II. C. D. H. T. IV
tré la longueur qui se passerait en ces envois, et le péril qui étoit au retardement , il auroit enfin réduit ledit sieur comte à trouver bon que le Roi son maître envoyât après que ledit sieur Vivord seroit venu^ et auroit été ouï par deçà. Il croyoit qu'ayant cette parole dudit comte, il obtiendroit facilement le même du Roi ; et néanmoins l'ayant été voir le lendemain, il le trouva disposé tout au contraire , et ferme en cette résolution , qu'il n'enverroit point qu'auparavant messieurs des Etats n'eussent envoyé. Et la raison est nonseulement i)Our conserver ce qui est en cela de sa dignité, mais pour ce qu'en envoyant ce seroit se décréditer du tout avec l'Espagne, et lui faire connoître le peu de compte que lesdits sieurs des Etats font de lui, et, qui est le principal et plus fort de sa crainte, l'offenser manifestement, et lui donner trop juste su^ét de se plaindre. Que pour tout ce qu'il avoit pu lui répliquer en près d'une heure d'audience qu'il avoit eue, il n'en avoit pu retirer autre chose; de sorte que qui voudrait espérer quelque cas de lui, il falloit par nécessité que lesdits députés vinssent, et puis qu'après cela il enenverroit, et qu'il espérait que, vous autres messieurs prenant cette patience de tant attendre, il y auroit lors moyen de faire quelque chose, non par déclaration de guerre ouverte, reconnoissant tous les jours davantage rinclination dudit Roi et ses moyens du tout éloignés de telle résolution, mais par quelque secours secret, qui joint avec le nôtre pourrait donner plus de commodité à messieurs les Etats de continuer eux seuls la guerre comme ils ont fait jusques ici, ou bien pour la sûreté que son intervention avec la nôtre pourroit apporter à la paix, si d'aventure tous vous autres messieurs, conjoints ensemble, jugiez à propos qu'elle passât outre.
Voilà en somme tout ce que ledit sieur Garan en a tiré, et sur quoi vous vous pouvez résoudre à ce que vous aurez à faire ; car d'en parler après cela , non-seulement je ferais contre ce qui m'est ordonné, mais il seroit assuré de n'en remporter que du refus, lequel il faut éviter, ce me semble, tant que nous estimons la bonne , ou , pour mieux dire , meilleure intelligence d'entra ce Roi et le nôtre , utile au bien de l'un et de l'autre. Si vous devrez là-dessus attendre ou non , je le remets à vos prudences ; mais si une nouvelle que je viens d'avoir de M. de Bemy est véritable, que non-seulement le roi d'Espagne n'ait point ratifié , ains envoyé dom Diego d'Ibarra pour prendre connoissance des affaires des Pays-Bas , et faire entendre sur icelles sa volonté, je crais, vu l'humeur et la qualité de l'instrument , qu'il faut changer de registre , et sans se plus amuser à la
NÉfiOCÎAtîOf^S
paix, se préparer à la guerfe; et comme ce ne seroit peu gagner ^ si seulement nous pouvions embarquer ce Roi à partie de la dépense , tant pour la suite que pour tout , j'estime que nous devons faire tout ce qui est possible pour en venir là ; vous avez néanmoins vos instructions , et Tordre de ce que vous avez à ftdre plus partioulier , sur lequel Je me remets. Les affaires de deçà sont fort embrouillées ^ et les finances fort courtes; néanmoins le peuple voudroit la guerre^ et croit que lé seul moyen par lequel ce Roi pourroit rétablir sa réputation avec lui , qui est sans doute fort endommagée, seroit d*en venir là. Mais si ne crols-je pas qu'il y vienne , si ce n'e^^t qu'on Ty porte par degrés, et quasi en dépit de lui , comme le moindre secours qu'il pourroit donner à mesdits sieurs des Etats, ou si, à ce que m'a assuré le sieur Garon^ et que je tiens encore d'ailleurs, le peuple s'y offre ; c'en seroit un bon moyen. Qu'il s'entende avec l'Espagne à notre préjudice, ou desdits sieurs des Etats, Je ne le crois point, tant s'en faut il se reconnott, par infinis affronts qu'il en reçoit tous les jours, qu'il y est en extrême mépris , ma chi cosi vuoie casi Vhabbia. Et à tant, après vous avoir très-humblement baisé les mains, et avec permission vôtre, à M. de Buzanval , que je loue Dieu se porter mieux , je le prierai donner à vous et à lui , monsieur, en parfaite santé très^longue vie. A Londres, ce 16 juin 1607. Votre, etc.
LA BODSBIB.
Lettre de M* de Vitleray à messieurs Jeannin et de Buzanval, du il juin 1607.
Messieurs, M. de Castille est arrivé en ce lieu , le quinzième de ce mois, avec vos lettres du neuvième , lesquelles ont été lues au Roi en la présence de messieurs de Sillery et de Sully le même Jour. Et comme Sa Majesté avoit fait partir le Jour précédent le mattre de la poste de Calais, diargé de sa réponse à vos précédentes, du 29 mai et du 4 de cedit mois, par laquelle elle vous a à plein informé de ses intentions sur tous les points que vous lui avez représentés ci-deVant , Sa Majesté ne vous écrira pour cette ibis ; mais elle m'a ordonné vous faire savoir que vous ne pouviez vous gouverner et conduire plus sagement, ni à son contentement, que vous avez fait, tant envers le prince Maurice et comte Guillaume, que les députés avec lesquels vous avez conféré, et le sieur Bameveld. Davantage Sa Majesté leiie cft approuve grandement l'ordre que vous lui avez représenté par votredlte lettre , que vous avez délibéré de tenir ci-après pour rendre le prinee Maurice capable du bien du pays, d«i^n et de sa maiMm en particulier, afin
qu'il se résolve de bâtir et assurer sa fortune conjointement avec celle de l'Etat, avec lequel il a aussi acquis sa gloire, qui dépend de leur union en la résolution qu'ils prendront. De quoi Sa Majesté a été très-aise d'entendre que vous avez commencé d'informer M. le comte Guillaume, et avez délibéré d'en faire autant au sieur Maldrée, et particulièrement que vous avez trouvé le sieur Barneveld disposé de favoriser l*étabiissement dudit prince Maurice et des siens, car c'est sur leur foi et autorité que le Roi entend principalement fonder ses affaires par delà; comme il vous a été déclaré à votre départ.
Sa Majesté approuve aussi grandement le con* seil que vous avez projeté de donner aux dépu* tés des Provinces, pour empêcher leur désunion : continuez à leur montrer qu'elle n'a autre but que d'embrasser avec eux le parti qui leur sera plus utile, et faire avancer la négociation qu'elle prétend faire ; car nous croyons certainement que les Espagnols la retarderont tant qu'ils pourront , pour les raisons que nous vous avons mandées par nos dernières. Nous sommes incertains aussi si le roi d'Espagne a ratifié la cessation d'armes , surtout la déclaration faite en son nom par les archiducs, car les avis que l'on nous a donnés sont fort différens ; mais vous en serez bientôt éclaircis après l'arrivée à Bruxelles de dom Diego d'Ibarra , car il porte le secret du cAté d'Espagne. Nous approuvons pareillement que vous les disposiez par delà à dresser par avance les articles dont ils entendent composer la paix , pour s'en éclaircir le plutôt qu'ils pourront; car nous avons opinion , quand on viendra à joindre, que l'on se trouvera bien loin du compte. Nous disons surtout que vous devez vous rendre maîtres et conducteurs principaux de toute la négociation : ce que vous obtiendrez, leur faisant pa^ rottre par vos actions, suivant votre délibération, que vous avez charge et voulez procurer et favoriser leur bien , sans affection que de celui que vous jugerez ensemble leur être plus profitable , car c'est l'intention du Roi ; mais nous prévoyons que vous aurez grande peine à faire joindre à ce dessein le roi d;Angleterre , à cause de son imprudence et irrésolution, et de la malignité du comté de Salisbury et de ses semblables , et spécialement de la reine d'Angleterre. L'ambassadeur d'Angleterre a dit au sîeur Aér^ sens , que le roi d'Angleterre n'enverra en Hollande ses députés , comme a fiUt le Roi , pour ne vouloir marcher dans ses ondères. C'est le même mot duquel H a usé. Il est grand ennemi de la cause des Etats. Si nous parions de paix , les Anglais nous accusent d'en vouloir seuls profiter; et si mms prenons le parU cemmire, que Éeus
bu PlilistDfiNT ifiÀK^IN*
ar
flspirom à I*Etat , (fût ûoùd ilotts entendons pour fiiire le premier avec rarehiduc, et pour l'autre avec le prince Maurice et sa suite : il faut surmonter tout cela en bien faisant.
Nous vous avons écrit de quelle somme d'argent et manière nous entendons secourir la Hollande en cas de guerre; et pareillement ce que nous entendons faire pour les Etats , pour maintenir leurs affaires en réputation et police durant la cessation d'armes , jusqu'à la conclusion des af&ires. Nous n'avons pas délibéré nous élargir plas avant pour le présent ; car nous craignons que l'on nous trompe comme l'on a fait cette dernière fois. Mais si nous voyons qu'ils se réunissent comme il faut, qu'ils veuillent suivre les conseils que vous leur donnerez pour leur propre bien , et faire différence de l'amitié et sincérité du Roi avec celle du roi d'Angleterre ; en ce cas ix)us nous efforcerons de mieux faire. Nous ne voulons acheter une tromperie ni leur division et perdition, non plus que notre honte. Nous avons reçu avis que les gens de guerre que l'on envoie d'Italie en Flandre passeront plus tôt le Rhône que l'on ne pensoit , étant Jà arrivés deçà le Mont-Cenis ; vous en serez averti à mesure qa'ils s'avanceront. L'on nous écrit de Bruxelles que l'archiduc les avoit contremandés , ce que noms ne reconnoissons jusques à présent. L'on uns mande de Bruxelles que l'on se vante d'y fisvnrtout ce que vous faites et dites où vous éta, par le moyen de leurs amis, qu'ils disent Are en nombre et des principaux ; peut-être ne le dlroient-ils s'il étoit vrai. Ils se vantent qu'ils eottclaront la paix à leur avantage à la barbe des ambassadeurs de Sa Majesté , et sans leur intervention et aide ; c'est l'écorne que nous ne voulons acheter. L'on nous mande pareillement qu'il ne faut pas s'attendre de séparer ni disjoindre Fardiiduc d'avec le roi d'Espagne, quelques avantages ou coups de fouet que l'on lui donne , tant l'archiduc est d'inclination et d'intérêt conjoint inséparablement avec l'Espagne , combien que parfois il fesse contenance du contraire , et que les siens s'en laissent entendre ; partant vous y prendrez garde s'il vous plaît.
Nous estimons qu'il faut mettre peine de gagner le sieur de Bameveld, pour le retirer , si feire se peut, du roi d'Angleterre. Ce qui peutêtre a viendra, si on lui feit croire que nous affectionnons la chose publique pour la paix, et que l'autre a autre visée, et réunissons sur cela le prince Maurice et les siens avec lui. La mère dn comte Henri parie de passer bientôt en Hol- Inde, appelée, ainsi qu'elle a mandé au Roi, dn prtaioe Maurice et de son fils. Nous estimons ^'cB« fevoriserâ partout où elle sera le serviee
du Roi. Les Anglais ont favorisé extraordinaire^* ment le prince de Join vilie ; et dit-on que le comte de Salisbury seul^ avec le roi d'Angleterre , ont à plusieurs fois longuement et secrètement conféré avec lui , de quoi il n'a rien dit à M. de la Boderie : aussi le Roi en est demeuré mai édiûé. Il est allé visiter la Hollande, et désirons que le président Jeannin le vole , et mette peine d'apprendre de lui les discours qu'on lui a faits en Angleterre; de quoi si on ne s'éciaircit avec lui et ne montre leur conlier , il fera tort à loi et aux siens. Nous savons qu'il a mandé à l'archiduc, allant en Angleterre, que tout le monde est mal content en France , et que l'on y verra bientôt du ménage, à quoi les gens de Flandre ont pris plaisir. Nous n'avons point ouï parler que cette assemblée de prélats qui se fait en Flandre, se fasse pour autre cause que pour feire trouver bon que l'on traite avec les Provinces-Unies , sans les presser de recevoir la religion catholique. Nous n'estimons pas qu'ils soient assez sages pour prendre le conseil duquel il est fait mention en votre lettre. M. de Gastille n'a vu le Roi, à cause de la goutte pour laquelle il garde encors le lit. De feçon qu'il est retourné à Paris pour pourvoir à ses affaires. Son frère est toujours ici poursuivant les siennes , auxquelles 11 est travers se comme de coutume, mais avec meilleure es» pérance. Je prie Dieu ^ monsieur , qu'il vous conserve en bonne santé.
De Fontainebleau ce 17 juin 1607.
DB Nbufvillb.
Lettre de M. de Villeroy à M. Jeannin^ du
17 juin 1607.
Monsieur, je vous écrivis l'autre lettre par le commandement du Roi , et je vous saluerai par celle-ci de la continuation de mon service , en vous assurant de la convalescence de Sa Me^^esté, laquelle commença hier à sortir du lit , à s'appuyer sur les pieds; tellement que j'estime que nous changerons bientôt de place. Je ncr veux omettre aussi à vous faire savoir que le Roi a accordé à mon fils la lieutenance générale du gouvernement de Lyonnais, vaquée par le trépas de M. de la Guische, que Dieu a appelé à sol le 14 de ce mois , Sa Ms\je8té ayant voulu , par sa bonté, nous témoigner sa bienveillance et confiance, et nous obliger de plus en plus d'employer nos vies à son service ; de quoi je m'assure que vous seree très-aise, comme je le serai toujours de vous honorer et servir d'entière affection , de laquelle je prie Dieu, etc.
NEOOCUTIOTk'S
Lettre de Jeanniny Èuzanvat et de Russijy au Roi, du ^a juin 1607.
SiBE,
Chacun se promet ici que la ratification d'Es* pagne y sera bientôt, et qu'elle doit être suivie de la paix par le plus grand nombre de ceux auxquels les peuples ont donné la charge et conduite de leurs affaires. Plus ce temps approche, plus le prince Maurice se travaille pour faire connoître qu'il n'y aura Jamais aucune sûreté en la paix avec l'Espagnol , à quelque condition qu'on la puisse faire. Nous avons commencé à lui parler sur ce sujet, plus ouvertement que du passé, depuis avoir reçu les dernières lettres de M. de Villeroy, qui contenoient bien expressément la déclaration de votre volonté, pource qu'en différant plus long-temps, on préparait des divisions dans les Provinces , qu'il eût été plus difficile de faire cesser. Mais nos raisons ne lui ont semblé assez fortes pour le vaincre ; celleci seule lui a ôté le choix de tout autre conseil : à savoir que votre Majesté ne prendra Jamais à sa charge de payer chacun an, tant que la guerre durera, la somme de quatre millions cinq cent mille livres, sans laquelle, jointe à ce que les Etats lèvent sur eux , lui-même nous a dit la guerre ne pouvoir être continuée avec espoir de bon succès , et qu'il n'y avoit aucune espérance non plus que le roi d'Angleterre y voulût contribuer quelque chose du sien ; ainsi qu'il étoit du tout nécessaire de tenter cette voie d'accord, quand ce ne seroit que pour faire croire à ces peuples qu'on les veut mettre en repos si faire se peut. Car y procédant ainsi, ou la paix se fera à conditions avantageuses , et qui auront de la sûreté pour eux, ou si l'ennemi les refuse, ils rentreront à la guerre contre lui avec plus d'ardeur et haine que jamais, et y contribueront aussi plus volontiers leurs moyens qu'à présent, qu'ils sont remplis de cette vaine espérance de pouvoir obtenir la paix en toute sûreté , et avec la conservation de leur liberté et souveraineté dont ils se flattent , et pensent avoir acquis la jouissance par le consentement même de leur ennemi, dès le jour qu'il leur en a fait les offres. Ils en deviendront encore plus affectionnés , et se sentiront plus obligés à votre Majesté, par le soin qu'elle aura pris de les mettre en repos; et le prince Maurice même en sera mieux avec eux pour avoir plutôt suivi l'avis commun dej Etats que le sien , qui étoit néanmoins meilleur. Et ce qui doit être de grande considération envers lui, est que votre Majesté et le roi d'Angleterre auroient plus de sii^et de secourir les Etats après ce re-
fus, et de prendre même les armes pour leur conservation, avec plus de raison et justice qu'ils n'eussent eu auparavant.
Nous répétons souvent une même chose par nos lettres, mais c'est le sujet sur lequel nous travaillons maintenant, et n'y a rien si nécessaire pour faire cesser toutes divisions et secrètes inimitiés qui sont dans cet Etat, que d'en avoir soin continuellement, et en rendre souveut compte à votre Majesté : la fin de tous nos discours avec lui est toujours qu'il veut dépendre de vos commandemens. Mais, pour l'y confirmer du tout, nous avons estimé qu'il falloit penser et pourvoir à bon escient à son intérêt, et le deviner par conjectures, puisqu'il ne s'en veut découvrir ; car tout ce que nous avons traité jusqu'ici ne touche qu'au public. Il peut craindre que la paix diminue son autorité, au lieu qu'il étoit nécessaire qu'il ne deviennne inutile; qu'il ne perde la jouissance de quelques terres occupées sur ceux du parti contraire , la plupart de ses Etats et appointemens , les droits de son amirauté , ou qu'ils ne soient réduits à peu. Et, pource qu'on le tient encore plus sensible en ce qui est de son honneur et autorité qu'en ce qui touche au profit, nous avons com^ mencé à lui faire voir qu'il y a moyen de l'en assurer par la paix , et qu'il sera nécessaire , outre le traité général auquel votre Majesté et le roi d'Angleterre entreviendront comme garans pour le faire observer, d'en faire encore un autre, en même temps, projeté néanmoins auparavant, et tenu secret aussi entre votre Majesté, le roi d'Angleterre et les Etats, pour le mutuel secours qu'ils seront tenus se donner l'un à l'autre, et autres conditions convenables pour leur commune sûreté : dans lequel traité on pourra faire insérer ce qui doit toucher à l'autorité , aux charges et à l'intérêt dudit sieur prince Maurice et de sa maison, étant ce moyen très-assuré, d'autant que vos deux Mijestés en seront garans comme du premier traité, et par ainsi les Etats plus obligés à l'observation, crainte, s'ils y contreviennent à son pr^udice, qu'on ait sujet d'en faire autant contre eux et l'obligation où elles seroient entrées eu leur faveur' par le même traité.
On lui a conféré comme par discours aucuns de ces articles; à savoir, qu'il demeure gouverneur perpétuel. desdits pays, leur chef et capitaine général , tant pour commander aux forces qui seront mises en garnison , qu'à celles de la campagne ; qu'on établisse un conseil près de lui, composé des ministres de vos Majestés, de deux de sa maison, tels qu'il voudra choisir, et de sept personnes, une pour chaque province; qu'audit consefi soient attribuées toutes sortes d'affairés,
DU PBESIBBNT JEANNIN.
tant celles qui concernent Tétat de la guerre, les difTércns des provinces et des villes Tune contre l'autre , Texécution entière des délibérations publiques, et généralement toutes choses, fors et excepté le changement des lois, les provisions des gouverneurs, le pouvoir de faire la guerre ou la paix , de lever deniers et autres de pareille ou plus grande importance , dont Tautorité et pouvoir absolu doit dépendre et appartenir à tout le corps de l'Etat , ainsi qu'il a été fait du passé ; qu'il soit ainsi pourvu par le même traité à rentretènement des forces et garnisons qui sont nécessaires pour tenir le pays en sûreté durant la paix , et aux levées et contributions qu'il faudra faire à cet effet, non pas pour un an seulement, mais pour plusieurs années, crainte, s'il felloît ordonner dêsdites contributions chacun an, comme on a fait du passé , que le peuple se relâchant peu à peu, et quittant le soin de sa conservation , comme si la paix l'a voit mis en toute sûreté , ne fit difflculté de consentir auxdites levées, après la première ou seconde année ; ce qui mettroit l'Etat en péril.
On peut y ajouter d'autres articles; mais ceuxci sont les principaux pour donner quelque contentement audit sieur prince Maurice en ce qui «t de sa charge et de son autorité, dont nous iia\oos fait qu'un projet, sans en communiquer àpenonne. Il a montré de le trouver bon, mais çQ'il fl*en devoit rien espérer, ni de tout ce qui le peut toucher, si au même temps que la paix X fera il n*y est pourvu ; que du c6té de l'ennemi il avoit été assez recherché, avec offre d'un million d*or et ai^hat de grandes seigneuries en Allemagne s'il s'y vouioit retirer; ou s'il se vouloit fier de l'archiduc et s'unir à son amitié , de hii donner plus d'autorité et de pouvoir es Provinces-Unies qu'il n'en eut onques, jusques à lui faire sentir qu'on lui quitteroit même la souveraineté : qu'il sait bien aussi ce qu'il peut dans cet État , et sur plusieurs bonnes places qui sont tenues par personnes qui dépendent de lui, mais qu'il n'a point seulement voulu écouter les offres de ses ennemis, et ne cherchera jamais son salut chez eux; ne fera non plus chose qui soit contre son honneur ni devoir, ni qui puisse apporter de préjudice au pays pour lequel il a pris tant de peine et couru tant de périls; et, à la fin de tous ces propos , qu'il n'aura jamais autre volonté que celle que votre Majesté voudra qu'il ait Nous avons réconcilié M. de Barneveld avec lui, par le moyen et avec l'aide de M. le comte Guillaume de Nassau, qui s'y est entremis trèsvolontiers , les a fait parler ensemble à cœur ouvert, et mettre hors de leurs esprits tous soupçons et défiance : ce qui facilitera le n)oyen
d'unir toutes les Provinces en la résolution que votre Majesté désire qu'elles prennent ensemble, et sans cette réconciliation il eût été très-difficile de le faire.
