JI. C. D. M, T. IV
cette guerre puissamment et y fournir jusques à la fin ; et si nous défaillons au milieu de la course, nous serons en plus mauvais état que quand on a commencé : l'inconstance et légèreté de notre nation , qui ne demeure jamais longtemps en même dessein, aidera aussi beaucoup à nous faire changer d'avis.
Et si nous jetons un peu les yeux au dehors, et considérons les progrès que fait le roi d'Espagne, à notre honte et à la diminution de l'autorité et créance que nos rois avoient acquise par toute la chrétienté, nous jugerons que la paix nous est nécessaire, que la guerre civile chez nous nous fait mépriser et entreprendre contre nous ce à quoi on n'eût osé penser si nous étions en paix. On le peut dire avec certitude, si on se veut souvenir de la réponse que M. de Bassompierre eut de bouche et par écrit au voyage qu'il fit en Espagne de la part de votre Majesté, afin de faire remettre la Valteline en même état qu'elle souloit être. A quoi au lieu de satisfaire il la retient et fortifie : et pour parvenir à son des* sein , il se servoit du prétexte de religion contre votre Mcyesté , au même temps qu'elle exposoit sa vie contre les hérétiques. Nous n'avons pas à désirer la guerre contre le roi d'Espagne , au contraire nous la devons éviter autant qu'on le pourra faire sans blâme , et sans souffrir des indignités et les progrès qu'il fait au préjudice de nos alliés , et de la grandeur et autorité de cette couronne : la paix nous donnera le moyen d'y penser, et de nous mettre en état qu'il aura sujet d'estimer notre amitié, et de nous craindre et respecter.
Ayons donc la paix , Sire , si elle peut être faite avec honneur , et comme il convient à votre di^ gnité; mais si ce bonheur ne nous peut avenir par l'opiniâtreté et rébellion de vos sujets de ladite religion, il se faut armer puissamment, et y mettre tout pour demeurer maître, envoyer vers les princes étrangers pour les rendre odieux et faire abandonner comme sujets rebelles; leur remontrer qu'il n'est point question de religion, votre Majesté étant résolue de garder inviolablement les édits faits en faveur de leur exercice; envoyer aussi vers le roi d'Espagne pour le prier et exhorter d'effectuer ce qu'il a promis , et de considérer qu'ils concourent tous deux en un même dessein , qui est de conserver la religion catholique , et d'extirper les hérésies autant qu'ils pourront, et que la prud'homie veut que rien ne soit entrepris au préjudice l'un de l'autre qui puisse interrompre ce louable dessein , ce qui ne pourroit avenir qu'au très-grand dommage de notre religion , et à l'accroissement de ceux qui sont sortis de l'Église.
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Préface faite par 3L le président Jeannin, sur la vie du feu roi Henri IV.
J'ai entrepris de mettre par écrit les faits et actes plus mémorables de Henri IV, roi de France et de Navarre , qui a mérité le nom de Grand après sa mort , séparant de la confusion et mélange des choses avenues en son temps ce qui est vraiment sien, pour avoir été fait et exécuté par ses mains et avec son propre péril , ou conduit et exploité sous ses auspices par son avis, autorité et commandement, afin de faire voir à la postérité , en un seul amas et recueil , tant de belles et grandes actions, èsquelles Dieu s'est servi de lui pour garantir son royaume de ruine, et le remettre de nouveau au plus florissant état qu'il ait été depuis plusieurs siècles; lui donnant la force et le courage , la prudence et le bonheur pour vaincre, conquérir, dissiper et rompre des factions si puissantes , qu elles sembloient ne devoir craindre que le Ciel , et , quand il a été victorieux et au dessus des périls , la bonté et clémence pour lui faire oublier ses injures, et acquérir encore par bienfaits ce qui étoit déjà sien. A quoi j'ai estimé devoir aussi ajouter quelque chose de ses dits et faits particuliers et domestiques , èsquels on reconnoit mieux le naturel des hommes illustres, et quelle est la vraie teinture de leurs âmes , que par ce qu'ils font en public et à la vue de chacun. Et pour trouver la matière de cet ouvrage , je ne prendrai rien que chez lui, sans inventer de moi-même avec art et industrie, ou emprunter d'autrui quelques nouveaux trophées et ornemens pour les ajouter à ses vraies louanges, délaissant cette façon d'écrire à ceux qui cherchent plutôt à complaire et tirer louange de leur plume , qu'à trouver la vérité qui perd son nom et son lustre, quand, pour lui donner plus d'éclat, on la veut revêtir et enfler de telles vanités ; car telles écrits remplis de flatteries meurent presqu'au même temps qu'ils naissent , ou demeurent ensevelis dans les tombeaux des hommes mêmes qu'ils ont voulu consacrer à l'éternité.
