II. c. n. M. T. ÎV
maintenant de se rapatrier sur Toccasion qui s'offre avec ledit Empereur, car sa partie est trop foible pour résister audit de Brandebourg, favorisé et sex;ondé dudit Palatin. Il ne faut point douter aussi que ledit Empereur et les siens n'embrassent tous les moyens qui leur seront offerts, et propres pour se prévaloir et avantager des contentions que ladite succession engendrera; par ainsi voudra-t-il peut-être se fortifier encore de la prétention dudit de Burgau, ou s'emparer comme seigneur de fief desdits duchés, qui relèvent nûment dudit Empire. Toutefois vous savez que ledit Empereur est toujours en mauvais ménage avec ledit roi de Hongrie son frère, et que l'un et l'autre ont outre cela assez de besogne taillée avec leurs propres sujets de la religion protestante, tant en Bohême qu'en Autriche, et partant que ledit Empereur n'est de présent en état d*entreprendi*e et exécuter un dessein de conséquence; mais s'il veut entendre à celui-ci , lequel , à mou avis , lui et les siens ne mépriseront, et principalement Farchiduc Albert, tels pays étant en sa bienséance et de très-grande importance aux siens comme ils sont , il y emploiera les forces et moyens dudit Albert, lequel, avec le nom et autorité dudit Empereur, pourra s'emparer des principales villes et forteresses desdits duchés, y établir des personnes et forces à sa dévotion, sous couleur de conserver le tout à qui ladite succession sera adjugée et sera trouvée appartenir par droit, et ainsi avec le temps en retenir, sinon le tout ^ au moins la meilleure partie : à quoi j'aurois, comme vous pouvez bien juger, très -grand dommage, tant pour la considération desdits princes qui ont droit à ladite succession , lesquels sont mes amis et alliés, tels qu'ils ont été de tout temps des rois mes prédécesseurs et de ma couronne, que pour l'intérêt que mon royaume y auroit , et pour être aussi obligé à défendre la justice, et ne devoir désirer que cette maison s'agrandisse et fortifie, davantage qu'elle est si près de moi , en s'emparant desdits pays au préjudice d'autrui.
Je veux croire que lesdits archiducs, lesquels ont éprouvé ma bonne volonté à leur procurer du repos, seront si équitables et bien conseillés, qu'ils n'entreprendront rien auxdits pays sur cette occasion, soit d'eux-mêmes ou au nom dudit Empereur, par voie de fait ni autrement, qui offense lesdits princes et m'intéresse en la défense de leur cause; néanmoins je désire en être éclairci. Partant je veux que vous, sieur Jeannin , en parliez au président Richardot bien clairement : faites-le comme de vous-même, l ou en mon nom , ainsi que vous jugerez pour le
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H^GOCIÀTIOfrS
mieux; car comme Je ne veux m*avantager en cas semblable injustement, au préjudice de personne, J*estime être obligé aussi , étant ce que Je guis, de ne souffrir que autres s'émancipent de ce faire, et même à mes yeux et aux portes de mon royaume, contre mes alliés et amis; de façon que s'il avenoit que lesdits archiducs, ou les forces qui sont de présent en leur pays, entreprissent quelque chose audit pays, J'aurois juste sujet, non-seulement de regretter la trêve que je leur ai procurée, et la peine que j'y ai employée, mais de m'y opposer ouvertement. Je ne puis croire pareillement que les Etats des Provinces -Unies voulussent souffrir une telle usurpation pour l'intérêt qu'ils y auroient, tellement que je prévois que ce dessein seroit suffisant de soi-même pour renverser du tout ladite trêve ) et rallumer le feu de la guerre avec plus d'ardeur que jamais; auquel cas je vous déclare que je voudrois être de la partie, et m'y plonger des plus avant.
Parlez-en à mon cousin le prince Maurice , et au sieur de fiarneveldt. Outre l'intérêt général desdits Etats, ledit prince y a le sien particulier bien avant, de manière que je serois bien d'avis, si ledit archiduc s'ingéroit de prendre les places desdits pays, que les Etats avec ledit prince l'empêchassent avec leurs forces, sans marchander, devant qu'il s'en rende maître, sans s'arrêter aux accidens qui naltroient de ce débat, tant au fait de leur trêve que pour les autres conséquences qui seroient attribuées aux premiers entrepreneurs; car après on pourroit donner ordre à loisir à toutes choses. Or je désire savoir au vrai, en cas que nous en venions lA, quelles for^ ces les Etats et ledit prince peuvent y employer , et ce qu'il leur semble que je doive faire pour les y assister, pour mieux fonder sur cela ma résolution ; car sachez que n'omettrai rien à faire de ce qui dépendra de moi , s'il ftiut venir aux mains, pour empêcher ladite usurpation, et faire connoltre à mes alliés, aux yeux de toute la chrétienté, que j'ai désiré et favorisé la tranquillité publique, et le repos de mes voisins, par les moyens dignes d'un prince très-chrétien et équitable. J'ai le vouloir et le courage aussi de m'opposer par les armes à un injuste dessein ; c'est ce que vous direz audit prince et audit sieur de Barneveldt, et m'avertirez diligemment des délibérations des uns et des autres sur ce fait, voire aviserez de retarder la conclusion de ladite trêve, si vous jugez qu'il soit nécessaire et le puissiez faire , pour tenir par ce moyen lesdits archiducs en bride, et mieux obvier à ladite usurpation. Je prie Dieu , messieurs Jeannin et de Bussy, qu'il tous ait en sa sainte garde.
Ecrit à Saint-Germain-en-Laye, le troistkM jour d'avril 1609. Hewby.
Et plus bas , BauLÀfiT.
Lettre de M, de Vilteroy à M. Jeannin^ dudit jour troisième avril 1609.
Monsieur, nous sûmes hier la mort du duc de Clèves , sur laquelle le Bol a voulu vous dépè> cher ce courrier avec les commandemens que vous verrez en la lettre qu'il adresse ft vous et à M. de Bussy ; mais il entend que vous seul parliez de ce fait à M. Bichardot. Nous estimoni que M. Farchiduc prendra si bon conseil qu'il ne s'engagera en cette occasion en chose qui donne sujet de retarder ou renverser le traité de la trêve : s'il faisoit autrement , il offenseroit le Roi et ses voisins^ et vous assure que je vois le Roi disposé à ne l'endurer pas. Il semble aussi à Sa Majesté que les Etats le doivent aussi peu pe^ mettre et endurer qu'elle pour l'intérêt qu'ils y ont. Vous verrez donc ce qu'elle vous écrit stf ce sujet, et vous assure qu'elle a ceci fort à cœur; car il lui semble qu'il y va de sa réputation comme du bien de son royaume, et vous nom ferez plaisir de nous renvoyer promptement ce porteur; car, après votre réponse et réclairci^ sèment que nous en attendons , nous prendrons notre finale résolution sur ce fait. Au r^te, ayant vu par la lettre de notre marchand d'Amsterdam^ que vous m'avez envoyée avec la vôtre du vingtquatrième du mois passé reçue le dernier, qu'il désire un pouvoir du Bol pour le capitaine qu'il a commis pour commander au vaisseau qu'il faut envoyer pour découvrir le passage du nord, nous vous l'envoyons par ce porteur avec nne lettre de Sa Majesté adressante audit marchand, que vous ferez, s'il vous plaît, suscrire, Sadite Majesté désirant que ledit vaisseau parte à temps pour pouvohr plus facilement exécuter son dessein ; qui sera tout ce que je vous écrirai par la présente, avec la bonne santé de leurs Majestés et de toute leur famille , que je vins trouver liier en ce lieu sur le sujet de la mort dudit doc de Clèves. Je prie Dieu , monsieur, qu'il vous conserve en bonne santé.
De Saint-6ermain-en-Laye , ce troisième Jonf d'avril 1609.
Votre , etc. db Nbuptuls.
Lettre de M. Jeannin à M. de Villeroy, dudU jour troisième avril 1609.
Monsieur, nous travaillons tous les jours poor achever notre besogne , qui est bien près de sa conclusion , car, outre les articles ci-devant ac* cordés, celui des limites l'a été en la ftieon qti< je vous al oMevant mandé, a savoîTi que ^
DU ^**«ÎDÏÏtt JBAWNlN.
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bout g8 , Villages et hamenat) et leurs territoires, doivent saivre les vilies, terres et seigneuries dont ils dépendent : ce que les arcliiducs ont consenti avec très-grande difficulté à notre prière, et sur ce que nous leur avons remontré qu'ils entreroient dès le lendemain de la trêve en des aigreurs et contentions, si ce règlement n'étoit Mt dès à présent ; et néanmoins après ravoir obtenu d'eux, les députés des Etats, qui ne Tosoient presque espérer auparavant , voyant leur facilité, ont désiré quelque chose de plus, et y a eu de la peine à les en faire contenter. Tant de gens sont aussi venus crier pour les confiscations, même du c6té des Ëtats, qu'on a été contraint d'y toucher dès à présent : en quoi il n'y a eu que deux principales difficultés, Tune sur ce que les Etats ont requis la révocation des confiscations sans réserve, et en sorte que chacun puisse disposer de son bien pendant la trêve ainsi que bon lui semblera, et les archiducs insisté que la main-levée des biens confisqués ne fût faite que pour en jouir durant la trêve , sans pouvoir vendre ni autrement disposer desdits biens , si ce n'étoit avec congé et permission ; et sur cette dispute les députés des archiducs ont envoyé vers eux , et ceux des Etats vers rassemblée générale qui est à Berg-op-Zoom , dont ils doivent avoir réponse les uns et les autres demain. Mais de quelque façon qu'elle soit, la résolution du traité n'en sera retardée , car si les archiducs ne se veulent laisser vaincre en cet article, les Etats céderont.
L'autre difficulté a été pour les biens de M. le prince d'Espinoy, dont madame la comtesse de Ligne Jouit en vertu de la transaction faite avec elle par l'intervention du Roi. Or elle est ici, et fait de si grandes exclamations, et témoigne tant de violence en sa poursuite , appuyée de la faveur des députés des archiducs qui s'y roidissent plus qu'en aucun autre article du traité, que si je ne m'y fusse opposé avec grande véhémence il n'y avoit aucun moyen d'en rien espérer. Enfin, après avoir disputé deux Jours entiers, matin et après dinée, sur cet article, qui a été débattu vigoureusement par les Etats et par les députés d'Angleterre , aussi bien que par nous , nous avons proposé un expédient dont Je vous envoie copie et à M. de Sully , qu'ils n'ont eneore accordé, mais envoyé aux archiducs, lequel J'estime être avantageux pour ledit sieur prince d'Espinoy si nous le pouvons obtenir, car les biens du comte de Ligne en Hollande consistent en très-belles seigneuries, lesquelles sont en valeur de vingt-quatre mille livres de revenu chacun an au moins. J'espère aussi qu'en conférant derechef par arbitres on pourra fUre quel-
que nouvel accord, et sera néeésaRlre aussi, au cas que les confiscations ne soient révoquées, sinon durant la trêve , crainte que si elle venoit à être rompue par ci-après , ladite dame comtesse ne vou-^ lût prétendre , ledit sieur prince d*Espinoy s'étant aidé de ce traité, que la transaction est nulle , et par conséquent qu'elle doit Jouir de tout le bien. Je ferai tout ce que Je pourrai à l'avantage dudlt sieur prince d'Espinoy; mais il n'y a rien qui puisse être cause de rompre la trêve , ni d'en âiire différer la conclusion. On a fait aussi une demande en foveur de M. le prince Maurice et de ses frères, pour avoir récompense du comté d'Alost et de plusieurs bénéfices donnés à feu M. le prince d'O* range par feu M. le duc d'Anjou, lorsque les Etats de Brabant et de Flandre étoient en union avec ceux de Hollande, étant ladite demande fondée sur ce que lesdits Etats de Brabant et de Flandre avoient reconnu devoir leur cote de plusieurs grandes dépenses faites par le feu sieur prince d'Orange pour la cause commune.
Or, encore que cette demande ne nous ait semblé juste, si en avons-nous parié, les députéil d'Angleterre et nous, aux députés des archiducs avec grande affection , pour les exciter à don* ner quelque contentement auxdits seigneurs ^ dont, après plusieurs refus, ils ont offert Jusqu'à deux cent mille livres. Nous les pressons pour passer Jusqu'à trois cent mille , et les députés des Etats, qui ont près d'eux les solliciteurs dudit sieur prince Maurice, en demandent le double , non pour rompre le traité qu'ils désirait tous, mais ils se promettent d'obtenir des archiducs , qui montrent maintenant trop leur ardeur à désirer la trêve , tout ce qu'ils voudront ; en sorte que nous avons assez à faire à tempérer leur chaleur, vous pouvant assurer qu'ils y pro« cèdent de façon que la fin de cette trêve ne sera pas cause de mettre un commencement d'amitié entre eux « s'ils ne changent bien fort par ciaprès , dont Je ne suis pas fâché , désireux néanmoins que ce que nous ferons soit stable , et que les archiducs n'aient aucun Juste si]get de se plaindre que nous les ayons aidés à les écorcher pour favoriser les Etats en chose du tout Injuste. J'eusse différé de vous écrire Jusqu'après la conclusion, qui sera faite, Dieu aidant, dans trois ou quatre jours , pour vous l'envoyer par M. de Préaux; mais ce porteur s'en retournant en France , Je lui ai donné cette lettre afin que le Roi ne fût en peine si nous retardions plus longtemps à l'en avertir. J'cyouterai encore à la présente la nouvelle de la mort du duc de Clèves ^ tenue pour véritable : c'est un accident d'importance pour les mouvemeos qui en peuvent arri-, ver à cause des prétentions d& divers prineesr
lfS60CUTI0l!ÏS
L'Empereur a tôdjoilrs maintenu que les Etats de ce prince sont masculins, par ainsi que c'étoit à lui d'en investir qui bon lui sembieroit , le cas échéant durant son empire , et que le roi d'Espagne, pour être lesdits Etats proche des Pays- Bas, s'étoit aussi promis dés long-temps d'en obtenir l'investiture de lui , moyennant une grande somme d'argent ; mais TEmpereur est à présent tellement déchu de créance et d'autorité en Allemagne, et en si mauvaise intelligence avec ses frères, et, comme aucuns estiment, avec le roi d'Espagne même , qu'il est vraisemblable cette crainte ne devoir empêcher les autres princes protestans qui y prétendent de poursuivre leurs droits par les armes , s'il en est besoin. Je ne sais si les archiducs, qui apportent à présent plus de facilité à ce traité, et montrent d*en craindre davantage la rupture, n'y sont point induits à cette occasion. Pour les Etats, je n'ai aucunement reconnu que leurs députés qui sont ici aient moins d'affection à la trêve que de coutume, quoiqu'ils pointillent toujours. Bien est-il certain que si le roi d'Espagne et les archiducs se remuent pour empiéter ce pays-là, qu'ils le souffriront mal volontiers; et, à la vérité, » ils y ont grand intérêt , comme a aussi Sa M^'esté. Ce que j'ai appris de la disposition et inclination des Etats des pays de Clèves , Juliers et autres, lesquels y sont joints, est qu'ils prétendent de se conserver par leurs propres forces et moyens , sans recevoir aucun seigneur , jusqu'à ce qu'il soit connu en justice à qui en appartient le droit; mais leur pays n'est pas fortifié pour résister à un puissant ennemi s'il se présente. Les protestans qui y prétendent, à savoir les électeurs Palatin et de Brandebourg et les ducs de Neubourg, seront bien sages s'ils s'unissent tous ensemble contre la maison d'Autriche, sauf à s'accorder après de leurs droits à l'amiable. Si j'apprends quelque chose de plus , j'en donnerai avis à Sa Majesté , qui , je m'assure , en sera mieux avertie d'ailleurs. JeprIeDieu, monsieur, qu'il vousdonne en parfaite santé très-longue et heureuse vie.
D'Anvers, ce troisième avril 1609.
Votre , etc. P. Jeannin.
Lettre dudit sieur Jeannin à M. le duc de SuUtjy duditjour troisième avril 1609.
Monsieur, encore que nous soyons comme d'accord de tous les articles de la trêve, même de celui des limites, suivant l'ouverture qui en a été faite de notre part, auquel toutefois nous trouvions beaucoup de difficulté, ceux dont les biens ont été confisqués se sont rencontrés en grand nombre sur la conclusion, et ont fait instance des deux côtés pour rentrer dans leurs
biens, en quoi il y a eu deux grandes difTicoUés dont nous ne sommes pas encore dehors. La première, parce que les Etats demandent la révocation des confiscations, et qu'il soit libre à chacun de disposer de son bien durant la trêve, ainsi que bon lui semblera. Les archiducs ne le veulent consentir que pour en jouir durant la trêve, sans en pouvoir disposer, si ce n'est avec congé et permission des chefs d'une part et d'autre. Je désire le premier avec les Etats , et néanmoins si on ne peut vaincre les archiducs on se contentera du dernier. L'autre difficulté, qui a été traitée avec plus de véhémence et contention qu'aucun autre article , est que madame la comtesse de Ligne veut rentrer au bien de sou mari qui est assis en Hollande , lequel consiste en fort belb seigneuries, et de revenu chacun an de vingtquatre à vingt-cinq mille livres, sans rendre ce qu'elle retient encore à ses neveux, se fondant sur la transaction faite avec l'intervention du Roi : à quoi je réponds qu'elle a été faite avec des mineurs privés de tout leur bien, nécessiteux et sans moyen de vivre, et outre ce comme par force , attendu que le souverain sous lequel les biens sont assis favorisoit sa partie , et n eu pouvoient les mineurs espérer justice, ayant essavé de faire traiter de leur droit par l'autorité dn Roi, et comme une dépendance du traité général de Ver vins, mais en vain, car les archiducs et la comtesse de Ligne l'ont toujours empêche et soutenu la confiscation avoir été faite, non à cause de la guerre de la France et de l'Espagne, mais pource que le défunt prince d'Espinoy avoît suiviopiniâtrémentleparti des Hollandais; et, par
effet, la transaction le contient ainsi, qui est un grand avantage pour M. le prince d'Espinoy, duquel je m'aperçus bien lorsqu'elle le fit insérer en la transaction, et jugeai que cela lui pourrait servir à l'avenir, au cas que les archiducs fussent contraints de faire avec ceux de Hollaude ce qu'ilsfont àprésent, étant bien vrai que, si elle eût fait mettre dans la transaction qu'elle étoit faite entre le Boi et les archiducs comme une dépendance du traite de Vervins , les enfans de feu M. le prince d'Espinoy fussent demeurés perpétuellement eielos de la demande qu'ils font à présent
Ladite dame allègue entre ses raisons qu'elle a payé plus de trois cent mille livres de dettes, qu'elle a des droits comme héritière de sa roere, du marquis de Robais son frère et de sa sœur, et qu'on lui doit rendre les fjniits qui ont été perçus par ledit sieur prince d'Espinoy en vertu de la transaction. Je lui répondis qu'après avoir rendu le bien il lui seroit loisible de poursuivre ses actions par devant les juges ordinaires qui dépendent des archiducs, lesquels vraisembiablement
DU PBBSIDENT JEANNIN.
la £Eivoriseroient plutôt que ses neveux. Elle ajoute encore que ses neveux ne peuvent alléguer lésion contre cette transaction, ayant égard au temps qu'elle fut faite , auquel elle pouvoit retenir tout, n'y ayant pour lors aucune espérance de paix ni de trêve entre les archiducs et les Provinces-Unies, ainsi que l'incertitude de cet événement doit rendre valable ce qui autrement ne Teût été. Et outre ces raisons, tous ses propos sont pleins de violence , et ne respirent que la ruine de ce qui lui est si proche , étant d'ailleurs tellement favorisée de M. le président Richardot et des autres députés des archiducs, qu'ils ont toujours rejeté nos raisons, quoique cette poursuite ait été faite de la part des Etats, et appuyée de l'autorité du Roi et des députés d'Angleterre, et que j'aie même protesté, en quatre conférences faites sur ce sujet, que nous n'entendions passer plus outre au traité général de la part de Sa Majesté , si on ne faisoit raison sur cet article, comme ont fait aussi les députés d'Angleterre et des Etats : et néanmoins tout cela n'a encore pu vaincre les députés des archiducs, tant cette femme est favorisée par eux, lesquels veulent toujours avoir le bien de son mari qui est en Hollande , et celui du prince d'Espinoy dont elle jouit. Enfin j*ai cherché l'expédient, dopt je vous envoie copie, que j'ai fait proposer par les députés d'Angleterre, montrant les Etats et nous de ne l'approuver, sur lequel M. le président Richardot n'a fait autre réponse, sinon qu'ils l'enverront aux archiducs; et, par effet, M. Verreiken part ce matin pour y aller, et la comtesse de Ligne y va aussi , qui avec faveur, crieries, et toutes sortes d'artifices , fera ce qu'elle pourra pour l'empêcher, et moi ici pour faire qu'il soit reçu.
