en supplie très -humblement. L'homme que j'ai envoyé à Bruxelles n'est encore de retour avec la réponse des archiducs ; Je l'attends de moment à autre, y ayant aujourd'hui dix Jours qu'il est parti : nous donnerons avis aussitôt de ce qu'il aura apporté. Cependant Je prie Dieu , monsieur ^

RKGOCUTIOIIS

qu'il voos donne, en parfidte santé, très-heu* reuse et très-longue vie.

De La Haye, ce 3d janvier 1609.

Votre, etc., P. Jejuhnin.

Lettre au Bot écrite par M. Jeannin^ ledit jour vingt-cinquième janvier 1609, sur la recherche du passage du nord.

SiRB,

J*al ci-devant conféré, par commandement de votre Majesté, et sur les lettres qu'il lui a plu m*écrire, avec un marchand d'Amsterdam, nommé Isaac Le Maire, lequel est homme riche et bien entendu au fait du commerce des Indes d*Orient, désireux d'y servir votre Majesté, sur les ouvertures que je lui en ai faites, et de joindre avec lui d'autres marchands, comme aussi des pilotes, mariniers et matelots expérimentés en telles navigations, qu'il dit avoir empêchés de prendre parti dès le temps que je lui en parlai. Or, comme 11 m'en a pressé plusieurs fois. Je lui ai toujours dit que votre Msjesté n'y pouvoit prendre aucune résolution qu'après celle des Etats, et le traité de trêve qu'on poursuit à présent fait ou rompu : ce qu'il juge être bien véritable, et s'est aussi contenté de cette réponse; mais il m'envoya ici son frère , il y a quelques Jours, pour me faire entendre qu'un pilote anglais, lequel a été deux fois en mer pour rechercher le passage du nord, auroit été mandé à Amsterdam par la compagnie des Indes d'Orient, pour apprendre de lui ce qu'il en auroit reconnu, et s'il espéroit de trouver ce passage; de la réponse duquel eux étoient demeurés fort contens, et en opinion que cette espérance pouvoit réussir. Ils n'avoient toutefois voulu pour lors faire ladite entreprise , mais contenté seulement l'Anglais, et renvoyé avec promesse qu'il les viendroit trouver en l'année suivante 1610. Ce congé lui ayant été donnée Le Maire, qui le connolt fort bien, auroit depuis conféré avec lui, et entendu ses raisons, dont il a aussi communiqué avec Plancius, qui est grand géographe et bon mathématicien, lequel soutient, par les raisons de son art, et de ce qu'il a appris tant de cet Anglais que d'autres pilotes qui ont fait la même navigation , tout ainsi que du cAté du midi on a trouvé en la mer du Sud, approchant le pôle antarctique , un passage qui est le détroit de Magellan, qu'il y en doit pareillement avoir un autre du c6té du nord. L'un des pilotes, qui fut aussi, il y a trois ans, employé en cette même recherche , et passa jusqu'à Nova-Zembla , qui est à soixante-treize degrés de latitude en la côte delà mer Tartarique, tirant au nord, a déclaré que, pour n'être lors assez expérimenté en cette

navigation, au lien d'entrer avant en plehiemer, où elle n'est jamais gelée à cause de la profondeur et de la grande impétuosité de ses flots et vagues, il se contenta de côtoyer les bords, où, ayant trouvé la mer gelée , lui et ses compagnons furent arrêtés et contraints de s'en retourner sans passer outre.

L'Anglais a encore rapporté qu'ayant été du côté du nord jusqu'à quatre-vingt-un degrés, il a trouvé que plus il approchoit du nord moins il y avoit de froidure, et au lieu que vers Nova- Zembla la terre n'étoit couverte d'herbe et n'y avoit sinon des bêtes qui vivent de chair et de proie, comme ours, renards et autres semblables, il avoit trouvé, èsdiU quatre-vingt-un degrés , de l'herbe sur la terre , et des bêtes qui en vivent : ce que Plancius confirme par raison, et dit que près du pôle le soleil luisant sur la terre cinq mois continuels, encore que les rayons d'icelui y soient foibles , néanmoins, à cause du long temps qu'ils y demeurent, ils ont assez de force pour échauffer le terroir, et le rendre tempéré et commode pour rhabitation des hommes, produire herbe et nourrir bétail ; alléguant cette similitude d'un petit feu , lequel demeurant long* temps en quelque lieu a plus de force pour l'échauffer, qu'un grand feu qui ne feroit qu'être allumé et aussitôt éteint. Il y ajoute aussi qu'il ne se faut arrêter à l'opinion des Anciens, qui estimoient la terre près des deux pôles être inhabitable à cause de sa froidure, et qu'ils se peuvent aussi bien tromper qu'en ce qu'ils ont dit la zone torride être inhabitable à cause de sa grande chaleur, qu'on reoonnolt néanmoins par expérience être habitée, fort tempérée, fertile, et commode pour la vie des hommes, et qu'il y a aussi beaucoup plus de chaleur sous les tropiquo du Cancer et du Capricorne que sous la zone torride; et par cette même raison Plancius juge que la froidure croit , et est toujours plus grande jusqu'au soixante-sixième degré, mais qu'en passant plus outre devers le pôle , elle devient moindre, et ainsi Font trouvé l'Anglais et d'autres pilotes, lesquels ont ci-devant fait tels voyages, dont ils concluent que, pour trouver te passage du nord avec plus de facilité , au lieu de rechercher les côtes de la mer à soixante^iX) soixante-onze, soixante-douze ou soixante-treize degrés, comme les Hollandais ont foit ci-devant, il se fout avancer en pleine mer , et monter jusqu'à quatre-vingt-un, quatre- ving^deux et quatre-vingt-trois degrés, ou plus, s'il est besoin, es quels lieux la mer n'étant point gelée, ils se promettent qu'on pourra trouver ce passage, et par icelui, en tirant vers l'orient, passer le détroit d' Aoian , et suivant la côte ori^taie de

DU PBBSIDÈNT JBÀNNIN,

Tartarie, aller an royanmedu Gattay, àla Chine, aox lies du Japon, comme aussi, attendu que 1 orient et l'occident aboutissent l'un à l'autre, à cause de la rondeur de la terre, aller par même moyai aux Moluques et aux Philippines; lequel voyage, et toute cette navigation, tant pour aller que retourner, pourroient être faits en six mois, sans approcher d'aucuns ports et forteresses du roi d*£spagne; au lieu qu'à le faire par le Cap de Bonne-Espérance, qui est le chemin ordinaire qu'on tient à présent, on y met ordinairement près de trois ans, et si on est siyet aux rencontres et incursions des Portugais.

Il me proposoit donc cette ouverture du passage du nord pour savoir si votre Majesté auroit agréable de i*entreprendre ouvertement, et en son nom, comme chose fort glorieuse, et qui lui acquerroit une grande louange envers la postérité , ou bien sous le nom de quelque particulier, dont on ne laisseroit de lui attribuer l'honneur si le succès en étoit bon, offrant, de la part de son frère, de fournir le vaisseau et les hommes, sinon que votre Majesté y en veuille aussi employer quelques-uns des siens avec ceux qu'il y mettra , lesquels sont expérimentés en tels voyages; disant que, pour exécuter cette entreprise, il ne faut que trois ou quatre mille écus au plus, lesquels il désire tirer de votre Majesté, pource que lui, qui n'est qu'un particulier, n'y voudroit employer cette somme, et n'en ose communiquer à personne, d'autant que la compagnie des Indes d'Orient craint sur toutes choses qu'on ne les prévienne en ce dessein, et qu'à cette occasion son frère n'avoit osé parler à l'Anglais qu'en secret. Il dit encore que si ce passage est trouvé et découvert, qu'il facilitera bien fort le moyen de foire une compagnie pour aller en tous les lieux susdits, et que plus de gens y mettront leurs fonds qu'en l'autre qui est déjà foite, sans que la compagnie s'en puisse plaindre , attendu que Toctroi qu'elle a obtenu des Etats n'est que pour y aller du côté du Cap de Bonne-Espérance, non de celui du nord, dont les Etats se sont réservé le pouvoir de disposer au cas que le passage puisse en être trouvé , et , pour inviter quelques pilotes courageux de se hasarder à en faire la recherche, promis vingt-quatre mille livres de loyer a celui qui en serait le premier inventeur.

J'ai dit au frère du Maire , qui m'en a communiqué de sa part, et lui ai aussi écrit que j'en donnerois incontinent avis à votre Majesté pour en savohrsa volonté, et la lui foire entendre au plus tôt, attendu qu'il dit, si on veut penser à ce voyage dès cette année , qu'il le faut commeneer en mais au plus tard pour en espérer bon

succès, et que les autres qui l'ont ci-devant fait en juillet s'en sont mal trouvés, et ont été surpris de l'hiver. Ayant aussi été averti que Plancius étoit venu à La Haye deux jours après avoir communiqué au frère du Maire , je le mandai aussitôt pour en conférer avec lui, comme j'ai foit, sans toutefois lui faire connoitre que Le Maire m'en eût fait parler, ni que votre Mi^esté eût aucun dessein d'entreprendre cette recherche ; car ledit sieur Le Maire ne désire pas que personne en sache rien : aussi n'en ai-je parlé à Plancins que par forme de discours, et comme étant curieux de m'instruire et apprendre ce qu'il en sait et juge par raison pouvoir être foit ; lequel m'a confirmé tout ce que dessus, et qu'il avoit excité feu Amsquerque, amiral de la flotte qui flt l*explolt du détroit de Gibraltar, de faire cette entreprise, lequel s'y étoit résolu, dont il espérait bien, pource que ledit Amsquerque étoit fort entendu aux navigations, et désireux d'acquérir cet honneur, comme Magellan avoit fait découvrant le passage du côté de la mer du Sud; mais il mourut en ce combat. C'est à votre Majesté de me commander ce qu'il lui plaît que je fasse en cet endroit. La vérité est qu'on ne peut répondre du succès de cette entreprise avec certitude ; mais il est bien vrai que dès long-temps Le Maire s'est informé de ce qu'on pouvoit espérer de telle entreprise, et qu'il est tenu pour homme fort avisé et industrieux ; puis on n'y hasarderoit pas beaucoup. Quand Ferdinand reçut l'avis de Christophe Colomb, et lui fit équiper trois navires pour aller au voyage des Indes d'Occident, l'entreprise sembloit encore pour lors plus incertaine, et tous les autres potentats auxquels cet homme s'en étoit adressé s'en étoient moqués, jugeant son entreprise impossible; et toutefois elle a produit un si grand fruit. C'est aussi l'avis de Plancins et d'autres géographes , qui ont écrit que du côté du nord il y a encore beaucoup de terres qui n'ont été découvertes, lesquelles Dieu peut réserver à la gloire et au profit d'autres princes, n'ayant voulu tout donner à la seule Espagne. Quand même il n'en succéderoit rien , sera toujours chose louable de l'avoir entrepris, et le repentir n'en sera jamais grand puisqu'on y hasarde si peu.

Cette lettre étant achevée , et moi près de l'envoyer à votre Majesté , Le Maire m'a derechef écrit , et envoyé le mémoire qui est ci-joint, lequel contient un discours assez ample , ensemble les raisons de ce que dessus. Il me mande pareillement qu'aucuns de la compagnie des Indes, ayant été avertis que l'Anglais avoit conféré secrètement avec lui , sont entrés en appréhension qu'il s'en vouioit servir et l'employer lui-méma

Mé0d(2TÀTT0lft

]!M)nr aCéônvfir 6e j^AMagè ^ 4tt'à èétte océasfon ils ont de nouveatt trai^ Avec Itil pour entreprendre ladite navigation dès cette année , ayant ôeun de la cliambre d'Amsterdam écrit à cet efiét aux autres chambres qui sont de la même èompagnie pour le fiiire approuver, avec déclaration ^ s'ils le refusent , qu'ils l'entreprendront aux seuls. Le Maire ne laisse pourtant d^exhorter TOtre Mijesté à cette entreprise ^ me mandant qu'il a un pilote , lequel a déjà fait ce même voyage , et est plus expérimenté et capable que l'Anglais. C'est à elle de commander son intention. J'ai eu plusieurs conférences avec d'autres, aoit pour les voyages des Indes d'Orient ou d'Oc« cident, et suis assuré, quand il lui plaira d'y penser à bon escient, et pour en tirer du fhiit, qu'il y aura moyen de lui faire avoir de trèsbons hommes y et fort expérimentés; qu'il y a aussi de riches marchands lesquels seront de la partie pour le commerce des Indes d'Orient, et plus volontiers encore si ce passage du nord est trouvé; mais, quant aux Indes d'Occident, ils tiennent tous qu'il y faut employer un plus griand appareil de fbrces. Il est vrai que le voyage est aussi beaucoup plus court ; et ceux qui ont quelque oonnoissance des entreprises qu'on y peut dresser, en promettent tout bon succès, dont ils discourent avec de si bonnes raisons qu'il y a sujet d'y lyottter foi ; J'en attendrai ses commandemens 4 priant Dieu , Sire , qu'il donne à Sa Majesté et à sa royale famille tout heur et prospérité;

De La Haye, ce vingt •> cinquième Janvier laoo.

Votre ^ etc. 9 Pt Isankir.

Lettre de messieurs Jeannin et de Èussy au Roif du vingt' huitième janvier 1609.

SlBE)

La précédente dépêche à votre Majesté a été retardée de trois Jours , à cause de l'impétuosité des vents si contraires, qu'il n'y a eu moyen de la faire partir plus tôt qu'aujourd'hui avec celle* cl , que nous y ajoutons pour lui donner avis que eelui que nous avions envoyé avec le courrier Picault, arriva le Jour d'hier, S7 de ce mois, avec la réponse de l'archiduc, qui nous remercie du soin que nous prenons pour achever cette affaire , et mande que ses députés seront à Anvers le 8 ou 4 du mois prochain pour conférer avec nous ; et M. le président Richardot , qui écrit en particulier au président Jeannin, y cloute qu'il désire que nous leur donnions trois ou quatre Jours de loisir après leur arrivée pour y faire préparer nos logis ^ et y attendre la venue du oonfesseur , qu'il dit devoir arriver de Jour à m*tm ft néaiimoini que iee areUdim n'en ont eu

aucunes toouvelles depuli lèn âtirivéé à Madrid) qui fût le S5 décembre. Nous envoyons à votrt Majesté les copies desdlteS deux lettrée, afin qu'elle en puisse mieux Juger. Il n'y a point d'apparence qiie le confesseur ait été ai long-tempi sans les avertir de ce qu'il a fiiit, attendu qnll avoit mené avec lui un courrier ordinaire t^our le renvoyer en diligence et leur en donner avis; mais ou la réponse n'a été telle qu'ils désirent ^ ou ils la cèlent pour avoir mieux , s*ils le pro* Vent, des Etats que ce qui est contenu en notre projet. En quoi nous craignons qu'ils ne uAxxA favorisés par les Anglais 5 qui semblent déjàaf* fecter la longueur^ sans toutefois s'en découvrir es conférences que nous avons eues avec eux jusqu'Ici ; non que leur créance soit d'aucune cxim dération pour nous la faire appréhender, maii nous savons qu'il y a cinq provinces entières qui aimeroient mieux la trêve , à quelque prix que ce soit , que de rentrer en guerre» Bien esr41 mi que nous avons meilleure opinion de la Hollande et Zéiande , et tout dépend de ces deux iei. Nous nous fions beaucoup aussi à l'autorité et créauee que Sa Majesté s'est acquises en ce pays, au pouvoir qu'elle nous a donné de leur offrir son se* cours au cas que les archiducs fassent refus d'a^ oomplir ce qu'ils ont promis , et parelllemeot à l'assurance que le prince Maurice nous donne tous les Jours, que personne n'oserbit aller contre la volonté et le conseil qui sera donné par votre Mf^esté , s'offensant même quand nous montroos d'en douter : à quoi nous i^outons encore le même assurance que le sieur Bameveldt donne de suivre nos conseils ; car o'est celui seul qai pourroit faire du mal, s'il en avoit la volonté) pour la grande créance qu'il a parmi ees peopleS) et les artifices dont il sait user envers eyx pour leur persuader ce qu'il veut t non que lui ni autre ose proposer la trêve simple qui seroit à présent rejetée d'un chacun , mais on peut foire cou' 1er le temps inutilement pour avoir encore la cessation d'armes cette année ; à quoi sans doute les archiducs tendront s'ils n'ont pouvoir de trai^ ter au nom du roi d'Espagne ; et c'est à nous de nous garder de cet inconvénient, comme nous ferons de tout notre pouvoir , pdtir être celui seul qu'on doit à présent craindre ^ et lequel est aussi très-dangereuxi

Nous ne pouvons tèutefbis être à Anvo^ que le sixième du mois prochain , ayant un chacun Jugé qu'on ne devoit refuser deux jours aux députés des archiducs pour jr être ce temps^à devant nous. Nous porterons avec nous Tacte des Etats qui contient leur résolution de ne tmiter que sur notre projet, et de i^mpre en cas de rritoi ott de &ottv«llel reittiM8) àiâ quecela

DU paiâtdMt lHAfvifiN.

fi56

aôtid flo&Tié âujét de presser davantage les dépa"* tés des archiducs , et de leur faire connoltre^ en présence même des dépUtéÀ d'Angleterre , si on leur donne quelque autre espérance, qu'on les trompe, et que c'est plutôt en intention de rom* pre tout traité que pour espérer d'en pouvoir faire un autre qui soit plus à leur avantage : nous en envoyons aussi la copie à votre Majesté. LeÀ Etats nous doivent encore donner pouvoir de consentir la prolongation de la trêve Jusqu'à la fin du mois de février^ poUr en user aa cas que les archiducs accordent les articles priticipaux de notre projet, et de traiter au nom an roi d'Espagne en vertu de bonne procuration, et non autrement, laquelle procuration nous demanderons à voir d'entrée, et d'en avoir, s'il est passible, copie signée ; au reftis de quoi , et si les archiducs se veulent encore servir de quelles nouveaux subterfuges, nous ne passerons outre, mais nous retirerons sans faire aucune prolongation , après avoir averti les députés des archiducs qu'ils ne doivent plus attendre qu'une rupture, et du regret que votre Majesté en aura. Nous estimons bien qu'ils nous accorderont tout ce que dessus, non par écrit, à quoi toutefois nous insisterons , mais de paroles, pour faire venir les députés des Etats , avec lesquels Ils es«* saleront de gagner ce qu'ils n'auront pu obtenir de nous : c'est pourquoi nous désirons que leur charge soit limitée et restreinte du tout au contenu de cet acte, afin qu'ils n'aient pouvoir de l'outre-passer. Bref nous userons de toutes sortes de cautions pour conduire les affaires à la résolution prise en l'assemblée générale, et à ce que nous savons être du désir et contentement de votre Majesté.

Messieurs des Etats nous ont aujourd'hui fait voir en leur assemblée générale un cahier qui contient les rôles des dernières montres de leurs gens de guerre , tant de pied que de cheval , qui revient à quarante^deux mille hommes de pied , et quatre mille chevaux , combien que les montres aient été faites avec une extrême rigueur pour empêcher les passe-volans, et là-dessus ont réitéré leur prière du secours avec une grande démonstration du ressentiment qu*ils ont des bienfaits de. votre Majesté ^ sans l'assistance de laquelle ils confessent pe pouvoir subsister ; Jugeant bien d'un côté qu'il importe beaucoup de retenir tous leurs gens de guerre en l'état auquel sont les affaires , et qu'il est périlleux aussi d'en avoir plus qu'on n'en peut payer , y ajoutant encore qu'ils ont cherché de l'argent à rente au nom du corps des Etats, et avec robligation particulière de la province de Hollande; mais que, i«r riiic«rtUii<te de efttte rêsotvtioB, personne

n*en vetit prétef, et quôlqu^lls travaillent tous les Jours pour s'accorder de leurs cotes, quils né l'ont encore pu faire ; ainsi n'ont plus autre eépé-* rance qu'à Votre Majesté, qtii prendra, s'il lui plaît , de lx)nne part si nous lui représentons si souvent leur prière et instance pour ce que tous Jugeons que c'est notre devoir et son service de le faire. Nous prions Dieu sur ce. Sire, qu'il donne à votre Majesté et à sa royale famille tout heur et prospérité.

