II. C. D. M. T. IV
partages, attendu qu'au projet qui en étoit fait, cette terre devoit échoir audit sieur prince Maurice, sans laquelle, ou quelque récompense au lieu d'icelle, il est très-malaisé de faire cesser les difficultés qui s'y rencontrent, dont vous, messieure , avez bien voulu prendre soin pour ôter tout sujet de dispute et procès entre ces princes , et faire en sorte , comme ils sont frères de nature , qu'ils le soient aussi de volonté. En quoi nous louons grandement votre zèle et lx>nté envers eux , et votre prudence aussi à prévoir et détourner tout ce qui pourroit être cause de faire naître des partialités parmi vous.
Nous vous pouvons aussi assurer que nos Rois vous remercieront, et vous sauront grand gré de tout ce que vous ferez pour eux , feront même jugement de votre affection et désir à couserver la liberté qu'ils vous ont aidé à acquérir par le soin que vous aurez de leur donner contentement.
Nous vous prions donc de prendre résolution le plus tôt que vous pourrez sur les choses susdites, et de récompenser le temps perdu en ce lieu , en attendant la venue de messieurs les députés, afin que rien ne nous reste plus, sinon de venir prendre congé de vous, et de vous assurer de notre affection et désir à vous servir pour l'avenir près de nos Rois, en ce que nous en aurons le moyen, comme nous avons fait près de vous en toutes les occasions qui se sont présentées.
Proposé en l'assemblée générale des Etats par les ambassadeurs des rois Très-Chrétien et de la Grande-Bretagne, le dix-huitième jour de mai 1609, et donné par écrit le lendemain, selon qu'il est contenu ci-dessus.
Lettre du Roi à messieurs Jeannin et de Russy, du diX'huilième mai 1609.
Messieurs Jeannin et de Russy, vous mettrez peine donc de composer les différends qui sont entre le prince d'Orange et ses frères pour leurs partages, ainsi que vous m'avez écrit par vos lettres du huitième de ce mois, reçues le douzième; car je recounois comme vous que ce point importe grandement , non-seulement à la prospérité et sûreté de leurs personnes et maison, mais aussi àla conservation en général des Provinces- Unies. Aussi suis- je bien averti que les envieux et ennemisde Tun etde l'autre, et desdeux ensemble, font ce qu'ils peuvent pour sous main nourrir et fomenter leur discorde ; mais je veux croire qu'ils seront tous si sages et raisonnables, qu'ils suivront les conseils de leurs vrais amis, et s'accommoderont amiablement. Continuez d'y faire en mon nom et au vôtre votre possible, vous me ferez service très-agréable et utile. Vous ferez aussi votre devoir d'affermir une bonne intelli-
genee entre le prince Maurice et le sieur de Barneveldt; car c'est une chose si nécessaire, que, s'il y avoit du manquement ou de la dissimulation, la ruine certaine de leur Etat s'en ensuivroit : ce que vous devez remontrer vivement à l'un et à l'autre, faisant envers ceux des Etats, tant en général qu'en particulier, tous les offices qui seront requis pour cet effet; et comme le dernier peut par sa conduite obliger le premier à l'aimer, il faut aussi que celui-ci lui témoigne de la bienveillance et confiance. Par tels mutuels devoirs ils assureront leurs fortunes et condition, avec honneur et avantage pour eux et leurs compatriotes; ce qui sera aussi traversé par les mêmes envieux et ennemis de leurs personnes et de leur république , lesquels Je sais se promettre de leur méfiance et jalousie des avantages non petits; mais j'espère qu'ils y seront trompés par le bon ordre qu'ils y mettront, et le respect qu'ils auront à leur propre honneur et devoir, à leur utilité particulière, et aux records de leurs vrais amis; voulant qu'ils sachent, si je m'aperçois qu'ils se gouvernent d'autre manière, que non-seulement je blâmerai celui qui en sera cause, mais je retirerai d'eux mon affection et sollicitude, et ne m'embarrasserai en leur mauvaise conduite, au lieu que je prétends favoriser leur république, quand elle sera*gouvemée comme elle doit être.
C'est pourquoi j'avois désiré, comme je fais encore, l'établissement du conseil que vous avez proposé; et comme les raisons que vous m'avez écrites regardent plus le contentement particulier que le bien public, je ne les trouve suffisantes pour l'empêcher, et d'autant p'us que je prévois qu'il en naîtra à la longue des jalousies et envies qui rempliront l'Etat de divisions et partialités très-périlleuses; et néanmoins je reconnois bien avec vous qu'il ne faut pas entreprendre sitôt de forcer en cela la nature de leur Etat, même contre l'avis de ceux qui ont plus de crédit et pouvoir en icelui; car ce seroit sans fruit, et peut-être cause de pis. Je remets donc cette direction à vos prudences, et suis content que vous, monsieur Jeannin, vous licenciiez deux, sans attendre que ledit conseil soit formé, si vous connoissez qu'ils ne puissent s*en résoudre à présent, car je serai très-aise de vous revoir, et moi-même vous dire le gré que Je vous sais du signalé service que vous m'avez fait en toutes les occasions qui se sont offertes par delà. Je me refie aussi tant en vous , que je suis très-assuré que ce que vous n'effectuerez devant votre départ procédera seulement de votre non pouvoir; car, comme vous avez été principal ministre et instrument, suivant mes commandemens, de la
conclusion du repos que noUft avons aidé à re* mettre par delà, je suis aussi assuré quevoos serez très-soigneux de faire ce qu'il vous sm possible pour le rendre parfait et utile à m amis; mais je désire, et il est aussi très-nétey saire , que le point des contributions soit \idé et accordé devant que vous les laissiez , comme je vois que vous le jugez ainsi et que vous y ètts résolu. Vous y pourvoirez donc de façonquilD j ait rien à redire quand vous partirez.
Pareillement vous ferez régler la forme di paiement des gens de guerre que je dois payer, suivant mes commandemens portés par le mi de Préaux , et serai bien aise que l'enseigne qoe commande le jeune La Force soit eotrtteDDe, sinon à raison de deux cents hommes, dont vous m'avez écrit qu'elle est encore remplie, au moîos de cent cinquante, pour marque de l'afTectioa que je porte à son père et de rhonneurqulli de servir près ma personne, aux charges dequelles vous savez qu'il est honoré; mais je Deotends pas pour cela augmenter les six cent millf livres que je vous ai mandé vouloir employer t ladite dépense. C*est chose aussi que l'on peiit facilement gagner et ménager pour rooncoottotement sur la susdite somme; partant voos y donnerez ordre, et en parlerez audit sieur prinix, et à ceux que besoin sera, comme de clioseqw j'affectionne. Au demeurant j'ai vu ce qoe vocs m'avez écrit des affaires de Clèves, etlentf^ moire particulier que vous m'avez envoyé, coctenant les droits et raisons des prétendans. it prévois qu il sera difficile que ce différend » termine sans guerre, car l'électeur de Brandibourg et le duc de Neubourg font contenaocedr ne vouloir rien céder l'un à l'autre, chacun d'eti prétendant avoir tout et que la succession ce doit être divisée. Le premier véritablement «jî plus fort d'amis en Allemagne; mais l'autre pourroit par désespoir et nécessité être recuejii et favorisé de tels qui pourroient grandeimat s'en prévaloir. J'ai écrit et fait écrire m o» et aux autres par leurs amis pour les àxsço^^ s'accorder.
J'avois commencé devant le décès dn demi* duc, prévoyant dès lors les accidens auxqvîs les choses se trouvent de présent; c'a été inatil^ ment jusques à présent, combien qu'ils fessecî tous démonstration et déclaration de vouloir d«* férer grandement à mes conseils, requérant iw* assistance. Je ne la leur ai promise encore qnc^ termes généraux, délibéré d'écouter et voirqi^ train prendront les affaires et les inclinatioïisd procédures des uns et des autres devant q^ ^) engager plus avant. Je n'ai point fait y^^^l^ veuve ni les Etats du pays, parce qu'il» b«
DU BBESIDEM JEANNIN.
encore envoyé vers moi , comme ils ont fait ailleurs, et même à l'Empereur, sous le nom duquel , comme je reconnois que ladite veuve et ceux du pays prétendent gouverner TEtat durant tout l'interrègne, qu'ils feront durer tant qu'ils pourront, je vois bien aussi que ledit Empereur et ceux de sa maison font état de s'en prévaloir : ce qu'il leur sera facile de faire avec le temps, en quoi ils seront favorises sous main, et s'il est besoin, à découvert, des archiducs et d'Espagne; car ils maintiennent que le jugement de ce différend appartent audit Empereur, et partant quils seront bien fondés à défendre sa cause par préférence à tous autres : et sera difficile d'éviter par autre voie que par celle de la force, qu'étant juge et partie, il ne s'adjuge lesdits pays, et ne s'en empare. Je sais bien que ledit Empereur est si déchu de réputation et autorité, qu'il n'est à présent en état de frapper un tel coup. Toutefois il ne laissera d'y acheminer les affaires avec autant d'audace que s'il étoit en prospérité, car il fait profession de mener ainsi les princes d'Allemagoe, lesquels redouteront plus son nom que ne font ceux de sa maison propre , parce qu'il n'a moyen de leur mal faire. Ils joindront a cela le droit prétendu par le marquis de Burgau, et favorisés de ladite veuve, comme de ceux du pays qu'ils ont acquis a leur dévotion, sans doute, si l'on n'y pourvoit, ce pays tombera es mains de ceux de ladite maison.