Ce n'est non plus mon intention de blâmer avec malignité ceux dont les lois et ses victoires ont condamné la cause et les armes, desquels je serai contraint faire souvent mention au discours de cette vie. Il me suffira d'écrire au vrai, et sans aucun déguisement, le bien et le mal, appliquant Tun et l'autre où il doit être mis , en sorte toutefois que chacun soit plutôt convié de bien faire à l'avenir , qu'offensé ou injurié par le récit des choses passées ; car je sais que le but de celui qui veut servir au public par ses écrits doit être de rendre les hommes plus sages et
meilleurs, et que la médisance, au lien de leur mettre ce désir en Tame, les fait souvent repentir de n'avoir fait pis. Ce n'est plus aussi le temps d'aiguiser son style pour aigrir et ulcérer les esprits, puisque étant tous réunis sous l'obéissance d'un même roi, nous ne devons plus reconnoître ni avoir autres ennemis que les siens et ceux de notre patrie, et considérer toujours qu'en passant trop rudement par dessus les plaies que la calamité publique a faites, les haines qui noui ont fait sucer le sang et la vie des uns des autres se renouvellent, les divisions rentrent parmi nous, et nous excitent à désirer de nouveaux mouvemens, dont les derniers sont toujours pires que les premiers, d'autant que la malice, qui s'affine et devient plus grande par Taccontumance à mal faire, fait enfln tenhr pour licite la rébellion même qui contient néanmoins en soi tous les autres crimes. Tel étoit aussi du passé, parmi les factions et mouvemens que chacun condamne aujourd'hui, qui faisoit bien, et servoit plus chez les ennemis, accommodant ses vœux, conseils et actions au bien général, éloigné de tout autre mauvais dessein , que s'il eût été près de son roi. Et c'est ainsi que Dieu travaille quand il nous veut châtier sans nous perdre, quand il ne veut pas que la guerre finisse par le feu, le sang, la désolation générale, la ruine entière et changement d'un Etat. Il sépare les gens de bien, fait que les uns se mettent avec choix au parti qu'ils estiment le plus juste, et que les autres se rencontrent ou se trouvent comme ravis et emportés, par certains respects et mouvemens secrets qui sont au dessus d'eux , dans le parti qu'ils approuvent quelquefois le moins, afin que ceux-ci essaient de tempérer, détourner ou rompre du tout les mauvais et dangereux desseins des autres qui attisent toujours le feu avec l'épée , et Jettent plus volontiers du vinaigre que de l'huile dans les plaies.