Ledit sieur de Barneveld a sans doute bonne intention, tant envers lui qu'envers le public, et juge aussi que la bienveillance et assistance de votre Majesté est plus nécessaire et utile à cet Etat que toute autre chose ; par ainsi qu'on se doit plier et accommoder du tout à ses commandemens et volontés ; et il est celui entre tous ces peuples qui a le plus de créance et est le plus capable de les bien conseiller, même au dessein que votre Majesté a pris, lequel est conforme à son inclination, lui désirant la paix avec ardeur, pourvu que ce soit avec la sûreté qu'il convient, et pour le bien de son pays, à quoi il tend, non à gratifier l'archiduc et l'Espagnol. Nous ne pensions pas, ceci étant bien fait et accommodé, qu'il y eût plus rien à craindre de ce côté. Ainsi il ne restera qu'à pourvoir aux difQcultés qui se présenteront du c6té des Espagnols, lesquelles doivent être grandes, si les bruits qu'aucuns font courir qu'ils ne désirent point la paix , sont véritables; mais il pourroit bien être qu'ils usent de cet artifice pour avoir meilleur marché des Etats qu'ils pensent la désirer, comme peuples qui courent précipitamment et avec ardeur à ce qu'ils veulent; ou bien ce n'est qu'une vanité, pour montrer qu'ils n'approuvent des conditions qui semblent indignes de leur grandeur; et s'ils le font, que c*est à la très-instante prière des archiducs , et pour favoriser leur repos, n'y ayant apparence qu'on en soit venu si avant avec l'avis même de Spinola , sans le su et commandement du roi d'Espagne ; et s'il l'a voulu une fois avec mûre délibération, qu'il n'est vraisemblable qu'eux , qui font gloire d'être constans jusques à l'obstination et plus grande opiniâtreté, se soient sitôt changés, attendu qu'on ne voit aucune cause qui les ait dû porter à ce changement, si ce n'est qu'ils soient entrés en quelque défiance que l'archiduc veuille la paix pour ûdre retirer les forces desdits pays, en demeurer par ce moyen maître plus absolu, et se préparer contre les accidens de l'avenir.
Il seroit à désirer qu'il fût ainsi ; il y faudra prendre garde soigneusement pour faire profit de toutes occurrences, même sur le siget dont le président Jeannhi a parlé autrefois à votre Majesté, et plus particulièrement avec M. de Villeroy. Peut-être qu'ils ont aussi été avertis de ce que chacun sait à présent , et que les Etats déclarent tous les jours sans s'en celer, qu'ils n'entendent traiter, sinon avec l'intervention de votre Mi^esté et du roi d'Angleterre , jugeant par lÀ
IfEGOCUTIONS
que les oonditions du traité seront assurées, et qu'on ne le pourra enfreindre au préjudice des £tats, fortifiés d'un si grand appui, qu'avec péril ; et, outre ce, que la conjonction de vos deux Mfijestés en ce traité, pourroit bien être cause de quelque plus grande amitié, du moins d'une confédération contre eux pour l'entretènement d'icelui, qui leur seroit toujours préjudiciable. . Es choses de l'avenir, et qui dépendent des volontés d'autrui, on n'y peut pénétrer que par conjectures : si semble-t-il qu'ils seront pour entrer en conférence, et si les choses ne sont disposées à leur désir, qu'ils tireront les affaires en longueur, essaieront de faire continuer la trêve, et enfin rompront, sinon qu'ils puissent traiter à leur avantage. Si est-il bien requis, Sire, que cette paix soit bonne et sûre, ou qu'elle ne se iasse du tout , puisque votre nom et autorité y ^nt employés, et qu'ils ne se peuvent perdre par un mauvais traité, qu'à la honte et au blâme des rois et princes qui s'en seront mêlés. Et c'est en quoi nous prévoyons de grands inconvéuiens, pource que la refusant pour n'être bonne et sûre, les Etats auront besoin de secours, et votre M£\jesté est lasse de supporter cette charge.
Le roi d'Angleterre n'y veut rien mettre du sien, et ils sontfoibles d'eux-mêmes. Ainsi il semble que la paix, quelque mauvaise qu'elle soit, leur doive encore être meilleure que les désordres , confusions et ruines esquelles ils tomberont sans doute par la continuation de la guerre, s'ils ne sont secourus à bon escient, et plus même que du passé , du moins un an ou deux ; car ce temps donnera jugement de ce qu'il faudra faire après. C'est à elle de le considérer s'il lui plait , et de nous édaircir sur ce de son intention. Nous Jugeons bien dès maintenant ce qu'il faudra comprendre en la paix pour la rendre bonne. Mais nous sommes incertains de ce que l'ennemi voudra accorder, et de quoi votre Mcgesté trouvera bon qu'on se relâche pour l'obtenir. Il y a peu de conditions, mais elles semblent nécessaires; À savoir, qu'ils soient reconnus pour Etats libres, sur lesquels le roi d'Espagne et les archiducs ne prétendent rien; et éclaircir cet article un peu plus, s'il est possible, qu'il n'a été fait par la trêve , sans y insister pour rompre; que les Espagnols sortent des Pays-Bas , même des places si on peut; que les garnisons soient réglées et réduites à certain nombre de gens d'une part et d'autre; le commerce libre partout, même aux Indes orientales et occidentales, du moins eororae il est permis aux François : et cet article, à ce que nous apprenons , s'obtiendra difficilement pour le regard du commerce des Indes,
et néanmoins est bien fort utile aux Etats et à leurs alliés, et doit apporter du dommage au roi d'Espagne , qui seroit toujours contraint , à cause de cette liberté, de faire grandes dépenses pour assurer les flottes qui lui viennent en Espagne. Il accordera encore plus volontiers, à ce qu'on dit ici , le commerce des Indes en Orient qu'en Occident : et pour celle-ci , au cas qu'il n'y veuille consentir, on pourroit faire une compagnie en France, au lieu de celle qu'on commençoit à Amsterdam 9 suivant que votre Majesté dit au président Jeannin à son départ. Il sera aussi besoin pourvoir à ce que les navires qui iront de ces pays en Espagne, ne puissent être arrêtés, et n'y aura meilleure sûreté, comme il semble, que de faire consigner quelque notable somme , moitié en France , moitié en Angleterre , es mains de marchands solvables.
Ce sont les principaux articles, avec la restitution des biens occupés , et l'échange des places, où l'on prévoit aussi quelques difficultés : tout sera considéré. C'est avant le temps que nous touchons à ces articles, puisqu'on est encore incertain si on y entrera ; mais nous le faisons, pource que la ratification venue, on en parlera bientôt après. Et, encore que soyons suffisamment instruits de l'intention de votre Majesté pour y apporter notre jugement, il sera toujours bien à propos que recevions ses commandemens particuliers sur ce qui se présentera, dont nous donnerons avis à votre Majesté à toutes occasions. Nous attendrons aussi la réponse a trois de nos précédentes lettres, pour suivre partout ce qui nous sera commandé, de même affection dont nous prions Dieu, Sire^ qu*il conserve votre Majesté et toute sa famUle en tout heur et prospérité.
De la Haye, ce vingtième jour de juin 1607.
Votre, etc., P. Jbannin , Buzanval et de
RUSSY.
Lettre de M, Jeannin à M, ds Villeroy, du 20
de juin 1607.
Monsieur, notre lettre au Roi étoit écrite et donnée à ce porteur, avant qu'avoir reçu la >'6tre du 7 de ce mois, qu'ai vue soudain , et y ai fait réponse. Nous sommes en peine de ce que Sa Majesté n'avoit encore reçu lors aucune de nc^s trois dépêches; elle les aura reçues toutes trois maintenant. Nous en attendons aussi réponse eu bonne dévotion. Ce que vous écrivez du roi d'Espagne, qu'il n'approuve ce que les archiducs ont fait, et ne semble être disposé de souffrir qu'on passe outre, ont fait courir ici les mêmes bruits; et hier le prince Maurice me dit qu'un banquier qui hante fort privén^nt en la maison
BU PBBSIBBNT J9ANNIN,
de Spioola, a écrit la même ehoee, que ledit Spinola étoit disgracié en Espagne à eette occasioii, et le moiue qui s'en est mêlé, mandé pour y rendre compte de ses actions. Il est bien malaisé de le croire , et que rien ait été fait ici sans le su du roi d'Espagne, bien a*t*on quelque occasion de conjecturer qu'il envoyoitdom Diego d'ibarra, qu'on dit n'être pas bien avec l'archidue, pour le retenir et empêcher qu'il ne fasse la paix à autres conditions que celles que le roi d'Espagne voudra, et qu'il y a déjà peut-être quelques semences de soupçon et déflance. S'il est ainsi on en pourra faire profit selon que m'écrivez, et qu'en avons autrefois discouru ensemble. J'y prendrai garde soigneusement, et ne perdrai aucune occasion qui nous puisse conduire à ce dessein.
Le prince Maurice ne nous a encore rien com* mnniqué de ce dont m'écrivez, et n'ai point appris que le gentilhomme venant d'Allemagne , qui porte le nom de celui qui mourut au sorthr de Conflans, soit arrivé; Je m'en informerai se> crètemeot. M. de Buzanval m'a dit qu'il le connoissolt, étoit de ses amis, qu'il a deux compagnies de lansquenets entretenues ici , et qu'il est sujet et pensionnaire de M. l'électeur Palatin. Telles entreprises ne sont aisées, et ne sais si elWsseroient maintenant à propos. Jusqu'à ce qu'on soit mieux éclairci si l'Espagnol veut la paix OQ non , et attendrai qu'on m'en parle , et si 00 oe le Cait, je me tairai selon que mandes. Qoaat aux six mille Italiens qu'estimez être envoyés en Flandre par le comte de Fuentes, ils avoient eu cet avis ici; mais ils disent que l'ardJûduc et Spinola les ont contremandés. Toutefois il n'est bien assuré s'ils passent ; vous en sciez avertis les premiers, et sera bon nous l'écrire. On pensoit qu'il y eût quelque rumeur à Anvers, et que les soldats de la citadelle eussent tiré des coups de canon par dessus la ville, avec menace contre les babitans, pource qu'ils moutroient désirer la paix. Toutefois on a dit depuis qu'ils n'aroient tiré ces canons qu'aux champs, et que c'étoit le jour de la Fête-Dieu, à cause de cette solennité. On tient fiien que la garnison de ladite citadelle est accrue de sept à huit cents soldats , et de quelque nombre aussi en la citadelle de Gand : on n'en sait la cause ; mais on pense que ce poarroit être pour ce qu'on dit communément, tant près l'archiduc qu'en ce lieu , que, par la paix, les Espagnols doivent sortir desdits pays, et qu'ils se veulent fortifier dans les places , comme n'ayant volonté de le faire. M. de Russy a i^t un petit voyage par la, Hollande, où il dit avoir trouvé ceux qui l'ont vu, peu portés à la paixi sinon qu'elle ^it bonne et biw sûre. M» de
Mancieux porte la réponse au Roi de M. de Chêtillon, et le lieutenant de la compagnie du capitaine Suelles, celle de M. le prince Maurice, qui est en sa faveur, et contient les remontrances dudit sieur prince, pour faire garder l'ordre et n ôter point l'espérance à ceux qui font leur devoir. C'est chose fort considérable: nous estimons néanmoins que ledit sieur prince se conformera à la volonté de Sa Majesté, si elle montre le désirer avec affection. Quant à M. de Ghâtillon, il nous a toujours dit qu'il est prêt à obéir à tout ce que Sa Majesté en voudra ordonner, sans y apporter aucune considération ni remise. C'est tout ce que Je vous peux mander, et que je serai toute ma vie , monsieur, votre, etc. P. JBANNiif , A la Haye, ce 20 juin 1607.
Lettre du Roi, du 26 juin 1607.
Messieurs Jeannin, de Ruzanval et de Russy, par ma réponse à vos précédentes, celles du 30 de ce mois, que J'ai reçues le 24 , Je vous ai bien clairement et particulièrement informé de mes intentions sur toutes les propositions et demandes que vous m'avez faites par icelles, de sorte que je n'ai pas grande chose à vous commander sur cette dernière. Je vous dirai seulement qu'il semble que ces messieurs vont tous les Jours augmentant la somme de laquelle ils remontrent et protestent avoir besoin pour soutenir la guerre; car, quand le sieur Aêrsens revint du pays, 11 ne parla, comme vous savez, que d'un million d'or; depuis on demande douze cent mille écus ; et à présent vous me mandez que le prince Maurice vous a déclaré , s'ils sont secourus de moins que de quatre millions cinq cent mille livres par an , que la guerre ne peut être conthiuée avec espoir de bon succès. S'ils tiennent ce langage pour mieux excuser et Justifier la paix qu'ils prétendent fiiire, ils correspondent mal à ma franchise et bonne volonté. Ils s'abusent aussi s'ils se persuadent que, par crainte de ladite paix , ou par nécessité et désir de faire durer leur guerre, J'augmente ledit secours a leur discrétion , et avec une incommodité insupportable de mes affaires. Toutefois s'ils pouvoient obtenir du roi d'Angleterre qu'il y contri-' bue à proportion de mes offres, je raettrois peine encore de faire mieux ; mais l'Anglais est si froid et en telle méfiance de tout le monde , voire de soi-même, que nous ne pouvons faire de lui l'état que je désirerols, autant pour la guerre que pour la paix, mais spécialement pour le premier, encore que le parlement d'Angleterre soit, pour ce regard, de contraire avis au conseil d'Angleten-e. Or, je loue grandement toute votre conduite envers le prince Maurice, le conseil:
que VOUS lui avez donné, les raisons desquelles vous l'avez accompagné, les articles dont vous lui avez fait ouverture, et même que vous avez réconcilié le sieur Barneveld avec lui, pour les bonnes et prudentes raisons que vous m'avez représentées; mais prenez garde que cette réconciliation soit entière et sans feintise, principalement du côté de Barneveld; car il est plus résolu que l'autre. Il faut craindre qu'ayant employé ledit prince à son désir, sous prétexte et espoir de procurer et obtenir ensemble les conditions de la paix que vous avez projetées, tant X)our le public que pour son particulier , ledit Barneveld ne le conduise et oblige insensiblement à en recevoir, par nécessité et contrainte, d'autres moins honorables , sûres et utiles , comme seroient celles d'une trêve à longues années, à laquelle je reconnois que le roi d'Espagne aspire , ainsi que je vous ai écrit; et que sur cela le prince Maurice vous reproche les conseils de paix que vous lui avez fait prendre , et que nous y demeurions aussi befflé avec lui : car je prévois, puisque le général desdites provinces incline tant au repos, qu'il sera au pouvoir de ceux qui: les y ont induits de leur faire franchir un saut, non prévu par eux ni attendu; quand ils seront sur le bord du précipice ; auquel cas il faut que nous considérions si je dois désirer que mon nom y soit engagé. Je sais bien que l'on dira que je dois donc pour éviter un tel accident les soutenir et assister maintenant puissamment, afin qu'elles ne soient contraintes par nécessité de tomber en icelui : mais je réponds à cela véritablement qu'il y a bien quelque apparence qu'étant bien secourus et maintenus. Il sera plus difficile de leur faire accepter des conditions désavantageuses; et néanmoins j'estime, si leurs ennemis s'opiniâtrent, qu'enfin ils les rangeront à leur désir, soit par corruption, division ou autrement ; car c'est le naturel des peuples que de passer légèrement par dessus les considérations des périls futurs pour sortir des présens , quand une fois ils sont las et recrus de courre ceux-ci. C'est pourquoi je suis ainsi retenu en mes offres et gratifications sur leurs présentes demandes de six cent mille livres; joint le refus qu'ils vous ont fait de la promesse que vous leur avez demandée de ne traiter sans moi , et l'égalité avec laquelle ils traitent avec le roi d'Angleterre , ne tirant du dernier que des reproches et des incertitudes, au lieu des effets qu'ils reçoivent de l'autre. Ne doutez donc point que les gens du roi d*£spagne ne retardent et prolongent cette négociation tant qu'ils pourront , pour lasser les Etats et parvenir à leur but. L'archiduc "«'entendra avec eux pour cela , car il espérera y
profiter ; se confiant encore plus d'Espagne que des gens de Hollande et de leurs associés, quelque bruit contraire à cela que Ton publie sous main pour endormir les Etats et moi particulièrement. Pour à quoi remédier, le plus expédient seroit d'accélérer le traité, et résoudre promptement à la paix ou à la guerre, devant que i'affoiblissement des États paroisse davantage.
A présent que dom Diego est arrivé en Flandre , avec le pouvoir et l'intention du roi d'Espagne , l'archiduc , peut-être avec raison , presse^ et le marquis de Spinola aussi , d'entrer en matière , en se plaignant des forces que l'on fait venir d'Italie, faisant paroftre que l'on s'en défie, et que l'on croit, si on veut attendre leur arrivée au pays^ que l'on n'a volonté d'accorder, mais plutôt de les surprendre. Nous ne devons pas laisser de toutes parts de faire prendre garde à l'archiduc, pour découvrir s'il est' mal content ou en défiance d'Espagne, pour, selon cela , nous conduire envers lui. Je n'en perdrai Toceasion si elle se présente , comme vous ne ferez de votre côté , avec la discrétion et prudence que vous savez y être requise. Au reste. Je ne suis point si las de supporter ma part des charges de la guerre , que je veuille refuser de continuer à y contribuer ce que l'on peut raiscmnablement désirer de moi, pourvu que lesdites provinces résolvent aussi d'y rentrer avec leur première union et ardeur, et que le roi d'Angleterre s'y engage pareillement par effet à proportion , plutôt que de consentir qu'ils fassent une mauvaise paix; aussi vous ai-je écrit jusqu'où j'entends que vous vous relâchiez pour ce regard; tellement que je ne vous en ferai redite. Seulement vous saurez que je persiste en cette délibération; mais peut-être ne sera-t-il expédient de donner conseil auxdits Etats d'opinîâtrer par trop la permission de la navigation des Indes, quand on verra pouvoir tomber d'accord des autres points, afin d'attirer en France les marchands qui y sont accoutumés, ainsi que je vous ai fait écrire par le sieur de Yilleroy. J'approuve au reste les autres articles que vous avez projetés, et voudrois que l'archiduc les eût bien accordés, et le roi d'Espagne. Quant à vous, sieur de Buzanval , si votre indisposition continue, et qu'elle ne vous permette de demeurer plus long-temps par delà , comme je le désire et juge nécessaire pour mon service , d'affectionner tant la considération de votre personne , que je vous permets de retourner quand vous voudrez par deçà, assuré que vous n'userez de cette mienne licence, qu'autant que vous connoltrez le bien de mes affaires le requérir, et la conservation de yotre santé vous y obligera : à tant ,
DU PRESIDENt JEANNIN.
je prie Dieu , messieurs Jeannin, de Buzanval et de Rvssy, qa*il vous ait en sa sainte et digne garde.
Écrit à Fontainebleau , le 36 de juin 1607. Henbi; et plus l)as, Bbulaet.
LsUre de M. de Villeroy à M. Jeannin, dudit jour 26 juin 1607.
Monsieur, je n'ai reçu votre lettre du 11 de et mois que le 24 : c'est le même jour que le siear de Mancieux est arrive en ce lieu avec celles du 21 . Le Roi vous a jà mandé son intention sar les affaires de delà; il la vous réitère et confirme encore par celle que la présente accompagne. Il est certain que dom Biégo d'Ibarra a été dépéché exprès par le roi d*£spagne pour brider l'archiduc, et mieux ménager les affaires au gré d'Espagne, que ne fait le marquis Spinola. Vrai est que l'ampliation de la cessation d'armes pour la mer rapatriera toutes choses; mais je ne sais si pour cela le roi d'Espagne ratifiera ladite cessation eo la forme qu'elle a été accordée; de quoi nous serons tôt éclaircis , comme nous disais que ces messieurs doivent mettre peine de Vélrele plus promptement qu'ils pourront, de ce quHls doivent espérer de la paix , pour les nôsons que vous connoissez mieux que nous. M.dela Boderie vous aura mandé la disposition âi n d'Angleterre et du comte de Salisbury. Ce sent gens qui ont plusieurs visages et divei*s langages; ils se défient tant de notre France, qolb sont même en garde et doute d'eux-mêmes. Croyez que nous avons peine d'en faire qodqoe chose de bon, autant pour la paix que pour la guerre ; car ils prendront toujours le eoDtrepied de notre poursuite et délibération , autant par malice que par prudence. Prenez garde, s'il vous plalt , à ce point, sans toutefois ^oos en découvrir où vous êtes ; car il vaut mieux qu'ils s'en aperçoivent par les propres actions du loi d'Angleterre, que par les avertissemens du Roi et des vôtres. Le principal est que les États se s'y arrêtent tant qu'ils en pâtissent.
Les gens de guerre qui passent d'Italie en Flandre, n'ont encore passé les Monts que nous sachions. L'on nous a écrit comme à vous que les archiducs les ont contremandés, de quoi nous serons tôt faits certains, et vous en avertinuis après. L'on dit que le marquis Spinola passera bientôt par ici pour aller en Espagne ; ft*il s'éloigne devant la conclusion du traité, elle ira fort à la longue. Le prince de Joinville eût mieux fait pour le service du Roi de passer par Rruxelles, et caresser l'archiduc tout à découvert, que d'en user suivant sa délibération; car aussi bien croira-t-on toujours qu'il aura vu l'ar-
chiduc ou ses chalands , et ceux-ci imputeront au Roi cette fuite. Mais c'en est fait; le grand-duc nous a fait dire seulement, depuis deux jours, que l'armée de mer qu'il a fait sortir cette année, composée de plus de huit mille, hommes de guerre, doit exécuter une entreprise sur Cypre, avec l'intelligence des habitans, auxquels il a porté quantité d'armes ; de quoi les Vénitiens ne sont contens, et dit-on qu'ils ont envoyé de ce côté-là l'armée de mer qu'ils avoient préparée pour la guerre du Pape, afin de s'opposer au dessein susdit. Le Roi attendra, à mon avis, le lieutenant du capitaine Suelles, porteur des lettres de M. le comte Maurice, pour mettre en considération ses raisons, devant que de commander une recharge pour le sieur de Mancieux, dont je vous prie avertir M. de Châtillon, et que j'ai lu au Boi la lettre qu'il m'a écrite , tant sur ce sujet que celui du sieur de Rocques, qui a pris en bonne part son obéissance et ses raisons, ainsi que je lui écrirai après que Sa Majesté m'aura déclaré sa dernière volonté. Quoi attendant, il sera, s'il vous plalt, et vous assurés du service perpétuel, monsieur, de votre, etc.