L'archiduc m'a fait dire récentement par son ambassadeur que si Télccteur de Brandebourg y envoie des gens de guerre, qu'il allumera un feu qui sera difficile à éteindre : ajoutant qu'il seroit d'avis que l'on convint dès à présent d'un prince catholique pour le rendre maître et possesseur desdits pays; excluant ainsi le duc de Neubourg aussi bien que l'électeur de Brandebourg et le duc de Deux-Ponts, et toutefois il n'a nommé ledit de Burgau, il a voulu au contraire me donner sujet de conjecturer et espérer qu'il eutendoit me contenter au choix dudit prince. Mais je lui ai fait représenter que mon but n'a jamais été de me prévaloir du bien d'autrui pour moi Di pour mes amis; que si je l'eusse voulu faire, je ne me fusse gouverné comme j'ai fait, depuis que Dieu avoit favorisé la justice de mes armes en ce royaume et ailleurs; que je suis bien délibéré d'empêcher à mon possible une nouvelle guerre en la chrétienté, mais que je n'estime point qu'il y ait meilleur moyen.de la détourner que de favoriser et fortifier la justice en cas semblable, et la rendre promptement à qui elle est due : ledit ambassadeur en est demeuré là; mais je vois, combien que ceux d'Espagne soient las de la guerre^ et que les archiducs en soient
encore plus recrus qu'eux, que toutefois ils ont dessein de profiter de cette occasion, et surtout d'empêcher que lesdits pays tombent au pouvoir d'un prince allié de ma couronne et des Etats des Provinces-Unies. Quoi étant, je ne doute point que cette guerre n éclate, et n'engendre à la lin une nouvelle guerre, si nous voulons empêcher la maison d'Autriche de s'accroître desdits pays: et ne faut point douter, si le roi de Hongrie dépose son frère de l'Empire, comme aucuns estiment qu'il a délibéré, sous prétexte de favoriser les protestaus de Bohême comme il a fait ceux d* Autriche , ne suive et embrasse le même dessein de sondit frère , après qu'il aura été créé roi des Romains , par le moyen même desdits princes protestans, auxquels il promettra tout pour parvenir à cette dignité, et nommément audit électeur de Brandebourg , de quoi il observera après ce qu'il voudra ; c'est pourquoi lesdits électeurs et les autres protestans doivent bien considérer ce qu'ils auront à faire pour ce regard, et me semble que les Etats y ont aussi notable intérêt. Vous, sieur Jeannin , serez encore assez à temps auprès de moi pour me servir de votre bon avis en ces affaires, du progrès desquelles vous continuerez à vous bien instruire, et pareillement de la délibération desdits sieurs les Etats sur icelles , comme de ce qu'en ressent mondit cousin le prince Maurice, pour m'en rendre compte à votre retour. Pour conclusion, vous saurez que je trouve bon que vous acceptiez les présens que les archiducs et lesdits sieurs Etats vous voudront faire , pour marque et reconnoissance du bon devoir que vous avez fait en la négociation et conclusion de la trêve ; car elle vous est bien due, et veux par laque l'on sache que vous m'avez servi selon mon intention, d'avoir dignement favorisé et fait réussir ce bon œuvi*e au contentement desdites parties.
A quoi j'ajouterai que j'aurai aussi bien agréable que vous, sieur Jeannin , fassiez en mon nom auxdits sieurs les Etats devant votre départ une honnête recommandation en faveur des habitans catholiques de leurs provinces, afin qu'ils puissent subsister et résider en icelles sans être molestée et forcés en leurs consciences, et avec quelque repos et consolation. Je dois cela a la religion de laquelle je fais profession , et à la charité qui doit accompagner un roi Très-Chrétien , tel que Dieu m'a constitué. Davantage je crois fermement que lesdits Etats feront pour eux et pour leur république de n'affliger et désespérer lesdits catholiques; car nous avons éprouvé en nos joui*s quel pouvoir a dedans les âmes et courages des hommes la iilierté de conscience et le soin de la religion ; tant s'en faut que U
KEGOGIATIÔNS
vexation et affliction les en rende plus nonclialans et abattus, qu'elle fait des effets tout contraires : de quoi se sauront bien servir ies envieux de leur liberté avec lesquels, s'ils reconnoissent qu'aucuns desdits catholiques monopolent et cabalent au préjudice de leur Etat, ils doivent en faire un châtiment exemplaire ; mais il doit être particulier, et non toucher au général, afin que l'innocent ne pâtisse pour le criminel, et que celui qui vivra comme il doit, gardant les lois du pays , Jouisse du repos et de la sûreté publique comme ses compatriotes. Toutefois vous mesurerez tellement cette remontrance à la règle de l'utilité desdites provinces, et de TafTection singulière que je leur porte , qu'ils la reçoivent comme venant de la part du meilleur et plus assuré ami et allié qu'ils aient. Je prie Dieu, messieurs Jeannin et de Russy, qu'il vous ait en sa sainte garde.
Ecrit à Fontainebleau , le dix huitième jour de mai 1609. Henri.
Et plus bas , Bbulabt.
Lettre de M, de Villeroy à M, Jeannin, dudit jour dix-huitième mai 1609.
Monsieur, vous pouvez revenir quand il vous plaira , et lorsque vous jugerez le pouvoir et devoir faire pour le service du Roi ; je vous assure que vous serez le très-bien venu , le Roi étant entièrement content de votre conduite et de vos services. Il trouve bon que vous acceptiez les présens que l'on vous voudra faire. Il désire que vous mettiez ces princes d'accord, et que vous ies rendiez bons frères et amis, que vous vidiez le point des contributions, que vous régliez et assuriez la forme du paiement des gens de guerre que Sa Majesté entreprend de soudoyer, et sera bien aise que M. de La Force soit favorisé ainsi qu'elle vous mande; mais surtout Sa Majesté désire que vous liiez et étreigniez tant qu'il vous sera possible une bonne et vraie intelligence entre le prince Maurice et le sieur de Barneveldt. Elle eût bien désiré pareillement que vous eussiez établi le conseil comme vous l'avez proposé, car elle craint quand vous les aurez laissés qu'ils se divisent et brouillent. Elle sait qu'ils sont fomentés de toutes parts, elle sait aussi que l'envie est glissante et dangereuse entre ceux qui sont égaux en qualité : toutefois peut-être qui entreprendroit maintenant de mieux assurer leurs affaires, les ébrauleroit et altéreroit davantage; vous êtes sur les lieux pour en mieux juger , et s'en remet-on du tout à vous. C'est votre ouvrage, de la conservation duquel nous savons que vous êtes et serez toujours assez jaloux , et plus encore du contentement et service du Roi; c'est
pourquoi nous ne le vous recommatiàon& pas davantage , nous en reposant sur vous entiè.tment. Mais si nous n'étions émus d'autre considération que de l'ombrage que les Ang'ats pourroient prendre d'un plus long séjour par delà de votre part à consentir votre retour, celle-là ne nous y échaufferait guère, connolssant trop lev inclination et simulté. Aussi faisons-nous pev d'état de leurs belles paroles, qu'ils sèment aujourd'hui en divers lieux plus libéralement que jamais : nous nous contentons de les payer de même monnoie, poussant ainsi le temps avec l'épaule envers eux , comme gens avec lesquek il y a bien autant à perdre qu'à gagner poor l'envie qu'ils nous portent, épiant incessamment l'occasion de traverser tout ce qui nous peut être utile.
Les ministres d'Espagne ne sont pas plus charitables en notre endroit , encore qulls s'étudieat de nous donner sujet d'en mieux espérer, proposant toujours les alliances dont vous avez oui parler, avec lesquelles je recônnois que les archiducs auroient dessein d'envelopper encore la sikv cession du duc de Glèves; mais ce n'est phs qu'artifices pour endormir Sa Majesté, gagner le temps, et attendre un changement, auquel consiste leur principale espérance : toutefois il faut couler et vivre dedans et avec le monde comme nous faisons , doucement , et vous nous aiderez à faire quand vous serez avec nous. L'on poa^ voira au remboursement des cinq raille livres avancées sur votre crédit pour le surplus do voyage du nord, et nous avons fait expédier l'ordonnance des deux mille écus sur le compte de vos frais, ainsi que vous avez désiré, ayant Jugé bien employée les trois cents florins qoe vous avez fait Imiller au capitaine dudit voyarre pour consoler sa famille, peu de personnes ayant connoissance de cette entreprise, que je prie Dieu conduire et faire réussir à sa gloire. Messieurs les Etats ont écrit au Roi une lettre qm lui a été présentée par le sieur Aërsens , à laquelle Sa Majesté a voulu faire la réponse que je vous envoie , et par icelie faire mention du commandement qu'elle vous fait de la revenir trouver, ainsi que vous verrez par le double de ladite lettre qui sera ci-joint. Sa Majesté affectionne toujours de faire dresser en son royaume une compagnie pour trafiquer aux Indes, de façon que vous lui ferez plaisir de lui en ouvrir et faciliter les moyens à votre retour, où j'espère que vous nous trouverez en ce lieu a\'ec messieurs du conseil , car ils s'y doivent rendre dans huit jours , et nous parlons d'y séjourner sii: semaines ou un mois ; mais nos délibérations sont sujettes à changement. En tout cas vous
DU PBESIDENT JEANNIN.
nous trouverez devant que nous partions pour Provence, combien que nous continuions à protester que nous nous y acheminerons dedans le mois de juin ou au commencement de celui de juillet.
Quant au mémoire qui concerne rétablissement d^aucuns consuls par delà, que vous a porté M. de Préaux , Je le vous recommande , autant néanmoins que vous le Jugerez à propos , et convenir au soulagement des marchands qui trafiquent par delà , et par conséquent au bien et service dn Roi; car j'entends toujours préférer cette considération à toutes les autres, et n*ai de liberté de changer ce vieux style , non plus que vous , sur Tacceptation de vos présens , qu'un autre auroit reçus sans licence. Je vous prie aussi d'avoir en recommandation 'mon neveu deHauterive, auquel le Roi a commandé aller par delà, pour prendre possession de la compagnie de gens de pied dont Sa Majesté l'a honoré. J'espère qu'il s'en acquittera dignement et en homme de bien. Vous avez déjà tant obligé toute la maison et ceux qui leur appartiennent , par les faveurs que vous avez départies à son frère , que je me promets que vous voudrez continuer encore à Tendroit de cettui-ci : aussi disposerez-vous à jamais d'eux et de tous leurs amis , comme je vous supplie de croire que vous ferez éternellement de moi. Je m'avise que nous ne vous mandons rien par la lettre du Roi touchant le traité de garantie de la trêve que vous prétendez faire conjointement avec les Anglais; aussi n'avonsnous rien à ajouter à ce que nous vous en avons mandé. Enfin, nous approuverons tout ce que vous en ferez , comme nous ferons l'ofûce que vous y ferez en faveur des catholiques, duquel j*ai estimé devoir faire mention en la lettre commune que le Roi écrit à M. de Russy et à vous, afin qu*il soit su que vous ne l'avez avancé sans commandement exprès et réitéré ; mais nous aurons regret s'il avient, non-seulement qu'il soit inutile, mais qu'après icelui ils soient traités plus sévèrement. Je vous prie d'y avoir égard, et prie Dieu qu'il vous donne, monsieur, en parfaite santé, très-heureuse et longue vie.
De Fontainebleau, ce dix-huitième Jour de mai 1609.
Votre , etc. , de Neufville.
Lettre de M, Jeannin à M. le président Richardotf du huitième juin 1609.
