‹ Les négociations du président JeanninChapitre 4 sur 33 · II. C. D. H. T. IV · texte numérisé non relu

II. C. D. H. T. IV

lieu, comme ilestimoit, plutôt qu*à la fin du mois de septembre, qui est le temps que les Etats ont pris pour déclarer au roi d'Espagne s'ils veulent traiter ou non. A quoi lui avons dit que nous ne pourrions sortir d'ici , sans en recevoir commandement de votre Majesté , et qu'il ne nous sembloit pas aussi à propos de différer si long-temps la résolution qu'on vouloit prendre , fût pour la guerre ou pour la paix , et que la ratification d'Espagne venue, qu'on se promettoit ici devoir être envoyée bientôt , et avant même le jour accordé , il seroit temps de délibérer entre les députés des deux Rois et ceux des Etats , de l'ordre, conduite et direction de cette affaire, étant certain qu'une plus longue remise ne serviroit sinon pour donner loisir aux ministres d'Espagne de corrompre et pratiquer les peuples; toutefois que nous n'étions informés sur ce de l'intention de votre M£y esté , et que l'en avertirions. Ce doute , si demeurerons ou non pendant qu'il s'en va vers son maître avec les députés des Etats , le met en grande peine , et montre de vouloir différer ce voyage pour quelques jours, attendant qu'ayons eu réponse , que supplions très-humblement votre Majesté nous faire au plutôt, afin que sachions nous-mêmes ce qu'avons à faire. Bien nous semble-t-il en effet que la ratification d'Espagne venue, il est expédient s'éclaircir de ce qu'il faudra faire sans user de remise, et les Etats prendront volontiers, comme nous croyons, ce conseil : mais nous sommes incertains s'il sera agréable à M. le prince Maurice , qui craint la précipitation de ces peuples, et le péril d'une mauvaise paix, nous assurant toujours de son affection envers votre Majesté, et de faire tout ce qu'il lui plaira; se promettant, si elle veut continuer la guerre, que quelque inclination qu'aient les principaux de ces peuples , qu'il y fera venir la plupart des provinces, et prendre aux autres le même conseil , crainte de division entre eux , pourvu que votre Majesté veuille donner jusqu'à quatre millions de livres chacun an , étant cette somme nécessaire, avec ce qu'on lève sur les Etats, pour faire la guerre avec espoir de bon succès. Nous ne faisons point de doute de sa bonne volonté, qui mérite que votre Majesté en ait soin, soit en guerre ou en paix , qu'il n'ait aussi beaucoup de pouvoir et d'autorité ici, et que plusieurs entre ces peuples n'aient plus d'inclination à la guerre qu'à la paix; mais que le plus grand nombre, et ceux par lesquels ils se laissent conduire, ne soient portés à la paix , il est certain que si ; et qu'il y auroit bien quelque moyen de les diviser sur cette résolution, mais non pas de leuriàire trouver bonne la guerre, au cas que le roi d'Es**

NBGOCIiTlONà

pagne leor veuille donner la paix aux conditions qu'ils se sont promises ; sinon que votre Majesté et le roi d'Angleterre fassent la guerre ouverte, qui est ce qu'ils désirent tous. C'est à elle de nous coitlmander son intention , et nous essaierons de la faire suivre et approuver par les uns et par les autres, et les y préparerons cependant de tout notre pouvoir.

Le Cordelier qui vint hier prendre l'acte de l'ampliation de la trêve , a dit au sieur d'Aêrsens qu'il s'en alloit à Bruxellçs, et qu'il avoit entendu qu'un paquet d'Espagne étoit arrivé à l'archiduc, où pourroit bien être la ratification promise. C'est le sieur de Barneveld qui nous a dit cette nouvelle, qui nous a fait connoltre qu'il en est fort joyeux , et sembloit même qu'il en sût plus qu'il n'en disoit, qui nous fiiit présumer qu'ils auront bientôt ladite ratification, si elle doit venir ; dont les derniers propos nous ont donné plus d'opinion que nous n'avons encore eu. Si les affaires et le traité s'avancent, notre s^'our peut être utile en ce lieu ; si elles sont remises en longueur, il semble n'être à propos d'y demeurer , et que M. de Russy , destiné pour y résider , suffira , attendant le temps de traiter. Vous en ordonnerez , Sire , et nous apporterons ce qui est de notre affection et devoir pour y rendre très-humble service , et faire que vous soyez content de notre conduite. Priant sur ce Dieu, Sire, qu'il conserve votre Majesté en très-longue vie, avec tout heur et prospérité , tant pour elle que pour sa royale famille.

Vos tres-humbles, très-obéissans et très-fidèles serviteurs et si^ets.

P. JSANNIN, DE BUZANVAL, BT DB RUSST.

De La Haye , ce 3 juin 1607.

Lettre de M. le président Jeannin à M. de YiUeroyy du A juin 1607.

Monsieur, la lettre du Roi contient tout ce dont lui pouvons donner avis; en sorte que par notre précédente dépêche , qui partit le pénultième du mois passé , et celle-ci , il sera autant Informé que nous de l'état des affaires de ce pays. Il est vrai que je crains que le vent , toujours contraire, ne fasse arriver ces dépêches vers Sa Majesté plus tard qu'il ne serait de be** sdin , et que ne soyons aussi , a cette occasion , éclaircis assez tôt de son intention. Il est bien requis , monsieur , que nos dépêches soient tenues secrètes, afin qu'ayons plus de moyen de bien servir Sa Majesté, et que la créance ne nous soit point 6tée, de persuader les uns ou les autres à suivre ce qui sera de ses volontés et oommandemeos^ dont nous sommes aucunement

douteux et incertains , à cause de la lettre que m'avez écrite, que je reçus entrant dans le navire au port de Calais , et y fis réponse à Middelbourg le 2 1 du mois passé , m'assurant qu'elle aura été reçue, parce que M. de Vie a accusé la réception des siennes qui étoient dans le même paquet. Nous savons aussi que tant d'occasions se présentent de changer d'avis en la conduite des affaires d'un grand rayaume, qu'il n'y a rien si nécessaire que d'être averti de jour à autre des commandemens du maître. Je suis étonné de l'avis que le Roi a reçu touchant les entre» prises du côté d'Angleterre, et ne me saurois persuader que ces avis soient vrais. Nous n'en avons pu découvrir autre chose ici , sinon que M. le prince Maurice tient que le rai d'Angleterre est espagnol d'inclination, sa femme aussi , et une partie de ses ministres; mais que les au« très et les peuples en sont du tout ennemis , et ne croit pas qu'il y ait aucune plus étroita conjonction et dessein entre eux pour entreprendre sur autrui , ce qu'il m'a dit sans lui avoir décou* vert notre soupçon. Qu'il sait encore ledit rai d'Angleterre être ennemi des Etats ; qu'il ne veut aucunement favoriser leur guerre , mais aider plutôt, s'il peut, à les remettre en lasm'étioa d'Espagne , qu'à procurer leur liberté et souve* ralneté; que c'est à Sa Mfi\jesté d'y prendre gai-de, et de lui faire remontrer, par ambassadeur exprès , l'intérêt qu'il a de les conserver , et faire qu'ils soient séparés d'Espagne, Texciter aussi de se joindre avec elle pour faire la guerre ouvertement au roi d'Espagne , dont ledit sieur prince Maurice fait voir par ces discours tant d'utilité , et un espoir si certain de bon succès , qu'il semble n'y avoir moyen d'en douter. Il est bien nécessaire , monsieur , que soyons avertis si le soupçon de ces entreprises continue , afin que sachions comme nous avons à nous conduire avec ses ministres.

Je connois tous les jours ici que les peuples, villes et provinces entières ont beaucoup plus d'inclination à la France qu'à l'Angleterre , et estiment leur salut plus assuré par cet appui et protection que par aucun autre , qui noua fait croire que , s'ils viennent à la paix , ils ne se départiront jamais de Tintervention du Roi, dont je reçois un grand contentement, et me promets qu'avec ce moyen on se pourra affermir et lier étroitement avec eux et avec Angleterre, pendant le temps d'une longue trêve, que l'Espagnol accordera sans doute plutôt qu'une paix finale. Et pour cette trêve à longues années elle me semble aussi bonne, peut-être meilleure que la paix, pouroe que la trêve sera oause que les peuple* auront toi^oani quelque défiance de l'Espagnol ,

btJ PBitlOBirt lEiNNlNi

kqod, Èiprh te temt« de U trêve, pourra devenir leur ennemi. Par ainsi ferons moins de diffi* coJté de contribuer ce qui sera nécessaire pour leur conservation , que si la paix était du tout frite, et eux en opinion qu'ils n'auroient plus rien à craindre de ce côté-là. Vous considérerez , s'il Tousplaft, celte raison. J'écris à M. Aériens , et vous envoie la lettre ouverte pour la ftire ôoaaer ou retenir, selon que Jugerez à propos : bien me semble^-il qu'il n'y a rien dont il paisse Caire son profit contre nous , et qu'il en recevra quelque contentement. Je vous supplie très^hnmblement qu'ayons souvent des nouvelles (hi Roi et des vôtres. Messieurs de Buzanval , <k Russy et moi vous iMiiscms très<bumblement les mains; et je suis, monsieur, votre très-bum* bk et très-obéissant serviteur. P. Jbanmim . De La Haye, ce quatrième juin 1607.

LeUng du président Jeannin àM.dela Bodâfie, ambassadeur pour le Roi en Angleterre, du A juin ie07.