Tel s'est encore trouvé parmi les partis, qui en faisant mal pensoit bien faire, n'y ayant rien en quoi les hommes soient si facilement trompés qu'en la crainte de faillir es choses qui touchent à leur salut; de la faute et chute desquels, quand elle avient ainsi , on doit plutôt avoir pitié que leur en faire reproche; et tel avoit dans l'ardeur de ces furieux mouvemens l'intention et les effets mauvais , qui depuis s'est rendu si utile et recommandable par plusieurs bons services, que c'est acte de vraie prudence de louer plutdt en lui la vertu et le bien faire des dernières actions que reprocher le blâme des premières, erainte même qu'en ce reproche les victorieux et les vaincus, qui en divers temps ont fait, dit, loué et blâmé une même chose, ne s'y troutent tnr&
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loppés. li ne de faut donc plus souvenir que la religion a remué tant de fois cet Etat sous diverses causes ou prétextes, si nous désirons autant la paix parmi nous qu'elle est nécessaire pour le salut d'un chacun, ou bien s'en souvenir pour apprendre et reconnoftre en ce tableau plein de misères, que la force et violence n'enseignent jamais te chemin de la piété et du vrai culte et adoration de Dieu, pour noua garder d'y retourner, et avoir en horreur cet écueil contre lequel nous avons si souvent fait naufrage. Je sais bien que plusieurs grands personnages dont le royaume foisonne, pou voient mieux et plus dignement que moi venir à chef de cet œuvre , même aucuns de ceux qui ont déjà donné au public l'histoire de ce temps, le labeur desquels eût encore été plus reeommandable et utile à la postérité , si les mémoires , instructions et avis particuliers des choses plus importantes n'eussent souvent défailli à leur soin, industrie et sufQsance, et par ce défaut été contraints d'avoir recours aux écrits du temps, qui sentoient plutôt la passion des partis qu'un véritable écrit des choses ainsi qu'elles étoient avenues. Aussi leur respect , et la crainte que j'ai eue de repasser sur l'ouvrage d'autrui , m'ont long-temps retenu , encore qu'à vrai dire leur sujet et le mien soient différens ; car l'histoire contient un discours dififus et général de toutes choses qui appartiennent à l'état public duquel elle traite , et la vie de quelque homme illustre se restreint, et traite sommaire^ ment ses faits et dits plus notables , sans y lyouter rien de plus que ce qui n'en peut être séparé , à cause de la suite et conséquence nécessaire des affaires.
•Fe considérerai encore que ce travail n'est jamais bien reçu au temps pour lequel il est fait, et qu'il est toujours sujet à l'envie et médisance des hommes du même ^emps , qui tiennent le récit des vraies louanges auxquelles ils n'ont part pour flatteries ou pour un lai*cln fkit sur eux 9 et celui des fautes où ils sont enveloppés pour injures et calomnies, trouvent même de quoi toujours reprendre en l'industrie ou au style d'autrui. Car les uns veulent qu'il y ait des pointes et de rémail qui le relève , sans se soucier s*ii est vide au dedans, au lieu que les plus sa- ^€^ et mieux entendus cherchent la vérité en sa candeur et simplicité, assaisonnée toutefois de sentences graves et sérieuses, et de i)ons et salutaires enseignemens, méprisant tous ces autres ornemens vains et futiles qui n'ont que le soin [lu plaisir sans utilité. Et pour dire tout à une rois , «ini se veut employer au travail que cette >orte d'éerit requiert, ne doit attendre des viians et pendant qall y est le loyer de sa peine,
qui doit consister principalement en l'honneur et au contentement d'avoir mérité quelque chose du public , mais de ceux qui viendront après lui , lesquels, pour être souvent exempts de passion et d'intérêt, sont aussi plus justes estimateurs des labeurs d'autrui que les autres auxquels la malignité, l'envie et mauvaise émulation dé» robent ordinairement la droiture et sincérité, et ne sont tous si équitables que l'empereur Au« guste fut à l'endroit de Tite Live, le plus excellent historien d'entre tous les Romains, qu'il souloit appeler Pompeian, et dire qu'il traitoit trop rudement Jules César au récit de ses faits et entreprises; et néanmoins lui qui avoit recueilli le fruit des victoires de ce grand prince, et étoit par ce moyen obligé plus que nul autre de rendre toutes sortes d'honneurs à sa mémoire, ne se poavoit lasser d'estimer et louer à tout propos cet auteur, comme célèbre et digne de grande recommandation.
