H. C. D. M. T. IV
vérité qu'un homme de cette qualité fasse plus long séjour en un lieu où on ne peut épier ses actions sans 1 offenser , ni le laisser en entière liberté sans lui donner des moyens de faire des pratiques et user de corruption , qui pourroient être dommageables à l'Etat. Ledit prince Maurice a approuvé cette ouverture. Nous lui avons dit aussi qu'on ne devoit délibérer sur cette affaire, sans nous en communiquer et prendre avis; à quoi il nous a répondu qu'il estimoit bien qu'on le feroit ainsi; et M. de Barneveld nous en a mandé autant.
Le conseil d'Etat en a délibéré l'après-dlnée du même jour 8 , en présence dudit sieur prince Maurice, et a approuvé ledit avis, selon que M. Aërsens, qui nous est venu voir exprès, et par commandement desdits Etats, nous l'a fait entendre. Ce jourdliui dix-neuvième, l'assemblée générale desdits Etats en a fait autant sans contradiction, en sorte que le passe-port a été expédié et envoyé par le même trompette qui avoit apporté lesdites lettres; et est certain que ledit sieur Verreiken sera ici dans cinq ou six jours. Encore reste-t-il quelque chose à discourir aux curieux sur l'envoi de cette ratification et du personnage qui a été choisi pour l'apporter, qui est homme d'affaires, auquel le secret de la négociation a pu être commis; et par ainsi vrai« semblable qu'il prétend l'entamer, reoonnoitre l'inclination des Etats , ^conférer avec quelques particuliers, même ceux qui ont plus d'autorité, promettre ou donner dès maintenant des présens, faire des offres qui touchent à leur intérêt, pour ébranler la constance des uns, et corrompre tous ceux qu'il pourra. Mais on pense avoir pourvu à ces iuconvéniens , lui donnant congé tôt , et le logeant en maison de personne fort aflidée, comme on a délibéré de faire, lequel aura charge de prendre garde à tout ce qu'il fera , puis ceux qui ont envie de se laisser corrompre , s'il y en a parmi eux , ne trouveront qu'assez d'autres moyens. Quant à la ratification, aucuns estiment qu'elle contiendra quelque restriction ou clause sujette à interprétation ; et que ledit sieur Verreiken, homme capable, a été choisi pour la faire trouver lx)nne. Les autres, qu'elle sera pure et simple, crainte d'altérer d'entrée ces peuples, qui en cet article sont si sensibles et résolus d'avoir cette souveraineté absolue, du moins en mots spécieux qui les laissent en cette opinion, que la moindre modification suffirait pour les éloigner d'écouter seulement les conditions de paix, et qu'ils céserveront plutôt à les faire par le traité et à la conférence ; et à la vérité, s'ils sont bien sages ils prendront ce conseil.
Le prince Maurice dit là-desgas avoir entendu que l'arciiiduc , en quittant ladite souveraineté , doit réserver quelque prestation annuelle, comme de deux ou trois cent mille florins par an. Mais ce que nous craindrions plus, et qui est touché par nos précédentes lettres, seroit sll prétendoit faire une alliance perpétuelle, et ligue offensive et défensive des autres provinces et Etats qui sont en sa sujétion avec ceux-ci; car, les attachant avec lui de cette façon, il n'auroit rien ou peu perdu , pource que demeurant obligés à lui donner un secours perpétuel contre ses ennemis, son Etat n'en seroit point afPoibli, ni ses forces diminuées , et votre Majesté n'en tireroit aucun fruit. Mais ayant eu cette appréhension , il y a déjà quelque temps, le président Jeannin en communiqua avecie sieur de Barneveld, lui re^ montrant les inconvéniens de cette ligue; à savoir que seroit le moyen de les faii*e abandonner par tous leurs amis, et de les laisser du tout à la discrétion et exposer à la vengeance de FEspagnol et des archiducs. Ce qu'il montra de bien reeonuoltre, et qu'ils ne traiteront Jamais avec telles conditions, au contraire entendoient faire une confédération avec votre Majesté, pour se conserver contre leurs ennemis réconciliés, de la mauvaise foi desquels ils ne doutoient point, quand le pouvoir de l'exécuter y seroit. La venue dudit Verreiken , ce qu'il dira, et la lecture de ladite ratification , commenceront d'en don* ner quelque iumière. Nous avons ci-devant écrit à votre Majesté, comme nous estimious qu'il falloit procéder pour ne point mettre en longueur le traité, mais conclure tôt, ou rompre, que ne répéterons point ici pour ne l'ennuyer, étant délibérés de le suivre , si votre Majesté ne nous commande de le changer. C'est aussi maintenant qu'il faut traiter avec le prince Maurice et le contenter, afin que tout demeure bien uni; à quoi madame la princesse d'Orange nous fait faute, et sa venue prompte seroit bien à propos. Nous prions Dieu, Sire, qu'il donne à votre Majesté , on parfaite santé, très-longue et heu* reuse vie.
De La Haye, ce 19 Juillet 1607.
Vos tràs-humhies et très-obéissans sujets et serviteurs,
P. JEANmir , DB BUZÀNVAL , et D8 RUSSY.
LeUre du président Jeannin à M. de Villeroj/f dvditjimr \^ juillet 1607,
Monsieur, depuis avoir écrit au Roi, le porteur des lettres étant prêt à sortir , un trompette est venu , qui a iqpporté des lettres du marquis Spinola, écrites à M. le prince Maurice, et à messieurs des Etats, dont nous envoyons les co*
pies à Sa Majesté, et lui faisons entendre par ttos dernières lettres ce qui a été avisé là-dessus, ainsi que le verrez plus particulièrement, qui m'empêchera d'en faire ici aucune répétition. On reconnolt maintenant les passions de ceux qui veulent la paix, ou la craignent ; le prince Maurice montre d'en être en appréhension; néanmoins il s'est fort bien conduit en la réponse qui a été faite. 11 est besoin de pourvoir tût à son contentement , à quoi madame la princesse d'Orange nous seroit fort nécessaire. Il seroit même à propos qu'il plût au Roi le gratifier de quelque bon état et pension chacun an : car puisqu'on Juge nécessaire pour le bien des affaires et le se^ vice de Sa Majesté, comme il est en effet, de le fortifier en cet Etat , et y accroître son autorité et celle de sa maison, aussi est-il, en conséquence, de Tobliger, afin que son affection acquise et oon* servée par l'intérêt, le rende, en l'Etat où il aura , pouvoir, plus enclin et dévotieux envers Sa Majesté, les siens et son royaume. Et ceci me sembla d'autant plus nécessaire qu'on dit sourdement l'archiduc avoir intention de faire toutes sortes d'efforts et offres pour le gagxier ; et peut-être s il faut perdre la souveraineté sans espoir de retour, selon que les Etats la prétendent, qu'il aimera mieux lobliger et le faire seigneur de ces pays à quelques conditions, traités et confédérations qui lui seront avantageuses, que de la quitter aux Etats mêmes : encore qu'il n'y ait pas grande apparence que l'archiduc le doive faire, et qu'il semble d'autre côté ledit prince oe pouvoir preodre assurance de la foi et bonne volonté enver» lui de l'Espagnol et des archiducs , si est-il bon de lui faire voir d'ailleurs de la sâreté , de la grandeur et du profit, afin qu'il soit mieux disposé à rejeter telles ouvertures, et toutes autres qui lui pourroient être faites contraires à l'intention et au dessein de Sa Majesté.
Nous pensons que les députés du roi d'Angleterre pourront être ici au même temps que ledit sieur Verreiken : peut-être quHl nous viendra voir; s'il le fait, nous Tirons aussi visiter; mais nous ne commencerons pas, encore qu'on ait a^ coutume d'ainsi faire quand un nouvel ambassadeur vient de la part d'un prince qui est ami^ comme sont Sa Majesté et l'archiduc, pource qu'il est envoyé par un prince ennemi des Etats prè^ desquels nous sommes ; par ainsi ne peut étr^ tenu pour ambassadeur, mais député à quelque particulier effet, et que ces peuples en pourroienl prendre Jalousie , si nous nous entremettions ^ nous-mêmes à faire oet office; outre ce que lej qualités du Roi el de l'archiduc qui sont tro| différentes, semblent nous 0(mvîer à &ire ains^ Ledit sieur Verreiken est fort marri de M. V
M PBÏSIDBNt lEÀNNÎN.
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président Richardot , et poarra désirer de parler au prfôident Jeannin sur le sujet des propos que ledit sieur président Ricbardot et lui ont autreibis eus ensemble. Il s*y conduira selon l'occasioo, soit pour lui donner sujet de parler, ou attendre qu'il parle de lui-même. Envoyez au piQt6t madame la princesse d'Orange , si vous dèirezque sa venue soit utile. Je suis, monsieur, Totre très-humble et très-obéissant serviteur,
P. Jeànnin.
ALaHayece 19 Juillet 1607.
UUre de M, de La Boderie à M, Jeannin, du 20 juillet 1607.
Monsieur , celle qu'il vous a plu m'écrire, do 17 du passé, me fut envoyée le lendemain qse les députés de messieurs les Etats furent arn>és. Us ont été un peu long-temps en leur voyage, mais ils avoient affaire aux vents et à la loer. Le principal est qu'ils se sont enfin ren- ^ ici en bonne santé. Us eurent leur audience do roi de la Grande-Bretagne dimanche passé, p leor fut honorable et fort favorable , non laib beaucoup de considérations , et sans apparnc^ de grande jalousie de la part des ministres dlÂpagne et de Flandre. Leur principale de- 11)^ > qui regardoit l'envoi des députés de ^\fm conjointement avec vous autres, mes- ^n,atiser à ce qui peut être plus utile à la ^^'Qi^stion de leur Etat , soit par la paix ou i^^goerre, leur fut incontinent accordée : de '^otre , dont vous me remarquez qu'ils ont aussi ^^i qui est de requérir d'être assistés et se- ^>Qnis, au cas que le roi d'Espagne ne leur ^fliille donner la paix avec les sûretés et condite qu'ils prétendent, attendu que le Roi n'est <l'ljberé de continuer son secours, si ce Roi aussi » > contribue de sa part ; ou ils ne s'en sont point ^^ entendre , ou eux et ceux de deçà me le <ii^iinuleDt. Tant s'en faut , les étant allé voir , •tétant tombés sur ce discours, ils m'ont franfiiement maintenu qu'il n'y avoit que deux ^vens en quoi ces deux rois pussent convenir '^^ nous pour leur salut : celui de la paix, en = appuyant de leur autorité, ou celui de la guerre, n>e déclarant ouvertement ; et que d'un secours jartîculler pour continuer la guerre tout seuls , lutreelane les retiendroit pas d'accepter les of- ^ft^qui leur sont faites. Ledit roi de la Grande- ^i^tagne, pour plus amplement s'informer de Iwirs affaires , les renvoya à son conseil , où ils dorent hier ouïs. Leur entrée fut d'excuser la pnttptitude dont ils s'étoient laissés aller à contre leur trêve, sans avoir pu en prendre avis du- ^ &oi, avec la raisons qui les y avoient conframts, et prière, à la suite, de l'envoi des députés
aux mêmes fins dont ils avoient déjà supplié ledit sieur Roi. La réponse leur Ait faite par le comte de Salisbury, qui, après les avoir un peu vespérisés sur les remarques de leur iégère.é, tant en la conclusion de ladite trêve et ampliation à ieelle, que sur les espérances d'une domination et liberté absolue, dont ils s'étoient si facilement laissé char* mer; et après leur avoir néanmoins protesté, tant de la part du roi son maître que de tout le corps du royaume, tant de soin et tant d'affection à leur salut, leur demanda deux choses : Tune si l'affaire étoit encore entière , et s'ils n'é« toient point obligés d'autres particularités que celles qui apparoissoient , tant envers l'Espagne que les archiducs; l'autre , si au cas que la rati« fication d'Espagne ne vînt pure et simple , sur ce qui s'est déjà contracté, s'ils feroient la paix. A la première , ils maintinrent que tout étoit en son entier, et qu'il n'y avoit rien sur quoi ils ne pussent suivre l'avis et le bon plaisir de leurs Majestés. L'autre, que si ladite ratification ne venoit pure et simple, ils ne feroient point la paix. Vrai est qu'ils se sentent si fort atténués , qu'ils ne sauroient continuer la guerre tout seuls.