Monsieur, nous avons charge de vous donner •m de tout œ qui passe ici pour l'exécution de ee qui nous a été commis par le Boi , dont nous OQBlërons aussi souvent avec M. l'agent du roi de la Grand^Bretagne, par le même commandESKsl que Sa Majesté nous en a fait, et le dôirfi'elle a que les deux Majestés ensemble jr'iiOBlqu'un même avis et résolution es affaires de eet Ëtat. Nous y ayons trouvé de la division ; les uns ( et c'est le plus grand nombre ) y sont fort enclios à la paix ; les autres tiennent que r£spagiiol la présente pour les tromper , et qu'il Tavolt fiait encore en un temps qu'il pensoit avoir la guerre ^ Italie contre les Vénitiens, et sur les bruits aussi qu'on avoit fait courir, que le Boi prétendoit à la souveraineté des Provinces- Unies, qui étoient disposées de se jeter entre ses bras; mais qu'étant aujourd'hui hors le dessein de cette guerre contre les Vénitiens, et délivré de U crainte et du soupçon que le Boi ait pensé a cette souvendneté, il sera aussi pour changer de «conseil , et les plus sages étoient en cette opinion, non sans apparence, y ajoutant la perte de ses galions au détroit , par l'armée des Hollaodois, dont aurez été averti du côté du Boi, qai le pourroient empêcher de se plier a la paix. Mais le Cordelier , qui étoit ici hier pour prendre raetede l'ampliation de hi trêve, donne espéranee, on plutôt assure qu'ils recevront ici eette nUBeâtion bientôt* Nous travaillons cependant à réoolr ces peuples, et avons bonne espérance de le Cure , tant M. le prince Maurice avec eux ^ fB'enx tous ensemble , afin que le corps entier se

porte à une même résolutibn. tls montrent tous de vouloir suivre la volonté du Boi, pour l'assurance qu'ils ont que Sa Majesté n'a autre but et dessein que leur conservation : ils désirent aussi que le Boi de la Grande-Bretagne et Sa Majesté soient unis , et n'aient eux deux ensemble qu'un même avis pour assurer les affaires de cet Etat. Il n'y a que trois moyens : la conjonction des deux rois, et ligue offensive et défensive entre eux et les Provinces-Unies, avec déclaration da guerre ouverte contre l'Espagne. J'ai vu sur ce sujet les lettres qu'aviez écrites au Boi, et les discours que M. le comte de Salisbury avoit eus avec vous. Si ce moyen pouvoit réussir , il n'y a doute qu'on s'^ oseroit promettre tous bons et heureux succès, même entreprenant aveo une armée navale d'Angleterre et des Etats sur les Indes, d'où vient le fonds duquel l'Espagnol travaille toute la Chrétienté; mais j'ai crainte que cette oonjonetion soit d^irée et espérée en vain, quoiqu'elle soit très-nécessaire pour la st<» reté des deux royaumes et de ces provinces»

Le second moyen est la confirmation de le guerre , avec un secours plus grand que celui que le Boi a donné du passé ; car , à ce que nous apprenons , ils ont besoin de quatre millions de livres par an au moins, et le Roi ne peut ni veut fournir cette somme seul ; aussi seroit-U bien raisonnable que le Boi de la Grande^Breta* gne y contribuât pour sa part , comme ayant in» térêtà la eonservation.de cet Etat, autant on plus que nous. J'en ai parlé à l'agent d'Angle* terre qui réside ici, lequel nous a montré qu'il le trouvolt juste , et qu'à spn avis son maître n'en ferait aucun refos ; mais il parle sans en être autrement informé. Le troisième moy^ c'est la paix avec l'intervention des dwx rois; mais c'est chose qui dépend du roi d'Espagne , lequel n'a encore ratifié la trêve. Ne saiton s'il l'ap^ prouvera , et s'il voudra entendre à la paix aux conditions que les Etats la prétendent , qui est de demeurer libres , souverains , et Etat séparé d'Espagne , sans quoi elle n'auroit aucune sA* reté ; ni pareillement s'il voudra consentir que les deux rois entreviennent , qui est toute la m\h sistance et sûreté de la paix , la souveraineté en un écrit, non appuyée de l'autorité de princes qui la puissent faire garder, n'étant que du vent. C'est pourquoi jusques à ce que l'on soit mieux informé de la volonté du roi d*Espagne , quoi qu'en ait dit le Cordelier, il ne fout faire aucun fondement sur cette paix. Et le premier moyen défaillant, ou étant un ouvrage de longue ha** leine pour le conclure , il se faut arrêter au se* cond , qui est dû secours , y penser i bon escient , et le persuader en ce que pourrez au roi de U

Grande-Bretagne si vous en recevez quelque commandement du Roi , comme nous estimons que vous ferez , si déjà ne l'avez eu , à quoi on doit d'autant plus être soigneux, qu'il est certain que le roi d'Espagne tient encore son armée d'Italie ensemble et l'accroît tant qu'il peut, et fait aussi lever présentement sept régimens de lansquenets en Allemagne. M. l'agent d'Angleterre nous a dit que le Roi son maître lui commandoit de faire instance avec messieurs les Etats, pour lui envoyer leurs députés, et qu'il s'en aille avec eux. Si les Etats y envoient, il faudra qu'ils usent de même respect envers le roi , qui sera beaucoup de temps perdu : et s'il plaisoit au roi de la Grande-Bretagne trouver bon d'envoyer ici ses députés, eux , les Etats et nous, instruits des volontés de nos maîtres , pourrions plus aisément prendre une bonne résolution, après avoir ouï les raisons les uns des autres , que si on le fait séparément et en divers lieux ; et encore pour contenter leurs Majestés , après que leurs députés auront été bien informés , ils leur pourront donner avis avant que conclure , pour recevoir leurs commandemens , soit pour traiter ou pour accorder du secours.

Les Etats approuveront bien ce conseil, et m'ont dit qu'ils en écrivent présentement à M. Caron , leur agent, qui est prés du roi de la Grande-Bretagne, pour y disposer Sa Majesté, s'il est possible , comme étant un moyen pour avancer et gagner temps. L'agent d'Angleterre , qui est ici, dit ne pouvoir faire autre chose qu'en écrire , et ne me semble pas qu'il l'approuve ; je le sonderai encore. Il m'a dit, depuis, que son maître s'y rendroit difficile, toutefois qu'il lui en écriroit comme il faut ; si jugez à propos d'y faire quelques ofûces, vous êtes sage pour en prendre l'opportunité. Nous n'avons point de charge du Roi en ce fait particulier; mais nous estimons que Sa Majesté l'aura agréable, et qu'il est aussi à propos d'en user ainsi pour ne perdre le temps. Et , pource que sommes avertis que le roi de la Grande-Bretagne veut préoccuper les Etats de ces députés, et les porter sans nous au dessein qui lui plaira le plus, et étant tous ensemble, nos raisons seront pesées et considérées comme celles de ses députés. Découvrez, s'il est possible, quelle est son inclination , et s'il penche plus du côté d'Espagne que du nôtre. Le Roi désire de bonne foi qu'ils soient Joints ensemble pour conserver cet Etat, et mieux encore, s'il est possible, pour se fortifier contre un ennemi commun. Il est fort nécessaire , pour aider à notre conduite, que nous informiez de tout ce que pourrez. Je vous baise trèshumblement les mains; M. de Buzanval et de

Russy en disent autant, et suis, monsieur ^ votre , etc. P. Jeannin.

A La Haye, ce quatrième jour de juin 1607.

Lettre de M. de Villeroy à M. le président Jeannin^ du 7 juin 1607.

Monsieur, nous attendons de vos nouvelles en grande dévotion. L'on nous a écrit de Bruxelles que vous êtes arrivé à La Haye le 24 du passé, et que vous y avez trouvé toutes choses tournées à la paix, que vous avez été contraint de vous y ranger aussi , de quoi vos premières nous éclairciront. Quoi attendant, vous saurez comme le comte de Fuentes fait préparer des étapes en Piémont, Savoie et au comté de Bourgogne, pour six mille soldats napolitains et lombards, qu'il dit vouloir envoyer en Flandre. M. de Savoie en a averti le Roi. Du commencement nous avons cru que c'étoit une fourbe , ou que l'on vouloit couvrir de ce prétexte quelque entreprise sur Genève ou ailleurs ; mais ledit avis nous a été confirmé d'autre part , tellement que nous commençons à le croire et trouver étrange ; et d'autant plus que nous savons que les archiducs licencient tous les jours quelques troupes , par où ils font assez connoltre qu'ils n'ont besoin de ce renfort ; à mesure qu'il s'avancera nous vous en avertirons. Ce qui aide à nous faire croire que le conseil d'Espagne n'est trop content du traité fait par lesdits archiducs avec ses Provinces- Unies, et qu'il n'a intention de les quitter, comme M. de Barneveld nous a fraîchement mandé; quoi avenant, l'archiduc viendra malaisément à bout de son dessein , s'il n'est appuyé du Roi. A quoi il nous semble qu'il faudra aspirer, si les États veulent embrasser la paix; de quoi vous serez averti , afin d'y penser et rechercher les moyens d'entamer, et promouvoir ce marché; par le moyen duquel seul on peut assurer la fortune de l'archiduc et des provinces qu'il tient comme des vrais amis des uns et des autres.

Je ne vous en dirai pas davantage pour cette fois, assuré que vous comprendrez bien par ce mot ce que je veux dire, et d'autant plus que nous en avons discouru assez devant votre partement. Nous avons su que quelques princes d'Allemagne envoient présentement un avis , c'est principalement le marquis d'Anspach et le prince d'Anhalt, à M. le prince Maurice, par homme exprès, portant le nom de Schomberg, pour une entreprise du côté d'Espagne par la voie de la mer, qui a été autrefois proposée au Roi par Lansac; de quoi on m'a commandé vous tenir averti , non pour en parler si on ne vous en parle , ni pour le traverser, mais afin que vous

DU PBESIDSNT JEANNIN.

mettiez peine de découvrir le jugement qu'en fera M. le prince Maurice, et s'il en conférera avec le sieur de Bameveld. Seulement je vous dirai que nous ne croyons pas ici que cela puisse réussir et s'effectuer si facilement que l'on le propose : toutefois nous disons que nous ne devons d^oûter ni refroidir ceux qui ont envie de bien faire. C'est ce que vous aurez de moi pour le présent, en vous assurant de la bonne santé de leurs Majestés et de la continuation de notre séjour en ce lieu , d'où nous ne faisons pas état de partir plutôt qu'à la un de ce mois. Je prie Dieu , monsieur, qu'il vous conserve en bonne santé , et me recommande très-affectueusement à votre bonne grâce. De Fontainebleau, le 7 juin 1607.

DE Neufville.

Lettre de messieurs Jeannin y de Buzanval et de Russy, au Roi y du 9 juin 1607.

SlAE,

Les lettres de M. de Villeroy, des vingtsixième et pénultième du mois passé, nous ont éctairci du tout de l'intention de votre Majesté , dont celles du 14 du même mois nous avoient fait douter, encore qu'eussions toujours quelque opinion que cet avis ne fût pas pour changer la molution qu'elle nous avoit fait entendre lors de notre départ , mais pour nous avertir de la eoDdoite qu'aurions à tenir, pour empêcher ces peuples de se précipiter inconsidérément à la paix. Nous y avons aussi procédé, suivant le commandement de votre Majesté, et comme Jugions être nécessaire avant même que l'avoir reço. Elles nous apprennent encore que le roi d'Espagne a ratifié ce que l'archiduc a fait, mais avec regret. Il est donc certain que cette ratification étant apportée ici, comme elle sera bientôt , qu'on parlera de traiter , et qu'il y aura , à cette occasion, de grandes divisions entre eux : car,"encore que les députés des provinces, qui sont assemblés en ce lieu , soient presque tous enclins à la paix, selon que l'avons mandé à votre Majesté , si est-ce que M. le prince Maurice, qui n'a jamais approuvé ce conseil, se promet, mettant l'affaire en délibération en chacune province , comme il est accoutumé par Tordre toujours gardé entre eux , que la résolution sera toute autre , par ainsi conforme à son désir, et, comme il lui semble , à l'intention de votre Majesté, si elle est telle que lui avons fait entendre, nous disant que lesdits députés n*ont eu aucune charge pour ce regard de ceux qui les ont envoyés.