De La Haye , ce vingt-huitième Jour de Jan« vier 1600.

Vos, etc. , P. Jeànnin et Btisév.

Lettre de M. Jeannin à M. de Yilleroy^ dudU jour vingt-huitième Janvier 1600.

Monsieur, les affaires sont toujours en bon état, et nous avons occasion de croire (j|ue tout passera selon le désir du Roi pour le regard des Etats. M. le prince Maurice , qui est fort soup*' çonneux, et prend gftrde à tout, nous en assure toujours. Le sieur Barneveldt en fait autant, et connolt bien, nonobstant l'assurance qu'il m'a donnée de son amitié, et de servir à la conduite des affaires suivant l'intention de Sa Majesté ^ que Je suis aux écoutes pour considérer tout ce qui se passe, et me garder d'être trompé de qui que ce soit; aussi n'ai-Je Jusqu'ici aucune occasion de me plaindre de lui, mais plutôt de mo promettre qu'il continuera de même Jusqu'à la conclusion de l'affaire; M. le prince Maurice néanmoins ne laisse d'en avoir quelque défiance, encore qu'il montre de la mépriser puisqu'il a le Roi de son côté. Pour moi^ quand J'en aurois au« tant de défiance que J'ai d'assurance du contraire, si ne saurois-Je faire que ce que Je fais pour me servir de son amitié, et me garder de ses mauvais offices, s'il en vouloit rendre. Ne vous éton*' nez point si Je fais mention si souvent de lui , car chacun y a les yeux, et croit que tout le bien ou le mal en doit provenir ; en quoi Je reconnois tous les Jours combien il a été nécessaire de le rendre afftectionné au service du Roi. Les Anglais ne font encore rien dont on puisse se plaindre, et se laissent conduire à nos avis. Je n'ose pas assurer pourtant qu'ils en usent toU'^ Jours ainsi, car leur conduite passée doit donner du soupçon.

Il n'y a plus rien à craindre que quelque Ion-» gueur, tant du côté des archiducs, et par arti> fice , que du côté des Etats par leur naturelle et ordinaire façon de procéder, quand personne même d'entre eux n'auroit aueun mauvais des^ sein. Nous ferons tout ce que nous pourrons pour couper chemin à toutes remises et subterAigea. BfadAme la prineesse d'Orange a eu quelquii

NBOOGUTIONS

avis de la cour , que le Roi avoit ma! parlé d'elle sur ie sujet du sieur Bameveidt , et comme si elle ne suivoit pas entièrement les intentions de Sa Majesté : elle s*en est plainte à moi, de façon que je craignois qu'elle me tint pour auteur d'avoir écrit quelque chose contre elle ; mais elle m'a bien assuré du contraire, et de n'en avoir aucun soupçon , prié même de vous représenter la vérité de sa conduite, qui est telle depuis qu*elle a écrit au Roi , que j'ai toute occasion de m'en louer et de vous assurer qu'on ne peut rien désirer de mieux que ce qu'elle fait, et qu'à présent nous conférons de toutes choses avec le prince Maurice, et en sa présence, étant tous ensemble réduits à un même avis. L'homme de M. Aérsens, qui s'en retourne en France, est porteur de nos lettres. i4es premières que vous recevrez de moi seront, comme j'espère, d'Anvers. Je prie Dieu, monsieur, quil vous maintienne en tout heur et prospérité.

De La Haye, ce vingt-huitième de janvier

Votre, etc., P. Jeannin.

lettre de M. Jeannin à M. le due de Sully, duditjour vingt-huitième janvier 1609.

Monsieur, l'archiduc approuve notre voyage à Anvers , et nous prie de le faire , nous assurant que ses députés s'y rendront le quatrième de février. C'est là que nous devons être éclaircis de sa dernière résolution, soit pour conclure on rompre; ce que les Etats désirent aussi, et nous encore plus qu^eux. Je oonnois bien toutefois, par les lettres de M. le président Richardot, que l'archiduc attend ce qui doit venir d'Espagne par le retour du confesseur, ou quelque courrier qu'il enverra exprès. Si estrce que nous les presserons , et ne recevrons aucunes excuses qui tendent à nouvelles remises, car il est temps de finir, n'y ayant plus personne ici qui ne juge la longueur et incertitude être autant dommageable aux Etats, qu'elle est ennuyeuse et insupportable à leurs amis. Les Etats nous pressent encore pour le secours , et disent qu'en cette incertitude d'affaires personne ne leur veut prêter d'argent Us nous ont fait voir par les derniers rôles des montres faites fort exactement, qu'ils ont encore quarante-deux mille hommes de pied et quatre mille chevaux. C'est vous , monsieur , qui avez plus de pouvoir de les &ire assister que nul autre, et J'estime, pour achever plus heureusement ce que nous traitons , cette gratification être bien nécessaire. Je n'oublierai pas ce qui touche M. le prince d'Espinoy, et aurai toujours même soin de tout ce que vous me commande-

derez, comme étant, monsieur, votre, etc.,

P. JEAJCNIlf.

A La Haye , ce vingt-huitième de janvier

Lettre de M. Jeannin à M. de Bellegarde^ grand écuyer de France y dudit jour vingthuitième janvier 1609.

Monsieur, j'ai vu par les lettres que M. de Castille mon gendre m'a écrites, que vous avez toujours souvenance de moi , encore que sois absent , et que vous sachiez bien que je ne peax rien apporter à votre service qu'une bonne volonté inutile et sans effet ; c'est pourquoi Tobligatlon que vous en acquérez sur moi est d'autant plus grande. Si le Roi est content de ma conduite, et de la diligence et fidélité dont j'use pour exécuter ponctuellement ce qu'il m'a commandé, c'est déjà une espèce de récompense qui donne grande satisfaction à un homme de bien; et quand il ne m'en aviendra rien de mieux, jen accuserai plutôt mon malheur que le défont de sa bonne volonté. Aussi suis- je si accoutumé à travailler beaucoup et profiter peu, que j'en ai acquis une habitude qui me rend plus capable de souffrir patiemment la rudesse de cette maavaise fortune, sans m'en plaindre ni murmurer. Je ne peux garantir le succès de la négociatioD en laquelle je travaUle, sinon pour le regard des Etats, qui se sont entièrement disposés à suivre les conseils et la volonté du Roi; le surplus dépend de l'Espagne.

Nous partons dans trois ou quatre jours, les députés d'Angleterre et nous, pour aller à Anvers , où se doivent trouver ceux des archiducs; auquel Ueu nous saurons peu de temps après leur finale résolution , soit pour conclure ou pour rompre, le premier étant désiré, pourvu qu'on le puisse obtenir tôt et sans remise , sinon le dernier ne peut plus être évité, et sera encore moins dommageable aux Etats que de vivre en rincertitude et défiance en laquelle ils ont été il y a près de deux ans , qui eût été cause de faire naître de grandes factions et divisions parmi eux, si l'autorité du Roi et ses conseils , qu'ils oui ^ grand respect, ne les en eussent garantis, àqooi il a été besoin de travailler continuellement et avec grand soin. Je prie Dieu qu'il en rende le succès heureux , et me donne le moyen de vous pouvoir témoigner par les effets que Je suis, monsieur, votre, etc. , P. Jeânhiu.

A La Haye, ce vingt-huitième janvier 1609.

Lettre du Roi à messieurs Jeannin etdeRussy, du trentième janvier 1609.

Messieurs Jeannin et de Russy, j'ai été bien

DU FllésïDteNT ifiÀNNIN.

aise de savoir par vos lettres du quinzième de ce mois, que j'ai reçues par le courrier Picault le 21, avec le projet que vous m'avez envoyé, la résolution que les sieurs les Etats ont prise pour parvenir à la trêve ainsi qu'elle a été proposée par vous; car elle aidera à justifier grandement leurs armes et conduite , tant du passé que pour l'avenir, quoi qu'il en succède, qui est une des considérations que j'ai eues quand je leur ai conseillé d'entendre aux ouvertures de ladite trêve ou de la paix, auxquelles ils s'étoient engagés d'eux-mêmes. Nous verrons maintenant à quoi se résoudront les archiducs, et s'ils se dispenseront d'accepter et conclure ce marché dès à présent, en vertu des premiers pouvoirs à eux envoyés par le roi d'Espagne, comme il me semble qu'ils devroient faire, ou s'ils continueront à user de remises , et allonger les affaires pour gagner cette année, ainsi que j'entends que le con« seil d'Espagne désire , s'il ne peut faire descendre lesdits Etats à autre forme de trêve de vingt ans , sans faire mention de la liberté et souveraineté. En tout cas j'estime que lesdits archiducs voudront attendre leur confesseur, ou de ses nouvelles , devant que de s'engager plus avant audit accord. Cependant le roi de la Grande-Bretagne m'a fait dire par son ambassadeur que lui et les siens n'ont jamais proposé la susdite trêve sans liberté, ni seulement donné espérance de l'agréer, se plaignant ouvertement de ce que le président Richardot en a dit et écrit. Il l'attribue à pur artifice pour semer entre nous de la zizanie; ajoutant, pour preuve de cela, qu'il a fait dire audit Roi que ce changement procédoit de l'espérance que j'avois donnée à don Pedro de Tolède de faire départir lesdits Etats de la demande de ladite liberté, qui est chose controuvée par les uns ou par les autres.

J'ai fait connoître audit ambassadeur que j'ai ajouté foi à la déclaration susdite qu'il m'a faite de l'intention de son Roi, laquelle je lui ai dit m'avoir été confirmée par le compte que vous m'avez rendu de la conduite de ses ambassadeurs où vous êtes , et l'ai prié d'avertir son maître de demeurer constant en ce propos, avec espoir, ce faisant, que les Espagnols (lesquels ont besoin de repos autant que nuls autres) s'accommoderont enfin au désir et repos commun; ce qu'il m'a promis de faire , en louant mondlt avis. Toutefois vous devez croire que si ledit roi d'Angleterre connoissoit pouvoir porter les Etats à ladite trêve sans liberté , qu'il l'entreprendroit volontiers pour obliger à lui lesdits Espagnols et archiducs, et acquérir sur mol cet avantage. Partant vous continuerez à y prendre garde , et d'autant plu3 soigneusement le devez^vous faire >

que vous avez recôilttu que si vous ti^eutoiez prévenu de mon intention les Etats, aucuns d'eux se fussent laissés aller à ce parti plutôt qu'à celui de la guerre : et faut que je vous dise que je ne serai délivré de ce soupçon qu'après la fin de ces traités ; non que je désire ni veuille conseiller la reprise des armes par préférence au repos desdites provinces, mais parce qu'il iroit de ma réputation et de mon service que la forme de ladite trêve fût changée contre mon conseil, et notre premier fondement; joint que j'estime que, quand bien les Etats s'en relâcheroient , lesdits Espagnols, qui traitent de mauvaise foi, les tromperoient après en cela comme ils ont fait en tout ce qu'ils ont jusques à présent traité avec eux et nous. J'ai été bien aise de savoir que le sieur Bameveldt s'est bien conduit en cette résolution , et que le prince Maurice et lui soient en bonne intelligence pour la faire réussir selon notre avis; mais les députés d'Angleterre n'avoicnt garde d'approuver le renvoi à Bruxelles de l'abbé de Préaux, car ils se sont persuadés, et l'ont ainsi donné à entendre à leur Roi , que ledit de Préaux avoit ajouté aux discours que le président Richardot lui avoit tenus sur cette nouvelle forme de trêve, des choses au désavantage de leur Roi que ledit Richardot ne lui avoit dites, et qu'il avoit même ouvert les lettres de l'archiduc et dudit Richardot dont il avoit été chargé, devant que les délivrera vous et à eux à qui elles étoient adressées. Le susdit ambassadeur dudit Roi me l'a dit ainsi , traitant avec moi de la part de son maître, de quoi je suis demeuré offensé, car c'est une calomnie trop grossière, et qui se dément et condamne de soi-même, et par la seule lettre dudit Richardot dont ledit de Préaux a été porteur, qu'il n'a pu changer quand bien il l'auroit ouverte; mais lesdits Anglais sont si dépités de quoi leur malice et impuissance ont été découvertes en ce fait , qu'ils ne savent à qui s'en prendre; et faut que vous fassiez état, si vous allez ensemble conférer avec les députa des archiducs, qu'ils vous feront encore quelque frasque, s'ils peuvent, pour cette cause et les autres que je vous ai écrites par mes précédentes.

J'avois désiré que vous eussiez obtenu et tiré des archiducs une déclaration par écrit, comme ils entendent et accordent traiter avec lesdits Etats , tant en leur nom que celui dudit roi d'Espagne, comme et en qualité de gens libres sur lesquels ils ne prétendent rien , devant que vous engager en la conférence que lesdits Etats ont prié, vous et les députés d'Angleterre, entreprendre pour ébaucher les conditions de ladite trêve, afin de besogner plus sûrement, et que l'on n'ait sujet de nous attribuer une rupture,

iMfi^quftoM

«Il faut qu^elU avie^ne, Mfm^ il y a a^MireDoe de Tattendre si leadlts Espagnols ne changeât de langage. Quant à la prolongation de la trêve, je vous en ai écrit mon avis. Ce n'est pas que J'entende précipiter lesdits Etats à la guerre, jBais J*ai opinion que quand lesdits Espagnols et Archiducs se verront à la guerre, qu'ils avance* ront la résolution de ladite trêve, autrement ils la reculeront tant qu'ils pourront; car je sais que leur dessein est de gagner cette année, parce qu'ils sont foibles d'hommes et d'argent en Flandre, et mal préparés ailleurs pour s'y renforcer; joint qu'ils craignent merveilleusement que, s'ils tirent leurs soldats aux champs, ils se mutinent , tant Ils sont mal contens par faute de paiement.

J'approuve néanmoins les raisons qui vous ont mus de consentir au dernier délai qui a été accordé, et suis content encore, quoi que je vous aie écrit, de remettre à votre jugement de souffrir qu'il soit prolongé encore quelques jours , si vous connolssez que le corps desdits Etats y incline et le désire , et que ce soit l'avis des plus sages; mais aussi laissez-leur prendre d'eux-mêmes cette résolution sans y avoir part , car je ne veux être auteur ni fouteur d'un conseil que J'estime leur devoir être dommageable , comme je prévols que sera à la longue une continuation plus longue de la susdite cessation d'armes, et à laquelle je reconnois que l'on engagera les Etats par degrés comme insensiblement, comme vous avez d^'à reconnu par le temps que lesdits archiducs ont demeuré à répondre à vos lettres du -quinzième du présent, et au temps du rendezvous de ladite conférence, que j'ai su avoir été par eux pris et assigné seulement au quatrième du prochain ; de quoi j*aurai À plaisir d'être éclairci ponctuellement par vous à toutes occasions. J'ai commandé que l'on mette à j[>art trois cent mille livres pour leur être envoyées; mais s'il faut que la cessation d'armes dure et soit prolongée de temps à autre , ces deniers seront pour mol mal employés, car ils ne serviront qu'à abuser et endormir à mes dépens les Etats, et entretenir le monde en incertitude, au seul avantage de ceux qui affectent tels délais et en «profitent. Partant vous y prendrez garde, afin (de me défendre à l'avenir de la continuation

• de semblables contributions que l'emploi n'en •soit plus utile. Je prie Dieu, messieurs Jean- ;nin et de Russy, qu'il vous ait en sa sainte

garde.

• Ecrit à Paris, le trentième jour de janvier 1609. HaiiBi.

St plus tNil, 9»UU]|T,

Letirs de M. de VilteHy audit <^r îm^\ dudUjùur ZOjttnvier 1609,

Monsieur, plus les Etats s'échaufferont à h trêve et feront paroitre la désirer , les Espagnols feront contenance de s'y refroidir et d'en être dégoûtés, et crois finalement que te but de ceuxci n'est que de décevoir les autres par une voie ou par autre , combien que lesdits Espagnols aient en effet auUnt besoin de repos que ceux-là, ainsi que M. de Barrauit , retourné frafctiement de son ambassade, nous l'a confirmé de vive voix ; mais ils sont plus couverts et patiens ^ ne sont ces peuples. Ils n'ignorent aussi notre humeur et disposition présente , et savent natarellement faire profit du temps mieux que nation du monde ; s'ils peuvent , ils couleront encore cette année sans résoudre les affaires, c'est4dire sans conclure ni rompre la trêve , et feront cependant provision d'argent et d^baleine pour les suivantes. Ils espèrent aussi que notre Roi s'ennuiera de fournir à l'appointemeot et néces^ site des Etats; qu'il divisera Sa Msûesté et le roi d'Angleterre, lesquels déjà ne sont guère contens l'un de l'autre, te roi d'Espagne s'attend encore qu'il fera changer d'avis au Roi par l'enti^mise du Pape, en faisant le mariage du second fils d'Espagne avec madame Chrestienne, pour tout-à-fait séparer les archiducs et ce qui en dépend de l'Espagne; car ils ont toi^ours espoir de l'apprivoiser et persuader par le moyen de cette ouverture, à quoi toutefois je vois encore le Roi peu disposé, non plus qu'à la guerre : ce que je ne dis qu'a vous, car il m'a déclaré depuis deox jours tout le contraire ; mais comme il est sage, et qu'il goûte très-bien l'être duquel il Jouit, dtfficilement le changera-t-il à un pire. Je me réjouis de la parole que le sieur Bameveldt vous i donnée , car je le tiens homme de bien et si poi^ sant, que l'ayant de notre côté tout vous sera possible. Vous apprendrez de la lettre du Roi ^ subtilité grossière des Anglais , qui , pour couvrir leur mauvaise foi , rejettent à présent sur le slear de Préaux ce dont ils sont cause. Notre maître s'en est moqué et offensé ; toutefois il a voulu que vous en fussiez averti , afin d'ajouter cette preuve aux autres que vous avez faites de leur malice et dissimulation pour mieux vous en garder; néanmoins votre conduite passée et présente avec eut a été louée pour les raisons représentées par vos lettres. Le principal sera que vous arriviez a^ port auquel vous naviguez; mais nous n'avons pas bonne opinion du succès de votre voyage à Anvers, et disons qu'il ne servira qu'à entretenir le tapis et les affaires eu (pçerUtude , ci wus n> ve* dçvapt nettré Fawurançç «t p^rile par éçm

M puimtn rtiHNttr*

4ei aroMdHçg , 4(uit 9oitf vqw ftvmu donné avis par nos précédentes , et dont la lettre du Boi que la présente accompagne fait mention.

Davantage nous craignons , si vous trouvez M archiducs diflQciles et opiniâtres , que vous deve* niez justement porteur de la rupture qui s'en eu^ suivra, chose que nous serons très-aise§ n'avenir, Nous nous défions comme vous du courage des archiducs ; j'ai sondé sur cela leur ministre; il a le même désir que le président Richardott mais il a aussi la même opinion et défiance de la réso^ lotion et volonté des archiducs que lui , tellement que tout dépend de l'Espagne , où Ton retient |e moine exprès pour feire durer la fête» Cependant don Pedro ne dit mot , attend son congé et i'arrivée ici d'un ambassadeur ordinaire de spn mal* tre, pour après se retirer. Le ministre du Pape a aussi retiré du jeu son talent , voyant que les desseins du roi d Espagne ne s'accordent avec le repos public, de façon que chacun laisse aller Je bateau à la merci et discrétion du temps, sans davantage s'en formaliser et travailler. Le sieur Aërsens a dit au Roi que le ministre des Vénitiens ici résidant lui a parlé de contracter une nouvelle confédération entre les Vénitiens et les Etats , et de faire que ceux-ci envoient des am^' bassadeurs vers les autres exprès pour la mettre en avant et la traiter. Si nous estimions que le sénat eût volonté d'astreindre ce marché, nous approuverions cette ouverture , tant pour la paix que pour la guerre; mais nous avons opinion, le connoissant comme nous faisons, qu'il en cherche l'ostentation plus que l'effet pour en don* ner martel à Rome et au roi d'Espagne ; car notre Roi a sur cela souvent &it sonder lesdits Véni* tiens, sans jamais les avoir pu émouvoir h y en* tendre effectuellement, Je vous donne le présent avis afin que vous sondiez le sieur Rameveldt sur icelui , et nous fassiez savoir ce que vous en apprendrez. L'ambassadeur d'Angleterre qui réside à Venise , dit ordinairement et hautement que son maître n'approuve aucunement la trêve que vous poursuivez , et que , si les conseils de son Roi sont suivis, les Etats rompront tous traités. Il tient ce langage, le pensant plus agréable à ce$ sieurs qu*un autre. Les Anglais en usent ainsi partout. Au reste , je vous ai écrit clairement que le Roi n'entend donner à ces sieurs l'acte qu'ils vous ont demandé sur la continuation de leur souveraineté après la trêve, pour les raisons que je vous ai mandées. Partant excusez-vous- ^en , s'il vous plaît , quand vous jugerez qu'il vous sera opportun de le faire , et me tenez toujours, monsieur, votre, etc., db Msufvim^,

A Pariji, ^ 9Q ja^vi^ )19Q9.

lettre de messieutâ hênnU et ie Mwt$y au Boiy du premier jour de février 1609.

