II. C. n. M. T. IV
auteurs ou adhérens à l'opinion contraire , les ministres des deux rois n'étoient pas même exempts de ce soupçon, ni leurs maîtres non plus. Ce qui i'aêcroissoit encore davantage , étoit qu'au même temps le sieur dom Pedro de To» lède , seigneur de quaUté entre les grands d'Espagne, auroit été envoyé en France pour rechereher l'amitié du Roi , et l'inviter d'aider à cette paix, ayant pareille recherehe été fidte aussi par les ambassadeurs extraordinaires vers le roi de la Grande-Bretagne. .Le chef et auteur de cette opinion, pour faire rejeter la paix et la trêve à quelque condition qu'on la pût offrir, étoit le prince Maurice, Tautorité duquel est grande dans le pays, tant à cause de la réputation et mémoire du prince d'Orange son père, que par ses propres mérites, et l'expérience qu'il a donnée de sa grande vsdeur et sage conduite au ma* niement des armes. Lequel disoit et publioit partout en paroles et écrits , que les propositions faites par l'Espagnol, belles en apparence, étoient en effet des pièges et embûches pour les surprendre, diviser et ruiner. Et cette délibération, assistée de si bonnes et fortes raisons d'une part et d'autre, tenoit en suspens le Jugement des plus sages , et de ceux même qui étoient les plus amateurs de la patrie. Les vœux et désirs de tous les gens de guerre étoient Joints avec ledit prince Maurice, et y avoit raison de croire , s'il eût voulu prendre les armes pour faire suivre son opinion, qu'il eût été assisté de la plupart d'entre eux, et que quelques villes de diverses provinces, et la Zélande entière, se fussent portées à ce même conseil. A quoi il semble que les marchands , lesquels ont mis leur argent en la compagnie des Indes d'Orient, qui sont en grand nombre, et puissans en autorité et crédit dans les villes de Hollande et Zélande, eussent très-volontiers adhéré. Puis la haine contre l'Espagnol et les ruses dont cette maison a accoutumé d'user pour venger ses injures, mettoit de si grands soupçons parmi eux, que les espérances des plus assurés étoient comme réduites au désespoir, si la sagesse, l'Industrie et la patience de ceux qui jugèrent le repos nécessaire à leur puys, ensemble l'autorité, conduite et dextérité des ministres des deux rois, ne se fût Jointe aux conseils qui tendoient au repos, pour leur en faire prendre la résolution. Sur larquelle encore, après avoir franchi cette première barrière, plusieurs autres grandes difficultés se rencontrèrent; disant lors la plupart d'entre eux qu'ils étoient contens de recevoir une bonne paix, mais non la trêve. Or l'Espagnol refusoit le premier , et condescendoit seulement à l'autre. Il fallut donc disputer sur les oonditi<»is d'icdle,
IVliâOCUTtdltft
entre le8({ueUe6 la première qui eut de la dlfflcalté, fut l'exercice de la religion en ftivenr des catholiques, que les archiducs demandoient lorsqu'on parloit de la paix , y ayant toi^ours été favorisés et assistés par les ambassadeurs du Roi, mieux que par les catholiques du pays, quoiqu'en grand nombre, lesquels dissimuloient sagement leur désir sans l'oser manifester , crainte d'en corrompre et perdre l'espéranœ, s'ils se Joignoient à la demande des archiducs, que les ambassadeurs du roi de la Grande-Bretagne contredisoient ouvertement et avec même ardeur que les ministres et députés de toutes les provin* ces et villes en général : à quoi étoient aussi contraintes de céder celles même où le nombre des catholiques pouvoit égaler et en quelque endroit surmonter ceux de Tautre religion , à cause des clameurs que fidsoient tous les autres ; disant qu'on ne pouvoit aocorder ledit exercice , sans introduire l'Espagnol parmi eux , et leur faire perdre la liberté qu'ils avoient acquise avec tant de dépense et de péril, ayant la rumeur été si grande à cette occasion, que si on eût voulu insister davantage à obtenir ledit exercice par traité, tout eût été rompu au même instant. Ainsi les députés des archiducs furent contraints de s'en départir du tout; et les ambassadeurs du Roi de suivre la foi et l'espérance qui leur flit lors donnée par aucuns de ceux qui avoient plus de part au maniement des affaires d'y pourvoir après le traité, selon que la sûreté publique de leur pays leur pourroit permettre.
Il y eut aussi grande difficulté à convenir de Tarticle concernant la liberté et souveraineté : car les Provinces-Unies la demandoient avec une expression si grande, que non-seulement ils sembloient rechercher de la sûreté pour eux et leur postérité, mais aussi d'en rejeter la honte sur la tête de leurs adversaires ; et , au contraire, oeux*ci vouloient laisser les marques de i'an« cienne s^|étion, et concevoir l'expression de cette prétendue liberté par des mots si ambigus , qu'ils pussent dire quelque Jour, l'opportunité et l'avantage s'en offrant^ que leur liberté de* voit expirer au même temps que la trêve vien-» droit à finir. Et lékiessus plusieurs pratiques furent faites, et écrits semés parmi le peuple ardent à la conservation de la liberté, pour leur dissuader la trêve. Auxquels écrits les ambassadeurs des deux rois firent aussi réponse , tant de bouche en l'assemblée générale des Etats, que par écrits présentés au même lieu , afin que les députés qui y aiMistoient les pussent voir et envoyer aux villes qui les avoient députés , pour les y faire aussi voir et considérer. Cette di£Qaullé f^ant été surmontée, Il en resloit asses
d'autres qui n^étotent de moindre poMs ,' esquel^' les il falloit contenter les ProvinceshUnies, ou ne rien espérer du traité , et même craindre pis , à cause de la diversité des opinions qui pouvoient mettre de la division parmi eux. G'étoit le commerce des Indes d'Orient refusé plusieurs fois, et enfin consenti à regret par le roi d'Espagne durant la trêve , et sans hostilité. Suivant après le commerce de la rivière, que les archiducs demandoient être libre et ouvert du tout , sans eontraindre les marchands et navires arrivant en Zélande d'y décharger et changer de vaisseaux et navires, selon que la province de Zélande le requéroit instamment, sans se vouloir laisser vaincre aux suffrages des autres provinces, qui sembloient y vouloir consentir , ni aux persuasions des deux rois qui les exhortoient de se dé' partir de cette demande; n'y ayant eu autre moyen , pour arrêter cette dispute , que d'en re-« mettre le Jugement à une conférence après le traité , de laquelle on pourroit espérer meilleur succès, en ajoutant néanmoins au traité, encore qu'on n'en pût demeurer d'accord, que la trêve ne laisseroit de tenhr et de oontinuen
Plusieurs autres articles y furent encore délaissés indécis avec celui-ci , dont on ne fût Ja-* mais demeuré d'accord qui les eût voulu presser^ ayant été Jugé prudemment qu'il les valoit mieux remettre à cette conférence , en laquelle on devoit espérer que les esprits seroient moins passionnés. Et à la vérité, qui se fût voulu opi<« niétrer pour lors, on eût plutôt trouvé la rupture que la conclusion de la trêve , qui fut enfin , après plusieurs grandes disputes, même sur ce qui concemoit la restitution des biens requis par le prince d'Espinoy, conclue, arrêtée, signée et publiée pour douze années, à Anvers, le 9 avril 1609 , avec grands applaudissemens et réjouis^ sances publiques, quoiqu'elle ne fût du tout en** tière en ce qui touchoit à l'intérêt particulier de cette grande ville , pour ce que la rivière n'étoit ouverte et rendue libre pour y faire venir droit , et sans décharger les vaisseaux de la mer. Cette action parachevée, les ambassadeurs des deux rois furent encore priés de vouloir retourner au lieu de La Haye, pour conférer avec les députés des Etats-généraux sur raffermissement de ce repos, comme ils firent. Et lors ceux du Roi firent une remontrance sérieuse, entre autres choses, et la donnèrent par écrit, pour essayer d'obtenir en faveur des catholiques l'exercice de leur religion, qui fut reçue par eux comme un devoir auquel ils l'econnoissoient bien Sa Migesté être obligée. Mais les députés des provinces esti-* mèrent devoir différer la résolution de cette af> &ire en autre temps , disant la plupart d'entre
tV PHSSIDEfit ItiAANlN.
tfr
m eet oierciee ne pouvoir éfre introduit et autorisé par loi publique, sans mettre en danger leur Etat , et les plus modérés , qu*il la valoit mieux soaffrir et dissimuler en faveur de leurs eompatriotes , et pour le respect qui étoit dû à im fti grand Roi qui les en prioit , pourvu qu'il fut comme secret et non en grandes assemblées, en y i^outant aussi les cautions et sûretés qui éloient contenues en la demande qui leur en étoit fkite. Et par eflflBt, sans autre ordonnance ni décret, les magistrats, en plusieurs endroits , commencèrent dès-lors de se montrer plus doux tnvers les catholiques , et y ont continué depuis, et d'autres ne laissèrent d'user de même rigueur qne du passé en quelques autres lieux.
Pouvoir donné gar le JRoi aux sieurs Jeannin, de Buzanval et de Ri/ssy, pour la Négociation des affaires des Provinces^Unies.
Henri , par la grâce de Dieu , roi de France et de Navarre , à tous ceux qui ces présentes lettres Tcrront, salut. C'est Toffice et le vrai devoir d*un ftoi Très-Chrétien , équitable et prudent , que de promouvoir et favoriser de tout son pouvoir l'exaltation de la gloire de Dieu et rétablissement d'une félicité publique, tant pour les peuples et sujets qui sont sous sa domination et yiSoBUiee , que pour toute la république chrétieiiae*,de quoi nous avons pris peine, depuis oûîre «véneroent à cette notre très-chrétienne, noble et auguste Couronne, de nous acquitter fo^nenseroent, guidés et fortifiés de la céleste main du Tout-Puissant. Ayant toujours nonladem^mt embrassé cordialement et sincèrement toutes les occasions qui se sont présentées dedans et dehors notre royaume, de bien faire au publie autant k l'avantage et utilité des autres prinees et potentats nos bons voisins , alliés et confédérés, qu'au bénéfice de nos affaires et sujets ; mais aussi généreusement méprisé les causes qui nous ont été données , et les moyens et pouvoirs que nous avims eus d'en user autrement, tant a été grand le pouvoir qu'a eu sur nous ce louable et vraiment royal désir de préférer l'avancement et propagation de l'honneur et service de Dieu, et la conservation de la tranquillité publique à toutes autres considérations particulières ; et soit aussi que nous ayons été requis de la part de nos très^hers et bons amis les sieurs Etots des provinces-unies des Pays-Bas , de les ssrister de notre conseil , intervention et faveur ^ fiaaà qu'ils y ont aussi requis notre très-cher et trcs-amé bon frère, cousin et ancien allié le roi de la Grande-Bretagne, et antres leurs alliés et conftdérés , au traité de paix ou de trêve à Ionannées quHIs sont en termes de contracter ,
et foire avec nos très-ehérs et très-abnés bons frères et cousins les archiducs de Flandre ; savoir faisons que nous, persévérant au même désir que nous avons to^fours eu de favoriser toutes bonnes œuvres et actions qui peuvent apporter contentement, repos et utilité aux susdites provinces et Etats , comme à tous nos autres alliés et confédérés et l>ons voisins , meus de la bien* veillance que nous leur portons, et pareillement de l'intérêt que nous et notre royaume pouvons avoir auxdits traités, et en la suite et conséquence d'iceux ; à plein confiant de la probité, loyauté| prud'homie, prudence et expérience en la direction des affaires publiques , des personnes de nos amés et féaux conseillers en notre conseil d'Etat^ les sieurs Jeannin et de Buzanval , et le sieur de Russy notre conseiller , par nous nommé et commis pour résider auprès desdits sieurs les Etats pour nos affaires et service : pour ces causes ^ avons iceux commis, ordonnés et députés, commettons, ordonnons et députons par ces pré* sentes , et leur avons donné et donnons plein pouvoir, autorité, et commission et mandement spécial d'intervenir et comparoitre en notre nom, conjointement avec les députés de nostre susdit bon frère, cousin et ancien allié le roi de là Grande-Bretagne, et ceux des autres rois et princes qui y seront appelés et s'y trouveront, ou bien séparément , en telle forme et manière qu'ils jugeront être nécessaire en la négociation et conclusion du susdit accord de paix finale otl trêve à longues années, qui sera traité et géré ainsi que dit est entre nosdits frères et cousins les archiducs de Flandre , et lesdits sieurs les Etats des provinces-unies des Pays-Bas, par leurs commissaires ou députés, ou autrement, soit qu'ils en soient requis par les deux parties ensemble, ou par l'une d'ieeiles. Et pour ce faire ^ déclarer, proposer et promettre , pour faciliter^ avancer, résoudre et assurer les articles et con«* ventions de la susdite paix ou trêve , au gré, con<* tentement et sûreté desdites parties , ou de cells qui les en requerra et interpellera en la formé qu'ils jugeront être plus nécessaire et convena^ ble à notre personne et dignité , pareillement nous donnons, par cesdites présentes , puissance entière auxdits sieurs Jeannin, de Busanval e| de Russy , de traiter , résoudre et arrêter , tant avec les députés de notre susdit bon frère, cou* sin et ancien allié le roi de la Grande-Bretagne ^ et avec ceux des autres rois, princes et potentats qui Interviendront au susdit traité, qui se fera entre lesdits archiducs de Flandre et les Etats desdites Provinces-Unies , tout ce qui sera reqttls et nécessaire, tant pour mutuellement et conjointement favoriser et assurer le susdit accord ^
19E60CTÀTI0NS
que pour le bieù Commun et le particulier avantage aussi de nos afifaires et service de nos royaumes, pays et sujets, tout ainsi que nousmêmes ferions et faire pourrions si présens en personne y étions; jaçoit(l) qu'il y eût chose qui requit mandement plus spécial qu*il n'est contenu en cesdites présentes, par lesquelles nous promettons en bonne foi et parole de Roi , et sous l'obligation et hypothèque de tous et chacuns nos biens présens et à venir, avoir agréable, tenir ferme et stable à toujours, tout ce que par nosdits députés, ensemble, ou les deux d'iceux en l'absence du troisième, sera fait et promis, accordé et convenu, et iceluy observer, accomplir et entretenir de point en point , et faire observer et exécuter, garder et entretenir inviolablement sans l'enfreindre. En témoin de quoi nous avons signé ces présentes de notre main , et à icelles fait mettre et apposer notre scel.
Donné à Monceaux, le quatrième jour d'août, Tan de grâce 1607, et de notre règne le dixneuvième. Signé, Hbnri.
£t sur le repli , par le Roi , Bbulakt , et scellé sur double queue du grand scel de cire jaune.
Pouvoir aux sieurs Jeannin et de Russy, pour continuer la négociation des araires des Provinces-Unies ^ en conséquence du précédent pouvoir, étant le sieur de Buzanval décédé.
Henri , par la grâce de Dieu , roi de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes lettres verront , salut. Ayant ci-devant , par nos lettres-patentes du 4 d'août dernier , commis et député les sieurs Jeannin et de Buzanval , conseillers en notre conseil d'Ëtat , et le sieur de Russy, gentilhomme ordinaire de notre chambre, pour, en notre nom , assister au traité de p^ix que nos très-chers et bons amis les sieurs £tats des provinces-unies des Pays-Bas étoient en volonté de faire avec nos très-chers et trèsamés frères les archiducs de Flandre , y intervenir s'ils en étoient requis par lesdites parties, ou l'une d'icelles , soit avec les députés de notre trè&cher et très-amé bon frère , cousin et ancien allié le roi de la Grande-Bretagne y ou séparément , et y procéder selon qu'il est contenu plus particulièrement esdites lettres-patentes, depuis lequel temps ledit sieur de Buzanval seroit décédé, au moyen de quoi on pourroit prétendre ledit pouvoir être inutile, d'autant que les trois étoient nommés conjointement par icelui, et n'éloit dit que les deux pourrolent procéder à l'exécution de leurs charges et commission en l'ab- .sence ou la mort survenant du tiers : à ces causes, BOUS, à plein confiant de l'intégrité et suffisance , (l)Qaoiqaêr
desdits sieurs Jeannin et de Russy , et de raffec*» tion qu'ils ont au bien de notre service , avons déclaré et déclarons par ces présentes que voulons et entendons qu'ils procèdent à l'exécution de ce qui est contenu en ladite commission , tout ainsi que s'ils étoient nommés seuls par icelle ; promettant en foi et parole de Roi ratifier et approuver tout ce que par eux sera fait es choses susdites, comme s'il avoit été fait par nousmêmes en personne ; car tel est notre plaisir. En témoin de quoi nous avons fait mettre notre scel à cesdites présentes.
Donné à Paris, le septième jour d'octobre, , l'an de grâce 1607, et de notre règne le dixneuvième. Signé , Henri.
Et sur le vepW^parle Roi, Brulabt. Et scellé sur double queue du grand scel en cire jaune.
Autre pouvoir auxdits sieurs Jeannin et de Russy ^ pour traiter et conclure une ligue défensive avec les Etats-généraux des Provinces-Unies.
Henri , par la grâce de Dieu , roi de France et de Navarre , à tous ceux qui ces présentes lettres verront , salut. Tout ainsi que nous avons ci-devant désiré et désirons encore , comme Roi Très-Chrétien , promouvoir et favoriser de tout notre pouvoir la paix et concorde des Pays-Bas, pour affermir et assurer celle de la chrétienté à la gloire de Dieu et au bien général d'icelle , et qu'avons, pour avancer un si bon œuvre, à Tinstante prière de nos trés-chers et bons amis les Etats des Provinces-Unies desdits pays , envoyé pieça vers eux , commis et député nos amés et féaux maître Pierre Jeannin , chevalier et conseiller en notre conseil d'Etat, et le sieur de . Russy , aussi notre conseiller résident par delà pour notre service ; pareillement le soin paternel et royal que nous avons du bien de notre royaume , nous oblige de pourvoir et obvier qu'en ce qui sera traité , convenu et accordé pour remettre lesdits pays en repos , il ne soit rien fait et géré qui puisse nuire et préjudicler à nous , nos royaumes, payç et sujets , ni même h nos très-chers et anciens amis, alliés et confédérés intéressés avec nous, comme nous sommes avec eux en la commune et réciproque conservation et pit)spérité de nos couronnes, pays et sujets; et, d'autant que nous prévoyons et estimons, pour ce faire sûrement comme il convient, qu'il sera peut- être nécessaire , non-seulement de rafraichh* les anciens traités et articles d'alliances et confédérations ci-devant faits par les Rois nos prédécesseurs , ou par nous avec nosdits voisins et alliés^ mais aussi d'en dresser et accorder de nouveaux , soit par forme d'ampliation desdits traités et ar-
BU PBESIDEirT JEANNIN.
tides i^récédeiis ou autrement, selon que les oc- €ask»8 le requerront, tant avec notre très-cher et très-amé bon frère, cousin et ancien allié le roi de la Grande-Bretagne, nos très-chers et bons amis les susdits Etats desdites provinces- QQiesdes Pays-Bas, qu'avec les autres rois, princes, potentats, républiques et villes qui se présenteront, savoir faisons que, nous confiant entièrement de la probité, fidélité et sufQsance desdits sieurs Jeannin et de Russy , nos susdits conseillers et députés, comme nous leur avons donné pouvoir et autorité d'intervenir en notre nom au susdit traité de paix desdits pays, pour le faciliter et assurer, mus desdites considérations, avons iceux sieurs Jeannin et de Russy , commis et ordonné, commettons et ordonnons, et leur avons aussi donné et donnons plein-pouvoir et entière autorité , commission et mandement spécial, de conférer, traiter, résoudre et accorder tels articles et conventions qu'ils Jugeront être nécessaires pour le bien et avantage de nos couronnes et affaires , soit par confirmation OQ amptiation desdits traités et articles d'alliance ci-devant faits et contractés par nosdits prédé- C8senrs ou nous, ou par accords nouveaux et non encore faits , tant avec les députés de notre- ^ très-eber frère, cousin et ancien allié le roi de la Grande-Bretagne, étant de présent auxdits PvfvBas, lesdits Etats desdites Provinces-Unies dlceux, et les députés et procureurs des autres rois, princes, potentats, républiques et villes, qui auront suffisant pouvoir de ce faire, soit eonjointement ou eîisemblement avec tous les commissaires et députés desdits rois. Etats, princes, potentate, républiques et villes , ou séparément et à part avec tels d'iceux qu'il sera par lesdits sieurs Jeannin et de Russy jugé expédient, pour former, dresser et accorder avec eux une i>onne et parfaite alliance, confédératioD, ligue et société pour la mutuelle et réciproque défense, garde et conservation de nosdits royaumes, pays et sujets, contre tous ceux qui ci-après, directement ou indirectement, voudroient attenter et entreprendre quelque chose contre nos personnes , royaumes , pays et sujets, et même suborner et émouvoir nosdits sqjets contre nos autorités souveraines , ou , en quelque autre aorte et manière que ce soit , nous endommager et préjodicier , tant durant nos règne et ne qu'après notre trépas, contre nos légitimes successeurs et héritiers.
Et pour ce faire , déclarer , proposer, accepter et promettre en iiotre nom tout ce qu'il conviendra et sera nécessaire de déclarer , proposer, accepter et promettre , pour faciliter , avancer et coBdiirela susdite alliance , confédération, ligue
et société défensive avec lesdites Provinces et Etats ensemblemeot ou séparément, ainsi qu'il étoit dit ci-dessus, en la forme qu'ils jugeront la meilleure, plus utile, sûre et convenable pour avoir lieu et être exécuté, soit que la paix desdits Pays-Bas s'ensuive ou non, tout ainsi que nous-mêmes ferions et faire pourrions si présens en personne y étions, jaçoit qu'il y eût chose qui requit mandement plus spécial qu'il n'est contenu en cesdites présentes; par lesquelles nous promettons, en bonne foi et parole de Roi, et sous l'obligation et hypothèque de tous et chacuns nos biens présens et à venir , avoir pour agréable, tenir ferme et stable à toujours tout ce que , par nosdits deux députés ensemble , ou l'un d'eux, en cas de maladie et absence de l'autre , sera fait , promis et convenu , et le faire ob* server et accomplir de point en point, exécuter, entreteniret garder in violablement sans l'enfreindre. En témoin de quoi nous avons signé ces présentes de notre main , et à icelles fait mettre et apposer notre scd.
Donné à Fontainebleau le vingtquatrième jour de novembre l'an de grâce mil six cent sept, et de notre règne te dix- neuvième.
Signé Hbnbi.
Et sur le repli, par le Roi^ Bbulabt. Et scellé sur double queue du grand scel de dre jaune.
Instructioà aux sieurs Jeannin et de Buzan* val y allant pour le service du Roi aux Pays-Bas.
Plusieurs causes et raisons justes et nécessaires ont mu ci-devant le Roi , et de présent l'obligent encore d'avoir soin des provinces-unies des Pays* . Bas, et leur aider à maintenir et conserver leur liberté, puissance et forme de gouvernement, Sa Majesté ayant reçu desdites Provinces en ses nécessités plus grandes une très-fidèle et utile assistance , pour avoir souvent exposé leurs armes par terre et par mer pour la servir , par préférence à leurs propres affaires. De quoi , combien qu'elles aient souvent tiré plus de profit que d'incommodité, néanmoins Sa Majesté s'en ressent , et leur en sait le gré que méritent les bons effets qu'elle en a reçus. A quoi a-t-elle mis peine de s'en revancher par tous les meilleurs et convenables moyens que l'opportunité et èondition de ses affoires avec sa réputation lui ont pu permettre depuis la paix de Vervins; ayant, pour ce faire, souvent redoublé et augmenté le secours qu'elle leur a départi , à proportion et mesure non-seulement de l'accroissement de pouvoir et des moyens que la paix lui a portés , mais du besoin qu'il a reconnu qu'ils en avoient, et qu'elle
hEGÛCIATlONS
s'est aperçue du refiroidififlement de leurs autres voisins et alliés en leur endroit ; à quoi faire sadite Majesté n'a non plus épargné le sang de ses prières sujets, sa bourse et ses munitions royales, que son nom , sa réputation et ses conseils. Aussi B'8*t-eUe été moins déplaisante et ressentie que les Provinees mêmes , des mauvaises rencontres et disgrâces qui leur sont arrivées, qu'éjouie de leurs bonnes et heureuses aventures, ayant par toutes ses paroles et actions témoigné, à eux et ji tous autres, affectionner leur prospérité a Tégai de celle de son royaume. Dont il est certain tt notoire à tous que les ennemis desdites Provinces, après s'en être plaints ouvertement, ont recherché tons les moyens de se ressentir et venger, jusques à suborner et corrompre , par voies illicites , ses propres sujets et serviteurs contre sa personne et sa couronne, et à lui susciter des ennemis de toutes parts, le corps gênérai de la France n'ayant pu être purgé nettement et parfaitement des mauvaises humeurs et dispositions intérieures que la qualité et longueur des guerres intestines y avoient engendrées, sitdt que 6b Msjesté ait pu sûrement s'engager à un ressentiment plus grand et relevé contre les auteurs desdites séductions, que n'ont été les remèdes qu'elle y a appliqués. Et , comme c'est chose qui n'a été véritablement reconnue et sue de tous telle qu'elle a été , plusieurs , par ignorance ou par malice , ont interprété cette sienne tolérance et cunctation comme si Sa Majesté l'avoit pratiquée par art pour trop chériip les douceurs de la paix, fuir uoe juste guerre, et même se contenter de faire durer celle desdites Provinces- Unies : qui est une détraction et calomnie qui sera Jugée très^grossière par tous ceux qui éplueheront et considéreront sainement et au vrai la magnanimité, franchise et bonne foi qui reluit aux actions de sadite Majesté , de sorte qu'elle lie devroit être admise en considération quel* conque.
Toutefois sadite Mi\jesté a su qu'elle a ét^ quelquefois répandue et débitée auxdites Provinees, non moins malicieusement qu'industrieusement, pour le Jeter en défiance de sa droite intention, faire mdns priser le mérite de scm assistance , et'les désespérer de leur salut par le moyen d'ieelle.
Pareillement , sadite Majesté a su avoir été supposé et donné à attendre auxdits sieurs les Etats-Généraux, sur les deux derniers voyages qu'a faits audit pays le sieur d'Aërsens , leur député résidant auprès d'elle , qu'elle aspiroit À la souveraineté desdites Provinces, et au renversement et forme de leur gouvernement, jusqu'à leur persuader que sadite M^'esté «voit délibéré
de discontinuer ou retrancher son secours ordi-' naire, exprès pour les contitdndre, par nécessité, d'acquiescer à son désir : qui est une fausseté et malice dont sadite Majesté a été à bon droit si indignée et émue, qu'elle a soudain, après ra« voir entendue, pris résolution d'envoyer vers lesdits sieurs les Etats personnages exprès pour s'en justifier et les éclaircir , sans attendre les députés que ledit sieur d'Aërsens lui a dit lesdits sieurs les Etats avoir proposé d'envoyer vers elle, sur les nouveautés et occurrences survmues auxdits pays.
Et comme sadite Majesté a fait élection des sieurs Jeannin et de Buzanval, conseillers en, son conseil d'Etat , pour lui Csire ce service , se confiant entièrement en leur affection , loyauté et sufiisance par elle éprouvée très -heureuse* ment, et à son entier contentement en plusieurs signalées occasions, elle a ordonné le présent mémoire être dressé et leur être délivré pour leur servir de témoignage de ses int^tions et commandemens , et non pour leur prescrire aucune loi réglée en ce qu'ils auront à exécuter. Car sadite Majesté entend et juge , ainsi qu'il est nécessaire, qu'ils se conduisent s^on l'infor-* mation et oonnoissance qu'ils prendront sur lés lieux , de l'état présent de leurs affaires , et de la disposition et volonté en laquelle ils trouve* ront le général desdites provinces , et ceux qui les gouvernent; de quoi sadite Majesté veut dono se remettre du tout à leur prudence et loyauté. Joint que ledit sieur de Buzanval est pleinement informé de tout ce qui a été proposé et géré au nom de Sa Majesté avec lesdits sieurs Etats devant et depuis la paix de Vervins : il sait aussi quels ont été les secours que Sa Migesté leur a départis ; avec quelle liberté , franchise et bienveillance elle s'y est portée , sans jamais avoir pour cela recherché ni désiré d'eux aucune reconnoissance ou condition pr^udiciable à leur liberté, ni à leurdit gouvernement, ni même autre assurance du remboursement à l'avenir des grandes sommes de deniers que Sa Majesté leur a fait fournir, qu'une pièce et simple reconnoissance de la réception d'iceiles, avec promesse d'en tenir compte , sadite Majesté s'étant contentée , pour tous intérêts , et pour la sûreté de ses deniers, de se revancber des plaisirs qu'elle a reçus en ses' urgentes affaires, et de voir leurs armes prospérer avec son aide, de laquelle elle a augmenté les effets, avec ses vœux favorables ,. aussi volontiers en bonne que mauvaise fortune; ce qu'elle n'a onques fait refus de continuer. Pareillement sadite Mtyesté n'a perdu aucune occasion de rechercher et presser les autres rois et prhiees s^ voisins , qu'elle 9 estimés intéressés^
DU MtBSIDBNT IBANNIN.
m la eanse desdites provlnoes, de les assister et ikvoriser à son imitation , afin de les fortifier davantage. Et quand elle a reconnu ne pouvoir les y engager selon son désir, tant s'en faut qu'elle ait révoqué ou diminué son secours, qu'elle Ta souvent ftdt payer par avance pour mieux les accommoder. Toutes lesquelles choses, comme infinies autres que ledit sieur de Buzanval a négociées par son commandement , en leur fkvenr, dorant sa longue résidence audit pays , seront doDC représentées mieux par lui qu'elles ne peuvent être déduites par le présent mémoire. «
Mais il est nécessaire que lesdlts sieurs Jeannin et de Baamval soient informés par icelui , des causes el motift des deux derniers voyages Mts anxdits pays par ledit sieur d'Aérsens, Tun au Biols de lévrier de Tannée dernière , et l'autre en celui de janvier de la présente, d'autant que Sa Majeslé a su , contre son expectatlon , que i on s'en est servi pour mettre lesdlts Etats en (MBbrage de sa bonne volonté, et en doute de la eootiniMitkNi de son assistance , avec moins de respect et avec plus de malice que les signalées preuves reçues d'icelle et les grandes obligations qtHs en ont k Sa Majesté ne méritoient, pour eoQvrir et fovorlser les ouvertures nouvelles auxquelles les auteurs d'un tel déguisement ont enpçt lesdltes provinces.
U m, certain que sadite Majesté a souvent fidt ftnttn¥re très-déplaisante du mauvais succès dr tes affaires en ces deux dernières années, asaobsCant l'accroissemait de son assistance, et Isi fadics espérances qu'on lui avolt données de Icvpart, et les raisons que sadite Majesté estimojt avoir d'en attendre les effets tout contraires.
IkNit transportée d'affection et de regret , elle s*est plainte souvent audit sieur d'Aërsens et «ixdils ^cnrs les Etats mêmes , par ledit sieur de Buxanval , voyant que son argent , ses mu- Bitidiis et le sang de ses sujets qui passoient jownelleaieBt au service desdites provinces , leur spportoleiit si peu deprofit, et néanmoins Incommodoient ses affidres , et surehargeoient sadite Majesté et ses actions d'envie et de re-
Prévoyant , s'ils ne donnolent mellleor ordre a leor conduite, que la fin en seroit malheu- RBse, et peut-être lrréparal>le pour eux et leurs «mis : aor quoi sadite Majesté aurolt trouvé bon que ledit sieur d'Aërsens entreprit de passer sidit paya , pour leur représenter à Ixmche le Jaigeoicnt que sadite Majesté Msoit de leurs albkrea, et Tai^^rébension qu'elle avolt d'an pins grûd malbenr, voyant que les avertissemens et eoaseilB qu'die leur avolt donnés par ■Hit uNa^ ia«r wolsBt peu servtv
A quoi die se résolut d'autant pfau volontiers qu'elle Ait avertie que lesdlts sieurs les Etats étoient lors recherchés et conseillés de la part du roi de la Grande-Bretagne , d'entendre par son entremise à un accord avec les archiducs , et qu'il offroit d'être caution de l'observation d'Icelui ; et pour ce faire , il avoit été Cedt audit hxA ^ et par lui auxdits Etats, des proporidons spé* cieuses et plausibles , par un secrétaire que l'am^ , bassadeur dudit Roi résidait en Espagne , avoit dépéché vers lui ; de quoi lesdlts sieurs les Etats ne faisaient rien savoir à sadite Majesté.
