II. C. D, X. T. IV
nous croyions qu'il y en a asse2 pour leur sû« reté, attendu même que les deux rois leur offriront de promettre , par le traité qui contiendra la garantie de la trêve, si quelque empêchement est donné en ce commerce, qu'ils tiendront la trêve pour enfreinte , tout ainsi que si elle étoit rompue es autres articles du traité. C'est à ce coup qu'il est du tout nécessaire que vous preniez une finale résolution, soit pour conclure ou pour rompre. Nous vous conseillons le premier par le commandement de nos maîtres. Je vous supplie encore de faire pourvoir à ce qui touche l'intérêt de M. le prince Maurice , et de croire , si on n'en a plus de soin que du passé, que tout ira mal. Ce que je vous mande ne sera que pour vous s'il vous plaît, et où vous jugerez qu'il sera à propos de le communiquer. Je vous l>aise bien humblement ies mains, et suis, monsieur, votre , etc. , P. Jeànnin.
D'Anvers, ce dixième mars 1609.
Lettre dudit sieur Jeannin à M, de La Boderie, du onzième mars 1609.
Monsieur, votre lettre du vingt-sixième février m'a été rendue en cette ville d'Anvers le dixième de ce mois. Notre trêve s'avance, car les archiducs, tant en leurs noms qu'au nom du roi d'Espagne , nous ont donné les articles signés, fors celui des contributions , qu'on prétendoit encore lever sur les pays l'un de l'autre durant la trêve , qu'ils ont refusé; aussi ne nous a-t-il jamais semblé juste. Ils n'ont voulu accorder non plus que dix ans pour la trêve , et les Etats en demandent douze; mais cela ne suffit pour rompre d'un côté ni d'autre. La plus grande difficulté a été sur le commerce des Indes qu'ils ont dit d'entrée vouloir bien accorder de gré à gré; mais quand il a fallu mettre cet article par écrit, j'en ai MX trois, et M. le président Bichardot autant, et tous ont été rejetés par eux ou par nous, les nôtres , parce qu'ils faisoient mention expresse des Indes, dont ils ne veulent ouïr parler, craignant, comme ils disent, la conséquence envers les autres princes qui sont leurs amis et alliés, et les leurs, pource qu'ils vouloient user de circonlocutions qui avoient de l'ambiguïté. Enfin nous en avons dressé un, non du tout selon notre désir, mais mieux que le leur, que notre Roi approuve, et à la vérité il nous semble suffisant ; mais je ne laisse de craindre que les Etats ne s*en veuillent contenter. Si voisje cette affaire si ébranlée, et les parties en si grande inclination d'achever ce traité, qu'à mon avis l*un ne se voulant laisser vaincre, l'autre s'accommodera, et, par ce moyen, nous en sortirons bientôt. Tous les députés de rassemblée générale des Etats seront aujourd'hui à
KEGOCIiTIOTffi
Bcrg-op-Zoom, distant de cette ville de cinq lieues seult ment, comme aussi M. le prince Maurice y doit arriver avec son frère, et, comme j'estime, madame la princesse d'Orange. Ce que je désire le plus, est de pourvoir à l'intérêt dudit sieur prince Maurice, qui doit perdre beaucoup par la trêve, et il n'est pas raisonnable que son mérite soit si ingratement récompensé; j'espère d'en venir à bout.
Les députés d'Angleterre et nous sommes en très-bonne intelligence, et me réjouis d'apprendre par vos lettres que le prince près duquel vous êtes soit mieux disposé à respecter notre amitié qu'il n'étoit du passé; nous en devons aussi faire compte et nous en approcher de même. >'ous partons demain pour aller à Berg-op-Zoom prendre le dernier mot des Etats, estimant ne devoir mettre leurs députés avec ceux des archiducs, jusques à ce que nous ayons fait résoudre tout , afm qu'il n'y ait plus à conférer ensemble, mais seulement à passer le traité, et en usons ainsi pour éviter les longueurs et circuits auxquels les uns sont sujets par nature , et les autres à dessein , et pour tirer profit du temps; aussi est-il temps de couper ou défder le nœud. Je vous baise trèshumblement les mains, et suis, monsieur, votre, etc., P. J£A?iMN.
D'Anvers, ce onzième mars 1609.
Lettre de messieurs les ambassadeurs de France et d^ Angleterre à V archiduc ^ du onzième mars 1609.
Mcmseigneur, nous avons estimé que c*étoit notre devoir d'écrire à votre altesse avant que sortir de cette ville, pour la remercier très-humblement de rhonneur et courtoisie que nous y avons reçu , et pour l'assurer aussi que , suivant la charge et commandement des rois nos maîtres, nous n'omettrons aucune sorte d'office, de soin et diligence , pour achever et conduire à heureuse fin le bon œuvre auquel il leur a plu nous employer pour mettre ce pays en repos, y ayant déjà travaillé avec tant d*affection , que l'affaire est à présent bien avancée ; et nous ne voyons plus rien qui y puisse apporter de la difûculté, sinon le commerce des Indes que les députés de votre altesse déclarent bien être accordé par le Roi catholique de gré à gré , mais ils ne l'ont voulu exprimer en termes qui soient assez clairs pour contenter les esprits de ces peuples qui sont en défiance, du moins de ceux qui feindront d'y être pour avoir quelque prétexte de rompre ce traité , auxquels toutefois on ne sauroit que répondre, quand ils diront, puisque ce commerce est consenti , qu'on le doit mettre en mots si intelligibles qu'il u'y ait aucune Ambiguité, étant la
coutume ou prudence des phis foibta, qoaad ils traitent avec plus puissans qu'eux, d'eauser ainsi; aucuns ajouteront même que si on le refuse , c'est leur donner sujet de croire qu'on les veut tromper. 11 y en a bien assez à la vérité pour notre regard , et les rois nos maîtres en jugent ainsi. Nous avons aussi très-bonne opinion de la sincérité et prudence des princes avec lesquels les Etats traitent , et qu'ils ne penseront jamais d> contrevenir pour n'être cause d'enfreindre et violer un traité qui aura donné tant de peine pour le bâtir. Nous tiendrons ces mêmes langages en l'asr semblée générale des £taU, et aux particulien d'entre eux qui ont plus de créance et de pouvoir pour le leur persuader, et nous ajouterons même aussi aux raisons l'autorité et les menaces de la part de nos maîtres, au cas qu*ils fassent refus de suivre leur conseil. Mais craignant que tout cela ne puisse suffire pour vaincre leur opiniâtreté, fondée en quelque raison , puisqu'ils ne demandent rien , sinon l'expression et déclaratioa de ce qui leur est accordé, nous supplions très-humblement votre altesse y vouloir «Jouter par sa prudence ce qui est requis pour achever ce bon œuvre, lequel doit prendre fin a ce coup, soit par la conclusion ou rupture, dont nos rois désirent au* tant le premier, pour être amateurs du bien et repos de votre altesse et des Etats, comme aussi de la tranquillité publique de la chrétienté que la continuation de cette guerre pourroit troubter, qu'ils craignent le dernier, jugeant et prévoyant avec certitude que, si on perd à présent roecasion qui est en main poar mettre la paix en ces pays, qu'il sera très-difficile de la recouvrer par ciaprès.
Votre altesse prendra, s'il lui plaît, de bonne part cette remontrance, dont nous avons déduit plus particulièrement les raisons à M. le président Richardot, lesquelles proviennent du devoir et affection de ministres qui sont très-désireux que leur travail soit utile, et qu'ils puissent remporter ce contentement à leurs maîtres, d'avoir fait réussir ce qui leur étoit conunandé. £n cette volonté nous prions Dieu, monseigneur, quil donne à votre altesse tout heur et prospérité.
D'Anvers, ce onzième jour de mftrs 1609.
Vos, etc., P. Jeanmiî, n» Bussy,
El. Spencba, et Eopou^fi^ Wiaoop.
Lettre de Varckiduc auxâits sieurs ambassadeurs, responsive à la précédente , d^ même jour onzième mars 1609.
Messieurs, c'est ua effet de votre çQurtoisic que , par la vôtxe d'aujourd'hui , ayez voulu /aire démonstration d'être satisfaits du traitement «ui vous a été fait A A)iY«», vA n'aura été « te»
pV PRESIDENT JEANNm.
comme nous Taurions bien désiré, mais selon que la saison l'aura permis. Si que nous-mêmes avons occasion de vous remercier, ainsi que nous faisons bien affectueusement, de tel votre contentement, et particulièrement pour les bons offices que vous faites, et la peine que vous prenez pour bien acbemiuer cette besogne de trêve. Nous avons vu tout ce que vous nous en représentez par ladite vôtre, et nous croyons que nos députés vous donneront sur tout la satisfaction qu'avec raison vous en devez avoir, puisque de notre part Ton vient en tout ce qui est raisonnable; et vous pouvez vous assurer qu'il sera accompli exactement et avec toute sincérité, et ainsi désirons-nous qu'en suite de l'ordre que, comme vous dites, vous avez de vos rois , ne vous ennuiiez à y travailler encore,ce que besoin sera pour achever à conduire cette affaire à la fm qui se prétend, qui est le repos de la chrétienté et de tous ces Etats en particulier. Priant sur ce Dieu vous avoir, messieurs, en sa continuelle garde.
De Bruxelles, le onzième mars 1609.
Albebt.
Et plus bas, PaATS.
lettre de M. Jeannin à M. de Villeroy, du douzième mars 1609.
Monsieur, le lendemain après vous avoir écrit je conférai avec M. le président Richardot dans le cloître des Carmes , et lui dis tout ce qu'il me fut possible pour obtenir que l'archiduc voulût éclaircir davantage l'article du commerce des Indes : je feignis même avoir reçu lettres de La Haye, par lesquelles on me mandoit que cela pourroit être cause de rupture. Je lui fis là-dessus plusieurs ouvertures ; mais je n'en pus tirer autre chose, sinon de me prier qu'on fit venir les députés des Etats, et qu'ils ne se départiroient d'ensemble sans être d'accord : à quoi je lui répondis, s'ils ne se contentent de la réponse que nous leur portons, qu'ils ne viendront point, et pour nous, que nous leur manderons aussi notre résolution sans venir, pource que nous ne leur saurions dire de meilleures raisons que celles qu'ils ont déjà entendues, et que ce seroit contre la dignité de nos rois d'aller et retourner ainsi inutilement comme simples messagers; dont il montra d'être étonné, et dit qu'il me verrait le lendemain; ce qu'il fit, ayant toutefois vu auparavant les Anglais , auxquels il se plaignit de moi; mais ayant avisé de tenir tous ensemble le même langage, ils lui firent le même discours , dont il s'étonna encore plus , et. depuis consentit d'ajouter quelques mots sur la fin de l'article du commerce qui servent , et après ledit article d'eu mettre encore un autre ¥m Qe(t«i G«Dsidérutioo, cpiQ je lui dis ^e la trêve
ne pouvoit commencer, hors les limites désignées par le traité, au même temps que dans l'Europe, et qu'il falloit du loisir pour avertir ceux qui sont avec navires et forces aux Indes de se désister de toute hostilité; ce qu'après quelque dispute il nous pria de mettre par écrit, comme je fk à l'instant en sa présence, et lors il prit lesdits articles pour les aller communiquer aux autres députés, puis nous vint trouver étant tous ensembleau logis des Anglais, où il nous dit qu'ils le trouvoient l)on pour leur regard, mais n'oseroient l'accorder sans en avoir le commandement des archiducs, auxquels ils alloient envoyer au même instant; et pource que nous voulions partir le lendemain, nous pria de différer pour un jour, ce que nous avons fait; et au retour du courrier ils nous ont dit que les archiducs l'approuvent, en nous priant de ne les plus presser de rien, et qu'il étoit plus raisonnable de presser les Etats qui obtiennent tout à leur mot, que non pas eux qui ont déjà fait tout ce qu'on a voulu.