SiaE,

Les lettres de votre M^esté , dm 9 du mois passé, nous ont été rendues le pénultième du mémç mois. Nous lui avions fait une dépêche deux jouri auparavant par l'homme de M. Aërsens , leque) s'en retournait à Paris; néanmoins cettç qer^ nière lettre nous a donné sujet de lui faire prQmp» tement celle-ci, et de la lui envoyer par bommç exprès pour en avoir plus tôt la réponse à An-» vers. Elle montre toujours de rq'eter la tràv^ simple , et en déduit les raisons qui sont très^ bonnes , et fortifiées encore d'un juste dépit ppntre le roi d'Angleterre , qu'on dit l'avoir mise CD avant en Espagne pour en avoir le gré , combiei^ qu'il y puisse le moins. Or nous pensons y avoir si bien pourvu, que personne ne i'oseroit propor ser, on en le faisant espérer de l'obtenir, J^ prince Maurice dit en être très-assuré, et le sieur Rameveldt nous en promet autant. La résolution des Etats est aussi expresse de ne traiter que sur notre projet , et , s'il est refusé ou si on veut user de remises, de rompre. Toutes ces cautions ont été mises au décret des Etats à notre secrète poursuite, et sans que nous nous en soyons mêlés trop ouvertement , sinon en ce que nous avon* fait connoltre à chacun que votre Majesté , en l'état auquel sont les af flaires, et après avoir contesté si long-temps sur la liberté, ne pouvoit approuver (a trêve simple , ni de nouvelles remises, pour quelque cause que ce soit, insinuant les raisons de notre avis si doucement es çonfé*rences que nous en avons eues avec cen^ qui manient les affaires , qu'ils ont plutôt cru vptrç M^u^sté leur donner ce conseil pour leur bien ^ et pour empêcher que telle proposition ne fftt cause de mettre de la division parmi eux, comm9 c'est la vérité aussi, que pour désir qu'elle eût dç rompre. Ce que nous craignons seulement est la longueur, à cause des difficultés des archiducs ^ qui auront sans doute recours i, ce remède si Is^ roi d'Espagne fa)t refus de s'obliger; à quoi la naturelle lentiiude ou plutôt nonchalance de ce^ peuples, à laquelle ceux qui désirent le repos pourront tgouter quelque artifice, aidera beaucoup. Aussi tout notre soin et travail ne tend qu'à empêcher ces longueurs et à faire finir ce traité, y ayant déjà assez bien pourvu , en quoi nous continuerons avec même soin.

Elle n'approuve pas que nous allions à Anvçrs, jusqu'à ce que nous ayons déclaration par écrit des archiducs qu'ils accordent l'article de la liberté, tant en leur nom qu'au nom du roi d'£$-

pagnç : 9r nçw l'avon? dlià par ta lenrç dç M. i|

iM

liEMCtÀTtONâ

président Blchardôt , qnl le contient es mêmes mots qui sont mis en notre projet , et rarchiduc par ses lettres signées de lui, contresignées Yerreiken, avec le visa dudit sieur président, ainsi en forme authentique , le confirme si expressément, qu'il ne le peut plus révoquer en doute sans déclarer son défaut de pouvoir pour obliger le roi d*Espagne , ou bien passer outre. Quand même il donnerait une nouvelle déclaration , il ne serait pas plus obligé qu'il est , Joint qu*en la demandant on mettrait en doute ce que nous devons tenir pour assuré , et la résolution des affaires en plus de longueur au lieu de Tavancer. Puis les Etats nous ont instamment priés de ikire ce voyage, Jugeant que nous devions être éclaircis et assurés de la volonté des archiducs avant que nous envoyer leurs députés : en quoi nous sommes si avant engagés, tant envers les Etats que pour Favoir mandé à rarchiduc , et reçu réponse de lui que ses députés se rendront le quatrième du présent mois à Anvers pour nous y attendre^ qu'il n*y a aucun moyen de changer d'avis sans gâter les affaires. Bien pouvons-nous demander cette nouvelle déclaration par écrit , lorsque nous aurons conféré avec ses députés avant que mander à ceux des Etats de venir, ni de consentir à aucune prolongation de trêve Jusqu'à la fin de ce mois de février, que chacun a Jugée nécessaire , en cas qu'on voie quelque assurance de traiter, mais non autrement, et, au défaut de ce , ou de nouvelles remises^ de nous retirer sans faire ladite prolongation, et rapporter aux Etats ce que nous aurons foit , afin que la rupture, s'il la faut faire, vienne d'eux, non de nous. Bien devons-nous faire cet office , avant que nous séparer, de remontrer aux députés des archiducs le mal qui en doit arriver, afin que cette crainte et le désespoir d'obtenir d'autres remises, ou la trêve à meilleur marché, les contraigne de dire leur dernier mot, à quoi il est nécessaire de venir sans rien craindre, autrement on ne fera rien qui vaille ; car il a fallu user de grande conduite pour porter les Etats à ces résolutions précises, dont il y en a trop qui se départiraient volontiers si nous y aidions tant soit peu ou si nous devenions tièdes , n'y ayant que le respect de votre Majesté , et la créance qu'on a en ses conseils , qui les a conjoints tous à prendre cet avis , que plusieurs d'entre eux , lesquels craignent trap de rampre , eussent autrement rejeté.

Elle voit donc que ce n*est pas notre intention de pralonger la trêve pour les quinze Jours qui restent du mois de février, sinon aux conditions susdites , moyennant lesquelles on ne la saurait refuser sans donner soupçon qu'elle tend plutôt

à rupture qu*à conduit, encore que la virité soit bien que refuser toute prolongation servirait à avancer cette trêve, non à la rompre, lûnsi qu'elle nous écrit par ses lettres ; mais il noas faut contenter le goût de beaucoup de personnes qui n'ont toutes un même dessein , et ôter autant qu'on peut l'opinion qu'aucuns essaient d'im* primer qu'elle soit à présent plus désireuse de la guerre que de la trêve. Quant à la procura* tion que l'archiduc a obtenue du roi d'Espagne pour traiter en son nom , qui est du... , elle nous semble très-bonne, et n'estimons pas qu'elle ait été vue par delà , trop bien les deux agréations qui contenoient pouvoir de traiter avec des cod' ditions plus limitées que celle-ci : c'est pourquoi nous lui en envoyons la copie pour la faire voir et considérer à son conseil, afin que, s'ils en ju« gent autrement , nous suivions ce qu'elle nous commandera. On y peut bien faire cette diffi* culte, qu'entre les causes que le roi d'Espagne dit l'avoir mû à désirer la paix ou trêve à longues années, il met au narré le service de Diea, et sur la fi!i ajoute , en cas que les archiducs ne demeurent d'accord de la religion et des antres articles, et ne traitent par effet , qu'il entend demeurer en ses droits sans que cette procuration lui soit d'aucun préjudice; mais fi n'y a point de clause pour rendre nul ce que les arohiducs auront fait au nom du roi d'Espagne au cas qu'ils traitent; car au contraire le pouvoir leur en est donné sans aucune limitation, et sans y ajouter qu'à faute de fiiire rétablir la religion ou obtenir autres conditions , ce qui sera fait doive demeurer nul. On pourrait bien dire encore qu'en chose de si grande importance, comme pour consentir à remettre ses draits de souveraineté, il sefoit besoin , non d'une procuration en simple pla* card , mais de bonnes lettres-patentes scellées da grand scel et expédiées par l'avis du conseil; et cela a été dit il y a long-temps, et eux ont répondu que leurs expéditions n'ont point accoutumé d'être en autre forme , et n'en doit-on rien attendre de plus si on veut traiter. Aussi est41 vrai que les Etats ont passé par dessus cette difficulté par notre avis même, et sur le commandement que votre Majesté nous en fit dès lors que les deux premières agréations ftirent envoyées d'Espagne, n'y ayant en effet personne qui ne Juge le traité fait en vertu de telle procuration devoir être bon et valable, si les Etats se conduisent bien et conservent leurs amis, et au contraire que toutes les formes et solennités qu'on y pourrait ajouter ne serviront de rien si, la trêve finie et la guerre renouvelée, ils sont foibles et sans moyens pour se défendre. Toutefois si l'inclination de votre Majesté est qu'on

BU PAlÉStDlSNT ItiÀNNIN.

i^herchè exactement toutes choses , soit en cela et partout, nous prendrons toutes occasions pour suivre ses intentions.

Quant à ce qu'elle dit que le roi d'Espagne pourroit avoir révoqué cette procuration, et que si cela est le traité qu'on ferait en vertu d'icelle ne l'obligeroit pas, telle révocation, faite es mains des archiducs sans être signifiée aux Etats, ne leur fera aucun préjudice, bien obligera-t-elle les archiducs à ne la point employer, et le roi d*Espagne auroit action contre eux , et Juste occasion de s'en plaindre ; mais il ne laisseroit pourtant d'être bien obligé envers les Etats. Autre chose seroit si don Pedro ou autre, venant en Flandre lors qu'on penserait conférer et traiter, nous déclarait cette révocation de la part du rai d'Espagne , ou si on la faisoit ci-après à l'endroit des députés des Etats avant le traité conclu ; car tout ce qu'on ferait après seroit sans doute nul : mais cette crainte nous semble vaine; car les archiducs se garderont bien de rien faire contre la volonté du rai d'Espagne , et ne se mettront Jamais au danger de son inimitié. La crainte qui peut donc rester est qu'après le traité le roi d'Espagne fosse difficulté de le ratifier et approuver. Cet inconvénient peut arriver, mais nous disons premièrement qu'il sera obligé, veuille ou non , encore qu'il ne ratifie point; puis s'il veut faire la guerre nonobstant le traité, ou empêcher le commerce d'Espagne, ce traité aura rendu la cause des Etats plus juste et favorable qu'elle n'a encore été , et la sienne du tout injuste et odieuse. Les archiducs en demeureront offensés et mé» prisés s'ils ne s'en ressentent, non que nous espérions pourtant qu'ils se veuillent joindre avec votre Majesté contre lui : et ce qui est de plus grande considération, votre Majesté et le roi d'Angleterre, en vertu du traité qu'on doit faire avec eux le lendemain de la trêve conclue pour la garantir , seront obligés de les secourir, et n'y aura plus personne qui vous en puisse blâmer. Le roi d'Espagne même n'aura raison de s'en plaindre, puisque vous aviez promis de faire ce traité avant la trêve , et pour en faciliter la conclusion. Cette obligation sera aussi de grande efficace pour retenir le roi d'Angleterre en quelque devoir envers les Etats et votre Miyesté même, duquel autrement on ne doit rien espérer, mais plutôt craindre tout. Ce qu'on peut faire pour ne demeurer pas long-temps en incertitude de la volonté du rai d'Espagne , sera d'accourcir le temps de la ratification.

Nous craignons plus que toute autre chose que ks archiducs, n'ayant pouvoir de traiter ni désir de rompre, essaient de faire couler le temps inutilement, et tout cela par intelligence ayec le roi II. c. D. M. T. rv.

d'Espagne , et la faveur secrète du iroi d^Angleterre et de quelques-uns dans l'Etat qui craignent la rupture, et néanmoins n'osent proposer ni trêve simple, ni cessation d'armes pour cette année, qu'ils obtiendroient en effet y procédant ainsi. A quoi , s'il est nécessaire que nous nous opposions ouvertement, nous sommes délibérés de le faire, et nous senible que c'est l'intention de votre Majesté, pour le grand préjudice qui en aviendroit aux Etats, lesquels à présent sont bien résolus et unis; au lieu que si on vient encore à cette cessation, il y a danger que les défiances entre eux croissent , et enfin y mettent de la division : puis si l'archiduc et le roi d'Espagne tendent à ce dessein , sera pour exempter de péril leur flotte qu'ils attendent au mois d'août , sur laquelle les Etats désespérés du traité pourroient bien faire entreprise , et pour en tirer d'autres commodités. Nous avons prévu ces inconvéniens , et préparé tous les moyens que nous avons pu pour nous en garantir ; encore peut-on craindre, si les archiducs n'ont moyen de faire couler le temps et gagner la trêve pour cette année , que le roi d'Espagne prendra prétexte de rompre plutôt sur la religion que sur la liberté. Il est vrai que s'il le fait les Etats s'en remueront mieux, et par ainsi on craindra moins ses pratiques en cet Etat : outre ce que chacun croira que ce n'est qu'un prétexte affecté pour couvrir la révocation qu'il veut faire de la liberté par lui cédée; car par tous les endroits de la chrétienté il a fait connoftre que rien ne lui déplaisoit tant en ce traité que de quitter ses droits , et qu'en les conservant il eût fait bon marché du reste. Pour l'assemblée à Calais en cas de rupture, ce ne fut jamais notre intention d'en donner aucune espérance, sinon après que tout seroit rompu, et au cas que votre Majesté tdt priée de renouer par les archiducs , non par les Etats , qui le souffriront plutôt que de s'en rendre demandeurs, et qu'on vit aussi toutes choses préparées pour en espérer bon succès, comme il est contenu es lettres que le sieur Jeannin en a ci-devant écrites à M. de Villeroy, ce qui sembloit lors être approuvé et désiré par votre Majesté aux conditions susdites. C'est donc chose où il ne faut plus penser , du moins pour maintenant ; joint que si la rupture advient on aura assez de loisir pour adviser à ce qu'il faudra faire. Pour l'acte que demandent les Etats touchant leur souveraineté, le roi d'Angleterre en fait aussi refus; nous en demeurerons sur les espérances, et enfin nous garantirons de le faire. Aussi est-ce chose vaùie, et qui ne leur pourroit de rien servir , sans l'amitié et intérêt d'Etat, qui doivent plus obliger votre Majesté que toute autre chose, et à quoi

NÉOOGIATIOltS

ils se doivent aussi attendre et fhire ce qui sera requis de leur côté pour la ménager et conserver.

Nous ajouterons sur la fin de cette lettre une très-humble supplication en faveur des Etats, et pour le secours dont ils nous font tous les Jours instance et ont très grand besoin, ne craignant de répéter avec affection les instances que nous en avons déjà ci-devant faites, pource que nous le Jugeons tous les Jours de plus eu plus nécessaire pour éviter les désordres et confusions dont ils semblent être menacés , faute de paiement à leurs gens de guerre qui ont toujours été assignés et payés de cette gratification. Elle le considérera s*il lui plaît, et que sur le point de la résolution, et pour y avoir plus de pouvoir, il est du tout requis leur continuer ses bienfaits , alln que cette assistance leur relève le courage, et fasse bien espérer de ravenir,au cas qu'ils soient contraints de rentrer en guerre. Nous Jugeons même , quand les archiducs auront fait le traité, tant en leurs noms qu'au nom du roi d'Espagne, avec promesse de le faire ratifier dans quelque bref délai , qui ne peut être moindre que de deux mois, ils ne doivent aucunement amoindrir le nombre de leura gens de guerre, crainte que si ladite ra* tification n'étoit faite ils se trouvent désarmés et sans sûreté pour la trêve; et toutefois il est certain que pour se décharger de dépense, et aucuns peut-être à mauvais de>sein , ils seront d'avis, dès le lendemain du traité , et sans attendre la ratification d Espagne, de licencier partie desdits gens de guerre , et le feront par effet s'il ne plaît a votre Majesté contribuer encore quelque chose à cet entretènement durant ledit temps; car ib ont trouvé, par les derniers rôles des montres faites exactement et avec grande rigueur, qu'ils ont quarante-deux mille cinq cents hommes de pied et quatre mille deux cents chevaux , qui est une fort grande charge. Nous attendrons ce qu'il lui plaira ordonner par L^ retour de ce porteur, et cependant prierons Dieu , Sire, qu'il donne à votre Majesté et à sa royale famille tout heur et prospérité.

De La Haye , ce premier jour de février 1609.

Vos, rtC, P. J£ANN1N et RussY.

lettre de M. Jeannin à M. de Viiieroy, dudii Jour premier février 1609.

Monsieur ) je tiens véritable ce que me vous nandez du roi d*Angleterre touchant la trêve simple , et qu'il a été md des considérations touchées par vos lettres, afin d'a>oir seul la grâce d'une chose qu'il pensoit être autant désirée par le Roi que par lui. Je ne laisse pourtant de craindft les mauvais offices de ses ministres, autant

que J'en espère les bons ; si prometteDt4l8 de biea faire , et y sont comme contraints, pour n'avoir pu jusques ici contredire à nos avis avec efûcacc. Tant qu'ils continueront ainsi , nous nous louerons d'eux et serons bons amis, et néanmoiDi toujours aux écoutes pour nous garder détrt trompés; c'est ce que nous pouvons faire. Vous nous avez écrit par deux fois qu'il fklloit envoyer un précurseur à Bruxelles , soit en notre nom w des Etats, pour avoir déclaration par écrit du archiducs qu'ils consentent l'article de la liberté, selon qu'il est en notre projet. Or nous Tavoni déjà par les lettres du président Eichardot coo* Armées par celles de l'archiduc, et si eipressément , qu'il ne le saurait donner mieux. Je pen* sois néanmoins y envoyer M. de Préaux, ainsi que Je vous ai ci-devant écrit, mais les Angiiis ne le voulurent Jamais consentir. Et quant nu Etats , ils nous ont dit et répété plusieun (bii que l'affaire est en nos mains , et qu'ils ne lea veulent plus mêler, ni envoyer leurs députéioii aucun autre de leur part, s'ils ne sont awini par nous que les archiducs veulent accepter aa* tre projet en tous ses articles ; et à la vérité ccioi de la liberté accordé. Il n'y a rien qui pujse être mis en dispute. Sera donc à nousdeprcadre notre sûreté avant que la donner aux Ktiti et mander leurs députés; ce que nous ferons ane tout l'avantage et certitude qu'il nous sera po** sible. La trêve ne sera non plus pi^ongée jtf* ques à la fin du mois de février sans cette aM* rance, laquelle défaillant nous nous retireroai sans faire ladite prolongation. Y procédant toatefois ainsi qu'il est pour le mieux, nooij voyons cet inconvénient, que les Etats n'eov«^ ront pas leur réponse aux archiducs, maboofl la donneront, et par écrit, comme il est raijaa* nable; ainsi sera à nous de l'envoyer, et son* blera par ce moyen que nous soyons auteoft* la rupture. Or, on eût évité cet Inconvénient «♦ après avoir conféré avec les députés des arriû* ducs, et tiré encore quelque déclaration parécnt sur le point de la liberté, qui est ce que tons de sirez, on eût fait venir les députés des Ef^ pour en peu de Jours traiter sur le reste, afla qu'à faute de demeurer d'acoord, eux-œ^»* eussent rompu. Il est vrai qu'on peut craisdrt en ceci que les députés des Etats ne traiteot avct plus de longueur que nous, et qu'on leur pcr>o»* aussi plus aisément d'écouter d'autres ouveftwt»t au lieu qu'à présent Ils remettent tost en bsi mains, et disent leur présence n'être nécessairt. sinon pour passer le trairt €* signer : nsw P««' drons conseil sur le lieu, selon lesoccsrrences**

l'inclination que nous reeonDoltnMis aux A^ pour faire bien ou Bial ; flsalft je i^oui oam €11

DU PE£SID£NT JEANNtN*

difflcakés pour en recevoir votre avis et le suivre, poar le respect que je sais être dû à votre jugement.