Je ne sais encore ce qui aviendra, bien suisje délibéré, si on ne peut mieux, de faire retenir le bien qui est en Hollande par les Etats, lesquels déclareront ne le rendre jamais que la comtesse de Ligne n'ait délaissé tout ce qu'elle tient de ses neveux. Or elle est si ennemie de leur profit, qu'elle montre de ne se pas soucier de perdre la jonîssance de ce bien , pourvu que ses neveux M'en tirent aucun profit, et j'espère pouvoir obtenir en ce cas que les Etats donneront chacun an , par forme de pension , quelque somme notable approchant du revenu dudit bien pendant le temps de la trêve : je dis par forme de pension, d'autant que si les Etats donnoient la jouissance de ce bien , je craindrois qu'elle ne voulût prétendre la transaction être rompue, et par ce moyen qu'elle doit jouir de tout ce qu'elle a délaissé à ses neveux. Cette affaire est pleine de difficultés y même si la main-levée n'est fidte des
confiscations, sinon pour le temps de la trêve, et sans pouvoir disposer; c'est pourquoi si l'expédient qui a été proposé, dont je vous envoie copie, est suivi, il donnera moyen de faire un second accord. Je lui ai proposé le mariage de sa seconde fille avec son neveu; elle l'approuve bien, mais sans rendre ce qu'elle tient, et donnant seulement mariage selon ses facultés, qui est peu en effet. Il ne faut rien attendre d'elle que par force; c'est pourquoi je m'opiniâtre de faire comprendre ce qui touche audit sieur priuce d'Espinoy dans le traité général. Croyez, s'il vous plaft, monsieur , que je n'omettrai rien pour vous y rendre très-humble service, et empêcher la rage et violence de cette femme qui ne tient juste que ce qui lui est profitable. Elle a envoyé vers le Roi , se promettant que Sa Majesté me comman* dera de me désister de cette poursuite, ce que je ne crois pas; bien ai-je estimé vous en devoir donner avis afin que vous y preniez garde. Je suis, monsieur, Votre, etc. , P. Jeaitnin,
D'Anvers, ce troisième avril 1609.
Lettre de M. de Yilleroy à M. Jeannin, du sixième avril 1609.
Monsieur, nous vous renvoyons donc Plcault en diligence suivant votre désir, et nous vous dirons que M. de Sully et moi avons fait voir au Roi l'article qui concerne M. le prince d'Espinoy que vous nous avez envoyé, et que Sa Migesté n'a pas opinion qu'étant pas«é en cette forme il doive être utile et avantageux audit prince ; au contraire il juge qu'il ne servira que d'une défaite pour faciliter et laisser passer et conclure la trêve, sans pourvoir au fait dudit prince, et après se moquer à loisir de Sa Majesté et de lui, en les entretenant de l'arbitrage qui aura été convenu, duquel après Ton ne tombera jamais d'accord, et principalement d'un superarbitre : c'est pourquoi nous jugeons qu'il serait besoin nommer dès à présent ledit superarbitre, car il faut faire état que les arbitres qui seront commis par Sa Majesté et les archiducs seront toujours apointés contraires, et ne s'accorderont jamais, ni pour la décision du fait au principal, ni du choix dudit superarbitre; et si la comtesse de Ligne n'aura jamais faute de raisons ou prétextes pour justifier sa conduite et fuite en cela, etsoutenir que les défauts et difficultés ne procéderont d'elle, ni des arbitres nommés par lesdlts archiducs , auquel cas l'hypothèque ou dépôt es mains de messieurs les Etats des fruits de la maison de Wassenard sera inutile. C'est pourquoi le Roi désire que vous trouviez quelque autre expédient qui assure mieux les affaires dudit prince , les
MEGOCIATIONS
biens duquel n'ont été oanflsqués que pour avoir «on père servi les Etats ou favorisé leurs armes, et s'être depuis retiré en ce royaume sous la protection de Sa Majesté et de ses prédécesseurs, ce qui oblige Sadite Majesté comme lesdits Etats de ne l'abandonner en cette occasion ; étant certain, 8*ils la laissent perdre , c'est-à-dire si ladite trêve est une fois faite, conclue et signée sans qu'il soit pourvu à ses affaires, qu'il ne faut pas espérer en avoir bonne issue par l'expédient qui a été proposé. En quoi Sa Majesté reconnoft aller grandement de sa réputation et de son service, pour avoir entrepris ouvertement la juste cause dudit prince et de sa maison , et aussi qu'elle sait que Ton lui est par delà si rude en faveur de ladite comtesse de Ligne, exprès parce qu*ii a déclaré , sur la recherche que Ton lui a faite de se retirer en Flandre, et au service desdits archiducs, qu'il veut demeurer sujet et serviteur de Sadite Majesté, puisqu'il a pris sa nourriture en France , et qu elle lui a déjà fait l'honneur et faveur d'avoir entrepris sa protection. Pour ces considérations, monsieur, Sadite Majesté désire que vous fassiez tant, que la condition dudit prince soit avec cette occasion mieux assurée qu'elle ne peu t être par le susdit arbitrage, ne pouvant croire , si vous l'opiniâtrez , que les archiducs ni le roi d'Espagne laissent à faire la trêve pour contenter ladite comtesse en une cause Inique, puisqu'elle veut profiter d'un bien qui ne lui appartient point , contre son neveu qui n'a jamais méfeit contre elle, ni lesdits archiducs et ledit roi d'Espagne, étant recommandé et protégé de Sa Majesté.
Du moins, si vous ne pouvez obtenir mieux, est-il nécessaire et raisonnable de convenir dès à présent dudit superarbitre et le nommer, ou bien arrêter , en cas que lesdits arbitres de Sa Majesté et des archiducs ne pussent s'en accorder étant ensemble dans un terme limité, ou que le Boi le nommera , ou que le prince entrera lors en la jouissance entière et réelle de ladite maison de Wassenard et du revenu d'icelie, sans être su- Jiet à aucune restitution , ni qu'à l'occasion et sous prétexte de œ , ou autre quelconque , les biens qu'il a sous la domination desdits archiducs puissent être saisis jusqu'à ce que ledit différend soit jugé; car s'il faut que les fruits de ladite maison demeurent en dépôt es mains desdits pleurs les Etats, pour ne les rendre audit sieur d*£spinoy qu'en cas que ladite comtesse fasse refus d'obéir au jugement desdits arbitres, ou bien qu'il soit vérifié que ledit différend n'aura pu être jugé par iceux par la faute des arbitres desdits archiducs, ou de ladite comtesse, comme n i\e vérifiera Jamais assez sùfiisamment ladite
faute , aussi ledit prince dHËspinoy demeurera toujours spolié de ses biens, et jam«ds ledit différend ne sera jugé, car ladite comtesse recalera toujours : et si lesdits Etats, reconnoissant ladite fuite, consentent que ledit prince entre en ladite jouissance , ce qu'ils feront difficilement si ledit article passe ainsi qu'il a été projeté, car ils ne voudront offenser peraonne, ni contrevenir à la parole qu'ils auront donnée , en ce cas lesdits archiducs s'en revancheront sur les biens dodit prince assis en ce pays, qui empirera encore sa condition. Voilà ce qui m'a été commandé tous écrire sur ce sujet , que Sa Majesté désire que vous embrassiez avec chaleur et affection , comme chose à laquelle elle a intérêt, et lui est outre cela très-recommandée pour la considération de ceux auxquels cette maison touche. Or quand nous avons discouru du superarbitre, nous n'en avons pas trouvé de plus propre que M. ie due de Lorraine; car le Pape est trop éloigné, et puis les jugemens de Rome sont longs et incertains même, à cause des mutations des papes, et des formes et style de cette cour-là.
Toute la maison d'Autriche nous seroit aussi suspecte, comme seroient à elle les princes protestans , et nous ne pourrions bonnement nous confier au roi d'Angleterre. Nous vous écrivons toutes ces choses afin que vous soy^ informé de nos conceptions pour en mieux servir le Roi, et , s'il est possible , faire cadrer et résoudre cette affaire au point qu'il désire, qui est de la mieux assurer devant que ladite trêve soit arrêtée et signée, pour ne courre après les autres quand elle sera faite. Au reste, vous aurez connu par notre dernière, que nous vous avons envoyée par le courrier de ville, que nous avons pris l'alarme plus chaude du fait de Clèves que vous n'avez fait par de-là, ainsi que nous avons vu par la vôtre apportée par ce courrier, prévoyant que le différend de cette succession engendrera tôtoo tard un tonnerre en nos frontières, et peut-être au reste de la chrétienté, qui sera de conséquence; car nous voyons bien que la maison d'Autriche voudra s'en prévaloir sous les prétextes portés par votredite lettre ; et néanmoins vous verrez , par la pièce dont je vous envoie copie, que les empereurs Charles V et Maximilien dernier ont pourvu à telle difficulté pour eux et leurs successeurs à l'Empire ; à quoi , si l'Empereur refuse maintenant d'avoir égard, ce sera un juste sujet de se plaindre d'injustice, et d'avoir recours à la force ; et Sa Majesté dit qu'elle sera lors obligée de défendre la cause de ses alliés contre la voie de fait. L'on nous a dit que ceux du pays font état de le conserver sans se servir d'étrangers, ni admettre aucuns des pré-
DU PRESIDENT JSANNIN.
tendaag^ni recevoir la loi de personne , jusques à ce que lesdits différends soient entièrement décidés ou accordés.
Ce moyen-là ne peut être que trouvé bon du Roi et des autres, pourvu qu'il soit suivi et observé sincèrement et de bonne foi ; mais l'on nous a dit que les officiers principaux desdits pays dépendent entièrement de l'Empereur et des Espagnols, et même qu'ils sont la plupart pensionnaires entretenus de longue main des uns et des autres, et partant que la contenance qu'ils font de présent de vouloir conserver cette neutralité , est en intention de servir avec le temps lesdits Espagnols et 4es archiducs; à quoi il faut que nous prenions garde, et sur cela aviser s'il ne seroit point à propos de convenir et accorder par le traité de la trêve que vous faites, qu'il ne sera rien attenté ni entrepris par voie de fait par lesdits archiducs et lesdits Etats auxdits paySf ni par leurs forces et gens de guerre au préjudice de ladite neutralité et de l'ordre établi par ceux desdits pays pour la conservation d'iceux, en attendant la décision desdits différends. Pensez-y s'il vous plaît, car je prévois, s'il n'est pourvu et remédié à ce point , qu'il en naîtra du malentendu qui nous privera bientôt du fruit de tous nos travaux ; car je vous dis derechef que Sa Majesté n'endurera point que lesdits pays soient à ses yeux envahis par gens auxquels ils n'appartiennent point , et que ses alliés qui y prétendent justement en soient spoliés. Toutefois, nous attendrons de vos nouvelles sur cela devant que de nous y engager plus avant. Priant Dieu , monsieur, qu'il vous donne en bonne santé heureuse et longue vie.
De Paris, ce sixième Jour d'avril 1609.
Votre, etc., db N£ufvxli.b.
Autre lettre dudit sieur de Villeroy audit sieur Jeanniny du même jour sixième avril 1609.
Monsieur, la lettre que Je vous écris par le commandement du Roi est un peu expresse pour le fait de M. le prince d'Espinoy ; elle a été commandée en la présence de M. de Sully qui l'a fort à cœur , s'estimant obligé à faire protéger par le Roi ledit prince, parce qu'il dit qu'il i'a empêché et diverti d'entendre aux recherches que Ton a faites vers lui pour le faire retourner en Flandre , et lui faire quitter la France et le service du Roi. Depuis mondit sieur de Sully a dressé et m'a envoyé montrer une forme d'article qu'il vous envoie par ce porteur ; elle est quasi conforme à ce que Je vous écris. En tout cas , si vous le pouvez faire résoudre suivant son désir et son projet , ce sera le meilleur , car le Roi sera bien aise qu'il en soit content , et de procurer du bien et avan*
tage audit prince; et si les archiducs ont envie de vider ce différend par arbitres, et non tirer les choses à la longue et se moquer du Roi et de sa recommandation , ils ne refuseront ledit article. En tout cas nous disons que si vous tenez ferme et empêchez la conclusion de la trêve que ledit article ne soit passé et accordé, qu'ils le consentiront, car ils ne voudront pas pour contenter la comtesse de Ligne rompre ladite trêve, puisque notre demande est juste. Quant aux affaires de Glèves, nous les avons aussi fort à coeur, et appréhendons ce qui en peut succéder. J'ai appris du sieur Aërsens fils que ces messieurs ne s'en escarmoucheront guère , et qu'ils approuveront que ceux du pays le conservent et gardent pour le prince auquel il sera Jugé qu'il appartiendra; mais qui sera le Juge, et quand prononcer^-t-il son jugement? J'ai opinion qu'il faudra nécessairement que ce différend se vide par les armes t6t ou tard , auquel pas nous désirons de savoir quel personnage joueront les Etats des Provinces-Unies, et, s'il faut que notre mal* tre s'en mêle , quel état il pourra faire d'eux et de leurs gens de guerre et forces pour soutenir le droit de ses alliés, et non pour se prévaloir d'aucune invasion. Voilà ce que J'ajouterai à mon autre lettre, en priant Dieu, monsieur, qu'il vous conserve en bonne santé.
De Paris, ce 6 avril 1609.
Votre, etc., bb Nbufvillb.
Lettre de M. le duc de Sully audit sieur Jeannin, dudit jour sixième avril 1609.
Monsieur, je vous ai beaucoup d'obligation des témoignages d'affection que vous avez rendus en ce qui touche les affaires de M. le prince d'Espinoy, lequel. Je répute comme mon propre fils; mais ainsi que la vertu est inutile si elle n'est réduite en action , aussi est la bonne volonté si elle ne produit aucun effet. Je vous prie donc n'abandonner pas cette affaire lorsque l'on est près de lui donner sa perfection; car de la terminer par l'expédient proposé , c'est justement la mettre au rang des choses dont les difOcultés sont infinies , et Je ne crois pas celle qui se présente de cette nature, ni qu'ayant surmonté tant d'autres empéchemens de plus grande conséquence l'on veuille pour une chose quasi de néant interrompre un traité qui importe tant à la chrétienté ; car tout ce qui fait contre nous est seulement l'opiniâtreté de la princesse de Ligne. Or s'il ne tenoit qu'à faire les fous et enragés que l'on ne possédât les biens d'autrui , vous verriez bientôt tout le monde courir les rues. J'ai lu et considéré toutes les clauses de l'écrit que vous m'avez en«voyé, et par icelles reconnu qu'il ne s'en exécur
tera jamais rien ; car cela se réduit à des nominations d'arbitres , et à des prononciations de leurs sentences qui ne se verront jamais en lumière , tellement que si vous n'obtenez présentement quelque chose , je n'en espère plus rien , si ce n'étoit que l'écrit fût du tout reformé comme je vous l'envoie. J'en ai parlé au Roi qui a commandé à M. de Yilleroy de vous en écrire; c'est pourquoi je ne vous en dirai point davantage, sinon pour vous prier de ne laisser pas imparfaite l'obligation que je ressens vous avoir, et dont tous ceux à qui j'appartiens vous rendront à jamais service. Que la princesse de Ligne fasse ce qu'elle pourra , si ne jouira-t-elle jamais en repos des biens qu'elle possède si injustement et indignement; car, même parmi les nations plus barbares, il n'a point encore été pratiqué qu'une sœur ait demandé la confiscation de son frère ayant des enfans, et n'est point possible que la justice de Dieu ne fasse servir ses biens pour être la ruine totale de sa maison , et que tous ses cousins ne soient un jour réduits à se couper la gorge sur ce sujet. Quant à moi, j'aimerois mieux être tombé sur la pointe de mon épée que d'en avoir usé de même ; je ne dis pas à l'endroit seulement de mes frères, neveux et proches parens, mais aussi du moindre homme du monde. Si messieurs les Etats insistent sur cet article, il n'y a point de doute qu'ils ne l'emportent , ou en tout cas qu'ils ne mettent le prince d'Espinoy en possession de ce que le prince de Ligne a dans les Provinces-Unies. Je remets le sui*plus à votre prudence, discrétion et affection, et prie le Créateur qu'il vous augmente ses saintes grâces et bénédictions, vous baisant bien humblement les mains.
De Paris, ce sixième avril 1609.
C'est , monsieur, votre , etc. ,
Mâximilian de Béthune, duc de Sully.
Lettre de messieurs Jeannin et de Rmsy au Rai, du septième avril IGOQ.
SiBE,
Les lettres de votre Majesté du troisième de ce mois nous ont été rendues par ce courrier le cinquième à sept heures du matin. La nouvelle de la mort du duc de Clèves avoit déjà été apportée en ce lieu par un conseiller du conseil d'Etat de Clèves envoyé de la part de la duchesse veuve, et puis vers les archiducs pour leur en donner avis, et de la résolution que ledit conseil a prise, attendant l'assemblée générale des Etats de tous les pays du défunt duc, de n'admettre aucun prince, ni recevoir aucunes forces en leur Etat, fors celles du pays même, jusques à ce qu'il fût connu en justice à qui la succession
de voit appartenir, priant lesdits sieurs archiducs de n'y faire aucune entreprise par force^ et que ladite duchesse et conseil avoient fait la même prière, et donné le même avis à messieurs les Etats-Généraux qui sont à Berg-op-Zoom, ayant été avertis de tout ce que dessus avant la réception des lettres de votre Majesté, comme aassi de la réponse desdits sieurs archiducs et Etats, faite séparément et sans communication de l'un à l'autre, lesquels avoient loué et approuvé la résolution dudit conseil, et promis de n'y rien entreprendre, pourvu qu'il fût ainsi fait de la part de tous les princes qui y prétendent droit; et depuis lesdites lettres reçues, le sieur Jeannin a vu M. le président Richardot, et lui a communiqué particulièrement sur ce sujet l'intention de votre Majesté, qui est d'aider à empêcher de tout son pouvoir qu'aucune violence ne soit commise au préjudice des princes à qui le droit de cette succession doit appartenir, qu'elle anroit aussi très-grand déplaisir que les archiducs, l'amitié desquels elle désire conserver, ou autres de leur maison , s'y voulussent entremettre, et employer les forces qui sont dans les Pays-Bas pour occuper cet Etat : ce qu'avenant elle serait contrainte de s'en mêler aussi , à cause de l'ancienne amitié qui est entre le royaume de France et aucuns princes qui y prétendent droit ; mais le tout étant délaissé à la justice ou à une conférence amiable, elle s'emploierait très- volontiers pour aider a les accorder : à quoi ledit sieur président a fait la même réponse qui est contenue ci-dessus, y i^outant que les archiducs sont éloignés de toute entreprise et dessein , n'estimoit non plus que l'Empereur ou autre de sa maison, s'il y a quelque prétention, la voulût poursuivre par les armes; et pour témoignage de la volonté des archiducs, que voulant envoyer visiter la veuve, et parler audit conseil de leur part, pour leur faire entendre ce qu'ils avoient dit au conseiller envoyé vers eux, ils n'auroient voulu choisir le comte de Bucquoy et Ferdinand de Lopes, que ledit siem* président Richardot leur avoit nommés par lettres, disant que le premier, pour être trop désireux d'émouvoir guerre nouvelle, n'y seroit propre, ni le second, pource qu'étant issu d'un Espagnol il leur pourroit être suspect.
Ayant aussi su que ce conseiller envoyé auxdits sieurs archiducs étoit en cette ville, le sieur Jeannin l'a fait chercher, et a parlé à lui, duquel il a appris que l'Etat se vouloit conserver libre autant qu'il pourra pour recevoir et reconnoître le prince qui aura le plus apparent droit, sans néanmoins avoir pu découvrir quelle est l'intention de l'Etat, et ce qu'il sentoit en son particu-
DU PBESIDENT JEANNIN.
lier du droit des prétendans ; dont il ju^e qu'il a été ainsi retenu pour ne vouloir rien dire contre la maison d'Autriche qu*il favorise, ayant appris ici que ledit conseil est divisé, et que la plupart a dès long-temps pension du roi d'Espagne pour aider à ses desseins quand le cas écherroit. Ledit sieur Jeannin a aussi fait connoltre audit conseiller que leur conseil feroit sagement d'envoyer vers votre Majesté, pour la supplier d'aider par son autorité à ce que personne n'emploie la force contre eux. Nous avons pareillement conféré en particulier avec le sieur Barneveldt, et reconnu que les Etats sont délibérés de s'opposer à toutes entreprises que la maison d'Autriche y voudroit faire par la force , et que c'est en intention de favoriser le droit de l'électeur de Brandebourg, quMIs tiennent être le plus apparent, pourvu que votre Majesté veuille être de la partie, et entreprendre aussi la défense de sa cause. M. le comte Guillaume qui est ici en fait le même jugement, et nous avons appris que M. le prince Maurice qui est à Berg-op-Zoom désireroit qu'on Jetât dès à présent des forces dans ledit pays, pour empêcher que d'autres ne s'en emparent, et lui semble de même que les Etats doivent soutenir le parti de l'électeur de Brandebourg comme le plus juste, et parce qu'il s'est toujours montré leur ami. Il sera malaisé que cette fusée se démêle sans venir aux armes , car c'est un grand Etat. L'Empereur prétend que Juiiers est un fief masculin. La ville et citadelle de Juiiers sont fortes, et n'y a forteresses audit pays que celle-là seule, laquelle est es mains d'un gentilhomme qu'on tient être pensionnaire de l'Espagnol; ainsi il est vraisemblable qu'elle sera à leur dévotion. Qui pourroit Joindre ensemble tous les princes protestans qui y prétendent , à la charge de vider après leurs différends à l'amiable , seroit un sa&:e conseil, et eût encore été meilleur et plus assuré pour eux, s'ils l'eussent fait plus tôt, ainsi que votre Majesté le leur avolt conseillé ; et s'il lui plaisoit encore envoyer vers eux quelque personnage de qualité pour les y induire, son autorité seroit grandement utile pour le leur persuader ; car, quoi que le président Richardot ait dit au sieur Jeannin, il n'est pas vraisemblable que ces princes de la maison d'Autriche laissent échapper cette espérance sans faire toutes sortes d'efforts pour en profiter : et néanmoins si les princes protestans se joignent ensemble, du moins les deux, à savoir, les électeurs de Brandebourg et Palatin , eux étant appuyés de l'autorité et des moyens de votre Majesté et des Etats, ils conserveront leur droit malgré qui que ce soit.