Monsieur , encore que vous n'ayez reçu Jusqulci réponse particulière des lettres que vous m'avez écrites , si n'ai-je laissé de conférer avec messieurs les Etats du contenu en icelles pour y faire pourvoir , et premièrement sur la plainte de ce qui a été fait par vos officiers à Oldensei
et par les leurs à Over-Yssel. Ils prétendent y être bien fondés , et que le trouble et la force est venu de votre côté , non du leur : ils ont néanmoins pris résolution en leur assemblée générale, par notre avis, de mander partout à leurs officiers qu'en ce qui dépend de l'exécution de la trêve ils les consultent es choses douteuses, sans y rien faire avant qu'avoir reçu leur ordre et commandement, pour empêcher que lesdits officiers, y voulant en particulier donner des interprétations selon leur sens, ne soient cause de troubler le repos commun. Je vous supplie aussi que leurs altesses en fassent autant à l'endroit de leurs officiers, afin qu'il y soit procédé des deux côtés avec même circonspection et respect. Lesdits sieurs Etats Jugent bien aussi que, par les lettres qu'on écrit d'une part et d'autre , on ne peut faire cesser et prendre résolution sur les différends qui arrivent, et qu'il sera nécessaire d'entrer eu conférence par députés pour y pourvoir , et cependant que toutes choses qui sont sujettes à dispute soient tenues en surséance. Bien me semble-t-il que c'est leur intention de différer l'exécution de ce conseil Jusqu'à ce qu'ils aient reçu la ratification d'Espagne, sinon que quelque chose d'importance survienne qui ne puisse souffrir ce délai sans altérer le repos.
Quant au fait de la religion pour le plat pays de Brabant , même ce que le Drossart de Bergues a fait contre le nouveau curé du village
de , la vérité est que les Etats n'avoient
rien entendu de l'acte qui vous a été donné par M. de Russy et moi. Et encore que nous l'ayons fait avec le su de leurs députés , et après avoir pris la parole de M. le prince Maurice, toutefois, quand la chose est venue à la conuoissance de l'assemblée générale par une copie d'îcelui acte que les ministres de Breda et Berg-op-Zoom ont apporté, lesdits sieurs députés ont dit qu'ils ne Tavoient Jamais vu , bien leur en avions-nous parlé sans qu'ils y eussent contredit , ni qu'ils y eussent aussi donné leur consentement exprès , comme il est vrai. Aussi étoit-ce notre intention que cet acte vous servît seulement de sûreté que rien ne seroit innové au préjudice de la religion catholique audit plat pays , mais que cela se passeroit par dissimulation et souffrance comme du passé, sans en faire autre bruit ni publication de l'acte. Or ayant entendu qu'aucuns parmi l'assemblée en tenoient de mauvaises paroles, comme de chose faite à leur desçu et contre leur volonté, nous y avons été exprès, messieurs d'Angleterre et nous, auxquels ledit acte avoit été communiqué à Anvers, afin de leur faire I entendre comme tout s'étoit passé , dont enfin ils
NEGOCIAI IONS
sont demeurés contens, et vous peux assurer que ce que nous avons promis sera observé de leur part, comme aussi de la part dudit sieur prince Maurice, qui est gouverneur desdits pays, lequel nous a derechef promis qu*il tiendra la main à ce qu'il n'y soit contrevenu ; mais , je vous supplie , qu'on y procède avec modération de votre côté, pour n'olgrir et altérer les esprits de ceux qui n y sont déjà que trop enclins. J'écris sur ce sujet à M. l'évêque d'Anvers par M. Mireus son neveu qui est encore ici , et n'en partira qu'après demain , pour attendre que j*aie fait ordonner que le curé mis bors sa cbarge par le Drossart de Bergues sera rétabli; ce que je n'ai pu faire encore, d'autant que ledit Drossart, lequel avoit été mandé pour rendre raison de ce qu'il a fait ou bien de l'envoyer par écrit , n'a encore satisfait ni à l'un ni à Tautre; si espéré-je, s'il ne vient dans demain, d'y faire pourvoir sans le plus attendre. Quant au fait de Clèves dont vous faites mention par vos dernières lettres, j'en ai communiqué en particulier avec aucuns de messieurs les Etats, n'ayant pas estimé qu'il fut besoin d'en faire autre récit en l'assemblée. Ce dont je vous peux assurer est que lesdits sieurs des Etats désirent que le différend des princes qui y prétendent soit terminé à l'amiable , non par les armes , et qu'ils ne feront rien de leur côté qui puisse aigrir les affaires, au contraire essaieront de tout leur pouvoir d'empêcher toutes sortes de mouvemens qui pourroient être cause de rompre cette voie de douceur et amitié: c'est aussi le conseil que nous leur avons donné de la part de notre Roi , qui nous a fait entendre par plusieurs lettres que soi intention est telle ; à quoi je sais que Sa Majesté travaille tous les jours avec soin et devoir pour faire assoupir et composer amiablement ce différend. Ainsi, pourvu que de la part de l'Empereur , du roi Catholique et de leurs altesses, on y prenne les mêmes conseils , et avec même sincérité et rondeur , il est certain que cette succession ne troublera point le repos qui a été établi en ce pays avec tant de peine. Il est vrai que par vos lettres Yous prétendez l'affaire devoir être terminée par justice, c est-à-dire remise au jugement de l'Empereurou de la chambre impériale: chose différente d'une voie amiable, car je prévois bien que cette forme de justice pourra être suspecte à l'électeur de Brandebourg, pour des considérations qu'il n'est pas besoin de vous représenter, d'autant que vous en êtes mieux informé que moi , au lieu que les amis communs le peuvent induire de se sou< mettre à l'autre, ou l'abandonner s'il là refuse.
Quant à ce que vous me mandez de l'arrivée dudit sieur électeur au pays de Clèves, on tient I
ici depuis deux jours qu'il est retourné de Vnm^ et est à présent à Berlin, qui est la maison en laquelle il demeure d'ordinaire , et que c'est son frère , lequel s'est acheminé audit pays de Clèves, dont le conseil des deux chancelleries ayant été averti lui a envoyé , avant qu'il soit entré audit pays , quelques députés de leur collège pour le prier de ne passer outre, et de s'arrêter en quelque lieu rentre. Ils ont aussi à cette occasion prié le fils du duc de Neubourg d'en vouloir sortir, et d'aller même trouver ce prince pour l'exhorter que leurs différends soient remis à une voie amiable, ce que ledit sieur de Neu bourg a consenti de faire; m'ais si le frère de l'électeur se sera abstenu d'entrer plus avant audit pays, et si cette entrevue aura donné quelque commencement a une voie amiable, nous n'en savons encore rieo. Vous jugerez bien par ce qui est contenu cidessus qu'il n'y a encore rien de mal , attenda même que ledit prince frère de rélecteurna, à ce que j'entends, que son train ordinaire, et n'est en état de faire aucun mouvement qui tende à violence : aussi aura-t-ll toujours sujet dédire, s'il a été loisible au duc de Neubourg d'entrer audit pays , encore que l'entrée des villes loi aft été défendue , qu'il ne doit pas être traité avec plus de rigueur. J'estime pourtant qu'il est plus à propos qu'ils s'abstiennent l'un et l'autre d'y entrer. J'écrirai à M. le mai-quls et à vous, lorsque le gentilhomme qui nous a apporté les présens s'en retournera , pour en rendre les remercfmens dus, avec offre de notre très-humble service de même affection dont je vous bake très humblement les mains, et suis, monsieur, votre, etc., F.itLS^i^^
A La Haye, ce 8 juin 1609.
Lettre de messieurs Jeannin et de Russi n Boif du neuvième juin 1609.
Sire, Nous avons vu par les lettres que nous a apportées Picault , lequel arriva en ce lieu le \instcinquième du mois passé, ce que votre Majt^« nous a commandé pour achever le reste de notre charge. Tous les députés de l'assemblée générale n'y arrivèrent que le dix-huitième du même mois et nous les fûmes voir le lendemain matin, messieurs d'Angleterre et nous ensemblement, pow nous réjouir avec eux , et les congratuler du traite qu'ils ont fait , les exhorter de demeurer en union , et de pourvoir aux contributions et ao contentement de la maison de Nassau , suivant la réquisition qui leur en avoit été feite de Is part de vos Majestés , lorsque nous étions à Bercop-Zoora ; et pour le regard de la réfbrmatioi de leur gouvernement, nous nous sommes ab*-
tenus d'en faire quelque particulière ouverture, montrant néanmoins que nous jugions à propos d*y toucher, avec offre d'en conférer avec leurs députés , quand ils estimeroient que nous ies y pourrions assister et servir pendant notre séjour en ce lieu; car nous avons bien reconnu que les volontés de ceux qui y peu\ent le plus n*y sont assez disposées pour le présent : et encore que cette retardation vienne des intérêts particuliers autant que d'aucune autre considération , si estce qu'il le faut souffrir et dissimuler , en attendant que les jalousies et défiances qui diminuent tous les jours soient du tout amorties, et que le prince Maurice et le sieur Barneveldt, qui se mettent mieux de jour en autre, soient rentrés en leur première confiance , ce qui ne peut être fait qu'avecquelque loisir. Cen'cst chose nouvelle, mais ordinaire, de rencontrer plus de difficulté au maniement des affaires publiques , à cause des intérêts particuliers, qu'il n'y en a à trouver et inventer les bons conseils et bonnes lois; et, quand cela avient, qui voudroit Cisayer de faire le bien hors de saison , il attireroit du mal et de la haine sur soi , et seroit cause de mettre de la division et des factions parmi ceux qui doivent être unis , au lieu de profiter au public. Que votre Majesté n'en soit pourtant en aucune peine; car il est certain qu'avec le gouvernement qu'ils ont à présent , lequel a été continué entre eux depuis vingt-cinq ans sans qu'ils y aient rien changé, et le désir qu'ils ont tous de se conserver et empêcl.er que leur Etat ne retourne d'où il est sorti, il n'en peut avenir aucun mal.
Ils sont délibérés de tenir les Etats assemblés cette année entière , et d'y être toujours en nombre raisonnable et suffisant pour y traiter et résoudre de toutes affaires : et le sieur Barneveldt dit qu'au commencement de l'année prochaine, ils considéreront ce qui leur a été proposé, non en public, mais particulièrement à lui, au prince Maurice et à d'autres , pour l'établissement de ce conseil, dont l'utilité est si évidente , qu'il y a raison de croire qu'ils y auront recours avec le temps, et lorsque les esprits seront vides des passions qui les mettent en défiance les u-.s des autres. Le commencement de leur assemblée a été employé à faire le licenciement des gens de guerre : ils n'ont toutefois cassé aucune compagnie entière , soit de cheval ou de pied , mais les ont réduites toutes à soixante-dix hommes pour compagnie, et continué la paye ordinaire, qui est de huit mois deux tiers chacun an , encore qu'ils eussent auparavant destiné de les payer à raison de dix mois : en quoi faisant , le nombre de leurs gens de guerre revient encore à trente mille hommes de pied et trois mille chevaux sur
les rôles. Bien estimons-nous que dans un an, au plus tard, ils y toucheront pour la seconde fois, et les réduiront de temps à autre jusqu'à vingt mille hommes de gens de pied pour tout , y compris môme les quatre mille que votre Majesté leur entretient , et à quinze cents chevaux ; mais ils y procèdent ainsi lentement , et sans toucher aux capitaines et officiers, pour se garantir des mutineries qu'on pourroit faire en demandant les décomptes. Les ambassadeurs d'Angleterre se sont fort plaints de ce que les gens de guerre de leur nation ont été assujétis à la règle générale, ayant allégué là-dessus les mérites de la feue reine d'Angleterre envers les Etats qu'elle a assistés lorsqu'ils étoient abandonnés d'un chacun, et enfin, après plusieurs poursuites, ont obtenu quatre cent cinquante hommes de plus pour les distribuer en trois régimens anj^lais, ainsi qu'il sera ordonné par M. le prince Maurice, avec l'avis des colonels, nonobstant quoi il y a encore trois mille cinq cents soldats qui sont cassés.