Sur cela leur ftit répliqué que , puisque ainsi étoit, le Roi ni le conseil ne leur donneront point leur aide et bon avis , sur la perfection de ce qui restoit à faire , et qu'à cette fin leurs députés les suivroient incqitinent, qui avec les nô^ très auraient charge de conduire cette affaire d'une même haleine , et plus étraite et mutuelle correspondance qu'il serait possible. Que quant à la forme ou qualité du secours qui leur devrait être donné, au cas qu'ils ne fussent conseillés d'entendre à la paix , que c'étoit chose qu'on ne leur pouvoit maintenant dire , devant dépendre de la connoissance que leurs disputés , coi^oints avec vous , prendraient de leur besoin et nécessités, et de ce qu'eux et vous, tous ensemble , jugeriez être meilleur pour la cause conunune et intérêt particulier d'un chacun, mais que de cela ils pouvoient être assurés que l'on ne les laissa roit point perdre. Voilà tout ce que le comte de Salisbury me vient de dire , qu'il avoit hier traité et résolu avec eux. Après demain, ils vont voir le Roi à cinq ou six lieues d'ici , qui , à ce qu'on dit, les fétolera, et là se licencierant. Je ne vous puis encore dire qui serant les députés qui iront d'ici, l'élection n'en étant faite, à ce que m'a dit ledit comte, non plus que à quoi buteront ceux qui iront , au cas que la paix n'ait lieu ; m'ayant icelui comte de Salisbury , Juré qu'ils n'y ont encore pris aucune résolution, se remettant entièrement à la délibération qui en sera prise par vous autres, messieurs; mais qu'en tout et par*
ne
K^GOCIÀTIOTCS
tout ils essaieront de s*aecommoder au conseil de Sa Mfi\jesté. 11 m*a bien dit que si le sien étoit suivi , Ton se proposerait quelque fin plus généreuse, et comme il croit , plus utile que Ton n'a fait Jusqulci ; mais qu*ii n'est pas seul. Quoiqu'ils fassent montre par deçà , même depuis Farrivée du sieur Wunmonde, d'une grande franchise et confiance en nous , si ne se dépouilleront-ils jamais de leur peau , qui est toute pleine de défiance;, et crois que le vrai moyen de les porter à la guerre , c'est de montrer que voulions la paix , comme au contraire. Voici une grande af- &ire et un grand champ pour faire paroltre votre prudence et dextérité accoutumée ; mais je crains qu'il soit un peu long, et que vous y ayez besoin de patience. Lesdits députés ont souffert que je les aie été voir, et ne sont encore venus séant, ni ne m'en ont envoyé faire d'excuses, encore qu'à mon avis la raison du jeu le voulût. Je ne sais si pour mieux faire leurs affaires , ils estiment à propos d'en user ainsi; je vous en laisserai le jugement. Au demeurant , j'ai différé quelque temps à vous écrire, ayant reçu ordre de Sa Majesté de ne vous mander que choses bien certaines et bien avérées ; et jusqu'ici je n'en vois point. Plût à Dieu encore qu'elles le pussent être davantage, comme je le supplie vousdonner, monsieur, en parfaite santé , très-longue vie, en vous baisant très-humblement les mains , et , avec votre permission , à mes^eurs de Buzahval et de Bussy. A Londres, ce vingtièmejour de juillet 1607.
Monsieur, j'ai depuis ceci appris, d'un confident du comte de Salisbury , que leurs députés marchent d'un piedfort douteux avec vous, parce, disent-ils , que vous avez bien montré un pouvoir fort ample et absolu , mais qu'en effet vous ne vous en êtes jamais de rien déclaré sur icelui, en remettant toujours à quand ils seront de delà, et qu'ils en apporteront un semblable; mais qu'ils auront néanmoins une mstruction de ne rien conclure là-dessus , que par ce qu'il leur sera fait savoir d'ici ; et à ouir parler ledit confident, ils seroient pour se porter à la guerre , si nous le leur proposions. Mais comme vous savez mieux ce qui est de l'intention du Roi pour ce regard que je ne fais pas, vous vous y saurez trop mieux gouverner selon icelle , si Sa Msgesté s'y résolvoit. Je ne verrais point de danger de leur en mettre le marché à la main , si elle n'eu a point d'envie. Aussi il faut bien se garder qu'ils ne le reoonnoissent ; car ils seroient gens pour le faire, afin de regagner par ce moyen envers les Etats ce que leur froideur leur a fait perdre jusqu'à cette heure. Ma crainte est aussi qu'ils ne cher-
chent de nous embarquer, et quand nous nous serons déclarés et obligés à quelque chose , nous laisser là. Vrai est que traitant toujours à la charge de les avoir de la partie , en quoi que vous proposiez, s'ils ne se résolvent à ce qui sera jugé par les Etats plus utile à leur conservation, le tort leur en demeurera , et de là les pourrat-on, puis après , tant plus aisément ranger à tel autre parti que l'on voudra. J'ai estimé vous devoir encore toucher ce mot , que vous prendrez s'il vous plaît en bonne part, et comme de celui qui derechef vous baise les mains , et veut demeurer, monsieur, votre bumble et très-affectionné serviteur. Là Boderie.
Lettre de M. de Bemy (l) à M. Jeannin, du
26 dejuitlet 1607.
Monsieur , le même respect que vous dites, par la vôtre du vingtième de ce mois , vous avoir retenu de m'écrire, m'a tout de même gardé de vous donner des nouvelles de deçà , où j'ai pris peine en toutes occasions de lever et faire perdre les mauvaises impressions que l'on a prises du sujet de votre voyage, dès auparavant votre partement; lesquelles, tant s'en faut qu'elles aient cessé , ont toujours depuis augmenté par le rapport du bon père Cordelier, qui est allé en Espagne; la rhétorique duquel a plus eu de force et de vertu envers ces esprits-ci, que la pure vérité que je leur ai simplement annoncée, dont les événemens rendront enfin de plus assurés témoignages. L'on attend ici ou le retour ou des nouvelles de l'audiencier Verreiken, pour faire partir le président Richardot avec le mai*quis d'Itaures , ou le comte d'Aremberg , pour aller traiter au lieu que messieurs des Etats aviserant pour la conclusion d'une paix, ou d'une longue trêve , si faire se peut , qu'ils estiment deçà biea plus avantageuse , et dont le Cordelier leur a donné toute espérance , voire assurance , comme s'il l'eût eue dans sa manche toute bâtie, n'étoit, dit-il, les traverses que l'on y donne de France, dont ce§ gens-ci ont encore pris plus de soupçon depuis le partement de l'audiencier, qu'auparavant, sans aucun fondement que de quelques avis qui leur viennent du lieu où vous êtes , où sans doute il y a bien de la corruption. Je ne manquerai , s'il se présente chose digne, de vous en donner avis par cette même voie. Monsieur , je vous baise bien humblement les mains, et suis votre bien humble et a^ectionné serviteur.
BauLÀBT et DE Berry.
De Bruxelles, ce 26 juillet 1607.
(1) Ambassadeur da roi de France auprès des archlducB^
BU PRESIDENT JEANNIN
nr
IsUre de messieurs Jeannin^ de Busanval et deRussy, au Roi, du pénultième jour de juillet 1607.
SiBB,
Nous avons écrit à votre Majesté trois lettres, des 16, J 8 et 19 de ce mois, qui ont été données à mêmes personnes pour les porter ; mais ie vent, toujours contraire depuis, nous fait craindre qu'elle ne les reçoive que tard. L'audlencier Verràken arriva en ce lieu le 23 , sur les onze heures da soir, accompagné d'un marchand d'Anvers, qui avoit fait tous les voyages avec le moioe. Il fàt logé en une hôtellerie assez près du château, où son logis avoit été préparé et accomiDodé, visité le lendemain 24 , sur les neuf heures du matin, de la part de messieurs les Etats, qui y envoyèrent M. Aërsens , et ouï en pleine assemblée, à sept heures du soir le même jour. SoD discours fut court , en langage flamand , respectueux envers les Etats , qu'il a qualifiés m6^ etpuissans seigneurs, et M. le prince Maurice, qui y assistoit, très-illustre prince. La sitetance d*icelui a été, du désir que les archiàaa ODt de faire finir la guerre par une bonne et sincère paix , qu'ils ont procuré et obtenu du nidUspagne la ratification de ce qu'ils ont fait a^cceux, tant pour le premier traité de la trêve <{KaiB(fliation depuis accordée, le tout en bonne et due ferme, et ainsi qu'ils la pouvoient désirer. Azsideroandé deux choses. Tune que les navires des Etats qai sont sur la côte d'Espagne, fus- ^t révoqués suivant ladite ampliation , attendu qvlk avoient satisfait à leur promesse ; l'autre , ^*l\ fût avisé à ce qu'il étoit besoin faire pour ^trer au traité ; et sur la fin s'est plaint de ce 9v*on a fait imprimer et publier le traité de ladite trêve, avec les déclarations y contenues , <IQon les tient pour libres, et Etats sur lesquels les archiducs ne prétendent rien; les a priés à (Hte occasion de voir la ratification du premier traité, qu'il leur a présenté avec l'autre, et qu'il lui sdt permis de la retirer après qu'ils l'auront >iie , sans qu'ils en prennent copie.