Quant aux Etats, leur intérêt est si notoire,
et le danger qu'ils doivent craindre, si l'archiduc ou quelqu'un de ses frères occupent ledit pays, est si certain, qu'à notre avis ils n'omettront rien pour l'empêcher, à quoi la trêve ne doit préjudicier; et ne pourront prétendre d'une part ni d'autre qu'elle soit enfreinte et violée, quand les archiducs y entreprendront ou donneront secours à l'Empereur, et que le roi d'Espagne, sans lequel il seroit foible, s'en voudroit mêler, et non plus quand les Etats feront le même pour le secours de leurs amis. Le meilleur eût bien été à la vérité, qui eût prévu cet accident, ou s'il fût arrivé plus tôt, de continuer seulement la surséance d'armes pour cette année, et voir quels mouvemens pourront arriver à cette occasion pour là-dessus prendre conseil ; car encore peut-on craindre, quelque intérêt qu'y aient les Etats, qu'étant en repos ils ne se veuillent déclarer ouvertement ; bien assisteront-ils cette cause sous main sans doute, et peut-on espérer mieux, non en assurer. Les affaires sont à présent si avancées, et ces peuples si désireux de jouir du repos que cette trêve leur doit donner, qu'il n'y a plus aucun moyen d'en empêcher la conclusion , attendu que tous les articles généraux sont accordés, et ne reste plus que quelques demandes extraordinaii*es pour M. le prince Maurice et ses frères, qui sont du tout injustes, sur lesquelles néanmoins on leur offre encore quelque contentement^ et avec ce le fait de M. le prince d'Espinoy, que nous avons fort opiniâtre^ pour lequel on consent aussi l'expédient que nous avons envoyé par delà, ou bien qu'il soit employé en l'article général nonobstant la transaction.
Ainsi montrer de vouloir retarder la trêve ne serviroit qu'à faire connoltre une mauvaise volonté sans en tirer aucun fruit : c'est pourquoi nous n'estimons pas qu'il y faille penser, si quelque nouvelle occasion ne se présente qui nous en donne le moyen; bien nous semble- t-il que les Etats devroient retenir tous leurs gens de guerre, sans en licencier un seul , jusqu'à ce que la ratification d'Espagne soit venue , pour laquelle nous n'avons voulu accorder que trois mois, quelque instance que les députés des archiducs aient faite pour en obtenir six , puis cinq , et enfin quatre ; car ces trois mois de loisir suffiront pour reconnoitrc les desseins et intentions de l'Empe* reur et de sa maison à rechercher cette succession ; et s'ils montrent de vouloir remuer, ou le font par effet, seroient des forces prêtes pour les employer aussitôt en ce besoin. Mais lesdits sieurs Etats sont si désireux de se décharger de dépense, et ceux qui ont toujours été trop afTectionnés à la paix ont tant d'envie de s'ôter la crainte de rentrer en nouvelle guerre, qu'Us
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feront ledit licenciement t6t après le traité , si \otre Majesté n*y met du sien pour les en empêcher : c'est à elle d'en Juger, et de commander son intention. On a obtenu des demandes extraordinaires de M. le prince Maurice ce qu'on a pu, et plus qu'il n'y avoit de justice en la demande. Et pour M. le prince d'Ëspinoy, il est remis en tous ses biens pour en Jouir durant la trêve, tout ainsi que les autres, nonobstant la transaction. Nous estimons que les articles seront signés après-demain , et lors M. de Préaux partira pour les lui porter. Cependant nous prions Dieu, Sire, qu'il donne à votre Majesté, et à toute sa royaJe famille, tout beur et prospérité.
D'Anvers, ce septième Jour d'avril 1609.
Vos, etc. , P. Jeannin et de Russy.
Lettre de M. Jeannin à M. le duc de Sully, d%h dit jour septième avril 1609.
Monsieur, depuis vous avoir écrit par le couririer Picault, et envoyé l'expédient mis en avant pour le fait de M. le prince d'Ëspinoy, nous sommes encore entrés en grande contention sur cet article ; et enfin , au lieu de le suivre, l'article a été accordé généralement de la façon que je vous l'envoie; en sorte que, par vertu d'icelui, les héritiers de feu M. le prince d'Ëspinoy peuvent entrer en la Jouissance de tout leur bien de leur autorité privée , et sans en requérir la permission à justice , nonobstant la transaction faite avec madame la comtesse de Ligne. Je demandois bien que le nom desdits sieurs héritiers fût exprimé , mais les députés des archiducs ne l'ont voulu permettre , disant que c'est l'archiduc qui a fait faire ladite transaction à la prière et recomman* dation du Roi , et qu'il lui seroit honteux de défaire nommément ce qu'il a fait, mais non de passer l'article avec la généralité. Combien que ce fait particulier y soit assez compris et désigné, ils l'ont ainsi déclaré en l'assemblée , et les députés des Etats nous ont promis, s'il y a quelque difQculté ou remise en cette restitution, qu'ils ne rendront pas le bien appartenant au prince de Ligne sis en leur pays , mais le délaisseront auxdits sieurs héritiers , qui par ce moyen auront la même sûreté qu'ils eussent eue par le premier expédient , auquel j'avois été contraint de m accorder pour sortir de ce mauvais passage.
Vous voyez donc, monsieur, qu'ils jouiront cle la faveur du traité nonobstant leur transaction , qui est tout ce qu'on a pu demander pour eux. Si les confiscations eussent été révoquées pour toiyours, et non-seulement durant la trêve, il eût été beaucoup meilleur ; mais n'ayant pu ^tre ûût pour les autres, ni même pour les héri-
tiers de feu M. le prince d'Orange, qolQ&t été contraints de se contenter du bénéfice commun, il n'y avoit moyen ni raison d'en espérer plux Ladite dame comtesse de Ligne s'attendra^ a mon avis , que les confiscations n'étant rembes que pour douze ans, lesdits héritiers feront difficulté de rentrer en leur bien, crainte que, b transaction étant par ce moyen rompue, ladite dame soit remise en tout le bien après la trêve; mais il est à présumer que les Etats, bien établb et appariés comme ils sont, en obtiendront aisément la continuation à mêmes conditions, et s'il faut rentrer en guerre après que ladite trêve sera expirée, ou si elle étoit rompue avant rexpira* tion d'icelle, le bien du prince de Ligne qui est en Hollande servira toujours de représailles jos* ques à la somme de vingt-quatre mille livies chacun an de revenu, et M. le prince d'ËspInov, prenant résolution de servir les Etats, pouna tirer pension d'eux , qui avec ledit bien égale» cette perte ; mais il ne tombera pas en ce hasard s'il ne veut , car il est certain qu'ayant ravaatage que ce traité lui donne, ladite dame comtesse sera bien aise de traiter de nouveau avec lui à conditions dont il tirera du profit. Elle pourra faire aussi des disputes et difficultés pour les dettes qu'elle dit avoir payées, les droits qu'elle prétend en la succession , et les fruits que ledit sieur prince d'Ëspinoy a perçus en vertu de la transaction ; mais toutes ces demandes ne doivent empêcher la restitution du bien : ainsi elle sera contrainte de plaider dépouillée de ce qu'eik; tient, autrement les héritiers auront recours is bien de Hollande pour en jouir avec le leur, et par ce moyen seront toujours mieux. Je vov peux assurer, monsieur , que j'affectionne taat ce qui m'est commandé de votre part, que si j'eusse pu faire quelque chose de plus avantagni pour ledit sieur prince d'Ëspinoy, que je reusâc fait très-volontiers, et que ce que dessus nancore été obtenu qu'avec très-grande peine et difficulté. Nous signerons après-demain les articles du traité , dont la conclusion a été retardée d^ puis deux jours pour la seule cause de Tartlck concernant ledit sieur prince d'Ëspinoy. Noos faisons réponse à Sa Majesté sur ce quillù^ plu nous écrire , que je sais vous devoir ^re oûdmuniquée , qui me fera finir après vous avoir assuré que je serai perpétuellement, monsieur, votre , etc., P. Jeaumx.
D'Anvers, ce 7 avril 1609.
Lettre de messieurs Jeannin et de Russj/ n Roi, du huitième avril 1609,
SXBE ,
Mous avions prié M. de Préaux d'aller troorer
DU BABSIBBKT JBANNIN,
M. le prince Maurice à Berg-op-Zoom , tant pour lui donner contentement de ce qui s'est passé en ce lieu pour les affaires de sa maison , que pour lui communiquer les lettres de votre Majesté sur le sujet de Clèves, d'où il retourna hier au soir. Or nous lui avions déjà écrit ce qui est contenu en notre précédente; c'est pourquoi nous ajoutons maintenant celle-ci, pour lui faire entendre que ledit prince, après être bien informé de ce qui a été fait pour lui, a Jugé qu'on ne pouvoit mieux , et nous prie encore pour quelques particularités que nous espérons obtenir des Etats, pource que lui même reconnoft bien qu'il n'est raisonnable de s'en adresser aux archiducs : et quant au fait de Glèves, il dit en être bien instruit, et que le roi d'Espagne y a des partisans , comme aussi l'électeur de Brandebourg; qu'il y a peu de villes fortifiées du tout, mais il y en a cinq ou six en très-bonne assiette qu'on a commencé à fortifier dès long-temps , et que le premier qui sera mattre de la campagne, et aura loisir d'un mois ou six semaines, les pourra achever et rendre bonnes; qu'il y a dans lesdits pays quatre mille gentilshommes, tous hommes de guerre , la plupart de la religion , et qui lui sont fort affectionnés ; que les villes ont aussi grande créance en lui , et si les Etats lui veulent permettre de leur écrire qu'elles ne reçoivent aucune garnison étrangère, et, au cas qu'on les veuille forcer , qu'ils leur donneront secours , il s'assure qu'elles n'en recevront point; mais il ne veut écrire lesdites lettres s'il n'est assuré de l'intention des Etats, pource qu'il ne les voudroit pas tromper. Lui a dit aussi que ceux de Cologne ont surpris une abbaye près d'eux dépendant de Glèves, qui est forte et en très-bonne assiette, et que celui qui est dans Juliers est pensionnaire du roi d'Espagne; qu'il croit que ledit sieur Roi Joint à l'Empereur feront leurs efforts pour empiéter ledit pays, qui néanmoins appartient à l'électeur de Brandebourg, et qu'il craint , encore que les Etats y aient grand intérêt , qu'il ne soit difficile de les foire rentrer en guerre, les voyant si désireux de la trêve , et si contensde l'espérance qu'ils ont de l'avoir bientôt, qu'il ne l'ose promettre, quoique le sieur Barneveldt ait dit au sieur Jeannin qu'ils le veulent faire : bien offre-t-il d'y servir votre Majesté , et de faire tout ce qu'il pourra pour disposer les Etats à se Joindre avec l'électeur de Brandebourg contre ceux qui les voudront troubler. Au surplus il estime que le seul moyen d'empêcher qui que ce soit d'y entreprendre , est que les Etats demeurent armés comme ils sont , sans licencier un seul homme Jusqu'à ce que le ivi d'Espagne ait ratifié ; car dans le temps qui
lui est donné pour ce faire, qui est de trois mois, on verra quelle est son intention, et si c'est d'entreprendre sur lesdits Etats , les forces seront prêtes et portées sur le lieu pour les y opposer ; mais il voit les Etate si désireux de se décharger de dépense, qu'ils feront ce licenciement dès le lendemain de la trêve, s'il ne plaft à votre Majesté leur donner quelque secours pour aider à les entretenir. Ledit sieur de Préaux partira dans deux Jours, qui lui fera un plus particulier récit de toutes choses, comme en étant fort bien instruit ; et cependant nous prierons Dieu , Sire , qu'il maintienne votre Majesté et sa royale famille en tout heur et prospérité,
D'Anvers, ce huitième d'avril 1600.
Vos, etc., P. Jeannin.
Lettre de M. Jeannin à M. de Villewy^ dudit jour huitième avril 1600.
Monsieur, les lettres du Roi sont venues trop tard pour différer ou rompre ce traité, car , deux Jours avant que les avoir reçues, les articles généraux étoient accordés , et ne restoit plus que les demandes de la maison de Nassau , dont celles qui sont fondées en quelque raison étoient aussi déjà consenties, comme de remettre les héritiers de M. le prince d'Orange es salines du comté de Bourgogne ; et pour les autres , quoi* que du tout injustes , en ont donné cent mille écus à notre prière et recommandation, ayant tant pressé les députés des archiducs sur ce su* Jet, qu'ils se sont plaints d'y avoir été comme forcés et contraints par nous , et que nous nous étions rendus parties en cela , au lieu d'y être médiateurs. Toutefois M. le prince Maurice , qui n'en espéroit rien du tout lorsque nous sommes partis de Berg-op-Zoom , montre à présent de n'en être satisfait , ayant écrit à M. le comte Guillaume son cousin qu'il le prioit de ne point signer le traité si on ne fait mieux pour sa maison. Nous y avons à cette occasion envoyé M. de Préaux , tant de notre part que de messieurs d'Angleterre, pour lui faire entendre comme tout s'est passé , lequel à son retour a rapporté assez bonne réponse. Sur ce qu'il a plu au Roinous écrire , J*eusse volontiers essayé de tirer l'affaire en longueur sous ce prétexte, et comme feignant de chercher les moyens de le contenter; mais on ne peut insister sans honte et sans blâme sur ces demandes : puis, Je reconnois bien, quand nous le voudrions faire, que nous serions abandonnés des députés des Etats qui sont ici , et de ceux d'Angleterre , qui tous désirent d'achever. Aussi est-il certain que ce traité ne peut empêcher que Sa Miyesté et les Etata ne se Joir
gnent ensemble pour secourir leurs amis, qui préteudent droit en la succession du duc de Clèves. Tout ce qu'il y a à craindre est que les Etats mis en l'epos ne fassent difficulté de rentrer en guerre à cette occasion ; mais ils ont si grand intérêt de s^opposer à tous les princes de la maison d'Autriche qui y voudroient prétendre qu'on doit présumer le contraire; et le sieur Barneveldt m'a dit et répété que si Sa Majesté veut prendre la défense de l'électeur de Brandebourg , qui semble avoir le plus apparent droit, ils se joindront avec elle pour faire la guerre à qui que ce soit. Le comte Guillaume à qui j'en ai parlé a aussi la mémeopinion d'eux ; et semble qu'ils ne puissent prendre autre conseil , s'ils ne veulent mettre leur nouvel Etat en péril Quant aux archiducs, le président Richardot dit qu'ils ne feront aucune entreprise : si ne laissé-je de croire , au cas que l'Empereur et le roi d'Espagne y prétendent, soit pour joindre ces pays à ce qu'ils tiennent, ou pour en investir quelque autre prince de leur maison , qu'ils les favoriseront sous main sans se déclarer ouvertement , et que le Roi d'Espagne se servira aussi des gens de guerre qui sont es Pays-Bas , lesquels dépendent de lui. On dit à présent que l'archiduc Mathias est bien avec l'Empereur, et qu'il s'est aussi accordé avec ceux de la religion en Hongrie et en Autriche; mais ils sont foibles si le roi d'Espagne n'est de la partie, et quand ils seront tous ensemble , comme il a viendra sans doute, s'ils tentent quelque chose par les armes, la partie de l'électeur de Brandebourg ne laissera d'être puissante en Allemagne même, car l'électeur Palatin s'y doit joindre, à ce qu'on dit. On a la même opinion de l'électeur de Saxe et du landgrave de Messe , encore que ce premier soit fort affectionné à l'Empereur, d'autant que ces deux princes et l'électeur de Brandebourg ont une loi familière en leurs maisons, pour succéder les uns aux autres en défaut de mâles, par un certain ordre établi entre leurs prédécesseurs qui a toujours duré depuis; par ainsi ils sont intéressés en la grandeur et au bien l'un de l'autre : à quoi si on ajoute Sa Majesté et les Etats , j'estime que la crainte de cette conjonction , qui sera bientôt sue, les empêchera d'y penser, et que le roi d'Espagne , qui a mieux aimé quitter ce que les Etats ont occupé sur lui que continuer la guerre contre eux , fera difTicuUé d'entreprendre celle-ci, pour n'avoir encore affaire avec les mêmes ennemis. Ils considéreront aussi que ledit électeur de Brandebourg , qui a épousé la fille afnée de la sœur aînée du défunt duc de Clèves, est le mieux fondé au droit de succession , encore que le duc de Neubourg ait pour femme la seconde sœur qui est
vivante , et par ainsi plus proche d'un degré ; car la représentation ayant lieu en ce premier degré de la ligne collatérale par les lois de l'Empire, la fille de la sœur aînée doit être préférée à la tante , et n'est d'aucune considération que cette tante a des fils, car leur mère étant en vie ils n'y peuvent rien prétendre. Outre ce, j'ai appris que cette sœur aînée a obtenu dès long-temps l'investiture de l'Empereur pour elle et ses enfans mâles et femelles , avenant le décès du duc de Clèves son frère sans enfans , et que les Etats mêmes dudit feu sieur duc de Clèves y ont consenti, et, depuis encore, qu'en mariant les autres sœurs, elles ont renoncé à sadite succession en sa faveur, moyennant certaine somme d'argent, hors celle qui est mariée au marquis de Burgau qui ue l'a voulu faire , et est demeurée en ses droits; et, si cela est , le duc de Neubourg y prétendant à cause de sa femme seroit mai fondé.
L'Empereur ne pourroit non plus prétendre que Juliers soit fief masculin , comme plusieurs tiennent qu'il est , mais sont choses qui consistent en fait , dont je ne suis assez bien informé. C'étoit bien le désir de M. le prince Maurice de faire entrer des troupes dans ledit pays, et avoit mandé à M. le comte Ernest , qui en est le plus proche , de se tenir prêt à cet effet : mais les Etats n'en ont été d'avis , pource que ces troupes ne feroient autre chose que piller et ravager, sans se pouvoir assurer dudit pays qui est ouvert , et presque sans aucune forteresse. Ils ont eu crainte aussi que l'exemple de cette in vasion ne fikt cause d*inviter d'autres à en faire autant, au dommage peut-être des princes qu'ils désirent favoriser, et que cette entreprise sans en être priés et requis les rendit odieux, et fît soupçonner qu'ils se vcuioient approprier ledit pays , et pour ces raisons ont pensé qu'il sufiiroit de se préparer et d'être aux écoutes pour prévenir tous autres , sans commencer par les armes avant qu'il soit temps, attendu même qu'ils ne voient encore aucune apparence de remuement èsdils pays. M. le prince Maurice croit néanmoins , ainsi que l'a rapporté M. de Préaux, et que nous l'écrivons au Roi par une seconde lettre, qu'il sera difficile de faire rentrer en guerre les Etats, quoique le sieur de Barneveldt me l'ait dit, et qu'ils se soient dès longtemps obligés aux électeurs de Brandebourg et Palatin, ce cas échéant, de se déclarer pour eux, moyennant quelque somme d'argent dont ils leur firent prêt dès lors; mais ii ne voit pourtant aucun moyen d'empêcher que ces peuples ne se mettent en repos, quand même on leur eût offert moins qu'on ne leur donne. Bien, dit-il, ne craindre plus qu'il y ait une trahison bâtie dansl'Etnt pour le porter en Espagne, comme il faisoit aupa*
BU PBÉSIBBNT JÉANNIK.
ravant. J'avois envoyé une patente à Maire en mon nom, comme procureur et ayant charge de Sa Majesté, et je lui ai renvoyé celle du Roi qui est beaucoup meilleure, lui mandant qu'il me renvoie l'autre.
Je suis, monsieur, votre, etc. , P. Jeànnin.
D'Anvers, ce 8 avril 1609.
Traité de la trêve à longues années fait en la ville d* Anvers le neuvième avril 1609, entre les députes des archiducs et ceux des Etats- Généraux des Provinces-Unies ^ par T entremise et intervention des ambassadeurs des rois Très-Chrétien et de la Grande Bretagne'.