Ces raisons eussent suffi pour me détourner du tout de cette entreprise, si je n'eusse appris par la bouche du Roi même qu'il désiroit ce service de moi, me l'ayant dit avec des propos sur ce sujet de si grande bonté et sagesse, que je me dois sentir autant honoré de ce commandement qu'obligé d'y obéir ; entre lesquels je me souviens de ceux-ci : qu'il entendoit laisser la vérité ea sa franchise, et à moi la liberté entière de l'écrire sans fard ni artifice, et sans lui attribuer ce qui est dû à la seule providence de Dieu on à la vertu d'autrui; que ce n'étoit aussi pour acquérir la réputation de quelque vaine gloire qu'il désiroit informer la postérité des principales actions de sa vie, mais pour y fidre voir le soin particulier que Dieu a eu de lui, de ses sujets et du royaume , bénissant ses labeurs et périls pour le garantir, et eux aussi, d'une ruine qui sembloit lors être certaine et inévitable, afin qu'ils en rendent grâces à la divine bonté tous les jours de leur vie, et soient aussi plus enclins et affectionnés à lui rendre l'obéissance qu'ils doivent, non-seulement comme à leur Roi, qui a l'autorité et pouvoir de se faire craindre et obéir, mais comme à leur père et bienfaiteur, qui a tant travaillé pour les faire jouir d'une aS'^ surée protection et repos sous la grandeur de cet Etat, et en fassent aussi autant, après que Dieu aura fait finir ses jours , à l'endroit de ses enfaus, pour être issus d'un père qui aura tant mérité d'eux et du royaume. Lesquels propos me firent à l'instant souvenir de ces hommes illustres de l'antiquité, qui, enflammés du même désir de laisser rimege de leur vie à la postérité, prioient bien souvent leurs plus sérieux serviteurs où Ultimes amis, qui a voient f^ de ean**
MELANGES DIPLOMATIQUES
noissance d*eux et de leurs actions, de l'écrire avec vérité et simplicité; et quelquefois euxmêmes y mettoient la main , comme firent Rutilius et Scaurus, personnes d*une vertu fort entière et épurée de tous vices entre les Romains de leur temps, Touvrage desquels fut pris pour témoignage assuré d'une vie vraiment innocente, et non pour arrogance et présomption , et ce qu'ils avoient écrit d*eux-mémes et de leurs faits tenu pour véritable, tant les vertus connues etbient lors prisées et hors le danger de toute envie et calomnie. Jules César, né en un siècle plus corrompu et d'une vie moins innocente, mais qui étoit aussi revêtu et orné de vertus plus éminentes, et qui lui avoient acquis tant de nom et de réputation par toute la terre, qu'elles pouvoient couvrir et cacher ses vices, en Ht autant , et mit par écrit lui-même les exploits et actes plus notables de sa vie , au récit desquels plusieurs ont estimé qu'il avoit été si modeste et retenu , qu'il a plutôt ravalé la gloire de ses faits qu'il ne les a magnifiés et élevés au dessus de leur vrai et juste prix. Etant donc obligé de mettre la main à cet œuvre, je dois bien considérer qu'il porte le titre de sa valeur et dignité sur le front , se fait estimer de soimême, et ne peut faillir d'être bien reçu, pourvu qu'en la tissure de l'ouvrage 11 n'y ait aucun défaut qui en diminue le prix , afin que je sois plus soigneux d'employer toutes les forces de mon esprit pour le garantir de ce malheur, moi de blâme, et faire aussi que la postérité qui en doit recaeillir le profit m'en sache quelque gré; car j'estime et crains son jugement comme celui qui peut le plus honorer ou diffamer la réputation de notre industrie et travail. A quoi , si je ne suis si heureux de pouvoir arriver pour n'avoir donné à cet œuvre la perfection entière que la grandeur du sij^et requiert, si osé-je bien espérer qu'il y aura assez pour lui faire tenir et mériter quelque rang honorable parmi les écrits qui doivent être de durée et passer à plusieurs siècles. Quelqu'un viendra peut-être après moi qui fera mieux ; je dis après moi , pour n'avoir su que personne ait travaillé et mis en lumière quelque chose sur ce sujet particulier ; et je désire que le nombre de ceux qui seront de cette étoffe et qualité soit si grand , qu'on puisse dire de la vie de ce prince ce qu'a fait l'historien Arrien de celle d'Alexandre-le-Grand , que plus de gens avoient écrit sa vie qu'aucun autre prince et homme illustre n'en avoit eu pour écrire la sienne.