Il lui fut répondu lors que le traité de la trêve ^oit UD écrit de telle nature qu'on le devoit pu- Uier pour le faire observer, et que c'étoit même rbose de l'avoir fait par impression ou par écriture à la main ; qu'ils verroient cette ratification puur en délibérer , et après lui faire entendre ce qu'ils auraient résolu. Lui sorti, elles furent lues ^Hostant, et connu de tous que celle du pre- R)ier traité n'étoit aucunement conforme à la Pftmiesse des archiducs, et néanmoins la délibération remise au lendemain , pource qu'il étoit %t tard. H. de Barneveld , qui nous vint voir
le soir même à l'issue de l'assemblée , nous a rapporté tout ce que dessus , et fait voir les originaux des deux ratifications, dont nous envoyons les copies à votre Majesté. La première lue et bien considérée , lui a été dit qu'il n'y avoit rien, soit au narré ou dispositif d'icelle, pour en inférer que le roi d'Espagne ait ratifié et approuvé ces qualités que les archiducs donnent aux Etats de les tenir pour libres , sur lesquels ils ne prétendent rien ; au contraire elle est restreinte , nommément à la trêve et cessation d'armes. Ainsi tant s'en faut qu'il donne pareille déclaration en ce qui le peut toucher , tant en son nom que des successeurs rois d'Espagne, qu'il ne ratifie pas même ce que les archiducs ont fait pour ce regard pour la forme. Ce n'est qu'un simple placard en papier, signé yo el Rey ^ comme il signe les patentes qui s'adressent à ses sujets , ayant accoutumé de signer son nom es expéditions qui touchent aux personnes ou Etats qui ne dépendent de sa sujétion ; et que ces défauts en la forme et substance étoient si grands, qu'on ne les pouvoit dissimuler. Ainsi tout étant mal , il le falloit déclarer, et ouvertement montrer qu'ils sont résolus de n'entrer en aucun traité, sans avoir ladite ratification , ainsi qu'il est requis, et qu'elle a été promise; l'accepter néanmoins, et retenir pour assurance de la trêve de huit mois , agréée par le roi d'Espagne , qu'ils entendent aussi agréer de leur part , en faisant déclaration expresse d« la retenir pour cette seule considération , non pour s'en contenter en ce qui est du surplus, et s'il fait grande instance de la retirer, qu'on la lui doit rendre. Au regard de la révocation de leurs navires , qui sont sur la côte d'Espagne , qu'ils n'y étoient obligés, puisque la ratification n'avoit été donnée en la forme promise , et n'y avoit apparence de le contenter en cet endroit, puisqu'il n'avoit rien apporté pour témoigner qu*ils aient aucune volonté à la
paix.
Ledit sieur de Barneveld nous a dit qu'il approuvoit du tout notre avis , fors en ce qui étoit de la révocation de leurs navires, en quoi il nous prioit de considérer qu'ils sont sur leur retour , et ne peuvent plus faille aucun exploit avant la fin de la trêve : ainsi que le roi d'Espagne n'en tirera aucun profit quand ils le feront ; et au contraire leurs marchands y auront de la sûreté , pource que leurs navires qui ont mené des blés en ItaUe , et sont prêts de retourner , ne courront par ce moyen aucune fortune à leur retour ; ce qui seroit à craindre autrement , étant certain que le roi d'Espagne a mis quelques vaisseaux ensemble pour y entreprendre , et qu'eux ne sont sur leurs gardes, ni assez forts pour se garantir
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de ce péril, étant séparés les uns des autres comme Ils sont, et aucuns déjà retournés. Le vingtsixième les Etats s'assemblèrent pour aviser à la réponse qu'on de voit faire audit sieur Verreiken ; à quoi ils employèrent le Jour entier , sans aucune contention. Toutefois, ayant tous jugé que cette ratification ne valoit rien , et considéré, outre les raisons ci-dessus déduites, qu*en la copie du traité, au pied duquel elle est mise , les mots de la plus grande substance, comme û'étre libres^ et Etats sur lesquels les archiducs ne prétendent rien y avoient été omis en partie, et la clause délaissée imparfaite exprès et malicieusement , eomme ils disoient, pour ne l'approuver; ainsi falloit députer vers lui un de chacune Province, pour savoir s'il auroit autre chose à proposer , ou donner par écrit, afin de Tinviter à le faire sans remise, et sans apporter aucun artifice, lui remontrant qu'il traitoit avec gens qui sont ouverts , et désirent de la sincérité et simplicité en leurs traités. Et s'il répondoit n'avoir rien de plus , lui faire entendre les défauts de cette ratification, tant en la substance qu'en la forme ; et que les archiducs n'ayant satisfait à leurs promesses, il se pourroit bien retirer, n'étant besoin qu'il fit plus long séjour parmi eux , puisqu'il n'avoit aucun sujet d'y demeurer davantage. Cette réponse lui étant portée par lesdits sieurs députés, le vingt-sixième jour, sur les neuf heures du matin , il leur répéta encore plusieurs pro* pos de la bonne volonté et intention des archiducs; et que, pour parvenir à la paix, il falloit remettre quelque chose à la grandeur d'Espagne, pour les induire à vouloir ce que les Etats dési* roient et les archiducs aussi , avec autant d'afilBotion qu'eux , d'autant que le combat du Détroit avoit aigri l'esprit du roi d'Espagne , et de ceux de son conseil, pour avoir senti le dommage de cette hostilité en un temps auquel ils estimolent qu'ils seroient recherchés par tous les bons offices et devoirs, pour induire un si grand prince à quitter le sien ; qu'il ne savoit pas si les archiducs auroient par devers eux quelques autres écrits et enseignemens de la volonté du roi d'Espagne , outre ce qu'il en a présenté à messieurs des Etats; mais pour son regard, qu'il n'en a aucune connoissance. Bien leur peut-il dire les archiducs être si affectionnés à la paix, et avoir obtenu un si ample pouvoir du roi d'Espagne pour la faire , qu'il ose bien promettre , puisqu'ils ne se contentent pas de la ratification apportée par lui , qu'eux tenoient bonne et valable , qu'en lui donnant la minute de cette ratification en la forme qu'ils prétendent, ils l'auront dans un mois ; offk>ant pour sûreté de sa promesse de demeurer en ce lieu de La Haye , et avec gai*des^ s*ils veu-
lent, jusqu'à ce qu'il y ait été satisfait; mais qu'il les prioit aussi de révoquer leurs navires, et de rendre ce témoignage d'amitié aux archiducs , qui lui serviront beaucoup pour aider au repos commun, et à disposer les volontés, en Espagne, à trouver bon tout ce qu'il fera pour y parvenir. Ils lui ont répondu, quant au long séjour d'un mois, qu'il n'étoit aucunement à propos, et que leurs peuples en prendroient de l'ombrage ; que pour le surplus ils le feroient entendre aux Etats. Il a montré au même instant qu'il se contenterait de sept ou huit jours pour écrire aux archiducs. Ce qu'il a appris de l'intention de messieurs les Etats, et d'avoir réponse avant son départ, désirant surtout savoir au vrai s'ils ont quelque autre déclaration du roi d'Espagne que celle qu'il leur a apportée.
Le jour même les Etats nous ont envoyé prier de leur donner une heure pour conférer avec nous ; ce qu'ayant délaissé à leur choix pour telle heure qu'il leur plairoit , comme n'étant occupés à autres affaires qu'aux leurs , ils y sont venus sur les trois heures après midi , au nombre de sept, qui est un de chacune Province, entre lesquels M. de Barneveld, l'un d'eux, a porté la parole, selon qu'il a accoutumé, et fait entendre tout ce que dessus ; et que messieurs deç États auxquels ils l'ont rapporté n'y ont voulu prendre aucune résolution, sans en avoir premièrement notre avis qu'il a demandé, nommément sur la révocation des navires , mettant en avant les raisons, et la commodité qui en aviendroit aux marchands , qui ont leurs navires en Italie , comme pour nous persuader de leur donner ce conseil. A quoi il fut contredit par le député de Zélande, lequel dit qu'il falloit garder la première résolution prise par les Etats, et suivant icelle ne faire ladite révocation qu'après la ratification donnée eu la forme qu'il convient ; qu'il étoit aussi sans apparence de gratifier W nnemi , puisqu'il n'a accompli sa promesse. Le second point a été sur le séjour de cinq ou six joursqu'il asemblé à tousne devoir être dénié audit sieur Verreiken ; le troisième , s'ils lui doivent donner une minute de la ratification et déclaration en la fom'.o qu'ils la demandent; et le dernier, pource qu'il faisoit grande instance de retirer la ratification qu'ils trouvent mauvaise , s'ils la lui doivent rendre, et cet article a semblé aussi ne recevoir grande difficulté : néanmoins si on lui pou voit faire trouver bon qu'elle demeure pour assurance de la trêve , dont elle contient la confirmation de la part du roi d'Espagne , que ce seroit le meilleur. Ne restoit donc que les deux points de la révocation des navires, et de la minute de la ratification que ledit sieur Verreiken ' a demandée. Sur quoi, après avoir discouru
DU PRESIDENT IXANNIIÏ.
quelque peu avec eux, les aurions priés nous donner loisir pour en communiquer ensemble ; et pource qu'il étoit tard , que nous leur en ferions réponse le lendemain matin , s*il leur plaiioit nous envoyer quelqu'un d'entre eux pour la recevoir.
Nous primes ce temps pour en conférer avec M. le prince Maurice, lequel , environ une heure avant la venue desdits sieurs députés , nous avoit envoyé avertir par M. de Ghâtlilon de ce qu'ils nous dévoient proposer, et fait connoître qu*ii ne consentiroit jamais à la révocation' desdits navires, ^^ous le fûmes donc voir le soir même , lequel , après avoir entendu tout Ce qui s'étoit passé en cette conférence, nous dit, sans attendre notre opinion , qu'il n'étoit raisonnable de faire ({oelque chose au gré d'un ennemi qui n'avoit satisfait à sa promesse ; aussi que la résolution de ne révoquer les navires, sinon après la ratification donnée en bonne forme , ayant été prise par l'aviâ de toutes les provinces, on ne la pouvoit changer sans les consulter ; et si on le faisoit autrement, que deux provinces, à savoir Zéiande ^ Frise , s'y opposeroient sans doute, et y aoroit assez d'autres députés en l'assemblée qui en feroient autant. Nous lui répondîmes que nous approuvions son avis; mais qu'il se failoit garder SQTtoQt de division, et si Verreiken s'apercevoit deknis contentions pour si peu , qu'il en sauroit Im. £aire son profit , et espérer quelque chose de mieux entrant au traité ; que nous eussions hka désiré n'être chargés de donner notre avis SOT ce fait particulier , parce qu'en le faisant soivant le sien que jugions être le meilleur, comffie il est vrai en effet, nous craignions deux incoD^éniens : le premier, que la plupart des provinces qui demandent la révocation des navires. De le suivent pas, qui seroit un commencement pour faire venir à mépris nos avis , et de Tentretenir comme moins prudens ou passionnés, diminuer par ce moyen l'autorité qu'ils doivent avoir pour nous rendre utiles en meilleure occasion ; l'autre inconvénient , que le roi d'Espagne et les archiducs se plaignant tous les jours de ce qu'ils disent les empéchemens de la paix provenir de votre Migesté, cet avis, qui ne peut faillir d'être su , puisqu'il sera publié en ladite assemblée, les confirmera en cette mauvaise opinion, que devrions plutôt essayer de diminuer qu'accroître; et d'autant plus, que ledit sieur Verreiken assure que cette révocation aideroit beaucoup à faciliter et disposer le roi d'Espagne à donner la ratification que les Etats de mandent , sans laquelle on ne peut faire la paix ; car, encore qu'il soit certain qu'il n'en fera ni plus ni moins, et que cette résolution de paix ou de guerre ne
doive dépendre de ce que les Etats feront ou refuseront en cet endroit , ce prétexte toutefois servira pour persuader , et faire croire telles calomnies. A quoi les ministres de votre Majesté sont tenus de prendre garde soigneusement pour l'en garantir, et laisser es esprits d'un chacun l'opinion que ses bonnes intentions méritent.
