‹ Les négociations du président JeanninChapitre 31 sur 33 · II. C. D, M. T. IV · texte numérisé non relu

II. C. D, M. T. IV

sant l'Espagne d'argent Font affoiblie d'hommes; et le bannissement des Morisques appauvrit et fait aussi de grandes solitudes en plusieurs endroits dudit pays.

Et pour l'Italie, le duc d'Ossonne ayant déjà fait sortir quatre mille Napolitains et trois mille Wallons qui y étoient passés pour la guerre contre les Vénitiens et le duc de Savoie , le roi d'Espagne ne sera pas conseillé d'en tirer plus grand nombre, ou ne le voudra accroître que de peu de gens, parce qu'il sait bien que les Vénitiens et le duc de Savoie sont aux écoutes pour entreprendre sur lui quand ils en verront l'opportunité , l'un et l'autre estimant que de son affoiblissement en Italie dépend la sûreté de leurs Etats; outre ce que, depuis le traité fait avec eux , les premiers se plaignent qu'ils n'ont pu obtenir de lui la reddition des galères et marchandises prises sur leurs sujets, encore qu'il y fût obligé par ledit traité, et le duc de Savoie, à cause de l'échange du marquisat de Montferrat que le roi d'Espagne poursuit avec le Crémonois, ce qu'il estime ne pouvoir être fait qu'à son trèsgrand dommage et au préjudice du diûërend qui est remis à la chambre impériale, dont il espère bon succès , qui sera néanmoins sans fruit si ce grand prince devient seigneur dudit marquisat, pour la difficulté qu'il y aura de l'arracher de ses mains. Il pourra craindre aussi, s'il laisse ses Etats d'Italie dégarnis de forces suffisantes pour les garantir de toute invasion , que le Turc faisant grand armement par mer en ce printemps, n'y entreprenne et trouve moyen de s'y accroître avec facilité , cette crainte n'étant pas vaine si on considère quelle est son inimitié contre toute la maison d'Autriche et la grandeur d'Espagne, qu'il désire toujours diminuer et miner du tout quand il pourra.

Il ne reste donc plus que les forces qu'il pourroit tirer d'Allemagne ou celles qu'il entretient es Pays-Bas, où est sa meilleure et plus aguerrie milice, de laquelle il a déjà tiré dix mille hommes qui ont été envoyés au secours de l'Empereur sous la charge du comte de Buquoy, qui sont aujourd'hui si fort diminués par la longueur et fatigue des chemins, par les combats qu'ils ont eus, et les maladies qui se sont mises parmi eux , qu'ils sont réduits à présent à peu de gens, y ayant même raison pour croire que le roi d'Espagne , qui voit les Etats armés puissamment, et toujours en volonté de faire entreprise sur lui quand ils pourront , nonobstant que la trêve ne soit finie , y voudra aussi laisser des forces suffisantes pour empêcher leurs desseins, et d'autant plus qu'il sait les intelligences que les Etats ont avec les autres princes et Etats de même religion,

.^^^ MELINGES DIPiOXlTlQUlS

qui soDt intéressés en la protection et affermîBseroeat de la nouvelle conquête du Palatin, lesquels penseront avoir fait beaucoup pour son secours, quand ils seront cause d*erapécher que le roi d'Espagne ne tire de nouvelles forces dudit pays. Et quant aux forces d'Allemagne, il ne les faut point mettre en compte non plus, encore qu'il eût accoutumé d'en composer le plus grand nombre de ses armées , à cause du mauvais état auquel est à présent TEmpereur et le reste de sa maison , aussi que tous les princes y étant armés pour eux-mêmes, soit pour se défendre ou pour assaillir, tous les gens de guerre ont déjà pris parti avec les uns ou les autres.

Cette énumération de forces fait assez connottre que l'Empereur n'en tirera pas du roi d'Espagne de si grandes, et aussi promptement qu'il en a besoin, et par ainsi qu'il sera en trèsmauvais état s'il n*est secouru d'ailleurs , et principalement de la France, qui pourra animer les autres souverains catholiques à suivre son exemple, s*ils voient le Roi se sentir obligé d'employer par effet son autorité et ses forces pour garantir l'Empereur de la chute qu'il ne peut autrement éviter; et à la vérité Sa Majesté ne pourroit demeurer neutre et spectateur en cet endroit , sans blâme, et sans être tenu pour déserteur de sa religion , qui sera perpétuellement en très-grand péril par l'accroissement et avantage que l'autre prendra.

On ne laisse pourtant de considérer et prévoir que Sa Majesté ne sauroit prendre aucune résolution en cette affaire qui soit exempte de tous dangers et inconvéniens ; car elle doit craindre qu'en faisant sortir du royaume des forces pour le secours de l'Empereur, que ses sujets séparés de l'Eglise ne se veuillent contenter des édits faits en leur faveur , mais essaient d'émouvoir du trouble en leur faveur au préjudice de son autorité , et de la sûreté et protection qu'il doit à tous ses bons sujets ; et cette crainte le pourroit arrêter et tenir en quelque irrésolution, n'étoit qu'il est assez puissant pour donner ce secours, et retenir ses sujets en obéissance et devoir, avec ce qu'il veut mieux espérer d'eux, et qu'ils seront plus sages et mieux conseillés quand ils se représenteront l'affection de Sa Majesté à conserver les édits faits en leur fa-

veur, et la paix du royaume. Elle pourroit encore être retenue de ce respect , que le secours sera pour endommager des princes qui ont autrefois assisté nos rois contre la puissance d'Espagne , et d'aucuns Empereurs de cette même maison.

Mais la religion Toblige à mépriser toutes ces considérations, et en faisant voir qu'il n'a autre

dessein que d'aider à la mettre eo sûreté par une bonne paix , chacun louera son entreprise et dessein , et jugera que c'est avec prud^oe qu'il craint que le contre-coup du mal qui peut arriver par la victoire absolue des protestans ne tombe enfin sur ses Etats, et soit cause de rendre plus insoleus et moins obéi^sans ceux qui font profession de la même religion qu'eux.

J*estime donc que Sa Majesté doit commencer SOI) entremise par l'envoi d'une ambassade solennelle, et de personnes d'éroinente qualité, tant vers l'Empereur et les princes catholiques, que vers ces princes protestans qui favorisent le Palatin; lesquels ambassadeurs seront assistés des principaux et plus expérimentés personnages de son conseil d'Etat , pour obtenir s'il est possible une diète et assemblée générale das deux partis, y compris les prinees étrangers qui s'y voudront employer, et qu'on reoonnoftra affectionnés à la paix plutôt qu'à &ire continuer la guerre, et pour avoir temps et loisir de conférer ensemble, et aviser quels moyens, ouvertures et expédiens il y aura pour y parvenir i^ar quelque accommodement et composition , poursuivre pareillement une surséance d'armes, san$ laquelle ladite assemblée seroit inutile 9 les aetes d'hostilité accroissant plutôt l'aigreur es esprits des princes qui sont en armes t qu'elle ne les adouciroit et disposeroit à la paix.

Cette entremise rendra un témoignage pQbllc de son zèle à la religion et à la paix publique; et si elle n'est si heureuse que de faire finir la guerre , elle pourra servir pour retirer quelquesuns des princes protestans, même de ceux qui sont luthériens, afin qu'en affoiblissant quelque peu le parti qui est à présent le plus fort, il soit rendu plus capable d'entendre à la paix, leur remontrant sur ce sujet que la religion des calvinistes leur est autant ennemie que celle des catholiques, et qu'ils sont toujours désireux d'entreprendre par la force d'abolir toute autre religion que la leur , comme on l'a vu et reconnu en leur conduite du passé ; que la puissance du nouvel élu roi de Bohème qui suit cette même religion, leur doit être autant ou plus suspecte que celle de la maison d'Autriche, à cause des grands appuis qu'il a tant en Allemagne que dehors, lesquels sont affectionnés et intéressés à maintenir sa grandeur et sa religion ; que la maison d'Autriche vieillit, ayant d^'à passé le temps de son accroissement , et étant sur le déclin ; au contraire , la grandeur du Palatin est en son orient, et n*a pas encore atteint sa vigueur, par ainsi est plus à craindre. On y peut aussi «û<>u^r <I^ l'Empereur et les princes qui sont à présent eu cette maison , sont plutôt disposés et ençUne à

;&Ù PBESIBENt JfiAÏVNtm

conserver la paix qu^à rechercher les moyens de troubler par les armes la tranquillité publique, outre ce qu'il y a peu d'apparence qu'ils le puissent faire quand ils en auroient la volonté, même si en mettant la paix en Allemagne on la fait avec les conditions qui seront Jugées néces* saires pour y maintenir la liberté publique , et empêcher que les uns ne puissent entreprendre sur les autres.

Sera pareillement remontré à l'Empereur en particulier le mauvais état auquel sont à présent ses affairas, et, si on ne les peut mettre mieux , qu'il lui seroit plus expédient de remettre quelque chose de son droit en cette foiblesse , et de céder un peu à la violence de ce torrent , que de hasarder tous ses Etats en voulant conserver tout, et de considérer aussi comme prince catholique , si les protestans demeurent les maîtres par une victoire entière qui est déjà presque entre leurs mains, les grands dangers auxquels sera expo- Bée la religion catholique.

Et à. tous ces princes ensemble, de l'un et l'autre parti , les dangers que doit apporter la durée et continuation de cette guerre , qui ne mettra pas seulement le feu et le sang en Allemagne , mais par toute la chrétienté ; étant certain , tout ainsi que les princes et Etats séparés de réalise romaine se sont unis ensemble pour assister le Palatin et agrandir ses Etats et sa religion , que tous les souverains catholiques qui sont demeurés en l'obéissance d'icelle, seront obligés et contraints, s'ils ont quelque soin de leur religion, d'en faire autant, non pour aucune haine qulls aient contre lui et sa maison , ni pour désir de s'accrottre , mais pour s'acquitter de ce devoir. Car encore qu'on publie à présent que ce n'est à la religion catholique qu'on en veut , les catholiques doivent considérer que ce n'est pas le temps de s'en déclarer, et qu'il faut attendre qu'on soit en état de le faire avec sûreté ; cette prudence étant nécessaire pour diminuer le nombre des ennemis, et empêcher que les princes catholiques ne prennent part en cette querelle comme y étant intéressés; mais ils ont trop de raisons de craindre que ce qui est avenu souvent du passé, et presque toujours en pareil cas, n'avienne encore en cet endroit.

Et cette crainte qui n'est pas vaine sera cause de faire une guerre de religion que tous les souverains doivent éviter et avoir en horreur , pour ne remettre au sort des armes ce qu'on doit at- . tendre avec patience de la seule grâce et bonté de Dieu qui nous peut réunir quand il lui plaira, et faire entrer son saint esprit en nos cœurs pour embrasser sa vraie doctrine, que nous tenons cétreen l'église catholique, apostolique et romaine.