JHtcours apologétique fait par U. le président Jeannin , de sa conduite durant les troubles de la ligue, et depuis sous les règnes du feu \
roi Henri-le- Grand f et du Roi à présent rvgnanty 1622.
Je suis obligé, par le commandement que le feu Roi me fit peu de temps avant sa mort , de faire voir au public un discours que j'ai déjà commencé des principales actions de sa vie, m'ayant dit et répété plusieurs fois qu'il vouloit que ce fût par forme d'histoire véritable , sans relever sa vertu et la grandeur de ses exploits au dessus de la condition des honmies mortels, qui sont scyets à faillir, quelque prudence, magnanimité et grandeur de courage qui soit en eux. A quoi je continuerai de mettre la main sérieusement pour achever ce bon œuvre , si Dieu me donne assez de vie pour le faire, afin de ra'acquitter de l'obligation que j'ai à la mémoire d'un si grand roi , qui m'a toiyours honoré de charges et bienfaits, et d'une très-grande créance en ses principales affaires, et, ce que je dois plus estimer , avec des témoignages si assurés de sa bienveillance qui surpassoient mes services et mérites, non ma fidélité et affection , que je se» rois ingrat si je manquois à ce devoir; aussi que je dois encore ce travail au Roi qui est à présent, lequel est vraiment héritier de la vertu et grandeur du courage de son père , ayant commencé à gouverner son royaume avec tant de piété, justice et prudence, qu'il méprise tous périls pour se rendre utile à sa religion , et mettre tous ses bons sujets en assuré repos.
Mais cet ouvrage étant fort laborieux et de longue haleine, j'ai estimé devoir cependant faire un récit particulier de mes actions et déportemens , depuis le temps que j'ai été employé en charge es affaires publiques, afin qu'il ser^e d'instruction pour répondre à la malignité de ceux qui voudroient chercher à reprendre et blâmer ma mémoire, même en ce que je me suis trouvé en un parti odieux et vaincu , contraire au feu roi Henri III , duquel j'avois reçu des grâces, faveurs et bienfaits, lui me faisant encore espérer mieux de sa bienveillance, si le sort et les causes qui sont bien souvent au dessus de nous , plutôt que mon propre choix et jugement, ne m'eussent jeté dans ce mouvement qui commença durant son règne et continua encore plusieurs années depuis sa mort. Car ce grand prince m'avoit premièrement favorisé en la provision de l'office de gouverneur de la chancellerie de Bourgogne, qui fut le premier office que j'exerçai quatre ans; je l'obtins aux parties casuelles pour six mille livres par son commandement exprès, encore qu'on en offrit douze mille livres ; ^joutant à cette gratification qull m'en feroit rembourser. U me donna depuis gratuite-
DU PB£SID£KT iEA^^lS.
ment un office de conseiller au parlement de Dijon, que J'exerçai aussi deux ans, et voulut après, es années 1578 et 1579, que Je fusse préféré à deux autres personnes de qualité qui prétendoient un office de président au même parlement, pour le prix de la taxe qui étoit de dix mille livres, lequel j'obtins aussi contradictoirement au conseil contre eux , et la confirmation de cet arrêt par lettres expresses de la main de Sa Majesté, qu'elle écrivit sur ce sujet à M. le chancelier de Chiverny : dont l'ayant été remercier il me dit gracieusement, et avec un visage qui témoignoit son affection envers moi, qu'il feroit mieux , et voulut cependant que j'en fusse remboursé, comme je fus quelque temps ^près. Tous lesquels bienfaits me feroient avec raison Juger ingrat envers lui , crime que j'abhorre et déteste, et qui doit toujours être éloigné de la prud'homie et générosité, si l'on n'étoit informé des défenses qui me doivent faire tenir exempt de coulpe.