Rien n'a pu contenter ledit sieur prince, sinon ce que lui avons dit, que nous nous excuserions de donner notre avis aux Etats sur cet article, en leur remontrant que nous n'étions suffisamment informés de la commodité ou incommodité que le pays pourroit recevoir du séjour ou retour desdits navires ; et qu'eux , qui en avoient meilleure connoissance que nous, en sauraient aussi mieux juger ; les priant et exhortant néanmoins de bien considérer ce qui seroit de la réputation des Etats, et surtout n'entrer en aucune contention ou division pour ce regard, ni pour quelque autre occasion que ce soit. Nous y ajouterons encore qu'ayant été bien avertis qu'il seroit nécessaire de mettre en délibération cette affaire dans les provinces, avant que la pouvoir résoudre en l'assemblée qui étoit de présent ici, il ne nous sembloit à propos d'en dire maintenant notre avis. Le soir même nous fîmes voir M. de Barneveld par M. de Vaudernul son beau-fils ^ pour le prier de se vouloir conformer en cet endroit à l'avis dudit sieur prince, qui serait suivi sans doute de la plupart des provinces, et qu'il feroit bien induire et persuader la pravince de Hollande, dont il y a grand nombre de députés en ce lieu sur lesquels il a de l'autorité^ d'en faire autant. Le 27, sur les huit heures du matin, ledit sieur de Barneveld et un des députés de Zélande nous vinrent trauver pour entendre notre avis, qui a été tel que dessus, avec les discours et raisons qu'avons jugés à propos pour les disposer à suivre l'avis dudit sieur prince Maurice. Ils nous ont dereclief fait instance de leur dire s*ils dévoient donner la minute de la ratification , dont ils ont été requis par ledit sieur Verreiken. Encore qu'il semble cela être sans difficulté, si est-ce que M. le prince Maurice le rejette du tout, et nous y en trouvons beaucoup ; car si elle doit être dressée par l'avis des Etats, ils n'en demeureront aisément d'accord, pour la diversité des opinions sur la guerre ou la paix , qui induira les uns à la demander si difficile qu'elle soit refusée, et les autres à trouver tout bon. Il y a aussi de l'apparence que cette minute a été requise pour les mettre en plus grande espérance de paix , et faire qu'ils s'y attendent sans se préparer à la guerre ; qu'il Ta fait aussi pour obtenir la révocation des navires avec plus de facilité; et enfin pour entrer en quelque commencement de négociation et
nEGOGlÀTlONS
tirer Taffaire en longueur, sur ce que le roi d*£spagne pourra faire de nouvelles difficultés, quand il aura vu dire qu'il y faut retrancher ou ajouter quelque chose, et là-dessus conférer pour en demeurer d'accord, qui est en effet ce qu'on doit craindre ; ainsi qu'il seroit aussi bon de lui en donner un formulaire, sans être autrement autorisé ni mis en délil)ératlon en l'assemblée ; et que s*ils veulent envoyer la ratification en Espagne, comme il convient, ils savent assez comme il la faut concevoir, et en quels termes et forme.
Lesdits sieurs députés s'en retournèrent en leur assemblée avec cette réponse, où ils conclurent, après quelque- difQculté, qu'on donneroit six jours audit sieur Yerreiken, lesquels commencent au 29 , pour écrire et avoir réponse des archiducs. Quant à la révocation des navires, cet article Ait disputé entre eux avec chaleur et contention ; et a-t-on reconnu, pourceque ledit sieur Yerreiken a assuré la ratification comme on la demande, si la révocation des navires est faite, avec cette clause de n'envoyer nouvelle flotte durant la trêve, car c'est ainsi qu'il l'entend, et par ce moyen que la trêve soit aussi bien générale par mer que par terre , que la plupart des députés se laissoient aller à l'accord, si ceux de Zélande et de Frise ne s'y fussent opposés ; au moyen de quoi il est demeuré indécis, étant leur intention d'y pourvoir après les six jours expirés, soit pour l'accorder, si quelque autre écrit est envoyé par l'archiduc qui contente les Etats, ou refuser, s'il n'y a rien de plus que ce qu'il leur a déjà donné. Ceux qui le veulent contenter espèrent que dans lesdits six jours les navires retourneront, et par ainsi qu'il aura partie de ce qu'il demande. M. le prince Maurice n'a trouvé bonne cette réponse, et dit qu'elle sentoit sa timidité, comme si on craignoit d'offenser, et semble qu'il ait raison. Il est vrai aussi qu'il a été trompé en ce qu'il pensoit son opinion devoir être la plus forte, dont nous faisons conjecture qu'entre ces députés, le nombre de ceux qui veulent la paix est toujours le plus grand, ce que ledit sieur prince confesse; mais il dit que ce n'est pas ainsi dans les provinces. Quant à la minute, ils se sont trouvés empêchés, aucuns ayant dit qu'il faudroit assembler gens de conseil et de la profession des lois, pour la bien faire; les autres, qu'il faudroit prier ledit sieur Yerreiken de la dresser lui-même , d'autant qu'il sait mieux le style et la forme d'Espagne qu'eux, et qu'on connoftroit aussi, en voyant ce qu'il auroit fait, s'il a bonne intention envers eux , et cette dernière opinion a été suivie; elle nous semble toutefois impertinente. Nous avons bien trouvé quelques difficultés
à la donner pour les raisons ci-dessus déduites, non à la faire , étant chose qui nous est aisée , sans emprunter l'aide d'autrui , et de la mettre secrètement es mains de M. de Bameveld , en si bonne forme , qu'elle sera trouvée bien pour s'en aider s'ils veulent. Ledit sieur Yerreiken fut prié de se trouver en l'assemblée le 28, sur les neuf heures du matin, pour ouïr ladite réponse. Il répéta ce qu'il avoit déjà dit , et assura qu'en donnant du temps à l'archiduc, il obtiendroit du roi d'Espagne cette ratification en si bonne forme qu'ils en demeureroient contens, sans montrer de vouloir mettre la main à la plume pour la faire, et sans le refuser aussi. Il est aussi besoin que votre Majesté soit avertie comme nous nous sommes comportés envers ledit sieur Yerreiken. Le président Jeannin avoit écrit à M. de Yilleroy, par un avis pris entre nous, que pour ne mettre en jalousie ces peuples, même ceux qui veulent la guerre , ni pareillement M. le prince Maurice , ils ne l'auroient voulu visiter les premiers, attendu aussi qu'il ne venoit, sinon avec lettres de Spinola, et non comme ambassadeur des archiducs, outre ce qu'on avoit mandé d'Anvers, à quelqu'un de ce lieu, qu'il avoit commandement de son maître de ne voir personne ; ayant dit et répété ces mêmes propos à plusieurs, depuis son arrivée, et comme s'il l'eût fait pour s'excuser de voir les ministres de votre Majesté, dont nous sommes bien avertis qu'ils ont mauvaise opinion , qui nous faisoit appréhender de le voir, et de n'être après visités de lui. Toutefois, lui ayant été ouï le 24 , et parlé au nom des archiducs ses maîtres, nous avons considéré que, s'il n'étoit point visité du tout, il se pourrait plaindre d'être traité comme ministre d'un prince ennemi, ainsi qu'il étoit expédient de le faire par M. de Russy, qui est ordinaire, et a la charge pour résider près de messieurs les Etats de la part de votre Majesté, pour le congratuler de sa venue, lui offrir toute courtoisie et assistance, comme au ministre d'un prince avec lequel votre Majesté est conjointe d'alliance et d'amitié, l'assurer du commandement qu'elle nous a fait d'aider en tout ce que nous pourrions à la paix. Et, encore que sachions bien qu'on a voulu donner des impressions' au contraire , que nos actions depuis que nous sommes ici , et la continuation de l'avenir, feront connoftre évidemment la sincérité de votre intention, et que le plus grand soin de votre Majesté est de procurer la paix à tous ses voisins, jugeant bien que c'est le devoir d'un prince chrétien d'en user ainsi , y ajouter que si les sieurs Jeannin et defiuzanval se sont abstenus de l'aller voir jusques alors, ce n'étoit faute d'affection et de désir de s'acquitter de cet o£Boe,
DU PRESIDENT iEAI<iNIN.
mais pour avoir pins de moyen de servir à l'avaneemeot d'un bien pour lequel ils sont venus; étant certain que le nombre de ceux qui désirent la pem parmi ces peuples , est plus grand que des aQtres qui veulent la paix , et qu'il est besoin de procéder avec eux pour s'y conserver plus de créance et d'autorité, de façon qu'ils n'entrent en soupçon et jalousie que serions trop enclins et désireux de les porter à ce qu'ils veulent fuir; et toutefois que cela ne les empécheroit de le visiter avant son départ^ pour lui faire les mêmes offres de la part de votre Majesté.
Ledit sieur de Rossy se chargea pareillement de hi faire entendre ce que nous estimions de- >Tnr servir à l'avancement de la paix , afin que cesiwns offices lui fissent counoftre notre candror et sincérité : à savoir, que le moyen de pcRuader ces peuples étoit d'y procéder d'une grande franchise tout d'un coup et non par pièces. Ainsi, si les archiducs avoient quelque autre meilleure ratification, qu'ils tireroient plus de profit de la présenter plutôt que de la différer pias long-temps. Outre ce, pource qu'il faisoit si ^nde instance de la révocation des navires , bi remontreroit les grandes difficultés et lonswnrs qui se rencontreront s'il le faut faire ré- «odre en l'assemblée, et qu'il y pouvoit être W<innipar autres moyens plus expédiens, dont ^arcùucs tireroient le même contentement et profit; qne déjà on y avoit pensé, et qu'on s'en ^nnroit bientôt : à savoir, par le retour des Qsm, qui est ce que nous entendions' sans IVxprimer. Et à la vérité nous sommes étonnés ^mme, ayant quelques amis ici, ils ne sont œieox avertis de ce retour, et qu'il y en a déjà trois d'arrivés; qu'ils ne savent pareillement que 1^ £tats n'ont délibéré de faire aucune nouvelle ^tte pour cette année ; à quoi toutefois les avons «cités en particulier de tout notre pouvoir, (omme étant ce qu'ils craignent le plus en Espagne, qui les induit à mendier cette révocation s^abjectement, et avec démonstration d'une si s^nde crainte et foiblesse, qui seroit aussi plutôt cause que toute autre chose de leur persuader '^paii, qu'on obtiendra mieux en leur faisant ^Q mal qu'en les flattant. La raison de notre foDseil, pour n'aller voir tous trois ensemble ledit sieur Verreiken , a été que s'il ne nous rendoil la visite , sous prétexte de celte feinte excuse Çï il a charge de ne voir personne, la honte et fe mépris de n'avoir reçu de lui la visite qu'il ^it tenu de rendre seroit moindre à l'endroit <^ un seul que de trois ensemble. Le président tannin pensoit qu'il eût été à propos de faire l^même cette visite, pour avoir occasion de ^érer avec loi sur le sujet dont te sieur de
Yilleroy lui a écrit, au cas qu'il eût vu l'oportunité de le faire. Toutefois il fut jugé enfin que ledit sieur de Russy, qui est ordinaire, y seroit plus propre. On le pourra voir encore ci-après s'il en est besoin , et s'il s'acquitte de son côté de ce qu'il doit. Ledit sieur de Russy qui l'a vu, et lui a dit ce que dessus, a été reçu de lui avec tous les respects et complimens accoutumés, y ajoutant ledit sieur Verreiken que votre Majesté, lorsqu'il passa par la France, et eut l'honneur de la voir à Fontainebleau , l'assura déjà qu'elle feroit tous bons offices pour aider à l'avancement de la paix ; que c'étoit aussi le devoir d'un grand roi et très-chrétien d'en user ainsi, et qu'il n'y avoit rien en quoi elle pût davantage obliger les archiducs; le remercia des avis qu'il lui donnoit, promit de l'aller voir; et toutefois quatre joui*s sont déjà passés depuis qu'il l'a vu sans qu'il y ait satisfait. Il feignit de n'avoir su que le président Jeannin fût en >ce lieu , comme voulant dire, à notre avis, qu'il le devoit ignorer, puisqu'il ne l'avoit été voir.