Comme ainsi soit que les sérénissimes princes, archiducs Albert et Isabella, Clara, Eugénia, etc., aient, dès le vingt-quatrième d'avril 1607, fait une trêve et cessation d'armes pour huit mois , avec illustres seigneurs les Etats-Généraux des Provinces- Unies des Pays-Bas , en qualité et comme les tenant pour Etats, provinces et pays libres sur lesquels ils ne prétendoient rien , laquelle trêve devoit être ratifiée avec pareille déclaration par la majesté du roi Catholique en ce qui le pouvoit toucher, et lesdites ratifications et déclarations délivrées auxdits sieurs Etats trois mois après icelle trêve , comme il s'est fait par lettres-patentes du dix-huitième septembre audit an : et outre ce, procuration spéciale donnée auxdits sieurs archiducs, du dixième de janvier 1 60S, pour, tant en son nom comme au leur, faire tout ce qu'ils jugeroient convenable pour parvenir à une bonne paix ou trêve à longues années , en suite de laquelle procuration lesdits sieurs archiducs auroient aussi , par leui*s lettres de commission du vingt-septième du même mois, nommé et député commissaires pour en conférer et traiter es dits noms et qualités, et, à cette occasion, consenti et accordé que ladite trêve fût prolongée el continuée par diverses fois, même le vingt de mai, jusquesàlafin de ladite année 1608. Mais apr^ s'être assemblés plusieurs fois avec les députés desdits sieurs Etats, qui avoient aussi procuration et commission d'eux du cinquième de février audit an, ils n'auroient pu demeurer d'accord de ladite paix pour plusieurs grandes difficultés survenues entre eux ; au moyen de quoi les sieurs ambassadeurs des rois Très-Chrétien et de la Grande-Bretagne, des princes électeurs Palatin et de Brandebourg, marquis d'Anspach et landgrave de Hesse, envoyés sur le lieu de la part desdits sieurs rois et princes pour aider à l'avancement d'un si bon œuvre , voyant qu'ils étoient près de se séparer et de rompre tout traité, auroient proposé une trêve à longues années à certaines conditions contenues en un écrit donné
de leur part aux uns et aux autres, avec prière et exhortation de s'y vouloir conformer , sur lequel écrit plusieurs autres difficultés étant derechef survenues, enfm cejourd'hui, neuvième jour du mois d'avril 1609, se sont assemblés messire Ambrosio Spinola, marquis de Bennaffio, chevalier de l'ordre de la Toison-d'Or, du conseil d'Etat et de la guerre de Sa Majesté Catholique, mestre de camp général de ses armées, etc.; messire Jean Richardot, sieur de Barlen, du conseil d'Etat, chef président du conseil de leurs altesses ; Jean de Mancicidor, du conseil de guerre et secrétaire de Sadite Majesté Catholique ; frère Jean de Neyen, commissaire général de l'ordre de Saint-François es Pays-Bas , et messire Louis de Verreiken, chevalier audiencier et premier secrétaire de leurs altesses , etc. , en vertu des lettres de procuration desdits sieurs archiducs, pour traiter tant en leurs noms qu'au nom dudit sieur roi Catholique, la teneur de laquelle procuration est ci-après insérée avec celle dudit sieur Roi d'une part; et messire Guillaume-Louis, comte deNassau Catzenelleboghen, Vianden, Dietz,etc., seigneur de Bilsteyn, gouverneur et capitaine-général de Frise, villes de Groningue, et des Ommelanden, Dreuth, etc.; messire Walraven, sieur de Brederodes, Vianen, vicomte d'Utrecht, sieur de Ameyden, Cloetinghen, etc.; le sieur Corniile Degendt, sieur de Loiie\en et Mynerswick , vicomte et juge de l'Empire et de la ville de Nimègue ; messire Jean d^Olden-Barneveldt, chevalier, sieur de Tempel Rodenriis, etc., avocat et garde du grand scel , Chartres et registres de Hollande et West-Frise; messire Jacques de Maldrée, chevalier, sieur Deheycs, etc., premier président et représentant la noblesse aux Etats et conseil de la comté de Zélande ; les sieurs Gérard de Renesse, sieur deVander Aa de Streefkerck, Nieukkerlandt, etc. ; Gellius Hiliema, docteur êsdroits, conseiller ordinaire du conseil de Frise , Jean Sloeth, sieur de Salllk Drossart, du pays de Wollenhoiie, et châtelain de la seigneurie de Cuyder, et Abel Coenders de Elpen, sieur en Faen et Gantes ; au nom desdits sieurs Etats aussi , en vertu de leurs lettres de procuration et commission ciaprès semblablement insérées, d'autre : lesquels, avec l'intervention et par l'avis de messire Pierre Jeannin, chevalier, baron de Chagny et Montjeu, conseiller du roi Très-Chrétien en son conseil d'Etat , et son ambassadeur extraordinaire vers lesdits Etats, et messire Elle de La Place, chevalier, sieur de Russy, vicomte de Machault, aussi conseiller audit conseil d'Etat, gentilhomme ordinaire de la chambre dudit sieur Roi , bailli et capitaine de Vitry-le- Français , et son ambassadeur ordinaire résident près lesdits Etats; mes-
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sire Richard Spencer, chevalier, gentilhomme i ordinaire de la chambre privée du roi de la Grande-Bretagne , et son ambassadeur extraordinaire vers lesdits sieurs Etats, et M. Rodolphe Winood , chevalier , ambassadeur «ordinaire et conseiller dudit sieur Roi au conseil d*£tat des Province»-Unies ; sont demeurés d'accord en la forme et manière qui s'ensuit.
Premièrement, lesdits sieurs archiducs déclarent , tant en leurs noms que dudit sieur Roi , qu'ils sont contens de traiter avec lesdits sieurs Etats-Généraux des Provinces-Unies, en qualité et comme les tenant pour pays, provinces et Etats libres sur lesquels ils ne prétendent rien, et de faire avec eux , es noms et qualités susdites , comme ils font par ces présentes, une trêve, aux conditions ci-après écrites et déclarées.
A savoir , que ladite trêve sera bonne, ferme, loyale et inviolable , et pour le temps de douze ans, durant lesquels il y aura cessation de tous actes d'hostilité entre lesdits sieurs Roi , archiducs et Etats-Généraux , tant par mer et autres eaux que par terre , en tous leurs royaumes , pays , terres et seigneuries , et pour tous leurs sujets et habitans , de quelque qualité et condition qu'ils soient, sans exception de lieux ni de personnes.
Chacun demeurera saisi et Jouira effectuellement des pays , villes , places , terres et seigneuries qu'il tient et possède à présent, sans y être troublé ni inquiété durant ladite trêve ; en quoi on entend comprendre les bourgs, villages, hameaux et plat pays qui en dépendent.
Les sujets et habitans es pays desdits sieurs Roi, archiducs et Etats, auront toute bonne correspondance et amitié par ensemble durant ladite trêve, sans se ressentir des offenses et dommaf];es qu'ils ont reçus par le passé ; pourront aussi fréquenter et séjourner es pays l'un de l'autre , et y exercer leur trafic et commerce en toute sûreté , tant par mer, autres eaux , que par terre : ce que toutefois ledit Roi entend être restreint et limité aux royaumes , pays , terres et seigneuries qu'il tient et possède en l'Europe et autres lieux et mers où les sujets des autres rois et princes qui sont ses amis et alliés ont ledit trafic de gré à gré ; et pour le regard des lieux , villes , ports et havres qu'il tient hors les limites susdites , que lesdits sieurs Etats et leurs sujets
n'y puissent exercer aneun trafic éatis ta permifl^ sion expresse dudit sieur Roi : bien pourrontils faire ledit trafic, si bon leur semble, espars de tous autres princes, potentats et peuples qoi le leur voudront permettre, même hors lesdites limites , sans que ledit sieur Roi , ses officiers sujets qui dépendent de lui , donnent aucun empêchement à cette occasion auxdits princes, po< tentats et peuples qui le leur auront permis, ni pareillement à eux ou aux particuliers avec lesquels ils ont fait et feront ledit trafic.
Et pource qu'il est besoin d'un assez long temps pour avertir ceux qui sont hors lesdites limites avec forces et navires, de se désister de tous actes d'hostfiité, a été accordé que la trèye n'y commencera que d'aujourd'hui en un an. Bien entendu que si l'avis de ladite trêve y peot être plutôt, que dès lors l'hostilité y cessera; mais si après ledit temps d*un an quelque hostilité y étoit commise , le dommage en sera réparé sans remise.
Les sujets et habitans es pays desdits sieon Roi , archiducs et Etats, en faisant trafic es pays l'un de l'autre , ne seront tenus payer plus grands droits et impositions que leurs sujets , et ceux des amis et alliés qui seront les moins chargés.
vn.
Et auront aussi les sujets et habitans es pa)i desdits Etats la même sûreté et liberté es pays desdits sieurs Roi et archiducs, qu'elle a éléa^ cordée aux sujets du roi de la Grande-Bretagne par le dernier traité de paix , et articles secrets faits avec le connétable de Castllle.
VHL
Ne pourront semblablement les marchands, maîtres de navires , pilotes , matelots , leurs navires , marchandises , denrées et autres biens à eux appartenans, être saisis et arrêtés, soit en vertu de quelque mandement général ou part*" culier, ou pour quelque cause que ce soit de guerre ou autrement, ni même sous prétexte d« s'en vouloir servir pour la conservation et de fense du pays. On n'entend en ce comprendre les saisies et arrêts de Justice par les voies ordinaires , à cause des dettes propres , obligation* et contrats valables de ceux sur lesquels IcsdiW saisies auront été feites , à quoi il sera procède selon qu'il est accoutumé par droit et raison.
Et pour le regard du commeree des Pay^^*^
hv Ptimitnt ^bânnin*
et des daces et impositions qui se lèveroient sar les deurées, s'ii est trouvé ci-après qu'il y ait de l'excès, et qu'il en soit incommodé, à la première réquisition qui en sera faite d'une part ou d'autre , commissaires seront députés pour les régler et modérer par avis commun , si faire se peut , sans que pourtant la trêve soit rompue au cas qu'ils n'en puissent demeurer d'accord.
Si quelques sentences et jugemens avoient été donnés entre personnes de divers partis non défendus, soit en matière civile ou criminelle, ils ne pourront être exécutés contre les personnes des condamnés , ni sur leurs biens durant ladite trêve.
Lettres de marque et représailles ne seront octroyées durant ledit temps , si ce n'est à connoissance de cause, et es cas èsquels il est permis par les lois et constitutions impériales , et selon Tordre établi par icelles.
On ne pourra aborder, entrer ni s'arrêter aux ports, havres, plages et rades, es pays l'un de l'autre, avec navires et gens de guerre en nombre qui puisse donner soupçon, sans le congé et permission de celui sous lequel sont lesdits ports, havres , plages et rades, sinon qu'on y fût Jeté par tempête, ou contraint de le faire par nécessité , et pour éviter quelques périls de mer.
Xffl.
Ceux sur lesquels les biens ont été saisis et confisqués à l'occasion de la guerre, ou leurs héritiers et ayant cause, Jouiront dlceux biens durant la trêve , et en prendront la possession de leur autorité privée, et en vertu du présent traité , sans qu'il soit besoin d'avoir recours à justice , nonobstant toutes incor|)orations au fisc, engagemens , dons , traités , accords et transactions , quelques renonciations qui aient été mises èsdites transactions pour exclure de partie desdits biens ceux à qui ils doivent appartenir , à la charge néanmoins qu'ils n'en pourront disposer, ni charger, ou diminuer pendant le temps de ladite Jouissance , sinon qu'ils en aient obtenu la permission desdits archiducs et Etats.
Ce qui aura aussi lieu au profit des héritiers du feu sieur prince d'Orange , même pour les droits qu'ils ont es salines du comté de Bourgogne , qui leur seront remises et délaissées avec les bois qui en dépendent. Et quant au procès de
Chastelbelin , intenté du vlvflnt dudlt sieur prince d'Orange en la cour de Malines , contre le procu* reur général du roi Catholique, lesdits sieurs ar« chiducs promettent de bonne foi de leur y faire rendre Justice dans un an, sans autre longueur ni remise , et en toute droiture et sincérité.
Si le fisc a fait vendre d'une part et d'autre quelques biens confisqués, ceux à qui ils doivent appartenir en vertu du présent traité , seront te» nus se contenter de l'intérêt du prix, à raison du denier seize, pour en être payés chacun an du** rant ladite trêve, à la diligence de ceux qui pos' sèdent lesdits biens , autrement leur sera loisible de s'en adresser au fonds et héritage vendu.
Mais si lesdites ventes avoient été faites par Justice pour les dettes , bonnes et légitimes, de ceux à qui lesdits biens souloient appartenir avant la confiscation, leur sera loisible, ou à leurs héritiers et ayant cause, de les retirer en payant le prix dans un an , à compter du Jour du pré* sent traité, après lequel temps ils n'y seront plus reçus; et ladite retraite et rachat ayant été faits par eux , ils en pourront disposer comme bon leur semblera, sans qu'il leur soit besoin d'en obtenir autre permission.
xvn.
On n'entend toutefois donner lieu à cette retraite pour les maisons situées dans les vilM vendues à cette occasion, pour la grande incommodité et notable dommage qu'en recevroient les acquéreurs, à cause des changemens et ré*, parations qu'ils pourroient avoir faits èsdites maisons, dont la liquidation seroit trop longue et difficile.
Et quant aux réparations et méliorations faites es autres biens vendus dont le rachat est permis, si elles sont prétendues, les Juges ordinaires y feront droit avec connoissance de cause, demeurant le fonds et héritage hypothéqués pour la somme à quoi les méliorations seront liquidées , sans néanmoins qu'il soit loisible auxdits acheteurs user du droit de rétention pour en être payés et satisfaits.
Si quelques fortifications et ouvrages public^ ont été faits d'une part ou d'autre, avec permission et autorité des supérieurs , en des lieux où la restitution doit être faite par le présent traité, les propriétaires diceux seront tenus se contenu
tu
NSaOGlÀTIONS
ter de l'estimation ((ai sera faite par les juges ordinaires, tant desdits iieux que de ta Juridiction qui leur appartenoit , sinon que les parties s'en accordent de gré à gré.
Quant aux biens d'églises, collèges et autres iieux pieux assis dans les Provinces-Unies , lesquels étoient membres dépendans d'églises , bénéfices et collèges qui sont en l'obéissance des archiducs , ce qui n'a été vendu avant le premier de janvier 1607 leur sera rendu et restitué, et y rentreront aussi de leur autorité privée sans ministère de justice , pour en jouir durant la trêve , et sans en pouvoir disposer selon qu'il a été dit ci-dessus; mais pour ceux vendus avant ledit temps , ou donnés en paiement par les Etats d*aucunes des provinces, la rente du prix leur sera payée chacun an, à raison du denier seize, par la province qui aura fait ladite vente , ou donné lesdits biens en paiement , et assignée en sorte qu*ils en puissent être assurés. Le semblable sera fait et observé du côté desdits sieurs archiducs.
Ceux à qui les biens confisqués doivent être restitués , ne seront tenus payer les arrérages des rentes, charges et devoirs spécialement affectés et assignés sur iceux biens pour le temps qu'ils n'en ont joui, et s'ils en sont poursuivis et inquiétés d'une part ou d'autre, en seront renvoyés absous.
On ne pourra prétendre aussi pour les biens vendus ou accordés , afin d'être digues ou redigués, sinon les redevances auxquelles les possesseurs se sont obligés par les traités sur ce faits, avec les intérêts des deniers d'entrée, si aucuns ont été donnés , aussi à raison du denier seize comme dessus.
Les jugemens donnés pour biens et droits confisqués avec parties qui ont reconnu les juges , et ont été légitimement défendues, tiendront, et ne seront les condamnés reçus à les contredire . sinon par les voies ordinaires.
Lesdits sieurs archiducs et Etats commettront , chacun en droit soi, les magistrats et officiers pour l'administration de la justice et police es villes et places fortes, lesquelles par le présent traité doivent être rendues aux propriétaires pour en jouir durant la trêve.
Les meubles confisqués et fruits qui seront échus avant la conclusion du prèseat traité, ne seront sujets à restitution.
Les actions mobilières qui ont été remises par lesdits sieurs archiducs ou Etats, au profit des débiteurs avant le premier jour de janvier 1607, demeureront éteintes d'une part et d'autre.
Le temps qui a couru pendant les troubles, à commencer depuis l'année 1567 jusqu'à pre sent, ne sera compté pour induire prescriptioo contre ceux qui étoient de divers partis.
XXVUL
Ceux qui se sont retirés en pays neutre durant la guerre , jouiront aussi du fruit de cette trêve, et pourront résider où bon leur semblers, retourner même en leurs anciens domiciles, poor y habiter en toute sûreté observant les lois du pays, sans qu'à l'occasion de la demeure qoiis feront, en quelque lieu que ce soit , leurs biens puissent être saisis, ni eux privés de la joii^ sance d'iceux.
Aucuns nouveaux forts ne seront ^ts dorant ladite trêve dans les Pays-Bas d'une put ni d'autre.
Les seigneurs de la maison de Nassau ne pourront être poursuivis ni inquiétés , durant ladite trêve, en leurs personnes et biens, soit poor dettes contractées par le feu sieur prince dO* range depuis l'an 1567 jusqu'à son trépas, sdt pour les arrérages échus pendant le saisissemeot et annotation des biens qui en étoient chai^
S'il y a contravention à la trêve faite par([Ofi' ques particuliers sans commandement desdits sagneurs Roi , archiducs ou Etats, le dommage sera réparé au même lieu où la oontraventioD aura tte faite, s'ils y sont surpris, ou bien en celui de lecf domicile, sans qu'ils puissent être poursuivis ailleurs en leurs corps ou biens, en quelque manit^ que ce soit; et ne sera loisible de venir aui armes et rompre la trêve à cette occasion, ma* bien permis, en cas de dénégation manifeste de justice, de se pourvoir ainsi qu'il est accoutume, par lettres de marque et représailles.
Toutes exhérédations et dlspositioDS faites efl
BU PHllSlDENT JfiANNI5.
haine de la gnerresottt déclarées nulles, et comme non avenues.
Les sujets et habitans es pays desdits sieurs archiducs et Etats, de quelque qualité et condi» tion qu'ils soient, sont déclarés capables de succéder les uns aux autres, tant par testament que ab intestat^ selon la coutume des lieux. Et si quelques successions étoient ci -devant échues à aucuns d*eux, ils y seront maintenus et conservés.
Tous prisonniers de guerre seront délivrés d*une part et d'autre sans payer rançon.
Et afin que le présent traité soit mieux observé, promettent respectivement lesdits seigneurs roi, archiducs et Etats, de tenir la main et employer leurs forces et moyens , chacun en droit soi , pour rendre les passages libres , et les mers et rivières navigables et sûres contre l'incursion des pirates, corsaires et voleurs, et, s*iis les peuvent appréhender, de les faire châtier avec rigueur.
Promettent en outre de ne rien faire contre et au préjudice du présent traité, ni souffrir être fait directement ou indirectement, et, si fait étoit, de le faire réparer sans aucune difficulté ni remise. Et à l'observation de tout ce que dessus, ils s'obligent respectivement, même lesdits seigneurs roi et archiducs leurs successeurs, et pour la validité d'icelle obligation, renoncent à toutes lois, coutumes et choses quelconques à ce contraires.
Sera le présent traité ratifié et approuvé par lesdits seigneurs roi, archiducs et Etats, et les lettres de ratification desdits sieurs archiducs et Etats délivrées l'un à l'autre en bonne et due forme, dans quatre jours. Et quant à la ratification dudit seigneur Roi, lesdits sieurs archiducs ont promis et seront tenus la donner dans trois mois, aussi en bonne et due forme, afin que lesdits sieurs Etats , leurs sujets et habitans , puissent jouir effectuellement du fruit du présent traité en toute sûreté.
xxxvin.
Sera ledit traité publié partout où il appartiendra, incontinent après la ratification faite par lesdits sieurs archiducs et Etats.
Signé par les ambassadeurs desdits seigneurs rois Très^Chrétien et de la Grande-Bretagne , comme médiateurs, puis par les députés desdits
ir. C. D. H. T. IV.
sieurs archiducs, et après eux par ceux desdits sieurs Etats ci-devant nommés.