Votre lettre me fait connoltre que Sa Mcyesté craint autant la rupture qu'elle désire la conclusion du traité : si est-ce, puisqu'elle en est venue si avant, qu*il est besoio de montrer de la constance et générosité en cette résolution; et il n'y a rien qui doive tant servir pour avoir la trêve, ni qui doive plus nuire, que d'en faire voir le repentir et la crainte de rentrer aux armes. Sa Majesté est jusques ici louée d'un chacun pour avoir conduit cette affaire avec une très-grande prudence et générosité, accompagnée aussi de prud^homraie et sincérité envers ses amis, pour la conservation desquels elle a méprisé la grandeur que tous les potentats de la chrétienté semblent redouter, et cela l'oblige d'y persévérer. Ce n'est pas que je ne tienne toujours la trêve plus désirable et utile pour les États et pour nous que la guerre, dont les uns et les autres sont las, quelque bonne mine qu'ils fassent; et poar cette raison il est certain que , la rupture £ute, ils seront désireux de renouer, et y aura encore moyen de faire que Sa M^esté soit arbitre de quelque traité si elle le désire; sinon 11 faudra essayer de diriger les affaires au conseil quelle approuvera le mieux, pour ne plus faire de grandes dépenses, eC se précipiter en de grands hasards sansespérance de profit. Je considère bi^ ce qui est contenu en la lettre écrite de votre main ; j'en ai communiqué au prince Maurice qui est bien disposé, et n'omettrai rien pour en faire profit; encore n'ai-je perdu l'espérance que le roi d'Espagne consentira de traiter, même si toute autreespérance Uù e>t ôtée, à quoi on doit tendre de toutes parts. Le sieur fiarneveldt fait toujours bien, et continue de m'assurer de sou amitié, et de suivre mes conseils. M. le prince Maurice y veille et moi aussi, et vous assuj'e que je ne serai trompé de qui que ce soit, faute de soin et d Savoir la déûaoce requise pour me garder de l'être. Encore inoportunons-nous Sa Majesté pour le secours. Croyez, monsieur, qu'il est besoin de le continuer, ou que le refus fera du mai, soit à cause du lioencienaent des gens de guerre qui en aviendra, ou de ce qu'on perdra ici l'espérance que chacun avoit conçue de la libéralité de Sa Majesté envers les Etats, laquelle sert beauccup pour leur donner courage et les rendre plus enclins à suivre nos conseils, même en un temps où il est oéeessaire que cette autorité et créance soit reconnue et respectée de tous. Aussi est*ce presque le priacipel sujet du voyagedece porteur, que voua ooug renverrez, s'il vous platt, incontinent 4 Aavers.

Quant à ce qui est arrivé entre M. le prince Maurice et M. Winood, je pensois le vous avoir écrit. Ce fut au conseil d'Etat où ledit sieur Winood, essayant de persuader la trêve, dit qu'elle ne pouvoit faillir d'être assurée, puisque son maître et le roi de France s'en rendoient garans; à quoi ledit sieur prince Maurice répondit que les grands rois n'épousent pas toujours avec passion la vengeance et réparation des torts et offenses que reçoivent leurs amis, et ont bien souvent des considérations d'Etat qui leur font dissimuler les outrages qu'on fait à eux-mêmes et à leurs sujets : ce qu'on a bien vu depuis peu de temps au roi de la Grande-Bretagne, lequel a souffert qu'on ait entrepris de perdre lui^ sa femme et ses enfans, et les principaux du royaume, et su d'où procédoit cette conjuration, faisant assez connoitre qu'il entendoit parler d'Espagne, et néanmoins que ledit sieur Roi n'a laissé depuis d'en rechercher l'amitié, et de publier qu'il étoit bien assuré le mal n'être venu de cet endroit j et y ajouta encore de colère, sur les répliques dudit sieur Winood, quelques propos que l'autre interrompit comme s'il eût voulu blâmer son maître de lâcheté et faute de courage, dont ledit sieur Winood donna aussitôt avis en Angloterre. Sur quoi ledit sieur Roi écrivit une lettre aux Etats pour se plaindre dudit sieur prince; mais elle fut retenue , et ledit sieur prince , pour apaiser la colère de ce Roi irrité , requis de lui écrire une lettre pour s'en excuser, ce qu'il a fait, dont il est demeuré aucunement content, mais non du tout. On a essayé de nous celer ce que dessus; nous en avons néanmoins su l'histoine entière. Les propos ordinaires du prince Maurice entre ses familiers sont que le roi d'Angleterre aime mieux l'Espagne que la France , et seroit tout-à-fait espagnol s'il ne craignoit la révolte de ses sujets. Ainsi est certain que nous pouvons prendre plus d'assurance de la foi et amitié du prince Maurice que de tout antre, et s'il se veut donner de la peine, et contraindre un peu pour être plus populaire qu'il n'a été jusques ici, et suivre aussi le conseil que je lui ai donné, il surmontera tous les autres en créance et pouvoir envers ces peuples, ie suis si exCrémenoent désireux de sortir de ce lieu , que si tout est rompn je suis résolu seulement demeurer quinze jours ou trois semaines au plus ici pour échauffer le courage de ceux qui conduisent les affaires, les faire résoudre aux contributions, et prendre tous les conseils que Sa Majesté jugera pour le mieux. Si au contraire le traité est conclu, M. de Préaux ira trouver Sa Majesté d'Ajivers, pour lui donn^ avis de ce que nous estimerons dievoir être £ait, pour recevoir pixunpteai€»t ses CjmnwidraMM

N^GOCtÀTIONâ

et partir aussitôt; voUs assurant qu*en Tun et eh Tautre cas il est besoin, avant que partir, y laisser quelque bon ordre , et jeter si avant les fondemens de l'autorité du Roi en ce pays, qu'il ne soit pas 'aisé de la déraciner après. Je prie Dieu, monsieur, qu'il vous donne en parfaite santé trèslongue et heureuse vie.

De La Haye, ce premier de février 1 609.

Votre , etc. , P. Jeanmn.

Lettre dudit sieur Jeannin à M. le duc de Sully ^ dudit jour premier février 1609.

Monsieur, il n'y a que trois Jours que je vous ai écrit, et nous faisons à présent cette dépêche au Roi par homme exprès , depuis avoir reçu ses lettres du dix-neuvième du mois passé , qui nous furent rendues le trentième du même mois, tant pour le secours dont les Etats continuent leur instance , que pour nous excuser de ce que nous ne suivons ponctuellement la conduite qu'il nous ordonne par ses dernières lettres , même en ce que Sa Majesté désiroit que quelqu'un fût envoyé à Bruxelles, afin d'être assurés par écrit de la volonté des archiducs et de celle du roi d'Espagne sur le point de la liberté, avant que d'aller nousmêmes à Anvers pour conférer avec leurs députés. G'étoit bien mon intention d'y envoyer M. de Préaux il y a plus de vingt Jours, non tant pour cette considération que pour mettre l'archiduc hors de toute espérance de la trêve simple et d'obtenir nouvelles remises, et par ce moyen le préparer et mieux disposer de dire son dernier mot sur notre traité; mais les Anglais ne le voulurent Jamais consentir, et fus contraint de faire cet office par lettres à M. de Berny, et d'autres que j'écrivis à M. le président Richardot. Mais quanta demander derechef cette déclaration par écrit sur le point de la liberté , je ne l'estime pas nécessaire, pource que l'archiduc, en confirmant la lettre que ledit sieur président nous a écrite sur ce sujet, le déclare si expressément, qu'il n'y peut à présent rien lyouter qui soit de plus grande efficace, sinon de traiter. En effet, nous craignions aussi qu'en demandant une autre déclaration on ne mtt en doute la première.

Davantage, il nous sembloit que l'envoi de ce précurseur eût retardé notre voyage et l'avancement de l'affaire que nous voulions finir. Puis les Etats nous ont tellement pressés d'y aller nous-mêmes, que nous ne leur avons pu refuser, et y étions déjà engagés, tant envers eux que l'archiduc , lorsque les lettres de Sa Majesté nous ont été rendues; lesdits sieurs des Etats nous ayant aussi dit qu'ils laissent cette affaire entre nos mains , avec résolution de ne point envoyer leurs députés que nous n'ayons pris assurance

nous-mêmes des archiducà quils entendent àC' corder non-seulement l'article de la liberté, mais tous ceux qui sont contenus en notre projet, qu'ils ont accordés et consentis de leur part. Et, à la vérité, les archiducs consentant à celui de la liberté, tant pour eux que pour le roi d'Espagne, il n'y a difficulté es autres articles qui puisse être cause de rupture; car ledit sieur pré> sident Richardot en eut la copie avant son dé> part de ce lieu, et en tut conféré fort particulièrement entre nous, en sorte qu'il en demeura content; depuis lequel temps rien n'a été changé qui soit considérable et nous puisse tenir en dispute. Nous avancerons beaucoup plus si nous pouvons tirer un consentement des archiducs sur tous ces articles , ce que nous essaierons de faire et de prendre le plus d'assurance qu'il nous sera possible , avant que mander les députés des Etats, ni prolonger la trêve jusques au dernier de ce mois; et si nous ne le pouvons obtenir, nons nous retirerons, non en déclarant précisément la rupture que nous laisserons faire aux Etats lorsque nous serons de retour, mais bien en témoignant aux députés des archiducs notre regret de n'avoir pu achever ce bon œuvre, et leur prédisant plutôt cette rupture qu'en la faisant ou dénonçant. Aussi est-il besoin d'y venir si on ne peut traiter à ce coup, car toute remise seroit dommageable, et ne doit-on plus penser à la trêve simple qui eût été aussi l)onne que l'autre au commencement, et la faisant à la suite de la première, si on n'eut point tant disputé sur l'article de la liberté ; mais on la doit à présent du tout rejeter en l'état auquel sont les affaires , et pour n'en laisser aussi le gré au roi d'Angleterre^ qu'on dit l'avoir fait proposer le premier en Espagne, et par ce moyeu a été cause des difficultés qui sont survenues d^ puis. Davantage, il est certain que rien ne peut induire le roi d'Espagne et ses ministres qui ont son dernier mot , à le dire et déclarer, sinon qu'ils voient les Etats et leurs amis résolus à ce conseil de conclure sans remise on de rompre. Puis le Roi s'en est déclaré si avant, qu'il ne peut plus changer de langage sans amoindrir l'honneur et la créance.que sa conduite en cette affaire lui a acquis jusques ici envers un chacun : Joint que si cette rupture avient, les uns et les autres ont montré un si grand désir à faire cesser cette guerre , qu'en conservant l'autorité et la créance que Sa Msgesté a envers les Etats, il sera sans doute recherché par les archiducs pour renouer, et aura encore le choix de prendre nouveau conseil si bon lui semble.

Je vous supplie très -humblement, monsieur, que vous m'excusiez si nous importunons encore le Roi pour le secours dont les Etats nous foAt

BU PEESIDBNT JEAIfNIN.

nne instance fort pressée , et en ont aussi trèsgrand besoin pour conserver tous les gens de guerre, dont ils licencieront sans doute une partie si ce secours duquel ils avoient accoutumé de les payer vient à manquer, et reconnoissent que Sa Majesté est lasse de leur continuer sa libéralité, lors même que, pour leur élever le courage et les rendre plus enclins à suivre le conseU qu'elle leur donne, il est besoin qu'ils prennent une plus grande assurance de son amitié et assistance. Considérez - le , s'il vous platt, monsieur, et que ces dernières dépenses sont celles dont on se souvient le plus , et qui rendra l'obligation parfaite et entière. Je sais que vous le saurez très-bien considérer, et nous en attendons la réponse à Anvers par ce porteur^ d'où je vous donnerai avis incontinent de ce qui aura été fait, et demeurerai toujours, monsieur, votre , etc. , P. Jeànnin.

A La Haye, ce premier Jour de février 1609.

Lettre de M. le président Richardot à messieurs les ambassadeurs de France et d* Angleterre, dudit jour premier de février 1609.

Messieurs, je vous écris ces deux mots par ce courrier exprès, seulement pour vous assurer qu'en suite de mes précédentes nous serons, Dieu aidant, mercredi prochain, quatrième de ce mois, à Anvers, où nous vous attendrons pour le temps que nous avons concerté. Et comme il ne restera de notre trêve que sept ou huit jours, je ne fais pas de doute que vous apporterez quant et vous une continuation, pource qu'il seroit mal que, vous étant avec nous travaillant à nous mettre en paix , s'usassent d'une part ou d'autre d'actes d'hostilité. Et en tous événemens, comme la saison ne permet pas qu'on sorte en campagne avant le mois de mai, il seroit mieux, pour ne recommencer si souvent , que l'on la fasse jusques à la fin du mois d'avril. Et me recommandant bien humblement à vos bonnes grâces, je prie le Créateur vous donner à tous, messieurs, longue et heureuse vie.

De Bruxelles, ce premier Jour de février 1609.

Votre, etc. , Le président Righàbdot.

Lettre de M, de Villeroy à M, Jeannin , du deuxième février 1609.

Monsieur, puisque M. de Bethune doit être porteur de la présente, je ne vous écrirai pas grandes nouvelles, car il saura vous rendre bon compte de toutes choses, joint qu'il n'y a que trois jours que je vous ai renvoyé Picault , par lequel je vous ai amplement écrit. Vous saurez seulement que nous reçûmes hier au soir des lettres d'Espagne par un courrier qui a passé en

Flandre, accompagné d'un autre qui est allé en Angleterre, par lequel l'on nous mande (ces lettres sont du vingtième du mois passé) , que les conseils du connétable de Castille et de ses adhérens avoient prévalu sur les autres, nonobstant les raisons et remontrances du confesseur des archiducs, et partant que tout tendoit à la guerre; que l'on avoit créé quatre-vingts capitaines pour lever et assembler des gens en Espagne, dont ils composent trois régimens; l'un sous la charge de don Alphonse Pimentel, l'autre sous celle du fils bâtard du marquis de Las Naves, maître d'hôtel du roi d'Espagne, et le dernier de don Louis Fayardo. Mais on estime que ce dernier passera et sera employé aux Indes, à l'effet de quoi ils font construire à La Havane dix ou douze navires pour renforcer leur armée de mer, qui est composée, y comprenant ceux de l'escadre de Biscaye , et les autres qui sont commandés par ledit Fayardo, de trente-cinq ou quarante vaisseaux avec les particuliers dont ils pourront se servir. Us font état aussi de tirer d'Italie deux régimens italiens de trois mille hommes chacun, et quatre mille Espagnols, vieux soldats , qui sont au royaume de Naples et en Lombardie, et se promettent que toutes lesdites forces seront prêtes à marcher dans le mois de mars; mais il s'y trouvera du mécompte, tant au nombre qu'au temps, de plus de la moitié de ce qu'ils en publient. Quant à moi, j'ai toujours opinion qu'ils font toutes ces démonstrations pour intimider le monde et parvenir à leur trêve simple. Ledit confesseur étoit encore là retardé, ainsi que l'on écrit, sur l'arrivée de quelques nouvelles dépêches des archiducs, et qu'il doit revenir plus chargé de promesses d'une grande assistance d'argent et d'hommes pour faire la guerre, que de résolution favorable pour la paix ou la trêve; qu'ils ont assuré l'envoi de cinq cent mille écus par la voie d'Octavio centurion , outre le million qu'ils ont fait passer par Gênes, et outre cela donné trente mille ducats pour achever quelques navires commencés à fabriquer à Dunkerque , et néanmoins qu'ils feront tout ce qu'ils pourront pour faire prolonger la cessation d'armes, afin de pouvoir plus commodément dresser lesdits préparatifs, et mieux surprendre leurs ennemis.

Voilà ce qu'on nous écrit d'Espagne, et que les trois derniers courriers que les archiducs y ont envoyés n'ont passé Irun , leurs dépêches ayant été portées par d'autres , afin de mieux couvrir le sujet d'icelles : ce que j'interpréterois, s'il étoit vrai, à signe que ceux qui gouvernent les affaires veulent prendre des résolutions secrètes qu'ils ne désirent être traversées par leurs

5Cd

KEGOCUTIONS

contraires : à quoi H fant que nous voyions clair dans peu de Jours; mais j*ai opinion, ou que lesdits Espagnols changeront d'avis, ou qu'ils perinettront sous main aux archiducs de se dispenser de traiter en leur nom , à la charge d en faire les courroucés et déplaisans au commencement , et cependant d'en tolérer après l'exécution; mais je ne sais si telle voie seroit sûre pour les Etats, et si nous devons leur conseiller de s'en contenter. Le sieur Aërsens iils la rejette fort, et certes je crois aussi qu'elle seroit défectueuse en cette forme, si elle n'étoit récompensée par quelques déclarations de la part desdits archiducs, faites es mains et sous la foi et caution des deux rois, par lesquelles ils s'obligeassent, en cas de contravention de la part d'Espagne, d'en faire la réparation convenable, jusqucs à joindre leurs armes à celles desdits rois et Etats pour cet effet, s'il en étoit besoin. Monsieur, il est certain que l'Espagne a besoin de repos autant et plus que les autres, et que le duc de Lerme et ceux qui gouvernent le désirent avec passion ; mais la seule honte les retient d'accorder ce qui est nécessaire et a été proposé pour l'obtenir, de façon que si nous ne trouvons moyen de les garantir de cette vanité, il ne faut pas espérer qu'ils s'accommodent. Je prie Dieu , monsieur, qu'il vous conserve en parfaite santé.

De Paris, ce deuxième jour de février 1609.

Monsieur, de;^uis la présente écrite, j'ai appris que don Pedro de Tolède a reçu commandement, par ce dernier courrier venu d'Espagne, de prendre congé du Roi et retourner en Espagne, sans nous faire autres propositions que les premières; sur toutes il doit s'arrêter à celle qui regarde le mariage du second fils d'Espagne avec madame Chrestienne , pour parvenir à la séparation des archiducs et ce qui en dépend avec l'Espagne; mais cette redite sera Inutile à l'endroit du Boi , car il est homme à un mot, 4*omrae sera toujours , quand il sera question de vous obéir et servir , votre, etc.,

DE Neufvîlle.

I^Ure de M. Jeannin à M. de Villeroy, dudil jour deuxième février 1609.

Monsieur, j'ai retardé ce porteur un jour pour obtenir des Etats déclaration au pied de nos articles, qui contienne qu'ils les ont accordés, et donné par écrit leur résolution aux sieurs ambassadeurs des rois Très-Chrétien et de la Grande-Bretagne , afin que les archiducs soient obligés de leur en donner autant , et par écrit aussi; à faute de quoi ils n'entendoient envoyer leurs députés, ni entrer en aucune conférence

pour passer ce traité. Il y a déjà plus de dix joui-s que j'y travaillois, tant avec les députés d'Angleterre qu'avec ceux qui ont la conduite des affaires ; mais , encore que Je n'y fusse contredit ouvertement , on y apportolt tant de longueurs que je n'en espérois rien lorsque je vous écrivis le jonr d'hier. Or, en ayant derechef parlé au sieur Barneveldt le même jour , je réchauffai et animai en sorte qu'il me promit de le proposer le lendemain aux Etats comme de luimême ; ce qu'il a fait de si bonne façon, qu'ils l'ont accordé selon la copie que je vous envoie avec cette lettre. Nous emportons encore l'acte signé par le greffier des Etats, dont je vous ai pareillement envoyé copie par l'homme de M. Aërsens. Les deux ensemble nous serviront beaucoup pour presser les archiducs de dire leur dernier mot , et se départir de toute autre espérance s'ils en ont encore : et qui y doit plus servir aussi que toute autre chose, sera que Sa M^yesté continue toujours en la résolution qu'elle a prise, et avec même constance et générosité, comme elle peut faire sans donner soupçon qu'elle désire la rupture, mais plutôt faire connoître que c'est pour accélérer la conclusion de ce traité, qui ne peut être fait autrement ni endurer aucune nouvelle remise pour l'avenir.