Ledit sieur Verreiken eût bien fait, sortant de Bruxelles, d'en avertir M. de Berny, prendre des lettres de lui à nous, et traiter avec nous comme avec ministres d'un prince allié et ami du sien. Et peut-être qu'en montrant par fréquentes visites vers nous qu'il y a meilleure intelligence entre nos maîtres, il en eût mieux fait ses affoires, et eût mis ces peuples en appréhension de n'être si bien assistés de votre Majesté , et par ainsi les eût rendus plus enclins à la paix. Il a été expédient pour empêcher que ces peuples ne soient trompés , que l'Espagnol ait envoyé d'entrée cette mauvaise ratification ; car elle met ses amis en défiance, et fera qu'ils seront plus retenus et considérés qu'ils n'eussent été , si on leur eût présenté ce premier coup une ratification en bonne forme , qu'ils eussent sans doute très-vo-. lontiers acceptée , et passé outre à la conclusion de la paix , à quoi ils ont grande inclination , pourvu que cet article leur soit accordé sans aucune restriction ni modification. Et , à la vérité , ce fondement présupposé, avec l'intervention des deux rois , et le bon ordre qu'ils peuvent mettre parmi eux , la paix ne sauroit être mauvaise, encore que tous les articles mentionnés en nos lettres ci-devant écrites n'y soient compris. Il semble que les plus affectionnés à la paix ont espérance que ledit sieur Verreiken recevra des archiducs, au bout des six jours, quelque nouvel écrit , soit la procuration que le roi d'Espagne leur a envoyée, qu'il dit être fort ample, pour les induire à traiter là-dessus , avec promesse de faire ratifier ; ou bien lettres audit sieur Verreiken , pour assurer les Etats qu'il enverrai dans
certain bref temps une autre ratification en la forme requise , et l'un de ces deux pourroit bien être vrai , mais plutôt pour tromper, tirer les affaires en longueur, et par ce moyen en recueillir quelque proflt, que pour espérance qu'ils aient d'obtenir et d'envoyer ladite ratilication , et par ce moyen conclure une bonne paix ; car si le roi d'Espagne l'eût voulu donner, comme il appartient, il a eu assez de loisir pour s'en résoudre et le faire. Ainsi on ne la doit attendre , sinon qu'elle soit déjà es mains des archiducs, et qu'ils aient voulu avancer cette première , tenter si elle seroit bien reçue, reconnoftre l'inclination de ces peuples , et , prenant loisir d'un mois pour en mander un autre , gagner autant de temps , puis se servir de celle-ci ; étant certain que la prudence des Espagnols consiste pour la plupart en ces déguisemens , qui toutefois sont mal propres pour gagner ces peuples ici , que nous empêcherons bien d'être trompés s'ils nous veulent croire ; mais la longueur du temps et les pratiques qu'on fait parmi eux nous inettent en crainte que la division n'y entre. Le sieur Barneveld nous a dit que le sieur Verreiken , parlant en leur assemblée , a bien fort assuré que le roi d'Espagne donneroit ladite ratification en bonne forme, et, avec quelques députés en particulier, a plutôt fait difficulté en la forme : à savoir, sur ce qu'on la demande en parchemin , comme sont les Chartres et patentes, et qu'on veut qu'elle soit signée Philippe, non yo el Rey^ que non en la substance , dont ledit Barneveld et nous aussi jugeons que l'archiduc a des blancs en papier, et ne sont signés que yo el Rey, dont il se prétendoit servir, et ce soupçon a beaucoup d'apparence.
Il s'en va temps de penser au contentement du prince Maurice , pour à quoi travailler, nous attendons la venue du comte Guillaume de INasT sau , qui a été mandé exprès, il y a déjà quelque temps, et doit arriver en ce lieu dans deux ou trois jours , lequel nous y peut beaucoup aider, comme feroit aussi madame la princesse d'Orange, si elle étoit venue. Nous avons différé avec raison ; car tant qu'il y a quelque espérance de guerre , il ne veut rien écouter : puis il n'y a point de mal de l'avoir laissé en cette humeur, pour retenir ceux qui étoient trop échauffés à la paix. Les députés d'Angleterre , qui doivent pareillement arriver dans dix ou douze jours , si ce que M. de La Boderie nous a mandé est vrai , serviront beaucoup pour aider à maintenir l'union dans cet Etat , pourvu qu'ils y apportent la même volonté que nous, et demeurions si bien conjoints ensemble , que n'ayons tous qu'un même avis es résolutions qui se présenteront. On
faisoit quelque doute s'ils y viendroientouDon, avant qu'eussions reçu les lettres de M. de La Boderie ; et étoit le plus commun avis de tous ceux qui pensent avoir quelque connoissance de l'inclination du roi d'Angleterre, qu'ils viendroient, au casque la ratification fût envoyée, et qu'il y eût espérance de traiter, pour ne laisser prendre cet avantage à votre Megesté d'y assister et entrevenir seul; comme au contraire, l'espérance perdue de la ratification et du traité, ils n*y voudroient venir pour ne s'obliger aux dépenses de la guerre. C'est pourquoi on est encore en quelque incertitude , à cause de l'invalidité de la ratification , s'ils continueront en leur résolution de venir, ou s'ils temporiseront pour y voir plus clair. Toutefois, M. de La Boderie et les députés mêmes des Etats assurent leur venue dans peu de jours. S'ils n*ont volonté de bien faire , nous serions mieux seuls qu'avec eux ; car nous aurions la même puissance pour faire passer le tout sans empêchement.
On en espère mieux aujourd'hui , tant par les lettres dudit sieur de La Boderie, celles de M. Caron, que des députés des Etats, lesquels mandent que l'agent d'Angleterre qui étoit ici, et a souvent conféré avec nous , selon que Tavons écrit à votre Majesté, les a assurés que notre conduite étoit telle qu'ils la pouvoient désirer, et leur a fait changer toute leur procédure. Dieu veuille qu'il soit vrai. Nous ne laisserons d'être sur nos gardes, et de nous en défier; en sorte toutefois qu'ils ne s'en aperçoivent point ; car les lettres que M. de Villeroy a écrites au président Jeannin , des 13 et 19 de ce mois, contraires du tout à l'espérance que ces messieurs nous donnent, nous font craindre qu'il n'y ait de la dissimulation, en ce que M. le comte de Salisbury et autres leur en ont dit; ou bien que leur irrésolution, légèreté, ou plutôt malignité , ne les fasse changer d'avis. Nous ferons le mieux que pourrons pour les bien entretenir, et pour faire que les Etats prennent aussi de leur côté des résolutions promptes, fermes, et qui fassent connoltre qu'ils sont sans crainte et bien unis. Nous sommes assez de fois entrés en discours avec le sieur Barneveld sur les ligues , tant offensives que défensives des Etats avec votre Majesté, son royaume et son successeur. Tout y est bien disposé, pourvu qu'il n'y ait rien au préjudice du roi d'Angleterre , à cause du traité fait par les Etats avec la feue reine d'Angleterre en l'année 1585, lorsqu'étant abandonnés d'un chacun, ils eurent recours à elle ; par lequel traité ils promettent de ne faire jamais aucune alliance avec quelque prince que ce soit, sans son su et consentement Et , à la vérité , c'est ce traité qui
DU PBJBAIPENT JBÀNNIN.
ksa «npéefaës da donner l'aete dont nous avons M poursuite si long-temps, encore que deux ans après qu'il fut fait, ladite Heine discontinuât le secours qu'elle a volt promis ; mais ils craignent too^rs d'offenser ce royaume, et faut attendre, par nécessité, comme leurs députés, s'ils rànent, se conduiront pour faire poursuite dodits traités d'alliance ensemblement, ou seuls slk ne viennent , ou étant venus , ne se conduisent comme ils doivent , soit envers nous eu les Etats. Nous y apportons tout ce qu'on doit attendre de notre diligence et fidélité , pour faire ([w l'issue en soit heureuse. M. de Préaux , qui est porteur de cette lettre , et a toujours été ici depuis notre arrivée , a quelque créance pour la Èire entendre à votre Majesté , et en rapporter U réponse aa plutôt si elle l'a agréable. Nous la poQ^ons assurer qu'il s'en acquittera fort bien et fidèlement, comme étant capable de servir en me bonne affaire, lorsqu'il recevra ses commcdemens. Snr ce nous prions Dieu, Sire, qoll donne à votre Majesté, en parfaite santé, tns-loDgue et heureuse vie.
BeLa Haye, ce pénultième jour de juillet 1 607.