Au moyen de quoi elle permit audit sieur d*Aérsens de les aller trouver, et le chargea de savoir et lui rapporter leur volonté sur troll points.
S'ils pouvolent d'eux-mêmes et avec les aides qulls tireroient lors de leurs voisins , se mainte^ nir en l'état qu'ils étoient.
Quelle étoit leur inclination à la paix ; quelê moyens d'y parvenir, et si en cela Ils avaient besoin de l'entremise de Sa Mfi^festé , tant pour la facUiter que pour la rendre plus assurée.
Et finalement si sadite Majesté vouloit faire la guerre au roi d'Espagne, quels avantages ils «itendolent lui ftdre , quelle assistance , par mer et par terre, en hommes et deniers, Il en tireroit, et si, se Jetant entre les bras de sadite Majesté , ils consentiroient que l'exercice de la religion catholique Mt permis audit pays.
Mais ledit d'Aërsens , à son retour, ne rap^ porta autre chose, sinon qu'il n'avoit osé s'en* découvrir auxdits Etats, ni même aux prind» peux du pays qui gouvemoient les affaires , d'au<^ tant qu'on leur avoit proposé des partis plua avantageux de la part du roi de la Grande- Bretagne.
Il trouva sadite Majesté en Champagne et allant à Sedan, laquelle fût peu édifiée dudit rapport, et commença dès-lors à reconnaître et Juger que* l'on se défioit d'elle, et qu'on lui déguisoit la. vérité des intentions et affaires desdits sieurs les Etats.
Néanmoins , continuant de préférer leur Irien*
à la Juste cause de ce soupçon, après avoir
donné la paix à M. le duc de. Bouillon (1) , au'
traité de laquelle Sa Majesté voulut que ledit
sieur d'Aërsens intervint , elle ne laissa de les
secourir d'argent , et de leur envoyer une partie
des gens de guerre qu'elle avoit assemblés pour
le siège de Sedan ; comme elle eût peut-être fait *
(1) Le duc de Bouillon, quoique redevable à Henri IV' dAfonmariaafeavecrbérttitedeSédao, ayant cherdié à fioulerer, en 1606, le» proteatanta» le Roi marcha cootre> lui à la tête de ses troupes. Le duc s'humilie, lirre Sédao à. Henri IV, qui, satisfait de sa soumission, lui rendit cette, i^aabeold'tmiaois,'
NEOOCUTIONB
son armée entière , laquelle étoit très-forte de cavalerie et de gens de pied , et suivie d'un royal équipage d'artillerie , si ledit sieur d'Aërsens lui eût rapporté sn^et d'être content des délibérations desdite Etats.
Depuis ) sadite Mi^esté voyant qu'en l'année dernière les armes desdits Etate n'avoient été plus heureuses qu'en la précédente, nonobstant la continuation et augmentation dudit secours, elle déclara de rechef audit sieur d'Aërsens le déplaisir et mécontentement qu'elle en avoit, se plaignant du peu de compte qu'ils fidsoient de ses eaoaeïhj et du peu de profit qu'ils tiroient de flondit secours ; i\joutant qu'elle ne pouvoit supporter que tant d'efforts qu'elle faisoit Journellement en leur faveur ( par lesquels elle offensoit ses voisins et incommodoit ses proj^res affaires , et exposoit la vie de ses sujete ) ftissent nonseulement vains et infructueux auxdite Etate et i elle , mais quasi dommageables.
Ce qu'elle fit aussi remcmtrer et dire auxdite Etate par ledit sieur de Buzanval , en les exhortant et admonestant de pourvoir, par autre voie que par l'ordinaire , à leurs affaires pour l'année présente , d'autant qu'elle estimoit que leurs ennemis redoubleroient de leur côté leurs efforts pour pousser la bonne fortune qui les avoit favorisés les deux précédentes; leur ayant fait proposer à cette fin d*envoyer vers elle des députés bien instruite de leurs intentions, et des moyens qu'ils avoient de continuer la guerre, comme de toutes leurs autres affiûres , et accompagnés d'un pouvoir suffisant pour traiter et conclure avec Sa Mi^jesté toutes choses requises pour leur bien.
Mais au lieu d'y satisfaire, lesdite sieurs se sont contentés de prier ledit sieur de Buzanval (auquel Sa Majesté avoit permis de revenir en France auprès de sa personne) de représenter à sadite Mi^esté leurs nécessités, et, sans lui parler de l'envoi desdito députés, ni de- la recherche de la paix commencée par les archiducs, la requérir d'augmenter son secours d'un million de livres par an , pour foire Jusqu'à trois millions, et en outre leur en faire avancer dès à présent six cent mille sur ladite somme , sans quoi ils déclaroient et même protestoient ne pouvoir subsister.
Combien que sadite Miyesté fût déjà avertie de plusieurs endroito des propositions de ladite paix, de quoi, véritablement, sadite Majesté ne fiit moins offensée qu'émerveillée , s'étant persuadée que les effete que lesdite sieurs avoient tirés de sa bienveillance, les obligeoient à plus de confiance, de respect et devoir en son endroit ; ce que sadite Majesté ayant dit audit sieur d'Aërsens, il 8*ofire de nouveau de passer de rechef
autdite pays , Jugeant qu'il n'étoit raisonnable de presser sadite Mijesté plus avant dudit secours, si elle n'étoit au moins assurée qu'ils ne feroient aucun traité et accord avec lesdite archiducs sans son consentement, et qu'elle ne fût assurée d'y être secondée par les autres rois et princes intéressés en la cause à la protection de leur pouvoir. Sur cela sadite Majesté approuve ledit voyage, et ledit sieur d'Aërsens met en avant et de lui-même se charge de proposer auxdite Etate les mêmes articles du précédent voyage , rt^[>porter sur iceux la volonté desdite sieurs, comme sur quelques particularités que le temps avoit requis y être igoutées, sur tout donne espérance à sadite Majesté de rapporter un acte authentique de sa susdite promesse, de ne fhire aucun accor^ sans le su et consentement de sadite Majesté, reconnoissant et avouant n'être Juste ni de la dignité de sadite Majesté et de la sûreté de son service, qu'elle continuât davan* tage lesdite secours sans la susdite obligation , néanmoins , sur ce qui avoit été remontré à sadite Majesté par ledit sieur de Buzanval , elle accorde la susdite avance de six cent mille livres, et promet audit sieur d'Aërsens qu'elle sera fournie et envoyée trois semaines après ; ce qui a été effectué.
Toutefois sadite Mi\jesté est avertie, au re« tour dudit sieur d'Aërsens, que les articles proposés par lui ont été représentés en l'assemblée générale desdite Etate, en scm nom, et comme procédant d'elle , et que l'on avoit pris sujet sur cela de persuader auxdite Etate que Sa Majesté prétendoit à la domination et souveraineté desdites provinces , même à conditions contraires et préjudiciables à leur gouvernement et à la sûreté d'iceluù
Davantege, que sadite Miijesté avoit déclaré audit sieur d'Aërsens qu'elle ne vouloit plus se^ courir lesdite sieurs, afin de les forcer et contraindre par la nécôsité de son assistance de se donner et mettre tout-à-fàit sous sa domination et à sa discrétion.
Quand bien sadite Majesté les secourrolt, qu'elle ne le ferait à l'avenir qu'à demi, exprès pour nourrir et faire durer la guerre, pour, après s'y être consommés, les nécessiter de changer leur liberté en servitude sous son obéissance, et se prévaloir de leurs oppressions, déjà devenues trop insupportables.
Qui sont toutes inventions controuvées et proposées malignement et à dessein, pour décrier les bonnes et sincères intentions de sadite Majesté , et favoriser la négociation de la paix et de la trêve, commencée et déjà fort avancée.
Pour cela sadite Mi\f esté n'a laissé de leur
DU PBE8IDE1VT JEÀNIflN.
faire avancer lesdits six cent mille livres, ainsi qoll avoit promis audit sieur d'Aêrsens; qui est un témoignage suffisant pour convaincre la malice des auteurs desdites calomnies.
Mais lesdîts sieurs les Etats n'ont fait consdenoe ni difficulté de les accepter, et en même temps conclurent une cessation d*armes de huit mois, sans avoir attendu son avis sur icelle : chose si contraire à l'espérance que ledit sieur d'Aérsens avoit donnée à Sa Majesté , partant d'auprès d'elle, qu'elle veut que lesdits sieurs Jeannin et de Buzanval s'en plaignent en l'assemblée des Etats, à leur arrivée audit pays, comme cause principale de leur légation ; en leur déclarant toutefois que l'intention de sadite Majesté n'est pas pour les détourner et les divertir de conclure ladite cessation d'armes, quand bien die ne le seroit à leur arrivée vers eux , mais afin qn'ils soient éclaircis de la vérité de ses royales intentions , pour reconnoitre et avérer la fiiosseté et malice des auteurs de telles impressions et impostures; leur déclarant, à la suite de ce propos, que sadite Msjesté n'a Jamais en antre but et dessein, comme elle n'a encore de présent, que de favoriser de tout son pouvoir knr bien , liberté et prospérité, et , pour ce faire, embrasser avec eux les moyens qui seront par eox jugés les meilleur» et salutaires , tant par la une des armes que par celle d'un bon accord , ksafiBorant que ce ne seront ceux qui lui seront fcspfais agréables; n'approuvant moins qu'euxmêmes l'avantage qu'ils prétendent gagner pour la Jostîi&catlon plus grande de leurs armes et rétablissement de leur gouvernement à l'avenir, par la déclaration et reconnoissance qui leur a été ofierte et accordée par lesdits archiducs de ks teoîr pour gens libres sur lesquels ils ne prétendent rien , spécialement quand elle sera ratifiée par le roi d.'Espagne, comme il leur a été permis, jaçoit qu'il y ait cause et matière sufflttnte de douter que ladite déclaration leur soit confirmée, faisant et contractant une paix finale, comme elle leur a été accordée en faisant ladite cessation.
Car, encore que les fondemens de leur union , bâtis sur la nécessité de conserver leui*s vies et privilèges , aient été Jugés Justes par leurs vrais amis, et par les prospérités et fiiveurs que Dieu knr a départies, tellement que ceux qui ont depuis commencé avec eux et les ont assistés , raient fait sans aucun scrupule pour ce regard ^ néanmoins sadite Majesté reconnott avec eux , que bi susdite déclaration et approbation desdits ardiiducs étant ratifiée dudit roi d'Espagne, sera honorable et utile auxdits sieurs , et agréa- Ue à leurs amis et alliés , par toutes bonnes con-
sidérations , ainsi que lesdits sieurs Jeannin et de Buzanval leur diront l'être à sadite Mi^esté; pourvu qu*ils ne s'y fient tellement qu'ils omettent à pourvoir d'ailleurs à l'établissement et sûreté de leur Etat , tant pour le présent que pour l'avenir, ainsi qu'il convient pour la vraie et réelle manutention de leurs libertés et puissances.
Et tout ainsi qu'ils ont acquis ce point avec toutes les autres félicités que le ciel leur a élargies, depuis qu'ils ont levé les armes pour la seule fermeté et constance de leur union et concorde, sadite Majesté veut qu'il leur soit dit par lesdits sieurs qu'ils doivent y persister plus constamment et soigneusement que Jamais, soit qu'ils embrassent ou rentrent en guerre après ladite cessation; car de là dépend immédiatement le salut et la prospérité de leur Etat, la conservation de leurs vies et fortunes publiques et privées , et non en la susdite déclaration et reconnoissance de la souveraineté, ni aux traités qui ont été et seront ci-après faits avec eux.
A l'effet de quoi il sera dorénavant plus nécessaire qu'il ne leur a encore été, que chacun préfère la cause publique à la sienne particulière; qu'ils avisent d'établir et former un si bon ordre en leur gouvernement^ qu'ils obvient à tous inconvéniens intérieurs et extérieurs, et particulièrement qu'ils s'appuient et fortifient du plus grand nombre d'amis et alliés qu'ils pourront , et qu'ils les intéressent et engagent avec eux à leur conservation : de quoi Ils seront avertis au nom de Sa Majesté par lesdits sieurs Jeannin et de Buzanval; leur déclarant sur cela qu'ils recevront toujours de sadite Majesté , pour ce regard , les conseils et assistance d'un vrai et cordial ami et bon voisin; lequel reconnolt véritablement avoir intérêt que leur Etat prospère, quelque parti qu'ils prennent.
Et néanmoins Sa Majesté veut bien qu'ils sachent que Dieu a fait la grâce à sadite Majesté de remettre son royaume , avec ses affaires et sa réputation, en un être si heureux et florissant, que , comme il n'y a aujourd'hui roi , prince ou potentat en la chrétienté qui n*ait autant de besoin de son amitié qu'elle peut avoir de celle des autres, aussi Sa Majesté e$t très-assurée de pouvoir vivre en paix avec eux , voir l'estreindre et assurer davantage comme bon lui semblera , ou bien tailler autant de besogne par les armes à qui entreprendra de lui en donner, qu'elle en recevra de leur part.
Afin qu'ils croient que ce n'est point tant par nécessité que par inclination et prudence que sadite Majesté a favorisé ci-devant lesdits Etats, et qu'elle en affisctionne encore à présent la cou«
«BaOCUTIONS
«ervation; qui est une impreMion que sadite Mfyesté désire que lesdits sieurs Jeanain et de fiuzanval s'étudient d'effacer des esprits desdits Etats, d'autant qu'elle a su qu'aucuns d'eux font fondement sur icelle; que souvent iis font tout autre jugement du soin que sadite Mnjesté a d'eux , et de l'assistance qu'ils en reçoivent , que sa l)onne volonté et l'état présent des affaires publiques requiert; donc pour les confirmer toujours davantage en cette véritable opinion , sa* dite Majesté entend que lesdits- sieurs Jeannin et de Buzanval fassent entendre auxdits sieurs les Etats en corps, et en particulier à M. le prince Maurice et aux principaux du pays, que •adite Miyesté les a envoyés vers eux pour, après les avoir éclaircis des choses susdites, leur déclarer et faire connoitre, par toutes sortes d'effets dignes d'elle, qu'elle sera to^jours trèsaise et pi'éte de les assister aux conseils et résolutions qu'ils prendront pour le bien et la conservation de leur Etat, autant par la voie de la paix que par celle de la guerre.
Car toutes choses lui sont pour ce regard indifférentes, pourvu qu'elles leur soient utiles, et qu'ils puissent, en l'élection qu'ils feront, trouver sûreté qui les contente, et soit suffisante pour, en conservant leur union, maintenir leur république en la réputation, liberté et puissance qu'ils ont acquises par leur vertu et générosité, et par l'aide de leurs vrais amis et alliés.
Or, lesdits sieurs Jeannin et de Busanval mettront peine de découvrir , le plus promptement et le plus certainement qu'ils pourront, les in* clinations et dispositions, tant du général desdits Etats que des particuliers qui y ont puissance, pour les seconder et fortifier des conseils et de l'autorité de sadite Mig'esté , comme ils jugeront le devoir faire pour leur propre bien ; ayant toujours pour prétexte principal et préalable d'employer vivement le nom de Sa Majesté , pour les rendre et tenir tous bien unis et conjoints en l'exécution et poursuite du parti et conseil qu'ils éliront, et se résoudront de suivre ; car en ce point' consiste , par préférence à tous autres (ainsi qu'il a été dit), leur sûreté, félicité et conservation présente et future, tant publique que particulière.
Et, d'autant que sadite Mfyesté estime que lesdits sieurs Jeannin et de Buzanval les trouveront jouissant de ladite cessation d'armes faite pour huit mois, puisque ledit sieur d'Aërsens lui a rapporté qu'elle avoit été arrêtée lorsqu'il est parti du pays, ils leur diront que sadite Majesté n'a rien à leur conseiller sur ioelle , étant chose faite , sinon qu'ils doivent bien prendre garde I et vçiller | durant te tempe d'iceliei ^
leur concorde et union ne sott entamée par 10$ menées et artifices de leurs minemiS) ou par les jalousies ou envies auxquelles sont sujets ceux desquels la condition est égale , quand la nécessité qui les tenoit liés et conjoints est passée , ou qu'ils ont conçu quelque espoir de soulagement ou d'améliorement de fortune, pour un changement non éprouvé.
C'est pourquoi sadite Msyesté a opinion, si lesdits sieurs veulent tendre à une paix finale, laquelle elle juge plus utile et sûre pour eux et pour leurs alliés qu'une trêve de longue durée, dont le choix leur a été donné , que le plus tôt qu'ils pourront la conclure sera le meilleur pour eux , de crainte qu'un dilayement ne défavorise leurs prétentions, tant pour la oonnoiasance et créance que leurs adversaires pourront prendre parmi eux par la liberté et fiiveur de ladite ces* sation d'armes, que par les autres moyens qu'ils pourront y employer.
Joint qu'il est vraisemblable que le désir el projet que les Espagnols avoient fait de se prévaloir en Italie de la guerre qu'ils avoient allumée entre le Pape et la république de Venise (i), peut avoir servi a les induire plus volontiers au* dit accord , reconnoissant ne pouvoir fournir aux frais d'icelle, continuant en même temps celle de Flandre.
De sorte que cette occasion leur étant maintenant échappée par l'accommodement dudit différend naguère avenu par l'entremise et autorité de Sa Miyesté , laquelle s'y est employée avec très-grande pinidenoe , et pour causes trèsimportantes et urgentes au public , il y a suyet d'attendre quelque changement ou refiroidissement de leur part, principalemoit du c6té d'£s-> pagne; car il est certain que tous lesdits Espagnols désapprouvent bidite paix aux conditions de la susdite déclaration de souveraineté.
Davantage ce n'est la coutume desdits Espagnols de sépara et licencier des forces qu'ils ont une fois assemblées sans les employer.
C'est encore moins leur coutume de céder ou quitter une possession , telle qu'est la souverai-. neté desdites Provinces , comme ils s'en départent maintenant, sans grandes occasions ou arrière -pensées et espérance d'en r^irer des avantages équivalons.
C'est pourquoi lesdits sieurs Jeannin et de Bur zanval admonesterpnt lesdits sieurs Etats d'ouvrir les yeux en cet endroit , et en ce foisant , donner tel ordre à leurs affaire» qu'ils obvient aux per-
(1) En 1606, un différend s'étant élevé entre le pape Paul V et la république de Venise , la guerre allait s*enraivre : Henri IV Ait choM pour médiateur et temûm ce
DU PBMIDBST /BÀNNIN.
tes el JMwavénieofl qui peHVQol arriver d'une dtenmalation ou d'an dessein eouvert à leur dommage.
Sorquoi sadite Mijesté ne peut leur prescrire aï départir d'iei aucun conseil certain , ignorant eoaune elle fait leurs forces et moyens, et Tu* Dîon de leurs délibérations, et pareillement Tétat qu'ils peuvent &ire de Talde de leurs voisins du* rtnt le tea^ de ladite cessation d'armes.
Aussi est41 raisonnable, voire nécessaire , qap ladite Mijesté en soit plein^nent et au vrai éelatrde^ devant qu'elle puisse y engager sa parôle, et déclarer ce qu'elle y contribuera.
Joint qu'il est encore plus raisonnable et néeessaire que sadite Miyesté soit préalablement assurée « autrement qu'elle n'a été Jusqu'à pres»t, de l'intention desdits sieurs sur le foit de ladite paix ; savoir est , qu'ils ne la traiteront ni eoneluront sans elle et son consentement , afin qu'il ne lui en avienne comme de ladite eessation qu'ils ont conclue, d'une main, sans son avis , et n'ont laissé en même temps de prendre de raatie les deniers six cent mille livres que sadite Mi^eslé leur avoit fait fournir contre l'espénnee de sadite Miyeslé, et celle que ledit sieur d'Aênens lui avoit donnée partant d'auprès ddle.
Oatre cela il faut considérer que lesdits Etats vtt «msuineroient guères moins d'argent à se
garàcr durant ladite cessation , et ne seront aussi aM>infl efaargés de frais qu'en pleine guerre, prinnpsJement s'il i^ut qu'ils maintiennent leurs ftrees de terre et de mer en l'état qu'elles sont , aîDsi qu'il semble à sadite Majesté qu'ils doivent frire pour obvier & toutes surprises, et conserver leun affiiires en réputation.
Pdor ces conridéra^ons, sadite Majesté condut derechef qu'il seroit plus expédient d'avancer le traité d'une paix finale, en cas que lesdits Etats veuillent préférer ce parti aux autres, que d'attendre que les cinq mois dedans lesquels ils eut promis de déclarer leur délibération soient expirés.
Il convient semblablement aviser si Ton veut attendre, devant que d'y entrer, la ratification mdite dudit roi d'Espagne, tant de ladite déeiaraticA de souveraineté que de ladite cessation, paisqu'elle leur a été promise par lesdits archiducs, pour rendre ce titre plus parfait, et partant plus utile : de quoi lesdits sieurs Jeannin et de Buxanval leur diront que sadite Majesté se remet à leur jugement.
Comme elle a fait aussi l'élection et propositioD des conditions avec lesquelles ils auront à faire ladite paix pour la rendre sûre et utile à cm et à leurs aUiéSi pour le présent et pour Ta*
venir , néanmoins sadite Majesté a donné charge auxdits sieurs Jeannin et de Busanval de leur dire , avec sa liberté et franchise accoutumée , qu*il lui semble qu'ils ne doivent oublier de demander, et s'il est possible d'obtenir, que tous les gens de guerre de la nation espagnole qui sont auxdits Pays-Bas, eh vident ;
Que le nombre des autres étrangers qui y de^ meurent soit réglé ;
Que les citadelles construites à cause de la guerre civile depuis quarante ans, soient abattues et ouvertes.
Régler aussi les daces et maltôtes, et les autres impositions qui devront être levées après ladite paix, de part et d'autre.
Assurer , par un échange réciproque de leurs places, l'entrée et conservation drâ provinces qui sont de leur union , le mieux et plus avantageusem^t qu'ils pournmt.
Ce sont les points principaux qu'il semble à sadite Mq'esté qu'ils doivent mettre peine d'obtenir desdits archiducs, auxquels ils pourront lyouter encore ceux qu'ils jugeront nécessaires.
Quant à ceux qui dépendent d'eux , sadite Majesté est d'avis qu'ils doivent commencer par réformer et restreindre la forme et l'ordre de leur gouvernement et administration publique , afin que leur conduite ne dépende de tant de têtes, et ne soit sujette à tant d'opinions diverses , comme elle a été ci-devant.
Qu'ils assurent et augmentent l'autorité de M. le prince Maurice et des sieurs de la maison de Nassau, comme ceux desquels l'assistance ne leur sera moins utile et nécessaire en paix qu'en guerre.
Qu'ils règlent le commerce d'Espagne par un tel ordre, que jamais il n'avienne que leurs navires et marchandises tombent à la merci des Espagnols toutes ensemble.
Qu'ils ne quittent la navigation des Indes, et plutôt qu'ils en usent à leurs périls et fortunes comme les Français le pratiquent avec lesdits Espagnols.
Qu'ils assurent un fonds certain et suffisant sur eux-mêmes pour payer leurs gens de guerre de terre et de mer, afin de ne dépendre pour ce regard que d'eux-mêmes.
Et néanmoins aient égard, en ce faisant, de soulager, tant qu'ils pourront , leura bourgeois et bons marchands habitués audit pays, afin qu'ils n'aient occasion de s'absenter et retirer ailleurs.
Qu'ils aient égard aussi à donner quelque consolation à ceux qui font profession de la religion catholique audit pays, que sa Miyesté a entendu être en très-grand nombre , à ce qu'ils n'aient
NBG0CIATI0N8
sujet de monopoler et conspirer contre l'Etat qu'ils auront établi.
Toutefois lesdits sieurs Jeannin et de Buzanyal s'abstiendront de faire mention du susdit article, s'ils aperçoivent qu'il doive à présent $tre mal reçu.
Qu'ils fassent et constituent des lois très-rigoureuses et sévères contre tous ceux qui, à l'avenir, conspireront contre leur Etat, et qu'ils les fassent exactement observer.
Davantage, ils doivent désirer, et s'il est possible obtenir, que leurs voisins alliés interviennent en ladite paix , et partant qu'ils y soient conviés, pour être lidéjusseurs et garans de l'observation des choses qui seront accordées.
En quoi lesdits sieurs Jeannin et de Buzanval leur déclareront que sadite Majesté ne leur déniera son nom et assistance, non plus qu'elle a fait aux autres occasions qu*ils l'ont recherchée.
Néanmoins ils prendront garde à ne faire telle offre qu'en tant qu'ils connoîtront qu'elle sera bien reçue, afin de ménager la dignité de sadite Majesté, et ne donner ombrage à personne, considérant s'il sera plus à propos d'attendre qu'ils en requièrent sadite Majesté que d'en faire l'ouverture.
Voilà, quant au parti de la paix , ce que sadite Majesté a estimé devoir faire représenter auxdits sieurs les Etats ] à quoi lesdits sieurs Jeannin et de Buzanval ajouteront encore tout ce qu'ils connoitront , étant sur les lieux , être propre et utile à l'effet d'icelle.
Pour le regard de la reprise et continuation de la guerre, devant ou après l'expiration de ladite cessation d'armes , sadite Majesté dit qu'il est très-périlleux de s'y engager ; si toutes lesdites provinces , et ceux qui ont autorité et pouvoir en icelles , ne sont bien résolus et unis de l'entreprendre, et y contribuer leur première constance et fermeté avec leurs personnes et moyens aussi courageusement et gaiement qu'ils ont fait cidevant.
Car, si bien unis ils n'ont pu prospérer et terminer la guerre à leur avantage et contentement, s'ils y entrent disoordans ou contre le désir et l'avis de leurs peuples, ils s'en trouveront trèsmal , d'autant que les affectionnés à ce parti seront traversés par les autres, et seront trop foibles seuls pour en soutenir le faix et l'envie ; principalement s'il avient que leurs premiers exploits ne prospèrent; car chacun alors reprochera aux auteurs de ce conseil les incommodités et pertes publiques et privées.
Il convient aussi examiner et bien vérifier devant , si lesdites Provinces pourront seules four-
nir aux dépenses de ladite guerre, et semblablement s'éclaircir et assurer de la volonté et aide de leur voisin pour ce regard.
A quoi il est vraisemblable qu'ils y rencontreront des difficultés plus grandes qu'ils n'ont fait ci-devant, à cause de la méfiance que l'on aura prise de leur foi, fondée sur ladite cessation d'armes qu'ils ont contractée sans y avoir appelé leursdits alliés et voisins , et spécialement ceux qui n'épargnoient rien à les secourir, ainsi qu'a fait sadite Majesté, laquelle ne sera d'ailleurs conseillée de supporter seule l'aide qui leur est nécessaire.
C'est pourquoi elle a toujours désiré et recherché que les autres rois, Intéressés autant ou plus qu'elle en la conservation desdits Etats, y contribuassent , comme elle sera très-aise encore à présent qu'ils fassent à la proportion de leur puissance, tant sadite Majesté est éloignée de la prétention ambitieuse que l'on lui a imputée, de vouloir se prévaloir de la nécessité desdites Provinces.
Au moyen de quoi, avenant que les conseils et délibérations desdits Etats inclinent au parti susdit de la guerre, lesdits sieurs Jeannin et de Buzanval leur déclareront que sadite Majesté trouve bon qu'ils reçoivent en leur société et confédération tels des autres rois, princes et potentats qui offriront d'y entrer, et les assureront qu'elle emploiera librement son nom , crédit et autorité envers eux , avec son exemple pour les inviter et faire résoudre.
Mais il sera tout besoin d'avancer cette recherche , et fermer au plus têt la susdite confédération pour en pouvoir être fortifiés et assistés au temps du renouvellement de ladite guerre.
Étant certain que ceux qui l'entreprendront y rencontreront plusieurs difficultés qu'ils auront peine de surmonter, chacun voudra assurer l'argent qu'il y emploiera, et pourvoir aux accidens et périls qu'il encourra, y ayant peu de princes et républiques qui aient volonté de hasarder leur réputation et Etats avec leurs moyens, seulement pour bien faire a leurs amis, et sans en tirer quelque utilité particulière, ou être du moins assurés du remboursement de leurs deniers , comme Sa Majesté a fait , même considérant le peu de respect que Ton lui a porté , et que l'on a permis, en faisant ladite cessation et pour la colorer, que ses droits et sincères intentions aient été calomniées en une assemblée générale.
Néanmoins lesdits sieurs Jeannin et de Buzanval déclareront auxdits sieurs les Etats, audit prince Maurice et à tous ceux que besoin sera, que sadite Majesté continuera très-volontiers à
DU PmsSTDENT J^ANNIIY.
ibumir et oonlHbner à lear secours tout ce que Ton peut honnêtement attendre d'elle, et des moyens qui en dépendent, si elle connoît qu'ils soient tous bien déterminés de reprendre et continuer la guerre , qu'ils aient moyen et volonté de la soutenir et fournir aux frais d'icelle, comme il conTient, et que leurs autres amis et alliés accordent de les y vouloir soulager à la proportion susdite, après toutefois que lesdits sieurs les Etats lui auront envoyé la susdite promesse de ne faire ci-après aucun accord avec lesdits archiducs, Espagnols ni autres sans son su et consentement.
Item qu'ils renouvellent et contractent avec die une bonne alliance et confédération, par laquelle sadite Majesté soit assurée de l'assistance par mer et par terre qu'elle tirera d'eux , au cas que ledit roi d'Espagne, et lesdits archiducs avec leurs partisans, lui ouvrent la guerre, ou que. Sa Majesté prenne résolution de la leur commencer.
Davantage, sadite Majesté estime nécessaire, pour la plus grande sûreté et caution de la persévérance et foi desdits sieurs les Etats à la contiouation de ladite guerre en laquelle ils auront engagé leursdits alliés, qu'ils fassent jUrer et promettre aux magistrats de leurs villes et pro- VnuKs, à mesure qu'ils changeront et seront reçus m teurs charges, de n'entendre ci-après à aocuo traité et accord avec lesdits archiducs et E^gnols, sous quelques prétextes que ce soit, sans l'avis et consentement commun et unanime de toutes lesdites Provinces -Unies assemblées co corps, et desdits rois et princes étrangers confédérés.
A quoi il faudra pareillement obliger et faire entrer particulièrement ledit prince Maurice, tant en qualité dé chef, capitaine et gouverneur général des forces et armées desdits Etats, qu'en son propre et privé nom y ensemble les autres irinoes de sa maison avec les principaux consaiJers et officiers desdits Etats.
Et quand sadite Ms^esté sera avertie par lesdits sieurs Jeannin et de Buzanvai que lesdits sieurs les Etats seront disposés et résolus d'emhrasser et prendre le susdit parti de la guerre en b forme susdite, et, pour ce faire, traiter dès à présent une confédération avec elle, elle leur enverra un pouvoir authentique pour ce faire , avec une instruction bien particulière de ses intentions, qu'elle réglera et mesurera au pied de laTiison;leur faisant savoir lors quelle somme de deniers sadite Majesté voudra contribuer par année, et leur ordonnera sa volonté sur toutes fes parties et articles dudit traité, afin de le conelgre et terminer k l'honneur et avantage desdits
sieurs les Etats, et de tous ceux qti eAtreront en cette société.
Quoi attendant , lesdits sieurs Jeannin et de Buzanvai leur diront ce que sadite Majesté a avisé de faire en leur faveur, pour leur aider à soutenir et conserver la réputation de leurs armes durant ladite cessation d'armes.