Traité particulier et secret que les députés des Etats ont demandé au roi d^Espagne^ et qui leur a été accordé en la forme qui ensuit :
Gomme ainsi soit que par l'article quatrième du traité de la trêve fait ce même jour entre la Majesté du roi Catholique , les sérénissimes archiducs d'Autriche d'une part, et les sieurs Etats- Généraux des Provinces-Unies d'autre, le commerce accordé auxdits sieurs les Etats, et à leurs sujets, ait été restreint et limité aux royaumes, pays , terres et seigneuries que ledit sieur Roi tient en l'Europe et ailleurs, èsquels il est permis aux sujets des rois et princes qui sont ses amis et alliés d'exercer ledit commerce de gré à gré, et que, outre ce, ledit sieur Roi ait déclaré qu'il n'entendoit donner aucun empêchement au trafic et commerce que lesdits sieurs les Etats et leurs sujets pourront avoir ci-après en quelque pays et lieu que ce soit, tant par mer que par terre, avec les potentats , peuples et particuliers qui le leur voudront permettre , ni pareillement à ceux qui feront ledit trafic avec eux , ce qui toutefois n'a été couché par écrit audit traité. Or est-il que ce même jour, neuvième avril 1609, qui est celui auquel ladite trêve a été accordée , les sieurs marquis Spinola, président Richardot, Mancicidor, frère Jean de Neyen , et Verreiken , au nom et comme députés, tant dudit sieur Roi que archiducs, en vertu du même pouvoir à eux donné, et sous la même promesse de faire ratifier en bonne et due forme ce présent écrit avec le traité général, et dans le même temps, ont promis et promettent au nom dudit sieur Roi , et de ses successeurs, pour le temps que ladite trêve doit dorer, que Sa Miy^^^ ^'^ donnera aucun empêchement, soit par mer ou par terre auxdits sieurs les Etats, ni à leurs sujets, au trafic qu'ils pourront faire ci-après es pays de tous princes, potentats et peuples qui le leur' voudront permettre , en quelque lieu que ce soit , même hors les limites ci-dessus désignées, et partout ailleurs, ni pareillement à ceux qui feront ledit trafic avec eux , et d'effectuer tout ce que dessus de bonne foi , en sorte que ledit trafic leur soit libre et assuré, consentant même, afin que le présent écrit soit plus authentique, qu'il soit tenu comme inséré au traité principal, et faisant partie d'icelui ; ce que lesdits sieurs députés des Etats ont accepté.
Fait à Anvers les an et jour susdits.
Ambbosio Spinola, le président Ri« CHABDOT, Mancigidob, frèrc Jbaiv DB Nbybn, et Vebreikbn.
KiEGOCUtlONS
Certificat de messieurs les ambassadeurs de France et d'Angleterre, touchant le fait des limites et le commerce des Indes.
Nous soussignés, ambassadeurs des rois Très- Chrétien et de la Grande-Bretagne , certifions à tous qu'il appartiendra que, par l'article troisième du traité fuit cejourd'hui entre les députés des sieurs archiducs et Etats - Généraux des Provinces-Unies, on a entendu d'une part et d'autre, et nous l'avons ainsi compris, que tout ce que lesdits sieurs Etats tiennent en Brabant et en Flandre, aussi bien qu'es autres provinces dont ils Jouissent, leur doit demeurer en tous droits de supériorité, même le marquisat de Berg sur le Zoom, les baronnies de Bredn, Graves, et ce qui est Joint et uni avec tous les bourgs, villages et territoires en dépendant. Certifions aussi les députés desdits sieurs archiducs avoir consenti et accordé, tout ainsi que lesdits sieurs Etats et leurs sujets ne pourront trafiquer aux ports , lieux et places tenus par le roi Catholique aux Indes, s'il ne le permet , qu'il ne sera loisible aussi à ses sujets de trafiquer aux ports, lieux et places que tiennent lesdits sieurs Etats ès-dites Indes, si ce n'es tavec leur permission, et, outre ce, que les députés desdits sieurs ont déclaré plusieurs fois en notre présence et des députés des archiducs, si on entreprend sur leurs amis et alliés èsdits pays, qu'ils entendent les secourir et assister, sans qu'on puisse prétendre la trêve être enfreinte et violée à cette occasion.
Fait à Anvers, le neuvième Jour d'avril 1609. P. J£A^M^, Elie de La Place, Russy, Ri. Spenceb et Rodolphe Winood.
Promesse ou certificat de messieurs les ambassadeurs de France, fait aux députés des archiducs pour le fait de la religion catholigue en Brabant,
Nous soussignés , ambassadeurs du roi Très- Cbrétien, employés par Sa Majesté près de messieurs les Etats-Généraux des Provinces-Unies pour aider à faire la trêve avec leurs altesses, certifions lesdits sieurs des Etats et Itf . le prince Maurice nous avoir promis et donné leur foi , que rien ne sera innové en la religion es villages qui sont du ressort des villes des Provinces- Unies situées en Brabant, et tout ainsi que le seul exercice de la religion catholique , apostolique et romaine y a été fait du passé, qu'il y sera continué de même sans aucun changement, et sans qu'on leur donne aucun scandale. Promettons à cette occasion , au nom de Sa Majesté , que si quelque contravention y étoit faite , elle pour- {suivra instamment envers lesdits sieurs Etats
pour la faire réparer, en sorte qqe ladite premesse soit exécutée de bonne foi.
Fait à Anvers, le neuvième jour d'avril 16094 P. Jeannin, Eus DE La place, Russy.
Reconnoissance des députés des Etats qu*une
promesse des archiducs de trois cent mille
florins, payable aux héritiers de feu M. le
prince d'Orange , a été mise entre leurs
mains.
Nous soussignés , députés de messieurs les Etats-Généraux des Provinces-Unies , déclaroDS par ces présentes que messieurs les députés des sérénissimes archiducs nous ont présentement mis en main une promesse de leurs altesses pour la somme de trois cent mille florins, payable aux sieurs héritiers de feu M le prince d'Orange en deux termes , à savoir, moitié dans la fin de U présente année , et l'autre moitié à la iin de la suivante, en acquit de certaines sommes que les* dits sieurs héritiers prétendoieut être dues audit feu sieur prince d'Orange leur père, laqqelle pro> messe contient qu'en faisant le dernier paieroeol tous les papiers concernant iesdites dettes leur seront rendus. Ce que nous députés susdits an nom desdits sieurs Etats promettons de faire effectuer de bonne foi, et , au cas que lesdits sieurs héritiers en fissent refus, de faire rendre à ieun altesses le premier paiement qui leur auroit été fait. Fait à Anvers, le neuvième jour d'avril 1609, Signé par tous lesdits sieurs députés.
Lettre de messieurs Jeannin et de Russy m Roi, du onzième avril 1609.
SiBE,
La trêve fut avant hier conclue et signée au contentement d^un chacun , même de H. le prince Maurice , qui a été satis&it par les archiducs ou Etats de la plupart de ce qu'il désiroit. Et quant aux articles pour le général, ils ne pouvoient aussi être plus à l'avantage des Etats qu'ils sont. Nous avons pareillement obtenu ce que nous demandions pour M. le prince d'Espinoy \ ainsi nous ne demeurerons plus ici que deux ou trois jours pour attendre la ratifica* tion d'une part et d'autre, puis conférer un joor ou deux touchant le commerce de ZélandCf ^^ la prière qui nous en a été faite de la part des députés des archiducs , non que nous espérions pouvoir composer sitôt ce différend , mais on le remettra après sur la fin de l'année, et lors(iue ceux de Zélande auront eu quelque loisir de reconnoître le dommage qu'ils recevront eux-mêmes, s'ils ne s'accommodent. Quant au ftitde Clèves, il eu a été parlé et cooféréi «t opt ^
DU P&ESIDBNT JEANNIIT.
sure le^ députés des archiducs j pourvu que les Etats ou autres princes n'entreprenneut rien par la force, que le roi d'Espagne ni eux ne s'en mêleront non plus; mais nous laisserons les affaires à la justice. Ils en promettent autant de Tempereur et de tous les princes de sa maison. Les députés des Etats ont aussi donné la même assurance de leur part; mais ces belles paroles ne doivent pas empêcher d'y veiller, et de prendre garde que personne n'y jette des forces.
On eut avis hier que la noblesse et les villes de Clèves, du moins pour la plupart, reconnoissent rélecteur de Brandebourg , et ceux de Juliers le duc de Neubourg. Les Etats, s'ils sont appuyés de votre Majesté, favoriseront volontiers l'électeur de Brandebourg , qu'ils estiment avoir le plus apparent droit. Le sieur Barneveldt nous a dit qu'il a par écrit à La Haye les prétentions des uns et des autres, et copie des pièces qui sont justificatives de leurs droits, que nous verrons sur le lieu afin que le président Jeannin en puisse mieux instruire votre Majesté à son retour. Nous avons écrit à M. le prince Maurice pour faire résoudre, s*il est possible, en l'assemblée qui est à Berg-op-Zoom qu'on écrivit aux villes desdits pays de Clèves et Juliers de ne recevoir aucunes garnisons, mais de se conserver avec leurs propres forces jusques à ce que le droit de celui qui doit être leur prince soit connu en justice, avec offre de secours si on les y veut contraindre , dont nous avons parlé en ce lieu au sieur de Barneveldt qui l'approuve, et dit qu'il essaiera de le persuader s'il peut. Nous le voyons aussi fort affectionné pour la défense de l'électeur de Brandebourg , et nous croyons que les Etats s'y emploieront si on use de force contre lui. M. de Préaux , qui s'en va trouver votre Miyesté , est instruit de toutes choses ; c'est pourquoi nous nous en remettons sur lui , qui vous en saura très-bien rendre compte. Priant Dieu qu'il donne à votre Miy'esté, Sire, en très-parfaite santé , très-heureuse et très-longue vie.
D'Anvers, ce onzième avril 1609.
Vos , etc. , P. Jbannin et Russy.
Lettre de M, Jeannin à M. de Villeroy , dudit jour onzième avril 1609.
Monsieur, le traité de la trêve a été signé , et M. de Préaux le vous porte. C'est pour le mieux qu'on ait achevé , en l'état auquel étoient les affaires, en ayant égard à l'inclination de ces peuples qui déiiroient ardemment leur repos, joint que ce traité ne peut empêcher que le Roi et les Etats n'assistent leurs amis sur la prétention de Clèves, au cas qu'on use de force contre eux. Jugeant plus facile d'induire les Etats à les assis-
ter , que de leur faire continuer la guerre ici. Puis quand on eût différé ce traité pour attendre quels mouvemens pourroient arriver à cette occasion, il étoit à craindre que le roi d'Espagne, après avoir gagné la surséance d'armes pour cette année , ne fût moins disposé de faire la trêve en l'année prochaine , et que les Etats qui la désirent ne l'eussent reçue et acceptée lors à pires conditions que celles qu'on leur offre aujourd'hui. M. le prince Maurice a aussi été rendu coûtent; et pour M. le prince d'Espinoy, j'ai fait ce qu*il pouvoit désirer, dont je suis fort aise, puisque notre expédient n'a été approuvé vers vous, encore qu'il fût fort bon , en y joignant la promesse que les Etats offroient lors de nous faire, dont je vous envoie copie, à savoir, que si les arbitres n'eussent pu juger ce différend pour n'être de même avis , et pour ne pouvoir convenir d'un superarbitre, ou pource que la dame comtesse de Ligne n'eût obéi à leur jugement, ils eussent, sur une simple lettre du Roi qui le leur eût écrit, mis M. le prince d'Espinoy en la possession du bien appartenant au comte de Ligne en Hollande, qui vaut au moins vingtquatre mille livres de revenu ; mais avant qu'avoir reçu vos lettres par lesquelles vous me mandez qu'on n'approuvoit cet expédient, l'archiduc l'a voit déjà rejeté, non pour gratifier ladite dame comtesse de Ligne, mais pource qu'il jugeoit préjudiciable à son autorité de faire juger , par ar^ bitres députés tant par le Roi que par lui , le différend d'un bien qui est dans ses pays , alléguant M. le président Richardot que Sa Majesté n a jamais voulu consentir qua le différend du duc d'Arseot avec madame de Guise fût jugé ailleurs qu'en son conseil , combien qu'il fût aucunement dépendant du traité de Vervins , et que le roi d'Espagne eût fait grande instanoe pour le faire juger par arbitres communs, ayant Sadite Msyesté fait mettre en avant cette seule considération, que l'affaire concernoitun particulier , non le général , et que le différend étoit pour du bien assis sous son obéissance , ainsi ne pouvoit être terminé ailleurs que devant ses juges. Néanmoins ledit président, après avoir rejeté notre expédient à cette occasion , disputant encore un jour entier avec aigreur que la transaction devoittenir, enfin ils se sont laissés vaincre avec regret, et, à ce que j'apprends, l'archiduc le cèle encore à présent à ladite dame comtesse pour éviter ses crieries et importunités.
Vous verrez, s'il vous plaît, l'article du traité qui est le treizième , et jugerez qu'il ne peut être mieux. Il est vrai que les confiscations ne sont révoquées pour qui que ce soit, non pas même pour les héritiers de feu M. le prince d'Orange ,
IlÉGOCIATIO^â
sinon durant la trêve; mais chacun y peut rentrer de son autorité privée et sans ministère de Justice en vertu du traité, en sorte*que madame la comtesse de Ligne sera contrainte de se dessaisir de tout C3 qu'elle tient , sauf à demander après ses droits; et cela la contraindra de venir à un nouvel accord. Et néanmoins , encore que ledit sieur prince d*Espinoy ait sa sûreté par le traite ,j*ai pris une promesse des Etats pour rentrer au bien de Hollande sur la première difficulté qu'elle fera de laisser la possession de ce qu'elle tient; ainsi cette affaire est assurée de tous côtés, et n*y pouvoit-on rien faire de mieux. J'ai vu les traités et déclarations que vous m'avez envoyés des empereurs Charles V et Maximilien II, qui semblent favoriser bien fort le droit du duc de Neubourg ; mais J*ai appris qu'il y a eu d'autres traités et déclarations faites depuis par l'empereur qui règne à présent , et par le défunt duc Guillaume, père du duc de Clèves nouvellement décédé, par lesquelles, en défaut de mâles, l'atnée fille est appelée, et que, par les traités de mariage des quatre filles, elles ont renoncé à la succession , fors la dernière mariée au marquis de Burgau qui ne Fa voulu faire, et que tout ce que dessus a été fait du consentement des Etats du pays. On ajoute aussi que les déclarations desdits empereurs Charles et Maximilien ne servent de rien , sinon au cas que les fiefs soient masculins; mais si de leur nature ils peuvent passer aux filles , que ce n'étoit pas aux empereurs d'en disposer, ainsi que la liberté est demeurée au père pour en disposer entre ses enfens , et qu'il Ta fait depuis avec Justice , puisqu'il a préféré les mâles l'un après l'autre, et eux défàillans, la fille atnée. J'espère en être mieux informé à mon retour vers vous , qui sera dans la fin de ce mois , Dieu aidant. M. de Préaux est aussi à présent si bieh instruit de toutes choses , que lui s'en retournant Je me suis dispensé de vous en écrire si particulièrement que j'eusse fait. Je finirai donc en priant Dieu, monsieur, qu'il vous maintienne en tout heur et prospérité.
D'Anvers, ce onzième jour d'avril 1609.
Votre , etc. , P. Jeannin.
Lettre dudit sieur Jeannin à M. de Sully y dudit jour onzième avril 1609.
Monsieur, vous rejetez par vos lettres le premier expédient que j'avois pris au fait de M. le prince d'Espinoy, que vous n'eussiez fait , à mon avis, si vous eussiez vu la sûreté que je voulois prendre de messieurs des Etats, et qu'ils consentoient de me donner , dont je vous envoie copie, par le moyen de laquelle ledit sieur prince étoit garanti de tous les inconvéniens que vous crai-
gnez et qui me sont représentés par vos lettres. Mais puisque cela ne vous étoit agréable, je suis très-aise que Tarchiduc l'ait refusé lui-même, non pour favoriser madame la comtesse de Ligne, car elle est bien mise par le traité en plus mauvais état , mais pource qu'il a déclaré cet expédient être préjudiciable à son autorité , en ce que le jugement de ce différend étoit attribué à arbitres communs qui seroient choisis et nommés par le Roi et par lui, encore que tous les biens dont il s'agit soient dans ses pays , par ainsi que personne n'en doive être juge que lui seul et ses officiers, alléguant pour exemple le procès du duc d'Arscot contre madame de Guise, que l'ambassadeur du roi d'Espagne résidant près de Sa Majesté avolt requis très -instamment être vidé par arbitres communs, comme étant chose qui dépendoit du traité de Vervins : et toutefois Sa Majesté n'y auroit voulu consentir , d'autant que les biens dont on disputoit étoient assis dans son royaume.
M. le président Rlchardot, qui nous allégua cette raison pour faire rejeter ledit expédient, ne consentit pas pourtant à l'instant à ce que nous avons depuis obtenu , mais insista encore un jour entier , et en deux conférences , que la transaction faite avec la dame comtesse de Ligne devoit tenir; et fus contraint de faire contenance de rompre avant qu'il se voulût rendre , comme il ^ fait enfin par un article si exprès qu'il ne peut être mieux ; outre lequel j'ai encore obtenu des Etats la promesse dont je vous envoie copie, qui assure de tous côtés les affaires dudit sieur prince d'Espinoy, sinon en ce que la révocation des confiscations n'est que pour le temps de la trêve; mais c'est la loi générale que sont contraints souffrir ceux dont les biens avoient été confisqué, même les héritiers de feu M. le prince d'Orange pour lesquels les Etats eussent volontiers fait mieux s'ils eussent pu , y ayant encore plus de facilité en Imr affaire qu'en celle dudit sieur prince d'Espinoy, d'autant qu'il n'y a que l'archiduc qui tienne leur bien , et ici il y a une partie la plus rude et la plus injuste que j'aie jamais connue , la dureté de laquelle ne peut être vaincue, ni par raison, ni par prière, et n'y a que la seule nécessité et contrainte qui la puisse rendre capable de la raison en cet endroit. Le mieux que je vois contre elle , c'est qu'on la peut dessaisir d'entrée de tout le bien , et , si elle y apporte quelque longueur ou difâculté, que dès lors ledit sieur prince d'Espinoy entrera en la jouissance du bien de Hollande , qui vaut vingtquatre mille livres de revenu au moins , et de fort belles seigneuries, qui est le seul moyen de la faire venir à raison et de lui persuader de feire
DU PBESIDBNT JEANMN.
an nouvel accord. M. de Préaux, qui va par delà, vous fera entendre particulièrement comme toutes choses se sont passées , et la peine et le soin que j'ai eu de cette affaire pour vous y donner contentement; et je le suivrai bientôt, Dieu aidant, puisque tout est achevé ici, pour vous assurer moi-même que je serai perpétuellement, monsieur , votre , etc. , P. Jeanniic .
D'Anvers, ce onzième avril 1609.
Autre lettre dudit sieur Jeannin audit sieur de Sully j du quinzième avril 1609.
Monsieur, j'ai reçu les lettres qu'il vous a plu m'écrire, touchant le fait de M. le prince d'Ëspinoy, par M. le conseiller son ancien serviteur. La résolution avoit déjà été prise sur cette affaire lorsqu'il est arrivé en ce lieu, selon l'avis que je vous en ai donné par les lettres que vous aura rendues M. de Préaux ; en quoi il a été satisfait en ce que vous pouviez désirer, puisque la mainlevée des confiscations n'a été accordée pour qui que ce soit que durant la trêve. Il est vrai que chacun espère qu'elle doit devenir paix perpétuelle , ou , s'il la faut renouveler quelque jour , que la condition des £tats n'empirera pas, par ainsi que cette même main-levée sera lors continuée, ou bien accordée perpétuellement. J'ai dit audit sieur conseiller que, s'en retournant à Bnixelldl où il pourra voir madame la comtesse de Ligne , il ne lui doit parler sinon d'accord , pource qu'à mon avis il est besoin d'attendre la ratification d'Espagne avant que déclarer ouvertement ce qu'on veut faire, de laquelle, encore que je ne fasse aucun doute, si est-ce que plusieurs en jugent autrement ; et si cela avenoit, il y auroit dangerque la trêve ne fût rompueàcette occasion, et que la déclaration qu'auroit faite M. le prince d'Espinoy ne lui fût préjudiciable. Je pars présentement pour aller à La Haye, où je ne demeurerai que huit ou dix jours au plus, puis je m'en retournerai vers vous, et vous informerai de toute cette affaire , afin que vous preniez résolution ainsi qu'il vous plaira. J'ai dit audit sieur conseiller que je lui donnerai aussi avis de mon départ, afin qu'il se rende à Paris au môme temps. 11 veut cependant demeurer à Bruxelles pour s'instruire et apprendre ce qui est de l'intention de ladite dame comtesse de Ligne , à qui personne n'a encore osé dire ce que contient le traité en l'article qui la concerne. Je suis, monsieur, votre, etc., P. Jeannin.
D'Anvers, ce quinzième avi'il 1609.
Lettre de M. de Villeroy à M. Jeannin^ du vingt-unième avril 1609.