Vos très-hmnbles et très-obélssans sujets et «r^tears,
P. JSÀlf ?im , DE BUZARVÀL et DE RUSSY.
^ttre ieM. de La Boderie à M, Jeannin, du deuxième jour d*août 1607.
tfosMT, ce gentilhomme, présent porteur, o^^Àde feu M. de Sessac, beau-frère de M. de i^ivtain, et de lui-même fort gentil cavalier. Qoasd je vous ai dit cela , je ne pense point qu'il ait besoin d'autre recommandation pour le rendre finnorisé de votre protection et bonne grâce. Toatefois, si ma considération pieut encore ajouter quelque chose, je vous le recommande. Il «(MB dira des nouvelles de messieurs vos depuis, et comme on les tient si fort attachés à la bonne chère qu'on leur fait ici , qu'ils ne s'en pniTent arracher. J'ai fait qu'il les a attendus de«x ou trois jours pensant s'en aller avec eux. Voyant toutefois qu'ils ne savent encoi-e quand ^partiront, il s'est délibéré de s'en aller devant. I> ne se passe jour qu'ils ne soient en festin; ^tefois ce sont plus le maire et les marchands <k cette ville qui les traitent qu'autres gens; et ffiême une fois qu'ils ont mangé avec le Roi , ce Q a pas été lui qui les a conviés ; mais , sur l'occasioQ d'un grand Imnquet qu'une confrairie de cette ville faisoit à Sa Migesté, ils y furent appela, et néanmoins fort bien vus et caressés de lui et du reste de la troupe. Je tire de là deux <*oojectQres \ l'une , que Ton est bien aise d'obli- ^r en leurs personnes messieurs les Etats , et
soit paix ou guerre ménager leur amitié à concurrence de la nôtre; l'autre, que l'on ne veut pourtant offenser apertement l'Espagne, en ne faisant rien pour eux qui ne se puisse rejeter sur autrui. Le Roi les a vus deux fois, et le conseil deux fois ; et toutefois en toutes les deux ils n'ont lien fait de plus qu'en une. Ce qu'ils remportent, c'est que les ambassadeurs qu'ils ont demandés les suivront incontinent, lesquels auront charge de se joindre avec vous, et d'intervenir au traité qui se fera de la paix. Que si d'un mutuel avis vous la jugez sûre et utile à leur conservation et à leur bien , on l'approuvera et autorisera trèsvolontiers. Si aussi vous jugez le contraire, et qu'eux et vous proposiez quelques moyens pour continuer la guerre, lesdits ambassadeurs l'ayant fait savoir ici, on s'y accommodera tout de même. Ils ont fait , à ce qu'ils m'ont dit , ce qu'ils ont pu pour découvrir ce que l'on se délii)éroit de faire pour eux en ce cas -là. Ou ne s'en est jamais voulu ouvrir, et l'excuse que l'on en a prise a été qu'ils ont dit eux-mêmes que vous n'en avez non plus lien voulu faire de votre côté. Ils veulent donc nous réduire à parler les premiers , et, sur ce que nous proposerons , prendre conseii. Maldrée de Zélande m'a dit qu'à son avis ils inclinent à la paix, et que Winood les y a disposés, poussés autant de la jalousie qu'ils ont de nous que de crainte qu'il s aient d'ailleurs, et m'a promis vous bien entretenir là-dessus. Leurs ambassadeurs ne sont pas encore nommés, et ne sais pourquoi ils tardent tant, si ce n'est qu'ils veulent gagner le premier de septembre, pour voir si l'on traitera de la paix , afin d'aider lors à la faire , et participer à ce qui en réussira de part et d'autre , ou bien , afin que si d'aventure , après l'assemblée des provmces particulièrement, qui se devra faire maintenant, on ne vouloit traiter de la paix, ils puissent dire n'avoir part à ce changement. On m'a assuré toutefois que le principal de leurs ambassadeurs sera un nommé Spencer, l)eau-frère du chancelier d'Angleterre, que l'on m'a dit être habile homme , et l'autre Winood. Vous les verrez,. à mon avis, y aller fort à tâtons, et ce dont je vous plains, fort lentement ; car ils voudront sur toutes choses consulter l'oracle sans de rien vous résoudre, que premièrement ne l'ait été ici. Voilà tout ce que je vous puis dire des uns et des autres. Sur quoi finissant, je vous baise bien humblement les mains, et avec votre permission, à messieurs de Buzanval et de Russy, en priant Dieu vous donner, monsieur, en parfaite santé, très-longue vie.
A Londres, le 2 août 1607.
Votre très-humble et très^ffectionué serviteur,
La Boderis.
NEGOGIATIOMS
Lettre du Roi à messieurs Jeannin^ de Buzanval et de Russy, du 4 d'août 1607.
Messieurs Jeannin , de Buzanval et Russy, vos lettres des 16, 18 et 19 du mois passé m'ont été présentées et lues le dernier d*icelui, le porteur n'étant arrivé en ce lieu que le Jour devant. J'ai eu bien agréable d'apprendre par la première l'accueil qui a été fait au président Jeannin et Buzanval , aux villes qu'ils ont visitées , leur gratitude et reconnoissance des bienfaits reçus de moi, et leur inclination à la paix aux conditions qu'ils vous ont déclarées. Toutefois , je croîs difficilement, avenant qu'ils rencontrent un refus, qu'ils rentrent à la guerre avec autant et plus de vigueur qu'ils n'ont encore fait, quand ils devroient être seuls et sans aucune assistance, ainsi qu'ils vous ont dit et m'avez écrit. Or, vous aurez depuis vu l'audiencier Verreiken, avec l'agréation ou ratification qu'il a apportée par delà ; car j'ai su qu'il arriva à La Haye le 24 dudit mois, et qu'il fut ouï en l'assemblée desdits sieurs le même jour, où il représenta ladite déclaration, de laquelle ils ne sont demeurés contens, ne l'ayant trouvée conforme à leur expectation, ni aux promesses des archiducs, d'autant que ledit Roi n'agrée que la cessation d'armes, et ce qui a été depuis traité pour les limites, sans faire aucune mention de la souveraineté, ni même nommer une fois les Etats-généraux. C'a été le sieur Âêrsens qui m'a le premier donné cet avis , duquel j'attends la certitude par votre première dépêche, ne me pouvant persuader que lesdits archiducs aient fait la fête qu'ils ont faite de la réception de ladite déclaration, ni d'en avoir rendu porteur ledit Verreilcen, étant si simple et imparfaite que la représente ledit Aêrsens; ou je crois qu'il voudra suivre l'instruction et le procédé du Gordelier, qui sera d'en représenter et tirer une seconde de sa poche conçue en meilleure forme, quand il s'apercevra du dégoût que cette première aura apporté à la compagnie. Ledit roi d'Espagne n'auroit aussi contremandé si légèrement qu'il a fait dom Diego d'Ibarra, s'il n'eût eu intention de ratifier les promesses desdits archiducs. En tout cas lesdits Etats doivent inférer de cette procédure que Ton n'a pas grande envie de les contenter, ni assurer leur liberté. Pour le moins doivent- ils croire que tout ce qu'en font lesdits Espagnols est à grand regret et contre leur volonté. De façon que s'ils franchissent le saut, ce sera avec dessein et espoir d'en profiter ci-après par autre voie à leurs dépens. C'est pourquoi je dis qu'ils ne peuvent penser et pourvoir trop exactement à leur sûreté.
J'approuve , pour cet çCTet , le conseil de ceux
qui sont d'avis que , sans renvoyer vers les archiducs se plaindre de la défectuosité de ladite ratification, ils pourvoient unanimement aux préparatifs de la, guerre , pour faire perdre auxdits archiducs l'espoir d'une division entre eux, laquelle ils ont peut-être attendue de leur recherche et poursuite , par les moyens que vous savez qu'ils y ont employés , et par le goût qu'ils leur ont donné de la décharge des incommodités de la guerre. J'approuve pareillement que l'on avance de dresser la compagnie des Indes occidentales; car, en tout événement , nous pourrons nous en prévaloir par delà, suivant la proposition que le président Jeannin a faite au sieur Francques, laquelle sera favorisée de moi autant qu'il sera nécessaire. Partant vous en continuerez la pratique, toutefois avec la discrétion que vous l'avez commencée ; car c'est chose que j'ai toujours très à cœur, et que j'estime très-utile pour moi et mes sujets. J'approuve semblablement votre conduite en tout ce que vous traitez par delà pour ne vous montrer aux archiducs instrumens de guerre plutôt que de paix , et mieux couvrir aussi votre but aux Anglais , et ensemble conserver votre créance envers le prince Maurice et le sieur Barueveldt. Et , d'autant que j'ai appris par les lettres du sieur de La Boderie, que les Anglais feront instance, par leurs députés, que vous leur représentiez le pouvoir que je vous ai donné vous envoyant par delà, comme gens qui s'étudient et s'arrêtent plus aux formes qu a la matière et aux choses essentielles , j'ai estimé vous devoir envoyer celui que vous recevrez avec la présente , lequel néanmoins vous retiendrez à vous sans le manifester, que vous ne soyez interpellés et ne jugiez nécessaire de le montrer; car si ces traités ne doivent passer plus avant , ou si les parties ne consentent que j'intervienne en iceux , dont je ne doute point que les archiducs ne fassent grande difficulté , il sera meilleur de cacher que faire voir ledit pouvoir; car il sera inutile en ce cas. Je remets le tout à votre prudence; mais si les archiducs s'opposent à mon intervention , et qu'il n'y ait moyen de la faire consentir, et qu'ils en usent de même envers les Anglais et les autres princes qui seront appelés par lesdits Etats, il faudra considérer ce que nous aurons à faire; car je prévois que lesdits Etats opiniâtreront ledit article si on ne tes contente des autres: sur quoi je désire avoir clairement votre avis , estimant , pour mon regard , qu'il est nécessaire, pour mon service et pour ma réputation, et même pour la sûreté plus grande desdits Etats, que nous débattions et gagnions ce point, pour les raisons que vous jugez trop mieux. Mais ce seroit bien le pis , si
DtJ PBES1D£NT JCÀNNm.
les archiducs, quittant la souveraineté desdits ^\i, voabient obliger lesdits Etats à une ligue et confédération perpétuelle , et de n'assister jamais poar quelque cause que ce soit leurs ennemis, voire même leur donner secours contre eux ; ear après cette promesse , je ne pourrois espérer aFavenir desdits Etats, ni de leur amitié, auenoe sorte d'assistance contre les archiducs et les Espagnols; d'autant que vraisemblablement ils ae voodroient contrevenir par un autre traité à eeloi qu'ils auroient fait avec les archiducs, poorne déchoir du droit de ladite souveraineté. (Test pourquoi le président Jeannin a bien fait d'avoir commencé à remuer doucement ces, difficultés avec Barneveldt; car il importe à ma répatation et à mon service d'en prévoir Févé- Bement, s'il ne peut être prévenu et empêché eooune il convient : d'autant que votre présence ddoneure par delà, durant lesdits traités , seroit pi&s honteuse et dommageable qu'autrement, si jedevois être exclus d'icelui, et ne pouvois en particolier rien espérer desdits Etats à mon avanta». Aa moyen de quoi je vous prie d'y aviser, et pourvoir d'heure , selon la liance que j'ai en vdBs; n'étant, ce me semble, hors de sujet de MproDiier et craindre que lesdits Etats vous retMsnnt par delà , en attendant les autres déput«&,||hBpour favoriser les affaires par la jalousie ^h es donnent aux archiducs, et cependant tirer de iDoi des commodités, ainsi qu'ils ont fait josgo a présent, que pour volonté constante du BMniD et pouvoir qu'ils aient de se lier plus étroitement avec moi, ni me donner autre conteDtemeat que de paroles en tout ce qu'ils feront. Le refos qu'ils ont fait si constamment de ce qw je leur ai fait demander pour la sûreté de leur foi et la diversité des raisons avec lesquelles ils l'ont coloré, m'a déplu , comme fait l'instance et poursuite qu'ils ne délaissent pas pour cela de faire , d'être par moi secourus au besoin qu'ils dcent en atoir durant cette négociation. Pour à qooi pourvoir, je désirerois que nous pussions être assurés , dès à présent , de ce que je dois spérer d'eux, pour m'en prévaloir en cas qu'ils ^ssent la paix avec les archiducs , ou une trêve t longues années ; et surtout qu'ils ne s'obligeassent à la confédération susdite avec lesdits arciûducs : car je crains que l'allèchement et friandise de la prétendue souveraineté ne leur fasse passer et accorder à la fin tout ce que lesdits ardiiducs désireront d'eux , nonobstant les promesses et espérances que le sieur Barneveldt voQs donne avec ses adhérens , pour l'accomplissement et exécution desquelles il lui sera facile de s'excuser et décharger, après qu'il aura tiré
et obtenu desdits archiducs ce qui leur sera be« soin pour arriver à son but.