Je vous envoie la copie desdtts articles , avee lesquels j'estime que les Etats auront sujet de demeurer contens; car, outre ce que le premier article est fort exprès, celui qui a été ajouté sert de beaucoup pour expliquer le précédait, et montrer que le trafic hors les limites y désignées ne peut être entendu que de celui des Indes. Entre les ouvertures que j'avois faites audit sieur président, celle-ci en étoit une, que les archiducs, tant en leurs noms qu'au nom du roi d'Espagne, donnent un écrit pour être mis es mains de Sa Majesté , et un pareil es mains du roi d'Angleterre, lesquels contiendront que, sous les mots de l'article du commerce insérés au traité général^ ils ont entendu accorder le commerce des Indes, lesquels écrits demeureront secrets sans être publiés , et pour servir seulement auxdits sieun rois, afin que sur iceux ils puissent donner toute assurance aux Etats, ce qu'il n'approuva pas lors; mais j'ai reconnu depuis par ses propos, que si cela étoit encore nécessaire pour achever ce traité, qu'ils seront pour y consentir. J'en juge autant des douze ans au lieu des dix , et si les Etats refusent de traiter autrement, qu'ils l'ac^ corderont plutôt que de rompre à cette occasion. Ainsi je ne vois plus rien qui empêche la conclu* sion du traité de ce côté, et y a sujet de s'en promettre autant de l'autre , puisqu'on leur accorde tout, fors l'article des contributions, et par ainsi que nous en sortirons à ce coup. Sa Majesté aura incontinent avis par le courrier Picault de ce que nous devrons espérer du côté des Etats. Je vous en avertirai de même , et demeurerai to^jours, monsieur, votre, etc., P. 1bannin« D'Anvers, ce \% mars 1609«
as.
idô
NEGOCtATIÛNâ
Lettre du Roi à messieurs Jeannin et de Russpj du douzième mars 1609.
Messieurs Jeannin et de Bussy, vos lettres du huitième de ce mois, que j'ai reçues le dixième avec celles du sixième, m'ont étonné, ayant reconnu par la première que vous avez colligé des miennes du quatrième que je n'avois reçu contentement de votre précédente , et particulièrement de la réformation de l'article de la navigation aux Indes ; car , comme je sais très-bien que vous m'avez servi en cela très-fidèlement et dignement, ainsi qu'au reste de votre négociation, tant s'en faut aussi que j'aie été mal satisfait de ce à quoi vous avez rangé pour ce regard les députés des archiducs, que j'ai fort loué et approuvé votre conduite et résolution : aussi vous ai-Je mandé par madite lettre, comme par la précédente , que j'avois jugé ce que vous aviez remontré et opiniâtre sur ce si^et, fondé en raisons si pertinentes, que vous aviez dû y demeurer fermes et constans, ainsi que vous aviez fait; lyoutant que je me promettois que les députés desdits archiducs , lesquels avoient démontré d'y acquiescer à regret, enjQn s'en loueroient les premiers pour leurs maîtres; mais je ne vous ai pas écrit cela pour estimer que vous ayez voulu les servir et favoriser au désavantage des autres, et surtout de mon contentement et service; j'ai à bon droit tout sujet d'avoir de vous toute autre créance , mais j'ai voulu vous dire qu'ayant par votre industrie et prudence réformé ledit article, de manière que chacune partie pouvoit avec raison s'en contenter, vous aviez fait beaucoup pour lesdits archiducs d'avoir contraint lesdits députés d'y condescendre. £t quand, à la suite de cela. Je vous ai écrit craindre que tel expédient fût rejeté par les Etats, j'ai suivi votre même jugement; car par toutes vos lettres vous m'avez fait entendre que vous aviez la même appréhension, ce que vous m'avez confirmé encore par votre dernière ; néanmoins je vous répéterai derechef qu'il me semble que lesdits archiducs et lesdits Espagnols même eussent pris bon conseil si, voulant accorder ladite navigation, ils ne se fussent tant arrêtés aux mots qu'ils ont fait, d'autant plus que la première raison qu'ils vous ont alléguée est trop frivole pour être mise en compte; et je n'estime guères plus considérables encore les autres que vous m'avez représentées par vos dernières. Mais je suis bien de votre opinion , qu'à la longue lesdits Etats et leurs sujets s'ennuieront de cette navigation et la quitteront d'eux-mêmes pour le peu de gain qu'ils y trouveront^ et les hasards quils y courront. Et puisqu'ainsi e9t que je vous ai ordonné par ma susdite
lettre, comme par les précédentes, de faire votre possible envers lesdits Etats à ce qu'ils se contentent dudit article ainsi qu'il a été réformé par vous, le jugeant suffisant et valable en cette forme, c'est signe que j'en ai approuvé la réformation : de sorte que je ne sais sur quoi vous avez fondé l'impression que vous avez prise da contraire, ni l'argument que vous avez tiré de là, que j'aie changé d'avis en faveur de la trêve.
Or je veux que vous sachiez et croyiez que, si je n'avois trouvé bon ce que vous avez négocié pour ce regard , ou si je désirois retarder ou rompre ladite trêve , je le vous aurois écrit en termes si clairs et si exprès, que vous les eussiez si bien entendus que vous n'eussiez eu sujet d*en douter, ni de renvoyer vers moi pour en être fait certains. Les mêmes raisons qui m'ont disposé et fait résoudre du commencement de fiivo. riser ladite trêve, et vous commander d'y employer mon autorité et votre industrie et diligence, me meuvent et portent encore à en favoriser et avancer la conclusion, ainsi que je vous ai écrit par toutes mes dépêches, étant très-content da bon devoir que vous y avez fait jusques à présent , car vous ne m'avez rien laissé à désirer pour ce regard ; au moyen de quoi vous mettrez la dernière main à cet ouvrage avec toute confiance et assurance de ma volonté , sans en entrer ci-après en doute quelconque, et y userez de votre diligence accoutumée. Je me remets à vous aussi d'accorder auxdits Etats, pour la garantieet sûreté dudit commerce, comme pour l'observation de ladite trêve, les traités, actes et déclarations qoe vous jugerez nécessaires, assuré que vous anrez toujours tel égard qu'il convient à ma dignité et à mon service, par préférence à toute autre chose. Je vous envoie la lettre en faveur du prince d'Ëspinoy pour lesdits Etats que vous m'avez demandée , suivant laquelle vous ferez tous les offices possibles à son bénéfice, et je le tiendrai à service très-agréable. Je vous recommande aussi les affaires de mon cousin le prince Maurice , afin qu'il soit traité ainsi qu'il mérite. Lesdits Etats lui doivent cette reconnoissance, et estime que le devoir qu'ils en feront ne sera moins utile et honorable à leur Etat en temps de trêve qu'a été l'assistance qu'ils ont reçue de sa personne durant la guerre.
Vous ne faudrez donc d'affectionner ce point comme important au public , et à mon contentement particulier, le recommandant d'affection de ma part an sieur Bameveldt et à tous autres que besoin sera. Pour le regard du temps qui devra être donné pour la ratification d*Espagne, je vous al écrit les raisons pour lesquelles je désire qu'il soit abrégé. Ce n'est pas que j'estioM
BU PaESIDENT JEANNIN.
que le fruit que nous espérons du traité dépende de là, car je sais que valent telles pièces en cas semblables, et comment on a accoutumé d'observer telles promesses, mais c'est parce qui! me semble qu'il est bonnêtc et raisonnable que lesdits archiducs , qui se font forts pour ledit Roi, se contentent de prendre un délai compétent pour le représenter, à la charge, s'il y a du défaut, que Ton se contentera de le prolonger s'il est trouvé bon de le faire, et d'en attendre l'effet avec la patience qui sera lors jugée pour le mieux, ou bien de prendre d'autres conseils , sans qu'il soit besoin maintenant de faire pour ce regard d'autres offres auxdjts Etats pour leur faire trouver bon que ledit temps soit raccourci. Mais quand je vous mande mon avis sur telles choses, ce n*est en intention de les épouser si précisément que je veuille y assujétir les volontés des parties; je m'en remets à leur meilleur jugement, et au vôtre: ils y ont principal intérêt, et vous êtes sur les lieux pour reconnoftre mieux ce qui en doit être fait. A tant, je prie Dieu, messieurs Jeannin et de Russy, qu'il vous ait en sa sainte garde. Ecrit à Paris , le douzième jour de mars 1 609.
Heiiby. Et plus bas , Bbulabt.
Lettre de M. de Villeroy à M, Jeanniny dudit jour douzième mars 1609.