Outre cela, sadite Majesté a commandé aux chefs de guerre français qui sont à leur service, qui sont par deçà, de retourner audit pays, pour continuer à les servir aux occasions qui se pré-» senteront, comme ils ont fait en temps de guerre.
Elle favorisera aussi les recrues et levées qu'ils ont ordonnées , et ne se lassera jamais de leur témoigner par bons ejffets sa bienveillance accoutumée.
Et si lesdits sieurs Jeannin et de Buzanvai trouvent lesdites Provinces si diversées et discordantes sur le choix des parties de la paix ou de la guerre , et ne puissent, par toutes les raisons, remontrances et prières qu'ils leur feront, les rejoindre et se réunir et accorder en leur dessein, à quoi ils emploieront toutes sortes de moyens et efforts qui dépendront d'eux et de l'autorité de sadite Majesté, ils s'informeront exactement des moyens et pouvoirs des uns et des autres, pour en avertir sadite Majesté en diligence, avec ce qu'ils jugeront qu'elle devra faire pour fortifier celui desdites parties qui sera le plus puissant.
Car il semble que ce doit être celui auquel il faudra s'attacher pour contraindre l'autre de ce-* der, et par ce moyen en prévenir et empêcher une division impétueuse et irrémédiable, laquelle serait cause de la totale ruine des uns et des autres.
C'est pourquoi sadite Migesté permet, dès à présent, auxdits sieurs Jeannin et de Buzanvai, s'ils connoissent que cette maladie soit à sa crise, tellement qu'il soit besoin d'y remédier promptemeut, et devant qu'ils puissent recevoir les commandemens de sadite Majesté sur lesdits avis, qu'ils fassent pour ce regard, par prévention, tous les devoirs et offices en son nom qu'ils jugeront être requis, ayant sadite Msyesté confiance en leur prudence et loyauté, qu'ils useront de cette liberté et permission avec discrétion et jugement, pour n'engager le nom et la parole de sadite Majesté que comme il convient à sa dignité et au bien de ses affaires.
Sadite Majesté veut aussi qu'ils favorisent et fortifient, tant qu'ils pourront, ledit prince Maurice et ceux de sa maison, en tout ce qui se pas-, sera et résoudra, comme ceux de la foi et affection desquels sadite Mijesté peut, par raison et intérêt, faire plus grand état que des autres.
fniGOGiÀTioifd
. Néanmoins ils aiiMfit èghtâ^ te faisant, de préférer la cause publique a la partioulière, celleei ne pouvant subsister l'autre succombant ; de quoi sadlte Mi^esté se promet que ledit prince se rendra toujours capable.
' Ils mettront peine pareillement de retenir le sieur de Bameveld dans raffection qu'il a toujours montré porter à la cause publique , et au particulier contentement et service de sadlte Majesté , comme choses qui sont si conjointes et Hées ensemble, que Ton ne peut procurer l'une que l'on n'avance l'autre.
Ils feront pareils offices envers le sieur d'Aërsens , greffier desdits Etats , et tous les autres qu'ils connof tront avoir pouvoir et autorité audit pays, en les informant des bonnes intentions de sadlte Majesté.
Laquelle pour ce faire leur a fait bailler des lettres de créance adressantes auxdits Etats en général, et en particulier audit prince Maurice et aux autres comte de Nassau , auxdits de Barneveld et d'Aêrsens, avec trois ou quatre autres en blanc, qu'ils rempliront étant sur les lieux.
Davantage , lesdits sieurs Jeannin et de Bulanval mettront peine d'apprendre et découvrir les inclinations et délibérations du roi de la Graad'Bretagne sur le choix desdits deux partis, de la guerre ou de la paix; les oonseils qui auront été donnés de sa part auxdits Etats, et les offres qu'il leur aura fait faire, le sieur de La Boderie aymit écrit à sadlte Majesté, qu'il s'est laissé entendre n'approuver ladite cessation d'armes. Mais sadlte Mi\Jesté a opinion, si ledit avis est véritable, qu'il le suit plus par mécontentement de n'en avoir été l'entremetteur , comme il s'y attendoit, que pour d'autres considérations.
Toutefois f si lesdits sieurs Jeannin et de Bulanval sont recherchés par le résident dudit Bol audit pays de se Joindre ensemble aux occasions qui s'offriront, ils lui feront connottre avoir eonlmandement du Boi de ce faire, sur Tassu- 'rance que sadite Majesté a que ledit Boi entend préférer l'utilité desdites Provinces , et la manutention du gouvernement présent d'ieelles , leur liberté et autorité , comme sadite Miyesté prétend faire de son côté, à toute considération particulière.
Ils s'enquerront de la résolution que prendront lesdits Etats en cas de paix , touchant les places otagères que gardent les Anglais, et quel traité et accord ils feront pour ce regard avec ledit Boi, pour en avertir sadite Majesté.
Laquelle permet semblablement auxdits sieurs Jeannin et de Busanval d'entrer en conférence avec les députés et gens desdits archiducs qui
iront audit pays s4ls on sont reèharchét, M à€ leur faire connoltre , si les choses se disposent à la paix, que sadite Majesté sera toujours trèsaise de leur aider à la résoudre au bien et contentement mutuel des parties, et même d'étreindre et entretenir avec lesdits archiducs une fraternelle et sincère correspondance et alliance pour le bien conunun de leurs Etats; de quoi, s'il est fait quelque ouverture, ils avertiront soigneusement sadlte Mijesté comme de toutes autres occurrences.
Sadite Mi\jesté a commandé être baillé auxdits sieurs Jeannin et de Buzanval un état des deniers qu'elle a ftdt fournir auxdits Etats, depuis la paix de Vervins, avec les copies de leurs quittances et récépissés, pour s'en servir, étant sur les lieux , comme ils jugeront devoir faire pour le service de sadite Majesté, soit de vérifier et arrêter le compte de ce dont Ils demeurent redevables à Sa Majesté, d'obtenir et retirer d'eux une promesse d'en faire quelque jour la restitution et le remboursement par années, et à plusieurs paiemens , lesquels, en ce cas, ils abr^eront le plus qu'ils pourront , ou autrement en user ainri qu'ils verront être à faire pour le bien de son service , lequel sadite Majesté dépose et confie totalement à leur fidélité et prudence.
Fait à Fontainebleau , le vingt-deuxième Jour d'avril 1607. Hxrmi.
Et plus bas , BauLÂBT.
SECONDE INSTBUCTION.
Articles proposés pour le renvoi en Hollande du sieur Jeannin, conseiller du Boi en son conseil d^EtaL
Et la déclaration de la volonté du Roi sur les»
dits articles,
Si ce n'est pas toigours l'intention du Boi de préférer la paix à la trêve à longues années , e( les deux au renouvellement des armes, comme aussi d'éviter, autant qu'on pourra, la trêve pour un an ou deux , comme le plus dangereux inconvénient de tous les autres.
C'est PifUention du Roi de préférer ladite paix à la trêve à longues années, et les deusp au renouvellement des armes; et d'émtery par tous moyens, la prolongation de la trêve, pour un an ou deux, comme le plus dommageable parti. A cette fin sera déclaré aux Etats, au cas de ladite prolongation sans l'avis de Sa Mqfesté, qu*ii ne leur sera continué par elle aucun secours d'argent, et, s'il est possible j sera tiré promesse d'eux par écrit, devant l'expiration de la dernière qu'ils ont faite ,
ht ^REStDfiNt itkifmni.
fù^itsnè ta èonHnuêf(mt êûHê êon consente-^
El que les Etats se départent plutôt du commerce des Indes que de rompre à cette occasion ; qu'ils en Aissent^aussi autant de tous les autres articles qui pourront tomber en dispute, pourvu que la souveraineté et tout ce qu'ils tiennent de présent leur demeure.
Le Eoi approuve entièrement ledit article.
Comme on aura à se gouverner pour le fait de la religion , au cas que les Espagnols insistent au rétablissement d'icelle par traité.
Sa Mc^esté veut être fait en son nom toutes sortes de devoirs et offices convenables envers lesdits Etais en faveur de ladite religion; et si lesdils Espagnols insistent qiAS le rétablisse* ment en soit accordé par le traité qu'ils feront avec eux. Sa Mqjesté entend qu'ils soient con-^ seillés et priés de le consentir plutôt que de rompre.
Si la souveraineté leur est refusée par le roi d'Espagne, du moins qu'il la veuille modifier ou tirer raffaire en longueur sans déclarer son intention, ce que les Etats doivent faire.
haéts Etats ne doivent^ en cas delà paix,
(mamement consentir que l'article de la sou-
veraineléj tel qu'il leur a été accordé, soit mo-
difié; et si lesdits Espagnols tirent rqffaire en
lougueuTy sans déclarer sur ce leur intentionf
lesdits Etats doivent avoir recours à leurs amis,
eUiés et comfédérés, pour aviser avec eux à
pourvoir à leurs affaires par autre voie que
celle de ladite paix,
Etpouree qu'il semble qu'ils seront oontràintS) STenant ce reftis ou qu'on use de longueur, de rompre tout traité , sinon de prendre temps pour se raasemblek' avec les députés d^ archiducs vers la fin de la trêve, pour essayer encore de renouer Icair traité , ou bien d'accepter une trêve pour Tannée prochaine, qui, sans doute, leur acra présentée par les députés des archiducs ntnt qolls se retirent ; ce que Sa Mijesté trouve ten qu'ils finsent , étant certain qu'ils désireront «I avoir son avis, et qu'il sera de três^and poids pour les disposer à le suivre, soit de gré, pcnr la grande opinion qu'ils ont de sa prudence et bonne afiection envers eux , on par nécessité, pour «e qœ, sans son appui et assistance, ils ne peuvott fidre la gnerre ni se conserver en paix.
Au cas audit refus ou de ladite remise ^ sor ^ Ihfesté est d^avis que lesdits EUsts ront-
pent pour le présent ta conférence, et que les députés des archiducs soient renvoyés , etj néanmoins, approuve qu'ils prennent temps pour se rassembler dans le mois d'octobre, tant pour essayer de renouer ledit traité quê pour justifier davantage la résolution qu'il faudra qu'ils prennent; toutefois Sa Mqfesté aura à plaisir qu'Os se portent à ce conseil cTeuX'^émes.
Au cas que toute espérance de paix soit perdue, quel secours il plaît à Sa Majesté qu'on leur offre de sa part ; et si ce n'est pas son intention de le faire, encore que le roi de la Grande-Bretagne n'y veuille contribuer.
Lesdits Etats seront assurés en termes généraux que sadite l^qfesté, audit cas, leur continuera son assistance, sans les abandonner non plus qu'elle a fait du passé, et est con^ tente que cette déclaration leur soit faite sans faire mention du roi d'Angleterre; mais Sa Mqfesté n'entend que ladite assurance leur soit donnée, sinon au cas que lesdits Etats rom* pent ledit traité par son avis.
Vn.
S'il est besoin de les assurer de cette assistance et secours en particulier même avant la rupture de la paix , pour éviter qu'ils ne fassent une trêve pour Tannée prochaine , ce qu'il lui plaît qu'on fasse.
Il est nécessaire que lesdits Etats soient éclair-^ cis de la délibération de leurs autres alliés sur ledit secours, et que Sa Mqjesté sache aussi au vrai leur recette et dépense pour la guerre devant qu'elle spécifie le secours qu'elle leur don* nera,
vm.
S'il n'est pas à propos de leur faire sentir atl même temps de la rupture , que Sa Majesté n'en*' tend continuer son secours et s'engager aux pé« rils et dépenses d'une longue guerre , sans en tirer quelque fruit , du moins sans avoir assurance du remboursement , et de différer néanmoins à se découvrir de ce qu'on peut désirer de plus ^ jusqu'à ce que les volontés de ceux qui ont l'au« torité et le moyen d'y aider aient été préparés et disposés.
^ // est raisonnable que lesdits Etats déclarent leur intention sur le présent article, devant que Sa Mqfesté s'engage au secours particulier qu'elle ordonnera , se remettant Sa Majesté pour ce regard du temps qu'il faudra s'en découvrir au jugement dudit sieur Jean'* nin*
ME60CUTI01CB
ÎX.
En cas quHis veuillent casser partie de leurs gens de guerre, si on les doit laisser faire sans s*en mêler, ou pour l'empêcher leur offrir quelque secours à présent y et quel.
Sa Majesté estime ne devoir s'opposer au licenciement desdits gens de guerre pour ne s'engager à les secourir d'une plus grande somme d'argent qu'elle a fait état leur donner cette année. Mais si avec les quatre cent mille livres qu'elle leur envoie présentement^ sa promesse de les secourir encore dedans icelle de
la somme de y l'on peut les divertir dudit /i-
cenciemeut^ sadite Majesté trouvera bon que son nom y soit employé.
Ce qu'il lui plaît employer pour pratiquer et rendre enclins à son service ceux qui lui seront nommés.
Sa Mqfesté est contente d'employer à l'effet
susdit la somme de , laquelle sera envoyée
audit sieur Jeannin par Vadresse et voie qu'il manderay au premier avis qu'il donnera à Sa Mqfesté qu'il sera nécessaire de le faire pour en confier la distribution à sa fidélité.
SMl lui platt pas offrir états et appointemens au prince Maurice et comte Guillaume , et déclarer aussi ce qu'elle voudroit faire pour eux y au cas qu'avec leur aide et assistance Sa Majesté puisse devenir maître de leur Etat, comme en semblable pour le sieur de Bameveld son fils.
Sera accordéy en cas de paix ou de trêve à longues années y au prince Maurice y dix mille livres de pension par an, et aux deux autres à chacun quatre mille. Davantagcy Sa Majesté permet audit sieur Jeannin y pour l'effet mentionné au présent articlcy de promettre auxdils sieurs et à tous autres^ en son nom, telle gratis fication ou pension qu'il jugera nécessaire.
Au reste , si lesdits Etats, ne faisant la paix , conviennent d'une trêve à longues années , Sa Majesté entend que le dernier traité qu'elle a fait avec eux pour ladite paix ait lieu pour ladite trêve , et que les déclarations en soient faites en la forme et au temps qu'il sera Jugé à propos.
Fait à Paris , le sixième jour d'août 1608.
HSNBI.
Et plus bas , Bbulabt.
Instruction baillée à M. de Préaux, allant trouver les archiducs.
Monsieur de Préaux allant trouver les archi-
ducs de la part des députés des rois Três-Chré« tien et de la Grande-Bretagne, leur fera entendre notre soin et désir à procurer envers les Etats que la trêve soit reçue suivant notre projet, dont M. le président Richardot a eu copie avant son départ de ce lieu , et les difficultés qu'il y a de joindre toutes les provinces à y consentir.
Et , encore qu'il n'y ait à présent que la Zélande seule qui y contredise ouvertement avec deux villes en Hollande , les autres villes de la même province qui Taf^rouvent y apportent néanmoins trois difficultés : La première sur le point de la liberté, qu'ils demandent être mieux éclairci, et qu'on y ajoute les motspour toujours j ou du moins qu'on 6te ce mot comme, et qu'on se contente de dire qu'on traite avec eux en qualité et les tenant pour Etats libres; la seconde est au temps que la trêve doit durer, qu'ils demandent au lieu de dix ans pour quinze , et au moins pour douze ; la troisième est au temps de trois mois, que le roi d'Espagne demande lui être accordé pour déclarer s'il sera par hostilité ou de gré à gré, ou bien le choix en être fait au même temps qu'on traitera , afin qu'ils ne demeurent en incertitude.
Quant au premier point concernant la liberté, c'est celui sur lequel ils s'arrêtent tous, et leur opiniâtreté y est si grande , que sans la menace des deux Rois de les abandonner du tout , s'ils ne se contentent de l'article ainsi qu'il est mis , ils eussent insisté précisément à obtenir ces mots pour tot{fours , du moins à ihire êter le mot de comme , à quoi ils s'obstinent encore à présent sans s'en vouloir départir , quoique leur ayant dit que n'en ferions aucune poursuite , comme en effet ce n'est notre intention d'en presser davantage leurs altesses, pour avoir assez reconnu qu'il ne leur est permis de passer plus avant du côté d'Espagne , aussi que l'affoire n'est plus en état de rentrer en nouvelles longueurs , mais de la conclure ou rompre.
Pour ce regard du temps de la trêve , ils se fondent sur la première trêve faite avec leurs altesses, laquelle contient expressément que la longueur de la trêve sera de douze , quinze ou vingt ans, au choix des Etats; ainsi qu'elle ne peut être moiudre de douze, à quoi ils insistent, et nous jugeons aussi raisonnable de leur donner quelque contentement en cet endroit, dont nous supplions très -humblement leurs altesses.
Et sur le troisième , concernant le commerce des Indes, puisque leurs altesses ont eu assez de temps pour savoir la volonté du roi d'Espagne , semble qu'on ne peut refuser de faire déclaration , lors du traité , si sera de gré à gré ou par
BU PBSSIOSKT IBANNIN.
hoetililé, sans k remettre en incertitude, et qu'il est encore plus expédient pour tous , tant pour rendre la trêve plus ferme , que pour venir plus aisément à une bonne paix qui soit de gré à gré qu'autrement.
Lear fera pareiliement entendre les bruits qui courent ici que plusieurs tiennent pour certains, à savoir, que le roi d'Espagne ne veut être nommé en ce traité , ni consentir que les archiducs l'oMigent en vertu de sa procuration , dont les plus affectionnés au repos se refroidissent, et entrent en soupçon qu'on les veut tromper, puisque nous les avons assurés du contraire en pleine assemblée d'Etats sur les lettres que ledit sieur président nous a écrites, sans quoi ils euslent aussi rejeté dès lors l'ouvertvre et le projet de trêve qui leur avoit été présenté.
Aussi ne pouvons-nous croire que tels bruits soient yéritables, et soutenons toiyours que leurs altesses accompUront de bonne foi ce qui a été promis en leurs noms; et s'il avenoit autrement , toute notre poursuite seroit vaine et inutile, pour ce que les Etats croient que leur principale sùleté dépend de l'obligation du roi d'Espagne , et ne peuvent espérer , si ledit sieur Roi refuse à présent d'être nommé en ce traité , encore qu'il en ait été prié et requis très-instamment et dès Vmg-temps par leurs altesses, qu'il le veuille aoD pbis ratifier après qu'il sera fait. Ledit sieur de Prmax les suppliera donc très-humblement de nous vouloir éclairdr de la vérité de ce que desQs , sans nous laisser en aucune incertitude, afin que si cela étoit , nous ne perdions plus le tonps en ce lieu, mais retournions vers les Rois nos maîtres , sans entreprendre de persuader les Etats à iklre chose que nous jugeons du tout impossible, prévoyant même que ce refus , s*il étoit &it , les rendroit plus unis et animés à la guerre qœ Jamais, et tout ainsi que la rupture avenant de leur côté , leur cause en fut devenue plus odieuse et injuste; au contraire, si c'est par le manqueoient de cette obligation promise dès la première trêve , et répétée puis peu de temps , leur défense en sera plus Juste.
Leur dira encore que si quelques-uns , pour être mal Informés de l'intention des Etats, leur donnent d'autres impressions ou espérance qu'ils les trompent , par ainsi n'y doivent i^uter foi aucune, mais plutôt à ceux qui sont ministres de deux grands princes, lesquels désirent avec grande affection le parachèvement de ce bon «Qvre, et ont déjà fait ce qu'ils ont pu pour gagner les Etats afin d'y parvenir.
Qu'ils ne s'arrêtent non plus aux espérances qu'on leur pourroit donner qu'aucunes provinces sont tant désireuses du repos, que si on rentre
if . c. n. M. T. IV.
en guerre elles seront pour se séparer des autres. Car ils ont tous cette prudence imprimée dans leurs esprits , que le salut commun de tous dépend de leur union , et la Jugent si nécessaire pour se conserver , que les six provinces qui désirent la trêve se laisseront plutôt vaincre à la Zélande seule qui la rejette , que de consentir à ce repos avec leur désunion. Aussi ont-ils, pour cette raison, différé à se résoudre jusqu'au retour des députés de cette province , lesquels sont allés en leur pays pour conférer de nouveau sur cette affaire , et retourner avec pleine instruction pour délibérer et résoudre tout ce qui sera jugé plus utile pour le bien commun , ayant mieux aimé leur rendre ce respect pour les fléchir et persuader que de passer outre sans eux , pour ce que cela n'eût servi qu'à les en aigrir et offenser.
Cette même considération sera cause que pour les Joindre à l'avis commun, les autres provinces déféreront beaucoup à ce qui sera mis en avant par eux pour obtenir des conditions plus avan* tageuses, et déjà y a des personnes d'autorité qui leur en donnent le conseil au cas qu'ils ne puissent tant gagner sur eux que de les faire demeurer en leur première résolution , à quoi ils tendent. Prétendant que par les lois de leur Etat une province seule peut empêcher tout traité de paix ou de trêve avec leurs ennemis, et qu'en ce cas leurs résolutions ne doivent passer à la pluralité , comme à la vérité cette loi est certaine , et a été faite pour avoir lieu perpétuellement lorsqu'ils étoient en leur plus grande haine et animosité.
Quant à l'ouverture qui nous a été faite par M. le président Richardot, lorsqu'il étoit encore ici, d'une trêve pour vingt ans, de laquelle il nous a aussi écrit depuis son départ, que nous voyons les volontés aucunement disposées pour la rece* voir, chacun étant si las et ennuyé de la Iongueur de ce traité qu'ils en veulent voir la fin, et le conclure ou n'y plus penser. Or, une nouvelle proposition leur sembleroit devoir servir de matière pour rentrer en d'autres longueurs et incertitudes ; le temps pourroit bien aussi être cause d'y faire survenir des difQcultés qu'on ne prévoit , au lieu qo*à présent tout est très-bien disposé pour en sortir. Ainsi notre avis est qu'on s'en doit abstenir , et achever cet œuvre sur le projet communiqué , sans prendre autre conseil, si on désire en avoir bonne issue ; car, encore que reconnoissions des personnes sages en ce lieu , lesquelles auroient bien agréable cette ouverture, et qu'en faisions aussi le même Jugement, personne toutefois d'entre eux ne l'oseroit proposer, et si l'avions fait de notre part, sommes certains que n'en recevrions qu'un reft» et de la honte.
l^GOCltATiÔNi
• Davantage , ceux qiit ont toujours contredit à la trêve prendroient cette occasion pour joindre toutes les provinces à leur avis , du moins les deux , à savoir la Hollande et la Zélande , de l'avis desquelles les autres ont accoutumé de dépendre; car elles sont Jalouses de ce nom spécieux de liberté et souveraineté ; pensent aussi l'avoir déjà acquis, et n'y a péril auquel elles ne le veuillent exposer pour le conserver. Or , ils auront sujet de leur dire qu'on les a entretenus ^ar des offres qui n'étoient faites qu'en apparence , pour enfin les foire tomber à celles-ci , et contraindre de traiter comme sujets, non comme teigneurs de leur pays, chose si éloignée de leur intention et désir, qu'il n'y a rien qui puisse donher plus d*autorité aux ennemis de la trêve que telle proposition.
Plus il faudroit aussi que cette trêve fût foite avec l'autorité et èonsentement du roi d'Espagne , sans lequel personne ne la voudroit accepter; et, à la suite de celle ci-devant faite, qui ne poiirroit être, sans tacitement approuver la qualité de libres , encore qu'elle ne fût exprimée ; nommément il seroit pareillement nécessaire de faire rentrer un chacun en son bien, sans aucune exception, puisque le temps en seroit si long. En ^oi on prenoit tant d'autres difficultés et longueurs , que personne n'en voudroit ouïr parler , étant tous désireux , et résolus de sortir d'affoires par la proposition déjà faite, ou de se départir du traité, sur quoi ledit sieur insistoit du tout. « Fait à La Haye le dernier jour de novembre mil six cent huit. P. Jeannin, Eue de la Place, fti Spenceh, et Rodolphe Winooo.
Instructhn particulière audit sieur de Préaux^ faite par ledit sieur Jeannin,
' Monsieur de Préaux ne dira autre chose à M. le président Richardot, pour la trêve de vingt ans , dont ledit sieur a fait ouverture pendant qu'il étoit à La Haye , sinon ce qui est contenu en son instruction, qui tend à la faire rejeter du tout, et à leur ôter l'opinion qu'ils semblent avoir d'y pouvoir parvenir, lui remontrant toujours que ceux qui leur donnent telles espérances les trompent ou sont trompés eux-mêmes, pou^ n'étrè bien informés de la vraie intention des £tats.
Nonobstilnt quoi, si ledit sieur président y insiste , lui pourra demander comme il l'entend ,* le priera ihême de mettre en écrit son projet , polir me le donner en particulier à son retour , sans en faire autre comnmnication à qui que ce soit ; puis le considérera pour voir à part soi s'il est conforme à celui qui est mis ci-après, afin de lui en faire les difileultés comme de soi-même ,
sans toutefois lut montrer notre projet, au cas qu'il soit différent du sien , principalement en ces deux points , l'un touchant la qualité de libres , exprimée en la narration , et lorsque Ton fait mention de la première trêve; l'autre d'obliger le roi d'Espagne en vertu de procuration^ et sans requérir nouveau délai pour envoyer en Espagne, dont on n'oseroit plus parler, chacun étant plus disposé Ici à consentir que tout traité soit rompu , qu'à souffrir un nouveau délai qui les tienne encore en quelque incertitude de cette résolution.
Sentira après de lui , pour le regard des con* flscations , quelle seroit leur intention , et s'ils n'entendoient pas que chacun rentre en ses biens durant la trêve, même les héritiers de fed M. le prince d'Orange , et ceux du prince d'Epinoy, nonobstant tous traités et transactions. Il y a des demandes aussi poiir la maison dé téé M. le prince d'Orange, auxquelles il seroit besoin de pourvoir, et semblâblemënt à tout ce que dessus , qui voudroit espérer quelque succès de cette ouverture.
Toutes lesquelles difficultés lui ^ront Hpré' sentées plutôt pour le détourner d'y penser, éè néanmoins découvrir leur intention pour y apporter de la facilité, et leur donner quelque espérance qu'on y puisse parvenir.
Se souviendra aussi ledit sieur de Préaux dé dire à M. le président Richardot^ encore que l'article des confiscations soit remis par notre projet à une conférence qu'on pourra foire aprèè là trêve, qu'il semble néanmoins expédient de le foire dès à présent, et par ce traité même , d'autant que cela apportera une grande facilité à la trêve pour l'intérêt que plusieurs y ont d'un c6t^ et d'autre, ayant été retenus ci-devant d'en foiré plus grande instance à cause que M. le prince Maurice foisoit difficulté de rendre ce qu'il tient^ et ce que les Etats ne vouloient lors non plus faire rendre le bien vendu par eux sur les ecclésiastiques qui demeurent es pays des archiducs ; et, maintenant l'un et l'autre , sera consenti sur la prière que leur en avons faite ^ qu'il y a pareillement deux difticultés du côté des archiducs , que nous les prions d'aider à surmonter , comme étant nécessaire àii tout poiir aider à ce bon œuvre, et mieux disposer les affectldfais d'un chacun pour venir encore après à une boimé paix , l'dne concernant les salines Su comté dé Bourg(%iië qu'on retient à H. le prince d'Orange,> l'autre ce qui rfete des biens de ien H. le priiicé d'Epinoy, et combieh qu'il y ait des transactions faites là-dessui, qu'on sait bien qu'elles ne sont aucunement considérables, et que les Etat! ne soùfllrlnmt Jiimaiè qti'on retlètine le Wfà àtt*
bt t^RESlDkNt JËÀNNtN.
liëritiers de ceux qui les ont âervts, comme étant une marque honteuse, et qui rendrait leur cause sujette à blâme envers la postérité , et eux convaincus d'ingratitude pour avoir abandonné la défense et protection des seigneurs auxquels on ferait souffrir cette perte à leur occasion.
RABBB DUniT PBOJST.
Comme ainsi soit que les archiducs, etc., aient, dès le 24 d'avril 1 607, fait une trêve et cessation d*armes pour huit mois avec les sieurs Ctats-généraux des pravinces-unies è^ Pays-Bas , ta qualité et comme les tenant pour être provinces et pays libres sur lesquels ils ne prétendent rien ; laquelle trêve auroit depuis été continuée plusieurs fois, et Jusqu'à la fin de la présente année , selon qu'il est contenu es actes sur ce faits en intention qu'es conférences amiables qu'ils ont ensemble par leurs députés, ils pourroient ftiire une bonne et perpétuelle paix, w bien s'ils n'y pouvolent parvenir, une trêve à longues années : or est -il que , le premier leur ayant défailli à l'occasion de plusieurs grandes difficultés survenues entre eux, ils ont eu reeours à ladite trêve à longues années, par l'avis des rois Três-Chrétien et de la Grande- Bretagne , lesquels s'y sont entremis pour faire enser cette longue et périlleuse guerre qui pournitsvec le temps traubler le repos de toute la I, et à cet effet ce Jourd'hui, etc.
iederinsiruciion donnée par les Archiducs à leurs députés.
Instruction pour vous, notre cousin Ambroise Spînola, marquis de Venafro, chevalier de l'ordre de la Toison d'Or, des conseils d'Etat et de guerre de Sa Majesté , et mestre de camp général de ses armées , et les président Richardot , secrétaire Macicidor père, commissaire général et audiencler Verreiken , de ce qu'avcK à faire en Hollande , où vous envoyons présentement pour le ftiit de la paix, ensuite du pouvoir que vous avons donné.
Vous savez que la ville de La Haye en Hollande est desthiée et choisie pour l'assemblée qui soit à l'honneur et gloire de Dieu. Et ainsi devez-vous vous y acheminer pour y être au temps préflgé , et vous y conduire et besogner en conformité de vos instructions et selon que savez être de l'intention du rai notredit seigneur itfrère^etlandtre.
Et eomme vous y trouverez les députés des nis de France, d'Angleterre et de Danemara, H nMs vous apercevez que leur intention soit d'eotMenlr et être présens au traité , vous d&vra dMoenfieiil et honnêtement l'excuser et les
en exclure, et avec termes si courtois qUHls ne puissent s'en altérer et s'en offenser , et moins s'apercevoir qu'on ait d'eux aucune défiance^ au contraire , vous pourrez dire aux députés des Etats des Provinces-Unies que ne trouverez tA mauvais ni étrange qu'ils communiquent leurâ affaires avec eux , et s'aident de leurs prudenS conseils et avis, et qu'êtes sérieusement enchargés pour faire le même, pour ce que nous tenotis lêSdits rois pour nos bons confédérés, désireux du repos public, et affectionnés au bien de nos affaires.
Et de ifait, comme vous êtes assurés que lesdits Etats leur communiqueront tout ce qui se passera et traitera , et que rien ne leur sera cAbhé, ainsi fhudra-t-il que vous montriez la même confiance avec eux , et particulièrement avec le président Jeannin , avec lequel vous devrez voui domestiquer le plus qu'il vous sera possible , lui faisant entendre que nous avons si bonne opinion de lui, que croyons fermement qu'outre icj commandement qu'il en a de son Roi , ij y apportera du sien et de son industrie ce qu'il pourra pour, entrevenant quelques difficultés au traité, les modérer et induire les parties à ce qui sera plus juste et plus équitable, et userez de même avec les députés anglais , bien qu'en termes plus généraux, nous confiant que vous vous conduirez en ce regard discrètement à leur communiquer ce que saurez ne leur être caché, de l'autre câté vous réservant toujours ce que vous jugerez être secret.
Or, venant à la substance de cette besogne^ souvenez- vous que le point de la religion duquel le Roi , notre sieut* et firèrè , et nous , avons particulier soin, plus que nul autre, sera le principal et qui devra être le premier couché au traité. Et en ce regard , vous prétendrez le libre et public exercice de notre sainte religion , et que les catholiques y puissent vivre eu toute sûreté, sans qu'on puisse les inquiéter , surcharger ou rudoyer plus que les autres.
