NEG0CUT10N
proposé par Isaac Le Maire. Peut-être que ce couiTicr vous en portera la lettre de change, car M. de Sully me Ta promise; sinon assurez- vous que vous Taurez au premier jour. Cependant vous pouvez hardiment et sûrement bâtir sur ce fondement le susdit dessein.
Nous avons opinion que les Anglais n'affectionnent que les Etats jouissent du commerce des Indes, parce qu'ils désirent l'attirer tout à eux; mais c*est chose que le Roi veut empêcher, car il entend s'en approprier s'il peut; il m'a commandé de vous l'écrire ainsi. Toutefois je ne sais s'il fera ce qu il convient pour véritablement s'en bien prévaloir , mais il faut penser et pourvoir d'heure aux moyens propres pour conserver et affermir la république des Etats après ce traité pour obvier à une division entre eux , et une desdite par parcelle auxdits archiducs ; car il est certain qu'ils s'attendent à l'un et à l'autre elTet; et certes, je me défie de la conduite et constance des Etats, tant en général qu'en particulier, à quoi votre prudence et pcésence pourront obvier. Aussi en faisons-nous bien état; mais nous nous défions grandement de la société des Anglais en ce point, et estimons qu'ils feront ce qu'ils pourront en faveur des archiducs après le susdit accord. Je prie Dieu , monsieur, qu'il vous conserve en parraite santé.
De Paris, ce vingt-huitfème févrfer 1609.
Votre, etc., de Nelfvillb.
Leiire de messieurs les ambassadeurs de France et d'Angleterre à messieurs les EMs-Généfaux des Provinces-Unies y du pénultième février 1609.
Messieurs, après beaucoup de disputes, et avoir déclaré aux députés des archiducs que nous partirions demain , qui est le dernier jour de la trêve, si on ne nous donnoit réponse à vos articles, selon que nous jugeons être requis pour votre contentement , nous l'avons enfin obtenue par écrit cejourd'hui seulement lorsque nous l'espérions moins, et que nous ne pensions plus qu'à notre retour , sans prolonger de nouveau la trêve, ni vous mander de venir à Berg-op-Zoom. Les choses étant donc changées en mieux, noui vous supplions de toute notre affection vous acheminer incontinent audit lieu de Berg-op-Zoom , où nous vous irons trouver aussitôt pour vous rendre compte de ce qui s'est passé ici , dont nous sommes certains que vous recevrez contentement, et qu'il ne tiendra plus qu'à vous que la longue trêve ne soit faite; et pource que la dernière prolongation expire demain , nous avons consenti qu'elle soit prolongée de nouveau pour vingt Jours, nous promettant que vous l'aurez agréa-
ble , attendu que vous ne pouvez venir conférer et traiter en moins de temps, Nous vous envoyons l'acte de ladite prolongation signé des députés qui en enverront quérir dès demain la confirmation des archiducs ; envoyez-nous-en autant , s'il vous plaît , de votre part, afin que nous le leur puissions donner. M. de Lire est porteur de cette lettre par notre avis ; il s'est si bien eonduit en ce voyage que nous avons occasion de nous louer de lui. Sur ee , nous prions Dieu, messieurs, qu'il vous maintienne en tout heur et prospérité.
D'Anvers , ce pénultième février au soir 1609.
Vos , etc. , P. Jba3i ni» , os Bcssy,
Ri. Spencbb, Rodolphe Winood.
Lettre de M. Jeannin à madame la princesse douairière tfOrange, dudit jour pénultième février 1609.
Madame , lorsque nous pensions tout être rompu , et que nous nous préparions pour partir demain , afin de nous en retourner à La Haye sans prolonger la trêve, ni mander à messieurs les Etats de venir à Rerg-op-Zoom , nous avons enfin eu, après beaucoup de difficultés et disputes, une réponse par écrit des députés des archiducs, qui est si bonne qu*à notre avis lesdits sieurs les Etats en recevront contentement. C'est pourquoi nous les prions de se vouloir acheminer incontinent à Berg-op-Zoom, afin qu'on puisse voir la fin de cette affaire , qui sera meilleure conclue tôt que différée pour quelque cause que ce soit : à quoi on eût volontiers tendu du côté d'Espagne , si nous ne leur eussions fait connof tre la nécessité à laquelle ils sont réduits, qui est d'achever le traité, ou de s'assurer de la rupture. Nous conférerons dès demain de ce qui touche à la maison de M. le prince Maurice, et n'omet* trons chose qui dépende de nous pour faire qu'ils en puissent tous recevoir du contentement, comme aussi c'est notre intention , étant arrivés à Bergop-Zoom , de procurer envers messieurs les Etats qu'il soit pourvu par eux à l'intérêt de mondit sieur le prince , avant même qu'ils prennent aucune résolution sur les affaires générales : à quoi J'espère apporter tant de soin et d'affection, et en tout ce que je pourrai jamais pour son service et contentement, qu'il aura occasion de me tenir pour son très-humble serviteur. Je sais bien qu'il eût mieux aimé la continuation de la guerre que cette trêve; mais Tinclination des peuples étant si avant au repos, et les deux rois si peu affectionnés à favoriser la reprise des armes, s'ils n'y sont contraints par nécessité, et à faute de pouvoir obtenir des conditions raisonnables pour la trêve, ce conseil est le plus as-
DU PBBSIDKNT JBJtNNIN,
foré popr sa malaon , et le plus honorable pour lui , puisque le bonheur de ses armes et de sa conduite a été cause de faire obtenir aux Etats des conditions si avantageuses. J*espèreque nous aurons Thonneur de le voir à fierg-op-Zoom , et qoe vous, madame, vous serez aussi de la par* tie; vous me trouverez toujours autant disposé à vous rendre très-humble service, que Je suis désireux de demeurer perpétuellement, madame, votre, etc., P. Jeatinin.
D*Anvers, ce pénultième février 1609.
Lettre dudit sieur Jeannin à M, de Barneveldt, dudil jour pénultième de février 1609.
Monsieur, je n*ai pas cru que les députés des archiducs nous dussent accorder l'article pour le commerce des Indes en la forme que nous l'avons obtenu , Jusqu'à cejourd'hui qu'ils l'ont fkit après beaucoup de difficultés et disputes, et avoir reconnu que nous voulioos partir demain sans prolonger la trêve, et sans prier messieurs les Etats de se rendre à fierg-op-Zoom. Encore lals-je bien que quelques scrupuleux y pourront trouver à redire, ainsi qu'il est couché, si est-il très-bien, et vous peux assurer qu'ils l'ont con* senti avec très-grand regret , et se plaignant bien fort de ce que nous ne l'avons voulu adoucir et en 6ter quelques mots pour donner contentement au conseil d'Espagne. Je ne vois donc plus autre difficulté que celle des oontribottons, en quoi Je n'espère pas que nous les puissions vaincre , si ce n'est qu'on en demeure d'accord en conférant sur les limites et confiscations , à quoinous commencerons dès demain. Pensez donc, s'il vous plaît, à cet art'cle et aux moyens requis pour faire que M. le prince Maurice soit mis hors d'intérêt. Quant au temps de la trêve, ilsopiniàti*eot toijyours pour le réduire à dix ans, et nous avons persisté aux douze; mais cela ne doit être cause de rompre d'un coté ni d'autre. Les archiducs, à ce que J'ai su de M. ie président Richardot , désirent de finir cette affaire , pource qu'ils sont bien avertis que don Pedro est sorti de France très-mal satisfait , et craignent qu'il ne dégoûte le roi d'Espagne de ce traité, duquel ledit don Pedro s'est toujours montré ennemi. Je vous supplie qu'il n*y ait point de longueur pour venir à iîerg-op-Zoom, où nous nous rendrons en même temps que vous. Il n'est pas besoin que personne sache qu'il y ait aucune d'Hiculté de reste. C'est à vous seul aussi que Je l'écris pour être assuré de votre discrétion et prudence. Nous avons prolongé la trêve pour vingt Jours, nous faisant fort de messieurs les Etats. Envoyeznous incontinent, s'il vous plaît, et par messager exprès , l'acte de leur part j M. de lire vous
pourra dire le surplus. Je vous baise bien hum^ blement les mains, et suis, monsieur , etc. ,
P. Jeanntn.
D'Anvers, ce pénultième février 1609.