Pendant laquelle guerre , qui sera sans doute de longue haleine, et fera épancher beaucoup de sang, le Turc trouvera une grande facilité d'entreprendre sur les pays et Etats des chrétiens , lorsqu'ils les verra affoiblis par les plaies qu'ils auront reçues les uns des autres, et de rendre par ce moyen assujétis à sa barbare cruauté et insupportable tyrannie les personnes et notre religion même qui deviendra serve et esclave de l'Alcoran de Mahomet.

Si ces raisons ne servent de rien pour induire ces princes à la paix , et que le Roi se trouve obligé , comme il est par la conscience et devoir, à donner secours à l'Empereur et aux princes catholiques qui auront aussi en la volonté de rechercher et embrasser les conditions d'une bonne et raisonnable paix, encore faudra-t-il ré> soudre avec eux comment et en quels endroits on voudra employer les forces.

Peut-être que les princes qui assistent l'Em*' pereur ne jugeront pas qu'il soit à propos de les faire servir dans les Etats du Palatin , craints que leurs pays et sujets n'en reçoivent même dommage, et qu'en le faisant aussi le roi d'Angleterre se sente davantage obligé à secourir ou* vertement et de toutes ses forces l'ancien patrimoine de son gendre; que le prince d'Orange, qui a grand pouvoir sur les Etats des Pays-Bas, emploie à même effet les forces qu'il commande, et y joigne encore bon nombre de Français de même religion , lesquels penseront y avoir intérêt; au lieu que si la guerre n'est qu'en Bohême , lieu beaucoup plus éloigné , ils s'en sou* cieront moins, et le roi d'Angleterre, qui n'a voulu jusqu'ici rompre avec Espagne , estimera y pouvoir envoyer quelque léger secours, demeurant en même état avec Espagne, et sans entrer en inimitié ouverte.

Ce qu'avenant, et qu'il faille faire passer les forces qui seront envoyées au secours de l'Empereur jusqu'en Bohême, il sera nécessaire d'assembler tout le secours , afin qu'il puisse traverser en sûreté une grande longueur de chemin, et être en état, s'il est besoin, de combattre avec avantage et en espérance de bon succès.

11 est vrai que si l'Empereur se trouvolt si puissamment assisté qu'il pût être maitre de la campagne quelque temps, et assaillir les villes impériales qui sont riches, et néanmoins fort foibles , et les pays aussi d'aucuns des protestans qui ont plus d'animosité contre sa maison , abandonnant pour peu de temps ce qui a été déjà occupé de la Bohême, que Tintérêt feroit bientôt changer de volonté à la plupart de ses ennemis, et leur feroit désirer la paix par un bon accommodement , de même affection que les princes

MÉLANGES DlPLÔMATlQITtiS

qui la recherchent à présent; maïs il ne peut espérer cet avantage , si le roi d'Espagne ne fait quelque grand effort, et veut coucher de son reste pour le garantir de ruine , et par ce moyen conserver la réputation qu'on a eue du passé de sa puissance et grandeur.

Or on ne peut être éclairci de tout ce que dessus que sur le lieu , et après avoir reconnu Tinclination et résolution tant de lui que des princes, dont les armes doivent être employées en cette guerre pour l'un ou l'autre parti : et lors sera de la prudence des ambassadeurs , qui savent déjà que c'est l'intention du Roi de rechercher tous moyens de faire la paix , d'y disposer autant qu'ils pourront les députés de l'assemblée, pour après en donner avis à Sa Majesté, et recevoir là-dessus nouveau commandement : car de penser qu'on puisse dès à présent ajouter à leurs Instructions tout ce qui est nécessaire pour y parvenir, il est impossible, pour n'être Sa Majesté bien informée du secours que l'Empereur peut espérer des forces de ses amis, et des intentions de ceux qui seront en ladite assemblée.

S*ii est plus expédient de faire paix avec ceux de la religion prétendue réformée que de continuer la guerre.

L'insolente et audacieuse témérité de Fassemblée et ville de La Rochelle , qui doit être tenue pour une vraie rébellion , a contraint le Roi de leur faire la guerre , et à ceux qui les ont assistés , contre la résolution qu'il avoit prise de maintenir la paix entre tous ses sujets, et de faire garder de si bonne foi les édits faits en faveur de ceux de la religion prétendue réformée, qu'ils n'eussent aucun prétexte de troubler la tranquillité publique; et comme son entreprise étoit Juste, il a aussi plu à lal)onté divine bénir et rendre heureux son travail, sa patience, son courage et les périls auxquels il a exposé sa personne. Mais , n'ayant pu jusqu'ici ramener à son obéissance ses sujets qui étoient en rébellion , Sa Majesté a demandé à ceux dont elle a accoutumé se servir en ses principales affaires , si elle devoit continuer la guerre pour mettre ce qui reste de cette faction en état de ne se pouvoir faire craindre à l'avenir , ou bien s'il étoit meilleur et plus assuré d'attendre ce bien par la paix : c'est en quoi les avis ont été divers, encore qu'ils aient tous une même affection de bien et fidèlement servir, alléguant d'une part et d'autre des raisons qui méritent considération.

Ceux qui préfèrent la continuation de la guerre allèguent ces raisons, que le Roi ne pourra Jamais rencontrer et trouver ensemble tant de commodités et avantages pour mettre cette en-

treprise à heureuse fin qu'il y en ft à présent ; car Sa Majesté a fait amas d'une grande somme d'argent par des moyens extraordinaires, pris en partie sur son revenu ordinaire et à la diminution d'icelui , partie sur son peuple, qui a volontiers contribué et souffert tout pour se délivrer des périls de cette faction , qu'ils voyoient renaître trop souvent; lequel argent sera consommé et employé ailleurs, la paix étant faite, sans qu'il y ait aucun moyen de faire à l'avenir un pareil amas pour y avoir recours au besoin.

Que la paix leur donnera moyen de s'accroître et mieux unir ensemble qu'ils ne sont à présent, n'y ayant aucune apparence qu'ils la reçoivent comme une grâce et bienfait provenant de la bonté du Roi pour lui en savoir gré, et les rendre mieux disposés à l'obéissance qu'ils n'ont été du passé, mais plutôt comme une nécessité de finir la guerre pour ne les avoir pu miner tout d'un coup.

Qu'ils sont encore autant divisés qu'ils étoient lorsque la guerre commença, et peut-être plus, à cause que les prospérités et avantages que le Roi a pris sur eux les ont affoiblis , le naturel commun des hommes n'étant pas de se précipiter aux périls de la mauvaise fortune d'autrai quand ils les peuvent éviter, comme il sera aisé de faire demeurant en obéissance et devoir.

Qu'ils ne peuvent à présent tirer aucun secours des étrangers, qui sont tous occupés es guerres d'Allemagne ou des Pays-Bas, lesquelles seront pour durer plus long-temps que la nôtre, attendu les grandes difficultés qu'il y a parmi eux, soit qu'ils les veuillent faire finir par les armes, ou par quelque composition.

Qu'ils ne peuvent non plus espérer que quelques princes, seigneurs, gentilshommes et autres catholiques , se joignent avec eux pour les fortifier, comme il est avenu autrefois; car ils sont tous affectionnés au service du Roi et désireux que cette faction qui a si souvent troublé l'Etat soit du tout exterminée , du moins contrainte de se contenter de l'observation des ^ts faits en leur faveur , et de la recevoir avec obéissance et soumission.

Les autres au contraire qui préfèrent la paix comme un remède innocent et plus assuré, sans péril , sans perte de gens et de finances, et sans la ruine du peuple , ont aussi de fortes raisons. Ils ne peuvent premièrement demeurer d'accord que les raisons alléguées pour fondement de la continuation de la guerre soient véritables et certaines, comme de présupposer que la division qui a été parmi eux an commencement de cette guerre doit encore continuer, si elle n'est plus grande , sans considérer que plusieurs de ladite

BU PBESIDENT JEANKIN.

religion étoîent demeurés en obéissance lorsqu'ils croyoient qu'on n'en vouloit qu'à la rébellion. Mais ayant reconnu depuis que ceux-ci avoient été aussi maltraités que les autres qui avoient pris les armes; que les premiers et principaux du conseil publioient hautement que le Bol ne vouloit plus souffrir autre exercice de religion que de la catholique dont il fait profession ; que les prédicateurs en remplissoient leurs sermons, essayant de persuader aux peuples que tous autres conseils étoient profanes et sentoient leur impiété 9 il n'y a point de doute qu'ils auront changé d'avis , et tiendront cette guerre pour une vraie guerre de religion , qui les enveloppera tous en même péril s'ils ne sont assez forts pour s'en garantir par les armes.

Et quant aux étrangers qui sont de leur religion, il est bien vrai qu'ils sont à présent occupés pour la plupart es guerres d'Allemagne ou des Pays-Bas ; mais on doit considérer que l'une ou l'autre, ou les deux ensemble, peuvent finir avant la nôtre ; que le roi d'Espagne , conjoint d'amitié, peut-être d'alliance plus étroite, avec le roi de la Grande-Bretagne, montre de vouloir faire finir celle d'Allemagne par le rétablissement de l'électeur Palatin en son ancien patrimoine et dignité, lui se départant de ses nouvelles prétentions , tant pour obliger le roi de la Grande-Bretagne, et tirer pareille assistance de lui en affaires qu'il a avec les Etats, soit en les abandonnant si la guerre y continue, ou les contraignant , par la crainte qu'ils auront de n'être assistés de lui, de consentir à une trêve qui soit avantageuse pour ledit roi d'Espagne, que pour obliger aussi l'électeur Palatin, en reconnoissance de ce bienfait, à demeurer toujours conjoint à tous les intérêts de la maison d'Autriche, suivant l'exemple des successeurs de Télecteur Maurice de Saxe, investi par l'empereur Charles y de la dignité d'électeur qu'il avoit ôtée à Jean Frédéric après l'avoir vaincu, lesquels, quoique de religion différente à celle des empereurs de la maison d'Autriche , se sont toujours montrés depuis affectionnés à tous leurs intérêts. On peut encore ajouter que les Espagnols , qui étendent leur prévoyance au loin^ estiment, rétablissant l'électeur Palatin en cette dignité, prendre un meilleur et plus assuré conseil pour la maison d'Autriche que d'en investir le duc de Bavière , prince catholique, qui pourroit devenir avec le temps assez puissant pour faire sortir TEmpire de la maison d'Autriche, et le mettre en la sienne : ce qu'ils ne doivent craindre de l'électeur Palatin qui ne peut espérer d'y parvenir tant qu'il demeurera en la religion dont il fait à présent profession.