Monsieur, permettez-moi , je vous prie, que je me plaigne à vous de l'impression que vous avez prise , et du jugement que vous avez fait de nos dernières lettres : j'en ai lu et relu la minute plusieurs fois depuis avoir reçu les vôtres; pardonnez-moi si je vous dis que je n'y ai trouvé sujet qui vous ait dû donner cette opinion. Nous vous avons mandé par icelles que vous avez fait beaucoup pour le service des archiducs , d'avoir par vos raisons et par votre constance rangé leurs députés à consentir l'article de la navigation ainsi que vous l'avez réformé. Est-11 pas vrai? Ce qu'ils débattoient n'étoit que vent et choses frivoles; vous les avez vaincus par votre industrie, et par raisons rendus capables de leur propre bien, ou contraints d'y acquiescer. Avez-vous pas fait beaucoup pour leurs maîtres? S'ils l'ont fait ou montré faire à regret , nous disons qu'ils s'en loueront quelque jour. Le feront-ils pas lorsqu'ils jouiront du bénéfice de la trêve que le Roi leur procure par votre entremise? S'ensuiMl pour cela, et en disant cela, que nous croyions que vous avez mal servi Sa Majesté ou les Etats ? ]\ous ne nous en plaignons pas par nosdites lettres. Nous disons bien après vous que nous cral- ^ons que l'article ainsi couché soit rejeté par
dites lettres que vous aviez la même défiance, et partant avisé prudemment de l'exposer vousmême auxdits Etats sans leur écrire , de peur de les effaroucher? Mais que nous ayons improuvé ou condamné ledit article, tant s'en faut que nous vous avons écrit l'avoir jugé aussi valable pour lesdits Etats en cette forme qu'en la première. Davantage, Sa Majesté vous a commandé faire votre possible envers lesdits Etats pour le faire admettre et accepter, ajoutant qu*elle est contente que vous engagiez son nom avec celui du roi de la Grande-Rretagne à la garantie d'icelui avec le surplus du traité. Encore fortifionsnous notre dire d'une considération qui ne doit être méprisée par lesdits Etats, qui est qu'en acceptant la liberté dudit commerce suivant ledit article, ils l'acquerront du consentement de ceux qui font profession et publient avoir droit d'en exclure toutes les nations du monde. Quoi ! est-il possible d'exprimer plus clairement que cela Tagréation que nous avons dudit article? Monsieur, il faut que vous ayez lu nos lettres, préoccupé de quelque autre cause qui vous ait Jeté en Tin* terprétation que vous en avez faite. Or Je vous jure qu'elle est très-aliénée de notre conception, et, si J'ose dire, du sujet que nous vous en avons donné tant par nosdites lettres que par celles que vous avez reçues par Picault, auxquelles celles-là se référoient.
Quant à la ratification d'Espagne, nous désirons et jugeons être à propos que l'on abrège le temps pour la fournir , et nous estimons deux ou trois mois sufQsans pour ce faire; car quand elle ne devroit être rapportée dans ledit temps, si est-il bienséant que l*on démontre par un délai équitable que l'on veut la bailler sans fraude, ni, comme ils parlent par delà , sans arrière pensée. Toutefois Sa Majesté trouve bon que vous conveniez dudit article comme des autres qui sont encore en débat, ainsi que vous jugerez pour le mieux. La raison règle et conduit ses intentions; elle n'entend décevoir personne, non plus les archiducs que les autres. Si les Anglais flattent mieux ceux-là que nous , si ne traiteront-ils plus rondement et sincèrement que nous. Notre but est de bien faire pour le public , et aux intéressés en cette cause. Véritablement Sa Majesté ne voudroit favoriser les Espagnols en leurs fantaisies et fins au dommage desdits Etats. Elle Juge et croit que bien faire en cette action auxdits archiducs par les bonnes voies, c'est procurer aussi du bien auxdits Etats; ainsi veut-elle avancer son contentement. Monsieur , si elle eût changé d'avis , nous vous l'eussions écrit clairement et librement ; nous ne l'eussions même délesdits Etats. Avons-nous pas remarqué par vos- 1 guisé ni caché aux mêmes archiducs, ni à leurs
ministres, tant notre mattre fait profession de cette générosité royale qui abonde en lui. Prenez, je vous supplie, une autre fois plus de fiance en nos écrits, voire de votre propre probité et fidélité; nous la reconnoissons comme vous-même, et mieux peut-être que vous ne pensez, ainsi que j^ai à regret remarqué par le discours de la lettre que vous m*avez écrite, vous assurant que le Roi a été aussi marri que moi en peine de la vôtre , ainsi que vous connottrez par sa lettre.
Achevez donc votre entreprise gaiment et hardiment, vous confiant en la confiance que Ton a en vous , car elle est entière , et demeurant acertainé que notre maître est constant en ses résolutions, et non moins franc et libre en ses commandemens. Au reste. Je vous envoie une lettre de change pour recevoir par delà les douze mille livres dont mes précédentes ont fait mention, et vous saurez que nous avons approuvé la commission que vous avez donnée à M. de Préaux, ensemble tout ce que vous avez avisé et nous avez écrit sur ce sujet. Ayez Toeil seulement que le personnage qui veut servir notre Roi effectue ëa proposition. Je prie Dieu, monsieur, quil Vous conserve en parfaite santé.
De Paris, le douzième Jour de mars 1609.
Monsieur, comme vous m'avez écrit librement votre peine , je vous écris de même le ressentiment que j'en ai, et ce qu'il m'en semble: je vous prie le prendre en bonne part, et nous mander si vous avez vu les lettres des Indes que nous vous avons envoyées par Picault, et ce que vous en avez fait. INous attendons aussi votre avis sur le choix des personnes que vous estimez propres en Bourgogne , pour être employées à décider les différends que nous avons de ce côté-là pour nos limites avec ceux du comté, car les archiducs nous pressent d'y pourvoir^ et le Jugeons à propos. Répondez-nous donc à ces deux points, et je salue vos bonnes grâces de mes très -affectionnées recommandations. C'est , monsieur , votre , etc., de Neufville.
Sommaire récit fait en l'assemblée des Etats- Généraux des Provinces -Unies y tenue à Berg-op-Zoom le dix -huitième jour de mars 1609, par la bouche de M, Jeannin, tant au nom du Roi que du Roi de la Grande- Bretagne^ cfe ce qui s'est passé entre nous ambassadeurs de leurs Majestés et ceux du roi d'Espagne et des archiducs^ es conférences faites sur le sujet de la trêve à longues années, depuis que nous sommes arrivés à Anvers jusques à notre départ.
Notre plus grand soin a été, èsdites conférences, de faire connoltre aux députés des archiducs
que vous, messieurs, vouliez achever et conchire la trêve à ce coup, ou n'y plus penser, et si, après tant de remises et longueurs, ils enrecberchoient encore d'autres, que nos rois et vous aussi entreriez en soupçon que leur conduite ne teod qu'à faire profit du temps , à votre dommage et à la honte des princes qui sont vos amis et alliés, lesquels se sont employés pour vous assister et aider à mettre ce pays en repos ; que pour ôter toutes occasions ou prétextes de longueurs et disputes de votre côté, nous vous avions instamment priés d'accepter tous les articles de notre projet sans y rien changer, et qu'enfin, après plusieurs contestations, vous aUriez acquiesce aux conseils qui vous étoient donnés de la part de nos rois, du moins en y faisant si peu de chaogemeut qu'ils n'auroient aucun sujet d'y trouver à redire. Vous nous aviez même donné votre résolution par écrit, avec prière de tirer la leur, en nous faisant déclaration bien expresse que vous n'entendiez plus prolonger la trè^T, ni sortir de La Haye pour aller à Berg-op-Zoom, et moins encore envoyer vos députés pour traiter aiec eux, jusqu'à ce qu*ils y eussent satisfait et doDue aussi leur résolution par écrit conformément auxdits articles.
Et sur ce qu'ils nous aurolent répondu à l'instant que les vouloir contraindre de signer les articles ainsi que vous les avez arrêtés sans y rien changer, étoit leur donner la loi trop impérieasèment, et qu'ils ne le pouvoient souffrir; Joint qu'au peu de temps qui restoit de la trêve, laquelle devoit finir au quinzième de février, et on étoit lors au onzième, il n'y avoit moyen d'aller vers les archiducs pour recevoir leur commandement comme il étoit nécessaire, puis après nous dire leur intention, et en conférer et résoudre s'il y avoit quelques difQcultés; ainsi il étoit r^ quis avant tout œuvre de prolonger ladite trêve: ce qui fut enfin, après quelque contestation, consenti par nous pour tout ledit mois de février; y ajoutant néanmoins, s'ils ne nous donooient la résolution des archiducs conforme à nos articles dans le vingt -quatrième, que nous partirions le lendemain pour nous en retoarner , et qu'ils n'auroient pourtant aucun juste snjet dese plaindre que vous leur donniez la loi en les pressant de signer les articles ainsi qu'ils ont étéa^ rêtés par vous, d'autant que vous ne les aviez pas dressés, mais nous , comme entremetteurs et m^ dlateurs , après en avoir premièrement confère avec eux avant leur départ de La Haye, puis les avoir mis au plus près que nous avions pu de l'intention des uns des autres, et de ce qui nous sembloit raisonnable pour le bien et la sûreté commune de tous. Ils ne fbrent autre réponse en
DU PBESIDENT JÏANNIW.
eêtte première eonféfence ni en la seconde, sinon, après la lecture des articles dont copie leur ftit donnée, c(ne celui des contributions étoit du tout injuste , et ne le eonsentiroient Jamais ; que seroit aussi une trop grande dureté et inhumanité de contraindre les habitans du plat pays, lesquels ont supporté les charges et injures de la guerre plus que nuls autres , à les continuer lorsque chacun Jouiroit du repos et de quelque soulagement. Nous déduisîmes nos raisons au contraire, ou plutôt la nécessité de cette levée, du moins pour quelques années, et qu'on les pourroit bien modérer après, mais non ôter du tout ; que les archiducs en recevroient de l'utilité de leur côté aussi bien que vous , messieurs, et que les paysans, étant soulagés des autres injures et violences de la guerre, supporteroient aisément telles levées en vertu d'un accord mutuel fait du consentement des deux partis , et non plus avec hostilité : nonobstant quoi ils insistèrent toujours et avec véhémence pour les faire ôter du tout, sans contester pour lors sur aucun autre article.
M. le président Richardot s'étant contenté de nous dire , outre ce que dessus , qu'il s'en iroit trouver les archiducs pour apprendre leur dernière résolution, et nous la dire aussitôt sans user d'aucune remise, d*autant qu'ils étolent lors pleinement informés de la volonté du roi d'Espagne, et n'avoient même plus besoin de la venue du confesseur, qui néanmoins étoit attendu de jour à autre à Bruxelles ; que les longueurs du passé étolent plutôt venues de votre côté , et de la rudesse des conditions par vous requises, que d'eux ; que son voyage, pour aller et retourner, ne seroit que de trois jours ; et nous ayant dit l'intention des archiducs à une seule fois , sans y apporter autre déguisement, seroit à nous de faire après ce que nous jugerions pour le mieux.
Il partit par effet le lendemain treizième de février, et retourna le seizième au soir. Le lendemain dix-septième, sur les dix heures du matin, étant assemblés, il nous répéta derechef les archiducs être informés pleinement de l'intention du roi d'Espagne, puis se mit à faire lecture luimême des articles de la trêve selon votre résolution, accorda la préface, et, venant sur l'article de la liberté , déclara combien il étoit grief au roi d'Espagne de le consentir, mais qu*en considération des archiducs qui l'en ont prié avec tant d'instance et de soumission, il y a consenti contre l'avis de son conseil , et en faisant chose qu'il jugeoitétre contre sa dignité et grandeur ; insista après, comme il avoit déjà fait en la première et seconde conférences , pour ôter l'article des contributions, et en déduisit derechef les raisons avec même véhémence qu'il avoit fait auparavant,
auxquelles fîmes réponse sans rien omettre de ce qui pouvoit être requis pour les persuader; mais ils ne se voulurent laisser vaincre. La difficulté fut après sur le commerce des Indes , qu'il nous déclara d'entrée être consenti par le roi d'Espagne de gré à gré , sur ce que nous leur avions remontré, avant leur départ de La Haye, que vous, messieurs, l'auriez plus agréable de cette façon que par hostilité , et déclaré même qu'il nous sembloit expédient défaire cesser toutes actions qui pourroient être cause de rompre la trêve, et de renouveler les inimitiés et injures passées.