M. le comte Guillaume de. Nassau , qui est de

retour, et nous est venu voir à l'instant de son arrivée en ce lieu , avant qu'ayons eu moyen de le prévenir, nous a dit aussi que toutes les villes de Frise rejettent et craignent cette paix , à quelque condition que ce soit, s'assurant que les offres qu'on leur fait ne sont que pour tromper. Ledit sieur prince Maurice commence depuis quelques jours d'entrer en soupçon que votre Majesté ne soit si affectionnée à la guerre qu'on lui a voulu faire croire, non que notre procédure lui en ait donné quelque occasion , ayant toujours faitparoftre le contraire, autant qu'il nous a été possible, sans offenser trop ouvertement ceux qui étoient du tout portés à la paix , auxquels avons eu quelque égard, pour nous conserver de l'autorité et de la créance sur les uns et sur les autres, qu'eussions perdues nous montrant trop passionnés; et c'est en quoi il n'a pas été content, estimant que nous y devions apporter plus de chaleur et véhémence pour les en détourner du tout. Son soupçon est encore accru, en ce que feignant, dit-il, de vouloir persuader que votre Majesté trouvoit plus de sûreté en la guerre qu'en la paix , on n'a pourtant offert que de l'assistance en général et rien en particulier, quoique les députés des Etats nous en eussent instamment requis , et qu'il fût nécessaire d'en user ainsi, pour leur faire quitter les conseils de la paix , si elle étoit tenue dangereuse pour eux et pour nous. Mais il n'est pas seul qui y a pris garde; l'agent d'Angleterre lui a encore dit que son maître ne désire rien tant que la guerre contre l'Espagne , et que la basse-chambre de leur parlement, qui est à dire la noblesse non qualifiée, et le tiers-état, lui avoient offert grande somme d'argent pour en supporter les frais, étant prêt d'y entrer si votre Majesté avoit la même intention^ mais qu'elle en étoit du tout éloignée , et n'avoit autre but et dessein que de faire la paix entre les Etats et l'archiduc , pour en acquérir l'honneur et le gré de tous les deux , à l'exclusion et au préjudice même de son maître ; car, encore que tout ce qui vient de cet endroit lui soit suspect , nous ayant dit plusieurs fois que l'Anglais ne désiroit la prospérité de leur Etat, tout sert néanmoins à le confirmer en son opinion : bien est-il vrai qu'il y procède avec telle discrétion que nous avons plutôt reconnu ce soupçon et mécontentement par conjectures , et par d'autres à qui il s'en est découvert, que par ses propos. Ce n'est aussi sans raison qu*il nous représente souvent les inconveniens de la paix , qui sont à la vérité si grands, qu'il y a plus d'occasion de louer sa prévoyance et son jugement que de blâmer sa crainte, attendu même qu'il ne mêle rien en

IféOOCIATIONS

tous ses discours de son intérêt et profit dont la raison veut qu'il soit touehé.

Votre Majesté jugera, par nos précédentes lettres et celles-ci, combien de difficultés se doivent rencontrer en l'affaire que nous traitons, et se représentera, s'il lui platt, quel pouvoir elle nous a donné pour y remédier; car, pour faire la guerre, nous n'avons charge d'offrir aucune chose, non pas même le secours accoutumé. Or il est certain que la ratification étant venue, les Etats, avant que d'entrer en aucune délibération de ce qu'ils auront à faire , nous presseront de déclarer, comme ils ont déjà fait, la somme dont votre Majesté les veut secourir pour &ire la guerre, étant nécessaire qu'ils en soient éclaircis ; pource que, si le secours est tel qu'il puisse sufÂre pour les conserver avec ce qu'ils lèvent sur eux, ou pourront obtenir des autres princes, ils seront plus hardis à prendre ce conseil et à rejeter la paix, au cas que les conditions n'en soient assurées et avantageuses pour eux ou pour leurs amis ; ou, au contraire, étant abandonnés ou foiblement secourus, la nécessité et le désespoir les contraindront de trouver tout bon. Nous dirons bien, ce que nous avons déjà fait , qu'ils doivent croire votre Majesté n'être pas moins affectionnée envers eux qu'elle a été du passé, et que votre soin et désir à procurer leur bien et conservation croîtra plutôt qu'il ne diminuera; mais il est besoin que le roi d'Angleterre et les autres princes, qui ont montré de favoriser leur cause, y contribuent aussi, afin que le faix d'un intérêt commun , qui doit être porté par tous, ne demeure sur votre Majesté. Outre ce, qu'il n'est pas raisonnable, avant qu'ils aient pris la résolution de faire la guerre, qu'elle offense ses voisins par l'offre d'un secours pour les divertir de la paix , si en effet c'est chose inutile , et qu'ils prennent ce conseil d'y entendre et de la préférer à la guerre; car ce ne seroit pas prudence d'offenser autrui sans en tirer profit, ni pour soi ni pour ses amis. Bien seroit-il à propos et peut-être nécessaire , s'ils étoient résolus de n'entrer en aucune conférence , de déclarer le secours qu'elle leur veut donner ; mais y entrant sera assez à temps de le faire, après avoir mûrement délibéré avec les députés de votre Msjesté et des autres princes qui y auront envoyé, si lesdites conditions doivent être acceptées ou non. Ce sont les raisons que nous pouvons dire, mais nous craignons qu'elles ne soient pas bien reçues ; et s'il plaisoit à votre Miyesté trouver bon qu'étant pressés, nous les assurions du moins de la continuation du secours qu'elle leur a donné du passé , y ajoutant même l'espérance de faire mieux , si le roi d'Angleterre et les autres prhi-

ces y apportent quelque chose de leur côté, tant pour la réputation du secours que pour le rendre plus grand , et tenir aussi l'ennemi en plus de crainte de cette union et amitié, il est certain que telles offres, comme trop éloignées du secours dont ils ont besoin, ne seront pas cause de les porter à la guerre, s'ils n'y sont contraints par une dernière nécessité, et néanmoins qu'elles serviront beaucoup pour les rendre plus affectionnés et obligés à votre Mi\jesté. Leur nécessité requiert bien aussi qu'il lui plaise les faire secourir et assister des deux cent mille écus durant la trêve, pour les raisons contenues en nos précédentes lettres; car, s'ils ne le sont, nous prévoyons, Sire, de grands désordres et confusions parmi eux , pour n'y avoir moyen de payer les soldats. D'ailleurs, outre ce qu'ils se tiendront pour abandonnés, et mépriseront nos promesses et les espérances qu'on leur donne de votre secours èk l'avenir, ainsi n'aurons pas grand pouvoir ni créance en tout ce qui se passera. Et toutefois c'est le seul fruit que votre Majesté doit espérer du sang de ses sujets, et de tant de dépenses qu'elle a faites pour eux jusqu'ici : à savoir, de les retenir eu devoir et affection envers elle, son royaume et ses sujets ; les obligeant jmut la paix, si elle se fait, à une alliance perpétuelle^ pour être assisté d'eux contre les autres forces du Pays-Bas, avec lesquelles TËspagnol a toujours travaillé votre royaume , tout ainsi que vos prédécesseurs. Sire, s'étoient autrefois servi du Portugal contre la Castille , et d'Ecosse contre l'Angleterre; les rendant, par ce moyen , autant utiles par la souvenance des bienfaits reçus, et l'appui qu'ils se promettront à l'avenir de votre Etat, que les Suisses le sont par leur alliance et conjonction avec la Couronne.

C'est le désir que nous avons. Sire, de mieux et plus utilement servir votre Majesté , qui nous fait presser ce secours et craindre les inconvéniens qu'avions représentés. Nous ^jouterons maintenant la conduite et l'ordre que nous estimons devoir être tenus, pour empêcher les divisions et surmonter toutes ces difficultés. C'est premièrement de rendre capable M. le prince Maurice qu'il ne se doit point montrer si éloigné de la paix qu'il fait, pour n'offenser tant de gens et presque l'Etat entier qui la désire , mais plutôt considérer que son principal appui , et l'espoir de sa maison et le sien en particulier, dépend de leur bienveillance et faveur ; qu'il peut bien, par l'entremise secrète de quelques-uns de 'ses amis et serviteurs, faire considérer aux députés, lorsqu'ils seront assemblés, les inconvéniens de la paix , nonobstant lesquels , s'ils veulent écouter les conditions qu'on leur offre , il

DU PBBSIDBNT JEÀNNIN*

5*y doit accommoder, les aider même à faire qu'ils ae conduisent sagement pour n'être point trompés. Et si sar les conditions il y a ouverture pour leur faire reconnottre que la paix ne peut être assurée, la prendre et s'en servir, autrement tout se fera sans lui et contre sa volonté; et cette offense le disjoindra et sa maison d'avec TËtat; lui remontrant, quand bien il pourroit attirer quelques uns à son opinion et les diviser, qu'il seroit trop dangereux de le faire, et que votre Miyesté n'approuveroit pas ce conseil ; lui ferons même entendre que ne voudrez jamais entrer en la grande dépense qu'on requiert pour continoer la guerre, si elle voit que par la paix , avec rintervention des deux rois, on puisse assurer leur Etat, et le séparer du tout d'Espagne; pour ee que la cause des inconvéniens qu'on propose à présent pouc rejeter la paix , y sera toujours tant que la force d'Espagne sera en vigueur et I»t)spénté. Ainsi la charge, par la longueur du temps, en deviendra du tout insupportable, tant à votre Majesté qu'aux Etats , qui aussi bien pourroient prendre le conseil de se mettre en repos, d'ici à quelques mois ou peu d'années, non avec si grande opportunité et appui si puissant et assuré qu'ils l'ont maintenant; et lui représeoteroDS au contraire, bien particulièrement, ks moyens et raisons qu'on a pour se promettre msll y aura de la sûreté en la paix , et de l'auteilè et grandeur pour lui et sa maiscm. Ce même discours a déjà été commencé par avec M. le comte Guillaume; nous en feautant avec M. Maldrée, auquel il a beaucoup de flance , ayant différé de nous découvrir jnsqoes a présent sur l'incertitude en laquelle nous étions de la ratification de l'Espagne , ne jugeant pas qu'il fut besoin de le faire, si le roi d'E^agne n'approuvoit ce que l'archiduc avoit oommencé. ?ious avons aussi fort disposé M. de Bameveld à lui tenir, et pareillement au comte Goillaome, tous les propos qui sont nécessaires pour les persuader. Et en effet , nous reconnoissons que ledit sieur de Bameveld a très-bonne iDtenti<m envers lui , et qu'il y apportera ce qu'il doit. Noos essayons aussi de faire prendre un eonaeil aux députés de toutes les provinces qui sont Id , lequel nous semble devoir être fort à propos pour le» détourner de nous faire demande en particulier d'aucun seeours utile pour empêcher qu'il n'y ait de la division en cet Etat , et feire par ce moyen qulls soient tous d'un même avis en toutes les provinces. C'est ce qu'ils nous prient,' et de même les députés d'Angleterre, lonqa'ils seront arriva en ce lieu , de leur dire noire avis sur cette affaire, et s'ils doivent entrer eofiféi^ice, et entendre les conditions qu'on