Nos poursuites envers les archiducs pour les presser seront fondées sur ces mêmes considérations, qui en effet sont véritables, cumrae elles ont été en ce lieu sur la crainte de les diviser si on eût admis autre proposition et ouverture : ce que nous faisons pour ne leur donner aucune impression que Sa Majesté soit changée et désireuse de la guerre, laquelle seroit causa d'effaroucher plusieurs députés de l'assemblée générale, lesquels ne peuvent ouïr parler de rupture qu'avec frayeur et déplaisir, et néanmoins n'osent rien dire au contraire de notre projet, depuis leur avoir déclaré qu'il n'y a autre moyen pour en sortir avec avantage pour eux , et les avoir aussi assurés du secours de Sa Majesté, si leui*s ennemis sont cause de la rupture, non eux; ce qui a relevé le courage aux plus timides, et rendu les autres plus respectueux à suivre nos conseils. Et , à la vérité , sans l'offre de ce secours, j'eusse craint, la trêve rompue, qu'ils n'eussent fait autre chose que demeurer sur leurs gardes sans rien entreprendre; au lieu qu'étant par le moyen d'icelul encouragés à reprendre les armes avec vigueur, les archiducs en auront crainte , et seront contraints de recourir à Sa Majesté, pour renouer, qui sera encore en état de prendre nouveau conseil. Il me semble donc , si la rupture avient , que je dois retourner ici pour juger de l'incUnation des £tatB;

BU PB^SIBBNT lEANNIN,

▼olr le conseil qu'ils voudront prendre, et aider à filtre qu1l soit l>on; car qui s*en iroit , lors ils pourroient entrer en appréhension qu'on les veut abandonner, et accepter pis que ce qu*ils auroient refusé. Aussi est-il certain que retourner et passer à l'instant de la rupture vers les archiducs pour essayer de renouer seroit sans profit , et n'en fiiut rien espérer de bon jusques à ce que la conduite et résolution généreuse des Etats lui donne quelque frayeur; joint que, sans avoir bien reconnu l'Inclination et volonté des Etats pour s'assurer de Tissue de ce dessein , il seroit mal à propos de le faire.

Il me semble aussi que cet avis de votre dernière lettre n'est conforme à celui qui est contenu en celles de Sa Majesté, qui nie fait Juger que l'événement de cette affaire, et la crainte de la rupture, tient l'esprit du Roi et de ses principaux ministres en grande anxiété et souci, qui n'est sans raison, pource que le renouvellement de cette guerre pourra être suivi de grands dangers et inconvéniens que la trêve feroit éviter; mais Sa Majesté n'a pu prendre jusques ici plus louables et sages conseils qu'elle a fait, et en sortira plus tôt en continuant , que si elle se relâchoit tant soit peu , pourvu que les Etats fassent de leur côté ce qu'ils ont promis , comme je l'espère, qui est de retrancher toute autre espérance au roi d'Espagne , me souciant peu du roi d'Angleterre, qui, à mon avis, n'a assez de créance pour y faire du mal quand il voudroit. Bien me déflé-je, quelques bonnes paroles que donnent ses ministres, qu1ls ne procèdent pas sincèrement, puisqu'il y a toujours du malentendu entre Sa Majesté et le roi d'Angleterre, ainsi que Je le reconnois par vos lettres , outre la jalousie et haine naturelle qui n'est pas près de cesser. Puis , à bien considérer ce que fait Sa Majesté, et l'offre même de secours, elle ne peut être prise par le roi d'Espagne , ni par les archiducs pour un désir de rompre, ni pour déclaration de mauvaise volonté , quand ils seront bien informés de quelle façon elle a été faite ; car c'a été lorsque les Etats refusoient d'accepter notre projet qu'on leur dit les deux ensemble , à savoir qu'elle les abandonneroit s'ils ne suivoient son conseil ; comme au contraire eux s'y soumettant, et les archiducs refusant d'accomplir ce quHIs ont promis , tant en leurs nomsqu*au nom du roi d*Espagne, elle leur donneroit secours, étant obligée d'y procéder ainsi afin d'avoir plus d'autorité et de créance pour leur persuader le premier dont ils étoient fort éloignés, et pour n'avoir Jamais cru qu'on dût faire difficulté, du côté d'Espagne, d'effectuer ce que les archiducs ont promis , quelques mauvais bruits qu'on ait

fait courir au contraire. Je suis, monsieur, votre, etc. , P. Jeannin,

A La Haye, ce deuxième février 1609.

Lettre de messieurs les ambassadeurs de France et d'Angleterre à M, le président Hichardot, du 4 février 1609,

Monsieur, la résolution des Etats est si précise de sortir à ce coup d affaire, ou de n'y plus penser, qu'on ne doit attendre d'eux au une prolongation, sinon autant qu'il sera besoin pour conclure et traiter ; car sur ce que nous leur avons représenté que la trêve étoit près de finir, et qu*il ne restera que sept ou huit jours lorsque nous serons à Anvers, lesquels ne peuvent suffire pour achever cet œuvre, ils nous ont permis d'en faire la prolongation jusques à la fin de ce mois, mais non plus outre, et encore avec prière que ce ne soit sinon au cas que nous ayons la même assurance de leurs altesses pour traiter qu'eux nous Tont donnée, ainsi que vous entendrez plus particulièrement de nous lorsque nous serons à Anvers, qui sera. Dieu aidant, samedi prochain : auquel lieu si nous vous trouvons autant enclin et disposé à achever ce traité que nous y apporterons de bonne volonté de notre part, Tissue en sera heureuse; et si le contraire avient , nos rois en auront un très-grand déplaisir, et nous en particulier peu de gré de notre travail. Nous y allons toutefois en meilleure espérance, et avec désir de vous servir de même affection dont nous vous baisons bien humblement les mains, et prions Dieu , monsieur, qu'il vous donne eu parfaite santé heureuse et longue vie.

De La Ha3'e, ce quatrième février 1609.

Vos, etc., P. Jeajnnin, Bussy, Ri. Spengeb ^

Rodolphe Winood.

Lettre de M, de Villeroy à M, Jeannin^ du huitième février 1609.

Monsieur, depuis vous avoir écrit le 30 du mois passé par le courrier Picault, et le deuxième et quatrième du présent par M. de Bethune, nous avons reçu lettres d*Espagne du 27 et 29 du mois passé, par lesquelles nous avons appris qu'enfin le conseil dudit pays a pris résolution d'accepter la trêve pour dix ans, aux conditions de renoncer à la sjuveraineté pour le temps que durera ladite trêve, sans faire instance du rétablissement de la religion , pourvu que les Etats et leurs sujets se départent entièrement du commerce et des voyages des Indes. Voilà ce que l'on nous en mande, à quoi vous pénétrerez bientôt, après que vous aurez commencé votre 1 conférence à Anvers, à laquelle on dit ici quo

HEGOGIÀTIONS

VOUS étiez attendu le sixième de ce mois. Et puisque lesdits Espagnols ont franchi le saut de ladite souveraineté, nous voulons croire qu'ils s'accommoderont aussi pour le reste. Mais il faut craindre qu'ils en prolongent et retardent la résolution pour gagner cette année ; car il est certain qu'ils n'ont a présent moyen de recommencer la guerre y tant leurs soldats en Flandre sont mal contens par faute de paiement , ont peu d'argent pour y pourvoir, et de temps pour en lever d'autres pour les renouveler et renforcer.

Or, nous n'estimons pas ici que ces messieurs consentent que ladite renonciation ou déclaration de liberté soit limitée au susdit temps de la trêve , ni de quitter lesdits commerces ou voyages des Indes ; sur quoi vous nous ferez plaisir de nous faire savoir au plus tôt leur délibération. Mais comme les archiducs n'auront pouvoir de les contenter en cela , il faudra qu'ils renvoient en Espagne, et que l'on en attende la réponse, avec quoi ils iront prolongeant ainsi les affaires quasi insensiblement, et malgré que vous en ayez. C'est le jugement que nous en faisons, duquel le Boi m'a commandé vous donner avis, sans y ajouter autre chose que mes recommandations très-affectionnées à votre bonne grâce, et la prière que je fais à Dieu , monsieur, qu'il vous conserve en parfaite santé.

De Paris, le huitième jour de février 1609.

iLesdites lettres d'Espagne ajoutent que la trêve étant faite , Ton translatera en Portugal les archiducs, et que les Espagnols reprendront le gouvernement entier des Pays-Bas, et veut-on que nous croyions que le confesseur desdits archiducs a accepté de leur part ce parti ; mais certes je ne le crois pas, toutefois j'ai bien voulu vous foire savoir ce que l'on nous a écrit.

Votre , etc. , de Neuf villb.

Autre lettre dudit sieur de Villeroy audit sieur JeanniUy dudit jour huitième février 1609^ écrite de sa main.

Monsieur, j'ajouterai ce mot à ma première lettre sur le retardement de M. de Bethune, pour vous confirmer ce que je vous mande par l'autre du partement de don Pedro de Tolède, et d^ la contenance que les Espagnols font de leur résolution à la guerre, de façon qu'il nous semble que ces messieurs doivent aviser à leurs affaires sans y perdre du temps davantage. L'on dit toutefois que le confesseur est en chemin, et qu'il faut en attendre la venue devant que tenir les choses pour rompues. Etant en Espagne, il s'est conduit en habile homme ; car, voyant qu'il ne pou voit leur faire approuver la trêve, il les a pressés de donner aux archiducs de quoi faire la

guerre comme il convient. A quoi certes il leur est difficile de pourvoir cette année , tant ils sont dégarnis d'argent et d'hommes : ce qui fait croire qu'enfin ils ne seront si mauvais qu'ils pubUeot, et qu'ils promettront aux archiducs d'entendre à quelque expédient qui serve à les délivrer des dépenses de la guerre , avec le moins de honte pour eux et la nation que faire se pourra. Néanmoins si ces messieurs prennent les choses au pis, ils y seront moins trompés. M. de Bethune vous dira sur cela le conseil que notre Roi leur donne, duquel je vous ai^ par mes précédentes, touché ci-devant quelque mot. Je m'en remettrai donc à lui^ et vous reconmianderai ce qui le touche, c'est-à-dire l'entretènement de son régiment et sa personne , et je saluerai vos bonnes grâces de mes très-a^ectionnées recommandations, en priant Dieu , monsieur, qu'il vous conserve en bonne santé.

De Paris, le huitième février 1609.

Votre, etc. , de Neufviixe.

Lettre de messieurs les ambassadeurs de France et d^ Angleterre y écrite à messieurs les Etats le douzième février 1609, trois jours après leur arrivée à Anvers.

Messieurs , les vents contraires sur la mer, et l'incommodité des chemins et da mauvais temps par terre , nous ont empêchés d'arriver ici plus tôt que le neuvième au soir, où nous filimes reçus avec toutes sortes d'honneurs et de courtoisies, tant par M. le marquis Spinola et les autres députés des archiducs, que par les magistrats de la ville. Le lendemain fut employé à faille et recevoir des visites, sans traiter d'affaires jusques au jour d'après qui fut hier ; auquel Jour nous étant assemblés sur les dix heures du matin avec lesdits sieurs députés, leur fîmes entendre quelle étoit votre résolution sur les articles de la trêve, en quoi elle étoit différente avec le projet donoé à M. le président Bichardot , ensemble les raisons du changement en quelques articles, et qu'enfin il n'y a rien qui soit de considération pour empêcher le parachèvement de ce bon œuvre; les priant, s'ils désirent qu'on en sorte heureusement, de n'avoir plus recours à aucunes autres ouvertures ni nouvelles remises, et que vous, messieurs, étiez délibérés d'en sortir à ce coup, ou de n'y plus penser. Vous nous aviez à cette occasion donné par écrit votre consentement au pied des articles, et prié de retirer pareille assurance des archiducs, avant laquelle vous n'entendiez envoyer vos députés, et que lors vous le feriez non plus pour conférer, d'autant que vous aviez dit votre dernier mot, mais pour conclure et traiter. Néanmoins pource que la fin de la trêve

BU PBSSIBBNT JEANNIIT.

approchoit, et qu'on a bien prévu qu'ils auraient besoin de plus de temps pour conférer entre eux, et recevoir aussi les conunandemens des archiducs sur ce sujet, vous nous aviez permis de consentir à la prolongation de la trêve, si elle étoit requise par eux , jusques à la fin de ce mois, et non plus avant ; par ainsi qu'ils dévoient bien employer ce temps en sorte qu'ils nous puissent donner par écrit la résolution desdits sieurs archiducs dans le vingt-quatrième du mois, jusques auquel jour nous l'attendrons ici ; et si elle est conforme à la vôtre, nous vous l'enverrons, et prierons de faire venir vos députés en ce lieu , pour conclure et passer le traité; mais s'ils en font lors quelque refus, ou demandent nouveau délai, que nous sommes délibérés de nous retirer, pource que nous jugeons bien telles remises être recherchées à dessein et pour gagner le temps, non pour traiter sincèrement.

Leur réponse a été générale et en paroles honnêtes^ avec déclaration qu'ils en veulent aussi sortir promptement, ayant avis que le confesseur est parti de Madrid le vingt-huitième de janvier, et devoit arriver à Bruxelles dans le vingtième de ce mois au plus tard; montrant toutefois avoir déplaisir de ce qu'on les presse si fort : et pour leur faire mieux connoltre que ce n'est pas feintise , nous avons été d*avis de retenir au port les bateaux et navires, jusques à ce que nous soyons certains de la résolution qu'ils voudront prendre. Nous vous envoyons l'acte de prolongation de la trêve signé par les archiducs , afin que vous nous en renvoyiez autant au plus tôt ; encore ne pouvons-nous faire jugement au vrai du succès de cette affaire , si semble-t-11 qu'il y a quelque occasion d'en bien espérer ; au moins saurez- vous bientôt ce qui en doit arriver par la conduite dont nous usons : et cependant nous prierons Dieu , messieurs, qu'il vous maintienne en tout heur et prospérité.

D'Anvers, ce douzième février 1609.

Vos, etc., P. JsANNiN, RussY, Ri. Spenceb,

Rodolphe Winood.

Leiire de M, Jeannin à M. de Bameveldty dîtditjùur douzième février 1609.

Monsieur, le^ propos que nous tiennent les députés des archiducs nous doivent faire espérer bonne issue de cette affaire, sinon que ce soient artifices plutôt que vérité, dont peu de jours nous éclairciront ; car nous pressons la résolution, jugeant qu'il n'y a rien de pis pour votre Etat que demeurer encore quelque temps en l'incertitude en laquelle vous êtes. En voyant M. le pré* aident Richardot, il nous a parlé des contributions, et déclaré qu'on ne les peut plus lever

l'un sur l'autro sans hostilité ; et quand nous lui avons répondu que, par le projet écrit de sa main, il consent que les villages et hameaux demeurent au même état qu'ils étoient avant la première trêve, il réplique n'avoir pourtant entendu qu'on y commette des actes d'hostilité, et que telles contributions qui ne sont dues avec justice ne peuvent être levées , sinon par contrainte et avec la force, faisant ainsi ressentir aux plus foibles les injures et violences de la guerre. Souvenez-vous, s'il vous plaft, de ce que je vous en ai souvent dit et répété avant mon départ; je vois bien qu'ils seront pour insister sur cet article, et si ainsi est, outre l'intérêt général , M. le prince Maurice en aura un particulier ; à quoi il seroit bien raisonnable de pourvoir dès à présent sans attendre la conclusion du traité. Je vous en ai supplié plusieurs fois, je le fais encore de toute mon affection, et le juge autant juste pour la con^ sidérati<m de son mérite , que nécessaire pour vous maintenir tous en bonne union. Faites-le, monsieur, et croyez en ceci vos amis. C'est avec une très-bonne intention que je vous en donne le conseil, et de même affection que vous baise bien humblement les mains, et vous dirai de plus que le Roi a ordonné trois cent mille livres. J'écris encore pour faire accroître ce secours, s'il est possible. Je suis, monsieur, votre, etc.,

P. Jeannin.

A Anvers, ce douzième février 1609.

Lettre de messieurs Jeannin et de Russy au Roi, du douzième février 1609,

SiBE,

Les lettres de votre Majesté du 30 de Janvier nous ont été rendues par le courrier Picault, le 7 de ce mois, à Breda, sur le chemiki de cette ville, où nous ne sommes arrivés que le 9 au soir, tant pour la contrariété des vents sur la mer, et, après nous être remis en terre, pour l'incommodité des chemins et du mauvais temps. M. le marquis de Spinola et les autres députés des archiducs nous vinrent au devant, comme aussi les magistrats de la ville, lesquels nous ont fait toutes sortes d'honneurs et de courtoisies, et déclaré qu'ils attendent leur repos du soin qu'il plait à votre Majesté prendre pour faire cesser cette guerre. Le lendemain de notre arrivée fut employé à faire et recevoir des visites, et le jour d*hier à conférer avec les députés des arohiducs, auxquels nous avons fait entendre la résolution des Etats, montré ce qu'ils nous ont donné par écrit , et qu'il y a si peu de différence entre leur résolution et le projet mis es mains de M. le président Richardot, qu*ils ne peuvent plus différer ou refuser de traiter sans faire eonnoltre évideinmeut qu'ils

iriGoaiTioifS

n'eu ont Jamais eu volonté. Noua sommes làdessus entrés en discours du soin , de Tindustrie et patience dont il a fallu user envers les Etats pour les persuader, leur déduisant aussi les rai* sons du changement qui a été fait en quelques articles, et y ajoutant sur la fin que les Etats en veulent sortir à ce coup, ou n*y plus penser, ayant même arrêté entre eux de n^envoyer leurs députés jusqu'à ce que les archiducs nous aient donné par écrit, comme eux ont fait, qu'ils acceptent tous les articles de notre projet. Et pour ce qu'ils nous dirent que c'étoit leur prescrire nne loi trop rigoureuse, et qu'ils ucpouvoient aussi, en si peu de temps que la trêve doit durer, conférer entre eux sur ce sujet ni y faire prendre une dernière résolution aux archiducs, au moyen de quoi il étoit du tout requis de la prolonger, nous ayant ju^é leur demande raisonnable, on n'a pu empêcher cette prolongation. Il est vrai qn elle est seulement jusqu'à la fin de ce mois, et après leur avoir déclaré bien expressément que s'ils ne nous donnent la réponse des archiducs par écrit, conforme auxdits articles, dans le vingt-Kiuatrième de ce mois, que nous nous retirerions avec grand regret et déplaisir de ce que le soin de votre Majesté et notre travail auront été Inutiles. Et pour les mieux assurer que ce n'est pas feintise, nous avons fait demeurer au port près d'Anvers nos navires pour nous en servir au retour , ou , s'ils nous donnent la déclaration j|ue nous désirons, les renvoyer pour amener les députés des Etats, lesquels entendent y venir, non plus pour conférer , mais pour conclure et traiter.

Cette façon de procéder si précise nous a semblé nécessaire pour avoir reconnu d'entrée qu'ils affectent encore de nouvelles longueurs et remises. Ce temps en effet doit suflire*s'ils ont envie de traiter, non de tromper; car eux-mêmes nous ont dit que le confesseur partit de Madrid dès le vingt-huitième du mois passé, et qu'il pourra arriver à Bruxelles le vingtième de ce mois au plus tard. Puis il est certain qu'ayant ou ces nouvelles le neuvième par un courrier venu d'Espagne , ils sont à présent informés de la volonté du roi d'Espagne; nous croyons même qu'ils la savent dès long-temps , et qu'ils publient le contraire pour gagner temps, et avoir la cessation d'armes pour cette année, qui est le remède auquel les archiducs tendent au cas que ledit sieur Roi ne veuille traiter. Ils sont donc réduits à présent à la dernière nécessité de se déclarer, et faut qu'on découvre les Espagnols pour trompeurs, ou qu'ils traitent, attendu qu'il n'y a rien en ces articles qu'euxmêmes n'aient consenti et approuvé lorsqu'ils

étoient à La Haye. SI on peut Jnger quelqas chose de leurs paroles, il semble qu'ils en veo< lent sortir, et néanmoins leur conduite passés nous tiendra toujours en crainte et soupçon jusques à ce que tout soit fait. Nous leur avons rendu desi bonnes raisonsde l'instance presséequ« nous faisons pour achever , qu'à notre avis ils la prennent de bonne part. Votre Majesté trouvera peut-être mauvais la prolongation acoordée par nous jusques à la fin du mois; mais en la refti* sant on eût fait soupçonner qu'on vouioit rompre, et je sais qu'elle en est du tout éloignée, pois c'est pour conclure tout. Nous voyons que par ses dernières lettres, aussi bien que par les pré^ cédentes, elle continue toujours à juger qu'il étoit plutôt nécessaire d'envoyer ici quelqu'un pour obtenir une déclaration par écrit des archiducs touchant l'article de la liberté, que d'y venir nous-mêmes. Nous lui avons fait entendre nos raisons par la dépêche que lui a portée le sieurde Sainte-Catherine, ou plutôt l'impossibilité d'obéir à ce commandement, attendu que nous étions déjà engagés au voyage lorsque nous le reçûmes : joint qu'il eût peu servi d'avoir cette nouvelle déclaration sur l'article seul de la liberté, parce qu'on en a déjà autant, et qu'il y a assez d'autres articles sur lesquels on êùt pu contester pour remettre TafAiire en longueur oa rompre ; an lien qu'à présent nous prenons un chemin pour obliger les archiducs à tout, et finir tôt d'une façon ou d'autre.