Et comme apparemment ceux de là s'y rendront difficiles, vous leur représenterez qu'ayant si libéralement accordé ce que le monde jugera nous être si dommageable , fis n'auraient pas raison de nous refuser ce que plutôt leur réussira à utilité qu'à préjudice, et où nous ne sommes mus que du zèle qu'avons à rhonneur de Dieu , n'y prétendant que l'acquit et décharge de noS consciences , et non aucun profit particulier.
Qu'ils sont prudens assez pour considérer que ce sera le bien de leur Etat , pour ce que par là ils retiendront une Infinité de gens et dé ménages, s'ils peuvent y vivre et y servir Dieu en assurance, qui, autrement, se retireront et viendront à nous; et par là s'accroîtra notre peuple et le leur se diminuera, etqti'en M grandeur
tlécOCIÀTIONS
et multitude du peuple consiste une bonne partie de la félicité et prospérité d'un Etat.
Et où pour penser vous divertir , ils diroient le même leur devoir être accorde et permis en nos pays, vous répondrez qu'il y a trop à dire de l'un à l'autre, que ce qu'ils demandent est nouveau , et nous ce qui étoit nôtre et dont l'on nous a privés; que les catholiques sont leurs frères, leurs parens, leurs amis, leurs patriotes, et que ,ce seroit chose par trop cruelle de leur refuser cette consolation.
Sur ce particulier ferez toutes les instances qui vous seront humainement possibles , et pour l'avancer vous adresserez au président Jeannin, remontrant que ce point n'importe moins au Roi son maître qu'à nous; et que comme Rome et tous les princes catholiques et ledit sieur Roi même nous condamnerpient si nous le faisions autrement, aussi lesdits princes et tous les catholiques, et le Pape même, se plaindroient de lui si le contraire avenoit, pour ce qu'ils savent que cela est enite main, et que lesdits Etats ne lui refuseront s'ils l'y voient porté, et qu'il embrasse ce fait chaudement.
Et en tout cas , selon que les verrez disposés à modérer et limiter cet exercice , prenez temps pour nous en avertir avant que rien conclure, afin que nous puissions nous résoudre et vous mander notre volonté, et n'oubliez la lettre de révéque d'Anvers, pour vous en prévaloir en ce que pourrez.
Au fait de Ubres, puisque vous savez ce qu'avons consenti, vous ne serez scrupuleux à leur dausuler à leur contentement, et sans faire ni dire chose qui puisse les mettre en opinion que voulions contrevenhr à la déclaration que leur en avons donnée et qu'entendons ponctuellement accomplir.
Leur consentant le trafic d'Espagne, que pourrez faire en la même forme qu'aux Français et Anglais , ils devront absolument renoncer à celui des Indes Orientales et Occidentales , et s'obliger à châtier ceux des leurs qui s'enhardiront d'entreprendre ce voyage, comme infracteurs de la paix et ennemis du repos public, soit qu'en personnes ou par les leurs ils fassent ce voyage, soit qu'ils soient associés à autres d'autre nation, sous quelque couleur ou prétexte que ce soit.
Se traitant du trafic d'Espagne, se devra aussi traiter de celui d'ici , et ores qu'apparemment Ib le voudront du tout à leur avantage , se devront-ils en tout événement donner libre passage, et sans rien payer , aux bateaux et navires qui de droit voudront venir à nous , de quelque part que ce soit, et à ceux qui de nous voudront aller ailleurs; et en tout cas ils ne pourront exi-
ger que les anciens droits et gabelles qui se payoient avant la guerre, sans prétendre ni droit de convoi , ni licences , qu'il semble se devoir abolir d'une part et d'autre.
Vous souviendra aussi, traitant de notre commerce , leur mettre en avant qu'il faut aviser et concerter sur un même pied des privilèges qu'on donnera à la nation anglaise, pour les foire égaux d'yne part et d'autre, pour ce qu'autrement l'une partie seroit intéressée, et possible les deux à la longue.
Le tait des biens des deux côtés se devra traiter et procurer de pénétrer comme ils l'eatendent; et s'ils incllnoient en ce que la restitution s'en fasse aux particuliers de chacun parti, pour en jouir dès le Jour de la conclusion du traité, sans rien prétendre aux fruits et revenus passés, ores qu'ils ne soient levés ni perçus, et sans y comprendre les biens aliénés par voie de jusUcei et pour paiement des dettes du propriétaire, ni semblablement ceux donnés en mercede, si vous voyez qu'eux y inclinent, et que notre parti n'y soit intéressé ; et se plaignant lesdits propriétaires que lesdits biens auroient été vendus a vil prix, s'ils ne pourroient les reprendre en payant aux acheteurs et le prix et les méliorations utiles et nécessaires.
De là se viendra aux biens de l'Eglise, où apparemment y aura plus de difficulté, en quoi toutefois vous devez insister et employer ledit Jeannin, comme au point de la religion , et pour le moins devrez vous obtenir restitution et plénière Jouissance aux Etats et autres ecclésiastiques d'ici, des biens qu'ils ont par-delà et partie d'iceux de delà, pour la nourriture et entretennement des prêtres et religieux qui devront y servir les catholiques, et faire l'exercice de notre religion.
Après viendra ce qui nous touche en particulier : et en premier lieu vous leur demanderez quelle reoonnoissance et récompense ils veulent nous faire , au lieu des aides et subsides que nous perdrons par cette renonciation; et si l'on ne peut rien obt^ir, pour le moins nous devrontils laisser la Jouissance de nos biens, consistant en rentes , seigneuries particulières et fonds de terre, n'étant raisonnable que soyons de pire condition que le moindre d'eux ou de nos si^gets^ auxquels se consentira la jouissance de leurs biens pour l'avenir.
Aussi sont les tonlieux, domaine, et y a la même raison qu'au précédent, pour ce qu'ils ne concernent la souveraineté, comme nous voyons plusieurs particuliers les lever et y succéder comme à patrimoine de leurs devaneiers; et toutefois Ils ne voudroient les nous permettre en
DU PHBSIDENT JEANIfIN.
Icnn pays et sons leur Juridiction , il seroit raisonnable qu'en récompense ils noas donnassent qnelqae somme par an , en quoi il n*y aura rien de souveraineté.
Après se devra traiter des limites pour la séparation de ce que, nous tenons d'avec ce que nous leur quittons , et ne seroit pas peu si nous pouvions les avoir tels que la nature nous séparât, coflune du côté de Flandre, la mer et le Brabant, et Gueldres le Rhin, et le Wahal, et qu'ainsi ils nous laissassent nette la Flandre, et accordassent Bergues sur le Zoom , Gertruydenbergue , Breda, Ueusden, Grave et Nimègue , et nous à eux les forts du Rhin et les villes de Lingen , Oldenseel et Grool.
Et ores que la partie ne soit du tout égale, si pourra l'on leur remontrer que le beaucoup que leur quittons mérite bien qu'Us fassent quelque diose pour nous, et ores qu'il pourroient réparer pour Gertrudembergue et Heusden, qu'ils prétendent et ont toujours prétendu être Hollande et non Brabant , si est la raison bien différente au regard de Bergues sur le Zoom et Breda , qui appartiennent à des seigneurs particuliers, aux- (pMls elles se doivent rendre s'il y a restitution de biens d'une part et d'autre, et sommes contens qoe promettiez que n'y mettrons aucunes garlûsoDS, ains en lairons paisiblement Jouir les prtnees d'Orange et marquis de Bergues, comme dekus propres et particuliers patrimoines; et deaiéme vous devra souvenir de l'Isloo , qui est on particulier , et on démolira et aplanira la forteresse, comme vous consentirez le même des forts que tenons sur la rivière d'Anvers.
S'ils repartent en ce de Nimègue, du moins insistez pour Grave, avec offre de n*y mettre garnison, s'ils veulent faire de même de Nimègue.
Et enfin pour tant plus faciliter cette besogne, vous pourrez leur offrir que serons contens de rendre Rhinberg à l'électeur de Cologne, et par là nous priver du tout du passage du Rhin , que vous saurez bien en caresser ; mais surtout que la Flandre nous demeure entière , qui est ce qui nous importe le plus.
Aussi traiterez-vous du fait de leur monnoie pour l'égaler et réduire au même pied que la nôtre, pour ce qu'autrement le trafic ne peut aller comme il doit , n'y empêcher qu'il n'y ait de la confiisiôn.
Tous ces points éclaircis, arrêtés et conclus , eonviendra que doucement entriez en une autre natièfe, et représentiez par les plus doux termes qie pourrez, et comme de vous-même, que notre corps uni ensemble étoit battant pour se maintenir et défimdre contre qui l'eût voulu of-
fenser ; mais séparé et démembré comme il s'en va être , il n'y a point de doute qu'il sera tellement affoibli , que ni eux ne seront battans sans nous , ni nous sans eux , contre qui nous voudra assaillir , et que par cela nous et eux devrions sérieusement penser aux moyens de notre incolumité, pour non être exposés à la volonté et ambition de tels qui ne nous voadroient pas de bien, les requériez qu'ils veuillent penser à eux et à nous, et après l'avoir bien considéré vous mettre en avant ce qu'ils Jugeront utile pour la patrie commune.
S'ils ne dient rien, vous leur déclarerez ne vouloir prétendre ni parler de souveraineté, quoique limitée et restreinte , parce que l'ayant une fois laissée, et avalé ce morceau , nos pensemens en sont du tout éloignés : mais s'ils y pensent bien, possible trouvçront-ils convenir nous prendre pour protecteurs, puis qu'ils n'en peuvent avoir tant à leur avantage que nous. Et sur ce point pourrez communiquer avec les députés qu'entendons seront là de la part du comte Palatin , et possible avec la participation de quelques autres princes électeurs ou autres de l'Empire, pour voir s'ils voudront vous aider en cette prétention , sur laquelle vous insisterez et procurerez l'obtenir s'il est possible, en quelque forme que ce soit en droit, sur laquelle vous ne serez scrupuleux, pourvu que le nom se puisse obtenir.
Et où ils ne voudrolent entendre, pour le moins que l'on fiisse une amitié ferme pour être amis d'amis et ennemis d'ennemis , non pour offenser autrui , ains pour se défendre et aider l'un l'autre au cas de quelque invasion étrangère ; et que de vrai nous courons grand danger , si par une étroite liaison nous ne nous relions ensemble pour avoir soin les uns des autres ; mais touchez si doucement cette corde , que les Français et Anglais en étant avertis, ne soupçonnent qu'ayons dessein et volonté de leur nuire : bien pourrezvous doucement leur insinuer que notre parti sera toujours plus assuré que le leur, et que l'appui d*Espagne nous sera plus ferme et solide que celui qu'eux prendront ailleurs ; et s'ils n'y veulent entendre , au moins que nous nous promettions de ne nous offenser l'un l'autre , ni donner assistance de gens, de munitions de guerre, d'argent, de conseil ou autrement, à qui nous voudroit faire mal , avec promesse de châtier, comme inft'acteurs de la foi publique, ceux chacun de son parti qui s'avanceront d'aider et servir les ennemis de l'autre parti , et en ceci devrez-vous insister du tout.
Le point des gens de guerre étrangers est assez clahr : et ores qu'apparemment les Français et Anglais insisteront , afin qu'ils en demandent
NSGOGUTIOKS
la sortie , si £audra441 leur couper court, et leur ipontrer qii^ sofumes m|eax fondés à les retenir qu'eux À se servir de Français, Anglais > Ecossais çt semblables.
K*pu))|iez le mémoire qui vous a été mis en O^ain de li^ part du comte d'Ëmden , pour Taider et favoris^ en tout ce que pourrez.
Gomme apssi vous ferez es affaires que les députés du duc de Cleves vous communiqueront, et surtout que ne perdions rien du droit qpi nous peut appartenir sur aucunes places dudit duc , soit par voie de retraite ou autrement.
Semblablement recevrez-vous quelques mémoriaux de la part de Télecteur de Cologne poqr le favoriser en son état , en ce qui se pourra , et U même ferez-vous endroit autres princes voiçins sïls vous en requièrent.
Et, au surplus, vous ne faudrez de nous doubler part le plus souvent que pourrez du progrès d^ vQJ^re négociation et de tout ce qui s'y passera , pour , au cas de besoin , vous y donner les ordres qu^ trouverons convenir.
Fait à Bruxelles, le seizième Jour de janvier {608. Paraphé, Albbbt (1) et Isabelle (2).
lustruction donnée à M. de Préaux allant
trouver le Roi.
Monsieur de Préaux fera entendre au Roi le contentement qu'ont Messieurs les Etats, et (^obligation qu'ils reconnoissept avoir à Sa Mai^slé , pour le soin et la peine qu'il lui a plu pren- 4re pour les mettre en repos.
Qu'ils sont tous fort bien remis ensemble , et désireux de conserver leur Etat en toute liberté et souveraineté, sans se jamais remettre en l'o- |)éissance des archiducs ni du roi d'Espagne.
Et encore que ci-devant M. le prince Maurice, et ceux qui ont toujours rgeté la trêve , aient eu soupçon contre aucuns de ceux qui ont plus de pouvoir au maniement de l'Etat , si sont-ils à présent éclaircis que le grand désir qu'ils ont eu d'aider à mettre leur pays en repos , n'a été à mauvaise intention , ni pour les faire retourner ai leur ancienne siyétion, mais pour ce qu'ils le jùgeoient utile pour leur pays. Ainsi les inimitiés qu'ils avoient les uns contre les autres à cette occasion sont fort diminuées : le prince Maurice même sent mieux du sieur Barneveld qu'il ne letisoit, et se t|ent obligé à lui de la conduite dopt il a usé es dernières actions, concernant sou bien particulier et celui de sa maison ; et peut-on espérer que le sieur Barnèveld, quoique d'un na-
(1) Albert d'Aatriche, gouverneur, puis souTerafn des Pays-BS8, shlème fils de Maximilien I|, empereur. ; (2) Çlaire-Eugénie-Isaltelle, fille du troisième M( de Phi- Jiffe U, roi d'Ësp^, et d'Elisabeth de Frsncet
turel assez peu respectueux et trop élevé pour sa* condition , se soumettra à l'autre plus qu'il n'a fait, et que le prince Maurice aussi , se dépouillant de toute inimitié , et oubliant les méconten-^ temens passés , se récopciliera avec lui , en sorte que le sieur Barneveld puisse prendre assurance de son amitié. Ce que le président Jeannin juge du tout nécessaire; autrement, s'ils demeurent en qiauvaise intelligence , il est plus k craindre que l'autorité du prince en diminue, que d'espérer qu'il prenne avantage sur l'autre.
Et , toutefois , il y a beaucoup de raisons qui doivent convier Sa Majesté à fortiQer l'autorité du prince Maurice , dont on lui a ci-devant écrit , et ledit sieur de Préaux en est fort bien instruit pour les lui représenter dereç|ief.
Fera aussi entendre à Sa M^esté que le sieur président Jeannin s'en retourne à La Haye, en intention de n y demeurer que huit ou dix jour^ au plus, ayant été prié de le faire par le prince Maurice, ensemble par les députés de l'assemblée générale qui sont àBergues sur le Zoom, comme aussi par les députés qui sont ici. C'est principale-, ment pour deux choses, l'une afin de faire pourvoii; aux contributions requises pour l'entretenn^ment des gens de guerre tant que la trêve durera , 4 quoi les provinces ont toujours témoigné qu'elles sont bien disposées; mais l'QUtorité de Sa Ma* jesté servira beaucoup pour leur persuader , et faire cesser quelques différends qui sont entrQ eux à cette occasion; l'autre, qui doit avoir plus de difficulté, est d'établir un conseil d'Etat, avec pouvoir de traiter et résoudre de toutes (es af* faires des Etats, décider souverainement (es différends de province à province, et de ville à ville, exécuter les délibérations des Etats généraux, et faire employer la force s'il est besoin , pour contraindre ceux qui n'y voudroient obéir ^ et généralement lui donner pouvoir de représenter le corps entier de l'Etat au maniement et admmistration des affaires publiques, comme souverain magistrat , pour ordonner et disposer de tout ; sinon qu'il soit question de faire allii(iices avec les princeç étrangers, guerre nouvelle, trêve ou paix , ou bien de faire quelques extraordinaires levées et impositions sur le peuple , qui sont cas lesquels doivent être réservés à l'assemblée générale de toutes les provinces.
Ce conseil d'Etat, avec le pouvoûr susdit, seni< ble du tout nécessaire, d'autant qu'il n'y a à, présent aucun lien qui conjoigne les provinces ensemble, ni aucun magistrat qui ait soin du général ; mais toutes les provinces à part, et les villes même en chacune province fout un corps séparé qui a tout pouvoir et droit de souverai-^ oeté 2 en sqrte qu'on peut dire ce^e république
DU PMIflDilIT ISANNIIf.
être ewpwée d-imtMit de souYerainetés qull y a de villes, pyant droit de ^ffrag^ en l'assero- Mée géuérale, dpot le nombre est très-grand; d*oii avient qu*à tputes qceasions, et même pour affaires de peii d*iroportance, on est contraint d'assembler les Etats géoéfaui^. Ce qui ne peut être fait qu'à grands frais, avec beaucoup de loDgnear et confqsion pour le grand fipmbre de personnes qui y assistent, qui est aussi cause que tout ce qu'op y traite e^t public et su d'un diacoo, dont plusieurs grands inconvéniens arrivent : au lieu que ce conseil bien établi , et autorisé de douze ou quiqze personnes aiiplus, bien choisies, les uniroit tous ensemble , et pourvoiroit aux affaires de l'Etat avec plus de jugem^t et paaturité, attendu qu'on y pourroii mettre les plus expérimentés et capables, ce qui n'est pas de l'assemblée générale, où la plupart ne sont que simples marchands sans expérience Dî connoissanee d'affaires.
On entend que M. le prince Maurice soit chef de ce conseil, qu'il y soit assisté de M. le comte GuillaiMne, et de H. le comte Henry , tous trois i vie et sans changement, et que pour les autres conseillers, on les change de trois ans en trois ans, afin que l'espérance que chacun aura d'y pouvoir parvenir à spn tour , rende l'établisse- QM&t et le pouvoir plus facile et plus tolérable. Ce qui doit donner plus d'empêchement à Taécation de ce dessein, quoique très-utile pour eti Eut , c'est que M. Barneveld, lequel est avo: Oit et premier conseiller de {lollande , n'en peut Un, d'autant que les conseillers qui entrent en iceiiii conseil sont tenus prêter serment de n'avoir soin que des Provinces-Unies , et d'oublier rjntérét de la province qui les y aura nommés ; et an contraire celui qui est l'avocat de Hollande jore d'oublier tout pour assister sa Province. Et, eocore qu'on puisse mettre en avant que, pour la grande connoissanpe que ledit sieur Bajmeveld a des affaires de son pays, il doit être dispensé et reçu audit conseil sans le tirer à conséquence, il est à craindre qu'il en fasse difficulté lui-même, pource que ce conseil autorisé ainsi qu'il a été dit ci-dessus, les Etats ne s'assembleront plus qu'une fois ou deux l'année, tout étant remis audit con^l qui fera tout, auquel ledit sieur de Barneveld n'ayant que sa voix, et des compagnons en pareille charge , qui pourront débattre ses avis et les faire rejeter souvent , il souffrira une scande diminytion çn sou autoritjé; car à
E' BQt, ^ locsqi^ les Etats généraux sont asscah , toutes les provinces défèrent beaucoup, et suivent ordipaîreinent Favis de celle de Hollande, CD laqu^te lui, par industrie et la créance qU'ij f C9t «pjUDte ^ long-temps , {;çut (out. C'est
pourquoi le président Jeannin prase qu'il seroit bon, pour lui donner contentement, de le nom-; mer et qualifier du titre de président audit conseil et garde du scel général des Provinces Unies, et mettre son frère , qui est capable , et d'un esprit beaucoup plus doux et modéré que le sien , en la charge d'avocat de Hollande , et de tout ce que dessus en a déjà discount avec le prince Maurice qu'on y peut &ire condescendre. On rendrait aussi cet office de président à vie en s^ personne , et de ceux qui auront pareille charge après lui, comme est à présent celui de trésorier général, qui donne entrée au conseil d'Etat ^ celui qui en est pourvu pendant sa yie, au lieu que les autreiï conseillers n'y sont que pour trois ans.
Si l'établissement de ce conseil a quelque Ion: gueur et difficulté, comme il y en apra sans doute , le président Jeani^in se contentera d'en donner les mémoires , et d'en conférer derechef avec le prince Maurice, puis, avec ledit sieur de Barneveld, d'y préparer quelques autres de$ priu: cfpaux, sans attendre la résolution que M. de Kussy pourra poursuivre.
Ce que dessus est pour le gouvernement de l'Etat, et afin qu'il soit mieux régi et conduit; mais, pour le service particulier de Sa Majesté , il est besoin de savoir quelle est son intention. On sait bien en premier lieu que c'est de fortifier autant qu'on pourra l'autorité de M* le prince Maurice , et des particuliers qu'on sait être les plus ennemis de la domination d'Espagne, et d'y acquérir et entretenir des serviteurs, lesquels aient soin , et soient obligés de faire souvenir les Ëtats des bienfaits et mérites de Sa Majesté envers eux, ce qu'on ne peut faire qu'en y employant chacun an quelque argent pour les intéresser et affectionner; car, quand il n'y a que le corps d'une république obligé en général, ils se désobligent bien souvent de leurs dettes par in-: gratitudes , mais lès particuliers intéressés étant gens de créance et capacité sont très-utiles pour servir; et, en cet état, on le juge nécessaire, d'autant qu'on a bien reconnu qu'ils sont pour recevoir les commodités et avantages qu'on leur voudra faire.
Et ce qui doit plus convier Sa Majesté à y penser, est qu'il est vraisemblable le roi d'Espagne, lequel a fait un traité que plusieurs tiennent lui être honteux, n'y avoir été induit, outre la nécessité qu'on met pour une principale cause, en y joignant aussi la crainte qu'il a eue de l'assistance et secours de Sa Majesté , sinon pour avoir espéré ou plutôt s'être promis qu'il pourroit faire quelques pratiques parmi eux , en y épanchant chacun an quelque notable fioinmo
pour les changer et ftire retourner d'où ils sont sortis.
Or, il n'y a point de meilleur moyen entre la bonne et sage conduite de l'Etat en général , sinon que Sa Mi^esté oblige des serviteurs pour s'opposer à telles pratiques et corruptions , en quoi un écu venant d'elle servira pour les conserver et rendre affectionnés à sa Couronne , plus que cent du roi d'Espagne pour les attirer à lui.
S'étant acquis des serviteurs, et dressé des pratiques durant quelque temps, si Sa Majesté désire quelque chose de plus, il s'en faudra lors découvrir, et y a grande espérance d'en venir à bout, pourvu que le prince Maurice et Barneveld demeurent en bonne intelligence, en sorte qu'on se puisse servir de tous les deux ensemble.
Car, quant au prince Maurice, le président Jeannin en a conféré ouvertement avec lui et l'y a trouvé du tout disposé, ainsi que ledit sieur de Préaux , qui en est très-bien instruit , le fera entendre particulièrement à Sa Majesté; et pour Barneveld , il lui a promis et donné toute assurance de demeurer serviteur de Sa Majesté, d'aider à maintenir l'Etat en affection et devoir envers elle, d'empêcher de tout son pouvoir qu'il ne retourne en l'obéissance du roi d'Espagne, et s'il leur prend volonté de changer leur gouvernement, et, au lieu d'une république en faire une principauté, de préférer le Roi à tout autre prince, comme étant le plus puissant pour les secourir, et celui qui s'est montré le plus affectionné , et qui les a aussi le plus en général et lui en particulier; et, sur ce s^jet, le président Jeannin s'en éclaircira encore davantage avec lui avant son départ de ce pays.
Ledit sieur de Préaux se souviendra de lui dire aussi ce qu'il seroit à propos d'employer chacun an en cette affaire , par l'avis de qui et comment il s'y faudra conduire.
Saura son intention pour l'entretenement de deux réglmens, et si elle veut qu'ils soient payés par les mains de ses officiers , ou bien donner l'argent aux Etats pour les payer, et se contenter d'y mettre un commissaire pour faire le paiement, les Etats y ayant un contrôleur ; ce que les Etats désirent en cet endroit, et leurs raisons.
La prière qu'ils lui font, comme fait aussi M. le prince Maurice, pour l'cntretennement des deux compagnies de cavalerie de messieurs de Villebon et du Mdx.
Lui remontrer combien il importe que les Etats demeurent armés jusques après le temps, dans lequel le roi d*Espagne doit donner sa ratification, dont plusieurs estiment que ledit sieur Boi fera difOculté ou refus absolu, aussià cause
des mouvemens qu'on craint en Qèves; et néanmoins est certain que les Etats, pour se décharger de dépense, licencieront partie de leurs troupes dès le lendemain de la publication de la trêve ou peu de Jours après, sinon que Sa Majesté leur accorde les entretenir durant ledit temps.
Dira aussi Sa Mejesté ce quil a appris de Clèves par M. le prince Maurice , et ce que l'on lui en a dit peu avant son départ.
Ce qui s'est passé touchant le fait du marchand d'Amsterdam, et ce qu'on peut faire pour les entreprises et voyages des Indes , si Sa Majesté y veut penser à bon escient.
Fait à Anvers, ce U d'avril 1609.
P. Jeannin.
Dernière instruction nq^partée de la Cbiir par M. de Préaux.
Le Roi a été très-aise d'entendre du sieur de Préaux que les sieurs des Etats reconnoissent et ressentent, comme ils doivent, l'obligation qu'ils lui ont de la bonne aide et faveur qu'ils ont reçue de Sa Majesté pour obtenir le repos qu'ils ont désiré, et surtout qu'ib soient bien féunis ensemble, et délibérés de conserver leur Etat en toute liberté et souveraineté , sans jamais se soumettre aux archiducs ni au roi d'Espagne , et pareillement que lesdits Etats soient bien éclaircis et assurés des intentions et lins les uns des autres, tant en ce qui s'est passé qu'en ce qu'il convient fiiire ci-après pour cet effet; à quoi Sa Majesté désire qu'ils soient confortés et maintenus par ses serviteurs avec soin et diligence.
Surtout ils entretiendront en bonne amitié et intelligence le prince Maurice et le sieur de Barneveld , comme les deux principaux piliers de l'Etat, lesquels den^eurant entiers et fermes en ce devoir, maintiendront aussi le corps d'icelui en prospérité et réputation dedans et dehors.
Le sieur Jeannin fera donc au nom de Sa Majesté toutes sortes d'offices nécessaires envers l'un et l'autre pour assurer leur union et amitié. Sa Majesté lui permettant et donnant pouvoir de remontrer, promettre et accorder pour cet effet à l'un et à l'autre, en son nom, tout ce qu'il jugera à propos pour étreindre et assurer le bien de leurdite union, tant pour le présent que pour l'avenir.
Et , combien qu'ils aient tenu divers chemins et suivi divers avis pour bien faire à leur pays , néanmoins saditc Majesté a si bonne opinion de leur prud'homie, par les preuves signalées qu'ils en ont rendues , qu'elle croit fermement qu'ils conspireront maintenant ensemble à faire bien à l'Etat par les moyens que la trêve leur en donne,
DU pbbsibbut nAnmx.
sans se contredire et ocmtrepointer comme ils ont ftit devant qu'elle fût signée , et est requis qolb fusent, s'ils en Tentent profiter pour le public et pour leur particulier.
Etant certain que la sûreté de leurs personnes et fortunes dépend entièrement de la conservation de la souveraineté et liberté de leur pays, à cause de la créance et puissance qu'ils y ont acquise y laquelle sera toujours suspecte et insupportable à ceux qui y prétendent droit, avenant qu'ils fussent réintégrés en iceux par leur moyen eu par autre. Quoi étant, ils sont d'autant plus obligés à se départir de tous intérêts privés qui peuvent apporter dommage au public, qui est le eonseil général que Sa Majesté leur veut être donné de sa part, se remettant à ses serviteurs de leur particulariser ce qu'il est expédient qu'ils Êissent pour nouer et assurer davantage le susdit lien de leur amitié, ayant égard toutefois à la qualité et puissance de l'un et de l'autre.
Ledit sieur de Préaux dira audit »eur Jeannin que sadite Majesté désire fort de le revoir près d'elle, pour elle-même lui dire le contentement qu'elle a du service signalé qu'il lui a fait en eette occasion , et reconnottre en sa personne le gré qu'elle lui en sait; de quoi cependant il l'assoreim de sa part. Néanmoins, elle craint granâemeat , s'il part du pays devant que l'on ait YKvt^ au fait des contributions , et à l'établisseoient du conseil qu'il a fait proposer à Sa Majesté par ledit sieur de Préaux , comme il convient, que cela n'engendre des contentions et antres aeddens entre ces peuples, qui seront fomentées par les ennemis de leur liberté, qui rendent cette trêve, qu'ils ont tant recberchée et pour laquelle Sa Mi^esté a tant pris de peine pour eux, plus onéreuse que profitable.
Au moyen dequoi Sa Mi^esté désire que ledit sieur Jeannin fiisse qu'ils résolvent ces deux punts devant qu'il parte.
Toutefois, s'il voit que cela ne puisse être fait stôt après la proposition qu'il leur en aura faite, pour les raisons que ledit de Préaux a représentées à Sa Majesté, ledit sieur Jeannin en avertira Sa Majesté en diligence par courrier exprès, qull accompagnera de son avis sur ce qu'il aura reconnu appartenir à ce fait depuis son retour à La Haye, et sadite Majesté lui mandera sur cela sa Tokmté.
En tout cas sera-t-il à propos, s'il faut qu'il perte devant cette provision, qu'il leur laisse espcranee que Sa Majesté le renverra vers eux, pour derechef les assister de son conseil et de rallection qu'elle leur porte , après qu'ils auront reçu la ratification d'Espagne , et que leurs dépoté» aennt retournés de leurs provinces et
villes avee pouvoir de fondre cette cloche tant importante à la conservation de leur Etat
Sa Miy esté entend que ledit sieur Jeannin partant du pays, que le sieur de Russy y demeure, pour suppléer et pourvoir à tout ce qui s'offrira, suivant les conseils et résolutions que ledit sieur Jeannin et lui auront pris par ensemble devant que se séparer.
Mais le Roi se remet à eux du conseil qu'Os auront à donner auxdits Etats sur le point des contributions, si déjà ils n'ont accordé les difficultés que ledit sieur de Préaux lui a fait entendre s'y rencontrer; se persuadant qu'il sera facile audit sieur Jeannin d'y pourvoir, puisque ceux de Zélande, desquels procède la principale difficulté, ont déclaré qu'ils s'en remettent au Jugement dudit sieur Jeannin.
Mais Sa Mii\Jesté Juge être du tout nécessaire d'établir le susdit conseil pour les raisons trèspertinentes que ledit sieur de Préaux lui a exposées, approuvant la forme d'icelui, et le pouvoir que ledit sieur Jeannin est d'avis que l'on lui donne, comme ce qu'il a proposé pour y autoriser le prince Maurice et sa suite, et contenter aussi le sieur Rameveld , Sa Majesté n'ayant trouvé a changer à ladite ouverture; partant ledit sieur Jeannin en poursuivra l'effet le plus chaudement qu'il pourra , et y employera le nom de Sa Majesté autant qu'il sera nécessaire.
Sa Majesté continue à vouloir fortifier le prince Maurice par tous moyens possibles et convenables pour les mêmes raisons^ représentées aussi par ledit sieur de Préaux; néanmoins, il le faut faire avec telle discrétion, que l'on ne fasse cabrer le sieur Rarneveld, et que l'on ne lui donne sujet de dresser une partie à part.
Le Roi approuve que le traité de la garantie de la trêve soit passé suivant le projet que lui a présenté ledit sieur de Préaux, que Sa Majesté a bien considéré ; et si les Anglais font difficulté de se Joindre à Sa Miyesté en icelul et veulent traiter à part , ledit sieur Jeannin ne laissera de le passer pour Sa Majesté à part et sans eux en ladite forme, la compagnie desdits Anglais lui étant indifférente pour ce regard.