Or, si ces considérations sont suffisantes pour induire le roi d'Espagne à prendre ce conseil en faveur du Palatin, on doit croire que l'Empereur, qui tire son principal appui et secours de ses forces, le suivra, soit de volonté, ou comme étant obligé et contraint de le faire.

Puis la raison veut que le roi d'Espagne, ayant ces deux grandes guerres en Allemagne et es Pays-Bas, qu'il ne peut soutenir qu'avec trèsgrande dépense, fasse ce qu'ont accoutumé de faire les souverains qui sont sages, quelque grands et puissans qu'ils soient, quand ils ont plusieurs ennemis ensemble en même temps, qui est de traiter avec les uns pour faire la guerre plus puissamment et avec plus de vigueur aux autres, par ainsi qu'il fera finir l'une de ces deux guerres et celle où il trouvera encore plus d'avantage, si ce n'est qu'il s'en veuille délivrer du tout pour le soupçon auquel il pourroit être d'entrer en mauvais ménage avec nous, à cause de l'entreprise qu'il a faite sur la Yalteline. Or la cessation de guerre en l'une ou l'autre de ces deux provinces suffira pour donner des étrangers aux ennemis, et quand même elles continueroient , nous devons prévoir qu'ils en pourront tirer d'Angleterre, et même des Provinces-Unies, non peut-être par délibération publique , mais par connivence, et en feignant de ne voir ce qu'ils seront bien aises de souffrir, ces deux derniers y étant affectionnés et intéressés à cause de la religion , tenant pour un bon appui pour leurs Etats que cette faction soit toujours conservée entière et puissante dans le royaume.

Le roi d'Espagne même, quoique prince catholique, ne sera pas fâché de nous voir occupés à cette guerre , et l'Empereur ni les princes protestans d'Allemagne n'en seront fâchés non plus, et se rendront spectateurs de nos misères comme nous avons fait des leurs, sans faire paroitre que nous en eussions quelque ressentiment et volonté d'aider à leur soulagement , et à éteindre le feu qui étoit chez eux, nous arrêtant à ces conseils du milieu qui sont les pires de tous , d'autant qu'ils n'obligent les amis et ne nuisent aux ennemis , ne servant qu'à faire connoître la lâcheté , foiblesse et mauvaise conduite des souverains qui les suivent pour n'en oser prendre de plus résolus, qui obligent les uns en offensant les autres.

Ces raisons nous doivent donc persuader que ce n'est pas un fondement bien certain de présupposer que continuer notre guerre, elle ne laissera de finir plutôt que celle qui est parmi les étrangers , et par ainsi que les ennemis ne se pourront prévaloir de leur secours. Or quand ils ont eu des étrangers , chacun sait en quels périls ils ont

MELANGES DIPLOMATIQUES

mis le royaume ; et pour le mieux considérer représentons-nous ce qui est avenu es guerres passées qui ont commencé il y a soixante ans contre la même faction et continué à diverses reprises, en sorte qu'on a toujours eu depuis guerre ou paix insidieuse, qui n'a servi que pour se tromper l'un l'autre; qu'on a donné et gagné de grandes et sanglantes batailles en intention , et avec désir de les ruiner du tout si on peut, qu'étant vaincus ils trouvoient toujours moyen de se remettre sur pied bientôt après, et de se faire assister d'étrangers, en sorte qu'on étoit contraint de leur donner la paix, qui étoit presque aussitôt rompue qu'accordée, pource qu'on ne la faisoit pas pour établir un bon et assuré repos dans le royaume, mais pour chercher les moyens de prendre quelque avantage l'un sur l'autre par ruse et tromperie. Les adversaires le firent voir à Meaux durant la paix, lorsqu'ils essayèrent de se saisir de la personne du roi Charles IX, et depuis encore à Saint-Germain-en-Laye. Le roi Charles de son côté fit encore pis à la Journée de Saint-Barthélémy, qui fut cause d'un très-grand massacre par toute la France, lequel enveloppa un nombre infini d'ames innocentes avec les coupables , violence et fureur qui ne servit que pour noircir et diffamer l'ancienne candeur et simplicité du nom français envers toutes les autres nations delà chrétienté, et non de ruiner ceux contre lesquels on avoit exercé cette cruauté. Car le siège ayant été mis incontinent après devant la ville de La Rochelle, puis levé sans la prendre , après y avoir beaucoup perdu de gens et consommé grand nombre de finances, ils se défendirent aussi avec si grand courage et opiniâtreté en tous les autres endroits du royaume , où ils furent assaillis en même temps, qu'on fut contraint de leur accorder derechef la paix , et d'accroître le nombre et le temps des villes qui leur avoient été laissées en gai*de, pour les assurer contre notre perfidie et déloyauté, le roi Charles, la Reine sa mère et son frère qui fut roi après lui sous le nom de Henri III , ensemble le conseil qui étoit lors près d'eux , ayant mieux aimé prendre cette résolution , qui sembloitétre foible et peu avantageuse, pour ne tenter trop souvent avec péril le hasard d'un combat général contre cette faction, qui étoit toujours assistée d'un secours étranger assez puissant pour leur faire bien espérer de l'issue d'une bataille. Tant de mauvais et peu heureux succès de la guerre faite à feu et à sang , puis par ruse et tromperie, toujours à même dessein de les ruiner, firent prendre résolution au roi Henri III , peu de temps après son retour de Pologne, de mettre la paix dans le royaume, en intention de la garder sincèrement et de bonne

I foi^ en établissant par ce moyen un ferme et assuré repos entre ses sujets, par lequel il ^ promettoit d'affoiblir et ruiner cette factioo avec plus de facilité par douceur qu'avec la vioKnce des armes, et de les faire contenter de l'exercice de leur religion suivant les édits, jusqu'à ce qu'il eût plu à Dieu de les rappeler à son Eglise; et à cet effet prit dès lors un grand soin d'exhorter les prélats, et autres ecclésiastiques ayant charge sous eux , de vaquer avec diligence, chacun es leur ressort, à l'instruction de ceux qui étoieot sortis de l'Eglise, et lui-même en parloitaux personnes de qualité dont la conversion pouvolt servir d'exemple et de persuasion aux autres; ajoutant aux raisons qui regardoient leur salut leâ gratifications, les charges, honneurs et blenf)iits qu'il donnoit largement et très- volontiers à ceux qui retournoient à l'Eglise , ne faisant autre mal à ceux qui vouloient vieillir en leur erreur, sinon de leur faire connoltre qu'ils ne dévoient rien espérer de lui que la Justice et l'observation des édits, sans participer aux gratifications qui dévoient dépendre de sa seule faveur et bienveillance. En quoi toutefois il se conduisoit avec si grande dextérité et prudence, qu'il ne leur donnoit aucun juste sujet de se plaindre que les édits faits en leur faveur étoient violés; et cette sage conduite commençoit d'être si heureuse , que plusieurs en toutes les provinces du royaume se réconcilièrent à l'Eglise , et furent si bien traités du Roi , qu'ils servoient d'exemple aux autres pour les inviter à ce devoir; et pour le regard des autres qui voulurent vieillir et finir leurs jours en leur erreur, un grand nombre d'entre eui firent instruire leurs enfans en notre religion, disant qu'ils s'y pou voient aussi bien sauver qu'eo la leur; et, reconnoissant que leur religion sen toujours odieuse à nos rois, et que ceux qui en feroient profession auroient plutôt à craindie leur indignation qu'à en espérer des grâces et bienfaits, ils les vouloient exempter des pertes, incommodités et dangers qu'ils avoient soufferts à cette occasion, cette même raison ra'ayantété alléguée par un vieux gentilhomme des ffleiHeo* res familles de Bourgogne , qui ne se voulant changer fit instruire son fils à la religion catholique au collège des Jésuites à Dijon.

Or la paix ainsi pratiquée fut très^omraageable à ceux de cette faction. Je peux alléguer pour un témoignage certain le jugement que le feu Roi en faisoit lorsqu'il étoit chef de œ partie lui ayant ouï dire plusieurs fois, comme d'autres l'ont ouï aussi bieii que moi , que la guerre ouverte ne leur avoit Jamais tant fait de mal que cette paix ; car ceux qui faisoient profession Aladite religion se voyant en sûreté, et jouisant

DU PRESIDENT JEÀNNIN.

de leurs biens et de l'exercice de leur religion , De voutoient point quitter le repos quand les plus factieux essayoientde les induire à reprendre les armes, sous quelque prétexte que ce fût, et que pour les y contraindre et obliger, comme si c eût été pour leur propre salut , il avoit quelquefois durant la paix fait planter des échelles la nuit par ses plus confldens contre les murailles d*aucanes de leurs villes de sûreté, lesquelles y étoient laissées par eux comme surpris , publiant après que cela avoit été fait par quelques catholiques qui en avoient eu commandement secret du Roi, et s'ils ne s'y opposoient par les armes qu'ils seroient bientôt ruinés.

Mais cette paix fut interrompue par la simplicité et te zèle Indiscret d'un grand nombre de catholiques , et le dessein d'aucuns de plus grande qualité qui pensolent tirer profit de la guerre, publiant contre le Roi, pour le rendre odieux à Tendroit des catholiques, qu'il avoit fait la paix, non pour affoiblir ceux de la religion prétendue féformée, mais pour les fortifier, lui qui étoit si bon catholique qu'il penchoit plutôt à la superstition , qu'il ne défailloit en la créance d'aucun article reçu et approuvé en l'église catholique , apostolique et romaine , et qui avoit si souvent exposé sa vie en leur faisant la guerre, que ce soupçon ne le devoit aucunement toucher ; et néanmoins cette calomnie eut tel pouvoir sur lui qu'elle le contraignit à renouveler les armes, qui furent enfin malheureuses pour les auteurs de ce conseil qu'il fit tuer à Biols, et malheureuses après pour lui-même qui fut massacré neuf mois après par un moine, lequel commit cet exécrable parricide loi-sque le Roi étoit au milieu de son armée, en espérance d'être bientôt maître par les armes d'une faction très-puissante qui s'étoit élevée contre lui pour venger la mort des deux princes qu'il avoit fait mourir à Blois. Or cette mort ayant fait parvenir à la couronne le feu Roi , appelé à cette succession par les lois du royaume, quoiqu'il fût lors séparé de TËglise, 11 fut contraint de se servir de ceux de sa religion , aussi bien que des catholiques qui étoient demeurés avec le feu roi Henri lU , et de souffrir à cette occasion leur accroissement qu'il a toujours continué depuis, les ennemis qu'il avoit a combattre pour conserver son héritage étant si puissans dans le royaume même, et assistés par le dehors de si grands princes, que sans être favorisé de la bonté divine, qui inspira au cœur du Roi de rentrer à r£glise, et sans son courage , sa prudence et la bonnne conduite dont il usa pendant la guerre, le royaume eût été dissipé et mis en pièces , ou occupé par l'Espagnol qui étoit le plus puissant, et prétendoit avoir mérité ce loyer en reconnois-

sance du secours qu'il avoit donné à la religion catholique.

il est donc bien aisé , en considérant le peu de profit que les guerres du pa^sé ont apporté , les grandes dépenses , la perte d'un nombre infini de gens, et la ruine du peuple, qu'on a souffertes, à cette occasion, et au contraire les heureux succès de la paix, déjuger quelle résolution il faut prendre aujourd'hui , attendu qu'après avoir affoibli cette faction comme le Roi a fait , il peut mettre la paix dans le royaume avec tous les avantages qu'il lui plaira, et achever après sans péril , et par un remède du tout innocent, qui est celui de la paix, ce qui restera de cette faction, y procédant avec le même soin et prudence que faisoit le roi Henri ili. Car si ce remède fut lors utile, il y a même ou plus grande raison de l'espérer à présent, pource qu'étant plus foi blés qu'ils n*étoient lorsque ledit roi Henri III fit la paix avec eux , ils seront plus capables d'écouter la raison , et de se ranger à l'obéissance et au devoir.