Nous avons aussi mis par ce moyen l'affoire en nos mains , comme il étoit da tout nécessaire pour empêcher les longueurs dont les députés des Etats eussent usé en conférant eux-mêmes, et les fautes que la plupart d'entre eux eussent faites crainte de rompre. En quoi il n'y a danger que d'un tel inconvénient représenté par ses lettres, qui , à la vérité , est de grande coDsidé* ration , à savoir que nous ne soyons tenus pour auteurs de la rupture si elle avient ; mais en nous retirant nous ne la ferons pas, bien déclarerons-nous aux députés des archiducs que nous la craignons : aussi est-il certain, quand les Etats eussent conféré eux-mêmes, qu'ils eussent voulu avoir notre avis avant que de rompre. Or chacun sait déjà que votre Majesté n'approuve point d'autre frève que celle de notre projet, qu'elle juge la longueur dommageable , et trouve mauvais qu'on continue la cessation d'armes pour cette année ; et néanmoins si la rupture absolue avient, ce sera pource que les Etats n'auront voulu accorder l'une ou l'autre, donton ne pourra dire autre chose contre votre Majesté, sinon qu'elle n'a voulu conseiller infidèlement ses amis, et en attribuera- t-on toujours la vraie cause A la

BU P1B8I01NT JIANNm.

tromperie et aux artifices des Espagnols. Nous insistons un peu à cette défense , afln qu'elle re» foive nos excuses, fondées plutôt sur la nécessité de l'état auquel étoient les affaires lorsque nous avons reçu ses commandemens, que sur nos raisons que nous jugerons toujours foibles et mauvaises quand elles ne seront approuvées par elle. Nous avons occasion de nous louer de la conduite des ambassadeurs d'Angleterre qui n'ont pins qu'un même sentiment avec nous , et veulent qu*un chacun le connoisse et en juge ainsi. Nous ne laissons de veiller et nous déûer de tout pour n*étre surpris. Nous prions Dieu, Sire, qu'il donne k votre Majesté, en très-parfaite santé, très-longue et très-heureuse vie.

D'Anvers, ce douzième février 1609.

Vos, etc., P. Jeannin et Russy.

Lettre de M. Jeannin à M. de Villeroy^ dudit jour douzième février 1609.

Monsieur, nous étions engages, avant qu'avoir reçu le commandement du Roi , pour envoyer plutôt ici que d'y venir : outre ce qu'il eût peu servi d'avoir une nouvelle déclaration des archiducs sur Tarticle de la liberté, car elle n'eût pas été meilleure que celle que nous avons déjà, et n'eût non plus empêché la longueur et rupture sur autres articles, dont on trouve toujours assez de prétextes. Or, étant venus en ce lieu, nous les réduisons à cette nécessité de dire leur dernier mot, et retranchons toutes remises; à qaoi il i^ut tendre qui en veut bien sortir. Nous eussions toutefois suivi le commandement du Roi, et votre avis s'il fût venu plus tôt; car je sais que vous voyez plus clair que nous, et que mon devoir est d'obéir sans opposer les raisons aux commandemens du maître.

Je n'ai encore vu le président Richardot en particulier, mais seulement en l'assemblée des ambassadeurs d'Angleterre qui se conduisent très- bien; si ne laissé-je d'en être en crainte quand je me souviens du passé, et me représente que Sa Majesté et le roi d'Angleterre ne sont assez bien ensemble pour croire qu'ils aient un même but et désir. Rien n'est toutefois omis de notre part pour les induire de continuer en cette bonne volonté, d'autant que cela sert à faciliter le succès des affaires, et ne diminuera en rien la gloire du Roi si elles vont bien , chacun jugeant que c'est lui seul qui fait tout par son autorité, et la créance qu'il a. Il nous faut encore quelques jours pour nous éclaircir de ce qu'on en doit espérer; mais leurs paroles sont très* bonnes, et me semble que l'instance pressée que nous faisons doit servir d'excuse aux archiducs pour traiter quand ils n'en auroient q^éme ^^

permission expresse. Ce mot est à la hâte. Les trois cent mille livres tournois viendront bien k propos aux Etats, et encore mieux, s'il plaisoit à Sa Majesté faire jusques à quatre cent mille U« vres tournois. Je suis» monsieur, votre, etc.,

P. Jbànnin.

D'Anvers, ce douzième février 1609,

Lettre dudit sieur Jeannin à M, le duc de Sully ^ dudit jour douzième février 1609.

Monsieur, je loue Dieu de votre convalescence, que j'ai aussitôt sue que votre indisposition. J'ai senti autrefois et souvent le môme mal , puis ne l'ai eu que parfois, et l'âge le diminue toujours; j'espère qu'il vous a viendra encore mieux, et le désire aussi, ou plutôt qu'en soyez guéri du tout. J'ai écrit au Roi par le sieur de Sainte-Catherine les raisons qui nous ont fait venir ici, et vous en ai aussi rendu compte. Je me promets que notre voyage fera plutôt du bien que du mal, les députés des archiducs voyant bien qu'il n'y a plus moyen de reculer, et qu'il est temps de dire le dernier mot. Leurs paroles sont bonnes, disent que le confesseur est par les chemins, qu'ils ont reçu nouvelles de lui , et espèrent bien du succès de son voyage. Je crois qu'ils en savent plus , et sont même du tout informés de la volonté du roi d'Espagne; ainsi, s'ils tendent h nouvelles remises, c'est un signe évident que le* dit sieur Roi n'approuve le traité, et qu'ils veulent seulement essayer , en prolongeant la trêve de temps en temps, d'obtenir la surséance d'armes pour cette année que les Etats doivent fuir, pource qu'enfin je craindrois qu'elle ne fût cause de les diviser et brouiller; comme au contraire, s'ils veulent traiter dès à présent, ainsi qu'ils disent et que nous les en pressons, comme vous verrez, monsieur, par les lettres du Roi, nous en devons bien espérer ; car en effet il n'y a rien en la résolution des Etats qui ne soit au projet donné à M. le président Richaixiot avant son départ de La Haye, ou le changement est si petit, qu'il ne doit empêcher le parachèvement de ce bon œuvre, dont j'espère toujours bien. Je suis, monsieur, votre, etc., P. Jeanmih,

A La Haye, ce 13 février 1609,

Lettre de M. de Villeroy à M. Jeannin^ du quatorzième février if 09.

Monsieur, don Pedro de Tolède s'en est allé et a pris congé du Roi le douzième après quatre heures du soir, et partit à la même heure, tant il avoit hâte de déloger. Quant à moi , j'ai cru qu'il n'a désiré que le confesseur le trouvât encore ici, et que nous apprissions par lui, en sa présence , que son &oi a changé de conseil sur

les affaires des Pays-Bas. Tant y a que ce bon seigneur, après avoir séjourné ici six ou sept mois, et avoir durant ce temps tenté par tous moyens la foi et constance du Roi envers ses alliés pour rébranler, s'en retourne comme il est venu ; car Sa Majesté n'a eu avec lui qu'un mot depuis sa deuxième audience jusques à la dernière. En celle-ci il n'a parlé aucunement à Sa Majesté ni d*alliance, ni des traités des Pays- Bas. Il n*a pas dit tout ce qu'il en pense , et ne doute point qu'en son ame il ne remporte plus de mécontentement pour son maître et pour lui, qu'il n'a voulu le montrer; cela ne nous étonne et change point. Si en Espagne ils ont cru et espéré , lorsqu'ils l'ont dépéché vers le Roi , faire faire à Sa Majesté un pas de clerc , c'est-à-dire chose indigne d'elle , et préjudiciable à ses affaires , ils ont mal connu notre maître , et se sont fort abusés. Ils ne s'en doivent prendre qu'à euxmêmes. Toutefois je ne doute point qu'en leur cœur ils n'en soient ulcérés , et partant ne recherchent ou embrassent les occasions de s'en venger; mais notre reconfort est qu'ils sont foibles, et que nous avons de quoi nous défendre , et même leur rendre ce qu'ils nous prêteront.

Ledit don Pedro n'a pour cela fait contenance à son départ d'être mal satisfait; au contraire , il a voulu que Sa Majesté crût qu'il s'en va trèsobligé à elle de la franchise et cordialité avec quoi elle a traité avec lui. J'ai estimé devoir vous informer de ces particularités pour vous en servir où vous êtes. Vos dernières lettres sont du vingtième du mois passé , et les nôtres du quatrième du présent, dont M. de Bethune a été porteur. Nous vous croyons à présent à Anvers, où nous estimons que l'on vous aura d'abord proposé une nouvelle prolongation de la cessation d'armes qui doit expirer demain , de quoi nous estimons que vous aurez eu peine à vous défendre; et toutefois nous croyons ici que vous ne tirerez jamais le dernier et bon mot de ceux auxquels vous avez affaire, que vous n'ayez coupé broche auxdites cessations; mais vous êtes sur les lieux pour mieux en juger que nous , et devons nous en rapporter à votre avis.

Nous estimons ici que Ton mettra peine de vous persuader la trêve simple pour vingt ans , sans faire mention de la renonciation de la souveraineté devant que de se déboutonner d'autre chose, et au refus de cela, que les archiducs offriront de traiter en leur nom sans parler du roi d'Espagne, et néanmoins vous donner pour lui toutes les assurances nécessaires, et, si vous ne vous en contentez, ils ne franchiront le saut pour ledit Roi, mais demanderont que cette déclara-

tion de souveraineté soit restreinte an temps que la trêve durera, et que les Etats s'abstiennent du tout de la navigation des Indes. Voilà l'ordre que nous avons entendu qu'ils doivent suivre en leur négociation présente; mais nous estimons qu'enfln ils s'accommoderont à votre projet si vous tenez bon et que vous abrégiez ladite cessation d'armes; car certainement ils n'ont moyen de faire la guerre cette année. C'est pourquoi ib feront ce qu'ils pourront pour la passer en négociations et remises si vous n'y donnez ordre. Nous avons pourvu à l'envoi de trois cent mille livres , qui a été un peu retardé à cause de Tiih disposition de M. de Sully, qui a été fort travaillé de la néphrétique , dont il est sorti depuis deux jours. Au reste je vous envoie un éloge fait sur la vie du Roi, qui a été assez bien reçude ceux qui l'ont vu , et salue vos bonnes grâces de mes très - affectionnées recommandations, en priant Dieu, monsieur, qu'il vous conserve en bonne santé.

De Paris, le quatorzième jour de février 1609.

Votre , etc. , db Nbufvillb.

Lettre dudit sieur Jeannin audit sieur de Villeroy, du seizième février 1609.

Monsieur, vos lettres du deuxième et quatrième de ce mois m'ont été rendues aujoardhoi même par ce laquais auquel M. de Bethune les avoit données à La Haye ; et le même jour M. de Bemy, qui est en ce lieu , m'a aussi donné celle du huitième. Je n'ai rien pour le présent à vous mander; car, vous ayant écrit le douzième par la voie de M. de Bemy, ce qui s'est passé en la première conférence faite entre nous et les députés des archiducs , nous attendons le retour de M. le président Richardot, qui est allé trouver les archiducs à Bruxelles pour savoir leur intention , dont nous donnerons avis au Roi aussitôt par le courrier Picault que nous lui enve^ rons exprès. Ceux qui vous ont écrit d'Espagne ne peuvent savoir au vrai leur secret , ils sont trop couverts et ne l'apprendront jamais avec certitude qu'à l'instant qu'il faudra traiter ou rompre. Ainsi il est nécessaire pour en bien sortir, et promptement , de montrer que les Etats ne craignent point cette rupture; les affaires sont aussi en tel état qu'on ne peut plus prendre autre conseil : je ne sais qui en aviendra, mais j'en espère toujours bien. Les députés d'Angleterre continuent en même avis avec nous. Je répondrai plus particulièrement à vos lettres par le courrier Picault qui partira sans faillir dans deux ou trois jours au plus tard, pour ne laisser l'esprit du Roi long-temps en incertitude du succès de cette afEoire. Je prie Dieu, cependant,

BU PB£SIDBNT /BÀNNIN*

jD6DSieiir, qte'il votas maintienne en tout bear et prospérité*

D'Anvers ^ ce seizième de février J 609.

Votre , etc. , P. Jeannin.

Lettre de M. Jeannin à M. de Wandermilen, gendre de M, de Bameveldt, du dix-huitième février 1609.

Monsieur, i'arrivée de M. de Bethune à La Haye aura, comme J'estime, donné l'alarme; car je vois bien par lés lettres du Roi, que ledit sieur de Bethune m'a envoyées, que Sa M^gesté n'espéroit pas, lorsqpi'il est parti de France , que le roi d'Espagne voulût consentir à la trêve, et par ainsi qu'il se falloit préparer à la guerre. Mais nous en jugeons à présent tout autrement, et qu'au contraire les affaires sont en état qu'on en doit très-bien espérer; car les députés des archiducs consentent notre projet , fors en deux articles, dont l'un est qu'ils n'accordent la trêve, sinon pour dix ans, et nous la demandons pour douze au moins , et y insistons toujours ; l'autre est pour les contributions qu'ils veulent faire cesser du tout, ainsi que je l'ai ci-devant écrit à M. de Barneveldt, en quoi il y a de la justice ; mais j'y vois de l'intérêt pour l'Etat, et pour M. le prince Maurice en particulier, que je supplie M. de Barneveldt aider à faire cesser, et . nous ferons de notre côté tout ce qu'il nous sera possible ici. Nous écrirons à messieurs les Etats au premier jour pour les prier de venir à Berg- (^Zoom, sans leur représenter les difQcultés susdites, crainte que cela ne fût cause de retarder leur voyage; et nous irons nous-mêmes vers eux audit lieu pour en conférer, et les faire résoudre avant même que leurs députés viennent ici. Je vous supplie communiquer cette lettre à M. de Barneveldt, et qu'il le sache seul sans s'en découvrir à personne , ni même que je vous aie écrit sur ce sujet, car je n'écris que cette seule lettre , me réservant de le faire lorsque nous donnerons avis aux Etats de ce qui aura été fait en ce lieu, qui sera dans deux ou trois jours, sll plaît à Dieu. Cependant je vous baise bien humblement les mains, et suis, monsieur,

Votre, etc., P. Jeannin.

A Anvers, ce dix-huitième février 1609.

Lettre de messieurs Jeannin et de Russy au Roi, duvingt-troisième février 1609,

Sus, Votre Miyesté aura vu , par notre dépêche du douzième de ce mois , ce qui s'est passé en la première conférence avec les députés des archiducs , et que M. le président Richardot étoit allé vers eux à Bruxelles , pour rapporter leur derni^^

résolution sur l'affaire ^ue n6us traitons : d'où étant de retour le seizième au soir, il fut voir le lendemain matin le sieur Jeannin , avec lequel il communiqua fort particulièrement, et lui dit aussi qu'il vouloit aller voir Taprès-dinée les députés d'Angleterre, y menant avec lui M. Mancicidor, afin qu'il ttt témoin de ce qu'il leur devoit dire et de leur réponse , lui faisant entendre que c'étoit pour la trêve simple, et afin de savoir s'ils avoient quelque charge du Roi leur maître de la proposer : ce qui nous fut confirmé le même jour par lesdits sieurs députés , lesquels avoient déclaré qu'il n'y avoit plus autre moyen de finir cette affaire que par notre projet , et sur la résolution des Etats. Le lendemain dix-huitième , rassemblée se fit sur les dix heures du matin au logis du sieur Jeannin, où ledit sieur président, après les remerclmens faits du soin que votre Majesté et le roi d'Angleterre prennent pour les mettre en repos , fit lui-même lecture de nos articles, et sur chacun d'iceux déclara l'intention des archiducs et celle du roi d'Espagne , dont il dit qu'on étoit lors si bien informé, qu'il ne leur étoit plus besoin d'attendre le retour du confesseur. Les difQcultés qu'il nous a faites sont celles qui ensuivent :

La première, pour ôter la qualité de hauts et puissans seigneurs qu'on attribue par la préface aux Etats , les archiducs offrant de n'en point prendre pour eux, et de n'en donner non plus au roi d'Espagne. Nous avons fait instance pour les conserver, dit nos raisons , et enfin que nous étions tant assurés de leur prudence, que si nous ne pouvions vaincre les Etats pour les en faire abstenir, qu'eux se laisseroient persuader. Ils ont parlé après du premier article concernant la liberté , et montré qu'il leur étoit grief d'y consentir ; que tout le conseil d'Espagne y a toujours contredit, mais que le roi d'Espagne, vaincu plutôt des prières , du respect et de l'amitié qu'il porte'aux archiducs que de toute autre considération , s'y étoit laissé aller.

La seconde et principale difficulté , sur laquelle ils ont aussi le plus insisté, et dont ils ne sont encore d'accord , a été pour le commerce des Indes; d'autant qu'en feignant de l'accorder de gré à gré ils essaient de l'ùter du tout, disant, en premier lieu, qu'il ne faut point exprimer ce mot des Indes, comme étant trop odieux en Espagne, mais se contenter de ce que la trêve est générale, sans exception de lieux ni de personnes , et que cela suffit pour faire cesser tous actes d'hostiUté aussi bien aux Indes qu'ailleurs ; et quant au commerce , que ce ne fût jamais l'intention du roi d'Espagne de l'accorder es lieux , places et ports qu'il tient èsdites Indes , mais de

NEGOGtATfOm

souffrir seulement que lesdits Etats et leurs sm'ets puissent trafiquer es pays, places et ports des autres princes, potentats et peuples qui le leur voudront permettre, sans qu*ii leur donue aucun empêchement, et qu*il est encore prêt à le consentir par un traité particulier, ce qu'il n'a fait jusqu'ici pour les sujets d*aucun autre prince. A quoi nous leur aurions répondu que la trêve étant générale , et le trafic de gré à gré, il devoit être accordé partout, les Etats Tayant toujours ainsi prétendu et demandé; mais quand ils se Toudroient contenter de trafiquer es pays des autras princes et potentats èsdits lieux des Indes, ce n*est assex que ledit sieur Roi promette de ne leur donner aucun empêchement, si les prinoos et peuples avec lesquels ils ont fait des traités pour le commerce ne sont compris en la trêve comme leurs alliés, crainte qu'on ne leur fasse la guerre à l'occasion dudit commerce, encore que ce soit en apparence sous autres prétextes, et par ce moyen ils ne soient détournés de continuer ce trafic avec eux , attendu même que les marchands n'iront plus dorénavant à ce oommerce, à cause de la trêve, que foibles et sans être équipés en gens de guerre; au moyen de quoi ils deviendront méprisables, et n'y aura plus aucun prince ni peuple qui se veuille mettre en hasard d'avoir la guerre contre les Espagnols à l'occasion de personnes qui seront sans force pour les défendre. Mais ces raisons ayant été rcgetées avec véhémence, et déclaré par eux que ledit sieur Roi ne le consentiroit jamais, quand tout traité devrait être rompu , après y avoir encore coniesté et persisté à diverses fois , et par trois jours entiers , nous avons enfin proposé cet expédient, que du moins ledit sieur Roi promette de ne donner aussi aucun empêchement à ceux qui voudront faire ledit trafic avec eux , non plus qu'aux Etats et à leurs sujets; leur disant néanmoins que nous ne pensions pas le pouvoir faire approuver aux Etats, mais que nous ferions tout devoir de le leur persuader.