Monsieur , le dixième de ce mois le courrier
de ville arriva avec vos lettres du septième et huitième : il me trouva à Villeroy, où je m'étois retiré avec le congé du Roi pour passer ces fêtes. Sa Majesté , ayant vu vosdites lettres le jour même en ce lieu , prit résolution d'attendre M. de Préaux devant qu'y répondre, voyant que vous nous promettiez le nous dépécher bientôt. De fait il arriva audit Villeroy le quatorzième de si bonne heure, qu'il eut moyen de voir Sa Majesté en ce lieu ce même soir, présenté par M. de Puysieux, et vous assure qu'il fut bien reçu , Sa Majesté ayant montré grand contentement de la résolution de la trêve, louant Dieu de ce qu'il Ta rendu médiateur par votre prudence et sage conduite d'un si bon œuvre, que Sa Majesté a toujours jugé utile à toute la chrétienté. Sur cela Sa Majesté m'a fait revenir ici auprès d'elle dès le lendemain de la fête. J'y arrivai donc hier. A la même heure elle a dépéché un courrier à M. de Sully, qui a passé les fêtes à Villebon vers Chartres , pour le faire venir droit en ce lieu sans passer par Paris, et a donné ordre que M. le chancelier s'y rendra en même temps, pour répondre par leur sage conseil à tout ce que ledit sieur de Préaux nous a apporté de votre part, étant bien marri de ce retardement qui procède de cette séparation des courtisans, à cause de la saison ; car je ne doute point que le temps ne vous dure assez où vous êtes ; mais nous n'eussions rien résolu qui vaille sans ces messieurs. Arrivés donc qu'ils seront, je solliciterai le renvoi dudit sieur de Préaux , qui vous est très-obligé avec ses amis de l'honneur que vous lui avez fait en lui commettant la charge qu'il a représentée à Sa Majesté , qui est demeurée contente du fidèle rapport qu'il lui en a fait. Et comme je ne vous fais la présente que pour vous avertir des causes de cette longueur , je la finirai après vous avoir assuré que Sa Majesté e^t en bonne santé grâces à Dieu , se trouvant bien d'une petite purgation qu'elle a prise depuis la fête, qui sera demain suivie d'une Sdignée pour éventer et rafraîchir son sang, sujet à s'émouvoiren cette saison. La Reine et toute la famille se portent bien aussi grâces à Dieu , lequel je prie donc , monsieur , vous conserver en par&ite santé.
De Fontainebleau j ce vingt-unième jour d'avril 1 609.
Votre, etc., de Neufville,
Lettre du Roi à messieurs Jeannin et de Russy, du vingt-cinquième avril 1609.
Messieurs Jeannin et de Russy, j'ai vu les articles de la trêve que vous m'avez envoyés par le sieur de Préaux. Je n'en suis moins content que
KBOOCIATIONS
eeux qui y ont le principal intérêt. Inespéré aussi avoir bonne part au bien qui en résultera, et suis bien satisfait du bon devoir que vous y avez contribué , ayant très-bien suivi et exécuté mes eommandemens, tant pour le général que pour le particulier de la maison de Nassau , reconnoissant quils ont tou^ occasion de s'en louer, et de savoir gré à ceux qui leur ont moyenne le repos et les avantages que les uns et les autres en retirent. Le point principal sera qu'ils en usent comme ils doivent, c'est-à-dire qu'ils entretiennent leur union avec plus de soin que Jamais , qu'ils soient jaloux de la conservation et afTermissement de l'autorité et liberté qu'ils ont acquise, qu'ils pourvoient à la sûreté de leui^ villes et places, et maintiennent leurs forces de terre et de mer en l)onne réputation , atln que leur pays soit mieux gardé, qu'ils soient toujours craints , chéris et respectés de leurs voisins. Pareillement ils doivent être diligens de bien entretenir leurs alliés et vrais amis , comme de faire provision (par prévoyance et prudence) de tous moyens nécessaires , pour en tout cas éviter les accidens d'une surprise ou rupture inopinée ou nécessaire, sans par trop se confier et endormir en la fruition et jouissance des bénéfices et douceurs de ladite trêve; car c'est ce qui la rendra plus assurée.
Or , pour bien pourvoir à tout ce que dessus , il est surtout nécessaire qu'ils prennent prompte résolution , tant sur la forme de leurs contribu* tions pour le temps que doit durer ladite trêve , que sur l'ordre qu'ils tiendront durant icetle au gouvernement de leur république; et comme j'estime qu'eu l'un et en l'autre point ils n'auront moins besoin de conseil et de l'assistance de leurs bons amis. Je désire leur témoigner en cette occasion , comme j'ai fait en la poursuite de ladite trêve et en toutes autres, la continuation de ma bienveillance et du soin que J'ai de leur prospérité. C'est pourquoi vous , sieur Jeannin , aviserez, devant que partir pour me revenir trouver , à leur remontrer de ma part sur l'un et l'autre sujet ce que vous jugerez, par la connoissance que vous avez de l'état et disposition desdites provinces, leur être utile, pour, s'il est possible, obtenir qu'ils s'en résolvent devant que vous les délaissiez ; car je crains , si vous les abandonnez devant qu'ils aient pourvu à cela , qu'il naisse entre eux des disputes qtii leur rendent ladite trêve plus dommageable que utile. Vous leur proposerez donc sur ces deux points les expédiens que vous jugerez les meilleurs : et d'autant qu'il sera peut-être besoin, sur la proposition que vous en ferez aux députés des Etats qui ont été assemblés pour ladite trêve , qu'ils
retournent en leurs provinces et villes pour en conférer avec les corps et magistrats partlcolieri d'icelles , pour avoir pouvoir suffisant d'en ré* soudre , de façon que cette résolution poorroit tirer à la longue , en ce cas Je trouve bon que vous , sieur Jeannin , reveniez par deçà pour m'iuformer particulièrement de toutes choses, à la charge que vous retournerez derechef par delà s'il est requis , pour assister à la réponse que feront lesdites provinces sur ladite ouverture, et les fortifier de mon conseil en la résolution qu'ils auront à prendre, ainsi que vous leur direz en prenant congé d'eux ; car je m'assure que la promesse que vous leur en ferez les réjouira et consolera grandement, et servira à augmenter et assurer in confiance et créance qu'il» ont en moi et en l'affection que Je leur porte: mais il seroit bien meilleur, si faire se pouvoit, que ladite résolution piHt être prise devant votre départ, tant Je crains qu'il naisse sur cela en votre absence des contentions et accidens qui avortent les fruits de ladite trêve, et ouvrent les moyens aux ennemis de leur liberté de l'entamer ; c'est pourquoi, monsieur Jeannin, J'aurai à plaisir d'avoir encore votre bon avis sur ces considérations devant que vous preniez congé d'eux tout-à-fait, pour pouvoir vous ordonner après ce que vous aure2 à faire avec plus de lumière et de contentement; mais vous m'enverrez votre avis par courrier exprès afin que vous rcceviei tant plus tAt mon commandement, voulant qunnd vous partirez que vous , sieur de Russy , demeuriez par delà pour continuer à m*y servir en ces occasions et autres qui se présenteront , suivant les bons avis que vous aurez pris ensemble au partement dudit sieur Jeannin.
Au reste , j'ai été très-aise de savoir la réponse que le président Richardot a faite à vous, sieur Jeannin, sur le fait de Glêves et de Julien, comme d'avoir entendu l'avis de mon cousin le prince Maurice et du sieur de Bameveldt sur îcelui ; mais Je crains bien que la maison d'Antriche, cependant qu'elle fera contenance de ne vouloir rien entreprendre par voie de fait awdits pays , y dresse une partie si forte par le moyen de ceux qui y ont autorité, lesquels Ha entretiennent de longue main à leur dévotion , qu'ib ^ privent avec le temps les légitimes héritiers , desquels Je n'ai eu aucun avis depuis le trépas du duc , non plus que de la douairière et de ceux du pays , de façon que je ne puis pour le présent prendre autre conseil et résolution que celle que je vous ai écrit avoir prise , qui est de m'opposer ouvertement au dessein et aux armes de quiconque entreprendra contre la Justice et les voies ordinaires d'iceile.
DU PBtoDBNT JEANNIN.
G*e8t pourquoi Je n'approuve pas que ledit prince Maurice Jette à présent des forces dans le pays, parce que cela donneroit prétexte à d*autres de faire le semblable , et me semble qu'il est nécessaire d'être devant informé plus particulièrement de la Justice des préteudans, comme de leurs délibérations en la poursuite dicelle , sans innover aucune chose auxdits pays. Mais Je trouve bon que ledit prince emploie son crédit envers ceux qui y ont pouvoir, afin qu'ils maintiennent toutes choses en état, ne permettant qu'il y soit entrepris au préjudice desdits prétendans par pratiques, corruptions, et autres surprises, ni par force, les assurant qu'ils seront assistés et secourus de mol et de lui au besoin qu'ils en auront, et qu'ils l'informeront au vrai de l'état du pays , des factions et inclinations d'icelui , et de tout ce qui y surviendra et est requis que nous sachions, pour aider à défendre et protéger la justice et le droit de ladite succession à qui il appartient, ayant délibéré me conduire en cette action, principalement par le bon avis dudit prince, tant pour la fiance que J'ai en lui, qui ira tous les Jours croissant, pour plusieurs bonnes considérations qui importent au bien de mes affaires^ et au particulier avantage dudit prince, que pour le pouvoir et la commodité qu'il a plus grande que nul autre de servir à cette mienne intention; et sitôt que J'aurai nouvelles desdits princes prétendans Je l'en avertirai. Cependant Je mettrai peine de les rallier et accorder à un dessein pour mieux s'opposer aux attentats que ion y voudra faire à leur préjudice : et quand il sera tiesoin d'y employer la force, nous ne manquerons de gens de guerre, ni de moyens pour cet effet, soit que les Etats licencient dès à présent une partie des leurs, ou qu'ils les retiennent Jusqu*à ce qu'ils aient reçu les* ratifications d'Espagne : de quoy Je veux me remettre à leur jugement et meilleur avis, reconnoissant, si Je leur donnois conseil de les conserver entiers, qu'ils prétendroient que Je serois obligé de les assister d'argent pour cet effet, et Je n'estime pas à propos que Je m'y engage pour le présent autrement que vous fera entendre de ma part ledit sieur de Préaux , que Je vous renvoie bien instruit de mes intentions sur toutes choses. Je prie Dieu , messieurs Jeaûnln et de Russy, qu'il vous ait en sa sainte garde.
Ecrit à Fontainebleau, le vingt-cinquième d'avril 1609. Heftby.
Et plus bas ^ BB Neupville.
Lettre du sieur de Villeroy audit sieur Jeanntn, du vingt-sixième avril 1609.
Monsieur, Je n'ai .rien à ajouter aux lettres. et
mémoire que vous porte M. de Préaux. Il a assisté aussi à toutes les délibérations et résolutions qui ont été faites sur le sujet de sa venue, dont il vous saura rendre bon compte ; je m'en remettrai donc sur lui, Joint que J'espère, quoi que nous vous mandions, que nous aurons le bien et contentement de vous voir bientôt, et certes Je le désire avec passion, ainsi que J'ai prié ledit sieur de Préaux de vous faire entendre. Nous avons reçu votre lettre du quinzième de ce mois, depuis avoir résolu le renvoi dudit sieur de Préaux , et Je n'ai point trouvé dedans le paquet de lettres de vous pour moi à l'accoutumée ; ce que J'attribue au peu de loisir que vous avez eu d'écrire, ou à la stérilité du sujet qui se présen* toit lors : toutefois J'ai estimé devoir vous en averiir. Nous affectionnons toujours le fait de Clèves , ainsi que nous vous avons écrit , et nous sommes bien disposés d'y porter et favoriser l'électeur de Brandebourg ; mais nous désirerions que le duc de Neubourg y eût part, parce qu'il est aussi de nos amis , et que nous estimons, s'ils étoient d'accord , que toutes choses succéderoient mieux et plus sûrement et heureusement à Tun et à l'autre. Au demeurant, le Roi a voulu gratifier M. de Préaux et les siens d'une compagnie de gens de pied qu'il entend entretenir par delà pour son service, ainsi qu'il vous dira, en quoi Je vous prie de continuer à l'assister de votre faveur envers ceux que besoin sera. Il vous est déjà si attenu , comme nous sommes tous avec lui, des faveurs et de l'amitié que vous lui avez départies, que nous ne pouvons vous en rendre grâces dignes de notre volonté. Il me suffira donc de vous supplier de croire que vous avez plus de pouvoir sur moi que moi-même; il vous dira toutes les particularités, comme celui qui en est pleinement informé, et de l'avis que je puis vous donner sur toutes occurrences. Je salue donc vos bonnes grâces de mes très-affectionnées recommandations, et prie Dieu, monsieur, vous donner en bonne santé heureuse et longue vie.
De Fontainebleau , le vingt-sixième Jour d*avril 1609.
Votre , etc. , de Neufville.
Lettre de M, le duc de Sully à 3L Jeannin, du premier mai 1609.
Monsieur, J'ai vu par vos lettres et copies des actes que vous m*avez envoyées , comme toutes choses se sont passées touchant ce qui concerne les affaires de mon cousin le prince d'Espinoy , par toutes lesquelles choses Je juge que votre prudence et fermeté d'esprit étoient très-nécessaires en la conduite et résolution d une affaire si contestée, et dont nul autre que vous n'eût
l^EGOCUTIONS
obtenu un tel avantage. Partant mondit cousin et moi vous remercions de tant de peines que vous avez prises, et vous en demeurerons à Jamais très-obligés, et résolus de nous en revancher par toutes sortes de services. Or, d'autant que Je prévois bien qu'il ne laissera pas d'y avoir des disputes et animosltés entre ledit prince d*£spinoy et la princesse de Ligne, et qu'étant parent des uns et des autres. J'eusse bien désiré de les réconcilier, et faire en sorte que toutes choses passassent à l'amiable, Je vous prie, comme de vous-même, faire quelque ouverture à la princesse de Ligne, soit d'alliances, mariages ou soumission d'arbitrages, telle que vous aviserez pour le mieux , car , quoi que vous résolviez. Je m'y soumettrai; mais. Je vous prie, que les ouvertures que vous ferez soient si considérées, que cela ne puisse porter préjudice à l'avantage en quoi nous sommes maintenant à cause du traité de la trêve. Quant aux prétentions que la princesse de Ligne pourroit avoir après ladite trêve expirée, c'est chose où il y aura remède, et que le temps pourra encore faciliter. C'est pourquoi Je ne suis nullement d'avis d'être retenu de cette considération et appréhension. Quant aux affaires générales, Je ne vous en écrirai rien, remettant le tout sur les lettres de M. de Villeroy , et le rapport qui vous sera &it par M. de Préaux. Continuez-moi la faveur de vos bonnes grâces , et faites état assuré de mon affection et fidèle service qui vous sont entièrement acquis. Sur cette vérité Je vous baise les mains.
De Paris, ce premier de mai 1609.
C'est votre , etc. , Maximilian db Bbthune, duc de Sully.
Lettre de messieurs Jeannin et de Bussy au IMf dudit jour premier de mai 1609.
SlBB,
Il y a deux Jours que nous avons fifit une dépêche à votre Mi^esté par le courrier Picault, pour lui donner avis de ce qui se passe en Clèves, et de quelques autres particularités de ce pays; mais nous l'avons retenu après lui avoir donné ladite dépêche Jusqu'à présent, sur le bruit qui est venu ici que M. de Préaux y devoit arriver de Jour à autre avec tes commandemens de votre Majesté, en intention néanmoins de le faire partir dans deux Jours , soit que ledit sieur de Préaux vienne ou non. Cependant nous lui écrivons ce mot par M. de La Borde, lequel la va trouver pour lui rendre compte de ce qu'il a vu et appris en son voyage de Suède, où il s'est si bien informé de toutes choses, même des intentions, déportemens , forces et moyens du roi de
Suède, qu'il lui en saura rendre bon compte. Nous avons entendu non-seulement de lui , mais d'autres qui ont été en icelui voyage, que ledit sieur Roi désire se servir dudit sieur de La Borde en charge honorable, dont il nous a montré les commissions et patentes, et semble aussi qu'il ait volonté d'y retourner, si votre Majesté ne lui commande de s'en abstenir. C'est à elle d'en ordonner son bon plaisir. Mais ayant appris par plusieurs qui en sont retournés , le peu de moyen et d'espoir qu'il y a d'acquérir honneur par personnes qui sont capables de servir en meilleure occasion, comme est ledit sieur de La Borde, nous le lui avons dissuadé , et néanmoins donné conseil de recevoir là-dessus les commandemens de votre Majesté avant que de prendre aucune résolution. Nous prions Dieu, Sire, qu'il donne à votre Majesté , en très-parfaite santé, très-Ion» gue et très-heureuse vie.
De La Haye, ce premier jour de mai 1609.
Vos, etc., P. Jeannin et de Russy.
Autre lettre de messieurs Jeannin et de Russy au Roi, du huitième mai 1609.
SiBB,
Nous avons différé d'envoyer ce courrier à votre Miyesté, attendant la venue de M. de Préaux, pour ajouter à notre dépéché ce que doqs Jugerons à propos sur le sujet de son retour. Or nous avons entendu bien particulièrement par lui ses intentions et commandemens, que nous essaierons d'exécuter avec le même soin, affection et fidélité que nous avons fait do passé, tenant à grand heur que notre travail et conduite, parmi tant de difficultés qui se sont rencontrées en la négociation qu'il lui a plu nous commettre, lui aient été agréables. Nous sommes demeurés en ce lieu quelques Jours presque inutiles, pour l'absence des députés des Etats qui viennent de jour en autre, et seront tous ici dans trois ou quatre Jours , mais non plus tôt, ayant été nécessaire que les Etats de chacune province se soient assemblés pour délibérer sur ce qui restoit même touchant les contributions , et ce qui regarde le particulier de M. le prince Maurice et des autres seigneurs de sa maison, avant quoi ils n*ontpo envoyer leurs députés à l'assemblée générale. Nous avons cependant employé ce loisir pour essayer de faire le partage et mettre d'accord les trois frères qui ont eu de très-grandes difficultés sur ce sujet ; mais à présent nous en espérons mieux, et nous promettons de les composer avec l'autorité et le secours de messieurs les Etats, qui offrent d'y mettre du leur pour aider à ce bon œuvre : après qu'ils seront assemblés nous espérons que peu de jours doivent suffire pour
DU PBBSIDBNT JBAI<ÎN1N.
achever ce qui reste , du moins pour faire ce que nous jugerons en pouvoir espérer pour ce coup. Le traité pour la garantie de la trêve sera passé suivant notre minute, et conjointement avec les Anglais, lesquels nous ont dit qu'il leur a été ainsi commandé, et que leur Roi approuve tout ce qu'ils ont fait avec nous, même les en loue. La vérité est bien que, depuis environ quatre mois, ils ont entièrement suivi nos avis sans y contrevenir en rien, et semble que leur maître soit mieux disposé envers votre Majesté , et à rechercher et désirer son am^ié qu'il n'étoit auparavant, selon les propos qu'ils nous en tiennent et les lettres que M. de La Boderie a écrites au sieur Jeannin , dont elle saura mieux juger que nous, et y prendre les conseils qu*el le estimera éti*e du bien et avantage de sa couronne. Pour le surplus des affaires, notre soin est maintenant d'unir ensemble tous ceux qui ont part au maniement des affaires de l'Etat ; ce que nous estimons avoir fait entre le prince Maurice et le sieur Barneveldt, du moins fort avancé, ce qui est du tout nécessaire afin qu'ils n'aient plus tous ensemble qu'un' même sentiment es délibérations publiques, puis de faire résoudre en l'assemblée générale le fait des contributions, sans quoi la trêve ne leur seroit pas seulement inutile, mais dommageable. C'est chose où il y eut de très-grandes difficultés, et du temps même de feu M. le prince d'Orange, dont la décision étoit remise et sursise de temps à autre pendant la guerre, ce que chacun souffroità cause du péril présent ; mais aujourd'hui que cette crainte n'est plus ils y contredisent avec plus d'animosité.
Les députés de Zélande, qui nous sont venus voir, montrent bien de nous en vouloir croire, et à la vérité ce qu'ils demandent est fondé en trèsgrande raison ; mais ils ont affaire aux provinces de Gueidres, Over-Yssel et Frise, dont il faut traiter les deux premières doucement , pour les maintenir dans l'union en laquelle rien ne les a fait entrer que la force. Nous y ferons de notre mieux lorsque les députés des provinces seront tous assemblés, qui ne peut être plus tôt que de trois ou quatre jours pour les raisons ci-dessus déduites. Nous jugeons bien qu'il ne faut pas sortir de ce lieu sans avoir &iit pourvoir auxdites contributions, de quelque façon que ce soit, et sans même avoir fait donner contentement à M. le prince Maurice, et fait aussi, s'il est possible, le partage des trois frères, dont les deux aînés sont aucunement enaigris et mal ensemble, à cause des disputes qu'ils ont à cette occasion , qui pourroient bien être cause, si on ne les mettoit d*accord, de faire des partialités dans l'Etat, y en ayant qui favoriseroient i'alné contre les
mérites de l'autre. Nous avions, long-temps avant la conclusion de la trêve, désiré de faire terminer ces différends pour les contributions, et lors les provinces de Gueidres, Frise et Over-Yssel, se fussent soumises à tout ce qu'on eût voulu pour la grande afTection et besoin qu'elles avoient d'avoir la trêve , comme étant les plus exposées aux dangers de la guerre; mais ceux qui désiroient lors d'empêcher cette trêve , et pensoient que tel accord faciliteroit le moyen d'y parvenir, l'empêchèrent avec si grande véhémence , que , pour n'ajouter cette difficulté à plusieurs autres qui seprésentoient, on s'abstint d'en faire plus grande poursuite. Si est-il du tout nécessaire de le &ire à présent, et jusqu'à ce que le sieur Jeannin demeure en ce lieu, suivant le commandement de votre Majesté; mais pour le regard de l'établissement du conseil en la forme que M. de Préaux en aura parlé à votre Majesté de notre part, et dont nous avons conféré en ce lieu avec ceux qui manient les affaires , même avec le prince Maurice et le sieur de Barneveldt , jugeant qu'il étoit besoin d'y pourvoir ainsi , nous n'espérons pas qu'on lui puisse donner pour le présent l'autorité qui seroit bien requise, puisque ledit sieur Barneveldt n'a pu être induit d'y entrer, quoique en apparence il ne rejette pas l'établissement d'icelui , car nous connoissons bien que c'est le but et l'intention de ceux qui ont plus de part es délibérations qu'on prend en l'assemblée générale des Etats , et même la sienne , de faire que les Etats soient perpétuellement assemblés en nombre de deux ou trois de chacune province au moins, et par ce moyen que l'autorité pour délibérer et résoudre des affaires pubHques réside toujours en eux.