On doit donc savoir qu'il y a toujours eu quelques-uns des conseillers, présidens ou autres officiers de Bourgogne, qui ont été appelés au conseil des gouverneurs et lieutenans-généraux pour le Roi dans le pays , entre lesquels j'y fus employé, dès l'an 1571, près de feu M. le comte de Ghamy, grand écuyer de France, et lieutenant-général audit pays, qui se trouva en charge seul pour l'absence de M. leducd'Âumale, gouverneur, qui étoit en Cour lors de la journée de Saint-Barthélémy, qu'on doit plutôt nommer zèle inconsidéré, ou pour mieux- dire fureur, que délibération prise avec maturité de jugement. Deux jours après cette sanglante boucherie, ledit sieur comte de Chamy reçut deux créances par lettres écrites de la main du roi Charles IX, toutes deux en un même jour , à quatre ou cinq heures Tune de l'autre : la première par le sieur de Comartin, l'autre par le sieur de Saint-Ritan. Je fus appelé à la délibération du conseil qui fut pris là-dessus , avec le sieur de Ruffé, frère dudit sieur de Comartin , les sieurs de Yintimille et deux autres , entre lesquels opinant le premier comme le plus jeune et le moins qualifié , car je u'étois lors qu'avocat au parlement , où j'en us l'exercice et la fonction deux ans avant que d'être pourvu de la charge de gouverneur de la chancellerie , mon avis fut donc qu'il falloit mander ces deux seigneurs qui avoient apporté cette créance, et savoir d'eux séparément, et Tun après l'autre, s'ils la voudroient donner par écrit et signer. A quoi ils firent réponse que le Roi ne leur ayant rien donné par écrit, ils ne le pouvoient faire, aussi qu'on se devoit contenter qu'étant connus pour gentilshommes de qualité
et du pays, ils ne voudroient en chose de telle importance avancer un mensonge dont le blâme et le péril tomberoient sur eux-mêmes. Sur ce refus j'alléguai la loi de l'empereur Théodose qui, après avoir commandé par colère et trop précipitamment la mort d'un grand nombre de chrétiens, fut rejeté de la communion par saint Ambroise qui le contraignit de venir à ])énitence, et pour une entière satisfaction faire une loi par laquelle défenses étoient faites aux gouverneurs en l'administration de la justice qui présidoient dans les provinces, de ne faire à l'avenir exécuter tels manderoens extraordinaires qui étoient contre l'ordre et la forme de la justice, sans attendre trente jours, pendant lesquels ils enverrolent à l'Empereur pour avoir nouveau commandement en bonne et due forme; ainsi qu'il falloit envoyer promptement au Roi , et, s'il c^ntinuoit en même volonté , obtenir de lui lettres-patentes pour obéir à ses commandemens. Cet avis fut suivi , fors que le sieur de Buffé ajouta qu'il se falloit saisir de ceux de la religion , attendant un nouveau commandement du Roi par lettrespatentes.
Avant qu'on eut loisir d'envoyer vers Sa Majesté , on reçut , deux jours après cette première créance , des lettres par lesquelles elle mandoit le mouvement de Paris être avenu tumultuairement et à l'instigation de ceux de Guise , pour se venger de l'amiral de Châtillon et de ceux de la religion prétendue réformée dont il étoit assisté. Par ce moyen cette violence et fureur fût arrêtée, et la Bourgogne garantie de mal, n'y en ayant qu'un seul de ladite religion , qui fut le sieur de Traves, gentilhomme de qualité, que je trouvai à Dijon : au même temps il fut constitué prisonnier au château , et peu de jours après mis à mort, non par forme de justice, mais en vertu d'un commandement particulier qu'obtint du Roi un seigneur de qualité et de pouvoir qui étoit son ennemi, dont je sais le nom , et néanmoins je le veux taire. M. d'Aumale , gouverneur pour le Roi de la province, ayant été au siège de La Rochelle , M. le duc de Mayenne fut pourvu de la même charge , lequel , me trouvant déjà employé aux affaires du gouvernement , me communiqua toujours depuis, à toutes occasions, ce qui s'offroit pour y servir le Roi. Il n'avoit aussi lors autre pensée que de mériter les bonnes grâces du roi Charles , qui témoignoit lui vouloir plus de bien et avoir plus de confiance de lui que d'aucun autre de sa maison. Le feu roi Henri III ayant lors été élu roi de Pologne , ledit sieur duc de Mayenne l'accompagna en ce voyage, et retourna avec lui après la mort dudit Charles, près duquel il sembloit qu'il eût