Puis la paix chez nous nous donnera le moyen de persuader au roi d'Espagne, comme à un prince notre ami et allié, l'amitié duquel nous devons désirer de conserver, de nous faire raison de la Valteline , et de considérer que le Roi ne peut souffrir cette injure au dommage de ses anciens amis et alliés, et au grand mépris de son autorité, sans être contraint de venir aux armes, qu'il veut fuir et éviter, prévoyant bien que ce nouveau ménage et ouverture de guerre entre eux deux , qui sont les plus grands princes de la chrétienté, et les vrais et seuls protecteurs de la religion catholique, seroit cause de mettre le feu partout, et d affoiblir la religion catholique à l'avancement de la religion prétendue réformée, d'autant que, pour résister à la puissance d'Espagne, le Roi seroit contraint de souffrir beaucoup en son royaume de ceux de ladite religion , et de se servir même des princes , Etats et nations qui en font profession, auxquels la grandeur d'Espagne déplaît et fait peur : raisons que le roi d'Espagne saura mieux considérer et recevoir de nous avec plus grande efficace, nous étant en paix, que si nous avions la guerre chez nous, qui nous rend méprisables et impuissans pour servir à nos amis, ou pour nuire à nos ennemis.

Ecrit fait par M, le président Jeannin , peu après la paix faite avec ceux de la religion prétendue réformée, contenant son avis et les moyens de la faire durer.

Le Roi a pris un sage conseil de donner la paix à ses sujets, laquelle à mon avis sera plus

MELANGES DIPLOMATIQUES

Utile pour son service et le bien da royaume que la continuation de la guerre , pourvu que nous apportions le soin requis pour en bien user.

Car Sa Majesté a réduit la rébellion à deux places, rendu le reste du royaume libre, et déchargé des forteresses qui pouvoient donner moyen aux factieux d'y nourrir la guerre. Elle a fait connoltre, tant chez lui parmi les siens qu entre les étrangers, qu'il est patient, peut supporter le travail, quelque grand et excessif qu'il soit, qu'il est courageux, et sait mépriser les périls, soit du mauvais air, des maladies dont son armée a toujours été assiégée, ou celui même qui lui pouvoit arriver par les armes de ses ennemis : en quoi il s'est acquis une grande réputation, qui le fera aimer par ses bons sujets, craindre et respecter par les plus factieux , et par ses voisins aussi , qui sauront bien considérer qu'on ne le pourra offenser, ayant les forces d'un grand et puissant royaume, accompagnées d'une sage conduite, sans se mettre en péril. Il est vrai qu'il y a encore d'autres sujets, quoiqu'ils n'aient pas l'esprit porté à la rébellion, lesquels par une malignité envieuse blâmeront toujours la guerre, quand ils en ressentiront les incommodités comme ils ont fait, et néanmoins blâment aussi de même à présent la paix, n'y ayant rien qui puisse contenter leur goût et sentiment; mais il se faut peu soucier de ceux-là, et s'arrêter au bien général, sans s'assujétir à leurs fantaisies.

Outre ces raisons qui ont dû induire le Roi à faire la paix , il a considéré que la guerre ne pourroit finir qu'en la continuant au moins toute l'année prochaine, et qu'il lui seroit difficile, sinon en chargeant trop ses sujets , de prouver un fonds suffisant pour fournir à la dépense requise, attendu l'avarice des gens de guerre, qui servent plutôt pour tirer profit que pour acquérir honneur et s'acquitter de leur devoir.

Et s'il faut Jeter les yeux au dehors , Sa Majesté a aussi pu prévoir que l'Allemagne, lasse de la guerre , épuisée de moyens , et déjà fort ruinée, essayera de trouver quelque moyen de se mettre en paix en leur assemblée de Ratisbonne, attendu même le soupçon auquel l'Empereur et le roi d'Espagne sont entrés , que le parti du Palatin , qui sembloit être abattu, montre de se pouvoir relever, en espérance d'être assisté des électeurs de Saxe et de Brandebourg, lesquels pensent avoir intérêt d'empêcher que la dignité de l'électeur ne tombe es mains d'un prince catholique ; car, encore que les luthériens et calvinistes ne soient pas du tout bien ensemble, si craignent-ils davantage l'accroissement des catholiques qui sont déjà plus puissans par toute

la chrétienté, et le serolent plus encore en Allemagne, cette dignité d'électeur étant possédée par un prince catholique.

Puis le roi d'Angleterre fait connoltre à présent être offensé de ce que le roi d'Espagne ne fait rétablir son gendre en son ancien patrimoine et dignité, suivant les promesses qu'il loi en a faites dès long-temps; et s*il se déclare, comme il y a grande apparence qu'il fera, il sera sans doute assisté du roi de Damemarck et du duc de Brunswick, parens prochains du Palatin; raisons suffisantes pour persuader en rassemblée de Ratisbonne de mettre l'Allemagne en paix.

A quoi on peut ajouter que le roi d'Espagne, épuisé déjà par tant de dépenses qu*il a faites, y entendra volontiers pour se décharger de la dépense qu'il a faite en cette guerre, et peut-être sera encore disposé de faire la trêve es. £ays- Bas, laquelle dépend de lui; car les Etats la désirent et en ont aussi besoin, et ainsi ils l'accepteront aux conditions de la précédente, combien que ce ne soit pour tant et de si longues années.

Tout ce discours n'est fait, sinon pour montrer, la paix arrivant en Allemagne, ou la trêve es Pays-Bas, avant que d'avoir mis la paix chez nous, que les ennemis n'eussent pas manqué d'être fortifiés d'un grand nombre d'étrangers avec l'avance de peu d'argent, pour nouscootraindre lors à faire une paix honteuse et dommageable, comme il est avenu trop souvent du passé : au lieu que le Roi les ayant prévenus par la paix qu'il a donnée à ses sujets à telles conditions qu*il lui a plu , et néanmoins assez avautageuses pour leur faire connoltre son inclination à voir un bon et assuré repos entre tous ses sujets, les a obligés à lui rendre une perpétuelle obéissance.

On doit aussi mettre en grande considération pour louer et approuver la paix , qu'elle nous donne le moyen de penser et pourvoir aux affaires du dehors qui sont en très-mauvais état; ce qu'on ne pouvoit espérer durant la guerre qui nous rendoit méprisables, et autant iropuissaos pour assister nos amis et alliés, que pour nuire à ceux qui eussent voulu entreprendre de nous offenser, et principalement pour faire réparer les usurpations et changeroens faits par le roi d'Espagne en la Valteiine, aux Grisons et parmi les Suisses catholiques, non en se jetant précipitamment en une guerre ouverte contre lui, que nous devons finir et éviter autant qu'il nous sera possible, mais en lui persuadant comme à un prince sage, catholique, et notre ami et allié, que cette guerre , dont 11 seroit seul cause , mettroit le feu partout, et accroîtroit l'autorité et pouvoir de ceux qui sont sortis de l'Eglise, coo-

DU PRESIDENT JEÀNNIN.

tre le vœu et désir de ces deux grands rois et seuls protecteurs de la religion catholique par toute la chrétienté, d'autant que le Roi ne pouvant souffrir Tindignité qu'il reçoit en cet endroit sans un trop grand blâme , honte et mépris, seroit contraint, à son très-grand regret et déplaisir, de joindre avec lui tous ceux de ladite religion. Mais Sa Majesté se promet tant de sa conscience, de son intégrité et prudence, qu'étant convié à ce devoir par notre Saint-Père, elle y apportant ce qu'elle fera de sa part pour conserver son amitié , qu'il lui rendra le même respect, et jugera sainement qu'il doit prendre ce conseil , sans mettre en considération quelque présent et léger intérêt qui seroit suivi de trèsgrands dangers et inconvéniens pour l'un et pour l'autre, tant en la religion qu'en leurs Etats.

Notre premier soin doit donc être de composer amiablement, s'il est possible, ce différend, en remettant plutôt pour y parvenir quelque chose de notre droit , afin d'éviter une longue et périlleuse guerre. Car, encore que la grandeur et ambition d'Espagne soit suspecte à tous les princes et potentats de la chrétienté, lesquels n'oublieront rien pour mettre ces deux couronnes en guerre ouverte , si est-il certain que peu nous y assisteront, bien assurés qu'elle durera longtemps, attendu leurs grandes forces et puissance, et cependant qu'ils demeureront tous en paix, garantis des dangers qu'ils craignent de la grandeur d'Espagne. Etant déchargés de la crainte de cette guerre , il n'y a point de meilleur et plus innocent remède pour achever de ruiner la faction qui est parmi ceux de la religion prétendue réformée, que de suivre le conseil que prit le roi Henri III , lequel après leur avoir fait la guerre à outrance avec des forces qui sembloient être invincibles , donné et gagné des batailles sanglantes, comme lieutenant -général du roi Charles IX son frère, èsquelles il a voit toujours eu lavantage , employé depuis , durant le règne de son frère et le sien , la peau du renard quand celle du lion venoit à défaillir , en faisant une paix qui auroit toujours été insidieuse, tant de leur côté que de celui des ennemis, enfin devenu roi, se résolut quelque temps après de garder redit fait en leur faveur, sincèrement et de bonne foi ; exhortant les prélats et autres personnes ecclésiastiques ayant charge d'ames , de travailler incessamment, et avec soin et diligence, pour instruire ceux qui étoient sortis de rEglise; et lui-même y exhortoit plusieurs personnes de qualité, les assurant de sa blenveilance, et de recevoir de lui honneurs et bienfaits fils quittoient leur erreur ; faisoit connoftre aux tutres qui demeureroient opiniâtres, qu'ils ne