Lettre de messieurs Jeannin et de Sussy au Roi y dudit jour pénultième février 1609.
SiBE,
Hier seulement sur le soir , M. le président Ricbardot retourna de firuxelles , et nous manda par un des siens qu'il nous feroit aujourd'hui la réponse des archiducs : ce qu'il a fait ce matin sur les dix heures en notre logis, y étant avec lui M. le marquis Spinola et les autres députés, nous ayant premièrement priés d'ôter de notre écrit les mots qui sont enfermés dans les lignes d'icelui écrit, dont nous envoyons encore copie à votre Majesté afin qu'elle le considère mieux : à quoi, après en avoir un peu conféré ensemble, les députés d'Angleterre et nous, nous lui aurions répondu qu'il étoit nécessaire de désigner par notre écrit ce qui est en 1 Europe, pource qu'auti*ement on pourrait interpréter ces mots^ hors les limites, qui sont en la clause suivante, à d'autres pays de l'Europe, même pour exclure les Etats des Indes , et que nous étions bien cer« tains qu'en y mettant tout ce qui est en notre écrit; les Etats ne laisseront d'y faire très-grandes difficultés, et insisteront toujours qoe les Indes y soient nommément exprimées, disant que le refus d'en faire mention est un artifice et deS'* sein pour leur ôter en effet Ce qu'ils feignent d'accorder; car ce n'est pas de cet article comme de celui de la liberté, lequel consiste en l'opinion des hommes, et par aiask chacun le peut interpréter selon son seos; mais faire voyage aux Jndes est chosie qui dépend de l'action, et faut le soufiVir, ou, si on lempécbe, s'assurer que l'empêchement sera pris pour iorracl'on de trêve; si donc ils n'ont la volonté ou le pouvoir de l'accorder, ils feront mieux de s'en ouvrir sincèrement. A quoi il lépliqua qu'ils eiiteudent par les mots contenus en cet écrit accorder ledit commerce aux Indes, encore qu'on en ôte ce qu'il requiert , nous ayant répété derechef les raisons qui les empêchent de l'exprimer, qui sont celles mêmes conteoues en nos précédentes lettres. Et enfin voyant que nous ne voulions rien êter de cet écrit , et que nous disions nous défier de le faire aiTcpter paî- les Etats, ils y ont consenti à regret , et en Jetant des paroles de colère, comme si on leur eut mis le pied sur la gorge pour favoriser la passion des Etats. Rien n'a toutefois été omis de notre part pour leur faire connoitre que c'est à bonne intention que»
NXGOGIATIONS
nous insistons , et que noos aurons encore à sarroonter de plus grandes difficultés du côté des Etats pour le leur faire approuver, et, si nos raisons ne sont fortifiées de l'autorité de votre Majesté , et des menaces de les abandonner aif cas qu'ils ne suivent son avis, que nous n'en devons rien espérer.
Il est certain que leur intention étoit de tirer raffalre en longueur, nous pressant de leur accorder une trêve de quinze Jours, et de faire venir cependant les députés des Etats; mais après avoir reconnu que c'étoit en vain, et que nous étions résolus de ne faire aucune prolongation , ni de mander les Etats, mais partir demain s'ils ne nous donnoient par écrit les articles de la trêve, fors celui de la contribution, ils ont été comme contraints d'y satisfaire, et dire leur dernier mot. Nous avons aussi fait partir ce même jour les navires pour faire venir les Etats à Bergop-Zoom , auxquels nous écrivons toutes choses être en l'état qu'ils sauraient désirer, sans leur représenter ce peu de difficultés qui reste , crainte que cela ne fût cause de les brouiller entre eux , et de remettre leur voyage en longueur; au lieu que nous espérons, le leur disant nous-mêmes à Berg-op-Zoom , où nous nous rendrons au même temps qu'eux, que nous aurons plus de moyen de les persuader que nous n'eussions eu par nos lettres. La vérité est bien qu'ils se rendront trè»* difficiles sur cet article des Iodes, à cause de la contradiction de ceux qui rejettent la trêve; c'est pourquoi s'il eût été en notre pouvoir d'en obtenir une déclaration plus expresse , nous ne nous iùssionsjamais contentés de celle-ci ; mais l'ayant tenté par deux autres écrits qui dévoient servir de traité particulier , et en ayant été refusés avec aigreur, et sans espérance de pouvoir obtenir l'un ou l'autre, nous nous sommes accommodés à cet écrit, pour être inséré dans le traité général sans en fiiire un à part. Or nous estimons que , pour induire les Etats à s'en contenter, il sera peut-être nécessaire que nous fassions deux choses : l'une , que nous leur donnions un acte signé par les députés d'Angleterre et nous par lequel nous déclarions les députés des archiducs avoir expressément consenti et accordé que sous les mots contenus en cet écrit le commerce des Indes est compris, et que le refus par eux fait d'en faire mention expresse n'a été que pour éviter la conséquence des autres rois et princes avec lesquels le roi d'Espagne a de l'alliance et amitié , qui eussent pu faire pareilles demandes pour leurs sujets; l'autre, que votre Majesté et le roi d'Angleterre leur promettent par le traité qui contiendra la garantie de la trêve, que, si aucun empêchement leur est donné en ce commerce du-
rant Ui trêve , ils entendent les assister et Mourir, comme en cas d'Infiraction.
Nous ne croyons pas que ce soit l'intentiOD do roi d'Espagne d'y contrevenir, mais qu'il aimera mieux le souffrir et dissimuler que de le oonseDtir expressément; ainsi que cette promesse ne sen d'aucun dommage à votre Majesté, etsenrin beaucoup pour leur persuader de recevoir cet écrit , dont toutefois nous ne leur ferons aneone promesse sans commandement exprès. Les députés d'Angleterre et nous avons conféré sur ce sujet, et en doivent aussi écrire à leur maître, lis ne se sont aucunement séparés de nos avis, et y procèdent de façon que nous avons occasion ^ nousen louer.Pourvu que votre Mi^iestéaitagréable ce que nous avons fait en cet article du ooibmerce des Indes , toutes choses nous semblent être en bon état pour se promettre la conclusion de la trêve. Il est vrai que nons craignons encore les longueurs des Etats ; car de leur désir de la trêve , du moins du plus grand nombre, mm n'en faisons point de doute ; mais ils sont accoutumés, pour éviter qu'il n'y ait de ladivision entre eux , de Mre toutes sortes de choses avec beaucoup de loisir : nous les presserons pour finir; mais nous la suppUons très-humblement de nom commander au plus tût ce qui est de son in^tion afin que nous la suivions entièrement. Sur ce, nous prierons Dieu, Sire, qu'il donne à votre Mig'esté et à sa royale famille tout heur et pn»* périté.
D'Anvers, ce pénultième Jour deftvrier1609.
Vos , etc. , P. Jean Nin et Russy.
letire dudit sieur Jeannin à M. le duc de SiUly^ dudit jour pénultième de février 1609.