Les Ecossais ont aussi demandé quelque gratîfi<ration pour accroître et fortifier leurs compagnies, mais elle leur a été refusée jusqu'ici. Lesdits ambassadeurs espèrent que leur Roi entretiendra de leurs gens qui sont déjà retenus, pareil nombre que votre Majesté , sur ce qui lui est dû par les Et^its; nous ne savons pas s'ils l'obtiendront, mais s'il avient ainsi, cette émulation aura profité aux Etats. Il est vrai , à ce que nous en apprenons, qu'ils n'estimeront pas beaucoup ce bienfait s'il est en déduction de ce qu'ils doivent , car ils se promettoient qu'en venant à compte, le roi d'Angleterre leur rabattroit partie de la dette, et ils craignent qu'il ne le vueille compenser avec cet entretènement. Pour le regard des gens de pied finançais, les compagnies des deux régimens sont réduites à cent hommes chacune, fors celles des colonels qui sont de deux cents, et celle de M. de La Force auquel nous eu faisons ajouter cinquante de plus, suivant le commandement de votre Majesté, comme aussi vingt-cinq à chacun des iieutenans colonels sur l'instance qu'ils nous en ont faite, à cause que les lieutenans-colonels des régimens des autres nations ont tous plus grand nombre de gens que les capitaines, ainsi sont cent hommes de plus que les quatre mille, outre les deux compagnies de cavalerie des sieurs de Villebon et du Meys, qui seront aussi entretenues' au nombre de soixante-dix hommes, et le tout sur l'argent de votre Majesté. Il est vrai qu'il n'y a eu aucun moyen de faire donner les dix montres auxdits gens de guerre selon qu'elle désiroit; car nous en ayant fait grande instance, tant envers les Etats que M. le prince Maurice ,
ils Dous ont priés de ne le^ en presser pour le grand préjudice que cela leur feroit , et les mutineries qui en aviendroient quand les soldats des autres nations verroient qu*on feroit montre aux Français en une même garnison , et à eux non , encore que ce fut de l'argent de votre Majesté non du leur, ce que nous leur alléguions pour raison de différence, eux ajoutant encore, si nous persévérions en cette demande, qu'ils nous prioient de différer l'exécution du commandement que nous en avions reçu jusqu'à ce qu'ils eussent fait entendre leurs raisons à votre Majesté, se promettant qu'après les avoir ouïes elle les approuveroit. Cela a été cause que nous nous sommes abstenus de les en presser pour ne troubler leur ordre , joint qu'en donnant dix montres aux gens de pied , il n'y eût eu assez pour payer seulement les quatre mille hommes : au lieu de quoi les colonels et capitaines nous ayant fait très-grande instance d'obtenir dix hommes pour cent, afm d'avoir meilleur moyen de retenir et appointer leurs officiers et soldats, nous en avons aussi voulu savoir Tintention de$ Etats et dudjt sieur prince Maurice , délibérés toutefois, s'ils y eussent consenti, de ne le faire sans en avoir reçu au préalable son commandement, attendu que cet ordre eût appoi*té diminution sur les gens de guerre de quelque quatre cents hommes ; mais ils nous ont ôtés de cette peine, ayant rejeté du tout ce règlement qu'ils disoient leur devoir être de même préjudice et dommage à Tendroit des gens de guerre des autres nations que celui des dix montres.
Enfin le prince Maurice a été d'avis qu'on devoit donner sur l'argent de votre Majesté augmentation d'état aux capitaines, jusqua cinq cents livres par an , pour appointer leui-s officiers et meilleurs soldats, sans quoi ils déclaroient tous ne les pouvoir retenir et conserver, mais seroient contraints de faire comme les capitaines anglais, qui ont licencié la plupait de leurs meilleurs soldats, faute de moyen pour les appointer, et retenu ceux qu'ils ont pensé pouvoir contenter d'une moindre solde : à quoi les Etats ne contredisent si votre Majesté le désire ainsi , pourvu que cette augmentation leur soit payée, non a la montre et par les mains des payeurs ordinaires pour éviter la conséquence, mais séparément et par les mains de l'ambassadeur, et que lesdits capitaines promettent et jurent moyennant ce de tenir toujours leur nombre complet , et d'appointer leurs bons soldats. Nous jugeons bien. Sire, que cela ne servira que pour ceux qui auront soin de leur honneur ; mais les voyant tous de bonne volonté, et désireux que leurs troupes soient belles , afin qu'elle en reçoive plus
de contentement et meilleur service , nous avons estimé que ce bienfait y serviroit, et que sans cette aide il leur seroit du tout impossible de prendre quelque chose sur leur entretèneroeot ordinaire pour gratifier lesdits officiers et soldats. Elle considérera aussi, s'il luiplait, que pour leur faire cette gratification elle n'augmeaten pourtant le fonds accordé aux Etats; joint que ce qui reviendroit de bon, ils entendoient aosH bien de le retenir et employer au paiement des cent iiommes qu'ils doivent entretenir de plos que les quatre mille hommes de pied , et néanmoins que tout ce que dessus peut être fait avec leur gré et contentement , pource qu'ils voient que c'est pour avoir à leur service de roeilleon hommes. C'est la province de Hollande qui r^ cevra les six cent mille livres et sera chargée do paiement, et de le faire par avance de mois en mois, les colonels et capitaines ayant désiré et fait grande instance d'être payés par ladite province , d'autant qulls paient bien , et aux termes ordinaires; au lieu^ue ceux qui sont assignés sur la généralité du pays ne reçoivent le plus souvent leur solde que trois et quatre mob après le terme expiré, étant les capitaines contraints à cette occasion de prendre argent i grands intérêts pour donner quelque prétàleon soldats, attendant les montres. Nous leur promettons aussi de la part de votre Majesté de fournir lesdites six cent mille livres tournois en deux termes et par avance, afin que lesdits gens de guerre soient payés de même façon, et doit commencer le paiement suivant cet ordre an premier jour du mois de mai dernier , demeurant deux cent mille livres des cent mille écus qu'ils ont reçus présentement, sur la gratification qu'elle a accoutumé de leur faire, et les cent mille livres, à compter sur l'entretèneroent promis , qui est en effet ce qui nous a été rapport? de son intention par M. de Préaux : et de tout ce que dessus, nous faisons un traité avec la province de la Hollande, que le sieur Jeannio loi portera à sou retour, par lequel traité le fonds nécessaire pour donner l'augmentation susdite aux capitaines est tenu en réserve pour être employé selon l'état que votre Miy'estéen fera dresser , étant néanmoins l'intention des Etats qu'il demeure à leur profit, au cas qu'elle ne le destine à cet effet.
Nous commettons aussi à la charge de commissaire le sieur de Franchemoot pour assistera la première montre, attendant qu'il lui ait plu déclarer sur ce sa volonté; c'est ce qui a été feit pour le licenciement des gens de guerre, et l'ordre des Français. Les Etats sont maintenant occupés pour délibérer des contributions, afifl
BU PBESIDEI«T JEàNNIIC.
d*accorder les différends qui sont entre les provinces sur leurs cotes , lesquels différends sont commencés avec la prise des armes , sans qu'on les ait pu terminer sinon par provision , et d'année en année. Or à présent chacun craint que la provision d*un an ne soit pour toujours : nous nous y entremettons, et ne laissons, quoique chacun eût ci-devant déclaré nous en vouloir croire, d'y rencontrer de très-grandes difficultés, n'y ayant personne qui veuille quitter ce qu'il estime devoir obtenir.
Nous espérons toutefois d'y trouver quelques expédiens, et d'en sortir dans huit ou dix jours au plus tard , comme nous ferons aussi dans le même temps de ce qui touche à la maison de Nassau , où il y a moins de difficulté. Nous ajouterons maintenant à cette lettre ce que nous avons appris touchant Clèves. Les Etats dudit pays ont été assemblés depuis peu de jours en la ville de Dusseldorf , où l'Empereur a eu ses commissaires , lesquels ont essayé, avec les pratiques que lui et le roi d'Espagne y ont dès long-temps , de faire mettre le gouvernement du pays en ses mains par forme de séquestre , attendant qu'il soit connu du droit des prétendans; mais cette poursuite a été sourde , et s'est enfin contenté que le gouvernement soit demeuré aux deux chancelleries de Clèves et Juliers , qui est autant à dire qu'aux deux conseils desdits pays; auxquels les Etats ont ajouté quelque nombre de la noblesse, et des plus notables des villes pour les autoriser davantage , et pour ce qu'ils estimoient aussi que l'ancien conseil étoit pour la plupart à la dévotion d'Espagne, comme il est vrai; et pour cette raison il ne faut pas douter que ce gouvernement ne favorise toujours celui qui aura plus de support de la maison d'Autriche. Les députés de l'électeur de Brandebourg qui sont sur le lieu , ont surpris une instruction que le nonce du Pape qui est à Cologne envoyoit à quelques gentilshommes de Clèves, qui contient qu'il faut faire tomber ces pays es mains d'un prince catholique , ayant envoyé à cet effet èsdits pays quatre ou cinq jésuites, issus des meilleures familles de la noblesse , pour pratiquer et persuader, s'il est possible, aux catholiques qui y sont en grand nombre, qu'ils ne reçoivent pour seigneur autre que le marquis de Burgau , lequel est catholique , et , s'ils ne le peuvent obtenir , de favoriser plutôt le duc de Neubourg que l'électeur de Brandebourg.
Le fils dudit duc de Neubourg a envoyé en ce lieu un gentilhomme vers les Etats , pour leur remontrer le droit de son père et le si^^n en la succession de Clèves, et les prier de le vouloir favoriser, leur faisant entendre que votre Majesté
leur a promis toute assistance.' Les Etats ne lui ont fait réponse qu'en termes généraux , et qu'ils désirent que les parties intéressées composent amiablementde leurs différends. Ce gentilhomme nous est aussi venu voir pour nous faire entendre ce qui est de la bonne affection de votre Majesté envei's son maître , et prier de lui faire à cette occasion tous bons offices envers lesdits sieui*s les Etats , ayant donné sur ce même sujet lettres de son maître au sieur Jeannin , et fait entendre le droit d'icelui en cette succession. Notre réponse a pareillement été du désir qu'elle auroit d'aider à composer le différend qui est entre ces princes , à quoi il montre bien que son maître entendra très-volontiers; mais il se défie que Télecteur de Brandebourg en vueille faire autant, encore qu'il y soit obligé en vertu d'un traité fait dès long-temps entre son père et le duc de Neubourg , par lequel ils avoient promis l'un à l'autre , le cas avenant de cette succession , d'en traiter à l'amiable , non contentieusement ni par les armes. Ce qu'il met en avant du droit du duc de Neubourg n'est autre chose, sinon ce que nous en avons ci-devant mandé à votre Majesté, que nous ne répéterons en cet endroit.