Mais quand il s'expliqua plus avant sur cet article, il nous dit qu'il suflîsoit que la trêve fût générale partout, sans distinction de lieux ni de personnes, comme il est contenu en notre article, et , pour le regard du commerce, qu'il fût limité et restreint , en ce qui est des royaumes et pays du roi d'Espagne , à l'Espagne et es pays qu'il tient en Italie , d'autant que pour le regard des lieux , places , ports et havres qui lui appartiennent hors lesdits pays, et même es Indes, il n'entendoit aucunement d'y accorder ledit commerce, et pour le regard des autres lieux qui ne sont pas à lui, ne vouloit empêcher que vous et vos sujets n'y puissiez trafiquer si bon vous semble , eux offrant au nom dudit sieur Roi, de faire un traité particulier qui contiendroit son consentement, duquel traité , qu'il avoit minuté ainsi qu'il lui sembloit devoir être fait , il nous donna dès lors copie.
Nous fîmes réponse, puisque la trêve devoit être partout, par ainsi aux Indes comme ailleurs, il étoit bien raisonnable aussi de rendre le commerce libre et général , sans excepter les lieux, places et ports que ledit sieur Roi tient aux Indes ou ailleurs qu'en Espagne et Italie; mais ils répliquèrent que les vôtres n'ont jamais trafiqué es places et ports qu'ils ont aux Indes, et qu'en traitant la paix vous ne l'aviez non plus prétendu, et suffisoit bien que le roi d'Espagne consentît de ne vous donner aucun empêchement au trafic que vous pourriez faire partout ailleurs es pays et Etats des princes et peuples qui vous le voudront permettre : ce qu'il n'a voulu consentir jusqu'ici aux rois de France et d'Angleterre, par les traités de paix faits avec eux , en sorte que s'ils y vont, c'est à leurs périls et fortunes. Nous leur dîmes encore là-dessus que vous aimeriez mieux y aller de même façon , et avec hostilité, que d'avoir le gré à gré restreint en la sorte qu'ils le veulent donner ; mais ils firent réponse que l'hostilité des autres nations leur étoit moins incommode et dommageable que la vôtre, d'autant qu'ils n'y vont avec armées et grandes flottes
comme font vos marchands, mais à la dérobée, et avec deux ou trois navires seulement.
jNous y ajoutâmes encore qu'il n*étoit aussi raisonnable de restreindre le commerce du côté de TËurope en ce qui appartient au roi d*Espagne es royaumes d'Espagne et en Italie , mais rétendre et dire généralement par toute TËurope , au détroit de Gibraltar , es côtes de Barbarie j en celles de la mer Méditerranée et au circuit entier d'iceile mer , comme aussi es fies des Canaries, d'autant que les sujets des rois et princes qui sont amis et alliés dudit sieur Roi y ont le trafic de gré à gré.
Nous étant séparés pour voir leur écrit et leur y faire réponse en la première assemblée ^ nous trouvâmes qull n'étoit couché comme il étoit requis pour votre sûreté , et en fîmes un autre qui fut rejeté par eux, puis un second qu'ils ne voulurent non plus accepter, d'autant que nous faisions expresse mention des Indes ; eux nous disant que le roi d'Espagne vouloit bien consentir ce commerce èsdits lieux, mais sans l'expriroer , de façon que les autres rois et princes avec lesquels il a alliance et amitié n'aient raison de lui faire la même demande en faveur de leurs sujets ; aussi qu'il lui serait moins honteux et grief de le souffrir et dissimuler , l'ayant accordé par mots généraux et circonlocutions , que par l'expression du mot des Indes; ajoutant encore qu'il y avoit d'autres considérations qui regardent l'intérêt du roi d'Espagne, sans que vous, messieurs, y ayez aucun dommage , qui l'induisoient d'y procéder ainsi, et qu'il vous devoit suffire que vous en jouissiez en toute sûreté et liberté. Enfin , après plusieurs contestations sur cet article , faites et continuées en deux diverses conférences , nous primes résolution de dresser un autre écrit qui nous sembloit désigner et éclaircir assez sufOsamment ce commerce des Indes , encore que le mot n'y fût exprimé, pourvu qu'il fût mis dans le traité général au lieu de l'article du commerce , estimant qu'il serait plus authen tique et assuré que d'en faire un traité à part , leur disant néanmoins que nous n'entendions vous obliger à l'approuver pource que nous n'en avions aucune charge ni pouvoir, mais que c'étoit seulement pour vous le faire voir , et remettre le tout à votre jugement.
A la suite duquel article nous leur dîmes depuis qu'il étoit besoin d'en ajouter un autre, d'autant que la trêve ne pouvolt commencer aussitôt èsdits lieux que du côté de l'Europe , lequel sert beaucoup pour éclaircir Tautre, et montrer que le commerce hors les limites y désignées ne peut être entendu que de celui des Indes.
Mais ces deux articles eurent encore de très-
grandes difficultés , car ils voulurent corriger et changer le premier en plusieurs endroits, et rejeter du tout le dernier, disant que , si après la trêve quelque dommage étoit fait hors les limites déclarées par le précédent article, il faudrait souffrir d'une part et d'autre ce qu'on ne pourroit réparer , à savoir la mort des personnes et la perte des vaisseaux , mais rendre seolem^t ce qui serait en nature : à quoi nous ne voulûmes consentir , ni permettre qu'aucun changement se fit au premier article, ni pareillement que l'aatie fût ôté ; leur déclarant que vous feriez encore trèsgrande difficulté de vous contenter des circcmlocutions dont nous avons été contraints d'oser pour nous accommoder aucunement à leur désir; car les plus foibles ont toujours raison de faire coucher les traités si intelligiblement qu'il n'y ait aucune ambiguïté qui puisse donner SQjjet au plus fort d'y faire des interprétations à son avantage, contre le sens et la vraie intelligenee des traités.
Après plusieurs disputes sur ces écrits, ils prirent résolution d'envoyer M. Yerreiken vers les archiducs , lequel retourna le quatrième jour après son départ sans avoir rien fait. Et lors ledit sieur président Richardot nous vint trouver, et nous pria (d'autant que nous étions au vingt-cioquième , ainsi au jour auquel nous leur avions dit que nous devions partir) de leur donner encore deux jours, et qu*il iroit lui-même trouver lesarchiducs; dont nous fîmes grande difficulté, craignant que ce délai fût recherché à mauvais dessein , et pour gagner le dernier Jour de la trêve, afin de demander après une nouvelle prolongation. Y étant enfin ailé avec notre consentement, il nous rapporta que les archiducs accordoient l'écrit qui contient le premier article , en ôtaot d'icelui quelques mots qu'U' nous voulut flaire croire n'être substantiels ni d'aucun préjudice, dont fîmes refus. Et après une assez longue contestation qui témoignoit leur colère et déplaisir, il ajouta, puisqu'on ne vouloit rien donner aux prières des archiducs qui le faisoient pour contenter aucunement l'Espagne, et qu'au contraire on leur tenoit le pied sur la gorge pour servir à la passion de quelques particuliers qui s'opiniâtrent à ce commerce, non seulement afin d'en jouir en toute liberté et sûreté, mais pour l'avoir avec des mots qui aient de la honte, et donnent du déplaisir au roi d'Espagne, ils y consentoient, et qu'il fût même inséré dans le traité général, puisque nous ne le voulions accorder autrement; et quant à l'article suivant, il ne fut accordé pour lors, ni plusieurs jours après, mais seulement peu avant notre départ.
Us firent mention oisuite de l'article ooncer-
BU PBBSIDENT JBANNIN.
Bant le commerce du pays, et nous voulurent persuader qu'il n'étoît raisonnable, et ne pourroient aucunement souffrir qu'on continuât en Zélande les grandes impositions, ni la forme des levées qu'ils ont faites durant la guerre et pendant la cessation d'armes, en quoi tous les princes voisins étoient intéressés aussi bien qu'eux , et si on pensoit continuer cette rigueur, ils s'en sauroient bien revancher avec des moyens qui apporteront autant de dommage à ceux de Zélande qu'ils leur en veulent faire souffrir; mais nous ayant insisté qu'il ne falloit changer aucune chose en cet article, et que la trêve faite ils en pourroient conférer amiablement, et y pourvoir de gré à gré , ils nous surent bien répondre que l'article, ainsi qu'il est couché, demeurant à la discrétion des Etats, ils n'en voudroient rien quitter après, attendu que le traité ne laisseroit de subsister. L'article ne laissa toutefois de demeurer nonobstant leurs raisons, eux se promettant qu'il serait jugé nécessaire d'une part et d'autre, pour la commodité mutuelle du trafic, d'y faire quelque changement.
Quant à la durée de la trêve , nous avons toujours insisté qu'elle doit être de douze ans au moins, et eux se sont arrêtés sur les dix ; et néanmoins nous avons bien reconnu peu avant notre départ , s'ils ne vous peuvent contenter des dix , qu'ils aimeront mieux accorder les douze que de rompre à cette occasion , dont nous sommes comme assurés.
C'est ce qui s'est passé en nos conférences , dont ayant averti les rois nos maîtres, afin d'en avoir leur avis et le vous faire entendre au même temps que nous vous ferions ce rapport, ils nous ont mandé qu'ils n'espéroient pas que le roi d'Espagne, lequel a fait publier partout qu'il n'accorderoit jamais l'article de la liberté selon qu'il est contenu en notre projet, ni le commerce des Indes, y eût voulu consentir ; qu'ils n'estimoient non pjas que les archiducs, dont les sujets sont fort intéressés au commerce du pays, voulussent accorder Tarticle dudit commerce ainsi précisément qu'il a été mis en notre projet, mais puisqu'ils l'ont accordé et signé , comme aussi tous les autres articles, fors celui des contributions , et qu'ils semblent encore vouloir consentir celui des douze ans pour la durée de la trêve, ils ont estimé les affaires être à présent en si bon état , que vous pouvez conclure et passer ce traité avec sûreté et grand avantage.