Monsieur, nous étions hier en crainte de sortir de ce lieu sans avoir rien fait ; car nous JngioDS nécessaire y pour tirer le dernier mot du roi d'Espagne, de ne plus prolonger la trêve^ et de ne point mander les députés des Etats , si on ne nous donnoit les articles du traité signés et accordés. Or cela a été fait aujourd'hui seulement , de la façon que nous le mandons au Roi : en qooi il n*y a rien qui puisse être en dispute avec les Etats que l'article du commerce des Indes, qu'il nous a été impossibled'obtenir plus expressément qu'il est par l'écrit que nous envoyons à Sa Majesté, lequel a encore été consenti avec très-grande difficulté. Néanmoins il me semble qu'il y en a assn pour dire que les Indes y sont comprises , et qu'en fkisant ce qui est contenu en nos lettres à sa Majesté, les Etats auront sujet de s'en contenter; car Je sais que le plus grand nombre veut la trêve, nonobstant la contradiction de quelques partica* liers qui essaient de l'empêcher. Sa Majesté a.
BU pâistDEitT niNvœx.
hmsi tant témoigné par ses lettres qu'elle désiroit le parachèvement de ce traité, comme à la vérité elle ne pouvoit prendre un meilleur conseil en considérant bien toutes choses, que j'ai pensé servir suivant son intention , et avancer beaucoup les affaires en obtenant le consentement et signature desdits articles, pour sortir enfin de cette longue besogne , et qu'il valoit mieux s'accommoder en quelque chose au désir des députés des archiducs sur cet article, que de se retirer sans rien faire , et avec danger que tout fût rompu ; Joint que nous n'avons Jamais assuré que les Etats se contenteroient de cet article ainsi qu'il est couché , mais bien que nous ferons tout devoir pour le leur persuader; et par ce moyen toutes choses demeurent entières sans que l'acceptation de cet article leur soit d'aucun préjudice!
Nous avons différé Jusques à présent de traiter des confiscations et limites, pource qu'il a été jugé qu'on s'endevoit bien accorder s'il étoit possible , et néanmoins où il y auroit trop de diflleuité qu'on ne devoit rompre à cette occasion. Nous commencerons d'en conférer demain ; bien Touspenx-Je assurer, monsieur, qu'on ne fera rien du tout pour lesdites confiscations, qui est néanmoins chose en quoi les sujets des archiducs ont plus d'intérêt que ceux des Etats , qu'il ne soit pourvu au fait de M. le prince d'Ëspinoy. Je Fat ahdsi fait résoudre du côté des Etats , et mettre en même considération ce qui le touche que le fait de la maison du feu prince d'Orange. Je sais bien néanmoins que l'article desdites confiscations, en ce qui regarde ledit sieur prince d'Ëspinoy, sera le plus difficile à obtenir à cause de la comtesse de Ligne qui est puissante et a de grands amis près les archiducs, et d'ailleurs si obstinée à retenir tout ce qu'elle tient , qu'il sera très-difficile de vaincre son opiniâtreté, si le respect de l'utilité publique ne la force de consentir à un nouveau traité. A quoi il me semble qu'il faut plutôt tendre qu'à rompre du tout la tranjsaction, crainte qu'après la trêve, ou durant la trêve même, s'il avenoit qu'elle fût rompue pour quelque cause que ce soit , elle ne voulût prétendre de rentrer en tout le bien qui est, ou peu s'en faut , sous l'obéissance des archiducs. Je vous en al déjà écrit quelque chose par d'autres précédentes lettres pour recevoir vos commandemens là-dessus et les suivre, vous pouvant assurer, monsieur, que Je n'omettrai rien pour vous y rendre très-humble service, comme à ce qui peut toucher M. de Bethune, en faveur duquel vous m'avez écrit des lettres du huitième, que J'ai reçues cejourd'hui même par la voie de Calais, ayant toujours eu désir de lui rendre service pour aon mérite et Thonneur qu'il a de voua appartenir.
En quoi je m'emploierai très-volontiers , et de même affection dont Je veux demeurer perpétuellement, monsieur, votre, etc., P. Jeannin. D'Anvers, ce pénultième février 1609.
Lettre du Roi à messieurs Jeannin et de Bussf, du quatrième mars 1609.
Messieurs Jeannin et de Russy, vous aurez su, par ma dépêche du vingt-huitième du mois passé, que Je vous ai envoyée par le courrier Picault, mon avis sur l'article de la navigation aux Indes , duquel vous étiez encore lors en doute avec les députés des archiducs. Attendant le retour de Bruxelles du président Richardot, par la vôtre du pénultième du passé, que J*ai reçue le troisième au matin, vous m'avez rendu compte de son rapport et de votre remontrance et contestation sur icelui, qui a été accompagnée de tant de raisons que vous avez dû y demeurer constans et vous y arrêter, comme vous avez fait. Et si lesdits députés ont fait démonstration d'y acquiescer à regret plus que de bonne volonté, je m'assure qu'ils s'en loueront à l'avenir, car vous avez beaucoup tait pour le service de leurs maîtres de les avoir rangés à ce conseil; mais Je crains bien qu'il soit rejeté par les Etats, comme difûcultés nouvelles, contraires aux espérances que l'on leur a données , et plus propres à nourrir leurs premières méfiances qu'à faciliter et avancer une bonne réconciliation. Toutefois vous n'omettrez rien envers eux pour les en rendre capables, et se contenter d*accepter ledit article en la forme que vous l'avez reformé; car, encore qu'il ne soit couché en termes exprès et clairs, tels qu'ils s'étoient promis et peuvent désirer, néanmoins il ne laissera d'être valable en cette forme. Ils auront aussi acquis le droit et la liberté de ladite navigation du consentement de ceux qui font profession d'en priver toutes les autres nations, laquelle leur sera très-utile s'ils en usent comme il convient. Je suis donc d'avis qu'ils se contentent dudit article ainsi que vous l'avez accommodé et trouvé bon. Si pour les induire vous Jugez nécessaire que vous leur donniez les deux actes proposés par votredite lettre , que vous le fassiez , car Je ne reconnois aucune difficulté au premier. Et pour le regard du second , puisque nous avons délibéré d'assurer et garantir l'observation de la trêve par un traité qui doit être fait avec eux, et que le susdit article sera compris et couché en leur accord, nous pouvons bien les consoler et fortifier de l'expression et déclaration spéciale portée par votredite lettre; il faut seulement prendre garde que cette notre promesse et obligation ne soit si précise que Je sois tenu , I au moindre accident qui a viendra de ce oôté-là,
NBGOCUnOM
de faire la guerre ponr eux. Je serai bien aise aussi f comme le roi de la Graode-Bretagne et moi avons été compagnons et associés en toute cette poursuite , que nous le soyons encore au traité de ladite garantie générale et particulière, à condition que nous ayons telle part et oonnois* sance des prétendues contraventions et infractions , que le jugement n'en puisse être donné sans notre avis, afin de n'être sujets et obligés de suivre les appétits et volontés des premiers complaignans, à toutes heures et rencontres. A quoi Je remets à vos prudences de pourvoir comme il convient au bien de mes affaires. Priant Dieu, messieurs Jeannln et de Russy , qu'il vous ait en sainte garde.
Ecrite à Paris , le quatrième Jour de mars 1 609.
H£ifEr.
Et plus bas , BfiiitABT.
lettre de M, de Villeroy audit sieur Jeannin , dudit jour quatrième mars 1609.
Monsieur, notre dernière dépêche portée par Picault vous aura si clairement informé du bon vouloir et avis du Roi sur le poiat de la naviga** tion aux Indes , et les autres que vous nous avez représentés par les vôtres , qu'il ne nous reste plus rien qu'à vous assurer que Sa Migesté a été bien aise que vous ayez si constamment r^'eté les contestations dernières que l'on vous a faites sur cela, pour faire changer l'écrit que vous en aviez dressé; car elles ont été si frivoles et mai fondées, que nous nous étonnons comment elles ont été proposées , ne pouvant servir qu'à augmenter ropinion,qu'ilsu'ontdéjà donnée que tropgrande, qu'ils traitent mal volontiers , et tâchent à tromper ces peuples, et non à les réconcilier. Mais nous avons grande crainte que vous ne puissiez chevir des Etats ; c'est pourquoi vous avez bien fait de ne leur avoir écrit cette difficulté , et avoir mandé leurs députés pour vous-même la leur dire. Enfin le Roi trouve bon , s'il est nécessaire que vous leur bailliez les actes dont votre lettre fait mention, que vous le fassiez ; mais il désire que le roi d'Angleterre soit de la partie , afin , comme il a bien commencé , qu'il achève de même. Sa Majesté désire aussi que vous ayez égard , faisant ladite promesse , de ne Tobllger à suivre les passions des premiers qui se plaindront de telle infraction, tant pour conserver sa dignité que pour n'être sujette à danser à chaque bout de champ, au premier branle que les complaignans et intéressés sonneront , ainsi qu'elle vous écrit par sa lettre, à laquelle Je me remets. Priant Dieu , monsieur , qu'il vous conserve en
bonne santé.