Quant à l'électeur de Brandebourg, nous avons avis qu'il est à présent de retour à Berlin, qui est sa demeure ordinaire, et que son frère est en chemin pour se rendre à Clèves, dont les Etats du pays étant avertis , ils lui ont envoyé au devant pour le prier de ne passer outre , et de ne vouloir entrer dans leurs villes , mais de se tenir en lieu neutre, attendant qu'il soit connu de son droit. Et pource que le duc de Neubourg fils étoit en la maison d'un gentilhomme du pays, ils l'ont pareillement prié de se vouloir retirer en lieu neutre, et d'aller même au devant du frère de l'électeur, pour conférer avec lui amiablement touchant leur différend; ce qu'il a consenti de faire , et s'y est acheminé , mais on n'a encore avis de ce qui eu est avenu. Ou dit aussi que le prince, frère de l'électeur, doit venir en ce lieu pour demander assistance aux Etats, selon que ce gentilhomme venu vers eux a déjà fait, en vertu d'un traité fait avec le feu électeur de Brandebourg par M. le prince Maurice, M. le comte Guillaume, M. de Barnoeldt et un autre député de Zélande, au nom des Etats-Généraux : lequel traité contient que les Etats promettent, le cas avenant de cette succession , d'en prendre la possession au nom dudit électeur , moyennant quoi il leur promet aussi donner cinq cent mille livres à certains termes déclarés par ce traité, qui a jusqu'ici été tenu secret. A quoi lesdits sieurs répondant ce traité être véritable , et néanmoins que ledit électeur ne s'en peut ai«
der contre eux, sinon autant qu'il leur plaira, d'autant que la duchesse de Prusse , mère de l'é- Jectrice, étoît lors vivante, qui rendoitson droit certain et indubitable ; au lieu que son décès avenu depuis, et avant la mort du dernier duc, y met à présent de la difficulté; davantage , que sur les cinq cent mille livres promises par le feu électeur, ils n'ont reçu que cent mille livres, encore que tous les termes soient dès long-temps expirés; qu'ils n'entendent toutefois se servir de telles défenses, mais de prendre résolution en cette affaire par l'avis de votre Majesté, et de suivre ce qu'elle-même fera. Ce gentilhomme nous est aussi venu voir , avec lettres des ambassadeurs de l'électeur qui sont au pays de Glèves, lequel nous a priés de vouloir favoriser la cause de leur maître envers les Etats. Et pour ce que le duc de Neubourg fait courir le bruit partout, même audit pays, que votre Majesté a promis de l'assister de son autorité et de ses moyens pour conserver son droit , il nous a poursuivis et requis avec grande instance de vouloir écrire aux Etats desdits pays lettres qui pussent faii^ évanouir tels bruits , et leur donner quelque opinion qu'elle désire plutôt favoriser ledit sieur électeur que sa partie ; mais nous les lui avons refusées , sa demande étant aussi sans raison , attendu que nous n'avons reçu aucun commandement sur ce sujet, y ayant aussi ajouté que ce seroit contre la dignité de votre Majesté si elle s'entremettoit plus avant de cette affaire en faveur d'un prince qui ne l'en a encore recherché ni requis, et qu'il nous sembloitque pendant l'absence dudit sieur électeur ses plus proches dévoient faire cet office; l'assurant néanmoins qu'elle étoit très-affectionnée envers la maison de Brandebourg, et que nous estimions qu'elle en rendroit tous bons témoignages quand il seroit temps. Nous lui avons encore mis en avant ce traité fait par le duc de Neubourg avec le feu électeur de Brandebourg, dont mention a été faite ci-dessus, pour composer leur différend à l'amiable quand le cas écherroit; mais il a répondu que ce ne fut qu'un projet non conclu ni arrêté et signé ainsi, son maître n'étoit obligé en vertu d'icelui, et n'estimoit pas qu'il le voulût suivre , mais se maintenir en la possession qu*il a prise avant le duc de Neubourg des pays qui dépendent de cette succession , attendu que par les lois de l'Empire le premier possesseur doit demeurer en jouissance Jusqu'à ce qu'il soit connu du droit des prétendans; en quoi s'il est troublé , entend se conserver par les armes contre qui que ce soit ; et à cette occasion , s'est plaint aux Etats de ce que , par deux lettres écrites par eux au conseil et Etats qui ont le gouver-
nement desdits pays, ils leur conseillent de demeurer neutres jusqu'à ce que le droit des prétendans soit éclairci , les ayant tant pressés de leur vouloir écrire quelque lettre sur ce sujet pour interpréter les précédentes, qu'enfin ib Tout fait par notre avis , et de telle substance néanmoins qu'elle ne peut préjudicier an droit de qui que ce soit , et servir peu en effet à l'électeur de Brandebourg.
Votre Majesté verra, par une lettre que M. le président Richardot a écrite sur ce sujet au sieur Jeannin , que l'avis de l'arrivée du frère de l'ëws tcur au pays de Clèves est aussi venu aux archiducs, et le désir qu'ils ont de faire traiter ce dif* rend par la justice. Or il y a grande difTéreoce de traiter de cette affaire par voie amiable et par l'avis des princes qui sont amis communs, ou de la remettre à la justice; car le premier ne pcnt être rejeté avec raison des uns ni des autres, et l'autre sera sans doute refusé par l'électeur de Brandebourg, parce que l'empereur ou la chambre impériale en seroient les juges, et il sait que ce prince favorisera plutôt le droit du duc de Neubourg que le sien. Les Etats désirent \m fort que les choses ne viennent point aux armes, mais ils feront sans doute ce que votre Majesté trouvera bon ; et nous estimons aussi qu'eu s J employant avec affection, comme il lui a plu jnontrer qu'elle veut faire, les princes intéressés rendront un grand respect à son avis et jugement; comme au semblable les autres qui pourroientde sirer d'y profiter sans raison seront contraints de s'en abstenir, crainte que le parti qu'elle prendra, assisté de la justice d'une bonne cause, ne devienne le plus fort. Le retour du sieur Jeannin vers votre Majesté, lequel partira de ce lieu dans dix jours au plus tard, l'instruira de toutes autres particularités concernant la charge qui nous a été commise. Et sur ce, nous prierons Dieu, Sire, qu'il maintienne votre Majesté et sa royalef^ mille en tout heur et prospérité.
De La Haye, ce neuvième de juin 1609.
Vos, etc. , P. Jejlnnin et db Russy.
Lettre dudit sieur Jeannin à M. de Txlhf^^ dudit jour neuvième juin 1609.
Monsieur, encre que j'aie demandé mon con^ avec grande instance, et que le séjour en ce M me soit à présent fort ennuyeux, si n'enpnisj' sortir que je n'aie achevé ce à quoi le command^ ment du Roi et mon devoir m'obligent pour assurer le repos que Sa Majesté a procuré à «* pays, lequel est vraiment son ouvrage, commencé et rendu parfait par sa prudence, et l'assistance qu'il a eue de vos bons conseils, ^^ que pour mon regard j'y aie contribué autre
DU PBESIDENT JEANNIN.
chose sinon le soin, la fidélité et diligence pour exécuter ses commandemens et vos conseils , en quoi toutefois j'ai eu tant de traverses et rencontré de si grandes difllcultés, que si le bonheur qui accompagne toutes ses actions n'eut été Joint au respect et à la créance que ces peuples ont rendu à ses avis , nous n'en fussions jamais sortis à son contentement, ni au bien et avantage de cet E at; chacun lui en donne aussi l'honneur et la gloire entière. Les princes mêmes avec lesquels on a traité le confessent, encore que je sois bien averti qu'aucuns de leurs principaux serviteurs y ajoutent sourdement, pour diminuer le gré de cette obligation, que Sa Majesté pouvoit fhire passer ce traité à meilleur marché pour eux, comme il est vrai en effet; car la générosité avec laquelle elle a parlé quand il a été temps, a donné du courage aux Etats pour oser espérer et demander ce qu'ils ont obtenu, et de la crainte aux autres pour leur faire accorder des conditons qu'ils eussent autrement rejetées. Si n*ai-je laissé de mon côté de faire tout ce que j'ai jugé être requis pour leur faire sentir cette obligation , et le gré qu'ils lui en doivent savoir, afin qu'ils en soient d'autant plus enclins à rechercher son alliance et amitié, m'étant aussi conduit de même façon avec les ambassadeurs d'Angleterre, pour remettre leur maître en meilleure intelligence avec nous qu*il n'étoit au commencement du traité, et par ce moyen aider autant que j'ai pu à faire que Sa Majesté soit recherchée des uns et des autres, pour avoir le choix de l'alliance et amitié qu'elle jugera devoir être plus utile à son royaume. Je sais bien que telle conduite n'est pas toujours heureuse; mais s'il n'en a vient mieux , elle laisse au moins un grand contentement à celui qui s'est acquitté de ce devoir. Le fait des contributions nous travaille et occupe entièrement; car, encore que les provinces qui sont en dispute aient montré et déclaré plusieurs fols de nous en vouloir croire, la province de Zélande en fait à présent difliculté, qui me fait craindre qu'il n'y ait quelque longueur à y prendre résolution , et par ce moyen que je ne demeure ici plus que je ne désire. Je me promets 1 néanmoins que l'issue en sera bonne, et que le \ soin qu'ils ont tous de se conserver vaincra l'opiniâtreté des uns et des autres, c'est pourquoi vous n'en devez être en peine. Il y aura seulement plus de fâcherie pour moi , et quelque retardation à mon retour, mais rien de pis. Nous avions prévu telles difficultés long-temps avant la trêve, et pour cette raison été trois fois en l'assemblée générale pour les prier dje s'en accorder sans attendre la conclusion du traité , pource que les provinces de Gueldres, Frise, Over-Yssel et
Groningue, qui résistent à présent aux deman« des de la Zélande, y eussent lors volontiers consenti, et la Hollande même, pour le désir qu'elles avoient toutes de se mettre en repos; mais ceux qui étolent ennemis de la trêve, et jugeoient quo cela apporteroit de la facilité à la faire. Tempechèrent. Cette même contention a été entre eux, et toujours avec grande animosité, dès le commencement de leur guerre, sans qu'ils y aient jamais pu faire aucun règlement, sinon à temps et d'année en année, encore après avoir disputé long-temps , et fait leur protestation de n'y acquiescer que pour la nécessité du temps, et crainte des ennemis.