DE Neufville.
De Fontainebleau , le vingt-sixième Jour de juin 1607.
Lettre de messieurs Jeannin, de Buzanval et de Russy au Roi y du 27 juin 1607.
Sire,
Avant qu'avoir reçu les lettres de votre Majesté, qui sont des 13 et 15 de ce mois, M. de Bethune ctoit prêt de partir avec les nôtres, qui sont de date précédant de trois jours seulement celles qu'il lui a plu nous écrire, qui contiennent particulièrement son intention sur nos deux premières dé{)êches ; ce qu'elle a appris de l'intention du roi d'Espagne et du roi d'Angleterre , que le premier n'accordera jamais de faire une paix perpétuelle avec les Etats, à condition qu'il les tient pour libres, et sur lesquels il ne prétend rien , mais bien une trêve à longues antiées ; pour le roi d'Angleterre qu'on n'en doit rien espérer. Nous faisons autre jugement de ce dernier, parce que son agent le disoit avec affection, et y lyoutoit des raisons pour être cru. Il nous sembloit aussi que son affection devoit suivre son intérêt. Les bruits couroient déjà en ce lieu que le roi d'Espagne ne ratifieroit pas ce que l'archiduc a fait. Ceux qui désirent la paix et l'ont procurée sont en peine à cette occasion , et ne se la promettent plus avec tant de certitude qu'ils faisoient, mais jettent quelques propos d'une trêve à longues années, que votre Majesté rejette du tout par ses lettres , nous déclarant n'y vouloir entrevenir si
NEGOCIATIOIfS
elle se &it, avec commandement de la dissuader tant que nous pourrons. Nous y obéirons ; mais nous la supplions très*humblement de considérer que, si le roi d'Espagne ne veut accorder la paix absolue aux conditions et sûretés que les Etats la demandent , et que la trêve ne vous soit agréable, et faisons tant de la dissuader, qu'il ne reste plus autre moyen que de rentrer à la guerre avec videur et courage. Ce qui ne peut être fait sans que Içs Etats aient le secours dont nous avons écrit à votre Majesté, qui est de quatre millions cinq cent mille livres, ou quatre millions au moins; à quoi le prince Maurice Ta modéré, contre la volonté des députés qui demandoient beaucoup plus, n'étant possible autrement d'espérer aucun bon succès de cette guerre; car, pour les Etats , c'est tout ce qu'ils pourront faire que de continuer leurs levées ordinaires, qui reviennent à près de dix millions de livres. M. le prince Maurice dit bien que quelques princes d'Allemagne, nommés par notre précédente lettre, pourront donner tous ensemble deux cent mille écus par an , s'il plaît à votre Mcgesté ajouter son autorité et ses prières à celles des Etats qui enverront vers eux à cet effet. L'agent d'Angleterre promet que son maître y contribuera. Mais nous craignons que ces deux secours soient incertains, qu'il âiille bâtir l'assurance de cette somme sur autres fondemens, et, s'ils reftiseut d'y contribuer ou s'en désistent, après avoir commencé, que la charge entière ne tombe du tout sur votre Majesté ; et si elle ne la peut ou veut supporter pour autant de temps qu'ils en auront besoin, que ces provinces, au même temps qu*elles seront abandonnées, ne se perdent avec bonté et dommage. Or elle nous mande bien que pour la paix elle est contente d'entrevenir, soit seule ou avec le roi d'Angleterre ; mais pour le secours elle se restreint, et dit n'y vouloir contribuer que pour les deux tiers, le roi d'Angleterre s'obligeant à l'autre tiers, sans destiner encore la somme, sinon que les lettres contiennent, pour exemple, s'il faut trois millions de livres, qu'elle en donnera deux millions, le roi d'Angleterre fournissant un million. Ainsi cette offre est incertaine, et ne contient aucune obligation précise qui les puisse assurer de ce secours, qui dépend de ce que voudra foire le roi d'Angleterre, duquel toutefois on n'attend que peu ou rien.
Il est du tout nécessaire , Sire , que nous vous représentions ces difQcuItés ; car ce n'est assez de juger que la continuation de la guerre est encore meilleure que la trêve à longues années, si on n'ajoute à cet avis les moyens de la faire, sans lesquels il n'y a rien de pis pour eux que l'entreprendre. C'est chose aisée, et plus qu'elle
n'étolt il y a quelque temps, de faire reprendre à ces peuples les conseils de la guerre, en leur donnant ce. secours, d'autant qu'ils commencent à douter de la ratification d'Espagne, et sont entrés en soupçon qu'on les veut tromper ; mais ils auront toujours recours et feront instance de la déclaration du secours avant qu'y prendre aucune résolution. Votre Majesté a du loisir d'y penser, et de nous éclaircir là-dessus de son intention. Nous ne précisons rien cependant, pource qu'il faut conunencer par la paix, si elle se peut faire ; et on ne peut plus tôt que la ratification ne soit venue, ou que le temps de la donner, qui expire au 24 de juillet, ne soit passé. Jusqu'alors l'Espagnol nW point en demeure ; on ne se peut plaindre de lui, ni asseoir jugement certain sur ce qui est de sa volonté , encore qu'il y ait diverses conjectures, et autant pour en douter comme pour en bien espérer. Nous ne laissons pourtant de croire, si la conduite de ces peuples est sage, qu'ils en auront bonne issue, et que l'Espagnol ayant permis à l'archiduc et à Spinola de donner commencement à cet œuvre, par un dessein prémédité de long-temQS, et jugé au conseil d'Espagne, comme il est vraisemblablement nécessaire à ses affaires, ne le voudra laisser imparfait. Bien usera- t-il de toutes sortes d'artifices pour en avoir le meilleur marché qu'il pourra, en quoi il a grand avantage, en ce que ses conseils dépendent de lui seul , et sera armé , comme on prévoit, lors du traité : et ici les moindres résolutions dépendent d'un grand nombre de gens qui sont en défiance les uns des autres, et qui changent si souvent d'avis qu'il y a beaucoup de peine de les tenir ensemble, et leur faire vouloir à tous une même chose ; outre qu'ils ne préparent aucunes forces, maisfont connoftre par leur conduite qu'ils s'attendent du tout à cette paix , quoique leur disions qu'ils fassent toutes démonstrations au contraire, comme de faire demander permission au roi d'Angleterre, par ceux qu'ils y envoient , de lever des gens en son royaume ; et à leur agent qui est en Allemagne, de publier qu'il a charge de faire levées; tenir aussi des propos aux colonels françois de deçà, qu'ils ont dessein de leur donner moyen bientôt de faire leurs crues, et de les accroître de nouvelles compagnies.
Il est bien vrai, et nous en pouvons bien assurer votre Majesté, quejusqu'à présent est demeuré ferme et arrêté en l'esprit d'eux tous, et de ceux même qui sont les plus affectionnés à la paix , de n'y entendre et de la rejeter du tout , si le roi d'Espagne ne consent qu'ils demeurent libres, et quitte les droits qu'il pourroit prétendre sur eux. A quoi ils «û^utent toutes les autres condi*
DU PUbSIDENT JEÀNNIN.
tiOQS eonteoues en dos précédentes lettres ^ entre lesquelles est celle du commerce des Indes, tant orientales qu'occidentales, dont le sieur Bameveld a dit et répété plusieurs fois au président Jeannin qu'ils ne se départiront Jamais, du moins pour l'obtenir tout ainsi que les François, qui est mieux que s'ils l'a voient de gré à gré; car les actes d*hostilité qulls pourront faire par delà la ligne , en allant avec force à ce commerce , apporteront toujours de l'incommodité et de la dépense au roi d'Espagne, et presque autant que s*il étoit en guerre avec eux ; il n y aura que de bien assurer le commerce d'Espagne, de peur qu'il ne se puisse venger là-dessus quand il voudra, ndais nous n'en savons point d'autre moyen que celui qu*avons déjà mandé. Nous jugeons bien qu'il faut s'édaircir le plutôt qu'on pourra de cette paix , pour prévenir le temps des forces qui sont envoyées en Flandre, qu'on tient néanmoins ici avoir été contremandées par l'archiduc ; mais l'on ne peut plutôt que la ratification ne soit donnée , ou le temps de le faire passé. Lors il faudra presser et chercher tous moyens de raccourcir TafFaire , dont le meilleur sera à notre avis de dresser quelques articles pour cette paix, avec l'avis du prince Maurice et de quelques psrticaliers des mieux entendus des Etats , en petit nombre toutefois , nous et les députés du roi d'Angleterre étant avec eux; puis les proposer CD l'assemblée des Etats-généraux de toutes les iVovinces qui sont ici, et , s'il est besoin, en r«Mmblée de chacune Province en particulier, pour les y faire approuver et résoudre, sans qu'il soit permis à ceux qui seront députés pour traiter, d y rien changer , ou bien qu'ils ne le puissent faire qu'avec l'avis des ministres des deux rois, du prince Maurice, et d'un de chacune Province qui seront nommés et députés à cet effet. Nous y procéderons lors avec plus de prudence et célérité qu'il nous sera possible. Encore est-il besoin qu'avertissions votre Msgesté que, si eette paix ne se peut conclure comme il convient, plusieurs estimeront la trêve à longues années De devoir être rc^jetée , et craignons même qu'il De soit nécessaire de s'attacher à ce conseil, quoiqu'il y ait des inconvéniens qui ont été trè^bien représentés par les lettres de votre Majesté , au cas qu'elle ne se veuille résoudre de donner aux Etats le secours ^ont ils ont besoin et font instance. Et à la vérité, Sire, comme ils prétendent faire cette trêve , il y aura peu de différence entre la paix et la trêve; car c'est leur intention dy mettre toutes les mêmes conditions et sûretés qu'en la paix , sans y en omettre une seule , et de la faire aussi sur cette déclaration du roi d'Espagne et des archiducs, qu'ils les tiennent
pour libres et Etats sur lesquels ils ne prétendent rien , sans souffrir qu'ils y ajoutent aucune resr triction de rentrer en leurs droits la trêve fmie , trop bien de leur pouvoir faire la guerre comme à ennemis , non comme à leurs sujets ; cette qualité étant remise et acquittée par déclaration expresse sans réserve, et par ainsi perpétuellement, qui leur donnera le moyen de traiter toutes alliances et confédérations , aussi bien que par une paix.
Ce fondement donc présupposé, et les autres conditions y étant mises , il est certain que cette trêve doit égaler la paix quant à la sûreté , et peut-être même que les peuples ayant plus d'occasion de se défier de ces princes , qui pourront, si bon leur semble, rentrer en guerre conti*e eux , la trêve finie , seront encore plus soigneux de leur conservation , et contribueront plus vo,lontiers tout ce qui sera requis pour entretenir des garnisons, et autres forces nécessaires , que s'ils étoient en une paix qui leur eût ôté du tout cette défiance. On peut dire que l'ennemi romr pra la trêve quand il lui sera utile ; 11 en fera autant de la paix s'il veut user de mauvaise foi , n'étant pas plus obligé en Tune qu'en l'autre, et trouvera toujours en Espagne , parmi ceux qui sont du conseil de conscience, des raisons pour défendre qu'il lui a été loisible , voire qu'il est louable de rompre la foi aux hérétiques et rebelles, qui sont les noms dont ils qualifient lesEtat^, contre cette infraction de foi. Ils auront aussi les mêmes sûretés qu'en la paix , à savoir , les forces dans leur pays; et s'il plaît à votre Majesté joindre son intervention avec celle du roi d'Angleterre, qui sans doute la donnera plus volontiers que de l'argent pour faire la guerre , tant pour le contentement de l'Espagnol , que pour se décharger de la dépense , quant à la vôtre , Sire , nous supplions très-humblement votre Msyesté prendre de bonne part si nous lui remontrons qu'elle n^en doit faire non plus de difficulté en la trêve , si elle est faite comme a été dit ici dessus, qu'en la paix; et que les inconvéniens allégués par ses lettres, qu'elle ne se veut obliger, ni la Couronne, à des secours et assistances qui lui poyrroient être demandés en un temps qu'il ne lui seroit peut-être loisible ni utile de les donner , peuvent aussi bien arriver en l'iptervention de la paix , qui contiendra toiyours les mêmes obligations qu'en celle de la trêve, et qu'ils y seront encore plus grands , d'autant que par la trêve ils doivent finir, n'estimant les obligations que pour certain temps, et tant qu'elle durera, au lieu que par la paix, qui est perpétuelle , elles continueront toujours. Puis les obligations de tels secours ne sont si précises , qfk%
ne soit loi^ble à un prince de s'en décharger , sans être tenu de mauvaise foi , quand l'état de ses affaires ne lui permet de les accomplir, étant lié par devoir d'une plus étroite obligation à l'endroit de ses sujets qu'envers aucuns autres , laquelle obligation est toujours entendue, excepté en quelque traité que ce soit, encore qu'on n'en fasse aucune mention : aussi l'usage de cette pratique est si commun entre les souverains , que personne ne les blême quand ils s'en servent. Ce n'est pas seulement pour la commodité et sûreté des Etats que nous estimons votre Majesté devoir entrevenir à cette trêve, c'est pour son profit et l'avantage de se» sujets , car cette intervention lui donnera le moyen de les obliger à un secours certain contre l'Espagnol , au cas qu'il lui fasse la guerre durant la trêve; qui n*est pas de peu de considération, mais plutôt le seul fruit qu'elle a pu espérer de tout ce qui a été fait pour eux jusqu'ici. Ou au contraire , si votre Majesté leur refuse son intervention à la trêve, au cas qu'ils soient réduits à cette nécessité de la faire , pour n'avoir moyen de continuer la guerre , cette dernière action en laquelle ils auront été abandonnés d'elle , leur fera oublier tous les précédens bienfaits : et s'ils j sont assistés du roi d'Angleterre , comme ils seront , il recueillera lui seul tout le fruit et la grâce de vos dépenses , périls et labeurs , et serez tenu pour ennemi des uns et des autres.
Il y aura sans doute des divisions et disputes entre les provinces , villes et des particuliers durant la trêve, selon que votre Majesté nous l'a très-bien représenté par ses lettres. Il est vrai, et est certain que si la guerre et la crainte d'un puissant ennemi ne les eût contraints de demeurer en bonne union jusqu'ici , qu'ils y fussent déjà entrés bien avant ; mais ce mal arrivera encore plutût pendant la paix , et lorsqu'ils ne penseront avoir plus rien à craindre , que durant la trêve , qui leur doit laisser un ennemi lorsqu'elle finira; mais pour y remédier il faut pourvoir d'un bon conseil et bien choisi , selon l'avis qu'en avons déjà donné, qui ait l'autorité et le pouvoir de décider souverainement toutes ces contentions qui sont déjà nées entre eux. Il est certain aussi que la trêve les obligera à de grandes dépenses pour se garder; mais il leur en faudra faire autant pour la paix , s'ils y veulent trouver de la sûreté. Bref, Sire , nous reconnoissons bien , quelques réponses et remèdes qu'on pût mettre en avant , pour les garantir des inconvéniens qui pourront arriver à cause de la trêve , si elle se fait , qu'il y en aura toujours assez et trop de reste. Aussi ne doit-on avoir recours qu'en une dernière nécessité, lorsqu'il n'y aura fonds et
moyen suffisant et certain pour faire la guerre , ou que les Etats et le roi d'Angleterre s'y opiniâtreront, de façon que soyons contraints de les suivre , ou de les laisser faire sans être de la partie, qui ne nous sembleroit aucunement à propos. Nous attendrons ses commandemens et la déclaration particulière et bien précise de sa volonté pour la suivre ; car, encore que par les lettres de M. de Yilleroy au président Jeannin , elle semble être assez exprimée pour toutes choses , celle du quinzième que votre Majesté nous écrit, remet néanmoins à nous déclarer sa dernière résolution , après qu'elle aura vu et considéré ce que lui en écHrons de rechef , estimant que notre faute sera moindre de l'ennuyer par une fréquente répétition de même chose , qu'en voulant suivre notre jugement , nous éloigner tant soit peu de son intention. Elle a trouve mauvais que les Etats aient accordé l'ampliation de la trêve par la mer ; si avons-nous bien aussi , étant de l'opinion de M. le prince Maurice , qui la rejetoit du tout. Mais des sept Provinces, les six y a voient consenti avant que fussions arrivés en ce pays, et la contradiction de la septième, qui étoitla Zélande, ne les eût pas empêchés de passer outre ; qui fut cause que cette Province s'en étant remis à nous, après avoir tenté en vain de faire révoquer cette délibération des six Provinces, nous fûmes d'avis, pour empêcher la division qui fût entrée sans doute en leurs corps à cette occasion , d'y consentir , de l'avis même du prince Maurice , mais avec cette condition que ladite ampliation n'auroit lieu , et que les navires de guerre qui étoient sur mer, du côté d'Espagne et des Indes, ne seroient révoqués que six semaines après que la ratification d'Espagne auroit été délivrée aux Etats. Ainsi on ne doit pas craindre que cette ampliation de trêve soit cause de faire retarder ladite ratification , mais plutôt elle la fera avancer , puisque le roi d'Espagne a tant d'envie de l'avoir , et juge qu'elle lui est si nécessaire.
Il n'y a point aussi de trêve par cette ampliation pour le regard des vaisseaux et gens de guerre , mais pour les vaisseaux et marchands tant seulement, comme la copie de cette ampliation , envoyée à Votre Majesté , en pourra faire foi. Nous avons communiqué une bonne partie de vos lettres au prince Maurice , pource qu'elles éontenoient beaucoup de chos^ dont il pouvoit recevoir du contentement , et qu'elles lui rendoient aussi témoignage de votre bonne volonté, et au sieur Barneveld; ce qu'avons jugé être nécessaire , et en userons partout avec la discrétion requise, même pour ce qui touche l'Anglais, n'étant pas besoin qu'on sache ici tout ce qui en est; au contraire, montrerons tous que gommes
I>n PB3BSIBEKT JKÀNNT5«
ItoreDsemUe*, et nous tiendrons sur nos gardes. (Jooiqu'ayoDS eu assez bonne opinion du passé de la sincérité de l'agent d'Angleterre, si ne lui avQDS-ootts rien dit qui n'ait pu être dit en public, et nous semble encore qu'il sera plutôt pour disposer son maître étant en Angleterre, ou il va dans trois ou quatre jours , à se mettre htm avec ?otre Msyesté pour la résolution des affîiiresdecepays, qu'autrement. Nous savons bien q{k% iaclinera à la paix , et si votre Majesté la désire, qu'il préférera encore la trêve à la sume; car ledit agent nous en a déjà parlé ayant qu'avoir sa votre intention sur ce sujet , et DOQs y a trouvés contraires, plutôt avec raison ijB avec opiniâtreté, et comme de nous-mêmes, bii disant que n'étions instruits de votre volonté poor ce regard. Ilpourroit bien désirer que son ioaltre fût seul en Tintervention ; ce que toutefois Bavons point reconnu par ses propos, ni découlât en nos conférences avec ceux qui manient Is affaires, encore qu'ayons été fort soigneux d asentir et reconooitre les inclinatiomi de ceux ^peQvoit le plus, et vu assez clair pour assurer ^otK Majesté qu'ils jugent et croient tous qu'il y âplosde sûreté et d'utilité en votre intervention <IB'ffi celle d'Angleterre, qu'ils ne parlent de leos comme de lui. Sire; mais au contraire sententiieide votre affection , conduite et bienfaits tû^moa, et mal de lui. Ils reconnoissent vous »otr àt ^des obligations , et savent ( ledit ^BaiDe?eld l'ayant ainsi dit au président ^rarâaiparticalier) que le roi d'Angleterre Q'aifDe aucunement leur État , n'approuve leurs 3"»S) et qu'il a plus d'inclination à l'Espagnol ^'i eoi; mais ils sont contraints de dissimuler, ^'^^ s'ils faisoient autrement, qu'il ne fût pour se joindre à l'Espagne contre eux. C'est la ^ cause du respect qu'ils lui rendent, en arte que n'avons jusques ici aucune occasion de '^défier qu'ils soient pour s'assurer en autres ^^^entioDs qu'en celle de .votre Majesté , quoi- ^ avons été fort soigneux et considérés pour y ^^idre garde, comme nous ferons tous les Jours ; '^t nécessaire d'en user ainsi à cause des f ré- Wei mutations qui arrivent tout à coup, et sans ^^précédentdessein et volontésdeces peuples, f^\ii est cause que nos dépêches semblent quel- I^ois diverses ou contraires , encore que nous ^^'■os toujours demeurés constaus au premier »n qu'avons fait de leurs affaires , après nous ^ bien éclaircis sur le lieu.