De Paris, ce quatrième mars 1609.
Votre, etc., db Niuynuji,
Lettre de messieurs Jeannin et d$ Russy au Roi, du sixième mars 1609.
SiBB,
Le courrier Picault arriva en cette ville , le deuxième de ce mois sur le soir, avec les lettres de votre M^esté, et nous avions reçu celles du vingt-quatrième le dernier de février. Elle aora connu par les nôtres du pénultième dudit mois , que nous avions prévu et jugé ce qui étoit de son intention avant que d'en avoir reçu le commumdément, et que du côté des archiducs la trêve semble être comme assurée , du moins ne s'ea peuvent plus rétracter sans blâme, et sans fortifier de beaucoup la cause des Etats. Il n'y a donc plus à craindre maintenant, sinon les longueurs et pointillés qui pourront survenir du côté des Etats, par la contradiction de ceux qui ont toujours rejeté la trêve, et , iq>rès le traité fait, que le roi d'Espagne, les ministres duquel ont publié partout qu'il ne consentira jamais la liberté suivant notre projet , ni le commerce des Indes, fasse refus de le ratifier. Quant aux Etats , ce n'est pas sans raison qu'on y prévoit quelque (Ûffl« culte, car, encore que le plus grand nombre soit ardemment désireux de la trêve , aucuns essaieront de se servir des villes de Hollande qui sont intéressées au commerce des Indes , pour leur faire dire qu'il doit être exprimé ouvertement; et il faudra peut-être du temps pour ieur persuft* der qu'il est mis par notre article en mots si significatifs qu'il ne peut être mieux, comme il est vrai en effet. Mais nous espérons que sept ou huit jours les persuaderont et réuniront tous, même si nous leur promettons de la part de votre Mcjesté, et les députés d'Angleterre de la part de leur maître, que par le traité qui sera fait pour garantir la trêve , on la tienne pour eo* freinte si on leur donne quelque empêchement ea ce commerce ; ce que votre Majesté peut promettre sans en recevoir aucun dommage , n'étant vraisemblable que le roi d'Espagne , s'il consent au traité, y veuille donner ci-après quelque em« pêchement , et que le refus qu'il fait à présent d'en faire mention expresse n'est que par vanité, et pour pouvoir dire , en le dissimulant et souffrant, qu'il ne l'a pas consenti, et se servir même de cette apparence envers les Portugais, qui £>&( grande instance pour le faire ôter aux Etats, auxquels il persuadera plus aisément de le souffrir pour quelque temps, leur donnant espérance quil durera peu, que s'il l'a voit consenti expressément Et cette raison nous semble plus vraisemblablo
DU PiiMq)iaiT ai4NllIN.
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que celles mlMt eo avant par lea députés des archiducs, coatenues en nos précédentes lettres. Aussi peuvent-iis bien Juger, comme nous faisons dès à présent, que si ce commerce est accordé de gré à gré aux marchands, et eux n'y allant plus à cette occasion que foibles, ils seront sujets à tant d'inconvéniens, et trouveront les rois et les peuples si peu disposés à continuer ce trafic avec eux , qu'ils s'en dégoûteront bientôt et le quitteront d'eux-mêmes sans autre force ni contrainte; ce que nous prévoyons avec tant de certitude , que nous estimons peu ce commerce accordé de gré à gré , lequel néanmoins eût pu servir aux Etats continué avec hostilité, comme pn faisoit offre de l'accorder au commencement, ou plutôt on le feignoit, si les marchands eussent été si sages de le vouloir accepter de cette façon, eooame nous le leur conseillions lors, ayant in*duit les Etats à leur offrir quelques vaisseaux de guerre entretenus pour les mieux persuader ; mais ils furent toujours opiniâtres pour l'avoir de gré à gré pensant en être refusés , et là-dessus qu'on aurait prétexte de rompre. Pour les autres articles qui restent à accorder, celui qui est du tout injuste, à savoir des contributions, ne laissera pas de causer de grandes disputes, mais non pour donner sujet de rompre , non plus que les qualités de hauts et puissans seigneurs , et les douze ans au lieu de dix, qu'il faut bien essayer d'obtenir si l'on peut, et y contester sans mettre l'affaire en trop de longueur , ni en danger de rupture. Nous avons évité avec peine et grande difficulté le débat sur l'article du commerce de ce pays ; mais il étoit nécessaire de le faire pource qu'il eût rendu ceux de Zélande opiniâtres Jusqu'au bout, et empêché sans doute la conclusion du traité; au lieu qu'en le remettant après la trêve , il n'y a aucun péril , quand même on n'en pourrait demeurer d'accord ainsi que l'article qui en fait mention est conçu. Nous en avons fait autant pour les limites et confiscations, quoique articles nécessaires, et qu'il eût été bien expédient de demander dès à présent ; mais cela nous eût tenus deux ou trais mois à disputer, et, comme nous estimons , empêché le traité. Les Etats nous ont néanmoins promis de ne fidre ci-après aucun traité pour les confiscations , que M. le prince d'Espinoy ne soit entièrement remis en son bien : ce que nous essaierons d'obtenir d'eux par écrit avant la conclusion du traité , afin de les y obliger du tout ; car nous prévoyons tant de gens avoir intérêt en cet article des confiscations, qu'ils feront instance après le traité pour êtro remis en leurs biens. Or madame la comtesse de Ligne est si puissante près des archiducs , et a aussi tant d'artifices pour gagner leurs mioistres i et
ceux même qui manieront les afhires des Etats i qu'on pourroit craindre que sans cette obligation le droit dudit sieur prince d'Espinoy ne fût mis en oubli ; et néanmoins cette demande pour lui est très-Juste. Nous savons aussi que votre Ma** jesté Taffectionne, et que les Etats n*en peuvent abandonner le soin sans blâme. Elle jugera, par ce qui est contenu ci-dessus , ce qui reste à faire avec les Etats pour achever ce traité, dont nous espérons avec son autorité venir à bout.