dévoient espérer aucune grâce et faveur de lui, mais la seule observation des édits, apportant néanmoins une si grande dextérité et prudence en sa conduite, qu'ils étoient privés en effet de se pouvoir accroître par nouvelles charges et honneurs, sans avoir aucun sujet de se plaindre que les édits faits en leur faveur étoient violés. Ce que plusieurs d'entre eux ayant bien reconnu , et considéré que leur religion étoit odieuse à nos rois, et par ainsi qu'ils n'en dévoient rien espérer, plusieurs d'entre eux retournèrent à l'Eglise, et un grand nombre des autres qui voulurent persister en leur erreur, auquel ils auraient passé la plus grande part de leur vie, firent dès lors instruire leurs enfans en notre religion, disant qu'ils s'y pouvoient aussi bien sauver qu'en la leur , créance qui est encore aujourd'hui en l'esprit de plusieurs, laquelle pourra beaucoup servir pour les faire retourner à nous, y trouvant leur salut , de la sûreté , du bien et de l'honneur; au lieu qu'en leur erreur ils doivent tout craindre; et le fruit de ce conseil, qui croissoit tous les jours, et commençoit à être fort grand, fut interrompu par le zèle indiscret de quelques catholiques trop simples et peu clairvoyans, et le dessein ambitieux d'autres de plus grande qualité, lesquels, pour les rendre odieux et tromper les vrais catholiques et bons sujets, publièrent partout que le Roi, prince catholique s'il y en eut jamais, et ennemi de cette faction, avoit néanmoins pris ce conseil pour la favoriser. Ce qui le contraignit de rentrer en nouvelle guerre, qui a tant accru le nombre, autorité et pouvoir de ceux qui étoient de cette opinion, qu'enfin ils ont eu moyen de se faire craindre en troublant l'Etat , et de lui faire perdre la vie par un parricide exécrable trop funeste à la religion et à l'Etat , dont le mal eût été sans remède s'il n'y eût pourvu par la valeur et conversion à la religion catholique du roi Henri-le- Grand, qui affermit notre religion par sa vraie et non feinte conversion, et remit l'Etat par sa sage conduite en plus de réputation, grandeur et autorité, qu'il n'avoit été plusieurs siècles auparavant.

Le roi Henri III s'étant contenté de faire la guerre à la faction , non à la religion , voulant persuader ses sujets qui étoient en erreur , plutôt par ces moyens doux , qui étoient le plus souvent ordinaires et accoutumés à TEgiise, et de plus grande efficace que la violence et contrainte qui procédoit des armes, il mettoit aussi en considération, si la guerre se faisoit pour la religion, que les princes et Etats qui faisoient la même profession pourroient être de la partie pour leur intérêt , et , cela avenant , que la France serait en danger de servir de théâtre pour décider le

llELÀNGBS DIPLOMATIQUES

différend de la iTligion, non-seulement pour nous, mais pour toute la chrétienté. Chose périlleuse, attendu le grand nombre des Etats, peuples et nations qui sont sortis de l'Eglise , lesquels conviennent aisément ensemble quand il est question de courir sus à ceux de la religion catholique ; et eux au contraire mettent plus souvent en considération leur intérêt particulier que le salut de la religion catholique, se confiant en la Justice de leur cause, que Dieu abandonne quelquefois par un jugement secret pour nos iniquité.

Outre cette conduite qui servira beaucoup pour tirer proflt de la paix , Sa Majesté fera sagement, s*il lui plait entretenir un corps d*armée de dix mille hommes de pied et environ quinze cents chevaux, qui seront mis et placés en trois endroits au plus , et es lieux où il y aura plus d'occasion de craindre quelque nouveau remuement. Elle peut faire cette dépense ajoutant peu à celle qu'elle fait déjà, qui est à présent distribuée en tant de menues parcelles , et dont les soldats sont si mal payés , à cause de l'avarice des capitaines et officiers qui tirent à eux leur solde, que cette dépense est presque inutile, y ayant peu de gens en effet , combien que le nombre soit grand en solde.

A quoi il sera aisé de remédier, premièrement quant au nombre et pour empêcher les larcins , si les paiemens se font au même temps du service, et aux soldats qui seront signalés et connus , et plutôt encore de quinze Jours en quinze Jours que de mois en mois, ordonnant qu'en chacune troupe il y ait un maréchal de France ou un maréchal de camp qui y commande , à changer de temps en temps pour les soulager, et qu'en chaque compagnie il y ait toujours aussi le capitaine ou lieutenant, et en cas d'empêchement légitime quelqu'un des autres ofQciers; et pour avoir de bons soldats, et qui soient instruits et accoutumés à la discipline militaire, que le chef qui commandera à toute la troupe , et chaque capitaine en particulier pour sa compagnie , ieur fasse faire l'exercice de mois en mois au moins. C'est chose qui dépend du tout de l'autorité et volonté du Roi , prenant la résolution d'en faire la dépense; et cette forme de milice rendra le Roi puissant , formidable , et préparé, tant contre les dangers et inconvéniens du dedans que dehors.

Et comme notre guerre nous a ôté la commodité de penser à ce qui étoit requis pour acquérir de nouvelles amitiés, et conserver les anciennes, au préjudice desquelles le roi d'Espagne fait tous les Jours des pratiques pour nous les faire perdre, et particulièrement celle qu'on tient bien avancée

entre TEspagneet l'Angleterre, dont nous devons craindre la conjonction qui ne peut être qu'au dommage de la France , il sera très-bon , et je dis nécessaire , d'envoyer quelque gentilhomme oo seigneur sage pour remercier le roi d'Angleterre des bons offices qu'il a faits , donnant conseil aux rebelles de rentrer en l'obéissance du Roi, et de perdre toute espérance du secours qu'ils se promettolent obtenir de lui : lequel pourra aussi s'informer sourdement de Tétat auquel est la recherche du mariage de l'infante d'Espagne avec le prince de Galles , et par même moyeu fera connoltre que l'inclination et désir du Roi est de vivre en une vraie et sincère amitié avec lui, et, s'il lui plaît le bien considérer , qu'il Jugera cette amitié devoir être stable , et plus utile à leur coih ronne et sujets que toute autre.

Discours sur les affaires de Hollande y f (Ai au mtns de décembre 1633.

Si la guerre du roi d'Espagne avec les Etats des Provinces -Unies des Pays-Ras doit être pins utile pour le service du Roi , le bien du royaume, celui des Etats et des amis et alliés de cette couronne , que le renouvellement de la trêve, si oula peut obtenir aux conditions de la première.

Si le roi d'Angleterre, qui est entré en traité avec le roi d'Espagne pour le' mariage du prince de Galles son fils avec l'infante d'Espagne, le conclut suivant son désir , et à cette occasion veut abandonner les Etats, ou se lésoudre seul entremetteur à l'exclusion du Roi pour faire la paix entre eux, quelle résolutioti Sa Majesté de* vrn prendre?

Il est bien vrai que les forces du roi d'Espagne étant occupées à cette guerre , il deviendra plus facile de remettre la Valteline en l'état qu'elle souloit être avant le changement qu'il y a fait; qu'il sera mieux disposé à la restitution du Palatlnat occupé par ses armes, et pensera moins aussi à molester les autres princes et villes franches de l'Empire, sur lesquelles il a déjà fait des entreprises que Sa Majesté a très-grand intérêt d'aider à faire cesser ; étant vraisemblable qu'un prince sage et bien conseillé ne voudra pas, quelque grand et puissant qu'il soit, provoquer tant d'ennemis ensemble contre lui, et eu un même temps , les uns étant contraints de se disposer pour se garantir du péril présent, et les autres qui en sont plus éloignés pour Juger par prévoyance , et avec grande raison , qu'il sera aisé de les vaincre s'ils demeurent séparés, et ne se Joignent ensemble pour s'opposer à l'ambition des Espagnols comme à un péril conunun qui ne diminuera Jamais Jusquesà ce que, par TafToibllssement des autres souverains , ils se soient

Bt PBESIDENT JEANNIW.

ouvert le chemin de parvenir à la monnreliie de la chrétienté à laquelle ils aspirent dès longtemps.

Mais il faut considérer que les Etats , qui ont le présent intérêt en cette délibération, aimeront mieux choisir le renouvellement de la trêve, s'ils la pouvoient obtenir aux conditions de la première, que d'entrer de nouveau en une longue et périlleuse guerre, dont le succès sera incertain , sans qu'ils soient assistés de l'appui et secours des rois de France et d'Angleterre.

Or il n'y a point d'apparence que le roi d'Angleterre, qui recherche l'alliance et l'amitié du roi d'Espagne pour le mariage de son fils, et pour obtenir de gré à gré la restitution du Palatinat, qid lui sera plus facile et assurée par cette voie que de la chercher par les armes pleines d'incertitudes et de périls, veuille offenser le roi d'Espagne et se déclarer son ennemi; étant plutôt à présumer au contraire, si le roi d'Espagne entend à ce mariage qu'il avoit toujours auparavant rejeté à cause de la diversité de la religion , qu'il le fera pour en tirer quelque grand avantage , et tant qu'il le tiendra en espérance de raccorder, que le roi d'Angleterre ne fera rien qui puisse détourner le roi d'Espagne d'y entendre.