Q^t au sieur Barneveld, sa procédure a toojoors été semblable : à savoir d'aller à la paix , ttm ncanmoîDs qu'il nous ait donné aucun s^jet <^^ se plaindre de lui , ni de croire qu'il ait mauvaise intention. Mous avons fait entendre aux
Etats que vous les dispensiez d^envoyêi* en France, dont ils sont bien contens. Ils enverront en Angleterre, dans six ou sept jours., deux députés seulement, et sans autre créance que pour le supplier d'envoyer ses députés ici instruits de son intention , avec lesquels ils puissent prendre avis et résolution en leurs affaires. Nous les avons priés de leur donner charge de lui remontrer le besoin qu'ils ont de son assistance si la guerre continue, et montrer qu'ils en ont plutôt appréhension qu'espérance du contraire ; ce qu'ils ont approuvé, et prié trouver bon aussi qu'ils puissent dire au roi d'Angleterre que votre Majesté n'est plus délibérée de continuer son secours, s'il n'y contribue de sa part; ce qui nous a semblé pareillement être bien à propos. Le président Jeannin en écrit à M. de la Boderie , afm qu'il prenne garde à ce qu'ils feront , et a la résolution que prendra le roi d'Angleterre, pour nous avertir de tout ce qu'il en aura su , comme il a déjà fait par ses lettres au sieur Jeannin , du 15 de ce mois, lesquelles contmuent la même chose, en substance, que ce que votre Majesté nous avoit écrit de l'intention du roi d'Angleterre. Nous avons bien fait connoftre audit Barneveld combien votre Msyesté a mal pris le refus qu'ils ont fait de donner l'acte , et que c'est avec raison ; qu'elle a néanmoins usé de cette bonté envers eux que de leur octroyer trois cent soixantequinze mille livres pour parfaire la moitié de l'année, n'ayant voulu achever les deux cent mille écus, qu'ils eussent pu obtenir s'ils se fussent mieux gouvernés. La vraie raison de ce refus a été. Sire, qu'ils croyoient lors votre Majesté vouloir empêcher la paix , et ils la désirent. Ils ont eu crainte aussi que le roi d'Angleterre n'entrât en quelque jalousie à cette occasion, et eût opinion, sous prétexte de cet acte, d'une plus étroite conjonction à son préjudice entre les États et votre Majesté.
Nos précédentes lettres, même les deux der* nières, qui n'étoient arrivées lorsqu'elle nous a écrit les siennes, satisferont et serviront de réponse à d'autres particularités dont elle a montré par ses lettres désirer d'être éclaircie. Nous nous souviendrons toujours de tenir les Etats en bonne union , sans laquelle votre Majesté ne leur sauroit;.faire bien ; et aurons soin aussi du contentement de M. le prince Maurice, que jugeons nécessaire pour votre service, et pour conserver cette union même, qu'il peut rompre quand il voudra ; et nous semble bien qu'il le croit ainsi , et s'attend de s'en servir s'il y étoit contraint, pour se ressentir de l'ingratitude de ces peuples, et au cas qu'ils ne voulussent aider à procurer eux-mêmes son bien et avancement, et de sa
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maison , étt 6e (jai doit dépendre d*eux , comme y étant tenus et obligés , à cause des grands et continuels services qu'ils en ont reçus ; et en ceci consiste peut-être la principale conduite de toutes les affaires des Etats : nous entendons pour le regard de ce qu'on peut traiter avec eux et entre eux , qui n'a rien de commun avec ce qui doit être fait avec Tennemi. Et néanmoins tout étant bien ici , et n'ayant tous ensemble qu'une même volonté, il est certain que cette bonne disposition doit beaucoup servir à tout le surplus , ou plutôt être cause de leur faire avoir bon ^ccès partout.
Nous nous souviendrons bien , quand il sera temps, de la compagnie pour les Indes d'occident , afin de les attirer en France , s'il est possible , au cas que le commerce , dont ils doivent faire grande instance par la paix , et se promettent de l'obtenir ou de rompre, ne leur fût toutefois accordé, et qu'il fût arrêté de conclure, nonobstant le refus qui en seroit fait.
Le sieur Barneveld nous est venu voir présentement , et nous a dit que les Etats et M. le prince Maurice avoient reçu lettres de Spinola, écrites à Bruxelles le 18 de ce mois, et du Cordelier, qui sont du 20 , par lesquelles ils disent l'ampliation de la trêve en ce gui est de la mer, n'avoir été faite en sorte que le roi d'Espagne en puisse recevoir contentement, et être induit à approuver la paix avec les avantages que demandent les Etats ; car elle ne fait pas cesser les hostilités par la mer, n'y étant compris les vaisseaux des gens de guerre , mais seulement les vaisseaux marchands, et ceux qui y seront pour le trafic ; demandant à cette occasion qu'elle fût générale pour trois vaisseaux , et pour les gens de guerre aussi bien que pour les marchands. Les Etats ont pris avis entre eux, en présence du prince Maurice, de ne rien i\]outer à ladite trêve , mais n'ont voulu conclure sans avoir notre avis, et nous ont envoyé à cet effet M. Barneveld. Nous avons loué et approuvé leur résolution , et dit que tout ce qui pourroit être utile seroit toujours agréable à votre Majesté. Nous avons pensé depuis quMl n*étoit besoin d'envoyer à votre Majesté les premières lettres qui étoient écrites avant qu'avoir reçu les siennes, et que les dernières qui répondent à tout, avec deux lettres qu'écrivons à M. de Villeroy, suffiront pour tout. Et s'il platt à votre Majesté ouïr M. de Béthune qui en est le porteur, et fort bien instruit de tout ce qui se passe par deçà, il vous en rendra bon compte , et fera connoltre qu'il est autant capable qu'affectionné à vous rendre le service qu'il doit. Nous prions Dieu , Sire , qu'il
conserve votre Mijesté et toute âA fSiimlIle en tout heur et prospérité.
De la Haye, ce 27 Juin 1607. Vos, etc.
P. JeàNNIN , DB BUZÀNVÀL Ct DE RUSSY.
Lettre de messieurs les amb<issadeurs à M. de Villeroy y du 7 juin 1607.
Monsieur, ce nous est un grand contentement que le Roi ait bien reçu et approuvé ce qu'avons fait , comme aussi la conduite que délibérons tenir es affaires dont il lui a plu nous donner charge, selon que nous le mandez par vos lettres, qui contiennent la réponse à celles qu'avons écrites à Sa Majesté par M. de GastlUe. C*est tout notre soin et désir que d'y pouvoir bien faire et heureusement pour son service ; l'un doit dépendre de notre industrie, diligence et fidélité; mais il n'y a que Dieu seul qui puisse donner le bonheur et bénir nos actions : ce que nous espérons de sa grâce, puisque c'est pour un bon œuvre, et pour mettre le repos en ce pays, et par ce moyen éteindre un feu qui pourroit être cause d'embraser quelque Jour toute la chrétienté. Nous y voyons et connoissons néanmoins de Jour à autre plusieurs grandes difficultés , et aurions un extrême regret et déplaisir, si tout le soin et travail qu'il faut prendre pour les surmonter , conduire ces peuples au port , souffrir et mettre à couvert des soupçons, passions, et intérêts mal considérés du roi d'Angleterre, qui doit être compagnon de ce travail, et toutefois est plutôt ennemi de Sa Majesté que vrai ami , ne devoit servir que pour accommoder autrui, et faire triompher l'archiduc , qui se vante , ainsi que vous mandez , d'avoir la paix avantageuse malgré Sa Majesté, et sans que son intervention y soit reçue, c'est* à-dire à sa honte. Si n'avons-nous encore rien aperçu et reconnu de ce côté qui lui puisse faire espérer un tel succès, et n'y a aucune apparence que devions craindre ; car la sincérité avec laquelle nous traitons ici de la part du Roi , connue et louée d'un chacun, qui semble les lier et conjoindre par une étroite obligation à désirer l'honneur et le contentement de Sa Majesté, nous donne toute autre créance de leur affection et devoir envers elle ; puis leur propre intérêt^ qui va à l'avenir, lequel empêche les ingrats même d'oublier les bienfaits du passé, du moins les con* traint de feindre qu'ils s'en souviennent , leur doit faire rejeter ee conseil : et si cette déloyauté et lâcheté étoit entrée es esprits de ceux qui con^ duisent les affaires , ce seroit plutôt une faction de quelques particuliers , qu'on pourroit dissiper et rompre, qu'on ocrnsentement Intime de tous ces peuples.
Dû PàESIDfiNt ^iNNt^«
Noos atirions aussi grande occasion de nous étonner, si cela étoit vrai, que le prince Maurice, bien averti de tout ce qui se passe, assez soupçonneux de son naturel, et pour choses beaucoup moindres, n*en eût rien découvert, quoique sur quelques bruits semblables à ceux-ci, le président Jeannin soit entré en propos avec lui il y a déjà quelque temps , pour s*en éclaircir , et en a été fait autant à l'endroit du sieur Barneveld , sans lui faire connoftre qu'on eût aucune défiance de lui. Il peut bien être que Tarchiduc le désiré, que le roi d'Angleterre a cette même affection , Jaloux de tout ce qui peut apporter de la gloire au Roi, et du bien et commodité à son Ëtat ; jugeant bien aussi que où Sa Majesté entremettra ion nom et son autorité, qu'il n'y aura pas grande part. Mais que les Etats se fassent et commettent leur sûreté à l'intervention seule d'un prince qui s*e8t toii^Jours montré ennemi de leur cause, a tenu leurs armes pour une vraie rébellion, et fait eonnottre que la prospérité de l'archiduc , et peut-être celle de l'Espagnol lui étoit plutôt agréable que suspecte, il est du tout sans apparence ; et s'ils s'oublioienttant, il se faudroit servir du prioee Maurice , et de tous les autres qui ont quelque pouvoir dans l'Etat ^ pour les diviser au Ueude les unir, ou bien les unir tous, non Ym leur fiiire du mal , mais pour les porter en- KnUe à la guerre , comme on pourroit bien, Sa Majcaié leur voulant donner le secours dont ils OBlbesDin. Car cette incommodité et dommage d'ïïB argent perdu et gâté pour un an ou deux, «eroit beaucoup plus tolérable, que de souffrir la honte et le dommage que la paix ainsi faite nous apporteroit; outre ce qu'il est certain que rEspagnol, l'archiduc , l'Anglais et les Etats ne coQviendront'jamais ensemble en ce dessein, qull n'y ait quelque chose de pis en leur esprit contre Sa Majesté et son Etat, qu'on romproit par cette résolution , et seroit aisé après, en prenant du temps et du loisir, d'y employer quelque autre meilieur remède.
Il y a des dépenses qu'on doit mépriser, et n'y en eut ooques de mieux employée que celle-ci, si die servoit a nous garantir de cet inconvénient. I^e Roi est sur le théâtre ; chacun voit qu'il s'est entremis en cette action; ainsi il faut que l'honneur lui en demeure à quelque prix que ce soit , et que la honte et le dommage tombe sur ceux qui le voudront traverser en ce bon œuvre. Si on découvre par ci-après que telles pratiques aillent avant et soient à craindre, il sera bon de tenir un peu en suspens le contentement du prince Mamioe, et lui Caire oonnoftre que la faute et la longueur vient des auteurs de ce mauvais conseil. 1km poorroiis ausri , après que ta ratffleatiOB
sera venue, et qu'on voudra prendre résolution de traiter, faire dresser les articles comme nous avons mandé à Sa Majesté, lesquels contiendront bien expressément que les deux rois seront sup^ plies par les Etats , de vouloir entrevenir à être garans du traité, et faire même déclarer aux Etats qu'ils n'y veulent entrer qu'à cette condition , l'insérer à cet effet au pouvoir qui sera donné aux députés pour traiter, comme étant leur principale ou plutôt entière sûreté. Nous demeurons trop long-temps sur la crainte et les remèdes d'un mal qui semble, par toutes les raisons que la prudence nous enseigne , ne pouvoir arriver. Nous essaierons aussi de prendre telle part en la conduite des affaires , que personne n'osera donner un si mauvais et dangereux conseil , ni recevoir et consentir à telles ouvertures , quand elles viendront du côté des ennemis. Nous tenons véritable ce que nous mandez, de l'inclination et étroite conjonction de l'archiduc avec l'Espagnol ; et s'il y a quelque autre secret en l'esprit de celui-ci , que le temps n'est pas venu pour s'en découvrir : lorsqu'il sera en paix et moins obligé de souffrir la sujétion d'Espagne, son intérêt le pourra conduire à d'autres desseins; et c'est lors qu'il y faudra prendre garde, et se servir de toutes occasions pour en faire profit. Les avis qu'on vous a donnés que l'archiduc sait tout ce que nous faisons ici, sont faux sans doute ; car nous ne communiquons presque qu'avec le prince Maurice et Barneveld. Le premier montre de fuir et avoir en horreur tout ce qui plaît à l'autre, et croyons qu'il est au dedans tel qu'il nous paroît.
Quant au sieur Barneveld , nous le tenons trop homme de bien , trop sage et trop affectionné à son pays tout ensemble, pour commettre une si infâme .trahison ; et si nous pouvons encore y sjouter que notre conduite a été telle, et nos propos si modérés et retenus, qu'en disant qu'il y avoit plus de sûreté en la guerre qu'en la paix, qui est le pis qu'avons fait , nous nous sommes toujours abstenus de toutes médisances, et avons témoigné que désirons plutôt procurer du bien aux Etats que faire du mal à autrui. Quant à ce que vous mandez du voyage de madame la princesse d'Orange en ce pays , il sera fort à propos, et au plutôt pour l'autorité et croyance qu'elle doit avoir près de son beau-fils, du moins pour la confiance et privante qu'il prendra avec elle, pour lui communiquer ses intentions, et nous les découvrir après, afin qu'y apportions ce qui ser^ requis pour son contentement et le service de Sa Migesté; car il est si retenu avec nous qu'on ne le peut apprivoiser. Nous savons aussi qu'elle est pleine d'iàfection envers le Roi et entièrement
NBGOCtÀTIONS
Française ; ainsi <{ue sa venue et son séjour en ce lieu ne pourra être que fort utile. Le président Jeannin a beaucoup de déplaisir de n'avoir su plutôt ce que nous avez écrit du prince de Joinville ; il a été ici , vint dîner avec nous, parla au président Jeannin à part, et lui dit le désir qu*il avoit de se conduire à Tavenir en sorte que Sa Miyesté pût avoir du contentement de ses déportemens et actions; montra se repentir du passé; qu'il s*en alloit voir les villes de Hollande, comme il a fait , et y a été bien reçu et fétoyé C(Hnme serviteur du Roi ; doit allqr après à Anvers sans passer à Bruxelles ni voir Farchiduc , pour ne donner aucune jalousie à Sa Majesté ( à ce qu'il lui a dit ) , et enfin à Guise où il se promet trouver des nouvelles, qu'il espère être telles qu'il pourra retourner en France avec la bonne grâce de Sa Majesté ; et ce bonheur lui étant avenu, qu'il sera plus soigneux de la conserver et mériter qu'il n'a été du passé.
Le président Jeannin n'oublia rien pour lui remontrer sa mauvaise conduite du passé, l'exhorter de mieux faire ci-après, pour effacer et ôter de l'esprit du Roi le mécontentement qu'il en avoit; et qu'il devoit considérer que l'houneur, le soutien , la fortune de toute sa maison , et la sienne en particulier, dépendoit de ses bonnes grâces, bienfaits et avanoemens qu'ils pourroient espérer de Sa Majesté, et qu'en ne leur faisant point de bien sans leur faire autre mal , c'étoit assez pour les ruiner. Il lui dit aussi qu'il ne devoit passer si près de Bruxelles, mais prendre un autre chemin qui en fût plus éloigné, pource qu'en faisant autrement l'archiduc en demeureroit offensé, et plutôt du Roi que de lui, comme s'il lui ^voit défendu de le voir. Il l'a (Promis ainsi, et assuré qu'il sera sage à l'avenir, le pria même d'en vouloir assurer Sa Majesté par la première dépêche qu'il feroit, et qu'il eût fait par celle qu'a portée M. de Mancieux , mais il étoit parti deux heures auparavant , après lequel le président envoya homme exprès jusqu'à Rotterdam, avec un mot de lettre qu'il vous écrivoit sur ce siyet ; mais n'ayant trouvé ledit sieur de Mancieux, il donna la lettre au lieutenant de la compagnie du feu sieur de Suelles, qui s'en alloit aussi en Cour. C'est ce que nous vous pouvons aussi mander , et que nous sommes, monsieur, vos très-humbles et affectionnés serviteurs, président Jeannin, de Buzànvàl et de Russy.
De la Haye, le 27 juin 1607.
Autre lettre particulière de M. de Jeannin à M. de Villeroy, duditjaur 27 juin 1607.
Monsieur, vos lettres m'ont donné plus de
lumière et de connoissance de la volonté du Boi que les siennes, aussi sont-elles plus expresses et particulières. Il préfère la paix à conditions qui aient de la sûreté; ne se promet pas néanmoins que le roi d'Espagne la veuille consentir, mais seulement une trêve à longues années, que Sa Majesté rejette, et nous commande de la dissuader. Ainsi ne reste plus autre moyen que de continuer la guerre , si les avis qu'elle a eus de l'intention de l'Espagnol, sont vrais, pour laquelle Sa Mcyesté offre deux millions de livres, à condition, et non autrement, que le roi d'Angleterre paie un million, qui sont trois millions en tout , somme qui n'est suffisante pour la faire avec espoir de bon succès, comme l'avons écrit. £t toutefois si le roi d'Angleterre ne veut rien donner, cette offre est encore comme non faite. Croyez, monsieur, si la paix ne se fait, qu'il faut des offres plus certaines et de plus grandes sommes pour porter les Etats à la continuation de la guerre, du moins pour quelque temps , attendant nouvelle occasion pour s'en décharger; ou bien leur laisser faire la trêve, qu'ils embrasseront plutôt que la guerre , avec un si foible secours pour eux, encore qu'il soit trop grand pour la bourse du Roi, de laquelle on prétend le tirer pour les affaires d'autrui plutôt que pour les siennes. Nous tenterons le premier qui est la paix, et y apporterons toute la conduite qu'il nous sera possible pour le foire bien réussir; et si le Roi ne change d'avis pour la trêve , nous continuerons ce qu'avons déjà commencé , qui est de la dissuader, et y procéderons ainsi qu'il a été fait pour la paix ; en sorte qu'on connoisse que c'est sans opiniâtreté, sans dessein , et avec désir seulement de nous arrêter à tout ce qui sera plus utile pour l'Etat. Personne ne pense qu'ayons changement d'avis en ce qui a été de la paix, encore qu'au commencement nous ayons représenté les périls et dangers qu'il falloit craindre à cette occasion, et que maintenant nous n'y insistions plus avec la même vigueur que du passé, si les peuples sont sages et se montrent courageux pour ne point craindre la guerre, s'ils s'y préparent, demeurent toujours bien unis ensemble; à quoi nous travaillerons avec grand soin , si Sa Majesté fait connoftre qu'elle ne les veut point abandonner , et le roi d'Angleterre y apporte la même affection, pour le moins ses ministres, et nous en faisions les démonstrations, où et quand il sera besoin.
On peut espérer que le roi d'Espagne se laissera aller à la paix, ou accordera une trêve à longues années , avec les mêmes conditions et sûretés, se contentant d'avoir pourvu à la honte du traité par la seule apparence de ce mot de
DU PHiSIDENT J£àNNIN,
trèTe,d(mt en effet il tirera peut-être d'autres commodités eu ses affaires qui requièrent ce conseil) qui ne laissera pourtant d*étre utile à ses eooffiiis aussi bien qu'à lui. Quand Sa Majesté a jDgé que la trêve devoit être rejetée^ elle n'a pas cra, comme j'estime, qu'elle dût ou pût être £ute de cette façon ; aussi n'est-ce pas la coutume fy procéder ainsi , et n'y a doute que l'on renfiootrera prou de difficultés avec l'Espagnol. Vous considérerez, s'il vous plaît, nos raisons contenues en la lettre a Sa Majesté, que je ne vrai pas assurer être suffisantes pour garantir cette trêve de tous inconvéniens; mais à companisoD d'une guerre qu'il faudra faire foiblement, 9 Sa Majesté n'y met ce qu'on demande, elle aura ocore plus de sûreté et d'avantage pour elle et pnr les Etats, que la «guerre; du moins les périls n'en seront si présens. L'agent d'Angleterre [vt demain pour aller trouver son maître. Il pfonet de M persuader qu'il contribue au se- MDs, nous l'a dit avec affection , et en a dit autiDt an prince Maurice, et eu pleine assemblée des dépotés. Je crois qu'il sent ce qu'il dit ; mais je K sais pas si l'opinion de son mattre sera pôRlDe à la sienne. Nous nous défions de lui , <OBiaie étant ministre d'un prince qui n'a pas ^wuK intention ; nous croyons toutefois qu'il i^tt conseil lui être utile, et par ainsi qu'il le hii fendre s'il peut.
Josipes ici nous avons traité ensemble ,' de
%0Q 90e personne ne pouvoit tromper son com-
F^; et néanmoins, ce qu'on a cru qu'étions
du tout bien ensemble, a beaucoup servi pour
^er à réunir ces Provinces ; car s'ils eussent
P^Dosavis être divers, chacun eût cherché de
r^ pour £9ire suivre son opinion , et se fus-
sat sans doute divisés. Tout ce qu'on peut crain-
^t est que l'Anglais étant mieux avec l'Espa-
^ et l'archiduc que nous, n'essaie aussi de
^SDff quelque créance parmi les Etats , pour
V3Taotager et être reçu seul à Tintervention , se-
^ qoe l'avons écrit. Mais nous ne voyons pas
?i it y ait Jusques ici aucune disposition en cet
^t) qui nous doive foire appréhender cet in-
^vénient, rinclination générale étant plutôt
^ Mtre cÀé que du sien, y ajoutant la souve-
*^ des bienfaits reçus, et que les plus sages
«%ait qu'ils ne peuvent trouver un appui si as-
^ chez lui qu'en France. M. de Bameveld
3 en a aussi parlé avec tant de bonnes raisons,
<{^*avoQs occasion de croire qu'il a ce sentiment.