Quant à l'autre difficulté concernant le refus que le roi d'Espagne pourroit faire de ratifier, il y a grande raison d'en juger au contraire, que les archiducs , qui sont princes sages, et désirent que ce traité soit effectué, ne se seront avancés de l'obliger , et en vertu de sa procuration, après avoir temporisé si long-temps , sans être à pré*» sent bien assurés de sa volonté : puis , si la rup« ture du traité avenoit ci-après à faute de cette ratification , leurs siyets en ce pays se mutine** roient sans doute , comme nous le reconnoissons aux propos que plusieurs d'entro eux , qui sont même de qualité et gens de créance , tiennent ; ayant bien su que cette crainte. Jointe 4 la néces^ site dudit sieur Roi , l'a plutôt induit de consen** tir à la trêve que toute autre considération. Us oonsidéroront aussi que votro Mi|jesté et le roi d'Angleterre s'étant obligés à la garantie de la trêve , s'ils refusent en Espagne de ratifier, qu'ils auront trois ennemis pour un , et qu'ils conjoindront par ce refus deux grands princes à la défense des Etats , lesquels auparavant le traité ne les assistoient avec obligation , mais seulement par certains respects qui ne les obligeoient pas d'y mettre tout, comme fera ce traité de garantie, et, outre ce , convieront le roi d'Angleterre par ce lien d'être de la partie , qui néanmoins cherchoit à s'en exempter : Joint à toutes ces raisons que ledit roi d'Espagne ne laissera d'être obligé en vertu de sa procuration , si les arohiducs l'emploient par le traité, quand même il ne voudrait ratifier ; en sorte que s'il peut être conclu , arrêté et passé , nous ne Jugeons pas qu'on doive t>eaucoup craindre ce refus de ratification^ lequel donnerait sujet de bâtir contre lui avec grand avantage toutes sortes de (iesseins. Bien nous semble-t-il expédient, selon que le contien* nent les lettres de votre Miyesté , d'accourcir au* tant qu'on pourra le temps de ladite ratification ; mais il ne peut être moindre de trais mois, car les Etats l'ont déjà ainsi consenti, et nous sommes certains encore , par les propos que le président Richardot a tenus au sieur Jeannin, qu'ils feront grande instance pour avoir cinq ou six mois , sur ce qu'ils diront être nécessaire que le marquis Spinola , ledit sieur président , ou bieq
hboociations
les deux ensemble , y aillent pour rendre le conseil d'Espagne capable , qu'ils n'ont rien fait qu*avec prudence, et pour ne pouvoir obtenir la trêve à conditions plus tolérables pour le roi d'Espagne et pour les archiducs, quoiqu'on leur ait ci-devant voulu persuader le contraire. Nous ferons bien de notre part tout ce qu'il nous sera possible pour empêcher que le temps ne soit plus long que de trois mois , lequel , à la vérité, peut suffire au voyage et pour rapporter cette ratification ; mais il est à craindre , si tout est d'aceord , que les Etats pour un mois ou deux de plus ne veuillent pas rompre.
Nous voyons bien que votre Majesté désire Raccourcir ce temps, pour, au défaut de la ratification dans ledit temps , renouveler la guerre cette année même , afin de prendre le roi d'Espagne mal préparé et au dépourvu ; au lieu que s'il gagne l'année entière par cette tromperie , il fera la guerre puissamment l'année suivante. Cette prévoyance est louable, et désirerions qu'elle fût aussi avant en l'esprit des Etats qu'il seroit bien requis pour leur profit et avantage ; mais nous en doutons bien fort , et outre ce il nous semble , quand on les pourroit disposer de réduire le temps de cette ratification à trois mois, qu'il seroit très-difficile d'en tirer le fhiit que votre Majesté se promet; car, avant l'expiration du délai , si la ratification n'est envoyée d'Espagne , les archiducs prieront qu'on leur donne encore quelques Jours , puis feindront après ce délai de l'attendre de moment à autre ; et les Etats, qui n'auront pas envie de recommencer ce jeu , recevront aisément toutes sortes d'excuses pour s'en exempter. Si toutefois votre Majesté continue toujours en même volonté, et juge après le traité fait qu'il les faille préparer à reprendre les armes , à faute que la ratification ne soit donnée dans le temps promis, nous essaierons de les échauffer, et de leur faire connoitre dès à présent que s'il y a de la remise sera pour gagner temps, et enfin les tromper et refuser du tout cette ratification ; mais, pour y parvenir, il leur faudra offrir un bon et puissant secours, et outre ce empêcher qu'ils ne licencient partie de leurs troupes dès le lendemain du traité, sans attendre que le temps de hl ratification soit expiré, comme ils feront sans doute s'il ne platt à votre Majesté leur donner quelque assistance pour aider à les entretenir , et nous mander quoi , afin que leur en puissions donner assurance , comme aussi quelle est son intention touchant la garantie de la trêve , au cas que les Etats soient empêchés au commerce des Indes , et croire , s'il lui plaît , que nous userons de discrétion pour ne publier ses intentions, sinon quand il sera temps , et à
ceux auxquels nous jugerons être expééUent de le faire, y ayant toujours procédé de cette façon , sans aller même si avant qu'elle nous a permis et commandé, quand nous avons jugé pouvoir fhire son service en demeurant plus retenus, afin qu'elle eût le gré de ce traité aussi bien du c6té des archiducs que des Etats, attendu que c'est à elle seule qu'il sera vraiment dû.
Nous nous apercevons bien néanmoins, depuis ce dernier voyage , que lesdits députés des a^ chiducs reconnoissent mieux notre pouvoir à faire ce traité , qu'ils ne se fient en notre volonté à contenter l'Espagne; et au contraire il serolrie qu'ils se tiennent plus assurés de la bonne volonté des Anglais , et moins de leur pouvoir, disant tous les jours que tout dépend de nous, et que nous leur faisons fiiire ce que nous voulons, comme, à la vérité, nous estimons qu'ils ont charge à présent de suivre nos avis. Quoi qn'il en avienne, s'ils ont plus de gré de ce côté, nous essaierons , en récompense , de le gagner par dessus eux envers les Etats , et nous nous promettons de le faire. Nous n'omettrons rien poa^ tant de ce côté pour leur donner toute bonne impression de notre conduite et de votre intention , sans toutefois user d'aucune flatterie , ni fhire chose indigne de la sincérité et gravité qni accompagne toutes les intentions de votre Majesté, à laquelle nous prions Dieu, Sire, donner en très-parâdte santé très-heureuse et longue vie.
D'Anvers, ce sixième Jour de mars 1609.
Vos, etc. P. Jbànrin et dk Russy.
Attire lettre de messieurs Jeatmin et de Russf au Roi, du huîUème mars 1609.
SiBE,
Ce courrier nous a rendu les lettres de votre Majesté, du quatrième de ce mois , le sixième au soir. Nous lui avions déjà écrit le même jour, et nous pensions envoyer nos lettres par un courrier qui partoit de cette ville pour aller à Paris; mais nous les avons retenues Jusques au départ de celui-ci pour envoyer les deux ensenible. Nous pensions qu'elle dût recevoir plus de contentement de notre dernière dépêche qu'elle n*a fait , sur ce qu'elle craint , comme il semble , que les Etats refusent l'article des Indes ainsi qu'il est conçu , et que cela soit cause de nouvelles longueurs et défiances , au lieu de donner quelque avancement au traité; et néanmoins par ses précédentes lettres elle en faisoit tout autre jugement et le tenoit suffisant pour leur sûreté, dont nous nous étions bien fort réjouis, pensant avoir satisfait à son désir, avant même qu*en avoir reçu le commandement. Si est-il vrai que
DU PftisiBBNT JtÂXmtl.
nous eussions été contraints de sortir de ce lien les mains vides , et sans rien faire , si nous ne Teussions accepté de cette façon ; car en tout ce qui s'est passé jusques a présent, soit avec les députés des Etats, ou avec nous en ces dernières conférences, les députés des archiducs n'ont contesté sur aucun article avec plus de véhémence et animosité que sur celui-ci , n'y ayant eu aucun moyen d'obtenir autre chose d'eux que ce qui est contenu en notre article, encore avec colère et regret, ainsi que nous lui avons ci-devant écrit U est bien vrai aussi que cet article est suffisant pour la sûreté des Etats, encore que mention expresse n'y soit faite des Indes ; néanmoins il n'a été dressé par nous, sinon en rejetant celui de M. le président Richardot , et en déclarant auxdits députés que nous ne l'approuvions aucunement, pource que nous prévoyions que les Etats ne s'en voudroient contenter, mais l'acceptions seulement crainte d'être auteurs de rupture, et avec promesse de faire ce que nous pourrions envers les Etats pour les en faire contenter, les priant, s'ils en faisoient refus, de ne faire difficulté de mieux éclaircir cet article , puisque c'est lem* intention qu'il soit effectué de bonne foi.