Quant à ce qui touche à M. le prince Maurice, et au partage de ses frères, il est sursis jusques à ce qu'il soit pourvu aux contributions; mais j'espère que nous l'achèverons aussi. Vous seriez émerveillé combien l'aigreur est grande, et même depuis trois mois, contre les catholiques. -On en cache et dissimule la cause, mais je sais qu'elle vient de ce que le prince Maurice et ses amis pensent que cette rigueur doit servir pour einpécher qu'on ne se rapproche d'Espagne , et à cette occasion se lie tant qu'il peut avec les ministres, estimant aussi que cela doit aider à le remettre en crédit, et à reculer son aîné, dont aucuns le mettent en soupçon et lui font craindre l'autorité, et qu'il ne se rende plus agréable que lui, mais sans raison. Poiir moi, je tiens au contraire qu'il n'y a rien qui doive tant nuire à cet Etat que de mettre les catholiques au désespoir, ni plus au prince Maurice en particulier que la recherche de l'amitié des ministres; qui deviendra incontinent suspecte à ceux qui le jugent plus ambitieux que peut-être il n'est. Je lui en ai dit quelque chose qu'il a pris de bonne part. Aussi est-il vrai que ces gens-ci sont si amoureux et jaloux de leur nouvelle république, que l'autorité entre les mains d'autres que d'eux-mêmes ne leur peut plaire; et je n'essaie pas à présent de leur diminuer cette affection, pource qu'elle leur fait d'autant plus craindre et avoir en horreur l'ancienne sujétion de laquelle ils sont sortis ; mais il me fâche que l'espoir de faire donner quelque soulagement aux catholiques en soit moindre, ce que toutefois je juge nécessaire pour la sûreté des Etats et la réputation du Roi, lequel fera connottre par ce moyen le soin qu'il a d'avancer et fortifier sa religion : joint qu'il me semble les Anglais se devoir plus promettre de cet Etat , la religion catholique en étant bannie, et les catholiqueschassés ou laissés sans exercice, qui est pour enfin éteindre du tout leur nom et pouvoir en ces pays, que si elle y étoit reçue, encore que ce ne fût que dans les maisons et comme par souffrance. Aussi se
bandent -ils entièrement pour l'empêcher, et semble bien qu*ils le font autant pour cette considération que pour zèle à leur religion. Ce n*est pas qu'ils soient conjoints en ceci, le prince Maurice et eux , mais ils s'y rencontrent par divers respects, et je me sers aussi de cette raison envers le premier pour lui rendre suspecte la poursuite et le soin que les autres prennent en cet endroit. Je vc'us représente ce que dessus , afm que vous puissiez connoître le doute auquel je suis sur la remontrance qu'il convient faire en faveur des catholiques, et que je serai bien fort circonspect pour ne rien dire de contraire qui soit hors de saison et puisse diminuer l'autorité et créance que Sa Majesté s'est acquise parmi .ces peuples. Quant aux affaires de Clèves, encore que la maison d'Autriche, et principalement le roi d'Espagne et les archiducs, puissent avoir quelque dessein d'en profiter, si ne saurois-je croire qu'ils s'y veuillent embrouiller , si l'électeur de Brandebourg est appuyé et assisté en cette poursuite des deux électeurs protestans , comme on tient qu'il sera. On dit même que le duc de Bavière le favorisera plutôt que le duc de Neubourg son parent. Ils auront aussi crainte que Sa Majesté s en mêle, au cas qu'ils se déclarent, et entreront encore avec plus de raison en défiance du roi de Danemarck , qui est allié de l'électeur de Brandebourg et des Etats, qui sont déjà aucunement obligés et engagés à sa défense; car l'Empereur étant encore mal avec son frère , et déchu de réputation pour le coup qu il a reçu, et d'autre côté le roi d'Espagne las, recru et épuisé, ils seroient foibles contre un si grand mouvement. Ainsi est vraisemblable qu'ils aimeront mieux aider à composer les deux princes intéressés que s'exposer pour autrui aux dangers d'une si grande guerre, attendu même qu'ils viennent de quitter le lieu pour se garantir d'une autre qui semhloit avoir moins de péril et plus grand espoir de profit. Quant au duc de Neubourg, il montre déjà de craindre cette tempête, et d'être disposé d'accepter les conditions d'un traité. On en peut autant espérer de l'électeur de Brandebourg s'il y est convié, et comme forcé, par les princes ses amis, qui semblent tous être d'inclination et d'humeur pour prendre ce conseil , et lui d'un , esprit assez doux et modéré, à ce que j'entends, pour être persuadé de le recevoir. L'absence de l'électeur qui est toujours en Prusse , et le peu de devoir qu'ont fait les siens jusqu'ici, sont cause qu'il n'y a encore grand avancement en ses affaires. L'empereur fait cependant ce qu'il peut pour mettre le gouvernement es mains des deux chancelleries de Clèves et de Juliers , c'est-à-dire du conseil desdits pays, qui est composé de person-
nes qu'on tient pour la plupart affectionnées m roi d'Espagne. 11 est vrai qu'on y ajoute quelque nombre de gentilshommes et autres personnes notables des villes, qu'on dit être moins passio&Dè et plus désireux de tenir la balance droite pou empêcher que leur gouvernement ne soit suspect d'un côté ou d'autre. Ce que j'y vois de meilleur est que sont pays ouverts et peu fortifiés, et a cette occasion telles pratiques ne pourront guère nuire à celui qui aura des forces pour se rendre maître de la campagne, pourvu qu'on nedonoe loisir au premier occupateur d'y bâtir des forteresses ; ce qu'il pourroit faire en peu de temps, à cause de l'opportunité des bonnes assiettes qoi se rencontrent en plusieurs endroits èsdits pays. Les députés de Clèves et de Juliers, qui sont venus en ce lieu pour prier les Etats de ne favoriser la force et violence de qui que ce soit,noQS étant venus voir, je leur ai fait entendre qu'ils doivent être fort considérés, afln de ne donner aucune jalousie à personne , et rechercher ausà avec plus grand soin qu'ils n'ont fait jusquld les princes qui peuvent aider à les remettre en repos, leur faisant connoître de qui j'entendois parler : à quoi ils m'ont répondu qu'ils ne s'étolent encore adressés qu'aux archiducs et aui Etats, comme étant leurs plus proches voisins, et ceux qu'ils voient armés , mais qu'ils se promettent beaucoup de l'autorité de Sa Majesté, et de l'affection qu'elle montre partout à vouloir tenir la chrétienté en paix. Et à la vérité , il semble que Dieu l'ait aujourd'hui mise en un si haut d^ gré d'honneur et de réputation, qu'elle peut empêcher, par la créance que chacun a en sa grande pi*udence , le respect qu'on lui rend , et la crainte qu'on a aussi de son autorité et pouvoir, toute» sortes de mouvemens, en quelque lieu que ce soit de la chrétienté, s'y voulant employer avec soin et affection, qui n'est pas un petit ornement pour l'ajouter à la gloire qu'elle s'est acquise par lesarraes, ni peu de sûreté pour son royaume et ses sujets- Messienra des Etats diffèrent d'envoyer leurs députés, tant à Sa Majesté qu'en Angleterre, pov les remercier du soin et de la peine qu'il leur a plu prendre pour les mettre en repos , jusqu'à ce que le temps de la ratification soit passé : c'est afin de les sup( lier, comme obligés à la garantie de ia trêve , de faire instance pour obtenir ladite rôtification au cas qu'elle n'ait été envoyée, et, si k roi d'Espagne en fait refus, pour leur demander secours. J'estime toutefois qu'il en est venu trt^ avant pour la refuser. Voyant les longueurs des Etats, nous avons montré de vouloir prendre congé d'eux , sur quoi ils m*ont prié fort instamment de surseoir encore jusqu'à ce qu'ils soient d'accord de leurs contributions, estinoant qu
DU PRESIDENT J&ÀNNIK.
ôâs
ûotis les y pouvons servir, différant même le traité de garantie qui leur a été promis jusqu'à ce que le reste soit fait afln de nous retenir plus aisément ; si estimé-je que nous aurons fait dans huit ou dix jours au plus tard , et que je partirai lors sans aucune remise. J'ai parlé du fuit des consuls, et pense le faire accorder. Vous verrez par les lettres que nous écrivons au Roi ce qui s'est passé pour Tentretènement des Français qui sont ici. Nous avons donné commission au sieur de Francheraont pour faire la première montre, attendant qu'il ait plu au Roi dy pourvoir : néanmoins je vous supplierai très-humblement étant par delà de Ten faire gratifier, et de le préférer à ce porteur que j'estime avoir entrepris ce voyage pour ce seul sujet, encore qu'il me i eût celé; car nous ne l'eussions envoyé exprès pour porter nos lettres , attendu que du Monceau est ici qui partira dans deux ou trois jours pour s'en retourner, et qu'il n'y a aussi chose qui n'eût bien pu attendre mon arrivée par delà. J'ai appris, achevant cette lettre, que l'électeur de Brandebourg offre à l'Empereur une grande somme d'argent pour obtenir de lui l'investiture de là succession de Glèves, et qu'il est en volonté de l'accepter. Je vous envoie la copie de notre dernière proposition en l'assemblée des Etats, et suis, monsieur, votre , etc.,
P. Jeannin.
A La Haye , ce neuvième juin 1609.
Lelire dudit sieur Jeannin à M. le duc de Sully y du même jour neuvième juin 1609.
Monsieur^ on ne fait rien ici qu'avec beaucoup de difliculté et de longueur. Ce qui retarde à présent mon retour de quelques jours, est le fait des contributions, dont les provinces sont de tout temps en grande contention , et n'y a jamais été pourvu durant la guerre que d'année en année, et j'y ferois volontiers prendre, s'il m'étoit possible, quelque bon règlement qui fût plus assuré, et pour plus de temps. Toutes les provinces avoient ci-devant montré de nous en vouloir croire; mais elles y contredisent à présent; si espéré-je que nous en sortirons dans huit ou dix jours au plus tard, et qu'il ne restera plus rien qui m'empêche de partir d'ici , ce que je désire de toute mon affection. Les six cent mille livres que le Roi a accordées pour entretenir les quatre mille hommes des deux régimens, doivent être employées selon qu'il est contenu es lettres que nous écrivons à Sa Majesté. Je ne sais si elle approuvera l'augmentation d'état de cinq cent livres pour chacun des capitaines, mais c*est l'avis de M. le prince Maurice , et notre lettre en contient les raisons. Aussi est-il bien certain , quand
cet argent n'y seroit employé , qu*il ne retourneroit pas en la bourse de Sa Majesté ; et ce bienfait , que les capitaines promettent employer pour appointer leurs bons soldats, sera cause qu'ils les pourront retenir, ce qu'ils n'eussent pu faire autrement pour être la solde qu'on leur donne trop petite, et eux n'ayant aussi moyen de leur doimer quelques appointemens et avantages sur leurs états ordinaires : toutefois c'est chose qui est seulement projetée sous le bon vouloir et plaisir de Sa Majesté ; à quoi , si elle fait quelque difficulté, je vous supplie très-humblement, monsieur, vouloir faire qu elle suspende son jugement jusqu'à mon retour, et qu'elle en ait entendu les raisons pour en ordonner plus à loisir, car toutes choses seront aussi bien entières lorsqu'à présent. Le frère de l'électeur de Brandebourg s etoit acheminé au pays de Glèbes, mais le conseil dudit pays qui a le gouvernement, étant averti qu'il en approchoit , lui a envoyé des députés pour le prier de n'y point entrer. Ils ont aussi prié le fils du duc de Neubourg qui y étoit déjà d'en sortir, et d*aller au devant de lui pour conférer ensemble, et mettre, s'il est possible, l'affaire en un compromis amiable : on ne sait encore ce qui enaviendra.