Attendu même que l'article des Indes , ainsi qu'il est mis dans le traité duquel ils ont vu la copie, est à leur avis si bien et intelligiblement exprimé, qu'il ne peut recevoir aucune ambiguïté, ni mauvaise interprétation à votre préju-
dice , et conjoignant avec ledit article )e suivant, par lequel est dit que la trêve ne commencera hors l'Europe et les autres limites désignées au précédent, sinon un an après le traité, pour avoir loisir d'avertir les forces qui y sont de présent de ne plus commettre aucun acte d'hostilité , lequel article ne peut être entendu que des Indes, aussi ont-ils fait par un bien long temps difficulté de l'accorder, et nous ne l'avons obtenu que sur Tinstant de notre départ, comme il a été dit ci-dessus. Et néanmoins nos rois nous ont encore donné charge de vous dire que , pour contenter et assurer ceux qui y pourroient faire quelque difRculté , ils offrent de s'obliger par le traité qui contiendra la garantie de la trêve, au cas que vous soyez troublés et empêchés audit commerce des Indes, de tenir la trêve pour enfreinte, et de vous assister du secours auquel ils seserontobligés, tout ainsi que si elle étoit violée et rompue en tous les autres articles du traité.
Nous vous exhortons et prions donc de leur part de ne vous plus arrêter à de vaines disputes et contestations qui ne servent qu'à faire couler le temps inutilement; vous en avez déjà trop perdu. La longueur et irrésolution vous est très-dommageable; elle vous met en défiance les uns des autres, et enfin pourroit diviser votre Etat, et le faire tomber en factions; au lieu qu'une prompte résolution vous réunira tous, et fera connoftre à chacun , si vous avez été divisés en opinions, que vos intentions ont toujours été semblables, et n'avez eu tous qu'un même but et dessein , à savoir de conserver votre pays.
Vous ne rencontrerez jamais tant de choses conjointes ensemble pour vous aider à obtenir un traité avantageux comme à présent. Les archiducs sont amateurs de la paix. Le roi d'Espagne se soumet à des conditions qu'il rejetteroit sans doute , n'étoit leur considération. Deux grands rois, qu'on a essayé de séparer de votre amitié, sont demeurés fermes et constans en leur première affection , et n'ont eu ensemble qu'un même avis en la conduite de cette affaire, et outre ce ont fait connoftre clairement qu'ils ne veulent aucunement abandonner le soin de votre conservation ; et toutes ces considérations ensemble ont été celles qui ont induit ou plutôt contraint les princes qui traitent avec vous de consentir à cet accord. La plus grande prudence es affaires d'importance est de se servir de l'opportunité, et de considérer qu'en peu de temps tels changemens arrivent en l'instabilité des choses humaines et des volontés des hommes, qui rendent impossible ce qui étoit auparavant aisé.
MJOOCUTIONS
Lettré de messieurs tes ambassadeurs de France et d'Angleterre à M. le marquis Spi* nota [\)y du vingt-unième mars 1609.
Monsieur, nous vous envoyons la prolonga* tion de la trêve jusques à la un de ce mois, comme aussi les noms de messieurs les députés des Etats qui doivent aller à Anvers, afin qu'il vous plaise nous faire envoyer par ce trompette un passeport de son altesse pour eux , ensemble un pareil acte pour la prolongation de ladite trêve. Les députés des Etats par delà auront pouvoir de la prolonger pour plus de temps s'il est besoin , mais nous espérons , cbacun étant bien disposé à faire finir ce travail , qull y aura assez de temps pour y mettre la dernière main, et nous le désirons ainsi de même affection dont nous vous baisons trés-humbiement les mains , comme étant , monsieur, vos , etc.,
P. Jean NiN , db Russy , Ri. Spen gee , et Rodolphe Winood.
A Berg-op-Zoom, le vingt-unième mars 1609.
Lettre de M. Jeannin à M. Richardot, dudit jour 2i mars 1609.
Monsieur, nous espérons de vous voir bientôt , s'il plaît à Dieu, avec désir d'achever ce qui est déjà bien avancé, et dont j'espère le succès devoir être heureux. M. de Bethune, qui a ici charge d'un régiment français, désire de venir à Anvers avec moi, lui sixième, pour, après y avoir demeuré quatre ou cinq jours , s'en aller voir les autres villes du pays , et de là passer en Allemagne. Je vous supplie bien humblement lui vouloir faire donner un passeport de son altesse^ et que ce trompette le lui puisse apporter s'il vous plait. C'est une curiosité de jeunesse et un désir de voir. Nous écrivons tous ensemble à M. le marquis pour les passeports de messieurs les députés des Etats. J'estime que si je l'eusse supplié de cette courtoisie pour ledit sieur de Bethune, qu'il me l'eût accordée, mais je m'en guis adressé plus privément à vous , désireux de vous rendre service bien humble de même affection dont je prie Dieu, monsieur, qu'il vous donne en parfaite santé heureuse et longue vie.
De Berg-op-Zoom , ce 31 mars 1609.
Votre, etc., P. Jbanhin.
Lettre de messieurs Jeannin et de Russy au Roi y dudit jour vingt-unième mars 1609.
SiBB,
Etant arrivés en ce lieu de Berg-op-Zoom le vendredi treizième de ce mois, le lendemain, sur
(1) Ambrosio de Spinola, mestre-de^^mp-géDéral des armées du roi d'Espagne.
les dix heures dn inathi, nous fftmeseti rusemblée générale des Etats pour leur faire entendre de bouche la résolution qui avoit été prise do côté des archiducs sur leurs articles, et qu'elle étoit conforme à leur désir, fors en l'article des contributions; puis, après leur avoir dédnit sommairement les difficultés qui s'étotent pHsentées , leur M donné un écrit qui eontenoit tout ce qui s'est passé en nos conférences ; dcn^wl lecture faite en nos présences , comme aussi des articles accordés et signés par les dépotés da archiducs, ils en demeurèrent fort contens^et nous avons bien su depuis qu'aucuns d'entre en avant que sortir dirent hautement qu'ils ne pe»soient pas que nous eussions tant obtenu, et nous reconnûmes aussi dès lors que chacun k disposoit à recevoir la trêve. Outre ce qui toQ* choit aux affaires générales , nous avions pris résolution , entre nous et les députés d*ADgl^ terre avant que partir d'Anvers , de ftdre tout ce qu'il nous seroit possible, lorsque nous serions près desdits sieurs les Etats , pour donner cqd* tentement à M. le prince Maurice et aux seigneurs de sa maison^ tant afin de rendre tout» choses plus faciles que pour faire reccanottre leurs mérites et services , ayant dit auxdits députés d'Angleterre que votre Majesté nous l'a* voit ainsi commandé, et qu'elle le jugeait raéov nécessaire pour le bien de cet Etat, ce qu'ils montrèrent d'approuver^ et se vouloir auâsi joio* dre avec nous comme en ayant pareil oomroaftdément de leur maître. A cette occasion Doas fûmes derechef, le même Jour sur les quatre heures du soir, en l'assemblée générale, poor leur en parler d'affection de la part de vos Majestés , et les prier d'y pourvoir avant que prffldre résolution sur l'affaire générale, du moi» en même temps, eux pouvant faire l'un et Tiotre sans remise, attendu le grand nombre ded^ pûtes qui étoient en leur assetnblée avec charse et pouvoir de faire tout ce qui seroit requis pour le bien commun , leur pouvant dire avec vérité que telle gratitude envers les seigneurs de cette maison en faisoit partie : ce qu'ils prirent de bonne part , promirent de s'y employer et de nous y faire la plus prompte et favorable ^^ ponse qu'ils pourroient ; dont M. le prince Maurice ayant été averti incontinent après, et des propos favorables que nous avions tenus de loi et des autres seigneurs de sa maison , nous eu remercia, et montra d'en être obligé h votre Majesté, à laquelle il reconnoftra toujours devoir tout le bien qui en aviendra. Nous avions dc5 long-temps préparé les >olontés de ceux qui ont plus de pouvoir entre les députés , même celif du sieur Barneveldt, pour y aider, et , depuis li
DU PB^StDENT JEAKNIN.
proposition faite, continué et déclaré particU' lièrement ce que nous désirions, tant pour ledit sieur prince Maurice , M. le comte Henry son frère, que M. le comte Guillaume, tout ayant enfin si bien succédé qu'ils en sont demeurés fort contens et satisfaits.
Quant à Taffaire générale , ils y ont fait de nouveau quelques difficultés , mais toutes légères et qui ne sont d'aucune considération, sinon celle des contributions qu'ils consentent bien de quitter, pourvu qu'on demeure d'accord des limites , non autrement , nous priant de faire en sorte que cela soit éclairci par le même traité sans le remettre après ; mais leur ayant fait connoltre que l'article, ainsi qu'il est conçu , oblige les archiducs de convenir promptement desdites limites, pource que les contributions peuvent être levées Jusqu'à ce que ce règlement ait été fait, ils y ont consenti et laissé à notre Jugement et conduite de les faire régler précisément par le traité , ou de le remettre après : ce que nous ferons ainsi qu'il sera trouvé pour le mieux, ayant toujours ce but, d'éviter, autant qu'il sera possible, toutes longueurs et nouvelles difficultés. Il est bien requis à la vérité de demeurer d'accord de ces limites après la trêve , si on ne le peut faire devant , afin que quelques disputes ne surviennent à cette occasion, en quoi nous ne voyons pas qu'on puisse prendre autre règle, sinon que les bourgs, villages et hameaux qui dépendent des villes, terres et seigneuries, d'une part et d'autre , suivent le chef-lieu. Nous l'avions aussi mis de cette façon en notre premier projet , quoi faisant tous les villages qui dépendent de Breda, Berg-op-Zoom et Grave, lesquels sont au pays de Brabant, seront du côté des Etats; mais les archiducs en ont toujours fait difficulté, de manière que du passé les uns et les autres se sont accommodés avec quelque confusion, mais sans dispute ni querelle, pource que les paysans ont mieux aimé payer les redevances et contributions aux uns et aux autres que de souffrir pis en les refusant. Le sieur Jeannin ayant ci-devant dit au président Richardot qu'il étoit raisonnable de régler les limites de cette façon, il lui a répondu qu'ils y faisoient difficulté, principalement à cause de la religion, en laquelle aucun changement n'a été fait Jusqu'à présent èsdits villages, et s'il est déclaré nommément par ce traité qu'ils doivent suivre les villes tenues par les Etats , ils y établiront aussitôt leur religion, et banniront la catholique, ce qu'eux désirent d'éviter; mais, si leur reAis n'est fondé en autre raison, les Etats accorderont bien qu'aucun changement n'y soit fait , et ils nous l'ontdéjà ainsi promis.Nouscraignons tou-
tefois qu'outre cette considération , ils n'en aient encore d'autres ; à savoir, de faire ressortir ces villages en cas d'appel à Malines, et d'y prendre les aides, comme ils font es autres lieux de Brabant. Or s'il est ainsi , il faudra laisser cet article après le traité , ou bien y chercher quelque autre expédient qui n'ait aucune longueur. Ils ne veulent donner que trois mois pour la ratification , et il semble aussi que ce temps doit suffire , votre Majesté ayant Jugé qu'il le faudroit plutôt accourcir qu'allonger.