'"^oQs n'oublions rien aussi pour le gagner et
^«odre affectionné; et nous semble qu'en effet
u est content de la façon dont nous procédons
»vec hii, qui est telle, néanmoins, que, s'il n'a-
^«it inoDSi volonté , il n'en sçauroit faire profit
n. G. n, M. T. IV.
au dommage de nos affaires. Il est bien vrai qu'il se veut appuyer de tous côtés, et faire tout ce qui lui est possible pour la paix qu'il désire. Nous n'avons qu'à ménager sa conduite, et faire qu'il n'aille plus avant que ce qu'iLnous dit, qui est de ne la prendre si elle n'est bonne et sûre, et de la rejeter si elle est autre. C'est un homme duquel il se faut servir par nécessité, pourceque c'est celui qui a le plus d'autorité, et est le plus capable de ceux qui ont quelque part aux affaires, et n'avons aucune occasion d'en sentir mai jusques ici. Je ferai avec lui l'ofûce que désirez comme de moi-même, et sur l'occasion de quelques discours auxquels nous serons entrés fortuitement; mais je différerai encore, jusques à ce que je voie qu'il soit temps, et y apporterai la discrétion requise, de peur de gâter cette affaire, tenant pour certain qu'avant le traité fait ou rompu, on ne doit rien attendre de l'archiduc qui le puisse mettre en défiance avec l'EspagnoL Ses actions seront après moins considérées, et aura plus de moyen et de loisir de penser à ses intérêts qu*à présent qu'il est du tout en leurs mains , et ne peut rien faire que ce qu'il leur plaira.
Nous différerons aussi de parler de la reconnaissance de ce que les Etats ont reçu, jusques à ce qu'on soit au temps du traité de paix, pour y faire pourvoir s'il le faut , pour le regard des articles qui doivent être compris en la paix. Notre dernière dépêche , qui est du 20 de ce mois, donnée au sieur de Mancieux, en fait mention , comme aussi des ouvertures faites au prince Maurice pour son contentement. Le traité pour une ligue offensive et défensive pour les Etats , doit être projeté secrètement avant le traité de paix, mais non pas passé et accordé , car tant de gens y doivent entrevenir de la part des Etats, qu'il ne pourroit être secret ; et n'y a rien aussi qui puisse donner sujet au Roi de le faire légitimement, et sans rompre la paix avec l'Espagne, que le traité même de la paix auquel il sera entrevenu ; n'étant vraisemblable que lesdits Etats veuillent ou osent refuser, après la paix conclue, de le passer , pour ce qu'ils auront toujours besoin de l'appui du Roi , aussi que leur traité général ne contiendra aucune obligation à leur profit, et n'en pourront avoir d'autre pour espérer secours de Sa Majesté à leur besoin, en vertu de ce traité particulier , dans lequel sera l'obligation mutuelle de l'un et de l'autre; lequel traité aura été concerté quelques jours auparavant avec le prince Maurice et Bameveld, et quelques autres de ceux qui ont part aux affaires. Quant à ce qu'il fkudra comprendre en ce traité , c'est un secours que les Etats donneront
9flr
KBGOCtÀTIOKâ
au Roi, au cas qu*il soit en guerre contre l'Espagne et rarchiduc , de certain nombre de gens et navires ; et le Roi au cas pareil , si le roi d'Espagne la leur fait. Vous nous donnerez avis , s'il vous plaît , quel devra être ce secours. Il sera très-bon d'y comprendre rAngieterre si on peut, et savoir aussi les conditions. C'est chose qui doit venir de Sa Mtyesté^et la conduite et direction de nous, après avoir reçu ses commandemens.
Le sieur Bameveld nous a dit que le Cordelier a été trompé, ou qu'il a avancé un mensonge, en ce qu'il a voulu faire croire que les Hollandais consentiront que les Espagnols demeurent es Pays-Bas, et ne feront instance du commerce des Indes ; à quoi ils se montrent tous tres-affectionnés, et résolus de ne le point quitter s'ils ne changent d'avis. Mais pour moi Je ne crois point qu'on le leur accorde jamais , étant chose qui doit être de trop grand préjudice et intérêt , même celui des Indes occidentales , s'il leur est permis comme aux Français. C'est pourquoi je m'instruis dès à présent avec un conseiller de ce lieu , nommé M. Franoon , qui est principal auteur de faire la compagnie pour aller à ces Indes, afm que je voie s'il y aura moyen d'en tirer quelque profit, pour m'en découvrir quand il sera temps ; car qui en parleroit plutôt il leur seroit suspect, et penseraient que nous voudrions chercher à faire profit de leur dommage. Vous mettrez sur la fin de votre lettre que Sa Majesté n'est point délibérée de faire la guerre pour autrui. Quand nous avons fait mention par nos lettres de la conjonction d'Angleterre avec Sa Majesté contre l'Espagne, nous avons cru que c'ctoit chose désirable , si elle pouvoit être sincère et avec une foi entière, qu'elle lui seroit très -utile, que le profit en reviendroit au royaume plutôt qu'à autrui ; mais , à la vérité , nous ne l'avons jamais espéré, et n'en eussions rien écrit , si les propos que l'agent nous avoit tenus sur ce sujet , et répété plusieurs fois conformes à ce que M. de La Boderie en avoit écrit à Sa Majesté, ne nous avoient invités de le faire; joint les moyens qu'on nous faisoit entendre ici, pour diminuer les forces du roi d'Espagne , et entreprendre sur lui. Vous aurez vu ce que je vous ai mandé touchant M. Aërsens : c'est ce qu'en ai pu apprendre en ce lieu , même du prince Afaurice. Je ne laisse pourtant de demeurer en quelque soupçon , dont je me veux taire , s'il n'avient que j'en sois mieux éclairci. Il e^t toutefois nécessaire qu'on montre avoir fiance de lui , et qu'on ne laisse d'être retenu ; car qui feroit autrement , il pourroit , en écrivant à ceux avec le^quçls il peut avoir intelligence par deçà,
brouiller et donner de mauvaises impressions de l'intention du maître, qui nuiroientà la conduite des affaires en ce lieu.
Je me souviens fort bien de M. de Préaux; aussitôt que nous entrerons en traité d'affaires , je l'instruirai de tout ce qui se passera , comme je fais déjà es conférences particulières qu'ai avec lui, et il sera porteur de toutes les lettres et créance d'importance au Roi, étant désireux de lui faire service, et à tout ce qui vous appartient. Il se conduit aussi fort bien, et fait connoftre en toutes ses actions qu'il est discret , modéré , et capable de bien faire tout ce dont il aura pris charge. Avant qu'eussions reçu les lettres du Roi, des 1 3 et 1 ô de ce mois, et les vôtres du 18, M. de Béthune étant désireux de s'en n tourner pour quelque temps en France, et de porter nos lettres au Roi, avec créance si quelque occasion s'en offroit , nous lui avions donné une dépêche du 23 de ce mois, et prié de faire entendre à Sa Majesté le besoin que les Etats avoient de recevoir les deux cent mille écus dont ils ont fait instance si long-temps , comme aussi quelle est l'inclination de ces peuples à la paix ; et néanmoins qu'avec le secours dont ils ont besoin , qu'on les pourroit faire rentrer à la guerre avec autant de vigueur que jamais. Or nous avons estimé depuis que cette dépêche du 23 seroit superflue et inutile, pource que les lettres qu'avons reçues de Sa Majesté font réponse à la plupart de ce qui y étoit contenu, et le surplus est compris en la dépêche que faisons à présent. A la vérité, ledit sieur de Béthuné se conduit fort bien, est fort capable et désireux d'acquérir de l'honneur ; et s'il plaît au Roi l'entendre sur les affaires de ce pays, il lui en rendra bon compte.
M. de Colombier est fort aimé aussi en ce lieu , et a de l'honneur en sa conduite. Il ma prié de vous faire une supplication pour un sien frère , qui est de la compagnie du capitaine Menille , neveu de M. de Sancy, à ce qu'il vous plaise , d'autant que l'enseigne de sa compagnie veut quitter sa charge, employer votre faveur envers lui pour faire donner à sondit frère cette place d'enseigne. Il reconnoit vous avoir déjà beaucoup d'obligations, et vous seres cause, monsieur, de l'avancement de ce jeune homme. Les deux frères ont de l'inclination à la vertu, et méritent qu'on ^t soin d'eux. M. de Russy désire que ce qu'il faudra faire dorénavement pour l'argent des Etats et autres expéditions particulières, soit adressé à lui, et il semble raisonnable; vous y ferez pourvoir, s'il vous plaît, à son contentement. L'agent d'Angleterre est parti ce matin; il se promet toute autre chose de son maître que qe faisons : il est certain qu'il y apportera
bÙ PBisiDSNt iBÀNNtm
Ce quil poiirra. le prie Dieu qu'il vous conserve, et suis , monsieur , votre très-liumbie et très-affectionné serviteur, P. Jeannin.
De La Haye, ce 37 juin 1607.
Autre lettre dudit sieur Jeannin à M. de ' Viileroy, du Z juillet 1607.
Monsieur , nous sommes toujours en attente de ee que les Espagnols voudront faire , incertains s*ii$ enverront la ratification ou non; et quand ils renverront, comme plusieurs se promettent ici, si elle sera en la forme qu'il convient pour assurer cet Etat de la liberté et souveraineté; et c'est de quoi chacun doute , ou plutôt croit qu'ils n'en feront rien , ainsi qu'il n'y aura point de paix ni même de trêve à longues années; qu'ils entendent aussi bien bâtir sur ce fondement certain et perpétuel que la paix même; et n'y a doute , s'ils ne changent bien d'avis , qu'ils ne traiteront jamais sans autre condition , quand ils seroient abandonnés d'un chacun. Or l'on fiiit courir le bruit ici que Dom Diego d'Ibarra , qui a le secret de la volonté du roi d'Espagne , dit que cet article ne peut être accordé qu'avec certaines modifications , c'est-à-dire en cas que l'on fasse la trêve seulement, comme c'est leur but , pour autant de temps qu'elle durera, qui ne seroit rien en effet. Hier M. le prince Mnrice eut avis que la ville d'Embden avoit pense être surprise par le comte , à l'aide d'une jMftie des habîtans qui sont à sa dévotion ; mais il ea a été repoussé par la garnison des Etats, et les autres habitants joints ensemble. M. le comte Guillaume de Nassau y est allé , et mène encore quelques troupes. La ville est d'importance, forte, et a un beau et bon port. On tient que le eomte s'est du tout mis entre les mains des Espagnols , et qu'il en fera autant de sa place , s'il la peut recouvrer ; grand nombre d'habitans le désirent, à cause du commerce d'Espagne, où on km a retenu depuis quelques jours cinquante navires, et les veut-on priver du tout de ce commerce, s'ils ne mettent hors leur ville la garnison des Etats. Les Espagnols essaieront de l'avoir , et craignent les uns ici et les autres désirent qu'elle soit cause de rompre la trêve , ou que l'Espagnol ne prétend pouvoir faire cette entreprise sans la rompre, comme n'étant ladite ville des pays compris en icelle, qui seroit toujours ouverture de guerre, M. le prince Maurice étant en volonté de la secourir de tout ce qu'il pourra, pour ne lui laisser prendre cet avantage. L'agent d'Angleterre est parti depuis quatre ou cinq jours; deux députés des Etats l'ont suivi depuis deux Jours : l'un fort affectionné à la paix , qui est le député de Dordreeht; Vautre qui est M. de
Maidrée, désireux de la continuation de la guerre, est fort affectionné serviteur de M. le prince Maurice. Il y a eu quelques contentions sur les instructions que nous avons accordées ; elles contiennent l'état de leurs affaires , le besoin de secours , la demande qu'ils en font , et que Sa Mi^esté ne les veut plus secourir s'il n'y contribue , et la supplication d'envoyer des députés.
L'agent promet beaucoup de la bonne volonté de son maître, et crois qu'il dit ce qu'il sent; mais qu'il n'obtiendra pas ce qu'il prétend. Je connoistous les jours qu'on juge ici l'intervention . du Roi être nécessaire pour leur sûreté ; et , encore que le sieur Barneveld m'ait dit qu'ils prétendoient faire obliger les Etats des pays qui sont en la sujétion de l'archiduc , pour l'entretenement de cette paix, au cas qu'elle se fasse , qu'ils ne laissoient de bien connottre que sans l'intervention du Roi tout lui seroit inutile. Aussi lui a été remontré que telle obligation sera toujours sans effet, étant certain que les Etats dudit pays ne feront jamais que ce que voudra leur prince, et qu'ils désireront plutôt la réunion de cet Etat aux autres provinces qui sont en la sujétion de l'archiduc, que de l'en voir séparé. S'ils ne peuvent obtenir la paix à bonnes conditions, il sera expédient de les assister pour quelque temps, crainte qu'ils ne se perdent toutàeoup. Le prhuce Maurice s'attend que la guerre continuera, n'omet rien pour y disposer un chacun, et nous intermettons nos poursuites envers lui, et partout; car, pour Tincertitude en laquelle nous sommef , il semble plus à propos de les faire préparer à la guerre comme nous faisons, que de leur foire parler de paix ; peu de jours nous en éclairciront.
On dit que depuis l'arrivée de dom Diego, Tarchiduc a envoyé, en îquatre ou cinq jours, deux courriers l'un après l'autre en Espagne. La cause en est incertaine, sinon qu'on croit que c'est A cause que ses instructions ne sont conformes à son intention. M. de Buzanval et moi faisons un petit voyage de sept à huit jours, jusques à Amsterdam. M. de Russy demeure ici. Si quelque chose vient du côté de l'archiduc, nous l'avons prié de nous avertir incontinent, afin que soyons de retour le lendemain , et de nous envoyer aussi les lettres qui viendront de France. Il n'est point mal à propos de visiter les villes qui sont Leyden , Harlem et Amsterdam , qui montrent le désirer. Nous sommes aussi avertis qu'on prétend les feire unir ensemble contre la paix ; ce n'est qu'un bruit, et ne croyons qu'elles veuillent prendre ce conseil qu'en commun et avee tout le oorps de l'Etat. Je voua baise tris*
KÉGOCIATIÔNS
humblement les maiiis, comme font messieurs de Buzanval et de Russy, et suis, monsieur, votre très-humble et tres-affectionné serviteur, P. Jeannin.
De La Haye, ce 3 juillet 1607.
Lettre du Roi, du S juillet 1607.
Messieurs Jeannin, de Buzanval et de Russy, vos lettres du 27 du mois passé , que j'ai reçues le 11 du présent par le sieùr de Bethune, contiennent vos avis sur les commandemens que je vous avois faits par les miennes du 13 et 15 dudit mois de juin. Je les ai bien considérés et pris en très-bonne part, comme le mérite l'entière confiance et créance que j'ai en votre affection , prudence et loyauté. C'est pourquoi ayant entendu et pesé mûrement les raisons pour lesquelles il vous semble que je ne dois rejeter absolument une trêve à longues années, comme je vous avois déclaré par mes précédentes avoir volonté de faire, si ces Provinces ne peuvent obtenir une paix finale aux conditions qu'elles se sont promises, j'ai trouvé bon de m'accommoder en ce point au commun besoin desdites Provinces, comme je ferai toujours , tant qu'il me sera possible, à tous les conseils qu'ils embrasseront, pourvu qu'ils leur soient utiles et salutaires; car ma première et principale visée est de promouvoir et favoriser la prospérité et sûreté de leur république; au moyen de quoi , si les Espagnols refusent d'entendre à ladite paix, de laquelle toutefois il faut qu'ils continuent à faire instance par préférence à tout autre parti , suivant leurs délibérations , je suis content de les assister encore en ladite trêve , y intervenir , et leur aider à l'obtenir la plus avantageuse que &ire se pourra, comme je reconnois qu'elle peut réussir telle au défaut de ladite paix, aux conditions portées par votredite lettre.
Je fais grande difDculté de croire qu'elles leur soient accordées; car si le conseil d'Espagne refuse la déclaration de la renonciation de leurs prétentions et souveraineté que les archiducs ont promise par la cessation d'armes, je n'estime pas qu'ils la passent faisant ladite trêve , ni qu'ils leur permettent la navigation des Indes en aucune manière , qu'ils approuvent et consentent aussi que j'y intervienne à part ou avec le roi d'Angleterre, en qualité de garans de l'observation de leui^ accord , et moins qu'ils retirent et fassent sortir les gens de guerre étrangers , et surtout les Espagnols, ou les réduisent et règlent à certain nombre , comme il a été proposé pour fondement de la sûreté publique dudit accord. Mais j'estime qpe lesdits Espagnols essaieront par leurs longueurs , froideurs et ruses ordinai-
res, et par la diversité de leurs propositions, de faire départir lesdits Etats desdites demandes l'une après l'autre , après les avoir bien embarqués au désir et espoir d'un repos, semer la discorde parmi eux , et les avoir dépourvus de moyens de pouvoir continuer la guerre; car ils ont déjà commencé ce train , en ce qu'ils ont traité avec eux leur première cessation d'armes, qu'ils les ont recherché et poursuivi d'une ampliation , après laquelle ils leur en ont demandé encore une générale par terre et par mer. Et, combien que lesdits Etats aient refusé celle-ci , ainsi que vous m'avez écrit, néanmoins je prévois qu'à la fin il faudra qu'ils les contentent en cela, ainsi qu'ils ont fait au reste ; et c'est pourquoi dom Diego d'Ibarra a été envoyé à Bruxelles, où depuis son arrivée il a bien fait paroître avoir tout pouvoir de disposer et conduire les affaires de la guerre et de la paix , par un autre ordre qu'elles n'ont été commencées par les archiducs et le marquis Spinola , ayant voulu , à la barbe et contre la volonté de ce dernier, rétablir le régiment du comte de Bossu en faveur de dom Louis de Velasco, que le marquis Spinola avoit réformé. Toutefois il faut attendre ce 24 de juillet, dedans lequel nous verrons s'ils fourniront la ratification et déclaration susdites.
Déjà l'on dit que ce terme ne doit expirer que le 4 d'août, parce que ladite cessation n'a commencé que ledit 4 de mai. Cependant il est bien vrai que lesdits archiducs ont contremandéetfait arrêter delà les Monts les gens de guerre que l'on avoit délibéré leur envoyer d'Italie; sur quoi le comte de Fuentes attend l'ordre d'Espagne, d'où ils publient que les galères de Gènes , conduites par Caries Doria, doivent encore rapporter dedans ce mois trois ou quatre mille Espagnols. Voilà donc mon intention , et tout ce que j'ai mis en considération sur ladite trêve à longues années, en laquelle je vous répéterai que je suis content d'entrevenir aux conditions que vous m'avez écrites au défaut de ladite paix, en la forme qui sera jugée plus honorable pour moi, et utile pour lesdites Provinces. Et si le roi d'Angleterre veut faire le semblable, je ne rejeterai cette société , combien qu'il me donne tous les jours occasion par sa conduite de l'avoir suspecte; car j'ai su de nouveau qu'il a fait dire aux archiducs que j'ai recherché son union exprès pour empêcher les accords c[u'ils prétendent faire avec lesdits Etats , et qu'il refuse d'y entendre, les assurant plus que devant de son assistance en toutes choses. D'ailleurs, je découvre tous les jours quelque nouvelle pratique ou Intel-* ligence que lui ou les siens veulent dresser dans mon royaume, qui me confirme en cette dé-
DU PRBSIDBNT JBANIfIN.
fiance. Néanmoins Je suis bien d'avis que nous deyoDS pour le présent être plus diligens d'obserrer ses actions , que de manifester la connoissance que nous en avons, pour les raisons sagement représentées par vosdites lettres.
Quant aux moyens de continuer la guerre, je vous ai écrit comment et quelle somme j'entends et puis y contribuer; et me semble qu'il faudra voir quelles offres feront pour cela lesdits Anglois et les Allemands, et s'ils voudront y entrer à la proportion que je vous ai écrite. Il faudroit en ce cas peu ajouter à ma première offre pour parfaire la somme de quinze cent mille écus, de laquelle le prince Maurice vous a dit qu'ils ont besoin ; mais c'est chose que les Etats pourront rechercher quand ils se verront désespérés de la susdite paix ou trêve à longues années, ce qu'ils pourront faire durant l'hiver; car le reste du beau temps s'écoulera et passera encore en négociation et traités. Mais je vous dirai une opinion que je me suis imaginée sur la demande desdits quatre millions cinq cent mille livres qui vous a été £ûte. C^est que je remarque que l'on prétend m'obliger dès à présent de porter les deux tiers de ladite somme , et par ce moyen assurer les trois millions , desquels le sieur Aërsens m'a toujours déclaré que l'on se contenteroit, au pis aller, de trais millions six cent mille livres, et par ce iBoycn décharger du tout les Anglois et Allemands, et principalement les premiers, de ladite contribution, connoissant bien n'en pouvoir rien tirer. Or Je vous déclare que je n'entends aucuaanent demeurer seul chargé de ce faix , car il seroit trop lourd et onéreux en toutes manières pour mon royaume ; joint la preuve que j'ai fôite, par ce qui s'est passé, du fondement que je dois &lre de la foi et constance de ces peuples, et de eeox qui les gouvernent.