Plusieurs écrits ont été faits là-dessus, toujours rejetés par eux ou par nous. Enfin le dernier fait par nous est celui dont nous envoyons copie à votre Majesté, envoyé aussi par eux le même jour aux archiducs, pour savoir s'ils le voud rotent approuver ou non , dont nous sommes incertains, et néanmoins l'espérons ainsi, d'autant que M. le président Richardot a bien reconnu qu'il ne devoit attendre autre chose de nous , et que nous ne l'accordons pas encore pour l'approuver, mais pour y aider envers les Etats; œ n'est plus par un traité à part, mais par nn ardde du traité général , qui nous semble assez «xprès pow dire q«e k roi d'E^agiM m Irar

pourra donner ancdn empéenemeiit à eetrafle, ni à leurs alliés qui le leur permettroot Nous craignons néanmoins que les États p'y apportent de la difficulté, a cause que mention n'est feite expressément des Indes, et diront, comme ils falsoieot sur l'article de la liberté, si c'est l'intention du roi d'Espagne de n'empêcher le commerce des Indes, qu'il le doit déclarer nommément, et non avec des circonloeutioDg qui peuvent avoir de l'ambiguïté, et que cette nation, ennemie des Hollandais à cause des offensa passées, l'interprétera toujours à son avantage; puii ceux qui ne veulent la trêve se serviront de ee prétexte, plutôt pour la fkire rejeter que pour autre raison , y en ayant asset en effet ; car le roi d'Espagne n'a aucun droit d'interdire le com* merce des Indes à qui que ce soit, sinon dans ses ports et places qu'il tient , non es lieux et places d'autres potentats qui ne sont ses sujets. Aioà suffit qu'il s'oblige de ne leur donner aucaa empêchement ni à ceux qui feront le trafic aveeeox, laquelle obligation n'étoit encore nécessaire, pnis* que la trêve doit être générale partout, sans distinction de lieux ni de personnes, et par et moyen aussi bien en ces endroits-là comme ailleurs. Davantage, il est bien certain que ce trafic, lequel eût servi a l'Etat par hostilité, leard^ viendra inutile étant accordé de gré à gré, ee qu'on avoit bien prévu auparavant; mais les ma^ chands l'ont demandé et désiré ainsi contre notre avis ; et toutefois les hommes entendus en ce trafic croient qu'ils y gagneront si peu qulls c& seront bientôt dégoûtés ; étant vraisemblable qœ les Espagnols useront de toutes sortes d*artiiie« et de ruses pour leur y faire recevoir des pertes, soit en mer par leurs gens qu'ils désavoueront et diront que ce sont pirates , ou par le refroidis^

sèment qu'ils trouveront es gens du pays,

s'ils

n'y vont toujours avec forces. Or il y a apparence que pour se décharger de dépenses ils ne le feront pas, et l'Etat non plus n'y voudra rien contribuer , le commerce étant accordé de gré à gré. Si pensons-nous avoir gagné beaucoup si ^ article est accordé par les archiducs de la facoa qu'il est mis. Les députés d'Angleterre j oat persisté avec nous, disant avoir charge de se se point séparer de nos avis, et néanmoins ^pe leur Roi ne consentiroit jamais qu'on rompe le traité à cette occasion ; ce qu'ils ont dit à part » M. le président Richardot, ainsi que nous avons su. Pour notre regard , nous nous y eoodoirons selon que votre Majesté nous commandera, étant bien vrai qne nous y avons d^'à tant contest*» que les dépotés des archiducs semblent aoas estimer moins affectionnés à leur procorer Je

BU PBSSID&NT l£ANNt77.

bien informés que les Etats y apporteront de plus grandes difficultés de leur côté.

La troisième difficulté a été pour les contributions, qu'ils disent devoir cesser durant la trêve sur les pays et sm'ets les uns des autres, attendu que ce sont vrais actes d'hostilité; et néanmoins les Etats prétendoient les lever dedans certaines limites, selon qu'il est contenu en notre projet. Nous y avons résisté étant à La Haye , pouree que nous trouvions dès lors cet article injuste ; mais ceux qui manient les affaires s'étoient promis que les archiducs, qui en lèvent aussi de leur c6té, y consentiroient volontiers^ Le pis que nous y voyons est que M. le prince Maurice y a grand intérêt, en quoi il n*y a autre expédient, sinon que les Etats Ten dédommagent; car, de ce coté , ils ne souffriront jamais la levée desdites contributions , et il n'est pas raisonnable de les en presser, et moins de rompre à cette occasion.

La quatrième difficulté a été pour le temps de la trêve qu'ils accordent seulement de dix ans, et les Etats la demandent pour douze; mais cela ne peut être cause de rompre d'un côté ni d'autre, non plus que la levée desdites contributions. Il y a encore eu plusieurs autres moindres difdcultes dont nous sommes demeurés d'accord , et par ainsi nous n'en faisons mention crainte d'ennuyer votre Msyesté. Aussitôt que les députés auront eu réponse des archiducs sur cet article du commerce, qui sera dans demain au soir, ils nous doivent donner tous les articles du traité signés , fors celui de la contribution. Ils en ont fait long-temps très-grande difficulté, nous pressant toujours de faire venir les députés des Etats avec lesquels ils se promettuient être d'accord en peu de jours ; mais enfin ils y ont consenti sur ce que nous leur avons dit et répété souventes fois que , s'ils en faisoient rcAis et ne les donnoient par effet dans le 24 de ce mois, nous partirio ;s le lendemain pour nous en retourner sans prolonger la trêve, qui doit finir au dernier jour de ce mois, ni foire venir les députés des Etats. Leur «gnature nous a semblé aussi txmne que celle des archiducs, attendu qu'ils ont leur procuration en bonne forme, dont les Etats ont déjà eu copie signée , et s'ils ont offert de la donner encore, outre ce qu'ils nous ont dit qu'ils l'envermient aux archiducs pour la faire ratifier. Cette signature nous assurera que les Etats auront la trêve s'ils veulent, et il y a raison d'espérer qu'ils y consentiront si nous les en pressons de la part de votre Majesté; sur quoi nous attendrons ses commaademens.

Noos enverrons vers les Etats pour tsire venir tMs ka députés de rassemblée générale i Beif -

op-Zoom, sans leur donner avis particulier des difiicultés qui restent , crainte que cela ne fttt cause de les diviser en opinions pendant notre absence , et de leur faire perdre beaucoup de temps en disputes ; au lieu que nous nous promettons, les y allant trouver aussitôt qu'ils seront arrivés, de les mieux disposer , et de gagner sur eux ce qui est encore requis pour achever ; ayant été nécessaire d'en user ainsi , crainte que si on les eût mis ensemble avant que d'avoir résolu tout ou restant peu , qu'ils n'eussent consumé beaucoup de temps inutilement, et par cette longueur fait perdre l'année sans rien faire , qui seroit bien le dessein des Espagnols, non comme nous estimons celui des archiducs , sinon qu'ils n'aient pas pouvoir et liberté si entière et absolue de traiter que leurs députés nous ont dit , ayant peut-être été contraints de le publier ainsi sur ce qu'ils ont vu que nous les pressions avec mena« ces de nous retirer sans faire venir les dqputés des Etats , ni plus prolonger la trêve qui doit expirer à la fin de ce mois. Il est vrai qu'après avoir donné tous les articles signés ils seront si avant engagés, que nous ne voyons pas comme ils puissent évit<>r la conclusion sans blâme , et sans donner un trop grand avantage aux Etats et à leurs amis et alliés. En attendant que les députés des Etats viennent , nous emploierons le temps à conférer des limites et confiscations | dont nous avons plusieurs articles, desquels oo s'accordera s'il est possible, afin de les insi^ nuer au traité; mais s'il y a trop de difûcol** tés et longueurs , on les remettra à quelque cou* férence après le traité , afin que rien ne nous empêche d'achever. Nous prions Dieu , Sire ^ qu'il donne à votre Majesté tout heur et proapé* rite.

D'Anvers, ce vingt-troisième février an matin

Sire, cette lettre étoit écrite le jour d'hio*, et nous avons différé de l'envoyer, attendant le re* tour du sieur Verreiken envoyé vers les archl« ducs , qui retourna hier au soir; et aujourd'hui matin, M. le président Ricbardot nous a dit qu'il n'a pas rapporté le consentement deadits sieura archiducs sur l'article du commerce des Indes ^ BOUS priant de lui donner loisir d'y aller lui* même , et que pour ce faire et retourner il ne demande que deux jours. Noos y avons consenti, en lui déclarant, s'il ne rapporte ledit artiel* ainsi qu*il est écrit en la oopie que nous en* voyons à votre Majesté, que nous partirons lu Imdemain pour nous en retourner sans prolon» ger la trêve , ni mander les Etats. Ils nous ont bien donné les autres articles signés, mIini qu'ils font awntfcmnéi ci-dnsas, en sorte qui!

KBÛOCtÀTtONâ

ne reste que celQl-<ii , sur lequel ils font taat de difficulté, que nous craignons le roi d*Espagne ne leur avoir donné pouvoir de l'accorder , ou bien c'est afin d'en avoir meilleur marché; et néanmoins il n'est possible d'en rien remettre, et il est encore certain que les Etats ne l'accepteront qu'avec très-grande difficulté. Nous eussions volontiers différé d'écrire à votre Majesté jusques au retour dudit sieur président, pour lui mander leur résolution entière, sans plus laisser son esprit en incertitude; mais enfin nous avons pensé qu'il seroit meilleur de le faire pour être plus tôt instruit de son intention , et comme nous aurons à nous conduire en cette affaire. Bien Jugeonsnous être nécessaire de les contraindre à dire le dernier mot de quelque façon que ce soit, autrement on ne verra jamais clair à leur résolution.

Cette adjonction est du vingt-quatrième de ce mois.

Vos, etc., P. JBÀNNm et Russy.

Letire dudit sieur Jeannin à M» le duc de Sully, duditjour vingUquatrième février 1609.

Monsieur, la trêve est enfin réduite à la diffieulté qui est sur le conunerce des Indes, que les députés des archiducs feignent vouloir accorder de gré à gré ; mais quand on a voulu mettre cet article par écrit , ils nous ont dit que le roi d'Espagne ne le consentira jamais en mots exprès , pourceque les autres princes avec lesquels il a de l'alliance et amitié lui en demanderoient autant; ainsi qu'on se doit contenter de ce que par le deuxième article de notre projet la trêve être générale partout, sans distinction de lieux ni de personnes; et encore que par le quatrième, concernant le commerce , ledit sieur Roi l'ait restreint aux royaumes et pays qu'il tient en l'Europe , pour exclure les Etats et leurs sujets du , commerce es lieux, places et ports qu'il tient aux Indes d'Orient, qu'il n'entend pas pourtant leur donner aucun empêchement audit trafic es pays, places et ports des autres potentats et peuples qui le leur voudront permettre en quelque lieu que ce soit, offrant d'en donner une déclaration par écrit hors le traité : sur quoi , pour essayer d'en demeurer d'accord , nous avons &it plusieurs écrits d'une part et d'autre toiyours rejetés, jusqu'à celui dont nous envoyons copie , que nous leur avons présenté pour nous accommoder aucunement à leur goût ; en leur disant toutefois que nous ne pensons pas les Etats s'en devoir contenter , mais que nous ferons tout ce qu'il nous sera possible pour le leur persuader. Duquel écrit ils ont montré , après plusieurs disputes et contestations, d'être contens, et que le sieur Yerreiken le porteroit aux archiducs pour le

leur faire approuver : lequel a bien &it le voyàg^^ mais à son retour ^ qui fut hier au soir, a rapporté qu'ils n'y avoieot voulu consentir; an moyen de quoi M. le président Richardot , qui nous en a avertis ce matin, nous a priés de trouver bon qu'il y aille lui-même , et qu'il ne demande que deux jours dans lesquels il nous dira leur dernière résolution : ce que nous avons consenti , après lui avoir déclaré expressément, si ledit article n'est accordé , que nous partirons incontinent, pour ne pouvoir prolonger la trêve, ni faire venir les députés des Etats sans cela: et à la vérité nous serons contraints de le faire, n'y ayant autre moyen de tirer d'eux le dernier mot.

Quand Ils auront consenti cet article du commerce des Indes, ainsi qu'il a été dressé pour être mis au traité général au lieu de l'article quatrième , encore y aura-t-il de très-grandes diflQcultes pour le faire passer aux Etats, mais avec l'autorité du Roi nous espérons de l'obtenir. Je n'ose assurer de ce qu'ils feront du côté des archiducs; si sont-ils bien fort engagés et en espère bien. Il nous ont déjà donné par écrit et signé les autres articles. Nous attendrons le commandement de Sa Majesté là-dessus, et vous supplie très-humblement que soit au plus tôt. S'ils nous donnent encore cet article , nous ferons partir à l'instant nos navires qui sont encore Ici , ponr aller quérir les députés des Etats , et attendant leur venue conférerons des articles c<mcemant les confiscations , entre lesquels il y en a un exprès pour M. le prince d'Orange et M. le prince d'Espinoy, où je vous rendrai service très-humble et très-fidèlement, conmie étant, monsieur, votre, etc., P. Jeannin.

D'Anvers, ce vingt-quatrième février 1609.

Lettre du Roi à messieurs Jeannin et de Russy, dudit jour vingt-quatrième février 1609.

Messieurs Jeannin et de Russy, vos lettres da douzième de ce mois, reçues le dix-huitième, m'ont appris votre arrivée en la ville d'Anvers, le bon accueil que vous y avez reçu, et les premiers propos que vous aviez tenus aux dépotés des archiducs sur le sujet de votre voyage. Le vingtième le sieur de Sainte-Catherine est arrivé avec les vôtres du premier et deuxième , qvi font mention d'autres dont vous aviez chargé l'un des gens d'Aërsens qui n'est encore comparu; mais j'avois reçu auparavant celles da vingtième du mois passé, ainsi que vous a mandé le sieur de Yilleroy par les siennes du quatorzième du présent qu'il a adressées au sieur de Berny. Les déclarations et assurances que vous avez tirées devant que partir des sieurs les

BU PBÉSXBBNT iBÀNNIlT.

fitats des Provinoes-Unies, à bouche et par écrit, de leur dernier mot sur la trêve, m'ont contenté grandement, les voyant résolus de n'outrepasser votre projet. C'est aussi le meilleur conseil, plus honorable et le plus sûr pour eux et leurs amis, qu'ils pouvoient prendre , les choses étant aux termes où elles sont : eux et vous en connoissez les raisons mieux que tous^ comme ceux qui sont mieux informés, et ont mieux remarqué la conduite et procédure des ministres d'Espagne ^ depuis le commencement jusqu'à présent; de quoi il me semble qu'il faut se ressouvenir à cette heure qu'il est question de fondre la cloche et mettre la dernière main à l'ouvrage. J'ai découvert que leur dessein est de n'engager le nom du roi d'Espagne au traité qu'ils prétendent faire , nommément pour l'article de la souveraineté, et partant qu'ils feront instance que les archiducs soient reçus à traiter seuls en leur nom , comme seigneurs souverains du pays, qui ont le principal intérêt en la renonciation de ladite souveraineté; de quoi ils disent que les Etats doivent se contenter , et d'autant plus qu'il ne s'agit que d'un traité à temps , de l'observation et exécution duquel ils offriront de donner toutes les assurances nécessaires, jusqu'à moyenner et promettre qu'il sera après fait un second accord à part , entre le roi d'Espagne et les Etats , pour régler et assurer le commerce d'Espagne avec la navigation aux Indes, et de tout ce qui touchera ledit Roi , non qu'ils entendent donner par ledit accord auxdits Etats la qualité de gens libres, ni même le faire en suite de celui desdits archiducs , ou sur le pied et fondement d*icelui.

J'ai appris aussi que les archiducs doivent, pour gagner la distraction dudit roi d'Espagne de son traité , offrir et accorder tout ce qu'on désirera d'eux , jusqu'à se laisser entendre de prendre les armes avec les deux rois qui doivent être cautions dudit traité , contre quiconque le violera après qu'il sera arrêté. Ces nouvelles ouvertures sont faites exprès pour sauver la réputation dudit roi d'Espagne, ou, pour mieux dire, contenter sa vanité et présomption , ou pour , avec le temps, avoir plus de prétextes de recommencer la guerre sitôt qu'il aura mis ses affaires en meilleur état qu'elles ne sont, et, en ce faisant, ciroonvenir et mieux abuser lesdites provinces et leurs alliés. Le confesseur des archiducs arriva en cette ville dimanche vingt-deuxième de ce mois au soir , et en est parti aujourd'hui pour poarsoivre son voyage. Je l'ai vu , mais je n'ai rien appris de lui, sinon qu'il porte aux archiducs la dernière volonté dudit roi d'Espagne sur ces traités, lesquels il m'a prié au nom dudit Roi, et en faveur desdits archiducs, de continuer à favori-

n. G. D. M. T. ly.

ser , aûn que ces insulahres ( ainsi baptise-t-il les Etats ) se contentent de raison. Je lui ai renouvelé les assurances de ma l>onne volonté pour œ regard, lui disant néanmoins que les affsdres ont passé si avant, qu'il ne reste plus qu'à approuver ce qui a été projeté et comme accordé entre les parties. Et combien qu'il ait bien entendu ce que j'ai voulu dire par là, si ne s'en est-il découvert davantage ; de façon que je juge qu'ils ont un autre dessein, duquel aussi l'ambassadeur desdits archiducs s*étoit expliqué parlant au sieur de Villeroydeux jours devant l'arrivée dudit confesseur , et ne doute point que vous ne vous en soyez assez aperçus par delà devant que vous receviez la présente. Or, afin que vous ne soyez en doute de ce que vous aurez à faire pour mon service sur ces variations et changemens, quoique je vous aie mandé par mes précédentes assez clairement ma volonté , je vous ai voulu faire encore cette recharge , que je vous envoie par ce porteur exprès , afin que vous la receviez au même temps que ledit confesseur arrivera par delà; et sachez que j'entends que vous continuiez à donner conseil auxdits sieurs les Etats de ne se départir aucunement des termes de nostre susdit projet, et surtout de l'article qui concerne leur lii>erté, afin qu'il soit passé par les archiducs, tant au nom dudit roi d'Espagne qu'au leur , sans en rabattre aucune chose , estimant comme vous que les archiducs peuvent valablement obliger le nom et la foi dudit Roi en cela comme au reste dudit traité, en vertu des lettres de pouvoir dont vous m'avez envoyé un double que je n'avois encore vu , avec promesse de fournir et représenter kt ratification dedans certain temps, que l'on peut préfire àdeux mois. Donc si les archiducs veulent traiter en cette forme, favorisez-en la conclusion en mon nom , tant que vous jugerez le pouvoir faire dignement; car, puisque j'ai engagé ma parole en ce projet, je désire en avancer l'effet pour toutes bonnes considérations, ainsi que je vous ai écrit par mes précédentes , et l*ai dit et écrit à tous et partout. Mais si, au lieu de suivre ce chemin, l'on propose et recherche une trêve simple de vingt ans sans parler de ladite souveraineté, ou si les archiducs refusent d'y engager le nom dudit roi d'Espagne, ou font quelques nouvelles ouvertures pour libérer ledit Roi de ladite déclaration et obligation , j'entends que vous vous y opposiez, conmie à propositions inventées, plus pour abuser lesdites provinces et se moquer de ceux qui les ont assistés et conseillés en cette occasion , que pour bien faire.