Votre Majesté sera aussi avertie que, par les articles que les Etats ont signés, il n'y en a un seul qui fasse mention des Indes, et se contentoient lors de deux articles : l'un , par lequel la trêve est générale , partout, et sans distinction de lieux ni de personnes; l'autre, par lequel le commerce est général par tous les royaumes, pays , terres et seigneuries du roi d'Espagne, des archiducs et des Etats entre tous leurs si^ets; et ensemble inféroient que la trêve étoit aussi bien aux Indes qu'ailleurs, n'y ayant aucune restriction au commerce qui s'étendoit de même partout. Or cette interprétation pouvoit être siiyette à grande dispute, car, encore que par les traités faits entre la France et TEspagne le commerce soit général , et de même es traités entre l'Angleterre et l'Espagne , si est-il certain que les Espagnols n'ont jamais entendu que les si^jets de Tos Majestés eussent ledit commerce aux Indes , et , s'ils y vont , que c'est à leurs périls et fortunes , sans que la paix soit rompue ailleurs. Ainsi Ils eussent pu donner la même interprétation à cet article; mais quand les députés des archiducs le voulurent restreindre aux lieux et limites désignés par ledit article, et hors iceux exclure les Etats des lieux , ports et havres appartenant au roi d'Espagne, on leur demanda un consentement exprès pour le commerce desdits pays es lieux et ports qui n'étoient de l'obéissance du roi d'Espagne, et que durant la trêve on promit
aussi de ne faire la guerre aux alliés que les Etats ont èsdits pays : et ce fut lors qu'il y eut grande contention continuée par trois conférences, et jusque sur le point de notre départ, que nous fûmes comme contraints d'accepter l'article aux conditions ci-dessus mentionnées, non autrement; en quoi nous estimons avoir bien fait, et donné un grand avancement en cette affaire, sans nous obliger néanmoins à ne pouvoir demander mieux , au cas que les Etats fiassent refus de s'en contenter. C'est donc à votre Mi^esté de nous commander, s'il lui plait , son intention , et de prendre assurance qu'elle y sera fidèlement servie.
Nous tenons pour certain que dans les Etats aucuns, induits plutôt par les sollicitations de ceux qui ont toujours rejeté la trêve que de l'intérêt des marchands , ou de quelque utilité qui en pourroit arriver au général de TEtat, feront de la difficulté en cet article, et que cela sera cause de quelque longueur, mais non de rupture, et enfin qu'on pourra dans peu de jours surmonter cette difQculté par l'ouverture proposée à votre Majesté, qui est de garantir ce commerce des Indes de tout empêchement , aussi bien que le reste du traité, tant de sa part que de celle du roi d'Angleterre; en quoi elle s'assurera, s'il lui plaft, que nous dresserons le traité de foçon que tels empêchemens ne seront tenus pour rupture, sinon qu'il soit ainsi jugé par avis commun, et non par les Etats seuls, sur la plainte de quelques particuliers intéressés. Ce à quoi il est plus besoin et raisonnable aussi de pourvoir, est ê l'intérêt de la maison de Nassau, et particulièrement de M. le prince Maurice, qui recevra grand dommage par cette trêve. Or il seroit du tout injuste que son mérite fût récompensé par cette ingratitude , et que le public et les parti culiers dans les Etats recevant du soulagement et du profit par cette trêve , lui seul , et ceux de sa maison avec lui, en souffrissent du mal; et c'est en ceci où nous aurons à travailler le plus, et sans quoi nous prévoyons toutes sortes d'inconvéniens; mais nous estimons que ceux qui conduisent les affaires se laisseront vaincre à nos raisons et aux prières qui leur en seront faites de la part de votre Migesté et du roi d'Angleterre. Tous les députés de l'assemblée générale des Etats partent avgourd'hui même de La Haye pour se rendre le dix ou onzième à Bergop-Zoom , et nous partirons le lendemain pour les aller trouver, et faire tout ce qu'il nous sera possible pour achever cette affaire selon le désir de votre Majesté. Le conseil d'Etat y doit être aussi , et pareillement madame la princesse d'O* range, H. le prince Biauiiee,M. le comte flenry
fiiâoâTAttftffi
et M. le eomtê GdlUadme. Noa§ retenons le courrier Picault pour lui mander les premiers avis de ce que nous devons espérer. Priant Dieu cependant, Sire, qu*il donne à votre Majesté et à sa royale famille tout heur et prospérité. D*Anver8| ce huitième de mars 1600.* Vos, etc. , P. Jbanni!! et db RussY*
Autre lettre au Roij dudit jour^ dudit Heur Jeannin en particulier.
StBB,
Ayant reçu votre commandement par deux fois pour faire effectuer ce que le marchand d'Amsterdam a promis, je lui ai mandé de se trouver à La Haye le douzième de ce mois, où M. de Préaux le doit aller trouver pour convenir de prix avec lui et passer traité sous sa signature , avec promesse 9 au cas que Tentreprise succède bien, que votre Majesté pourra, si bon lui sem-^ ble, publier, et lui-même sera tenu de publier et déclarer que c*est en son nom et de ses de-* niers. Encore qu'il ait toujours demandé dou2e mille livres, si estlmé-je qu'il se contentera à moins, comme de huit , neuf on dix mille livres, dont ledit sieur de Préaux prendra le meilleur marché qu'il pourra, et le saura bien faire ^ comme 11 fait bien tous les Jours ce à quoi il est employé ici pour le service de Sa Miy'esté. J'écris à M. de Villeroy bien particulièrement sur le fait de notre négociation, et ^}oute par la même lettre où je prendrai l'argent qu'il faut donner à ce marchand, à quoi Je me remettrai pour n'importuner votre Majesté de redites^ Priant Dieu, Sire, qu'il lui donne en très-parfiiite santé très-heureuse et très-longue vie«
D'Anvers , ce huitième mars au soir 1609.
Votre, etc. P. Jbauniiv.
Lettre à M. de Villeroy dudit sieur Jeannin^ dudit jour huitième mars 1609.
Monsieur, J'estimois que notre dernière dé* pèche apporteroit plus de contentement au Rot qu'elle n'a fait , pour le moins A ce que J'ai re« connu par les lettres qu'a apportées ce courrier^ qu*on étoit en doute de ce que feroit le roi d'Espagne, et qu'on craigooit la rupture. Toutes les lettres de Sa Majesté et les vôtres tendoient A faciliter ce traité ; et maintenant que ledit sieur Roi et les archiducs accorde.it tout, et consentent à une trêve fort honteuse pour eux , glorieuse pour Sa Majesté qui l'a poursuivie, et qu'on en peut ^re auteur, et avec ce , profitable et assurée pour les Etats, qui avoient si grand désir de se mettre en repos , que le plus grand nombre l'eût volontiers aoeeptée à moiodret eondltions^ «(J'ose dive loUa^ fMàt que éê nmpréy tt seon
ble qu'elle en ait du dégoOf. Slle avoit toissl approuvé l'article pour le commerce des Indes par les lettres que le courrier Picault nous a apportées, Jugeant qu'il sufQsoit pour la sûreté des Etats; et néanmoins, encore que rien n'y ait été changé depuis, elle en doute h présent, dit que nous avons beaucoup fhit pour le roi d'Espagne et les archiducs, d'induire leurs ministres A l'accepter, et craint que les Etats n'aient sujet de s'en plaindre. SI n'aKje jamais pensé à contenter le roi d'Espagne , mais seulement à ftdre ce qui m'étoit commandé , en fiicilitant les moyens de parvenir A ladite trêve avec la sûreté des Etats ; vous pouvant assurer que les députés des archiducs n'ont disputé en toutes leurs eonférences , soit avec les Etats ou avec nous, aocun article avec tant de contention et animosité que celui-ci, jusques A les avoir vus résolos de rompre plutÀt que de faire mention expresse des Indes , n'en pouvant toutefois conjecturer antre raison , puisque les Etats en vertu de notre a^ ticle doivent avoir ce commerce en effet, sinon qu'ils l'ont fiiit , non pour les raisons contenues en nos précédentes lettres mises en avant psr eux, mais pour contenter aucunement la vanitf du roi d'Espagne et de son conseil, ou bien à cause des Portugais , qui ont fidt très-granè; instance au conseil d'Espagne pour ôter ce conh merce aux Etats, auxquels peut-être on essaiera de persuader qu'il a été refljsé puisqu'il n'est accordé expressément , les induisant A le souffrir et dissimuler pour quelque temps sous espéranee qu'il durera peu , comme en effet il est certabi que les marchands s'en dégoûteront bientêt,et qu'il ne sera d'aucun profit A FEtat, puiscpH n'est que de gré A gré.