Je me suis instruit du droit de l'un et de l'autre, et ai retiré extrait des pièces que leurs ministres m'ont communiquées pour en justifier , afin d'en faire rapporta Sa Majesté quand je serai par delà. Si elle continue à montrer de vouloir composer ce différend, elle aura grand pouvoir et autorité envei*s les princes prétendans pour les y disposer , et pour empêcher aussi que la maison d'Autriche n'y entreprenne par force au préjudice de celui qui aura le plus apparent droit. Madame la comtesse de Ligne avoit mandé qu'elle viendroit ici pour se mettre en possession de ce qui appartient à son mari, et je l'attcndois pour l'empêcher. Je vous ai écrit , monsieur , qu'elle se rend toujours difficile, et montre de ne se vouloir mettre à la raison, ainsi que j'ai reconnu par les lettres que j'ai reçues de M. de Berny : c'est pourquoi il me semble toujours qu'il n'y a meilleur moyen pour l'y disposer , sinon de se mettre en possession en vertu du traité , ce qui ne peut être refusé par les archiducs sans contrevenir à la trêve , ce que je n'estime pas qulls veuillent faire ; et au pis aller , dès le premier refus le bien qui est par deçà en répondra attendant mieux.
Toutefois si vous continuez à vouloir que je passe à Bruxelles pourvoir ladite dame sur ce sujet, j'obéirai à votre commandement avec même affection que je veux demeurer perpétuellement, monsieur , votre , etc. , P. Jeannin.
A La Haye , ce neuvième jour de juin 1 609.
N^GOGU'rîONS
Letlre dudit sieur Jeannin à M. de Puysieux y dudiijourneuvièmejuin 1609.
Monsieur, ce que vous me mandez que /obtienne de messieurs les Etats par vos dernières lettres , à savoir une dé^'laration d'eux que ce pays n*est en la sujétion d'Angleterre , pour vous en servir en Turquie contre l'ambassadeur d'Angleterre qui publie le contraire, ne me semble nécessaire, d'autant qu'il ne faut sinon prendre le traité de la trêve faite par les Etats avec le roi d'Espagne et les archiducs, par lequel ils traitent en qualité et comme souverains qui ne dépendent point de la sujétion de quelque prince que ce soit. Le roi d'Angleterre même y intervient comme leur ami et allié, non comme ayant quelque droit de supériorité sur eux. Le traité que ledit sieur Roi doit aussi faire au premier jour avec eux pour la garantie de la trêve , en rendra un témoignage certain et assuré, attendu que par icelui les Etats traitent une alliance égale et comme souverains, tant avec ledit sieur Roi qu'avec le nôtre. J'estime donc que ces deux traités suffisent pour justifier ce que vous désirez; et je craindrois qu*en demandant la déclaration dont vous m'écrivez, les ambassadeurs qui sont . ici ne prissent soupçon que ia recherche en fut faite à autre dessein. Toutefois si nonobstant ces raisons il est jugé qu'on en doive faire instance, il n*y aura aucune difflculté à l'obtenir. J'en ai encore en ce lieu pour huit ou dix jours au plus, après lesquels je partirai , Dieu aidant, sans plus attendre aucune réponse à nos lettres, et demeurerai toujours , monsieur , votre , etc. ,
P. Jeàn.nin.
A La Haye, ce neuvième juin 1609.
Lettre dudit sieur Jeannin à M, de La Boderie, du onzième juin 1609.
Monsieur, c'est avec raison que vous vous plaignez par votre dernière lettre de n'avoir reçu aucun avis de moi de ce qui s'est passé touchant la conclusion de la trêve; mais je vous peux assurer avec vérité que je vous écrivis des le lendemain de mon arrivée en ce lieu, et que la lettre, qui devoit être envoyée à M. de Vaudrenecq pour ia vous faire tenir, fut omise par l'oubliance de celui à qui j'en avois donné charge , dont je n'ai rien sucpi'après avoir reçu la vôtre, m'en étant bien fort fâché a lui : recevez donc, s'il vous plait, cette excuse qui est très-véritable. Or c'est chose trop connue à présent d'un chacun pour vous en faire aucun récit ; bien vous diraije qu on commence à s'en réjouir en ce lieu, et à estimer qu^elle sera utile. On en a fait autant du côté des archiducs , et le Roi en a reçu un trèsgrand contentement , ainsi que Sa Majesté nous
la témoigné par ses lettres. Je ne tôispas comme il en est au lieu où vous êtes, ni si M. le comte de Salisbury vous en parle selon son sentimeat intérieur; mais je vous peux bien assurer qae les ministres du roi d'Angleterre ont fait eaùnoître sur toutes les difficultés et disputes qui sont survenues, que leur maître la désiroit ardemment, et, ou je suis trompé, ceux des archiducs qui s en sont bien aperçus, et Ott eu plus de contradiction de notre côté que du leur, loi en savent à cette occasion plus de gré qu'à notre maître qui a parlé librement , et nous a commandé d'en faire de même pour obtenir des conditions les plus avantageuses qu'on pourroit pour les Etats, comme nous avons fait, eux au contraire ayant été plus retenus, et f .it voir parleur conduite qu'ils désiroient autant le contentement des archiducs que celui des Etats : et néanmoios il est vrai qu'en faisant ce qui étoit de mon devoir , j ai apporté au surplus la plus grande modération que j'ai pu pour faire que le Roi , qm a fait le plus pour achever cette œuvre, en eût aussi le plus grand gré des uns et des autres.
Lesdits sieurs députés d*Angieterre et noos avons vé 'u depuis cinq ou six mois en grande amitié, et , comme il me semble, avec moins de défiance que du passé : je ne sais si cela pourra être cause de quelque plus étroite amitié et intégrité entre les maîtres; je le désire, mais je n'y peux apporter que les vœux. Nous sommes en grande peine maintenant pour les con tri butions entre les provinces, dont les cotes, dès le eonmencement de la guerre jusqu'à présent , n*oot jamais été réglées avec certitude; mais on y pr^ noit toujours des expédiens d'année en année, â la crainte des ennemis les y rendoit tous plus faciles pour lors , au lieu qu'à présent qu'ils peih sent être en sûreté ils sont plus opiniâtres. Noos espérons toutefois de les composer, et de mettre aussi d'accord M. le prince Maurice avec M. le prince d'Orange son frère pour leurs partages, comme il est bien nécessaire pour ôter toute s^ mence de division en cet Etat ; ce que je pré\ob bien me devoir encore retenir huit ou dix jour^ en ce lieu , d'où je ne sortirai jamais sitôt que je le désire , étant si las et ennuyé du Itag séjour que j'y ai déjà fait, qu'il n'est possible de plus. Je vous baise très-humblement les mains, et suis, monsieur, votre , etc. , P. jEAJimcif,
A La Haye , ce onzième jour de juin 1 609.
Remontrance faite en rassemblée des Ett^s-Gfnéraux des Provinces-Unies par M, Jeantéin. au nom du Roi , en faveur des catÂoéiquei desdites provinces.
Messieurs, nous avons différé jasqalci à rem
1>U PBESIDENT JËÀNNIN.
faire une prière et recommandation de la part de notre Roi , en faveur des catlioliques qui demeurent dans votre pays , Sa Majesté n*ayant pas jugé qu'il fût à propos de la faire lorsqu'on traitoit de la paix ou de la trêve , crainte d'ajouter nouvelles difficultés à infinies autres qui se rencontroient déjà, lesquelles jointes ensemble eussent plutôt été cause d'empêcher ce bon œuvre, que de lui faire obtenir quelque fruit de sa demande; et maintenant nous la faisons en un temps auquel vous en pourrez ordonner en toute liberté et par votre propre jugement , sans que la résolution que vous prendrez en Ifur faveur vous puisse être dommageable , ni qu'autres que vous-mêmes s*en puissent attribuer la grâce.
Deux raisons l'induisent à vous faire cette prière; Tune, qu'il est prince catholique, obligé par devoir à procurer tout le bien et avancement qu'il peut à sa religion; l'autre, qu'ayant bien et mûrement considéré ce qui vous peut être utile ou dommageable, il prévoit et juge qu'il n'y a rien plus nécessaire pour vous maintenir tous en bonne union , ferme intelligence et sincère amitié, et pour ôter aussi tout prétexte à qui que ce soit d'entreprendre sur vous et contre votre Etat, sinon que vous vous absteniez dorénavant d'user de rigueurcontre eux, et que voussouffriez^ au moins par dissimulation et tolérance , si vous ne voulez le permettre et autoriser par loi, qu'ils puissent servir Dieu selon qu'ils ont été instruits, se promettant que vous en ferez le même jugement , si vous examinez les raisons qui sont contenues en cet écrit, non avec un préjugé de les rejeter avant que les avoir entendues , mais avec un esprit de mansuétude et charité qui vous invite d'avoir compassion de vos compatriotes qui implorent votre justice, et la recevront à grâce, encore qu'elle leur soit due, et qu^elle vous doive aussi servir d'un remède salutaire pour vous assurer du tout de leur affection et fidélité.
Considérez donc, s'il vous platt, en premier lieu le grand nombre de catholiques qui sont chez vous, tant aux villes qu'au plat pays, et quMIs ont travaillé avec vous, employé leurs moyens, été exposés aux mêmes dangers, et toujours gardé une immuable fidélité à l'État tant que la guerre a duré, sans se plaindre ni murmurer de ce qu'ils ne jouissoient de l'exercice de leur religion , estimant que vous en aviez aîDsi ordonné pource que la sûreté publique requéroit lors cette sévérité. Mais ils s'étoieut promis, la fin de la guerre étant heureuse, et vous rendus jouissans d'une entière liberté, qu'ils auroient aussi quelque part en ce bonheur, comme ils avoient été participans des incommodités , dépenses et périls de la guerre.