Et quant au Roi, le soupçon qu'il aura toujours des Intentions et pratiques d'Espagne avec l'Angleterre , le rendra plus retenu et considéré à ne faire aucune déclaration contraire à l'alliance qu'il a avec le roi d'Espagne , confirmée par le lien d'un double mariage : aussi ne la peut-il rompre et violer sans encourir le blâme de perfidie , au casque lé roi d'Iilspagne remette la Valteline en l'état qu'elle souloit être, et ne fasse aucune nouvelle entreprise au préjudice de ses amis et alliés, et que Sa Majesté essaiera d'obtenir de lui en le persuadaut comme ami , et Jugeant plus utile d'y procéder ainsi, que d'entreprendre de l'y forcer par les armes avant qu'avoir tenté oe premier remède, qui est delà bienséance entre princes, amis et alliés, et du tout innocent et sans péril. Aussi ne seroit-ce pas prudence de tirer la guerre chez soi pour l'ôter de la maison d'autrui , quand on la peut éviter , et s'acquitter ensemble du devoir qu'on a à l'endroit de ses amis et alliés; joint qu'étant seul avec les Etats contre le roi d'Espagne , le roi d'Angleterre n'y voulaut être aucunement, Sa Majesté seroit contrainte de joindre avec elle autant qu'elle pourroit tous les autres souverains et Etats qui se Sont séparés de l'église catholique , et par ce moyen accroître leur faetion et créance à la diminution de la sienne même en ce royaume, d'où ceux de la religion prétendue réforniée ne per-

dront jamais aucune occnsion de s*avanta.s;er , quand ils penseront avoir assez d'appui pour Toser entreprendre avec espérance de bon succès. Ce qui fait encore douter davantage des inten-. tions du roi d'Angleterre, et des pratiques qui continuent entre l'Espagne et lui, c'est que l'un et l'autre y pensent trouver du profit et de l'avantage, le roi d'Angleterre pour les considérations ci-dessus déduites, et quant au roi d*Ëspagn& pour obtenir de l'autre qu'il abandonne les Etats, et en le faisent de 1 attirer à son amitié, et le conjoindre s*ii peut à tous ses intérêts , qui seroit son utilité évidente. Aussi ai-je appris que le feu duc de Lerme estimoit tant la paix avec l'Angle-» terre, qu'il souloit dire à son Roi , lorsqu'il manioit les affaires d'Espagne : « Ayons la paix , ix>nne intelligence et ferme amitié avec l'Angleterre , et nous ne craindrons point la guerre avec tout le reste de la chrétienté. » Le roi d'Angleterre pourroit encore entendre à cette conjonction avec le roi d'Espagne sans abandonner les Etats, à savoir en procurant par son entremise seule et sacs nous la paix entre le roi d'Espagne et les Etats, avec des conditions qui auroient de l'util iité bien certaine pour eux deux et leurs sujets, et quelque apparence aussi de sûreté pour les Etats : je dis apparence, parce qu'il y a bien à douter si la sûreté y sera vraie et entière en effet ; mais elle pourroit bien être assaisonnée de sorte qu'ils la recevroient bonne, comme si le roi d'Espagne déclaroit, comme il a déjà fait par la première trêve , qu'il ne prétend plus rien sur eux , qu*il les tient pour république et peuples libres, et qu'ils soient à Tavenir réputés membres de TEmpire et en dépcndans, avec mêmes privilèges, autorité et pouvoir que les princes et villes franches qui sont de cette qualité , et reconnoissent l'Empereur avec des charges si peu onéreuses, qu'elles n'entament aucunement leur lil>erté ; déclarant en outre qu'il ne demande rien d'eux, sinon qu'ils se promettent l'un à l'autre un mutuel secours d'Espagne et tous les Pays-Bas , y compris tout ce que les Etats possèdent, et de n'avoir aussi pour l'avenir que mêmes amis ou ennemis : en quoi ils entendoient comprendre le roi d'Angleterre, sans l'exprimer es conférences que nous avions ensemble, crainte d'offenser le feu Roi qu'ils voyoient n'être disposé à le souffrir. Cette ouverture fut déjà faite lors de la première trêve approuvée par les ambassadeurs d'Angleterre, mais rejetée par nous et par les Etats, sur ce que le roi d'Espagne leur demandoit quelque légère reconnoissance sans l'exprimer autrement ; ce qui leur fit craindre que cette réserve fût un moyen pour les faire retourner à leur ancienne sujétion. Ils avoient aussi lors l'ap*

MfiLANGBS DIPLOMATIQUES

pui et Tassistance des deux rois, qui leur faisoient mépriser les armes d'Espagne, puis les inimitiés étoient trop récentes, et tout ce qui provenoit du côté d'Espagne leur étoit suspect.

Mais aujourd'hui il y a du changement en leurs affaires , qui leur pourroit bien faire approuver ce qu'ils ont autrefois rejeté , les divisions qui sont parmi eux à cause du schisme des Arminiens ; les mécontentemens à cause de la mort du feu sieur Bameveldt et de la condamnation des autres personnes, que plusieurs d'entre eux tiennent plutôt être une vengeance que vraie et sincère Justice; Joint qu'un grand nombre de magistrats ont été déposés en plusieurs de leurs principales villes À cette occasion , dont le ressentiment est encore en leurs esprits. Ils mettront aussi en considération le soupçon qu'ils ont des pratiques d'Angleterre avec l'Espagne , et qu'ils ne s'oseroient promettre que nous entrions en guerre ouverte avec l'Espagne pour eux , et ne leur donnant que quelque petit et léger secours sous main, incertain encore à cause de nos mouvemens qui sont trop fréquens, il ne leur pourra servir qu'à faire durer la guerre, et non pour la faire à leur avantage. Puis ils craindront que le peuple ne se lasse enfin des grandes contributions qu'il leur faudra faire à l'occasion de la guerre qui sera de durée, et d'un événement fort incertain. Au contraire , la paix aux conditions susdites, le roi d'Espagne se départant de la reconnoissance qu'il demandoit sur eux , et le roi d'Angleterre étant conjoint avec eux en cette paix , la sûreté leur pourra sembler assez grande.

Peut-être qu'on dira le roi d'Espagne devoir être celui qui apportera plus de difficulté, mais Je ne l'estime pas; car si l'obligation est mutuelle entre eux tous de se secourir l'un l'autre , et de n'avoir plus à lavenir que mêmes amis et ennemis, il en tirera autant de profit que s'ils deraeuroient ses sujets , étant bien certain que les pays que les Etats possèdent à présent n'ont contribué a leurs anciens seigneurs que fort peu ; et même quand ils étoient en la sujétion des empereurs romains , ils n'étoient obligés à autres charges qu'à fournir armes, chevaux et le service de leurs personnes en guerre, sans contribuer aucune chose en argent; aussi a-t-on vu que l'une des premières causes de leur rébellion contre l'Espagne a été les impositions qu'on vouloit lever sur eux.

Quant au roi d'Angleterre , il n'y a aucune raison de douter qu'il ne désire et recherche volontiers la paix aux conditions susdites; car ce sera en effet renouveler l'ancienne alliance de la maison de Bourgogne entre l'Espagne qui y a succédé, entre lui et tous les Pays-Bas, à laquelle

les rois d'Angleterre ont toiy'ours aspiré avec très-grande aîffection, que ces deux rois tien* dront aussi utile pour eux qu'elle sera dommageable à la France, n'y ayant rien que Sa Majesté ne doive tenter, entreprendre et fiiire pour l'empêcher.

Il y a encore un scrupule qui pourroit retenir les Etats, c'est l'autorité et créance que le phnee d'Orange a sur eux, lequel a toujours la haioe et vengeance des choses passées contre l'Espagne, le soupçon des pratiques que les Espagnols pourront faire à sa ruine dedans eux sous prétexte de la paix, qu'elle lui retranchera aussi toutes les espérances qu'il pourroit avoir à cause des longs services que le feu prince d'Orange son père et lui ont faits aux Etats, dont il semble qu'il soit prêt à recueillir quelque fruit; mais comme il est fort sage et Judicieux , il pourra considérer qu'avec le temps la guerre et les grandes contributions qu'il faudra faire aux Etats à cette occasion , les lasseront, et leur feront désirer le repos, peutêtre en saison qui sera moins avantageuse et sûre pour lui et pour le pays dont il doit désirer la conservation. Puis il a déjà acquis tant de réputation par les armes , qull est tenu aujourd'hui pour le plus grand et expérimenté capitaine de la chrétienté : et quand on parvient à ce degré d'honneur, la prudence veut qu'on se mette à couvert, et hors les dangers de la malignité de la fortune, qui bien souvent efface et anéantit par les dernières actions tout ce que les premières avoient fait mériter et acquérir.

Tout ce discours n'est fondé que sur des conjectures et présomptions; mais elles sont tellement accompagnées de raison qu'elles ne doivent être méprisées. Ainsi, pour y prendre une résolution qui ait plus de certitude , il me semble, Sire, qu'il sera malaisé de prendre quelque résolution en cette affaire, qui soit exempte de tous dangers et inconvéniens; car on ne peut renou* vêler l'alliance avec promesse d'assistance et secours s'il en est besoin , sans laquelle assistance l'alliance seroit inutile aux Etats , et n'y a aucune apparence qu'ils la veuillent autrement désirer. Or cela ne peut être fait sans rompre du tout, et nous déclarer ennemis du roi d'Espagne; ce qui sembleroit être sujet à quelque blâme, à cause du double mariage fait depuis peu d'années, si nous ne recherchions, avant que nous déclarer ouvertement ses ennemis, d'obtenir de lui par voie amiable qu'il remette la Valteline en Tétat qu'elle souioit être, qui est la seule action dont nous avons eu sujet de nous plaindre depuis lesdites alliances, ou bien s'il ne fait quelque entr^ prise pour s'accroître au pr^udice de nos autres amis et alliés.

i>tl taBStD^NT JBARlIlir/

Je vent présupposer toutefois que nous avons assez de raisons pour nous exempter de ce blâme, et qu'il suffira de considérer si ce renouvellement d'alliance nous sera utile ou non; et pour en faire Jugement plus certain, il est besoin de considérer si le mariage du prince de Galles se fait avec l'infante d'Espagne ou non. Ne se faisant pas, on peut espérer que les deux rois de France et d'Angleterre demeureront conjoints en faveur des Etats pour leur conservation, et qu'ils s'obligeront encore eux-mêmes et leurs Etats et sujets à secourir l'un l'autre , au cas que le roi d'Espagne voulût à cette occasion entreprendre de leur nuire, selon qu'il fut fait à la première trêve , et désiré avec grande affection par le feu Roi qui m'en fit un commandement très- exprès : ainsi cette alliance aux conditions susdites pourroit être sans péril , ou il y en aura beaucoup moins qu'en abandonnant les Etats. Or comme on ne peut Juger ce qui sera de l'intention du roi d'Angleterre , soit pour le mariage ou pour l'alliance , qu'avec le temps, il sera plus expédient de différer la résolution avec les Etats, sans la conclure ou rejeter, Jusques à ce qu'on en soit du tout éclairci, et n'y aura que trop de raisons pour persuader aux Etats que cette surséance pourra être utile aussi bien pour eux que pour nous, leur faisant entendre notre intention être d'essayer à disposer ledit roi d'Angleterre à prendre plutôt ce conseil en commun avec nous, que de s'en séparer par une mutuelle et plus étroite alliance que celle qu'il avoit du passé avec l'Espagne.

Si au contraire ce mariage projeté, et que plusieurs tiennent déjà pour conclu, se fait, il est vraisemblable que le roi d'Espagne en pense tirer quelques grands profits et avantages, le premier desquels sera sans doute de lui figure abandonner du tout les Etats, ou bien de traiter avec eux par son moyen et intervention ; or l'un et l'autre sont grandement préjudiciables au royaume et fort à craindre.