Or, tant qu'ils auront ce désir avec autant de passion qu'ils l'ont à présent, il sera trop malaisé d'établir et autoriser ce conseil comme il convient, et faut nécessairement prendre du loisir et attendre un autre temps pour les y disposer. Leur conduite ne laissera pourtant d'avoir un assez bon ordre et police pour se maintenir sans confusion, et sans qu'il en arrive aucun mal à l'Etat, pourvu que le prince Maurice et le sieur Barneveldt soient bien ensemble , dont les fondemcns sont déjà si bien jetés , que nous n'en devons attendre que tout bien. Cette forme de tenir toujours les Etats assemblés fut prise du temps du comte de Leieester , lequel étant soupçonné de vouloir lors usurper l'Etat, fût pour lui, ou pour la feue reine d'Angleterre sa maîtresse, se servoit du conseil d'Etat dont il étoit chef, et par ce moyen mauioit toutes les affaires; qui fut cause que les gens sages, pour affoiblir son autorité et lui ôter le moyen de venir à bout de ses desseins^
NiOOCUTIOlft
prirent cette résolntion de tenir toujours les Etats assemblés ) afin â*arooindrir l'aatorité dudit conseil, et par conséquent la sienne; ear lorsque les Etats - Généraux sont assemblés, toute autre autorité cesse, du moins est tellement afToiblie et au dessous d'eux , qu'elle est sans pouvoir de résoudre quoi que ce soit concernant les affaires de TEtat; de laquelle fbrme de procéder, s'étant bien trouvéi, à ce qu'ils disent, ils s*en souviendront toujours, et pensent ne pouvoir mieux faire que de la suivre.
Il faut aussi considérer que ceux qui se trouvent à l'assemblée générale des Etats sont les magistrats des villes , de l'avis desquels dépens dent les délibérations, et par ainsi sont toujours pour rassemblée générale contre ce conseil : et de cet intérêt le sieur de Bameveldt, qui est plus puissant en l'assemblée générale qull ne seroit audit conseil, se sait bien servir pour y feire ap«> porter de la contradiction. Aussi avons -nous toujours Jugé que tout dépendoit de faire qu'il en fût. Nous ne laisserons de tenter encore ce qu'on pourra faire lorsque les Etats seront assemblés; mais il n^est pas besoin que le sieur Jeannin retarde plus long -temps son retour à cette occasion , d'autant qu'il ne le pourroit faire sans donner trop de soupçon aux députés d'Angleterre qui sont désireux de s'en retourner , et s'informent tous les Jours de son départ, craignant, s'il est différé, que ce ne soit à quelque dessein. Or tout ce qui vient de nous pour la conduite de l'Etat, même s'il semble tendre à accroître l'autorité du prince Maurice, leur est très-suspect ; car M. Carron qui étoit en Angleterre pour les Etats , lequel est à présent en ce lieu , a fait connottre que le roi de la Grande-Bretagne est toujours très-malcontent des propos que ledit prince Maurice a tenus au conseil d*Etat, dont votre Majesté a été ci-devant avertie , et désire que dans le même conseil il tienne quelque propos qu'il puisse recevoir pour satisfaction , ce qu'il refuse opiniâtrement de faire ; et outre ce nous voyons bien que son amitié à l'endroit du sieur Bameveldt n*est encore assez affermie , et que ce conseil qui le pourroit autoriser donne quelque ombrage à l'autre, et cette raison Jointe aux autres nuit à ce dessein ; par ainsi faut attendre quelque temps si on y veut pourvoir sans altérer davantage les esprits. Et à la vérité , quoi que nous disions au prince Maurice, il ne se peut vaincre, ni déguiser le mécontentement qu'il a de ce que les choses n'ont succédé comme il désiroit , étant d'un naturel si entier et ouvert, qu*il ne se peut dissimuler qu'avec très -grande peine; et quoique l'apparence de son aigreur dlmbdue tous les Jours à notre
persuasion, si eu 9fîA\ trop de reste pour Is cacher, et cela donne sujet à ceux qui pensent lavoir offensé ou être offensés de lui , d'empêcher que son autorité ne croisse; mais tout cela cessera quand il voudra user de la conduite qui est requise, et que nous lui conseillons pour se faire autant aimer qu'il a de mérite. Que votre Majesté n'en soit pourtant en peine, car chacun a si grand désir de conserver l'Etat et la liberté qu'ils ont acquise, qu'il n'en arrivera aucun mal, et s'il est certain que le prince Maurice se changera , sinon tout à coup , du moins peu à peu , la raison le forçant de Jour en autre à suivre notre conseil plutôt que son inclination, et lors on pourra foire aisément ce qui seroit à présent impossible.
Nous pourvoirons à l'entretènement des deux régimens, et, comme nous espérons, des deux compagnies de cavalerie, selon que votre Majesté le commande , étant bien aises de ce qu'il lui t plu mettre l'argent es mains des Etats, lesquels nous obligerons fbrt bien au paiement par avance de mois en mois, et en sorte que le nombre qu'elle veut être entretenu y soit toujours, et qu'elle le puisse retirer aussi pour s'en servir au besoin. On a souvent avis ici de ce qui se passe à Clèves à cause de la proximité , et de ce que M. le comte Ernest , qui réside d'ordinaire à Amheim , ville des Etats qui n'est qu'à trois lieues de la ville de Clèves, en avertit de Jour à autre. Ce que nous en avons appris est que quelques commissaires de la part de l'électeur de Brandebourg ont fait planter ses armes en divers endroits , que le fils du duc de Neubourg , qui est venu sur les lieux en personne , en a fait autant de celles de sa mère, et en quelques end oits les a mises au dessus de celles dudit sieur électeur. Les habitans ont souffert et dissimulé ce qui a été fait d'une part et d'autre , et se sont contentés de dire que pour leur regard ils n'entendent préjodicier au droit d'autrui , mais laisser l'affaire à Justice. Au pays de Juliers le duc de Neubourg semble être plus favorisé , et partout ailleurs c'est l'électeur de Brandebourg. Les Etats de tous iesdits pays s'étant assemblés à Dingslaken y ont délibéré et résolu, le seizième du mois passé, de ne recevoir fbrces ni garnisons étrangères de qui que ce soit, de demeurer unis, et se conserver neutres, attendant que , par Justice ou voie amiable, il soit connu et déclaré qui doit être leur seigneur, et contient leur délibération qu'ils ont pris ce conseil par l'avis de l'Empereur, de votre Majesté, des archiducs et Etats , et toutefois elle nous mande qu'elle n'a aucun avis de cet endroit ni des princes, ni du conseil du pays.
Nous avons ausri vu la copie d'une lettre qui
BU PB^AtMlTT IBÂNNIN.
l'Empereur écrit à la vetive du déftint due et aux Etats du pays , qui est du deuxième du mois passé) par laquelle il les exhorte de demeurer UDis ensemble, et de gouverner l'Etat par Tavis de la veuve, et du conseil qui étoit établi du vivant du duc, attendant qu'il soit connu en Justice à qui le droit doit appartenir. Les Etats du pays ont néanmoins ajouté audit conseil six autres personnes de qualité, sans lesquelles rien ne pourra être fait , ayant été induits d'en ordonner ainsi sur ce quon tenoit la plupart de Tancien conseil être trop affectionnés à l'Empereur et à sa maison. Jusques ici personne n'a montré de vouloir entreprendre par la force sur ces pays : il est vrai que le ûls du duc de Neubourg , lequel parloit au commencement avec douceur et paroles accompagnées de raison pour persuader qu'il a bon droit, use maintenant de menaces, et montre, s'il est refusé, de vouloir venir aux armes , disant hautement qu'il sera assisté pour la conservation de son droit de très-grands princes, sans néanmoins les nommer. On tient aussi que le gouverneur de la ville et château de Ju- Uers, lequel est affectionné au roi d*Espagne, et, comme on dit, son pensionnaire, a levé environ trois cents hommes des lieux voisins pour les ajoutera sa garnison. L'électeur de Brandebourg, qui est encore en Prusse bien empêché pour obtenir l'investiture dudit duché , dont le roi de Pologne fait grande difficulté, a écrite M. le prince Maurice, de Kœnigsberg, ville de Prusse, du onzième du mois passé, le priant de favoriser et assister les siens en la prise de possession et conservation des droits qui lui appartiennent en cette succession. On dit aussi que son frère, qui a autrefois été administateur de l'évôché de Strasbourg , doit bientôt arilver audit pays de Clèves pour prendre ladite possession, et envoyer vers messieurs les Etats un docteur bien instruit de son droit.
Le sieur Jeannin a mis par écrit en unmémoire à part ce qu*il a appris tant des droits dudit sieur électeur que du duc de Neubourg , qu*il envoie à votre Majesté pour s'en eclaircir si elle le désire. Il y aura de quoi disputer entre eux , et venir même aux armes avec péril , s'ils ne sont si sages que de s'en accorder amiablement comme ils peuvent faire en partageant cette succession qui contient trois duchés et un comté. Il est vrai que par les dispositions des précédens seigneurs, confirmées par les empereurs et les Etats du pays , toutes lesdites seigneuries ont été unies, et ordonné qu'un seul prince y succédera toujours, en donnant quelque argent aux filles; mais le pays souffrira plus volontiers cette division qu'une guerre dont ils recevront beaucoup
plus dédommage. Or si les choses ne passent ainsi et par accord , il semble que la partie de l'électeur de Brandebourg doive être la plus plus puissante en Allemagne , car il y a une loi familière es maisons de Saxe, Brandebourg et landgrave de Hesse pour succéder les uns aux autres, les mâles dé&lllans en une famille, qui intéresse et oblige le duc de Saxe et le landgrave à le secourir. On tient même que l'électeur Palatin, qui a projeté quelque alliance de sa fille avec le fils dudit électeur de Brandebourg, se doit Joindre à son parti , nonobstant que le duc de Neubourg soit de sa maison et son proche parent. Le roi de Danemark , qui a épousé la sœur dudit électeur, sera pour en faire autant, et le roi d'Angleterre avec lui. Les Etats montrent aussi avoir le même désir, au cas que son droit soit Jugé le plus apparent , et que votre Majesté se veuille déclarer pour lui, comme ils se promettent qu'elle fera , tant pour l'amitié que cette maison de Brandebourg a eue de tout temps avec la couronne , que pour autant qu'il semble le duc de Neubourg chercher son appui en la maison d'Autriche et du roi d'Espagne , sans lequel il ne peut défendre son droit contre de si puissans ennemis: et le faisant, comme il sera contraint par nécessité s*il faut venir aux armes , cette guerre pourra donner moyen au roi d'Espagne de Joindre lesdits Etats aux Pays-Bas moyennant quelque récompense ; ce que les Etats ont très-grande occasion de craindre, et estimons votre Majesté y avoir aussi très-grand intérêt. Il semble toutefois que le roi d'Espagne se précipitera mal volontiers à ce dessein, et puisqu'il a Jugé devoir faire la paix avec les Etats en quittant quelque chose du sien, que malaisément il se voudra mettre au péril de rentrer en nouvelle guerre avec mêmes ou plus puissans ennemis pour conserver l'autrui.
Votre Majesté pourra être mieux avertie d'ailleurs de rinclination de tous ces princes, et des mouvemens qui se préparent à cette occasion ; maisquandil lui plairolt faire quelques offices envers ceux qui prétendent à ladite succession pour traiter de leurs droits à Tamiable , et envers les Etats du pays pour les exciter à demeurer fermes et unis sans se partialiser , sinon pour celui qui sera Jugé avoir le meilleur droit , la grande réputation de sa prudence , et la crainte de son autorité et de ses forces, si on ne déférait à ses avis, pourraient beaucoup aider à leur faire prendre de bons conseils. Il est arrivé cejourd'hui même, nous achevant ces lettres, un gentilhomine allemand , envoyé par le fils du duc de Neubourg vers messieurs les Etats, pour les instruire de son droit 9 et les prier de le vouloir favoriser, is
promettant que sa cause qui est juste sera aussi assistée de votre Majesté. Sa prétention est fondée sur le rescrit de i*empcreur Charles Y, sans lequel il dit que les iiefs qui dépendent de la succession de Glèves ne peuvent passer aux filles , et qu'en le suivant sa mère doit être sans doute préférée à la femme de Télecteur de Brandebourg qui n'est que sa nièce, par ainsi plus éloignée d*un degré qu'elle, attendu aussi que les descendans des sœurs du défunt duc ne sont appelés, tant qu'il y a des sœurs vivantes, comme il est plus particulièrement déduit par le mémoire qui est envoyé. M. de La Force, qui a une compagnie au régiment de M. de Châtillon de deux cents hommes suivant sa commission , laquelle est encore à présent remplie de ce même nombre , et de fort bons soldats et bien armés, se plaint de ce qu'on la veut réduire comme les autres à cent hommes, et nous a priés de représenter sa plainte à votre Majesté qui sait les mérites du père, que le fils montre bien de vouloir ensuivre. S'il lui plaît donc qu'il ait quelque chose de plus que les autres, elle nous commandera son intention au retour de ce courrier. Et sur ce, nous prions Dieu, Sire, qu'il maintienne et conserve votre Mty'esté en trèsbonne et parfaite santé.
De La Haye, ce huitième de mai 1609.
Vos , etc., P. Jeannin et de Russy.
Lettre de M, Jeannin à M, de Villeroyy dudit jour huitième de mai 1609.
Monsieur, le retour de M. de Préaux nous a pleinement informés des intentions du Roi, que nous essayerons d'effectuer de tout notre pouvoir, afin que Sa Majesté ait le même contentement de notre conduite en ce qui reste , qu'il lui plaît nous témoigner pour ce qui s'est passé jusques ici. Le prince Maurice et le sieur de Barneveldt sont assez bien , et fais encore tout ce que je peux pour les mettre mieux , le jugeant du tout nécessaire pour empêcher qu'il n'y ait aucune partialité en l'Etat , et pour fortifier aussi le premier, qui ayant celui-ci pour contraire, diminuera plutôt en crédit que de croître ; mais son naturel est si peu enclin à la dissimulation , et il se représente si souvent avec déplaisir qu*il a été vaincu, qu'il ne se peut tenir de faire voir a toutes occasions qu'il y a quelque reste en son esprit de l'ancien mécontentement, qui est cause que l'autre , soupçonneux et trop sensible , entre aisément en de nouveaux ombrages. J'espère néanmoins de faire en la prochaine assemblée d'Etat que le prince Maurice demeurera satisfait de ce que les députés lui ont comme promis à notre prière , lorsqu'ils étoient à Berg-
op-Zoom , et que le sieur de Bameveldt y appo^ tera tant du sien , comme aussi au partage des trois frères, pour faire cesser la haine qui commence à se mettre entre les deux aînés , que cette obligation donnera sujet au prince Maurice d'oublier tout le passé. Aussi lui représeoté-je tous les jours que cette amitié lui est nécessaire, et que celui qui est le plus grand, joignant un moindre à soi, se fortifie et affaiblit l'autre : il y en a toutefois déjà assez pour ne pas craindre que ce qui reste de malentendu entre eux nuise au public; mais je désire qu'ils soient encore mieux pour la sûreté de l'avenir, et faire que les intentions de Sa Majesté soient mieux suivies et effectuées.
Ne trouvez pas mauvais si je répète si souvent tek discours, car je vous peux dire avec vérité que la bonne conduite doit dépendre de leur commune intelligence. Nous aurons à traiter des contributions en l'assemblée , en quoi il y a de très-grandes difficultés nées dès long-temps, et demeurées comme assoupies durant la guerre; et chacun veut maintenant qu'on fasse ce qu'il tient juste quand il sert à sa décharge; et toutefois ils sont si affectionnés h la conservation de leur Etat et liberté, que je me promets que nous les disposerons à faire ce qu'ils doivent. Quanta l'établissement du conseil , dont j'ai pris l)eaucoup de peine de dresser les articles et la forme comme il doit être composé pour donner de la réputation à cette nouvelle république , ceux qui craignent l'autorité du prince Maurice, et les magistrats des villes qui sont toujours de rassemblée des Etats, et par ce moyen ont plus de crédit et pouvoir, quand ils s'assembleront souvent, que si toutes choses étoient' remises au conseil d'Etat, y résistent. Nous surmonterions bien néanmoins tels empéchemens si le sieur de Bameveldt n'y a voit intérêt , et ne pensoit mieux conserver son autorité laissant toutes les affaires entre les mains des Etats, parmi lesquels la province de Hollande peut presque tout, et lui en celle-ci , que d'aider k cet établissement ; mais il a une si grande créance et conduite pour faire réussir ce qu'il désire , qu'il est malaisé de l'entreprendre sans lui; et encore qu'on lui ait proposé d'être dudit conseil, et pour toujours, au lieu qu'on change ceux qui y sont mis des autres provinces de trois ans en trois ans , si est-ce, quand il considère que le prince Maurice en doit être chef 9 assisté de M. le comte Guillaume et de son frère , puis des ambassadeurs de France et d'Angleterre, et outre ce d'autres personnes qu'on prétendoit d'y mettre, des plus qualifiées et capables qui soient dans les provinces, il juge bien qu'il n'auroit pas le même pouvoir qu'il a à présent parmi les députés qui se trouvent es
DU PA^SIDBRT JÊ1NNI5.
assemblées des Etats , lesquels sont presque tous marchands , et gens fort peu entendus aux ajfîaires, et à cette occasion suivent volontiers ses avis. Je vois bien qu^il craint encore qu'étant dudit conseil on veuille prétendre ci-après sa charge d'fr* vocat de Hollande être incompatible avec l'autre, et que quelqu'un ne fasse dessein pour prendre cette place , qui est néanmoins celle qui le rend plus puissant et autorisé ; toutes lesquelles défiances proviennent de ce que le prince Maurice n'apporte pas ce qu'il doit et peut de son côté pour les faire cesser. Mais n'en soyez pourtant en peine ; car je sais qu'ils feront mieux avant que je sorte de ce lieu , et que le conseil d'Etat , ainsi qu'il est , avec l'assemblée des Etats ordinaires, ne laisseront de bien conduire toutes choses, et d'empêcher que l'Etat ne retourne sous le roi d'Espagne ou sous les archiducs. Nous avions, trois ou quatre jours avant le retour de M. de Préaux , parlé , M. de Russy et moi , pour faire que l'ambassadeur de Sa Majesté fût de ce conseil, et dit au sieur Bameveldt, puis au prince Maurice, que la demande n'en devoit venir de nous , mais des Etats , et j'estime qu'ils s'y ' conduiront ainsi. Je n'en fais pas toutefois grand cas, si ledit conseil n'a pour l'avenir plus d'autorité qu'à présent. Je suis bien fort aise que le Roi ait laissé aux Etats la disposition de l'argent pour le paiement des régimens. Nous ferons suivre sa volonté, et en sorte que le nombre sera toujours complet , et qu'il les pourra retirer quand il lui plaira pour s'en servir ailleurs.
Vous jugerez bien , monsieur, par ce qui est contenu ci-dessus, qu'après avoir fait pourvoir aux contributions, puis au contentement du prince Maurice, et aidé encore à faire son partage, comme chose nécessaire pour empêcher qu'il n'y ait quelque partialité en cet État , que mon séjour en ce lieu sera inutile , et ne servira que pour donner ombrage à ceux d'Angleterre et à d'autres, dont ils ne seront non plus exempts du côté des archiducs ; car avant que partir d'Anvers le président Richardot me demanda plusieurs fois l'occasion de mon retour en Hollande , lui semblant , puisque Taffaire pour laquelle j'y étois allé avoit été terminée, que j'y de vois être inutile, sinon que ce fût pour aider à former, à régler et policer leur État , me témoignant assez qu'il n'y prenoit pas plaisir. A quoi je lui fis réponse que la principale cause de mon retour par deçà étoit pour passer le traité touchant la garantie de la trêve, et pour faire aussi quelque remontrance aux États en faveur des catholiques, dont Sa M^esté nous donna charge au même temps qu'elle nous envoya ici , mais qu'elle avoit été différée jusques après le traité , pour n'avoir
connu qu'il y eût aucun moyen de rien espérer au« paravant; et encore à présent y vois -je tant de difficultés que j'en espère peu. Ce n'est pas qu'on doive mettre en grande considération l'ombrage qui vient de cet endroit, si mon séjour étoit d'ailleurs utile ; ce qui n'étant pas , je vous supplie très-humblemei^t procurer mon congé par le re^ tour de ce courrier que j'attendrai en bonne dévotion. Ce n'est pas que je sois las de servir où il plait au Roi, vous promettant que j'ai tant de soin que mon travail et l'ouvrage fait par le commandement de Sa Majesté soit utile et durable , que je ne laisserai rien imparfait à mon départ.