Mais il semble être à propos que l'acte qui explique les affaires des Indes soit passé et signé ensemble par les députés de Sa Majesté et du roi de la Grande-Rretagne avec ceux des Etats, en la forme qu'il a été dressé par ledit sieur Jeannin pour les raisons qui résultent d'icelui; de quoi Sa Majesté estime que lesdits Anglais ne feront difficulté, y étant engagés comme Us sont.
C'est l'intention de Sa Mii\festé d'entretenir et soldoyer, au service desdits Etats, quatre mille
niaociixioirs
hommei de pied, durant les dèos premières minées de ladite trêve , ainsi qu'il lear avoit été promis par elle en cas de paix, quand (m a contracté avec eux pour la garantie.
Que lesdlts quatre mille hommes soient commandés par les sieurs de Ghatlilon et de Bethune en qualité qu'ils ont eue jusqu'à présent.
Que les enseignes soient composées, à savoir celles des colonels ou mestres^e-camp, de deux cents liommes, et les autres de cent liommes cliacune.
Mais veut que lesdits colonels ou mestres-decamp, et les capitaines desdites compagnies, prennent commission d'elle, pour exercer en son nom lesdites charges auxquelles elle entend continuer et entretenir les mêmes capitaines et officiers qui les exercent à présent, sans y rien changer, sinon qu'il fftt nécessaire de ce faire pour causes particulières; auquel cas Sa Majesté en étant avertie y pourvoira; et d'autant qu'en ce faisant il mandera une enseigne du nombre de celles dont devra être rempli le régiment commandé par le sieur de Bethune, Sa Majesté a avisé d'en donner la charge au sieur de Hauterive, frère dudit sieur de Préaux, qui a eu l'honneur d'être nourri en sa chambre, se promettant qu'il s'en acquittera dignement ; de quoi lesdits sieurs Jeannin et de Russy avertirqnt ledit prince Maurice, et lesdits Etats et ledit sieur de Bethune.
Sa Majesté avoit délil)éré faire le paiement desdites compagnies par ses officiers comme elle a ci-devant mandé auxdits sieurs Jeannin et de Russy. Néanmoins, pour les raisons qui lui ont été remontrées sur cela, par ledit sieur de Préaux, de la part dudit sieur Jeannin , en faveur et pour le contentement desdits Etats, elle est contente de faire délivrer auxdits Etats six cent mille livres par an payables à deux termes égaux, pour faire ledit paiement par leurs officiers, à la charge que lesdits deniers ne seront divertis ni employés à autre effet qu'au paiement desdits quatre mille hommes français; de quoi sadite Âf^esté entend qu'il soit retiré d'eux une déclaration et promesse particulière.
Mais sadite Majesté entend que lesdites montres desdites compagnies soient fhites pardevant ipi commissaire qu'elle députera et ordonnera pour cet effet, approuvant qu'il soit assisté d'un cpptrôleur commis par lesdits Etats.
Et pour Je regard du serment que lesdits colonels PU mestres-de-camp , capitaines, officiers et soldats d'icelles auront à faire. Sa Majesté entend qu'il soit porté par icelui , qu'étant entretenues et ordonnées par elle pour servir SAT 4età , ijs |tcpaiQtt9At et jqreot de bien et
fidèlement servir lesdits Btats envers tons e( contre tous en la totme, qu'ils ont ci-devant fait , présupposant qu'il n'a rien ccmtenu ci-devant qui soit contraire et préjudiciable à sa Couronnq et service.
Et d'autant qu'il a été remontré à sadite Majesté, par ledit sieur de Préaux, que lesdits sieurs Etats ont besoin et désirent d'être assistés présentement de trois cent mille livres pour payer lesdites compagnies, Sa Mcyesté, qui a toujours désiré s'accommoder à leurs nécessités et affai-' res, autant que les siennes l'ont pu permettre, a ordonné que ladite somme leur sera présente* ment envoyée, et liera fournir le parfait desdites six cent mille livres, dedans la fin des six premiers mois de l'année, que ledit paiement aura commencé, dont on conviendra ci-après.
Et d'autant que ledit sieur de Préaux a donné à Sa Majesté quelque espérance qu'en accordant auxdits Etats le maniement desdits deniers, ledit sieur Jeannin pourroit les disposer à retenir et soldoyer encore les compagnies de cbevaulégers des sieurs de Villebon et du Meix, les réduisant à cinquante hommes chacune, il dira audit sieur Jeannin que Sa Majesté aura à plai* sir qu'il fasse cet office et obtienne ledit entretenement pour le mérite desdits capitaines.
Il sera besoin que lesdits Etats soient avertis d'envoyer un navire à Dieppe , pour charger ladite partie de trois cent mille livres, laquelle sera portée et ipise es mains de l'ambassadeur ordinaire de Sa Majesté résidant par delà, qui a charge d'en retirer les récépissjés nécessaires, et les envoyer à M. le dup de Sully ei^ la forme accoutumée.
C'est l'intention de Sa Majesté et le soin qu'elle veut avoir de conserver, voire accroître à l'avenir, autant qu'il lui sera possible, la créance et autorité que l'assistance qu'elle a donnée auxdits Etats et sa bienveillance lui ont acquises ci-devant parmi eux , tant pour avoir moyen de con-' tinuer à leur bien faire, et rendre ses conseils mieux reçus d'eux , que pour le bien et avantage que son royaume en peut aussi recevoir , et les autres boones raisons , espérances et considérations que ledit sieur Jeannin lui a fait représenter par ledit sieur de Préaux.
Pour ce faire , sadite Majesté a avisé d'employer par delà la somme de cent mille livres en pensions et bienfait? pour être départis par ledit sieur Jeannin, soit par foripe de pension aanuelle , ou de don gratuit à ceux qu*il jugera dignes de telle gratification , et avofr pouvoir de servir sadite Majesté.
Au moyen de quoi ledit sieur Jeannin pourra, m vertu duj^résent mémoire Qui f»t sigofi de
DD PiSiiPSHI! 4B4NNIN.
sa main ,el oontre^^é pv 9f>n i^nupandepoent. promettre et accorder dès à pré^nt, et devant qu'il |>arte du pays, lesdites pensions et bienfaits jusqa*à la concurrence de ladite somme , en la forme qu'il jugera la meilleure, Sa Majesté s'en remettant ^tièrement à sa prudence et loyauté.
Seuleoient il saura que Sa Majesté a loué et ai^>rouvé le projet que ledit sieur de Préaux lui a rapporté , qu'il a déjà fait pour le regard de la qpialité et condition des personnes sur lesquelles il a jeté les yeux pour cet effet, qu'il conviendra traiter et favqriser selon le mérite et pouvoir d'icelles, eptre lesquelles il semble à sadite Majesté que Ton ne doit omettre à faire une offre au prince Maurice par forme de pension ou de don qui soit digne de lui, quand bien on sauroit ipi'il ne devrait l'accepter, aûn de lui témoigner de plus en plus l'estime que Sa Majesté fait de luL L'on juge qu'elle ne peut être moindre de trente mille livres; toutefois sadite Mi\jesté.le r»net au jugement dudit sieur Jei^nnin, comme die fait tout ce qui concerne l'entière distributioa desdits, deniers, à laquelle ledit sieur de Bameveld doit avoir part digne de son mérite, comme ledit sieuf de Préaux a été chargé de dire audit sieur Jeannin plus particulièrement.
ladite somme de cent mille livres sera eni«yée par delà à deux termes, avec les autres âââe» que Sa Majesté fait état d'y dépendre pour la solde desdits gens de guerre , pour être miie es mains de celui que ledit sieur Jeannin Jogm propre pour en faire. la distribution , suivant ce qu'il aura arrêté, afin que toutes choses wieot maniées secrètement et fidèlement, comme il convient en cas semblables.
Il sera à propos aussi que ledit sieur Jeannin nette peine , devant qu'il parte , de s'assurer de phis en plus du vouloir dudit prince Maurice en fiiveor de Sa Miyesté , en cas que l'on soit eoDtraint ou que l'on juge qu'il çoit nécessaire de changer quelque chose en la forme dudit gouvernement desdites Provinces.
Non que ce soit chose dont Sq Migesté veuille maint^ant avancer la proposition , ni &irp paraître affectionner et connoltre; car il sait trop bien qu'il importe grandement d'y être retenu pour la suite que cela pourroit avoir ; mais aussi se veut-il pas omettre à préparer et faciliter, de 100 e6té , ce qui (leut aider à faire réussir ce dessein, allii de n'en perdre l'occasion si quelque jour elle s'o^, pour ne tomber au reproche qoe mériteipit de^ re<^voir 4^ la postérité celui qui, par faute, de prévoyance et de spin , auroit laissé perdre up tel avantage.
Par(apt, paisque le président. Jeannin a cora- Mioés^'en auyfû^ ^^ prince Maurice, et qu'il
l'y a trouvé ats^es diqppué, U pourca weore ei^ discQucir avec lui à son départ, et rapporter soi\ avis sur (^ tout, qui sera très-bien reçu de sadite Majesté.
Laquelle, néanmoimi, veut que lui et tous autres sachent et croient ne prétendre p) vouloir pousser ce dessein pour aucune sorte de consi-' dération particulière au préjudice flu public.
Partant , ledit sieur Jeannin aura égard de ne rien dire ni faire pour ce regard, qui puissq donner à ceux du pays, ni aux voisins, aucui^ ombrage ni jalousie de la sincérité de son intention,
Sadite M{\jesté approuvant que le président Jeannin parle de ces choses au sieur de Barneveld par forme de condition , ainsi quHi a com-^ iQencé, sans, pour le présent, s'élargir davantage s'il ne lui donne siyet de le faire, dont sadite Majesté se remet à la discrétion et prudence dudit sieur Jeannin.
Le désir de sadite Mcyesté a toujours été d'introduire en son royaume la navigation aux Indes, pour s'en prévaloir comme tous ses voisins. C'est pourquoi elle veut que ledit sieur Jeannin parle aux n^archands et capitaines de navires de; delà qui ont accoutumé de faire ladite navigation , pour savoir d'eux si après ladite trêve ils voudront se retirer en France , à quelles conditions ils entendroi^t le faire , et les lieux plus propres auxquels ils deroanderoient qu'il leur fut permis d'établir ce commerce et armement.
Car plusieurs ont opinion que la compagnie et société que les marchands ont dressée par delà pour exercer ladite navigation des Indes orientales, ne durera après ladite trêve, pour le petit profit qu'ils y trouveront , au regard des périls qu'ils courront et des avances qu'ils y feront, à cause qu'ils ne pourront plus se prévaloir des prises sur les Espagnols et Portugais, qu'ils souloient faire durant la guerre , auxquelles consistoit leur principal gain.
C'est pourquoi sadite Migesté estime qu'au*^ cuns desdits marchands ou capitaines de naviresy^ qui ont ci-devant tiré tel profit desdits voyages , seront peut-être bien aises de se retirer en ce royaume pour les pouvoir continuer avec la même liberté qu'ils ont fait ci-devant, comme il leur pourroit être permis par Sa Majesté/ aux conditions dont on conviendroit avec eux ; sadite Majesté ne faisant point dq doute que plusieurs marchands et capitaines de navires et autres Français n'entrent en société avec eux pour le même effet, y étant poussés et autorisés de^ sadite Majesté, comme ils seront.
Partant ledit sieur Jeannin sondera sur cela la volonté et disposition desdits marchands et
KBGOCUnONS
eajrftainesde delà, et mettra pdne de les attirer au désir de Sa Majesté , qu'elle a exposé de sa propre bouche audit de Préaux pour lui rapporter plus particulièrement.
Si lesdits sieurs Etats prennent résolution d'envoyer vers Sa Majesté personnages de qualité, pour la remercier de la peine qu'elle a prise pour eux en cette trêve ^ elle aura bien agréable que cette chaire soit donnée au comte Guillaume de Nassau, et qu'il soit accompagné du sieur de Maldrée, pour la confiance qu'a en eux M. le prince Maurice; et pourroit-on en ce cas envoyer en Angleterre le comte Henri, accompagné d'un autre. Toutefois si telle élection ou légation engendroit Jalousie à d'autres, qui fût préjudiciable, il faudroit la changer ou s'en abstenir du tout. De quoi sadite Majesté se remet au meilleur avis dudit sieur Jeannin.
' Mais il seroit expédient de changer et révoquer bientôt le sieur d'Aêrsens, pour les raisons qui ont été dites audit sieur de Préaux ; car sa conduite passée donne très-mauvaise opinion de la future , et semble qu'en quelque endroit qu'il réside, il ne pourra Jamais fidre tant de mal qu'il en fait où il est à présent, à cause des connolssances et intelligences qu'il y a acquises, même avec ceux de sa religion : toutefois c'est chose qu'il faut conduire avec discrétion, ainsi qu'il a été dit audit sieur de Préaux , pour le ihire entendre audit sieur Jeannin , et non à autre.
Il faut considérer aussi s'il ne sera point à propos, composant le conseil que l'on prétend établir pour régir les affidres publiques , de faire instance et obtenir que l'ambassadeur de Sa Majesté, qui résidera par delà, y ait entrée, comme toujours a eu celui d'Angleterre, afin de montrer à tout le monde la confiance qu'ils ont en Sa Miyesté, comme ib y sont obligés par le nombre des bienfaits qu'ils ont reçus d'elle, et les preuves signalées qu'ils ont faites de son affection et bienveillance, estimant n'être honnête et bienséant que l'Anglais y soit admis , et que le Français en soit exclus, après ce qui s'est passé , et mettant en considération encore les ihveurs et assistances qu'ils doivent recevoir ciaprès de sadite Mii\Jesté ; laquelle a commandé audit sieur de Préaux d'en fidre l'ouverture audit sieur Jeannin, pour y avoir tel égard et en user ainsi qu'il connottra être de la dignité et du service de sadite Majesté.
Fait à Fontainebleau , le vingt-cinquième Jour d'avril 1609. Uenbi.
Et plus bas, DB Nbuf-villb.
Lettre de M. de Villeroy à M. le président Jeannin, sur le st^et de la négociation, du 33at;n7l607.
Monsieur, nous vous envoyons la dépêche du Roi pour votre voyage de Hollande; elle est composée de plusieurs pièces, et y trouverez le mémoire que Je vous lus la veille de votre parlement. Il ne contient que des paroles dont vous n'avez besoin, aussi ne servira-t-il que de record et souvenance ; car le Roi entend que vous tiriez de vous-même la principale Instruction de ce que vous aurez à fiiire en ce voyage, comme de ce que Sa Majesté vous a déclaré de sa bouche. J'ai mis dedans ce paquet les deux mémoires que M. d'Aêrsens nous laissa écrits de sa main aux deux derniers voyages qu'il a faits en Holhmde , desquels on a tant fait de bruit, et les ai accompagnés de l'instruction rapportée par ledit sieur d'Aêrsens , avec les doubles des actes de la cessation d'armes et de la ratification d'ioelle, qui doivent être délivrés par les archiducs et les sieurs des Etats, afin de mieux entendre le susdit mémoire. Biais ledit sieur d'Aêrsens ne doit savoir , s'il vous plait, que Je vous aie envoyé lesdites copies, et principalement celle de son instruction susdite. Vous ferez plaisir au Roi de partir au plus tôt ; car il ne prendra aucun conseil sur les affaires desdits Etats , qu'il n'ait eu avis par vous de Tétat auquel vous les avez trouvées. Ledit mémoire ne fait mention de la sonmie que Sa Majesté vous a permis d'accorder , pour aider à porter les frais que lesdits Etats seront contraints de faire pour maintenir leurs forces durant ladite cessation ; car il me semble que cela ne doit être su que de vous , combien que Je ne doute point que messieurs de Buzanval et d'Aêrsens n'en découvrent la vérité, auquel cas vous devez aviser comme vous en userez pour conserver votre bonne intelligence avec eux. M. de Sully ne partira que demain , et vous envoirons M. de Buzanval sitôt qu'il sera arrivé. Je le remettrai à vous touchant votre dépêche, lui disant que Je vous l'ai envoyée, sans lui spécifier ledit secours d'argent , ni lui découvrir les commandemens que le Roi vous a faits de sa bouche , sur la préférence des partis de la guerre ou de la paix. Je vous envoie outre cela un gergon et un chiffre, que vous enfermerez, s'il vous plaft, sous la .clef, principalement ledit gergon , duquel il fiiudra que nous nous servions nousmêmes, sans le conférer à d'autres. Nous vous tiendrons avertis de tout ce qui surviendra , et Je le ferai aussi, s'il vousplait, des services que vous désirez de moi , afin que Je mette peine d'y satisbire, ocHmneJe vous supplie de croire que
]>u nBSiDKmr ikANNiN.
je ferai très-fldèlemeiit. Je prie Dlen, monsieur, qu*il TOUS conserve en l>onne santé, et me recommande très-a£fectnensa&ent à votre bonne grâce. De Foataineblean , ce vingt-troisième Jour d'aTrO 1607.
Db NSUFVILLE.
Autre lettre deM.de Villeroy à M. le président Jeannin, du 26 avril 1607.
MoDsiear , vous ayant envoyé nn si ample mémoire, qu'est celui que vous avez reçu, Je a*estimois pas que vous eussiez besoin du petit ibrégé qae vous m'avez demandé par votre dernière; mais, puisque vous le vouiez avoir, Je iDos l'envoie , à la charge , s'il vous plaît , que TOUS en oserez à votre discrétion , comme de tnot le deoiearant que nous vous avons envoyé. Vous aurez aussi ci-Joint l'ordonnance pour votre voyage, que j'estimois que vous auriez retirée de M. de Puisleox , devant votre partement, et crois ^ H. de Bozanval sera porteur de la présente, or il a pris congé du Roi, et doit aller au gtt à Melon, poar se rendre demain à Paris de bonne lieore, et résoudre avec vous le Jour que vous ftftirei; se réjouissant et consolant grandement d'aller en votre compagnie, sans laquelle il protale et veut que nous sachions que difficilement il ettl entrepris ce voyage. J'écris présentement à M. d*AneQS, afin de l'entretenir en son affectai iceoiituniée, et qu'il n'interprète à défiance ftjêknàte de loi, si nous ne le pressons à prémtd*aller avec vous en Hollande, estimant que c'est son bien et avantage que de suivre ce conseil pour le présent. M. de Buzanval dit que vous Reouvrerez aisément un prêtre pour vous dire la messe dedans le pays même, sans en mener un dld ; toQtefols, si vous désirez en mener un avec vous , qoe vous le pouvez faire; car l'exercice de notre religion ne vous sera empêché ni dénié, cmnparoiaaant par-delà pour le service, et comme représentant Sa Mi\]esté : au moyen de qud nsez-en ainsi que vous Jugerez être pour le mieux. Je me remets à M. de Buzanval à vous dire le arph», poor prier Dieu , monsieur , qu'il vous mosenre en bonne santé; et me recommande to-afltetoensement à votre bonne grâce.
De FoDtainebleau ce 26 d'avril 1607.
Db Nsufville.
if. âe Villeroy audit sieur président , du 38
avril 1607.
Moasieor , Je vous envoie , par le commande» nentdn Roi, deox lettres de M. d'Aërsens, que j*ai reçues aujourd'hui , afin que vous sachiez ce ^11 nous mande, encore que nous estimions <PKli voQseo aura autant dit qu'il nous en a écrit
Il ne saura, s'il, vous plaît, que Je vous ai envoyé lesdites lettres. Vous aurez aussi l'extrait d'une autre, que M. du Yic a tiré du sieur de Sailly, résident à Calais pour les affiilres des Etats des Provinces-Unies , par lequel vous verrez comme il dépeint ledit sieur d'Aërsens. Le Roi ijoute peu de foi aux avis et écrits dudit de Sailly; car il connolt sa passion et son esprit. Toutefois il a voulu que cettui-ci vous ftt en* voyé , afin que vous soyez informé de tout, pour faire votre profit.
Surtout Sa Majesté vous prie de partir de Paris lundi , et avancer votre voyage tant qu'il vous sera possible. J'en écris autant à M. de Buzanval , et pouvez mieux Juger combien il est nécessaire que vous fassiez tous deux ce service à Sa Majesté.
Elle m'a fait répondre audit sieur d'Aërsens qu'elle vous fiiit ce commandement , et que vous porterez à ces messieurs son intention sur tout ce qu'ils peuvent espérer d'elle , pour la leur déclarer, et faire entendre, après que vous aurez reconnu À l'œil leurs délibérations et l'état de leurs afiTaires; i\]outant ne pouvoir croire bonnement que les deux cent mille écus desquels ils demandent qu'ils soient présentement secourus, les retiennent et divertissent d'avancer la conclusion de la paix , s'ils reconnoissent que ce soit leur bien et avantage de le faire, et qu'ils en aient envie, non plus qu'ont empêché la cessation d'armes les derniers six cent mille livres qui leur ont été fournis cette année, ni de mal in« terpréter les propositions que ledit sieur Aërsens' avoit faites à Sa Majesté partant d'auprès d'elle pour aller vers eux.
Au demeurant , que Sa Majesté voudroit qu'il fàt auprès de celiù qui a besoin de oonibrt, pour prendre des résolutions dignes de lui ; que Sa Majesté reconnolt aussi que sa présence près d'elle est nécessaire; etpartantje remets à lui de prendre le parti auquel il Jugera pouvoir être plus utile, étant très-assuré de son affection au bien de ses atSiires.
Nous avons envoyé à M. le garde des sceaux une dépêche d'Angleterre, pour vous être communiquée. Les propos que le Roi dudit pays a tenus à M. de La Boderie ne conviennent avee ceux desqueb a usé son député auxdits Etats. Mais nous ne pouvons voir clair en tout cela que par vos yeux. Nous vous pri<ms doncques d'avancer votre voyage tant que vous pourrez , et de faire toujours état assuré, messieurs, du service de votre, etc. Ds Nhupvuxb.
A Fontainebleau le 28 avril 1607.
NiGOCliTlÔNi
lettre du Boi à messieurs te président Jeannin et de Buzanval, du il mai 1607
Messieurs Jeannin et de Buzanval ayant choisi le sieur de Russi, mou conseiller et maître d'hôtel ordinaire , pour résider dorénaYaht en Hol* lande , pour mon serrice, Je lui ai commandé de vous aller trouver, ne lui ayant feit donner, pour le guider en cette charge , antres instructions que celles que Je veux qu'il prenne de vous, avant que vous retourniez dudtt pays, selon la connoissance que vous aurez des affaires par les occurrences. Partant vous lui en ferez telle part que vous Jugerez importer au bien de mon service, et ne le laisserez dégarni 4'&Qcvm mémoire et avis qui puisse favoriser le bien et avantage d'icelui ; de quoi me remettant en vous, Je ne vous en ferai la présente plus expresse, priant Dieu,^ messieurs Jeannin et de Buzanval, qu'il vous ait en sa sainte et digne garde. • Ecrit à Fontainebleau le onzième Jour de mai 1607. Henbi.
Et plus bas, BautAJO).
. Lettre de M. de Villeroy à M. le président Jeannin, du 7 mai 1607.
Monsieur, J'ai dit auHoivotrepartementdeParis, de quoi il a été bien aise; il souhaite que vous puissiez faire votre voyage aussi sainement pour Totre personne qu'heureusement pour son service. L'ambassadeur des archiducs vit hier Sa Majesté pour se conjouir de la naissance de M. d'Orléans : après cela il lui parla de la cessation d'armes fiiite par ses maîtres , avec intention et espérance de conclure bientôt une paix finale ; des principaux articles et conditions de laquelle 11 voulut bien nous (hire voir non-seulement qu'ils étoient déjà d'accord avec les Etats, mais qu'ils s'assuroient que Sa Mi^esté les aurait agréables ; se rejouissant de ce que sadite Majesté vous avoit choisi pour aller trouver lesdits Etats, sachant que vous aimez la paix, et se promettant que vous ferez tous bons offices en ikveur d*icelle ; Sa Miyesté ayant bien fait paraître , par la peine qu'elle avoit prise de composer les différends d'entre le Pape et les Vénitiens, combien elle avoit l'esprit aliâié de la guerre. Sa Majesté lui a répondu que véritablement elle affectionnoit et désirait le repos de ses voisins , et même celui des archiducs , comme le sien propre , tant pour l'amitié qu'elle porte auxdites provinces que pour ce que la paix desdits Pays pouvoit grandement servir et affermir celle de son royaume et de tbute la chrétienté ; mais qu'il ét»it nécessaire pour y parvenir de lever les ombrages que chacun, à bon droit, avoit de
l'ambition et hiqulétude eftpagtlole en déllvràni d'icelle ledit pays, et donnant ordre que chacun se contint dans les bornes de ce qui lui appartient. Ce que ledit ambassadeur a mis peine de persuader à Sa M^'esté être le but desdits archiducs ; et néanmoins il a dit que c'étoit chose qui ne pouvoit pas s'obtenir tout à la fois, mais que l'on pourrait du commencement rétirer du pays les étrangers qui étoient en campagne de part et d'antre, réservant seulement celles des citadelles qui n'étoient en grand nombre , de foçon que personne n'en aurait Jalousie y et avec le temps s'en déferaient. A quoi il n'a été rien répliqué par Sa Majesté , laquelle a su d'aiileors que tous les cheft des gens de guerre de ladite nation blâment publiquement ladite paix , et que les sieurs des Pays-Bas font le semblable , pour n'avoir eu part en ce qui a été traité ^ dont on dit que les archiducs n'ont pris conseil que du marquis Spinola, du président Richardot, de Laudienoier et de Manoicidor. Voilà ce que Sa Majesté m'a commandé vous écrire. Je vous recommanderai mon neveu de Preanx, voui priant lui donner moyen de se rendre digne de servir Sa Majesté aux occasions dont vous le Jugerez prapra. Je salue aussi vos bonnes grâces de mes très -affectionnées recommandations^ priant Dieu, monsieur, qu'il vous conserve eU bonne santé.
De Fontalneblean j ce septième Jour de mai 1607. Db Nbufville.
Lettre de M, de Villeroy à M. le président Jeannin, du 14 de mai 1607.
Monsieur , nous avons su par nn des gens de M. Aérsens, qui revenoit de Hollande , qu'il vous avoit trauvé auprès de Boulogne , vendredi der* nier, en bonne santé ; mais comme il semble que le vent n'ait depuis servi pour votre passage ^ nous demeurans incertains d'icelui, Jusqu'à ce que vous nous en ayez fait certahas par vos lettres.
Le sieur Aërsens persiste en ses propos et ins^ tances de secours présent , ainsi qu'il faisoit devant votre partement , et nous persistons en la résolution de laquelle vous avez été chargé , ne voulant dâiourser notre argent sur des fondemens incertains et douteux.
Mais le sieur Aërsens dit que si le président Jeannin parlé , à son arrivée, que le Roi veuille &voriser le traité de paix ou de trêve, qu'indubitablement messieurs les Etats s'attacheront à ce parti , le préférant à tous autres ; car p'est ce qu'ils désirent C'est pourquoi le Roi est d'avis que le sieur de Buzanval et lui ne déclarent pas sitôt l'opinion du Roi sur cela , et qn'il se coq-
btt ^ftisiOtNt IfiÀNNt^i
It
tente de filtre parier mesdenrs les Etats , en approfondissant leurs délibérations publiques et privées, et leur foisant parottre combien il sera difiieiie au Roi d'être utile ami auxdits sieurs Etats, prenant le conseil susdit sans leur faire offre dé leur intervention, ni d'être caution du marché qnlls feront, ainsi qu'il avoit été aviisé. Voilà ce que J'ai été chargé tous écrire , sans toutefois que nous entendions brider la liberté et faculté qni vous a été donnée par votre instruction. Noos remettons le tout à votre jugement.
Le comte de Fnentes ne laisse pas, pour la pus d'Italie et la cessation d'armes des Pays- Bas, d'assembler ses forces, avec lesquelles Ton ^t qu'il prétend d'attaquer et prendre la Valteline ; ce qu'il ne peut faire sans violer la paix de Vervins et nous obliger à la guerre.
Le Roi se porte bien , Dieu merci , et est arrivé ce soir à Paris , pour y demeurer trois ou quatre jours, après lesquels il retournera à Fontaineblean , où nouS ferons quelque s^our ; puis ira, ce dit-on , à Monceaux. Je prie Dieu , monsieur,' qoll vous conserve en bonne santé , me recom* mandant à votre lionne grâce , et à celles de mesnsors de Buzanval et de Russy.
BeGmflans, ce 14 dé mai 1607.
Ob Neufvills.
lettre du Roi, du 18 mai 1607.
Jeannin et de Buzanval ayant été ëvtrtis de certaines entreprises qui se doivent ^n sur aucunes places frontières des côtes de ma pays de Bretagne , et que les chefs dïcelles tout, entre antres, le comte de Reautonne, les firisons de Bourg, L'Epinasse, et le gouverneur de Flessingoe , même pour cet effet ils doivent envoyer les commissaires , et établir des magatHis en l'tle de Jersey , Je vous en ai bien voulu donner «vis par cette lettre , afin que vous mettiez peine d'en découvrir la vérité , et m'avertis* riez an plus tôt de ce qui sera venu à votre cou- Doisanœ , pour y faire pourvoir , ainsi que j'aviserai convenable et expédient pour le bien de mon service. Je prie Dieu , messieurs Jeannin et et Buzanval^ qu'il vous ait en sa sainte et digne friee.
Ecrit à PariS) le dix-huitième Jour de mai iie7« Henbi.
Et plus bas 4 Bbulabd.
Lettre de M. de Villeroy à M. te président Jeùnnin, duditjaur 18 mai 1607.
Monaieiir , le Roi désire que vous lui donniez avis de votre arrivée à La Haye le plus tôt que ^<ras pemm ^ et m'a commandé de vous envoyer Ji i^ du lieDr d'Aersens ci-joiiite. Il vouloit |
envoyer un des siens par-delà , po&r obtenir mission de s'y retirer , et être déchargé de sa commission et résidence auprès du Roi, recon-* unissant, ce dit-il, que l'on a ici méfiance de lui , comme si son père et lui étoient auteurs de la paix que les sieurs traitent avec les archiducs) mais Je l'en ai détourné ^ et c'est ce qu'il entend par la susdite lettre. Il est vrai que le Roi s'est plaint de quoi l'on s'est servi du dernier voyage qu'il a fait par-delà , pour rejeter sur Sa Majesté les causes desdits traités ; mais ledit sieur d'Aër» sens en soupçonne encore davantage qu'il n'en a de sujet , par où il semble qu'il cherche une que^ relie ou un prétexte pour se retirer. C'est le jn^ gement que le Roi en fait; et néanmoins Sa Miyesté s'y conduit de façon que ledit Aêrsens ne peut ni doit s'en douloir , et serons attendant de vos nouvelles sans rien altérer, f^'on écrit de Flandre que les principaux articles de ladite paix sont comme accordés , et parle-t-on d'un échange de terres et places que les sieurs tiennent en Flandre et Rrabant, contre celles qui obéissent aux arcliiducs delà le Rliin. Les Espagnols pu^ blient aussi en Italie que si bien, en apparence^ ils ont renoncé à la souveraineté des pays gou* vemés par lesdits Etats , toutefois que le temps et ce qu'il produira feront pacoitre le contraire. Nous vous mandons tontes ces choses ^ afin de vous en servir en votre négociation. Celle du cardinal de Joyeuse est à présent parfaite. Le Pape ayant ratifié en consistoire tout ce qu'il avoit géré à Venise , l'on verra maintenant ce que lesdits Espagnols feront des gens de guerre qu'ils avoient assemblés en Italie pour servir Sa Sainteté , lesquels sont encore sur pied. L'on dit aussi qu'ils dressent une forte armée de mer en Biscaye , laquelle doit être employée contre celle des Hollandais^ et pour défendre les côtes. C'est ce que Je vous puis écrire pour le présent , avec la continuation de la bonne santé de leurs Majestés , et toute leur royale famille ; que Sa Majesté va retourner à Fontainebleau, après avoir passé en cette ville quatre ou cinq jours à ouïr messieurs du conseil sur les affaires qui se préseutentk Je prie Dieu, monsieur, qu'il vous conserve en bonne santé, et salue vos i)onne8 grâces et celles de messieurs de Buzanval et de Russy, de mes très-affectionnées recommandations.