leur veut offrir pour la paix'; car en leur conseillant de ne se point précipiter mal à propos, mais de ne point négliger aussi ni rejeter du tout les moyens de se mettre en repos, s'ils se présentent avec la sûreté et liberté de leur Etat, et leur offrant toute assistance d'avoir soin de leur salut et conservation , soit par la paix ou pour la guerre, dont leurs Majestés n'auront autre choix que celui des deux qui leur sera plus utile , il est certain que cette déclaration aura grand poids étant rapportée par les députés, lorsque chacune province sera assemblée pour délibérer sur ce sujet, et qu'elle servira beaucoup pour les porter tous d'une même voix à cette résolution. Il nous semble donc, que votre Majesté peut avec louange donner ce conseil , et qu'il est même à propos de le faire , afin qu'elle en ait le gré de deux cêtés si la paix se fait; et si les Etats sont contraints de faire la guerre, pour n'avoir pu obtenir des conditions assurées, que leur haine'croisse .contre l'Espagnol , demeurant l'Anglais , qui aura participé à ce conseil , aussi bien obligé de contribuer à leur secours que votre Majesté. Cette façon de procéder disposera pareillement M. le prince Maurice à s'accommoder à l'avis commun de l'Etat , avec lequel il doit demeurer inséparablement uni, voyant l'inclination de votre Majesté, à laquelle il nous a toujours dit qu'il vouloit porter et rendre tout respect et obéissance; à quoi néanmoins il sera conduit plutôt par raison et persuasion que par autorité. Il en aviendra aussi que les Etats qui auront eu une entière liberté pour délibérer de leurs affaires avec prudence et jugement , n'auront pas sujet de se plaindre qu'ils aient été for* ces à prendre autre conseil que celui qu'ils auront cru leur devoir être plus profitable , et ne pourront à cette occasion les appeler à garant des accidens de l'avenir.

Il seroit encore bien à propos, si la résolution est prise de traiter et d'écouter les conditions de paix, que, sans faire autre députation, on dresse quelques articles de l'avis des deux rois, du prince Maurice, et d'un des principaux de chaque province, pour les présenter à l'archiduc, et reconnoitre s'il les voudra consentir et accor* der, du moins autant qu'il sera besoin pour espérer qu'on puisse traiter, et que la conférence ne sera pas inutile; car il est à craindre autrement qu'il ne trahie et fasse durer long-temps cette conférence, et même outre le temps de la trêve, pour la faire derechef prolonger, les accoutumant par ce moyen à vivre en quelque privante, et en espérance d'une paix qui leur fasse négliger leur conservation , et donne commodité à l'Espagnol par ce loisir d'en attirer quelques

uns, les diviser, et avoir meilleur marché d'eux. Mous prévoyons Jiien qu'il y aura de la difficulté d'obtenir de lui qu'on procède ainsi, que les Etats ne permettent aisément que sept de leurs députés aient pouvoir d'arrêter ce qui doit dépendre de tous; mais si l'archiduc en étoit d'accord , on pourroit espérer de faire cesser l'autre difficulté. Nous ne mettrons toutefois rien en avant qui puisse empêcher la paix , jugeant bien que la dépense de cette guerre déplaît à votre Majesté, et qu'elle désire s'en décharger si faire se peut ; mais elle doit être faite s'il est possible. Au cas qu'on s'aperçoive de ce dessein, elle se souviendra, s'il lui plaît, de faire toujours traiter en Angleterre , afm que vos deux Majestés n'aient qu'un même avis. J'ai écrit par deux fois à M. de La Boderie, et lui ai donné avis de ce que j'ai pensé pouvoir servir à cette affaire, le suppliant en faire autant de sa part. On a eu avis ici que l'archiduc vouloit faire une assemblée de prélats, abbés, et autres personnes ecclésiastiques, et principaux seigneurs de son Etat, pour aviser avec eux aux moyens qu'il y auroit de donner une honnête liberté à ceux de la religion prétendue réformée , pour les faire vivre sous lui avec quelque contentement et repos de leurs consciences. S'il prend ce conseil, il sera aussi bon pour lui que dangereux pour cet Etat, qu'il dépeupleroit d'un grand nombre de gens qui s'y sont réfugiés. S'il est vrai, votre Majesté en sera déjà avertie. Elle nous fera, s'il lui plaît, entendre sa volonté sur tout ce que dessus au plus tôt, et cependant nous prierons Dieu, Sire, qu'il maintienne votre Majesté et sa royale famille en tout heur et prospérité.

Vos très-humbles et très-obéissans sujets et serviteurs, P. Jbanmn, DEBuzANVALct de Russy.

A La Haye, ce neuvième jour de juin 1607.

LeUre de M. Jeannin à M. de Villeroy, du 9

juin J607.

Monsieur, par les lettres qu'il vous a plu m'écrire, il semble que Sa Majesté nous donne beaucoup de pouvoir, et laisse à notre affection et fidélité la conduite de ce qu'elle nous a mis en main, en quoi elle ne sera point trompée, pourvu que Dieu nous donne autant de prudence que nous avons de volonté de bien servir ; mais avec ce pouvoir limité , à ne rien offrir, ni pour le présent, ni pour l'avenir, je ne sais ce qu'on doit espérer de notre voyage : je le considérois bien à notre départ; mais Sa Majesté remit à s'en résoudre sur les premiers avis qu'elle recevroit de nous. Elle est maintenant suffisamment instruite par nos précédentes lettres, et par celles

que lui écrivons à présent , pour juger mûrement de ce dont il est besoin que soyons assistés pour la bien servir. L'affaire lui est de trèsgrande importance, soit que la paix se fasse , pour les obliger étroitement à son amitié, ou que la guerre continue , pour se résoudre à ne les laisser périr , de peur qu'étant abandonnés, leur ruine ne rende le roi d'Espagne plus puissant , et les fasse devenir ses ennemis. Ils sont aujourd'hui en l'état auquel on les peut plus obliger ou offenser; et je m'assure que Sa Majesté désire l'un et doit craindre l'autre , pour ne recevoir du mal au lieu du bien qu'elle leur a fait. Je prévois et peux juger avec certitude qu'elle aura tout pouvoir de faire parmi eux ce qu'elle estimera plus utile pour leur Etat et pour ellenfuême, pourvu qu'ils reconnoisscnt la continuation de sd bonne volonté en leur endroit. Faites-nous donc, s'il vous plaît, donner ce moyen. Nos lettres au Roi contiennent tout et n'y peux rien ajouter.

Je sais que la conduite des grandes affiaires dépend beaucoup de votre jugement, qui nous fait espérer que la résolution que prendrez près du Roi sera conforme à ce que désirons et jugeons être nécessaire pour son service. M. de Gastille, mon gendre, s'en retourne à cause de son père ; je lui ai donné un mot de créance touchant les deux cent mille écus; et les députés des Etats, pour s'ils les enverront au Roi , vous jugerez , monsieur , s'il est à propos qu'il la fasse entendre à Sa Majesté , et il le fera, sinon il s'en abstiendra. Je fais tout ce qu'il m'est possible pour le gentilhomme auquel le Roi a destiné la compagnie du feu capitaine de Suelles , en ai parlé à M. de Châtillon , ayant même ouvert la lettre du Roi qui s'adressoit à M. de Russy, pour en faire les poursuites que leur ai montrées, aOn qu'ils reconnoisscnt l'affection de Sa Majesté euvers lui. Ils disent que le lieutenant de la même compagnie la prétend, et dit qu'on ne la lui peut ôter sans lui fioiire tort. Vous serez averti au premier jour de ce qu'on aura pu faire. M. de Russy est allé à Leyden, Harlem et Amsterdam, et votre neveu, M. de Préaux , est avec lui; c^est un petit voyage de huit jours. M. de La Gastille étoit aussi de la partie; mais il a été mandé pour s'en retourner à Paris. Je demeurerai perpétuellement, monsieur, votre très-humble et trèsaffectionné serviteur, P. Jeannin.

A La Haye, ce 9 juin 1607.

Lettre du Roi à messieurs Jeannin y de Buzanval et de Russy ^ du i^juin 1607.

Messieurs Jeannin, de Buzanval et de Russy, votre lettre du 29 du mois passé, que j'ai reçue seulement le huitième du présent, m'a pleine-

ment et clairement informé de votre arrivée et réception par delà, et de toutes choses par vous recooDues , négociées et exécutées jusques alors. J*ai ouï la lecture aussi de la proposition que Tous^ sienr Jeannin, avez faite en l'assemblée des sieurs les Etats du Pays-Bas, à laquelle vous ne in*avez rien laissé à désirer, tant en la substance f n'en la forme. Je suis marri seulement de quoi vous , sieur de Buzanval , n*avez pu , à cause de \otre indisposition, vous y trouver; mais je me console qu'étant depuis amendé, vous aurez récompensé ce défaut aux autres actes et occasions qui se seront présentés. J'ai examiné et considéré soigneusement tous et chacuns les points déduits en votredite lettre, et en celle que vous, sieur Jeannin , avez adressée au sieur de Villeroy, de laquelle j'ai semblablement voulu entendre la lecture. Vous ne pouviez vous conduire «Bvers mon cousin le prince Maurice , et le sieur de Bameveld, plus sagement et accortement que TOUS avez fait, pour servir à mes intentions , lesquelles sont encore à présent telles en substance que je vous les ai déclarées et prescrites à bouche, et par votre instruction à votre départ, nonobstant ce que j'ai depuis fait écrire par ledit sieur de ViUeroy à vous, sieur Jeannin, à savoir de De leur proposer ni offrir mon entremise, pour leur ûder à faire la paix, à votre arrivée au pays, \Km les mêmes raisons que vous m'avez mandé, pu vQtiedite lettre , vous avoir devant fait résûodre de suivre la même voie. Or je m'attends d'être par vos premières encqre mieux éclairci des inclinations desdits sieurs; car vous avez eooféré avec leurs députés et entré en matière a^ec eux , et partant appris d'eux leurs espéranees , moyens et prétentions , tant pour faire une paix qui soit sûre pour eux et leurs amis, que pour reprendre et continuer la guerre, s'il faut y entrer pour conserver la liberté qu'ils ont acquise.