L'article du commerce des Indes , que nous craignions devoir être le plus débattu, n'a point eu de difficulté, et ont trouvé tous qu'il étoit couché plus intelligiblement par notre article qu'il n'étoit par celui des Etats. Il y a eu quelques autres légères difficultés dont nous ne faisons ici aucune mention pource qu'ils s'en sont remis à nous. Enfin les Etats nous ont priés et requis de vouloir passer dès à présent le traité de garantie pour la trêve , et d'y insérer qu'on les tient libres pour toujours; à quoi leur a été répondu qu'il suffit de faire ce traité après la conclusion de la trêve , l'offrant lors sans remise , mais quant à la déclaration qu'on les tient libres pour toujours, que c'est chose superflue , et qui ne leur serviroit de rien , étant néanmoitis aisé de faire le traité pour la garantie en sorte que ce qu'ils requièrent pour ce regard y soit compris sans l'exprimer nommément. Ils nous ont encore demandé , au cas que le roi d'Espagne fasse difficulté de ratifier, et par effet n'y ait satisfait dans le temps promis , si votre Majesté et le roi d'Angleterre ne tiendront pas son refus pour contravention à la trêve : sur quoi il leur a aussi été dit que ledit sieur Roi demeure obligé par le traité en vertu de sa procuration , quand même il ne voudroit ratifier ; et les députés d'Angleterre ont ajouté que ce reftis, s'H le fait, doit être tenu pour hifraction, et nous, que ce sera aux Etats de le déclarer les premiers, que les princes qui sont leurs amis feront après ce qu'ils Jugeront être requis pour leur bien et sûreté. Ce que nous voyous de mieux est qu'ils se réunissent tous ensemble, et montrent ne vouloir plus retourner d'où ils sont sortis. Nous envoyons demander des passeports aux archiducs pour les députés des Etats , avec la prolongation de la trêve pour le reste du mois, dans lequel temps on essaiera de conclure tout, et , s'il faut quelques Jours de plus, les députés des Etats auront pouvoir de la prolonger pour autant de temps que nous leur conseillerons. Nous partirons le vingt-troisième pour aller à Anvers , et lesdits sieurs députés le lendemain. Les affaires sont en état que nous en tenons le succès comme assuré , dont nous donnerons avis
NBGOGUTIONS
à votre Majesté de Jour à autre , et cependant nous prierons Dieu , Sire , qu'il lui donne, et à sa royale famille , tout heur et prospérité.
De Berg-op-Zoom , ce vingt-unième jour de mars 1609.
Vos , etc. , P. Jeànnin et de Bussy.
Lettre de Jf. Jeannin à M. de Vilieroy, dudit jour vingt-unième mars 1609.
Monsieur, si je vous ai écrit avec trop de chaleur par mes précédentes lettres, et sans avoir assez considéré les vôtres, je vous supplie de me le pardonner. J*ai pris tant de peine pour conduire Taffaire en laquelle il a plu au Roi m'empioyer , et y ai reçu tant de traverses d'où je ne les devois pas attendre , que quelque soupçon me porta lors à vous écrire, au lieu que je devois plutôt souffrir et dissimuler mon déplaisir , peutêtre mal fondé , que de m'en plaindre. Tous ceux qui ont contredit à la trêve de ce côté l'embrassent maintenant , jugent ce que je leur ai toujours dit de rinclination du plus grand nombre à se mettre en repos être très- véritable , et me savent gré de la peine que j'ai prise de porter les affaires où elles sont selon le commandement du Roi , qui, à cette occasion, y est mieux de beaucoup qu'il ne fut jamais. Les Etats, à la prière et recommandation de Sa Majesté , à laquelle les députés d'Angleterre se sont joints , ont très-bien traité M. le prince Maurice ; car ils lui assurent tous ses états et appointemens ordinaires et extraordinaires, lesquels reviennent à quatre- vingt mille livres chacun an , et au lieu des contributions et confiscations dont il jouissoit, lui donnent encore pareil revenu de quatre-vingt mille livres, lui promettent outre ce, venant à se marier, vingt-cinq mille livres de revenu pour lui et pour les siens, et, au cas qu'il décède sans enfans légitimes, consentent que M. le comte Henry son frère et ses enfans après lui soient substitués. J'espère encore qu'ils lui donneront ce revenu de vingt-cinq raille livres dès à présent pour lui et pour les siens avec la même substitution, comme nous les en prions, et qu'ils feront mieux , lui se conduisant comme il dit vouloir faire , et que je lui ai conseillé. Je travaille de tout mon pouvoir pour les réunir tous , et particulièrement pour rejoindre le sieur Barneveldt avec lui , lequel a beaucoup aidé à lui procurer tout ce que dessus. M. le comte Henry a été bien traité aussi, car ils lui ont assuré et accru ses états jusqu'à trente mille livres chacun an. Ils ont aussi doublé les étatsàM. le comte Guillaume, qui en tirera près de cinquante mille livres chacun an, et témoigné, par toutes ces gratifications et reconnoissances, qu'ils veulent donner contente-
ment à leur maison pour la conserver et maintenir en bonne a^ection envers eux : ce qui me fait juger qu'ils n'ont pas envie de retourner d'où ils sont sortis. Ils savent bien que j'ai été le principal Instrument de cette conduite, comme ea ayant eu commandement de Sa Majesté, et à cette occasion s'en tiennent fort obligés à elle. Pour les affaires de la trêve, elles sont en trèsbon état, et espère que nous les achèverons à oe coup , n'y ayant plus que la seule difficulté des limites que nous ferons remettre après le traité, si nous ne trouvons expédient pour en sortir.
Je désire aussi qu'on puisse pourvoir anx confiscations pour le contentement de M. le prince d'Espinoy ; les Etats y ont bonne volonté, et je n'omettrai rien de mon côté. Nous sommes pressés de faire le traité pour la garantie de la trêve; mais j'ai répondu qu'il le falloit différer jusqu'à ce que le traité fût fait. Ils en font autant pour avoir déclaration de Sa Majesté et du roi d'Angleterre qu'on les tient libres pour toujours ; mais je suivrai en ceci ce qui m'a été commandé, et ne ferai rien sans vous avoir envoyé la minute pour recevoir commandement avant que passer outre. Vous verrez ce que M. de Préaux mande pour l'affaire du marchand que vous savez : il n'en a pu avoir si bon marché que nous nous étions promis, pour les raisons contenues en ce qu'il vous écrit , encore qu'il y ait procédé sag^ ment, et avec tout le ménage qu'il a pu; car il faut douze ou treize mille livres , dont on a déjà donné dix mille , et il se tient content de la promesse que je lui ai faite de lui donner le surplus dans la fin de ce mois. Je me servirai de votre lettre de change pour autant qu'il me sera besoin , soit pour ma dépense , ou remplacer ce que j'ai pris. Ce marchand désire ardemment d'être employé pour un plus grand dessein aux Indes, où je ne fais doute qu'il ne serve fidèlement, et en cette première affaire pour acquérir créance.
Trois des principaux de la compagnie des Indes , dont il y en a deux qui sont bourgmestres d'Amsterdam , m'ont parlé pour savoir si Sa Majesté au roi t encore affection d'en faire une en France , qui fût jointe d'amitié et de profit à la leur, ce qu'ils désirent pour se fortifier; m'ayant néanmoins dit que ce n'est pas leur intention de se désarmer et d'y aller foibles dorénavant, encore que ledit commerce leur ait été accordé de gré à gré. Je leur ai fait bonne réponse en termes généraux, et dit qu'il falloit attendre la résolution finale de la trêve, et que nous en conférerions après ensemble. M. de Russy est fort désireux d'avoir le titre de conseiller d'Etat, et le mérite aussi , car il a déjà été employé en plusieurs bonnes et grandes aCGBÔres^ sa fidélité est
BtJ PÎESIDB^rt ifiiNNiN.
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Comme du Roi dès loDg-tem]^, il est d'âge mur, et de suffisance pour bien servir. C'est pourquoi je vous supplie très-liumblement d'en faire la demande pour lui , et le tant obliger que de lui en envoyer le brevet par la première commodité. Je me tiendrai obligé avec lui à vous en rendre très-humble service. Je sais qu*en le voulant dire seulement à Sa Majesté vous Tobtiendrez aussitôt, et je vous en supplie derechef de toute mon affection dont je prie Dieu, monsieur, quHl vous donne en parfaite santé très-longue et heureuse vie.
De Berg-op-Zoom , ce 21 mars 1609.
Votre , etc. , P. Jeannin.
Lettre de M, Jeannin à M. le duc de Sidly^ duditjour vingt-unième mars 1609.
Monsieur, les affaires sont à présent en état que nous en voyons presque la fin , et nous pouvons juger avec certitude qu'elle sera au contentement du Roi, ainsi que vous le verrez par les lettres que nous écrivons à Sa Majesté. Ce n'est pas que quelques difficultés ne restent encore , mais il n'y a rien à mon avis qui nous puisse empêcher de conclure ce traité ; et dans peu de jours, s'il plaît à Dieu, je ferai tout ce qu'il me sera possible pour M. le prince d'Espinoy. Les Etats m'ont promis toute favorable assistance, et de ne point abandonner sa défense. Sa partie est néanmoins inexorable , et n'y a rien que la contrainte et la nécessité qui la puisse vaincre; car l'ambassadeur d'Angleterre qui est près des archiducs, m'en ayant parlé en sa faveur à Anvers, je lui fii quelques ouvertures pour en traiter amiablement avec elle, et le priai de m'en faire réponse ; mais il n'a trouvé aucune bonne disposition en elle. Si ai-je assurance de la part des Etats qu'on ne traitera point du tout des confiscations , ou que ledit sieur prince jouira du bénéfice commun, nonobstant la transaction sur laquelle sa partie prétend fonder son droit. Ce n'est pas seulement en cet endroit , mais partout, que Je désire témoigner que je suis, monsieur, votre , etc. , P. Jeannin.
De Berg-op-Zoom, ce 21 mars 1609.
Lettre de M, Jeannin à M. de Vilieroy , du vingt-cinquième mars 1609.