Je considère bien que , suivant cette vole, lesdits Etats n'y trouveront avec le temps la sûreté qu'ils doivent attendre de mon intervention et d'une plus étroite alliance avec moi, et que cette raison est puissante pour leur persuader de me contenter. Mais quand d'ailleurs je me représente l'état présent de leurs affaires , la division et mauvaise intelligence qui est entre eux, leur dégoûtement et lassitude de la guerre, l'envie qu'ils ont conçue de la paix, et surtout le désir qu'ils ont d'acquérir ce titre de-souveraineté, la froideur des Anglais à les secourir, et la foihlesse de leurs autres alliés à même effet, avec l'opinion que l'on leur a donnée que je ne veux les secourir puissamment comme leur besoin le requiert, ni moins ouvrir la guerre à ceux qui la leur font , voire que je désire faire durer et entretenir leurs misères, voyant que j'ai laissé perdre les occasions que j'ai eues de m'y engager honorablement et avantageusement, je dis que je dois craindre qu'ils accordent à la fin auxdits archiducs tout ce qu'ils opiniàti*eront , sous prétexte de parvenir à la susdite souveraineté. Gomme elle sera par leursdits traités , elle sera à leurs amis et alliés avec le temps plus domma^* geable qu'avantageuse, ou du moins inutile à ceux-ci, et à moi plus qu'à nul autre, puisqu'il ne leur sera loisible de s'unir avec moi , au préjudice du traité qu'ils auront fait avec les autres. Davantage , il faut faire état que le roi d'Angleterre et les siens , malins comme ils sont , auront cette visée en leur conduite; cai* ils seront bien aises de séparer lesdits États d'avec moi tout-àfait, retenant les villes ostagères, du consentement même desdits archiducs, avec lesquels ils contracteront sous main, pour parvenir à ce but, une secrète et particulière intelligence à mon désavantage. Quoi étant , je dis que je ne puis ni dois m'obliger de faire fournil* plus grande somme d'argent que celle qu'ils ont tirée de moi cette année, tant que ces incertitudes me dureront; mêmement, voyant que les plus apparens d'entre eux et ceux qui ont plus d'autorité , se défiant du succès de leurs affaires , retirent déjà leurs deniers qu'ils ont prêtés, ainsi que vous a dit le sieur de Barneveld, auquel partant vous montrerez que, s'ils veulent tirer de moi plus grande assistance , comme il est bien raisonnable que je sois dès à présent éclairci et assuré de ce que je dois attendre et tirer d'eux à l'avenir, en cas de paix ou de guerre, même pour le remboursement des grandes sommes de deniers que J'ai employées peureux , en cas qu'ils
NiGOCIATIÔirâ
ne puissent ott veuillent faire mieux pour mon contentement et mes affaires, suivant ies ouvertures que vous en avez faites.
Au demeurant, Je suis trèsK^ntent de gratifier le prince Maurice d'une pension digne de ma libéralité et de son mérite, si lesdits traités réussissent, pour les bonnes raisons que vous m'avez représentées; et davantage aider à le fortifier et autoriser audit pays tant qu'il me sera possible. Vous lui en donnerez les espérances , et à moi les avis que vous jugerez être à' propos ; et me semble qu'il faut plus s'aider de lui que jamais, principalement pour faire passer, dès à présent , auxdits États cette particulière et secrète confédération offensive et défensive à laquelle nous aspirons, sans attendre qu'ils aient conclu et parachevé celle desdits archiducs , d'autant que je crains , comme je vous ai déjà dit , qu'ils ne veuillent ou puissent, après celle-ci, s'obliger avec nous, pour les raisons susdites, lesquelles je vous prie derechef de mettre en telle considération que le mérite l'importance d'icelles , et m'avertir de ce que vous ferez , et adviendra par delà le plus souvent et particulièrement que vous pourrez. Pour fin de la présente , vous saurez quç les ligues grises , lesquelles s'étoient soulevées à la suscitation des partisans d'Espagne et à force d'argent distribué par le comte de Fuentes , ayant découvert que le but des Espagnols étoit de les priver de leur liberté et envahir une partie de leur pays, par le moyen et Intelligence desdits séditieux, et nommément de i'évèque de Coire, lequel s'étoit accordé secrètement avec ledit comte pour cet effet , ont à présent changé d'avis et de résolution , les gens de bien ayant surmonté les autres. De façon qu'ils ont fait mourir par justice deux des principaux ministres de cette sédition , dont l'un étoit baley de l'archiduc Maximilian , et tous deux pensionnaires d'Espagne ; ont lacéré publiquement l'original du dernier traité fait à Milan , et tout ce que lesdits séditieux avoient fait contre mon alliance et celle des Vénitiens, desquelles ils ont de nouveau fait et protesté la confirmation et observation au grand contentement et applaudissement du général desdites ligues ; de quoi vous ferez part à nu>n cousin le prince Maurice, et à tous mes amis et bienveillans de delà. Je prié Dieu , messieurs de Jeannin , Buzanvai et Russy, qu'il vous ait en sa sainte garde.
Écrit à Monceaux , ce quatrième jour d'août
1607. HSNBY.
Et plus bas, Bkulabt.
Lettre deM.de Vilteroy à M. Jeannin , du qM' trièmejour d'août 1607.
Monsieur, souffrez et excusez notre défiance sur la constance et fermçté de ces peuples; nous serons irès-aises de nous y trouver abusés, comme vous mettez peine , par vos lettres du 17 du mois passé , de nous le prédire et faire croire , bien informé comme vous êtes de leurs intentions et moyens. Je connois bien la force de Tesprit du sieur Barneveldt, de laquelle, certes, on doit faire grand état ; mais si les archiducs les contentent de la souveraineté, comme je erois qu'à la fin eux et le roi d'Espagne feront, je prévois qu'ils se passeront de l'intervention du Roi , qu'ils régleront le commerce des Indes, pour le moins quitteront l'Occident , et ne s'opiniâtreront à la sortie entière des Espagnols; en quoi les Anglais les conforteront, et pour ce faire s'entendront secrètement, eux et lesdits archiducs. Car quels moyens ont lesdites pro* vinces de recommencer et de soutenir la guerre, et moins d'espérer de sortir jamais d'icelle, ayant si forte partie , et se voyant si mal assistés? Davantage ils n'y rentreront jamais avec leur union et vigueur première, ayant commencé à goûter de l'espérance d'un repos. Je conclus donc, si on leur accorde le premier article, qu'ils n'opiniâtreront les autres; et néanmoins, s'ils ne nous comprennent en leurs traités ni intervention , et ne s'appuient de l'autorité de Sa Majesté, comme il a été proposé, je n'y vois point de sûreté pour eux digne de considé* ration. Il y aura peu aussi à gagner pour nous, principalement si les archiducs les obligent, en quittant ladite souveraineté, à la mutuelle et étroite confédération de laquelle vous donnes avis au Roi par vos lettres ; car il faut faire état, quand lesdites provinces auront obtenu une fols desdits archiducs cette apparence de souveraineté et liberté , devant que de s'obliger et lier À nous, que vous aurez grande peine après à les y faire entrer à conditions avantageuses et honorables pour nous. Ils s'excuseront lors sur la foi et parole qu'ils auront donnée aux autres, et sur la jalousie des Anglais , qui demeureront cependant nantis des places ostagères, et nous n'ea rapporterons pour notre argent que des paroles. Voilà donc ma défiance que je vous prie derechef d'excuser. Le pis est qu'il est trè»<lifflcile d'y remédier et obvier aux désavantages qui ea r^ultent ; car nous ne voulons ni devons , oe me semble, nous surcharger seuls du faix de la guerre telle qu'il fiiudroit l'entreprendre pour cet effet. Nous sommes regardés et secondés aussi d'un très-infidèle, imprudent et malicieux
BC PBESIDENT IËANNW.
\oisin. Cest donc un fâcheux passage , duquel i! sera difficile que nous sortions nettement , si les Espagnols et les archiducs conduisent leurs al&Jres comme ils doivent et peuvent faire; mais j'espère quelque chose de la mauvaise intelligence et de imprudence de leurs conseils et affaires.
Nous avoos avisé vous envoyer le pouvoir ciloint. Cest plus pour vous donner moyen de contenter la earloaité des Anglais , que pour opinion que nous ayons que vous en deviez avoir \mn et le mettre en œuvre. S'il n'est tel qu'il couvient, mandez-le-nous, il sera réformé et renvoyé incontinent. Il a été proposé de vous en fQvoyer un autre particulier, pour faire cette li^e défensive et offensive , secrète avec les bts, de laquelle il a été parlé. Mais nous diffrrerons jusqu'à ce que vous le mandiez, assurés que vous ne laisserez pour cela (vous faisant Ibrtdiceiai tout ainsi que s'il étoit en vos mains) dVn ébaucher, avancer et même conclure les cofulidoos, si vous y pouvez disposer lesdites prcvjDces; de quoi Je doute assez. Le sieur AêrseosQousa donné l'avis de l'arrivée à La Bave ^ raudiencier, de son audience , et de la dé- {«tuosité de la pièce qu'il y a apportée que le M TOQs écrit. Il continue à nous faire part ^^dll^mment et soigneusement que Jamais <^tmiie&choses, afin de conserver son crédit et a confiaoee avec nous. Le Roi a bien pris le A»tt//qiielui avez donné par la dernière lettre 90^ n'avez écrite, touchant le prince Maurice, ^^ de le retenir à sa dévotion , en lui faisant ^re qu'il trouvera de l'honneur, du bien et de ^^reté en Sa Majesté. Il vous permet donc de i^ager cela avec lui le plus à l'avantage de Sa Mdjeité qne felre se pourra. Vous avez pris bon ^^fo»\[ de n'avoir visité le premier ledit audien- ^ier pour les raisons que vous m'avez écrites. ^iame la prineesse d'Orange continue a faire ^nau Rot qu'elle partira bientôt, toutefois elle ^ eucore à Paris; et Sa Majesté a commandé i M. de Sully, qui est parti d'ici devant iiier, de b iiresser. Elle vouloit assurer ici la fortune du Kiaee Henri , par des moyens qu'elle a propo- ^\ qui n'ont été agréés du Roi, dont elle n'est H contente. Mais ne lui ferez , s'il vous plaît , P^foltre ni à autre que vous en ayez eonnoissmce; car si elle arrive par delà, Je me promets qu'elje ne laissera de bien faire et suivre vos con- ^^ie prie Dieu, monsieur, qu'il vous eonserve <3i booae santé.