Je remarque qu'ils font leur principal fondement sur la déclaration que les archiducs ont laite par la cessation d'armes, de les tenir pour gens libres, sur lesquels ils ne prétendent rien. Véritablement c'est avec grande raison; car c'est le but auquel ils ont toujours aspiré, et pour lequel ils ont combattu très-constamment, et l'avantage que leurs vrais et sincères amis leur ont désiré et procuré; mais il est à craindre que le roi d'Espagne fasse difûculté de ratifier et passer ce point, ayant appris, par les dernières lettres que j'ai reçues d'Espagne, que son conseil y contrcctit et s'y oppose entièrement ; et quand ils y consentiroient pour le temps de leur cessation susdite, ils ne le passeront jamais en une paix finale. C'est pourquoi aussi m'en a-t-il été donné

avis que les Espagnols entendront plus volontiers à une trêve a longues années, de douze ou quinze ans, qu'à un accord final, pour mieux couvrir leur honte et foiblesseen délaissant ladite souveraineté , et pour pouvoir aussi, avec le temps, la débattre et y rentrer. Mais j'estime que lesdits sieurs Etats ne pourroient entendre à un parti plus périlleux pour eux qu'à celui de ladite longue trêve , laquelle les obligeroit à plusieurs sortes de dépenses et jalousies , dont la charge seroit très-pesante, et la pratique siiyette à divers accidens et dangers, de quoi ne les garantiroient mon intervention et caution, ni celle du roi d'Angleterre, jointes ou séparées. Je dis quand nous serions dès à présent bien résolus de nous y obliger ensemble ou chacun à part, de quoi je fais pour mon regard grande difficulté , pour ne vouloir abuser lesdits sieurs , ni engager ma foi et ma couronne à uue telle garantie, étant incertain des événemens ; tellement que s'il avenoit infraction de part ou d'autre, je ne sais s'il me seroit lors loisible et utile d'employer mon nom contre l'autorité d'icelle ; car personne ne peut répondre ni assurer de pouvoir toujours à l'avenir hasarder le sien pour autrui, à cause des accidens auxquels nous sommes sujets , et pense que lesdits sieurs trouveront en cela le roi d'Angleterre aussi retenu, circonspect et religieux que moi , étant conduit , comme j'estime qu'il est, de semblables considérations et intentions, lesquelles je vous répéterai juger si pregnantes et bien fondées, que je ne veux aucunement que vous engagiez mon entremise en la composition d'une telle trêve si elle est proposée; au contraire, j'entends que vous les dissuadiez tant qu'il vous sera possible, avec les raisons, paroles et moyens que vous reconnoltrez plus propres et efficaces. J'ai su aussi que le roi d'Espagne et son conseil sont très-malcontensde quoi ladite cessation d'armes n'a été accordée pour la mer comme pour la terre, ayant éprouvé ce désavantage en cette dernière défaite et perte de leurs galions au détroit de Gibraltar , et au retardement de la flotte par eux dressée pour envoyer aux Indes , laquelle n'ose sortir, pour la crainte qu'elle a des vaisseaux desdits sieurs , que l'on publie , à Séville et à Saint-Lucar, être au cap de Saint-Vincent, attendant le passage des autres, ce qui les empêche merveilleusement. Outre cela, mon ambassadeur m'a écrit du dernier du mois passé, de Madrid , que ledit Roi a eu avis que certains vaisseaux hollandais ont surpris, saccagé et brûlé la ville de Garthagène aux Indes; ce qui les a attristés grandement , et leur a fait désirer et rechercher si ardemment qu'ils font , l'exten-* sion de ladite cessation par la mer. Vous m'aves

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mandé les efforts qu'en fait le Gordelier ; mais Je m'étonne comment le sieur de fiarneveld, pru* dent et affectionné à sa patrie, ait favorisé cette poursuite , étant certain qu'il n'y a rien qui induise ou contraigne plutôt lesdits Espagnols à composer avec lesdits sieurs à bonnes conditions, que la continuation des incommodités qu'ils reçoivent par mer de leurs gens ; de quoi s'ils peuvent une fois se rédimer à force d'argent, je sais qu'ils ne l'épargneront, ayant délibéré, s'ils peuvent gagner ce point , de retarder et prolonger tant qu'ils pourront la délivrance de la ratification du roi d'Espagne de ladite cessation, et, après, la conclusion du traité final qu'ils donnent à entendre vouloir faire.

De fait, j'ai avis certain d'Italie comme d'Espagne , qu'ils font acheminer en Flandre sept ou huit mille hommes de napolitains , lombards et espagnols , de ceux que le comte de Fuentes avolt assemblés pour la guerre d'entre le Pape et les Vénitiens, leurs étapes étant déjà dressées en Savoie pour, dix mille hommes , qui en pourroient faire cinq ou six mille effectifs, pour passer le 18 du mois de Juillet prochain. Au commencement nous soupçonnions qu'ils vouloient les employer contre la ville de Genève, et crois que ce seroit bien le désir et dessein du duc de Savoie de tirer d'eux ce service en chemin faisant ; mais son entreprise est à présent éventée , de façon que je ne crois pas qu'ils s'y arrêtent pour cette fois. Lesdits gens de guerre ne sauroient arriver en Flandre qu'au commencement du mois de septembre , qui est le temps qu'on devra se laisser entendre si on traitera une paix ou non, lesdits Espagnols ayant voulu faire provision et montre de ce renfort à cette occasion , pour favoriser leur négociation ; et en cas de rupture, s'en avantager contre lesdits sieurs les Etats ; chose qui est bien contraire et éloignée des espérances que ledit Cordelier leur a données , et des déclarations qu'il leur a faites et souvent réitérées pour les endormir , que ledit roi d'Espagne emploierolt l'armée qu'il avoit fait dresser en Italie, avec les forces qu'il retireroit des Pays-Bas , contre quelques uns de ses voisins , et en tels lieux que lesdits sieurs Etats n'aurolent occasion de craindre ci-après sa puissance , et se défier de sa bonne volonté. Ajoutez aux forces d'Italie les sept nouveaux régimens de lansquenets que le prince Maurice vous a dit qu'ils dressent en Allemagne , après avoir licencié quelque partie des gens de guerre qui sont en Flandre depuis ladite cessation, ce sera une Juste et forte armée qu'ils auront prête audit temps, pour servir en l'un des deux effets susdits, rt par ce moyen pratiquer le précepte qui veut

que les grands rois traitent la main armée pour leur réputation, et pour intimider ceux auxquels ils ont affoire.

Je loue donc grandement le conseil qu'a pris le prince Maurice , de rejeter l'extension de la cessation d'armes , et la révocation de leurdlte armée de mer; car l'incommodité que lesdits Espagnols en reçoivent , et la crainte qu'ils eu ont, tiendra lieu en leur endroit de ce qu'ils attendent, contre lesdits Etats, de ladite montre et ostentation des forces susdites, et les contraindra d'avantager leur traité final , duquel autrement ils prolongeront exprès la conclusion , comme j'ai déjà dit , espérant mater et ennuyer lesdits sieurs Etats, et en ce faisant les désunir et faire soumettre par pièces à consentir ce qu'ils désirent. Dom Diego d'Ibarra est parti de Madrid le 33 du mois passé , pour s'acheminer vers les arebi* ducs , où 11 se doit rendre dans la fin de ce mots. Il porte la volonté et résolution du roi d'Espagne sur ladite cessation , et les autres traités qu'il entend faire avec lesdits Etats , avec une provision d'argent , que l'on dit être petite au regard de la dépense de l'entretenement et solde de leurs gens de guerre en Flandre. Aussi dit-on qu'elle est destinée plus pour gratifier et corrompre aucuns desdits Etats, que pour payer lesdits gens de guerre, auxquels ils doivent pourvoir par autre voie. Je sais que lesdits archiducs, ensemble le marquis de Spinola et le président Richardot, qui sont auteurs de ladite cessation et de la cession de ladite souveraineté, seront en grande peine de la venue dudit Dom Diego, connoissant et ayant éprouvé son naturel, et ayant su qu'ils n'ont approuvé en Espagne les conditions de ladite cessation , entre autres la déclaration de ladite souveraineté et l'ecxlusion de la mer.

Je veux que vous fassiez part de tout cet avis, non-seulement au prince Maurice et audit sieur de Barneveld , mais aussi à tous ceux desdits Etats que vous connoltrez dignes de les entendre, afin de les mettre en considération, sachent ma franchise et l)onne volonté, sans qu'elle leur soit déguisée ou cachée, comme elle a été ci-devant trop malicieusement et ingratement. Et quand Je saurai au vrai et par le menu , par quels moyens lis entendent pourvoir à leurs affaires , soit pour la paix ou pour la guerre , s'il y a apparence qu'ils conservent leur union, de laquelle dépend leur félicité et sûreté, prenant l'une ou l'autre voie^ ce qu'ils désirent et attendent de moi pour ce regard , entendent aussi y contribuer de leur part, avec toutes les particularités desquelles Je vous ai donné charge voua Informer et m'avertir par votre instruction ; je

DU PBBSIBBNT JBANNIN.

vous déclarerai et commanderai après clairement mes dernières intentions. Cependant vous saurez que pour la conservation desdites provinces avec leur union et la liberté de leur gouvernement , que je ne leur refuserai mon intervention conjointement avec le roi d'Angleterre , ou séparément, poar favoriser et assurer leur repos, quand je connottrai pouvoir y être utile, et y employer nxm nom dignement. Je ne ferai refus ni difficaité aussi , s*il faut qu'ils continuent la guerre , de continuer pareillement à les secourir d'une bonne somme de deniers, conjointement avec ledit roi d'Angleterre, s'il veut y entendre de bonne foi. Je suis content même de porter les deux tiers de la somme qui sera convenue; comme s'ils ont besoin de trois millions de 11- ^Tfs, j'en fournirai volontiers deux millions, ledit Roi assurant le troisième ; à la charge aussi qulls se porteront tous ensemble unanimement au parti; car ce seroit aider plutôt à les perdre toQt-à-fait que de les assister, étant divisés en fime et l'autre voie.

Partant vous avez pris bon conseil , d'avoir entrepris et commencé à essayer de remettre en bonne intelligence le prince Maurice et le sieur Barncveld, pour les réunir en un même dessein, comme les deux personnes qui ont plus de crédit et de pouvoir aux affaires desdits pays , et dont U division , si elle durcit, causeroit indubitablement la ruine desdites provinces. Au moyen de quoi YODS continuerez à battre le fer jusques à ce gw voos l'ayez aplani et redressé en la forme qui! convient pour servir à l'effet qui est nécessaire, employant à cette fin mon nom et autorité enren Tun et l'autre , et spécialement envers le prince Maurice , et pour accroître sa condition et fwtune avec celle de sa maison , suivant votredlte instruction ; car c'est principalement sur le fondement de sa vertu que j'entends bâtir la sûreté de tout ce que Je prétends faire et traiter pour le bien desdites provinces , en paix ou en guerre. Et c'est pourquoi je ne puis aussi à pré^ sent accepter ni me contenter de l'offre que l'on TOUS a faite de me faire écrire une lettre par les Etats, qui tienne lieu de la promesse dont je TOUS ai commandé leur demander un acte authentique, à ce qu'ils ne fassent ci-après aucun traité m accord avec les archiducs , ou le roi d'Espagne et autres, sans mon su et consentement ; car telles lettres seront après sujettes au dmvea desdites provinces, ou à une interprétation captieuse , avenant qu'elles voulussent à Tavenir se dispenser de l'observation d'icelle , qui est un soupçon qui ne seroit jamais entré en mon ime , s'ils eussent procédé avec moi plus candidement et sincèrement qu'ils n'ont fait en

faisant ladite cessation d'armes , ayant bien sU et avéré qu'ils en ont commencé et continué la pratique long-temps devant que le sieur Bameveld s'en soit découvert au sieur de Buzanval , auquel , quand la première fois il a parlé de la** dite cessation , c'a été en termes qu'il lui a laissé à deviuer , plutôt qu'à croire qu'ils en dussent franchir le saut, comme vous , sieur de Buzanval, savez très-bien. Et qu'ainsi ne soit, lorsqu'on vous a parlé d'icelle , vous et le sieur Aërsens m'avez en même temps recherché et pressé plus que devant, de la part desdits sieurs, de leur ouvrir ma grande bourse pour leur aider à soutenir leurs affaires; et eux n'ont fait conscience de recevoir d'une main mon argent, et signer de l'autre les articles de ladite cessation , et après cela me repaître encore d'une nouvelle remontrance de leurs nécessités , suivie d'une déclaration qu'ils m'ont tant dit avoir de ne passer outre à la conclusion d'une paix finale, ou sans ma participation ou intervention.