Monsieur, nous sommes arrivés d'hier au soir en cette ville. Les députés des Etats, qui sont sept {>our les provinces, à savoir un de chacune, et outre ce M. le comte Guillaume , et M. de Brederodes joints avec eux , y doivent arriver après-demain. Il y a quelques légères difficultés dont J'espère que nous demeurerons d'accord dès aujourd'hui avec les députés des archiducs 9 ^^^
ne prévois rien qui puisse ae^roclier , sinon Tar* ticle des limites et celui des confiscations, du premier desquels il seroit bien requis de s'accorder avant le traité pour éviter toute dispute à l'avenir , et le dernier aussi pour faire cesser les plaintes de ceux qui y ont intérêt du côté des Etats, lesquels en crient et murmurent bien fort, ce que je désire pareillement en considération de M. le prince d'Espinoy : c'est pourquoi nous essaierons d'y faire pourvoir par le traité ; et néanmoins s'il y a trop de difficulté ou longueur en l'un ou en l'autre, nous achèverons le traité; et aussitôt qu'il sera passé et ratifié par les archiducs et Etats, ce qui peut être fait dans trois ou quatre jours, nous en conférerons derechef, et faudra par nécessité que les archiducs s'accordent de l'article des limites; autrement, ainsi qu'il est couché dans le traité , les Etats pourront lever les contributions comme ils faisoient avant la première trêve , ayant néanmoins fait consentir aux Etats de ne les lever que sur les habitans qui demeurent es bourgs , villages et hameaux dépendant des villes , places et seigneuries qu'ils tiennent, pourvu que les archiducs s'abstiennent d'y en prendre de leur part ; autrement ils en voudroient aussi prendre sur eux ; car il est vrai en effet qu'on ne peut régler les limites sinon de cette façon, que les membres suivent d'une part et d'autre le chef-lieu , ainsi que Je vous ai déjà écrit.
Ne trouvez pas étrange si nous en usons ainsi pour éviter les longueurs , sur ce que nous recon* noissons bien que du côté d'Espagne c'est le but auquel ils tendroient volontiers, et forceroient même les archiducs à suivre ce conseil , si nous ne leur en ôtions du tout le sujet. Et du côté des Etats, il est si aisé déjuger que s'ils trouvent de la résistance en quelque article, ils affecteront plutôt la longueur , et en craindront moins le danger que de rompre ; et toutefois c'est le pis qui leur sauroit arriver , et qui sembleroit honteux à Sa Majesté, si , après avoir si long-temps travaillé à cette affaire , elle n'en obtenoit la conclusion à l'avantage des Etats , et à son honneur, comme il ne peut plus arriver autrement, au cas que le traité soit fait et passé suivant les articles déjà arrêtés et accordés d'une part et d'autre. Je suis, monsieur,
Votre , etc. , P. Jeannin.
A Anvers, ce vingt-cinquième mars 1609,
Lettre de M. Jeannin à M. le duc de SuUy, audit jour vingt-cinquième mars 1609.
Monsieur, nous sommes arrivés en ce lieu du jour d'hier, et nous avons conféré cejourd'hui avec M. le président Richardot même sur le fait des
XîEGOCtiTtÛNa
confiscations qui ont des pour^uivans d'une part et d'autre , lesquels pressent pour rentrer en leurs biens, et semble que ledit sieur président ne soit pas éloigné d'en traiter dès à présent ; mais il fait très-grande difficulté sur le fait de M. le prince d'Espinoy , pour être désireux dç favoriser madame la comtesse de Ligne ; sur quoi je lui ai dit que les Etats ne consentiront jamais de rendre les biens confisqués que ledit sieur prince fie rentre au sien. Ladite dame comtesse de Ligne doit venir en cette ville dans deux jours, ainsi que j'ai appris ; j'en parlerai avec elle , et n'omettrai rien pour lui faire connoître qu'elle ne peut retenir le bien de ses neveux. Mais pource qu'il seroit expédient de faire quelque traité avec elle, si on l'y pouvoit disposer, j'estimerois à propos que quelqu'un vint ici bien instruit de toutes choses, et avec procuration pour en traiter s'il est besoin , ce qu'on ne peut faire sans y perdre ; mais cette transaction assurera tout , quoi qu'il arrive ci-après. C'est à vous, monsieur , d'en juger, et de me commander votre intention, à laquelle j'obéirai de même affection dont je se^ rai perpétuellement, monsieur, votre, etc.,
P. Jeannin.
D'Anvers, ce 25 mars 1609.
Lettre du Roi à messieurs Jeannin et de Russy, du vingt 'huitième mars 1609.
Messieurs Jeannin et de Russy, votre lettre du vingt-unième de ce mois, que j'ai reçue le vingttroisième, m'a été très-agréable, ayant appris par icelle le contentement qu'ont eu les Etats des Provinces-Unies de tout ce que vous avez obtenu des députés des archiducs pour les affaires générales , comme de ce que vous avez procuré d'eux pour le contentement de mes cousins le prince Maurice et les comtes Henry et Guillaume, carj'espèrequece point, qui m'étoit fort recommandé^ produira plusieurs bons effets publics et particuliers, qui seront très-utiles à présent et à l'avenir à leur république , et partant augmenteront à leurs amis la volonté de continuer à favoriser la prospérité d'icelle; car l'exemple de leur gratitude et reconnoissance envers ledit prince et les siens fera priser davantage leur amitié et alliance , et donnera aussi meilleure espérance de leur conduite et bonne foi en toutes choses; vous les en congratulerez donc de ma part aux termes que vous jugerez convenables , tant pour confirmer lesdits Etats en leur délibération pour ce regard , que pour témoigner de plus en plus auxdits princes tn^L bonne volonté. Si vous pouvez par quelque expédient vider le point des contributions avec le général, vous fejrez beaucoup pour les ui^ et les autres, et Je suis
de votre avis , qu*il n'y peut élre pourvu qa*eQ convenant des limites, et faisant que les bourgs et paroisses suivent le chef-lieu d'ioelles, comiv vous avez proposé : toutefois je me remets à vous d'en faire comme vous jugerez pour k mieux ; même j'approuve, si vous ne pouvez fain mieux , que vous remettiez à décider ce poiâ après l'accord de la trêve suivant votre déiikration , car vous devez toujours avoir pour bot principal d'avancer la conclusion et signature dudit traité. Quant à celui de la garantie que ledits Etats requièrent que vous passiez dès à prtsent, j'estime, comme vous leur avez répûêda sagement , qu'il suffira de le faire après la résolution de l'autre ; mais je continue toujours a désirer que ce soit sans y insérer la dédantiH qu'ils demandent , que je les tiens libres pour toigours^ pour les raisons que je vous ai écrites.
Quant \ la ratification du roi d'Espagne , si lesdits archiducs promettent en son nom, et a vertu du pouvoir qui leur a été envoyé, de U faire fournir dans un temps préfix, je veux eroirt qu'il n'y aura manquement; car s'ils finissait cette guerre , ce ne sera en intention de rectaimencer pour un si maigre siyet , et , au cas qu'd en avienne autrement, il sera lors temps de jiger et résoudre l'ordre que Ton y devra doimcr. sans qu'il soit besmn de s'en expliquer da>a&tage à cette heure^ car ce seroit hors de satan^ ainsi qu'ils put dû comprendre de la réponse que vous leur avez faite sur cela, de laquelle, conuse de toute votre procédure , je vous assure qoe je suis très-content , me voyant à la veille de recueillir pour le repos universel de la chrétîeatek fruit très-heureux de vos travaux et de mes intentions , tant vous les avez bien exécutées, ie prie Dieu , messieurs Jeannin et de Rus^y^nii vous ait en sa sainte garde.
Ecrite à Paris, le 28 mars 1609.
Hensy.
Et plus bas
Bbulait.
Lettre de M. de YiUeroy audit sieur Jeanm , dudit Jour vingt-huiHème mars 1609.
Monsieur, ce courrier a trouvé le Roi àCteatilly le vingt-troisième de ce mois, où il a ou^wt et entendu vos lettres adressantes à lui ^ à idoù dont il a reçu très-grand plaisir et eontenteoeot, ainsi qu'U nous a déclaré à son arrivée eu cette ville et l'apprendrez de sa lettre même. lU e» très-aise de ce que vous avez obtenu pour M. * prince Maurice et les comtes Henry et Guillaume , et du bon office que le sieur BarDevei«t y a contribué , eonune de la bonne intelli^eiicr en laqi^elle vous l'avez remis avec le pn^^ Maurice | de IfiqueUe il juçQ que ^ dépende
BU PBÉSIBENT lElNNIN.
dorénavant plus qne Jamais la prospérité de leur république ; c'est pourquoi Sadite Majesté désire que vous continuiez à faire votre possible pour Tétreindre et affermir de plus en plus. Sa Majesté a témoigné au fils de M. de Barneveldt qu'elle a toute confiance en lui, et le vouloir chérir et gratifier comme ses mérites le requièrent , ainsi qu'elle lui a écrit par lui , et à vous aussi. L'on dit ici que le prince Maurice se mariera difficilement , pour avoir un esprit aliéné de cette sujétion, de quoi il sera à propos que vous vous éclaircissiez ; car s'il a dessein de se lier en quelque lieu , il importe que le Roi y ait part ^ c'est-à-dire qu'il le fasse , s'il est possible, par son avis. Et comme il ne s'offre de présent aucun parti en France qui soit propre pour lui , car il voudra une femme de sa religion , nous devons craindre qu'il ait recours aux filles d'Angleterre , et qu'elles lui soient offertes; car c'est une liaison que nous ne devons désirer : nous approuverions bien plutôt qu'il jetât les yeux du côté d'Allemagne, non avec Télecteur Palatin, à cause du maréchal de Bouillon, aussi sont-ils trop proches , mais plutôt en la maison de l'électeur de Brandebourg ou du landgrave de Hessen , pour être l'une et l'autre plus éloignées de la France , et moins factieuses que les autres. En tout cas il nous importe grandement , s'il faut qu'il franchisse ce saut, qu'il le fasse par l'avis de Sa Majesté, ce que nous vous prions de ménager, et faire le semblable pour le comte Henry; car nous ne devons désirer que nos huguenots soient appuyés de ce côté-là outre la volonté de notre Roi, et nous avons quelque opinion que madame la princesse d'Orange a dessein d'attacher le prince Henry son fils avec la fille de madame de La Trémouille qui est par delà, de quoi facilement ils seront dispensés de leurs évoques. Or nous vous représentons notre prévoyance en ceci , afin que vous nous aidiez à la faire valoir à l'avantage du service du Roi , qui approuve tout ce que M. de Préaux a traité avec notre marchand. U fera donc fournir les deux mille livres de plus qui ont été promises. Il est content que l'on en promette vingt-cinq mille de reconnoissance au capitaine du vaisseau et à ses gens, s'ils trouvent le passage , et ensuite de cela qu'il lui soit donné pouvoir de promettre double paye à ses gens, et de récompenser sur cette somme leurs veuves, au cas qu'ils y périssent, et pareillement d'arborer la bannière de France ayant trouvé ledit détroit, et même y donner le nom de Sa Majesté; de quoi vous baillerez, s'il vous plaît , audit marchand ou capitaine les écrits et instructions , au nom et comme procureur de Sa Jd£|jesté 9 que vous Jugerez nécessaires ^ même
pour l'administration et décharge de la partie desdites quatorze mille livres tournois, suivant la proposition que ledit marchand a sur ce faite audit sieur de Préaux , comme Sa Majesté m'a commandé de vous écrire, étant bien son intention de se servir dudit marchand, après ces traités, es occasions dont il vous a fait ouverture, e|; d'entendre aussi à ceUes que vous nous écrivez vous avoir été faites par d'autres.