De Monceaux , le quatrième Jour d'août i 607 .
M Nbufviulb.
Autre lettre de M. de Vilteroy audit sieur JeanniHy du 5 d'août 1607.
Monsieur, j'ai vu ce que vous m'avez écrit de votre main , touchant la réception et le maniement de Fargent que le Roi emploie par delà. Il est raisonnable, et c'est aussi l'intention de Sa Majesté de délaisser à M. de Russy ce soin et cette autorité, comme en a joui M. de Buzanval durant qu'il a servi la charge que ledit sieur de Russy exerce ,fSa Majesté voulant plutôt accroitre que retrancher le pouvoir d'iceile charge, les commodités qui en dépendent, et dont son prédécesseur a Joui. Mais Sa Majesté ayant choisi et commis elle-même le sieur du Maurier pour recevoir et faire porter à Dieppe lesdits deniers, comme il est personne que Sa Majesté estime capable d'une plus importante vacation et charge, et dont elle se confie beaucoup, elle m'a dit vouloir qu'il y soit maintenu jusqu'à ce qu'elle l'emploie ailleurs, comme je vous assure qu'elle en a la volonté, le désir, et s'y attend aussi ledit sieur du Maurier. Pour cette cause Je suis d'avis que ledit sieur de Russy s'accommode au bon plaisir et vouloir de Sa Majesté pour ce regard , comme elle a eu bien agréable de savoir qu'il ait continué avec le sieur de Vaudernec la même correspondance dressée et commencée par ledit sieur de Buzanval. Et quand nous voudrons occuper ailleurs ledit du Maurier, ou que lui-même voudra laisser cette charge , comme Je m'aperçois qu'il désire faire au plutôt, ledit sieur de Russy en sera averti pour y commettre un autre, assuré qu'il le choisira tel que Sa Majesté et M. de Sully s'en contenteront. Quant à la place du conseil , c'est chose qui ne lui peut fuir avec le temps ; mais il faut qu'il en sursoie encore un peu la recherche et demande.
Il doit considérer que ledit sieur de Buzanval a servi par delà huit ou neuf ans entiers et plus, devant qu'il y soit parvenu, Jaooit qu'il ait trèsdignement servi , et au grand contentement de Sa Majesté, laquelle prise grandement ceux qu'elle emploie en ses affaires, quand ils se recommandent par la longueur et le mérite de leurs services. Non que Je juge indigne de cette qualité ledit sieur de Russy dès à présent, eu égard aux autres services qu'il a faits, desquels Je sais Sa Miyesté être très-contente, mais parce qu'à peine a-t-il pris possession de la charge où il est de présent, et que Je sais que le Roi aura plus agréable qu'il sursoie cette poursuite pour quelque temps, que s'il la pressoit davantage. Je vous prie, monsieur, lui donner ce conseil, et J'espère qu'il s'en trouvera bien. La princesse d'Orange n'a rien apporté au Roi de la part du prinec
MSGOCIÀTIONS
Maurice, qui mérite d^étre mis en considération. Nous écrirons par elle audit prince, suivant votre conseil, et me semble que Sa Majesté désireroit que ledit prince Maurice se découvrit à elle plus confidemment et familièrement qu'il n*a fait jusqu'à présent, afin de pouvoir mieux le favoriser; mais j'attribue sa froideur à son naturel plus qu'à autre chose. Le Roi se défie plus de l'esprit de Barneveldt que de l'autre, et croit que s'il parvient à son but, qu'il ne favorisera après les intentions ni les affaires de la France, 8*appuyant du côté d'Angleterre. Il vous prie d'y prendre garde, et ne juger du tout de son courage par ses paroles; car il y a remarqué de l'industrie pour favoriser son prix fait , disant que ses effets en sa conduite ne répondent aux protestations qu'il fait de sa volonté. Comme j'écrivois la présente, l'abbé de Préaux est arrivé en ce lieu avec votre dépêche du 30 du passé. Il salua Sa Majesté dès hier au soir, lui rendant compte sommairement de toutes choses, de quoi il s'est acquitté ce matin plus au long sans aucune omission, dont Sa Msgesté est demeurée satisfaite. £lle l'envoie dès aujourd'hui a Paris, pour rendre le même compte à messieurs de Siliery et de Sully, avec lesquels nous devons en conférer à la fin de cette semaine que nous irons à Paris, pour après le renvoyer avec les intentions de Sa Majesté sur tous les points que vos lettres et lui ont représentés.
Quoi attendant , je vous dirai que nous avons fait le même jugement que vous, de ce qu'a apporté par delà Verreiken, et de ce qu'il y a dit et fait, et n'estimons pas que les archiducs puissent amender la pièce , comme il est nécessaire pour la sûreté desdites provinces, qu'ils ne l'envoient quérir en Espagne : c'est pourquoi ledit Verreiken demanda un mois de temps du commencement; et vous dirai qu'il semble que ses maîtres et lui ne tendent qu'à les engager à traiter devant que d'avoir délivré ladite ratification en bonne forme de la part du roi d'Espagne , espérant ou les endormir, ou peu à peu les engager à ne pouvoir plus se dédire de s'accorder. A quoi votre première dépêche, quand les six jours qui lui ont été accordés seront passés, nous pourra faire voir plus clair; mais ce que nous avez mandé des déportemens du sieur de Barnéveld et de sa conduite, ont plutôt accru la défiance qu'a de lui le Roi, que diminué, voyant qu'il va toujours gagnant chemin pour arriver à son but, auquel s'il peut une fois parvenir, nous disons derechef que vous aurez peine à tirer de lui et des autres ce que vous projetez en faveur de Sa Mijesté. En quoi il sera sans doute fortifié et favorisé sous main du roi d'Angleterre et de
ses ministres, smon ouvertement ^ au moins se« crètement et infidèlement, suivant le style du comte de Salisbury que nous avons souvent éprouvé. Quant à Verreiken , il est grossier et court en ses ruses : lui et Richardot ont si mauvaise opinion du Roi, et de ce qui en dépend, qu'ils prennent à contrepoil toutes les belles paroles qui leur sont dites, et les démonstrations de bonne volonté que l'on leur fait. C'est pourquoi c'a été bien avisé de n'engager que le sieur de Russy en l'office qui a été fait, puisque vous avez jugé à propos de le passer ; étant certain qu'il auroit été reçu et rendu avec plus de franchise et de devoir que vous avez mandé qu'il n'a été, s'ils eussent été plus avisés qu'ils ne sont. Je vous en écrirai davantage par notre première dépêche, et finirai celle-ci par mes très-affectionnées recommandations à votre bonne grâce, priant Dieu, monsieur, qu'il vous conserve en bonne santé. De Monceaux, ce cinquième août, et commencée le quatrième 1607. Votre, etc.
DE Neufville.
Proposition faite et donnée par écrit en l*as* semblée générale des Etats, par Taudiencier Verreiken, le 8 d*août 1607.
Messieurs, suivant mon départ du 28 de juin dernier, j'ai dépêché vers Bruxelles, pour donner part à leurs altesses sérénisaimes de ce que jusques alors avoit été traité. Sur quoi M. le président Richardot m'a écrit, par une sienne lettre du dernier dudit mois, que leursdites altesses avoient différé de me répondre jusques au retour du courrier ; mais que cependant icelles lui avoient enchargéde m'avertir qu'elles ont été, non sans marrissement , esbahies d'entendre les difficultés que vos seigneuries ont mises en avant sur la forme de la ratification; car, étant icelle couchée comme elle est au pied du même écrit qui a été ici arrêté sur la cessation d'armes, et que Sa Mig'esté a confirmé et ratifié en tous les points, en tant que la chose lui peut toucher , il faut sainement entendre que tout y est compris, vu même que sadite Majesté ne rejette un seul point dudit écrit; outre ce que le tout devra être encore repris, établi et corroboré par le traité principal, qui sauvera et liera entièrement la besogne. Et , combien que pour cela et plusieurs autres raisons leurs altesses auroient largement de quoi répliquer, et faire toucher au doigt que ladite ratification est battante et plus que battante, toutefois, pour non contester ou retarder davantage la négociation, leursdites altesses dépêchoient courrier exprès en Espagne, pour redresser ladite agréation; commandant audit sieur président de me l'écrire, afin de le
DC pbësidc.xt jêa^mx
déclarer à vos seigneuries , et quand et quand insister à cequ'elles veulent dès incontinent révoquer leur armée navale étant aux côtes d'Espagne , pour éviter qull n'en avienne quelque nouvel accident qui pourroit causer de Taltération entre les parties. Car, outre ce qu'à tenir lesdits bateaux davantage par delà , ne peut sinon aigrir les affaires en un temps que de part et d'autre Ton en doit ôter toutes les occasions , vos seigneuries peuvent, par leur grande discrétion, aisément considérer combien il est raisonnable et nécessaire de ne différer davantage de complaire à leurs altesses en une chose de si petit emport , et néanmoins tant désirée pour la conséquence, paisqu'en tout et partout leursdites altesses ont ûJt paroltre tant de ix)nne et sincère volonté et affection ; s*étant accommodées , et vous ayant accordé tout ce qu'avez désiré, le tout pour parveuir à la conclusion d^une bonne, ferme, stable et honorable paix et repos de tous les pays de par deçà ; les délivrant de cette longue et pernicieuse guerre, qui est le but à quoi tendent et se réfèrent toutes les actions et intentions de leursdites altesses ; et à l'effet desiiuelles il est juste que vos seigneuries aient à coopérer, les secondant de tout leur pouvoir en une si sainte ceu^re, comme leurs altesses se confient que vos snçineuries feront, et les en requièrent bien instsmment; et, moyennant ladite révocation des bateaux, leurs altesses m'ont donné charge de laiserlci les actes originaux de la ratification desadite Majesté. Vebbeiken.
Proposé le 8 août 1607.
lettre de messieurs Jeannin, de Buzanval et de Bussy, au Roi, du 10 aoiH 1607.
SlBE,
Les Etats avoient donné six jours à M. Verreiken pour écrire à Bruxelles et en avoir réponse. Il n'a reçu depuis qu'une lettre de M. le président Richardot , en vertu de laquelle il est entré en leur assemblée , et a dit ce qui est contenu en récrit dont nous envoyons la copie à votre Majesté : où elle verra qu'il essaie de persuader la ratification par lui présentée de la part des archiducs, être bonne et suffisante. Qu'ils envoient néanmoins de nouveau en Espagne pour en obtenir une autre qui les puisse contenter, et, sans s'obliger ni promettre de la donner dans certain temps, continue sa première demande pour la révocation des navires. M. de Bameveldt l'a vu, avec la permission des Etats et de M. le prince Maurice, auquel il a donné beaucoup d'espérance de cette ratification , pourvu qu'on lui accorde ce qu'il poursuit , comme étant le seul moyen par lequel il dit que les archiducs pourront persuader