De Paris, ce 18 mai 1607. Souscrit votre , etc.
Ds Nbufvills.
Lettre de Jf. Aérsenê(i) à M, de Vitierop, du
16 mai 1607.
Monsieur , Je vous remercie du conseil que me
(1) Fils d*an greAier des £tats-géoéraux de Hollande |
iriGOCIATIOAS
donnez, et m'y conformerai , attendant que les premiers avis de M. Jeannin aient Justifié mes actions ; car étant homme de bien , j'en attends ma consolation. U trouvera que je n'ai Jamais rien su de cette dernière négociation , que par le coup qu'en cette action même J*ai protesté qu'on ftdsoit tort au Roi de s'y engager si avant à son déçu; M. le prince Maurice, et tout l'Etat ensemble, le témoignera. D'autre part, Je n'ai Jamais rien demandé au nom du Roi. De quoi me peut-on donc blâmer? Qu'on examine la propositioii que J'ai faite en public, on la trouvera conforme à l'intention de Sa Majesté , et de la fidélité de laquelle Je suis tenu à mes supérieurs. Je vous écris ceci , monsieur, afin que vous ayez ce témoignage par écrit contre moi-même si J'en ai usé autrement , et vous le pouvez envoyer à M. Jeannin, pour s'en éclaircir comme il faut; car, chez nous, il y a des esprits envieux et malvdlians comme ailleurs. Je crois que vous savez les grands préparatife que le roi d'Espagne fait en Biscaye pour mettre une armée navale en mers vers la fin de Juin. L'on m'en a déduit les particularités quasi incroyables, mais sachant que vous les pouvez avoir d'ailleurs. Je vous baise bien humblement les mains , et suis , monsieur , votre , etc. François d'Aeasbns.
A Paris, ce 16 mai 1607.
Lettre du sieur fTÀérsens à M. le président Jeannin, du 17 mai 1607.
Monsieur , J'ai appris du Roi et de M. de Yilleroy , depuis votre départ de cette ville , qu'ils ont été avertis de Hollande et d'Allemagne, que pendant mon dernier voyage J'aurois fait de trèsmauvais services à Sa Majesté, dont ils attendent Féclaircissement par votre première dépêche , ce qui me meut de vous prier bien humblement vous en bien informer, et de ceux qui en peuvent rendre véritable témoignage; car je sais avec quel respect J'ai toujours parlé de Sa Majesté et de ses affaires, même avec quel regret J'ai supporté le cours de notre trêve à son déçu. Vous connottrez , monsieur , que Je ne me suis jamais émancipé du devoir; mais que c'est un artifice de mes ennemis pour énerver les bonnes intentions et peines que Je porte au bien public , et singulièrement au contentement de Sa Mijesté, d'où même on a pris occasion de me juger trop firançais , plutôt que de me soupçonner espagnol. M. le prince Maurice ne vous en déniera point le témoignage, et ainsi j'attends ma Justification de vous comme le premier fruit de votre négociation
Aénens, d'abord simple résident à la cour de France , fut le premier qui eut le titre d'ambassadeur des ProTÎnoes. Unies auprès du roi de Ffanoe.
qui m'obligera à demeurer comme Je suis, vo* > tre , etc. François d'Asasbh s.
De Paris, ce 17 mai 1607. .
Première lettre de M. le président Jeannin à M. de Villeroy, du 21 mai 1607.
Monsieur, vos lettres du 14 de ce mois, écrites à Conflans , m'ont été rendues par le maître de la poste de Calais, le 1 7 , sur les trois heures, non en la ville de Calais, mais dans le navire, étant déjà embarqués et prêts à ûdre voile, sans le vice^miral de Hollande , qui arrivoit au même temps de notre départ avec deux navires de guerre , lequel nous voulut saluer. C'a été la cause que je ne vous ai fait réponse plutôt qu'aujourd'hui en ce lien de Flessingue, où nous arrivâmes iiier 22 , sur les huit heures du soir , si las et incommodés de la mer, pour y avoir toujours eu le vent contraire depuis le départ Jusqu'à l'arrivée, que nous étions tous malades. Le gouverneur de ce lieu , le bourgmestre , et tous les magistrats, accompagnés d'un grand nombre des gens de la ville, nous vinrent recevoir jusqu'au port, et conduire en nos logis, avec plusieurs offres d'amitié et courtoisie, le gouverneur y ^Joutant les mêmes ofifres comme à ministres d'un si grand Roi qui étoit ami du sien. A quoi fîmes des réponses pleines de même afTeotion , pour lui témoigner que Sa Mi\Jesté tenoit cette amitié bien chère, et désiroit soignetisement la conserver. Il fit aussi tirer vingt pièces de canon à l'entrée de la porte. La garnison étoit le long de la rue par où nous passions; ce que je vous ai voulu écrire particulièrement, pour vous fiiire entendre la réception qui nous a été faite en cette ville tenue par l'Anglais.
Pour réponse à vos lettres, avant que de partir de Paris, le sieur d'Aërsensen avoit autant dit que me mandez, et.répétez plusieurs f<ris au présidentJeanninavecgrandeaffection, et comme désirant que son conseil fût suivi , soit qu'il jugeât à propos d'ainsi faire , ou à dessein ; car le sieur de Sailly et M. de Vie m'ont dit avoir plusieurs conjectures, pour croire de lui que le traité de paix lui plaît plus que toute autre chose, quoi qu'il ait dit au Roi , à M. de Villeroy et au président Jeamiin. Leurs conjectures sont , que le sieur d'Aërsens père est promoteur et oitremettour secret, avec les archiducs, pour porter les Etats à ce dessein , et que le sieur d'Aërsens ûls, pour découvrir le secret d'autre cêté , et faire tenir les propos qu'il juge convenir pour aller à son but, déguise ainsi pour Bvoir plus de créance envers le Roi, qu'il a acquis depuis peu de temps plus de vûigt^cinq mille écus de bien près Anvers. On ajoute qu'il semble avoir mal mé^
DU PB^SIDENT JBANNIN
nagé ce quMl avoit pris charge de proposer de lui-même touchant la souveraineté des Provinces- Unies, ou bien qu'il a été trompé par ceux à qui il en a communiqué , qui s'en sont servis pour faire que la paix fût agréable aux Etats, comme « le Roi n'eût autre dessein que de faire durer la guerre pour assurer son repos, non pour faire finir leurs misères. D'autre côté Sailly m'a dit qu'en se plaignant du Roi il disoit, Logatuu est né pour amie de Pabula, et ne faut plus rien espérer de lui qui sembleroit être chose contraire. A ajouté encore ledit Sailly, qu'il a reçu lettres de Paris d'un qui hante en la maison dudlt sieur d'Aérsens, par lesquelles on lui mande le Roi avoir dit que Bameveld étoit devenu Espagnol, et que M. le prince Maurice feroit bien de le jeter en un sac dans l'eau, et qu'il craignoit que ledit d'Aérsens, pour aigrir davantage ledit Barnevdd, et le porter toujours à ce dessein de la psix , et à se défier du Roi , ne lui en eût donné avis. J'ai dit à Sailly que le Roi n'avoit jamais tenu ce langage de Bameveld ; mais au contraire le tenoit pour fort homme de bien, courageux , et de grand jugement aux affaires , et que s'il se portoit à la paix, c'étoit par considération et pnidence, non par corruption. Par ainsi que de meilleures raisons que les siennes le pourroient cbanger, ayant tenu tels propos audit Sailly pour k^Hoader lui-même de croire ce mensonge, et decnônte aussi qu'il ne le Ht savoir à Bameveld. J'aiNeo reconnu que ledit Sailly a de l'inimitié eootre ledit Aêrsens; et quoiqu'il se montre affeotioimé au Roi, et ennemi de l'Espagnol, qu'il ftot apporter de la considération sur ce qu'il dit. Four moi , mon avis est que le sieur Aêrsens %rt messieurs les Etats, comme il doit et selon leur désir; mais il est incertain si les Messieurs feignent de vouloir la paix afin que le Roi, qu'ils estiment devoir désirer la continuation de la guerre, ouvre sa bourse, et leur donne un plus grand secours , ou bien si par effet ils tendent à la paix, et désirent en ce cas que le Roi se rende affectionné à la continuation de la guerre, avec cette démonstration ouverte qui leur serve pour en obtenir meilleures conditions de l'archiduc, et aux auteurs de la paix; aussi pour mieux persuader les peuples que le Roi veut, en effet, ee qu'on a déjà publié parmi eux pour le rendre odieux, à savoir cette guerre chez eux pour mieux Jouir de son repos. Nous jugerons plus certainement à quoi ils tendent, quand nous serons sur les lieux , et aurons conféré particulièrement avec eux , notre dessein ayant toujours été de pénétrer le plus avant que nous pourrons 60 leur intention , avant que découvrir celle du Roi , et de parler généralement de l'assemblée
If. C. D. ir. T. IV.
de leurs députés ; en sorte quils soient incertains si Sa Majesté tend à la guerre ou à la paix, leur laissant seulement cette impression qu'il désire leur bien, sûreté, liberté et conservation du gouvernement qu'ils ont établi , et de les assister à y prendre une bonne résolution. Nous y pourrons ajouter maintenant, puisque votre lettre apporte du changement à notre instmction, quelques mots , pour les tenir plutôt en opinion que le Roi tend à la guerre; en quoi il semble néanmoins être requis d'apporter beaucoup de considération , pour ne tomber aux inconvéniens ci-dessus représentés, au cas qu'ils soient portés par effet à la paix. Nous suivrons entièrement ce qui nous est commandé; mais nous vous supplions très-humblement, si le Roi a changé en effet sa résolution, et qu'il veuille préférer la guerre à la paix , de nous en avertir , et qu'il lui plaise considérer, si n'avons autres raisons et moyens pour les y persuader que ceux qui sont contenus en notre instmction , qu'ils sont fort foibies ; car on ne les assure pas même du secours accoutumé, et ils demanderont sans doute qu'on le croisse. On veut savoir ce qu'ils y veulent contribuer de leur part , comme aussi les provinces qui ont favorisé leur cause jusqu'ici. Tout cela est à la vérité raisonnable , mais mal à propos pour échauffer des gens qui sont peut-être las de la guerre, à quitter des offres qu'ils estiment avantageuses, quoique ce ne soit peut-être que pour les tromper ; et c'est en quoi nous nous trouverons empêchés quand nous aurons à conférer avec ceux qu'ils députeront pour traiter avec nous; car je présuppose qu'ils magnifieront les conditions de la paix pour nous échauffer à augmenter le secours.
Nous leur représenterons les inconvéniens de cette paix , et n'y a que trop de raisons pour persuader ceux qui aimeront leur sûreté , et ne seront prévenus d'autre passion. Mais quand ils répondront : « C'est la nécessité qui nous y fait « entendre, nous ne pouvons plus contribuer ce « que nous avons fait du passé, et le Roi ne veut « croître son secours, ni l'Anglais y apporter « aucune chose du sien ; ainsi nous nous attachons « au mal qui semble être le moins présent ; » nous presserons là-dessus de nous ouvrir : nous soutiendrons les affaires avec raisons, espérances, et tout l'artifice qui pourra dépendre de notre industrie. Mais que Sa Msgesté y prenne, s'il lui plaît , une résolution ferme et arrêtée, et qu'elle considère qu'ils demeureront offensés si on les réchauffe à la guerre, et qu'on les veuille porter après à la paix. Etant bien éclaircis de son intention , nous la suivrons sans y manquer en rien. Nous aurons encore à bien prendre garde comme
NEOOCtATlONâ
TAnglais se goQvei'nera en cet endroit, crainte | qu'il n'ait la grâce de ce traité , s'il se fait , tant envers l'archiduc que les Etats, et nous la haine de tous les deux. Le sieur Aërsens me dit plusieurs fois , avant mon départ, si ne leur portions assurance d'un plus grand secours que les deux cent mille écus pour soutenir les affoires pendant la trêve, que nous les précipiterons du tout à la paix. J'en faisois bien ce jugement, et vous en pressai; mais vous dites qu'il fkiloit attendre que nous eussions reconnu l'état des affaires sur le lieu; puis, selon l'avis qu'en donnerons, que le Roi nous commanderott sa volonté.
J*ai pris garde à ce que me mandez par votre lettre, que le comte de Fuentes continue à tenir ensemble son armée, et accroître ses forces, et qu'on fait bruit qu'il veut entreprendre sur la Valteline pour achever de fermer tous les passages d'Italie, qui seroit une rupture de paix. Sa Majesté Jugera si le soupçon de cette armée et de son dessein , doit point faire tenir la résolution de la guerre ou de la paix des Etats en quelque longueur, Jusqu'à ce qu'on soit mieux éclairci; car si le Bol d'Espagne veut faire entreprise qui l'oblige à la guerre ouverte contre lui , il sembleroit à propos de tenter tous moyens pour faire continuer cette guerre des Pays-Bas. M. de Russy, désigné successeur en la place de M. de Buzan* val , est désireux d'avoir quelque part à ce qui se passe. Il est sage et fort discret; il est besoin de commencer à l'instruire, et je tiens pour certain qu'il n'abusera point de ce qu'il en appren*dra ; mais c'est au Roi de nous commander làdessus sa volonté, et nous la suivrons. Excusezmoi si , pour réponse à votre lettre, aucunement contraire à notre instruction. Je me suis trop étendu ; c'est pour être mieux instruits par la première dépêche que nous recevrons. Nous sommes venus Jusqu'en ce lieu de Middelbourg avant que cette lettre ait pu être mise en chiffre. J'ai écrit de Calais à M. de la Boderie, afin qu'il nous donne avis souvent de ce qu'il apprendra concernant votre négociation. Le gouverneur de cette ville nous a dit que nouvelles sont venues depuis trois ou quatre jours d'Anvers, que vingt-cinq ou trente navires des Etats qui étoient allés au Détroit, ont surpris dix galions du roi d'Espagne, feignant qu'ils étoient marchands \ qu'ils en ont amené trois et brûlé les autres. Si cette nouvelle est vraie , le Boi la doit savoir avant que receviez mes lettres ; mais nous craignons qu'il n'en soit rien.
' Je vous baise très-humblement les mains, et prie Dieu , monsieur, qu'il vous donne en parfaite santé très-longue et heureuse vie.
De Middelbourg, ce 91 mai 1 607. P. Jeaunin.
Lettre de M. de VtUeroy à M. te président Jeannin, du 22 mat 1607,
Monsieur, nous reçûmes hier seulement en ce lieu vos lettres écrites à Calais, depuis le 16 jusqu'au 17 de ce mois, que vous vous êtes embarqué. Nous prions Dieu que vous ayez fait bon voyage , de quoi nous espérons que vous nous aurez donné avis à votre descente , comme vous ferez à votre arrivée à la Haye , et que vous le ferez souvent du progrès de votre négociation. De quoi les archiducs et leurs conseillers font état d'être entièrement avertis par le moyen des bons amis qu'ils ont de présent au pays, dont il y a grande apparence de croire que véritablement ils ne sont mal garnis. De façon que vous devez enfourner votre dite négociation , domme si vous traitiez en la présence desdits princes ott de leurs Conseillers , pour, après , vous y conduire selon les rencontres et occasions qui voué seront offertes.
Nous vous envoyons un avis que nous avons reçu d'Espagne, par lequel Vous saurez la défaite de l'armée de mer que le Roi dudit pays avoit envoyée au Détroit, et combien il estimé cette perte , laquelle est aussi de conséquence.
Le même avis porte que le Boi n*est pas content des conventions de la cessation d'armes accordée par les archiducs ; mais je doute que ce soit une feinte pour couvrir la réputation espagnole, faisant contenance de n'approuver ce que Je crois que l'on n'eût jamais accordé sans leur permission. M. de Bàrault m'a confirmé les mêmes avis; et M. de Berny nous mande de Flandre que chacun condamne lesdits articles , et en donne-t-on le tort au marquis Spinola et au président Bichardot.
L'accord d'entre le Pape et les Vénitiens a été fhit, ainsi que nous vous avons écrit. Toutefois, il semble qu'il y ait des gens de part et d'autre qui recherchent les moyens.de le rompre, voulant, d*un côté, irriter le Pape sur l'écrit fait par les autres , duquel je vous envoie un double; et lesdits Vénitiens étant, d'ailleurs, en extrême Jalousie des forces que le comte de Fuentes continue d'assembler au Milanais ; mais j'ai pour mon regard opinion que ces petites riotes s'évanouiront, puisque le principal est achevé: de quoi nous vous tiendrons averti, comme vous le serez par la fin de la présente de la continuation de la bonne santé de leurs Majestés, et de tous leurs enfans. Je prie Dieu, monsieur, qu'il vous conserve en bonne santé , me recommandant très-affectueusement à votre bonne grâce.
De Fontainebleau , ee 22 de mai 1607.
bt ^RSStDfiNT JÈÀNNi!^.
SI
Votre trèd-afifecttcihné serviteur, et assuré ami.
De Neufville.
Plus bas, en la, même lettre, est écrit ce qui ensuit:
Monsieur, vous vîtes une lettre de M. de la Boderie devant votre partement, par laquelle il sembloit que le roi d'Angleterre et son conseil ne désiroiént rien tant que de se Joindre à nous pour traverser et rompre lés traités des Pays-Bas. A quoi ayant fait dire audit Roi que Sa Msjesté Joindroit volontiers ses conseils aux siens pour procurer et assurer le bien des Provinces-Unies, soit pofar la paix ou pour la guerre, il en a parle depuis plus froidement beaucoup, et fait difficulté de commander à son agent résidant auxdits pays, de Joindre ises conseils et actions aux vôtres pour avancer l'une ou l'autre résolution ; tant cette nation se défie de la nôtre, et sont irrésolus en toutes choses, principalement quaiid ils traitent avec nous. De quoi J'ai été chargé de vous avertir, afin que vous ne vous arrêtiez à ce que ledit député vous dira de la part dudit Boi , que sur bons gages, et aussi que vous ne lui contiez vos affidres sans grande considération.
ieffrv de M, de ViUerwf à M. le président Jean» nin^ du^B mai 1607.
Moiiiletlr, ce porteur va par delà, recommandé du Roi à M. le prince Maurice et à M. de QMlUm , pour avoir la charge d'une compagnie de gens de pied du régiment, vacante par la, mort du capitaine Suelte ; en quoi Sa Majesté désire que vous le favorisiez , comme M. de Buzanval. Nous vous écrivons le plus souvent que nous pouvons , et attendons en bonne dévotion de vos bonnes nouvelles. L'on dit que si par la proposition que vous aurez faite à ces Messieurs , ils se sont aperçus que le ftoi balance, et soit Irrésolu entre la paix et la continuation de la guerre, qu'ils épouseront toujours le premier parti par préférence à l'autre , avec telle impétuosité et violence , qu'il ne sera Jamais plus poslible de les en détourner, quelques offres que l'on leur fhsse. Mais Je continue à dire et croire que slb se désunissent, et divisent en leurs délibérations, qu'ils ne peuvent les prendre bonnes ni sûres pour eux et pour leurs amis. Il faut donc commencer par les rallier et Joindre ensemble devant que s'engager en leurs affaires. Davantage il fiint considérer que si nous entreprenons Ves induire et porter, contre leur volonté, à l'un ou à l'autre parti , qu'ils nous appelleront à garans du mal qui leur en succédera, et prétendront nous ftdre porter tout le faix, çt peut-être coeore le péril qu'il fhudra y courre , en dahger
pour cela d'être abandonnés A^eût àtt fbrt des affaires. Les avis qui nous ont été donnés du lieutenant du comte de Fuentes, nous ont été confirmés par toutes les lettres que nous avonë reçues d'Italie et de Piémont depuis mes dernières , comme ceux de la défaite de l'armée navale, que l'on fait encore plus grande que Je ne! vous ai écrite. Leurs Majestés sont toujours ici avec toute leur maison , et Messieurs du conseil , et dit-on que chacun se séparera après la fête^ et même que le Roi pourra tourner vers la Pi^ cardie, afin d'approcher de vous , et par ce moyen entendre plus souvent de vos nouvelles. Je prié Dieu, Monsieur, qu'il vous conserve eh bonne santé , et salue vos bonnes grâces, avec celles dé messieurs de Buzanval et de Russy, de me^ très-affectionnées recommandations.
De Fontainebleau , ce 26 mai 1607.
DE Neùpvillb.
Lettre de meseieurs Jeannin^ de Suaanvalei de Xusstfy au Roi, du 29 mat 1607.
SiBB ,
Notre arrivée en ce lieu de la Baye ne fttt que du 24 de ce mois, pour ce que le vent tou^ Jours contraire depuis Calais jusqu'à Flessingue, et de Middelbourg Jusqu'à Rotterdam , distant seulement de trois lieues de la Haye, hous a retardés. Nous y sommes toutefois arrivés assei à temps, n'y ayant rien de plus avancé que ce qui étoit déjà. fait avant notre départ de Paris, sinon des conférences pour interpréter quelques mots de la trêve , même celui d'invasion , que l'Archiduc veut entendre à tous actes d'hostilité, et obtenir, sll lui est possible, indirectement | qhe la trêve soit aussi bien sur mer que sur terre; à quoi le Cordelier, qui est encore à Delphe, travaille, et sous ce prétexte fait des pratiquée secrètes pour porter à la paix tous ceux qu'il peut, soit par corruption otl par persuasion. Les députés des Etats de toutes les Provinces-Unies, qui sont assemblés eu ce lieu , nous sont venus voir à l'instant de notre arrivée , avec démon»^ tration qu'ils en avoient grand contentement , et se promettoient beaucoup de la blenveillance.et assistance de votre Majesté. Les villes de îé^ lande et Hollande , par lesquelles nous sommes passés , en ont fait autant. M. le prince Maurice vint au-devant de nous JUMiu'à demi-lieue d'ici, et voulut descendre eh notre logis, où il nous fit plusieurs déclarationsd'affectlon qu'il a auservice de votre Majesté. Les députés des Etats y étant venus au même temps, interrompirent ce dis^ cours. Le lendemain matin nous le fûmes voir pour lui représenter vos lettres , et Mre enten<« dre ce que votre Majesté nous avolt commandé ^
KéoOClÀTlOlfS
qui étoit de nous conduire par son avis en ce qu*avions à traiter avec les Etats, pour l*estime qu'elle fait de sa prudence, de son jugement , et de ce qu'elle sait personne n'avoir plus d'intérêt et d'affection à conserver l'Etat desdites Provinces-Unies que lui. Nous y avons encore ig'outé que la guerre sembloit à votre Majesté un remède plus assuré, pour les garantir de ruine, que la paix que l'Espagnol offroit avec des conditions spécieuses en apparence, mais en effet dangereuses, et pour les réduire en leur ancienne servitude, y ayant insisté bien fort, pource que nous étions déjà avertis qu'il étoit du tout porté à ce dessein. Ce qu'il nous fit aussi oonnottre bientôt, et que les villes de Zélande , celle d'Amsterdam en Hollande, qui est la plu^ puissante de toutes les villes des Provinces-Unies , en falsoient le même jugement, et quant à celles de Gueldres et Frise, elles étoient tenues par gens de guerre qui dépendoient aussi de sa volonté, et seroient contraintes de suivre ce même conseil ; que la plupart des gens sages disoient bien qu'il n'y avoit aucune sûreté en la paix ; njais grand nombre se laissent emporter à l'apparence des offres qu'on fait, comme si par l'issue d'une guerre, quelque longue qu'elle soit, on ne puisse mieux espérer que ce qu'on leur veut donner dès à présent. Ajoutant encore que si l'impétuosité de ceux qui courent indiscrètement à la paix n'est arrêtée, il y aura sans doute de la division en leur Etat , qu'il prévoyoit bien être fort dommageable ; mais que les dangers de la paix feroient oublier tout autre péril et respect à ceux qui la craignent; et que l'un des meilleurs moyens pour les retenir, est de leur faire entendre que votre Majesté est disposée de les assister et secourir s'ils veulent continuer la guerre , mais non d'intervenir à la paix , qu'elle jugeoit devoir être cause de leur ruine.
Nous avons montré d'approuver son avis, et que nous avions eu même commandement de votre Msgesté, comme il est vrai par les lettres que M. de Villeroy a écrites au président Jeannin depuis votre départ , qui contiennent par exprès qu'ayons à y procéder ainsi , encore que notre instruction t&t contraire pour ce regard. Nous lui avons seulement remontré qu'il ne semble pas à propos de faire cette déclaration si ouverte en rassemblée générale lors qu'y serions OUÏS; mais bien en la conférence particulière des députés avec lesquels nous aurons à traiter : ce qu'il a approuvé , et sommes aussi demeurés d'accord avec lui de tout ce qu'il falloit proposer en ladite assemblée générale de la part de votre Majesté y où nous différons de nous {Hrésenter fouir deux Jours, à cause de l'indisposition de
M. de Buzanval qui est fort mal , affai qu'il y assiste s'il est lors en santé. Ce délai nous sert aussi pour nous instruire comme nous faisons de moment à autre. Le sieur de Bameveld étoit venu voir le sieur de Buzanval , et l'avoit aussi prié qu'il pût conférer avec le président Jeannin. Ils ont été ensemble deux bonnes heures , lui a donné vos lettres, témoigné la fiance que votre Migesté avoit en lui, pour être bien informé qu'il désiroit le bien de leur Etat , qu'il étoit capable de Juger de tout ce qui leur pouvoit apporter du bien ou du mal , et que vous aviez donné charge de nous instruire par sa bouche de l'état des affaires et de l'inclination des peuples. Il lui a discouru fort au long , montrant de ne voulohr rien cacher ni dissimuler de ce qu'il sentoit, ayant commencé par cette préface, qu'il ne haissoit rien tant que l'Espagnol et l'archiduc; que le plus grand dommage de leur ruine, si elle arrivoit, toumeroit sans doute au préjudice de votre Majesté, de qui le roi d'Espagne se tient plus offensé, et désire plus se venger que de tout autre; que la maison de Nassau trouveroit sa part en cette ruine, mais qu'il n'y a personne entre les particuliers, qui doive plus craindre leur vengeance et inimitié que lui; a excusé ce qui s'est passé de la trêve, disant en avoir averti M. de Buzanval pour le communiquer à votre Mijesté, et qu'elle étoit si nécessaire pour le mauvais état auquel sont vos affaires, les grandes dettes qui courent sur eux dont ils sont pressés, et le manquement des contributions, que, sans ce remède, leur ruine étoit fort avancée. Outre ce qu'on les avoit mis en défiance que votre Mi\jesté ne vouloit plus continuer son secours, mais qu'ils n'ont jamais eu intention de passer outre, sans en prendre l'avis de votre Majesté et du roi d'Angleterre, qu'il est autant délibéré de souffrir les incommodités de la guerre, et de la conseiller à ses compatriotes qu'il fût jamais, s'il plaît à votre Miyesté prendre leur défense , et se déclarer ouvertement contre l'Espagne: hors ce moyen, qu'il ne voyoit aucun remède que la paix, avec l'interventloa de votre Majesté et du roi d'Angleterre.
Et lui ayant été remontré qu'un bon secours sufflroit pour quelque temps, attendant que votre Msgesté eût préparé ce qui peut être requis pour entrer en une guerre de si grande conséquence , et que le roi d'Angleterre , qui a le même intérêt, et a témoigné le même désir à leur conservation, peut aussi être induit à prendre ce conseil; lui faisant sentir que votre Majesté traitoit de cette affaire avec lui, et en espéroit bonne issue, pour lui relever le courage abattu par la craintif du mauvais succès de leurs afibi-
DU PBBSIDENT JSANIfIN.
les, il a répondu qu'ils ont de si grandes nécessités, el y a de présent telle foiblesse en leur Etat, qu'il feudroit six millions de livres chacun an au moins pour la guerre, outre ce qu'ils y pourroioit mettre du leur. Ce qu*ayant été rejeté comme impossible, et qu'un tel secours pour amis et alliés, sans en espérer autre profit, étoit sens exemple, il confessa qu'il étoit véritable, et que le prévoyant bien , il ne voudroit être si mal avisé de eonsdiler à leur Etat d'en faire instance ; mais que ce qui lui sembloit le plus aisé, étoit la paix par l'interventicm des deux rois, demeurant leur Etat du tout séparé d'Espagne avec les conditions qui seroient jugées convenables pour leur sûreté et pour pouvoir demeurer libres, et en état de servir votre Majesté et la couronne de France , en reconnoissance des grandes obligations qu'Us lui ont.
Le président Jeannin lui a dit que votre Majesté n'entreviendroit jamais à cette paix, jugeant bien qu'elle leur seroit dommageable; dont fl s'est fort étonné, faisant connoltre qu'il avoit tout autre sentiment. Il a aussi discouru de ce qui s'étoit passé, touchant les propositions faites I>ar M. Aérsens fils, et Jure qu'il n'en fut onques parlé en public, mais seulement en particulier cnlre trois ou quatre. Et lui étant dit que votre M^esté avoit été bien avertie du contraire, et qo^ivîons appris à Middelbourg de personnes de qoafifé, qa*on en avoit traité avec plusieurs du eoBseil de Zélande, que votre Majesté en étoit fort étonnée et offensée, et vouloit en faire conooftre la vérité aux députés de l'assemblée, il a insisté du tout qu'il n'étoit point à propos de ce Dure. Mais ce n'est pas l'avis de M. le prince Msoriee , qui dit aussi savoir le contraire, et que ce prétexte a servi pour porter à la paix plusieurs qui n'y avoient aucune inclination , même avoit meu le roi d'Angleterre de la conseiller à FEspagnol , et d'induire les Etats à la rechercher. Noos estimons de même qu'il est besoin d'en parler : aussi estce un des pohdts de notre instraetion. Le président Jeannin ne mande rien à votre Majesté en particulier des discours qu'il a eus avec le sieur de Bameveld , pour lui persuader que la paix sera sans doute la ruine de leur Etat et liberté : bien , la peux-je assurer qu'il n a rien omis de ce qu'il a pensé pouvoir servir pour le faire entrer en cette crainte et appréhension <ID*il montre bien avoir; mais il craint encore pins la guerre sans moyens grands et certains pour la soutenir. Et à ce qu'il a pu reconnottre , il est do tout porté à ce conseil , non par malice et oorruption, mais avec jugement, et pour esti. nier qu'il ne peut mieux faire, afin qu'il ne gâte lien, et qu'il nous donne le loisir d'attendre les
commandemens précis de votre Majesté. On l'a laissé en espérance d'un traité entre votre Ma* jesté et le roi d'Angleterre, pour entrer en guerre ensemble contre l'Espagnol, et prié sur ce qu'il allentisse, autant qu'il pourra, l'affection précipitée de ceux qui courent à la paix, attendu même qu'ils ne sont pas encore certains si le roi d'Espagne la voudra ratifier, et s'il accordera qu'on traite d'une paix finale aux conditions qui seront nécessaires pour leur sûreté; et qu'en montrant qu'ils se préparent à la guerre avec l'appui des deux rois, ils en auront toujours de meilleures et plus avantageuses conditions , au cas qu'il soit jugé plus utile d'accepter la paix.