Car s'il les abandonne, il y a du péril pour nous de prendre seuls leur défense , même s'il faut entrer en guerre ouverte avec l'Espagne , étant bien à craindre qu'il n'y ait encore une plus étroite conjonction entre l'Angleterre et l'Espagne que celle d'obliger le roi d'Angleterre à ne se plus mêler des affaires des Etats; ce qui ne pourroit être fait qu'au très-grand dommage de ce royaume; l'un fournissant gens de guerre à ceux de la religion quand ils voudront entrer en rébellion , l'autre sous main et couvertement de l'argent pour les entretenir, ce scrupule n'étant plus en l'esprit du conseil d'Espagne de se déclarer tocgours ennemis irréconciliables de tous ceux qui se sont séparés de l'Eglise : ils ont au-

trefois suivi ce conseil, lorsqu'ils le Jugeoient le plus expédient pour parvenir à la monarchie de la chrétienté à laquelle ils aspirent dès longtemps ; mais ce conseil leur ayant été malheureux , ils l'ont changé , et préfèrent à présent tout ce qui pourra avancer cet ambitieux dessein, se promettant que, devenus les maîtres, il leur sera aisé de pourvoir à la sûreté de la religion. On en a déjà quelques conjectures par la conduite dont le duc d^Ossonne a usé au royaume de Naples, et par les propos ordinaires que tient l'ambassadeur d'Espagne qui est à présent en Angleterre, comme aussi par ce mariage qu'ils avoient montré du passé awir en horreur. A quoi Je veux ajouter ce que le duc de Lerme souloit dire lorsqu'il avoit le principal maniement des affaires d'Espagne : « Ayons la paix avec l'Angleterre, et ne craignons rien de tout ce reste de la chrétienté , » Jugeant que par cette paix et confédération avec l'Angleterre, même si elle étoit offensive et défensive , nous serions retenus et empêchés de rien entreprendre contre les Etats d'Espagne, et par ainsi qu'il lui seroit loisible d'entreprendre et feire tout ce qu'il voudroit ailleurs. Je ne veux pas croire néanmoins que le roi d'Angleterre faisant ce mariage passe si avant avec l'Espagne , que de se déclarer notre ennemi pour aider à le croître.

Que si le roi d'Angleterre s'Interpose pour mettre les Etats en paix avec l'Espagne et les archiducs , comme il peut être fait par des ouvertures qui seront agréables aux uns et aux autres. J'y vois encore plus de dommage et de péril pour nous. On proposa déjà cette ouverture de la part du roi d'Espagne lorsque nous traitions la trêve à longues années que le roi d'Angleterre approuvoit : à savoir, que les Etats fussent soumis à l'Empire comme membres d'icelui, et conjoints avec ce que les archiducs possèdent es Pays - Bas pour vivre en amitié , et se conserver ensemble contre toutes sortes d'ennemis : le roi d'Espagne déclarant dès lors qu'il ne désiroit qu'une légère reconnoissance, les laissant en liberté avec l'exercice de leur religion, amsi qu'ils sont à présent, sans y apporter aucun changement. Il est vrai que cette ouverture fût rejetée par les Etats; mais à présent s'ils se voient abandonnés par le roi d'Angleterre , et qu'il se soit conjoint avec l'Espagne, ils pourront changer d'avis, et pour les induire le roi d'Angleterre propose> comme il a été dit ci - devant , le renouvellement de l'alliance ancienne des Pays-Bas avec la maison de Bourgogne, toujours désirée et poursuivie par les rois d'Angleterre , et Jugée utile aussi par les rois d'Espagne pour se fortifier contre nous; y ayant encore de grandes raisons pour persuader

MiLÀHGlS DH^lOXÀTtQUtS

eux Etats qults y trouveront leur sûreté, comme conjoints par ce moyen en amitié avec les rois d'Angleterre, et n'ayant plus de sujet de craindre l'Espagne, qui vraisemblablement ne voudra plus entrer en guerre contre eux pour y faire les mêmes dépenses, et courir les mêmes dangers qu'elle a soufferts du passé; et pource que le prince d'Orange est à présent celui qui a plus de pouvoir dans les Etats, le roi d'Espagne pourra consentir qu'il soit gourverneur perpétuel desdites provinces, lui donner de grands états et appointemens, et de l'honneur et commandement en ses armées, 6'il entre en confiance avec lui.

Ces raisons, qui nous font voir du péril de tous les côtés, apportent beaucoup de difficultés à cette délibération; mais le meilleur est à mon avis de différer encore notre résolution avec les Etats , «ans toutefois leur ôter l'espérance de notre alliance et secours , en leur représentant que ce délai est pour leur bien; que Sa Majesté enverra vers le roi d'Angleterre pour lui persuader de demeurer uni avec les Etats et avec nous, lui fera déduire les raisons de ce conseil, et que c'est son bien, sa sûreté et son honneur; lui offrir, s'il est besoin, secours pour aider à remettre le Palatin dans son ancien Etat , ofTre à laquelle il semble que nous soyons aussi obligés par notre propre intérêt, si nous ne voulons souffrir que TEmpereur, et par conséquent le roi d'Espagne, demeurent maîtres et seigneurs absolus de l'Allemagne, comme ils seront après avoir opprimé le Palatin, affoibli les autres princes, et ôté la liberté aux Villes franches, et deviennent si puissans par la conjonction des forces d'Allemagne, qui sont trèsgrandes , à celles qu'ils ont en Espagne , Italie ou aux Indes, qu'ils réduisent tout à leur discrétion. • Si le roi d'Angleterre veut faire ce mariage , et qu'il n'y ait aucun moyen de l'en divertir, lui persuader autant qu'on pouiTa que ce ne soit à conditions préjudiciables aux Etats et à ce royaume, qui a depuis plusieurs années vécu en amitié avec lui.

Et encore qu'on ait plutôt à désirer que le roi d'Espagne et les Etats rentrent en guerre , que •d'aider à renouveler la trêve et à les mettre en paix, néanmoins l'Angleterre ne se voulant joindre avec nous pour leur défense, il sera plus expédient de leur conseiller la trêve que la guerre, afin de n'avoir ouvertement le roi d'Espagne pour ennemi.

Et si on peut tant gagner sur l'un et sur l'autre que de faire continuer la trêve, je ne saurois toutefois conseiller d'abandonner les Etats, étant •certain que s'ils sont forcés de recourir à la paix avec TEspagne , qu'ils nous seront plus rudes et 'puissant ennemis que tous autres ; étant te na-

turel commun d*un chacun à*gweir plua da haine contre ceux qui nous ont été amis, desquels nous sommes abandonnés , que contre ceux avec lesquels nous avons toujours été en querelle et inimitié.

Je me souviens de la grande affectioD que k feu Roi , qui étoit prince très-sage et judicieux , avoit de séparer ces Etats de la domination d'Espagne, de la grande dépense qu'il y a faite, du mépris qu'il fit lors du péril qui lui pouvoit venir du côté d'Espagne en les acquérant pour amis , et qu'il tenoit leur amitié pour une grande sûreté à son royaume, qui lui devoit servir quand il seroit en guerre avec l'Espagne pou empêcher qu'on ne fit entrer des forces en son royaume du côté des Pays-Bas, qui étoit Feudroit dont les rois ses prédécesseurs avoient reçu plus de dommage, crainte que celles des Etats leur vinssent à dos pour les contraindre de penser à leur propre défense et conservation , et que de perdre aujourd'hui tous ces avantages, ce seroit chose honteuse, d'un très-grand docamage, et un signe évident de foiblesae on d^uar mauvaise conduite.

Ecrit fait par M. ie président Jeannin, envirw le mois de février 1622, iors du retour du Roi en cette ville, contenant ses raisons pour faire la paix,

SiBE,

Nous avons grande occasion de louer Dieu dt ce qu'après tant de peines que vous avec prises, tant d'incommodités que vous avez souffertes, et tant de dangers auxquels vous aves exposé votre personne, il lui a plu bénir et rendre heureux votre soin et travail ; car, encore que ^ooi n'ayez pas achevé entièrement votre entreprise, si est-il vrai que vous avez plus avancé en six ou sept mois que les prédécesseurs rois n'avoient fait en plusieurs années, y employant toutes leurs forces et moyens, et pour comble de bonheur vous êtes retourné glorieux, el en trèsbonne santé, qui est le bien que nous devons estimer le plus, d'autant que de la conservation de votre personne dépend celle de l'Etat, et k salut, sûreté et repos de vos sujets.

Tous vos bons siyets ont aussi reçu un trèsgrand contentement d'avoir entendu que votre Majesté veut agir et exercer dorénavant tootes les fonctions qui appartiennent vraimeot à sa seule personne et dignité, comme à distribuer les charges, honneurs, états et bienfaits; et pour la direction et conduite des affaires princîi»les et plus Importantes du royaume , établir un bon et sage conseil auquel elles seront traitées et résolues eu Yotre présence, sans les plus

W p&toDKNt iÈkvmitf-

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mettre à nn homme seul , n'y en ayant point qui soit assez capable pour supporter seul la pesanteur de ce fardeau ; outre ce que personne ne peut être élevé en une si souveraine autorité, que la vôtre n'en reçoive très-grande diminution. Les grands et sages rois en ont toujours usé ainsi, et le feu Roi, prince très-sage et judicieux s'il y en eut jamais , ne falsoit rien aux grandes affaires sans prendre le conseil de ceux qu*il lui avoit plu choisir, lui ayant ouï dire plus d'une fois, quand ils étoient d*avis contraire au sien, qu'il aimoit mieux suivre le leur que de s'arrêter au sien.

Vous avez de quoi choisir en votre royaume pour faire l'établissement de ce conseil , en y employant aucuns des grands , et d'autres particuliers dont la vertu, fidélité et expérience est connue. Je mets en premier lieu la Heine votre mère, princesse sage et vertueuse , qui , outre les affections que la nature donne , s'est déjà acquis de l'expérience au maniement des affaires publiques et à ses intérêts, si conjoints avec les vôtres, qu'ils n'en peuvent jamais être séparés, pour quelque cause que ce soit; puis les princes de votre sang, et entre eux M. le prince qui est en un âge plus avancé, et a déjà fait connoître qu'il est très-affectionné et capable pour vous bien et fidèlement servir; M. le comte de Soissons commence aussi d'entrer en uu âge où il se peut rendre utile à votre service : l'honneur qu'ils ont de vous appartenir, et leur intérêt à la conservation de l'Etat, les obligent d'avoir soin de la conservation de votre personne , de laquelle dépend leur salut particulier et celui de l'Ëtat. Et quant à 'Monsieur, votre frère, il est bien né; M. le colonel qui est son gouverneur prend grand soin de le maintenir au respect, à l'obéissance et au service qu'il vous doit, lui faisant connoitre, comme par la nature il est votre frère, et en cette qualité comme égal à vous-même, que vous êtes aussi son Roi et son seigneur, et que si Dieu disposoit de vous, il n^y auroit plus de sûreté pour lui; vous le conserverez pour jouir après vous , et les enfans que nous espérons que Dieu vous donnera , du droit qui lui appartient par les lois du royaume ; et si vous l'aviez perdu aussi, Sire, votre autorité seroit pareillement mal assurée. On l'a vu du règne du roi Henri 111 ; autant que son frère le duc d'Anjou a vécu, on n'osa rien attenter contre sa personne et son £tat, encore qu'ils ne fussent pas en bon ménage ensemble. Les autres princes et seigneurs qui sont élevés aux plus grandes dignités de la couronne, y apporteront aussi sans doute la même affection et fidélité, et tiendront à honneur d'être employés et de servir sous un bon et

juste roi qui a la crainte de Dieu, et ne fait sortir de lui que toutes actions de vertu , courage et générosité.