Je ne peux donc imaginer d'où Vient ce ehaogement et dégoût en la volonté do Roi ^ si ee n'est que quelqu'un ait écrit malicieusenient ou ignoramment que nous pouvions encore obtenir mieux , et faire coucher cet article plus intelligi'* bleraent si nous y eussions persisté avee opiniâ^ treté sans nous en départir, étant néanntoins vrai que nous avons attendu Jusqu'au dernier Jour de la trêve, prêts A sortir le lendemain pour nous en retourner les mains vides. Or je désirois engager les archiducs A nous donner par écrit les articles du traité , tant en leurs noms qu'au nom du roi d'Espagne. Je voyois que lei députés d'Angleterre avoient déelaré hautement que leur maître ne consentiroit Jamais A la rai^ tore sur cet article , et Je Jugeois d'ailleofs qu'il y en avoit aasex pour la sûreté des Etats, ceniM il est vrai en effet, et outre ee que dessus, qua par les articles résolus aveo les Etats, les laàm tif sont poim eipf imése MvâéviiBIlM pM
DU nitStDftM iSÀNNtN.
qu'en notre article, eux s^étant contentés de ces deux articles, Tua par lequel H est dit que la trêve est générale , sans distinction de lieux ni de i>ersonnes, entendant par ces mots que c*étoit aussi bien aux Indes qu*ailleurs; l'autre article contenant que le commerce devoit être général en tous les royaumes, pays, terres et seigneuries do roi d'Espagne , des archiducs et Etats, duquel les Etats prétendoient aussi inférer qu'ils Favoient de gré à gré aux Indes; et ne leur demandons là-dessus, sinon une déclaration à part, au nom du roi d'Espagne, que pendant la trêve il ne fèroit la guerre aux princes et peuples qui scmt amis et alliés des Etats êsdits pays : en quoi seulement tût la difOculté, et sur ce qu'ils dirent le roi d'Espagne ne vouloir souffrir ledit commerce en ses places, ports et havres, hors les limites désignées par notre article , ce que les Etats n'ont aussi Jamais prétendu , consentant de ne donner aucun empêchement audit commerce es pays d'autrui èsdits lieux y ce qu'ils ne vouloient encore déclarer par le traité général , mais , par un écrit à part , et après de très-grandes disputes, le consentirent, et d'y jouter qu'ils ne donnerolent non plus aucon empêchement à ceux qui feroient ledit commerce avec eux , que nous fîmes jouter pour comprendre sous ces mots- leurs alliés, dont 11 ne fût possible d'obtenir l'expression. Ce que Je vous mande est la vérité : quelqu'un eût bien désiré que nous fassions sortis d'ici sans rien faire, se promettant que cela eût servi pour rompre tout, mais Je n'ai pas cru que ce tùt l'intention du Roi; ses commandemens répétés par plusieurs lettres me témoignoient le contraire, et que Sa Mi^esté désiroit autant la conclusion de ce traité qu'elle en craignoit la rufiture ; et Je savois bien aussi que sortir de ce lieu sans rien Ibire ne seroit pas cause de rompre, car les Etats en sont si éloignés, qu'ils se contenteroient platAt à DH^ns que de tomber en cet inconvénient, mais eût été cause de mettre les affaires en longueur, et faire couler cette année hiutilement, oe que les Espagnols désirent avec plus d'affection , et l'estiment de plus grand avantage pour eux que la conclusion du traité.
Néanmoins ceux qui ont toujours rejeté la trêve, ne la pouvant rompre, seroient bien aises de tomber en cette longueur, pource qu'on leur donne espérance que Sa M^esté est ébranlée pour rentrer en guerre , et , si on a encore quelque loisir , qu'elle pourra être induite à prendre ce conseil ; et eux se promettent aussi , quoique Ytinement, qu'ils pourroient persuader les peuples de reprendre les armes en ayant ce loisir : 0t d^à cm leur avoH denaé avii de ee lies des
difficultés qui restent êtt de traité, tant pour empêcher la venue des Etats à BergH)p-Zoom, sous prétexte qu'il falloit avant que sortir de La Haye être informé par le menu de toutes choses, et y prendre résolution ; mais ce conseil fut rejeté, et arrêté qu'ils se rendroient audit lieu de Berg-op-Zoom mardi prochain , dixième de ce mois, où nous nous trouverons. Dieu aidant, le lendemain , avec espérance de leur faire trouver bon tout ce qui s'est passé , si nous ne recevons autre commandement de Sa Majesté; car s'il lui plait que nous laissions faire difficulté aux Etats sur cet article du commerce des Indes , et que la fomentions même sous main , nous le pouvons faire, pource qu'encore que nous ayons dressé Tarticle ainsi qu'il est , ce n'a été qu'en rejetant celui de M. le président Richardot , et en leur déclarant expressément que nous ne l'approuvions de cette façon , pour être bien assurés que les Etats en feroient refais , ne leur promettant autre chose, sinon de faire tout devoir de le leur persuader. Je ne vous réponds pas pourtant de l'événement , tenant pour certain , encore que Je prévoie Irien qu'il y aura de la dispute sur cet article, que tous aimeront mieux le passer ainsi que rompre. Croyez, monsieur, qu'ayant appris le mauvais état auquel sont les affaire» du roi d'Espagne , si J'eusse reconnu les Etats pouvoir être disposés de rentrer tous ensemble en guerre, avec même courage et vigueur que du passé, que J'eusse aidé à échauffer Sa Majesté en la résolution de oe conseil ; mais ayant toujours jugé le contraire, je l'en ai avertie véritablement et en homme de bien. Que Je sache donc au vrai ee qui est de son intention , et personne n'apportera plus de fidélité et d'industrie du eût é des Etats que moi, pour essayer de la faire suivre. J'ai toujours estimé qu'elle préféroit la trêve bien faite à tout autre conseil; mais il me semble, maintenant que nous approchons ^e la conclusion , du moins que les affaires y sont en mdlleur état qu'elles ne furent jamais, que Sa Majesté commence d'en avoir quelque dégoût : j'en Juge même ainsi par vos lettres , car vous ayant envoyé, par le sieur de Sainte-Catherine, copie de la procuration en vertu de laquelle les archiducs veulent obliger le roi d'Espagne , et mandé les raisons pour lesquelles die me sembloit Iwone, et ce qu'on pou voit aussi dire au contraire, vous m'avez écrit qu'elle l'avoit trouvée bonne, et néanmoins par vos lettres que le courrier Picault m'a apportées voos« montrez d'en douter.