Je considère outre cela la difficulté qu'ils ont £ûte de l'acte que vous leur avez demandé, s'excusant maintenant avec des raisons qui augmentent bien plus ma Juste défiance et mon mécontentement qu'elles ne me doivent satisfaire, poisqu'an lieu d'alléguer leurs formes, ainsi qu'ils ont fait à votre arrivée, ils mettent en avant maintenant qu'ils croyolent que Je voulois empêcher la paix , et qu'ils ont eu crainte de donner Jalousie au roi d'Angleterre ; par où ils montrent bien la défiance qu'ils ont conçue de la sincérité de ma volonté et procédure en leur rndroit, véritablement contre les signalées preuves qQlb en ont reçues ; et aussi qu'ils estiment avoir plus de besoin et de désir de conserver la bienveillance dudit roi d'Angleterre que la mienne. Pour toutes ces causes j'aurai bien plus agréable dooc qu'ils essayenjt et mettent peine de faire la
paix ou la trêve susdites, puisqu'fis Jugent que l'une ou l'autre leur peut être salutaire, que de leur élargir et accroître mes offres pour la guerre, leurs autres alliés y procédant si resserré qu'ils font; au moins n'auront-ils sujet de soupçonner, et dire ci-après, que je prétends par icelles empêcher leur repos. Toutefois vous pour^ rez continuer à les assurer en général que mon assistance ne leur sera Jamais déniée ni épargnée OU besoin qu'ils en auront, soit en paix, trêve ou guerre. En tout cas Je trouve très-bon que vous mettiez peine de découvrir leur intention sur les conditions de la ligue particulière qu'ils entendent, ou que Je puis espérer de contracter avec eux, pour la commune sûreté et conservation de nos Etats , après la conclusion de ladite paix ou trêve ; savoir s'ils entendent la faire offensive et défensive, et pour tous ceux qui seront nos ennemis ou amis, sans spécifier ou réserver le roi d'Espagne ni les archiducs plus que les autres; s'ils estiment que le roi d'Angleterre soit pour entrer en mêmes conditions : car pour moi je n'ai pas opinion qu'il veuille être de la partie , tant il chérit son aise , est nécessiteux , et montre vouloir conserver cette espèce de neutralité où il s'entretient.
Je dirai plus, c'est que j'ai argument de soupçonner qu'il s'alliera plus volontiers avec les Espagnols, ou du moins avec les archiducs, à mon désavantage, pour faire revivre la maison de Bourgogne, qu'avec moi et mon royaume. C'est pourquoi j'estimerois qu'il faudroit faire deux sortes d'alliances avec lesdits États, l'une qui fût seulement défensive, pour assurer l'exécution et entretenement des traités de paix ou de trêve que feront lesdits Etats , par la commune intervention du roi d'Angleterre et de moi , en laquelle je pense qu'il ne fera aucune difficulté de se Joindre. Par celle-là nous pourrions nous obliger à nous entresecourir et assister en la manière que nous conviendrions, au cas que nos royaumes et pays fussent assaillis par lesdits Espagnols et archiducs, par terre ou par mer, et pour quelque occasion que ce soit. Mais outre ladite ligue défensive , j'entendrois en contracter une particulière et secrète avec lesdits Etats, qui fût offensive pour le commun et réciproque bien de nos Etats et pays, et aux autres fins et conditions qu'aviserons convenables. Et sur quoi je désire que vous sondiez et fassiez parler le prince Maurice et le sieur de Bameveld, sous prétexte d'entendre d'eux , en cas que Je leur aide à faire ladite paix ou trêve, ou s'ils ne peuvent obtenir l'une ni l'autre , qu'il soit besoin que Je continue à les secourir d'argent pour faire la guerre ; ce qu'Us entendent faire pour moi et mes enfans ,
NEGOGIATI0?i8
avenant que J'entre en guerre avec le roi d'Ëspagne et les archiducs, soit qu'eux la commencent, ou que mes affaires requièrent que ce soit moi , afin que Je sache quel état Je puis ftilre d*eux et de leurs forces par terre et par mer, en tous lesdlts trois cas. Je ne vous spécifierai point par cette-ci ce que J*en voudrois tirer , pour ce que J'aurai h plaisir d*en dire mon avis sur le leur. Partant vous mettrez peine de les faire ouvrir et parler les premiers sur cela : et me semble que vous leur pouvez remontrer que plus ils s'élargiront en leurs offres au cas susdit, plus ils me donneront occasion d'affectionner leur prospérité.
Je vous fais ces ouvertures pour vous informer de mes conceptions comme à mes fidèles serviteurs, avec pouvoir néanmoins de vous conduire en l'exécution, ainsi que par vos prudences vous Jugerez le devoir faire pour bien faire. Cependant vous saurez que J*ai appris par vos lettres ee que vous avez délibéré de suivre pour enfourner et avancer ces négociations, et même celles de ladite ligue particulière. Au demeurant J'ai fait compter et délivrer ici entre les mains du secrétaire du Maurier les trois cent soixante et quinze mille livres , desquelles J'ai trouvé bon de les secourir à présent ; de façon jqu'lls sont prêts à partir , et envoyer à Dieppe , sitdt que nous saurons que les navires seront partis pour les venir charger. De quoi , vous , sieur de Russy , avertirez lesdits sieurs les Etats , à ce qu'ils donnent ordre à ce qui sera requis pour cet effet en la forme accoutumée. Vous les prierez aussi de ma part de donner au sieur de Mancieux la compagnie de gens de pied du sieur de Suelles; car ayant nourri page le premier, et éprouvé sa valeur et fidélité , J'aurai à plaisir, lui ayant donné ma parole, qu'il reçoive cette charge en ma considération , comme vous direz à mon cousin le prince Maurice, en le priant de ma part d'y tenir la main ; et par même moyen faire que lesdits sieurs accordent au lieutenant dudit sieur de Suelles la réserve de la pren)ière compagnie AUX régimens français qui vaquera ci -après, puisqu'ils sont contens de son service ; à quoi vous admonesterez le sieur de Châtillon, qu'il continue de s'employer comme il a commencé, étant très-content de lui, et pareillement de ce qu'il a fait pour Rocques, assuré qu'ils seront bien et fidèlement servis de l'un et de l'autre. Je prie Dieu, messieurs Jeannin, de Buzanval et de Russy, qu'il vous ait en sa sainte garde.
Ecrit à Paris, le huitième Jour de Juillet 1607.
Signé, Henbi; et plus bas, Bbulaat.
Lettre de M. de Villeray à M. le président Jeannin y du ^juillet 1607.
Monsieur, enfin vos raisons en faveur de la trêve nous ont vaincus : nous Jugeons aussi quelle équipolera à une paix , étant faite aux conditions que vous avez écrites; mais nous n'estimons pas que les Etats les obtiennent telles, principalement du roi d'Espagne. C'est pourquoi nous disons qu'il faut mettre peine de s'en éclaircir au plus tôt. Le moyen de parvenir au but que les Etats désirent pour ce regard , est qu'ils se montrent fermes , résolus et constans en leurs demandes, sans s'étonner, se diviser et relâcher ; car il est certain que l'Espagne a plus de besoin et d'envie de sortir d*affaire, qu'elle ne montre, et peut-être plus que les Etats, nous le savons très-bien : mais Je me défie fort de la foi et correspondance du roi d'Angleterre, et plus que de la volonté de l'autre; car il est certain qu'il hait la cause des Etats, désire les assujétir à l'archiduc, et voudroit pouvoir nuire au Roi et à ce qui lui appartient. C'est le conseil que lui donne le comte de Sallsbury et ses semblables. Faites donc état que ledit roi d'Angleterre s'entendra secrètement avec Tarchiduc pour contraindre par nécessité et obstination les Etats de s'accommoder à sa volonté, pour contenter le roi d'Espagne, auquel a cette fin les Anglais feront Jouer ce Jeu, et faire le mauvais tout exprès. Mais si lesdits Etats tiennent bon , et f<mt contenance de vouloir plutôt tout hasarder par armes, voire se Jeter toutà-fait entre les bras du Roi , sans doute ils eu sortiront à leur honneur et avantage, pourvu qu'ils ne s*entredonnent la Jambe , et ne se trompent sous main les uns les autres, comme il est fort à craindre qu*ils fassent. Quant à nous , sachez que nous y marchons à la bonne foi. Nous leur souhaitons une paix , ou une trêve à longues années , aux conditions qu'eux mêmes projettent , et faisons difQculté de nous élargir davantage pour la guerre exprès , afin de n'interrompre le cours des deux autres partis ; Joint que nous ne voulons seuls porter ce fardeau pour des gens desquels nous sommes en doute de la foi ; il est toutefois trèSHiifficile que nous tirions autre sûreté et utilité que nous avons fait ci-devant. Il est vrai que les avis que nous avons de toutes parts , portent que le roi d'Espagne n'accordera Jamais quatre articles, celui de la souveraineté, de la navigation des Indes, de la sortie des Espagnols des Pays-Bas, et de l'intervention de Sa Majesté. Toutefois nous savons d'ailleurs qu'il veut sortir de cette guerre à quelque prix que ce soit, n'y pouvant plus fournir
DU PBBSIDBNT JEANNIN.
loa
Exhortez donc ces messieurs de tenir bon , de conserver leur union, et se montrer résolus. Ils ne peuvent recevoir mal des armes de leurs adversaires de cette année, et auront tout loisir de pourvoir à leurs affaires, si devant ils ne font leur accord. Le pis sera pour eux, que le Roi se fâchera de fouiller tous les Jours a Fescarcelle, sur l'incertitude de l'avenir , comme il faudra qu*il fasse, si cette négociation dure: car il prévoit qu'il en sera pressé. C'est pourquoi il désire que Ion hâte la besogne tant que l'on pourra. Le sieur Aérsens le sollicite journellement d'accroître le secours ; il prétend jusqu*à deux cent mille écus , mais il ne l'obtiendra pas; partant ne leur en donnez espérance par-delà , qu'il ne vous soit ordonné. Cependant vous nous ferez plaisir de nous faire savoir les causes que vous avez de demeurer en quelque soupçon dudit Aérsens, lesquelles vous m'avez écrit vouloir taire s'ils n'a- >ieot qu'en soyez mieux éclairci; car le Roi dtsire en être informé, non pour changer de conduite en son endroit , car nous connoissous qu'il ne le faut faire. Nous approuvons l'ordre qœ vous avez délibéré de suivre en la proposition et avancement de la ligue particulière. Vous considérerez, s'il vous plaît, ce que le Roi vous en écrit; ce sont ouvertures dont nous remettons Teiécution en votre prudence et bon avis.
Ce que nous désirons est que vous les fassiez parkf les premiers, pour pouvoir après nous mieu résoudre. Le Roi a totgours fort à cœur tTêttim chez soi le commerce des Indes , comme noos vous avons écrit. Toutefois il loue ce que TOQs avez délibéré de préparer pour cet effet (levant que vous en découvrir. Nous hâterons k partement de madame la princesse d'Orange tant que nous pourrons, et vous remercie du soin que vous avez pour mon neveu de Préaux, que j'estime bien heureux d'être en votre école. Le Roi a bien pris le témoignage que vous lui avez rendu de M. de Béthune; mais il ne lui sait pas trop bon gré d'avoir si légèrement diangé de religion. Je parlerai volontiers à M. de Sancy pour le frère du sieur de Colombier, afin qull lui fasse donner l'enseigne de la compagnie du sieur de Meniller , auquel j'en écris cependant la lettre ci-jointe, et favoriserai toujours les deux frères en la poursuite de leur fortune, puisqu'ils s'efforcent de la faire par le cbeniin de la vei'tu. Je vous présente mes trèsaffectionnées recommandations, et prie Dieu qnil vous conserve en bonne santé. De Conflans ce huitième jour de juillet 1607.
DE N£UFV1U.E.
Autre lettre dudit sieur de Villeroy à messieurs. Jeannin et de Busanval, dudit jour sjuil' let 1607.
Messieurs, je vous écris que les archiducs et ceux qui les servent, se vantent qu'ils feront leur accord avec les £tats, sans Sa Majesté et son intervention , parce qu'il a été ainsi mandé à Sa Majesté. Il nous semble aussi que les archiducs avec les Espagnols le doivent désirer. Dites-moi , je vous prié, si ceux-ci s'aheurtent à cela, et qu'ils reçoivent néanmoins celle du roi d'Angleterre; lesdits Etats recommenceront-ils la guerre pour ce seul sujet? Leur donnerons-nous ce conseil , et si pour ce faire leur accorderons-nous l'argent qu'ils demandent? Je sais bien qu'il serait plus expédient de coucher de son reste , que de souffrir et moins consentir cette partie être dressée par les autres sans nous; le contre-coup en tomberait à la fin sur nous : à quoi il est certain que lesdits Espagnols et les archiducs seroient très-aises de pouvoir parvenir. Je crois aussi que l'Anglais les y secondera volontiers ; mais je veux espérer , si lesdits Etats se conduisent en ce traité comme ils doivent avec Sa Majesté , qu'ils rompront facilement ce coup quand on l'aurait ainsi conspiré. Je crois aussi avec vous qu'ils ont grand intérêt de ce faire, c'est pourquoi j'espère que cela n'aviendra. Néanmoins ce sera toujours bien fait d'y prendre garde de bonne heure ; car j'appréhende grandement les effets qui naissent d'une nécessité inévitable , et d'une légèreté populaire : desquels deux moyens il faut faire état que lesdits Espagnols se prévaudront, s'ils peuvent, par leurs ruses et dilations ordinaires, contre lesquelles je ne vois point que lesdits Etats se munissent , ni que leurs alliés, intéressés en la cause, s'y résolvent comme il convient ; chacun s'attend ou que la nature y opère de sa vertu seule , ou que son voisin l'entreprenne , de quoi il succédera ce qui plaira à Dieu.
Il faut donc craindre que les Etats soient , par nécessité , contraints de consentir plusieurs choses contre leur volonté et leur propre sûreté. Mais quand cela aviendra, il faut faire état que le remède qui dépendra du prince Maurice sera fort foible et périlleux pour lui , et pour tous ceux qui y auront recours. J'estime avec vous que le plus expédient sera lors de les porter tous ensemble à la guerre, voire même d'y faire entrer Sa Majesté avec eux , la tête baissée, plutôt que de laisser dresser cette partie sur notre moustache. Toutefois Je von s dis ceci de moimême et sans charge, partriut vous n'en ferez, s'il vous plaît, mise ni recette. Le Roi vous écrit
liEOOCIATIONS
si clairement et par le mena ses intentions, qu*il ne me reste rien à y ajouter. Sa Majesté ayant approuvé Fexpédient que vous avez proposé pour obliger les députés débits Etats de ne contracter sans son intervention , c'est aussi tout ce qui s'y peut faire. Je vis hier le ministre de Tarchiduc résident près du Roi. II semble que son maître soit mal content de notre dom Diego dlbarra et du roi d'Espagne, qu*il croyoit qu'ils ont délibéré de traverser et rompre la paix y et de s'opposer directement au louable dessein de l'archiduc , qui croit d'ailleurs que le Roi a le même but : mais j'ai mis peine de lui ûter cette dernière opinion. Il sait, comme tout le monde, l'argent que l'on prépare pour les Etats. Il conclut par là que l'on veut continuer à pis faire, de quoi Je l'ai désabusé. De façon que j'ai opinion que le président Richardot pourra faire savoir de ses nouvelles au sieur Jeannin , principalement s*il s'aperçoit avec son patron , que cette recherche leur puisse aider à obtenir ce qu'ils poursuivent plus facilement, et à meilleures conditions ; de quoi , si cela avient , il faudra que le président Jeannin profite.
Le Roi a prié madame la princesse d'Orange d'avancer son voyage, à quoi elle se prépare tant qu'elle peut. Quant au prince de Joinville, nous le mécroyons avoir dressé une partie avec le roi d'Angleterre et le comte de Salisbury , qui nous doit être suspect, de quoi le temps et sa conduite nous feront sages. Cependant on sait bon gré au sieur Jeannin de la sage remontrance qu'il lui a faite ; mais on craint qu'il en use mal. J'ai reçu la lettre que ledit sieur Jeannin m'écrivit de sa main sur ce sujet , le vingt-unième du passé. L'on nous a dit que le Cordelier a fait des offres au sieur Aërsens, qui ont scandalisé les Etats, et qui ont été blâmées au pays de l'archiduc , non pour avoir passé si avant, mais pour avoir procédé peu accortement en moine. De quoi toutefois vous ne nous avez rien mandé; nous désirons tout savoir par vous : c'est pourquoi je vous prie n'omettre ci-après à nous faire part de pareilles rencontres, comme des autres occurrences; et je vous assurerai de la bonne saqté de leurs Majestés, venus en cette ville pour donner ordre à quelques affaires d'argent, et après s'acheminer du côté de Monceaux et Viilers-Coterets. Je prie Dieu , messieurs , qu'il vous conserve en bonne santé.
De Conflans ce huitième juillet 1607.
De Neufvillb.
Lettre de M. de Villeroy à M. le président Jeannin y du \Z juillet 1607.
Monsieur , ils attendent à Bruxelles le retour
des courriers qu'ils ont envoyés en Espagne, depuis avoir vu dom Diego d'Ibarra, pour savoir s'ils avanceront ou retarderont leurs traités de paix ; de quoi ils ne sont pour le présent moins incertains et discordans qu'ils sont en Hollande. M. de Barault nous a écrit le vingt-quatrième et vingt-septième du mois passé, que lesdits courriers étoient passés à Lerme ou Valladolid , d*où le roi d'Espagne n'étoit encore retourné à Madrid. Mais on y disoit que ledit roi confirmeroit l'accord fait par les archiducs avec les Etats des Provinces-Unies , et même qu'il révoqueroit ledit dom Diego, sachant qu'il est désagréable auxdits archiducs et en mauvaise intelligence avec le marquis de Spinola ; de quoi nous serons bientôt éclaircis , car il faudra qu'il parle clair dans la un de ce mois. Mais nous ne doutons point que lesdites Provinces à la fm ne tirent des autres la déclaration sur laquelle elles prétendent fonder la sûreté de leur traité , si elles demeurent constantes et unies en ce propos , sans entendre aux modifications qui leur seront proposées ; car il certain que le roi d'Espagne a besoin et désir extrême de sortir d'affaires. Il faut donc que lesdites Provinces soient averties de tenir ferme, et poursuivre uuanimement et courageusement leur première pointe sans s'étonner. Nous disons qu'ils ont sagement fait d'avoir pourvu à la ville d'Embden , comme ils feront de la conserver à leur dévotion , à quelque prix que ce soit; et ne faut pas qu'ils craignent que les archiducs ni autres rompent pour cela la trêve , principalement s'ils connoissent ne pouvoir s'emparer de ladite ville. L'instruction et charge qui a été donnée aux députés envoyés en Angleterre , est très-bonne : mais je serai bien trompé s'ils en rapportent bonne réponse , pour les raisons que nous vous avons écrites. Nous avons avis être arrivés à Gênes environ deux mille bisognes venus d'Espagne , mauvaises gens , et que les Italiens que l'on prétendoit faire passer en Flandre , sont à présent fort débandés. L'on parle aussi en Espagne de révoquer le comte de Fuentes du gouvernement de Milan , et d'envoyer en son lieu dom Pedro de Toledo, ores qu'il soit général des galères d'Espagne.
Au demeurant, le Roi est encore en cette ville, où l'ont retenu plusieurs propositions qui ont été faites pour racheter son domaine et bonifier ses affaires. Il se porte très- bien ^ Dieu merci, et sera très-aise que vous lui rendiez compte, par le menu , de ce que vous aurez appris au petit voyage que vous m'avez écrit, par votre lettre du quatrième (1) de ce mois, que je reçus hier
(1) Le manuscrit porte également du quatrième; mais c'est une fiiate : il faut du tntisième.
BU PBBSIDBIIT JBANNIN.
après midi, qae yous alliez faire. Sa Mijesté prenant plaisir de savoir toutes les particularités des choses qui se passent, comme elle a été marrie que vous ne nous ayez mandé celles de ce qui est survenu en la ville d'Ëmbden , se persuadant qu'il y aura eu de la batterie. Elle m'a commandé de vous écrire. Le sieur de Mancieux sera porteur de la présente , retournant par delà pour recevoir la commission de la compagnie du sieur de Suelles, dont Sa Majesté désire qu'il soit gratifié , ainsi que nous vous avons écrit par nos dernières. En quoi Sa Majesté désire que vous continuiez à le favoriser envers M. le prince Maurice, et tous autres que besoin sera. Je prie Dieu , monsieur, qu'il vous donne santé, longue et heureuse vie.
De Paris, le treizième jour de juillet 1607.
DB Neufville.