Bien est-il à désirer, pour rendre leur assistance et conseils plus utiles et exempts de tout mauvais soupçon, qu'il plaise à votre Majesté les exhorter de bannir et ôter de leurs esprits les secrètes inimitiés, jalousies et divisions qu'on y a entretenues avec grand soin et artifice jusques à présent, plutôt pour intérêt particulier que pour votre service, afin que, n'ayant plus aucune rancune et animosité les uns contre les autres, ils vivent ensemble en une amitié civile, éloignée de toute faction et mauvais dessein, pour vous donner les conseils qu'ils jugeront ea leur conscience être les plus utiles pour la con«servation de votre autorité, et le bien et soulagement de vos sujets.

Ces divisions entre les plus grands et premiers d'un Etat ont été pratiquées souvent es petits Etats où les souverains à cause de leur foiblesse craignent tout, comme aussi es grands Etats occupés par tyrannie contre les lois du pays, et gouvernés encore après l'usurpation avec même violence ; mais es grands et puissans royaumes où la loi seule &it recevoir et reconnoltre celui qui est le vrai et légitime souverain, comme au nôtre , où nos rois ont pour conduite l'observation des lois et de la justice , ensemble le pouvoir de récompenser ceux qui font bien , et faire punir les méchans , cette division est toujours dommageable, et le sera encore plus en ce royaume qu'ailleurs, à cause de la légèreté et inconstance de notre nation qui est désireuse des nouveautés.

Le gouvernement ainsi établi rendra. Sire, votre règne heureux et florissant, et fera cesser avec le temps les désordres qui y ont été intro» duits et amassés en plusieurs années par la licence et fureur des mouvemens , et à l'occasion d'autres défauts dont il ne se faut plus souvenir que pour les avoir en horreur, afin de n'y plus retomber ; car, ayant les intentions bonnes et justes , et le jugement sain et entier pour bien discerner entre les conseils qui vous seront donnés celui qui sera meilleur, il n'y a plus rien à désirer que l'assistance du ciel pour conduire vos bons et louables desseins, soit en guerre ou en paix.

Il est bien certain. Sire, tant qu'il y aura faction parmi ceux de la religion prétendue réformée , qui soit assez puissante pour troubler l'Etat et résister à vos commandemens, que jamais votre autorité ne sera absolue, ni le repos de vos bons sujets assuré ; c'est pourquoi il est nécessaire du tout de travailler incessamment et

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MiELÀNGfiS BIPLOMATiQtJfcS

avec très-grand sotn pour les affoiblir, et les ramener au devoir et à Tobéissance de bons sujets.

La première résolution que vous avez doue à prendre est de savoir sMI sera plus utile pour votre service de renouveler la guerre ou d'entendre à une bonne paix , vous étant demandée par vos sujets rebelles avec soumission , et eux aussi disposés de la recevoir de votre bonté, et aux conditions que votre Majesté et ses bons sujets la doivent désirer; car de la faire autrement elle seroit honteuse , dommageable, indigne de votre Majesté et du bonheur qu'il a plu à Dieu vous donner.

Votre Majesté avoit commencé la guerre en un temps qui sembloit opportun pour en espérer bon succès, car ils étoient tous divisés, et mal préparés pour se défendre; l'événement en a aussi été heureux par votre sage conduite , patience et générosité , plus même qu'on n'eût osé espérer,' ayant égard au peu de forces que vous aviez en effet, combien qu'elles fussent assez grandes en solde et par vos Etats ; mais il est à craindre en renouvelant la guerre que vous n'en ayez pas si bon marché , et que vous les trouviez tous unis et résolus d'y accourir comme à un péril commun, n'y ayant aucun déguisement ou artiflce qui leur puisse persuader, si ceux qui seront en armes sont vaincus , qu'il y ait plus aucune sûreté pour ceux qui seront demeurés en leurs maisons.

Et quant aux étrangers , ils pensent avoir tant d'intérêt à conserver cette faction dans le royau me, qu'ils feront sans doute toutes sortes d'efforts pour les secourir; et sera malaisé qu'en la longueur et durée de cette guerre ils n'en trouvent quelque opportunité; et ils l'auront déjà rencontrée , s'il est vrai , comme on le publie , que l'Empereur ait traité avec Bethléem Gabor, et que le mariage du prince de Galles avec l'infante d'Espagne soit conclu et arrêté , car l'électeur Palatin sera par ce moyen remis en son ancien patrimoine et dignité, et le roi d'Angleterre s'emploiera d'autre côté pour mettre les Etats en paix, ou d'y faire une trêve à longues années, à conditions dont le roi d'Espagne reçoive quelque avantage et contentement, le pouvoir que le roi d'Angleterre a sur eux étant tel qu'ils suivront ses avis , attendu qu'ils ne recherchent plus aujourd'hui autre appui que le sien , méprisant le nôtre qui leur a été si utile en leur plus grande foiblesse et nécessité. Ainsi il n'y aura que trop de gens de guerre , soit entre les protestans ou catholiques , qui chercheront fortune et nouveau maître, et l'argent pour une seule montre les attirera aisément en France, s'assurant bien avant qu'en sortir qu'ils seront entiè-

rement payés et satisfelts, selon qu'il a été tait du passé.

Et quand rien n'aviendroit de tout ce que dessus, si les étrangers entrent en opinion, comme il sera facile de leur persuader, que cette nouvelle prise d'armes est vraiment une guerre de religion , nous avons à craindre que la France ne devienne le théâtre pour y jouer cette sanglante tragédie, qui décidera les différends qui sont en la religion par toute la chrétienté , dont l'événement sera toujours douteux si on le considère par les raisons qui peuvent dépendre de la prudence humaine, d'autant qu'il y a tant de nations, de provinces, Etats et royaumes entiers qui sont sortis de l'Eglise , qu'ils surmontent oq égalent au moins en nombre , en forces et pouvoir, ceux qui sont demeurés dedans, et, s'ils ont cet avantage par dessus nous, qu'ils ont plus de soin et d'affection à se secourir l'un Tautre que n'ont tes catholiques. Le roi d'Espagne même , qui est le plus puissant entre tous les princes catholiques , recevra de l'avantage et du contentement quand ce royaume s'affoiblira par une guerre de longue durée et périlleuse pour nous , pource que l'ambition d'Espagne et le désir de s'accroftre comme ils font tous les jours, surmontent le zèle qu'ils ont à la religion, quoique toutes leurs entreprises soient fondées sur cette apparence, qui leur sert plutôt de prétexte pour tromper les plus simples , que de vraies et légitimes causes pour troubler tous les Etats de la chrétienté.

L'exemple des guerres passées , commencées en ce royaume depuis soixante ans contre ces mêmes ennemis , nous doit servir dMnstruction pour Juger de l'avenir; car, pendant tout ledit temps, il n'y a eu que guerre continuelle ou paix insidieuse. On a donné et gagné de grandes batailles, on a souvent posé, puis repris les armes , et quand la peau du lion n'a pu sufGre pour leur faire du mal, on y a employé celle du renard. Mais la force, la finesse et la tromperie ont été si peu heureuses , qu'on a toujours été contraint de finir par des traités et des compositions qui ont accru leurs forces et pouvoir, au lieu de les diminuer.

Ce qu'ayant été sagement considéré par le roi Henri III qui leur avoit fait la guerre à outrance , tant comme lieutenant-général du roi Charles IX son frère, que depuis étant venu à la couronne , il jugea qu'il les affoibliroit , et dissiperoit plutôt leur faction durant la paix que par les armes : ce qu'il fit entendre lui-même, et par sa bouche, en une assemblée solennelle tenue à Saint-Germain-en-Laye, au mois de décembre de l'an 1 585, sur la demande qui lui ftit faite par

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aucuns ecclésiastiques qui étoient en ladite assemblée, de renouveler la guerre, chacun ayant approuvé son conseil après avoir ouï les raisons d'icelui : et à la vérité on reconnut par effet , en peu de temps , qu*il étoit très-utile plusieurs de ladite religion étant retournés à Téglise catholique, apostolique et romaine, sans qu'il leur fit autre mal que de ne les point gratifier de charges, offices et bienfaits, y procédant néanmoins avec telle dextérité, qu'ils n'a voient aucune occasion de se plaindre que les édits faits en leur faveur eussent été violés.

Mais cette procédure fut interrompue par le zèle indiscret, sans dire pis, d'aucuns des grands , qui firent croire aux plus simples , ou aux amateurs des nouveautés, que ce prince favorisoit les huguenots , encore qu'il fût si religieux qu'il approchoit plutôt de la superstition qu'il ne défailloit en la créance d'aucun article reçu et approuvé en l'église romaine : cela fut cause qu'on vint derechef aux armes, puis à d autres mouvemens qui agrandirent beaucoup cette faction , et mit ce royaume en très-grand danger d'une entière ruine.

Ce que plusieurs ont aussi bien que moi ouï dire souvent au feu Roi, qu'étant chef de ceux de ladite religion, il ne craignoit rien tant, et n'y avoit rien qui affoibllt davantage sa faction que la paix , même quand elle étoit de durée et observée religieusement, confirme bien le conseil et la résolution qu'avoit prise le roi Henri III. Aussi est-il vrai que cette douceur de jouir de ieurs biens en toute sûreté, et l'exercice de leur religion, leur faisoient avoir en horreur toutes sortes de mouvemens, aimer et respecter le roi sous lequel ils étoient rendus jouissaus de ce bonheur , et que c'étoit encore pis contre eux quand on ajoutoit quelques bienfaits et gratifications à l'endroit de ceux qui retoumoient à ['Eglise. C'est le premier conseil auquel il faut tendre, que de diminuer et affoiblir du tout »i'{ est possible la faction; le surplus, qui est de x)nvertir ceux qui suivent cette religion par le ieul mouvement de leur conscience, vient après )ar l'instruction des prélats, curés et autres peronnes ecclésiastiques ^ avec les gratifications [u*on y peut ajouter.

Ces remèdes-là sont innocens, ne consument oint les finances, ne font perdre la vie à un ombre infini de gens de guerre, ne comblent e ruine et désolation le royaume, ne préciitent point non plus la grandeur de nos rois en mgers et inconvéniens qui suivent ordinairelent les guerres civiles.

Outre ces raisons et considérations il sera malsé de trouver de l'argent à suffisance pour faire

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