Partant, vous lui ferez plaisir d'écouter toutes lesdites offres pour les lui représenter particulièrement quand vous serez près d'elle , et après faire venir par deçà ledit marchand , et faire réponse aussi aux autres selon qu'il sera résolu par Sa Majesté , n'étant d'avis qu'ils s'y acheminent devant pour n'éventer les affaires , si vous ne jugez qu'il soit nécessaire d'en user autrement ; de quoi nous nous remettons à vous^ nous ayant été dit que le roi d'Angleterre a dessein de s'accroître et établir en ces pays-là, et que dès à présent il a envoyé des colonies entières pour fortifier les siens en un lieu qu'ils nomment la Virginia ; de quoi notre Roi n'est sans martel qui aiguiseson appétit en ces affaires. Au reste je lui ai lu l'article de votre lettre qui concerne M. deRussy, lequel j'ai accompagné des offices que je dois à ses mérites et à votre recommandation. Sa Majesté a pris le tout eu bonne part, ainsi que ledit sieur de Russy pouvoit désirer; mais la résolution en a été sursise jusqu'à votre arrivée près de Sa Majesté , qui ne sera, certes, jamais sitôt qye je désire vous y voir pour votre contentement et le mien. Je prie Dieu, monsieur, qu'il vous conserve en parfaite santé.
De Paris, ce vingt-huitième mars 1609.
Monsieur , j'ai remarqué que vous ne m'avez point averti avoir reçu certaines lettres venant des Indes d'Orient, adressantes au roi d'Espagne, que je vous ai envoyées par ce courrier dès le vingt-huitième du mois passé, encore que je vous en aie écrit depuis par deux fois; partant je vous prie me faire savoir ce que vous en aves fait. J'estime que vos autres occupations vous ont fait oublier celle-ci, et toutefois le Roi m'en a demandé des nouvelles, désirant savoir si vous les avez communiquées, et ce que vous en avez fait.
Votre, etc., db Neufvills.
Lettre du Roi audit sieur Jeannin en parti" cuiierf du même jour vingt-huitième mars
Monsieur Jeannin, encore que j'£4e commandé au sieur de Villeroy de vous écrire mon intention sur ce qu'a négocié le sieur de Préaux avec le marchand d'Amsterdam, toutefois je vous ré-
friGociÀtiORâ
péterai par celle-ci que je sols content d'augmenter de deux mille livres ia somme que je vous avois ordonné lui accorder pour TefTet qui a été proposé. J'approuve aussi que nous lui en confiions l'emploi suivant l'ordre auquel il s'est luimême soumis. Pareillement, je trouve bon accorder les vingt-cinq mille livres de récompense au capitaine du navire , avenant qu'il découvre le détroit , et même qu'il lui soit permis sur ladite somme de doubler les gages des mariniers et soldats s'ils font difficulté de se hasarder au détroit, et promettre sur icelle reconnoissance à leurs veuves s'ils y périssent. Finalement, je veux bien aussi qu'ils arborent ma bannière , et donnent mon nom audit détroit s'ils le découvrent ; de quoi vous délivrerez audit marchand ou audit capitaine, en mon nom, les instructions, pouvoirs et écrits nécessaires en vertu de la présente, que je ne fais que pour vous donner ce pouvoir, remettant le surplus à la lettre dudit sieur de Villeroy. Priant Dieu, monsieur Jeannin^ qu'il vous ait en sa sainte garde.
Ecrite à Paris, le vingt-huitième de mars 1609. Heury.
Et plus bas , Brclàrt.
Lettre de M, le duc de SuUy à M, Jeannin^ dudit jour vingt-huitième mars 1609.
Monsieur, j'ai toujours cru que les Espagnols tiendroient ferme jusques à l'extrémité, mais qu'enfin la nécessité de leurs affaires les contraindroit à rabattre de leurs propositions plutôt qUe de rentrer en une guerre de si grande dépense. Pour parer leurs coups, sans doute il étoit besoin de leur opposer un fort esprit comme le vôtre, et me réjouis des preuves que cette nouvelle occasion vous a donné sujet d'en rendre , si célèbres et si importantes au bien général de tant de royaumes et provinces; car j'ai aussi beaucoup d'occasion en mon particulier de louer votre industrie en la conduite de l'affaire de M. le prince d'Espinoy, de laquelle je veux espérer tout bon succès puisque vous l'avez entreprise avec tant d'affection. Sa partie a quelque raison d'opiniâtrer son injuste prétention, car la quantité et la qualité du bien le méritent; mais le même sujet aussi nous doit rendre plus ardens à en poursuivre la restitution, de laquelle M. le prince d'Espinoy vous demeurera tant obligé, que tous ceux à qui il appartient en auront un étemel ressentiment, et moi entre autres qui demeurerai pour jamais, monsieur, votre, etc.,
MAxiMiuiN DE Bethunb, duc dc Sully.
' Paris, ce 28 mars 1609.
Lettre dudit duc de Sully audit sieur /maius, du premier avril 1 609.
Monsieur, suivant votre bon avis et cooseil} mon cousin M. le prince d'Espinoy envoie ce porteur près de vous, afin d'être prêt en tontes occasions à faire ce que vous lui ordonnera lorsque les affaires seront aucunement avancées, et qu'ayant quelque ouverture pour en sortir à l'amiable, il sera assez à temps d'avoir les pouvoirs et procurations nécessaires pour aotoriser le tout. Je vous prie de ne vous point laisser emporter aux persuasions de madame la princesse de Ligne, laquelle, si elle étoit de bon naturel, feroit dès à présent , et tout fanchemeat) ce qu'elle ou les siens feront aussi bien un joar; car quoi que ce soit, elle occupe les biens dess neveux et nièces. Si messieurs les Etats tiennent bon , comme je vous prie les en requérir de nu part, je m'assure que nous obtiendrons tooL J'aurai peut-être moyen de leur rendre de \m offices en autre occasion. Quoi qu'il arrive de toutes ces choses , mes cousins et moi tous aorons infinies obligations, dont nous aurons tofljours le ressentiment convenable aux peines qoe vous avez prises pour nous, et vous en rendnm service éternellement. Sur cette liberté je ^tns baise les mains.
De Paris, ce premier avril 1609.
C'est, monsieur, votre, etc.,
Maximilian de Bethunb, duc deSo]]y<
Lettre du Rai à messieurs Jeannin et de Rusait du troisième avril 1609.
Messieurs Jeannin et de Russy, je voos fais cette dépêche par ce courrier exprès, surl'a« que j'ai reçu présentement de la mort du doc de Cièves, avenue le vingt-cinquième du mois pa^ au soir. Vous savez que cette succession est pr^ tendue de divers princes, celui-ci n'ayant « des enfans de la sœur de mon frère le duc de Lorraine qu'il avoit épousée. Il avoit quatre sœurs; l'aînée, qui a été mariée en la maison de Brandebourg, n'a laissé qu'une fille que ^ék^ teur de Brandebourg qui est à présent a épousée, par le moyen de laquelle il maintient être légitime héritier des duchés de Cièves et Juliers; le duc de Neubourg, oncle de l'électeur Palatin, a épousé la seconde qui a des enfans mâles, les^ quels il prétend recueillir la succession par préférence aux filles, suivant les lois de TEnipire duquel lesdits duchés relèvent ; le duc des Dcuv Ponts qui est décédé avoit épousé la troisi^ qui vit encore, il y a aussi des enfans mâles; rt le marquis de Burgau, frère du feu cardinal André d'Autriche , et fils du feo archidac F enfi*
BU PBBSIDBNT JfiANNIN.
nand et de sa première femme, a épousé la dernière sœur dudit duc, dont il n'a point d*enfans : de sorte que la dispute sera entre ledit électeur de Brandebourg, qui a pour femme la fille de l'atnée de ladite maison de Clèves, et le fils aîné dudit duc de Neubourg. Or, prévoyant cette mort et les accidens qui naftroient du différend de ladite succession, j'avois fait exhorter lesdits prince s d'en convenir et accorder ensemble devant qu'elle échût; mais il n'y a eu moyen de les y disposer et faire résoudre, la mort du père dudit électeur de Brandebourg, avenue Tannée passée, ayant obligé et contraint son fils, a présent électeur, de s'occuper entièrement aux affaires domestiques de sa maison , et même de passer en la Prusse Ducale, pour disposer le roi de Pologne à lui accorder l'investiture dudit duché expirée par la mort de son père, à quoi ledit Roi lui a donné espérance de pourvoir en l'assemblée des Etats de son royaume, qu'il a commencée à la fin du mois de Janvier dernier, que je n'ai su être encore finie ; tellement que ledit électeur est de présent absent de son pays, engagé en ladite poursuite qui lui importe grandement. Je sais qu'il a bonne correspondance et intelligence avec rélecteur Palatin , ces deux princes s'étant toujours aimés et déféré assez , joint qu'ils sont en termes de marier aucuns de leurs enfans ensemble : c'est pourquoi j'estime que ledit Palatin favorisera plus volontiers la cause dudit duc de Brandebourg qu'il ne fera celle dudit duc de Neubourg, encore qu'il soit son oncle, frère de son père, et aussi que ledit deNeubourg, faisant profession de la religion protestante, n'a pas grande créance envers ledit électeur Palatin, rélectrice et ses conseillers ; de sorte qu'encore que par les constitutions de l'Empire la tutelle et administration de l'électorat appartint audit duc de Neubourg, comme plus proche parent dudit électeur, avenant son décès, et durant la minorité de son fils , néanmoins j'ai entendu que ledit électeur en a disposé autrement, et qu'il y doit appeler ledit duc des Deux-Ponts , qui est calviniste; ce qui est cause d'accroître et entretenir leur mauvaise intelligence. Un temps a été que ledit de Neubourg s'attendoit d'être favorisé et supporté de l'Empereur et de la maison d'Autriche , en l'une et en l'autre desdites prétentions, se déclarant et montrant tout affectionné partial de l'Empereur; mais j'ai entendu qu'il est depuis déchu grandement de cette opinion et espérance, mêmement depuis les mutations avenues par le commandement de l'Empereur, et exécutées par le duc de Bavière en la ville de Bonawert, qui étoit en la protection dudit de Neubourg. Toutefois peut-être recherchera-t-il