Lettre de messieurs Jeanniny de Buzanval et de Russify au Roi, du 16 juillet 1607«
SiBB,
Nous avons à répondre à deux lettres qu'il a phi à votre Majesté nous écrire , l'une du 26 do mois passé, l'autre du 8 du présent ; et à lui donner aussi avis de ce que nous avons pu apprendre et reconnoftre depuis nos dernières letties^qoe M. de Béthune lui a rendues. Le présidât Jeannin et Buzanval étoient à Leyden , lorsque les lettres du 26 leur furent envoyées; et CMBoe ils estimèrent, après les avoir lues, qu'ils pMrvoîent continuer leur voyage , qui ne devoit dorer que huit jours, ils l'ont fait, et différé la réponse jusqu'à présent. Nous pouvons donc assorer votre Majesté qu'es villes de Leyden, Amsterdam , Harlem , Utrecht et Dordrecht, qui sont les principales de la basse Hollande, les magistrats et principaux habitons qui les ont visités, traités et presque toujours accompagnés , y sont picms d'afifection et de respect envers votre Majesté, témoignent avoir grande souvenance de ses bienfaits, et reconnoissent aussi que leur consen-ation de l'avenir doit dépendre de sa protection, bienveillance et faveur, soit qu'ils aient la poix , ou soient contraints de continuer la guerre. Us ont pareillement reconnu que leur inclination est à la paix, avec la liberté et souveraineté de leor pays, non autrement ; en quoi ils sunt tous si arrêtés, qu'ils ne souffriront jamais qu'on y ajoute aucune restriction , et est certain que sans eda tout sera rompu , et qu'ils rentreront à la goerre, avec autant ou plus de vigueur qu'ils n'ont encore fait , quand ils devroient être seuls, et sans aucune assistance. Mais pour les autres conditions dont nous avons écrit à votre Majesté, qui sont nécessaires pour assurer cette liberté
et souveraineté , ils y seront plus ou mohis fermes, selon qu'ils auront plus ou moins d'espérance d'être secourus de peu ou de beaucoup : ains étant comme nous sommes bien éclaircis de ce que votre Majesté y veut mettre, nous verrons ce que le roi d'Angleterre voudra faire de son côté, lorsque ses députés seront venus. Nous vous en avertirons encore, Sire, pour recevoir vos derniers commandemens sur cette affaire, conformément auxquels donnerons notre avis aux Etats, et essaierons de les disposer à le suivre. On fait toujours courir divers bruits sur la ratification d'Espagne, et le plus commun est qu'il y a de l'artifice en la conduite de l'Espagne et des archiducs, qu'ils feignent de n'être d'accord , et que l'archiduc presse le roi d'Espagne d'approuver ce qu'il a fait , et de traiter la paix. L'Espagnol, au contraire, montre de la rejeter aux conditions qu'on la demande de la souveraineté, afin que l'archiduc ait plus de moyens de persuader secrètement aux entremetteurs de cette paix pour les Etats , d'y apporter de la facilité de leur cêté, leur promettant, après qu'elle sera faite , son amitié , et y ajoutant encore quelques autres attraits, pour faire qu'ils aient moins de crainte et de soupçon de l'Espagnol , et tout cela pour l'avoir à meilleur marché. Les autres estiment qu'en effet le roi d'Espagne ne veut quitter la souveraineté, sinon avec des modifications qui lui laissent de l'espérance pour y rentrer quelque jour, et le prince Maurice est de cette dernière opinion ; nous ayant dit avoir eu avis de Bruxelles, par personnes de qualité, et qui le peuvent bien savoir, que le roi d'Espagne ne veut aucunement quitter cette souveraineté , au contraire étoit tant offensé de ce que l'archiduc a fait que dom Diego sortant d'Espagne, avoit emporté avec lui commandement pour faire arrêter Spi* nola, le président Richardot et le Cordelier; mais que l'archiduc l'ayant su avant même qu'il partit d'Espagne , avoit écrit et rendu de si bonnes raisons de ce qu'il a fait, que le roi d'Espagne a depuis mandé à dom Diego d'Ibarra qu'il en sursît l'exécution, les lettres lui ayant été rendues deux jours avant son arrivée à Bruxelles ; et depuis que l'archiduc a conféré avec ledit dom Diego, il a encore envoyé en Espagne dom Francisque de Padillas, au lieu du duc d'Ossune, que ses créanciers n'ont voulu laisser sortir des Pays- Bas , s'il ne leur payoit cent mille écus qu'il doit , ou donnoit bonne caution ; et il n'a pu faire ni l'un ni l'autre ; ledit voyage toujours à même effet , et pour faire trouver bon qu'il traite la paix aux conditions que les Etats demandent. Cette incertitude peut travailler nos esprits jusqu'à ce qu'on en soit du tout éclairci , qui sera
NB60CIATI0H8
bientôt , à savoir au 24 de ce mois, ou si Tinterprétation d'aucuns a lieu, au 4 du mois prochain.
Nous pensons déjà, au cas que ladite ratification ne soit envoyée, ou qu'ils demandent nouveau délai, et cependant jour pour conférer, ou bien qu'ils l'envoient avec des modifications qui ne soient recevables , à ce qu'il faudra faire. Aucuns disent qu'il fera bon envoyer vers l'archiduc pour se plaindre de ce qu'il n'aura satisfait à sa promesse, et nous rejetons cet avis, qui feroit connoltre un trop grand désir ou b^in de la paix. Au contraire, il nous semble qu'ils doivent prendre resolution , comme s'ils n'a voient plus autre pensement qu'aux préparatifs de la guerre, parler de recrues, de faire nouvelles levées, dont l'archiduc est déjà en alarme , sur pareils bruits qu'on a fait courir il y a quelques jours par notre, avis même ; puis mettre en avant la compagnie des Indes occidentales, désirée par ceux qui en ont fait l'ouverture avec plus d'ardeur qu'auparavant, même depuis la défaite avenue au Détroit , qui les comble d'espérance, et fait croire qu'ils auront toujours bon succès partout, étant certain qu'il n'y a rien que l'Espagnol appréhende tant ni qui doive servir d'un plus poignant aiguillon pour l'induire à la paix , que ce dessein. Nous y procéderons toutefois couvertement, afin que ne soyons tenus du côté d'Espagne et de l'archiduc, pour instrument de guerre plutôt que de paix. £t , pource qu'il sera besoin aussi dorénavant de rendre les ministres du roi d'Angleterre incertains de l'intention de votre Majesté, pour ne leur donner occasion d'y contredire, puisqu'ils ont si mauvaise volonté , et qu'en se conduisant ainsi on pourra mieux épier et reconnoltre leur inclination, dont avertirons quelquefois ledit sieur de Bameveld, et tantôt de prince Maurice, selon que jugerons à propos, pour ne les laisser en doute de votre résolution , lorsqu'il sera temps de les en éclaircir du tout, votre Majesté nous représente souvent les incommodités de la longueur , et qu1l faut presser Taccord ou rompre du tout : nous le jugeons ainsi , et s'il lui plaît se ressouvenir de ce que lui avons écrit par nos précédentes lettres, elle connoitra que c'est notre crainte, et y trouvera quelques remèdes que pensons devoir être opposés à tels artifices, dont sans doute les Espagnols useront. C'est ce que nous remontrons tous les jours au sieur Barneyeld , qui approuve les moyens que mettons en avant pour s'en garantir ; rien n'y sera oublié. Sire , quand nous avons mandé que la trêve à longues années, aux conditions contenues en. nos lettres, n'étoit à rejeter, ce n'étoit pas que dissions assurés desdites conditions^ ni qu'eus-
sions aucune lumière de l'int^tion des ennemis pour ce regard ; mais ayant senti que ceux qui désirent la paix en ce lieu, Taimoient mieux encore que de continuer la guerre, nous nous étions voulu éclaircir avec eux à quelles conditions ils entendoient la faire , et fait même les ouvertures à cet effet, afin de leur faire considérer que cette trêve devoit être rejetée du tout, sinon au cas qu'elle se fit avec toutes lesdites conditions et sûretés, que leur montrions encore ne devoir être suffisantes pour se mettre à couvert de tous incon venions, et ils y avoient consenti et acquiescé, nous assurant qu'ils ne la recevroicnt jamais autrement.
Quant aux Espagnols et archiducs , s'ils désirent la paix, il est certain qu'ils accepteront encore plus volontiers cette trêve auxdites conditions, comme moins honteuses, et qui sembleroient, du moins en apparence, leur laisser quelque espoir de retour, plutôt qu'une paix absolue. Entre ces conditions de paix ou de trêve à longues années, les deux plus difficiles seront, à notre avis , l'intervention de votre Majesté et le commerce des Indes occidentales ; car pour celui de l'Orient il y en aura moins. Quant à l'intervention, ceux qui traitent les affaires nous ont toujours assuré qu'ils ne s'en départiront jamais; qu'ils jugeoient bien qu'elle leur est du tout nécessaire , et montrent de faire peu de cas de celle d'Angleterre, comme avons déjà mandé. Mais si le roi d'Espagne et les archiducs étoieut si entiers et résolus que de ne vouloir admettre et recevoir aucune intervention, soit de votre Majesté ou du roi d'Angleterre, il sembleroit encore ( pour\ai que les Etats demeurent libres et souverains par le traité avec eux , et qu'il n'y ait rien en icelui qui les empêche de pouvoir traiter alliance avec qui que ce soit ) qu'un traité à part avec votre M£gesté et lesdits Etats, pour une ligue offensive et défensive , pourroit être fait avec eux , et que lesdits Etats ne seroient pas sages de traiter autrement ; et n'y a aucune ap> parence aussi qu'ils le veuillent faire. Si le roi d'Angleterre en vouloit être, ce seroit encore tant mieux ; car ce seroit un commencement d'union avec votre Majesté qui le rendroit plus suspect à l'Espagnol : mais nousjugeons bien qu'on ne doit rien attendre de bon de son côté, par ce qu'il lui plait nous eu mander. Il y aura sans doute, soit en l'intervention, ou esdits traités de ligue offensive et défensive, beaucoup de difficultés, non du côté des Etats qui y sont très-bien disposés, selon que l'avons déjà reconnu. Nous essaierons néanmoins de nous en éclaircir, et y procéderons suivant le commandement qu'elle nous fait par ses lettres , tant pour la ligue dé-
DU PUSIDBNT JEANNIN.
feoalTa qùil faudroit insérer dans le traité de paix, CD laquelle l'Anglais peut être compris , que pour rofTensive particulière et secrète, autant qu'on pourra entre Sa Majesté et les Etats. Mais les difficultés viendront de la part de l'Espagnol et des archiducs , n'étant pas vraisemblable qu^ils veuillent quitter la souveraineté, sans essayer de les obliger à quelque ligue et confédération perpétuelle avec eux , du moins de n'assister jamais pour quelque cause que ce soit leurs eanemis, s'ils ne se veulent obliger à plus , qui seroit de leur donner secours contre eux ; et cette obligation sembleroit pouvoir être instamment requise pour récompense de la souveraineté qu'ils quitteront.
Le président Jeannîn a déjà remué doucement ees difficultés avec le sieur de Barneveld ; et lui a été remontré que si, par la paix ou trêve à longues années, ils n'ont bonne et étroite confédération avec votre Majesté, pour se donner un mutuel secours l'un à l'autre , nommément contre FEspagnol et les archiducs , qu'il n'y a auenae sûreté pour eux , et qu'il seroit toujours au pouvoir de leurs ennemis, feintement réconciliés, de rompre la paix quand ils voudront, sans crainte que votre Majesté , offensée d'eux en cette occasion , s'en voulût ressentir, n'y ayant ncn qui Fempéche d'être dès à présent bien avec Vîapçnol et les archiducs, qui recherchent tous les joonson amitié, sinon le soin qu'elle a d'empéeèerleur ruine, et d'aider h la conservation de ieor fiberté. Le sieur Barneveld est fort capable de ces raisons, fait ce même jugement, et dit toujours que la paix ou la trêve ne peuvent être ûites autrement. Pour le second point, qui est le commerce des Indes occidentales , encore que ledit Barneveld nous ait aussi dit et répété plusieurs fois qu'ils ne s'en départiront point , il n'y a aucune apparence que le roi d'Espagne l'accorde, soit en la même façon qu'il l'a fait aux Français, ou autrement; car il leur laisseroit le jiouvoir de faire la guerre au lieu où il craint ^us qu'on l'entame et avec forces navales qui lont les meilleures et plus grandes que les Etats aient; et quant à lui, il s'ôteroit le pouvoir de leur nuire dans leur pays , et donneroit liberté et sûreté pour le commerce d'Espagne , sans lequel les Etats ne veulent pas traiter ; ainsi les Etats seuls tireroient commodité de la paix, non luL Quand nous avons pensé aux articles qui doivent rendre cette paix assurée , ceux-ci nous ont semblé nécessaires, ensemble avec les autres contenus en nos précédentes lettres; et si les prineipanx n'étoient accordés, que la paix seroit la ruine des Etats, ce que leur avons fait connaître ; mais nous n'avons pas laissé de juger que
l'Espagnol feroitdes difficultés partout ^ et prendroit occasion sur chacun point de tirer en longueur le traité , et que c'étoit à nous de chercher d'accourcir, et de montrerqu'on est résolu d'avoir tout, sans traiter par le menu. Et à la vérité, qui seroit entièrement assuré du secours pour la guerre , et de la volonté et contribution d'Angleterre, ensemble des princes d'Allemagne aussi bien que de la vôtre ^ il faudroit plutôt rompre qu'en rien quitter ; n'y ayant rien en effet en tous les articles contenus en nos précédentes lettres dont on se puisse relâcher, si ce n'est du commerce des Indes d'Occident ; car aussi bien les Etats ne le pourroient jamais faire sans se mettre en danger de perdre leurs vaisseaux , matelots et marchands qui seroient en Espagne, lorsqu'ils auroient fait quelque butin d'importance en ces Indes d'Occident ; y ayant bien peu d'apparence qu'on puisse tirer des Espagnols la consignation d'une grande somme, qui seroit néanmoins nécessaire, comme nous avons écrit ci-devant, pour se garaqtir de cet inconvénient. Mais nous espérons qu'on pourra tirer en France ce commerce , et déjà en avons fait quelques projets.
Le président Jeannin même en a eu plusieurs conférences en particulier avec M. de Franques , pronK)teur de ce dessein , lequel y est tout disposé, et se promet d'y induire les marchands et matelots , au cas que la paix se fasse sans cette permission ; lui faisant néanmoins toiyours connoitre que votre Majesté ne veut penser à cette entreprise , sinon en ce cas , et non autrement. Ledit sieur Franques dit même qu'il a tant de désir de nuire toute sa vie à l'Espagnol, que, pour mieux, aider à la conduite de ce dessein, qu'il entend mieux qu'aucun autre, il viendra lui-même demeurer en France; et le président Jeanuin Ta assuré qu'il recevroit tout bon traitement et avancement de votre Majest^é. Il dit aussi qu'il connolt dix ou douze personnes aussi capables et expérimentées en cette navigation , que l'amiral qui est mort au combat du Détroit, et qu'il en tirera une bonne partie avec lui. Son désir est que nous pressions cependant, et, dès aujourd'hui , que la compagnie soit faite ici pour acheminer l'affaire, soit pour le pays, si on peut obtenir ce commerce par la paix, ou pour en France, la paix se faisant sans cette condition.
M. le prince Maurice nous a dit, depuis deux jours, qu'un gentilhomme écossais , nommé Basclou, lequel a un régiment en ce pays, a vu plusieurs fois le roi d'Angleterre depuis deux mois, et a appris de lui qu'il n'approuve aucunement la paix des Etats avec l'Espagnol , montrant au contraire qu'il désiroit plutôt la conti-
IfBGOGIATIONS
nuatlon de la guerre ; et néanmoins n'a trouvé bon ravis do parlement qui la conseilloit , disant que ce n'est à eux , mais à lui et à son conseil d'Etat de résoudre telle affaire. Il peut être vrai que ce gentilhomme, qu'on tient avoir de l'accès et de la privante avec le roi d'Angleterre , Fa ainsi entendu; mais ledit Roi s'est peu déguisé, ou il n'est toujours ferme et arrêté en ce même propos. Le comte d'Erabden a voulu surprendre la ville , À l'aide d'un l>on nombre d'habitans qui sont pour lui, ainsi qu'avons déjà écrit à votre Majesté. Le comte Guillaume de Nassau , qui en est bien près , y a envoyé deux mille hommes de pied , lesquels sont dans les faubourgs pour y entrer s'il est besoin ; mais les habitans , qui sont ennemis du comte , désirent , avant que les recevoir, que les Etats emploient leurs forces pour chasser le comte de trois ou quatre petites places foibles, qu'il tient audit pays; et eux désii*ent assurer premièrement la place , craignant que le comte, qui a eu recours à l'Espagnol, ne lui donne le moyen de s'en saisir en dépit des Etats. Les Etats , avec l'avis de M. le prince Maurice , ont mandé au comte que s'il n'entretient le traité fait avec les habitans de la ville , qui est de les laisser en repos sans se déclarer leur ennemi, essayant de surprendre leur ville , et s'il ne fait rendre les vaisseaux qu'il a fait arrêter en Espagne aux habitans de ladite ville qu'il prétend être de son parti , qu'ils prendront la défense des habitans contre lui. C'est chose dont le roi d'Angleterre pourra être offensé , pource que le comte est son parent , et que le traité avoit été fait avec son entremise, et ainsi dira qu'on lui devoit ce respect de l'en avertir avant que passer outre. Ce qu'ayant fait entendre à M. le prince Maurice , il nous a répondu que le péril qui étoit présent ne leur a pu donner ce loisir; mais ont écrit à leurs députés qui sont en Angleterre de faire cet ofQçe. Cette ville d'Ëmbden a un grand et fort bon port, qui nuiroit beaucoup à la navigation et au commerce des Etats, si les Espagnols s'en étoient saisis : ainsi il y a danger que l'intérêt que les uns et les autres y prétendent , ne soit cause de les faire venir aux armes. Toutefois ledit sieur prince Maurice nous a dit que le roi d'Espagne n*y peut faire aucun effet pour cette année, pource que c'est un pays inondé d'eaux dès le mois de septembre; et pourvu que la ville se garde de surprise et ne se perde d'ellemême, il n'y a rien à craindre pour cette année. Qu'il est bien vrai que le frère du comte s'en est approché avec deux mille hommes de pied, et cinq cents chevaux que l'archiduc lui a donnés, s'est saisi d'un château qui dépend dudit comté, et près de deux lieues de la ville , y a mis garni-
son, et faisant semblant que c'est pour lui-même, et pour avoir son partage ; mais on écrit qu'il est en intelligence avec le comte, et que ces forces sont pour surprendre la ville, s'ils peuvent. Le comte Guillaume de Nassau , qui est à Groningue, distant seulement de quatre lieues d'Ëmbden, a avis du tout, y prend garde, et n'oubliera rien pour conserver ladite ville. Nous avertirons votre Majesté de tout ce qui se passera. Elle montre toujours d'être mal satisfaite de ce que les Etats ne lui ont délivré l'acte dont ils ont été requis : c'est avec raison qu'elle en est offensée; ils n'ont toutefois mis en avant autre prétexte que la longueur, et qu'on étoit prêt de faire un traité de plus grande importance , qui les lieroit et obligeroit bien plus étroitement à votre Majesté que cet acte. Les autres raisons contenues en nos lettres , même celles-ci , qu'ils craignoient de mettre en soupçon l'Anglais, ne viennent pas d'eux; c'est nous qui l'avons ainsi conjecturé, et il est véritable, non pour l'amitié qu'ils portent à l'Anglais, mais pource qu'ils le craignent, et sont en doute de sa foi et de soa affection envers eux.
C'est aussi sans doute, Sire , que M. le prince Maurice croit les Etats avoir besoin de quatre millions cinq cent mille livres pour faire la guerre, et que ce n'a été à dessein de décharger le roi d'Angleterre de sa part ; car il dit que les garnisons qui sont nécessaires dans les places, consument tous leurs deniers, étant contraints de garder soixante grandes lieues de frontières, depuis l'Ecluse jusque près d'Ëmbden, pource que le pays ne va. en fond, mais s'étend en long. Ainsi toutes les villes sont autant frontières l'une que l'autre, bien peuplées, et y en a beaucoup qui d'elles-mêmes se donneroient à l'ennemi s'il n'y avoit garnison. Bien est vrai, si les Etats sont déçus de l'espérance qu'ils ont de la paix , ou trêve à longues années, qu'ils se contenteront de ce qu'ils pourront obtenir. Il est certain que M. Aërsens père avoit eu une promesse du Corde* lier pour recevoir quinze mille écus comptans d'un banquier, et une autre promesse sur le même banquier de trente-cinq mille écus paya* blés après la paix faite, qui font cinquante mille écus en tout, et un diamant en valeur de six mille écus; qu'il le découvrit aussitôt au prince Maurice et au sieur de Bameveld, qui lui conseillèrent de les garder sans en faire autre bruit , et qu'on aviseroit après ce qui en devrait être fait. Or, depuis huit jours, les Etats ont désiré que le tout fût mis par ledit sieur Aërsens es mains de leur trésorier, ce qui a été fait sans bruit ni difficulté; et en cela ledit sieur Aërsens n'a rien fait dont il puisse être blâmé. Votre Majesté avoit
BU i^ABSIDENT JEÀNNIN.
déjà été avertie de la première action, et nous délibérions de lui donner cet avis de la dernière, encore qu'elle ne nous en ait rien mandé. 11 y a dofâ dix ou douze jours qu'un homme de moyens et de crédit, qui a des parens du côté de Tardiidue, lesquels sont en autorité et employés, a redit comme de lui-même, et toutefois avec notre permissioD, à un de ses parens, sur ce qu'il s'étoit pUûDt à lui que nous empêchions la paix, que I archiduc étoit mal informé , et qu'au contraire DOtts y faisions tous les bons offices qu'il nous etoit possible, dont l'autre a montré être fort joyeux y et qu'il en donnera avis où il est besoin. Noos avons aussi différé jusques ici d'écrire à M. de Bemy, crainte de Tembrouiller par delà , tt pour ce qu'il nous sembloit qu'il ne le désiroit pas. Or nous avons pris avis de le faire mainte- Buit, et de lui mander que nous nous en sommes abstenus, jusques à ce que l'archiduc eût eu le loisir de reconnoitre par nos déportemens et actions , dont nous étions bien certains qu'il aurait été averti , que la charge qu'avons eue de votre Majesté étoit toute autre qu'il ne pcnsoit , et que nous cherchions plutôt les moyens de faire finir la guerre avec conditions raisonnables,
eomme il est vrai en effet, que de la faire durer.
Soroe, nous prions Dieu, Sire, qu'il donne à
^Qlre Majesté, et à toute sa famille, tout heur et
(raifôilté.
Delà Haye, ce 16 de juillet 1607.
Vos tnès-humbes et très-obéissans sujets et
«nitesnj P. Jeannin , de Buzanval et ns
AlSSY.
LHtre de M. Jeannin à M. de Villeroj/j du 17
juillet ie07.