Je tire aussi quelque conjecture de ce étang& ment, de ee que j'en ai dit antrefois au président Richardot et aux areliiducs mêmes par coi» mandcdMvt du Roi et ior voa littni, qu'ift tnil*
kiSgoguiions
tant en vertu do ponvoir du roi d^Espagne, le Boi tiendroit la main qu'il ne fût pressé par les Etats pour faire donner la ratillcation, et quand elle seroit même refusée du tout, il empècheroit de tout son pouvoir que la trêve ne fût rompue à cette occasion , pourvu qu'en effet le roi d'Espagne ne contrevint point à ladite trêve , ce que le président Richardot m'a dit d'entrée , montrant de vouloir bâtir là-dessus, et passer outre à ce traité sur cette assurance, non autrement. A quoi je lui répondis qu'il ne devoit point penser que les Etats-, à faute de cette ratification, rentreroient en guerre et ne se désarmeroient pas même avant que de l'avoir reçue, n'accorderoient aussi un plus long temps que de trois mois pour la leur donner ; et Je vois maintenant que le Roi cherche à restreindre ce temps, comme c'est à la vérité le meilleur. Mais cela me fait Juger qu'il y a quelque changement en sa volonté , du moins qu'il n'a même affection à ce traité que du passé. Je servirai comme il lui plaira : la conclusion du traité , la rupture , ou la longueur sans rompre , tout m'est égal pourvu que Sa Majesté soit servie à son contentement. Elle sait mieux Juger, et son conseil qui est près d'elle instruit de toutes les affaires de son Etat, ce qui lui est utile que moi qui n'en sais que par parcelles, et dois seulement obéir sans apporter mes raisons c<mtre son commandement. M. de Préaux doit être le douzième de ce mois à La Haye, pour parler au marchand que vous savez , et là traiter avec lui , et convenir du prix du marché au mieux qu'il pourra; car encore qu'il ait toujours demandé douze mille livres. J'espère qu'il se contentera de huit , neuf ou dix mille livres, et ledit sieur de Préaux saura bien prendre le meilleur marché qu'il pourra. Il en prendra une promesse par écrit , qui contiendra tout ce que dessus, et outre ce , que si Sa Mzyesté veut ci-après, l'affaire succédant bien, publier que l'entreprise a été faite en son nom et de ses deniers, elle le pourra faire si bon lui semble, n'estlmiant pas qu'il soit à propos de le déclarer maintenante
Quant à l'argent , Je n'ai employé de celui de Sa Mi^esté que douze mille livres d'un côté, et quatre mille de l'autre. Le surplus a été mis pour la plupart en ma dépense, et en déduction de l'état qui m'a été donné; mais Je prendrai ce qui reste, et emprunterai le surplus par le moyen du sieur de Vaudrenecq , et comme feignant que c'est pour ma dépense, et acheter quelque tapisserie en ce lieu ; et suffira qu'on le rende quand et où Je me serai obligé de le faire. J'ai toujours retenu M. de Préaux pource qu'il est très-utile ici pour le service du Roi. U a été parler sou-
vent pour afhires à M. le prlooe Mauriee, i M. Barneveldt et à d'autres, selon les occurrences, dont il s'est toujours très-bien acquitté, et en ce lieu a vu quatre ou cinq fois le président Richardot pour lui communiquer d'affaires; l'ayant prié de demeurer encore Jusqu'à ce ([ue la résolution soit prise par les Etats , afin qu'il retourne lors en France avec créance à Sa Majesté de tout ce que Jugerai être nécessaire de faire pour son service, dont Je ne la saurois à bien instruire par lettres que ledit sieur de Préaux fera de bouche, avec lequel J'ai toujours communiqué si confidemment , qu'il est très-biei informé de toutes choses, et suis certain que Sa Miyesté recevra contentement du raf^rt qu'il lui en fera, et le Jugera capable de la servir en quelque autre bonne afûdre que ce soit Je suis, monsieur , votre , etc. , P. Jean nu.
D'Anvers, ce huitième Jour de mars au soir
Lettre dudit sieur Jeannin à M. le duc & Sully y dudit jour huitième mars 1609.
Monsieur, vous aurez vu, par notre précédente dépêche au Roi , la résolution qui a été prise du. côté des archiducs pour la trêve, laquelle est presque conforme à celle des Etats; et néanmoins il semble , par les lettres que ce cou^ rier nous a apportées , que Sa Miyesté n'en soit pas si contente que nous avions espéré, à cause qu'elle craint le commerce des Indes n'être assez exprimé pour en d<mner satisfaction aux Etats : si y en a«t-il suffisamment pour leur sûreté; puis il n'a été en notre pouvoir de mieux faire, les députés d'Angleterre ayant déclaré ouvertement que leur maître ne sera Jamais d'avis de rompre à cette occasion , et ceux des archiducs, qu'ils ne vouloient passer outre , encore que ce fût l'intention du roi d'Espagne d'accorder ce commerce par les mots contenus en notre article sans en faire autre expression; ainsi il s'en falloit retourner sans rien faire , ou accepter ce qui nous a été donné ; l'ayant fait toutefois avec protestation de ne le recevoir, sinon pour le présenter aux Etats, et faire tout devoir pour leur persuader de s'en contenter, mais, s'ils en faisoiait reAis, de presser derechef les archiducs d'éclai^ cir ledit article si intelligiblement, que les Etats n'aient aucune occasion d'en douter. Il est certain qu'à cause des passions de quelques-uns des Etats qui ont toujours rejeté la trêve , cet article aura de la difficulté, et néanmoins j'espère, après quelques disputes, qu'ils s'en pourront ccmtenter, et , s'ils ne le font, que les archiducs, ayant pouvoir d'accorder ce commerce de la part du roi d'Espagne, aimeront mieux le
BU PB)iSU>fiirT JBAÏmiN.
Mt
faire ainsi qa*ll sera reqats pour les contenter gue de rompre. Et, à la vérité, puisque c'est l'intention dudit sieur Roi , il ne devoit faire difficulté de l'exprimer sans mettre ces peuples en nouvelles défiances par cette façon de procéder. Mais il y a tant d'autres choses en ce traité qu'ils passent à regret, et, comme il leur semble, avec quelque honte, que nous n'avons pu jusqu'ici surmonter leur opiniâtreté.
Le fait des confiscations est encore demeuré en suspens, pource qu'il y a tant de difficulté, qu'on n'a osé l'entamer jusqu'à ce qu'on soit demeuré d'accord des autres articles du traité : néanmoins on eu doit traiter, et des limites aussi, avant que se séparer, tant de gens ayant intérêt en celui des confiscations , que chacun presse pour le faire résoudre. Les Etats m'ont promis de n'en rien accorder sans pourvoir à l'intérêt de M. le prince d'Espinoy. J'en tirerai encore une déclaration par écrit afin de les y obliger du tout; mais je désire, pour les en presser encore avec plus d'efQcace , que le Roi en écrive un mot aux Etats , suivant le mémoire que j'envoie à M. de Yilleroy, pour faire la lettre sur icelui, qui, je m'assure, le fera volontiers, le vous en envoie aussi copie, et vous assure que je n'omettrai rien pour vous y rendre très-humble service , comme étant , monsieur, votre, etc.,
P. Jeànnin.
D'Anvers, ce huitième mars 1609.
Lettre dudit sieur Jeannin à M, de Bameveldt^ dudit jour dixième mars 1609.
Monsieur, nous partirons de cette ville , Dieu aidant , jeudi matin pour nous en aller à Bergop-Zoom, où nous nous promettons que les députés de l'assemblée générale arriveront cejourd'hui. Je vous envoie copie des articles selon qu'ils ont été signés par les députés des archiducs, ayant noté en marge le changement qui a été fait en quelques-uns desdits articles. Le principal est pour les contributions qu'ils ôtent du tout, et n'y a eu moyen de le leur faire consentir. Ils n'accordent aussi que dix ans pour la trêve; mats j'estime, si on insiste pour les douze, qu'ils y consentiront. Quant à l'article du commerce des Indes, nous avons fait tout ce qu'il nous a été possible pour le faire exprimer de façon que les plus scrupuleux n'eussent aucun sujet d'y faire difficulté; mais après y avoir contesté long- temps. Jusqu'à montrer de vouloir sortir , comme tenant tout pour rompu, nous l'avons enfin obtenu, avec peine, de la façon qu'il est couché, sans pouvoir mieux faire ; leur déclarant néanmoins que nous ne pensions pas que messieurs les Etats s*en dussent contenter, encore qu'en notre particulier