Je dis donc que je me passerai bien encore de la susdite lettre qui vous a été offerte pour l'assurance de leur foi et parole; car, encore que j'aie juste sujet de m'en défier à cause du passé, après leur avoir si libéralement départi et continué si long -temps une assistance vraiment royale, j'aime mieux toutefois me contenter, pour le présent , de leur continuer , sur la confiance de la coiîiialité de laquelle j'ai procédé, que d'accepter la susdite lettre. Et néanmoins j'entends ne laisser pour cela de leur faire fournis les trois cent soixante-quinze mille livres, ûdsant ce parfait paiement du secours que je leur ai donné l'année dernière , afin qu'ils continuent à ressentir les effets de ma libéralité et bienveillance au besoin qu'ils en peuvent avoir. Mais mes affaires ne me, permettent m'élargir et étendre de présent plus avant, et jusques aux six cent mille livres qu'ils ont demandées; joint qu'il faut que je vous confesse , comme à mes bons serviteurs, que je me scandalise un peu de quoi je reconnois qu'ils traitent avec moi à l'égal et au pair avec le roi d'Angleterre , tout ainsi que s'ils avoient été assistés ci-devant de lui, et étoient encore de présent, comme ils ont été et sont journellement de moi : et néanmoins chacun sait ce qui en est; car , soit pour la paix ou pour la guerre, il semble, par les langages qui vous ont été tenus, qu'ils aient délibéré de se commettre et confier à lui autant, voire plus qu'à moi ; et toutefois il n'a fait pour eux autre chose, durant la guerre, que de leur permettre de tirer de ses pays des gens de guerre qu'ils ont soudoyés , et de défavoriser et décrier tant qu'il a pu leurs armes et la Justice d'icelles, poui

les conduire par nécessité et par tous autres moyens à traiter avec leurs ennemis.

Je n'entends pas pour ce rejeter l'union du Roi avec moi en leur faveur, soit qu'ils recommencent ia guerre, car je reconnois assez le bien que l'on s'en peut promettre , si ledit Roi et ses ministres y marchent aussi réellement et sincèrement que moi ; mais plus j'examine les actions et le procédé dudit Roi et de ses conseillers en ces affaires , je reconnois avoir cause de me défier de sa société, ou du moins d'en attendre peu de fruit; car plus je l'ai fait sonder et ai désiré me découvrir à lui , plus il s'est montré retenu et irrésolu , soit qu'il l'ait fait par malice, ou par foiblesse, ou nonchalance, tant y a qu'il m'a payé en cette monnoie. C'est pourquoi vous devez, ce me semble, faire plus de montre que d'état des déclarations spécieuses et flatteuses de son agent, et vous garder et défier de lui comme d'un ministre qui est au guet, plus pour travei-ser votre négociation , que pour la favoriser. Et quand je considère que le sieur de Barneveld s'est forcé de vous faire croire que notre conjonction est aisée et nécessaire pour leurs affaires, j'estime qu'il le fait plus par dessein anglais, pour être autorisé et fortifié de son nom en ses prétentions de la paix , que pour espérer de l'engager en une correspondance réelle et certaine avec moi , si ce n'est pour promouvoir ladite paix, en laquelle je reconnois ledit sieur Barneveld si engagé, qu'il remuera toutes sortes de pierres pour y porter ses compatriotes. S'il le fait par prudence et à bonne fin plutôt que par corruption et malignité, il en est plus excusable ; mais je serai bien trompé s'il n'est à la Un de ses espérances. Car je vous dis derechef que les Espagnols n'accorderont jamais ladite souveraineté, sur laquelle néanmoins toute cette négociation est fondée, encore qu'ils désirent ladite paix avec passion; mais ils s'attendent, quand ils auront alléché de l'espérance de la douceur d'icelle les Etats, qu'ils obtiendront après d'eux , par force ou par persuasion , ce qu'ils désirent, étant contens de leur accorder la liberté de la religion, et tous autres avantages qu'ils désireront d'eux, pourvu qu'ils les reconnoissent pour souverains ; en quoi ils espèrent être favorisés du côté d'Angleterre , ledit Roi ayant déclaré et fait dire n'approuver que les Etats acquièrent cette liberté souveraine à laquelle ils aspirent, pour la conséquence d'un tel exemple.

Je vous écris toutes ces choses, non pour les dire d'un plein saut et hors d'opportunité à tout le monde, et spécialement à ceux qui ne veulent prendre et croire que^ce qui leur plaft, mais

afin que vous n'ignoriez rien de ce que je sais, et prévois devoir succéder de toutes ces affaires et poursuites. Mais je ne puis aucunement trouver bon que ces sieurs fassent passer en Angleterre les députés qu'ils disent vouloir envoyer vers moi; ce seroit signe qu'ils préfèrent son amitié à la mienne , et qu'ils lui portent plus de respect qu'à moi; ne permettez donc qu'ils en usent ainsi. Davantage, j'estime qu'il est superflu et inutile qu'ils envoient vers moi des députés , puisque je les ai prévenus , et que je vous ai envoyé vers eux pleinement instruits de mes intentions pour les leur faire entendre. Partant vous les dissuaderez de ce faire, leur disant qu'aussi bien les ayant ouïs je les renverrois à vous , et leur ferols faire ma réponse par vous. Continuez à m'écrire le plus souvent, et plus particulièrement que vous pourrez de toutes choses ; et considérez que je vous ai commis une négociation, du succès de laquelle doit dépendre la direction des affaires publiques et privées, tant de mon royaume que de la république chrétienne. Etudiez-vous toujours de désabuser, tant qu'il vous sera possible, les Etats de l'opinion qu'ils ont eue , que je dois désirer la continuation de leur guerre pour assurer le repos de mon royaume , et qu'il faut par nécessité urgente et inévitable que j'épouse leurs affaires pour faire prospérer les miennes. Informez-vous aussi , s il avient que les Etats se précipitent à la paix et quittent la trêve et les voyages des Indes , s'il y aura moyen d'attirer ceux qui s'en voudront départir, et faire qu'ils se retirent en mon royaume, pour faire continuer ce train sous le nom et accueil de la bannière de France , afin de nous prévaloir de cet avantage, lequel me seroit trèsagréable , d'autant que je l'estimerois très-utile; quand ce ne seroit que pour nous fortifier par la mer , qui est un pensement et dessein que j'ai délibéré maintenant d'affectionner plus que je n'ai fait, même si lesdits Etats composent et renoncent à la susdite navigation des Indes. Je prie Dieu, messieurs Jeannin , de Buzanval et de Russy, qu'il vous ait en sa sainte garde. Ecrit à Fontainebleau le 1 3 juin 1 607.

Et plus bas , Bbulabt.

Lettre de M* de Vilteroy à M. Jeannin^ du iZjuin 1607.

Monsieur , nous désirons savoir si l'on peut faire état de porter à la paix toutes les Provinces avec le prince Maurice et ses adhérens , ou au contraire avec le sieur de Barneveld et les siens , devant que déclarer notre dernière résolution sur l'un ou sur l'autre parti ; partant éclaircisseznous en quand vous y verrez clair , et le pourrez

BU PBÉSIBENT JÈANNtlV.

faire, et nous nianâez par même moyen les conditions avec lesquelles on peut parvenir à l'un oa à l'autre : ensemble les sûretés et avantages que vous y reconnoissez et devons en espérer; chose que nous estimons que vous pourrez faire, roainteuant que vous aurez conféré avec les dépotés ordonnés pour cet effet. Surtout nous blâmons et rejetons la trêve dont fait mention votre lettre, et celle que le Roi vous écrit, pour les raisons que Sa Majesté vous mande , et que vous pouvez trop mieux juger; et dit le Roi qu'il ne veut en façon aucune y intervenir , parce qu*il croit qull n'en peut arriver que tout mal à ses alliés et à lui-même. Il voit et juge bien que le mi d*Espagne aspirera à ladite trêve par préférence à tout autre parti; ce qui a été aussi confirmé au Roi de divers endroits, nommément du c6té de Flandre et d'Espagne , et nous désirons fort de savoir au vrai , au cas que le roi d'Espagne butte opiniâtrement à la trêve de longues aimées, si les sieurs les Etats avec le prince Maorice et ses adbérens s'y laisseront aller, sans afoir ni prendre autre sâreté de leur souveraineté, que celle qu'ils possèdent à présent : nous dhoDsque ce sera leur ruine entière, s'ils prennent ee conseil.

Nous entendons que l'archiduc est très-mal CQ&tent, et en crainte de la difûculté que fait le RH (TEspagne de ratifier la cessation d'armes, recoDimsant que les gens d'Espagne ont un deaseio tout contraire au sien. Nous disons sur cela qall faudroit trouver moyen de faire parler al orrîlle à l'archiduc, pour savoir s'il voudroit s'appuyer de la France pour achever et assurer la paix commencée avec les Etats, et en ee disant nettoyer le pays de telles gens qui ne Taloit qu'à troubler le monde. Avisez-y où vous êtes; mais n'en conférez avec personne, s'il vous plait. Peut-être que le sieur de Barneveld pourroit trouver moyen de faire porter cette parole a Tarchiduc; mais il faudroit qu'il le ftt de luimèoie, et sans que l'on s'aperçût que le Roi eût part à ce dessein, car il leur seroit suspect; même il faudroit que vous en parlassiez audit Barneveld, comme par avis procédant de votre seul jugement, ou que M. de Buzanval en ftt roffice. Pensez donc à cet expédietat, et croyez, ao reste , que le conseil d'Angleterre n'a autre but que de tromper le Roi en ce qui se passe où vous êtes; et quand Barneveld fait contenance d'espérer le contraire, il trompe le monde; néanmoins je suis bien d'avis que l'on dissimule, et que Ton ne fasse parottre que Ton le découvre. Noos ne laisserons dé faire traiter en Angleterre, comme nous avons commencé, même pour l'enl^ser à contribuer son tiers de trois millions,

desquels il est parlé en la lettre du Roi , afin qu'il consente à tout le moins que ledit tiers soit avancé et fourni par le Roi sur ce qu'il lui doit; car, au pis aller, je prévois que Sa Majesté s'accommodera à cela, quand il reconnoitra ne pouvoir obtenir mieux d'Angleterre; mais II ne faut s'en déclarer qu'à l'extrémité, ce que nous remettons à votre prudence.