Quand je vous fais ce commandement, je présuppose qu'il vous sera facile de porter les Etats

NÉGÔCIÀTIOfrâ

à ce conseil, en les assurant, quoi qu'il en succède, qu*ils seront supportés et assistés de moi puissamment, et comme ii convient pour obvier à tous inconvéniens, ainsi que je vous ai con^ mandé et vous commande derechef de leur déclarer , en la forme néanmoins que vous jugerez convenir à ma dignité et à mon service ; car , comme je ne veux être auteur d'une rupture , je serai très-aise aussi de ne donner sujet d'être réputé tel; partant vous aurez égard de ménager en cela mon intention avec prudence. Ceux-là n'éviteront à bon droit ce reproche, lesquels se dédiront infidèlement , au vu et su de toute la chrétienté , de la parole par eux donnée au commencement de ces traités, sur laquelle seule ils y ont embarqué les Etats, et avec eux leurs amis et alliés. Je dis donc que je présuppose que les Etats seront fermes et constans en votre projet , et si l'on entreprend de les en faire départir, qu'il vous sera facile de les en dissuader sur ce fondement et assurance de mon assistance , comme j'ai appris par les avis que vous m'avez donnés par vos dernières : car , s'il en alloit autrement, comme il faut tout craindre d'un peuple, vous savez que ce seroit imprudence d'engager mon nom en ces offres et déclaration si expresse , et nous le ferions à notre honte et dommage. Je me défie toujours aussi de la foi des Anglais; car je sais , d'un côté, qu'ils craignent que j'acquière avec les Etats plus de crédit et autorité qu'eux , et de l'autre qu'ils ne seroient marris de me voir en train d'entrer en guerre avec le roi d'Espagne. Vous prendrez garde à leur conduite, et continuerez à vous méfier, et toutefois à vous prévaloir et servir de leur société, comme vous avez sagement fait jusqu'à. présent, autant qu'il vous sera possible de le faire. Si donc l'on vous fait des propositions nouvelles , et que Ton fasse les difficultés susdites sur le susdit projet, suivez notre délibération , et retournez vers les Etats , sans marchander ni temporiser davantage , leur remontrant que le pouvoir que les Etats vous ont donné est limité, que vous ne pouvez vous dispenser de l'outrepasser. Mais sortez-en le plus doucement et honnêtement que vous pourrez , sans leur donner espérance ni parole de faire prolonger la cessation d'armes ; car ce sera la dernière ancre de leur finesse à laquelle ils auront recours , s'ils voient ne pouvoir obtenir mieux de vous, afin de gagner cette année, parce que les Espagnols véritablement n'ont argent ni forces préparées pour la guerre sitôt. Quoi étant , c'est sans doute qu'il faudra qu'ils avalent ladite trêve suivant votre projet, ou bien qu'ils découvrent leur kaau valse foi par leur imprudence et-folblesse.

Vous userez avec discrétion du commandement que je vous fais par la présente, à cause de l'importance d'icelui , afin qu'il soit plutôt reconna par votre conduite et les événemens que par la communication d'icelui, sinon à l'endroit de cenx que vous en jugerez dignes. Je prie Dieu, messieurs Jeannin et de Russy, qu'il vous ait eu sa sainte garde.

Ecrit à Paris, le vingt-qnatrièmejonr de février 1609. Hehbi.

Et plus bas , BacLÂRT.

Lettre de M. de Villeroy audit sieur Jeanniny duditjour vingt-quatrième février 1609.

Monsieur, ce matin l'homme du sieur Âêrsens est arrivé avec le paquet duquel vous Taviet chargé, le mauvais temps qu'il a rencontré passant la mer l'ayant ainsi retardé. Nous n'avoDs encore lu vos lettres, et n'y répondrons par ee porteur afin de ne le retarder; car nous désirons que vous receviez la dépêche qu'il vous porte devant que vous vous engagiez plus avant en votre conférence avec les députés des archidocs, après l'arrivée par delà du confesseur. Je voos dirai seulement que nous avons vu et bien considéré l'acte de la résolution que les Etats ont prise sur le sujet de la trêve , daté du onzième du mois de janvier , dont vous nous avez eatoyé un double par l'homme dudit sieur Aêrsens,et nous disons s'il est suivi que tout ira bien, car c'est le chemin qu'il faut tenir pour bientôt sortir d'affaires et n'être abusés. Nous avons aussi reçu ce matin votre lettre du seizième de ce mois par un laquais de madame de La Tréroooiile) et attendons donc de vos nouvelles par Plcanlt, étant nécessaire de terminer ces négociations flo une sorte ou autre, afin de prendre parti. (Test l'intention du Roi et le conseil qa*il a prb,ne voulant que l'on se joue de sa réputation ni de sa parole , comme d'une girouette à tous vents. Au reste , vous saurez que nous avons eu atis ee matin du trépas de M. le grand due aveoo le septième de ce mots; un catarrhe l'a étranglé, accompagné d'une fièvre lente. L'on dit qoe sa femme penchera plus du côté d'Espagne que de France. Toutefois j'estime qu'ils suivront les préceptes du défunt, qui s'entretcnoit avec tes ot^ et les autres, mais en diverses manières. Je pH^ Dieu , monsieur, qu'il vous conserve en bonne santé.

De Paris, ce vingt -quatrième de février ffl soir 1609.

Votre , etc., ©« Nwrmu*.

bu I^BIÉSIDEIIT JEÀNIfiN.

irg

Autre lettre dudit sieur de Viileroy audit sieur Jeannin, dudit Jour vingt quatrième février I609»

Monsiear, nous ne répondrons autrement à vos lettres précédentes ; il nous suffit d'en accuser la réception , car nous ne l*estimons nécessaire. Vous saurez seulement que nous avons approuvé tout ce que vous avez fait Jusques à votre arrivée à Anvers , et même vos premiers propos aux dépiités des arcliiducs, dont vous nous avez donné avis par votre lettre du douzième de ce mois , ainsi que le Bol vous écrit ; mais nous avons estimé vous devoir éclalrcir de la dernière intention du Roi sur les incertitudes auxquelles nous sommes entretenus du côté d'Espagne, afin que vous puissiez mieux vous conduire et cheminer plus sûrement au passage où vous êtes , qui a certes une grande suite. Sa Majesté prit hier la résolution qu'elle vous écrit , elle n'est nouvelle. Nous vous avons déjà donné avis fort clairement sur la proposition de la trêve simple ; mais il &ut que je vous dise que J*al reconnu sadite Majesté parler plus résolument cette fois que les précédentes, soit qu'elle ait plus mauvaise opinion que devant de la foi et amitié d' Espagne, pour être ce don Pedro parti sans rien faire , ou que leur foiblesse lui soit plus notoire, non moins que leur ambition, laquelle Ils découvrent journellement en Italie plus grande que jamais : il y a même apparence d'un nouveau trouble entre Sa Sainteté et les Vénitiens , et le roi d'Espagne. Bien que le Roi appréhende que les Espagnols attendent qu'elle vieillisse pour, ayant restauré leurs affaires et fait provision d'argent , lui tailler de la besogne plus commodément, lorsqu'ils ne le peuvent faire de présent, elle a bien opinion aussi, si lesdits Espagnols connoissent qu'ils nous puissent faire départir , les Etats et nous, du projet de la trêve que vous avez proposé, qu'ils en franchiront à la fin le pas à notre gloire et avantage, et, s'ils ne le font de présent , que bientôt ils nous rechercheront , et prieront de renouer les affaires : et quand tout cela ne succêderoit point, elle dit qa'elie aimeroit mieux souten r deux ou trois ans de guerre , cependant qu'elle est encore gaillarde et munie de ce qu'il lui fait besoin, que d'attendre que le roi d*Espagne ait recouvré les avantages sur elle et la France qu'elle pense avoir à présent sur lui et ses Etats. Voilà ce que Je lui ai oui dire lorsqu'elle a pris la résolution qa*elle vous écrit. Même il a déjà été parlé de faire une retenue de six mille Suisq^, et préparer d'autres forces.

ToateCrifl U a été jtigé cple 0tfa peut être dif-

féré à quand votre traité âera tout rompu , et que vous nous en aurez donné avis. Nous ne devons espérer d'être suivis ni secondés en ce dessein des Anglais, et toutefois nous pensons qu'ils seront conteus de nous regarder faire. Enfin, ce sont discours et résolutions du maître, que je vous représente avec ma naïveté et fidélité accoutumée, afin de vous en servir de lumière en votre conduite. Quant aux trois cent mille livres dont je vous ai donné avis, ils sont tout prêts, mais s*ll faut danser le branle que l'on projette. Il faudra bien ouvrir notre grande bourse. Peut-être que Dieu vous fera la grâce de nous en garantir. Je le désire certes, pourvu que ce soit au contentement du Roi et de la France. Envoyez-nous M. de Préaux quand il s'offrira sujet qui le mérite. Nous sommes poursuivis par l'ambassadeur des archiducs de décider certains différends que nous avons sur notre frontière de Bourgogne , à cause des terres de surséance dont vous avez ouï parler, et, pour ce faire, commettre quelquesuns de part et d'autre : maudez-nous à qui en Bourgogne il vous semble, soit du parlement de Dyon ou autre , que nous pourrions donner cette commission , car nous déférerons à votre avis ; et nous écrivez de vos nouvelles le plus souvent que vous pourrez. Ce que j'ai à ijouter à la présente est que je crains certes que les Etats refusent le conseil de notre Boi en cas de guerre , ou que l'on soit contraint de les y traîner à forcé d'argent s'il faut y rentrer, à quoi il faut que vous nous fassiez voir clair. A tant je prie Dieu, itaonsieur , qu'il vous conserve en bonne santé. De Paris , le vingt-quatrième jour de février

Votre, etc., db Neuf ville.

Autre lettre dudit sieur de VUleroy audit sieur Jeannin , du vingt^cinquième février 1 609.

Monsieur, puisque M. de Sainte-Catherine n'est encore parti, non par sa faute, mais pour n'avoir pu plus tôt recevoir son argent pour les frais du voyage , je vous dirai que j'ai lu au Boi ce matin votre lettre du 28 du mois passé , apportée par l'homme du sieur Aërsens, faisant mention du voyage des Indes par le nord, dont le marchand nommé par icelle vous a fait la pro* position , à laquelle Sa Majesté a pris tel plaisir, que je la vois disposée de l'entreprendre même en son nom , si telle est votre opinion, et à cet effet vous faire tenir dedans cette semaine les quatre mille écus qu'il faut y employer; de quoi vous pourrez cependant avertir par avance ledit marciiand, afin que de sou côté il prépare ce qui sera nécessaire pour faire ce voyage dès cette année ^ s'il donoott y poùvalf satisfaire dedan» le

5ft0

^éGOClÀTIO?rS

temps qu'il Convient. Au reste , nous avons su par M. de Bemy, depuis son retour à Bruxelles, que le sieur Riehardot , accompagné de ses collègues, vous a déclaré avoir charge de traiter au nom du roi d'Espague et des archiducs, et en cette qualité avoir déjà accordé TarUcle de la souveraineté, et sans barguigner : quoi étant, slis jouent de bon comme il y a apparence de croire qu'ils n'auroient passé si avant s'ils vouloient tromper, j'espère que vous parviendrez bientôt à votre prix fait. Toutefois il faut que je vous dise que je crains que Tissue ne réponde au commencement, et que Ton ne vise à gagner le temps , et rendre cette année inutile pour faire la guerre ; a quoi nous espérons que vous nous ferez voir plus clair par vos premières. A tant Je prie Dieu, monsieur, qu'il vous conserve en bonne santé.

De Paris , ce vingt-cinquième février i 609.

Votre , etc. , de Neuf ville.

Lettre du Rùi audit sieur Jeannin, du vingthuitième février 1609.

Monsieur Jeannin, J'ai bien considéré la lettre que vous m'avez écrite le 28 du mois passé, sur les propositions du marchand d'Amsterdam nommé en icelle, comme j'ai ftiit le mémoire qu'il vous a envoyé que vous m'avez fait tenir ; et combien que j'estime son dessein très-incertain et douteux , toutefois il est si honorable , et serolt aussi si utile s'il réussissoit, que je suis content de le faire tenter , et même y engager mon nom , si vous et lui jugez que je le doive faire : pour quoi faire j'ai ordonné vous être envoyé par ce courrier, ou par le premier qui vous sera dépéché , une lettre de quatre mille écus, assuré que le tout sera par vous et lui ménagé et employé comme il doit être. Vous direz audit marchand que je veux reoonnoltre son affection et son service , comme l'un et l'autre méritent , et partant le retirer et mettre en besogne en mon royaume, ainsi que vous avez eu charge ci-devant de lui fidre entendre de ma part : au moyen de quoi vous aviserez et résoudrez avec lui, la trêve étant faite, ce qu'il sera nécessaire de faire pour avancer et faciliter l'exécution de mes intentions, et m'en informerez à part par vos dépêches. Priant Dieu, monsieur Jeannin, qu'il vous ait en sa sainte garde.

Ecrite à Paris, le 28 février 1609. Hbnbi. Et plus bas , Bbulabt.

Autre lettre du Roi à messieurs Jeannin et de Russy, dudit jour vingt-huitième février

Messieurs Jeannin et de Bussy , puisque les dé-

putés des archiducs ont palsé l'artick de ta liberté suivant votre écrit , j'espère que vous aurez bonne issue de la trêve et de votre poursuite; car j'estime que les mêmes raisons qui ont fait résoudre le roi d'Espagne à l'accorder, et de passer par dessus les déclarations, et comme protesta* tions que ses ministres ont faites en tous lieux au contraire, seront cause que lui et son conseil s'accommoderont pour les autres points. En premier lieu , ils n'ont point de raison, ce me semble , de refuser aux Etats les titres de hauts et puissans seigneurs, puisqu'ils déclarent par le même traité qu'ils les reconnoissent pour gens libres sur lesquels ils ne prétendent rien. Ce scrupule aussi ne sert qu'à donner ombrage à ces peuples , et les rendre plus difficiles aux choses essentielles; mais les uns ni les autres ne doivent, comme vous dites, rompre pour cela, et refuser le repos qui leur est nécessaire. Le point de la navigation des Indes est bien plus important. Les Espagnols ne désirent que le mot des Indes soit exprimé; combien que leurs raisons pour cela me semblent assez foibles, toutefois je suis d'avis qu'ils en soient contentés, considérant, s'ils sont pressés d'en user, qu'ils voudront aussi expliquer et spécifier lesdites Indes pour faire différence de celles d'Occident avec celles d'Orient. C'est pourquoi , si les archiducs consentent l'article suivant le projet que vous m'avez envoyé, j'estime quelesdits Etats doivent l'accepter ; mais il n'en faut retrancher ces mots (m^m« hors lesdites limites) que vous tracez en votre mémoire , car ils sont nécessaires pour éclaircir et assurer davantage la liberté de ladite navigation. Il me semble aussi que c'est à bon droit que vous insistez que ledit article soit compris au traité général , quand ce ne seroit que pour donner quelque sûreté aux princes et peuples avec lesquels lesdits Etats pourront ci-après trafiquer, encore que je sois de votre opinion , à savoir ^ que les marchands se lasseront bientùt de ce commerce , d'autant qu'ils y perdront plus qu'ils n'y gagneront, même s'ils y vont foibles et sont privés des prises qu'ils y faisoient en guerre. Toutefois , puisque lesdits Etats ont trouvé bon de se soumettre audit trafic de gré à gré durant ladite trêve , je suis d'avis qu'ils se contentent de votre mémoire. Quant aux contributions, ils n'ont rai* son de s'y opiniâtrer, car ce seroit une oppression insupportable au peuple si elles étoient levées durant ladite trêve ; et pour le regard de l'intérêt qu'y a le prince Maurice, tenez la main qu'il y soit pourvu par les meilleurs moyens que vous aviserez.

Obtenez aussi, s'il est possible, que ladite trêve wAt faite pour douze ans. Toutefois je l«

BU PBBSIDENT JEANNIN.

désire plas pour contenter lesdits Etats que pour autre avantage ; car ce ne sera le temps dont Ton conviendra qui la rendra^plus profitable aux uns et aux autres , maïs l'observation qui s'en fera , et la sage conduite des parties. En tout cas, vous avez bien fait d'avoir obtenu desdits députés qu'ils vous bailleront lesdits articles signés devant que de faire venir à Anvers ceux desdits Etats, afin de besogner plus sûrement. Or , si lesdits arcbidues passent lesdits articles, et particaPièrement celui de la navigation des Indes, en la forme portée par votre susdit mémoire. J'entends que vous continuiez à exhorter et conseiller lesdits Etats de ma part de s'en contenter , et parachever ledit traité sans dilation ou remise , car la longueur ne fait rien pour eux ni pour leurs amis ; et combien que les députés d'Angleterre recherchent toujours de complaire auxdits archiducs , ainsi que vous avez remarqué aux propos qu'ils ont tenus sur l'article susdit des Indes , néanmoins je ne veux pas que vous en usiez ainsi , car je n'ai autre but que de procurer à mes amis et alliés ce qui leur est utile, et régler ma conduite au pied de l'équité. Ledit traité étant fait , il sera besoin que nous ayons soin de faire que les Etats pourvoient comme il convient au gouvernement de leur république , afin de pouvoir profiter de ce repos et mieux assurer et affermir leur Etat. Il faudra aussi que nous sachions comment nous aurons à vivre ci-après ensemble pour le commun et réciproque bien de nos pays et su- Jets ; mais il n'en faut parler qu'après que le traité sera parachevé.

J*al bien opinion que lesdits archiducs demanderont le plus long temps qu'ils pourront pour rapporter la ratification du roi d'Espagne : au contraire de cela il faut, ce me semble, que vous le fassiez abréger tant que vous pourrez, afin, si ledit Roi y manquoit , que lesdits Etats aient dedans cette année du temps encore pour faire la guerre , puisque lesdits Espagnols y sont mal préparés de leur côté; tellement que j'estime qu'il suffira de leur donner deux ou trois mois au plus pour cet effet, ainsi que Je vous ai écrit par ma dernière dépêche , portée par Sainte-Catherine , le sujet de laquelle je me promets que vous aurez ménagé avec votre discrétion et prudence ordinaire , puisqu'elle vous aura trouvés par delà aux bons termes portés par votre dernière. A tant je prie Dieu, messieurs Jeannin et de Russy, qu*il vous ait en sa sainte garde.

A Pai'bj le vingt-huitième jour de février 1609. Henri.

Et plus bas, Bbulart.

Lettre de M. de Villeroy audit sieur Jeannin y duditjour vingt-huitième février 1609.

Monsieur, votre dépêche apportée parce courrier nous a fort réjouis, car nous n'avions pas opinion que les archiducs dussent passer l'ar"ticle de la liberté au nom du roi d'Espagne si librement qu'ils ont fait, après tant de protestations faites partout par ses ministres, que leur maître n'y engageroit jamais son nom; mais la nécessité de leurs affaires a vaincu leur audace; de quoi ils se prennent à nous , et s'en vengeront quand ils pourront : nous n'en devons douter , mais j'espère que nous leur en ôterons le moyen, en paix comme en guerre. Je ne sais si les archiducs exhiberont un autre pouvoir dudit Roi pour traiter, que celui duquel vous nous avez naguères envoyé un double; s'ils n'en ont d'autre, c'est à vous à juger s'il est valable. INous tenons pour certain que cette navigation amiable aux Indes pour les Etats s'en ira en fbméepar ladite trêve, pour le petit gain qu'ils y auront , et les risques qu'ils courront y allant désarmés, comme ils feront par nécessité et pour observer le traité. Davantage , les Espagnols et Portugais traiteront si mal les princes et peuples desdits pays qui affectionneront et recueilleront les Etats , qu'ils seront contraints de renoncer à leur amitié ; de façon que ce commerce demeurera libre aux Espagnols , avec quoi sans doute ils relèveront leurs affaires. Aucuns ont dit que notre Roi ne doit désirer que les Etats deviennent plus riches et plus puissans qu'ils sont , pour les raisons que vous pouvez mieux juger ; mais J'estime que nous devons encore plus craindre la restauration entière des affaires d'Espagne : le temps en fera le jugement. Ces jours -ci est tombé en mes mains un paquet venant des Indes-Orientales adressé au roi d'Espagne, écrit en portugais, et bien cacheté ; nous l'avons ouvert , et avons trouvé en icelui les lettres dont je vous envoie la traduction en français faite par le sieur Aërsens, qui m'a assuré n'en avoir tiré copie; mais le Roi m'a commandé vous envoyer le tout , afin que vous le voyiez à part , et le fassiez voir secrètement aussi à ceux que vous jugerez en être dignes. Ils sauront par là l'état présent des affaires desdits pays, de quoi ils pourront peut-être profiter : nous faisons état de recouvrer de tels paquets par la même voie, pourvu que celui-ci ne soit éventé. Je vous en recommande donc le secret autant que vous jugez qu'il importe au service du Roi ; je n'ai retenu copie desdites lettres. Au reste , Sa Majesté a délivré , ainsi que je vous ai écrit de ma main par Sainte-Catherine, de vous envoyer quatre mille écus pour tenter le voyage du nord

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