J'écris à Sa Miyesté ce que j'ai appris touchant les affaires de Glèves , et vous envoie un mémoire que j'ai dressé sur ce que j'ai entendu des droits des princes qui prétendent à cette succession. La lettre que je vous avois écrite d'Anvers après le départ de M. de Préaux, fut oubliée à mettre dans le paquet. Deux jours avant notre départ dudit lieu d'Anvers , M. le président Richardot s'adressa aux députés d'Angleterre et à nous, et premier à moi qu'aux autres , me disant que son altesse désiroit nous faire à chacun un présent de la valeur de vingt mille livres , et cinq mille livres de plus à moi , mais que n'ayant eu le loisir de faire mettre lesdits présens en bagues et vaisselle , il nous vouloit offrir de l'argent, ce que je rejetai du tout, et lui répondis que, pour mon regard , je ne le prendrais aucunement, mais bien s'il me faisoit présent de quelques tapisseries, jusqu'à quinze cents ou deux mille écus, que je les accepterais, et que cela devoit suffire , le priant de ne penser à rien de plus : ce que je continuai toujours de lui répliquer, quelque instance et prière qu'il me fit au contraire ; qui fut cause qu'il ajouta , puisque je faisois ce ref\is si absolument, qu'il me prioit de n'en rien dire aux autres, même aux députés d'Angleterre, et qu'il s'assuroit qu'ils accepteroient lesdits présens. Je m'abstins par effet d'en parler jusqu'au lendemain , que lesdits sieurs députés d'Angleterre et M. de Russy, auquel il en avoit parlé comme aux autres, me vinrent trouver pour eptendre là-dessus mon avis. Il fut aussi résolu lors entre nous , sans contradiction, que nous refuserions cet argent, comme chacun a fait. Or je n'estlmois pas qu'on y dût plus penser ; néanmoins il y a quelques jours que M. le président Richardot m'écrivit une lettre que je vous envoie , et envoya par même moyen deux tapisseries, qui sont chacune en valeur d'environ huit à neuf cents écus au plus. Par cette lettre il me mande que leurs altesses nous font faire à tous de la vaisselle , qui sera, comme J'estime , de la
neocuTtoKg
valeur susdite. J'ai montré ladite lettre aux députés d* Angleterre, qui m'ont dit avoir écrit à leur Roi, dès Anvers, Foffre qui leur fut faite en argent, et qu'il a loué leur refus, leur permettant néanmoins de prendre lesdits présens, pourvu qulls ne soient en argent. Vous n'eussiez rien su par moi de telles offres et de notre refus, s'ils ne m'eussent mandé de nouveau qu'ils prétendent faire lesdits présens que nous n'avons guère bien mérité de leur part, pour avoir plutôt favorisé les demandes des Etats que les refus des députés des archiducs, qui bien souvent étoient plus Justes que les demandes des autres. Les Etats, pour lesquels nous avons travaillé suivant le commaudement du Roi, prétendent aussi de nous faire quelques présens, mais non en argent, comme j'estime. Je vous supplie trèshumblemeut me mander votre avis de ce que je devrai faire ià-dessus, afin que je le suive, voulant toujours préférer le devoir au profit qui ne m'a jamais tenté, et que je peux dire véritablement avoir plutôt méprisé que recherché. Aussi est-il trop tard pour me changer, encore que je sache bien que par les mœurs de notre temps on doive tenir pour niaiserie et simplicité rustique plutôt que vraie vertu cette façon de vivre.
M. de La Force, qui a une compagnie au régiment de M. de Châtillon, se plaint de ce qu'on le veut réduire comme les autres à cent hommes, encore que par sa commission il eût deux cents hommes, et qu'en effet il ait encore à présent ce même nombre, bons soldats, et bien armés. Vous saveE , monsieur, la qualité et mérite du père, dont le fils montre bien de vouloir ensuivre la vertu. S'il plaît à Sa Majesté le gratifier de quelque nombre de plus que les autres compagnies, cette gratification sera bien employée. Je sais qu'il vous en écrit, et il a désiré oe témoignage de moi, que je lui rends très- volontiers. Le Maire et son frère vinrent en ce lieu le jour d'hier, où Ils ont conféré avec moi , M. de Préaux y étant présent. Le capitaine que ledit sieur Maire a fait équiper pour le voyage que vous savez , y étoit venu cinq ou six jours auparavant avec le frère pour conférer aussi avee moi sur ce sujet. Il semble par son discours qu'il est homme fort entendu aux navigations, et de grande expérience. Il s'est embarqué le cinquième de ce mois, ayant pris patente de M. le prince Maurice pour la sûreté de son voyage, sans que personne ait su qu'il y lût envoyé par autre que ledit Maire, lequel dit encore l'avoir si bien instruit et équipé, qu'il montre grande espérance du succès de son voyage; dit aussi qu'il a mis en son vaisseau, en argent ou marchandises, la valeur de dix mille livret qu'il y hasarde du lieu, Qt qu'il lui «
commandé à son retour, ati cas qull ait trme le passage, de venir droit en France , non en oq pays, si au contraire, de retourner ici. Les fraii de ce voyage reviennent à quinze mille livres, selon le mémoire qui contient la dépense par le menu qui en a été communiqué audit sieur de Préaux et à moi, lequel nous ferons voir à Se Majesté à notre retour, lui nous ayant afOrmé la* dite somme y être employée, et qu'il y a procédé avec fidélité et tout le ménage qu'il a pu, comme désireux qu'elle demeure contente de lui et qu'il puisse sous son autorité entreprendre quel([tte plus grand dessein. Je n'en ai pu rien rabattre, mais il a fallu passer par son mot. Ainsi reste à lui payer cinq mille livres, car il n'en a eooore reçu que dix mille des douze dont j'ai eu lettres de change , et je fournirai le surplus à l'aide de M. de Vaudrenecq de qui je l'emprunte comme pour ma dépense. Outre ces quinze mille livres, le capitaine étant venu en ce lieu où il laisse si femme, il m'a prié, comme a fait le frère da Maire, de lui vouloir faire quelque présent et reconnoissance de la part de Sa Majesté. Je lui al fait À cette occasion donner trois cents flo* rins par Le Maire qui en a retiré sa quittance, comme de tout le surplus; c'est afin qu'il ait meilleur courage et espérance encore détre mieux gratifié à l'avenir si le succès en est boa. J'ai discouru aussi fort particulièrement des moyens de faire compagnie en France pour les Indes a\ec ledit Maire, dont je rendrai compte à Sa Majesté à mon retour. Je vous peux assortf que personne ne sait que le voyage de oe capitaine soit au nom du Roi , dont je vous avertis afin qu'on le tienne secret de même vers vous. La trêve a été publiée partout, et jeûnes et prières À Dieu faites par toute l'obélssaDce des Etats, à ce qu'il lui plaise en rendre le succès heureux , dont chacun montre de jour en autre bien espérer. Les catholiques sont plus rudement traités par deçà depuis trois mois qu'ils n'étoient auparavant : il est besoin d'en faire quelque sommaire remontrance, non pour espérer qu'ils rétablissent maintenant l'exereioe de la religion catholique, mais pour obtenir, su est possible , qu'ils ne soient recherchés en leurs maisons ; à quoi je procéderai avec tel respecte! modération, que si c'est sans fruit je sais lûea que personne n'en demeurera offensé , et que cela servira pour témoigner l'affection de Sa Majesté à procurer le bien et avancement de le religion dont elle fait profession. Je vous supplie très-humblement me ftiire donner deux mille écus sur la dépense de mon voyage, pour me donner moyen de sortir d'ici où j'en dois , et ai besoin de ce secours. M. d« CeistiUe» mn i^
dre , ' viNià en fera souvenir. J'essaie de faire perdre toute espérance aux Etats d'obtenir de Sa Majesté les cent mille écus dont , ayant été bien fort sollicité par eux, j*avois prié M. de Préaux d'en faire instance envers Sa Majesté. Aussi est* il raisonnable qu*ils se contentent de ce qu'ils ont reçu d'elle, puisqu'ils sont mis en repos par son moyen, et qu'elle leur donne les deux cent mille écus entiers pour l'entretèoement des deux régiroens en cette année. Je ferai ce que je pourrai pour les consulats dont M. de Préaux m'a donné le mémoire de votre part ; il a si bien négocié tout ce qui lui avoit été commis , qu'il mérite d'en être loué. J'ai aussi reçu tant d'assistance et de consolation de lui, pendant la longueur de notre pénible et fâcheuse négociation, que je me sens bien fort son obligé. Je serai perpétuellement, monsieur, votre, etc.,
P. Jbannin.
De La Haye, ce huitième jour de mai au soir
Lettre dudit sieur Jeannin à Jf. le duc de Sully ^ dudit jour huitième mai 1609.
Monsieur, ce m'est un grand contentement d'a^ voir connu, par les lettres qu'il vous a plu m'écrire au retour de M. de Préaux, que vous soyez satisfait de ce qui a été mis au traité de la trêve en faveur de M. le prince d'Espinoy ; je dis en sa faveur, car la vérité est que l'article concernant les confiscations n'a été couché es termes qu'il est, sinon en sa considération. Aussi est-il si exprès qu'il n'y a moyen d'en douter, outre ce qui en Ait dit nommément et répété à diverses fois aux députés des archiducs : néanmoins le conseiller dudit sieur prince, qui est à Bruxelles, m'a écrit des lettres par lesquelles il me mande que les archiducs disent toujours qu'ils maintiendront madame la comtesse de Ligne en la jouissance de ce bien ; qui sont de vaines peurs qu'on lui donne , et des bruits que ladite dame et ceux qui favorisent ses affaires font courir pour en avoir meilleur marché. Je ne laisserai de pourvoir par deçà , avant mon départ , à ce que la jouissance du bien qui appartient à M. le comte de Ligne en Hollande, demeure audit sieur prince d'Espinoy sur le premier refus que ladite dame comtesse fera de le laisser jouir de ee qu'elle lui retient , selon la promesse des députés des États confirmée par eux : non que j'estime qu'elle en puisse faire aucune difficulté, ni qu'elle doive être favorisée en son refus par les archiducs, qui craindront toujours d'enfreindre la trêve , pouree que l'article de ce traité contient que chacun pourra rentrer en son bien d'autorité privée, en vertu dudit traité, sans
autre connoissance de cause , et c'est à quoi il faut tendre de la déposséder, afin qu'étant dessaisie et réduite à faire ses demandes en justice , elle soit contrainte de faire raison à ses neveux | avant quoi je n'espère pas qu'elle y veuille en^ tendre.
Toutefois, pour ce que vous me mandez de lu voir en retournant, et d'entrer avec elle en queU que ouverture de traité et d'alliance, je le ferai au retour de ce courrier , si vous continuez ei^ même volonté, pour reconnoftre quelle est son intention maintenant que les choses sont chan*> gées, et qu'elle peut bien juger ne pouvoir plu^ conserver ce qu^elle détient si im'ustement, sauf en le rendant d'avoir recours à ses prétentions , tant pour l'acquittement des dettes qu'autres, al elle en a, qui ne peuvent être si grandes que la valeur de vingt mille livres de rente ne puisse suffire pour y fournir ; et néanmoins j'ai appris que le bien dont on la peut dessaisir en vertu de la trêve vaut plus de soixante mille livres de re* venu. Je ne laisse pourtant, monsieur, d'apr prouver votre conseil pour en sortir amiablement si faire se peut, plutôt que de traiter les affaires à la rigueur. Je supplie très-humblement Sa Mftv jesté qu'il lui plaise , pour les raisons contenues en nos lettres « me donner congé de retourner en France, lesquelles vous étant communiquéeS| comme je suis certain qu'elles seront, je me promets, monsieur, que vous m'y aiderez , puia* que mon séjour par deçà y seroit aussi bien doréi navant inutile, et que j'aurai plus de moyen, étant près de vous, de vous rendre les services que je dois, comme étant, monsieur, votre, etc.,
P. Jbannin.
A La Haye, ce huitième jour de mai 1609.
Dernière proposition faite en rassemblée gêné* raie des Etats par messieurs les ambassor deurs de France et d^ Angleterre, M. Jeannin portant la parole , le dix-huitième de mai
Messieurs, nos Rois, qui ont vu les artieles de la trêve, nous ont donné charge de vous faire entendre qu'ils se réjouissent et vous congratu* lent de ce que le soin et la peine qu'eux et vous avez prise pour vous mettre en repos a succédé si heureusement j estimant ce traité si honorable et avantageux pour votre Etat, que vous avez grande occasion d'en louer Dieu , et d'en être contens et satisfaits, comme ils sont de leur part , pour être amateurs de votre bien et pros^ périté.
Nous ont aussi commandé de vous dire qus pour rendre ce repos assuré et durable , et par ce pioyen conserver ce que vous av^ aequi^ avsQ
iVtGOCtATTOlfit
tant de dépenses, travaux et périls, il est autant besoin qu'il fut Jamais de veiller soigneusement, et d*user d*une bonne et sage conduite , dont le principal fondement doit dépendre de votre union et commune intelligence. C'est pourquoi ils vous prient et exhortent que vous demeuriez toujours Joints et unis ensemble, sans vous Jamais séparer d'alliance et d'intérêt , pour quelque cause que ce soit, et s'il y a eu quelque diversité en vos opinions , lorsqu'on traitoit la trêve, qui ait mis de l'aigreur en vos esprits, qu'elle cesse du tout par une réconciliation vraie et sincère, et qui soit sans aucune réserve d'inimitié secrète , faisant tous ce Jugement les uns des autres, que chacun a dit et fait ce qu'il a estimé en sa conscience être pour le bien de son pays.
Aussi est-il vrai qu'il y a eu de grandes raisons pour douter et craindre que l'issue des conférences faites pour venir à cette trêve ne fât si heureuse qu'elle a été, à cause des longueurs et grandes difficultés qui se sont rencontrées en cette pénible et fâcheuse négociation ; mais le contraire étant avenu , et tout ayant mieux succédé qu'on n'eût osé espérer, chacun en doit être content, et ceux mêmes qui y ont auparavant contredit su r des craintes et soupçons qui n'étoient à mépriser, dire ce que fit Jadis Phocion, sage et fort renommé capitaine entre les Athéniens, d'une entreprise qu'il avoit dissuadée avec grande contention et animosité, dont le succès fut néanmoins plus heureux qu'il n'avoit prévu et espéré : qu'il ne se repentoit pas d'avoir conseillé ce qu'il Jugeoit lors être pour le mieux, mais qu'il ne laissoit d'être très-aise du bon succès avenu contre son avis , prenant très-volontiers part comme bon citoyen à la joie publique.
Après vous avoir exhortés à cette union , qui vous doit être chère et recommandable sur toutes choses, nous vous représentons maintenant le besoin qu'il y a de pourvoir aux contributions requises, tant pour entretenir les gens de guerre qu'il faut mettre en garnison , que pour acquitter peu à peu vos dettes, et tenir quelques fonds en réserve contre les accidens et dangers de l'avenir, qu'on doit toujours prévoir sagement et pourvoir aux remèdes pour s'en garantir , lors même qu'on est en plus grande sûreté, et qu'il n'y a aucune apparence de les craindre.
Nous savons bien qu'aucuns diront, s'il faut continuer ces contributions, que la trêve ne leur apporte aucun bien ni soulagement, auxquels on peut répondre avec vérité que vous en recevrez de très-grandes commodités. En premier lieu les princes avec lesquels vous avez traité quittent par cette trêve tout le droit qu'ils pouvoient pré-
tendre sur votre pays , dont vous tirez cet avaii«> tage qu'il n'y a plus aucun potentat en la chrétienté qui ne pense pouvoir traiter légitimement toutes sortes d'alliances et confédérati(ms avec vous, sans violer le respect que les souverains ont accoutumé se rendre les uns aux autres. Eile vous fait Jouir aussi de tous vos biens en sûreté et repos, vous donne la liberté de trafiquer partout où bon vous semblera , ce que vous ne poaviez faire avant la trêve, sinon avec grands frais et dangers. Elle vous garantit pareillement de tous les autres inconvéniens et dangers de la guerre, et décharge de plusieurs grandes et extraordinaires dépenses que vous eussiez été contraints de supporter si elle eût duré. Or si tout cela n'est tenu pour bien, profit et avantage par ceux qui font cette plainte, il n'y a rien qui les puisse contenter. On y ajoute néanmoins que les contributions qu'on prétend lever maintenant ne seront continuées que pour quelques années, diminuées après, et enfin réduites à si peu, après que votre Etat sera bien établi et affermi , que vous jouirez lors du fruit de votre travail et des dépenses faites auparavant, sans charge et avec grand repos et contentement.
Vous devez donc offrir gaiement ces premiè' res dépenses, puisque c'est pour la conservation commune et le salut particulier d'un chacun, et considérer qu'une république fondée par les ar^ mes ne peut assurer son repos et sa conquête, ni se garantir des injures et entreprises d'autrui, et faire désirer et respecter son amitié, sans forces et sans avoir un revenu certain et ordinaire qal soit suffisant pour les entretenir et supporter les autres charges de l'Etat.
Nous sommes encore bien avertis qu'il y a des différends entre les provinces sur la cote que chacune devra supporter de ces contributions: c'est pourquoi nous vous prions tous de les terminer promptement, et de le faire au moins, ^ vous ne pouvez mieux , par quelque règlement provisionnel et à temps, en attendant que vous y ayez pourvu pour toujours : à quoi nous offrons de vous assister et servir de tout nobre pou voir , Jugeant bien, si cette dispute demeure du tout indécise, que le refus d'une seule province de contribuer sa cote sera cause que toutes les autres en feront autant à son exemple, et par ainsi il n'y aura aucun fonds pour subvenir à la dépense que l'entretènement des garnisons, requiert, dont chacun de vous, messieurs, peut prévoir et considérer à part soi l'inconvénient et danger.
Nos Rois estiment aussi que cette république, qui n'a encore été régie et conduite par autres lois et police que celles qui ont pu servir pour la
BU PRESIDENT lEÀNNIN.
lûainteBir et fortifier durant la guerre contre de grands et puissans princes, auroit à présent besoin de quelques nouveaux règlemens qui soient pi'opres pour vous faire vivre en paix , et apprendre à jouir de ta douceur des fruits qu'elle a accoutumé de produire es Etats qui sont bien policés et régis par un bon et snge gouvernement. Nous nous abstiendrons toutefois de vous y donner conseil, et nous suffira de vous en avoir admonestés en ce lieu, comme nous avons fait autrefois, et long-temps avant que ce traité fût conclu; car vous êtes mieux informés de ce qui est convenable à vos mœui-s, à votre façon de vivre, et à la commune inclination de vos habitans, que leurs Majestés et nous qui sommes leurs ministres. Nous ne refuserons pas pourtant de conférer avec vous sur ce sujet, si vous jugez que nous vous y puissions aider et servir pendant le peu de séjour qui nous reste à faire en ce lieu.
Il n*y a plus rien que nous puissions ajouter à ce que dessus, sinon de vous prier que vous vouliez effectuer ce qu'il vous a plu nous promettre en faveur de M. le prince Maurice , et des autres seigneurs de sa maison , lorsque vous étiez assemblés À Berg-op-Zoom , sur la demande qui vous en fut faite de la part de nos Rois, qui ont estimé ce témoignage public de votre gratitude et reconnoissance envers eux vous devoir être utile, tourner à grande louange', et les obliger aussi de continuer à l'avenir en même devoir, affection et fidélité.
Outre laquelle prière faite par nous en leur faveur à Berg-op-Zoom , nous y en avons depuis ajouté une autre à lendroit de messieurs vos députés, lorsqu'ils étoient à Anvers, pour la récompense de la terre de Linghen , de laquelle M. le prince Maurice jouissoit pour la plus grande part avant la trêve , et maintenant en est privé du tout, les archiducs ne l'ayant voulu quitter, quelque instance que nous en ayons faite ensemblement lesdits sieurs députés et nous; cette prière et nouvelle demande étant fondée sur ce que la seigneurie de Linghen appartenoit à feu M. le prince d'Orange, non comme simple don et pur bienfait de messieurs les Etats, mais en récompense et paiement de la somme de deux cent vingt mille florins qui lui étoit lors due de ses étitts et traitemens; nous ayant, lesdits sieurs députés, promis à cette occasion de vous en faire favorable rapport quand ils serolent en l'assemblée générale, dont nous les sommons à présent, et vous en prions aussi de toute notre affection , non-seulement en faveur dudit sieur prince Maurice, mais aussi de M. le prince d*Orange, comme étant chose qui peut beaucoup servir à faii'e leurs