Il a promis de le faire très- volontiers, et qu'il oonsidéroit bien ce qui lui a été représenté être véritable; mais qu'il nous pouvoit assurer que leurs peuples, même ceux de Hollande, qui font la moitié de leur Etat, se laissoient conduire par les plus sages, et qu'ils ne feroient rien précipitamment et mal à propos. Il a été besoin d'user de quelque artifice avec lui pour gagner temps, et prendre du loisir pour préparer toutes choses au contraire de son avis qui tend à la paix, en y employant l'autorité de M. le prince Maurice , si votre Majesté prend ce conseil , qui seroit tout autre que ce qu'il lui avoit plu nous dire avant notre départ. Ce qui est le plus dangereux en cet Etat est la division, reconnoissant bien que ledit sieur prince Maurice est du tout porté à la guerre, et qu'il recherchera d'attirer de son côté tout ce qu'il pourra, ne Jugeant pas toutefob si quelque grand secours ne retient ceux qui veulent la paix, que son parti soit le plus fort; et c'est à quoi nous nous employons , en lui représentant qu'on peut trouver dans la paix des avantages et de la grandeur pour sa maison , et pour lui-même en particulier, plus assurés de beaucoup, si on est contraint d'y entret, que dans la guerre trop périlleuse, et presque avec certitude de mauvais succès, s'il la falloit faire avec partie de l'Etat, l'autre s'unissant avec l'ennemi. Et au contraire, l'Etat déclaré libre par la paix et conditions bonnes et qui aient de la sûreté , il pourroit encore espérer quelque chose de plus avec le temps , appuyé de l'autorité et des moyens de votre Majesté, qui prendra toujours plus de fiance en son amitié, qu'en celle d'un peuple léger et muable. Que votre Majesté a bien la même opinion que lui, que la guerre aurait plus de sûreté pour leur Etat, Jugeant qu'il est besoin d'y insister autant qu'on pourra, pourvu qu'on ne vienne jusqu'à la division. Il est sage, fort considéré, et semble aussi asseas courageux pour oser entreprendre si l'occasion s'en présoitoit ; mais nous reconnoissons qu'il s'accommo*
dera à votre volonté, y voyant de la sûreté pour lui) et quelque espoir de s'accroître, et d'être en état qu'il ne dépende absolument, comme il a Ait du passé , de la légèreté et ingratitude des peuples, qui se lassent et dégoûtent aisément de ceux qui les ont bien servis.
C'est votre service, Sire, d'en user ainsi ; vous nous l'avez ainsi commandé, c'est un des points de notre instruction. Le sieur Barneveld a pareillement discouru au président Jeannin de ce que traltoit le Gordelier avec eux , pour l'ajouter à la trêve, à savoir de faire révoquer tous les vaisseaux qui sont en mer sur les c6tes d'Espagne, offrant pour ceux qui sont chargés de blés, afin de passer en Italie, dont le nombre est grand, toute sûreté, et que le roi d'Espagne n'entreprendroit rien contre eux. A quoi ledit sieur de Barneveld dit avoir répondu que la révocation des "vaisseaux étoit déjà comme faite, pour ce que, sans autre déclaration, ils étoient sur leur retour dès le eommencement de juillet ou à la fin même du mois de juin ; et qu'à la vérité c'étoit Tavantage des particqliers de leur Etat, qui o|ierchcnt à vendre leurs blés en Italie, de trouver cette sûreté , au lieu que le roi d'Espagne, fort avec ses galères en ia mer Méditerranée, leur pourrait porter du dommage, ayant désiré que cette offre fût acceptée et autorisée du consentement de M. le prince Maurice , lequel toutefois en a fait refus , disant que seroit en effet Aiire la trêve aussi bien par mer que par terre , contre leur première résolution, et accoutumer ceux de ce pays à la douceur d'un profit empoisonné, qui les jetteroit du tout hors des conseils de la guerre. Toutes les provinces ne laissent pourtant de lui être contraires, et d'approuver l'avis dudit sieur Barneveld, fors la Zélande, qui seule y contredit. Nous sommes après pour empêcher que ce commencement de diversité n'apporte de la division, et de faire que la Zélande suive ce qui a été résolu par les autres, puisque aussi bien il se fera sans eux. Ledit sieur prince et de Barneveld ne sont si bien ensemble, qu'il seroit besoin pour les affaires publiques de leur Etat et votre service. Nous travaillons pour les mieux unir. Le sieur Barneveld a parlé aussi de deux cent mille écus peqdant la trèi^ , et nous assurons bien que les députés qui doivent conftrer avec nous, qui sont en nombre de sept, à savoir un de chaque province, nous en iSBront grande instance. Il lui a été répondu que votre Mi^esté ne vouloit donner aucun argent sans autorité, avec un acte de l'assemblée qu'ils ne feront aucun traité qu'avec son avis et oonsente<i> ment. Il en a fait difficulté, disant que l'assemblée ne le pouvqit donner sans en communiquer
particulièrement à toutes les provinces, qui se* roit une grande longueur, et pour chose inutile , d'autant qu'il étoit certain que leur Etat ne trai? teroit jamais , sinon avec l'intervention de votre Majesté, de laquelle seule devoit dépendre leur sûreté. Ce point est remis à la conférence de ceux avec qui nous aurons à traiter.
M. le prince Maurice sent mieux de M. Aërsens père que dudit Barneveld. Il se plaint néanmoins de M. Aêrsens, qui est près de votre Majesté , de ce qu41 a mandé à M. Barneveld qu'il savoit notre charge être de les porter à la guerre si nous pouvons, sinon que votre Majesté entreviendroit à la paix pour leur sûreté , ayant cette lettre fort oonflrmé ceux qui désirent la paix à persévérer en leur opinion. 11 a voula montrer qu'il étoit soigneux et bien averti', ou qu*il avoit assez bon jugement pour deviner, par conjectures, vos intentions. L'agent d'Angleterre nous est aussi venu voir, et nous a assuré que le Roi son maître se vouloit joindre et conformer aux avis de votre Mi^esté, en ce qui touchoit les affaires de cet Etat, soit pour hi guerre, ou pour la paix ; et qu'il n'estimoit pas qu'il y eût autre moyen de les garantir d'un prochain naufrage , sinon de fitire la guerre ouvertement contre Espagne , ou la paix , avec l'intervention des deux rois ; montrant toujours d*être plus enclin h ce dernier moyen , et nous représentant avec grand soin les nécessités de ce peuple , leurs dette et foiblesse. On loi a répondu qu'à la vérité la guerre, avec l'appui des deux rois, et une amitié ferme et bien établie entre eux, donnerott non* seulement de la sûreté à cet Etat, mais un assuré repos à toute la chrétienté, et délivreroit par ce moyen tous les princes et Etats de la crainte qu'ils ont de Tambition d'Espagne, Nous eûmes aussi plusieurs autres discours sur ce même si^et. Et depuis étant allé voir ledit sieur agent, pour reconnoltre l'inclination de soa maître, touchant la guerre ou la paix, il r'entra de soi-même sur la conjonction de vos deux Majestés contre l'Espagne, et que cette affaire se traitant sincèrement, il en espéroit bien du côté du roi de la Grande-Bretagne. Nous en avons dit autant de l'intention de votre Majesté, et que nous estimions qu'elle y seroit bien disposée , mais *que c'ét<Ht près desdites deux Majestés et par leurp principaux ministres qu'il falloit traiter de cette af&ire ; que nous pourrions bien considérer entre nous, puisqu'il y a du péril en la paix, comme fi le jugeoit lui-même, et que sommes incertains si le roi d'Espagne ratifiera ce qui a été fiiit, ou voudra donner des conditions assurées, avec quels moyens on pourra faire et soutenir la guerre, pour en donner avis à nos maîtres, et y
DU PA£SI1>£NX JEANJNIN.
êS
tBâre pourvoir : car étant besoin d'assister les Etats d un plus grand secours que du passé , ainsi que nous ont dit ceux qui ont quelque connois- $aj)ee de leurs afTaîres, il ne seroit pas raisonnable faire tomber cette dépense entière sur Yotre Majesté, qui ne la ppur^oit ni voudrolt aussi supporter. Mais s'il piaisoit au roi de la Grande-Bretagne y contribuer pour sa part, toutes choses se manieroient avec plus de réputation et 4'espoir de bon succès, étant certain, slls prenaient après résolution ensemble de mettre les Etats en paii^, que le roi d'Espagne seroit à cette ocoisîoo contraint de leur accorder des conditioDs beaucoup plus avantageuses : au \\m que s'il lei voit abandonnés ou assistés d'un faible secours , il leur sera plus rude , et les peuples au contraire se précipiteront à la paij^ h telles conditions qu'il nous plaira.
Il nous a confessé que ce que lui disions étoit véritable, et qu'il estimoit que son maître ne refÎBeroit de contribuer à cette dépense pour sa part ; ajoutant, quoi qu'on nous ait dit, qu'il faudrait croître le secours de beaucoup et de sommes immenses, si on rentre en guerre. Ce qu'il disoit, pour être bien inforipé des charges des Etats et dn dépenses qui sont requises pour faire la guerre avec espoir de bon succès, comme ayant toujours aasté à leur conseil : et,* combien qu'on ait levé fkseon an, sur les Provinces-Unies, dix millîQDs de livres , il seroit besoin de les aider au JDûGDf d'un million d'or, ou de douze cent mille éeos anssi cbacuu au. Ce qu'étant fait, et les deox sommes bien employées, elles pourroient saffîre, taut pour faire la guerre que pour supporta' toutes les charges de l'Etat. Nous nous en édaircirons en la conférence avec les députés. Ledit sieur agent a promis d'avertir le roi de la Grande-Bretagne de tout ce que dessus, et d'y faire tous les bons ofQoes qu'il pourra ; mais il Doos a semblé que la paix avec Tiatervention des deux rais, lui platt toujours plus que tout autre çonaeiL
Le président Jeannin a vu depuis par trois
Jbîs |e j^ince Maurice, et conféré fort particu-
Jià^avpent avec lui, l'excitant de prendre conseil
ai cammnii avec le corps général de TEtat , sans
ie séparer^ en lui remontrant de rechef qu'il n'y
a que du péril s'il le fait , et au contraire de la
sûreté et avantage. Il s'est trouvé beaucoup mieux
diftpoaé, et a remis sa résolution entière à la venue
de son cousin le courte Guillaume de Nassau, qu'il
a man^é en Frise, où il est , et l'attend dans trois
on quatre jours, faisant cependant connoitre qu'il
m voulait conformer du tout à la volonté et aux
ONiiiDandemens de votre Majesté : bien a-t-il dit
iHi sieiir J0«np%)i| qu'il ^tjmoit que le^i Etats se
trompoient en l'espérance qu'ils ont conçue d'obtenir du roi d'Espagne une paix fmale en cette qualité d'Etats libres, sur lesquels il ne prétend aucun droit, et qu'il savoit de bonne part qu'il n'entendolt accorder, sinon une trêve de douze ou quinze ans, et pratiquer cependant parmi eux, aOn que la trêve expirée il puisse recouvrer ses anciens droits de souveraineté ; qu'il seroit dommageable aux Etats de traiter à ces conditicms, et ne leur donneroit jamais cet avis. Il y a bien de l'apparence que l'Espagnol aimeroit mieux une longue trêve , et que les Etats aussi doivent plutôt désirer la paix pour toiyours.
Nous avons été ouis le 38 , en l'assemblée des Etats, où étoit M. le priuce Maurice ; j'envoie a votre Majesté ce que nous y avons proposé, qui a été bien reçu, et en sont demeurés satisfaits. Ils nous ont aussi fait une réponse par la bouche de M. de Barneveld, pleine de respect, soumission, et remerclment à l'endroit de votre Majesté , reoonnoissant lui devoir leur salut ; ont excusé , sur les nécessités de leur Etat , ce qu'ils ont fait pour la trêve, et dit qu'ils n'entendoient prendre autre résolution en leurs affaires que celle qui seroit plus agréable à votre Majesté, et jugée par elle la plus utile et assurée pour eux et leur Etat ; qu'ils députeront à cet effet quelques-uns d'entre eux pour en conférer avec nous, lesquels auroient charge de nous communiquer tout ce qui pourroit servir à notre instruction, et à nous éclairolr de l'état de leurs affaires, et des remèdes dont ils ont besoin. Le jugement que nous pouvons faire jusqu'ici de l'inclination du plus grand nombre des Eltats, est qu'ils désirent sans doute la paix , à condition de demeurer libres , et du tout hors de la sujétion d'autrui , se promettant de l'obtenir du roi d'Espagne , et toutes autres conditions requises pour leur sûreté , encore qu'ils ne soient aucunement informés de sa volonté et des conditions de ce traité, ni s'il veut faire une simple trêve ou paix finale , tant leur désir à cette paix les aveugle et précipite. Bien est vrai qu'ils aimeroient encore mieux la déclaration de votre Majesté et du roi d'Angleterre contre l'Espagne que la paix, s'assurant que cette coi\jonction seroit une entière sûreté pour eux et la ruine d'Espagne; mais ils ne l'osent espérer ; ils joignent toigours vos deux Majestés ensemble à ce dessein, pour ce qu'ils disent que si votre Majesté seule entreprenoit cette guerre, que le roi d'Angleterre , craignant qu'elle ne s'accrût par la conquête d'une partie des Pays- Bas , deviendroit plutôt son ennemi que spectateur du combat, et qu'ils l'ont ainsi appris et reconnu par les propos de ses ministres.
Nous estimons aussi qu'avec un bon secours ,
comme de douze cent mille écus par an , selon que le sieur d'Aërsens Ta proposé , on les pour-^ roit induire de continuer la guerre; non que ce remède leur semble si assuré que les autres, pour ce que tels secours durent , ainsi qu'ils disent , autant qu'il plaît aux princes qui les donnent ; que leurs affaires les empêchent bien souvent de les continuer, et que venant à faillir, les successeurs n'ont toujours la même volonté. Il est besoin , Sire , de penser à ce secours , crainte que l'Espagnol ne leur veuille accorder la paix aux conditions qu'ils s'imaginent , et s'ils sont abandonnés ou faiblement secourus , qu'ils ne reçoivent la paix à telle condition qu'on voudra , ou au contraire , leur secours étant assuré , l'Espagnol se rendra plus facile. Ce n'est pas que ne voyons bien cette dépense être trop excessive et insupportable; mais nous jugeons que montrer seulement qu'on le veut faire , sera le moyen de relever le courage à ces peuples , et d'avoir la paix. Et en efifet si on ne la peut obtenir bonne et sûre , ou votre Mijesté sera contrainte de continuer cette dépense quelque temps, y faisant contribuer l'Angleterre , s'il est possible, et vous obligeant l'un envers l'autre de vous secourir contre le roi d'Espagne , pendant le temps que ce secours devra durer, ou bien, si les abandonnez, votre Msg'esté aura perdu ce qu'elle a déjà employé, pour ce que le pays tombera sans doute es mains de l'Espagnol, pour en user à sa discrétion. Quand on ne leur voudroit accorder qu'une trêve à longues années , encore y pourroit-on trouver de la sûreté, pourvu qu'il veuille consentir à l'intervention des deux rois, tout ainsi que si on faisoit une paix finale, et trouver bon qu'ils soient protecteurs de cette trêve , et garans envers l'une et l'autre des parties, comme les Suisses sont de la neutralité du duché et comté de Bourgogne envers les deux rois de France et d'Espagne. Car, outre ce traité avec l'Espagnol , les deux rois et les Etats en pourroient faire un séparé, par lequel leurs Majestés promettraient certain secours aux Etats contre l'Espagne , en cas d'infraction , et les Etats à chacun d'eux , si le roi d'Espagne leur faisoit la guerre, et eux aussi de même l'un à l'autre, qui seroit comme une ligue offensive et défensive entre eux tous, contre le roi d'Espagne, pendant que ladite trêve dureroit.
Votre Majesté voit qu'il y a plusieurs difficultés en cette affaire : la première et principale desquelles est, si le roi d'Espagne voudra la paix, à condition qu'il y ait de la sûreté pour les Etats , c'est-à-dire avec l'intervention de leurs Majestés; car ce doit être leur plus grande sûreté , de laquelle toutefois nous avons entendu que le roi
d'Espagne fera très-grande difficulté, et qu'il consentira encore plutôt à l'intervention d'Angleterre qu'à celle de votre Majesté : ainsi l'avons-nous appris de M. de Bameveld, qui nous a dit toutefois que les Etats n'y opnsentiroient jamais autrement. Il est donc b^in , Sire , pour n'être point surpris , de préparer les moyens de faire la guerre, et d'y disposer tant qu'on pourra les affections de ces peuples ; car il sera toujours aisé de retourner à la paix , quand on verra des conditions assurées pour le faire; encore que M. de Yilleroy ait écrit au président Jeannin , par le commandement de votre Majesté , qu'on Ht connottre aux Etats que votre Migesté ne vouloit entrevenir à la paix s'ils la faisoient. Nous n'avons pas cru qu'elle eût pourtant changé du tout sa résolution , qui est contenue en notre instruction , mais que votre Majesté entendoit seulement qu'eusûons à la cacher, et retenir en nous-mêmes, pour empêcher les États de courir inconsidérément à la paix. Nous y avons procédé ainsi , et étoit notre intention avant même qu'avoir reçu ladite lettre , de suivre cette conduite jusques à ce qu'il fût temps de nous découvrir plus avant. Nous supplions néanmoins très-humblement votre Majesté de nous éclaircir sur ce de son intention, par la première dépêche, et se souvenir, s'il lui plaft, de faire traiter soigneusement avec le roi d'Angleterre , que ses ministres et les vôtres n'aient qu'un même avis ; et qu'il se porte aussi de sa part à contribuer au secours que peuvent demander les Etats, quand ce ne seroit que pour induire le roi d'Espagne à leur accorder des conditions de paix qui soient plus avantageuses, pour la crainte et réputation de ce secours , et la conjonction de vos deux Majestés en ce dessein.
Ecrivant cette lettre, l'agent d'Angleterre nous est venu voir , et nous a dit avoir reçu de nouveau lettres de son maître , du 8 de ce mois, qui est le 18, selon notre style , par lesquelles il lui donnoit avis M. de la Boderie l'avoir averti de notre venue'en ce lieu, et des causes du voyage, lui commandant de rechef de conférer sincèrement avec nous de toutes choses concernant notre légation , et de se conformer même à nos avis. Nous faisons connottre ici tant que nous pouvons cette conjonction , qui donne un grand contentement , et relève bien fort le courage de ces peuples. Nous avons aussi écrit à M. de la Bodelîe , que le prions nous faire savoir de ses nouvelles, pour apprendre ce qui pourra toucher notre charge. Ledit agent nous a encore dit que son mattre désiroit que les Etats lui envoient leurs députés , et qu'il s'en aUle lui-même avec eux. Si les Etats le font , il nous semble qu'ils
DU PBBSIDBIfT JBANNIN.
doitent rendre le même respect à votre Mt^esté , et envoyer aussi vers elle ; ce qu'avenant , notre fléfoor n'y seroit peat-étre inutile. Nous nous instiuiroDs cependant de toutes choses , et attendrons votre commandement, soit sur l'envoi desdits députés , notre retour avec eux , ou antre charge concernant la charge qu'il a plu à votre Majesté nous donner. Nous serons fort pressés des deux cent mille écns, dont les Etats ont grand besoin , étant tous les Jours aux emprunts chez les Lombards. M. Bameveld nous a dit que l'assemblée générale des Etats écrira à votre Majesté, autant en substance que l'acte que votre Majesté a demandé pourroit contenir , et qu'autrement il ftudroit trois mois pour avoir les consentemens particuliers des villes et provinces , et qu'eux seroient du tout hors de sens, s'ils traitoient jamais sans votre intervention et consentement ; et ce qu'ils ont fait à la trêve a été on remède du tout nécessaire et si précipité , qnll ne leur a donné aucun loisir de vous en avertir.
On tient ici pour certain que vingt-sept navires des Etats ont eu un combat contre onze galions du roi d'Espagne, qae la mêlée a été grande ; on n'en sait encore les particularités. SU est vrai , on estime qu'il y a du changement eaU résolution de la paix, et l'orgueil d'Espagne neçoorra souCfrir qu'on traite avec tant d'avantage ponr les Etats après avoir été battus. Le conte Guillaume de Nassau a mandé au prince Maurice que le roi d'Espagne levoit sept régimens de lansquenets en Allemagne. Ledit prince eraint que cette levée , avec les forces d'Italie , qa'on dit être encore ensemble , ne soient pour venir en Flandre contre les Etats, si le roi d'Esp^ne ne ratifie la trêve , ou quand il la ratifienit , pour avec la terreur de ses armes les contraindre d'accepter telles conditions qu'il voudra. Nous estimons devoir avertir votre Majesté du devoir que foit M. de Béthune d'apprendre, des connoissances et habitudes qu'il a ici , tout ce qu'il peut pour nous instruire, et donner moyen de la mieux servir. M. de Cbâtillon a aussi désiré , sur le eommandement que votre Majesté hii a fait de recevoir M. de Roques pour lieutenant-colonel de son régiment, au lieu de M. Dusanlt , qu'eussions à l'avertir de la difllculté que fMit lés capitaines, lesquels disent que c'est contre Tordre, et les Etats aussi sont de même avis ; mais si votre Majesté lui donne un peu de loisir , qn*il essaiera de les disposer à ce qu'elle lui coDunande ,• étant prêt de sa part d'y rendre l'obéissaoce qu'il doit Nous attendons la réponse et Jea eommandemens de votre Migesté sur ce que hii mandons de l'état des affaires de ce
pays; et prierons Dieu, Sire, qu'il lui donne très-longue vie, et tout heur et prospérité. De la Haye , ce vingt-neuvième jour de mai
1 607. P. JeANNIN, BuZANViX et RUSSY.
Lettre du président Jeannin à M. de Villeray, duditjour 39 mai 1607.
Monsieur, nous écrivons au Roi tout ce qu'avons pu apprendre touchant les affaires dont Sa Majesté nous a donné charge. Le plus grand nombre désire la paix. M. de Bameveld , qui a grande autorité et créance dans les Etats, et particulièrement dans la province de Hollande, qui seule fait presque la moitié des Provinces* Unies, du moins contribue autant que toutes les autres, embrasse ce conseil avec affection, et le juge nécessaire en l'état auquel ils sont réduits, non, à mon avis , par corruptibn, mais par prudence, et comme estimant qu'ils ne peuvent mieux fitire, pourvu que les deux rois y entreviennent. Et quoique lui ayant dit que Sa Mi^jesté n'y vouloit aucunement entrevenir, il ne le croit pas , ayant reçu lettres du sieur Aërsens, par lesquelles il lui mande que notre charge est de les porter à la guerre si nous pouvons, sinon à la paix avec l'intervention du Roi. Notre crainte est qu'il ne soit trompé, et que l'Espagnol n'ait fait ses propositions de traiter avec eux connue souverains, sur l'appréhension qu'il a eue que les Provinces-Unies vouloient reconnoltre Sa Mi\jesté , et elle se déclarer ouvertement et entrer en guerre pour leur conservation ; et maintenant qu'il en est délivré et hors la guerre d'Italie, qu'il change d'avis. Le prince Maurice le croit aussi ; le sieur Bameveld même commence d'en douter, et n'est sans apparence qu'il avienne ainsi.
C*est pourquoi il est nécessaire de se préparer au secours, et de traiter avec l'Angleterre pour y contribuer, crainte d'être surpris; et que l'Espagnol , qui n'a encore ratifié la trêve , qui a des forces ensemble en Italie, et en lève en Allemagne jusques à sept rumens de lansquenets, ne les jette en ce pays, ou pour leur faire la guerre, rejetant la trêve, ou bien montrer ses forces pour donner de la terreur, et les contraindre de recevoir la paix à telles conditions qu'il lui plaira. Vous pouvez mieux être averti de ses desseins : nous estimons que si le Roi et le roi d'Angleterre veulent que la guerre continue en ce pays, qu'ils s'y résoudront moyennant un bon secours, non moindre , à mon avis, que de douze cent mille écus, et qu'ils déféreront en tout à leur autorité et commandement, et encore plus à Sa Majesté qu'au roi d'Angleterre. M. de Barnevdd nous a dit qu'ils enverront bientôt des
M£G0GIATI0N8
députés en Angleterre, lesquels auront charge de passer après vers le Roi , et que c'étoit seuiemeut afin que leurs Majestés envoient ici des députés instruits de leur intention , soit pour la paix ou pour la guerre. Nous lui avons dit qu'il seroit plus h propos d'envoyer des députés à part au Roi, et d'autres en Angleterre, afin que le •même respect soit rendu à Sa Majesté; qu'il nous mande, sll lui plaît, bientôt son intention sur œ sujet, et s'il sera à propos qu'attendions en ea lieu leur retour, au cas qu'ils envoient lesdits députés, ou que nous allions avee eux. Il est certain que cet envoi ne sera qu'un respect et 4N>mpliment sans autre fruit ; vous en jugerez. Le sieur de Barneveld presse fort les douze cent mille éeus; et les députés en feront sans doute autant, comme a déjà MX le prinoe Maurice, disant que sans cette aide les gens de guerre ne peuvent être entretenus, ni le peuple garanti de leurs désordres , car ils en ont grand besoin. On offire une lettre à Sa Majesté du corps de leurs Etats, qui contiendra en substance ce que 4»ntiendfoit l'acte que Sa Mijesté demande.
Nous voyons bien que l'intervention et consentement du Bol pour la paix leur est si nécessaire, quHI n'y a pas d'apparence qu'ils veuillent rien flaire qu'avec Sa Majesté ; et néanmoins ce refus nous a déplu , et avons fait entendre à Bar* neveld qu'il nous mettoit en soupçon, et que ce qui s'est passé en la trêve accroissoit la défiance. Il a dit que ce n'est que la longueur qu'il craint : le Roi commandera sa volonté ; bien est-il certain que s'ils ont mauvaise intention, ce que ne eroyons pas , cet acte ne les obligera pas davantage , et ne les empêchera pas aussi de prendre lel conseil que bon leur semblera en leurs affaires. Votre lettre nous a rendus incertains si Sa Majesté a changé de dessein de la paix avec son^ intervention contenue en notre instruction , ou seulement la forme de notre conduite et procédure. Eolaircissez-nous , s'il vous plaît , par les premières lettres , afin que suivions précisément ce qui nous sera commandé. Il est à propos qu'éeriviez, au nom du Roi, une lettre comme de aa main , au prince Maurice, qui soit plus pressée que la première, qui ne contenoit rien davantage que celle du comte Henri et de ses deux cousins; iMms y ajouterez la même créance si le Jugez à propos. Nous ferons tout ce qui nous sera possible pour donner contentement à Sa Majesté, de notre négociation; et, pourvu que l'Espagnol ne se rétracte des offres qu'il a faites, ou , voulant traiter, ne rejette l'intervention du Roi, les affaires finiront par la paix , si le Roi continue en sa première résolution, ou bien il fera continuer la guerre avec de l'argent ; mais je
craindrois qu'enfin cette dépense grande et excessive ne fût mal employée , et que l'issue ne fût pas autre , ni peut-être si lionne que celle que les Etats se promettent pouvwr obtenir dès à présent par la paix, s'ils ne sont point trompés de leurs espérances. Rien jugeons-nous que la déclaration de guerre de France et d'Angleterre, jointe aux Etats, ne pourroit avoir que tout bon succès , par ce que nous avons appris , en ce lieu , des moyens d'entreprendre sur les Indes avec les forces navales d'Angleterre et des Etats ; mais ce n'est pas à nous de toucher ce dessein. Le sieur d'Aërsens a procédé sans doute sincèrement en la charge qu'il avoit prise de lui-même; mais peut-être a-t-il rendu trop commun ce qui devoit être plus secret, puisque la disposition n'étoit telle qu'il s'étoit promis. M. de Buzanval se porte mieux qu'il ne feisoit. Nous communiquons des afVifiires avec M. de Russy, étant nécessaire qu'il soit instruit, puisqu'il doit succéder à la charge dudit sieur de Buzanval; aussi est-il sage et plein de discrétion pour en bien user : nous estimons que Sa Mi\je8té l'aura agréable. Je vous baise très-humblement les mains , et suis , monsieur , votre très-humble et très-obéissant serviteur. >
P. JBÀKmiif .
A la Haye, ce 29 mai 1607.
Première proposition faite en rassemblée générale aes Etats le 28 mai 1607.
Messieurs, les mêmes raisons qui ont ci-devant mu le Roi Très-Chrétien d'avoir soin de vos affiiires , et de vous assister et secourir de scb forces et moyens, sont celles qui l'ont excité de nous envoyer vers vous, sur ce que Sa Majesté a appris qu'êtes prêts de prendre une résolution de très-grande importance , de laquelle doit dépendre votre bien , liberté et sûreté , ou la ruine entière du gouvernement qu'avez établi en tant d'années, avee tant de dépenses , travaux et périls , pour aoquérir cette liberté dont vous Jouissez à présent.
C'est un soin qu'elle prend très-volontiers, pour-ce qu elle se souvient tous les jours que l'avez assistée en sa mauvaise fortune, et lorsque vous combattiez dans votre pays pour votre propre salut, et lui au même temps dans le sien pour conquérir le royaume qui lui appartenoit par les lois. Aussi peut-elle dite avec vérité qu'elle a depuis usé de toute la gratitude et reconnoissance que 1 état et condition de ses affaires lui ont pu permettre, et a même fait plus, quand le besoin d un plus grand secours Ta requis , sans craindre les menées et pratiques secrètes qu'on fiiisoit contre lui dans son Etat à cette occpsiouy qui, néanmoins, lui eussent été très-
DU PBBSISUT JXJLNNIN.
préfocUeiaUM, ai Diea, par sa grâoe, ne lui oAt donné le Bioyen de les déoouviir et rompre.
En qnoi elle pensait vous avoir donné d grande «nrmoee de sa foi et de la sincérité de son amitié , que n'en pourries jamais douter ; mais elle s*est bien aperçue du contraire , et qu'en faisiez tout autre jugement, en ce que vous avez fait nne cessation d'armes, et écouté des ouvertures d'aeeoid sans daigner prendre son avis, ni même hn on communiquer, Ausant eonnoltre à ehaeun, par cette action si importante, oommeneée et finie sans lui, que son entremise vous y étoit nspeote, et que son nom et sa dignité ne vous étoient en aucun respect.
Elle ne peut toutefois s'imaginer d'où viennent les causes de ce soupçon , si ce n'est de quelques Aiux bruits et vaines propositions qu'on lui a dit avoir été mises en avant sous son nom , encore qu'elle n'en ait jamais donné aucune charge i qui que ce soit, par lesquelles on vous a voulu Dure croire que Sa Mc^esté aspiroit à la souveraiiieté des Provinces-Unies , et si elle en étoit refusée qu'elle retireroit son secours , ou qu'il sevoit si MMe à l'avenir , qu'il servirait plutôt pour &ire durer la guerre , et par ee moyen assurer an repos et celui de ses si^ets , que pour fiure Ibnr vos misères.
Ce mensonge , messieurs , lui a touché plus que vivement au ccBur , et l'a plus offensé que Ipule aatre chose ; car pour avoir fait la trêve sam Ab, il n'y a que le mépris et le peu de fiance qu*aB a montré, dont il a reçu du déplaisir , ne Mimant point l'action en soi , puisque l'avez jp^ utile pour votre bien et soulagement ; et Dieu veuille qli'ainsi soit, que n'y soyez point trompés. Mais d'avoir voulu feindre que Sa Majesté eberchoit de s'accroître à vos dépens , et de fiûre durer votre mal , on fait tort à sa réputa- , à sa bonne foi, et an désir qu'elle a toujours
de procurer de tout son pouvoir une prompte et assurée prospérité à votre Etat.
El c'est une des principales causes qui a fiiit mvaneer notre voyage , sans attendre la venue de VM députés que M. Aërsens lui avoit dit devor étie envoyés de votre part, crainte , si elle différoit plus long-temps, que ce mensonge, lean pour vérité, ne fAt peut-être cause de vous précipiter à quelques mauvais et dangereux eniseils. Elle nous a donc donné charge de vous dire qu'elle n'a onques pensé A requérir de vous aoenue ebose qui tùX contraire ni préjudiciable à votre liberté, et à l'état et gouvernement qu'avez établi pour vous afBranchir de toute s^jétkmi qu'elle vous a secourus et assistés, pour ce qn'eileavoit premièrement reçu de vous le même office d'amitté à aen besoin; qu'elle a crn avoir
intérêt en la oonservation de votre Etat, pour beaucoup de respects et considérations qui regar^ dent le bien de son royaume, et pour ce qu'elle se promet , vous demeurant en l'état que vous êtes, c'est-à-dire, messieurs, de vous-mêmes et de votre pays, son état et le vôtre pourront en* oore recevoir à l'avenir, l'un de l'autre , les mêmes offices d'amitié, quand l'oceasion s'en offrira.