Nous faisons refus d'envoyer à présent les deux cent mille écus que l'on demande, parce que nous disons que ces messieurs abusent de notre facilité et libéralité, et qu'ils ne laisseront de faire pour cela leur traité sans nous, comme ib ont fait ladite cessation. Le Roi s'est aussi altéré de quoi l'on le traite à l'égal du roi d'Angleterre , encore que celui-ci ait fait aux Etats plus de mal que de bien depuis qu'il est en Angleterre, et que l'autre en ait usé autrement, ainsi que Sa Majesté vous écrit. Nous ne voulons aussi nous contenter de la lettre qui vous a été offerte du corps des Etats, et sommes d'accord néanmoins de ne laisser pour cela de faire fournir dans la fin de ce mois , à Dieppe , la partie portée par les lettres du Roi , à la charge aussi qu'ils vous promettront nous délivrer l'acte que vous avez eu charge de leur demander en forme authentique, dedans le temps que vous conviendrez avec eux. Pareillement nous faisons état, s'ils font leur paix, de leur demander une recon* noissance, et promesse de nous payer et rembourser à l'avenir, et par termes que nous accorderons , l'argent que nous aurons employé à leur secours ; de quoi j'ai été chargé de vous avertir, non pour hâter d'en parler plus tût que jugerez être opportun. Nous n'épargnerons notre iiitervention à la paix , si les parties nous en requièrent, et reconnoissons le pouvoir faire dignement et sûrement pour nos amis et pour nous; mais nous désirons voir clair à tout cela devant que d'y engager le nom et l'autorité de Sa Majesté, d'autant que nous craignons que le faisant autrement, les passionnés à là paix s'en servent et avantagent pour acheminer leur dessein , et que, venant apr^ à conclure ce traité, on nous laisse en arrière avec mépris et regret, comme il aviendroit si les archiducs et le roi d'Espagne refùsoient d'admettre notre intervention , et que les autres ne laissassent pour cela de passer outre.

Partant vous prendrez garde, s'il vous plaît, à ce scrupule, et, au reste, userez du pouvoir qui vous a été donné par votre instruction à votre discrétion. Nous vous envoyons une autre lettre du Roi , pour M. le prince Maurice , du contentement et de l'établissement duquel Sa Majesté désire que vous ayez tout le soin qu'il vous sera possible. J'ai dit à Sa Majesté ce

ttiGOCiinoKÈ

témoignage que Votli ftV62 rendu du siear Aër** sens , lequel lui a été très-agréable , comme à été à Sa Majesté et à tous ses serviteurs, la douvelle de la meilleure disposition de M. de Buzanval. Le Roi a été travaillé , ou pour mieux dire, chatouillé de la goutte depuis la Pentecôte jusqu'à présent; mais elle est maintenant fort adoucie : toutefois il garde encore le lit. Nous espé* rons qu'il en sortira cette semaine , pour pouvoir aller à Paris au commencement de l'autre. Au demeurant, nous vivons ici à l'accoutumée, et vous prie vous souvenir de mettre en besogne mon neveu de Préaux, quand vous Jugerez qu'il sera à propos de le faire. Je prie Dieu, monsieur , qull vous donne une bonne santé et heureuse vie.

De Fontainebleau , le treizième Jour de Juin 1607. Votre, etc. dbNeufvillb.

Lettre du Roi, du 16 juin 1607.

Messieurs Jeannin , de Buzanval et de Russy, mon dessein n'est de persuader ces Provinces de rompre leur cessation d'armes, ni de rentrer en guerre, si elles ne reconnoissent que ce soit leur bien et avantage , et si elles ne veulent ou puis» sent s'y porter unanimement , et avec l'ardeur et générosité qu'elles ontcy-devant fait; car Je n'ai autre but que de leur bien faire, et a cette fin m'accommoder aux conseils et partis qu'ils jugeront plus utiles et salutaires, me voulant contenter de leur avoir fait remontrer par vous les accidens qui peuvent naître de la paix qu'ils prétendent faire , et de leur avoir ftiit dire aussi ee qu'il me semble qu'ils doivent et peuvent faire pour les éviter, et assurer leur État et gouvernement , avec ce que Je peux faire pour eux en cas de guerre , ainsi qu'il est porté par votre ins» tructlon , et l'apprendrez encore de la lettre qui sera avec la présente , laquelle étoit faite et prête à partir, quand J'ai reçu la vôtre du troisième , le 1 3 du présent. Je vous répéterai seulement Jeux choses par celle-ci. La première, que vous ne devez faire état que nous puissions engager le roi d'Angleterre à se Joindre avec moi si cordialement et utilement que son agent le donne à entendre par delà; et veut le sieur de Barneveld le faire accroire , en faveur et bénéfice des Provinces-Unies, soit pour la paix ou pour la guerre, mais principalement pour cette dernière, tant lui déplaît et a à contre cœur la liberté et puissance desdites Provinces , comme lui et ses mi** nistres s'en sont déclarés souvent à moi-même et aux miens : tant lui et ses conseillers se défient de nous en toutes choses , et sont jaloux de la neutralité et condition qu'ils ont épousée. De

sorte que son désir est de porter tesdites Provin^i ces à la paix , et d'être seul garant et fidéjusseur de l'observation d'icelle , pour s'autoriser et faire respecter davantage de part et d'autre , s'entendant très-bien avec les archiducs pour gagner cet avantage à mon préjudice. £t faut que Je vous dise que j'ai occasion de croire que Bar* neveld est de la partie ; car il désire tant ladite paix, et s'y est engagé si avant , que comme il connolt ou estime que j'approuve et affectionne moins ce parti que ledit roi d'Angleterre, il pen^ ohe aussi et s'appuie plus de son côté que du mien : mais il ne fiiut pas faire semblant de s'en apercevoir.

J'en userai envers ledit roi d'Angleterre, et continuerez le semblable avec son agent et tous autres , pour les bonnes raisons que vous m'avez écrites. Le second point que J'entends vous répéter, est que je prévois et reeonnois que les Espagnols, et avec eux les archiducs, veulent retarder et prolonger leur traité tant qu'ils pourront, pour lasser et ennuyer de cettie longueur lesdites Provinces, et par ee moyen les diviser et affoiblir, afin de s'avantager aux conditions d'un accord 9 et obtenir d'eux qu'ils fassent une trêve à longues années , au lieu d'une paix finale, afin de n'être contraints de renoncer à cette souveraineté à laquelle lesdites * Provinces pré* tendent, quand bien les Espagnols ratifieront ce que les archiducs en ont passé par ladite cessation , dont Je fais grand doute , ainsi qu*il est porté par mon autre lettre. Je vous répéterai donc que J'estime que c'est le pire parti auquel les Etats se puissent attacher que ladite trêve ; car ils seront contraints de demeurer armés à grands frais; ils s'endormiront en la jouissance des commodités et douceurs d'icelle; ils donueront entrée aux menées et corruptions que l'on fera avec eux ; ils seront moins soigneux de for* mer et établir à présent un gouvernement solide et propre pour conserver leur liberté ; leurs armes passées et futures demeureront moins justifiées; leurs voisins ne traiteront alliance avec eux si librement qu'ils feront si par une paix finale ils sont dès à présent reamnua pour gens libres et souverains ; et leurs adversaires pourront, quand ils voudront, et sera leur avantage, violer ladite trêve , et ne leur manqueront prétextes de ce fiiire, non plus que de semer la dis* corde et défiance parmi leur union. C'est pourquoi je vous dis derechef ne pouvoir approuver ce parti, auquel néanmoins je prévois qu'on les réduira à la fin, s'il ne leur arrive encore pis, principalement s'ils n'avancent et abrègent leur résolution pour ladite paix ou pour la guerre ; mais 11 n'est besoin qu'Us envoient vers moi pour

M PÈÉSTDfeKt iElNNlN/

savoir ma volonté , mon inferyention et ai^issistaoee, puisque vous la savez, et que je vous ai donné tout pouvoir de la leur départir. Je ne serai marri toutefois qu'ils envoient , si bon leur semble, en Angleterre : mais ils abrégeroient bicQ leurs affiiires , s'ils obtenoient que ledit roi d'Angletarre envoyât ses députés vers eux, (onune j'ai fait, juins attendre d'y être eonviés par lo leurs. Toutefois je remets à eux d'en user eoname ils aviseront pour le mieux.

Je sais que l'Espagne prisera grandement la

révocatioD de leurs navires , laquelle le Cordelier

1 obtenue. Il va toujours gagnant quelque

those de ce qu'il désire , et si les avis que j'ai

(TEspague et de Flandre sont véritables, ils

D'aoront pour cela la ratification et déclaration

dn roi d*£q»gne qui leur a été promise , de quoi

QûQsseroDs tôt éclaircis. Et quand elle leur sera

tooroie par ladite cessation, il ne s'ensuit pas

qo'elie leur soit continuée et renouvelée , traitant

ladite paix, et moins pour la susdite longue

tme. Je ne doute point aussi que TEspagnol ne

recherche d'unir l'Anglais avec lui contre moi,

ctqoeeettai-ci n'y entende plus volontiers qu'il

ae fera le contraire, tant il est mal conseillé ;

iBais je pois difficilement y remédier, car l'incli-

utioQdfidit Anglais est toute manifeste , et plus

iemcSndie de lui témoigner mon amitié, et

^<B^ par la représentation de son propre

^ a oaa société étroite, il s'en recule davan-

^pirae^ déportemens et par ses paroles. Mais

<!càaeffl'empéche pas de dormir, car je connois

â portée et la disposition générale de ses sujets.

ie xfois d'avis que lesdites Provinces, ayant reçu

^ ratification et déclaration du roi d'Espagne

»r ladite cessation d'armes, pressassent les ar-

dâdacs dœtrer en conférence et traité d'une

paixiinale, pour la résoudre au plus tôt, ou

^ édairds de leur volonté devant l'arrivée

^ Flandre des nouvelles forces qu'ils font venir

d Italie , de l'acbeminement desquelles vous ver-

^ la certitude par le double de la lettre du duc

^ Savoie, que j'ai commandé vous être envoyé :

Ç^t certain, si l'on tire cette négociation en

^oieur, que la condition desdites Provinces

^rera grandement , à cause de leur nécessité

n foiblesse , et que chacun fera difficulté d'y

i^iposer le sien , à cause de l'incertitude du suc-

ttt et de la juste défiance qu'a engendrée leur

pnwédé en ladite cessation d'armes, que ne me

^ pas diminuer le refus qu'ils font de l'acte

que tons Imir aves demandé , et le dire d'un des-

diti Etats sur ce sujet que vous m'avez présenté

par votre lettre : qui sera tout ce que je vous

euousonderai sur icelle, remettant le surplus à

>tt précédente , et priant Dieu , messieurs Jkaii-

NiN| px BViAnvÀh et nx RtJSsV, qu*il vous ait en sa sainte garde.