Or on ne peut dire libres ni jouissans de quelque heur et contentement ceux auxquels on 6te le pouvoir de servir Dieu selon la religion en laquelle ils ont été instruits : au contraire il n'y a servitude plus intolérable, ni qui offense ou aigrisse davantage les esprits que cette contrainte et rigueur. Vous le savez, messieurs, et que c'est la principale et plus puissante cause qui vous a fait courir aux armes, et mépriser tous périls pour vous en délivrer ; qu'elle a aussi excité pareils mouvemens en plusieurs endroits de la chrétienté, et même dans le royaume de France, avec des succès si heureux partout , qu'il semble Dieu l'avoir ainsi permit pour nous apprendre que la religion doit être enseignée et persuadée par les mouvemens qui viennent du Saint-Esprit , non par la force et contrainte des hommes , et pour induire aussi les rois et princes, par les maux et ruines qu'eux et leurs sujets ont soufferts à cette occasion , comme par un sentiment de leur propre intérêt et dommage , d*avoir plus de soin qu'ils n'ont eu jusqu'ici de faire pratiquer à bon escient les remèdes dont on avoit accoutumé de se servir lorsque l'Eglise étoit en sa plus grande pureté , pour corriger les abus et erreurs que la corruption des hommes essayoit d'y introduire, comme étant le seul et vrai moyen de réunir tous les chrétiens en une même créance.
Or , pendant qu'on ne peut apporter à Tat* tente de ce bon œuvre que les vœux et prières à Dieu d'y vouloir disposer les cœurs des princes chrétiens, comme aussi du chef de l'Eglise et des prélats auquel ce soin et devoir appartient, notre Roi travaille chez sol tous les jours autant qu'il peut pour ôter l'aigreur que les guerres passées avoient mise es esprits de ses sujets , afin de les accoutumer peu à peu à se souffrir, à s'aimer^ et à ne plus désirer et rechercher , à cause de cette diversité de religion, la ruine les uns des autres, ayant reconnu par effet que ce conseil , éloigné d'une bonne et sincère réconciliation entre eux , dont les prédécesseurs rois ont usé, n'a servi que pour accroître le mal , rendre les hommes plus opiniâtres, ou sans piété et dévotion, et pour introduire aussi des factions toujours périlleuses en un Etat; et au contraire que sa modération à souffrir et admettre la religion dont vous faites profession par lois et édits qu'il fait soigneusement garder, au lieu qu'on les faisoit auparavant pour les rompre aussitôt qu*ils étoient publiés , a mis la paix et amitié entre ses sujets, qui est cause qu'aujourd^hui les gens de bien , et ceux qui sont les plus sages de l'une et Tautre religion , désirent et recherchent les moyens de se rapprocher et réunir, au lieu qu'autrefois ils cherchoient à se détruire, et ne prenoient plaisir
MBGOCUTIÔNâ
qu'à faire croire que cette division en la religion ne pouvoit finir que par la ruine des uns ou des autres. Et pource que Sa Majesté s^e^t bien trouvée de ce conseil , elle le donne volontiers à ses amis, et lui semble encore qu*il y a des raisons particulières en votre £tat qui vous doivent convier d'en user ainsi.
Car il y a grande différence entre le refus d*un souverain qui ne veut permettre à ses su- Jets Texcrcice d'autre religion que de celle qu'il a trouvée, reçue et approuvée en son Ëtat, ou de celui que vous pourriez faire à vos compatriotes et concitoyens pour leur 6ter celle dont ils Jouissoient aOant que la vôtre y fût intraduite. Le premier le peut faire avec Justice , non toutefois sagement si ce refus met en péril son Etat , étant certain qu'il se doit lors plutôt servir de la prudence que de son autorité , et des moyens qui sont propres pour adoucir et réconcilier que d'user de la force et du pouvoir d*uu commandement absolu. Mais vous ayant acquis ensemble et en commun , tant ceux de la religion que les catholiques, la liberté et souveraineté dont vous Jouissez à présent , qui vous donne l'autorité et pouvoir d établir telles lois qu'il vous plaît, il est raisonnable que chacun y ait part , et seroit trop rude qu'en la chose en laquelle nous sommes les plus sensibles, les uns fussent tenus pour maîtres et seigneurs, et les autres mis au rang des sujets et esclaves, et par cette rigueur privés, non-seu- Jement des loyers de la victoire et du bon succès qu'il a plu à Dieu donner à la cause commune , mais contraints d'achever leurs Jours en plus grande misère et pire condition qu'ils n*étoient auparavant. Jugez donc en votre cause celle d'autrui, et donnez à la raison ce qu*eux-mémes vous ont aidé à conquérir par la force , et avec leur propre péril , contre les princes qui étoicnt lors vos ennemis et les leurs. i
Considérez aussi combien l'exemple de ce refus , si vous le faites , sera préjudiciable à ceux de votre religion, es lieux et endroits où ils sont les plus foibles, lesquels implorent tous les Jours avec larmes et supplications la grâce des souverains catholiques sous lesquels ils résident, pour Jouir de la même liberté que notre Roi vous demande au nom des catholiques qui sont parmi vous. Ne soyez pas cause de remettre es esprits des souverains et de leurs peuples, qu'un zèle inconsidéré a souvent portés à des violences et fureurs contre eux, que la guerre pour contraindre les plus foibles à suivre la religion des plus forts est Juste et licite.
Vous pouvez accorder cette grâce sans aucun péril ; car si les catholiques ont été constans et fidèles durant les dangers de la guerre , encore
qu'ils fussent privés de Texercice de leur rrii^ gion , que ne doit-on attendre de leur zèle et dévotion à conserver la liberté de leur pays quand ils en Jouiront, et auront part à l'autorité et aux honneui*s que cette union vous a acquis en commun , sinon qu'ils se tiendront grandement obligés à vous de ce bienfait , pource qu'ayant eu le pouvoir de les en priver, comme étant les plus forts et les surmontant en nombre , vous aurez néanmoins voulu user de cette bonté et justice envers eux ? Au contraire , que ne devez- vous craindre s'ils demeurent chez vous avec ce mécontentement et désespoir , sinon qu on essaiera de se servir de leur zèle pour dresser des embqcîies contre votre liberté ?
Il y en a qui allèguent, pour faire rejeter cette demande , que votre Etat a été fondé sur la religion dont vous faites profession , et par ainsi que cette diversité seroit cause de rompre la loi fondamentale d'icelui, et de vous mettre tous en péril. Si Tun ou l'autre étoit vrai , l'utilité publique serviroit d'excuse, et rendroit tolérable Tin- Justice contre les particuliers, car le premier soin des magistrats doit être de garder inviolablement les lois sur lesquelles l'Etat a été fondé, et d oublier tout autre respect pour le salut public; mais plusieurs restent encore parmi vous qui étoient au temps de la première prise des armes, lesquels savent bien , et les écrits et les histoires qui contiennent tout ce qui s'est passé durant vos guerres en font aussi foi , que vous ne demandiez lors sinon l'exercice de votre religion, demeurant toujours celle des catholiques reçue et autorisée par traités, édits et placards, comme elle étoit avant l'introduction de la vôtre; et ceux qui pouvoient grandement affoiblir votre cause s'ils s'en fussent séparés, s'y joignirent volontiers et firent la guerre avec vous, non -seulement pource que les privilèges communs avoient été violés par un gouvernement trop rude, que vous nommiez tous tyrannique, mais pource qu'ils n'estimoient pas raisonnable de vous priver de la liberté de prier Dieu selon la créance en laquelle vous aviez été instruits. Et quant au péril qu'aucuns montrent de craindre si cet exercice est accordé , Texpérience nous apprend tous les Jours que cette diversité n'est pas cause de la ruine des Etats, et que le gouvernement ne laisse d'y être bon, et ceux qui y résident de vivre eu paix et amitié les uns avec les autres, rendant l'obéissance qui est due aux lois et aux supérieurs aussi bien que s'ils étoient tous de même religion , sans avoir autre pensement que d'aider à conserver la dignité et grandeur de l'Etat sous lequel Dieu les a fait naître, et par ainsi le danger n'est pas en la permission , mais plutôt en
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rempéchèment ; car c^est alors cpie les hommes se jettent aux factions, et cherchent les moyens d'obtenir par force ce qu'ils se persuadent leur avoir été refusé injustement, dont les exemples de l'un et de Tautre sont si communs et fréquens en diverses provinces de la chrétienté, qu*il n'est besoin de vous les représenter.
Aucuns ajoutent encore à cette raison que les catholiqui's, se voyant du tout privés de l'exercice de leur religion , seront contraints de retourner à celle qu'ils rejettent à présent; mais il y a plutôt appureuce que la géhenne et violence dont Ton usera contre eux, sera cause de les rendre plus ariens et enflammés à désirer ce qui leur aura été refusé, et leur mort même n*éteindra pas cette créance ; car ils rapprendront et laisseront comme par cabale à leurs enfaus avant que mourir.
Ou bien , ne leur étant permis de servir Dieu selon le culte et la créance qu'ils approuvent , la liberté de conscience , qui ne leur pourroit être déniée qu'avec trop d'inhumanité, sera néanmoins cause de les faire tomber peu à peu au mépris de Dieu et à l'impiété; car l'exercice de la religion auquel la loi du christianisme nous assujétit, est une honnête contrainte qui nous fait souvenir de notre devoir et craindre d'être repris , si , es actions de piété et dévotion exposées à la vue et censure d'un chacun , nous ne faisons connottre que nous sommes chrétiens ; mais ce respect et cette crainte n'y étant plus, nous oublions aisément ce devoir, et nous nous laissons aller à je ne sais quelle nonchalance qui nous ôte le souvenir de la Divinité. Or les plus sages de l'antiquité ont tenu avec grande raison qu'il valoit mieux souffrir la superstition en un État que l'impiété , d'autant que le superstitieux craint tout, et croit, s'il évite la punition des hommes , qu'il tombe es mains de Dieu , ainsi se soumet plus volontiers aux lois de l'Etat , sait mieux obéir a ses supérieurs, et en effet craint toujours plus de faillir que celui qui , n'espérant rien du loyer des bienheureux , pense tout lui être licite s'il peut tromper la vigilance des magistrats.
On peut dire , s'ils ne se contentent de cette liberté de conscience dont j'ai représenté le danger, qu'il leur est loisible de -e retirer, de quitter la conversation de leurs parens, amis et alliés, et toutes les douceurs que la charité envers le pays comprend en sol, pour jouir aiilelirs de cette pâture céleste qui, à vrai dire, doit être plus chère aux vrais et bons chrétiens que tout autre contentement. Mais avec quelle justice pourroit-on ordo iner cet exil à gens qui n'ont point failli, et qui ont aidé à gagner et conquérir le pays dont