Ce sont les vraies considérations qui l'ont mu, et les flruits que Sa Majesté a espérés et attendus de son secours, n'y ayant que trop de raisons d'Etat qui Font dû retenir et empêcher de prétendre à quelque chose de plus : et si vous voulez vous souvenir qu'elle n'a jamais n^outé aucunes conditions à son secours , qu'elle ne vous a requis de lui donner aucun gage dans votre Etat, ni recherché aucun profit que votre bienveillance et l'état prospère de vos affaires , vous en jugerez ainsi.
Il y a aussi peu d'apparence d'avoir dit et publié que son repos et celui de ses sujets dépendoit de cette guerre ; car son royaume est , par la grâce de Dieu , si florissant , et ses siyets si enclins et affectionnés à conserver la grandeur d'icelui, sa personne et dignité, que le re? pos et la tranquillité s'y maintient , après Dieu , par sa conduite et les forces qui sont dans son Etat, sans qu'il lui soit besoin procurer du mal à ses amis, et user de cette déloyauté envers eux, trop éloignée de son naturel, pour foire jouir ses si^ets de ce bonheur, que personne ne peut entreprendre de leur ôter sans hasarder et mettre en danger le sien : outre ce qu'elle sait régler toutes ses actions avec si grande modération et justice , que les princes ses voisins n'en peuvent recevoir aucune jalousie, mais plutôt reconnaître qu'elle n'a autre but et dessein que de conserver le sien, et de garantir ses amis et alliés de toute ii\jure, violence et oppression, entre lesquels vous êtes ceux dont elle veut avoir plus de soin : au moyen de quoi Sa Miyesté se promet qu'ils seront autant retenus et considérés qu'elle à ne rien entreprendre dont elle ait sf^et de se ressentir. Et s'il avenoit autrement, il est toHJours celui même qu'il a été du passé , prompt et dis-: posé À supporter et mépriser toutes sortes d'incommodités, malaises et dangers, quand il sera besoin pour sa réputation, pour le bien et utilité de son royaume , ou le salut de ses amis et alliés.
Ces raisons doivent suffire pour vous persuader, messieurs , que les faux bruits qu'on a fait courir parmi vous, sont sortis de l'invention et artifice de ceux qui vous ont voulu rendre suspectes la foi) l'amitié, et l'assistance d'un grand
RBGOaATIONS
Boiy pour vons séparer avec haine et mécontentemoit Tun de l'autre, vous affoiblir par ce moyen, et avoir meilleur marché de vous.
C'est pourquoi Sa Mt^esté nous a donné charge de le vous faire considérer, et de vous assurer de nouveau de la continuation de son amitié, et de son assistance et secours, et , quoiqu'elle ait eu quelque sujet d'être offensée de ce qui s'est passé en la trêve sans lui, qu'il n'a pourtant rien changé ni diminué sa première affection envers votre Etat; mais est autant disposé qu'elle M onques de favoriser votre bien, liberté et prospérité, et d'embrasser avec vous tous les moyens qui seront jugés par vous-mêmes les plus prompts et assurés, et les plus utiles et salutaires pour vous foire jouir de ce bonheur.
Mais elle vous prie et exhorte , comme vous ne pouvez faillir deux fois en cette délibération, que vous considériez bien et mûrement, sans autre passion ni dessein que du profit et intérêt public de votre Etal, ce qui vous doit être non en apparence, mais vraiment en effet, le plus profitable et avantageux, tant pour le présent que pour l'avenir; et surtout que n'ayez tous ensemble qu'un même avis et résolution; que les moins expérimentés, auxquels Dieu n'a donné si grand jugement et connoissance des affaires pour prévoir et juger de loin le bien et le mal des délibérations publiques , cèdent et défèrent aux autres qui sont plus capables de les bien conseiUer; et que ceux-ci prennent bien garde aussi qu'en voulant donner des conseils plus sages^ et mieux considérés , ils ne fassent une ouverture à quelque division en leur corps , qui ne se peut conserver que par la même union, bonne intelligence , constante et généreuse vertu qui vous a maintenus , et fait prospérer jusques ici.
Il semble aussi à Sa Majesté qu'il est du tout expédient, pour votre bien et sûreté, que faisiez part de cette délibération à tous les rois et princes qui ont favorisé votre cause, et particulièrement au roi d'Angleterre, qui a montré désirer et a toujours procuré votre bien et salut , afin que la résolution que vous prendrez avec eux soit mieux considérée, plus autorisée, et qu'ils soient aussi plus obligés, par ce respect, à la conservation de votre Etat.
Elle vous prie encore de mieux considérer que n'avez foit du passé , que Sa Majesté est conjointe à votre Etat par tant de liens et intérêts , qu'elle ne peut être autre en votre endroit que vrai et assuré ami, si elle ne veut faire tort à soi-même et à son honneur.
S'il vous plaît donc députer quelques uns pour conférer avec nous , qui aient charge de nous instruire, et informer particulièrement de
vos intentions et de l'état de vos affoires, noua vous ferons connottre que ce que nous vous avons représenté ici de la bonne et sincère volonté du Roi est très- véritable, et que vous aurez occa-> sion d'en demeurer oontens et satisfaits.
Lettre de M. de Villeroy à M, le président Jeanniny du 30 de mai 1607,
Monsieur, le Roi a été bien aise de savoir, par votre lettre du 21 de ce mois, que nous avons reçue le 28, le bon accueil que l'on vous a fait à Flessingue et à Middelbourg , et se promet que vous l'aurez rencontré encore plus favorable à la Haye , de quoi nous attendons des nouvelles en bonne dévotion. Les archiducs et leurs conseillers se plaignent maintenant plus haut et aigrement de votre voyage qu'ils ne foisoient du commencement, disant être bien avertis que vous avez été dépéché exprès pour rompre la cessa* tlon d'armes et empêcher leur paix ; qu'ils n'ont donné occasion à Sa Mig'esté de défavoriser leurs afifoires de cette manière, attendu qu'ils ne sont responsables des faits d'Espagne , et antres pareilles plaintes dont ils ont dit que Dieu leur fera la raison. Tels avis leur sont donnés de notre Cour et de Hollande, ou ils se vantent d'avoir de bons et fidèles amis. Le roi d'Espagne a ratifié ladite cessation d'armes. L'on nous mande qu'il l'a fait à regret, pour avoir trouvé les conditions d'icelle honteuses et désavantageuses pour lui ; mais il espère les amander en foisant la paix pour y tenir la main. Il envoie présentement en Flandre Dom Diego d'Ibarra résider près des archiducs, pour assister aux traités qu'ils feront aveciles Etats, et conduire la* barque des affaires; vous oonnoissez les principaux personnages. Le conseil d'Espagne a fait partir six cent mille écus avec Baptiste Serre pour les frais de leurs gens de guerre des Pays-Bas de la présente année. Le duc de Lerm^ a aussi avancé et prêté audit Roi deux cent mille écus pour remettre sus une nouvelle armée de mer, puissante assez pour combattre celle de Hollande, qui a, naguère, défait leurs galions et navires qui étoient au dé« troit de Gibraltar, ainsi que nous vous avons mandé.
Au demeurant, quoy que je vous aye écrit par mesdites lettres du 14 de ce mois, nous n'avons aucunement changé de délibération aux affoires de delà ; car nous continuons à dire , si nous pouvons les porter et faire résoudre tçus ensemble à la paix à conditions avantageuses et sûres pour eux et pour leurs amis, qu'il vaut mieux les y seconder et conforter , que les presser de continuer la guerre en désunion, ou nous engager davantage aux moyens de soutenir le
DU PBBSIBBNT JSÀNNIff*
&ix. Toutefois, naos aceommodant aux avis qui nous ont été donnés de ce o6té-là, nous vous avons donné celui qui est porté par ladite lettre du 14, de l'usage duquel, en tous cas, nous avons entendu nous remettre du tout à vous , comme DOQS voulons faire encore de tous ceux que vous recevrez de nous ci*après ; car, comme étant sur les lieux , vous pouvez mieux juger ce qui est plus expédient pour le service du Roi. Sa Majesté a tonte confiance en vous et en ces messieurs qui vous assistent; elle entend aussi que vous en tailliez et rogniez à votre discrétion. Beeevez donc cet avertissement, tant pour le présent que pour Tavenir, et vous contentez seulement de prendre garde de n'excéder la permissîon et faculté qui vous a été donnée en matière d'argent, d'autant que nous avons opinion qoe j^os nous y mettrons plus nous y perdrons : vrai est, si vous voyez le contraire, que vous ne devez leur retrancher étroitement les anses de notre assistance que vous jugerez devoir leur être donnée, afin de gagner le temps, et attendre sur cela les intentions de Sa Majesté. Le comte de Fuentes a licencié ses forces, les Vénitiens ont donné, passage par leur pays à ses lansquenets pour retoamer en Allemagne , et a renvoyé à ]<aples les gens de pied qu'il en avoit levés. 11 a licencié sa cavalerie; il n'a encore. rien enles Grisons, et semble qu'il se contente Sy avoir semé la discorde civile , qui y est îioiafe ; mais continuant , elle fondra aussitôt 9ar les partisans d'Espagne et Savoie, que sur ceux de France et Venise ; car l'impétuosité de ees peuples est aveugle et indiscrète. Ce sera ce que je vous écrirai par la présente, avec la continuation de la bonne santé de leurs Majestés, priant Dieu, monsieur, qu'il vous conserve en bonne santé , et vous donne longue et heureuse ▼ie.
De Fontainebleau, ce 80 de mai 1607.
ns Nbufvillb, Et plus bas est écrit : L'on ne parle plus aussi de Tentreprise de guerre, et nos voisins montrent avoir autant de besoin de vivre en paix , que y sommes disposés de notre côté.
Lettre de Jf. le président Jeannin à M. Àérsens, résident pour le service de messieurs les Etals près du Roi, du premier juin 1607.
Monsieur, avant qu'avoir vos lettres, j'avois déjà rendu ce témoignage au Roi, par notre praédente dépèche, du sentiment qu'avois de votre intégrité , et que si aviez MX ici quelques pn^oiitions de vous-même, que pensiez être utile à vos supérieors , qu'aucuns ont depuis pul^^Ms par indiscrétion ou malice, dimt l'ennemi
a essayé de fidre son i»x>flt, que Cen'estpas vous qui avez été cause de ce mal, mais que la faute en doit être rejetée sur autrui. Et néanmoins , que tels artifices et l'intention du Roi sont à pré* sent bien connus d'un chacun, que les ennemis n'en peuvent espérer aucun profit ni Sa Mig'esté recevoir de dommage. Par les lettres qu'elle nous a écrites aussi , et celles qu'ai reçues en particulier de M. de Villeroy, je connois bien , quoi qu'on ait rapporté à Sa Ms^esté, qu'elle n'a pris aucune mauvaise opinion de vous, mais vous tient pour ce que vous êtes, a savoir, fidèle à vos supérieurs et maîtres, et désireux de son contentement, d'autant que, depuis le temps qu'êtes résident près d'elle , vous avez bien pu connoitre qu'elle n'a autre plus grand désir que de procurer leur bien, conservation et prospérité. J'ai la même opinion de votre vertu, qui m'a été aussi confirmée par M. le prince Maurice , et serai, à cette occasion, toijjours désireux de vous rendre bien humble service quand j'en aurai le moyen, de même affection dont je vous baise bien humblement les mains. £t suis, monsieur, votre, etc.
De la Haye le 1 de juin 1607^ P. Jbànnin.
Lettre de messieurs Jeannin^ Buzanvalet Russtfy au Rai, du 2 juin 1607.
Sire, La dépêdie qui contient notre premier avis de ce qu'avons fait en ce lieu, est partie le 30 du mois passé; ainsi elle devra être arrivée à votre Majesté devant la réception de celle-ci, à la* quelle nous ajouterons seulement ce qu'avons appris depuis, et ferons aussi réponse aux lettres qu'elle nous a écrites du dix-septième jour dudit mois, qui nous furent rendues presque au même instant que le gentilhomme qui a porté les précédentes partit. Il n'a passé jour que n'ayons vu quelqu'un de ceux qui ont autorité et pouvoir en ce pays , pour reconnoltre si l'inclination du général alloit à la paix comme nous l'avons mandé à votre Mi^esté : mais il est certain que notre premier avis et jugement est véritable, le menu peuple comme les artisans, bateliers, matelots , maîtres de navires , et avec eux quelques villes qui se sont enrichies par la guerre, et se promettent que la continuation leur sera encore profitable, comme à Amsterdam, qui, par la dépouille des habitans et du commerce d'Anvers, s'est rendue lapins puissante de ce pays, désirent bien la guerre : mais tous ces peuples se laissent conduire en chaque ville par vingt-cinq , trente ou quarante de leurs principaux habitans, qui étans lassés des chargesqu'ils portent, et craignant les périls de la guerre,
ll^OOCtl¥tO!f§
courent à là paix ; et ont pris Cette impression qu'ils la peuvent obtenir, et demeurer maitres de leurs pays en toute liberté et sûreté. De sorte que de sept provbices dont ce pays est composé, il y en a six, à savoir, Gueldres, Frise, Groningue, Ove^Yssel, Uti^echt et la Hollande, qui seules portent la moitié des contributions, lesquelles sont entièrement unies en ce désir, n'y ayant que la Zélande qui y résiste ; de fbçon que, si TËspagnol continue de leur offirir ce qu'il a fait , la crainte des inconvéniens qu'on leur propose, ne peut suffire pour les détourner d^ cette affection, quoique M. le prince Maurice, qui a du pouvoir beaucoup sur les villes tenues par garnison, fasse connoîtreque son inclination est au contraire ; que nous lui adliérions aussi es conf\^rences que nous avons avec les particuliers suivant le commandement de votre Majesté contenu en la lettre de M. de Yilleroy, qui nous ftet rendue dans le navire au départ de Calais; montrant néanmoins que désirons leur repos et faire finir cette guerre , quand on connoltra certainement que l'Espagnol veut la paix ^ avec l'intention des deux rois, et autres conditions requises pour séparer du tout cette Espagne. Aussi estimons-nous qu'on les doit cepeùdant tenir en crainte qu'on ne les veuille tromper, et que l'espérance de la paix ne leur a été donnée que pour les considérations contenues en nos précédentes lettires, ou bien pour allentir leur ardeur, et les diviser, si on peut, afin qu'ils se préparent toujours à la guerre, et ne soient point surpris ; car il ne sera que fbrt aisé de les porter à la paix quand il sera temps. Et en tout ce que dessus, nous y procédons fbrt retenus, pour ne mettre en soupçon les Etats que votre Majesté ne veut leur repos, et pour accn^tre aussi l'inimitié du côté d'Espagne et des archiducs, et les rendre, à cette occasion, plus difficiles à recevoir intervention de votre Majesté si la paix se fbit, étant bien avertis que , du côté de l'archiduc ^ tout ce que nous faisons est su ; en quoi on peut assez juger qu'il y a des amis. Nous ne pouvons encore que Juger de l'intention du roi d'Espagne, et s'il continuera la guerre ou toudra la paix , y ayant des raisons et conjonctures d'une part et d'autre ; et faut croire qu'il y a de grands défauts chez lui , quelque grand dessein ailleurs , ou une grande espérance de les tromper après la paix , si ayant été battu récemment dans le détroit si près des fbrces de son Etat , il plie et abaisse la grandeur d'Espagne, pleine de vanité^ à une paix qui lui fasse perdre ses pays.
C'est pourquoi notre avis est toi^ours qu'en eherchant la paix, on se doit préparer à la guerre potar H*ltre surpris, et Toble&ir à meilleures eon-
ditions, et que ée n W aussi le temps de les abail' donner , crainte , s'ils le sont , qu'ils ne se précipitent en la sujétion de leur ancien maître^ qu'ils n'y tombent même par force avec honte et dommage. Ce n'est pas. Sire, leur but de continuer la guerre avec ce secours s'ils peuvent avoir la paix sûre, ou porter vos deux Mi^estés à la guerre ouverte; ils y auront seulement recours en leur dernière nécessité, n'y ayant personne de ceux qui ont quelque part au maniement dé leurs affaires, qui ne Jtige que tel remède, qui dépend du' tout de la volonté d'autrui, est trop incertain , et si\{et de faillir par tant d'accidens qu'ils n'estiment pas y devoir faire aucun fondement. Ce qu'ils nous ont bien fait connoitre en la conférence de leurs députés qui étoient sept , à savoir un de chacune province, en laquelle il^ nous ont montré que ce qu'on lève sur eux revient à près de dix millions de livres chacun an; et pour le regard des charges de leur Etat et de la guerre , qu'elles reviennent à quinze cent mille livres par mois , qui seroit par an dix-huit millions de livres, et par ainsi huit millions de plus qu'ils n'ont de fbnds , faisant monter si haut le secours dont ils disent avoir besoin , afin que votre Majesté et le roi d'Angleterre s'inclhient à la palx^ pour être déchargés de cette grande dépense. Et, quoi qu'aucuns d'eux, et M. le prinèe Mau^* rice, nous aient dit que douse cent mille éctts sufQrolent , et que M. Aérsens ait porté cette même parole de leur part comme leur avons dit , ils ne laissent de persévérer en cette demande qu'ils confessent être Men excessive, mais que leur nécessité les contnttnt dimplorer ce secours, n'étant possible de lever davantage sur eux , ni de faire la guerre avec espérance de se conserver à moins.
Nous en avons encore conféré avee ledit sieur prince, pour lui faire voir les articles de cette dépense, et nous dire ce qu'en en peut ratiattre, lequel continue toujours en son premier avis , et que douze cent mille écus bien employés suffiront, ou au plus, pour faire la guerre avee avan* tage et entreprendre sur l'ennemi , quatre millions de livres. Nous ne leur fiûsons pourtant aucunes offres, mais remettons à en avertir votre Mey'esté. Tant qu'ils auront espérance de paix, et se promettront de la pouvoir obtenir, il est certain qu'ils tiendront toujours ce langage ; mais s'ils en étoient hors, ils viendroient au rabais, et se contenteroient sans doute à la somme de douze cent mille écus, et peut-être d'un million d*or et de moins. Il est vrai qu'avee moins lia ne féroient pas bien. Nous jugeras néanmoins que c'est trop, et si la roi d'Anglet^re n'y eontriboe bien avant, que 6ette dépense , à la eontinner
bt PAEStDBl^T iSANNt^.
èâ
quelque teiDI^, fteroit insupportable; par ainsi que la paix est le mieux , et pour eux et pour votre Majesté, sinon qu'elle veuille employer son argent avec espoir d'en tirer quelq[ue profit, comme il semble qu'elle pourroit faire, si vos deox Majestés étoient eu volonté de se joindre ensemble contre l'Espagnol ; car 11 est certain que les forces navales d'Angleterre et des Etats, puissantes pour entrer malgré celles d'Espagne aox Indes occidentales, d'où vient ce fonds avec lequel l'EspagDol travaille toute la chrétienté, raffoibliroient partout, et lui ôteroient le moyen de se défendre , tant s'en faut qu'il eût le pouvoir d'entreprendre sur ses voisins. Aussi bien il est à craindre, si votre Majesté ne devance l'Espagnol en la recherche de cette conjonction , que lui qui en cherche les occasions, et les achètera chèrement pour s'ôter les empéchemens de votre Etat trop puissant à son gré , et qu'il lui sert de barrière pour arrêter tous ses desseins, (^viendra votre M^yesté, et fera tout ce qu'il pourra pour être deux ennemis ensemble contre voos, Sire : au lieu que s'il y avoit ouverture à ce eonseil , lorsqu'étes en état de faire estimer et désirer votre amitié, et craindre vos forces à qui qoeeesoit, vous auriez cet avantage sur lui. Ce n'est pas à nous d'entrer en ce discours, et M k ferions aassi , n'étoit le sujet que traitons m |ar te commandement de votre Majesté, et que nom voyons bien qu'un grand secours dont ks Etats ont besoin pour se conserver par la guerre, vous apporte^a beaucoup de dépense , et enfin peu d'utilité aux Etats mêmes qui, au bout de quelques années, seront peut-être contraints de demander la paix à plus dures conditions.
Quant à ce qu'elle nous a mandé des entreprises d'Angleterre, dont elle a eu avis, sur la Bretagne, si elles sont vraies, il est certain que ee dessein vient d'Espagne , et que le roi d'Angleterre n'oseroit penser à vous offenser sans cet appoi. Or , nous avons bien appris ici que l'agent d'Angleterre , avant notre venue , incitoit les Etats à traiter , et montroit que son maître ivoit grande défiance des conseils et desseins de ^otre Majesté ; on tient même qu'il faisoit des offres sous main envers l'archiduc, pour lui persiader d'entendre à la paix. M. le prince Maunoe nous a aussi dit que cet agent avoit écrit il ; a environ un mois au lieutenant de Flessingue, nommié H. Bron, qui nous a fait beaucoup d'acendl en y passant, qu'il s'étonnoit bien fort de ee quil D'avoit eu plus de soui d'empêcher que les babitans de ladite ville de Flessingue , où il eoounaiide, se soient résolus avec tout le reste de la Zélande , de se jeter es bras de votre Majesté , et le reoonnottre pour souverain. Ce sont
les bruits que l'ennemi a fait épanchef partout sur les propositions de M. Aërsens, jetées au sein de quelques-uns, qui n'en ont pas bien fait leur profit, afin de mettre en jalousie l'Anglais, l'exciter même à la guerre contre votre Majesté, et précipiter aussi les Etats â la paix. Mais peu avant notre venue, à cause de ce que votre Ma^ jesté a fait traiter en Angleterre par son ambas^ sadcur, et depuis, nous étant ici, par les conférences que nous avons eues avec ledit agent, il est du tout changé, et nous a dit et répété plusieurs fois qu'il avoit charge de son maître de s'unir du tout avec nous. Et, par effet, nous avoua continué à nous ouvrir, et communiquer ensemble avec tant de franchise et sincérité qu'à notre avis nous n'avons à présent qu'un même sentiment en la conduite des affaires de ce pays, et si ne sommes bien trompés, il y procède sincèrement. Il a aussi été bien averti que , par të propos tenu en l'assemblée de la part de votre Majesté , elle s'est montrée du tout éloignée de rien prendre sur ces pays^ qu'elle a même prié et exhorté les Etats de communiquer leurs af> faires avec les ministres du roi d'Angleterre tout ainsi qu'avec nous , les deux ensemble n'ayant qu'un même conseil pour leur conservation. Leë principaux de Cet Etat avec qui nous conférons , croient aussi maintenant que l'Anglais est dd tout changé et bien avec nous , et c'est pareillement l'opinion de M. le prince Maurice et de MT de Bameveld. Nous n'osons pas ici nous dé* couvrir du Soupçon dont votre Majesté nous d écrit ; au contraire , nous désirons qu'ils croient tous que vos deux Majestés sont bien ensemble ! car, autrement, ils ne penseroient l'appui de votre assistance leur devoir être si utile, et se rendroient plus enclins à prendre une liiâuvaisë paix.
Les sept députés qui ont conféré avec lions ont fait grande instance des deux cent mille éctiSi pour soutenir leurs affaires pendant la trêve , et nous avons répondu que votre Majesté ne vou^ loit rien donner sans avoir l'acte dont elle a déjà fait si grande instance , déduisant encore les raisons qu'elle a de leur refus. Eux continuent dé dire qu'il y auroit trop de longueur à rechercher l'avis particulier des provinces , sans lequel ils ne pourroient donner cet acte, et que M. Aërsens a emporté une déclaration de leur assemblée, qui suffit, y sgoutant encore qu'ils étoient prêts même, si on entroit en quelque traité avec l'Espagnol, de se lier avec votre Majesté par des promesses et obligations de plus grande efficace^ et qui lui rendroient plus assuré témoignage dé leur affection et devoir. L'un d'eux a dit davantage une raison en particulier , que si votre Mtk*
NtGOGlÀTIOKft
jesté se veut obliger de les secourir, que, pendant le temps du secours , ils s'obligeront et promettront aussi de ne point traiter sans son consentement : mais on lui a répliqué que c*est votre Majesté qui donne son argent et ses gens , et qu'eux ne lui donnent rien, et refusent néanmoins du papier sans raison. Nous craignons que ce refus soit fondé sur ce qu'ils ne veulent point donner de Jalousie à l'Anglais, avec lequel aucuns d'eux sont peut-être plus joints, ou bien déjà engagés secrètement à quelque traité avec VEspagnol , et craignent que votre Majesté , ayant cet acte, ne les en veuille empécber.
M. le prince Maurice fait aussi grande instance pour leur faire donner cette somme, et dit-on qu'il n'y a autre moyen de payer les gens de guerre , ni de faire cesser les foules et désordres qui aviendront sans doute à faute de ce paiement. Nous n'avons rien offert, mais dit seulement que nous en écririons à votre Majesté, et y lyouterions très-volontiers notre supplication , comme nous fledsons. Jugeant bien qu'ils ont trèsgrand besoin de ce secours, et qu'il n'est pas temps maintenant de ûdre connottre qu'on veut avoir moins de soin d'eux que du passé; car au précipice où ils sont, ce refus ne pourroit apporter que du mal. Il y a eu ici de la difficulté sur l'interprétation ou plutôt ampliation de la trêve, en ce qui touchoit la révocation des navires de guerre qui sont sur la côte d'Espagne. Des sept provinces , six en étoient d'accord , la Zélande seule y r^istoit, et M. le prince Maurice, pour les raisons qu'avons déjà écrites à votre Majesté, n'y vouloit aucunement consentir ; enfin la Zélande s'en est remise à nous en l'assemblée où nous étions avec tous lesdits députés , auxquels nous avons voulu faire considérer que le bonheur du combat avenu au détroit , dont ils n'avoient eu nouvelles si assurées que par l'avis de votre Majesté, leur devoit faire changer de résolution, et laisser leurs navires sur la côte d'Espagne pendant cet été : mais y ayant toiyours persisté, nous n'avons toutefois voulu dire notre avis sans en conférer avec ledit sieur prince , pour l'exciter (afin qu'il n'y eût aucune division en cet Etat) de trouver bon que les députés de Zélande , qui dépendent beaucoup de lui , s'accommodent à l'avis commun, puisqu'aussi bien la résolution en étoit si avancée qu'ils ne la pouvoient plus empêcher ; et si cette action se faisoit sans eux contre leur volonté , qu'on en tireroit une conséquence à l'avenir fort préjudiciable , à savoir , que toutes délibérations passeront à la pluralité, c'est-à-dire que quatre provinces obligeront les sept à faire ce qu'il leur plaira , au lieu que du passé le dissentiment d'une seule suffisoit pour
empêcher toute délibération, ayant ce remède été jugé nécessaire pour éviter la division entre eux , es résolutions qui seroient d'importance , comme est celle qu'il leur faut prendre maintenant de la guerre ou de la paix. Ledit sieur prince s'y est accordé , et nous avons bien fait sentir auxdits sieurs députés qu'il eût été plus expédient de n'entrer point en cette interprétation , sinon pour le mot d'invasion , non pour le surplus : mais que l'afiTaire ayant été passée si avant , nous leur donnions conseil à tous de l'approuver , les exhortant de ne se point départir à l'avenir de ce qu'ils auroient si sagement établi et observé du passé , qui est de ne rien accorder et conclure qui soit d'importance, et pour donner loi à leur Etat , sans le consentement de tous.
L'agent d'Angleterre désire toujours que les députés des Etats aillent trouver son maître , et en fait grande instance : nous avons essayé de l'en dissuader, lui remontrant qu'il faudroit envoyer de même en France, et que cette longueur seroit de grand préjudice aux affaires ; au lieu que si les députés étoient ici , où les affaires se doivent traiter avec les Etats , nous pourrions mieux délibérer, oûir et considérer ensemble les raisons des uns et des autres , puis en donner avis À nos maîtres, et recevoir leurs commandemens. Mais il dit que le roi d'Angleterre ne voudra changer d'avis, et persiste toigours à y faire aller lesdits députés. Les Etats trouvent notre avis bon , et promettent d'en écrire à leur agent, qui est en Angleterre. Votre Majesté nous fera, s'il lui plaît, entendre au plutôt son intention , et au cas que les Etats envoient en Angleterre, si elle ne veut pas pareillement qu'on envoie vers elle, et que nous retournions avec lesdits députés pour ne faire ici un séjour qui peut-être seroit inutile. Nous avons averti votre Mcg'esté, par notre précédente dépêche, qu'à notre avis M. d'Aërsens n'a rien fait malicieusement en la charge qu'il avoit eue ou prise luimême, qu'il n'en a fait aucune proposition en l'assemblée publique, mais conféré seulement avec quelques particuliers qui l'ont publié , les uns indiscrètement , les autres par malice et à dessein; en sorte que les ennemis en ont bien su fiiire leur profit pour quelque temps, mais maintenant ce soupçon est effacé. M. le prince Maurice nous a aussi assuré que tant ledit d'Aërsens qae son père s'étoient toujours bien comportés , et qu'il ne se défioit aucunement d'eux.
Le sieur Jeannin écrit audit sieur d'Aërsens pour répondre à la lettre qu'il a reçue de lui sur ce siget, et l'envoie à M. de Villeroy ouverte, pour la voir et Juger si elle lui doit être donnée ou non. En achevant cette lettre , M. de Banie-^
DU PBÉSTDÊNT lÊANNIN.
veld e^ venu trouver ledit sieur Jeannin , et lui a dit qu'il étoit fort pressé par l'agent d'Angleterre, pour faire que les Etats nomment et envoient à son maître leurs députés , et qu'il voit bien qu'ils ne pouvoient plus difféi-er sans l'offenser, ayant même appris par lettres qu'ils avoient reçu de nouveau de M. Caron , résident de leur part près le roi d'Angleterre, quil lui en feisoit une grande instance. 11 a laissé à leur discrétion d'y aviser , Jugeant bien qu'on ne les en pourroit détourner , et qu'il n'étoit pas à propos de le &ire, aussi pour ne donner aucune jalousie audit agent et à son maître ; mais a seulement prié ledit sieur Barneveld de faire nommer par même délibération les députés pour aller tant en France qu'en Angleterre; et, pour ce qu'il lui a dit que l'envoi desdits députés n'étoit que pour représenter à leurs Majestés l'état de leurs affaires, et les supplier d'envoyer ici , de leur part, des d^atés , bien de leurs volontés et commandemens, avec lesquels ils puissent conférer, prendre avis et résoudre toutes choses , soit pour la paix ou pour la guerre, nous avons estimé qull seroit à propos de faire différer le départ des députés pour aller vers votre Majesté, jusqu'à ce que nous eussions su , par la réponse à nos précédentes lettres ou à celle-ci , si elle désire qoe lesdits députés fassent ce voyage, puisqu'ils nevQatqu'à cette fin de la supplier d'envoyer fessieBS, qui sont déjà ici , et que , pour l'instmcCion des affaires desdits Etats , nous lui en avons mandé tout ce qu'elle en pourroit apprendre par eux ; n'y ayant , comme il semble , que la seule eonsidération du respect du à votre Majesté qui puisse faire désirer ledit voyage.
Ce délai toutefois n'empêchera pas, si nous avons r^nse dans douze ou quinze jours, et que votre Migesté veuille bien que lesdits députés raillent trouver, qu'Us ne partent aussitôt que ceux qui seront députés pour l'Angleterre. Encore est-il besoin que votredite Majesté sache que ragent d'Angleterre nous est venu voir tôt après qne ledit sieur de Barneveld est sorti , disant qu'il venoit dîner avec nous pour conférer ensemble après le dîné. Lors il nous a déclaré l'instance qoi'û avoit faite audit sieur de Barneveld , à ce que les Etats eussent à envoyer leurs députés à son maître , qui l'en pressoit tous les jours , lequel lui avoit promis d'en conférer avec nous , pois de le proposer en leur assemblée : et, lui ayant été répondu que ledit sieur de Barneveld Tavoit fait , et que l'aurions aussi excité de satisfaire à ce qu'il désiroit , il s'informa soigneuseineot de ce que nous ferions cependuit , et si ne tetoomerions pas en France , attendu que les députés du Roi son maître ne viendroient en ce