Ecrit à Fontainebleau le seizième jour de juin 1607.

Lettre de M. de Villeroy à M, Jeannin, du

iSjuin 1607.

Monsieur, j'syoute encore la présente aux au« très ci-jointes, par le commandement du Roi| pour vous faire savoir, encore que nous ayons mauvaise opinion de la volonté et sincérité en notre endroit du roi d'Angleterre, que nous n'entendons néanmoins rejeter sa société, soit en la guerre ou en la paix, si elle est offerte; au contraire nous estimons que vous devez continuer à vous en découvrir et parler ouvertement au sieur Barneveld , comme à tous ceux qui a^ fectiounent cette union , sans toutefois par trop vous fonder ou confier aux belles paroles de son agent, ni des autres qui penchent de son côté, car ils sont tous trompeurs ; mais si nous rejetons ouvertement cette conjonction, l'on estimera peut-être moins notre intervention et assistance, L'archiduc et le roi d'Espagne ont sujet de la désunir, et irriter davantage le roi d'Angleterre au préjudice du Roi et leurs partisans aux Etats, qui sont ceux qui désirent passionnément la paix, lesquels nous apprenons par vos lettres excéder les autres en nombre et pouvoir, et procurer que l'intervention d'Angleterre soit préférée à celle de Sa Majesté. Nous avons ce jourd'bui mieux considéré votre dépêche dernière, sur quoi Sa Miyesté a avisé vous faire savoir, par moi, qu'il croit que ces messieurs ne doivent plu9 être pressés ni conseillés par vous de reprendre le parti de la guerre, puisque de sept Provinces dont leur corps est composé, les six sont portées à la paix , et que le prince Maurice n'a assex d'autorité et de puissance pour leur faire changer d'opinion ; qu'il faudrait que la France demeurât seule chargée du secours d'argent, qui est excessif, duquel ils auroient besoin sans espérance d'en profiter, et au hasard d'être après abandonnés des Etats au fort des affaires.

Nous disons donc qu'il faut buter avec eux h la paix, y porter et avantager le prince Maurice et sa suite , tant que l'on pourra, et en presser et avancer la négociation et résolution, par les moyens que vous jugerez le plus à propos; de quoi nous remettons la direction à votre juge-; ment, nous promettant que vous saurez bien considérer de ne leur donner jalousie de cette mutation. Ce que nous craignons est qu'en lâchant la bride en cela auxdits Etats, ils courent à ce parti précipitamment et inconsidérément, et que l'Espagnol reconnoissant leur chaleur s'en avantagCt

liîEGOCtÀTtO^S

Nous nous déflotiâ aussi de là volonté du roi d'Espagne, touchant la souveraineté; car nous savons qu'il ne peut avaler ce morceau ; et sur cela nous concluons qu'il élira le parti de la trêve, duquel Sa Majesté ne veut ouïr parler, pour les raisons portées par la dernière lettre que Sa Majesté vous écrit. Partant nous vous prions d'en dissuader le choix le plus que vous pourrez, et devant qu'ils s'y engagent. En quoi toutefois nous entendons que vous vous conduisiez encore avec la discrétion que vous jugerez nécessaire , s'ils se résolvoient d'élire ce parti , qu'ils aient occasion de s'en cacher du tout de vous et de nous. Et, combien que nous blâmions l'ampliation de la cessation d'armes pour les raisons que nous vous écrivons, toutefois nous louons ce conseil que vous avez pris , d'y faire résoudre la Zélande, pour les raisons que vous nous avez représentées. Mais nous désirons que la Zélande sache bien particulièrement le gré que le Roi lui sait du respect qu'elle lui a rendu , et de l'affection et confiance qu'elle a fait connoitre lui porter. En quoi Sa Majesté entend et désire que vous les confortiez et échauffiez tant qu'il vous sera possible , promettant , à tous événemens, de l'avantage et du contentement. Travaillez donc à ce point, s'il vous plaît , avec soin et discrétion.

Toutefois nous avons aussi pris à cœur la retraite en ce royaume des marchands et autres qui ont accoutumé et sont aff riandés aux voyages des Indes, en cas que par la paix les Etats s'en départent, comme a fait l'Angleterre; car notre France a, comme vous savez, retenu cette faculté et liberté à nos périls et fortunes, sans que pour cela on puisse prétendre que nous contrevenions à nos traités ; vous assurerez donc tous ceux qui voudront continuer cet exercice , qu'ils seront protégés de la France et favorisés de sa bannière. L'on nous mande de Bruxelles que le Gordelier y a rapporté que les gens de Hollande quitteront volontiers ladite navigation, étant assurés de celle d'Espagne , et davantage qu'ils ne se formaliseront que le roi d'Espagne retienne au pays de Flandre , et autres appartenant à l'archiduc, des forces d'Espagnols, de quoi nous savons au vrai que l'archiduc, le marquis de Spinola, et le président Richardot, se sont fort réjouis , comme ils ont fait de ladite ampliation de la trêve. Prenez garde à toutes ces choses, comme à ce qu'ils feront des villes cautionnaires en cas de paix ; quel avantage ils donneront au prince Maurice et aux siens; quel ordre et forme ils donneront à leur gouvernenient; quelle résolution ils prendront pour assurer leurs affaires, et quelle place et autorité

ils entendent donner en leur traité à Sa Ma< jesté , et si devant ou après l'avoir conclu ils entendent faire avec nous une ligue défensive et offensive, comment et à quelles conditions.

Bref, éclaircissez-nous de toutes les délibérations au fait de ladite paix ; car nous inclinons maintenant à ce pai-ti, comme au plus suret plus utile pour eux et pour leurs alliés , depuis qu'ils sont aux termes que vous avez représentés par vosdites lettres ; mais ne parlez d'assurer ce qu ils nous doivent que quand vous jugerez qu'il sera à propos , afin de ne les faire effaroucher et cabrer à l'enfournement de cette négociation. Dom Diego d'Ibarra^ que nous appellerons dorénavant Olibrius pai* notre jargon, arriva hier en ce lieu l'après-dlnée, et part aujourd'hui pour Flandre : il est pressé. Je n'ai encore appris du Roi ce qu'il lui a dit, ayant salué Sa Majesté au nom de son Roi , et coigoui de la naissance de monseigneur le duc d'Orléans. Nous avons découvert que les avertissemens que l'on nous avoit donnés du roi d'Angleterre contre la France, sont faux, afin que vous n'en soyez plus en peine. Mais ne vous attendez pas que nous secourions ces messieurs d'autre argent, que de trois cent soixante et quinze mille livres, dont il est fait mention en nos autres lettres, pour les raisons et soupçons représentés par icelles, ni que nous élargissions davantage pour faire la guerre que nous vous déclarons aussi par lesdites lettres, et moins que nous entreprenions une guerre ouverte contre le roi d'Espagne, pour mettre les autres à couvert, et après dépendre de la volonté d'autrui. Je suis las d'écrire, mais je ne le serai jamais de vous honorer et servir : à tant, je prie Dieu, monsieur, qu'il vous conserve en bonne santé.

De Fontainebleau , le quinzième jour de juin

Votre, etc. de Nsufville.

AtUre lettre de M, de Villeroy à M. Jeannin, du même jour quinzième juin 1607.

Monsieur, vous aurez encore ce petit mot de moi, pour vous dire que dom Diego d'Ibarra s'est tenu fort secret parlant au Roi ; mais quand il a su de Sa Majesté que la révocation de l'armée navale des Hollandais de la côte d'Espagne a été accordée, il a montré s'en réjouir grandement. Le roi d'Angleterre ne parle à nous ni à notre homme qui est près de lui , qu'entre les dents. Prenez garde, je vous prie, à ne faire voir le contenu des lettres particulières que je vous écris, qu'à ceux que vous jugerez bon qu'elles soient communiquées, parce qu'elles contiennent le secret des intentions du Roi , que Sa Majesté vous confie entièrement A quoi j'ajouterai que

^ DU PRÉSIDENT JEÀNNIIir.

woswos défions un peu de la secrète correspondance qasL en Angleterre le sieur de Barneveld, et partieulièrement avec Tarchiduc. Prenez-y garite donc s'il vous plaît, et me continuez votre buojie grâce, conune étant, monsieur, votre, etc.

DE Neufville.

Ce 15 juin 1607, à Fontainebleau.

Lettre de M. de la Boderie à M, Jeannin^ du

i S juin 1607.

Monsieur, j^ai appris par celle qu'il vous a plu m'écrire, du troisième de ce mois, et votre arrivée, et le commencement de votre négociation, ie ne doute point que vous ne trouviez de la divenité dans les esprits de ceux dont les Etats des Provinces-Unies sont composés. Les plus sages sans doute appréhendent la paix , comme ttUe 9DU8 laquelle il y a infinis pièges. Les autres, qui ne regardent que les choses présentes oa prodiaines , las des dépenses de la guerre , et alliés de cette espérance de liberté, y fermeront b yeox. Pour confirmer les uns et réveiller les utns, il seroit grand besoin que ce Roi ici avec IcD&tre, y missent la main à bon escient; mais otrtes, je vois tant de foiblesse, et en l'esprit, et ni moyoïs de celui-ci, que Je ne sais quasi que vous en promettre. Sur ce que vous me mandez TkM. Caron avoit charge de faire office envers ^yoar renvoi de ses députés, je fus voir ledit Mr Cann, délibéré , au cas qu'il ne s'y disposAt,étfake l'office moi-même. Je le trouvai qui ftsïtpiû k partir pour aller voir le comte de Sa&bary, en résolution, après l'avoir vu et prélat, d'aller le lendemain voir le Roi même. Cela fit que je n'estimai point m'en devoir mêler davantage, tant parce qu'en effet j'ai comiDâiidement du maître de ne les plus presser, àeçiiàs que je lui ai fait savoir la froideur dont j{ reconnoîssois qu'ils marchoient, que parce qœ je juge qu'ils en parleroient beaucoup plus ^onfidemment audit sieur Caron. Hier il me vint ^oir pour me fidre rapport de ce qu'il en avoit «tiré.

Le comte de Salisbury, du commencement, résista fort à cette proposition , disant que son M ne pouvoit avec dignité envoyer le premier pv devers ceux qui avoient montré faire si peu i estime de lui , que de conclure une trêve , et M de nouveau une telle ampliation à icelle , Àias lui en avoir communiqué aucune chose , ^uQtre leur obligation et leurs promesses , et qu'il Êilloit qu'ils envoyassent les premiers ; et puis que, selon que son maître entendrait de leurs députés , il se résoudrait à ce qu'il auroit à fàin. Sur cela, lui ayant ledit sieur Garan commnniqué la lettre de M. de Barneveld, et remon-

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