Moosieiir, vous craignez la précipitation de e» peuples, et qu'ils ne reçoivent une mauvaise paix y ji^eant d'eux ce qui est du commun natwd de tous les autres. Nous avions fait le même jugement d'entrée, et appréhendions bien fort ce même danger; mais maintenant je vous peux assurer que leur intention est toute autre, et qu'ils veulent la paix bonne et sûre, ou qu'ils la rejetteront du tout; étant certain que, si le roi d'Espagne fidt ces dinicultés sur les quatre articles tet m'avez écrit, à savoir sur la souveraineté, le commerce des Indes, Tintervention du Roi, et la sortie des Espagnols , qu'il ne faut plus penser qfi*a la guerre; car le sieur Barneveld a dit présentement au président Jeannin, et en colère, qw pour les trois premiers articles ils n'en quitteroitt jamais rien, quand ils devroient périr; et pour les peuples, il n'y a rien qui les ait fait potor les conseils de la paix , que la douceur et de ces mots de liberté et souveraineté ;
et s'ils y rencontrent de la ditQeulté, ou que l'Espagnol y veuille apporter quelque modification , il n'y aura plus de moyen de les empêcher qu'ils ne courent à la guerre , et peut-être sans consi« dérer s'ils seront assîtes ou non ; car le combat du Détroit leur enfle le courage. Le prince Maurice n'oublie rien pour les mettre en défiance de l'Espagnol et de l'archiduc : puis la guerre jusqu'ici les a plutôt enrichis qu'appauvris. Tout ce qui se lève dans le pays y est consumé sans en sortir ; la plupart des villes sont en assiette pour ne point craindre les périls; il n'y a que ceux dont le bien consiste en fonds qui y perdent, d'autant qu'on prend la moitié de leur revenu. Croyez donc , monsieur , s'il vous plaît, que ces peuples désirent à la vérité la paix avec ardeur, mais que c'est à la charge de l'avoir à leur mot, et non autrement; et qu'il faut aussi bien prendre garde qu'on ne rompe mal à propos, de peur que le Roi demeure chargé des dépenses de la guerre, s'il ne les veut laisser perdre, que craindre la précipitation; veiller par ce moyen également à tous les deux , et prendre conseil de moment à autre sur l'état des affaires, inclinant toujours par préférence à ce que nous savons et pourrons entendre ci- après être de l'intention du Roi , dont nous aurons toujours loisir d'être éclaircis avant que prendre une entière et dernière résolution ; car je vois bien qu'il sera malaisé de le faire avant qu'ayons reconnu quelle sera la volonté du roi d'Angleterre, et les conditions avec lesquelles le roi d'Espagne voudra traiter.
Il y a quelques jours que le sieur Barneveld me fit un discours, qui me mit en quelque doute, dont je fus aussitôt éclairci : c'est que , parlant des sûretés du traité , il mit en avant que l'empereur Maximilian , au mariage de sa fille Marguerite d'Autriche avec Charles VIII, lors dauphin, fils de Louis XI, lui fit insérer au traité que les princes pairs de France, parlemens et aucunes des principales villes du royaume nommées par icelui traité , s'obligeroient avec les sermens requis à l'accomplissement dudit traité, et de l'assister contre le Roi même, au cas qu'il le voulût enfreindre; ainsi qu'il seroit bon , suivant cet exemple, de faire obliger de même avec l'archiduc les principaux seigneurs et bonnes villes de son obéissance. A quoi lui ayant été répondu que telles obligations étoient ridicules et inutiles; que les sujets, quelque obligation et serment qu'il y ait, ne font jamais que ce que leur prince veut, et que Maximilian avoit été mal informé de l'état du royaume, et de l'obéissance des si^ets envers leur Roi; qu'en ce fait particulier même tous les s^jets de l'archiduc al«
ttl^GOClÀTtONâ
meroient mieux les voir réduits à soû obéissance, et aider leur prince à le faire , que favoriser leur séparation. Il ajouta à l'instant qu'il avoit bien considéré ces raisons de lui-même , et qu'il entendoit aussi que cette obligation ne fût qu'accessoire à l'intervention du Roi , sur laquelle devoit être fondé leur principal appui et sûreté ; ce que les magistrats et principaux babitans qui ont parlé à nous es villes où nous avons été , nous ont pareillement dit, et n'y a doute que c'est leur résolution. Et quant aux traités entre le Roi et les Etats pour leur défense mutuelle , et pour entreprendre aussi sur autrui, nous ne sommes pas ^encore passés plus avant que ce qu'en mandons à Sa Majesté ; mais ils nous en ont parlé si sou- Teut, et ils sont si nécessaires, que Je n'estime pas qu'ils en doivent faire aucune difficulté. Pour ce qui dépend d'eux, nous vous en éclaireirons plus particulièrement par nos premières lettres, Jugeant bien que c'est auxdits traités que doit consister le fruit de notre négociation. Si Je vois 'quelque occasion pour entamer l'affaire que savez, touchant l'archiduc , je ne la perdrai , sans rien précipiter toutefois, ni m'en découvrir mal à propos. Ce nous est un grand contentement que Sa Majesté , et vous aussi , approuve notre conduite. Quand nous serons à l'entrée du traité, et qu'aurons reconnu l'intention du roi d'Angleterre par ses ministres, nous pourrons mieux juger ce qu'on doit attendre de l'issue de cette affaire; mais avant cela tout est incertain. Faites considérer, s'il vous plaît, à Sa Majesté , le contenu en notre seconde lettre écrite depuis la première, et y pourvoir aussi, Je vous en supplie très-humblement , comme étant du tout nécessaire pour son service. Le plus tôt que madame la princesse d'Orange pourra venir sera le meilleur. Je suis, monsieur, votre très-humble 'et très-obéissant serviteur. P. Jbannin.
A La Haye, ce 17 juillet 1607.
Lettre de messieurs Jednnin , de Busanval et de Russtfj au Roi y du \% juillet 1607.
SiBB,
Depuis avoir écrit notre première lettre, le sieur de Rarneveld nous est venu voir, lequel nous a fait entendre la confusion qu'il craignoit en leurs affaires, sur ce que les plus apparens et de pins grande qualité et autorité, qui leur ont prêté de fort notables sommes d*argent, demandent à présent, avec grande instance, le remboursement du sort principal, comme c'est la coutume de le faire ici, en avertissant six semaines devant, ayant déjà été contraints de payer les uns par emprunts «qu'ils ont faits; mais n'en peuvent 'faire autant à rendroil des autres , pource que
ces demandes si soudaines et pressées leur ont fait perdre tout crédit envers un chacun ; même envers les marchands et autres personnes de moyens, qui croient les affaii*es être en mauvais état, puisque ceux qui en sont les mieux informés pressent ledit remboursement, et qui pis est n'ont aucun moyen de payer leurs soldats, puisque votre Majesté fait refus de leur continuer son secours entier pour cette année , sur lequel ledit paiement étoit assigné. Qu'il savoit bien tels désordres être pratiqués, affectionnés et désirés par ceux qui veulent la guerre, pensant que les ennemis, qui en seront sans doute avertis bientôt, se rendront plus difficiles à leur accorder des conditions de paix qui soient avantageuses, pour l'espérance qu'ils auront d'en avoir meilleur marché; et là-dessus, qu'il sera aisé de prendre cette occasion pour faire rejeter du tout la paix et continuer la guerre. Que ce moyen est très-périlleux, et leur pourroit apporter dommage et beaucoup de ruine, si votre Majesté, de l'appui et de l'assistance de laquelle dépendent toutes leurs affaires, n'usolt de la même libéralité envers eux pour cette année qu'elle a fait du passé; nous suppliant de lui en faire instance. Et sur ce que lui avons derechef répété le Juste mécontentement de votre Majesté, qui étoit offensée du refus que les Etats ont fait de lui donner l'acte dont ils ont été si souvent requis, après nous avoir dit les mêmes raisons qu'il avoit fhit du passé , s'est découvert plus avant , et a ajouté qu'ils l'ont fait crainte de s'embrouiller avec l'Angleterre pour peu de chose, en un temps auquel il étoit aussi périlleux de le faire pour votre Majesté même que pour eux, d'autant qu'il sait bien le roi d'Angleterre être toujours en poursuite avec le roi d'Espagne et les archiducs, afin d'avoir en mariage la fille d'Espagne pour le prince de Galles , avec leur Etat pour dot. Et , combien qu'il n'ait pas opinion que le roi d'Espagne y veuille consentir, ni agrandir l'Angleterre de cet Etat , qui seroit le rendre maître de la mer, qu'on le tient néanmoins en cette espérance pour tirer de lui tous bons offices en la conduite de cette paix qu'il tient d'un côté, et voudroît bien qu'elle fût rompue par autre que par lui , et s'il étoit possible par votre Majesté; ne l'osant faire quant à lui pour n'offenser l'Espagnol , et ne perdre les espérances auxquelles il prétend, dont il s'est encore découvert depuis quelques jours , et a montré que ee traité lui déplaisoit comme contraire à ses desseins.
Nous ayant ledit Barneveld voulu persuader par ce discours que ee n'eût pas été prudence, sur ce préeipiee auquel est ledit roi d'Angleterre, de fliire chose qui l'eût pu jeter du tout
M PB^StDËNT JËÀNNtl<.
ayec l'Espagnol, suppliant votre Majesté de prendre cette entière confiance d*eux , qu'ils désirent du tout son contentement, et être en liberté et maître d'eux-mêmes par un traité avec l'Espagnol , par le moyen duquel lis n'aient occasion d avoir pour ennemis ensemble ces deux rois d'Espagne et d'Angleterre, et que lors ils pourront rendre un plus assuré témoignage de leur affection à votre Majesté et à son Etat, ne refusant pas d'entrer en ces projets et ouvertures particulières des traités quand nous voudrons , pour la mutuelle sûreté et défense les uns des autres. Nous avons déjà appris que quelques particuliers faisoient instance pour être remboursés de ce qui leur est dû; mais nous n'estimions pas qu'ils fussent en si grand nombre, et que les personnes dont il nous a donné quelque soupçon sans les nommer, y fussent comprises. Nous sonunes aussi bien avertis que le prince Maurice travaille pour faire que trois provinces, dont les deux sont Groningue et Frise, remplies de garnisons , les plus sujettes à l'invasion des ennemis, et pour la troisième, Zélande , s'opposent et empêchent si elles peuvent qu'on, entre en traité, encore que la ratification d'Espagne tienne; se promettant que sur cette opposition ks autres provinces, crainte d'une division entre ^les, rejetteront les conseils de paix pour conti- &1IO la guerre. On voit ces pratiques sans les empédier, pource que le sieur Barneveld et d'autres oous ont dit que l'inclination de ces deux premières provinces est sans doute à la paix , et qu'elles tiendraient ouveitement ce langage, ssms lesdites pratiques et la crainte de leur garnison; ainsi qu'il est meilleur de les laisser en cette opinion de guerre qu'on leur confirme tous les jours, en leur disant que l'Espagnol les veut tromper, que de les inciter à la paix, attendu I Incertitude et le doute auquel on est -, si elle se pourra faire ou non , et qu'il sera toujours plus aisé de les porter de la guerre à la paix , que de feire le contraire. On ne sait pas bien si ces pratiques et la répétition des sommes dues viennent de même endroit, mais il y en a quelque soupçon. Nous vous avons écrit , Sire , ce qui s'étoit passé entre le prince Maurice et Barneveld ; et à la vérité il n'y a point d'inimitié, mais bien des opinions diverses; averti aussi des langages que le président Jeannin avoit eus avec le prince Maurice et le comte Guillaume , pour donner contentement au premier, et qu'il les avoit pris de bonne part, pensant lors qu'on fût déjà à l'entrée du traité, et qu'il se dût faire sans difficulté; nais les bruits étant venus au contraire que l'Espagnol ne vooloit ratifier, qu'on ne cbercboit 9U*a les tioniper, et le combat du Détroit ayant
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enflé le courage à ced peuples , il est entré en nouvelles espérances qu'on pourroit faire continuer la guerre , et là-dessus a continué ses premières pratiques qu'on a souffertes et dissimulées , attendant qu'on sût plus assurément si on entrerait en traité. )i eût été plus retenu s'il nous eût voulu croire; mais ce mal nous a semblé moindre que de parler plus avant de la paix , et faire croire au roi d'Espagne et aux archiducs que ces peuples n'avoient point autre dessein que de se mettre en repos. 11 est vrai, si la ratifica« tion vient , qu'on parle là-dessus de traiter, et que ces provinces s'opposent, il faudra, suivant l'ordre qui a été gardé jusques à présent, envoyer vei*s eux pour entendre leurs causes d'opposition, et les faire juger en l'assemblée, qui aura quelque longueur. Nous y apporterans de notre part la direction et conduite dont nous avons ci-devant écrit à votre Mtgesté, qui servira beaucoup, ou plutôt fera cesser sans doute cette division, en y ajoutant le contentement du prince Maurice , auquel il sera besoin travailler lors à bon escient , et s'en résoudre du tout avec lui. C'est pourquoi nous désirons qu'il plaise à votre Majesté lui écrire derechef une bonne lettra pleine d'affection , et qui contienne créance sur nous; et de considérer, si M. de fiethune lui apporte quelque créance de la part dudit prince , plus particulière, ou autre que ce qu'il en a dit au président Jeannin, qu'il est besoin qu'en soyons informés , et de la réponse qu'elle lui aura faite, afin que n'ayons tous ensemble, parlant des in* tentions de votre Msyeste, qu'un même langage.
Vous voyez , Sire , combien de difficultés et contrariétés se rencontrent en cette affaire. Mais ce qui nous travaille le plus , est la crainte du roi d* Angleterre, et que ses ministres traversent notre conduite et direction en tous les conseils qu'ils voudront prendre, soit pour la paix, ou pour la guerre, n'y ayant rien que ne puissions surmonter s'ils veulent, et que ne devions craindre aussi s'ils s'opposent à tout par malignité et envie contre votre Majesté, ou pour le désir qu'ils auront de favoriser secrètement les affaires de l'archiduc et du roi d'Espagne, sous espérance de profiter en un dessein imaginaire, qu'il fera du mal à cet Etat, à votre Migesté, et enfin à luimême. Si est-il périlleux de demeurer longtenips mai et en jalousie, ou plutôt inimitié avee ces deux grands princes. Et néanmoins nous voyons bien qu'il est très-difficile d'acquérir le premier, puisque son ambition nous empêche d'y trouver de la sûreté; ni pareillement l'autre, qui n'est assez prudent, ou bien aveuglé d'un dessein qui lui eût 6té le jugement et le choix du
IVEGOCIÀTIONft
conseil qu*ll devoit prendre : mais ce n'est à nous d'entrer en ce discours.
Nous nous arrêterons à ce qui est de notre charge, et supplierons très-humblement votre Majesté vouloir penser s'il ne seroit pas expédient de donner assurance à ces provinces de leur payer quelque notable somme dans la fin du mois de septembre, et d'achever le payement du secours accoutumé vers la fin de l'année; car, en prenant ce loisir, elle n'y pourra être trompée. Nous verrons bientôt à quoi les affaires se devront résoudre , avec quelle affection et respect envers vous les Etats procéderont , le fruit que votre Majesté pourra espérer, soit de la paix ou de la guerre. Si vous n'avez contentement de tout ce que dessus, cette promesse sera comme non avenue , et aurez occasion de la révoquer sans blâme : si au contraire ils se conduisent selon votre intention , vous n'aurez point de regret, Sire, d'avoir fait cette dépense, car elle sera très-bien employée; et dès à présent même cette promesse servira pour les remettre en crédit, et leur faire trouver de l'argent pour payer leurs soldats. Elle servira aussi d'un grand témoignage de votre bonne volonté envers eux , et nous rendra plus puissans et autorisés pour y faire suivre vos intentions. Nous n'eussions fait cette recharge en matière d'argent , après avoir reçu le commandement de votre Majesté sur ce sujet, si n'eussions jugé que c'étoit son service et notre devoir. Nous la supplions très-humblement de la prendre en bonne part, et croire que n'avons autre but et dessein que de rendre notre travail utile, et donner contentement à votre Majesté, que prions Dieu vouloir conserver, Sire, en très-parfaite santé , très-longue et heureuse vie, avec toute sa famille.
De La Haye, ce dix-huitième jour de juillet 1607.
P. Jeànnin, de Buzà5val et de Russy.
Lettre de M. de Villewy à M. Jeannin, du dix-neuvième jour de juiliet 1607.
Monsieur, l'on a dit au Roi que le secrétaire du marquis de Spinola, revenu ces jours passés d'Espagne en Flandre , a rapporté ordre de leur roi de rompre la cessation d'armes par la surprise des places de Grave, l'Ecluse, Bréda, Berg-op- Zoom et autres , sur lesquelles ils ont dressé durant icelle des intelligences et entreprises, mais qu'ils doivent dissimuler et cacher tant qu'il sera possible leur dessein , pour mieux décevoir les Etats, jusqu'à ce qu*ils aient fait ou failli lesdites surprises. Ledit avis a été donné à Sa Majesté par personne qui fréquente avec le secrétaire d'Espagne : s'il est vrai ou faux, je n'en-
tends l'assurer; mais âous avons estimé de ne pouvoir faillir de le vous faire savoir pour en avertir M. le prince Maurice , en attendant que le terme dedans lequel ils doivent déclarer l'intention d'Espagne sur ladite cessation d'armes , soit passé à bonne mesure. Davantage vous savez que le roi d'Angleterre a fait dire à notre maître et à ses serviteurs, par son ambassadeur, qu'il n'entend plus que Sa Majesté avance ni délivre auxdits sieurs les Etats aucun argent à rabattre sur ce qu'il prétend que Sa Majesté lui doit.
Vous pouvez juger par cette déclaration faite tout à propos ce qu'il faut attendre dudit Roi au bénéfice desdites Provinces : aussi a-t-il fait dire aux archiducs, par son ambassadeur résident auprès d'eux , qu'il n'a volonté ni intérêt quelconque d'empêcher la paix qu'ils pourchassent , afin que l'on ne l'accuse des difficultés et contradictions qu'ils y rencontreront; tellement qu'ils s'en prendront à nous entièrement. Mais cela n'empêchera Sa Majesté de faire pour lesdits Etats, en paix ou en guerre, ce qu'ils doivent attendre d'un prince qui affectionne leur prospérité et conservation, comme la sienne propre. Sa Majesté est, grâces à Dieu , en bonne santé, et doit partir dans deux jours pour aller a Monceaux, où elle prendra les eaux de Fougues; et partant y séjournera quelques jours, puis retournera par cette ville à Fontainebleau , si les résolutions que vous prendrez par delà ne lui font changer d'opinion. Nous n'avons rien d'Italie ni d'ailleurs digne de vous être écrit. Les Napolitains du comte de Fuentes sont encore au Milanais, à demi-débandés, où sont arrivés de nouveau environ deux mille bisongnes d'Espagne, pour remplir les garnisons ordinaires* Le sieur Aêrsens dit que lesdits Etats s'attendent à la paix moins que jamais ; que leurs ministres prêchent à présent tout ouvertement contre icelle , et que le parti du prince Maurice est par delà plus puis* sant que devant. Il assure aussi qu'ils n'accorderont jamais une trêve à longues années, quand bien on leur accorderoit l'article de la souveraineté, pour être, ainsi qu'il dit, lesdits Etats en des défiances nouvelles, dont il sera difficile de les guérir. Mais je n'ajoute à présent foi qu'à une partie du dire dudit sieur Aêrsens. Je prie Dieu , monsieur, qu'il vous conserve en bonne santé.
DeConflans, ce 19 juillet 1607,
DE Nbufvills.
Lettre de messieurs Jeannin, de Buzanval et de Russy, au Roi, du 19 juillet 1607.
SiBE,
Hier, qui étolt le dix-huitième de ce mois, M. le prince Maurice nous envoya la copie des
DU PH&IDENT JËANNIX.
lettres qoe le marquis Spinolà lui a écrites du l6,aBn]xelles,ettôt après, M. de Barneveld celle que le même SpinoIa a écrite aux Etats, doAt ooos envoyons les copies à votre Majesté. C'est pour leur faire savoir que la ratification dËspagne avoit été apportée par le secrétaire dodit SpinoIa, arrivé d'Espagne le même jour ((q11 a écrit lesdites lettres; et que Taudiencier \erreilLeD étoit prêt de venir trouver les Etats poar la leur donner , et leur dire aussi quelque chose de plus pour racheminement de cette négociation de la part de l'archiduc, n'attendant poar ce faire qu'un passeport. Nous avons, peu de temps après, été voir ledit sieur prince Maurice, pour entrer en propos avec lui de ce qu'il favdroit fiiire sur ce sujet, et reconnoltre son luriioation. Il nous a dit que suivant la conclusion prise, lorsque la trêve fut faite, l'archiduc étoit IffiQ envoyer aux Etats copie de ladite ratification signée, et qu'à son avis il y devoit satis- ^,afin qu'elle soit considérée en l'assemblée, pBis envoyée es provinces particulières, pour ddibérer si on doit entrer plus avant en traité <» non, et jusqu'à ce, qu'on ne doit ouïr aucune fnposition ni ouverture de sa part qui puisse ^àmasr les affaires à quelque accord, et moins CKOR admettre en ce lieu ledit sieur de Yerrei- ^«qoiest personne bien entendue, ayant au- Wtéd grande part au maniement des affaires, ^jWBnra faire des pratiques , voir des par- ^^sïfeSïétre vu d'eux, et demeurer long-temps F^ifQx, attendu que la réponse qu'il voudra ^raîsemUablement emporter ne peut être faite <IQ avec beaucoup de temps. Nous n'avons pas f^jetéson avis, mais dit qu'il n'y auroit pas grand '^ de le laisser venir pour présenter ladite ratification en l'assemblée des Etats, ouïr ce qu'il acbaj^ de proposer là-dessus, soit en l'assem- Wéemème, s'il le veut faire, ou à quelques partiraliers qui seront députés à cet effet , qui est J« mieux, puis le renvoyer le lendemain avec «tte réponse qu'ils feront délibérer sur ladite ratification, et ce qu'il aura dit à leurs députés s assemblées des provinces particulières , et ^ en l'assemblée générale de tous les Etats, ^vant les formes qu'ils ont accoutumé de gar- ^ es affiûres d'importance , pour y prendre reptation , et en avertir l'archiduc au plutôt , du ^insdans le temps qui a été pris par la trêve, * savoir le premier jour de septembre ; et cepen- ^,afin que l'attente d'un si long séjour ne ta ftt ennuyeuse, qu'il se pourra retirer. Que ^ ces honnêtes paroles ne sufRsent pour lui faire «WDoître qu'on n'a pas agréable qu'il demeure Pltts long-temps en ce lieu, on le lui dira à part, «i sorte qu'il s'en^ aille , n'étant à propos à la